Le Bataillon des Chasseurs d'Orient

1802-1814

Avertissement et remerciements : Cet article, que nous compléterons au fur et à mesure de nos découvertes ultérieures, nous a été adressé par notre collègue du Bivouac, Didier Davin, que nous remercions tout particulièrement pour sa disponibilité et son érudition.

Au retour des troupes de l’Armée d’Orient, débarquent à Marseille des supplétifs locaux qui avaient renforcé les effectifs français. Leur fidélité méritant récompense, Bonaparte prévoit d’embaucher ceux qui le veulent dans les rangs de son armée. A cet effet, il charge, le 11 octobre 1801, le Général Léopold Berthier, frère du futur Maréchal, d'aller recevoir à Toulon les différents Corps de l'Armée d'Orient, de les inspecter, d'éliminer les inaptes, de reformer les unités et de faire toutes autres propositions utiles au bien du service. Et il le fait accompagner de son Aide de camp, Rapp, ancien d'Egypte.

/ 1802-1805, Marseille et Toulon

Bataillon des chasseurs d'Orient, 1805-1809
Fig 1 Bataillon des chasseurs d'Orient, 1805-1809

Berthier commence par choisir, dans les deux anciennes Légions Grecque et Copte, une soixantaine d'hommes pour les Mameluks et, sur son rapport, le Premier Consul prend, le 7 janvier 1802, l'arrêté ci-dessous :
"Paris, 7 janvier 1802
ARRÊTÉ
ARTICLE 1er. – Tous les individus grecs, coptes, égyptiens ou syriens, qui ont suivi l’armée française en Orient, formeront un bataillon divisé en autant de compagnies qu’il y aura de fois quatre-vingts hommes. Il sera organisé et soldé comme un bataillon d’infanterie légère.
ART. 2. – Tous les officiers et soldats devront être natifs, d’Orient, s’être battus avec l’armée française et l’avoir suivie dans sa retraite, ou avoir fait partie des légions coptes ou grecques qui étaient en Égypte au service de la République.
ART. 3. – Il y aura un quartier-maître français et, par compagnie, un caporal-fourrier interprète.
ART. 4. – Le ministre de la guerre est chargé de l’exécution du présent arrêté
".

Le Général Cervoni, commandant de la 8e Division militaire à Marseille, organise ce nouveau Corps, qui prend l'appellation de Bataillon des Chasseurs d'Orient, et nomme provisoirement les Officiers parmi ceux qui servaient en cette qualité dans les Légions copte et grecque. On y retrouve donc par exemple : le colonel Nicole Papas Oglou, ex commandant de la Légion grecque; le Chef de Bataillon Habdallah Mansoura, ex Chef de Bataillon de la Légion Copte; le Colonel Gabriel Sidarious, ex Chef de Brigade de la Légion Copte; le Capitaine adjudant-major Jean Paul Begon, ex Sous-lieutenant de la Légion Copte; l’Aide chirurgien Joseph Pompily; le Capitaine Nicole Kiriako, ex Capitaine de la Légion Grecque; le Lieutenant Giogi Lucarx, ex Lieutenant de la Légion Copte.

Les inaptes furent versés au Dépôt des réfugiés égyptiens et perçurent un secours journalier variant selon le grade et la situation sociale.

Le 3 juillet 1802, Bonaparte prévoit "d’envoyer en garnison à la tour du Buc et à Martigues, le bataillon de chasseurs d’Orient qui est à Marseille".

Le 12 fructidor an X (30 août 1802), le Premier Consul écrit à Berthier, Ministre de la Guerre : "Je désire citoyen ministre, que vous me présentiez un projet d’arrêté pour porter à 1000 hommes le bataillon des Grecs d’Orient qui se trouvent dans la 8eme Division Militaire".

C’est ainsi que l’on prévoit un Etat-major, et dix Compagnies, et accorde au Bataillon la solde, les masses, l'uniforme de l'infanterie légère. Les effectifs ne sont alors que de 400 hommes. Mais les soldats orientaux préfèrent nettement s’engager sur les navires faisant le commerce entre les ports français de la Méditerranée et l’Orient, et les déserteurs commencent à augmenter.

Pour enrayer le mouvement, on expédie les Chasseurs d'Orient à Toulon où ils trouveront, pense-t-on, moins de facilités pour déserter. Rien n'y fait : l'effectif tombe à 288 hommes, Officiers et Sous-officiers compris, le 9 Prairial an IX (30 mai 1803).

En Juillet 1805, Nicole Papas Oglou part en Orient, à Constantinople, s’occuper de ses affaires familiales. L’unité reste sous le commandement de son second, Gabriel Sidarious.

L'Etat militaire de l'an 13 (23 septembre 1804-22 septembre 1805) donne les précisions suivantes sur le Bataillon des Chasseurs d'Orient : A Toulon (8e Division Militaire); Papas Oglou et Gabriel (Sidarious), colonels; Harragli et Habdallah, Chefs de Bataillon; Lechallier, Sous-lieutenant Quartier-maitre Trésorier; Mirlin, Capitaine adjudant-major; Gassier, Chirurgien-major; Palma, Kiriaco, Pendelly, Nazo, Begon, Capitaines; Stratty, Lourra, Crousse, Gelinotte, Corige, Samatrachy , Ameil, Lieutenants

Un petit contingent de Chasseurs d’Orient se retrouve embarqué sur la flotte de l’Amiral Villeneuve qui va combattre à Trafalgar. Les Capitaines Chemidi et Palma sont blessés le 21 octobre 1805.

/ 1806-1808, la Dalmatie

L’unité squelettique va être mobilisée pour rejoindre l’Italie puis la Dalmatie.

Le Traité de Presbourg, 26 décembre 1805, a fait céder par l'Autriche au Royaume d'Italie, la Dalmatie et les Bouches de Cattaro (Kotor, actuellement au Monténégro). L'Italie devait y installer une administration civile, des forces franco-italiennes y formant un Corps d'occupation. La remise des provinces cédées à l'Italie devait s'effectuer du 30 janvier au 28 février. Or, les Autrichiens ont permis aux Russes, déjà présents à Corfou, de s'installer à Cattaro. Russes qui ne se sentent pas liés par le traité. C’est le Prince Eugène qui est chargé de superviser la prise de possession.

Les Généraux Molitor et Lauriston sont chargés de la prise de contrôle initiale. Molitor traverse la Croatie (avec autorisation des Autrichiens) pour arriver le 20 février 1806 à Zadar (Zara). La Dalmatie est donc rapidement soumise. De nombreux Grecs habitent la région, aussi repense-t-on à nos Chasseurs d’Orient.

Le 15 Mars, le Prince Eugène écrit à Napoléon : "… Il existe à Marseille, un corps de Grecs de 300 ou 400 hommes ; Il est commandé par un certain Nichol Papasouglou. Votre Majesté ne trouverait elle pas convenable que ce bataillon ou au moins quelques officiers grecs fussent envoyés en Dalmatie ; Ils peuvent peut-être y lever des corps ou être utiles au général Molitor …".

Le 21 mars 1806, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Prince Eugène : "Mon fils … Le bataillon entier des Grecs (note : les Chasseurs d’Orient) n'est plus à Marseille ; il a été embarqué à Cadix pour donner le change à l'ennemi ; mais il reste une soixantaine d'hommes ; j'ai ordonné qu'on les fît embarquer à Toulon ; vous en ferez ce que vous jugerez convenable …" (Correspondance de Napoléon, t.12, lettres 10002 ; Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 11741).

Le 22 mars 1806, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Général Dejean, Ministre directeur de l'Administration de la Guerre : "Monsieur Dejean, donnez ordre que le bataillon grec (note : Chasseurs d’Orient) qui est à Toulon se rende à Milan où il sera à la disposition du prince Eugène" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 1, lettre 352 ; Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 11751).

Le 28 mai 1806, Raguse (Dubrovnik), petite territoire encore indépendant, est occupée par Lauriston. Une Division d’Albanie et alors créée avec son Quartier-général à Raguse. Le 5e et le 23e de Ligne y ont été détachés. Lauriston doit s’emparer de Castel Nuovo (Herceg Novi) et des Bouches de Cattaro (Kotor), encore aux mains des Russes, mais il se voit bientôt assiégé par des forces russo-monténégrines. Le Monténégro, qui a arraché son indépendance des Turcs, est allié des Russes. Lauriston reste encerclé plusieurs semaines (voir historique 5e de Ligne), maigrement ravitaillé en hommes par quelques convois de cabotage.

Le 25 juin, Molitor se porte à son secours, une fois des renforts arrivés. Il écrit à Eugène, le même jour, de Makarska : "Je me suis mis en marche pour dégager le général Lauriston et j’arrive ce matin à Macarska. Je suis suivi par le 79e régiment, 2 compagnies de voltigeurs du 81e et le dépôt du bataillon grec … les renforts que je porte dans l’état de Raguse se montent à seize cent hommes en tout et pour les réunir, il m’a fallu dégarnir toute la Dalmatie ...".

Napoléon, qui n’est pas au courant de la situation, en temps réel, prévoit des plans d’occupation. Il écrit à Eugène le 18 juin : "... Ainsi donc on doit distinguer deux choses, l'état défensif et l'état offensif.
ÉTAT DÉFENSIF
Une réserve de 2,400 hommes de Dalmatie à Stagno, une autre de 1,500 hommes, également des corps de Dalmatie, entre Spalatro et la Narenta; les îles de Cherso, Osero, Veglia, Pago, défendues par le général Seras et la division d'Istrie; Raguse fortifiée pour soutenir un siège; quatre bataillons au moins, trois compagnies d'artillerie occupant cette place, et ayant toujours une réserve d'un millier d'hommes prêts à se porter par Incanali au secours de Castelnovo.
Le général Lauriston, avec deux bataillons de chacun des 5e et 23e régiments de ligne formant au moins 2,400 hommes, trois compagnies d'artillerie formant 300 hommes, les chasseurs d'Orient, une compagnie de sapeurs italiens de 100 hommes, le bataillon brescian, le 3e bataillon du 4e régiment italien, et un bataillon de ma garde royale, le tout composant une force de plus de 5,000 hommes, et deux généraux de brigade, occupera les places et se tiendra en force sur les débouchés des Monténégrins, prêt à les attaquer. Il faut qu'il fasse construire, aux moulins de Raguse, une redoute armée de six pièces de petit calibre ; à la pointe de Santa-Croce, une redoute de huit pièces de gros calibre, et à Raguse-le-Vieux, des redoutes fraisées et palissadées, armées de six pièces de gros calibre du côté de la mer, et de huit pièces de petit calibre du côté de la terre.
Quand le général Lauriston aura réuni tous ses approvisionnements, connaîtra bien le pays et sera bien en mesure, il commencera l'offensive …
".

Début Juillet, Marmont prend le commandement général de l’Armée de Dalmatie.

combat de la division Molitor devant Raguse 4 et 5 juillet 1806
Combat de la Division Molitor devant Raguse, 4 et 5 juillet 1806

Pendant ce temps, la colonne de renfort de Molitor arrive le 4 juillet à Stagno et culbute les Monténégrins ; et le lendemain, les repousse encore sur le canal d’Ombra. Il réussit ainsi à gagner Raguse, rompant le siège. Les soldats des Chasseurs d’Orient s'étaient distingués dans ces combats. L'Empereur accorde ainsi la croix de la Légion d'honneur à Sidarious, aux Capitaines Harigli, Samathraki et Kiriaco.

Reste à reprendre possessions des Bouches de Cattaro, toujours aux mains des Russo-Montenegrins. Ce qui ne se fera qu’en 1807, après Tilsitt.

Ce n’est qu'en octobre 1806, que Nicole Papas Oglou rejoint son unité. En novembre, l’unité ne compte plus que 17 Officiers et 60 Sous-officiers et soldats ! Elle stationne à Raguse.

Faute de servir militairement, les Grecs peuvent servir politiquement. Les relations sont alors bonnes avec le Pacha de Janina, Ali de Tebelen, qui fait cavalier seul au sein de l’Empire turc, lorgne sur les Iles Ioniennes, toujours aux mains des Russes, et combat les Monténégrins orthodoxes.

La Turquie venant d’entrer en guerre contre les Russes, les ennemis de nos ennemis sont nos alliés. Nicole Papas Oglou est envoyé en mars 1807 aider le Pacha avec quelques Artilleurs et pièces tandis que le Capitaine Kiriaco et le Lieutenant Lugra sont missionnés en Albanie recruter pour le Bataillon.

Hélas, c’est à la France que les iles ioniennes sont attribuées après la campagne de 1807, ce qui n’est pas dans l’humeur du Pacha. Nicole et ses hommes retournent en Dalmatie en Août 1807.

L’unité, un peu renforcée, stationne successivement à Budna, à Cattaro, à Persagno jusqu'au début 1809. De petits combats font des blessés comme en mars 1808, le Chirurgien Clairet, et le 22 avril 1809, le Lieutenant Gelinotte.

/ 1809-1813, les iles ioniennes

En avril 1809, le Bataillon des Chasseurs d’Orient arrive à Corfou, non sans avoir perdu au cours de la brève traversée une vingtaine d'hommes pris par les croisières anglaises. Il y retrouve le Gouverneur, le Général Donzelot, un ancien de l’Armée d’Egypte (voir sur le site le Bataillon Albanais, le Bataillon septinsulaire, le 6e de Ligne).

L’unité y stationne tandis que les iles ioniennes tombent une à une aux mains des Anglais.

Corfou, véritable forteresse, tient. Régulièrement harcelée par l’ennemi. Le faible Bataillon y a des pertes. Sont blessés le Capitaine Giorgi Chissimery le 10 mai 1809, le Capitaine Nazos le 12 juin 1809.

Dès Octobre 1809, la flotte britannique commence à attaquer les iles. Céphalonie, Zante, Ithaque et Cérigo tombent rapidement, tandis que les troupes locales n'opposent qu'une faible résistance quand elles ne passent pas directement à l'ennemi !

Le 7 novembre 1809, à Fontainebleau, on informe l'Empereur que "Le bataillon des chasseurs d'Orient doit recevoir à Corfou environ 600 recrues, dont l'habillement coûtera 84,000 francs. Le Trésor ne payant rien dans les îles Ioniennes au delà du budget de ces îles, on a, vu l'urgence, accordé 20.000 francs à ce corps sur le chapitre 7 du budget de l'administration. On prie Sa Majesté d'approuver cette mesure et d'accorder pour le surplus un supplément de 64.000 francs au budget des îles Ioniennes" ; l'Empereur répond : "A prendre sur la masse d'habillement" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 3, lettre 3717 - Non signée; extraite du « Travail du ministre directeur avec S. M. l'Empereur et Roi, du 6 novembre 1809»).

En 1810, le 16 avril, Sainte Maure, un peu plus défendue par le Général Camus, finit par succomber à son tour.

Le Sous-lieutenant Bellecourt est blessé le 5 août 1810.

Le 6 octobre 1810, l'Empereur écrit, depuis Fontainebleau, au Général Clarke, Ministre de la Guerre, au sujet des troupes à Corfou : "Monsieur le duc de Feltre ... Vous lui ferez connaître [au Général Donzelot] que je regarde comme très possible qu'au mois de mars, il soit assiégé ; qu'il faut qu'il emploie l'hiver à compléter le système de défense que j'ai ordonné ; que je suppose qu'il n'a pas perdu un moment pour blinder ses magasins ; car ce sera par· une nuée de bombes qu'il sera attaqué. Il faut aussi qu'il défende longtemps l'île de Fano, puisque cette île est nécessaire pour pouvoir l'approvisionner" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1912, t.3, lettre 4316; Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 3, lettre 4674 ; Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 24818).

Le même 6 octobre 1810 (daté présumée), l'Empereur écrit, depuis Fontainebleau, au Général Donzelot, Gouverneur des îles ioniennes : "D'après le compte qui nous a été rendu des attaques de l'ennemi sur les îles Ioniennes, et de la perte de trois de ces îles tombées en son pouvoir, nous avons trouvé convenable d'adresser au général de division Donzelot, que nous avons ci-devant établi gouverneur général desdites îles, les présentes lettres pour lui faire connaître nos volontés et lui remettre sous les yeux les devoirs de sa place, et les obligations que notre confiance dans sa bravoure, son zèle, et son dévouement à notre service lui imposent dans les circonstances actuelles.
Les îles Ioniennes étant attaquées par l'ennemi, qui est parvenu à s'emparer de trois d'entre elles, et se trouvant exposées à de nouvelles tentatives de sa part, nous avons confirmé dans le gouvernement de ces îles le sieur comte Donzelot, général de division dans nos armées, par la connaissance que nous avons acquise de sa bravoure, de son zèle, et de son dévouement à notre service.
Nous lui enjoignons particulièrement de faire tous ses effons pour nous conserver lesdites îles en defendant celles qui seraient encore attaquées, sunout celles de Sainte-Maure et de Corfou, par 1'emploi de tous les moyens qui ont été mis à sa disposition. Nous supposons qu'il aura pris les mesures nécessaires pour faire échouer l'attaque de l'ennemi sur l'île de Sainte-Maure, et nous lui ordonnons expressément de faire tout ce qui sera en son pouvoir pour repousser celles qu'il voudrait tenter contre l'île de Corfou, le point le plus important, comme aussi le plus susceptible de défense. Il devra s'attacher surtout à empêcher un débarquement des Anglais au pont de Govino, et à la pointe des Salines, qui leur faciliterait la prise de l'île, et l'attaque de la forteresse. Le général Donzelot mettra tous ses soins à la défense de l'île de Vido, dont l'importance lui est connue pour assurer celle de Corfou. Enfin, il doit, dans ces circonstances, redoubler de zèle, de fermeté et d'activité pour disputer à l'enneni tout ce qu'il voudrait encore lui enlever, pour faire échouer toutes ses tentatives, et pour lui reprendre, dès qu'il sera possible, les lieux qui sont tombés en son pouvoir. Dans le cas où ses communications avec la France seraient interrompues, il doit rester sourd à tous les bruits répandus par l'ennemi et résister à ses insinuations comme à ses attaques, ayant soin d'éviter de communiquer avec lui, autant que faire se pourra.
Il faut qu'il ait toujours devant les yeux les conséquences inévitables d'une négligence à rempllir les devoirs qui lui sont imposés, ou d'une contravention à nos ordres. Il ne doit jamais oublier qu'en perdant notre estime, il encourrait toute la sévérité des lois militaires. Enfin nous voulons et entendons qu'il emploie toutes ses ressources, et qu'il tente tous les moyens qui serviraient à prolonger sa défense et à augmenter la perte de l'ennemi. Il aura pour pensée habituelle qu'un Français doit compter la vie pour rien, dès qu'elle peut être mise en balance avec son honneur, et que cette idée doit être pour lui et pour ses subordonnés le mobile de toutes leurs actions. Et comme l'évacuation totale des îles Ioniennes par les troupes françaises doit être le dernier terme des efforts du général Donzelot et de l'impossibilité la plus absolue de résister davanrage à l'ennemi, nous lui défendons de jamais avancer cet événement malheureux par son consentement, sous quelque prétexte que ce soit, fût-ce même sous celui d'obtenir par là une capitulation plus honorable. Nous voulons aussi que toutes les fois que le conseil de défense sera assemblé pour délibérer sur les opérations, il y soit fait lecture des présentes lettres patentes, à haute et intelligible voix
" (Ernest Picard et Louis Tuetey. Correspondance inédite de Napoléon 1er, conservée aux Archives de la Guerre, t. 3, p. 768, n° 4642; Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 24821).

Les effectifs fondent : 170 hommes en 1811, 104 en 1812, dont 13 Carabiniers et 3 Tambours. Nicole Papas Oglou cède son commandement à Sidarious.

Le Général Donzelot proposera de réunir, sous les ordres d'un bon Chef de Bataillon français, les restes des Chasseurs d'Orient, le Bataillon septinsulaire, débris d'un ancien Régiment vénitien, le Régiment albanais, compté à 1.700 hommes. Napoléon refusera tout net.

Le 8 février 1811, à Paris, "Conformément aux propositions faites par le général Donzelot, le général Clarke demande si les Albanais en excèdent doivent être laissés à Corfou, et s'il convient de préparer un décret pour réunir les bataillons septinsulaire et des chasseurs d'Orient" ; l'Empereur répond : "Renvoyer le général Donzelot à l'exécution littérale de mon ordre. Il est inutile d'avoir à Corfou des troupes qui ne sont pas sûres. C'est dépenser beaucoup d'argent inutilement" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 4, lettre 5050).

Quelques grecs du Bataillon albanais passeront quand même dans le Bataillon des Chasseurs d’Orient.

/ 1813-1814, Ancône

Ancône
Ancône

 

Colonel Gabriel Sidarious, Chasseurs d'Orient, en 1813
Fig 2 Le Colonel Gabriel Sidarious en 1813 (reconstitution)

En février 1813, Donzelot reçoit l'ordre d'envoyer à Ancône le Bataillon qui ne comptait plus que 96 hommes, dont 10 Officiers. Comble de malheur, au cours de la traversée de Corfou à Brindisi, une trentaine d'Officiers et d'hommes tombent encore aux mains des Anglais, si bien qu'à son arrivée à Ancône, au cours du mois d'août 1813, le Colonel Sidarious n'a plus avec lui que 32 hommes.

Le Lieutenant Samatrachi est blessé le 12 juin 1813.

Dans le Nord de l’Italie, les Autrichiens ont progressé, et entrent à Fiume fin septembre et menacent Laybach et Trieste. La défection de la Bavière livre potentiellement la Haute-Italie à l’ennemi autrichien. Le Prince Eugène doit redéployer son dispositif. Il se replie derrière la Piave le 30 octobre, puis l’Adige le 4 novembre, tout en livrant des combats de retardement.

Pendant ce temps, les troupes napolitaines remontent du sud de la Péninsule. Mais c’est pour se joindre aux ennemis de l’Empereur, Murat ayant changé de camp pour conserver sa couronne. Mais dans un premier temps, il joue la loyauté envers Napoléon pour progresser plus rapidement.

Les effectifs du Bataillon des Chasseurs d’Orient remontent un peu à une cinquantaine.

Le Conseil d'administration du Bataillon des Chasseurs d'Orient à Ancône en novembre 1813 comprend : Gabriel Sidarious, Colonel, ex Chef de Brigade de la Légion Copte ; Abdallah Mansoura, Chef de Bataillon, ex Chef de Bataillon de la Légion Copte; Jean Paul Begon, Capitaine adjudant-major, ex Sous-lieutenant à la Légion Copte; Joseph Pompily, Aide chirurgien; Nicole Kiriako, Capitaine, ex Capitaine de la Légion Grecque; Mateo Samatraky, Lieutenant; Jami Stratti, Lieutenant; Giorgi Lucarax, Lieutenant, ex Lieutenant à la Légion Copte.

En novembre 1813 justement, arrivent les troupes napolitaines de Murat, menées par le Général Mac Donald. Le Général commandant la région et les troupes franco-italiennes, le Général Barbou, se méfiant, replie ses forces sur la citadelle et un camp retranché.

Le 13 janvier 1814, les Napolitains se renforcent. Barbou crée un conseil de défense où siège le Colonel Gabriel Sidarious. Ses 60 hommes sont une force appréciable, les Italiens étant essentiellement des conscrits.

Le 16 janvier 1814, les hostilités sont déclarées avec les Napolitains devant la place qui se contentent d’un blocus. Les Chasseurs d’Orient tiennent la position de la lunette Saint-Etienne.

Le 30 janvier Murat, vient en personne. Mais Barbou ne cède toujours pas aux sollicitations de se rendre.

Le 12 février, il fait même une sortie, avec entre autres 50 hommes des Chasseurs d’Orient aux ordres du Chef de Bataillon Aragli pour se procurer des vivres.

A partir du 13, les napolitains entament un bombardement destructeur. La garnison capitule avec les honneurs le 18 et peut rallier les lignes françaises. Chose faite, les Chasseurs d’Orient sont dirigés vers Turin. La situation est extrêmement précaire.

Le Bataillon va finir par évacuer l’Italie, après la capitulation du Vice-Roi Eugène de Beauharnais, et va se retrouver à Lyon où il va être dissout en septembre 1814.

La plupart des Officiers et soldats non français gagnent Marseille pour apprendre qu’ils sont mis en demi solde. Pour leur action en faveur de la France, des Officiers dont Gabriel Sidarious et Nicole Papas Oglou seront naturalisés par les autorités royales.

/ Les uniformes des Chasseurs d'Orient

Figure 1 : le Bataillon à Corfou par Boisselier : Le Bataillon est habillé comme l’infanterie légère et reçoit en 1803 le petit shako sans jugulaires qui est orné d’un plumet vert à sommet rouge porté sur le coté gauche. Cordon et raquettes blancs ; pde métal blanc losangique.

La tenue est de fond bleu foncé, collet et patte de parements écarlates, passepoils blancs, revers en pointe. Gilet blanc, Culotte bleue entrant dans des demi-guêtres noires.

Au fond, un Carabinier avec ses distinctives écarlates habituelles au schako, plumet, épaulettes etc ...

Figure 2 : Le colonel Gabriel Sidarious en 1814 : En revenant à Ancône, port, sur l’Adriatique, en août 1813, le Régiment peut enfin se procurer de nouvelles tenues à l’ordonnance du modèle Bardin et un peu se renforcer en embauchant quelques Grecs, nombreux dans les ports de la région. Nous avons ici reconstitué la tenue du Colonel, en surtout de petite tenue, qui arbore fièrement son étoile de chevalier de la Légion d’honneur. Le galonnage de son shako, ses boutons et ses deux épaulettes sont argent ; le gilet est blanc. Ceinturon vert galonné d’argent. Hausse-col et plaque de ceinturon de métal doré ornés d’un cor de chasse argent. Le shako n'a pas de plaque, juste la cocarde portée avec une large ganse argent. Epée à dragonne argent. Bottes noires à galon argent. Il porte la moustache comme les témoignages le rapportent.

Biblio

- BOPPE (A.) : "Le colonel Nicole Papas Oglou et le Bataillon des Chasseurs d'Orient" (Carnets de la Sabretache, nov. 1899-janv. 1900).

- MARTIN VIGNOLLE : "Précis historique des opérations militaires de l’Armée d'Italie en 1813 et 1814", Ed Barrois, Paris, 1817

- JEAN SAVANT : "Soldats grecs de la Révolution et de l’Empire", Athènes, 1939.

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