Le 5e Régiment d'Infanterie de Ligne

1800-1815

Avertissement et remerciements : Cet article, que nous compléterons au fur et à mesure de nos découvertes ultérieures, nous a été adressé par notre collègue et ami du Bivouac, Didier Davin, que nous remercions tout particulièrement pour sa disponibilité et son érudition.

C’est en 1796 que se forme la 5e Demi-brigade d'Infanterie de Ligne de seconde formation, amalgamant les 146e Demi-brigade de Bataille et 193e Demi-brigade de Bataille. La Demi-brigade fait une brillante campagne à l’Armée d’Italie puis continue à combattre sur ce même théâtre d’opérations jusqu'en 1799. A la fin de 1799, deux Bataillons sont versés à l’Armée du Danube puis du Rhin. Un Bataillon, fait prisonnier en Italie, rejoint la France.

/ 1800, en France

Eclaireur du 5e de Ligne, 1800
Fig. 1 Eclaireur du 5e de Ligne, en 1800

En 1800, la Demi-brigade stationne en France et en Belgique.

La 5e Demi-brigade, parmi d’autres, est chargée de regrouper ses Grenadiers et des Fusiliers d’élite appelés "Eclaireurs". Puis ceux-ci sont formés en Bataillons spécifiques dits "Bataillons d’Elite".

Le 18 juillet 1800 (29 messidor an 8), Bonaparte écrit depuis son Quartier général à Paris, au Citoyen Carnot : "Je vous prie, Citoyen Ministre, d'ordonner au général Mortier de compléter les compagnies de grenadiers des 12e, 45e et 64e demi-brigades, et de former une compagnie d'éclaireurs forte de 100 hommes par bataillon, choisie parmi des hommes vigoureux et d'élite, et commandée par des officiers distingués.
Vous donnerez le même ordre pour les 6e, 5e et 35e de ligne, et la 26e légère.
Chaque demi-brigade enverra un chef de bataillon, un adjudant-major et un adjudant sous-officier pour commander ces compagnies.
Vous donnerez l'ordre pour que ces différentes compagnies soient rendues à Paris pour le 15 thermidor.
Il est nécessaire que vous teniez en réserve une certaine quantité de baïonnettes, fusils, habits, souliers, chapeaux, briquets de grenadiers, etc. pour pouvoir compléter l'équipement de ces corps, et qu'au 15 thermidor ils soient en état d'entrer en campagne
" (Correspondance inédite et confidentielle de Napoléon, t. 2, Italie; Correspondance de Napoléon, t.6, lettre 5000).

"Paris, 1er août 1800
ARRÊTÉ
ARTICLE ler. – Les grenadiers et éclaireurs des 5e, 6e, 35e, 64e ligne et 26e légère seront campé entre Beauvais et Amiens. Les compagnies de grenadiers et d’éclaireurs de chaque demi-brigade fourniront un seul bataillon.
ART. 2. – Ils seront commandés par le général Murat.
ART. 3. – l1 y aura à ce camp deux escadrons du 24e de chasseurs, deux escadrons du 5e de dragons, et douze pièces d’artillerie dont six servies par l’artillerie légère.
ART. 4. – Toutes les compagnies de grenadiers et d’éclaireurs passeront à Paris pour s’habiller ; elles n’en partiront qu’après avoir passé la revue du ministre de la guerre.
ART. 5. – An 20 thermidor (8 août), le camp entre Beauvais et Amiens sera formé. Les troupes seront baraquées si le local est favorable sinon elles seront campées.
ART. 6. – Les troupes composant ce camp jouiront d’un supplément de solde pour remplacer la viande. I1 leur sera donné de l’eau-de-vie toutes les fois qu’elles manœuvreront.
ART. 7. – 11 y aura deux généraux de brigade attachés au camp
" (Correspondance de Napoléon, t.6, lettre 5045).

Le 9 août 1800, en récompense de ses services, le Chef de Brigade Teste prend la tête de l’unité.

Le 30 septembre 1800, (8 vendémiaire an 9), Bonaparte écrit depuis Paris à Carnot, Ministre de la Guerre : (SHD, département de l'Armée de Terre, 17 C 28) précise en marge : "Je vous prie, citoyen ministre, de me faire connaître quand les seconds bataillons de des 26e légère, à Rouen, 35e qui est à Lille, 5e de ligne qui est dans la 24e division, et 104e qui est à Lyon, seront habillés et complétés à 400 hommes sous les armes, indépendamment des éclaireurs et grenadiers qui sont au camp d'Amiens ...". Une copie de service, certifiée conforme par le chef de bureau du mouvement Gérard (SHD, département de l'Armée de Terre, 17 C 28), précise en marge de cette lettre : "2°) Note du Bureau du mouvement. Les grenadiers et des compagnies d'éclaireurs composés de cent hommes ont été tirés des 5e, 35e demi-brigades de ligne et de la 26e d'infanterie légère. Les premiers bataillons de chacune de ces demi-brigades complétées à 500 hommes sont également partis pour se rendre au camp près d'Amiens. Il ne reste plus que le fond des deux derniers bataillons de ces demi-brigades qui doivent être réunis en un seul d'après l'arrêté du 9 fructidor dernier" (Correspondance générale, t.3, lettre 5672).

La 5e Demi-brigade de Ligne ne compte plus alors que son Bataillon d’élite avec son 1er Bataillon et un autre Bataillon (le 2ème).

Le 1er Bataillon est à Versailles, le Bataillon d’élite à Amiens et le second à Bruges. Teste réunit bientôt son 1er Bataillon et son Bataillon d’élite à Versailles ; le 1er Bataillon, aux ordres du Chef de Bataillon Richard, et le Bataillon d’élite, aux ordres du Capitaine Levassor.

En novembre 1800, un Corps d’observation du Midi est confié à Murat pour s’opposer aux Napolitains qui se sont avancés en Toscane, et aussi contrôler officieusement le Pape. La 5e de Ligne en fait partie au sein de la Brigade Broussier.

/ 1801-1803, retour en Italie

Les troupes de Murat se réunissent le 20 janvier, à Bologne, puis marchent vers le Sud sur Ancône et vers la Toscane. Murat établit son Quartier général à Florence. D’abord dépendant du commandement de l’Armée d’Italie de Brune, il devient autonome. Il chasse les Napolitains des Etats Pontificaux en février.

La Toscane, érigée par Bonaparte en Royaume d’Etrurie en mars 1801, conserve des garnisons françaises à Livourne, Sienne et Pistoia. Et doit les solder !

D'après l'Emplacement des troupes de la République française à l'époque du 1er fructidor an 9 (19 août 1801), la 5e Demi-brigade d'infanterie de ligne a son Bataillon d'élite et 1er Bataillon à l'Armée d'observation du Midi, et son 2e Bataillon à Bruxelles.

Murat devient Général en chef de toutes les troupes en Italie en août 1801.

Après avoir séjourné à Florence, la Demi-brigade est envoyée à Livourne remplacer la 60e de Ligne.

D'après l'Etat militaire de l'an X (1802), le 1er Bataillon et le Bataillon d'élite de la 5e Demi-brigade sont à Livourne, et le 2e Bataillon à Bruxelles.

Le 25 janvier 1802, Bonaparte est devenu Président de la République Cisalpine.

Le 2ème Bataillon part de Belgique rejoindre sa Demi-brigade.

L’Etat militaire de l’an XI nous montre la 5e Demi-brigade à Livourne en Etrurie : Chef de Brigade Teste, Chefs de Bataillon Gaillard, Richard et Levesque.

L’arrêté du 1er vendémiaire an XII (24 septembre 1803) rétablit la dénomination de Régiment d’infanterie. Le Régiment est désormais à 4 Bataillons. Il a dissous son Bataillon d’élite et incorporé deux Bataillons de la 87e de Ligne. Le Chef de Brigade Teste devient Colonel.

/ 1804

Au début de l’année, Murat a quitté l’Italie et devient Gouverneur de Paris. Le 18 mai l’Empire est proclamé.

Le 5e de Ligne stationne désormais à Turin et y perfectionne son entrainement.

Le nouvel Empereur écrit de Coblentz, le 19 septembre 1804, à M. Barbé-Marbois, Ministre du Trésor public : "Vous trouverez ci-joint l’état que m’envoie le ministre de la guerre. Il en résulte que la solde ne doit monter qu’à 8,684,000 fr. pour vendémiaire ; encore, sur cette somme, y a-t-il des observations à faire.
On a porté en plus le 5e régiment de ligne, qui n’est plus en Étrurie ; mais il fallait porter en moins le 62e, qui n’est plus en Piémont et qui est passé à la solde de 1’Étrurie
".

Puis à Berthier : "... Si le 5e de Ligne est passé de la solde de l’Etrurie à celle de France, le 62e qui était à Turin est allé en Etrurie ...".

A la fin de l’année, le Colonel Teste accompagne une délégation de son Régiment pour recevoir le 5 décembre, sous une pluie battante, les nouvelles Aigles et drapeaux qui désormais l’accompagneront (voir le chapitre les drapeaux du 5e de Ligne).

/ 1805, l'Armée d'Italie

Grenadier du 5e de Ligne en 1805
Fig. 2 Grenadier du 5e de Ligne en 1805

Le 5e de Ligne aligne ses 4 Bataillons. Napoléon se voit proposer la couronne de Roi d’Italie le 8 mars.

Il va venir se faire couronner et visiter son nouveau Royaume. Il passe à Turin le 24 avril et y stationne non loin de là. Le 5e de Ligne lui rend les honneurs et lui sert de garde avec ses Grenadiers.

En mai, Napoléon se fait couronner à Milan. Au milieu de l’année, le 5e de Ligne escorte les cendres de Desaix jusqu’au pied des Alpes. En Juillet 1805, nouvelle revue de l’Empereur avant qu’il ne quitte l’Italie, très satisfait de la bonne tenue du Régiment.

A partir de septembre 1805, tandis que Napoléon fait pivoter ses troupes des côtes de l'Empire vers l'Europe centrale pour contrer l'offensive autrichienne et russe, les forces franco-italiennes dans la péninsule ont un double objectif : l'Armée d'Italie, dans le Royaume du même nom, confiée à Masséna, doit fixer les Autrichiens en Italie du Nord et les empêcher de rejoindre Vienne ; et le Corps d'Armée de Gouvion Saint-Cyr doit contrôler le royaume de Naples.

Trois Bataillons du 5e de Ligne sont à l'Armée d'Italie de Masséna, à la Brigade Herbin, Division Molitor, placés au centre des lignes françaises. L’Adige étant la ligne de démarcation entre le Royaume d'Italie et l'Italie sous contrôle autrichien, est franchie par Masséna à et autour de Vérone le 18 octobre. Après dix jours de face à face, les adversaires se heurtent à Caldiero. Bataille assez sanglante mais qui, sur le plan stratégique, n'empêche pas les Autrichiens de l'Archiduc Charles de retraiter vers Vienne, laissant derrière eux de fortes garnisons, dont celle de Venise.

Le 5e de Ligne y a de nombreuses pertes en s’emparant de redoutes ennemies. Il y a planté ses trois Aigles mais a perdu celle du 1er Bataillon, tandis que celle du second est fracassée par un boulet.

Masséna, menacé au sud par le débarquement à Naples de Russes et d'Anglais, et craignant une contre-attaque à partir du Tyrol, décide de rester sur ses positions.

Pendant ce temps, les troupes de Gouvion Saint-Cyr avaient quitté le Royaume de Naples au début octobre pour rallier Masséna. A la mi-novembre, elles se trouvaient aux alentours de Padoue. Masséna leur donnait alors l'ordre de bloquer la garnison autrichienne de Venise.

La campagne finit victorieusement avec Austerlitz.

/ Le 5e de Ligne en Dalmatie et en Italie, 1806-1808

 

Annexions françaises en Dalmatie, 1806
Annexions françaises en Dalmatie, 1806

Le Traité de Presbourg, 26 décembre 1805, a fait céder par l'Autriche au Royaume d'Italie, la Dalmatie et les Bouches de Cattaro (Kotor, actuellement au Monténégro). L'Italie devait y installer une administration civile, des forces franco-italiennes y formant un Corps d'occupation. La remise des provinces cédées à l'Italie devait s'effectuer du 30 janvier au 28 février. Or, les Autrichiens ont permis aux Russes, déjà présents à Corfou, de s'installer à Cattaro. Russes qui ne se sentent pas liés par le traité. C’est le Prince Eugène qui est chargé de superviser la prise de possession.

Les Généraux Molitor et Lauriston sont chargés de la prise de contrôle initiale. Molitor traverse la Croatie (avec autorisation des Autrichiens) pour arriver le 20 février 1806 à Zadar (Zara). La Dalmatie est donc rapidement soumise.

Le 21 février 1806, Napoléon écrit à Eugène : "... Vous ne me dites pas où est le dépôt du 5eme de Ligne ; Je ne vois pas la situation du Corps du général Marmont dans votre état …
Les 5e, 23e et 79e qui vont en Dalmatie doivent être au grand complet de guerre …
Faites lui passer (à Molitor) le 8eme régiment d’infanterie légère, les 5eme, 23e ,79e et 81e de Ligne, 4 compagnies d’artillerie française, une demi compagnie d’ouvriers, 12 pièces d’artillerie etc ...
".

L’Empereur se préoccupe de ses forces en Dalmatie. Il écrit à Eugène le 13 mars : "... Je vois que le 5e régiment d’infanterie de Ligne n’a que 1600 hommes en Dalmatie, 1700 hommes tant embarqués qu’au dépôt, 285 aux hôpitaux et 301 prisonniers de guerre ; Total de 2900 hommes sur lesquels il n’y a que 1600 présents à la division. Les prisonniers de guerre doivent être rentrés depuis longtemps ; Pourquoi y a-t-il 1700 hommes au dépôt ? ...".

Eugène répond le 29 mars : "Sire, j’ai l’honneur de rendre compte à votre majesté de ce que contient une lettre du général Molitor datée de Spalatro (Split) le 16 mars. Il a placé ses 4 régiments d’infanterie de manière à se couvrir mutuellement. Le 5e régiment est à Mararska et occupe par détachements le fort Opos et Imoschi
Par cette disposition les deux places importantes de Zara et Spalatro sont suffisamment assurées …
".

Le 16 avril 1806 est formée officiellement l'Armée de Dalmatie. Elle est alors ravagée par les épidémies. Lauriston rejoint Molitor avec des renforts.

Au début mai, le 5e de Ligne, sous les ordres du Colonel Teste, avec ses 4 Bataillons (3175 hommes), est toujours à Marasca à la Division Molitor (QG à Zara).
Le 28 mai 1806, Raguse (Dubrovnik), petite territoire encore indépendant, est occupée par Lauriston. Une Division d’Albanie et alors créée avec son QG à Raguse. Le 5e et le 23e de Ligne y ont été détachés. Lauriston doit s’emparer de Castel Nuovo (Herceg Novi) et des Bouches de Cattaro (Kotor), encore aux mains des Russes, mais il se voit bientôt assiégé par des forces russo-monténégrines. Le Monténégro, qui a arraché son indépendance des Turcs, est allié des Russes. En fait, Lauriston ne dispose au départ que du 5e de Ligne, le 23e ayant été retardé dans son voyage par mer.

Le 3 juin, Lauriston écrit à Eugène : "Monseigneur, je vois que votre Altesse compte beaucoup sur les 5e et 23e régiments à 4 bataillons chacun ; Le plus fort n’a que 1600 hommes et l’autre 1500 ; Nous sommes dans le temps des chaleurs, il tombe beaucoup de malades ; Chacun de ces régiments en a de 7 à 800 en Dalmatie …".

Le 28 juin, Napoléon est toujours persuadé que les Bouches de Cattaro pourront être prises. Il écrit à Eugène : "... Les deux premiers bataillons du 23e de Ligne, les deux bataillons du 5e de Ligne, le bataillon brescian, le 3e bataillon du 4e Italien … prendront possession des Bouches de Cattaro sous les ordres du général Lauriston. Mettez tous vos soins à tenir au complet les 5e et 23e de Ligne et les troupes italiennes qui stationnent en Albanie (région de Raguse et Cattaro NDLR)".

Pendant ce temps, le siège de Raguse par les russo-monténégrins est très pénible et Lauriston a de grandes peines à tenter des raids de désencerclement. "... je n’ai encore que le 5e de Ligne ..., écrit-il, et il est sur les dents ...". Ce siège lui coûtera près de 2000 hommes.

Molitor se porte enfin à son secours.

Au commencement de juillet 1806, Napoléon donne l'ordre au Général Marmont de partir pour la Dalmatie, et l'autorise à emmener avec lui trois Régiments d'Infanterie à son choix. Par ailleurs, toujours en Juillet 1806, un traité demande expressément à la Russie d'évacuer Cattaro. Mais l'Amiral Siniavin qui commande les forces russes et de nombreux miliciens monténégrins tergiverse.

Le 7 juillet 1806, depuis Saint-Cloud, l'Empereur écrit au Prince Eugène : "Mon Fils, donnez ordre au général Marmont de se rendre en Dalmatie. Il prendra le titre de commandant en chef de mon armée de Dalmatie. Son premier soin sera de dégager le général Lauriston. Il partira vingt-quatre heures au plus tard après en avoir reçu l'ordre, afin d'être rendu à Zara le plus tôt possible. J'ai vu avec peine que le général Molitor n'a fait aucune des choses que j'avais ordonnées. Faites-moi connaître pourquoi, au lieu de réunir 4,000 hommes sur la Narenta pour soutenir le général Lauriston, il a laissé ses troupes disséminées. Quel que soit le nombre des malades dans mes troupes qui sont en Dalmatie, je ne puis concevoir que le 8e d'infanterie légère, les 5e, 23e, 79e et 81e régiments d'infanterie de ligne, ayant ensemble un effectif de plus de 15,000 hommes en Dalmatie, ne puissent pas offrir 8 à 9,000 hommes en ligne".

Napoléon prévoit de retirer les 3e et et 4e Bataillons de ses Régiments en Dalmatie pour former une Réserve en Italie.

Le 9 juillet 1806, Napoléon écrit depuis Saint-Cloud, à Eugène, Vice-Roi d'Italie : "Mon Fils, j'ai nommé le général Marmont commandant de mon armée de Dalmatie. Il sera sans doute parti pour Zara. Il est bien nécessaire que les 3e et 4e bataillons du 60e, le 3e du 18e d'infanterie légère, et les 3es et 4es bataillons des régiments que le général Marmont aura emmenés, soient formés en une division de réserve, qui portera le nom de division de réserve de Dalmatie. Vous y réunirez les dépôts du 8e d'infanterie légère, des 5e, 23e, 79e et 81e de ligne. Tous ces détachements seront divisés en trois brigades à Padoue, Vicence et Trévise, sous les ordres des majors et sous l'inspection d'un général de brigade, qui s'occupera sans relâche de former et d'organiser ces dépôts, et de tout préparer pour l'arrivée des conscrits. Par ce moyen, vous pourrez exercer une grande surveillance sur l'administration et l'instruction de ces dépôts. Faites-y diriger tous les malades et tout ce qu'il y aurait en arrière appartenant à ces corps.
Lorsque les circonstances le permettront, faites venir les cadres des 3es et 4es bataillons des 5e et 23e de ligne, et ceux du 8e léger et des 79e et 81e de ligne. Je n'ai pas besoin de vous faire sentir l'importance de ces mesures, car il faut tout préparer pour que ces huit ou neuf corps aient des moyens de se refaire des pertes qu'ils éprouveront par les maladies et par l'ennemi
" (Correspondance de Napoléon, t.12, lettres 10474 ; Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 12458).

Marmont se met en route le 15 juillet ; il emmène avec lui le 18e Léger, le 11e et le 35e de Ligne.

Après la délivrance de Raguse, le Général Marmont s'occupe de l'urgence : réorganiser son armée qu'il trouve dans un état sanitaire déplorable.

Le 28 juillet 1806, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Prince Eugène, Vice-Roi d'Italie : "Mon Fils
... Ne réunissez à Cattaro que le moins possible des 5e et 23e ; mais placez-y les 8e et 18e d'infanterie légère et le 11e de ligne, ce qui formera six bataillons qui doivent faire 5,000 hommes ; et, pour compléter 6,000 hommes, ajoutez-y le 60e ...
Après que les grandes chaleurs seront passées et que le général Marmont aura rassemblé tous ses moyens et organisé ses forces, avec 12,000 hommes il tombera sur les Monténégrins pour leur rendre les barbaries qu'ils ont faites ; il tâchera de prendre l'évêque ; et, en attendant, il dissimulera autant qu'il pourra. Tant que ces brigands n'auront pas reçu une bonne leçon, ils seront toujours prêts à se déclarer contre nous. Le général Marmont peut employer le général Molitor, le général Guillet et les autres généraux à ces opérations. Il peut laisser pour la garde de la Dalmatie le 81e.
Ainsi le général Marmont a sous ses ordres, en troupes italiennes, un bataillon de la Garde, un bataillon brescian et un autre bataillon ; ce qui, avec les canonniers italiens, ne fait pas loin de 2,400 hommes. Il a, en troupes françaises, les 5e, 23e et 79e, qui sont à Raguse et qui forment, à ce qu'il paraît, 4,500 hommes, le 81e, et les hôpitaux et détachements de ces régiments, qui doivent former un bon nombre de troupes. Il a enfin les 8e et 18e d'infanterie légère et les 11e et 60e de ligne ...
Faites-moi connaître où se trouvent …, et si les ordres que j'ai donnés pour la formation des réserves en Dalmatie sont déjà exécutés ...
" (Correspondance de Napoléon, t.13, lettres 10557 ; Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 12585).
Molitor tient la Dalmatie; Lauriston, Raguse et son territoire ; et Marmont supervise le tout. Les troupes de l'Armée de Dalmatie vont se répartir dans les places fortes du territoire.

Napoléon écrit à Eugène le 30 août : "… Les 5e, 23e, 60e 79e sont portés comme ayant 500 malades ; il y en a je crois plus de 1500 à 1800 dans le pays, sans compter ceux qui sont en Dalmatie ... Que tous les malades appartenant aux 3e et 4e bataillons des 5e et 23e qui sont en Dalmatie ne doivent pas rejoindre les dépôts de leurs régiments qui sont en Italie … A cet effet le général Marmont doit établir, comme je l’avais fait à l’armée d’Italie et il doit s'en souvenir, des dépôts de convalescence aérés et sains où il dirigera tout ce qui sort des hôpitaux de Dalmatie, pour de là les envoyer par détachements d’une cinquantaine d’hommes à Cattaro et à Raguse par eau ...".

Le 4 septembre 1806, l'Empereur écrit depuis Saint-Cloud, au Général Dejean, Ministre Directeur de l'Administration de la Guerre : "Monsieur Dejean, je vous envoie des revues du général Charpentier qui sont très importantes. Vous verrez qu'un grand nombre d'hommes de l'armée de Dalmatie qui sont aux dépôts à Vicence sont encore habillés en bourgeois. Depuis la revue passée par le général Schauenburg, il y a beaucoup de monde rentré des hôpitaux, hors d'état de service. J’attends avec quelque empressement la revue de ce général, pour savoir les corps qu’il a inspectés, le nombre d'hommes qu'il a proposés pour la retraite ou la réforme, s’ils sont partis, et si l'on a nommé à toutes les places vacantes. Vous verrez dans le livret de la revue des dépôts de l'armée de Dalmatie que les dépôts du 8e et 18e d’infanterie légère ... n'ont point leurs majors ; que sur huit régiments il manque quatre troisièmes chefs de bataillon, cinq quartiers-maîtres et cinq adjudants-majors aux dépôts. Écrivez au général Marmont pour lui faire sentir l’importance de renvoyer les cadres des 3es et 4es bataillons de ses régiments, les majors et les 3es et 4es chefs de bataillon aux dépôts en Italie puisque c'est là qu'on va confectionner l’habillement et habiller les corps. Si cependant, vu les circonstances où se trouve l’armée de Dalmatie, les officiers et les chefs ouvriers tardaient à arriver, vous vous entendrez avec le vice-roi pour la réception des draps que vous enverrez aux dépôts des régiments pour les confectionner et les distribuer aux conscrits à mesure qu'ils arriveront ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 12863).

Le 16 septembre, les cadres des 3e et 4e bataillons du 5e de Ligne partent enfin de Zara pour Padoue. Ainsi se constitue peu à peu la Réserve de l’armée de Dalmatie. On y verse les nouveaux conscrits où ils sont habillés et équipés.

Fin septembre 1806, Marmont apprend que les Russes, ayant reçu des renforts de Corfou, se trouvent en force à Castel-Nuovo. Il laisse à Raguse les blessés et part avec 6000 hommes. Le 30 septembre, après une marche de nuit retardée par la pluie, les troupes françaises se trouvent au lever du jour à Gruda (Konavle) où elles sont au contact des Russes. L'attaque rapide de Marmont lui permet de faire des ravages dans les rangs russes en limitant les pertes françaises.

Le lendemain 1er octobre 1806, Marmont se dirige vers Castel-Nuovo. Les hauteurs sont enlevées par les troupes d’élite, dont un Bataillon de Voltigeurs commandés par le nouveau Colonel Plauzonne du 5e de Ligne. La colonne qui avançait par la vallée débouche face à une ligne de 4000 Russes rangés en bataille. Au corps à corps avec une armée russe supérieure en nombre, les Régiments français remportent l'avantage. Les Russes sont obligés d’évacuer la place et de réembarquer.

Le 3 octobre 1806, les troupes reprennent leur camp près du Vieux-Raguse, et s'emploient à mettre la ville en état de défense.

En novembre, les deux premiers Bataillons du 5e de Ligne sont repliés sur la Dalmatie.

Le 8 décembre, Napoléon écrit à Eugène pour son Armée d’Italie ; il recrute les 3es Bataillons des Régiments de l’Armée de Dalmatie revenus dans la péninsule : "Mon fils, je reçois votre lettre et l’état de situation du 15 novembre ; Le 79e a déjà commencé à former son 5eme bataillon ; les 5e, 11e et 23e de Ligne également …
Mon intention est que des 3es bataillons des régiments de l’Armée de Dalmatie qui sont à 4 bataillons, il soit formé une division qui sera réunie à Bassano. Le 3e bataillon du 11e de Ligne et du 79e formeront un régiment provisoire ; les 3e bataillons des 5e et 23e formeront un deuxième régiment, les 3e bataillons des 20e, 60e ou 62e formeront le 3e. Ces trois régiments devant faire une force de 6000 hommes formeront une 6e division ; Vous préparerez l’artillerie pour cette nouvelle division …
".

/ 1807

Extrait mortuaire de Jean Baptiste Sage, Caporal de Voltigeurs, 1er Bataillon du 5e de Ligne, né à Aups dans le Var, décédé à l'hôpital militaire de Zara de ses blessures, en Dalmatie en avril 1807

 

Tambour-major du 5e de Ligne vers 1807-1808
Tambour-major du 5e de Ligne vers 1807-1808
Fig. 3 Tambour-major du 5e de Ligne vers 1807-1808
Fig. 3bis Tambour-major du 5e de Ligne vers 1807-1808, d'après Martinet

Début 1807, les deux Bataillons du 5e de Ligne sont à Zara.

Le 18 Avril 1807, le Prince Eugène écrit à l’Empereur : "... Les 4e bataillons des 5e, 11e, 60e et 79e ne peuvent entrer en ligne puisque aucun des officiers des dépôt ne sont susceptibles de faire campagne, mais comme ils ont de magnifiques compagnies de grenadiers, je les fait rejoindre la division Duhesme pour que cette division puise avoir 8 bataillons de 8 compagnies ...". La Division Duhesme est une division d’élite de Grenadiers et Voltigeurs à Brescia.

Cattaro est enfin rendu aux Français, après la paix de Tilsitt (8 Juillet 1807) le 15 Août 1807.

Des renforts sont envoyés en Dalmatie : la Division Clausel. Napoléon écrit donc au prince Eugène, depuis Saint-Cloud, le 5 septembre 1807 : "A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie
Mon fils, je reçois la lettre par laquelle vous m’instruisez que vous allez passer la revue de la division Clausel, afin de la porter à 5,000 hommes.
Mon intention serait que cette division fût portée à 9 ou 10,000 hommes. En effet, les huit régiments français qui sont en Dalmatie ont un présent sous les armes de l0,000 hommes et forment seize bataillons.
La division Clause1 a, selon le dernier état du 15 août, 4,540 hommes, et le dépôt des huit régiments se compose de 5,000 hommes. La division Duhesme (division d’Ancône) à 1,000 hommes, appartenant à cinq de ces régiments.
Je pense donc qu'il faut ainsi organiser la division Clausel, savoir : 8e léger, six compagnies de 200 hommes chacune, 1,200 hommes. Il ne restera plus, au dépôt que les 6e, 7e et 8e compagnies. Les grenadiers et voltigeurs feront partie des six compagnies qui marchent ; 18e léger (même composition) 1,200; 5e de ligne (faire marcher sept compagnies de 200 hommes), 3,400; 23e, sept compagnies de 200 hommes, 4,400; 11e, sept compagnies de 200 hommes, 1,400; 79e, 1,400; 60e, 1,400; 81e, trois compagnies de 200 hommes, 600. Total, 10,000 hommes.
La division serait donc composée de deux bataillons de six compagnies chacune, formant 2,400 hommes de cinq bataillons de sept compagnies chacune, 7,000; et d’un bataillon de trois compagnies, 600 hommes. Total, 10,000 hommes.
Vous enverrez aussi 300 Brescians et 500 hommes de la garde royale, pour marcher avec la division Clausel, de manière que cette division marcherait forte de 10 à 11,000 hommes, ce qui, joint à l’armée française de Dalmatie, formerait plus de 25,000 hommes ; mais il faut que ces hommes soient bien armés, bien équipés, et qu'ils aient déjà la meilleure instruction. Si donc les 6,000 hommes qui sont aux dépôts ne vous paraissent pas suffisamment instruits et ne sont pas habillés au 1er octobre, selon l'ordre que j'en donnerai, pour aller renforcer le corps du général Marmont, vous ferez partir la division Clausel dans la situation où elle se trouve actuellement, c'est-à-dire formant 5,000 hommes, mais organisée de manière qu'il n'y ait que trois compagnies par régiment : 1,200 hommes chaque compagnie. Vous en sentez l’importance ; il faut que ces compagnies, arrivant à leurs corps en Dalmatie, puissent verser dans ces corps ce qu'ils ont au-dessus de 100 hommes. Dans ce cas, vous préparerez sur-le-champ trois autres compagnies que vous ferez partir un mois ou six semaines après, de sorte qu'au 1er janvier vous ayez envoyé en Dalmatie les 10,000 hommes qui m’y paraissent nécessaires
".

Le 1er octobre 1807, l'Empereur écrit, depuis Fontainebleau, à Eugène Napoléon, Vice-Roi d'Italie : "Mon fils, je reçois votre lettre du 22, par laquelle vous me faites connaître que la division Clausel est de plus de 5,500 hommes. Je vois avec peine que vous n'avez pas exécuté l'ordre que je vous ai donné de réduire le nombre de compagnies de manière que les 752 hommes du 8e léger ne formassent que trois compagnies de 225 hommes chacune; idem, pour les 610 hommes du 18e, pour le 5e de ligne, vous ferez partir quatre compagnies; pour le 11e, trois; pour le 23e, quatre; pour le 60e, trois; pour le 79e, trois; et deux pour le 81e; de manière que chaque compagnie sera de 200 à 450 hommes. Mon intention est que ces compagnies, arrivées à Zara, soient incorporées dans les deux premiers bataillons, et que les cadres reviennent à l’armée. Le général de division, les deux généraux de brigade, marcheront avec cette division, pour inspecter son passage ; mais, quand elle sera arrivée en Dalmatie et incorporée, tout cela rentrera en Italie. Cette division doit être considérée comme une division de renfort".

Le 30 octobre 1807, l'Empereur écrit, depuis Fontainebleau, à Eugène Napoléon, Vice-Roi d'Italie : "Mon fils, mon intention serait de compléter les deux bataillons de guerre des huit régiments qui sont en Dalmatie à l’effectif de 140 hommes par compagnie ou de 2,520 hommes pour les deux bataillons ; faites-moi faire un tableau qui me fasse connaître la situation de l’armée de Dalmatie au 15 octobre. Vous y ferez comprendre les détachements que vous avez envoyés avec la division Clausel, le nombre d’hommes que chaque régiment a aux hôpitaux de Dalmatie, l'effectif actuel de chaque régiment, et ce qui manque pour que ces huit régiments forment un total de 20,160 hommes, y compris les malades. Mon intention est également que mes troupes italiennes, qui se trouvent, en Dalmatie, soient comp1étés à l’effectif de 140 hommes par compagnie. Avant de donner aucun ordre de mouvement, vous attendrez les nouveaux ordres que je donnerai en conséquence du rapport que vous me ferez".

/ 1808

Les Régiments de l’Armée de Dalmatie envoient finalement leurs nouveaux Dépôts dans les Alpes. Ce sera Grenoble pour le 5e de Ligne. Napoléon décide donc de simplifier les mouvements de conscrits, de matériels et tenues ; il écrit, depuis Paris, le 22 février 1808, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Je vous ai envoyé, ce matin, des observations destinées à servir à la rédaction de l'instruction pour la formation de la Grande Armée. Je vous envoie maintenant pour les armées de Dalmatie, d'Italie et de Naples.
Mais il est nécessaire de commencer par une observation générale qui s'applique à toute la France, et plus particulièrement à l'Italie. On s'exposerait à des frais considérables et inutiles, si tous les magasins qui sont à Venise devaient être transportés dans les divisions des Alpes pour être confectionnés, et revenir ensuite pour pourvoir à l'habillement des bataillons de guerre. Mon intention est donc qu'avec le 4e bataillon, qui est en Italie, il y ait une partie des ouvriers pour confectionner tout ce qui reste ; que les cadres du dépôt, le quartier-maître et l'autre partie des ouvriers se rendent seuls au lieu du dépôt avec les fonds de caisse et les papiers d'administration, mais sans bagages. A cet effet, je suis décidé à n'accorder aucuns frais de transport pour les nouveaux dépôts, et il n'en faut réclamer aucun puisque tout ce qui se trouve au dépôt actuel doit être employé et confectionné sur place.
L'habillement de 1808, ainsi que les conscrits et les hommes impotents qui attendent leur retraite, se rendront au lieu du nouveau dépôt, et, quand le matériel sera épuisé, le reste des ouvriers s'y rendra également. Les objets confectionnés demeureront dans les lieux où ils se trouvent jusqu'à ce que le corps passe, pour les corps du Rhin qui sont à l'armée, ou que les effets aient été envoyés à l'armée. Cet objet est important, puisqu'il s'agit d'économiser plusieurs millions de dépense et d'empêcher que les objets ne se détériorent dans des transports inutiles. Il faut donc que le matériel ne marche jamais sans que vous ayez pris mes ordres, et, dans ce cas, vous me ferez connaître ce que coûtera chaque déplacement proposé. C'est en négligeant de telles précautions qu'on fait des frais qui sont énormes et sans utilité.
Armée de Dalmatie. - Le 8e d'infanterie légère a un effectif de 2,000 hommes ; il en est de même du 18e. Le 5e de ligne a plus de 2,000 hommes. Le 11e de ligne a un effectif de plus de 2,700 hommes. Le 79e a plus de 2,400 hommes ; le 23e de ligne, plus de 2,200 ; le 60e de ligne, 2,100. Tous ces régiments n'ont que deux bataillons ou dix-huit compagnies à l'armée de Dalmatie. Ils y seront donc formés à deux bataillons de six compagnies chacun, conformément au décret. Cet effectif est plus considérable que ne le portent vos états, parce que, le 10 février, j'ai fait partir 2,000 hommes des dépôts des régiments pour cette armée...
".

Le 20 mai 1808, l'Empereur écrit, depuis Bayonne, à Eugène Napoléon, Vice-Roi d'Italie, à Milan : "Mon fils, je ne vois pas dans votre état de situation du 1er mai les conscrits que chaque corps doit recevoir sur 1809. Vous ne me parlez point encore de la nouvelle organisation. Vous avez déjà dû recevoir une grande quantité de conscrits, mais ils auront été dirigés sur leurs nouveaux dépôts. Par la nouvelle organisation, les 9e, 13e, 55e, 42e, 53e et 84e doivent avoir leurs dépôts à Milan ; le 92e à Côme, le 1er léger à Novare. Il serait donc possible que les conscrits eussent été dirigés sur les nouveaux dépôts ; mais, comme ces régiments sont dans votre commandement, vous arrangerez cela pour le mieux. Je désirerais que les effets d'habillement voyageassent le moins possible, et que les hommes des nouveaux dépôts fussent envoyés dans les anciens dépôts, ou il y aurait des effets d’habillement ; mais il serait bon de faire venir aussi les effets d'habillement aux nouveaux dépôts ... Les dépôts de l'armée de Dalmatie se rendent à Grenoble, à Genève et à Chambéry.
L'armée d'Italie se compose donc, aujourd'hui, de 40 bataillons des 10 régiments d'infanterie de l'armée d'Italie et des 10 dépôts, ou 40 compagnies des mêmes régiments, qui restent en Italie ; des huits 4e bataillons des 8 régiments de l'armée de Dalmatie, et de 12 4e bataillons de l'armée de Naples, y compris Corfou. L'armée d'Italie se compose donc de 60 bataillons, qui, par l'appel de cette année, doivent se trouver au complet de 540 hommes, c’est-à-dire que l'armée d'Italie se compose d'un effectif de 50,000 hommes d'infanterie, sans comprendre les armées de Dalmatie et de Naples. Je vous ai déjà fait connaître que les 40 bataillons des 10 régiments de l'armée d'Italie doivent former 3 divisions, chacune de 22 bataillons ; que les 4 bataillons du 112e, avec les 8 bataillons de l'armée de Dalmatie, formeront une 4e division de 12 bataillons, et que les 12 divisions de l'armée de Naples formeraient une 5e division, chacune d'un effectif de 10,000 hommes ...
".

Le 25 juin 1808, l'Empereur écrit, depuis Bayonne, au Prince Eugène, Vice-Roi d'Italie : "Vous devez avoir reçu les instructions du ministre de la Guerre pour la nouvelle organisation de l’armée.
... Quatrièmes bataillons de l'armée de Dalmatie :
Les huit quatrièmes bataillons de l'armée de Dalmatie ont déjà leurs compagnies de grenadiers et de voltigeurs réunies à Trévise. Il faut compléter sans délai les 4es bataillons. Ils ont au dépôt en Italie 3 800 hommes ; ils ont 2 900 présents à la division Souham, ce qui fait 6 700 hommes, qu'ils ont en Italie, mais ils ont beaucoup d'hommes dans la 72e division militaire. Les huit bataillons à 840 hommes forment 6 700 hommes.
Il est donc très urgent que vous défassiez ces 1er, 2e et 3e régiments d'élite qui sont sous les ordres de Souham, en laissant subsister les corps qui les composent, mais en en formant trois régiments provisoires à 4 bataillons. Le 1er sera composé d'un bataillon du 8e léger et d'un du 18e léger, ce qui fera un régiment d'infanterie légère fort de 1680 hommes à l'effectif ...
Formez-les sans délai ; vous le pouvez ; afin de défaire le chapitre intitulé : dépôts de Dalmatie, qui est inutile.
Tout cela doit être réuni ; vous renverrez en France l'inutile au complet des 4es bataillons. Cette division sera très belle. Il me tarde de la voir formée afin que Souham ait le temps de la réunir et de la connaître ...
Ainsi, il faut mettre de l'ensemble dans l'armée d'Italie ...
La 4e division serait composée des 8 quatrièmes bataillons de l'armée de Dalmatie, de 4 bataillons du 13e de ligne, formant 8 000 hommes présents sous les armes, 500 aux hôpitaux ; total 8500 hommes, effectif ...
" (Correspondance générale de Napoléon, t.8, lettre 18406).

La 4e Division doit être commandée par le Général Souham, qui commandait précédemment la 5e.

Les premiers éléments du 5e léger vont passer alors en Espagne en Catalogne. Le 8 juillet 1808, l'Empereur écrit, depuis Bayonne, au Général Reille, son Aide de camp, à Bellegarde : "... Le 1er bataillon provisoire de Perpignan composé de six compagnies des 1er, 62e, 5e et 24e de ligne, et des 16e et 22e légers, formant 840 hommes, le 2e bataillon provisoire de Perpignan composé de six compagnies des 8e et 18e légers et des 23e, 60e, 79e et 81e de ligne, ces deux bataillons formant 1,600 hommes, doivent se trouver réunis du 20 au 22 à Perpignan. Ces deux bataillons arrivent de différents points. Chargez le commandant de la place de les former. Le major général a dû nommer les chefs de bataillon et adjudants-majors pour les commander ..." (Correspondance de Napoléon, t.17, lettre 14168 ; Correspondance générale de Napoléon, t.8, lettre 18509).

Le 21 octobre 1808, l'Empereur, depuis Saint-Cloud, écrit à Eugène, Vice-Roi d'Italie : "Mon fils, vous ne m'envoyez jamais les états de mon armée italienne. Je vous ai dit bien des fois qu'il me faut ces états tous les dix jours. Envoyez-m'en un sans délai. Mon armée d’Italie doit être prête à entrer en campagne au mois de mars. Sa composition sera la suivante : ... 9 quatrièmes bataillons de l'armée de Dalmatie
1er bataillon du 8e légère
1er bataillon du 18e idem
8e 2 bataillons
5e 1 bataillon
23e 1 bataillon
11e 1 bataillon
79e 1 bataillon
60e 1 bataillon
9 bataillons ...
" (Correspondance générale de Napoléon, t.8, lettre 19097).

/ 1809, la campagne d'Autriche et d'Italie du 5e de Ligne

Fusilier du 5e de Ligne 1809
Fig. 4 Fusilier du 5e de Ligne en 1809

Le Régiment est divisé en deux contingents : un avec l’Armée de Dalmatie, 1er et 2e Bataillons; un avec l’Armée d’Italie (3e et 4e Bataillons); un 5e Bataillon forme le Dépôt, porté à Grenoble.

Dès le début de l’année, Napoléon s’occupe des Dépôts des Régiments de l’Armée de Dalmatie pour leur faire transférer des renforts bien équipés en Italie aux 3e et 4e bataillons.

Le 9 janvier 1809, l'Empereur écrit, depuis Valladolid, au Général Dejean, Ministre de l'Administration de la Guerre : "Monsieur le général Dejean, les habillements ne sont pas arrivés à Gênes, à Grenoble, ni à Chambéry, de sorte que les huit dépôts qui sont dans ces trois places qui offraient au 1er décembre 4 300 hommes et qui aujourd'hui doivent en contenir plus de 6000 n’offraient cependant que 500 hommes habillés et disponibles. Donnez des ordres aux majors et aux commandants de ces dépôts, et faites-leur connaître que je les rends responsables, si avant février tout ce qu'ils ont aux dépôts n'est point en état de partir".

Le 10 janvier 1809, l'Empereur écrit, depuis Valladolid, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le général Clarke ... Je désirerais que les 8 dépôts de l'armée de Dalmatie qui sont dans la 7e division militaire réunissent à Chambéry 16 compagnies formant trois bataillons de marche. Le 1er sera composé d'une compagnie du 5e de ligne, d'une du 11e, d'une du 23e, d’une du 60e, d’une du 79e, d'une du 81e, d'une du 8e légère, et d'une du 18e légère. Ces huit compagnies se réuniront à Chambéry bien armées et bien habillées et seront prêtes à partir le 20 janvier de cette ville. Le 2e bataillon composé de la même manière sera prêt à partir le 10 février et le 3e bataillon composé de la même manière le 20 février. Ce régiment de marche de l'armée de Dalmatie fera un renfort de [4 700] hommes pour les dépôts de de cette armée ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.8, lettre 19766).

Et le 15 janvier 1809, l'Empereur écrit, depuis Valladolid, au Maréchal Berthier, Major général de l'Armée d'Espagne : "… Donnez ordre au général Mathieu Dumas de partir dans trois jours pour se rendre dans toute diligence [sic] dans la 8e division militaire ...
Le général Dumas ira ensuite dans la 7e division militaire, où il passera demain en revue le 5e, le 11e, le 23e, le 60e, le 79e, le 10e de ligne, le 8e et le 18e d'infanterie légère. Il y a là 5 à 600 conscrits qui sont nécessaires à l'armée d'Italie et pour compléter les 3es bataillons de Dalmatie qui se trouvent réunis aux environs de Venise. Il vérifiera ce qui peut empêcher que ces conscrits ne soient habillés et en état de partir. Je désire que le général Dumas les mette en route avant le 15 février et qu'ils puissent être réunis à leurs bataillons avant le 1er mars ; il lèvera toutes les difficultés.
... Le général Dumas, lorsque sa mission sera finie, viendra me présenter l'ensemble de ses opérations dans l'endroit où je serai. Mais il est nécessaire que lorsqu'il passe en revue un régiment, il en adresse sur-le-champ un rapport particulier au ministre de la Guerre et lui fasse connaître ce qu'il y a à faire pour activer l'armement et l'habillement. Il devra faire de son côté tout ce qu'il pourra auprès du major et des préfets pour donner à ces opérations toute l'activité convenable
" (Correspondance générale de Napoléon, t.8, lettre 19840).

Puis il s’occupe de l’Armée de Dalmatie de Marmont. Le 14 janvier 1809, l'Empereur écrit, depuis Valladolid, à Eugène Napoléon, Vice-Roi d'Italie, à Milan : "Mon Fils, vous enverrez de ma part l'ordre suivant au général Marmont … Si les Autrichiens portaient des forces considérables sur l'Isonzo et la Dalmatie, l'intention de l'Empereur est que son armée de la Dalmatie soit disposée de la manière suivante : Le quartier général à Zara avec toute l'artillerie de campagne, le 8e, le 18e d'infanterie légère, le 5e, le 11e et le 81e de ligne, les cavaliers et les vélites royaux, s'ils ne sont pas déjà passés en Italie, le 23e, le 60e et le 79e, formant, avec le peu de cavalerie qu'il y a, l'artillerie et les sapeurs, en tout 17,000 hommes ..." (Correspondance de Napoléon, t.18, lettre 14706 ; Correspondance générale de Napoléon, t.8, lettre 19833).

Le 17 mars 1809, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le général Clarke, donnez ordre que le dépôt du 1er régiment de ligne fasse partir avant la fin de mars, 60 hommes ; celui du 62e, 60 hommes ; celui du 22e légère, 300 hommes ; celui du 5e de ligne, 60 hommes ; celui du 18e légère, 60 hommes ; celui du 79e, 60 hommes ; celui du 81e, 200 hommes ; celui du 60e, 200 hommes ; celui du 8e légère, 200 hommes et celui du 23e de ligne, 200 hommes. Vous ordonnerez que ces détachements se réunissent ; ceux qui passent par le Mont-Cenis, à Chambéry, et s'y forment en bataillon de marche ; ceux aui vont par la corniche, à Gênes, et de là, marchent en ordre pour renforcer l'armée" (Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 20419).

En Avril 1809, on retrouve les 3e et 4e Bataillons à la Division Barbou, 1ère Brigade Moreau stationnée à Trevise, Citadella, Bassano et Feltre.

Tandis que les 1er et 2e Bataillons sont à la Division Montrichard de l’Armée de Dalmatie.

- La campagne de 1809 des 3e et 4e Bataillons

Le 10 avril, l’Archiduc Jean pénètre en Italie sans déclaration de guerre préalable. La Division Barbou se porte de Pordenone à Sacile et se retrouve au centre de la seconde ligne franco italienne.

Le 16, le Prince Eugène, avec 3 Divisions, y livre bataille à l'armée autrichienne. En infériorité numérique, il doit se replier. La Division Barbou couvre la retraite de l'armée derrière la Piave, puis sur Trévise, Vicence et Vérone.

Puis la Division Barbou se replie sur Venise et met la place en état de défense. Les Autrichiens commencent leurs attaques le 23 avril. Le 5e de Ligne, aux ordres du Major Bourgault, défend le fort de Malghera.

Le Général Vila prend le commandement de la place de Venise, tandis que le 4 mai, la Division Durutte force le blocus et les Autrichiens se replient.

Au début de la campagne, le Tyrol, cédé à la Bavière en 1806, se révolte, soutenu par les Autrichiens. La zone frontalière de la Haute-Italie est alors menacée.

Fin juin, les deux Bataillons du 5e sont envoyés dans la vallée de la Brenta pour lutter contre des incursions. En septembre, on les y retrouve avec le Général Peyri.

La révolte du sud Tyrol va durer jusqu’au début décembre, alors que la paix a été signée avec l’Autriche le 14 octobre suite à Wagram.

La capture du célèbre chef de partisans Andréas Hofer en janvier marque l’épilogue de cette révolte. Le Tyrol est alors est partagé entre le Royaume d’Italie, les Provinces Illyriennes et la Bavière.

- La campagne de 1809 des 1er et 2e Bataillons à l’Armée de Dalmatie

Durant tout l’hiver 1809, l’Armée de Dalmatie s’était préparée à la future confrontation.

Le 15 mars 1809, Napoléon donna l'ordre au Général Marmont d’entrer en campagne dès que la guerre avec l'Autriche serait déclarée, pour faire diversion en faveur de l'Armée d'Italie et menacer le flanc gauche de l'Armée autrichienne qui défendrait la ligne de l'Isonzo.

Du 20 au 21 mars, toute l'Armée de Dalmatie fut réunie sur le plateau au nord d'Ostrowetza, menaçant les débouchés de la Dalmatie en Croatie. Les 1er et 2e Bataillons du 5e de Ligne faisaient partie de la 1ère Division Montrichard; Marmont ne laissait en Dalmatie que le 60e, un Bataillon d'infanterie italienne, un Bataillon dalmate et tous ses invalides.

Le 30 avril, les hostilités débutent sur la Zermagna avec le combat d’Evernich. Mais le 2 mai, on apprend la défaite d’Eugène à Sacile.

Sept jours plus tard, à la nouvelle des affaires de Ratisbonne et de la marche de Napoléon sur Vienne, l’Armée de Dalmatie repart à l’offensive. Le 15 Mai, l'armée se concentre à la jonction de la route de Zara à Knin avec la Zermagna. Là, elle fut approvisionnée en pain, biscuit et riz pour 8 jours, chaque soldat muni de 80 cartouches.

La Division Montrichard fut laissée, le 16, en observation devant le grand débouché de la Zermagna, tenant en échec, sur son front, l'ennemi posté au Mont Kitta, pendant que la Division Clausel, arrivant sur le flanc gauche, le forçait à abandonner ses positions.

Le lendemain, 17, toute l'armée marcha sur Popina, où les Autrichiens avaient construit des retranchements, et où on croyait avoir une affaire générale ; mais l'ennemi n'avait pu s'y rallier, et on aperçut les débris de son armée en retraite sur Gradchatz et pris position à Gospich, où tout annonçait qu'il avait l'intention de résister. Le 20, on se remit en marche pour Gospich, et, le 21, de bonne heure, on arriva en vue de cette ville.

Le combat, qui dura deux jours, voit le Colonel Plauzonne et son 5e de Ligne s’y distinguer.

"Le lendemain, dans l'après-midi, l'action recommença ; l'ennemi vint se former devant nous avec 7 bataillons et une grande quantité d'artillerie, pour battre les débouchés par lesquels nous devions pénétrer des montagnes dans la plaine. Le général Delzons, à la tête du 23e régiment, le colonel Plauzonne, qui commande la brigade du général Soyez depuis sa blessure, avec les 5e et 18e Régiments, gagnèrent, dans un instant, assez de terrain pour permettre à l'armée de se former sans danger. La nuit, qui survint, nous empêcha de profiter de ces succès".

Le 31 mai, l’Armée de Dalmatie continue sa progression à partir de Fiume.

L'armée arriva, le 3 juin, à Laybach (aujourd'hui Ljubiana). Les jours suivants, elle se porta en avant de cette ville, vers Krainbourg, pour se joindre à la Division du Général Rusca, aile gauche de l'Armée d'Italie, et tâcher de couper la retraite au Corps autrichien du Général Chasteler qui réussit à s’enfuir. Le Général Marmont prit position à Laybach, pour se reposer et couvrir Trieste, ainsi que la frontière d'Italie.

L'armée ne se remit en marche que le 20 juin, pour chasser le Général autrichien Giulay des positions qu'il occupait à Marbourg, sur la Dave. Mais, après s'être avancé jusqu'à Windisch-Feistritz, en face de Giulay, Marmont décida de lui dérober sa marche, d'aller passer la Dave à Volkermarkt et de se diriger sur Gratz, où se trouvait la Division Grenier, détachée de la Grande Armée.

Le 28,, l'armée de Dalmatie reçut l'ordre de se rapprocher de Vienne et d'être rendue, le 4 juillet au soir, sur les bords du Danube, à six lieues de Vienne. Elle arriva, en effet, le 4, à Neustadt, et resta le 5 juillet (1re journée de la bataille de Wagram) près des ponts sur le Danube. Elle en partit le 6, deux heures avant le jour, pour prendre sa place de bataille au centre de la Grande armée, entre le Corps d'Oudinot et l'Armée d'Italie, mais ne fut pas engagée non plus dans cette journée.

Les jours suivants, elle fit l'avant-garde de l'armée en marche sur Nicolsbourg, et passa la Taya, le 10, pour marcher sur Znaïm, en remontant la rive gauche. Le Général Claparède, qui avait pris le commandement de la Division Montrichard, resta en réserve pendant le combat qui eut lieu dans la journée.

Le 11,, le combat avait recommencé, lorsque l'Empereur envoya dire au Général Marmont qu'il était autorisé à traiter d'un armistice.

L'Armée de Dalmatie fut cantonnée dans le cercle de Vienne, sur la rive gauche du Danube ; la Division Claparède à Stockerau, où elle arriva le 15. Le lendemain, par suite d'une nouvelle réorganisation, l'Armée de Dalmatie devient le 11e Corps de la Grande Armée puis Armée d’Illyrie.

/ 1810, de l’Illyrie à la Catalogne

Plaque shako Fusiliers 5e de Ligne 1810
Plaque de shako du 5e de Ligne, 1810-1813
Plaque de shako de Fusiliers du 5e de Ligne portée par certains contingents vers 1810
Plaque de shako du 5e de Ligne, 1810-1813

Au début de 1810, par les nouveaux traités, l’Empire récupère la Croatie militaire et avec la Dalmatie, la Carniole et l’Istrie forme un nouvel ensemble : les Provinces Illyriennes qu’il s’agit de réorganiser.

Marmont, nommé Maréchal, est de retour avec ses soldats victorieux à la fin de 1809. La Division Claparède, 2e de la nouvelle Armée d’Illyrie, se retrouve à Laybach.

En mai 1810, les deux Bataillons allaient être employés à contrer des raids turcs en Croatie.

L’affaire faite, les deux Bataillons furent dirigés sur Udine et regagnèrent donc l’Italie.

Pendant ce temps, en mars, les 3e et 4e Bataillons de l’Armée d’Italie avaient été renvoyés en France à leur Dépôt de Grenoble.

Le 3e Bataillon (Chef de Bataillon Ilezard) allait bientôt être employé en Catalogne.

Le 4 juillet 1810, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le duc de Feltre ... Il sera réuni à Avignon une réserve qui sera composée du 3e bataillon du 5e, du 3e bataillon du 23e, du 3e bataillon du 81e et du 3e bataillon du 18e léger. Ces 4 bataillons seront complétés à 840 hommes d'abord par ce qu'il y a de disponible à leurs dépôts et aux bataillons qu'ils ont en France, ensuite par un appel d'hommes des compagnies de réserve des départements qui n'ont point fourni au régiment de gardes nationaux de la Garde" (Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 23903).

Le 18 septembre 1810, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le duc de Feltre, donnez l'ordre aux 4 bataillons qui sont à Avignon de se rendre à Perpignan. Donnez le même ordre au bataillon du 11e de ligne qui est à Montpellier. Par ce moyen, il y aura à Perpignan les 3es bataillons du 18e léger, du 5e de ligne, du 23e de ligne, du 81e id. et du 11e idem. Si ces 5 bataillons étaient au complet, ils formeraient 4000 hommes. Faites partir de Genève un bataillon de marche composé de tous les hommes disponibles aux dépôts de ces corps, lequel y sera incorporé à son arrivée à Perpignan. Faites sortir des bataillons corses et du Pô tous les hommes étrangers à ces départements qui s'y trouvent et dirigez-les sur Perpignan, où ils seront incorporés dans le 18e d'infanterie légère" (Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 24607).

Le 27 septembre 1810, l'Empereur écrit, depuis Fontainebleau, au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris "Monsieur le Duc de Feltre ... Je vous ai donné l'ordre de mettre en marche un bataillon du 18e léger, un du 5e, un du 23e, un du 81e et un du 11e de ligne ; ce qui forme huit bataillons avec les trois bataillons qui sont à Foix. Donnez ordre au général commandant à Perpignan de se servir de ces bataillons pour marcher au secours des postes qui seraient bloqués à Figuières ou ailleurs ... Remettez-moi un état qui me fasse connaître la situation ... des huit bataillons actuellement en marche, afin que je voie la quantité de troupes qui vont renforcer l'armée de Catalogne. Si le régiment de marche destiné à cette armée est assez fort, il faut en former deux régiments" (Correspondance de Napoléon, t.21, lettre 16943 ; Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 24670).

En Catalogne, la situation évolue mal. Le nouveau Mac-Donald est à la tête de l'Armée de Catalogne depuis les derniers jours de Mai 1810. Une province loin d'être soumise, où la résistance des guérilleros catalans soutenus par des restes des armées régulières espagnoles est acharnée. Les insurgés disposent de places fortes et de l'aide maritime britannique. Barcelone est régulièrement isolée.

C’est le 1er novembre que le 3e Bataillon se voit porté sur les effectifs de la Division de Haute-Catalogne (Baraguey d’Hilliers). D’abord cantonné à Figuière, on le retrouve le 1er décembre à Barcelone dans la Division Maurice Mathieu.

/ 1811-1812, la Catalogne

Grenadier du 6e de Ligne vers 1812
Fig. 5 Grenadier du 5e de Ligne vers 1812

Au début de 1811, les 1er et 2e Bataillons avaient été envoyés sur Toulon avec le Général Plauzonne en vue d’une expédition. Napoléon écrit le 10 avril 1811 à Clarke : "Monsieur le duc de Feltre
Remettez moi demain un projet de mouvement pour diriger le 5e, 81e, 79e, le 11e et en général les troupes de la division du général Plauzonne qui sont à Toulon sur Bayonne avec leurs pièces d’artillerie et leurs caissons …
".

Et quelques jours plus tard, le 15 avril 1811 : "Monsieur le Duc de Feltre, Donnez ordres aux deux bataillons du 5e de Ligne, aux deux bataillons du 11e de Ligne, aux deux bataillons du 79e qui sont à Toulon, formant 6 bataillons de se mettre en marche aux ordres du général Plauzonne pour se rendre à Beziers et Narbonne ; Avant que cette belle division ne soit arrivée à Narbonne, je me déciderai à l’envoyer en Catalogne ou de la diriger sur Bayonne ... ; Ces bataillons amèneront avec eux leurs compagnies d’artillerie, leurs pièces et leurs caissons …".

Au début mai 1811, les positions du Régiment sont les suivantes : 1er et 2e Bataillons, plus artillerie régimentaire, en route de Toulon pour la Catalogne; 3e Bataillon à l'Armée de Catalogne; 4e et 5e Bataillons à Grenoble.

Le 13 mai 1811, 1245 hommes des 1er et 2e Bataillons du Régiment arrivent en Catalogne, le Colonel Bousille à leur tête. Ainsi les trois Bataillons se trouvaient réunis.

Le 10 Avril 1811, les Espagnols avaient réussi à reconquérir par surprise l'importante place de Figueres (Figuieres ou Figueras) en Haute-Catalogne. Les Français mettent alors le siège devant la place, siège qui va durer plusieurs mois. La Compagnie d’artillerie régimentaire du 5e de Ligne va y être employée.

Le premier des combats du 5e de Ligne se livra le 23 mai à San-Celoni, où se distinguèrent les Capitaines adjudants-majors Carré et Lefebvre et le Capitaine Boivin.

En Juillet, les 3 Bataillon du 5e sont réunis à la Division Maurice-Mathieu.

Vinrent ensuite les affaires du Mont Ordal (10 septembre) où fut blessé le Capitaine Messageot ; de Badalone (19 septembre) ; la défense de la redoute de Moncado où furent blessés les Lieutenants David et Pothier, et où se distingua le Lieutenant de Grenadiers Grénibeaux.

En octobre 1811, les positions du Régiment sont les suivantes : 1er bataillon (18/483) à l'Armée de Catalogne; 2e (18/511) à l'Armée de Catalogne; 3e (21/525) à l'Armée de Catalogne; 4e Bataillon (19/461) à Marseille; 5e Bataillon (12/281) à Grenoble.

Le 19 octobre, le Général Decaen succéda au Maréchal Macdonald comme commandant en chef de l’Armée de Catalogne.

Le 13 novembre, le Colonel Bousille est blessé au cours d’une reconnaissance.

Le 18 novembre eut lieu un engagement près de San Boy et, trois jours après, l'affaire un peu plus importante de Mataro.

Pendant ce temps, le Général Decaen, dont le quartier général est à Figuières, se propose de conduire des vivres à Barcelone, et prescrit à la garnison de venir à sa rencontre.

Le 2 décembre, le général Maurice-Mathieu à Barcelone avait donc réuni toutes les troupes disponibles pour aller au-devant du Général Decaen venant de Figuières, escorté par la Division Lamarque.

On partit à neuf heures du soir, et on accéléra la marche de façon à pouvoir tomber sur les derrières de l'ennemi au moment où il attaquerait la colonne de Figuières. Après une marche de quatorze lieues coupées seulement par un repos de deux heures à Granollers, on arriva le 3 au matin au défilé de Trenta-Passos dont les hauteurs dominantes étaient occupées par la Division ennemie de Sarsfield.

L'avant-garde, formée en trois colonnes, attaqua aussitôt l’ennemi. Le 5e Régiment d'infanterie, soutenu par quelques partisans, et deux Compagnies d'élite d’infanterie légère, chargea l’ennemi à la baïonnette, le chassa d'un amphithéâtre de positions très escarpées, le culbuta sur tous les points et lui tua ou blessa environ 600 hommes. Pendant ce temps, la Division Lamarque attaquait l’autre côté du défilé et bientôt, les deux colonnes se réunissaient au cri de : Vive l’Empereur !

Quelques jours après, le 4e Bataillon recevait l'ordre de rejoindre l'Armée de Catalogne.

/ 1812, Catalogne

Tambour-major du 5e de Ligne 1811-1812
Fig. 6 Tambour-major du 5e de Ligne en 1811-1812

Le 1er janvier 1812, arrivait à Perpignan le 4e Bataillon après une marche accomplie avec beaucoup d'ordre, et où, chose rare à cette époque, il n'avait pas compté un seul déserteur. Le 9 janvier, il est à Girone.

Le Chef de Bataillon Folard rendait compte dans les termes suivants de l’esprit et de l’instruction de son Bataillon : "Le bataillon est composé de conscrits de 1811, venus les deux tiers du département de l'Ourthe et un tiers du département du Rhône ; les Liégeois sont naturellement soumis, les Lyonnais le sont facilement devenus. Les uns et les autres, façonnés à la vie militaire, feront de bons soldats ; ils sont pleins de bonne volonté et ne sont point mécontents d'aller en Espagne : je crois que le gouvernement peut avec sûreté se servir d'eux partout où il jugera à propos de le faire; la meilleure preuve que je puisse fournir de ce que j'avance est que ce bataillon n’a eu jusqu'à ce jour aucun déserteur. L'instruction du bataillon est bonne; il peut exécuter d'une manière satisfaisante tout ce qui fait partie de l'école de bataillon".

Pendant ce temps, les trois premiers Bataillons du Régiment assistaient le 21 janvier 1812, au combat d’Alta-Fulla où le Général Maurice-Mathieu, renforcé le 21 janvier au soir de la Division Lamarque, voulait rétablir les communications de Barcelone avec Tarragone.

Le 2 avril, l‘Armée de Catalogne passait sous les ordres supérieurs du Général Suchet, commandant en chef l’Armée d'Aragon; mais cette modification, toute de forme, ne touchait en rien aux attributions du Général Decaen, ni à la situation de ses troupes.

La fin du mois d'avril, les mois entiers de mai, juin, juillet et le commencement d’août 1812 se passèrent sans événements importants.

Le 5e comptant à la Division de Haute-Catalogne, aux ordres du Général Lamarque, 1er Bataillon à la Brigade du Colonel Petit, et ses 2e et 3e Bataillons à la Brigade de réserve Expert de la Tour, se portant successivement sur tous les points menacés par les attaques des guérillas, s’épuisant entre marches, contre marches et escarmouches. Le 5e de Ligne y a quelquefois des blessés et des morts.

En novembre (le 2) eurent lieu des combats plus importants pour la reprise de Vich, place retranchée des Espagnols insurgés, qui de là pouvaient lancer des raids dans toute la Catalogne. Les trois premiers Bataillons du 5e de Ligne s’emparent des retranchements ennemis malgré une farouche résistance.

L'ennemi avait perdu dans cette affaire, qui avait duré deux heures, plus de 450 hommes ; notre perte était moins considérable. Le 5e comptait cependant parmi ses morts le Lieutenant Ragonet et 17 hommes, et parmi ses blessés, les Capitaines Perrotin, Géronimi et Gallien, le Sous-lieutenant Mugnier et 17 Sous-officiers et soldats.

Le Général de Brigade Expert, qui n'avait eu dans la journée qu’à se louer de la conduite des troupes sous ses ordres et en particulier du 5e de Ligne, demandait à la suite de son rapport le grade d'Officier de la Légion d’Honneur pour le Chef de Bataillon Folard ; le grade de Chef de bataillon pour le Capitaine Gallien ; la croix de la Légion d'honneur pour les Capitaines Géronimi et Perrotin et le Sous-lieutenant Magnier; le grade de Chirurgien-major pour M. Brel Aide-major au Régiment, en récompense des bons services qu'il avait rendue dans la journée, en pansant les blessés sur le champ de bataille.

/ 1813, sur deux fronts

A/ La campagne sur le front est

Avant de partir pour la Russie, Napoléon avait laissé des troupes en garnison dans les principales places fortes d'Allemagne, ainsi qu'un Corps d'armée de réserve chargé d'assurer les arrières. Il s'agissait en Juillet 1812 du 11e Corps d'armée du Maréchal Augereau. Sa 31e Division d'infanterie (ou 3e de Réserve) du Général Seras comptait, à la Brigade Labassée, la 13e Demi-brigade provisoire (Major Tripp) composée du 4e Bataillon du 5e de Ligne et des 4es bataillons des 11e et 79e de Ligne. Le Quartier général du 11e Corps était à Berlin, et celui de la 31e Division à Stettin.

Le 4e Bataillon, que nous avions vu entrer en Catalogne en janvier 1812, avait été rappelé en Allemagne rapidement.

Ce Corps stationne en Allemagne et la Division à Berlin sur la fin de l’année durant toute la campagne de Russie.

Lorsque les débris de la Grande Armée rentrent de Russie, les troupes du 11e Corps se portent dans les premiers jours de janvier, sur la rive gauche de l'Oder, afin d'en protéger la retraite. Puis, vers le milieu de février, elles se concentrent sur Berlin, couvert par la 31e Division du côté des routes de Stettin et de Kustrin.

Le 4 mars, les armées françaises évacuent la Prusse, à l'exception des places fortes. Le 15, la Prusse rompt son alliance avec la France.

Le 24 mars 1813, les cadres du 3e Bataillon de Catalogne, après avoir versé leurs effectifs dans les deux premiers, se dirigent vers Grenoble puis Mayence pour reformer un nouveau Bataillon avec des conscrits. Il arrivait à Mayence le 3 Juillet.

Pendant ce temps, le 11e Corps, passé sous Mac Donald (et le 4e Bataillon du 5e de Ligne aux ordres du Chef de Bataillon Marot, dans la 31e Division, Brigade Schobert) avait déjà donné à Lutzen et Bautzen (Mai 1813).

Le 27 mai, l'Oder est atteinte et la forteresse de Glogau est débloquée. Oudinot, détaché du gros de l'armée, marche sur Berlin. Pendant ce temps, plus au Nord, Hambourg est reprise. Chez les Alliés, c'est le découragement. Certains jugent la situation si désespérée qu'ils pensent se retirer derrière la Vistule. C'est alors l'Autriche qui va sauver les vaincus et s'interposer pour proposer un armistice (dit de Pleiwitz). Napoléon va le ratifier le 7 Juin pour avoir le temps de se renforcer. Mais ses adversaires vont pouvoir faire de même.

Le 10 juin, Napoléon entre à Dresde; il y restera jusqu'au 15 août.

Le 11 août, l'Autriche se joint aux Coalisés et déclare la guerre. La Suède de Bernadotte est aussi à leurs côtés. Et les états allemands faiblissent. Le 18 août, les hostilités reprennent. Les positions du 5e de Ligne sont alors les suivantes :
- Au 11e Corps (Mac Donald), à la 31e Division Ledru, Brigade Freissinet, le 4e Bataillon dans la 13e Demi-brigade provisoire.
- au 14e Corps (Gouvion Saint-Cyr), à la 45e Division (Razout), Brigade Goguet, dans la 26e Demi-brigade provisoire, le 3e Bataillon du 5e de Ligne, Chef de Bataillon Coppin (avec le 3e Bataillon du 11e de Ligne).

Détachée, la Division Ledru échappe au désastre de la Katzbach.

Le 3e Bataillon va participer aux deux batailles de Dresde (26 et 27 août 1813).

En septembre, les affectations du Régiment sont inchangées.

Le 8 septembre, le 3e Bataillon est au combat de Donha puis 4 jours après à Peterswald.

Peu de temps, après les deux Bataillons sont réunis dans Leipzig mais dans deux Corps différents.

Au 11e Corps (Mac Donald), 31e Division Ledru, 13e Demi-brigade provisoire, on retrouve le 4e Bataillon du 5e de Ligne.

Les pertes du 5e de Ligne à Leipzig du 16 au 19 octobre 1813 sont les suivantes : sont blessés le Major Marot; les Chefs de Bataillon Copin et Legrand; les Capitaines Delechaud, Lafaye, Pintrel; les Lieutenants Robert, Germond et Jaume.

Après la défaite de Leipzig, au 11e Corps de Mac Donald, 31e Division Ledru, se comptent les survivants du 3e Bataillon : seulement 16 Officiers et 198 hommes !

En novembre, Mac Donald forme une Division à Wesel en regroupant de multiples unités squelettiques.

B/ 1813 EN CATALOGNE

Au début 1813, les trois premiers Bataillons du 5e de Ligne sont encore en Catalogne. Nous avons vu que le 3e Bataillon en est rappelé en mars.

La Basse-Catalogne est tenue par le Général Maurice Mathieu et la Haute-Catalogne par le Général Lamarque ; Decaen commandant en chef.

Le Général espagnol Copons succède au Général Lascy à la tête des armées insurgées, tandis que l'armée anglo-sicilienne du Général Muray a pris Alicante comme base.

En Avril, le Maréchal Suchet, qui supervise de fait tout le théâtre d’opération, décide de se porter au-devant des forces espagnoles et de leurs alliés. Le 12 Avril, les Espagnols sont repoussés à Yecla et les forces britanniques à Biar. Le lendemain 13 Avril 1813, à Castalla , Suchet affronte une nouvelle fois l'Armée britannique bien retranchée.

Suchet, menacé au Nord du royaume de Valence et d'Aragon par des forces espagnoles, resserre ses positions, puis se porte sur Valence pour empêcher un nouveau débarquement anglais sur les côtes.

Pendant ce temps, le 5e de Ligne, en Haute-Catalogne, s’oppose aux guérilleros à La Bisbal, le 17 mai. Le Sous-lieutenant Francot y est blessé.

Le 2 Juin, les forces ennemies conjointes, par terre et par mer, se portent sur Tarragone et débutent le siège de la ville. Le 12, le Général Mathieu marche au secours de Tarragone avec 6000 hommes, pendant que le Maréchal Suchet s'y rend, de son côté, avec l'Armée d'Aragon.

Maurice Mathieu culbute l'avant-garde de l'armée espagnole. Ce premier succès et le mouvement combiné avec celui du Maréchal Suchet suffisent pour amener la retraite des Espagnols sur le col de Sainte-Christine et le réembarquement de l'armée anglaise, qui, dans sa précipitation, abandonne 18 bouches à feu et un immense matériel de siège.

Mais, tandis que Suchet réussit tant bien que mal à se maintenir au Sud Est de l'Espagne, plus au Nord la situation empire avec la défaite de Vittoria le 21 Juin, qui induit la retraite des armées françaises sur les frontières du pays basque. Suchet doit donc lui aussi reculer et commence à évacuer le Royaume de Valence le 5 Juillet. L'Armée marche sur l'Ebre, laissant des garnisons sur ses arrières.

Dans le même temps, l'Aragon voisin est perdu.

Du 14 au 15 Juillet, l'Armée passe l'Ebre, ralliant des petits détachements isolés, se porte sur Valls, Reuss et Tarragone, et met Lerida en état de défense.

Puis Suchet s'établit à Villafranca. Fin juillet, les deux Bataillons du 5e de Ligne sont en Haute-Catalogne.

Fin Juillet, les forces anglo-espagnoles attaquent de nouveau Tarragone. Le 14 Août, les forces conjointes de Suchet et Decaen, à Villafranca, obligent les Anglais à se replier. Puis Suchet évacue la garnison, fait exploser les fortifications de Tarragone et continue son repli progressif, les Anglo-espagnols sur ses talons.

Les Anglais s'établissent eux même à Villafranca, et leur avant-garde se fortifie au col d'Ordal.

Suchet décide de contre attaquer le 3 Septembre. Les 12 et 13, il s'empare des retranchements du col d'Ordal, puis marche sur Villafranca, épaulé sur son flanc par les troupes des Généraux Decaen et Maurice Mathieu qui doivent bousculer pour arriver des forces espagnoles. Les forces ennemies se replient. Si cela ne les a pas détruites, cela les retarde un temps dans leurs opérations.

A la fin de septembre, des détachements de tous les Corps de l'Armée de Catalogne étaient allés prendre des recrues à Perpignan.

En octobre 1813, les deux Bataillons du 5e de Ligne sont dans la garnison de Barcelone.

Le 11 novembre 1813, les deux armées d'Aragon et de Catalogne sont fusionnées officiellement sous le commandement du Maréchal Suchet. Napoléon écrit, depuis Saint-Cloud, le 16 novembre 1813, au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la guerre, à Paris : "Présentez-moi un projet pour la formation d’une armée de réserve du côté des Pyrénées. Cette armée sera composée de la manière suivante :
Il sera choisi vingt régiments ayant chacun deux bataillons, ou plus de deux bataillons à l’armée d’Aragon, ou à l’armée de Catalogne, et il leur sera donné l’ordre de fournir de ces bataillons le nombre nécessaire de capitaines, de lieutenants, de sous-lieutenants, de sergents, de caporaux et de tambours pour former le cadre d’un nouveau bataillon, qui prendra le nom de 6e bataillon de ces régiments respectifs. Ces vingt cadres de 6e bataillons se rendront savoir : dix à Toulouse, et dix à Perpignan, ou dans toute autre ville que vous jugerez convenable, ce qui formera deux divisions chacune de dix bataillons. Il sera dirigé, sur chacun de ces bataillons, 1,500 bommes de la levée des 300,000 hommes, pris dans les dé­partements qui sont assignés à l’armée des Pyrénées. Cela fera ainsi, pour les vingt bataillons, 30,000 hommes. Chaque bataillon enverra aux bataillons de son régiment qui sont à l’armée de Catalogne ou à l’armée d’Aragon 400 hommes, dès qu’ils seront habillés et armés, et gardera les 1,100 autres. Ce sera un recrutement de 8,000 hommes pour ces deux armées, et il restera deux divisions, chacune de 11,000 hommes, composées de bataillons entiers et disponibles pour agir selon les circonstances
".

Au commencement de décembre, 8000 conscrits sont dirigés sur les Dépôts du Midi, chaque Régiment de l'Armée d'Espagne a envoyé le cadre d'un 6e Bataillon pour les recevoir, et les organiser en Divisions de réserve. Le 5e de Ligne y envoie des hommes aux ordres du Chef de Bataillon Lefevre à Nimes.

Le 16 décembre, les deux Bataillons sont dans la 4e Division de l’Armée d’Aragon et de Catalogne : 1er Bataillon, 26 Officiers et 767 hommes ; 2e Bataillon, 17 Officier et 774 hommes.

1814, SUR DEUX FRONTS

Au début de 1814, les positions du Régiment sont les suivantes : 1er et 2e Bataillons à Llobegrat, Division Maurice Mathieu, Armée d'Aragon et de Catalogne (Suchet); 3e Bataillon, Division Charpentier à Wesel sous Mac Donald; 4e Bataillon, Armée des Alpes, Division Marchand sous Augereau; 5e Bataillon, Dépôt à Grenoble; 6e Bataillon à Nîmes, Réserve de l’Armée du Midi.

A suivre ...

/ Les uniformes du 5e de Ligne

Voltigeur du 5e de Ligne 1811
Fig. 7 Voltigeur du 5e de Ligne en 1811

Figure 1 : "Eclaireur" du Bataillon d’Elite de la 5e Demi-brigade de Ligne en 1801. D’après les souvenir du Général Baron Teste, qui commandait à l’époque la Demi-brigade, les Grenadiers du Bataillon d’élite de la 5e de Ligne avaient tous le bonnet d’oursin et l’on avait distribué aux Eclaireurs des shakos qui faisaient alors leur apparition dans l’infanterie légère avec des plumets et épaulettes vertes ; ces Eclaireurs étaient donc les ancêtres des futurs Voltigeurs, tandis que les shakos ne feraient leur apparition officielle dans l’infanterie de ligne qu’en 1806-1807.

Figure 2 : Grenadier du 5e de Ligne en 1805. C’est la tenue classique de l’infanterie de Ligne avec bonnet d’oursin et les distinctives de Grenadiers (épaulettes, dragonne du sabre briquet et plumet écarlates, grenades aux retroussis, etc …).

Figure 3 : Tambour-major du 5e de Ligne en 1807-1809 (d’après Rigo et Valmont). Vêtu d’un surtout bleu céleste galonné et soutaché d’argent, et d’un chapeau noir de même, notre Tambour-major a dû voir sa tenue changée en 1807 au moment où le Régiment était un peu plus au calme en Dalmatie. Le gilet est blanc cassé et la culotte (aussi soutachées d’argent) entre dans des bottes noires galonnées d’argent. On s’attendrait à voir du doré pour du galonnage d’Infanterie de Ligne mais la fantaisie domine dans les têtes de colonne. Il semble que l’on ait pensé pour le Régiment, selon le règlement de 1806, le fait de lui attribuer une tenue blanche avec boutons blanc, ce qui aurait nécessité du galonnage argent, que l’on a peut-être utilisé à cette occasion. Une lettre du Colonel, de mai 1807, signalée par Rigo, évoque ce fait. Notre homme s’appelle alors Clément Meunier. Il devrait porter, outre ses galons de Sergent-major, deux chevrons d’ancienneté, en raison de ses états de service.

Figure 3bis : Tambour-major d'infanterie par Martinet. Nous mettons en parallèle ce Tambour-major sans précision de Régiment, dans la suite de Martinet. Même tenue que notre Tambour-major du 5e de Ligne mais les galonnage or. Ce qui est plus conforme à de l'Infanterie de Ligne.

Figure 4 : Fusilier du 5e de Ligne en 1809 (d’après Collection Carl). La tenue du Fusilier est assez classique. Le shako est orné d’une plaque losangique de cuivre modèle 1806 avec Aigle et numéro du Régiment. Cordon et raquettes blancs. L’originalité consiste en ce plumet bleu à sommet rouge de même que la dragonne du sabre briquet. Les guêtres sont blanches en grande tenue d'Eté. Les ornements de retroussis semblent être losangiques.

Figure 5 : Grenadier du 5e de Ligne en Espagne (Catalogne vers 1812), d’après El Guil. Notre Grenadier est en tenue de campagne. On remarque que le bonnet d’oursin est toujours porté pour les Grenadiers du Régiment. Il est ici recouvert d’une protection en toile cirée. On remarquera aussi le pantalon de route de toile bleue et la capote bleue portée sur le sac. Les pattes de parements blanches sont inhabituelles. Classiquement, les retroussis sont ornés de grenades écarlates, de même que sont portées les épaulettes écarlates. Un bidon est amarré sur le sac : il est commun à 4 ou 5 hommes.

Figure 6 : Tambour-major du 5e de Ligne en 1810, dessin de Rigo, d'après El Guil. La tenue de notre Tambour-major s’est un peu modifiée depuis 1807. Si l’habit reste le même, bleu céleste fermant sur le devant par boutons argentés, Retroussis blancs, le tout largement soutaché et galonné d’argent, le chapeau noir voit son galonnage argent plus simple. Une aigrette blanche sortant de plumes blanches remplace le plumet. La culotte et le gilet sont désormais bleu céleste, tandis que ceinturon et baudrier sont désormais cramoisi et galonnés d’argent. On peut supposer que les Musiciens régimentaires portent eux aussi un surtout bleu céleste plus simple, galonné seulement d’argent au collet et parements.

Figure 7 : Voltigeur du 5e de Ligne (grande tenue) vers 1811. Le shako n’a pas encore de galonnage chamois comme dans d’autres Régiments pour leurs Voltigeurs. La fonction de Voltigeur est affirmée par le plumet, le collet, les épaulettes et les pattes de parements : jaune (chamois) passepoilé de rouge. La plaque est du modèle à soubassement 1810 (voir photo dans l’article). Le cordon tressé et les raquettes qui ornent le shako restent blancs. On peut penser que des cors de chasse ornent les retroussis, de même que la patelette de la giberne. En tant que Compagnie d’élite, les Voltigeurs gardent leur sabre briquet, qui doit être orné d’une dragonne jaune et rouge.

/ Les drapeaux du 5e de Ligne

Après avoir reçu en 1797 3 drapeaux modèle Armée d’Italie et en avoir perdu un à Ferrare en mai 1799, la 5e Demi-brigade de Ligne se voit attribuer trois nouveaux drapeaux modèles 1794 à la fin de 1799.

Fin 1804, elle amène un de ces drapeaux à la remise des Aigles du 5 décembre. Ayant laissé son ancien drapeau au cours de cette cérémonie et le voyant piétiné par une foule en liesse, le Régiment rompt les rangs pour protéger son ancien emblème. Le Colonel Teste en récupèrera la cravate.

Le Régiment se voit attribuer 4 Aigles et drapeaux modèle 1804.

Aigle et drapeau pris à Caldiero, 1805
Aigle et drapeau pris à Caldiero, 1805
(Heeresgeschichtlische Museum, Vienne)

Le Régiment perd l’Aigle du 1er Bataillon à Caldiero (il est aujourd’hui au Heeresgeschichtlische Museum à Vienne) et voit celle du second Bataillon abimée. Il y a toujours trois Aigles en service en 1812. Deux sont alors renvoyées au Dépôt. Un nouveau drapeau modèle 1812 portant Wagram est attribué au Régiment. L’étoffe ne rejoint pas le Régiment, alors en Espagne.

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