Le 62ème Régiment d'Infanterie de ligne

1796-1815

 

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Avertissement et remerciements : La base de cette étude est constituée de l'Historique régimentaire du 62e, que nous avons reproduit intégralement, complété par les différentes sources dont nous disposons actuellement.

 

I/ Origine du 62e de Ligne

 

a/ Sous l'Ancien Régime

Selon l'Historique régimentaire, les origines du 62e de Ligne remontent à 1667, année "en laquelle il fut levé des deniers du roi Louis XIV, dans le cercle de Souabe, par un prince allemand ami de la France, Guillaume Egon, landgrave de Furstemberg, dont il porta d'abord le nom". Le Régiment faisait donc partie des régiments étrangers. Il entra en France en 1670, ayant pour Colonel le Comte Ferdinand de Furstemberg, frère du Landgrave. Il prend part à la conquête de la Lorraine (1670), à la Guerre de Hollande (1672-1678) et combat dans les Pyrennées. Le 31 août 1682, le Régiment passe sous le commandement de Ferdinand Maximilien Egon de Fustemberg. En 1686, ce dernier quitte la France, et le Régiment est donné par le Roi à M. de Gréder. Sous ce nom, il combat dans les deux dernières guerres de Louis XIV : la Guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688-1697) et à celle de la Succession d'Espagne (1701-1714). A la fin de cette guerre, il vient tenir garnison à Douai.

Le Colonel Gréder décède le 18 juillet 1716; lui succède alors le Baron de Sparre, nom qu'il porte jusqu'en 1720. Cette année là, le Régiment est donné par le Régent au Comte Maurice de Saxe, nom qu'il portera trente ans. Il prend part à la Guerre de Succession de Pologne (1733-1734), et à la Guerre de Succession d'Autriche (1740-1748). Le 5 janvier 1751, le Régiment est donné au Comte de Bentheim; il participe en partie sous ce nom à la Guerre de Sept Ans (1756-1763). Le 10 mars 1759, le Régiment est donné au Prince d'Anhalt-Coëthen. En 1768-1769, il concourre à la pacification de la Corse.

Le 13 mars 1783, le Prince Emmanuel de Salm-Salm, qui commandait effectivement le Régiment depuis trois ans, en devient le Colonel en titre et lui donne son nom. En 1784, le Régiment fait un nouveau séjour en Corse; puis il tient garnison à Béfort et à Metz. En 1790, il revient à Befort. C'est là qu'en exécution du Réglement du 1er janvier 1791, il perd son nom de Salm-Salm pour être désormais désigné par le n°62. En même temps, il passe sous le pied français, perdant la dénomination de Régiment étranger, que d'ailleurs ne justifiait plus, depuis longtemps, sa composition.

 

b/ La Révolution : 62e Régiment d'Infanterie

- 1er Bataillon (1791-1794) - 2e Bataillon (1791-1796)

Le 62e Régiment d'Infanterie, constitué à deux Bataillons, quitta Béfort en juillet 1791 pour venir à Wissembourg, où le commandement fut pris, en titre, par M. Meunier, ancien Lieutenant colonel de Salm-Salm.

Meunier Louis Dominique

Né à Phalsbourg (district de Sarrebourg) le 17 décembre 1734.

Enseigne dans le régiment de Lowendal le 21 mai 1748. Deuxième lieutenant le 1er octobre 1756. Premier lieutenant le 5 novembre 1758. Incorporé dans le 62e Régiment, alors Anhalt le 1er mars 1760. Nommé à une Compagnie le 19 février 1766. Capitaine commandant de Grenadiers le 28 février 1778. Major le 20 mars 1778. Lieutenant-colonel le 2 janvier 1783. Colonel du 62e Régiment le 25 juillet 1791. Maréchal de camp employé le 7 septembre 1792. Lieutenant-général employé le 28 octobre 1792. Commandant en chef par intérim l'Arrmée des Vosges du 2 au 14 mars 1793. Remercié (n'ayant pu être compris dans le travail du jour) le 15 mai 1793. Autorisé à prendre sa retraite le 10 nivôse an III. (Du 3 septembre au 1er octobre inclusivement, Commandant en chef par intérim de l'Armée du Rhin en remplacement de Landremont).

 

- Campagne de 1792 - Armée du Rhin

Sous la menace de l'invasion, la France garda ses frontières par quatre armées, dont l'Armée du Rhin, sous le Maréchal de Lückner. Le 62e Régiment vient en mars 1792 à Strasbourg, où il fait partie de la 5e Division, dans l'Armée du rhin. Les opérations qui suivent immédiatement la déclaration de guerre à l'Autriche (20 avril 1792) ayant pour théâtre la frontière de Belgique, l'Armée du Rhin n'a d'abord qu'un rôle d'observation. Bientôt, les deux Bataillons du 62e se trouvent séparés.

 

- 1er Bataillon

A la fin d'avril 1792, le 1er Bataillon quitte Strasbourg pour se rendre, sous les ordres du Général Kellermann, au camp de Neunkrich, près de Sarreguemines, puis en juin, à celui de Wadgast, sous Sarrelouis. Un rassemblement de 20000 Autrichiens s'étant opéré vers Spire, Kellermann revient vers le Rhin pour s'opposer au passage du fleuve par l'ennemi. C'est ainsi que le 62e est ramené, avec la 2e Brigade dont il fait partie, auprès de Landau, où l'on se trouve en présence des Autrichiens qui ont effectivement passé le Rhin (31 juillet). Le 5 août, Kellermann quitte les bords de la Queich pour se replier sur Wissembourg et occuper les lignes de la Lauter. Le 15 août, alors qu'on attend un combat, l'ennemi quitte les environs de Landau pour se porter, par Hombourg, vers la Moselle. Cette circonstance détermine l'envoi de Kellermann à Metz, avec un renfort de 8300 hommes, qui part de Wissembourg le 30 août, et dont fait partie le 1er Bataillon du 62e, qui passe ainsi de l'Armée du Rhin à celle du Centre.

 

- Armée du Centre

En septembre, le Bataillon participe aux opérations qui aboutissent à la réunion des Armées du Nord et du Centre en Argonne. Le 19, la concentration est accomplie et porte à 62000 hommes l'effectif de l'armée de Dumouriez qui va combattre à Valmy. Le 20 septembre, l'Armée du Centre campe sur les hauteurs, en avant de Dommartin-la-Planchette, ayant sa droite à l'Armée du Nord et sa gauche au moulin de Valmy.

L'armée des coalisés, sous le commandement du Duc de Brunswick, compte à peu près le même nombre de combattants que l'armée française.

Le Bataillon du 62e fait partie des troupes que Kellermann a massées auprès du moulin de Valmy, et c'est tout près de lui que se produit cette explosion de trois caissons qui forme un des épisodes connus de la journée. Nous devons à la vérité de reconnaître que le 62e ne fut pas sans ressentir d'abord sa part du trouble causé dans la première ligne par cet incident impressionnant, et meurtrier aussi, puisqu'au dire du Général lui-même, l'explosion abattit des rangs entiers de soldats. Mais en peu d'instants, l'ordre et la confiance se rétablissent, et bientôt, que les colonnes ennemies se portent à l'attaque du plateau, elles reçoivent de nos troupes, qu'elles croient prêtes à se débander, un accueil inattendu. D'abord intimidés par l'aspect des vieux Régiments qui viennent à eux, mais vite réconfortés par l'entrainante ardeur de leur chef, les jeunes soldats de Kellermann exécutent bravement l'ordre qu'il leur done et, au lieu d'attendre le choc de l'attaque, se portent, la baïonnette en avant et au cri de : "Vive la Nation !" à la rencontre de l'ennemi, que cet élan arrête et refoule dans ses positions d'où il ne tente plus de sortir.

Pendant la nuit qui suit la bataille, Kellermann modifie heureusement la position dangereuse qu'il occupe sur l'étroit plateau de Valmy, avec sa gauche menacée et des marais à dos. Il vient s'établir sur la rive droite de l'Auve, menaçant à son tour la droite ennemie qui doit se replier. Ainsi, en se montrant manoeuvrières après s'être montrées solides, nos troupes surent étendre et confirmer le résultat d'un premier succès; et le 62e peut à bon droit s'enorgueillir d'avoir participé à une victoire qui fait bien augurer de l'avenir, en déconcertant la morgue méprisante de l'armée prussienne, et en provoquant dans l'armée française un puissant essor de confiance.

Le 1er octobre, l'armée des coalisés, épuisée par le manque de subsistances et les maladies, démoralisée par l'effet d'un premier échec et la crainte de nouveaux revers, se décide à la retraite.

 

- Armée de la Moselle

Le 1er octobre, un Décret de la Convention établit une nouvelle répartition des forces de la République, qu'il divise en huit armées (armées du Nord, des Ardennes, de la Moselle, du Rhin, des Vosges, des Alpes, des Pyrénées et de l'Intérieur).

L'Armée du Centre prend la dénomination d'Armée de la Moselle et reste sous les ordres de Kellermann. Le 1er Bataillon du 62e continue à en faire partie.

Lorsque l'armée des coalisés s'est retirée, Kellermann porte ses troupes sur Sainte-Menehould, puis sur Verdun (11 octobre) où il entre le 14, à la place des Prussiens qui occupaient la ville depuis quarante jours. Il en est de même, peu de jours après (22 octobre), pour la place de Longwy, dont la reprise marque l'évacuation définitive du territoire français par l'ennemi qui, deux mois auparavant, avait franchi la frontière avec tant d'arrogance.

Le 26 octobre, le Colonel de Ruttemberg prend le commandement du Régiment à la place du Colonel Meunier, qui a été nommé Maréchal de camp le 7 septembre.

Ruttemberg Ernest

Né à Milan (Duché de Courlande) le 25 janvier 1748. Volontaire dans le Régiment d'Alsace. Sous-lieutenant le 1er janvier 1767. Sous-lieutenant de Grenadiers le 1er juillet 1767. Lieutenant le 1er mai 1771. Capitaine en 2e le 29 mai 1778. Capitaine commandant le 13 avril 1783. Capitaine commandant de la Compagnie de Grenadiers le 8 juin 1787. Lieutenant-colonel du 62e régiment d'infanterie le 25 juillet 1791. Colonel de ce Régiment le 26 octobre 1792. Maréchal de camp employé le 8 mars 1793.

Kellermann, accordant à son armée un repos dont elle a grand besoin et qu'elle a bien gagné, la cantonne près de Metz. Le 1er Bataillon du 62e, qui fait partie de la Division Beaudre avec les 30e et 96e Régiments, est cantonné à Ancy-sur-Moselle et aux environs.

Le 5 novembre, le Général Beurnonville remplace, au commandement de l'Armée de la Moselle, le Général Kellermann.

Vers le milieu du mois de novembre, la nécessité se montrant de seconder le Général Custine dans les opérations qu'il conduit sur le Mein et la Lahn, les troupes en cantonnement de l'Armée de la Moselle se mettent en mouvement en vue de l'expédition projetée sur Trèves; et le 4 décembre, 17000 hommes environs sont réunis auprès de cette ville. Le 62e prend part aux opérations et engagements qui ont lieu dans la région, et qui rendent particulièrement pénibles la rigueur de la saison et le mauvais état des chemins; puis le 12 décembre, il fait partie d'un détachement fort d'une brigade de de 1000 chevaux dont est renforcé le Corps qui, sous le Général Delaage, opère entre la Sarre et la Moselle. Dans la retraite qui est faite peu de jours après, le 62e, étant à l'arrière garde, a un engagement assez vif, dans lequel il subit quelques pertes (21 décembre). Enfin, quand l'Armée prend ses cantonnements entre Thionville et Sarrelouis, il fait partie de la 2e Brigade de la 2e Division, qui est cantonnée aux environs de Distrof et Antilly.

Au mois de février 1793, le 62e prend part aux opérations entreprises par la Division Destournelles en vue d'appuyer l'Armée de Custine, qui se trouve sur la Nahe. Cette Division occupe Hombourg; son avant garde a divers engagements à Saint Wendel et à Kaiserslautern, puis, le 23 mars, la Division entière se porte en avant de Saint Wendel, à la rencontre d'un Corps prussien sorti de trèves, dont elle arrête le mouvement. A la fin du mois, la Division se replie sur Hombourg, où elle a ordre de rester sur la défensive.

Le 8 mars, le commandement du 62e passe au Colonel Chevalleau de Boisragon.

CHEVALLEAU de BOISRAGON Jean-Armand

Lieutenant en 2e dans le 44e Régiment, ci-devant Orléans le 20 mars 1745. Lieutenant en 1er le 18 mai 1746. Capitaine le 1er septembre 1755. Capitaine de Grenadiers le 1er juillet 1774. Premier capitaine commandant le 2e Bataillon le 20 juillet 1779. Premier capitaine commandant le 10 mai 1782. Chevalier de Saint-Louis en août 1781. Retiré avec une pension de retraite de 1900 fr., en date du 25 avril 1787.

A fait les campagnes de Flandre de 1745, 1746, 1747, 1748. S'est trouvé aux batailles de Fontenoy, Raucoux, Lawfeld, aux sièges de Tournay, Berg-op-Zoom et fort Lillo. A été blessé d'un coup de feu au travers du bras gauche à Raucoux et d'un coup de baïonnette à la main gauche à l'assaut de Berg-op-Zoom. A fait les sept campagnes d'Allemagne où il s'est trouvé aux batailles d'Hastembeck, Corbac, Groningue, Johannisberg, Villinghausen et Crevelt, aux sièges de Meppen et du château d'Alviethen.

S'est trouvé en outre à plusieurs affaires de postes et de détachements particuliers, ayant fait toute cette guerre aux volontaires et aux chasseurs. A pris les armes des premiers à l'époque de la Révolution en 89; fait un des Généraux en chef de la Garde nationale de Lille.

Nommé Lieutenant-colonel en premier du 2e Bataillon du Nord à sa formation le 1er septembre 1791. A fait avec ses braves camarades la campagne de 1792 en Champagne, Ardennes et Belgique. A fait avec eux aussi le siège de Namur. Fait commandant temporaire de Lille le 29 janvier 1793. Colonel du 62e le 8 mars 1793. Général de brigade le 15 mai 1793.

L'Armée de Moselle ayant été mise, avec celles du Rhin et des Vosges, sous les ordres du Général Custine, occupe, au commencement d'avril, de nouvelles positions dont la ligne s'étend de Longwy à Sarrebrück. Le 1er Bataillon du 62e, passé à la Division Lynch, occupe Sarreguemines. Dans les premiers jours d'avril, cette Division fait sur Neunkirchen une attaque combinée avec une autre qui a pour but la reprise du camp de Limbach, d'où ont été délogés les 44e et 71e de Ligne. Cette opération a un plein succès.

Vers la fin de juin, quelques modifications sont apportées à la composition des Divisions, et le 62e quitte la Division Lynch pour remplacer le 74e à la Division du Général Pully et occuper Bliecastel.

Le 15 juillet, l'Armée de la Moselle fait un mouvement pour se porter au secours de la place de Mayence, dans laquelle 22000 hommes se trouvent enfermés depuis le commencement du mois d'avril; et ainsi, le 1er Bataillon du 62e se trouve marcher au secours du 2e Bataillon qui compte, comme on le verra plus loin, parmi les défenseurs de Mayence. Mais la garnison, à bout de ressources après un siège valeureusement soutenu, et ignorant l'arrivée de ce secours, capitule le 23 juillet. L'armée de secours n'a donc pas à continuer son mouvement.

Sur ces entrefaites, le 1er Bataillon du 62e est désigné pour faire partie d'un important renfort envoyé à l'Armée du Nord, et est dirigé, le 31 juillet, du camp d'Exheim, près de Deux-Ponts, sur Metz.

 

- Armée du Nord

Le 1er Bataillon du 62e arrive à l'Armée du Nord juste à point pour prendre part à la bataille d'Hondschoote (8 septembre 1793). Le Général Houchard, joignant aux troupes du camp de Gaverelle les 12000 hommes qui lui arrivent de l'est, entreprend de débloquer Dunquerke qu'assiège le Duc d'York avec l'Armée anglaise couverte par les Hanovriens et les Hessois, et soutenue par le Corps hollandais. La victoire de Hondschoote, chèrement acquise par une lutte de trois jours contre un ennemi solidement retranché, réalise ce dessein et met fin dans le Nord, comme Valmy dans l'est, à une décourageante série de revers. Et c'est pour le 62e une heureuse fortune que d'avoir pu prendre part à ces deux féconds triomphes de nos armes.

 

- Formation de la 123e Demi-brigade

En exécution de la Loi du 21 février 1793 et du Décret conforme du 24 janvier 1794, les Régiments sont supprimés et remplacés par des Demi-brigades dites de Bataille (ou de première formation, pour distinguer cette première organisation de celle qui sera faite en 1796).

Conformément au principe adopté, d'après lequel les Demi-brigades sont constituées par l'amalgame d'un vieux Bataillon avec deux Bataillons de nouvelle levée, dits de Volontaires, le 1er Bataillon du 62e Régiment (ancien Salm-Salm) forme, le 15 avril 1794 avec le 1er Bataillon de la Vienne et le 2e Bataillon de la Somme, la 123e Demi-brigade.

Pour nous conformer aux instructions ministérielles, nous ne poursuivrons pas l'histoire détaillée de cette 123e Demi-brigade. Nous donnerons seulement, pour l'enchaînement de notre récit, l'exposé sommaire suivant, que nous empruntons à l'Histoire de l'infanterie française du Général Suzanne.

"La 123e demi-brigade de bataille a été versée, le 1er mars 1796, à l'armée de Sambre-et-Meuse, dans la 99e nouvelle, qui, après avoir servi aux armées d'Allemagne, d'Italie et de Naples, et s'être distinguée à la bataille de Limbourg, à la Trebbia, à la défense du pont du Var et au deuxième passage du Mincio, avoir occupé les garnisons de Mantoue, Vérone, Peschiera et Coni, a été incorporée, en 1803, dans le 62e régiment de ligne".

 

- 2e Bataillon

- Armée des Vosges - Défense de Mayence

Nous avons vu plus haut que le 1er Bataillon avait quitté Strasbourg au mois d'avril 1792. Le 2e Bataillon y resta jusqu'à la fin de l'année. Le 30 novembre, il en part pour rejoindre l'Armée des Vosges (qui est réunie peu de jours après à celle du Rhin, sous le commandement du Général Custine). Arrivé à Spire dans les premiers jours de décembre, il fait partie du Corps d'Observation de Manheim, sous les ordres du Général Meunier. Le 23 janvier 1793, il est dirigé sur Mayence, où il se trouve encore lorsque, au mois de mars, les troupes qui occupent la place, au nombre de 22000 hommes, se trouvent coupées de l'Armée du Rhin et doivent soutenir un siège mémorable, contre un corps de 70000 hommes commandé par le Maréchal Kalkreuth et le Roi de Prusse en personne. Sous les ordres de chefs tels que Meunier, Dubayet et Kléber, la garnison française fait une magnifique résistance qui oblige l'assaillant à déployer tout l'appareil d'un siège en règle. La défense, habilement organisée malgré un armement et des approvisonnements insuffisants, est vaillamment soutenue par des troupes qui savent se montrer solides et actives, malgré l'inexpérience de quelques jeunes Bataillons. Des engagements meurtriers ont lieu journellement; plusieurs vigoureuses sorties sont tentées, dont l'une coûte la vie au Général Meunier. Aussi, malgré l'importance des travaux entrepris par les assaillants, la résistance aurait pu se prolonger encore longtemps, et même aboutir à la délivrance, si le manque de vivres n'avait obligé les défenseurs à renoncer à la lutte avant le moment où ils auraient pu être dégagés par l'Armée du Rhin, que commande, après Custine, le Général de Beauharnais, et dont fait partie, comme nous l'avons dit, le 1er Bataillon du 62e. Le 23 juillet 1793, après deux mois et demi de blocus, 33 jours de tranchée ouverte et 31 jours de bombardement, la garnison de Mayence, réduite à 17000 hommes, sort avec les honneurs de la guerre, emportant ses armes, ses bagages et ses pièces de campagne, sous la condition de ne pas servir pendant un an contre les armées des puissances alliées.

Le 4 août, cette même Convention Nationale, qui punissait de l'échafaud les revers qu'elle jugeait dus à la faiblesse, décrète que la garnison de Mayence a bien mérité de la patrie.

 

- Vendée

La capitulation de Mayence ne réduit pas ses défenseurs à l'inaction. Ils sont dirigés sur la Vendée.

"Le 2e Bataillon du 62e, arrivé le 22 août à Saumur, prit part, sous les ordres de Kléber, aux combats qui amenèrent la ruine des royalistes. Le chef de bataillon de Beurmann fut tué, le 26 octobre 1793, au combat de Laval; le lendemain 27, les volontaires fuyaient; 100 hommes du bataillon, commandés par le capitaine O'Kelly, vieillard de soixante-dix ans, se jettent à la tête du pont de Château-Gontier, dernier obstacle que les Vendéens eussent à franchir pour exterminer les fuyards, et arrêtent l'élan des vainqueurs. Ce bataillon demeura dans l'ouest jusqu'à la fin de la guerre civile; il se fit souvent remarquer par l'ardeur qu'il déploya contre les Chouans, et surtout dans un combat acharné qu'il leur livra, en juillet 1795, auprès du château de Brunet. En janvier 1796, quand Stofflet reprit les armes, il accompagna Hoche dans sa marche sur Chemillé, et prit part aux opérations qui eurent pour résultat l'arrestation et la mort des derniers chefs royalistes" (Général Suzanne, "Histoire de l'Infanterie Française").

 

- Formation de la 94e Demi-brigade

"Le 2e bataillon de Salm-Salm est entré directement, le 16 septembre 1796, à l'armée des côtes de l'Océan, dans la 94e demi-brigade du second amalgame. Celle-ci, envoyée sur le Rhin en 1799, s'est distinguée au passage de la Linth, au combat d'Uzenach et à la bataille d'Hochstedt. A la paix, elle a tenu garnison à Namur et à Liège. Le 94e régiment du Consulat a fait les campagnes de 1803-1804 dans le Hanovre, celles de 1805 à 1807 au 1er corps, toutes les autres campagnes jusqu'en 1813 en Espagne. En 1813 et 1814, il fut partagé entre l'Espagne et l'Allemagne. En 1815, il était à l'armée du Nord. Licencié à Bayonne, il a versé ses débris dans la légion des Basses-Pyrénées, l'une des souches du 13e léger de 1820, 88e de ligne actuel" (Général Suzanne, "Histoire de l'Infanterie Française").

 

II/ 62e Demi-brigade (1796-1803)

a/ Campagne de 1796 en Allemagne

- Formation de la 62e Demi-brigade

Lorsque, par application de la Loi du 21 février 1793, les Régiments sont supprimés et remplacés par les Demi-brigades de Bataille, le n°62 n'est attribué à aucune Demi-brigade; celle à laquelle il est destiné n'est pas formée, par suite de l'absence du Bataillon d'Aunis, qui doit lui servir de noyau et se trouve aux Antilles (Historique du 62e). A noter qu'au moment du 2e amalgame, les éléments destinés à former la 62e de Bataille sont incorporés dans la 76e de Ligne.

Plus tard, au commencement de 1796, le gouvernement du Directoire, n'ayant pas encore eu le temps de lever de nouvelles troupes et voulant cependant combler les vides occasionnés dans les rangs par les nombreux combats et les fatigues des dernières campagnes, décide d'amalgamer plusieurs Demi-brigades entre elles. C'est ainsi que, le 18 février 1796 (29 pluviôse an IV), la 62e Demi-brigade, dite de Ligne ou de 2e formation, est constituée avec les restes des 95e et 140e Demi-brigades, et pour être au complet, elle reçut le 28 novembre 1796 le 3e Bataillon de la 4e Demi-brigade de 1ère formation, fort de 378 hommes, Officiers compris. Cette réunion est présidée par le Général de Division Chauveau, Commissaire des Guerres, chargé du commandement et de la police des deux Corps.

C. Rousset (Les Volontaires, 1791-1794) nous permet de préciser les choses quant à l'organisation de la 62e Demi-brigade.
- 4e ancienne de bataille (3e Bataillon) : Formée le 27 novembre 1794 (7 frimaire an III) à partir du 2e Bataillon du 2e Régiment (Picardie), du 5e Bataillon de la République (Paris), et du 4e de la Haute-Saône.
- 95e ancienne : Organisée le 26 juin 1794 (8 messidor an II) à partir de l'amalgame du 1er Bataillon du 48e Régiment (Artois), du 2e Bataillon de la Creuse, et du 8e Bataillon de la Haute-Saône.
- 140e ancienne : Organisée le 28 juin 1794 (10 messidor an II) à partir de l'amalgame du 2e Bataillon du 75e Régiment (Monsieur), du 3e Bataillon du Doubs, et du 11e Bataillon du Jura.
- 4e Bataillon de Maine-et-Loire (partiellement).
- 4e de Vosges-et-Meurthe (partiellement).

Les Etats militaires de l'An X donnent le détail de l'amalgame suivant : "Cette demi-brigade est formée de l'ancien 3e bat. de la 4e., provenant du 2e. bat. du 2e. régiment; du 3e. bat., formation de Paris, dit de la République; du 4e de la Haute-Saône; de l'ancienne 95e., provenant du 1r. bat. du 48e régiment; du 2e. de la formation de la Creuse; du 8e. de la Haute-Saône; de l'ancienne 140e, provenant du 2e. bat. du 75e. régiment; du 3e. du Doubs, et du 11e. du Jura".

En l'an XII, la 62e est complétée par la 99e nouvelle, dont le numéro restera vacant sous l'Empire. Cette Demi-brigade avait été organisée le 1er mars 1796 (11 ventôse an IV) à partir des :
- 123e ancienne : Organisée le 9 avril 1794 (20 germinal an II) à partir de l'amalgame du 1er Bataillon du 62e Régiment (Salm-Salm), du 2e Bataillon de la Somme, et 1er Bataillon de la Vienne.
- 172e ancienne : Organisée le 26 mars 1794 (6 germinal an II) à partir de l'amalgame du 2e Bataillon du 94e Régiment (Royal Hesse-Darmstadt), du 4e Bataillon de la Marne, et du 6e Bataillon de la Marne.

- 4e Bataillon de la Haute-Saône

L'essentiel de ce qui suit est tiré de l'ouvrage "Bataillons de volontaires nationaux, Cadres et historiques", de G. Dumont.

Composé de 534 volontaires des districts de Champlitte et de Jussey, groupés par cantons dès le mois d'août 1791, rassemblés à Jussey le 18 octobre, formés en Compagnies aussitôt et organisés en Bataillon, le 4e de la Haute-Saône est passé en revue le 20 par le Commissaire des guerres délégué par le Lieutenant-général de Toulongeon et les Commissaires du département. Affecté à la garnison de Strasbourg, il rejoint son poste dès le 1er novembre et y demeure tout l'hiver, comptant en décembre à l'armée du Rhin.

Etat des cadres à la formation (Revue du 20 octobre 1791). Un astérisque (*) placé à la suite du nom indique que l'officier a servi soit dans les troupes de ligne, soit dans les troupes provinciales.
1er Lieutenant-Colonel Tugnot de la Noye* (Jean -Marie), de Dommartin-sur-Vraine (Vosges), 47 ans, décoré de l'Ordre de Saint-Louis.
2e Lieutenant-Colonel Prélat* (Maxime), de Jussey, 40 ans.
Quartier-Maître Trésorier Joly (Etienne), de Bouhans, 20 ans.
Adjudant-Major Violet* (Claude-Antoine), de Gray, 51 ans, décoré de l'Ordre de Saint-Louis.
Adjudant-Sous-Officier Javelet* (Claude-François), de Scey-sur-Saône, 36 ans.
Chirurgien-Major Belgrand (Claude-Antoine), de Vauconcourt, 30 ans.
Grenadiers : Capitaine Dulion (Jean-Baptiste). Lieutenant Brouhot* (Jean-Baptiste), de Villars-le-Pantel, 46 ans. Sous-Lieutenant Fournier (Antoine), de Jussey, 23 ans.
1ère Compagnie (de Jussey) : Capitaine Delplanque* (Victor-Toussaint). Lieutenant Pérignon (Paul). Sous-Lieutenant Secours (Nicolas), de Jussey.
2e Compagnie (de Jussey) : Capitaine Poutot (Claude), d'Arbecey. Lieutenant Poutot* (Claude-Etienne), de Lambrey, 23 ans. Sous-Lieutenant Fraichot (Ferdinand), d'Arbecey, 18 ans.
3e Compagnie (de Jussey) : Capitaine Bouillerot (François), de Ceintrey (Meurthe-et-Moselle). Lieutenant Lépine* (Jean-Claude-Gaspard), de Vitrey. Sous-Lieutenant Millot* (Michel), de Chauvirey-le-Vieil, 27 ans.
4e Compagnie (de Champlitte) : Capitaine Maguet (Jean-Claude), de Dampierre, 19 ans. Lieutenant Rocot* (Hilaire), d'Autet, 31 ans. Sous-Lieutenant Chalmin.
5e Compagnie (de Champlitte) : Capitaine Poisot* (Jean-Baptiste), de Champlitte, 30 ans. Lieutenant Comtet* (Denis), de Champlitte, 35 ans. Sous-Lieutenant Bergeret (Claude).
6e Compagnie (de Champlitte) : Capitaine Damey (Etienne), de Vauconcourt, 23 ans.
Lieutenant Barbant (Claude). Sous-Lieutenant Ricard* (Nicolas), de Mercey, 40 ans.
7e Compagnie (de Jussey) : Capitaine Prévost* (Jean-Baptiste), d'Amance, 38 ans. Lieutenant Porcherot (Jean-Baptiste). Sous-Lieutenant Priauzet (Pierre).
8e Compagnie (de Champlitte) : Capitaine Charnotel* (Jean-Baptiste), d'Autrey, 30 ans. Lieutenant Allard (Pierre), de Mantoche, 19 ans. Sous-Lieutenant Jolyot* (François), de Bouhans, 33 ans.

Le 4e Bataillon de la Haute-Saône demeure à Strasbourg jusqu'à la fin de mars 1792, puis est envoyé à Molsheim, où il se trouve le 10 avril. Il se rend, en mai, au camp de Neukirch et y reçoit du 6 juin au 28 juillet, 280 volontaires de complément de Champlitte et de Jussey. Il se trouve à Wissembourg le 15 août ; prend part, avec Kellermann, à la marche sur Toul, Bar et Vitry, en septembre, et assiste à la canonnade de Valmy, puis suit les Prussiens en retraite, par Verdun et Longwy, en octobre. Il fait la campagne d'hiver de Trêves, avec la 2e ligne de l'armée de la Moselle, sous d'Aboville, en décembre, et prend ses quartiers, après la retraite, le 26.

Le Bataillon est cantonné à Bouzonville, avec la 4e Brigade, en février et mars 1793, à Sarreguemines le 15 avril; il est affecté à l'avant-garde et figure, en mai, parmi les Corps disponibles. Il reçoit, de mai à juin, environ 180 recrues d'Arcis-sur-Aube, Charolle et Joigny. Il campe à Hornbach le 15 mai et jusqu'en août avec le Corps des Vosges et est chargé, le 16, des avant-postes sous Pully (540 présents), vers Dietrichingen ; il prend part, le 14 septembre, au malheureux combat de Pirmasens, sous Moreaux, où une panique lui coûte 102 tués ou disparus. Il campe, le 21, à Diedrichen, puis bat en retraite sur la Sarre. Le Bataillon stationne le 16 octobre à Geislautern, puis va à Verden et fait partie, le 5 novembre, de la réserve, sous Moreaux, qui est employée au déblocus de Landau.

Le 7 janvier 1794, le 4e de la Haute-Saône est à Kreuznach et à Kaiserslautern le 30; il est signalé le 3 février, comme étant en marche et arrive le 4 à Saint-Wendel, puis le 6 au cantonnement d'Ommersheim et le 19 à Ormesheim; il est ensuite laissé en garnison à Bitche, où il reçoit 170 réquisitionnaires de la Haute-Saône, puis, le 3 juin, 275 autres de Loudéac. Il combat autour de Deux-Ponts du 21 au 29 juin, comptant à l'avant-garde, sous Ambert (853 présents); il bivouaque le 15 juillet à Stambach, venant d'Alt-Hornbach, et est passé en revue le 19, à Riedelberg, par l'agent secondaire Deshayes et le Commissaire des guerres Beaufumée qui lui adjoignent une section de Canonniers prélevée sur la Compagnie du 8e de l'Ain. Il participe à la marche sur Trêves, à l'affaire de la montagne de Pellingen le 8 août et à la prise de Trêves le 9. De là. se rend au siège de Mayence; il campe, le 17, à Hochheim et environs; le Bataillon compte, le 16 septembre, à l'avant-garde (Division Collaud); il bivouaque à Bingen le 22 octobre, sous Rolland, et à Alsheim du 28 octobre au 11 novembre.

En 1795, il est au bivouac, à l'attaque de droite, devant Mayence, avec l'armée de Rhin-et-Moselle : il prend part aux affaires des 26 mars et 22 mai et demeure employé au blocus jusqu'à son amalgame, le 15 juillet, avec le 2e Bataillon du 2e Régiment et le 3e de la République (Paris), pour former la 4e Demi-brigade (entrée en 1796 dans la composition des 31e, 62e et 89e nouvelles).

Etat des cadres au moment de l'amalgame.
Chef : Charnotel* (J.-B.). Quartier-maître : Bouillerot (P.-F.). Adjudant-Major : Detroye* (F.). Chirurgien : N... Adjudant Sous-Officier : N...
Grenadiers : Capitaine Clerc* (J. F.). Lieutenant (vacant). Sous-Lieutenant Bardenet (C. F.).
1ère Compagnie : Capitaine Delplanque* (V. T.). Lieutenant Parcheminey* (A.). Sous-Lieutenant Chatelet (B.).
2e Compagnie : Capitaine Ricard* (N.). Lieutenant Poutot (C. E.). Sous-Lieutenant Froment (J. B.).
3e Compagnie : Capitaine Bouillerot (F.). Lieutenant (vacant). Sous-Lieutenant Thiébault (P. A.).
4e Compagnie : Capitaine Comtet* (D.). Lieutenant Fraichot (F.). Sous-Lieutenant Durand* (J.).
5e Compagnie : Capitaine Poisot* (J. B.). Lieutenant Jolyot (F.). Sous-Lieutenant (vacant).
6e Compagnie : Capitaine Lépine* (J. C. G.). Lieutenant Gueldry* (F.). Sous-Lieutenant Sturel (C).
7e Compagnie : Capitaine Prévost* (J. B.). Lieutenant Dufourg* (L.). Sous-Lieutenant (vacant).
8e Compagnie : Capitaine Millot* (M.). Lieutenant (vacant). Sous-Lieutenant Maréchal* (C).

- 2e Bataillon de la Somme

L'essentiel de ce qui suit est tiré de l'ouvrage "Bataillons de volontaires nationaux, Cadres et historiques", de G. Dumont.

Composé de 571 volontaires des districts de Montdidier et de Péronne, rassemblés à Amiens le 3 septembre 1791, formés en Compagnies le 4 et le 5, puis organisés en Bataillon le 5, le 2e de la Somme est passé en revue le 6 par le Maréchal de camp de Boisgelin, assisté du Commissaire des guerres de Liaucourt et de MM. Dahamel et Butet, Commissaires du département.

Etat des cadres à la formation (Revue du 6 septembre 1791). Un astérisque (*) placé à la suite du nom indique que l'Officier a servi soit dans les troupes de ligne, soit dans les troupes provinciales.
1er Lieutenant-Colonel Thory* (Louis-Adrien-Théodore), de Montdidier, 32 ans.
1er Lieutenant-Colonel Bommart* (Philippe-Antoine), de Domart, 61 ans, décoré de l'Ordre de Saint-Louis.
Quartier-Maître Trésorier Foucault (Charles-Louis), de Ménévillers (Oise), 34 ans.
Adjudant-Major N...
Adjudant-Sous-Oficier Ycard* (Laurent-Maximilien), de Laudun (Gard), 27 a.
Chirurgien-Major Thory (Louis-François-Adrien), de Montdidier, 63 ans.
Grenadiers : Capitaine Goguet (Ignace-Marcel), d'Epénancourt, 25 ans. Lieutenant Courcelles (Pierre), de Montdidier, 31 ans. Sous-Lieutenant Capron (Louis-François), de Péronne, 41 ans.
1ère Compagnie (de Péronne) : CapitaineTupigny* (Augustin-Sébastien), de Ham, 41 ans. Lieutenant Beaucourt (Jacques), de Roisel, 29 ans. Sous-Lieutenant Duflos (Charles), de Sorel, 35 ans.
2e Compagnie(de Montdidier) : Capitaine Carpentier (Louis-Auguste), de Chaussoy-Epagny, 21 ans. Lieutenant Gouniou de Saint-Léger (Paul), d'Amiens, 21 ans. Sous-Lieutenant Belhomme* (Philippe), de Fléchy, 31 ans.
3e Compagnie (de Montdidier) : Capitaine Ledour* (Louis-Ignace), de Roye, 26 ans.
Lieutenant Payen (François), de Champion. Sous-Lieutenant Veret (Constantin-Honoré), de Villers-les-Roye, 21 ans.
4e Compagnie (de Montdidier) : Capitaine Froissart (Claude), de Lignières, 24 ans. Lieutenant Bailly (François-Nicolas de), de Beaucourt, 23 ans. Sous-Lieutenant. Willemont (Claude-Firmin), de Beaucourt, 21 ans.
5e Compagnie (de Montdidier) : CapitaineThory* (Jean-Baptiste), de Braches, 38 ans.
Lieutenant Langlet (Baptiste-Nicolas), de Mézières, 26 ans. Sous-Lieutenant Masse (Honnoré), de Moreuil.
6e Compagnie (de Péronne) : Capitaine Goguet (Joseph), d'Epénancourt, 22 ans. Lieutenant Bourdon (Constant), de Morchain, 20 ans, Sous-Lieutenant. Rigault (François), de Chaulnes, 43 ans.
7e Compagnie (de Péronne) : Capitaine Witasse* (Jean-François), de Bussu, 48 ans. Lieutenant Desmazières (Mathieu), de Péronne, 28 ans. Sous-Lieutenant. Hilly (Ferdinand-Armand d'), de Barleux, 20 ans.
8e Compagnie (de Montdidier) : Capitaine Parvillers* (Jacques-François de), de Roye, 31 ans. Lieutenant Pacary (Pierre-Eléonore), de Montdidier, 41 ans. Sous-Lieutenant. Bernard (Antoine-Toussaint), de Montdidier, 30 ans.

Le Bataillon part le 7 octobre pour Doullens, passe le 8 à Saint-Pol, le 9 à Hesdin et arrive le 10 à Montreuil où il est logé dans des couvents et se conduit assez mal pour motiver l'intervention du Général de Coulaincourt, qui le passe en revue le 30, veille de l'arrivée de son armement. Il demeure tout l'hiver, comptant à l'armée du Nord.

Le 2e de la Somme reste à Montreuil jusqu'en mai 1792 (556 présents), puis est envoyé, en juin, à Marchiennes, avec un détachement de 200 hommes à Orchies; cantonné dans cette dernière ville, y est attaqué dans la nuit du 14 au 15 juillet, parvient à s'échapper en faisant ouvrir le passage à la baïonnette à trois Compagnies et est, à cette occasion, l'objet d'un Décret de la Convention déclarant «qu'il a bien mérité de la patrie». Il est envoyé au secours de la garnison de Lille, entre le 20 septembre dans la place et y est assiégé jusqu'au 6 octobre, puis campe sous Avesnes en novembre (368 présents) ; il prend part avec l'armée du Nord (corps de bataille, Division de gauche, sous Duval) à l'invasion de la Belgique. Il est au siège du château d'Anvers du 25 au 28 novembre, cantonne en décembre entre Ruremonde et Maëstricht, puis campe à Mazeyck, sous Anvers.

En janvier 1793, le 2e de la Somme ne compte plus que 346 hommes; il fait partie, en février, de la colonne amenée par de Flers à Dumouriez et chargée du blocus de Berg-op-Zoom ; il prend part aux affaires entre Tirlemont et Saint-Trond du 18 au 22 mars, lors de la retraite de la Belgique; il est ensuite cantonné à Douai, puis rejoint à Arras, son dépôt grossi, le 23 avril, de nombreuses recrues. Il demeure trois mois en garnison dans cette place, prend part, le 11 août, à une affaire entre Poperinghe et Steenworde et, le 6 septembre, à celle de Poperinghe; affecté à la 1ère Brigade de la Division Balland, à Gavrelle, il part le 6 octobre, passe par Bapaume, Péronne, Saint-Quentin, Guise et arrive le 12 à Etroeungt (560 présents) pour concourir, du 14 au 16, au déblocus de Maubeuge; il est ensuite envoyé en quartiers d'hiver au Nouvion.

Le 6 février 1794, le 2e de la Somme reçoit, au Nouvion, 533 réquisitionnaires de Joigny (6 Compagnies du 10e Bataillon de l'Yonne) et passe, le 17, la revue de nouvelle formation (1.082 présents) ; il cantonne en mars à Oisy et, le 15 avril, est amalgamé, près Catillon, avec le 1er Bataillon du 62e Régiment et le 1er de la Vienne, pour former la 123e Demi-brigade (entrée, le 27 février 1796 dans la composition de la 99e nouvelle).

Etat des cadres au moment de l'amalgame.
Chef : Ledour* (L.-I.). Quartier-maître : Foucault (C-L.). Adjudant-Major : Turquet (L.-L.-E.). Chirurgien : N... Adjudant Sous-Officier : Verdin (L.-D.).
Grenadiers : Capitaine de Parvillers (I. M.). Lieutenant Courcelles (P.). Sous-Lieutenant Rouvroy (N.).
1ère Compagnie : Capitaine d'Hilly (F. A.). Lieutenant Beaucourt (J.). Sous-Lieutenant Ballue (L. E.).
2e Compagnie : Capitaine Carpentier (L. A.). Lieutenant Belhomme* (P.). Sous-Lieutenant Lefebvre (H. J.).
3e Compagnie : Capitaine Veret (C. H.). Lieutenant Morel (F. N.). Sous-Lieutenant Engramer (E. F.)
4e Compagnie : Capitaine Froissart (C). Lieutenant de Bailly (F. N.). Sous-Lieutenant Willemont (C. F.)
5e Compagnie : Capitaine Langlet (B. N.). Lieutenant Tardieu (T.). Sous-Lieutenant Leroux (C).
6e Compagnie : Capitaine Goguet (J.). Lieutenant Bourdon (C). Sous-Lieutenant Bedhomme* (F.).
7e Compagnie : Capitaine Rigault (F.). Lieutenant Varrez* (L. F.). Sous-Lieutenant Damay (A.).
8e Compagnie : Capitaine Bernard (A. T.). Lieutenant Rayé (F. F.). Sous-Lieutenant Dennezon (C).

- 1er Bataillon de la Vienne

L'essentiel de ce qui suit est tiré de l'ouvrage "Bataillons de volontaires nationaux, Cadres et historiques", de G. Dumont.

Composé de 551 volontaires formés en Compagnies dans les divers districts, rassemblés à Poitiers le 19 novembre 1791 et organisés en Bataillon du 22 au 24. Il est passé en revue le 25 par le Maréchal de camp d'Harambure, assisté du Commissaire ordonnateur de Vareilles et de MM. Babert de Juillé, Bonin de Noire, Bricard, de Moustier, Fradin et Rougier, Commissaires du département, et reçu, bien qu'incomplètement armé, habillé et équipé.

Etat des cadres à la formation (Revue du 2d novembre 1791). Un astérisque (*) placé à la suite du nom indique que l'Officier a servi soit dans les troupes de ligne, soit dans les troupes provinciales.
1er Lieutenant-Colonel Du Moustier de La Fond* (And.-Franc.), de Loudun, 47ans, décoré de l'Ordre Royal de Saint-Louis.
2e Lieutenant-Colonel Babert de Juillé* (Jean-Baptiste l'aîné), de Montmorillon, 51 ans, décoré de l'Ordre de Saint-Louis.
Quartier-Maitre Trésorier Pescher (Etienne-Alexandre), de Paris, 23 ans.
Adjudant-Major Donnadieu* (Michel), de La Rochelle.
Adjudant-Sous-Officier Beaucourt* (Jacques- Désiré), d'Airon, 31 ans.
Chirurgien-Major Corderoy* (François), de Pessac, 22 ans.
Grenadiers : Capitaine Normand (François), de Latus, 32 ans. Lieutenant Laurenceau (Jean-Charles), de Nousmeil, 27 ans. Sous-Lieutenant Rolland (Jean-Marie), de Poitiers, 17 ans.
1ère Compagnie (de Châtellerault) : Capitaine Seuilly* (François), de Châtellerault, 25 ans. Lieutenant Faulcon (Jacques-Michel), de Châtellerault, 23 ans. Sous-Lieutenant Mitault (Louis), de Châtellerault, 24 ans.
2e Compagnie (de Montmorillon) : Capitaine Francheau de La Corbinière (Pier.), du Blanc (Indre), 28 ans. Lieutenant Chambert (Louis), de Montmorillon, 23 ans. Sous-Lieutenant Giberton de Boistailly (Auguste-Franc. -Xav.), de La Trémouille, 39ans.
3e Compagnie (2e de Poitiers) : Capitaine Texier (Alexandre), de Poitiers, 25 ans. Lieutenant Beaugard (Jacques), de Poitiers, 42 ans. Sous-Lieutenant Amiet (Charles-Louis-Hilaire), de Mirebeau, 41 ans.
4e Compagnie (1ère de Civray) : Capitaine Serph (Marie-Louis-Joseph), de Civray, 25 ans. Lieutenant Treuille de Beaulieu (Jeac-Baptiste-Pierre, l'aîné), de Saint-Secondin, 33 ans. Sous-Lieutenant Lortat* (François-Antoine), de Civray, 26 ans.
5e Compagnie (2e de Civray) : Capitaine Vouseleau-Martigny (Antoine), d'Availles, 23 ans. Lieutenant Bourdier de La Maillerie (P.-Paschal), de Charroux, 21 ans. Sous-Lieutenant Duclos (François-Alexandre), d'Availles, 18 ans.
6e Compagnie (de Lusignan) : Capitaine Hastron (Charles-Paul), de Couhé, 28 ans. Lieutenant Presle (François-Antoine), de Lusignan, 31 ans. Sous-Lieutenant Villeneuve (Olivier-Basile), de Lusignan, 24 ans.
7e Compagnie (1ère de Poitiers) : Capitaine Dumeny* (Jean), de Cubry, 33 ans. Lieutenant Pavie (André-Dominique), de Poitiers, 23 ans. Sous-Lieutenant Minoret (Benjamin), de Châtellerault, 20 ans.
8e Compagnie (de Loudun) : Capitaine Haward Boissaudière de La Blotterie* (Jean-Marie-François), de Loudun, 54 ans, décoré de l'Ordre de Saint-Louis. Lieutenant Canuel* (Simon), des Trois-Moûtiers, 24 ans. Sous-Lieutenant Montault (Daniel), de Loudun, 20 ans.

Le 1er Bataillon de la Vienne fait rendre visite par ses Officiers aux corps constitués le 26 et bénir son drapeau par l'évêque, à la cathédrale, le 27. Il se met en route le 18 décembre, passe par Châtellerault, Tours, Blois, Orléans, Etampes et arrive à Milly le 30, «s'étant bien comporté partout».

Le Bataillon repart le 1er janvier 1792 pour Melun, Meaux, Senlis et Compiègne, où il arrive le 7 janvier et demeure en garnison. Il est armé à neuf en février et renvoie le 16, à Poitiers, les fusils prêtés pour la route, «les jeunes gens se comportant très bien, mais ne faisant presque rien». Il est, lors de la déclaration de guerre, affecté à l'armée du Centre, envoyé à Meaux et dirigé, le 26 mai, sur Soissons, Suippes, Clermont, Verdun et Metz, où il arrive le 6 juin (567 présents); il y tient garnison trois mois, réclamant des volontaires de complément. Il prend part au siège de Thionville en octobre et novembre, compte à l'armée de la Moselle; il se constitue le 19 novembre, à Longwy, une Compagnie de canonniers (Capitaine Beaugard, Lieutenant Amiet et Sous-lieutenant Petit) et se trouve, le 29 décembre, en quartiers d'hiver à Villers-la-Montagne.

Le 22 janvier, le 1er de la Vienne est près de Sarrelouis, à Londivilliers, d'où il se plaint vivement des désertions; le 4 mars, sous d'Estournelles, à Deux-Ponts, puis à Spichin le 15 avril. Il est ensuite affecté à l'avant-garde et figure, le 1er mai, au nombre des corps disponibles, reçoit de nombreux recrues le 9 mai, occupe le camp d'Hornbach le 15 et y demeure jusqu'en juillet. Il est désigné, le 19 juillet, pour aller renforcer l'armée du Nord; il se rend d'abord à Metz, laissant son Dépôt à Sarrelouis ; il part le 3 août, en poste, passe à Péronne le 7 et rejoint la Division Collaud le 22, à Arleux, puis la Division de Hédouville, à Gavrelle. Il repart le 31 août; se dirige, par Beaumont, Béthune et Saint-Venant, sur Cassel; il prend part à l'affaire de Poperinghe le 3 septembre, passe à Steenworde le 5, concourt à l'attaque de Rexporde le 7, à la bataille d'Hondschoote le 8, à l'affaire de Wervicq le 13 et à celle de Courtrai le 15. Il campe à Monchy-le-Preux le 2 octobre et fait partie de la Division Balland ; il quitte avec elle le camp de Gavrelle le 6, passe le 12 à Etroeungt et concourt, à la 1ère Brigade, au déblocus de Maubeuge, les 15 et 16 octobre (691 présents). Il campe ensuite près Yron, sous d'Hangest, le 13 décembre.

En janvier 1794, le 1er Bataillon de la Vienne compte encore à la Division Balland et cantonne au Nouvion, où l'agent secondaire Thébert lui passe, le 22, la revue d'ancienne formation et lui incorpore, du 2 au 11 février, 494 réquisitionnaires (358 de Dreux et 136 d'Ervy). Il se trouve, en mars, à Oisy, avec son Dépôt à Soissons, et est amalgamé, le 15 avril, avec le 1er Bataillon du 62e Régiment et le 2e de la Somme, pour former la 123e Demi-brigade (entrée le 27 février 1796 dans la composition de la 99e nouvelle).

Etat des cadres au moment de l'amalgame.
Chef : Dumeny* (J.). Quartier-maître : Pescher (E.-A.). Adjudant-Major : Delord* (J.-P.). Chirurgien : Corderoy* (F.). Adjudant Sous-Officier : Martineau (L.).
Grenadiers : Capitaine Normand (F.). Lieutenant Lauranceau (J. C). Sous-Lieutenant Audinet (J.).
1ère Compagnie : Capitaine Seuilly* (F.). Lieutenant Mitault (L.). Sous-Lieutenant Berruet (J-).
2e Compagnie : Capitaine deLaCorbinière(P.) Lieutenant Corminier* (P. F.). Sous-Lieutenant Boistailly (A. F. X.).
3e Compagnie : Capitaine Texier (A.). Lieutenant Denis (M. L.). Sous-Lieutenant Jousselin (T.).
4e Compagnie : Capitaine Aymé (J.). Lieutenant Ingrand* (P.). Sous-Lieutenant Dubois* (J.).
5e Compagnie : Capitaine Martigny (A.). Lieutenant Duclos (F. A.). Sous-Lieutenant Corderoy (J.).
6e Compagnie : Capitaine Hastron (C. P.). Lieutenant Villeneuve (O. B.). Sous-Lieutenant Tard (J.).
7e Compagnie : Capitaine Pavie (A. D.). Lieutenant Minoret (B.). Sous-Lieutenant Gibault.
8e Compagnie : Capitaine Grignon* (J.). Lieutenant Létourneau (P. C). Sous-Lieutenant Richard* (A.).

- 4e Bataillon de la Marne

L'essentiel de ce qui suit est tiré de l'ouvrage "Bataillons de volontaires nationaux, Cadres et historiques", de G. Dumont.

Composé de 465 volontaires du district d'Epernay, rassemblés à Reims le 4 septembre 1791, formés en Compagnies le 7 et organisés en Bataillon le 8. Ce Bataillon tire au sort, le 12, le n° 4, puis est passé en revue le 14 par le Maréchal de camp de Carové, assisté du Commissaire des guerres Chaudeau et de MM. Duverger de Guy et Bruyant, Commissaires du département.

Etat des cadres à la formation (Revue du 14 septembre 1791). Un astérisque (*) placé à la suite du nom indique que l'Officier a servi soit dans les troupes de ligne, soit dans les troupes provinciales.
1er Lieutenant-Colonel Duverger de Cuy* (Jean-Rémy), de Vitry-le-Francois, 60ans, décoré de l'Ordre de Saint-Louis.
2e Lieutenant-Colonel Failly (Louis- Jacques), de Dormans, 27 ans.
Quartier-Maître Trésorier Chevalier (Pierre-Frariçois-Germain), d'Athis, 24 ans.
Adjudant-Major N...
Adjudant Sous-Officier Mousset* (Louis), de Saint-Christophe (Eure), 31 ans.
Chirurgien-Major Hortet* (Joseph), de Saint-Felin-d'Avall, 22 ans.
Grenadiers : Capitaine Clouet* (Pierre), d'Epernay, 48 ans. Lieutenant Pivain dît La Marine* (Etienne), de Châlons-sur-Marne, 59 ans. Sous-Lieutenant François dit Chauffour (Vict.-lsaac-Nicolas), d'Ay, 19ans.
1ère Compagnie : Capitaine Fagnier (Pierre-Franc. -Louis-Nicolas), de Dormans, 19 ans. Lieutenant Cordelle* (Jean-Pierre), de Crécy-sur-Seine (Aisne) , 40 ans. Sous-Lieutenant Braine* (Antoine), de Reims, 43 ans.
2e Compagnie : Capitaine Varin (Jacques-Ferdinand), de Dormans, 21 ans. Lieutenant Prévost (Louis-Charlemagne), de Dormans, 23 ans. Sous-Lieutenant Baron* (Philippe), de Chavot, 54 ans.
3e Compagnie : Capitaine Poittevin* (Joseph), de Cumières, 36 ans. Lieutenant Godard (Nicolas), de Cumières, 20 ans. Sous-Lieutenant Fourché (Louis), d'Epernay, 21 ans.
4e Compagnie : Capitaine Jarot* (Jean-Baptiste-Hubert), de Vaudières, 29 ans. Lieutenant Magne* (Jean-Baptiste), de Dormans, 48 ans. Sous-Lieutenant Gérard* (Claude-André), de Verzy, 28 ans.
5e Compagnie : Capitaine Cailliet (Jean-Louis), de Port-à-Binson, 26 ans. Lieutenant Failly (Joseph-François), de Dormans, 20 ans. Sous-Lieutenant Dupont (Jean-Nicolas), de Venteuil, 23 ans.
6e Compagnie : Capitaine Bailly* (Franc. -Romain), de Demange-aux-Eaux (Meuse),
50 ans. Lieutenant Muiron* (Léger), d'Epernay, 24 ans. Sous-Lieutenant Bouyé dit Bouillier* (Jean-François), d'Epernay, 33 ans.
7e Compagnie : Capitaine Cousin (François-Nicolas), d'Epernay, 20 ans. Lieutenant Guérin (Nicolas), d'Ay, 33 ans. Sous-Lieutenant Guérin (Isaac-Nicolas), d'Ay, 20 ans.
8e Compagnie : Capitaine Leulier (Jean-Nicolas), d'Epernay, 25 ans. Lieutenant Trélon (Jean-Joseph- Augustin), de Dormans, 18 ans. Sous-Lieutenant Philipponat (Claude-François), d'Epernay, 19 ans.

Le 4e Bataillon de la Marne part le même jour, après la bénédiction du drapeau, pour Rethel et Chesne-le-Populeux, où il demeure en cantonnement environ trois semaines. Il repart le 10 octobre, passe par Charleville et Aubigny et gagne, le 13, Rozoy-sur-Serre et Montcornet. Il reçoit là plus de 70 recrues pour se compléter et passe l'hiver à faire de l'instruction. Il compte à l'armée du Centre, sous Lafayette.

Le 4e de la Marne quitte ses cantonnements le 10 février 1792 et, par Aubenton, vient tenir garnison à Rocroi le 11; il y reste jusqu'à la réception de l'ordre du 29 avril qui l'envoie à Givet et, de là, au camp de Rancennes, laissant son Dépôt sur place à Rocroi. Il prend part, le 5 mai, à la marche de l'armée sur le camp retranché de Maubeuge ; il ne prend pas part à l'affaire de La Glisuelle, mais figure à l'enterrement de Gouvion, le 13. Il repart avec l'armée, pour la Lorraine, le 1er juillet; célèbre la fête du 14 juillet à Maubert-Fontaine, cantonne le 1er août à Chauvency-le-Château et à Saint-Hubert, puis est utilisé, le 5, à renforcer la garnison de Montmédy. Il est bloqué dans cette place le 31 août, après la capitulation de Longwy, et y est maintenu après le déblocus du 20 octobre, tout l'hiver, comptant à l'armée de la Moselle.

Le 1er janvier 1793, le 4e de la Marne est à Montmédy (effectif : 586); il est mis en route le 8 mars pour rejoindre l'armée des Ardennes, passe par Sedan, Mézières et arrive le 11 à Givet-Charlemont (477 présents). Il reçoit, en cette garnison, plus de 200 recrues pendant les mois d'avril et de mai, et ne la quitte plus que pour quelques petites opérations de guerre, mais détache à Bouchain quatre Compagnies comptant 232 hommes, en juillet. Il perd tant à la sortie de Bouchain le 12 septembre, qu'aux environs de Givet, 2 Officiers et plus de 180 Sous-offîciers, Caporaux et volontaires. Il reçoit, le 27 novembre, environ 360 réquisitionnaires, en majorité du district de Reims, et 525 autres le 30 décembre.

Le 1er janvier 1794, le Bataillon est en garnison à Givet (effectif : 1228), avec de petits détachements à Fumay, Revin, Geffine, Vireux et Montigny. Il passe, le
20 janvier, la revue de nouvelle formation de l'agent secondaire Marthe, assisté du Commissaire des guerres Claude, et n'a plus que 598 hommes présents. Il est amalgamé le 26 mars, à Givet, avec le 2e Bataillon du 94e Régiment et le 6e de la Marne, pour former la 172e Demi-brigade (entrée, le 1er mars 1796, à l'armée de Sambre-et-Meuse, dans la composition de la 99e nouvelle).

Etat des cadres au moment de l'amalgame.
Chef en 1er : Failly (L.-J.) ; en 2e : Magne* (J.-B.). Quartier-maître : Chevalier (P.-F.-G.). Adjudant-Major : Mousset* (L.). Chirurgien : Duval (L.-T.) Adjudant Sous-Officier : (N.).
Grenadier : Capitaine Clouët* (P.). Lieutenant Braine* (A.). Sous-Lieutenant Chauvelle (A. V.).
1ère Compagnie : Capitaine Fagnier (P. F. L. N.). Lieutenant Prévost (L. C). Sous-Lieutenant Mazères (H. F.).
2e Compagnie : Capitaine Varin (J. F.). Lieutenant Baron* (P.). Sous-Lieutenant Baudot* (P. F.).
3e Compagnie : Capitaine Pivain* (E.). Lieutenant Chauffour (V. 1. N.). Sous-Lieutenant Fourché (L.),
4e Compagnie : Capitaine Jarot* (J. B. H.). Lieutenant Gérard* JC. A.). Sous-Lieutenant Boucher (P. F.).
5e Compagnie : Capitaine Cordelle* (J. P.). Lieutenant Dupont (J. N.). Sous-Lieutenant (vacant).
6e Compagnie : Capitaine Bailly* (F. R.). Lieutenant Muiron* (L.). Sous-Lieutenant Bouillier* (J. F.).
7e Compagnie : Capitaine Cousin (F. N.). Lieutenant Tourneur (H. J.). Sous-Lieutenant Vailly (P.).
8e Compagnie : Capitaine Leulier (J. N.). Lieutenant Trélon (J. J. A.). Sous-Lieutenant Philipponat (C*. F.).

- Début de la campagne de 1796 - Passage du Rhin

"A la suite d'un armistice, la 95e se rendit à Weissembourg pour une nouvelle organisation de l'infanterie. Elle y fut amalgamée avec la 140e pour n'en former qu'une seule. Les numéros furent tirés au sort, et la demi-brigade prit celui de 62. Par le résultat de cette organisation, les capitaines les moins anciens furent réformés; se trouvant de ce nombre, le capitaine FRIRION quitta le corps et alla habiter Strasbourg, où il fut employé auprès du général Schauenbourg" (Notice biographique sur M. le général baron Fririon).

La 62e Demi-brigade, ainsi constituée, fait partie de l'Armée de Rhin et Moselle. Elle comprend 3 Bataillons de 9 Compagnies chacun, plus une Compagnie auxiliaire. A cette époque, elle est sous le commandement du Chef de Brigade Gudin.

GUDIN Claude-Louis

Né à Auroux (Nièvre) le 22 mars 1753. A servi dans la Légion Saint-Victor en qualité d'Officier, du 9 mai 1771 jusqu'au 10 juin 1772. Entré dans la partie des Aides le 10 février 1774, y a servi sans interruption jusqu'à la suppression en 1792. Chef de Bataillon au 2e Bataillon de la Creuse, faisant partie de la 62e Demi-brigade le 21 septembre 1792. Chef de Brigade (95e) le 8 messidor an II. Chef de Brigade (62e) le 8 février (sic) 1796.

A fait les campagnes de 1792-an IX inclusivement. A reçu un coup de baïonnette en l'an V sur le devant de la main droite. Blessé à l'affaire de la Trébbia, près Plaisance, 1er messidor an VII, d'un éclat d'obus à la cuisse droite. A été retraité le 26 germinal an XII.

La fortune des armes ne nous a pas été favorable en 1795; l'armée française, après plusieurs échec, a avantageusement profité d'un armistice proposé par l'armée autrichienne et est venue s'établir, à la fin de l'année, sur la rive gauche du Rhin pour prendre ses quartiers d'hiver. Obligée de vivre sur le pays, elle s'étend sur tout le territoire de l'Alsace et de la Lorraine. Le Général Moreau prend le commandement en chef de cette armée.

Les Autrichiens, sous le commandement de l'Archiduc Charles, occupent la rive droite du Rhin, de Bâle à Lauterbourg et les deux rives de ce même fleuve à partir de ce dernier point.

En Italie, une armée française, sous le commandement de Bonaparte, doit agir contre les Austro-piémontais; du côté de Cologne l'Armée de Sambre et Meuse, sous Jourdan, joindrait son action à celle de Rhin et Moselle.

L'armée de Bonaparte ayant pénétré en Italie, le plan du Directoire est le suivant, en ce qui concerne les armées de Rhin et Mosele et de Sambre et Meuse : traverser le Rhin et envahir une partie de l'Allemagne, donner la main à l'Armée d'Italie et marcher sur la capitale de l'Autriche.

Moreau a divisé son armée en trois Corps : l'aile droite sous Férino, le centre sous Desaix, l'aile gauche avec Gouvion Saint Cyr, et une réserve.

La 62e fait partie de l'aile droite et forme, avec la 10e Légère, la Brigade Lambert. Son effectif est d'environ 2350 hommes.

Après divers mouvements faits pour tromper ses adversaires, le Général Moreau décide de passer le Rhin à Kehl et de proposer ensuite la bataille à l'Archiduc. Cette opération, exécutée en face d'une armée ennemie, est peut être la plus difficile qu'un Général ait encore osé entreprendre. Mais l'armée possède dans le courage éprouvé et la ferme discipline de ses soldats les meilleures garanties de succès.

Le secret de l'opération, étudié depuis deux mois, est d'ailleurs bien gardé. Le passage doit s'opérer le 24 juin en deux points principaux : le Général Beaupuis avec les 62e, 103e, 109e Demi-brigades, la 10e Légère, le 6e Dragons, deux Escadrons du 7e Hussards et une Compagnie d'Artillerie légère, a mission de passer le fleuve à Gambsheim. Ces troupes ne peuvent obtenir le succès que méritait leur courage; les bateaux, qui descendent la rivière d'Ill, éprouvent du retard et les îles favorables au débarquement ayant été submergées, on est contraint de se mettre en bataille sous le feu de l'ennemi, l'eau arrivant jusqu'à la ceinture. Cette difficulté n'arrête en rien l'ardeur du soldat, mais la rapidité du courant, qui sépare les îles de la terre ferme, est si grande, qu'il est impossible de faire remonter les bateaux jusqu'au point de passage.

On se voit forcé de se rembarquer et de revenir sur la rive gauche.

Pendant ce temps, l'autre partie des troupes, divisée en trois colonnes, ayant rencontré moins de difficultés, a effectué son débarquement et culbuté les premières troupes ennemies. Le lendemain, la 62, ainsi que le reste de la Division Beaupuis, passe le Rhin à son tour et, dans l'après midi, Desaix, à la tête des Division Beaupuis et Férino, attaque avec une grande vigueur l'ennemi placé à Neumühl, le repousse et lui fait 200 prisonniers.

Le 26, ces deux mêmes Divisions marchent sur le camp autrichien de Willstedt. La Division Beaupuis se dirige sur Offenbourg. Quelque désordre se produit au début dans la tête de colonne, mais il est vite réparé et l'ennemi est chargé avec vigueur.

Nos troupes font preuve d'une rare intrépidité, l'ennemi est chassé de son camp et perd un canon et plusieurs caissons. Dans cette affaire, le Général Beaupuis a été grièvement blessé; il est remplacé par le Général Sainte Suzanne.

 

- Combats de Renchen (28 juin) et de Rastadt (5 juillet)

Une grande partie des troupes autrichiennes se rassemblant près d'Offenbourg, l'Armée française marche contre elles dans les journées des 27 et 28 juin.

Une grande partie des troupes autrichiennes se rassemblant près d'Offenbourg, l'armée française marche contre elles dans les journées des 27 et 28 juin.

La Division Sainte Suzanne s'empare, le 27, d'Urloffen après un violent combat; le 28, elle met en complète déroute une colonne ennemie, qui cherche à la tourner par sa gauche. Cinquante tirailleurs de la 62e, commandés par le Lieutenant Touret, résistent à la cavalerie ennemie; ralliée par son chef, cette petite troupe fond sur une batterie, fait beaucoup de prisonniers et s'empare d'une pièce de canon, qui est ramenée à bras. La nuit seule met fin à la poursuite.

Après ce combat, l'armée française s'empare, sans coup férir, de l'important passage de Knübis.

Jusqu'ici, elle n'a eu affaire qu'à une partie des forces autrichiennes; à partir de ce moment elle va avoir à se mesurer avec l'armée de l'Archiduc Charles qui, à la nouvelle du passage du Rhin, arrive à marches forcées.

Moreau ordonne alors à Saint-Cyr d'attaquer la droite de l'ennemi; le Général Desaix doit l'attaquer de front. Au centre la lutte commence à 4 heures du soir.

La 62e, conduite par Joba et soutenue par la 103e, force le passage de l'Oelbach et attaque avec la plus grande bravoure le bois et le village de Nieder-Buhl, qu'elle emporte après deux heures de combat.

Le Lieutenant Ganivet a puissamment contribué au succès en passant différentes rivières à la tête d'un peloton de Grenadiers et en empêchant l'ennemi de couper un pont sur la Murg. Le mouvement de la 62e permet de tourner l'ennemi, qui est obligé de battre en retraite et éprouve des pertes considérables.

 

- Bataille d'Ettlingen (9 juillet) - Marche sur la Neckar et le Danube

L'Archiduc Charles arrive des bords de la Lahn triomphant et comptant rejeter les troupes françaises au delà du Rhin. Pour exécuter son plan, il place ses troupes entre l'Enz et le Rhin, mais il est prévenu par Moreau, qui, le 9 juillet, ordonne à toutes ses troupes de marcher à l'attaque. L'affaire a lieu non loin d'Ettlingen. La 62e se trouve avec le Corps de gauche, qui ne peut empêcher l'ennemi de gagner du terrain; mais notre droite est victorieuse, aussi l'Archiduc se retire t'il sur Pforzheim.

A la suite de la bataile d'Ettlingen, Moreau se contente de suivre l'Archiduc pas à pas. C'est ainsi qu'après divers engagements aux environs de Stuttgard, notamment à Kannstadt, le 21 juillet, l'Armée française arrive sur la rive droite du Neckar.

La marche se poursuit, la 62e occupant toujours la gauche avec le Corps de Desaix; le 3 août, ce dernier s'avance sur la position de Neresheim.

Dans la journée du 8, plusieurs attaques se produisent; la 62e, placée en réserve, n'y prend point part.

Après ces combats, la distance entre les armées adverses se trouve tellement réduite qu'une grande bataille est inévitable.

"Pendant ce temps, l'armistice avait été rompu par l'ennemi, et les armées avaient repris leur ligne de bataille; le général Moreau avait passé le Rhin, et son armée s'avançait victorieuse dans le Wurtemberg et en Bavière. A la nouvelle des succès de nos armées, enflammé d'une ardeur guerrière et impatient de rejoindre ses camarades en face de l'ennemi, le capitaine FRIRION avait refusé les positions avantageuses d'aide-de-camp auprès des généraux Schauenbourg et Lambert qui avaient apprécié les brillantes qualités qui le distinguaient et lui témoignaient un chaleureux intérêt.
A la première vacance, ses désirs furent satisfaits : il fut rappelé à son ancien régiment, la 62e, où il arriva le 23 thermidor an IV, veille de la bataille de Néresheim. Dans cette journée, il combattit en tirailleur depuis une heure de l'après-midi jusqu'au soir
" (Notice biographique sur M. le général baron Fririon).

 

- Bataille de Neresheim (11 août)

L'armée ennemie vient d'acquérir une force considérable par sa jonction avec son aile gauche, alors qu'au contraire l'armée française est privée de son aile droite, détachée depuis le commencement de la campagne. A la pointe du jour, le 11 août, nos avant-postes sont attaqués. Notre centre, qui se trouve dans une position avantageuse, est culbuté; pendant ce temps, la 62e, avec la Brigade Decaen, s'avance sur Schweindorf et s'en empare. Le Capitaine Picot, à la tête de sa Compagnie, enlève un étendard à un Escadron autrichien; d'un autre côté, un Bataillon de la Demi-brigade fait 600 prisonniers. Cette opération est facilitée par la belle manoeuvre du Lieutenant Ganivet, qui, avec un peloton de Grenadiers, tient en echec l'ennemi embusqué dans un ravin.

La nuit arrivant, on se décide à remettre le mouvement décisif au jour suivant, mais le lendemain, l'ennemi n'attend pas notre attaque et décampe.

 

- Passage du Danube et du Lech - Combat de Geisenfeld (1er septembre)

L'ennemi, abandonnant sa position avantageuse entre les deux armées françaises d'Allemagne, traverse le Danube; l'Armée de Rhin et Moselle, au lieu d'effectuer sa jonction avec celle de Sambre et Meuse, passe le même fleuve à la suite de l'armée autrichienne et marche sur Augsbourg. L'Archiduc profite de la faute commise : il laisse le Général Latour devant l'Armée de Rhin et Moselle et va battre celle de Sambre et Meuse.

Malgré le mauvais état des gués, Moreau traverse le Lech, met les Autrichiens de Latour en complète déroute et ordonne à Desaix d'aller, avec une partie de la Division Beaupuis, attaquer la tête de pont d'Ingolstadt. La 62e fait partie de ce détachement, qui, selon les prévisions du Général en chef, ne devait trouver devant lui que des forces peu importantes. Mais, le 1er septembre, nous sommes assaillis par des forces considérables.

L'attaque des Autrichiens est si vigoureuse que l'avant-garde française est ramenée sur le corps de bataille.

Un combat acharné s'engage sur les hauteurs; deux fois les Autrichiens sont refoulés en désordre; leur nombreuse cavalerie veut profiter de prairies spacieuses pour tourner notre aile gauche; heureusement Desaix et Beaupuis ont vu le danger : ils détachent immédiatement trois Régiments de cavalerie, une Compagnie d'Artillerie et un Bataillon de la 62e.

Quelques pelotons du Bataillon sont mis en évidence pour attirer l'ennemi; le reste, se défilant derrière des hauteurs, se range en bataille. La cavalerie ennemie fond sur les pelotons français; à son tour, notre cavalerie la prend en flanc et la force à passer devant la 62e, qui lui fait éprouver des pertes considérables.

La Division Beaupuis reprend l'offensive, poursuit l'ennemi à travers bois et ne s'arrête qu'à la nuit.

"ll (le Capitaine Fririon) prit part ensuite au combat du passage du Lech, à celui de Geisenfeld où son bataillon fut cité, le 15 fructidor, et le 21 du même mois à celui de Neustadt où il perdit avec un regret profond son brave général de brigade Lambert qu'il chérissait" (Notice biographique sur M. le général baron Fririon).

Le 10 septembre, l'armée s'ébranle pour repasser le Danube, la 62e franchit ce fleuve à Neubourg.

Ce mouvement est la conséquence des manoeuvres de l'Archiduc qui, en ce moment, repousse l'armée de Sambre et Meuse et va bientôt pouvoir agir sur les derrières de celle de Rhin et Moselle. Après quelques hésitations, l'armée française revient sur la rive droite du Danube, et le 17 septembre, le Corps de Desaix repousse l'ennemi.

 

- Retraite de l'armée française

Les troupes autrichiennes sont sur notre flanc gauche, dégarni par le recul de l'Armée de Sambre et Meuse; la retraite s'impose. Obligée de vivre dans un pays insurgé, entourée d'ennemis qui se flattent de la jeter dans le lac de Constance, l'armée française livre de nombreux combats et réussit à rentrer en France.

Jamais battue, très souvent victorieuse, elle légue à l'histoire la retraite la plus glorieuse qu'aucune armée ait jamais accomplie.

La plus sanglante bataille pour l'armée autrichienne est celle de Biberach. Le Général Latour nous serrant de trop près, Moreau veut le châtier de sa témérité. Le Corps de Desaix marche, le 2 octobre, par la chaussée de Riedlingen à Biberach contre la droite ennemie, qui est mise en complète déroute, pendant que notre centre écrase une partie de l'armée autrichienne. Nous ne perdons que 400 hommes, alors que l'armée ennemie est à peu près détruite.

Après cette bataille, la retraite continue.

Le val d'Enfer franchi, les communications avec la France sont assurées. La Division Beaupuis charge l'ennemi le 15 octobre et lui prend quatre Compagnies.

A ce moment, la position des deux armées adverse est la même qu'au commencement de la campagne; le succès définitif va appartenir à celle qui saura le mieux se concentrer.

 

- Bataille de Waldkirch (19 octobre)

L'armée française, placée sur la rive gauche de l'Elz, près Waldkirch, a deux de ses Divisions, dont celle de Beaupuis, sur la rivre doite de la rivière, en une position favorable.

L'Archiduc, qui a réuni une grande partie de son armée, profite de cet avantage et, après différents combats livrés les jours précédents, lance le 19 ses troupes sur nos positions. A peine l'avant-garde de la Division Beaupuis est elle en mouvement, que son commandant, le Général Decaen, est blessé dans une chute de cheval. Beaupuis accourt : "Aujourd'hui camarade, lui dit-il, c'est à moi de faire le général d'avant-garde, reste à la division". Il y a quelques instants qu'il a prononcé ces paroles lorsqu'il tombe à son tour, mortellement frappé. Le Général Desaix averti, arrive : "Sauvons la Division, dit-il, nous le pleurerons après". Les Autrichiens, enhardis, chargent nos rangs avec la plus grande vigueur, mais enfin elles sont rejetées au délà de l'Elz.

Le Lieutenant Barrey se signale dans cette bataille par son dévouement en se chargeant volontairement, avec 15 hommes de détruire, sous le feu de l'artillerie et de la mousqueterie, un pont qui doit faciliter les mouvements de l'ennemi.

L'armée française n'a perdu que très peu de terrain. Le lendemain, le Général Latour fait ses efforts pour passer la Glotter; quatre fois son avant garde est repoussée par la 50e Demi-brigade et un Bataillon de la 62e.

Cependant, le reste de l'armée a été obigé de reculer devant les attaques de l'Archiduc, le Général en chef ordonne alors, le 21, à l'aile gauche de traverser le Rhin pour tenter un coup de main sur Manheim, mais cette diversion est insuffisante et, après le combat de Schliengen, l'armée se retire, par Huningue, sur la rive gauche du Rhin.

Ainsi se termine cette retraite de quarante sept jours, commencée le 10 septembre à Pfaffenhofen et finie le 26 octobre à Huningue. "L'armée avait le plus grand besoin de repos; un tiers des hommes marchait nu-pieds, à peine vêtus, cependant leur démarche était fière et quelque chose de faoouche se faisait voir dans leurs regards".

"A la célèbre retraite de Moreau, où l'on combattit presque tous les jours, le capitaine FRIRION fut chargé d'escorter le grand parc d'artillerie de l'armée pendant toute la durée de la marche jusqu'au passage du Rhin à Brisach" (Notice biographique sur M. le général baron Fririon).

Durant toute cette campagne, la 62e fut une des Demi-brigades qui se montrèrent le plus à hauteur de la situation, et dans toutes les circonstances elle mérita les éloges de ses chefs.

 

- Siège de Kehl (novembre 1796-janvier 1797)

Un autre genre de combats va commencer. Moreau a décidé d'arrêter l'ennemi à Kehl et de l'empêcher de se répandre sur la rive gauche du Rhin. Nous devons une page à ces troupes exténuées de fatigues, qui surent cependant remplir encore entièrement leur devoir.

Les fortifications de Kehl ne sont constituées que par de mauvais ouvrages en terre; les Autrichiens entourent la place d'une ligne de contrevallation formidable.

"A son retour en France, la 62e prit part aux travaux du camp retranché de Kehl, qui alors n'était en rien susceptible de défense; car si l'ennemi l'eut attaqué en cet état, il l'aurait sans nul doute enlevé de vive force, et par là se serait épargné ce siège long et meurtrier dans lequel nos troupes, et particulièrement la 62e, rivalisèrent de bravoure. Le 1er frimaire an V, l'ennemi avait terminé et armé sa ligne de contrevallation, tandis que nos ouvrages étaient peu avancés et que notre camp retranché n'était pas encore en mesure de se défendre. Néanmoins, Moreau ordonna d'attaquer la ligne ennemie" (Notice biographique sur M. le général baron Fririon).

Le 22 novembre, les Français font une pointe en avant de Kehl, la 62e marche avec la 97e sous le commandement de Decaen. Elle s'élance sur la redoute N°IX, où le feu le plus terrible l'accueille. Le Chef de Bataillon Beaufils parvient aux retranchements ennemis et y grimpe le premier en s'aidant de ses soldats et de leurs fusils; peu après, un boulet emporte le fourreau de son épée, et, au moment où il se baisse pour aider ses hommes à monter à leur tour, il a le genou percé par une balle; il continue le combat en se faisant soutenir par un Sergent. Le Capitaine Antoine, à la tête d'un Bataillon, entre un des premiers dans les retranchements de l'ennemi; le Lieutenant Barrey suit son exemple et fait plusieurs prisonniers parmi lesquels un Major autrichien.

La 62e enlève la redoute. Le Capitaine Picot est détaché avec sa Compagnie pour s'emparer d'un retranchement, il y entre un des premiers et prend quatre bouches à feu.

Beaufils conduit sa troupe à une deuxième redoute; il est atteint d'un second coup de feu, qui lui déchire un nerf du bras droit, mais il a le bonheur de voir la deuxième redoute emportée par ses soldats. Le Capitaine Corne est tué en montant à l'assaut. Dans cet instant, l'ennemi, revenu de son premier mouvement de stupeur et, s'apercevant que nos troupes ne sont pas soutenues, se jette en forces sur la gauche de la Brigade Decaen. Celle ci recule peu à peu, tandis que le Lieutenant Touret, de la 62e, rallie près de 600 fuyards d'autres Corps, avec lesquels il contient l'ennemi. Le but de la sortie étant atteint, l'armée française rentre dans ses quartiers.

"Alors eut lieu cette grande sortie du 2 frimaire, renommée dans nos annales militaires. Ce jour-là, à six heures du matin, les troupes d'expédition furent prêtes et placées en colonnes près des sentinelles avancées. Il y avait trois attaques commandées par les généraux Lecourbe, Decaen et Cissé. A un signal convenu, les trois colonnes partirent au pas de charge. Celle du centre, où se trouvait la 62e, ainsi que celle de droite escaladèrent la ligne ennemie, y entrèrent et s'emparèrent en outre d'une redoute. Dans cet engagement, le capitaine FRIRION fit prisonnier un officier autrichien. - Ces deux colonnes étaient victorieuses, mais celle de gauche ayant été repoussée et de fortes batteries ayant pris nos colonnes en flanc, la marche fut ralentie, ce qui donna le temps aux réserves ennemies d'arriver sur le champ de bataille. Alors s'y engagea un combat furieux dans lequel nous perdîmes beaucoup de braves. Dans ce moment, le capitaine FRIRION tombe frappé d'une balle dans le cou, son lieutenant et parent, Christophe Fririon, est blessé au flanc par un biscaïen qui lui enlève les chairs jusqu'à l'os de la hanche. Le général Moreau est frappé à la tête, et Desaix avait eu un cheval tué sous lui. Nos troupes combattirent avec le plus grand acharnement, quoique sous les feux croisés de l'artillerie et de la mousqueterie, jusqu'à ce qu'enfin le général en chef eût ordonné la retraite, après avoir recueilli comme trophées de ce sanglant combat dix bouches à feu des Autrichiens, leur en avoir encloué plus de vingt, et leur avoir fait perdre 2,000 hommes tués, blessés ou prisonniers. Notre perte en tués ou blessés fut de 1,500 environ" (Notice biographique sur M. le général baron Fririon).

Durant ce siège, les Officiers et les soldats, à moitié nus et manquant de tout, donnent les plus grande preuve de courage et d'abnégation. C'est ainsi que le Lieutenant Barrey, de la 62e, marche à l'ennemi sans être commandé par son tour, et ne cesse de stimuler le courage des soldats; dans une de ces sorties, il reçoit une blessure assez grave.

Presque chaque jour a lieu une attaque de l'ennemi ou une sortie; les Autrichiens continuent leurs travaux et nous serrent de si près qu'il est facile de prévoir la fin du siège.

"Depuis la grande sortie, les Autrichiens travaillèrent sans relâche, nuit et jour, aux travaux du siège. Leur première parallèle étant établie et leurs batteries armées, ils commencèrent leur feu le 8 frimaire, et marchèrent à la sape contre les moindres ouvrages qu'ils auraient du enlever de vive force, d'autant plus que l'intensité du froid et leurs efforts pour entamer la terre qui était gelée et dure comme du roc, les faisaient cruellement souffrir et les fatiguaient beaucoup" (Notice biographique sur M. le général baron Fririon).

Le 1er janvier 1797, les troupes de l'Archiduc s'étant emparées de plusieurs de nos retranchements, la 62e essaye, pendant la nuit, de les reconquérir; après les grands efforts, elle doit céder. Le Lieutenant Lenouaud est nommé Capitaine sur le champ de bataile pour la brillante valeur qu'il montra dans une sortie exécutée le 5. Le lendemain, le Capitaine Picot, à la tête de trois Compagnies de Grenadiers de la Demi-brigade, étant seul Officier pour les commander, enlève pendant la nuit, après un combat de plusieurs heures, la redoute dite "du Cimetière".

"Le 17 nivôse, la 62e allant relever la 84e à la redoute du cimetière, rencontra une colonne autrichienne qui était sur le point d'y entrer par la barrière. Elle n'eut que le temps d'accourir pour la fermer, de sorte que les Autrichiens la poussaient d'un côté et les Français de l'autre. Enfin, l'ennemi fut chassé de la redoute et on lui tua encore un millier d'hommes; mais il occupait les autres ouvrages, et en outre, le 19 nivôse, le pont du Rhin avait été coupé par leurs batteries, de sorte que toute communication avec Strasbourg était rompue" (Notice biographique sur M. le général baron Fririon).

Comme la place n'est plus tenable, elle est rendue à l'ennemi le 9 janvier. Les troupes françaises repassent sur la rive droite du Rhin avec leurs armes et bagages, ainsi que tout le matériel. L'Archiduc lui même rend justice au courage de la garnison en écrivant : "La garnison se défendit vaillamment et fit tout ce qu'on pouvait espérer".

"Dès lors le général Desaix fut chargé de traiter de la capitulation, par laquelle il fut donné vingt-quafre heures à la garnison pour évacuer le fort de Kehl.
Ce siège avait duré cinquante jours, pendant lesquels nos soldats avaient défendu des ouvrages ébauchés contre des forces considérables et avaient engagé de nombreux et glorieux combats. Les Autrichiens avaient employé autant de moyens et d'efforts contre ces faibles ouvrages que contre la plus forte place de l'Europe. Ils y avaient perdu près de 12,000 hommes par le feu ou les maladies, et les Français n'en comptèrent que 4,000 de pertes. - En récompense de la bravoure qu'avait montrée FRIRION pendant ce long et pénible siège, le colonel Vandermoesen le nomma capitaine de grenadiers
" (Notice biographique sur M. le général baron Fririon).

A ce moment, l'armée de Moreau se trouve affaiblie par le prélèvement de renforts qu'elle doit envoyer à l'Armée d'Italie; la 62e Demi-brigade continue à faire partie de l'Armée de Rhin et Moselle, qui, n'ayant pas conclu d'armistice avec l'ennemi, se trouve prête à rentrer en campagne. Le 15 avril, l'Armée se Sambre et Meuse dénonce l'armistice qu'elle a conclu avec les Autrichiens et, le 20 de même mois, une partie de l'Armée de Rhin et Moselle traverse le Rhin à Diersheim. La 62e, qui fait partie de l'aile gauche sous Gouvion Saint Cyr, traverse le fleuve dans la nuit du 22 au 23. L'armée française court au devant d'un succès lorsque les préliminaires de paix, conclus par Bonaparte, l'arrêtent. Elle revient sur la rive gauche du Rhin et le Corps de Gouvion Saint Cyr prend ses subsistances en Palatinat.

Hausse col de la 4e Demi-brigade de 1ère formation

Ci-contre : acte de nomination au grade de Sous lieutenant du Sergent Théodore Gérard, en date du 26 mai 1797 (document communiqué par un de nos correspondants) :

"Aujourd'hui six prairial de l'an 5, le chef de la 62e Demi Brigade s'étant fait représenté le registre d'ancienneté des Sous officiers à l'effet de nommer à un employ de Sous lieutenant vaquant dans la 2e Compie du 3e Bataillon, le citoyen Jean Baptiste Patoux promu de cet employ étant mort à la suite de ses blessures le 18 frimaire an 5, il s'est trouvé après avoir murement examiné ledit registre d'ancienneté des Sous officiers que le Citoyen Theodore Gérard Sergent du 28 may 1791, s'est trouvé le plus ancien; en conséquence il est nommé Sous lieutenant et arrêté qu'il soit reconnu pour ce grade dans la 2e Compie du 3e Bataillon, et ce dans les vingt quatre heures".

Quelques temps après, les deux Armées de Rhin et Moselle et de Sambre et Meuse sont réunies sous le commandement d'Augereau, avec la dénomination d'Armée d'Allemagne.

Le 17 octobre la paix est signée à Campo-Formio.

"Lors du traité de paix de Campo-Formio, l'armée fut mise en cantonnement, et la 62e fut envoyée dans le Palatinat. Par le traité, la France devait avoir la rive gauche du Rhin en échange de Venise qui devait être cédée aux Autrichiens, lorsque Mayence et la tête du pont de Manheim auraient été abandonnés aux Français. En conséquence, un corps de troupes françaises entra à Mayence; un autre corps, dont la 62e faisait partie, marcha sur la tête de pont de Manheim. La colonne arriva le soir en vue du fort; elle s'avançait par la grande route dans la confiance qu'elle entrerait sans résistance en conformité du traité. Les grenadiers du 1er bataillon de la 62e, commandés par le capitaine FRIRION, formaient l'avant-garde. Arrivés à demi-portée de fusil, ils furent assaillis par une grêle de balles, de mitraille et de boulets, lancés des retranchements du fort. Notre colonne perdant du monde, se déploya promptement pour faire face au fort et l'entourer; mais le feu devenant plus vif, nos grenadiers descendirent par le revers de la route, qui faisait un coude en cet endroit, et s'y mirent à l'abri jusqu'à la nuit. L'obscurité couvrant alors la terre, FRIRION s'entendit avec son camarade Marchandon, capitaine de la 2e compagnie de grenadiers. lls s'avancèrent à pas de loup avec quelques hommes pour reconnaître l'entrée du fort; s'étant assurés que cette entrée n'avait pas de pont-levis et n'était fermée que par un cheval de frise mobile, ils firent avancer les trois compagnies de grenadiers, marchant courbés; la barrière fut alors détournée et ils y entrèrent vivement. Ils y étaient déjà quand l'ennemi tirait encore du haut des remparts sur nos troupes déployées dans la plaine; mais, averties de la prise du fort, elles arrivèrent en toute hâte, et la garnison mit bas les armes.
Ce fut donc à l'intelligence et à l'audace du capitaine FRIRION que l'on dut le succès de cette admirable et périlleuse entreprise. Ce brillant fait d'armes, loin d'être récompensé, ne fut même pas mentionné. FRIRION eùt mérité le grade immédiat de chef de bataillon; mais aussi modeste que brave, ce beau caractère eùt répugné devant la moindre démarche pour sou avancement. Plein de loyauté, de désintéressement, de dévouement, il n'avait d'autre ambition que le bonheur et la gloire de sa patrie, et ne cherchait sa récompense qu'au fond de sa noble conscience
" (Notice biographique sur M. le général baron Fririon).

Le 18 mars 1798, le Général Schauenburg écrit depuis Berne au Directoire Exécutif : "... Le citoyen Jourdain, jeune sous-officier de la 62e demi-brigade attaché à l'inspection depuis environ 2 ans m'a été fort utile dans les détails les plus compliqués de cette partie et notamment depuis ma mission en Suisse il a par les actes prouvé son attachement à la République. Je demande pour lui une sous-lieutenance vu l'emploi de quartier maître adjoint dans la 62e demi-brigade ..." (L'invasion de 1798 : Documents d'archives françaises concernant la liquidation de l'Ancien Régime en Suisse par la France – BNUS, MS 471/267- MS 481/64).

Le 14 avril 1798 (25 germinal an 6), le Ministre de la Guerre Schérer adresse un rapport au Directoire Exécutif : "Le ministre rend compte au Directoire Exécutif des demandes d'avancement pour des officiers de l'armée de l'Erguel, faites par le général de division Schauenburg ...
Une sous-lieutenance ou un emploi de quartier-maître adjoint dans la 62e demi-brigade
Jourdain, (Laurent) : né le 17.09.1771,
Soldat au 18e régiment d'infanterie 8.09.1791
Caporal-fourrier 1.01.1793
Sergent 16.11.1794, passé en cette qualité dans la 62e demi-brigade de bataille.
Ce jeune sous-officier est attaché depuis environ 2 ans à l'inspection dont le général Schauenburg était chargé. Il lui a été fort utile dans les détails les plus compliqués et notamment depuis sa mission en Suisse. Il a en outre par ses écrits prouvé son attachement à la République.
Le Général Schauenburg en donnant ces renseignements sur ce jeune militaire demande pour lui une sous-lieutenance ou l'emploi de quartier-maître adjoint dans la 62e demi-brigade à laquelle il est attaché.
On observe que les vacances de ces emplois de quartier-maître en pied sont fort rares et que le citoyen Jourdain courrait risque d'être longtemps adjoint ou sans activité, au lieu qu'il pourrait être incessamment proposé pour une sous-lieutenance si le Directoire se détermine pour ce dernier parti.
Décision : accorder une sous-lieutenance, faire la minute d'arrêté ..." (L'invasion de 1798 : Documents d'archives françaises concernant la liquidation de l'Ancien Régime en Suisse par la France– ANP, AFIII 180/832/11).

 

b/ A l'Armée d'Italie (1798-1801)

Congé 62e Demi-brigade 1798
Congé absolu accordé à Jean François Perrier, Sergent à la Compagnie de Grenadiers du 3e Bataillon, le 1er prairial an 6 (20 mai 1798) à Strasbourg (document communiqué par un de nos correspondants)

Une deuxième coalition gronde sur la France.

Le Roi de Naples, soutenu par presque toute l'Europe, se croit assez fort pour entamer les hostilités et envahir, le 23 novembre 1798, le territoire romain, alors occupé par Championnet. Celui-ci réunit son petit Corps d'armée et inflige des défaites désastreuses à l'armée napolitaine, qui s'enfuit jusque sous les murs de Naples.

A ce moment, la 62e, composée de deux Bataillons, après avoir fait partie de l'Armée de Mayence, a quitté Strasbourg pour se rendre à l'Armée d'Italie.

Elle arrive à Milan le 13 novembre et est placée dans la Division du Modenois. Le 10 janvier 1799 le Commissaire des Guerres Léaumont procède, d'après l'ordre du Directoire, à la formation d'un 3e Bataillon, dit "Bataillon de garnison", fort de 8 Compagnies de Fusiliers. Ce Bataillon comprend 27 Officiers et 882 hommes.

"Vers la fin de l'an VI, la 62e fut envoyée en Suisse, où elle reçut l'ordre de franchir le grand Saint-Bernard et de se rendre à l'armée d'Italie pour être employée dans l'expédition contre le roi de Sardaigne; elle contribua à la prise de Turin. - Quelque temps après, elle fut envoyée en expédition dans la Toscane" (Notice biographique sur M. le général baron Fririon).

Championnet, après avoir fait proclamer, le 23 janvier, la République Parthénopéenne, est remplacé par Macdonald. Celui-ci se trouve en présence de bandes consédérables, composées d'aventuriers de toutes sortes et principalement de paysans insurgés.

"Cependant les Napolitains, au nombre de 80,000, étaient venus attaquer, sans déclaration de guerre, nos troupes composées de 15,000 hommes et occupant le territoire de Rome. Leur armée avait été battue, dispersée, et nos troupes victorieuses étaient entrées dans Naples. Par suite de ces événements, il ne restait plus à Rome qu'un faible détachement français pour garder le fort Saint-Ange. La 62e y fut envoyée" (Notice biographique sur M. le général baron Fririon).

 

- Combats aux environs de Naples

Les nombreux engagements auxquels la 62e Demi-brigade va prendre part, vont lui fournir l'occasion de montrer sa brillante valeur.

Le 3 mars, elle assiste au siège de Civita-Vecchia.

La ville est emportée d'assaut. Le Capitaine Prieur, à la tête de la 3e Compagnie de Grenadiers, place le premier une échelle contre le rempart, après s'être élancé dans l'eau, qui lui arrivait jusqu'à la ceinture.

"A peine occupait-elle cette ville (Rome) depuis quelques jours, qu'elle apprit que les habitants de Civita-Vecchia étaient en pleine insurrection et venaient de chasser le commandant français. On y envoya la demi-brigade avec ordre de réinstaller ce commandant. A l'approche des Français, les insurgés ferment les portes de la place et se préparent à se défendre. L'ancien commandant s'avance vers eux, certain, disait-il, de les ramener à la soumission; mais à peine s'est-il approché des remparts et a-t-il prononcé quelques mots, qu'il tombe criblé de balles. Le siège fut donc résolu. ll fut ordonné à l'artillerie qui venait d'arriver de commencer son feu, et l'on se disposa à enlever la ville d'assaut. - Déjà nos soldats avaient tenté d'escalader les murs avec des échelles, lorsque les insurgés, effrayés de leur audace, offrirent de capituler et de livrer leur ville, à condition qu'ils garderaient le fort et que les habitants conserveraient leurs armes. Ces conditions furent acceptées.
Après l'occupation de la ville, on s'aperçut que la garnison du fort laissait entrer quelques-uns de nos soldats comme curieux, mais sans armes. On chargea alors quelques hommes d'élite d'y entrer avec des armes cachées sous leurs habits, de s'emparer du corps-de-garde de la porte et de la tenir ouverte pour faire entrer, à un signal convenu, une colonne qui était déjà sous les armes dans le voisinage, comme pour faire un appel. Ce stratagême réussit à souhait, et aussitôt qu'on fut maitre du fort, on obligea les habitants de rendre leurs armes
" (Notice biographique sur M. le général baron Fririon).

Le 16 mars, la Demi-brigade prend part à l'affaire de la Tolfe, dans laquelle le Capitaine Potard s'empare, à la tête de 300 hommes, des positions qui lui avaient été indiquées, tue une grande quantité de brigands et fait de nombreux prisonniers.

"L'insurrection de Civita-Vecchia avait excité les populations des campagnes à s'insurger contre nous. Des rassemblements considérables s'étaient formés à la Tolfa, à trois ou quatre lieues de Civita-Vecchia; ils interceptaient nos communications et s'opposaient à l'arrivée de nos subsistances venant de Rome. La 62e fut dirigée contre ces masses. Leurs bandes nombreuses resistèrent pendant plus de deux heures dans les bois et les montagnes autour de la ville. Cependant une charge vigoureuse de toute la ligne nous rendit maitres du champ de bataille et de la ville qui fut livrée au pillage, après leur avoir fait éprouver des pertes énormes. FRIRION se distingua dans ce combat, comme il l'avait fait au siège de Civita-Vecchia. Son parent, Christophe Fririon, fut encore frappé d'une balle dans cette campagne" (Notice biographique sur M. le général baron Fririon).

Armée de Naples, 1er Germinal an VII - 21 mars 1799 (Nafziger - 799CAJ)

62e Demi-brigade, 2100 hommes

Quelques jours plus tard, le 26 avril, a lieu un engagement de moindre importance, à l'Aculat.

Armée française d'Italie, 25 mai 1799 (Nafziger - 799EAQ)

Division : Général Watrin
62e Demi-brigade de Ligne, 2426 hommes

 

Forces sous Macdonald , fin mai 1799 (Nafziger - 799EMG)

Division : Général Watrin
62e Demi-brigade de Ligne, 2426 hommes

Source : Miliutin, "Geschichte des krieges Russlands mit Frankreich under der Regierung Kaiser Paul's I. im Jahr 1799", Munich, 1856

 

Armée française de Naples, 8 juin 1799 (Nafziger - 799FAS)

Commandant en Chef : Général de Division Macdonald
4e Division : Général de Division Watrin
62e Demi-brigade de Ligne, 3420 hommes

Source : Gachot

 

- Bataille de la Trebbia (17, 18 et 19 juin)

Cette guerre terrible menace de devenir désastreuse pour la petite armée française, toujours victorieuse, lorsque Macdonald reçoit l'ordre de venir renforcer, sur les bords du Pô, l'Armée d'Italie, après l'échec de cette dernière à Cassano et sa retraite sur Turin.

La 62e est placée dans la Division Watrin; elle laisse à Rome son conseil d'administration ainsi que son 3e Bataillon, fort de 900 hommes. Ce Bataillon, d'ailleurs, ne reste pas inactif, mais assiste, dans le courant de l'année, aux affaires d'Albano, Frascati, Roussiglione, Viterbe, sur le territoire de la République romaine. Durant cette période, le Lieutenant Déchamp se fait remarquer par la conduite courageuse qu'il tient à Fabriano, en montant un des premiers à l'escalade de cette place. Le Capitaine Limouzin, à la tête de plusieurs détachements français, cisalpins et romains, emporte d'assaut Palestrine, puis Conegliano. Il y reçoit plusieurs blessures. Le Chef de Bataillon Beaufils s'acquitte si bien du commandement de la place de Rome pendant huit mois, que le comité provisoire du gouvernement romain décide qu'il a bien mérité de la République romaine.

Le 3e Bataillon rejoint ensuite le Régiment à Gênes, où nous le verrons prendre sa part de gloire dans la défense de cette place.

Macdonald s'est dirigé vers le nord et, après un arrêt en Toscane, s'est porté sur Modène. La 62e prend part à l'attaque de cette dernière ville, défendue par Hohenzollern. Celui-ci en est chassé.

Cependant, le Général russe Souvarof, vainqueur, après avoir poussé les Français sur Gênes et Turin, a éparpillé ses forces.

Le plan du Directoire est de les faire attaquer par Moreau, tandis que Macdonald, arrivant du sud de l'Italie, doit les prendre à revers. Malheureusement, Souvarof voit à temps le danger qui le menace et, réunissant la plus grande partie de son armée, marche au devant de Macdonald. La rencontre a lieu sur les bords de la Trebbia, le 17 juin.

Notre avant-garde, aidée de deux autres Divisions, remporte d'abord un succès, mais l'entrée en ligne de forces ennemies considérables la force à se retirer derrière la Trebbia; la Division Watrin est en réserve. Cette première journée ne nous est pas favorable. Le 18, les Russes attaquent avec vigueur nos trois Divisions, qui sont en ligne depuis la veille, la Division Watrin est un peu en arrière à Borgo San Antonion; les Russes gagnent du terrain lorsque l'arrivée de deux Divisions françaises les arrête. Après une échauffourée de nuit, Souvarof porte, le 19, le gros de ses forces à sa droite pour nous couper des montagnes; de son côté, Macdonald forme le plan d'attaquer sur toute la ligne et de déborder les deux ailes de l'ennemi; la Division Watrin, avec la Brigade Salm, doit tourner la gauche austro-russe.

Le 19, à 10 heures du matin, la lutte recommence furieuse, Macdonald espère voir Moreau déboucher sur les derrières de l'ennemi. Notre gauche et notre centre ont des alternatives de succès et de revers, pendant que Watrin pousse avec vigueur le Général Ott, pour le couper du Pô. Le Capitaine Potard passe la Trebbia à la tête de sa Compagnie sous le feu de deux pièces de l'ennemi; il met ce dernier en déroute, prend un canon, tue plusieurs Russes de sa main et en fait quelques autres prisonniers.

Le Capitaine Dufeux, à la tête de Grenadiers, s'empare de deux pièces de canon que soutenait un Bataillon autrichien.

Moreau, trop éloigné, ne va pas paraître. La gauche et le centre français sont obligés de se retirer derrière la Trebbia; l'ordre arrive à Watrin de se replier sur la rive droite de cette rivière. Il est ainsi contraint d'abandonner ses trophées et de revenir sur ses anciennes positions.

"Les revers de notre armée dans le Milanais décidèrent la retraite de celle de Naples. La 62e suivit ce mouvement. Lors de la bataille de la Trebbia, FRIRION avait été envoyé avec une colonne, composée de ses grenadiers et d'un détachement de son régiment formant en tout 400 hommes et deux pièces de canon, à San-Giovanni, à quatre lieues de distance, pour éclairer la droite de notre armée en retraite. Le chef de bataillon Abbé commandait le tout. Assaillie par un corps autrichien considérable, notre faible colonne fut repoussée, son artillerie prise, et elle eût été entièrement écrasée par la cavalerie, si FRIRION n'eût rallié ses grenadiers, barré la route et opposé à ses attaques acharnées une muraille de fer et de feu. Les Autrichiens le canonnaient avec les deux pièces de canon prises, sans que les grenadiers en fussent ébranlés. Cette attitude intrépide de FRIRION sauva le détachement et lui procura une retraite sûre. Pendant qu'une partie de l'armée française défilait à Bologne, le capitaine FRIRION ferma la marche avec sa compagnie qu'il tint serrée et menaçante contre les populations féroces qui voulaient le massacrer et qui n'osèrent l'aborder" (Notice biographique sur M. le général baron Fririon).

 

- Retraite de l'Armée de Naples

Cette bataille a épuisé les deux armées, chacune d'elles y a perdu environ 6000 hommes : Macdonald ordonne la retraite; la Division Watrin prend une bonne position et là elle repousse toutes les attaques d'Ott; mais, nos autres Divisions étant battues, il faut continuer la retraite sur Reggio. Arrivé dans cette ville le 22, Macdonald s'occupe de réorganiser son armée. La Division Watrin parvient à Modène, après un engagement à Fascottlo et toute l'armée reprend les positions qu'elle occupait avant sa marche sur Plaisance (le Lieutenant Touret, faisant fonction d'Officier payeur, parvient, par son énergique résistance au débouché des Apennins, à sauver les fonds qui lui ont été confiés).

De son côté, Moreau rentre dans l'Apenin.

 

- Réorganisation du 3e Bataillon

Le 4 juin, le Directoire a rapporté le Décret relatif à la formation du Bataillon de garnison et ordonné que chaque Demi-brigade comprenne désormais trois Bataillons de guerre. En conséquence, le 3e Bataillon de la 62e, qui a été en partie désorganisé, est reformé et l'ordre de bataille établi d'après l'ordre d'ancienneté des Capitaines, ce qui donne un effectif de 81 Officiers et 3888 Sous officiers et soldats.

 

- Réorganisation de l'Armée d'Italie

L'armée française réorganisée occupe le pays entre la Bocchetta et la frontière de France, où elle se relie avec l'Armée des Alpes, alors en formation.

La 62e fait partie de la Division Watrin, Brigade Petitot. Cette Division est l'une des trois, qui compose l'aile droite commandée par Gouvion Saint Cyr.

Armée française d'Italie, 27 thermidor an 7 - 16 juillet 1799 (Nafziger - 799GBA)

Commandant en Chef : Général de Division Joubert
Aile droite
1ère Division : Général de Division Watrin
62e Demi-brigade de Ligne, 1900 hommes

Source : Gachot

De son côté, l'armée austro-russe occupe les deux rives de la Bormidda.

 

- Préliminaires

Déjà, le 18 juillet, nous sommes obligés d'abandonner Serravalle, enlevé par une Brigade ennemie. Le Lieutenant Beaufils se distingue à cette affaire en s'emparant, à la tête d'un faible détachement, d'une position très importante; de là, il protège le passage des troupes et arrête un convoi considérable de mulets destinés à l'ennemi.

Le commandement vient d'être donné à Joubert, qui veut profiter de la division des forces ennemies pour les accabler. En conséquence, l'armée descend des Apennins pour entrer dans la plaine du Pô.

Armée française d'Italie sous Joubert, août 1799 (Nafziger - 799HMD)

Général Commandant : Joubert
Aile droite : Saint-Cyr
Division : Watrin
Brigade : Petitot
62e Demi-brigade

Source : Miliutin, “Geschichte des krieges Russlands mit Frankreich under der Regierung Kaiser Paul's I. im Jahr 1799”, Munich: 1856.

Le 9 août, l'aile droite se concentre; le 12 la Division Watrin prend position en avant et en arrière de Serravalle. Joubert, qui a compté sur la résistance de Mantoue, est tout à coup détrompé par l'entrée en ligne de 23 Bataillons ennemis, devenus libre par la reddition de cette place. Souvarof a décidé d'attaquer l'Armée d'Italie. 38000 Français vont combattre contre 63000 Austro-Russes. Dès le 13 août, le Lieutenant Follot se fait remarquer par sa bravoure en s'emparant, avec l'aide d'un Sergent, d'un Tambour et de 4 hommes, d'une colline gardée par les Autrichiens et les insurgés.

Armée française face à Souvarov en Italie, 14 août 1799 (Nafziger - 799HCP)

Général Commandant : Général de Division Joubert
Aile droite
1ère Division : Généraux Watrin et Dombrowski
Brigades : Généraux de Brigade Calvin, Petitot et Darnaud
62e Demi-brigade de Ligne, 1980 hommes

Source : Gachot, "Les campagnes de Souvarow en Italie", Paris, 1903

 

- Bataille de Novi (15 août)

Armée française d'Italie à la bataille de Novi, 15 août 1799 (Nafziger - 799HBD)

Général Commandant : Général de Division Joubert
Aile droite : Général de Division Gouvion Saint-Cyr
Division : Général de Division Labroissière
Brigade : Général de Brigade Calvin
62e Demi-brigade de Ligne, 3 Bataillons, 1931 hommes

Situation de l'Armée d'Italie à Novi le 15 août 1799 (Nafziger - 799HBE)
Commandants en chef : Généraux Moreau et Joubert
Aile droite : Gouvion Saint-Cyr
Division : Général Watrin
Brigade Calvin
62e Demi-brigade (3 Bataillons; 1931 hommes).

L'attaque est très décousue; à gauche et au centre, les revers et les succès alternent; le Général en chef est tué un des premiers.

A la droite, Watrin reçoit l'ordre de quitter San Bartholomeo et de s'établir à l'est de Novi, sur les pentes du Monte Rotondo. Le Général russe Bagration attaque cette position, mais la Brigade Petitot, 62e et 78e, est déjà sous les murs de Novi, les deux autres Brigades de la Division arrivent, les soldats austro-russes se battant corps à corps avec les tirailleurs français, commencent à lâcher pied. Le Sergent major Prieux contribue à faire prisonnière une Compagnie de Hongrois en chargeant à la tête d'une Compagnie de la 62e.

En ce moment, de nombreux renforts viennent soutenir les Impériaux et tentent de s'emparer de Cassinetta; mais la Division Watrin reprend le faubourg et s'étend dans la plaine.

Le Sous lieutenant Chalopé, à la tête d'une section de Grenadiers, entre dans Serravalle sous la mitraille et la mousqueterie du fort occupé par l'ennemi. Le Capitaine Prieur, accompagné du Sergent Verron, s'empare d'une pièce d'artillerie et de sept soldats russes.

Jusqu'à 3 heures de l'après midi, nous pouvons nous considérer comme victorieux. Mais Souvarof ne voulant pas s'avouer vaincu, lance des colonnes considérables sur Novi; la Division Watrin reçoit l'ordre de revenir sur le plateau.

Le Capitaine Antoine dirige son Bataillon avec tant d'ordre qu'il parvient à arrêter les progrès de l'ennemi et facilite l'arrivée de la 106e Demi-brigade.

Cependant, la position de notre Demi-brigade commence à devenir critique, le Sous lieutenant Brochain, abandonné de presque tous ses hommes, se porte en avant avec quelques tirailleurs, s'élance sur une Compagnie de Hongrois, saisit le premier et somme tous les autres de se rendre, ce qu'ils font au nombre de 103, dont 3 Officiers. Il les conduit ensuite au Colonel Petit, qui lui donne l'ordre de les mener à Gavi. Le Lieutenant Grudelet est envoyé sur le flanc droit, où un nombre considérable d'ennemis se prépare à se jeter sur la 62e; il flanque la Demi-brigade avec tant d'intrépidité qu'il l'empêche d'être tournée et reprend même le terrain perdu.

Enfin, la Division est ralliée, les Grenadiers hongrois l'abordent, mais ils ne peuvent l'empêcher de déblayer le terrain qui lui est nécessaire pour se frayer un passage vers Gavi. L'ennemi, harassé, se prépare à tenter un nouvel effort, lorsque Moreau, ayant succédé à Joubert, ordonne la retraite qui, malheureusement pour beaucoup de Corps, s'accomplit en désordre.

Pour la 62e, la retraite est protégée par le Sous lieutenant Mayer qui, à la tête d'une Compagnie, arrête la marche de l'ennemi.

Le Capitaine Buccholz se distingue également en défendant le village de Bosco. Le Général Darnaud ordonne au Capitaine Ganivet de prendre le commandement d'un Bataillon de la 62e. Ganivet conduit ce Bataillon dans le meilleur ordre possible contre les Russes et protège ainsi la retraite. Il tombe frappé d'une balle qui lui traverse le bras gauche.

De chaque côté, les pertes sont d'environ 8000 hommes. Le lendemain, la retraite continue et la Division Watrin vient prendre position entre le Lemme et la Scrivia.

Quelques temps après, le Général Klenau, désirant profiter du désordre des troupes françaises, veut tenter un coup de main sur Gênes. La Division Watrin, aidée de Miollis, le repousse si rudement, le 26, que la Division ennemie est en partie détruite.

A ce moment, l'Armée des Alpes essayant une diversion, Moreau forme le projet de secourir Tortone. La Division Watrin est chargée de cette mission. Elle arrive le 8 septembre à Novi et culbute les Autrichiens, mais, devant une cavalerie trop nombreuse, les Français sont obligés de renoncer à leur entreprise.

Championnet est nommé, par le Directoire, Général en chef de l'Armée d'Italie. Aussitôt, le nouveau Général forme le projet de débloquer Coni, ville assiégée par Mélas, qui a succédé à Souvarof.

Situation de l'aile droite de l'Armée d'Italie le 23 septembre 1799 (Nafziger 799IBU)
Général Commandant : Général de Division Gouvion Saint-Cyr
Division Watrin : 62e Demi-brigade (2 Bataillons; 1740 hommes).

Saint Cyr a le commandement de l'aile droite, dont fait partie la Division Watrin; il dirige, le 27 septembre, cette dernière contre Klenau, qui vient de prendre l'offensive. Les Autrichiens sont refoulés, puis, le 11 octobre, la Division culbute de nouveau l'ennemi.

Armée française d'Italie, 17 octobre 1799 (Nafziger 799JBX)
Général Commandant : Général Championnet
Division Watrin
Brigades : Généraux de Brigade Gauthrin, Darnaud et Petitot
62e Demi-brigade : 2741 hommes

 

- Combat de Bosco (23 octobre)

L'aile droit doit favoriser l'attaque du centre sur Coni en s'avançant du côté d'Acqui. Comme l'ennemi occupe la hauteur de Bosco, la Division Watrin pousse sur Pozzolo pour tourner les Autrichiens, tandis que ces derniers sont attaqués de front par une autre Division.

Les 62e et 12e Demi-brigades, formant la tête, arrivent en colonnes serrées; elles s'élancent au pas de charge sur la cavalerie, la forcent à se replier, culbutent l'infanterie et s'emparent d'une partie de l'artillerie. Le Sergent Fuachier, à la tête de 15 hommes, fait 60 prisonniers. Les Impériaux se retirent en désordre. C'est une des plus brillantes affaires de toute cette campagne.

Le 29 octobre, toute la ligne française reprend le mouvement en avant : le rapprochement des deux armées rend ainsi une bataille inévitable.

 

- Combat de Novi (6 novembre)

Le 4 novembre, le Général autrichien, par ses savantes manoeuvres, a eu raison de la gauche et du centre français. Le 6, Saint Cyr s'établit sur la hauteur de Novi, qu'il a si bien défendue le 15 août. Les Autrichiens gravissent les premiers ressauts, lorsqu'ils sont attaqués en flanc avec tant d'impétuosité qu'ils sont culbutés de toutes parts. Saint Cyr reprend ses positions en avant de Novi.

Dans ce combat, le Lieutenant Clerin, envoyé à la droite avec la 8e Compagnie du 1er Bataillon pour s'emparer d'une maison occupée par l'ennemi, y fait prisonniers 3 Officiers et 34 soldats.

De même, le Lieutenant Dufeux est envoyé par Saint Cyr pour débusquer, avec ses Grenadiers, un Bataillon, qui occupe une ferme en avant de la position à conquérir. Il prend si bien ses mesures, qu'il s'empare de la ferme et dait 30 prisonniers.

Le Capitaine Antoine, avec un Bataillon de la 62e, résiste sur place, puis il repousse une charge de la cavalerie ennemie, ce qui permet à la Division de reprendre le mouvement en avant.

Pendant l'action, le Capitaine Marchandon se distingue en défendant, à la tête de sa Compagnie, la porte du faubourg de Novi. Il tombe frappé à mort.

Peu après, nous traversons les Apennins et Coni capitule, mais une tentative de Klenau sur Gênes est repoussée le 14 décembre par la Division Watrin, avec de très grandes pertes. Les Français, pressés par les Autrichiens livrent, presque chaque jour, des combats dans lesquels la 62e se fait remarquer par sa valeur.

Déjà, le 6 décembre, le Lieutenant Dufeux a reçu du Général Gartherin l'ordre de débusquer 200 Autrichiens d'une position en avant de Turia; il les attaque, et malgré une résistance opiniâtre, les déloge, tue un Officier et fait 5 prisonniers. Le lendemain, le Général lui donne le commandement de huit Compagnies de Grenadiers pour pousser en avant; Dufeux bat complètement l'ennemi et lui fait 200 prisonniers sans compter 8 Officiers.

Le 16 décembre, c'est le Sous-lieutenant Chalopé, accompagné seulement d'un Sergent de Grenadiers, qui, à Borgo di Formari, fait mettre bas les armes à 15 soldats autrichiens et seconde si bien le Capitaine Lenouaud, commandant deux Compagnies de Grenadiers, que 113 soldat et 2 Officiers sont faits prisonniers.

A Bosco, le 23 décembre, le Sous lieutenant Chalopé et le Lieutenant Touret montrent tant de bravoure et de fermeté, qu'ils parviennent à rallier le premier Bataillon; à sa tête, ils chargent l'ennemi, font mettre bas les armes à un Bataillon autrichien et s'emparent de deux canons, d'un caisson et de quelques cavaliers.

Le 9 février, le Lieutenant Barrey se charge volontairement de soutenir la retraite de son Bataillon avec une section de la Compagnie qu'il commande; il parvient non seulement à faciliter cette retraite, mais encore à favoriser la réunion de plusieurs Compagnies qui se trouvent détachées à Rappallo. Dans cette affaire, il soutient un combat d'une heure avec une section de 40 hommes contre une masse d'insurés de 1500 à 1800 hommes.

Le 11 février, le Lieutenant Beaufils soutient, avec 30 hommes, sur la rivière de Gênes, le feu terrible d'une quantité de Brigands mêlés avec les Autrichiens; il en tue plusieurs de sa main et protège par sa fermeté la retraite des troupes qui se trouvent à Rappallo.

 

- Situation de l'Armée d'Italie

Nous sommes en plein hiver, et l'Armée d'Italie se trouve obligée de passer cette saison sur les sommets glacés des Apennins, alors que les Autrichiens cantonnent dans la plaine et se procurent de tout en abondance. Les traits de courage n'en sont pas moins nombreux.

C'est ainsi que le 6 février, le Sergent Fauchier se distingue, à l'abbaye de Montalegro, en détruisant avec 24 hommes une colonne de 300 insurgés, dont il fait prisonnier le commandant ainsi qu'un grand nombre de soldats.

L'armée française, sans solde depuis cinq mois, sans habits, sans chaussures, presque sans nourriture, commence à se laisser aller au désespoir lorsque le vainqueur de Zurich, Masséna, arrive pour prendre le commandement des braves qui, depuis si longtemps, luttent avec tant de courage.

En quelques jours, la discipline et le sentiment de l'honneur militaires prennent le dessus. L'armée est divisée en trois Corps; la 62e est placée dans la Division Marbot, qui dépend du Corps de Soult, situé à l'aile droite.

"Atteint à Gênés de la fièvre jaune, il (le Capitaine Fririon) resta pendant un mois entre la vie et la mort. A peine guéri de cette affreuse maladie, il fut appelé par le général Moreau à l'armée du Rhin en qualité d'adjoint à son ancien et brave ami, l'adjudant-général Rapatel, qu'il joignit à Basle, dans le courant de germinal de l'an VIII" (Notice biographique sur M. le général baron Fririon).

Le 31 mars, le Lieutenant Dufeux est blessé en défendant une redoute en avant de Cadibone; il en est de même du Chef de Bataillon Beaufils, qui n'en reste pas moins à la tête de sa troupe.

Mélas, voulant profiter de la trop grande dissémination des forces françaises, dirige le 6 avril, la plus grande partie de ses troupes sur le centre pour le séparer de l'aile gauche et le rejeter sur Gênes. C'est la Division Marbot qui va soutenir cet effort, elle compte à peine 3000 hommes et il est difficile qu'elle puisse résister au coup qu'on va lui porter. La 3e Légère, assaillie au point du jour, se replie sur la 62e, qui occupe le Montenotte, et là toutes deux font bonne contenance pendant près de trois heures, quoique attaquées par plus de 6000 hommes et menacées d'être tournées. Le Général Gardanne, qui les commande en l'absence de Marbot malade, n'opère sa retraite sur Cadibone qu'à dix heures du matin.

Les Lieutenants Barrey et Touret arrètent l'ennemi et protègent la retraite de la Division.

La 62e a une grand'garde de 60 hommes postée en avant de Montelegino, elle s'y défend bravement, quoique l'ennemi soit déjà maître de Cadibone. Elle résiste jusqu'à la nuit et, seulement alors, se retir sur la Stella, échappant ainsi aux Corps qui la cernent.

Armée Française d'Italie, 6 avril 1800 (Nafziger - 800DAG).
Général commandant : Général de Division Masséna
Aile droite : Général de Division Soult
Division : Général de Division Marbot
Brigade : Général de Brigade Buget
62e Demi-brigade de Ligne (1500)
Brigade : Général de Brigade Gardanne
62e Demi-Brigade de Ligne (1500)

Aile droite de l'Armée Française d'Italie, 6 avril 1800 (Nafziger - 800DCB)
Général Commandant : Masséna
Aile droite : Lieutenant Général Soult
3e Division : Général de Division Marbot
Brigades : Généraux de Brigade Buget & Gardanne
62e Demi-brigade (1500)

On remarquera que sur cette 2e situation, la 62e n'est donnée qu'une fois.

 

- Masséna essaie de rejoindre l'aile gauche

Le centre français étant percé, Masséna veut rétablir les communications avec la gauche. A cet effet, il dirige Soult par le sommet des monts, tandis que lui même s'avance par la côte. A ce moment se livrent une série de combats dans lesquels nos troupes accomplissent des prodiges de valeur contre un ennemi quatre fois supérieur en nombre. Masséna apprend que Soult est engagé avec l'ennemi; le tambour bat le rappel, mais les hommes exténués n'y répondent pas. Le Général en chef envoie alors Fressinet avec ses meilleures troupes, 3e Légère, 62e et 63e, au secours de Soult. Celui-ci, après avoir résisté le 11 à Vereira, commence à reculer; ses soldats, épuisés par la faim, le froid et la fatigue, ne sont plus susceptibles d'élan, lorsque l'avant-garde de Fressinet arrive, après cinq heures de marche forcée. Les 3e Légère, 62e et 63e gravissent au pas de charge les flancs de l'Emetta, renversent les deux lignes d'Impériaux qui en garnissent les sommets, leur font près de 200 prisonniers et les obligent à battre en retraite. Le lendemain, Soult veut enlever aux Autrichiens la position de Santa Giustina, il partage ses troupes en trois colonnes, la 62e est au centre. Les munitions étant peu abondantes, ordre est donné de marcher à l'ennemi sans tirer et de l'aborder à la baïonnette. Le mouvement s'exécute avec la précision qui distingue les manoeuvres des vieux soldats, les Autrichiens sont culbutés. Soult, laissant reprendre haleine à ses braves, les lance peu après à l'escalade de l'escarpement de Cavallo. Gazan dirige les 62e et 63e. Les Autrichiens laissent les Français arriver à mi-côte, puis s'élancent sur eux; le choc est si rude qu'en moins de dix minutes les Français sont rejetés au fond du vallon. Les colonnes n'en sont pas moins reformées et reviennent deux fois à la charge; la nuit seule met fin au combat.

 

- Retraite sur Gênes

L'armée française est séparée en deux tronçons et l'aile droite rejetée sous Gênes. Pendant cette retraite, la 62e se distingue constamment.

Le Sous-lieutenant Mayer ayant reçu l'ordre, le 14 avril, d'aller attaquer à la tète de 200 hommes deux Bataillons ennemis sur la montagne de Melogne, participe à la prise de 800 prisonniers, dont une douzaine d'Officiers. Le méme jour, à 4 heures de l'après-midi, il reçoit l'ordre du Général Solignac d'aller attaquer une redoute occupée par 500 hommes près de la montagne Saint-Jacques. Il s'en empare après un combat de six heures et fait 250 prisonniers. Le lendemain, sur l'ordre du méme Général d'aller attaquer à la tète de 20 hommes un poste de 30 Autrichiens près de Saint-Jacques, il parvient, par son courage et sa valeur, à s'emparer de la position et fait 7 prisonniers, parmi lesquels figure le chef du poste.

Le Sergent-major Mauvais finit par être fait prisonnier après s'être distingué en gardant pendant longtemps un passage très important.

De même, le Lieutenant Follot tombe blessé en enlevant sa troupe à l'assaut de la montagne Saint-Jacques.

Le 17 avril, à Voltri, le Capitaine Ducommun, qui commande le 1er Bataillon, est chargé par le Général Cassagne de contenir l'ennemi. Il y réussit entièrement et parvient ainsi à assurer la retraite de son Bataillon et la réunion des Corps qui doivent composer la garnison de Gênes.

Le Capitaine Antoine, le 20 avril, en avant de Saint-Martin d'Albaro, chasse l'ennemi, retranché dans un fort sur le bord de la mer et fait une quarantaine de prisonniers.

Le Capitaine Prieur, de son côté, fait plus de 40 prisonniers et contribue, avec des Grenadiers de la 74e, au succès de cette journée.

Le 24, les capitaines Bertrand et Mitault se distinguent d'une manière éclatante en montant des premiers à l'assaut de la montagne Saint-Jean et en y faisant beaucoup de prisonniers.

 

- Siège de Gênes

Les pertes essuyées par les Corps dans les dernières affaires les ayant affaiblis de plus d'un tiers, il devient nécessaire de refondre les Divisions pour les rendre plus compactes : la 62e est placée dans la Division Miollis, qui occupe le Monte Vento et le fort Richelieu, l'aile droite est réduite à deux Divisions, dont la Division Miollis.

Le siège de Gênes est un des plus mémorables que l'histoire nous rapporte : 12000 hommes vont lutter contre une année victorieuse, une population insurgée et un ennemi plus terrible encore, la faim.

Le 23 avril, l'investissement est complet.

De nombreux combats, dans lesquels les Français, la 62e Demi-brigade en particulier, se couvrent de gloire, se livrent autour de la place; nous ne citerons que les principaux :

Le 30 avril, le 1er Bataillon de la 62e, sous le commandement du Capitaine Ducommun, reçoit l'ordre du Général Darnaud de charger, à Saint-Martin d'Albaro, l'ennemi, qui vient de repousser avec avantage la 8e Demi-brigade légère. Ce bataillon combat avec le plus grand courage, mais se voit forcé de céder devant la supériorité numérique et la position avantageuse de l'ennemi. Alors le sergent Fauchier, suivi d'une trentaine de braves qui, dans un instant, sont réduits à sept, s'élance et parvient à arrêter les charges vigoureuses de l'ennemi. A la faveur de cette contre-attaque, les troupes en arrière se reforment et repoussent l'ennemi jusque dans ses anciennes positions en lui faisant beaucoup de prisonniers. Cette belle action d'éclat vaut au Sergent Fauchier le grade de Sous-lieutenant. Le même jour, le Capitaine Mathivet passe une rivière et, aidé du Sergent-major Drapier et, d'une dizaine d'hommes, débusque l'ennemi d'une masure et coupe la retraite à 80 Autrichiens, dont 4 Officiers. Drapier est nommé Sous-lieutenant.

Le 7 mai, à Albaro, le Lieutenant Carmantrand désarme à lui seul 8 Chasseurs du Loup et les fait prisonniers.

 

- Attaque du Monte Creto

Les troupes françaises enlèvent brillamment, le 11 mai, le Monte Facio. Dans ce combat, le Capitaine Antoine chasse l'ennemi de ses positions et s'y soutient tant qu'il a des munitions.

Le Sous-lieutenant Fauchier est blessé dangereusement en résistant, avec quelques braves, à des ennemis très supérieurs en nombre.

Le Chef de Bataillon Wuillerme charge l'ennemi à la tête de la 62e, renverse quatre Bataillons autrichiens, fait prisonnier de sa main un Officier supérieur et détermine le succès de l'affaire. (Il a reçu un brevet d'honneur).

Le 13, l'attaque du Monte Creto est décidée. La 62e est sous les ordres de l'Adjudant. général Gauthier, elle s'empare du sommet du Monte Creto. Les Impériaux sont battus, lorsqu'un Régiment autrichien, celui de Kray, débouche tout à coup sur nos derrières. L'ennemi, ranimé par cette apparition soudaine, reprend courage et fond sur nos soldats. Ceux-ci font volte-face et le combat continue avec plus d'ardeur, car nous ne voulons pas céder le terrain si chèrement acheté. Enveloppés par les Impériaux dont le nombre augmente sans cesse, les braves de la 62e et de la 5e Légère, après avoir vu tomber Gauthier, frappé d'un coup de feu, commencent cependant à reculer lorsqu'arrivent les 2e et 24e. Unc charge vigoureuse fait alors tomber le Monte Creto en notre pouvoir; mais, malheureusement, un Régiment autrichien oppose une résistance inébranlable, et en même temps Soult est blessé : c'est le signal de la retraite. Le Capitaine Ducommun s'est distingué dans ce combat en enlevant un poste très important.

Le Sergent Lebeau se distingue en sauvant, à la tête de six Grenadiers, le drapeau de la 106e Demi-brigade et en faisant de sa main un Officier autrichien prisonnier; il est nommé Sous-lieutenant par Masséna.

Comme la ville de Gênes posséde très peu de provisions de bouche, la ration de pain est d'abord réduite à 153 grammes; le 21 mai, il ne reste plus que deux jours de vivres. Sur ces entrefaites, Masséna reçoit la nouvelle que l'armée est en grand mouvement pour descendre en Italie. Bonaparte compte sur Masséna pour retenir devant Gênes une partie des forces ennemies. Cc dernier ordonne alors pour le 28 une grande reconnaissance : deux colonnes sont mises en route; l'une, composée des 62e et 74e, est commandée par le Général Darnaud. Ces deux colonnes doivent opérer leur jonction sur le Monte Facio; un combat sanglant s'engage sur ce point, où Darnaud est mortellement blessé.

Nous devons signaler ici plusieurs actions d'éclat accomplies par des Officiers ou Sous-officiers de la Demi-brigade :

Le Sous-lieutenant Relougues est nommé Lieutenant le 15 mai, pour avoir arrêté, à Rivalta, à la tête d'un détachement de la 62e Demi-brigade, une colonne ennemie et tenu une position qui a empêché les 97e et 63e Demi-brigades d'être faites prisonnières, cet endroit étant le seul point de retraite.

Le Sous-lieutenant Dumay est nommé Lieutenant le même jour, pour avoir, à Arbissola, à la tête d'une Compagnie de Grenadiers, arrêté les efforts de l'ennemi, qui a forcé tous les avant-postes et mis en déroute les troupes chargées de défendre les différents points de la rivière du Levant. Cette manoeuvre a empéché le Général en chef d'être fait prisonnier et a donné le temps aux troupes de se rallier et de se reformer.

Le Sergent-major Gros est nommé Sous-lieutenant pour être entré le premier à Monte Cornua, près de Gênes, dans une redoute défendue par 700 ou 800 Autrichiens et avoir protégé avec deux Compagnies de la 62e la retraite des 2e, 3e Légère et 62e Demi-brigades.

 

- Reddition de Gênes

La misère devient de plus en plus affreuse; chacun a, pour trois jours, une ration composée de 95 grammes de pain, fait de 20 parties de cacao, 10 de son, 4 d'amidon et 4 de haricots avec 385 grammes de viande de cheval et 1 litre de vin. Les habitants n'ont plus rien, la place est transformée en un vaste cimetière, les soldats sont à ce point affaiblis que beaucoup n'ont plus la force de porter leurs armes. Masséna, ne recevant pas de nouvelles de Bonaparte et ne voyant pas l'ennemi lever le siège, décide de faire une trouée avec les hommes valides et de laisser Miollis dans la place avec les blessés, mais il doit renoncer à cette héroïque folie, que rend absolument irréalisable l'extrême affaiblissement des hommes.

Le 3 juin, Masséna signe une convention d'après laquelle, le lendemain, 6000 Français «squelettes ambulants» sortent de Gênes tambour battant et drapeaux déployés pour rejoindre à Voltri l'armée de Suchet. Environ 2000 hommes vont revenir en France par mer. Les alliés, à qui le courage malheureux commande l'admiration, rendent les honneurs militaires, à cette troupe qui, par sa résistance et son héroïque fermeté, vient de sauver la patrie de l'invasion.

Quelques jours après Bonaparte frappe un grand coup à Marengo : la Lombardie, le Piémont, la Ligurie sont remis à la France.

Signalons qu'à la date du 10 mai 1800 (20 floréal an VIII), figure un Sous-lieutenant Fririon (jeune), de la 62e, attaché à l'Etat-major général du Général en chef de l'Armée en Allemgne Moreau, en qualité d'Aide de camp de l'Adjudant-général Fririon. A ses côté se trouve F. Fririon, Chef de Bataillon. Le Lieutenant P. Gudin est quant à lui Aide de camp du Général de Brigade Gudin, Chef de l'Etat-major du Lieutenant-général Lecourbe, commandant l'Aile droite de l'Armée en Allemagne (de Carrion-Nisas, Marquis, Campagne des Francais en Allemagne, Année 1800, Paris, 1829).

Par Arrêté du 27 août 1800 (9 fructidor an 8), la 62e est organisée à 2 Bataillons et envoyée à Milan, où elle fait partie de la réserve de l'Armée d'Italie; chaque Bataillon comprend une Compagnie de Grenadiers et huit de Fusiliers.

Situation en Août 1800 (côte SHDT : usuel-180008 )

Chef de Corps : GUDIN Chef de Brigade - Infanterie; LEDIEU Chirurgien major; COLOMBET Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Beaufils à Gênes - Armée d'Italie
2e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Vuillerme à Gênes - Armée d'Italie
3e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Dumasbon à Gênes - Armée d'Italie

 

Armée Française, 17/18 Fructidor An VIII, 6/7 septembre 1800 (Nafziger - 800IBB)
Général commandant : Jourdan
3e Division : Général de Division Zayonchek (plus tard Verdier)
62e infanterie de Ligne

Note : nous ignorons à quoi correspond cette situation; il y a peut être erreur de date

 

Situation en Octobre 1800 (côte SHDT : usuel-180008 )

Chef de Corps : GUDIN Chef de Brigade - Infanterie; LEDIEU Chirurgien major; COLOMBET Quartier maître trésorier
Observations : octobre 1800 : 2 Bataillons sous les armes, effectif 1037 Officier et hommes
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Beaufils à Malapaga - Armée d'Italie - Corps de réserve - Michaud - Division Rochambeau
2e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Vuillerme à Malapaga - Armée d'Italie - Corps de réserve - Michaud - Division Rochambeau
3e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Dumasbon à Gênes

 

- Reprise des hostilités

Bonaparte, convaincu de la prochaine reprise des hostilités, concentre en Italie, sous le commandement de Brune, une armée de 60000 hommes, qui doit traverser l'Adige près de Vérone, donner la main à Macdonald opérant en Tyrol et marcher sur Vienne de concert avec Moreau agissant dans la vallée du Danube. La 62e, Brigade Bisson, est à l'avant-garde, commandée par Delmas. L'armée ennemie, forte d'environ 80000 hommes, occupe la rive gauche du Mincio.

Armée Française d'Italie, décembre 1800 (Nafziger - 800LBG)
Commandant en Chef : Général Brune
Avant Garde
Division : Général de Division Delmas (10510 hommes)
Brigade : Général de Brigade Bisson
62e Demi-Brigade

 

- Passage du Mincio

Le plan du Général en chef est de faire une fausse attaque sur Pozzolo, pendant qu'il passera le Mincio à Mozambano. Le 25 décembre 1800 une sanglante bataille s'engage, à la suite de laquelle les troupes françaises, qui ont combattu toute la journée avec une grande intrépidité, restent maîtresses du champ de bataille.

Le lendemain la lutte reprend : les soldats de Delmas s'avancent sur Valeggio, l'arme au bras et au pas redoublé, les Impériaux sont enfoncés. Nous sommes à peine établis à Valeggio que les Grenadiers autrichiens nous assaillent; ces derniers commencent à progresser lorsque la charge retentit; les Français, électrisés, s'élancent en avant et culbutent tout sur leur passage. L'avant-garde, poursuivant son mouvement en avant, s'empare de Valeggio. A la faveur de cette manoeuvre le passage du Mincio s'effectue pour toute l'armée. Les Autrichiens ont perdu 8000 hommes dans ces deux journées. Dès lors l'armée marche vers l'Adige, l'avant-garde passe ce fleuve le 1er janvier 1801, renverse l'ennemi qui défend le passage et fait plusieurs centaines de prisonniers. Différents petits combats, notamment celui d'Armeola le 9 janvier, font grand honneur à la Division Delmas. Quelque temps après l'armistice de Trévise vient arrêter la marche en avant; enfin le glorieux traité de Lunéville assure à la France un accroissement considérable de territoire.

Cachet 33e Demi-brigade de Ligne 1801
Cachet de la 62e Demi-brigade, an X (extrait de l'ouvrage du Lieutenant E. Cheutin : "Vignettes et Sceaux des Papiers Militaires pendant la Révolution Française"; 1911).

La campagne terminée, la 62e vient tenir successivement garnison à Ferrare, Asti, Coni, Turin, où elle reste jusqu'en mars 1802. Le Dépôt, qui se trouvait à Auriol en décembre 1799, se voit transporté à Brignolles, à Aubagne en mai 1800, puis à Chambéry et enfin à Turin.

D'après l'Etat militaire de l'an X (septembre 1801-septembre 1802), la 62e Demi-brigade se trouve à Turin. Les cadres du Régiment sont constitués de la manière suivante :

- Etat major : Chef de Brigade Gudin; Chefs de Bataillon Vuillerme (avec rang de Chef de Brigade), Beaufils Jean-François, Dumasbon; Quartier maître trésorier Chef de Bataillon Colombet; Adjudants majors Chef de Bataillon Limouzin, Capitaine Ganivet, ; Officiers de santé Ledieux, Houssard.
- Capitaines : Prevost, Antoine, Pignet (avec rang de Chef de Bataillon), Mathivet, Marechal, Waille, Monneret, Potard, Morisot, Sommer, Picot, Petit, Charpentier, Dechamp-Benoit, Loga, Génébrias, Ducommun, Lenonand.
- Lieutenants : Vincent, Desplaigne, Franck, Dufeux, Terme, Barrey, Carron, Gradeles (avec rang de Capitaine), Desfossés, Lafond, Seigneury, Deschamps, Boyer, Thouret, Clerin (avec rang de Capitaine), Sortet, Saveux, Dumay.
- Sous lieutenants : Retogne (avec rang de Lieutenant), Beaufils Claude François, Kinseler Michel, Youtre, Simonet, Chalopé, Fabre, Leroux, Boutes, Guillannin, Ithier, Courlon, Drapier, Lebeau, Fauchier, Prieur, Ramonet, Gros.

Le Capitaine Massot est Capitaine Adjoint à l'Etat-major de l'Armée.

Vient alors le temps des récompenses (Tony Broughton : "Armes d'Honneur Awarded to the Regiments d'Infanterie de Ligne") :
Bernard (Leonard) - Sergent : Sabre d'Honneur le 30 mai 1803
Bidoux (Andre) - Fusilier : Fusil d'Honneur le 1er mars 1801
Conchon (Antoine) - Sergent : Sabre d'Honneur le 30 mai 1803
Dupain (Francois) - Sergent : Sabre d'Honneur le 30 mai 1803
Hyvonnet (Francois) - Sergent : Fusil d'Honneur le 10 mars 1803
Langlais (Alphonse) - Sergent : Fusil d'Honneur le 14 décembre 1800
Legout (Jacques) - Caporal : Sabre d'Honneur le 10 mars 1803
Petit (Pierre-Francois) - Sous-lieutenant : Sabre d'Honneur le 15 septembre 1802
Yvonnet (Francois) - Sergent : Sabre d'Honneur le 15 septembre 1802.

 

III/ 62e Régiment d'Infanterie (1803-1815)

a/ Caldiero

- Formation du 62e

D'après l'Etat militaire de l'an XI (septembre 1802-septembre 1803), la 62e Demi-brigade se trouve à Turin et fait partie de la 27e Division militaire. Les cadres du Régiment sont constitués de la manière suivante :

- Etat major : Chef de Brigade Gudin; Chefs de Bataillon Thiéry, Dumasbon, N; Quartier maître trésorier avec rang de Chef de Bataillon Colombet; Adjudants majors Limouzin, Ganivet ; Officiers de santé Le Dieux, Houssard, N.
- Capitaines : Prevost, Antoine, Maréchal, Monneret, Potard, Mathivet, Morizot, Sommer, Picot, Petit, Charpentier, Dechamphenoit, Loya, Génébrias, Ducommun, Lenouaud, Pignet , N.
- Lieutenants : Vincent, Dufeux, Deplaigne, Franck, Terme, Barrey, Gradelet, Carron, Lafond, Saveux, Clérin, Desfossez, Seigneury, Boyer, Deschamp, Touret, Sorlet, Dumay.
- Sous lieutenants : Beaufils, Ganneval, Relongue, Youtre, Simonnet, Chalopé, Fabre, Bontes, Leroux, Guillomin, Ythier, Gros, Lebeau, Fauchier, Prieur, Ramonnet, Hammeau, Poncot.

Le 9 mai 1803 (19 floréal an 11), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... La 62e sera mise en garnison à Turin ..." (Correspondance générale, t.4, lettre 7627).

Le décret des Consuls du 1er vendémiaire an XII (24 septembre 1803) supprime les Demi-brigades et les remplace par des Régiments d'infanterie. La 99e Demi­brigade est réunie à la 62e pour former le 62e Régiment d'infanterie, composé de 4 Bataillons.

D'après l'Etat militaire de l'an XII (1803-1804), le 62e de Ligne se trouve à Turin et fait partie de la 27e Division militaire. Les cadres du Régiment sont constitués de la manière suivante :

- Etat major : Colonel Petit; Major Pouget; Chefs de Bataillon Dumasbon, Duheim,Thierry, Poisson; Quartier maître trésorier avec rang de Chef de Bataillon Colombet; Adjudants majors Helmuth, Ganivet, Hardoenecker, Touret; Chirurgiens majors Guyot, Dafaur, Ledieu, Houssard.
- Capitaines : Prevost, Marchal, Potard, Menneret, Reguier, Doyen, Morizot, Sommer, Barrey, Hoffmann, Albert, Laboucary, Blanckenheim, Petit (P.-E.), Charpentier, Berçeau, Dobanton, Deschampsbenoit, Loga, Ducommun, Mitault, Lenouaud, Parvilliers, Clérin, Rayez, Verdin, Gradelet, Dupont, Dans, Morel, Amiet, Vincent, Dumay, Koëpff, Varrez.
- Lieutenants : Deplaigne, Franck, Dufeu, Terme, Spitz, Barrey, Massin, Carou, Legendre, Boistaillis, Lefebvre, Laurent, Meisberger, Vilbaut, Mittembilher, Mazers, Desfossez, Lafond, Seigneury, Saveux, Boyer, Deschamp, Sorlet, Relongue, Lachan, Maljean, Brochin, Phfau, Friotch, Tréber, Beaufils, Ganneval, Simonet, Bernardin, N., N.
- Sous lieutenants : Weiber, Keyser, Zimmer, Mayer, Bronner, Rheim, Youtre, Schily, Sequeval, Follot, Follot, Franck, Chalopé, Fabres, Leroux, Petit, Buehholz, Guillomin, Mereau, Ithier, Dans (M.), Gros, Fauchier, Prieur, Ramonnet, Jouglet, Ponçot, Leliévre, Berod, Collot, Martin, Borderieux, Moussus, Dantenis, N., N., N.

"L'armée présentait un coup d'œil magnifique. Pliés à une discipline sévère et animés de cet esprit de corps qui fait pour tous un culte du drapeau, les vétérans et les conscrits s'étaient parfaitement assimilés. Presque tous les sous-officiers comptaient 10 campagnes et étaient en état de commander leur compagnie. Les officiers, doués des meilleures vertus militaires, les généraux, éprouvés par cent batailles, avaient la confiance des troupes et la méritaient à tous les titres".

Le 24 octobre 1803, le 62e passe sous le commandement du Colonel Petit.

PETIT (Pierre-Joseph

Né à Essert (Haut-Rhin) le 21 juin 1752. Soldat au 62e Régiment d'Infanterie, ci-devant Salm-Salm le 1er mai 1767. Caporal le 6 mai 1773. Sergent le 10 août 1782. Sergent-fourrier le 17 septembre 1783. Sergent-major le 1er janvier 1791. Sous-lieutenant le 1er septembre 1792. Lieutenant le 6 septembre 1793. Capitaine le 6 pluviôse an II. Chef de Bataillon le 22 pluviôse an II. Chef de Brigade le 26 germinal an II. Chef de la 99e le 11 ventôse an IV. Colonel du 62e Régiment le 1er brumaire an XII. Membre de la Légion d'Honneur le 20 frimaire an XII. Officier de la Légion d'Honneur le 26 prairial an XII.

A fait en Corse les campagnes de 1768, 1769, 1770; celles de 1792 à l'an IX inclusivement. Blessé d'un coup de feu le 6 germinal an VII devant Vérone (Italie), étant à son poste.

A cette époque, le Chef de Bataillon Pouget, à la suite du 4e de Ligne, futur Général d'Empire, est nommé Major au 62e de Ligne. Dans ses souvenirs de guerre, il écrit : "Il était connu dans l'armée que le premier Consul voulait créer des majors lieutenants-colonels qui seraient chargés de la police, discipline, instruction et comptabilité des corps. Ils devaient remplacer les chefs de bataillon chargés de la tenue des contrôles. Je vis cette institution avec d'autant plus de plaisir que je croyais fermement qu'un des chefs de bataillon du 4e régiment serait nommé major et que j'aurais enfin un commandement réel. Quel fut mon étonnement quand je reçus par la poste une lettre du ministre de la guerre qui m'annonçait ma promotion au grade de major du 62e régiment de ligne en garnison à Turin ! Je ne pouvais en croire mes yeux; je lisais et relisais avec une émotion qui m'étouffait. Je n'imaginais pas qu'un officier à la suite pût passer à un grade supérieur de préférence aux quatre chefs de bataillon titulaires, et je pouvais facilement croire à une erreur de nom quoique le mien fût bien correctement écrit sur l'adresse de la lettre du ministre. Mon anxiété fut redoublée par la réception d'une seconde nomination de major au 57e de ligne, dont le dépôt était à Hesdin et le régiment au camp. Je ne pouvais être major de deux régiments; le premier Consul fut consulté, il venait d'arriver au camp; il décida, à ma grande joie, que la deuxième nomination serait non avenue et que j'irais à Turin. Avant son départ de Paris, le premier Consul avait nommé à vingt-quatre emplois de major. Je ne savais à quelle bienveillance je devais d'en avoir fait partie. Je ne pouvais que le soupçonner, et je ne fus confirmé dans mes soupçons que dix-huit mois plus tard.
Mon bonheur était au comble, j'allais en Italie, j'allais revoir tous les miens, embrasser ma femme et me faire décorer par elle de mes nouvelles épaulettes ! Je partis pour Turin, après avoir reçu les adieux des officiers du 4e régiment, qui étaient restés en dépôt à Nancy. Je reçus aussi des témoignages d'attachement de ceux que j'avais laissés au camp; les jaloux me virent partir sans regret, mais rongés par l'envie. Mes deux nominations donnèrent une telle fièvre à l'un des chefs de bataillon qu'il en garda le lit pendant plusieurs jours (Note : Il se nommait Gros et fit fortune depuis). J'arrivai dans la capitale, du Piémont à l'improviste, quoique le colonel du 62e fut depuis longtemps prévenu de ma nomination. Je lui fis ma visite et je fus bien désappointé, moi qui quittais un colonel aussi brillant homme de guerre que distingué par son esprit et son éducation, de trouver à mon nouveau chef une figure commune et des manières à l'avenant. Mais ce dont je m'aperçus au premier abord n'était rien auprès de ce que j'appris ensuite; on me le dépeignit non seulement comme un homme sans éducation, ignorant sa langue comme une fille de basse-cour, mais injuste, se prévenant contre les officiers, sous-officiers et soldats de son régiment, sans aucun motif, et n'ayant d'autre société que la femme du maître cordonnier et pour conseillers que quelques officiers subalternes, ses dignes acolytes. Il n'était au reste qu'un ancien prévôt de salles d'armes, parvenu au grade de colonel par l'effet d'une loi qui avait désorganisé l'armée en donnant le premier emploi vacant au plus ancien de service; en sorte que de caporal il parvint au grade de colonel dans l'espace de quatre à cinq ans.
J'eus fort à faire à mon arrivée dans un régiment commandé par un pareil homme, et ma position devenait plus pénible de jour en jour. Il m'était fort désagréable d'avoir sans cesse à improuver mon chef, dont les injustices et la partialité me révoltaient. Ma présence bridait un peu sa malveillance; je réclamais auprès de lui pour ses victimes, mais quand mes observations n'étaient point écoutées, je réclamais auprès du général de division; nous n'avions pas alors de général de brigade. Un seul fait caractérisera ce chef de corps : sa manière de donner des notes à ses officiers était telle, qu'elles étaient prises en sens inverse. Je tiens cette vérité des deux généraux inspecteurs Legrand et Verdier
" ("Souvenirs de guerre du Général Baron Pouget", publiés par Mme de Boideffre née Pouget, Paris, Librairie Plon, 1895).

Situation en janvier 1804 (côte SHDT : us180401)

Chef de Corps : PETIT Colonel - Infanterie; POUGET Major - Infanterie; COLOMBET Quartier maître trésorier
Conscrits des départements de l'Aveyron des ans XI et XII
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Dumasbon à Turin - 27e Division Militaire - Armée d'Italie
2e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Duheim à Turin - 27e Division Militaire - Armée d'Italie
3e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Thierry à Turin - 27e Division Militaire - Armée d'Italie
4e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Poisson à Turin - 27e Division Militaire - Armée d'Italie

Le Major Pouget écrit : "Le régiment reçut bientôt l'ordre de quitter Turin pour se rendre en Toscane. Ce ne fut pas sans regrets que nous abandonnâmes cette résidence, et je dois faire connaître ici le nom des principales autorités qui s'y trouvaient. Je citerai d'abord M. le comte Abdalla Menou, qui gouvernait pour la France les départements transalpins, acquis par les conquêtes de Napoléon Bonaparte, devenu premier Consul. Le général Menou avait fait la campagne d'Egypte et avait épousé dans ce pays une musulmane ayant conservé les moeurs et les coutumes de sa patrie; elle professait l'islamisme et ne se montrait jamais. M. le gouverneur était homme de mérite et fort distingué; il avait le ton et les manières d'un grand seigneur; il tenait un état de maison en rapport avec sa haute position et usait du palais des rois de Sardaigne avec une noble aisance. J'eus l'honneur de lui être présenté et d'en être reçu de la manière la plus gracieuse. J'eus aussi des devoirs à rendre à M. le général Dupont-Chaumont, qui logeait au palais Carignan; c'était un homme qui commandait le respect et la vénération, par sa bonté et les éminentes qualités qui le distinguaient. J'ai été assez heureux pour recevoir de lui un accueil dont je conserve le plus agréable souvenir. Il avait pour chef d'état-major l'adjudant commandant Maison, devenu depuis maréchal de France. Je n'avais pas assez de perspicacité pour lui prédire une telle fortune militaire. Je ne l'ai plus retrouvé que sur le champ de bataille de Polotsk, revêtus tous deux de l'uniforme de général de brigade.
J'ai aussi connu à Turin MM. les colonels Avice, Faure, et M. Berger, sous-inspecteur aux revues, administrateur très distingué. J'ai constamment eu avec ces messieurs les relations de service les plus agréables. Nous ne voyions pas la haute société de la ville, qui boudait et pleurait son roi; nous ne nous serions pas entendus. Nous nous en dédommagions en fréquentant d'autres personnes distinguées qui ne dédaignaient pas de nous recevoir. Un jour je reçus une invitation de bal d'un des principaux négociants de la ville; le colonel, qui était aussi du nombre des invités et qui avait équipage, m'offrit de me mener, ce que j'acceptai, car il n'y avait pas de carrosses de louage. Nous chaussâmes le bas de soie, en véritables amateurs de danse. Le temps était affreux : il tombait une pluie mêlée de neige, et sans véhicule il nous eût été de toute impossibilité de mettre les pieds dehors. Nous étions convenus de ne pas revenir l'un sans l'autre et de nous entendre pour le nombre de nos engagements, de manière à être libres en même temps. Je l'attendis à l'heure convenue : point de colonel; je le cherchai dans tous les salons, qui devenaient déserts, plus de colonel. Il était parti ! Je crus qu'il me renverrait sa voiture. Point de voiture ! Je fus obligé de regagner mon logis à pied, avec une chaussure de bal, par un temps affreux. Cette petite anecdote achèvera de peindre l'homme.
Le temps se passait rapidement pour moi entre mon service et les plaisirs. La ville et ses environs nous procuraient des distractions agréables; il y avait d'ailleurs des ressources de société dans les Français mariés qui y résidaient. Ce fut à Turin que je reçus ma nomination de chevalier de la Légion d'honneur, le 5 germinal an XII (26 mars 1804). Je fus reçu par le colonel, le régiment étant sous les armes, et je prêtai serment devant la Cour royale. Ces deux cérémonies se firent avec pompe
" ("Souvenirs de guerre du Général Baron Pouget", publiés par Mme de Boideffre née Pouget, Paris, Librairie Plon, 1895).

Le 24 avril 1804 (4 floréal an 12), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud, au Général Berthier, Ministre de la Guerre, Major général des camps : "Donnez ordre, Citoyen Ministre, ... au 62e de ligne, qui est à Turin, de remplacer à Livourne le 5e de ligne qui se rendra à Turin ..." (Correspondance générale, t.4, lettre 8828).

Le Major Pouget écrit : "Le moment du départ du régiment étant arrivé, il plut au colonel de partir avec la première colonne, qui n'était composée que du 1er bataillon, les sapeurs et la musique. La mienne était formée des trois autres bataillons, qui quittèrent la place deux jours après. Nous passâmes par Alexandrie, où, plus heureux que mon colonel, j'évitai les arrêts qui lui furent infligés par le général Despinois, qui commandait la division, pour avoir fait taire les batteries sans avoir pris ses ordres. Notre voyage à travers la belle Italie se fit très joyeusement et très militairement par le plus beau temps du monde. Je vis, avec un plaisir extrême, toutes les jolies villes de Plaisance, Reggio, Parme, Modène, Bologne, Pistoia. Ce fut à Plaisance, où nous séjournâmes, que le premier Consul allait incessamment se faire couronner empereur. Nous étions très peu au courant des nouvelles politiques, depuis longtemps nous n'avions vu de journaux, qui n'étaient pas alors aussi répandus qu'ils l'ont été depuis, quoique les grands événements se succédassent avec rapidité.
En arrivant à Bologne, je fus très agréablement surpris de trouver cette ville commandée par le général Tholmé, qui était à la tête d'une brigade de la division Taponnier dont j'étais chef d'état-major lors du blocus de Luxembourg et des prises de Trèves et de Coblentz. Il me fit inviter à diner pour renouveler plus amplement connaissance; il y avait neuf ans que nous ne nous étions vus. Nous continuâmes notre route, laissant Florence à notre gauche; cette ville, en qualité de résidence royale, n'était traversée ni par la troupe ni par les militaires isolés. Nous passâmes par Pistoia pour gagner Pise, où nous retrouvâmes le 1er bataillon. Nous ne restâmes que quinze jours dans cette belle et intéressante ville, célèbre par ses monuments; nous visitâmes les rives fleuries de l'Arno, ses beaux quais à parapets de marbre blanc; la cathédrale, le baptistère, la tour qui penche, aussi élégante qu'une dentelle, et l'immense Campo-Santo. De Pise nous allâmes à Livourne, belle ville régulièrement bâtie, célèbre par son commerce et l'un des plus beaux ports de l'Italie. Quoique peu étendue, sa population se montait à soixante-dix mille âmes. Nous y trouvâmes environ trois cents soldats espagnols qui y faisaient le service, parce que la Toscane était encore sous la domination d'une infante. Nous primes possession des quatre casernes placées aux quatre coins de la ville, dans chacune desquelles il n'y avait place que pour un bataillon. Dans cette nouvelle garnison, mon service devint bientôt aussi périlleux qui pénible; on verra pourquoi. Deux mois environ après notre établissement, le général reçut l'ordre d'envoyer une députation du régiment pour assister au couronnement. Le colonel eut assez de bon sens pour ne pas accepter cet honneur, qui me revint de droit; j'attendis les colonels des 22e léger et 20e de ligne qui étaient en garnison en Corse, et nous primes un voiturier pour nous conduire jusqu'à Plaisance; notre voyage fut fort agréable, j'avais deux aimables et spirituels compagnons dans MM. les colonels Abbé et Cassan. Je connaissais ce dernier bien particulièrement; nous avions servi ensemble comme chefs de bataillon au 4e régiment de ligne.
En passant à Florence, nous nous arrêtâmes pour visiter à loisir cette capitale, où mon père avait séjourné soixante ans auparavant, et qui mérite bien son surnom de Fiorenza la bella. En arrivant à Plaisance, nous fùmes bien désappointés de recevoir un contre-ordre dont nous ne connûmes point le motif; nous nous reposâmes quatre jours, bien fêtés, bien accueillis par les officiers d'un régiment d'artillerie qui tenait garnison à Plaisance, d'où nous rebroussâmes chemin pour retourner à Livourne.
J'ai oublié de mentionner plus haut l'arrivée de ma femme auprès de moi; elle désirait vivement voir l'Italie, et l'occasion ne pouvait être plus favorable. Je lui avais écrit de Turin pour la prévenir de notre départ pour Livourne, en l'engageant à venir m'y rejoindre. J'ajoutais qu'elle trouverait encore à Turin des officiers du régiment qui l'accompagneraient de cette ville à Livourne, ce qui fut fait. Elle était déjà près de moi quand je reçus l'ordre d'assister au couronnement.
Peu de temps après notre retour, le bruit se répandit qu'une maladie pestilentielle s'était manifestée dans la ville. Il fut bientôt reconnu que c'était la fièvre jaune, apportée de la Havane par un bâtiment chargé de cuirs qu'on avait négligé de visiter avant son admission dans le port. Cette peste enleva bientôt plusieurs officiers et soldats; la présence de ma femme ajouta beaucoup aux inquiétudes que j'éprouvais déjà pour le régiment. Elles étaient d'autant mieux fondées que j'avais des relations de tous les instants avec des militaires; je recevais tous les jours chez moi, dans une très grande salle, de soixante à soixante-dix personnes, tant officiers que sous-officiers et caporaux arrivant des quatre coins de la ville. Je pris le parti de faire des fumigations d'après le système de Guyton de Morveau. La maladie nous serrait de si près que toutes les maisons qui avoisinaient la nôtre étaient pavoisées du sinistre drapeau noir, qui annonçait que la peste les avait visitées. Il mourait à Livourne deux cents personnes par jour, et toutes les nuits j'étais réveillé par des rapports qu'on venait me faire de la mort de quelque officier que j'avais vu bien portant quelques heures auparavant. Ma femme, malgré tout son courage et son énergie, était dans de mortelles angoisses. Enfin, après avoir gardé Livourne aussi longtemps que possible pour ne pas trop décourager les habitants, le général de division Verdier, qui y avait son quartier général, le transporta à Pise avec ordre au régiment de l'y suivre. Cette ville, comme je crois l'avoir déjà dit, est bien percée; l'Arno, qui la traverse et la partage dans sa partie la plus longue, y établit un courant d'air qui contribue encore à l'assainir; malgré l'inquiétude des habitants, il ne se manifesta aucun symptôme de peste pendant le séjour que nous y fimes. Le général fit seulement laisser à Livourne une garde permanente dans la caserne du port.
Nous profitâmes de notre séjour à Pise pour visiter les superbes bains de marbre construits à quelque distance de la ville, ainsi que ses délicieux environs, ses palais, ses aqueducs, la laiterie appartenant à la Reine et entretenue comme si elle était souvent visitée par elle. Je revis avec un nouveau plaisir un superbe jardin rempli d'orangers portant des fruits de toute beauté; il y en avait en espaliers, en pleine terre et en caisses, qui garnissaient la façade d'un hôtel donnant sur le jardin. Ce paradis terrestre était habité par notre quartier-maître. Pour donner une idée du climat de Pise, je citerai un fait qui est particulièrement resté dans ma mémoire; c'est que, nous promenant sur le quai de l'Arno le jour de Noël avec quelques dames, nous y éprouvâmes une chaleur de vingt-cinq degrés Réaumur. Les dames étaient en parasol et les hommes le chapeau à la main pour chercher à se rafraîchir. L'intensité de la maladie ayant beaucoup diminué à Livourne, le général de division nous y ramena. Nous ne quittâmes pas sans regrets le délicieux séjour de Pise, quoique Livourne nous offrit quelques compensations par les agréments du voisinage de la mer, le mouvement de son port, toujours encombré de bâtiments marchands et d'une population venue des quatre parties du monde. Nous y faisions aussi une chère excellente de poissons frais et fins qui y abondaient. Le carnaval arriva, qui fut gai, nonobstant la présence de la fièvre jaune; il y eut des bals masqués à la salle de spectacle, où ma femme fut reconnue à la beauté de ses cheveux noirs, dont elle avait formé un magnifique turban. Pendant le jour, des équipages dans tout leur luxe promenaient dans les rues la société de la ville, qui jetait des dragées aux gens garnissant les balcons, lesquels à leur tour mitraillaient de la même façon leurs agresseurs. Les chevaux avaient aux jambes des bracelets garnis de grelots, ce qui faisait une musique appropriée à la circonstance
" ("Souvenirs de guerre du Général Baron Pouget", publiés par Mme de Boideffre née Pouget, Paris, Librairie Plon, 1895).

Situation en juillet 1804 (côte SHDT : us180407)

Chef de Corps : PETIT Colonel - Infanterie; POUGET Major - Infanterie; COLOMBET Quartier maître trésorier
Conscrits des départements de l'Aveyron des ans XI et XII
Observations : juillet 1804 effectif des 1e, 2e, 3e Bataillons : sous les armes 2447 Officiers et hommes dont hopitaux 241 hommes
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Dumasbon à Livourne - Armée d'Italie - troupes francaises en Etrurie - Verdier
2e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Duheim à Livourne - Armée d'Italie - troupes francaises en Etrurie - Verdier
3e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Thierry à Livourne - Armée d'Italie - troupes francaises en Etrurie - Verdier
4e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Poisson à Piombino, Gorgogna, Orbitello - Armée d'Italie

Le Major Pouget écrit : "Pendant l'été, nous avions fait plusieurs promenades en gondole sur la Méditerranée; cette saison avait été en 1804 plus brûlante que d'ordinaire, ce qui n'empêchait pas les Français de vaquer à leurs occupations, tandis que les Italiens s'enfermaient chez eux depuis neuf heures du matin jusqu'à huit heures du soir et faisaient du jour la nuit. Aussi disaient-ils qu'on ne voyait dans les rues que des chiens et des Français. Un jour, nous fûmes visiter la madone de Montenero avec un négociant de Livourne; en entrant dans la chapelle nous vîmes un homme de très mauvaise mine qui était à genoux devant la statue de la Vierge, pleurant, gémissant, jetant des cris lamentables en implorant son pardon. Notre cicerone nous dit que cet homme était sans doute un grand scélérat, qui était persuadé qu'après être venu jeter quelques écus devant la Vierge, ses crimes lui seraient pardonnés et qu'il pourrait ensuite jouir en toute sûreté de conscience du fruit qu'il en avait retiré", publiés par Mme de Boideffre née Pouget, Paris, Librairie Plon, 1895).

Le 19 septembre 1804 (2e jour complémentaire an 12), Napoléon écrit depuis Coblentz au Maréchal Berthier, Ministre de la Guerre, Major général des camps : "Mon cousin, l'état que vous m'avez envoyé de la solde de vendémiaire contient quelques erreurs.
2° Si le 5e de ligne est passé de la solde d'Etrurie à celle de la France, le 62e, qui était à Turin, a été en Etrurie ...
" (Correspondance de Napoléon, t.9, lettre 8029; Correspondance général, t.4, lettre 9228).

Le même jour (19 septembre 1804 - 2e jour complémentaire an 12), Napoléon écrit depuis Coblence à Mr Barbé-Marbois, Ministre du Trésor public : "Vous trouverez ci-joint l'état que m'envoie le ministre de la guerre. Il en résulte que la solde ne doit monter qu'à 8,684,000 francs pour vendémiaire; encore, sur cette somme, y a-t-il des observations à faire.
On a porté en plus le 5e régiment de ligne, qui n'est plus en Étrurie; mais il fallait porter en moins le 62e, qui n'est plus en Piémont et qui est passé à la solde de l'Etrurie ...
" (Correspondance de Napoléon, t.9, lettre 8030; Correspondance général, t.4, lettre 9227).

 

- Coalition de l'Europe

Situation en janvier 1805 (côte SHDT : us180501)

Chef de Corps : PETIT Colonel - Infanterie; POUGET Major - Infanterie; COLOMBET Quartier maître trésorier
Conscrits des départements de l'Aveyron des ans XI et XII
Observations : janvier 1805 effectif sous les armes : 2486 Officiers et hommes dont hopitaux 178 hommes
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Dumasbon à Pise et Livourne - Armée d'Italie - troupes francaises en Etrurie - Verdier
2e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Duheim à Pise et Livourne - Armée d'Italie - troupes francaises en Etrurie - Verdier
3e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Thierry à Pise et Livourne - Armée d'Italie - troupes francaises en Etrurie - Verdier
4e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Poisson à Pise et Livourne - Armée d'Italie

 

bouton 62e de lignebouton 62e de ligne
Bouton 62e de LigneBouton 62e de LigneBouton 62e de Ligne
Boutons du 62e de Ligne, communiqués par un de nos correspondants
Autres boutons, communiqués par un autre de nos correspondants - les deux premiers ont un diamètre de 16 mm
bouton 62e de ligne
bouton 62e de lignebouton 62e de ligne
bouton 62e de ligne
Bouton trouvé en Espagne
Bouton gros module 22 mm, attache complète; sur la tranche est visible un petit choc
Bouton gros module

Trois ans à peine de paix générale se sont écoulés, qu'une formidable coalition menace de nouveau la France; presque tous les Etats de l'Europe en font partie. L'Autriche se dispose à envahir l'Italie avec une armée de 100000 hommes, tandis qu'une deuxième armée reçoit la mission d'entrer en Allemagne et d'y attendre les Russes.

Le Major Pouget écrit : "Malgré tous les agréments du séjour de Livourne, nous étions fort préoccupés de la présence de la fièvre jaune qui, quoique moins intense, continuait toujours ses ravages. Mes inquiétudes avaient surtout pour objet la présence de ma femme, qui avait quitté la Lorraine et ses deux fils, les seuls enfants que nous ayons alors, pour venir me rejoindre. Un soir du mois de février 1805, j'étais allé me promener sur la route de Pise, rêvant tristement à la position critique dans laquelle je me trouvais et me demandant si nous reverrions jamais la France. Le temps était fort sombre et en harmonie avec ma situation d'esprit. En rentrant chez moi, je trouvai ma femme au coin de son feu en compagnie d'un chef de bataillon du régiment, M. Duhem, qui me dit: "Arrivez donc, monsieur le colonel, vous vous faites bien attendre ! — Que signifie, lui dis-je, cette plaisanterie et ce titre de colonel ?" Alors ma femme, qui avait un air rayonnant que je ne lui avais pas vu depuis longtemps, m'embrassa en me disant : "Rien n'est plus vrai, vous êtes colonel; le général de division a envoyé son aide de camp pour vous féliciter sur votre nomination au 26e régiment d'infanterie légère en remplacement du prince Bacciochi." Cette bonne nouvelle, arrivée si inopinément, me remplit de joie, et mon bonheur était centuplé par celui de ma femme, qui ne cessait de me répéter: "Mais songez donc à quel point nous sommes heureux ! Vous êtes colonel au moment où vous vous y attendiez le moins; nous allons quitter la peste, revoir la France et embrasser nos enfants !" Je m'assurai d'un voiturier qui avait une bonne berline attelée de deux belles et bonnes mules qui, tout eu allant au pas, nous firent faire de quatorze à quinze lieues françaises par jour.
Ce n'était pas sans quelques regrets cependant que nous nous préparions à quitter le beau ciel de l'Italie, car notre curiosité était loin d'être satisfaite. Nous aurions voulu visiter Rome, Naples, Venise; mais la fièvre jaune nous bloquait à Livourne, et nous ne pûmes mettre à exécution les agréables projets que nous avions formés. J'éprouvai aussi un véritable chagrin de me séparer des amis que j'avais au régiment, dans tous les grades, j'ose le dire. Je m'étais efforcé de rendre justice à chacun et de maintenir une discipline sévère, mais paternelle. Les sous-officiers et les soldats étaient surtout l'objet de mon incessante sollicitude; je veillais à ce qu'ils n'éprouvassent pas de vexations dans leur service, et quand il m'arrivait de les punir, ils n'en conservaient point de rancune, parce qu'ils reconnaissaient qu'ils l'avaient mérité.
Notre voiture devait se compléter de MM. Poisson et Dumasbon, chefs de bataillon au 62e régiment; ils avaient sollicité leur retraite et allaient l'attendre, l'un à Paris, l'autre à Toulouse. Nous quittâmes Livourne dans les premiers jours de mars 1805, menant avec nous le jeune Gérard, mon parent, qui était venu me rejoindre à Pise comme volontaire; je ne voulus pas le laisser isolé dans un corps où il aurait été en butte au colonel, qui se serait vengé sur lui de l'opposition que je lui avais faite. Nous voyageâmes en amateurs, visitant à loisir toutes les villes qui se trouvaient sur notre passage. Je revis Florence, dont on ne se lasse pas d'admirer les monuments. Nous visitâmes en détail le palais Pitti, résidence royale, la galerie de peinture et de sculpture, les ateliers de mosaïque, la cathédrale, le Baptistère et plusieurs autres choses remarquables. Nous continuâmes notre route laissant à notre droite Venise, que nous gémissions de ne pouvoir aller visiter. A notre arrivée au lazaret de Scarica-Lasino, où nous devions nous purifier, nous eûmes le désagrément de ne pas trouver de place; nous fûmes obligés de rétrograder de deux milles pour gagner une pauvre hôtellerie du nom de Pietra Mala, où nous manquions de tout et où nous restâmes huit jours. Nous les mîmes à profit pour parcourir les Apennins. Nous visitâmes "il Monte Fuoco", espèce de volcan sans cratère d'où les flammes sortent par des crevasses et qui ne s'élèvent par un temps serein qu'à un pied du sol, sur un diamètre de douze à quinze, mais qui s'élancent à la hauteur de huit à neuf pieds quand le temps est à la pluie. Il prit fantaisie à Mme Pouget de franchir ce volcan, qui était alors dans son calme, ce qu'elle fit en rétrogradant pour prendre son élan. Nous vîmes aussi, près de là, la fontaine de l'Acqua-Buya,dont l'eau s'enflamme à l'approche d'une lumière. Notre jour d'entrée au lazaret arriva enfin; on nous purifia préalablement ainsi que nos effets; nos purificateurs, revêtus des pieds à la tête d'une robe en toile cirée noire, la tête enveloppée d'un voile épais où des ouvertures étaient pratiquées vis-à-vis des yeux, environnaient des réchauds remplis de charbon enflammés, au-dessus desquels on nous fit passer et repasser, en même temps qu'ils y faisaient jeter des aromates. Cette opération terminée, nous fûmes admis dans l'intérieur d'un ancien couvent où les personnes qui nous avaient précédées à la quarantaine nous fuyaient comme la peste, ce que nous fimes à notre tour pour les personnes admises après nous, car le moindre contact entre les anciens et les nouveaux admis nécessitait inexorablement pour les anciens la reprise de la quarantaine. On nous transmettait nos vivres au bout d'une perche, et ensuite on nous présentait de la même façon un verre de vinaigre dans lequel nous jetions notre argent. Toutes ces précautions faisaient un peu diversion à l'ennui inévitable d'un pareil séjour. Nous avions la liberté de nous promener dans un grand verger où nous avions le spectacle de la purification de tous les nouveaux arrivants. Enfin les portes nous furent ouvertes vingt jours après notre entrée et nous pûmes continuer notre voyage. Nous vîmes dans le plus grand détail les villes de Bologne, Modène, Reggio, Parme, Plaisance, Lodi, Milan, Novare, Verceil et Turin. Je retrouvai à Bologne le général Tholmé, mon ancienne connaissance dans les campagnes sur Trêves, Coblentz et Luxembourg; à Lodi, je trouvai le général Merlin, que j'avais connu pendant que j'étais au 4e régiment en garnison à Nancy, lui colonel du 8e régiment de cuirassiers en garnison à Toul. Nous eûmes grand plaisir à nous revoir. Nous ne manquâmes pas d'aller saluer le pont de Lodi, rendu célèbre par la bravoure et l'intrépidité du général en chef Bonaparte, lors de ses brillantes conquêtes qui amenèrent la paix de Léoben
" ("Souvenirs de guerre du Général Baron Pouget" ("Souvenirs de guerre du Général Baron Pouget", publiés par Mme de Boideffre née Pouget, Paris, Librairie Plon, 1895).

Le 27 mars 1805 (6 germinal an XIII), Napoléon écrit depuis Saint-Cloud au Maréchal Berthier : "... Je passerai en revue dans les dix premiers jours de prairial, dans la plaine de Lonato, les 22e et 23e légers, les 1er, 10e, 106e, 52e, 62e, 101e, 53e de ligne, et les trois régiments italiens. Le général Jourdan formera quatre divisions, chacune de trois régiments; on les cantonnera sur la Chiese et le Mincio ...Vous me ferez connaître également ce qu'il sera nécessaire de donner aux troupes pendant le temps qu'elles seront cantonnées ...
Vous recommanderez bien au maréchal Jourdan que ces mouvements n'aient point l'air de mouvements de guerre. Il ne dégarnira Vérone, Peschiera et Mantoue qu'au moment de la revue. li donnera seulement l'ordre de se mettre en marche au 62e qui est à Livourne, au 53e qui est à Rimini, au 22e qui est à Novare, au 23e qui est à Parme, et aux autres corps qui ont besoin de se rapprocher ...
" (Correspondance de Napoléon, t.10, lettre 8491).

Le plan de Napoléon est arrêté. Comme il n'a pu descendre en Angleterre, i1 dirige la Grande­Armée vers l'Allemagne; cette armée doit refouler les Autrichiens entrés en Bavière et de là marcher sur Vienne. Le commandement de l'Armée d'Italie est donné à Masséna, qui se tiendra sur la défensive ou attaquera, suivant la tournure que prendront les affaires en Allemagne.

En attendant des nouvelles de la Grande-Armée, Masséna rassemble ses troupes entre le Mincio et l'Adige. Il dispose d'environ 40000 hommes, formant 5 Divisions. Lc 62e fait partie, avec le 56e, de la Brigade Digonnet, Division Verdier (2e). Ses 4 bataillons sont présents, son Dépôt est à Parme.

Troupes Françaises en Italie, 1er Thermidor an XIII - 20 juillet 1805 (Nafziger - 805GAB)
1ère Division à Vérone
62e de Ligne : 2250 hommes

Source : Alombert et Colin

 

- Formation des Compagnies de Voltigeurs

La Division Verdier vient cantonner aux environs de Bovolone et Valese. C'est à Bovolone que le Sous­inspecteur aux revues Gavin procède à la formation des quatre Compagnies de Voltigeurs du 62e. La 8e Compagnie de chaque Bataillon, par application du Décret de l'Empereur en date du 2e complémentaire an XIV, devient "Compagnie de Voltigeurs" et est constituée avec les hommes les plus petits et les plus robustes.

Armée d'Italie, 17-18 fructidor en 14 - 6-7 septembre 1805 (Nafziger - 805IBB)
3e Division Verdier
Brigade Zayonchek
62e de Ligne

Source : Gachot

 

- Passage de l'Adige

plaque de giberne ou shako 62e de ligne
plaque de shako 62e de ligne
plaque 62e de ligne
Plaque en cuivre, époque Empire, extraite de la Giberne (11e année, N°12 - Collection du Prince de la Moscowa). Cette plaque est donnée comme étant celle d'une giberne
Dessin de notre ami Didier Davin, qui parle de plaque de shako en usage de 1807 à 1809 (in Le Bivouac 2001/03). Ce dessin est basé sur la plaque donnée par C. Blondieau (Aigles et shakos du 1er Empire), conservée au Musée de l'Armée
Plaque en cuivre jaune, au dessin particulièrement rustique. On remarquera les deux ouvertures de part et d'autre de la tête de l'aigle, destinées à fixer la plaque. Ces ouvertures sont absentes sur le dessin de la Giberne.

Les deux armées occupent chacune une rive de l'Adige; 40000 Français et 83000 Autrichiens vont en venir aux mains. Masséna, apprenant la marche rapide de l'Armée d'Allemagne, se résout à prendre l'offensive et à traverser l'Adige à Vérone. La Division Verdier reçoit l'ordre d'exécuter une diversion à droite, tandis qu'une partie des troupes forcera le passage.

Armée d'Italie, 12 octobre 1805
Commandant en Chef : Masséna
2e Division Verdier
2e Brigade
62e de Ligne, 3 Bataillons, 1874 hommes

 

Armée d'Italie, 18 octobre 1805 (Nafziger - 805JBG)
Commandant en Chef : Masséna
Aile droite : 2e Division Verdier
2e Brigade : Digonnet
62e de Ligne, 4 Bataillons

Dans la nuit du 18 au 19 octobre, les troupes impatientes commencent les mouvements indiqués : Verdier s'empare de tous les moulins flottants situés sur l'Adige, en forme un pont sur lequel passent deux Régiments d'infanterie, qui engagent avec l'ennemi une vive fusillade. Pendant cc temps le passage du fleuve est forcé à Vérone et, après une lutte qui dure jusqu'au soir, l'armée française occupe la rive gauche de l'Adige. L'ennemi a perdu près de 2000 hommes et 7 canons; quant à nous, nos pertes sont peu importantes (450 hommes).

Une sorte de trêve de dix jours suit ce coup de force. L'armée la met à profit pour se fortifier dans les positions conquises.

Armée d'Italie, 1er Brumaire an XIV - 23 octobre 1805 (Nafziger - 805JBH)
Commandant en Chef : Masséna
Aile droite : 2e Division Verdier
2e Brigade : Brun
62e de Ligne, 4 Bataillons, 1438 hommes

Source : Gachot ; une autre situation (Nafziger - 805JBK) indique un effectif de 1428 hommes

 

- Bataille de Caldiero (29 octobre)

Sous officier 62e de Ligne voltigeur 62e de ligne
Fig. 1 Sous officier en 1807-1808, d'après Didier Davin (in Le Bivouac N°03 de 2001)
Fig. 1bis Voltigeur, même époque; figurine de Didier Davin

Après leur échec du 19, les Autrichiens se sont fortement retranchés sur les hauteurs de Caldiero. Le 29 octobre Masséna se dispose à enfoncer le centre ennemi, tourner sa gauche et la culbuter dans les marais d'Arcole. La Division Verdier engage une vive fusillade entre Ronco et Albaro, d'une rive à l'autre de l'Adige; elle atteint ainsi le but qu'on lui a assigné, car les Autrichiens n'osent pas dégarnir leur gauche. Le lendemain la lutte recommence, acharnée. La Division Verdier, qui doit passer l'Adige à Perzacco au point du jour et forcer la gauche de l'ennemi, ne peut le faire, faute de matériaux. A force de recherches on finit par trouver quelques poutrelles pour la construction d'un pont, mais il est impossible de déboucher devant les forces par trop supérieures de l'ennemi. Verdier remonte alors vers Zevio, où le Général Brun embarque le 62e, qu'il a ordre de diriger sur Perzacco. Le 62e s'élance sur la colonne autrichienne du Général Nordman, établie dans de fortes positions, mais il est obligé de reculer.

Le Sous-lieutenant Marchal, qui se trouve en avant avec les Tirailleurs du Régiment, est blessé de deux coups de feu, l'un à l'épaule et l'autre au bras. Il se dirige sur son Bataillon dans l'intention de se faire relever, mais à peine l'a-t-il rejoint qu'animé par un courage vraiment héroïque il revient à son premier poste et là il reçoit à la jambe droite un troisième coup de feu qui le met définitivement hors de combat.

Le Général Brun, lui aussi, est blessé mortellement; heureusement des renforts nous arrivent, les Autrichiens sont abordés à la baïonnette et culbutés, beaucoup sont faits prisonniers. Au centre et à gauche, après diverses alternatives de revers et de succès, nous restons maîtres du champ de bataille. Cette journée sanglante a vu tomber de chaque côté environ 6000 hommes.

Selon Martinien, ont été blessé le 30 octobre lors du passage de l'Adige devant Vérone, le Chef de Bataillon Donnat, le Capitaine Dupont et le Sous lieutenant Humbert.

Le lendemain, dans le but de concentrer les troupes pour recommencer la lutte, la Division Verdier reçoit l'ordre de rejoindre le gros de l'armée à Caldiero. Un fort détachement ennemi, qui essaye d'entraver ce mouvement, est rudement attaqué à Gombione par notre Division et obligé de se retirer. Le Général Verdier est blessé. Au 62e, le Capitaine Antoine est tué; les Sous lieutenants Derbergues et Marchal sont blessés (Martinien).

Le 30 octobre le Sergent Fontenay montre beaucoup de zêle et de courage. "Chargé par 7 ou 8 grenadiers hongrois i1 parvint à les disperser en les bourrant avec le bâton de son drapeau".

Le Sergent Veret donna les preuves d'un courage exemplaire, "en restant toujours à la tête des tirailleurs et les excitant par ses paroles à foncer sur l'ennemi, ce qui il exécuta lui-même plusieurs fois".

Le 31 octobre, toujours devant Caldiero, le Sous lieutenant Mousset est tué; le Lieutenant Seigneurie est blessé (Martinien).

L'Archiduc Charles vient de recevoir de mauvaises nouvelles d'Allemagne, i1 ordonna la retraite et décide d'aller couvrir la Hongrie. L'armée française le poursuit aussitôt et, après divers engagements avec les arrière-gardes ennemies, elle arrive tout entière sur le Tagliamento le 11 novembre.

 

- Blocus de Venise (novembre 1805)

Les Autrichiens, en se retirant, ont jeté une forte garnison dans Venise. Le 62e, toujours placé dans la Division Verdier, fait alors partie du Corps commandé par Gouvion-Saint-Cyr, formé le 16 novembre pour faire le blocus de Venise.

Quelques jours après le Lieutenant Carmantrand est envoyé avec 8 Voltigeurs du 62e pour surprendre un poste autrichien sur le canal de Venise; il déploie, en cette occasion, tant de courage et de bravoure qu'il réussit à faire prisonniers l'Officier et 21 soldats du poste ennemi.

Le 23, un détachement de la Division contribue, à Castelfranco, à l'anéantissement de Rohan, descendu du Tyrol avec une colonne de 10000 hommes pour se jeter dans Venise.

Dans cette affaire le Lieutenant Béné, suivi du Sergent Gentilhommne, du Caporal Cruel et du Fusilier Oivel, fonce sur un groupe d'Autrichiens avec une intrépidité telle qu'il contraint 2 Officiers et 40 hommes à déposer les armes. Martinien donne à la date du 24 un combat de Castel-Franco, au cours duquel le Lieutenant adjudant major Georges, et le Sous lieutenant Touret sont blessés.

Armée française d'Italie (8e Corps de la Grande Armée) - 2 décembre 1805 (Nafziger - 805LCQ)
Commandant : Masséna
2e Division Verdier
Brigade Herbin : 62e de Ligne, 3 Bataillons, 1306 hommes

Sources : Liskenne & Sauvan, "Bibliothèque Historique et Militaire dédiée à l'Armée et à la Garde nationale de France", Paris, 1853

 

Corps de Saint Cyr - 11 décembre 1805 (Nafziger - 805LCM)
Division Reynier
Brigade Herbin : 62e de Ligne, 1351 hommes

Sources : Saint Cyr ?

Pendant le blocus de Venise l'Armée d'Italie prend ses cantonnements, tout en gardant le contact avec l'armée autrichienne en retraite sur la Drave. Cet arrêt est nécessité par un nouveau danger qui vient d'éclater dans le sud de l'Italie. Le roi de Naples, après avoir signé un traité de neutralité, a enfin levé le masque et un corps de 20000 Anglo­Russes a débarqué dans l'intention de se joindre à 40000 Napolitains, puis de menacer les derrières de l'armée française. La Division Verdier reçoit aussitôt l'ordre de quitter les environs de Venise et de se rendre à Livourne. Entre temps la bataille d'Austerlitz s'est donnée, un armistice a été conclu et la paix avec l'Autriche signée le 26 décembre à Presbourg.

Forces françaises au siège de Venise - 31 décembre 1805 (Nafziger - 805LCO)
Commandant général : Pino
1ère Division Partounneaux
Brigade Digonet (à Mestre) : 62e de Ligne, 1740 hommes

Sources : Saint Cyr

La campagne de l'Armée d'Italie est terminée, les troupes de Masséna ont puissamment contribué au succès de l'Armée d'Allemagne en combattant un ennemi de beaucoup supérieur en nombre et commandé par un des premiers Généraux de l'époque.

 

b/ Campagne de l'Armée de Naples (1806-1808)

Situation en janvier 1806 (côte SHDT : us180601 4C105)

Chef de Corps : PETIT Colonel - Infanterie; POUGET Major - Infanterie; COLOMBET Quartier maître trésorier
Conscrits des départements de l'Aveyron des ans XIII
Garnison - Dépôt à Legnago
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Dumasbon à Mestre - Armée d'Italie - troupes francaises - 1ère Division Parthonnaux - 1ère Brigade Digonnet
2e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Donna à Mestre - Armée d'Italie - troupes francaises - 1ère Division Parthonnaux - 1ère Brigade Digonnet
3e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Duheim à Mestre - Armée d'Italie - troupes francaises - 1ère Division Parthonnaux - 1ère Brigade Digonnet
4e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Thierry

Observations : janvier 1806 effectif des 1er, 2e, 3e Bataillons : sous les armes 86 Officiers, 1668 hommes, 28 chevaux - hopitaux 5 Officiers, 545 hommes - prisonniers de guerre 16 hommes

Débarrassé de l'Autriche, Napoléon forma aussitôt une armée dans le but de punir le roi de Naples de sa défection. Le commandement en est donné à Masséna; celui-ci réunit la Division Verdier, dont le 62e fait toujours partie, à l'ancienne Armée de Naples. L'ardeur des troupes, divisées en trois Corps, ne se dément pas un seul instant, malgré la fatigue produite par d'interminables marches.

Armée de Naples - 1er février 1806 (Nafziger - 806BAA)
Commandant en Chef : Joseph, Roi de Naples
Corps du centre : Masséna
Division Verdier
62e de Ligne, 1648 hommes

Réserve de Grenadiers : Général de Division Gardanne
6e Bataillon : 4èmes Compagnies du 62e de Ligne

Le 8 février 1806 le mouvement en avant commence; le 12 est signée la convention de Capoue, remettant toutes les places fortes du royaume entre les mains des Français; le 15 le Roi Joseph entre dans la capitale. Le Roi Joseph prend le commandement en chef des troupes; la Division Verdier fait partie du premier Corps, qui est donné à Masséna. Ce dernier reçoit la mission de pacifier les environs de Naples, tandis que les deux autres Corps se rendent dans le sud.

Armée de Naples - 21 février 1806 (Nafziger - 806BAB)
Commandant en Chef : Joseph, Roi de Naples
1er Corps : Masséna
Sous le Général Gardanne : 62e de Ligne, 1696 hommes

 

- Siège de Gaëte (février-juillet 1806)

Une seule place forte ne s'est pas rendue : Gaëte. Cette ville se trouve dans une position presque inexpugnable. Située à 1'extrémité d'un isthme, elle est défendue du côté de la mer par des murailles bastionnées, deux vieux châteaux et le roc taillé à pic. Elle l'est vers la terre par trois étages de fortification, partie bastionnéé, partie angulaire, sur le revers d'une montagne volcanique.

Son Gouverneur, le Prince de Hesse, reçoit à coups de fusil les envoyés français, et, après divers pourparlers, il se prépare à faire une résistance à outrance. La garnison comprend 6000 hommes, dont beaucoup de bandits à qui on a promis la vie sauve.

Le 62e est détaché, vers le milieu de février, pour faire le blocus de la place. Jusqu'au 10 mars il est le seul corps employé aux premiers préparatifs du siège avec trois Compagnies d'Artillerie, 90 Sapeurs ou Mineurs et une Compagnie du 30e Dragons. Quelques pièces seulement sont d'abord mises en batterie du côté de la mer pour tenir éloignées les chaloupes canonnières ennemies.

Situation en mars 1806 (côte SHDT : us180603)

Chef de Corps : PETIT Colonel - Infanterie; CASTELLAN Major - Infanterie; COLOMBET Quartier maître trésorier
Conscrits des départements de l'Aveyron de l'an XIII
Garnison - Dépôt à Mantoue
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Dumasbon à Saint Germain et environs - Armée de Naples
2e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Donna à Avelino et environs - Armée de Naples
3e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Duheim à Cesene - Armée d'Italie
4e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Thierry à Cesene - Armée d'Italie

Le 10 mars, le 10e d'Infanterie renforce le 62e; à ce moment on dispose d'une vingtaine de pièces contre les 100 canons que l'ennemi peut faire jouer; ainsi tout contribue à retarder le siège : le peu de matériel, le mauvais temps ainsi que les ménagements pour les habitants. Le 23 mars le Capitaine Ducommun est blessé (Martinien). Le 28, c'est au tour du Lieutenant Seigneurie (Martinien).

Jusqu'au 20 avril la place fait un feu extrémement violent; le 16 elle tire 1100 coups de canon, auxquels nous ne pouvons encore répondre. Le 26 avril, le Sous lieutenant Chardonnet est blessé aux avant-postes (Martinien). Le 5 mai, le Sous lieutenant Henry est blessé (Martinien).

Le 13 mai 1806, le Régiment passe sous le commandement du Colonel
Bruny.

BRUNY Jean-Baptiste

Né à Lyon le 18 novembre 1769. Engagé volontaire au Régiment de Lyonnais (Infanterie) le 6 juin 1785. Caporal le 1er septembre 1789. Caporal-fourrier le 1er avril 1791. Sergent le 28 avril 1792. Sergent-major le 26 mai 1792. Quartier-maître le 1er septembre 1792. Capitaine à l'élection le 12 janvier 1794. Passé à la 34e Demi-brigade d'Infanterie de Ligne le 21 mai 1794.

Agent supérieur chargé de l'incorporation des réquisitionnaires à l'Armée du Rhin-et-Moselle le 18 juillet 1795. A cessé ses fonctions le 28 septembre 1795. Nommé Chef de Bataillon à la 89e Demi-brigade le 28 septembre 1795. Passé à la 90e Demi-brigade le 25 novembre 1798. Passé à la suite de la 89e le 5 août 1799. Colonel provisoire à Saint-Domingue par le Capitaine général Rochambeau le 14 septembre 1803. Prisonnier de guerre à Saint-Domingue le 12 janvier 1804. Rentré en France le 18 septembre 1804. Colonel provisoire au 82e Régiment le 17 décembre 1804. Colonel titulaire du 62e Régiment pour prendre rang du 14 septembre 1803 le 13 mai 1806.

Général de Brigade employé au camp de Boulogne le 6 août 1811. Employé au Corps d'observation de l'Océan 9 janvier 1812. Employé au 3e Corps de la Grande-Armée en février 1812. Commandant la place de Spandau le 3 mars 1813. Employé au 1er Corps de la Grande-Armée le 25 décembre 1813. Employé dans la 23e Division Militaire le 27 août 1814. S'est démis de son commandement le 21 avril 1815. Mis à la disposition du Général en chef de l'Armée du Rhin le 10 juin 1815. Relevé de la retraite et mis à la disposition du Gouverneur de la 23e Division Militaire le 16 mars 1816.

Mis en non-activité le 23 décembre 1816. Commandant provisoire de la 17e Division le 6 mai 1818. Compris en qualité de commandant de la 17e Division militaire dans le cadre de l'Etat-major général de l'armée le 30 décembre 1818.

Mis en disponibilité le 9 décembre 1820. Commandant la 1re subdivision de la 21e Division Militaire le 14 avril 1821. Commandant la subdivision des Pyrénées-Orientales le 26 février 1823. Employé à la 8e Division militaire du 3e Corps de l'Armée des Pyrénées le 4 avril 1823. Disponible le 23 décembre 1823. Commandant la 1re subdivision de la 21e Division Militaire le 22 janvier 1824. Commandant la 2e subdivision de la 14e Division Militaire (Manche) le 17 décembre 1828. Commandant la 2e subdivision de la 21e Division Militaire (devenue 15e) le 19 août 1829. Disponible le 19 août 1830. Compris comme disponible dans le cadre d'activité de l'Etat-major général le 22 mars 1831. Retraité par ancienneté de service par ordonnance du 11 juin 1832.

Campagnes et blessures :
- 1792, 1793, 1794, Armée du Rhin.
- 1795, 1796, Armée du Rhin-et-Moselle.
- 1797, 1798, 1799, Armée du Rhin.
- 1800, 1801, Batavie.
- 1802, 1803, 1804, Saint-Domingue et captivité.
- 1806, Armée d'Italie et de Naples.
- 1807, 1808, 1809, 1810, Armée de Naples.
- 1811, Armée du camp de Boulogne.
- 1812, Armée de Russie. Blessé le 7 septembre 1812, à la Moscowa.
- 1813, Armée de Saxe.
- 1814, Armée de Corse.
- 1815, Armée de France.
- 1823, Armée des Pyrénées.

Décorations : Chevalier de la Légion d'Honneur le 4 janvier 1806. Officier de la Légion d'Honneur le 23 octobre 1808. Commandeur de la Légion d'Honneur le 2 septembre 1812. Grand-officier de la Légion d'honneur le 1er mai 1821. Chevalier de Saint-Louis le 20 aoùt 1814. Commandeur le 23 mai 1815. Baron de l'Empire en 1809.

 

Situation en mai 1806 (côte SHDT : us180605)

Chef de Corps : BRUNY Colonel - Infanterie; CASTELLAN Major - Infanterie; COLOMBET Quartier maître trésorier
Conscrits des départements de l'Aveyron de l'an XIV
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Dumasbon devant Gaëte - Armée de Naples
2e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Donna devant Gaëte - Armée de Naples
3e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Duheim devant Gaëte - Armée de Naples
4e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Thierry à Iviala - Armée d'Italie

Le 14 mai est jour de tranchée pour le Régiment, un Bataillon fait le service. Le lendemain matin ce bataillon se retire comme cela était convenu, l'ordre de rester dans la tranchée ne lui étant pas arrivé; toutefois, il laisse au centre 100 hommes afin de parer à toute éventualité. Dans la nuit l'ennemi s'est décidé à faire une sortie; après s'être entendus avec une frégate napolitaine et. 4 canonnières; 500 Napolitains débouchent tout à coup dans le boyau de droite, enclouent 4 canons, tandis qu'une grêle de boulets couvre nos retranchements. Heureusement les 100 hommes du 62e, commandés par le Colonel Lazouski, font bonne contenance et, aidés par 25 Corses, ils tiennent l'ennemi en respect pendant un quart d'heure. Cette résistance permet au Bataillon corse et au Bataillon noir de se rassembler, l'ordre se rétablit et l'ennemi, quoique favorisé par le feu de ses canonnières, est obligé de se retirer non sans laisser entre nos mains une cinquantaine de Napolitains. Nous avons une dizaine de morts et une trentaine de blessés. Martinien indique à la date du 15 mai le Capitaine Morizot, tué et le Capitaine Deplaigne, blessé; le Sous lieutenant Mereau blessé le 19; les Capitaines Barrey et Rottmann, blessés le 22; le Sous lieutenant Tarnier le 23; et le Capitaine Petit, blessé et mort le 26.

Troupes employées au siège de Gaëte - 16 mai 1806 (Nafziger - 806BAB)
Commandant en Chef : Général Gardanne
62e de Ligne, 1555 hommes

Chaque jour le feu de la place atteint quelques-uns des nôtres. Ainsi, le 4 juin, le Lieutenant Pfau est tué (Martinien). Le 16, le Capitaine Régnier est blessé (Martinien). Le 29, sont blessés les Capitaines Monneret et Deplaigne, le Lieutenant Fauchier et le Sous lieutenant Degodchard (Martinien).

Armée de Naples - 30 juin 1806
Commandant en Chef : Joseph, Roi de Naples
1er Corps : Masséna62e de Ligne, 1567 hommes

Bientôt les pluies continuelles, la fatigue, le manque de subsistances augmentent le nombre des victimes dans une proportion inquiétante, mais les soldats du 62e savent braver les dangers et les fatigues avec autant de valeur que, six ans auparavant, leurs camarades de Gênes. Ils ont certainement une large part de gloire dans ce siège pénible, car le Régiment y assiste depuis le commencement jusqu'au jour de la capitulation. Celle-ci est proche; malgré les renforts jetés par les frégates anglaises, entre autres mille forçats arrivés de Palerme le 14 juillet, Masséna décide de faire donner l'assaut.

Situation en juillet 1806 (côte SHDT : us180607)

Chef de Corps : BRUNY Colonel - Infanterie; CASTELLAN Major - Infanterie; COLOMBET Quartier maître trésorier
Conscrits des départements de l'Aveyron de l'an XIV
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Dumasbon devant Gaëte - Armée de Naples
2e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Donna devant Gaëte - Armée de Naples
3e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Duheim à Imola - Armée d'Italie
4e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Thierry à Imola - Armée d'Italie

Le 6 juillet, les feux d'attaque ont commencé, les troupes françaises viennent d'être portées à 9000 hommes; le même jour, le Lieutenant Relongue est blessé(Martinien). Le 7, les Capitaines Vincent et Deschamp sont tués (Martinien). Le 18 les colonnes sont formées, les soldats frémissants voient enfin arriver le terme de leurs souffrances, l'assaut va être donné, lorsque les assiégés demandent à capituler. Une convention est signée dans la nuit et à 5 heures du matin les troupes françaises prennent possession de la place.

 

- Formation de la Garde du Roi Joseph

Joseph, frère de Napoléon, à peine monté sur le trône de Naples, désire avoir une Garde personnelle. En infanterie elle doit être forte de deux Régiments de Grenadiers et Voltigeurs, chacun de deux Bataillons à huit Compagnies. Pour arriver à la constitution de ce nouveau Corps, on enlève à chacun des beaux Régiments qui se trouvent alors dans le sud de l'Italie une Compagnie de Grenadiers et une de Voltigeurs. C'est ainsi que le 62e, déja fort appauvri en hommes et en cadres par la dernière campagne sur l'Adige et le siège de Gaëte, se voit enlever une partie de ses éclaireurs et de sa réserve : 206 hommes et Officiers entrent dans la Garde royale à Naples, au moment où le Régiment va être envoyé dans les Calabres pour continuer une guerre ingrate. Le commandement du Régiment de Voltigeurs est donné au Major Donat, du 62e, nous dit l'historique régimentaire. En réalité, le 14 juillet 1806, le le Ministère de la Guerre du roi Joseph écrit à Berthier, Ministre de la Guerre : "Monseigneur, j'ai l'honneur de prévenir V. A. que sa majesté, par différents décrets rendus le 11 de ce mois, a nommé das le régiment des grenadiers à pied de sa garde :
... Chefs de bataillon
monsieur Donna, chef de bataillon du 62ème, l'un de ses Aides de camp ...
Le général de division ministre de la guerre Dumas
" (P. Quentin : "Français au service de Naples", t.1. - SHD cote XP1d).

Le 4 août 1806, le Roi de Naples décrète : "... Sont nommés dans le régiment des grenadiers de notre garde.
... Lieutenant, monsieur ... Maingarnaud, lieutenant au 62ème régiment d'infanterie ...
" (P. Quentin : "Français au service de Naples", t.1. - SHD cote XP1d).

Le 8 août 1806, le Colonel du 62e de Ligne adresse depuis Naples au Ministre de la guerre une lettre : "Monseigneur, j'ai l'honneur de vous adresser copie des deux lettres du chef de l'état-major en date des 21 juillet et 1er août et copie d'un ordre de monsieur le général de division Mathieu du 28 juillet, conformément à la première lettre trois officiers ont été désignés pour faire partie de la dite garde, le 31 juillet, ainsi que 102 sous-officiers et grenadiers, il y en a (?) passé 103 (P. Quentin : "Français au service de Naples", t.1.).

Le 10 septembre 1806, le Roi de Naples décrète : "... Sont nommés dans le régiment des grenadiers de notre garde.
A l'emploi de chef de bataillon monsieur Monneret, capitaine au dit régiment sortant du 62ème régiment d'infanterie ...
" (P. Quentin : "Français au service de Naples", t.1. - SHD cote XP1d).

Il serait injuste de laisser partir ces braves sans dire un mot de ce qui leur advint dans la suite.

Le 7 juillet 1808, tous les Corps de la Garde sont dédoublés et la partie la plus vigoureuse se rend en Espagne où elle prend part, comme réserve, à toutes les opérations qui ont lieu depuis la bataille de Talaveyra jusques et y compris la tentative faite pour débloquer Pampelune à la fin de 1813. Les Grenadiers et Voltigeurs sont alors incorporés dans des Régiments de l'Armée des Pyrénées, les cadres sont envoyés à Paris pour contribuer à la formation des 13e et 14e Régiments de Tirailleurs de la Jeune Garde. La partie restée à Naples prend part à l'expédition de Caprée en 1808, aux opérations de 1809 en Allemagne et de 1812 en Russie. En 1814, le Roi de Naples, Murat, s'étant déclaré contre Napoléon, la grande majorité des Officiers français quitte l'Italie et vient à Fontainebleau se mettre à la disposition de l'Empereur.

 

- Envoi des 3e et 4e Bataillons dans la Haute-Italie

Après la chute de Gaëte, le Régiment est divisé en deux parties : tandis que les 1er et 2e Bataillons restent à l'Armée de Naples, les 3e et 4e sont envoyés à Césène comme troupes d'occupation. Par suite de l'organisation du 18 février 1808, 11 Officiers de ces deux Bataillons passent dans divers Régiments le 1er juillet.

 

- Formation du 5e Bataillon

Ce même jour, il est formé à Marseille un 5e Bataillon, dit de Dépôt, composé de quatre Compagnies de Fusiliers, une de Grenadiers et une de Voltigeurs. Ces deux dernières sont détachées à Rome (Division Miollis) le 1er octobre 1808.

 

- Dislocation d'une partie du 4e Bataillon

Le 1er juillet, à Césène, la 3e Compagnie du 4e Bataillon passe au 1er de Ligne, à Bayonne. La 4e Compagnie au 16e à Toulon. La 5e Compagnie au 5e à Chambéry. La 6e Compagnie au 102e à Bologne. La 7e Compagnie au 22e à Bologne. La 8e Compagnie au 23e à Mondovi. Le reste de ce Bataillon est détache le 1er octobre à Viterbe.

 

- Opérations en Calabre

Pendant le siège de Gaëte, un Corps de 10000 Anglais a débarqué à Santa Euphemia et repoussé le Général Reynier. La nouvelle de cet échec, répan­ due immédiatement dans les Calabres, y attise encore plus que jamais le feu de l'insurrection.

Le 31 juillet les Calabres sont déclarées en état de guerre. Le 1er août, Masséna prend avec lui 6000 hommes et court rejoindre Reynier; le 62e fait partie de cette expédition. Le 8 août, Lauria, où se sont réfugiés 6000 insurgés, est emportée d'assaut et, afin de punir la rébellion, cette ville est livrée aux flammes.

A partir de ce moment et pendant le reste de l'année 1806 et l'année 1807, les troupes françaises ont à soutenir contre les insurgés, unis aux Anglo-Napolitains, une guerre qui, sans donner lieu des engagements importants, n'en est pas moins difficile par les dangers que courrent nos détachements et les fatigues exceptionnelles que les combats de tous les jours leur font éprouver.

Situation en octobre 1806 (côte SHDT : us180610)

Chef de Corps : BRUNY Colonel - Infanterie; CASTELLAN Major - Infanterie; COLOMBET Quartier maître trésorier
Conscrits des départements de l'Aveyron - du Finistère - du Lot de 1806

1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Duportail à Naples - Armée de Naples
2e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Duheim à Naples - Armée de Naples
3e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Thierry à Imola - Armée d'Italie
4e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lamotte à Imola - Armée d'Italie

 

- Prise de Scylla (17 février 1807)

Un des principaux faits d'armes auxquels le 62e prend part est le siège de Scylla, dont les différentes phases fournissent aux vétérans du Régiment l'occasion de montrer leur résolution et leur courage.

Le 27 janvier 1807, 600 hommes, moitié Anglais, moitié brigands, débarquent à Canatello et se mettent en marche dans le but d'attaquer, à la pointe du jour, Campo, que défend une Compagnie de Voltigeurs du 62e et de Chasseurs, commandés par l'Adjoint à l'Etat-major Livron. La tentative n'est pas heureuse, car, mis en complète déroute, l'ennemi est poursuivi jusqu'à la mer; une partie se noie en cherchant à gagner les barques, le reste est fait prisonnier.

Le 30 janvier, quatre chaloupes canonnières et deux bâtiments de transport armés sont attaqués à Rentinelle par quelques Grenadiers du 62e et une Compagnie de Voltigeurs du 1er. Les Grenadiers du 62e se jettent à l'eau, abordent les canonnières, les forcent à se rendre et les amènent à la côte; les prisonniers sont ensuite conduits à Monteleone.

Enfin, le 17 février, la ville de Scylla est prise d'assaut; nos troupes entrent à midi dans le fort où l'ennemi a abandonné 12 pièces de divers calibres, 2 mortiers, 2 obusiers, 2 caronades et des magasins assez bien fournis. Pendant l'évacuation du fort, les Anglais perdent beaucoup de leurs hommes, plusieurs barques, chargées dc troupes, ayant été coulées bas. La prise de Scylla met fin à l'insurrection des Calabres. A partir de ce moment nous n'avons plus à combattre que des bandes de brigands, assez dange­ reuses il est vrai.

Le 3 mars 1807, le Sous lieutenant Resnier se noit au cours d'une expédition sur Capri (Martinien).

Le 23 mars, le Capitaine Ducommun parvient, par son activité et sa bravoure, à seconder de la manière la plus efficace le Chef d'Escadron de Gendarmerie Bonelly dans une affaire qui a lieu au pont de Santa Oliva contre des brigands, à la tête desquels se trouve Fra-Diavolo.

Emplacement des troupes de l'Empire français à l'époque du 1er avril 1807
Numéros des Régiments, et noms des Colonels
Majors, Chefs de Bataillon et Quartiers-maîtres
Numéro des Bataillons
Emplacement, et conscription de l'an 1807
Division Militaire
62e Bruny

Castellan
Duheim
Thierry
Duportail
Lamote
Colombet

Major
1er
2e
3e
4e
Quartier-maître


A Naples, Armée de Naples
A Naples, Armée de Naples
A Mantoue, Italie
A Mantoue, Italie
Conscrits de l'Aveyron et de l'Ain

 

Situation en juillet 1807 (côte SHDT : us180707 4C98)

Chef de Corps : BRUNY Colonel - Infanterie; CASTELLAN Major - Infanterie; COLOMBET Quartier maître trésorier
Conscrits du département de l'Aveyron de l'an XIV
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Duheim à Naples - Armée de Dalmatie
2e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Thierry à Naples - Armée de Dalmatie
3e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Duportail à Villafranca - Armée d'Italie - 4e Division Souham - 2e Brigade Teste
Observations : juin 1807 sous les armes : 21 Officiers, 618 hommes - hopitaux 20 hommes
4e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lamotte à Cesena - Armée de Dalmatie - 2e Division des Dépôts
- Armée d'Italie - Division de Grenadiers - Duhesme
Observations : les Grenadiers des 20e, 29e, 52e, 62e, 101e, 102e de Ligne forment le 4e Régiment de la Division de Grenadiers sous les ordres de Castellan Major du 62e - Adjoint Lammote Chef de Bataillon au 62e - juin 1807 sous les armes : 5 Officiers, 177 hommes - hopitaux 21 hommes

Le 18 juin 1807, le Lieutenant Rougemont est tué au cours d'une affaire à Rivello en Calabre (Martinien).

Situation en octobre 1807 (côte SHDT : us180710)

Chef de Corps : BRUNY Colonel - Infanterie; CASTELLAN Major - Infanterie; COLOMBET Quartier maître trésorier
Conscrits des départements de l'Aveyron - du Finistère - du Lot de 1806
- Armée d'Italie - Division de Grenadiers - Duhesme
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Duheim à Naples - Armée de Dalmatie
2e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Thierry à Naples - Armée de Dalmatie
3e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Duportail à Imola - Armée d'Italie - 4e Division Souham - 2e Brigade Teste
4e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lamotte à Imola - Armée de Dalmatie - 2e Division des Dépôts

Le 7 février 1808, le Sous lieutenant Toillon est blessé au cours d'un combat devant Scylla (Martinien). Le lendemain, toujours devant Scylla, le Capitaine Laurent (ou Lament Paul) est tué, le Lieutenant Dantenis (ou Danteis Pierre) blessé et mort le 10 (Martinien).

Le 25 mars 1808, le Capitaine Ducommun est blessé par des brigands au pont de Santo Olivo. Le 8 juin, étant à la poursuite de Brigands en Calabre, le Lieutenant Fabre est blessé.

Murat dans une lettre datée du 22 juin 1809, relate une bataille navale au cours de laquelle des Grenadiers du 62e de Ligne auraient pris part. Ces derniers auraient balayé les ponts des navires ennemis d'un feu nourri. Au cours de ce combat, un Capitaine du 62e aurait été blessé.

 

bbis/ Espagne 1808

Forces françaises envoyées en Espagne, juin, juillet, août 1808 (Nafziger - 808HSAN)
Division : Général de Division Reille
1er Bataillon provisoire (560 hommes) : éléments du 62e de Ligne

 

c/ Campagne de 1809

- Formation de l'Armée d'Italie

Napoléon vient de commencer une guerre malheureuse et pénible en Espagne, lorsque l'Autriche croit l'occasion favorable de se venger de ses désastres de 1805.

Napoléon, le 16 mars 1809, écrit depuis Paris au Prince Eugène :
«A Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, à Milan.
Mon Fils, le 23e léger, qui était en Toscane, a dû y arriver fort de 600 hommes; il doit avoir reçu 300 hommes; 300 hommes partant vers la fin de mars du Piémont pour le joindre; ce qui portera ces deux bataillons à 1,200 hommes. Le 22e léger, qui est à Ancône, a dû recevoir 800 hommes; 200 hommes vont partir pour le rejoindre; ces deux bataillons seront donc au complet de 1,600 hommes. Ainsi, au premier événement, ils pourront entrer en ligne. Le 52e va recevoir 300 hommes qui partent de Gênes, le 102e recevra 200 hommes; le 29e de ligne, 100 hommes. Mon intention est donc que la division Miollis vienne à être composée : de quatre bataillons du 62e, 3,000 hommes; de quatre bataillons du 23e léger, 3,000 hommes; de deux bataillons du 22e léger, 1,500 hommes; du 4e bataillon du 101e, 700 hommes; du bataillon du 11e léger, 1,100 hommes, et du bataillon du 6e de ligne, 1,200 hommes; ce qui formerait une division de 10 à 11,000 hommes de très bonnes troupes
».

Le même jour, toujours depuis Paris, l'Empereur écrit au Général Clarke, Comte d'Hunebourg, Ministre de la Guerre, à Paris : "Monsieur le Général Clarke, donnez ordre au roi de Naples de faire partir de Naples le général de brigade Valentin avec les demi bataillons du 23e léger, forts de 1,500 hommes; les trois bataillons du 62e de ligne, forts de 2,200 hommes; six pièces d'artillerie servies par une compagnie d'artillerie française, et attelées, s'il n'y a pas assez d'attelages français, par des attelages napolitains; et un bataillon entier du régiment de la Tour d'Auvergne ou d'Isembourg, fort de 800 hommes; total de la brigade française, 4,600 hommes, en recommandant que les compagnies de grenadiers et voltigeurs et les chefs de bataillon se trouvent à tous ces régiments. Un des deux régiments d'infanterie napolitains et deux escadrons de cavalerie napolitains, formant 300 hommes à cheval, partiront avec cette brigade sous les ordres d'un adjudant commandant et en feront partie. Un officier supérieur et un capitaine d'artillerie, deux officiers du génie et deux commissaires des guerres y seront attachés. Cette brigade, forte de 6 à 7,000 hommes, devra être rendue à Rome cinq jours après la réception du présent ordre, c'est-à-dire dans les premiers jours d'avril".

Le lendemain 17 mars 1809, toujours depuis Paris, Napoléon écrit à Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, à Milan : "Mon Fils, j'ai ordonné que le général de brigade Valentin partit de Naples pour se rendre à Rome avec les 2 bataillons du 23e léger, forts de 1,500 hommes; les 3 bataillons du 62e de ligne, forts de 2,200 hommes; un bataillon d'Isambourg ou de la Tour d'Auvergne, fort de 800 hommes; 6 pièce d'artillerie, servies par une compagnie d'artillerie française; un régiment napolitain de 1,500 à 1,800 hommes; un escadron napolitain de 300 chevaux; ce qui fera une brigade de prés de 7,000 hommes. Cette brigade devra être rendue à Rome le 1er avril et sera sous les ordres du général Miollis. Vous ordonnerez au 4e bataillon du 62e, qui doit être à Rome, de se réunir aux trois premiers bataillons; ce qui fera un beau régiment de 4 bataillons et au complet de près de 3,000 hommes".

En avril 1809, deux armée autrichiennes attaquent, en l'Allemagne et l'Italie. La Grande Armée, rassemblée immédiatement en Bavière, va être conduite de victoire en victoire par l'Empereur lui-même jusqu'à Vienne.

En Italie, l'Archiduc Jean, profitant du premier moment d'étonnement, débouche tout à coup des Alpes Carniques et bat le Vice-Roi Eugène à Sacile le 16 avril. La campagne s'annonce mal, mais Eugène, conseillé par Macdonald, reforme aussitôt ses troupes et appelle à lui l'armée de Naples. Le 62e, ayant réuni ses quatre Bataillons, est placé à Isola della Scala dans la Division Durutte; cette Division vient de recevoir l'ordre, le 27 avril, de couvrir Mantoue.

Le mouvement de retraite de l'armée française est arrêté; Durutte doit, avec sa Division, se porter sur Padoue, et, le 2 mai, cette villes est occupée après un combat assez vif engagé par l'avant garde.

L'armée est divisée en trois Corps, la Division Durutte fait partie du centre commandé par le Général Grenier. Comme les nouvelles d'Allemagne sont favorables, Eugène se prépare à pousser les Autrichiens qui, d'ailleurs, se sont mis en retraite.

La Division Durutte se porte sur Venise, débloque cette ville, marche vers Trévise et s'en empare après un violent combat d'avant-garde; elle y trouve de nombreux blessés, des chariots et une grande quantité de blé et de farine.

Pendant ce temps, le reste des troupes a traversé la Brenta. La Piave, quoique considérablement grossie et difficile à franchir, est bientôt passée. Une partie seulement de la Division Durutte prend part au brillant fait d'armes qui a lieu sur les bords de cette rivière; cependant les Grenadiers du 62e s'y illustrent par leur courage et leur désintéressement.

Martinien donne à la date du 8 mai 1809, le Chef de Bataillon Lamotte, blessé à la bataille de la Piave.

L'ennemi est en pleine retraite, le Tagliamento, l'Isonzo sont bientôt traversés à sa suite.

Le Sous-lieutenant Joux se fait remarquer par son courage au passage du Tagliamento en se jetant tout habillé dans le torrent pour secourir plusieurs soldats qui se noient; il a le bonheur d'en sauver quatre qui ont presque perdu connaissance.

L'armée est arrivée aux Alpes.

 

- Prise d'assaut de Malborghetto (17 mai 1809)

Le Général Desaix forme l'avant-garde, il est appuyé par la Division Durutte. Cette dernière part de Pontebba dans la matinée du 15 et se dirige sur le fort de Malborghetto qui barre le passage. Déjà une partie de l'avant-garde s'est formée sur la rive droite de la Fella et le 62e occupe les deux rives du torrent. Les Voltigeurs s'élancent sur l'ennemi et s'emparent de la position qu'il occupe. Le 16, à 5 heures du soir, le Vice-Roi, après avoir pris ses dispositions préliminaires pour attaquer le fort de Mulborghetto, ordonne au Général Durutte de sommer le commandant autrichien de se rendre à discrétion et, en cas de refus, de se disposer à emporter le fort d'assaut. Les soldats du 62e vont se mesurer avec des adversaires dignes d'eux, car le commandant du fort ayant refusé de se rendre, le lendemain matin l'attaque commence.

Durutte forme sa Division devant le village et attend que le Général Pacthod, qui doit tourner le fort, ait commencé son mouvement. Le signal est alors donné. Tout s'ébranle. Les Grenadiers de la 1re Compagnie du 1er Bataillon du 62e ainsi que la Compagnie de Voltigeurs, suivis du 4e Bataillon, attaquent les premiers les batteries masquées de la droite, tandis que les 2e et 3e Bataillons débouchent par la grand'route et s'avancent sur les blockhaus du centre. Les Voltigeurs de ces Bataillons marchent à la suite des Grenadiers et sont soutenus par les Compagnies du centre. Le 3e Bataillon a déjà gravi la montagne. Les trois Compagnies du Régiment, logées la veille sur le rocher qui domine la tour la plus élevée, reçoivent l'ordre de se jeter sur les palissades de cette tour aussitôt que les colonnes seront en mesure de l'attaquer.

Les troupes éprouvent des difficultés inouïes à gravir l'escarpement du rocher et souvent, dans les parties où ce rocher est couvert de déblai, les pierres en croulant sous les pieds des assaillants les font reculer au lieu d'avancer, les plus grosses même entraînent parfois, en roulant, des files entières de la colonne. Mais la présence du commandant en chef, la confiance et l'ardeur du soldat à la vue de ses Généraux marchant en tête des colonnes d'attaque, font surmonter tous les obstacles. Les pièces de la batterie basse tirent encore à mitraille sur les troupes de la Division Pacthod, lorsque les Grenadiers de la 1re Compagnie du 1er Bataillon et la Compagnie de Voltigeurs, suivis du 4e Bataillon, s'élancent dans le fossé à l'angle de la batterie; ils parviennent à s'établir au-dessus de la fraise au moyen de laquelle ils arrivent à l'embrasure par où ils pénètrent dans l'intérieur; tous les canonniers sont tués sur leurs pièces. Les soldats, animés par ce premier succès, franchissent l'escarpement et pénètrent dans la galerie blindée; ils s'emparent ensuite des blockhaus inférieurs armés de canons et facilitent ainsi aux colonnes du centre l'accès des batteries hautes placées entre les deux tours. Le Sous-lieutenant Hutin franchit un des premiers la palissade et, par son courage et son intrépidité, force le commandant du blockhaus à se rendre. Celui-ci lui passe d'abord son sabre à travers les barreaux et ouvre ensuite la porte. Le Sous-lieutenant Joux monte à l'assaut le deuxième et passe la palissade le premier de son Bataillon. En même temps, deux détachements de Sapeurs coupent les palissades du fossé de la tour la plus élevée; les trois Compagnies du 62e, qui se sont établies la veille sur les hauteurs dominant cette tour, s'emparent de cette dernière; dans l'attaque ces trois Compagnies sont soutenues par le 3e Bataillon du Régiment.

Presque toutes les troupes qui défendent les blockhaus supérieurs sont anéanties, les soldats tirant dans l'intérieur par les soupiraux. Des 600 braves qui forment la garnison du fort, 30 implorent la clémence du vainqueur, le reste est passé par les armes. On trouve dans le fort 11 pièces de canon et une quantité considérable de munitions et de vivres.

Le Capitaine Mitault et le Lieutenant Miquel ont été tués; le Sous lieutenant Bardin est blessé (il décède de ses blessures le 15 juin), de même que le Chef de Bataillon Duportail, les Capitaines Rottmann et Berceau, et les Lieutenants Leroux et Lefebvre (Martinien).

Deux Compagnies du Régiment sont laissées dans l'ouvrage pour l'occuper.

Après ce beau fait d'armes, Tarvis est enlevé. Les Corps de gauche et du centre continuent leur marche sur Klagenfurth, le Corps de Macdonald ayant été détaché à droite. La Division Durutte traverse Klagenfurth et vient bivouaquer le 21 sur la route de Saint-Veit; le 23 elle s'établit à Neumarkt et, le 24, à Knittelfeld.

 

- Combat de Saint Michel (25 mai)

Le 25 mai, le Général Durutte reçoit l'ordre de seconder le Général Séras, qui remonte vers Léoben. L'ennemi, commandé par Jellachich, est établi à Saint-Michel. La Division Durutte accélère alors sa marche, le Général de brigade Valentin doit se porter avec le 23e Léger sur la droite de l'ennemi et la déborder pendant que deux Bataillons du 62e, après avoir passé la Muhr à San Stefano et s'être jetés sur la rive droite pour fouiller le bois, en chasseront les Tirailleurs ennemis et inquiéteront leur flanc gauche; le reste de la Division est en deuxième ligne.

Pendant que tout s'ébranle pour mettre ces ordres à exécution, le Général Séras marche droit au plateau et l'aborde franchement; il est bientôt suivi par deux Bataillons du 62e, qui se jettent à la baïonnette sur l'ennemi avec le plus grand courage; en même temps, deux Régiments de Chasseurs secondent cette attaque. Les Autrichiens, ébranlés par l'impétuosité du choc, se disposent à opérer leur retraite en bon ordre, lorsque, se voyant assaillis à la fois par l'Infanterie et les Chasseurs, ils n'ont que le temps de faire une seule décharge et prennent précipitamment la fuite. Une partie des troupes ennemies se dérobe étourdiment par la route de Rottmann, mais déjà cette dernière est occupée par le 23e Léger et deux Bataillons du 62e : tous ceux qui se retirent sur ce point sont tués ou pris.

Le Général Jellachich fait de vains efforts pour rallier l'autre partie de ses troupes; une terreur panique l'a frappée. La Division Durutte bivouaque sur le champ de bataille et le lendemain l'armée marche sur Bruck

Tandis que l'Armée d'Italie exécute cette marche victorieuse, la Grande-Armée, de son côté, est entrée à Vienne et a livré la bataille indécise d'Essling.

Le 28 mai, Napoléon écrit depuis Ebersdorf à sa sœur Elisa, Grande Duchesse de Toscane, à Florence :
«Ma Soeur, faîtes partir pour Osoppo tout ce qu'il y aurait de disponible dans le duché, appartenant aux 23e léger, 13e, 112e et 62e de ligne et au 9e chasseurs. Cette lettre vous parviendra par le canal de l'armée d'Italie. Ma jonction avec cette armée a été faite heureusement, il y a deux jours. Les affaires vont ici fort bien, et ma santé est fort bonne».

Le 28 mai toujours, à dix-heures du matin, Napoléon écrit depuis Ebersdorf, à Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, à Bruck : "Mon Fils, je vous renvoie votre aide de camp ... Je désirerais avoir l'état de situation de votre corps d'armée.
Je suppose que la division Durutte est composée de deux bataillons du 22e, de quatre bataillons du 23e, et de quatre bataillons du 62e. Je suppose que ces dix bataillons forment au moins 6,000 hommes présents sous les armes. Je suppose que la division Seras est composée d'un bataillon du 35e, de trois bataillons du 53e, de quatre bataillons du 106e et de deux bataillons du 79e; je la suppose également de 6,000 hommes. Je ne sais ce que c'est que la 3e division; je suppose que c'est une division italienne qui est avec le 112e, ct qu'elle est également de 6,000 hommes. Je suppose que la division Pacthod vous a rejoint avec la division Grouchy. La division Pacthod doit être composée de deux bataillons du 8e léger, de quatre bataillons du 52e, de quatre bataillons du 102e et de quatre bataillons du 11e de ligne, que je suppose former 6,000 hommes. Sans comprendre le corps détaché du général Macdonald, vous devriez avoir aujourd'hui à Bruck 24,000 hommes d'infanterie, 4,000 hommes de cavalerie et 2,000 hommes de la garde; ce qui ferait 80,000 hommes et soixante pièces de canon. Le général Macdonald, que je suppose sur le point d'arriver à Graz, vous renforcera de 15,000 hommes. Ainsi votre arrivée me renforce de 45,000 hommes, non compris le corps du général Marmont
".

Et le même jour, à 8 heures du soir, au Prince Eugène, à Bruck :
«Mon Fils, Tascher me porte des drapeaux et votre lettre du 27.
J'ai donné ordre à Lauriston de se porter avec une brigade de cavalerie et deux régiments d'infanterie badois, qui forment son petit corps d'observation, sur Oedenburg, d'où il poussera des partis sur les flancs du prince Jean, qui probablement se rend à Raab. Attirez à vous tout le général Baraguey d'Hilliers, tout le général Grouchy. Retirez aussi tout ce qui est inutile sur vos derrières. Ordonnez qu'on fortifie Klagenfurt, qu'on mette de l'eau dans les fossés et qu'on y forme un grand magasin; j'y avais déjà fait ces dispositions il y a seize ans. Faites venir le plus d'artillerie possible; il faut en faire venir. non-seulement attelée, amis encore par réquisition, sur Klagenfurt. Je compte que votre armée, en en ôtant tout au plus un ou deux bataillons italiens, que vous laisserez à Klagenfurt, sera sur Bruck demain et après, et que le corps de Macdonald sera à Graz. Il me tarde que Marmont soit arrivé à Laybach et qu'il envoie sur Graz les détachements que Macdonald aurait laissés à Laybach. La situation des choses dans le Midi me décidera sur le parti que je prendrai pour l'armée de Dalmatie. J'attends l'état de situation de tous vos corps, avec les lieux où ils se trouvent et des détails sur votre artillerie. La division que vous avez envoyée dans la direction de Neustadt peut continuer sa route pour occuper le Semmering, et partir sur Neunkirchen et se mettre en correspondance avec Lauriston pour se lier.
Envoyez la lettre ci-jointe à Borghèse par votre premier courrier.
Je lui mande d'envoyer sur Osoppo tout ce qu'il a de disponible appartenant aux sept régiments des divisions Molitor et Boudet, aux quatre régiments de cuirassiers et aux cinq régiments de cavalerie légère. Je vous envoie cette lettre sous cachet volant, pour que vous en fassiez autant dans tout le royaume, et que vous fassiez fournir, soit par l'armée italienne, soit par l'armée française, tout ce qu'elles ont de disponible pour renforcer les cadres. Je suppose que vous aurez formé sur la Livenza ou sur le Tagliamento un dépôt de cavalerie, et que vous avez laissé quelqu'un à la tête pour vous alimenter. Ayez à Osoppo un homme marquant pour mettre à la tête de vos dépôts : c'est là qu'il faut tout diriger. Donnez ordre qu'on n'en laisse partir aucun homme isolé, mais qu'on fasse des bataillons de marche de 5 à 600 hommes d'infanterie et cavalerie.
J'ai donné ordre que les États du Pape feraient partie de l'armée de Naples, et j'ai chargé le Roi d'en prendre possession. Les États du Pape feront partie de la France, ayant pris un décret pour détruire le gouvernement temporel du Pape.
Écrivez au roi de Naples pour l'instruire de notre jonction; envoyez-lui la lettre ci-jointe. Vous trouverez aussi une lettre pour la grande-duchesse, dans laquelle je lui donne l'ordre de faire partir pour Osoppo tout ce qu'il y aura à Florence de disponible des 23e léger, 62e, 13e et 112e de ligne. Je suppose que vous avez pourvu à ce qu'il soit laissé de petites garnisons à Palmanova et à Osoppo. Si Miollis est retourné à Rome et que Lemarois n'y soit plus nécessaire, il faut le diriger sur Osoppo, où il aura le commandement du Frioul; il surveillera les dépôts, tiendra la main à ce que tout en parte en bon état, et servira d'intermédiaire entre vous et le royaume d'Italie
».

Le 31 mai, la jonction entre les deux armées est opérée, ce même jour la Division Durutte se rend à Mürzzuschlag.

L'Archiduc Jean s'étant retiré en Hongrie, le Vice­Roi reçoit l'ordre de l'y suivre. Après s'être concentrée, l'Armée d'Italie marche le 12 juin sur Papa, le 13 sur Raab, la Division Durutte occupe les digues et les hauteurs de Czarnach.

 

- Bataille de Raab (14 juin)

Les Autrichiens se sont décidés à s'arrêter et à occuper une très forte position en avant de Raab; toutes leurs forces y sont réunies; leur droite s'appuie à Salbadghetty, leur gauche à un marais, qui couvre la droite de Kiss-Megger, le revers du plateau qu'ils tiennent est hérissé de canons, les pièces de la place de Raab doivent mêler leur feu à celui des pièces de campagne. Le Général Grenier reçoit l'ordre d'attaquer le centre ennemi avec la Division Durutte formée en deux colonnes; il place deux Bataillons du 62e en réserve. Tandis que la Division Séras attaque Kiss­Megger et que Severoly s'avance vers Salbadghetty, Durutte se porte avec trois Bataillons (deux du 60e et un du 62e) entre les deux villages; ces Bataillons parviennent à se loger à la droite de Salbadghetty. Le Sous-lieutenant Joux fond sur l'ennemi avec un Sergent-major, un Sergent et quatre Grenadiers pour prendre un drapeau; ces quelques braves sont près de s'en emparer lorsque le Bataillon est obligé de se retirer, ils sont alors forcés de battre en retraite, poursuivis par près de 200 hommes.

L'ennemi, embusqué derrière des fossés, arrête le Général Baraguey-d'Hilliers et, fier de ce succès, se jette brusquement sur le 60e et le 62e et les contraint momentanément à reculer.

Le Lieutenant Fabre rallie le Porte-aigle du 2e Bataillon ainsi que plusieurs soldats et marche en avant; par ce mouvement, il arrête la marche de l'ennemi. Le Sous-lieutenant Terriez rallie de même les Tirailleurs et les ramène au combat.

Les deux Bataillons du 62e placés en réserve reçoivent alors l'ordre d'entrer en action; la charge est battue, toute la ligne suit l'impulsion donnée et l'ennemi, déconcerté, regagne Salbadghetty avec précipitation.

Le Capitaine Mereau charge un Bataillon à la tête de sa Compagnie et s'empare de deux canons. De même, le Capitaine Bertrand se précipite au milieu des rangs de l'ennemi, s'élance sur un Porte-drapeau, le tue, désarme un Officier qui veut s'interposer et revient avec le précieux emblème. Le Lieutenant Fauchier, à la tête des Voltigeurs du 4e Bataillon, s'empare d'une pièce de canon.

Mais l'ennemi n'a pas dit son dernier mot : bientôt de nouvelles masses se jettent avec impétuosité sur la Division Durutte et sont sur le point d'obtenir l'avantage; le village est pris et repris trois fois, lorsque la Division Pacthod reçoit l'ordre de se porter en avant. A cette vue, la Division Durutte se rallie et enlève la hauteur au pas de charge. L'attaque de cette Division, conduite avec autant d'habileté que de vigueur, l'élan général, tout concourt cette fois à fixer la victoire. L'ennemi, enfoncé, est culbuté sur tous les points; il perd en un instant tout le terrain qu'il venait de gagner et abandonne définitivement les deux villages après quatre heures d'un sanglant combat. Sa déroute est complète et, dans sa fuite, il couvre le champ de bataille de morts et de blessés.

Le Lieutenant Compiègne, et les Sous lieutenants Gallien, Pouchain et Renaud ont été tués; les Sous lieutenant Saint-Georges, Debarre, Fadate, blessés, décèdent tous trois le 28; le Chef de Bataillon Duportail, les Capitaines Varez, Legendre, Seigneurie, Desfossez, Meulan, Mereau, Rehm, les Lieutenants Follot, Jacquesson, Gueniot, Descombes des Morelles, les Sous lieutenants Prieur, Douzon et Martin sont blessés (Martinien).

Le surlendemain, l'armée marche sur Komorn, toujours à la poursuite de l'Archiduc Jean; elle séjourne quelque temps aux environs de cette ville dans le but d'observer le Danube.

Le 17 juin, la Division Durutte s'empare de tous les moulins que l'ennemi avait retirés sur la rive opposée. Le 22, l'armée se rapproche de Raab.

 

- Passage du Danube

Un grand mouvement se prépare, les deux armées françaises ont de nouveau opéré leur jonction et l'Empereur va leur faire traverser le Danube en face de l'armée autrichienne, établie dans de formidables positions.

Le 1er juillet, le 62e de Ligne a 4 Bataillons (2360 hommes) au 4e Corps (Armée d'Italie sous le Prince Eugène), Division Morand du centre Grenier, Brigade Valentin (Nafziger 809GCC); ce jour là, le Chef de Bataillon Poinsignon est blessé aux avant-postes sur le Danube (Martinien).

A cet effet, les 2, 3 et 4 juillet, l'Armée d'Italie marche sur Schwachat. Dans la nuit du 4 au 5, le plan de Napoléon est mis à exécution : la Grande Armée d'abord, l'Armée d'Italie ensuite passent le Danube au dessous du point primitivement choisi et rendent ainsi inutiles les ouvrages considérables élevés par les Autrichiens.

L'Armée d'Italie a commencé son mouvement à 8 heures du matin, elle vient de se former sur la rive opposée lorsque ses Divisions sont invitées à se porter dans la plaine de Marchfeld et à suivre le mouvement de Davout. Les soldats, jaloux de concourir avec ceux de la Grande Armée aux desseins de l'Empereur et de combattre sous ses yeux, brûlent du désir de lui prouver leur zèle et leur dévouement.

 

- Bataille de Wagram (5 et 6 juillet)

Les 5 et 6 juillet, le 62e de Ligne a 3 Bataillons au sein de la Brigade Bruch, Division Durutte, du 6e Corps Général de Division Grenier (Nafziger 809GCE - sources : M. Rauschensteiner, "Die Schlacht bei Deutsch-Wagram am 5. und 6. Juli 1809"; Litre, E. F., "Les Régiments d'artillerie à pied de la Garde", Paris, 1895; Buat, E., "Etude Critique d'Histoire Militaire, 1809, de Ratisbonne à Znaïm", Librairie Militaire R. Chapelot et Cie, Paris, 1909).

A 6 heures et demie du soir, le Général Grenier reçoit l'ordre de soutenir le Général Macdonald entre Daumersdorf et Deutsches Wagram. La Division Dupas franchit aussitôt un ruisseau sous une grêle de mitraille; elle est suivie par les autres Divisions. Les troupes avancent au pas de charge sur la hauteur et mettent l'ennemi en fuite; mais les fuyards sont bientôt ramenés au combat par des masses considérables d'Infanterie; les Divisions françaises de réserve arrivent, la charge est battue, plusieurs carrés ennemis jettent· leurs armes. Les autres carrés se disposent déjà à suivre l'exemple des premiers, l'Armée d'Italie va avancer la victoire de Wagram d'un jour, lorsqu'une Division alliée, celle des Saxons, trompée par l'obscurité, prend pour ennemies les Divisions Durutte et Séras et exécute sur elles des feux très violents. Cette méprise cause quelque désordre, à la faveur duquel les Autrichiens se reforment et nous sommes obligés de quitter la position conquise et d'abandonner quatre drapeaux sur les cinq, qui ont été pris à l'ennemi.

Le Lieutenant Fabre, soutenu seulement par quelques hommes, essaie de paralyser, sur le plateau, les efforts de l'ennemi; il ne peut y réussir et tombe blessé en se défendant avec intrépidité. Le Sous-lieutenant Joux reste de son côté un des derniers sur le plateau ct rallie plusieurs hommes avec lesquels il remonte, quelques instants après, sur la même position pour protéger les blessés. Le Sous-lieutenant Terriez charge l'ennemi, fait prisonnier un Officier, mais tombe au même moment atteint d'un coup de feu.

L'Armée d'Italie revient prendre les mêmes positions que dans la journée.

Le Capitaine adjudant major Prieur a été tué; le Capitaine Maljean, blessé, décède le 25; les Chefs de Bataillon Poinsignon et Coussaud, les Capitaines Dumay, Kayser, Lafond, Magers, Lenouaut, Dufeux, les Lieutenants Franck, Fabre, Fricot, les Sous lieutenants Bertrand, Terrier sont blessés (Martinien).

Le lendemain, l'action décisive va se donner. Dès le point du jour, le combat commence. Tandis que nos deux ailes sont engagées, Macdonald attaque le plateau abandonné la veille; il est près de réussir quand son flanc droit se trouve à l'improviste menacé par une colonne ennemie, contre laquelle le Vice-Roi d'Italie se hâte de lancer la Division Durutte. A peine celle-ci s'est-elle portée en avant que l'ennemi démasque une batterie de douze pièces, Durutte n'en a que six à lui opposer; malgré cette infériorité, il fait avancer ses troupes en deux colonnes sur le village de Breitenlee.

A ce moment, Macdonald reçoit l'ordre de forcer le centre autrichien; ce Général rassemble toutes ses forces et exécute la fameuse charge qui nous donna la victoire. Pendant l'exécution de ce mouvement, la Division Durutte ne cesse de protéger le flanc droit de Macdonald ct contribue ainsi puissamment au succès.

Sans parler de la Grande Armée, l'Armée d'Italie fait dans cette journée 2500 prisonniers et prend 8 pièces; elle a perdu 350 Officiers ct 6000 soldats. Pour sa part, le Régiment a 2 Officiers et 75 Sous-officiers et soldats tués, 13 Officiers et 153 Sous-officiers et soldats blessés (Historique régimentaire).

Pour la journée du 6, le Lieutenant Decombes, les Sous lieutenant Ganeval et Guéniot sont blessés (Martinien).

"Ainsi finit, dit Napoléon, la bataille de Wagram, que l'on peut considérer comme la plus mémorable des temps modernes tant par les masses imposantes qui combattirent dans cette terrible journé que par la durée et l'opiniâtreté de la lutte et par la grandeur et la variété des moyens que chaque parti employa pour obtenir la victoire".

Le 13 juillet, l'Armée d'Italie sous le Prince Eugène est réorganisée; le 62e de Ligne a 3 Bataillons à la Brigade Bruch, 3e Division Durutte (Nafziger 809GCl - source : Buat, E., "Etude Critique d'Histoire Militaire, 1809, de Ratisbonne à Znaïm", Librairie Militaire R. Chapelot et Cie, Paris, 1909).

L'armée ennemie est complètement désorganisée, l'Empereur d'Autriche demande un armistice qui est signé à Znaym le 14 juillet. Après la bataille de Wagram, l'Armée d'Italie a marché contre l'Archiduc Jean, qui s'est rapproché du théâtre de la lutte, puis elle est dirigée vers la Hongrie et le Corps de Grenier vient occuper la Styrie.

Ainsi finit la campagne de 1809. Parti des bords de l'Adige, le 62e est arrivé, vainqueur, sur les hauteurs de Wagram. Malborghetto, Saint-Michel, Raab, Wagram deviennent désormais des noms impérissables. Wagram est la plus mémorable journée des temps modernes, a dit Napoléon : "Wagram" a été inscrit sur le drapeau du 62e.

 

- Le 62e revient en Italie

Plaque de shako 62e de Ligne 1810-1812
Fig. 1Ter Plaque de shako à soubassement, vers 1810-1812 (extraite de "Catalogue de Curiosités Militaires"; 1912).
Plaque originale, sans doute de Grenadiers, assez similaire à la précédente (avec l'aimable autorisation de Mr J. M. Lefevre)

Le Régiment demeure en Styrie jusqu'en avril 1810, époque à laquelle il est dirigé vers la basse Italie. Il y tient garnison jusqu'en 1811.

Le 29 juin 1810, le Capitaine Rehm, qui poursuit des brigands en Calabre, est blessé; il meurt le 11 juillet (Martinien).

Le 13 août 1810, le 3e Bataillon est détaché à Toulon.

 

d/ Guerre d'Espagne

- Le 62e est envoyé en Espagne

Pendant que nos armées d'Allemagne et d'Italie parcourent victorieusement l'Autriche, d'autres armées françaises soutiennent en Espagne une guerre terrible contre les habitants de ce pays unis aux Anglais. Nous luttons depuis trois ans, avec des alternatives de succès et de revers, dans le but de placer Joseph, frère de Napoléon, sur le trône d'Espagne. Masséna vient d'être repoussé de Lisbonne et le commandement de l'Armée de Portugal donné au Maréchal Marmont, lorsque le 62e reçoit l'ordre de se rendre en Espagne.

Le 18 juin 1811, Napoléon écrit à Lacuée : «... Le Corps de Réserve comptera trois divisions et une division italienne. La 3e division comptera les 1er, 62e, 101e et 23e Léger ... Les 81e, 62e et 23e Léger ont deux bataillons en Catalogne, mais ces bataillons doivent les rejoindre ...».

Il fait partie de la 7e Division. Ses trois Bataillons arrivent dans la péninsule en août 1811. Les vétérans du 62e vont donc engager une lutte semblable à celle des Calabres par la nature du terrain, les difficultés de vivre et de communiquer, mais ici ils vont trouver des adversaires encore plus redoutables qu'en Italie : Espagnols braves ct fiers, combattant pour leur souverain et leur honneur; Anglais bien disciplinés et abondamment pourvus de tout.

Jusqu'au mois de décembre 1811, l'Armée de Portugal n'a pas été heureuse. Ainsi, le 27 septembre 1811, le Capitaine Dumay est blessé au cours de l'affaire d'Alda-Delponte au Portugal (Martinien). Le 28 novembre, au combat de Landrinel (Espagne), les Capitaines Fauchier et Gueniot sont blessés (Martinien). La 7e Division lui est adjointe et vient occuper Salamanque. Le 13 janvier 1812, le Capitaine Desfossez est blessé au cours d'une affaire près de Salamanque (Martinien).

Un grand mouvement offensif, préparé en janvier 1812, manque par suite de la prise de Rodrigo par l'armée anglaise; Salamanque devient alors pour nous le pivot de nos opérations; toutefois, à la fin d'avril, la 7e Division est envoyée à Zamora afin de pouvoir vivre.

Le 5 mai, le Chef de Bataillon Meulan est blessé au cours d'une affaire près de Roda (Martinien). Le 3 juillet, le Capitaine Bertrand est tué à Polia, étant en colonne mobile (Martinien).

Le 12 juillet, le Colonel Regnault prend le commandement du 62e. .

REGNAULT Jean

Né à Chatoillenot (Haute-Marne) le 28 octobre 1763.

Entré au service comme commis aux aides le 1er janvier 1784. Soldat au Régiment de Hainaut (50e de Ligne) le 8 avril 1788. Caporal le 15 mars 1790. Fourrier le 12 juin 1790. Sergent le 4 mai 1792. Adjudant-major Capitaine au 8e Bataillon du Var le 7 septembre 1792. Capitaine de la Compagnie auxiliaire à la 60e Demi-brigade devenue 12e Régiment de ligne le 31 juillet 1795. Chef de Bataillon au 12e Régiment de ligne le 14 janvier 1797. Chef de Bataillon au 92e Régiment de ligne le 4 mars 1805. Major au 62e Régiment de ligne le 27 octobre 1808. Colonel du 62e Régiment de ligne le 12 juillet 1812. Appelé à concourir à la formation de la légion de la Haute-Marne organisée le 1er février 1816.

Campagnes :
- 1792, 1793 et an II, Armée d'Italie.
- Ans III et IV, Armée des Alpes.
- Ans V et VI, Armée d'Italie.
- An VII, Armée de Naples.
- Ans VIII et IX, Armée d'Italie.
- Ans X, XI et XII, Armée des côtes de l'Océan.
- An XIII, Armée de Hollande.
- An XIV, 1806, Grande-Armée.
- 1807, 1808, Armée d'Italie.
- 1809, Grande-Armée.
- 1810, Armée de Naples.
- 1811, 1812, 1813, Armée d'Espagne.
- 1814, Armée de France (défense de Navarrenx).

- Bataille des Arapiles ou de Salamanque (22 juillet 1812)

Wellington, commandant l'armée anglaise, se prépare à prendre l'offensive avec plus de 50000 hommes contre l'Armée de Portugual, qui en compte environ 30000 : le 14 juillet 1812, il commence son mouvement. Marmont rassemble aussitôt ses troupes, les Anglais se présentent devant Salamanque et en assiègent les forts, tandis que nous nous retirons. Mais le 20, les rôles changent : les Français, quoique bien inférieurs en nombre, manœuvrent de façon à inquiéter l'armée anglaise, qui se réunit à San Cristoval. Salamanque étant tombé au pouvoir de l'ennemi, nous nous retirons de nouveau, mais bientôt nous repassons le Douro à Tordesillas et nous marchons à la rencontre de l'armée anglaise.

Marmont, après avoir traversé la Guarena en présence de l'ennemi, a établi son camp entre Alba­Tormès et Salamanque. En face, les Anglais occupent Téjarès ct un des deux mamelons appelés Arapiles. Marmont dispose son armée pour la lutte : la 7e Division reçoit l'ordre de s'établir sur un mamelon extrêmement âpre et d'un accès difficile.

Le 22, à 11 heures du matin, l'armée anglaise s'ébranle pour attaquer, mais s'arrête bientôt, devant la ferme contenance des Français, puis elle commence à se retirer. Marmont saisit l'occasion et prend ses dispositions pour couper les communications de Wellington, la 7e Division doit soutenir la 5e, qui s'emparera d'un plateau situé sur le flanc de l'ennemi. Les mouvements ordonnés ne sont pas très bien exécutés, Marmont est blessé, les Anglais se retournent et, profitant de la confusion dans laquelle se trouvent les Divisions françaises, se lancent avec impétuosité sur nos positions, mais partout, après des succès partiels, ils sont arrêtés; chacune de nos Divisions, chacun de nos Régiments redouble d'efforts; le Général Thomières, qui commande la 7e Division, est tué.

"La brigade Wallace, flanquée par des tirailleurs, émerge des bois et se déploie, avant d'entamer résolument l'ascension du plateau. La division Thomières a été complètement prise au dépourvu, car lorsque les adversaires se découvrent mutuellement, ils ne sont plus éloignés que d'un petit kilomètre. La colonne française est très étirée, ses régiments (dans l'ordre de marche 101e, 62e et 1er de ligne) ayant de grands intervalles entre eux; Pakenham dispose donc d'une écrasante supériorité numérique. En apercevant l'ennemi, Thomières essaie de mettre rapidement ses troupes en bataille en formant une ligne de colonnes très irrégulière. Face à eux, Pakenham déploie en tirailleurs trois compagnies du 5/60th et le 12e caçadores, tandis que les trois bataillons de Wallace se forment en ligne sans cesser d'avancer. L'artillerie divisionnaire de Thomières se met en batterie et inflige quelques pertes à l'ennemi; en même temps, les batteries Bull et Douglas s'établissent sur une éminence au nord et arrosent de projectiles la droite de la division française, tirant par dessus la brigade Wallace. Celui-ci est suivi immédiatement par deux régiments de ligne portugas; la brigade Campbell suit en troisième ligne.
Les voltigeurs français sont rapidement ramenés par les troupes légères de Pakenham ... La brigade Wallace entreprend hardiment la montée du plateau, conduite par le général Pakenham en personne; son front est plus large que celui de la division Thomières ... Avant que les Britanniques n'atteignent la crête du plateau, Thomières envoie contre eux ses bataillons qui dévalent la pente tambours battant et aux cris de Vive l'Empereur. Leur première décharge couche sur le sol des files entières du 88th et plusieurs officiers. Cependant, les Français tombent ensuite sous le feu de l'ennemi et montrent des signes d'hésitation. Leur seconde décharge ne produit donc pas beaucoup d'effet; par ailleurs, les Français ne semblent pas avoir été déployés, mais forment une masse de colonnes de bataillons assez irrégulières, de sorte que leur puissance de feu est inférieure à celle de leurs adversaires. Les bataillons britanniques montent alors à l'attaque à leur tour; sans attendre le choc, les Français se replient précipitamment sur le plateau ... Ce n'est qu'à ce moment là que les chasseurs à cheval de Curto font enfin leur apparition ...
" (N. Griffon de Pleineville : "1812, la bataille des Arapilles", Gloire et Empire N°45).

Après la division Thomières, c'est au tour de celle du Général Maucune, au centre, de subir les assauts des troupes britanniques, dont la Brigade de cavalerie Le Marchant. L'Historique régimentaire nous dit : "Le Capitaine Mereau résiste héroïquement à la tête de sa Compagnie; il finit par être blessé. Le Chef de Bataillon Poincignon est grièvement blessé d'une balle au coude droit. Malgré cette blessure, il cherche à rallier autour de l'aigle du 62e les Sous-officiers et les soldats; 200 environ s'arrêtent et font feu sur l'ennemi, qui cesse un instant sa poursuite. La cavalerie anglaise arrive en force, culbute la troupe de Poincignon et la disperse; atteint d'une deuxième balle à la cuisse, le brave commandant est malheureusement jeté à terre, la cavalerie ennemie lui passe sur le corps et il est fait prisonnier".

"Le général Le Marchant ... a formé ses cavaliers sur deux lignes ... Il dispose en tout d'un millier de cavaliers. Du côté français, le 22e de ligne, régiment de tête de la division Brenier, qui arrive à la rescousse de Maucune, n'a pas encore achevé sa formation, tandis qu'à quelque distance sur la gauche, les débris de la division Thomières, en désordre, se replient sous la pression des soldats de Pekenham. Vers ce moment là, la 3e division, dans sa marche victorieuse le long du plateau, s'est jointe au flanc droit de la 5e division; les deux forment désormais une seule ligne qui avance inexorablement, chassant devant elle les débris des divisions Maucune et Thomières. La progression de Pekenham se trouve pourtant ralentie par quelques pelotons des 62e et 101e de ligne ralliés par le général Bonté et leurs officiers, qui se sont agglomérés au gros du 1er de ligne. Cette poignée d'homme, tout en se retirant vers l'est, essaie d'offrir une résistance. Bientôt les combattants de Bonté sont rejoints sur leur droite par la brigade (66e en tête, suivi du 15e de ligne) que Maucune a détaché de sa division au secours de Thomières. L'ensemble de ces unités se forme diagonalement sur le plateau, faisant face avec la gauche de la division Pakenham et avec la droite aux éléments avancés de la division Leith. La résistance ne dure que quelques instants, mais elle a pour effet d'enrayer momentanément l'avance de la brigade Wallace; les fantassins se fusillent à courte distance au milieu de l'épaisse poussière et de la fumée dégagée par l'herbe sèche enflammée par les cartouches. Pakenham fait charger les Français par les dragons portugais qui sont repoussés. Le second régiment d'Urban et les escadrons d'Arentschildt se heurtent à nouveau à la cavalerie de Curto, au moment même où l'infanterie de Pekenham est aux prises avec la poignée de Français ...
Avant de se lancer au combat, le général Le Marchant calcule ses chances. En effet, une meilleure occasion pour ses cavaliers pourrait à peine être imaginée : une masse désordonnée de fantassins ennemis fuyant devant une infanterie victorieuse et prêtant son flanc à leurs sabre. De plus, les Français ont le soleil directement en face et sont aveuglés en outre par la fine poussière tourbillonnante et la fumée. Le Marchant ordonne la charge; ses régiments passent à travers les intervalles de la brigade Wallace, partie entre les troupes légères remplissant l'espace entre les 3e et 5e divisions alliées. Les débris des 62e et 101e de ligne sont les premiers à tomber sous leurs coups et se désagrègent rapidement ...
La charge victorieuse de la brigade Le Marchant a beaucoup contribué à achever la désorganisation de l'aile gauche de l'armée française. Profitant de l'hésitation des cavaliers ennemis provoquée par la mort de leur chef, les débris des bataillons maltraités par les dragons anglais refluent vers l'est en une masse désordonnées, mélangés bientôt aux fugitifs de la division Thomières ... Les Alliés font quelque 1500 prisonniers. Le lieutenant Pearce du 44th d'infanterie s'empare de l'aigle du 62e de ligne. Voici l'histoire : Pearce aperçoit le porte-aigle de ce régiment en train de dévisser l'aigle pour l'emporter sous son manteau. Pearce se jette immédiatement sur lui; le second porte-aigle se joint à la bagarre, tandis que trois hommes du 44th accourent à l'aide de leur chef. Un fantassin français esaie de transpercer le lieutenant avec sa baïonnette, mais le soldat Finlay du 44th lui tire une balle dans la tête et sauve l'officier. D'après les sources britanniques, les deux porte-aigle auraient été tués, l'un par Pearce et l'autre par l'un des ses hommes
(note : Martinien ne mentionne pas de porte-aigle du 62e tué au cours de cette bataille). Pearce ramasse alors l'aigle, sans oublier de distribuer aux soldats qui l'ont aidé (20 dollars espagnols) tout l'argent qu'il a dans ses poches. L'aigle est alors hissée sur la pique d'un sergent et portée ainsi pendant le reste de la bataille. Le lendemain matin, le lieutenant Pearce la présente au général Leith, qui l'engage à la remettre à Wellington. En récompense, le 44th obtiendra l'honneur d'ajouter une aigle sur ses insignes régimentaires ... Signalons pourtant que le général Lamartinière parle de la capture de l'aigle du 101e de ligne, et non du 62e ... Par ailleurs, l'aigle du 62e de ligne est conservée aujourd'hui au musée régimentaire du 44th d'infanterie à Chelmsford" (N. Griffon de Pleineville : "1812, la bataille des Arapilles", Gloire et Empire N°45).

Le Général Clausel, ayant pris le commandement à la place du Général Bonnet qui, lui aussi, a été blessé, ordonne alors la retraite. Celle-ci s'exécute en bon ordre, sous la protection de la Division Foy.

Cette bataille, engagée malgré le commandant en chef, a été très meurtrière; de chaque côté, 6000 hommes environ sont hors de combat ou prisonniers. Pour le 62e, on note : Lieutenant Pinteau, tué; Lieutenant Rousseau, blessé et mort le 2 octobre; Chefs de Bataillon Poinsignon et Blanchard, Capitaines Mauvais, Mereau, Fricot, Ithier, Mayer, Lieutenants Breton, Moutardier et Raclot, Sous lieutenants Barberet, Delaveux et Lopin, blessés.

"A l'issue de sa résistance opiniâtre, la division Thomières se trouve pratiquement anéantie, son général a été tué, et toute son artillerie est perdue ... Le 62e de ligne déplore lui aussi la perte de plus de la moitié de ses effectifs" (N. Griffon de Pleineville : "1812, la bataille des Arapilles", Gloire et Empire N°45).

 

- Retraite de l'armée française

La fortune se déclare décidément contre nous, quoique Marmont, à peine arrivé, rétablisse dans l'Armée de Portugal une discipline très sévère et fasse de ses troupes ce que les Anglais eux-mêmes appellent "une belle et courageuse armée". Malgré cela, les soldats du 62e ne se laissent pas abattre; pendant toute cette malheureuse campagne, ils vont montrer que leur courage est au-dessus de la défaite et jusqu'au bout ils continueront à faire leur devoir et à sauvegarder l'honneur de la patrie et du Régiment.

L'armée française fait, le lendemain de la bataille, une retraite admirable et, faisant volte-face toutes les fois que les Corps ennemis la pressent, elle arrive ce jour-là même et dans un très bon ordre à treize lieues du champ de bataille. Après avoir passé le Douro, elle atteint Burgos, pendant que Wellington entre à Madrid.

Dans ce laps de temps, le Régiment a eu 20 Officiers et 848 hommes tués, blessés ou prisonniers.

Le 14 août, Clausel reprend l'offensive, arrive sur le Douro et peu s'en faut que Salamanque ne tombe entre nos mains.

 

- Le 2e Bataillon est fondu dans les deux autres

A ce moment, le Général Clausel reçoit l'autorisation de fondre les Bataillons qui ont éprouvé de fortes pertes, dans les autres Bataillons du même Régiment et d'envoyer les cadres en France. En conséquence, le 26 août 1812, les hommes du 2e Bataillon du Régiment sont versés dans les 1er et 3e Bataillons, après une revue passée par Charles Crosse, Sous-inspecteur aux revues de la 7e Division.

 

- Offensive de l'armée française

Wellington s'avance bientôt à la tête de son armée et de nombreuses guérillas; Clausel se met alors en retraite en livrant presque chaque jour un combat, dans lequel il use l'ennemi; il arrive ainsi à Burgos, dont les Anglais font en vain le siège.

Le 29 septembre 1812, au combat de Logrono (Vieille Castille), le Lieutenant Dutillet est blessé (mort le soir) tout comme le Lieutenant Renaud (mort le 7 février 1813); le Sous lieutenant Suchon est tué; les Capitaines Henry, Prieur, Vallet, le Lieutenant Cunin et le Sous lieutenant Maurin sont blessés (Martinien).

L'armée française s'étant refaite, Souham, qui la commande, se dirige sur Burgos, force les Anglais à en lever le siège le 21 octobre, les pousse vigoureusement et les refoule à Venta de Pozo et sur le Carion; enfin, le 11 novembre, les armées françaises opèrent leur jonction en face de l'armée alliée, qui a pris position à Salamanque. Le commandement en chef est donné à Soult, celui de l'Armée de Portugal à Drouet.

Nous nous trouvons sur le même terrain qu'au mois de juillet et Soult manœuvre pour agir sur le flanc et les communications de l'ennemi, lorsque ce dernier, par une retraite précipitée, lui échappe en laissant 2000 hommes entre ses mains. La poursuite continue jusqu'à l'Huelva; 9000 hommes et une grande quantité de bagages tombent en notre pouvoir. Comme l'hiver est arrivé, l'armée s'arrête et établit ses cantonnements à Valladolid. Les Anglais employent la mauvaise saison à reformer leur armée.

Le 24 avril 1813, le Sous lieutenant Vouzelland est blessé aux avant-postes en Espagne; il meurt le 26 (Martinien).

Le 4 juin, 100000 hommes marchent sous le commandement de Wellington contre les 50000 Français de Reille.

La difficulté de vivre est grande, la retraite commence aussitôt et se continue jusqu'à Vittoria, où l'armée arrive le 20 juin.

 

- Bataille de Vittoria (21 juin 1813)

Le 21, Wellington lance ses troupes contre l'armée du Roi Joseph, qui s'est décidé à rester à Vittoria. C'est une sanglante affaire, dans laquelle les soldats se montrent toujours à hauteur de leur tâche et ne cèdent qu'au nombre. Le lendemain, le Roi se décideà battre en retraite afin de conserver ses communications menacées.

20 Officiers et 1100 Sous-officiers et soldats du Régiment ont été mis hors de combat à la bataille de Vittoria. Avec les débris, on forme un Bataillon, le 1er, qui est immédiatement envoyé à Saint-Sébastien.

 

- Siège de Saint Sébastien (juin-juillet 1813)

- Préliminaires

La place de Saint-Sébastien a été désarmée et abandonnée durant les campagnes précédentes. La retraite de l'armée française, après la bataille de Vittoria, lui rend toute son importance : elle barre à l'ennemi la route de Bayonne. Le Roi Joseph désigne le Général Rey comme Gouverneur et lui donne pour troupes de défense cinq Bataillons, pris parmi les meilleurs, qui, joints à différents petits détachements, font un total de 2673 fantassins, 166 artilleurs et 248 hommes du Génie. Nous avons dit que le 1er Bataillon du 62e en faisait partie. Mais selon Belmas et Pinot, il s'agit du 3e, sous les ordres du Chef de Bataillon Blanchard.

La ville est bâtie au pied d'un promontoire situé à l'extrémité d'une presqu'île bordée d'un côté par la mer, de l'autre par un fleuve, l'Uruméa. Les fortifications sont, en somme, peu importantes; le courage de la garnison doit y suppléer. Le couvent de Saint­Bartholomé constitue un solide point avancé.

Dans la nuit du 25 au 26, le 62e arrive à Ernani (Girod de l'Ain, Vie Militaire du Général Foy, page 402).

Dès le 27 juin, Mendizabal, chef espagnol, se présente devant la place de Saint-Sébastien.

"Le 28, j'ai visité Saint-Sébastien, que j'ai trouvé en état de défense. La place n'avait presque pas de garnison; j'y ai mis le 22e et le 62e, les détachements du 1er et du 34e, et tous les canonniers et officiers d'artillerie qui étaient avec moi. J'ai laissé au général Rey, gouverneur, une garnison de 2.600 bons soldats; c'est ce qu'il faut pour défendre une place contre laquelle une seule attaque est possible" (Rapport du Général Foy sur les opérations du 21 au 28 juin 1813, in : Girod de l'Ain, Vie militaire du Général Foy, pages 397-401).

Le 29, Mendizabal attaque Saint-Bartholomé et veut l'emporter de vive force, mais il a compté sans la valeur des assiégés; en effet, deux Bataillons, l'un du 62e, l'autre du 22e, s'élancent sur l'ennemi qu'ils mettent en désordre et poursuivent à la baïonnette jusque dans ses lignes. Une deuxième attaque de Mendizabal, le 1er juillet, ne réussit pas mieux que la première.

L'escadre anglaise étant venue bloquer le port, le Gouverneur se résout à exécuter une sortie pour reconnaître l'ennemi et faire des prisonniers. Le 3 juillet, à 9 heures du soir, trois colonnes sortent de la place; celle du centre est formée par 400 hommes du 62e sous le commandement du Chef de Bataillon Blanchard. L'ennemi est poursuivi pendant une lieue, on lui tue quelques hommes et on lui fait 12 prisonniers; le but était atteint, les trois colonnes rentrent dans Saint-Sébastien.

Le 8 juillet, le Lieutenant Julteau est blessé; il décède le 16 (Martinien). Le 9, le Général anglais Graham arrive avec 10000 Anglais, Allemands et Portugais. Deux colonnes ennemies, voulant refouler nos postes avancés, sont vigoureusement reçues et poursuivies par nos Grenadiers et Voltigeurs.

Le 15 juillet, l'ennemi essaie d'enlever les ouvrages extérieurs; il n'a pas plus de succès que précédemment et retourne précipitamment derrière ses retranchements.

 

- Assaut de Saint-Bartholomé (17 juillet)

Les Anglais se sont servis de leur nombreuse artillerie pour ruiner à peu près complètement le couvent de Saint-Bartholomé; le 17, trois colonnes s'avancent pour s'en emparer. Le Chef de Bataillon Blanchard, du 62e, est spécialement chargé d'appuyer la lunette du cimetière et de surveiller l'ennemi le long de l'Uruméa.

La colonne ennemie de gauche s'étant emparée de maisons crénelées, le Lieutenant Saint-Jame, avec des Voltigeurs du 62e, les reprend, tue plusieurs Anglais et Portugais et s'y maintient avec une grande bravoure en dirigeant un feu meurtrier sur les réserves, qui cherchent à soutenir les troupes entrées dans le couvent. Ce dernier est repris par un détachement de Sapeurs et de Grenadiers des 62e, 34e et 22e. Cependant, l'ennemi, grâce à ses troupes fraîches, parvient à nous chasser de la lunette du cimetière, malgré la bravoure et le sang-froid du Capitaine Blot, du 62e; mais l'élan des Anglais se brise contre la résistance des Français dans la redoute du Rondeau. Cette affaire a été une véritable bataille, elle a duré quatre heures, pendant lesquelles nous sommes restés exposés au feu de 60 pièces d'artillerie.

Le Chef de Bataillon Blanchard s'est fait particulièrement remarquer pendant l'action.

Le Capitaine Douzon et le Lieutenant Saint-James ont été tués; le Capitaine Blot a été blessé (Martinien). Est également blessé le Capitaine Lambert, sans précision de date (Martinien).

 

- Assaut du 25 juillet

Le 23, l'artillerie ennemie fait de tels ravages qu'un immense incendie s'allume et ne peut être combattu faute d'eau. Le Gouverneur se prépare à recevoir l'ennemi : à gauche, la petite brèche est défendue par le commandant de Songeon avec une Compagnie du 62e, une de Chasseurs de montagne et une du 22e; le Colonel de Sentuary se tient à droite avec des Sapeurs, 400 hommes du 62e et un Bataillon du 34e; le Gouverneur est au centre, à la grande brèche, avec les Grenadiers et les Voltigeurs des 62e, 34e et 22e; les autres troupes sont en réserve. Les hommes bivouaquent à leur poste et réparent les brèches; le 25 au matin, la mine renverse la contrescarpe et les colonnes anglaises débouchent aussitôt. Elles sont criblées de mitraille, leurs échelles sont renversées et l'une de ces colonnes est obligée de se retirer dans le plus grand désordre. A l'attaque principale, les défenseurs montrent un sang­froid admirable. Ils attendent que la colonne anglaise, forte de 2000 hommes, soit au pied de la brèche, et lancent alors tout ce qu'ils ont sous la main; les Anglais s'arrêtent, hésitent et ne forment bientôt plus qu'une masse confuse au sein de laquelle l'artillerie et la mousqueterie font des ravages épouvantables. Le Général Graham tient ses réserves prêtes, mais les fuyards de la première colonne y sèment tant de désordre et d'épouvante, qu'il est impossible de faire avancer ces troupes fraîches.

Les Anglais demandent à ce moment une suspension d'armes qui leur est accordée, et nos soldats, joignant l'humanité au courage, sauvent les blessés ennemis en les transportant à l'hôpital. Les assiégeants ont perdu 2000 des leurs dans cet assaut; nous n'avons que 18 tués et 49 blessés.

"La journée du 25 paraît favorable au général Graham, à cause de l'éloignement de l'armée française alors en marche sur Pampelune, pour faire un effort décisif contre la place : il profite du moment où la basse mer laisse à sec le pied du rempart, et l'explosion d'un fourneau établi dans un conduit qui traverse une place d'arme rentrante devient bientôt le signal de l'assaut. Les colonnes ennemies s'avancent avec assurance contre la brèche; tandis que d'autres troupes se précipitent dans le chemin couvert de l'ouvrage à cornes que la ruine de la place d'arme a rendu accessible, et commencent aussi un feu des plus violents sur les défenseurs des ouvrages circonvoisins. La garnison oppose sur tous les points la plus vigoureuse résistance. Renversés au pied des brèches, et écrasés par les feux directs des retranchements attaqués et les feux croisés des remparts latéraux, les assaillants abandonnent leur entreprise; ils s'éloignent un instant après et se replient en désordre dans la tranchée. Les détachements ennemis qui ont envahi le chemin couvert de l'ouvrage à cornes, sont abordés à leur tour à la baïonnette par un bataillon du 62e de ligne, et acculés aux palissades qui s'opposent à leur retraite, et les laissent à la merci des Français. Sur 2 000 Anglo-Portugais engagés dans cet assaut meurtrier, 500 environ restent tués ou blessés au pied des revêtements et dans les défenses adjacentes à la contre escarpe; plusieurs centaines de blessés sont en outre recueillis dans la place et y recçoivent tous les soins dus à leur état" (Lapène, in Gloire et Empire N°52).

"Cette affaire est, sans contre­dit, une des plus glorieuses pour les armes françaises en Espagne, elle est surtout remarquable par le sang­froid qu'ont su montrer nos troupes en se voyant attaquées inopinément par une brèche faite sous leurs pieds" (du Capitaine Gouffet, de la Légion de la Vendée).

Les Anglais, remplis d'admiration pour la garnison, mais aussi découragés par leurs échecs, font encore venir des renforts, surtout en artillerie. Plusieurs surprises sont de nouveau déjouées.

Le 27 juillet, le Sous lieutenant Béné est blessé. Le 31 juillet, le Lieutenant Rothmann est tué; le Lieutenant adjudant major Roses, les Lieutenants Thomas, Trimoullier et Robitaille sont blessés (Martinien). Le 18 août, le Lieutenant Toutard est tué (Martinien).

Le 26 août, 63 bouches à feu, dont 29 mortiers, tonnent de toutes parts contre la malheureuse ville.

Le 28 août, le Chef de Bataillon Blanchard et le Sous lieutenant Boyer sont blessés (Martinien). Le 30 au matin, presque tous nos feux étant éteints, Saint-Sébastien ne présente plus qu'un amas de décombres. Cette situation, loin d'intimider nos soldats, ne fait qu'irriter leur courage; réduits à recevoir la mort sans pouvoir la donner, ils attendent l'instant de l'assaut comme celui de la vengeance.

 

- Assaut du 31 août

Enfin, à 2 heures du matin, le 31, l'explosion d'une mine avertit que l'ennemi va tenter un suprême et dernier effort. Tous volent au rempart au cri de : "Ils n'entreront pas !". Vers 11 heures, l'ennemi s'élance, renforcé de 1200 hommes d'élite, envoyés par Wellington; aussitôt on fait jouer deux fourneaux qui renversent le mur du quai sur la colonne anglaise; c'est le prélude du massacre, nos Grenadiers combattent corps à corps, l'avantage va nous rester lorsque la fortune nous devient tout à coup contraire : un obus ennemi fait éclater un amas de projectiles, qui tuent ou blessent des centaines de braves; les Anglais en profitent et s'élancent sur la brèche dégarnie de défenseurs, mais les quelques Grenadiers qui restent leur font payer cher ces ruines arrosées de sang.

Nos pertes étaient irréparables, nous nous retirons à 5 heures du soir dans le château du mont Orgullo; l'ennemi a perdu 2573 tués et blessés, nous avons 250 tués et 270 prisonniers presque tous blessés; la garnison est réduite à 1280 hommes. Les Anglais entrent dans la ville et y commettent toutes sortes d'atrocités, ternissant ainsi la gloire qu'ils venaient d'acquérir.

Le Capitaine Cussis et le Sous lieutenant Kollin ont été blessés le 31 août (Martinien).

Le lendemain, l'ennemi, espérant une capitulation, continue son feu sur le château et crible d'obus l'hôpital. Nos soldats irrités demandent à grands cris à se venger et à rentrer dans la ville. Une première sommation de se rendre reste sans réponse. Le 8 septembre, le Sous lieutenant Thellot est blessé ; il décède le 15. Le Capitaine Henry, le Lieutenant Debarre sont blessés (Martinien).

Cependant tenir est vouer à une mort certaine le peu de braves qui restent. Obéissant à cette raison d'humanité, le Gouverneur fait demander à l'ennemi les conditions de la capitulation.

"Lorsqu'on s'est défendu ainsi que vos troupes l'ont fait, répond le Général anglais, on n'est pas vaincu et on a le droit de dicter ses conditions".

La capitulation a lieu le 9 septembre. La garnison sort avec les honneurs de la guerre et les blessés sont transportés en France.

Napoléon, sur la demande du Maréchal Soult, n'hésite pas à récompenser le courage malheureux, et la plupart des Officiers de la garnison reçoivent dans les prisons mêmes d'Angleterre leur nomination à un grade supérieur.

Ainsi tombe Saint-Sébastien, place de troisième ordre, que l'ennemi comptait enlever en quelques jours. Saint-Sébastien a résisté pendant près de deux mois à une armée complètement organisée et pourvue d'un formidable équipage de siège; l'héroïsme du Gouverneur et de la garnison fait de cette défense un des événements militaires les plus remarquables des temps modernes.

 

e/ Campagne d'Allemagne

Les armes françaises en 1812 n'ont pas été plus heureuses en Russie qu'en Espagne. La Grande Armée, victorieuse de ses ennemis, est entrée à Moscou, mais, vaincue par le climat, presque anéantie, elle a été obligée de rétrograder jusqu'en Allemagne.

Il ne reste à la France que quelques soldats de ce côté : le génie de Napoléon, le patriotisme des Français vont opposer aux vainqueurs une armée de soldats, jeunes il est vrai, mais que leur courage et leur dévouement vont bientôt rendre capables de marcher sur les traces de leurs aînés.

 

- Création du 11e provisoire

Beaucoup de nouveaux Régiments sont créés; ils sont appelés "Régiments provisoires".

Nous avons dit que les cadres du deuxième Bataillon ont été renvoyés au Dépôt, à Marseille, le 26 août 1812. Ce Bataillon est reconstitué au moyen de l'incorporation de conscrits, et, le 12 février 1813, il se met en route pour se rendre à Mayence. Il doit former, avec le 4e Bataillon du 1er de Ligne, le 11e Régiment provisoire.

Ce nouveau Régiment est d'abord placé, à Mayence, dans la 1ère Division du 2e Corps de l'Armée dite "d'Observation du Mayn", organisée à la nouvelle apparition des armées ennemies sur les bords de l'Elbe. Martinien donne un Sous lieutenant Trimoullier, blessé le 5 avril lors de l'affaire d'Orloban (?).

Mais, le 15 avril, elle est encadrée définitivement dans la 21e Division (Général Bonnet); cette Division est la deuxième du 6e Corps (Général Marmont). Le Bataillon du 62e, qui a pris part à la formation du 11e Provisoire, est commandé par le Chef de Bataillon Berceau; le Régiment, à l'effectif de 1161 hommes, l'est par le Colonel Gougeon.

Le 15 avril, la Division Bonnet se trouve à Eisenach; le 21, elle arrive à Gotha.

 

- Bataille de Lutzen (2 mai 1813)

Napoléon, après avoir rassemblé 200000 hommes, décide de traverser la Saale, d'attaquer le flanc de l'armée ennemie, de lui couper ensuite ses communications et de marcher sur Berlin. Les Alliés, de leur côté, comptent écraser, en une seule bataille, les Conscrits de Napoléon.

Un premier engagement a lieu, le 1er mai, à Weissenfels, à la suite duquel le 6e Corps se porte près de Rippach.

Comme nous possédons peu de renseignements sur l'ennemi, le 6e Corps reçoit, le 2 au matin, l'ordre de marcher sur Pegau. Aussitôt, les carrés sont formés, la Division Bonnet se place en échelon à gauche de la 1re Division, et la marche commence avec vigueur et promptitude. Le mouvement, bien que gardant un carctère offensif, est bientôt arrêté, car le Corps de Ney, placé auprès de Marmont, est aux prises avec des forces considérables. Pendant cet arrêt sous le feu, les jeunes soldats du 11e Provisoire supportent avec un sang-froid et un courage dignes des plus grands éloges les effets d'une artillerie formidable, à laquelle ils ne peuvent répondre; les rangs, éclaircis à chaque instant, se reforment; la cavalerie ennemie, qui s'est ébranlée et a chargé vigoureusement, vient se briser contre les baïonnettes. A ce moment, notre Division est envoyée au secours de Ney; l'ennemi est repoussé et la marche en avant reprise sur tout le front. La nuit seule arrête les trois Divisions du 6e Corps qui chargent en ligne. Les soldats, fatigués, espèrent goûter un repos bien mérité, lorsque la cavalerie prussienne fond sur nos troupes; un Régiment, surpris, est même mis en désordre, mais les carrés du 11e Provisoire ainsi que plusieurs autres en imposent à l'ennemi par leur bonne contenance et le forcent à se retirer. La cavalerie prussienne ne se déclare point satisfaite car, vers 10 heures du soir, elle revient de nouveau à la charge; cette fois, reçue à bonne portée, elle fait des pertes considérables et le Régiment des Gardes du Corps prussien est entièrement anéanti.

Ainsi finit cette journée, glorieuse surtout pour le 6e Corps, qui a eu l'honneur de tirer les premiers coups de canon et les derniers coups de fusil. Le 11e Provisoire reçoit des éloges particuliers pour le courage montré par ses conscrits encadrés par les vétérans d'Espagne et d'Italie.

 

- Bataille de Bautzen (20-21 mai 1813)

Après Lützen, l'armée française poursuit l'armée ennemie. Elle entre à Dresde et arrive devant Bautzen, aux environs de laquele les Alliés se sont très fortement retranchés, sur deux lignes parallèles. Le 20, tandis que notre droite attaque la gauche ennemie et que Macdonald se lance sur Bautzen, le 6e Corps reçoit l'ordre de passer la Sprée au dessous de cette dernière ville et de chasser le Général Kleist des hauteurs de Seydan. Malgré une résistance des plus acharnée de la part de l'ennemi, résistance qui dure plus de cinq heures, le 6e Corps accomplit sa mission. Le soir du premier jour, la première ligne de retranchements ennemis est donc forcée. Le lendemain, le feu reprend sur tous les points, l'armée française chasse les Alliés de toutes leurs positions qu'ils occupent et le 6e Corps poursuit l'enemi jusqu'à Wurtzen.

Comme à Lützen, nos jeunes soldats se sont couverts de gloire dans ces deux journées.

Etant donné le peu de détails que possèdent les Régiments sur cette campagne, nous dirons seulement que le 11e Provisoire a pris part aux combats de la Katzbach et de Jauer, qui sont pour nous des victoires. A ce moment, l'armée ennemie est sauvée par l'armistice de Pleiswitz, pendant lequel l'Autriche se déclare contre nous.

 

- Bataille de Dresde (26-27 août 1813)

A la reprise des hostilités, trois armée ennemies se préparent à entrer en lice; de notre côté, nous trouvons le 6e Corps à Buntzlau; il fait partie de l'Armée de Silésie, commandée par Ney, qui se retire devant Blücher, mais est bientôt ramené au combat par Napoléon lui même. Blücher est battu le 21 août.

Le 6e Corps est alors rappelé en toute hâte à Dresde au secours des Corps français, attaqués par la deuxième armée ennemie, celle de Bohême. Le 11e Provisoire, arrivé à marches forcées, participe à la bataille de Dresde, indécise le 26 août, mais décisive le lendemain. L'ennemi est rejeté en Bohême.

 

- Poursuite de l'ennemi

Avec plusieurs autres Corps, le 6e poursuit l'Armée de Bohême et lui inflige une défaite à Possendorf.

Le Général Lagrange a succédé au Général Bonnet dans le commandement de la 2e Division. Celle ci enlève Dippoldiswald, puis elle met en fuite 15000 Alliés à Falkenhein et, le 30 août, elle s'empare encore de la position de Zienwald. Mais nos succès sont arrêtés par la capitulation de Vandamme à Kulm, et nous sommes obligés de revenir sur nos pas.

Pendant cette poursuite, nos armes ont été malheureuses en Silésie, où Blücher a été vainqueur à la Katzbach.

Napoléon prend alors avec lui la Garde et le 6e Corps et renverse l'avant garde ennemie, dont le Corps principal se retire en toute hâte. Peu après, le 6e Corps revient à marches forcées à Dresde, le 10 septembre, et peut enfin jouir d'un repos bien mérité.

"Le 6e corps marchait depuis vingt-deux jours, dit Marmont, sans un seul séjour; il avait livré plusieurs combats et fait souvent des marches de douze lieues, mais il était bien organisé et l'esprit en était admirable".

Il s'écoule un mois, pendant lequel le 6e Corps accomplit, autour de Dresde, différentes opérations heureuses. Le Lieutenant Brousse est blessé le 29 septembre au cours d'une affaire sur l'Elbe (Martinien).

Durant cette période, Marmont arrête Blücher à Duben, puis vient s'établir à Eulembourg. L'armée ennemie du Nord, qui s'est avancée à son tour, force le 6e Corps à battre en retraite sur Leipzig.

 

- Bataille de Leipzig (16-19 octobre 1813)

Le 12 octobre, Marmon, qui a reçu l'ordre d'occuper Delitsch, accomplit sa mission, puis revient à marches forcées au nord de Leipzig. L'armée française, le 16 octobre, est placée en demi-cercle autour de cete dernière ville, faisant face vers le nors, l'est et le sud, aux armées des coalisés. La bataille, dont dépendra le sort de l'Allemagne, va se livrer.

Marmont choisit, à Liebenthal, un emplacement favorable pour résister aux armées ennemies du Nord et de Silésie, mais bientôt, il reçoit l'ordre de se porter au sud de la ville. Le mouvement est à peine commencé que les deux armées ennemies débouchent sur nos derrières; l'arrière garde, aidée de la Division dont fait partie le 11e Provisoire, les tient cependant en respect. Nous faisons de nouveau face à l'ennemi et nous livrons un combat furieux, dans lequel nos soldats luttent un contre quatre; les deux lignes de combat sont espacées seulement de 150 pas. "Jamais chose pareille ne s'était offerte à mes yeux", écrit Marmont.

Au sud de la ville, le combat est non moins violent, et le soir, nous conservons à peu près nos positions. Ont été blessés le 18 le Chef de Bataillon Berceau, le Capitaine Dauphin, les Lieutenants Marqueyret et Brousse, le Sous lieutenant Ducommun (Martinien).

Mais le lendemain, les Alliés reçoivent encore de puissants renforts et le 19, la lutte recommence aussi furieuse. Schoenfeld est perdu et repris sept fois. C'est notre Division qui a principalement la gloire de cette défense héroïque.

Quoique nos pertes énormes soient inférieures à celle de l'ennemi, nous sommes obligés de reculer devant les forces toujours croissantes des coalisés. Nos troupes se sont surpassées en énergie et en courage; "jamais elles n'avaient été aussi fières de ce qu'elles avaient fait".

Ont été blessés le 19, les Capitaines Achery, Hizet, le Lieutenant Pacory, les Sous lieutenants Villé et Rabiet (Martinien).

 

- Bataille de Hanau

La retraite, que rend difficile la traversée insuffisamment préparée de l'Elster, est des plus pénibles. Le 6e Corps, au prix de grands efforts et de grandes pertes, la protège et arrive considérablement réduit à Weissenfels. Un nouveau danger se présente à notre armée en retraite : la Bavière, qui vient de se déclarer contre la France, a envoyé 50000 hommes barrer la route, près de Hanau, à l'armée française. "Celle-ci, dit Napoléon, passa au travers de l'armée ennemie comme un boulet". Le 2 novembre, elle arrive à Mayence.

 

e/ Campagne de France (1814)

Les débris de l'Armée d'Allemagne sont arrivés épuisés sur le Rhin, et comme si les revers de la campagne précédentes ne suffisent pas, le typhus fait bientôt dans les troupes de terribles ravages. De son côté, l'ennemi nous guette, prêt à passer la frontière.

Le 13 novembre 1813, le Sous inspecteur aux Revues Henry procède à l'incorporation de 100 conscrits hollandais dans le 2e Bataillon du 62e, qui a fait la campagne d'Allemagne. Ce Bataillon, ainsi que le 3e, reconstitué, fait partie du 6e Corps d'Armée (Maréchal Marmont, 2e Division commandée par le Général Lagrange.

Le peu de répit que nous laisse l'ennemi est mis à profit pour instruire les recrues et donner quelque cohésion aux troupes.

La campagne ne tarde pas à commencer : luttant un contre quatre, les soldats du 62e s'illustrent dans cette campagne immortelle dont nous n'énumérerons très rapidement que les faits principaux, car presque chaque jour se livre un combat ou s'éxécute une longue marche et il est resté de cette période peu de documents donnant les faits d'armes accomplis par les Corps.

L'ennemi ayant passé le Rhin le 1er janvier 1814, nous rétrogradons immédiatement, et le 6e Corps arrive à Bar le Duc. Les Alliés sont divisés en deux grandes armées, dite de Bohême et de Silésie, sans parler de celle du Nord. Elles comptent environ 360000 hommes; nous en avons 60000 à leur opposer.

Le 25 janvier , le 62e de Ligne fait partie du centre de l'Armée française, commandé par le Maréchal Marmont, Duc de Raguse, 6e Corps d'Armée (idem), 2e Division Comte Lagrange; son effectif est de 228 hommes répartis en deux Bataillons (in Gloire et Empire N°54; source SHD).

Le 29 janvier se livre la bataille de Brienne, pendant laquelle le 6e Corps arrête le Corps d'York, puis, fort de 3000 fantassins seulement, il échappe miraculeusement à trois Corps d'Armée ennemis, qui l'ont entouré, et vient tenir en échec environ 20000 hommes, pendant que la bataille de la Rothière est livrée. Sont blessés à Brienne le Chef de Bataillon Miquelard, le Capitaine Joly, les Sous lieutenants Blanquet et Tisseron (Martinien).

De nouveau, le 2 février, il arrête 8000 hommes à Rosnay dans la Marne (Capitaine Joly, blessé aux avant-poste - Martinien); enfin, il s'illustre tout spécialement à Champaubert, où les troupes ennemies sont anéanties. Le Capitaine Seigneurie est blessé le 10 février à Baye, près de Champaubert (Martinien).

Après Champaubert, c'est à Vauchamp que le 6e Corps montre sa valeur en mettant l'ennemi en fuite et en lui faisant plus de 3000 prisonniers.

Marchant en avant ou en se dérobant, suivant les ordres de l'Empereur, le 6e Corps vient opérer sa jonction avec le Maréchal Mortier à la Ferté sous Jouarre. Grâce à l'habileté des Maréchaux Marmont et Mortier, Blücher, battu à Gué à Tresnes, est obligé de renoncer à marcher sur Paris et se met en retraite sur Soissons, poursuivi par Napoléon lui même. Le 6e Corps prend part à la poursuite de Blücher, qui est sauvé par la reddition de Soissons; il assiste à la bataille de Laon (Chef de Bataillon Miquelard, blessé le 10 mars lors de la reprise de Laon - Martinien). Et couronne cette série de combats en détruisant, à Reims, un Corps de 12000 hommes.

Martinien indique pour le combat de Meaux, le 27 mars 1814, le Capitaine Joux, blessé (mort le 17 avril); le Sous lieutenant Ducommun, tué; le Chef de Bataillon Grandjean, blessé (mort le 4 juin).

Quelques temps après, les armées ennemies s'étant réunies, Blücher forme le projet définitif de marcher sur Paris; malheureusement, Napoléon ne peut s'opposer à ces mouvements. Les deux Maréchaux, placés entre le gros des armées ennemies et Paris, battent lentement en retraite sur la capitale, en disputant le terrain pied à pied. Tout à coup, ils se trouvent en présence d'un Corps entier rangé en bataille; pris en tête et en queue, ils ne sortent que par les manoeuvres les plus habiles "de la plus horrible position où jamais troupes aient été placées".

Les armées ennemies arrivent sous Paris. Les soldats du 62e comptent parmi les 7500 fantassins qui livrent sous les murs de la capitale, à Romainville et au parc des Bruyères, un combat acharné contre plus de 50000 coalisés. Napoléon étant trop loin, l'issue ne peut être doteuse : Paris est remis aux Alliés et le 6e Corps se retire sur la position d'Essonne.

Ont été blessés à Paris le 30 mars le Capitaine Maqueyrat et le Lieutenant adjudant major Melignon.

 

- Le 4e Bataillon en Italie en 1813 et 1814

- Formation de la 25e Demi-brigade provisoire

Voltigeur 4e de ligne 1813 Voltigeur 4e de ligne 1813 Voltigeur 4e de ligne 1813
Fig. 2 Voltigeur de la 5e Compagnie du 4e Bataillon en 1813, d'après H. Knötel (Rastatt). Source : Magazin Veteranenbild ?
Dessin original de E. Fort extrait de "Uniformes des régiments d'infanterie et de ligne sous le Consulat et le 1er Empire"; Aquarelles par Ernest Fort (1868-1938); Ancienne collection Gustave De Ridder, (1861-1945); Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, PETFOL-OA-492
Le même d'après H. Boisselier (document de l'ancienne collection Bouteaud). La source indiquée est Fort.

L'armistice de Pleiswitz, pendant la campagne de 1813, est mis à profit pour renforcer nos armées d'Allemagne et d'Italie. C'est alors que le 4e Bataillon du 62e est désigné, avec un Bataillon des 1er et 16e de Ligne, pour former la 25e Demi-brigade provisoire, et cette dernière est dirigée, au mois de juillet 1813, sur l'Armée du Prince Vice-Roi.

L'armée française occupe la rive droite de l'Adige, les Autrichiens campent à Villach et le Général Hiller menace Trente, lorsque la 25e Provisoire arrive, le 2 novembre, à l'Armée d'Italie. Elle fait aussitôt partie du Corps détaché à gauche sous le général Giflenga qui, dans différents engagements, force les détachements qui lui sont opposés à battre en retraite.

Le 26 décembre, l'Armée d'Italie est formée à six Divisions; la 25e Provisoire est placée dans la 3e Division (Général Fressinet) appartenant à la 2e Lieutenance (Général Verdier). Elle est sous les ordres de l'Adjudant commandant Montfalcon et se trouve à Vérone.

 

 

- Bataille de Roverbello (9 février 1814)

L'année 1814 s'ouvre pour nous sous l'aspect le plus sombre. Pendant tout le mois de janvier, l'Armée d'Italie se maintient sur l'Adige, mais les événements se précipitent et nous forcent à reculer : la Division Fressinet se porte par Valeggio sur le Mincio; le 5 février, elle arrive à Borghetto et le 8 à Mozambano. Le 62e a, le 8, à la bataille du Mincio, le Capitaine Maurin, tué; les Capitaines Ducrot, Leroy, Pierret, le Lieutenant Aubriet et le Sous lieutenant Michaud, blessés (Martinien).

Le Maréchal de Bellegarde ayant résolu de traverser le Mincio, l'armée française marche à lui et la bataille devient générale. La Division Fressinet, qui résiste à Borghetto, se met en bataille pour faire face aux éclaireurs ennemis, situés au delà du Mincio; elle n'a que 5000 combattants à opposer aux 18000 de l'adversaire. Nos soldats prennent position derrière le ruisseau de Mozambano et, bien qu'accablés par le nombre, ils se battent avec la plus grande valeur, disputent le terrain pied à pied et, dans une dernière charge des plus vigoureuses, enfoncent la Division ennemie Radivojevitch et la forcent à la retraite. La bataille est gagnée. L'ennemi perd près de 9000 hommes et nous 2500 seulement; et cependant nous n'avons eu que 24000 hommes environ engagés contre 50000.

Les Autrichiens, attaqués de nouveau le 10 au matin par la Division Fressinet, sont obligés de repasser le Mincio.

Ces succès ne peuvent avoir beaucoup d'influence sur l'issue de la campagne; les faits décisifs se passent sur les bords de la Marne et de l'Aube. Le 15 février, le Roi de Naples nous déclare la guerre. Le 10 mars, le Lieutenant Legay est blessé aux avant-postes en Italie (Martinien).

Dès le 19 avril, le Général Verdier reprend la route de France; l'armée repasse les Alpes le 9 mai.

 

- Le 1er Bataillon à l'Armée de Lyon

Le 1er Bataillon, après avoir été fait prisonnier à Saint-Sébastien, est immédiatement réorganisé et, en février 1814, il est encadré dans la Division Vedel, partie de Turin pour Chambéry, où elle rejoint la Division Marchand. Le Bataillon compte 20 Officiers et 648 hommes.

"La retraite de ce corps de troupes, ses opérations et les combats qu'il soutint furent comme un dernier rayon de gloire, brillant sur la fin du drame impérial". Les hommes, toujours sur le qui vive, conservant jour et nuit le sac au dos, sont exténués de fatigue. Le 2 avril, le Capitaine Magers et le Sous lieutenant Bouille sont blessés au combat de Voreppe près de Grenoble (Martinien).

Le 9 mai (avril ????), à Carouge, le Général Marchand, qui conserve l'espoir de voir l'Armée de Lyon prendre l'offensive, voit tout à coup sa Division entourée de tous côtés par l'ennemi. Il sait encore lui échapper par une marche forcée, qui l'amène, le 10 avril, à Grenoble.

 

- Le 62e devient 58e

Tambour de fusiliers 4e de ligne 1812
Shako de Fusiliers, tel qu'il aurait été porté en 1815

Par suite d'une nouvelle organisation, le 62e est versé, le 1er septembre 1814, dans le 58e avec le 3e Bataillon du 112e et le 3e Bataillon du 7e Régiment des Voltigeurs de la Garde.

La revue du nouveau 58e est passée par le Lieutenant général Grenier : "L'administration de l'ancien 62e, dit Grenier, est tellement bien tenue et en règle, que les comptables du nouveau régiment sont invités à continuer et à y apporter les mêmes soins".

Le 7 mai 1815, ce Régiment prend le n°62 et fait partie, pendant les Cent-Jours, de l'Armée des Alpes. Son Dépôt, placé à Beaune en mai et juin, est ensuite transporté à Montpellier. Le 1er juin, le 62e passe sous le commandement du Colonel Sicard.

RICARD Jacques

Né à Château-Arnoux (Basses-Alpes) le 13 septembre 1769.

Lieutenant au 1er Bataillon des Basses-Alpes devenu 19e Demi-brigade, puis 19e Régiment le 16 octobre 1791. Capitaine au même Régiment le 27 juillet 1796. Chef de Bataillon au même Régiment le 6 septembre 1808. Major au 21e Régiment de Ligne le 20 juillet 1811. Colonel du 61e Régiment de Ligne le 28 juin 1813. Colonel du 62e Régiment de Ligne le 1er juin 1815. En demi-solde le 10 février 1816. Mis en retraite pour ancienneté de service le 16 octobre 1821.

Campagnes : A fait les campagnes de 1792, 1793, 1794, 1795, des Alpes. Celles de 1796, 1797, 1798, Italie et Corse. Celles de 1799, 1800, de Malte. Celle de 1805, Hanovre. Celles de 1805 (vendémiaire an IV), 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, Grande-Armée. Celle de 1811, des côtes. Celles de 1813, 1814, Grande-Armée.

Blessures : Blessure de deux balles à la cuisse gauche, le 27 octobre 1799, dans une sortie de la garnison de Malte. Blessures, dans l'île de Wilhemsbourg, le 17 février 1814, d'un coup de feu à la jambe et d'un autre à la cuisse droite.

Décorations : Chevalier de la Légion d'Honneur le 15 juin 1804. Officier de la Légion d'Honneur le 13 août 1809. Chevalier de Saint-Louis le 27 novembre 1814.

Dans les derniers jours de juin, le 62e combat à l'armée du Jura; le 28 juin, "Le maréchal-de-camp Meuziau, détaché sur Delle avec deux escadrons de hussards et un bataillon du 62e, avait chassé les alliés des postes de Faverois, Rechely, Courtelevant, dont ils s'étaient déjà rendus maîtres. Il avait aussi poussé diverses reconnaissances sur les routes de Porentruy, Fatterhausen, Sepoix, dans lesquelles il avait obtenu des avantages, et s'était retiré par Roppes..." puis "le général Meuziau avait reçu ordre de se porter de Blamont à Odincourt, sur la route de Belfort, défendue par un bataillon de Saône-et-Loire et une compagnie du 62e. Il aperçut le plateau d'Étapes, déjà couvert de cavalerie, et plus de trois mille fantassins qui arrivaient en colonnes avec quatre pièces d'artillerie. Cette vue n'effraya ni le général, ni les soldats. Nos troupes reçurent ces masses avec un sang-froid et une valeur admirables; mais le major Beurmann ayant donné avis que l'ennemi filait sur Héricourt, il fallut songer à la retraite. Meuziau jette quelques voltigeurs dans les redoutes qui couvrent les avenues de la place, et se retire sur Dun, pour observer la vallée de Barre, protéger Montbelliard en assurant sa retraite qu'il effectua de suite, ayant appris que cette ville avait été évacuée" (Précis des opérations des armées du Rhin et du Jura en 1815).

Les 1er et 2 juillet 1815, le Capitaine Gaucher (le 1er) et le Capitaine Fauché (le 2) sont blessés lors de la défense de Montbéliard (Martinien).

 

- Licenciement du 62e

A la création des Légions départementales, le Régiment est licencié : le 1er Bataillon à Belfort le 13 septembre, le 2e Bataillon à Moulins le 5 septembre, les 4e et 5e à Pamproux (Deux-Sèvres) le 22 septembre 1815.

 

- Bataillon supplémentaire du 62e de la première Restauration (ex 66e de Ligne impérial) aux Antilles (complément de Didier Davin)

Plaque de shako 62e de Ligne 1ère Restauration
Plaque de shako, 1ère Restauration

En arrivant sur le trône de France, Louis XVIII décide de restreindre le nombre de Régiment de l'ex armée impériale. Il faut dire que certains ne sont plus que des coquilles vides. Des Régiments sont supprimés, d'autres sont renumérotés. Le 66e ex impérial, qui a servi aux Antilles, devient ainsi un nouveau 62e de Ligne.

Le traité de Paris restitue à la France certaines de ses colonies dont la Guadeloupe et la Martinique. Pour reconstituer les garnisons Outre-Mer, on puise dans les anciens Régiments qui y ont fait leur preuves. Par un Décret du 8 Août 1814, l'ex 66e devenu 62e doit donc former 3 Bataillons supplémentaires : les 4e, 5e et 6e, pour servir à la Guadeloupe comme un Régiment autonome lors de la reprise de contrôle de l'ile.  On adjoint au 62e  un Colonel en second et un Major en second pour se mettre à la tête de ces Bataillons. Le Colonel Vatable, qui a servi aux Antilles dans le 66e, est désigné pour cette unité.

Le 18 août 1814, le Sous-inspecteur aux revues Piet­Chambelles se rend à Blaye pour procéder à l'organisation d'un détachement du 62e, destiné à former le noyau des trois Bataillons supplémentaires qui doivent passer aux colonies, conformément à l'Ordonnance du roi rendue le 8 août. Cette opération fournit un Officier et 136 hommes, qui partent le 20 août pour se rendre à La Rochelle. Les Batailons sont organisés à Oléron, on les équipe de neuf.

Un premier Bataillon est formé et embarqué sur les vaisseaux le Marengo et le Superbe, à destination de la Guadeloupe. Ces navires appareillent de l'île d'Aix les 27 octobre et 22 novembre 1814, arrivent à la Guadeloupe les 14 décembre 1814 et 22 janvier 1815.

La Guadeloupe devait nous être rendue début Octobre, mais les Anglais font trainer avec la plus parfaite mauvaise foi jusqu'en décembre, profitant de ce laps de temps pour piller consciencieusement les ressources de l'ile. Le premier Bataillon supplémentaire arrive le 12 décembre 1814 avec le Gouverneur général, le Contre amiral Linois. Les deux autres Bataillons rejoignent en Janvier avec le Colonel Vatable.

Ce n'est que le 29 Avril 1815, que la Guadeloupe apprend le retour de l'Empereur en France, mais elle reste fidèle aux autorités royales et refuse que les Anglais reviennent tenir garnison, vu leurs antécédents récents. Après des péripéties, le 18 Juin, soit le jour de Waterloo !, la Guadeloupe se décide à rallier Napoléon. Elle n'apprend le résultat de la bataille décisive que le 7 Août. Bien entendu les Anglais ont entamé un blocus de l'ile et y débarqueront pour s'en emparer une nouvelle fois le 8 Août. Les Bataillons du 62e  feront une résistance pour l'honneur face à des forces bien supérieures en nombre. La garnison capitule le 10 août.

 

IV/ Uniformes :

 

Figure 1 : Soldat en tenue d'été en Italie (1807-1808). Reconstitution de Dider Davin pour le Bivouac. Voici ce que dit notre collègue et ami au sujet de ce soldat : "L'habitude a été prise depuis 1806 pour 1еs troupes d'occupation française еn Italie du Sud (royaume dе Naples) comme pour lеs troupes dе Corfou, d'abandonner l'habit uniforme beaucoup trop chaud l'été, dе s'équiper plus légèrement d'un pantalon dе toile еt dе rester еn veste dе coton. Cе qui parfois est insuffisant pour la nuit .... mais permet d'économiser aussi l'uniforme саг еn général l'hаbillеmеnt dе сеs malheureuses troupes dе l'Arméе dе Naples est еn guenilles. Deuxième caractéristique particulière dе notre fantassin, la plaque dе schako ovalairе, d'un modèle propre au Régiment (une plaque dе се type sе trouve dans lеs collections du Musée dе l'Armée. Cette plaque très rustique semble avoir été fabriquée localement еn Italie, mais nous ignorons оù еt si tout lе Régiment portait сеlle-сi. Lе sсhako distribué est encore du 1еr modèle 1807 sans jugulaires (...) Sсhako noir, mentonnière dе cuir noirci, plaque ovalairе cuivre jaune, cocarde tricolore ganse jaune, pompon blеu céleste. Veste blanсhе à collet еt parements blеu foncé, boutons laiton, pattes d'épaule blanсhеs, pantalon еt guêtres blancs, souliers noirs. Giberne noire, baïonnеttе еt son fourreau, fusil à bretelle blanсhе, sac fauve, buffleterie blanсhе".

Figure 1bis : Voltigeur, même époque. Figurine de notre ami Didier Davin.

Figure 1ter : Plaque de shako vers 1810, extraite de "Catalogue de curiosités militaires ... composant la collection de M. C., de Lyon" (vendue à Drouot du 18 au 23 mars 1912). Le catalogue indique : "Plaque de shako du 62e régiment d'infanterie de ligne. Soubassement, modèle spécial. Couronne de l'aigle manque". Nous donnons à côté une plaque originale, sans doute de Grenadiers, assez similaire à la précédente (avec l'aimable autorisation de Mr J. M. Lefevre).

Figure 2 : Voltigeur, 5e Compagnie du 4e Bataillon, 1813, d'après Herbert Knötel; dessin conservé à Rastatt. Source indiquée : Magazin Veteranenbild ? En fait, la source est très certainement un dessin de Fort, dessin que H. Boisselier, qui était en relation avec H. Knötel, a pu lui communiquer. Nous donnons le dessin de Fort, extrait de "Uniformes des régiments d'infanterie et de ligne sous le Consulat et le 1er Empire"; Aquarelles par Ernest Fort (1868-1938); Ancienne collection Gustave De Ridder, (1861-1945); Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, PETFOL-OA-492. Fort indique : "d'après un en-tête de lettre daté de Mayence, 9 octobre 1813, représentant le soldat Moureg". La tenue de ce soldat est pour le moins curieuse. Commençons par le shako : surmonté d'un pompon vert, sur lequel est fiché un plumet jaune à sommet rouge, il est par ailleur doté d'une plaque en losange en cuivre et de jugulaires. L'habit maintenant : de coupe 1812, son collet est jaune sans passepoils; revers coupés droit passepoilés de rouge; parements en pointe rouges sans passepoils (?). Epaulettes à franges et tournantes vertes, corps rouges. Passants bleu. Enfin guêtre courtes noires. Notons par ailleurs l'absence de sabre briquet (sabre que donne H. Knötel). Le dessin de Boisselier (ancienne collection Bouteaud), que nous donnons également, est la copie du dessin de Fort.

 

V/ Drapeaux :

 

Drapeaux modèle 1794

En 1794, chaque Demi-brigade a reçu trois drapeaux tricolores. Le drapeau du 2e Bataillon ou Bataillon du centre correspond à l'ancien drapeau colonel de l'ancienne Monarchie; ce drapeau est uniforme pour toutes les Demi-brigades de Bataille. Les drapeaux des 1er et 3e Bataillons sont identiques entre eux, mais d'un modèle différent pour chaque Demi-brigade (O. Hollander : "Les Drapeaux des demi-brigades d'infanterie de 1794 à 1806"). Pour la 62e de première formation, nous ne connaissons que le modèle réglementaire des 1er et 3e Bataillons.

Drapeau 1 de la 76e Demi-brigade Drapeau 2 de la 76e Demi-brigade
Avers du drapeau commun à toutes les Demi-brigades et arboré au second Bataillon ou Bataillon du centre (reproduction d'après Challiot) Modèle réglementaire du drapeau des 1er et 3e Bataillons, 1794-1804 (reproduction d'après Challiot)

 

Drapeaux modèle 1804

Drapeau 62e de Ligne Aigle 62e de Ligne
Aigle et drapeau modèle 1804, d'après la Cronoca Rovatti Aigle du 62e

L' Aigle du 62eme aux Arapiles (communication de Didier Davin) :

L'Aigle du 62e fut capturé par le lieutenant Pearce du 2eme bataillon du 44th Rgt of Foot à la bataille des Arapiles ( Salamanque), le 22 Juillet 1812. Il tua le Porte Aigle qui avait détaché l'emblème de son caisson pour le cacher sous son uniforme (d'où le fait que l' Aigle est incomplet). Le régiment n' avait pas reçu le nouveau modèle de drapeau et n'avait donc que l'Aigle et la hampe. L'Aigle fut présenté le lendemain à Wellington. Il se trouve aujourd'hui  au Royal Chelsa Hospital et une très belle reproduction est au musée régimentaire de tradition à Chelmsford (Essex Regimental Museum).

Une flamme d'esponton du 2nd Porte Aigle du 62e de Ligne a aussi été capturée au même moment. Elle est rouge triangulaire  bordée d'un galon jaune et ornée sur ces deux faces de l'inscription NAPOLEON 62EME.

 

VI/ Sources :

Bibliographie

- Historique régimentaire.

- Martinien A. : «Tableaux par corps et par batailles des officiers tués et blessés pendant les guerres de l'empire (1805-1815)».

- Notes de l'auteur.

 

Ressources numériques en ligne

- Tony Broughton : "Armes d'Honneur Awarded to the Regiments d'Infanterie de Ligne" : http://www.napoleon-series.org

- Site de R. Darnault : http://darnault-mil.com/Militaires/regiments/infanterie_ligne.php

- Collection de situations Nafziger : http://www.cgsc.edu/carl/nafziger/index.asp