Le 93ème Régiment d'Infanterie de Ligne

1798-1815

Avertissement et remerciements : Cet article nous a été adressé par notre collègue du Bivouac, Didier Davin, que nous remercions tout particulièrement pour sa disponibilité et son érudition.

La 93e Demi-brigade de Ligne de seconde formation à 3 bataillons, est organisée en 1796 à l’Armée de Rhin et Moselle par amalgame des 41e et 207e Demi-brigades de Bataille. Elle fait campagne avec cette armée sous le Général Moreau. On citera en juin 1796 les combats de Manheim et de la Renchen, la bataille d’Ettlingen le 9 juillet, les batailles de Neresheim et Friedberg, et le siège de Kehl en août.

1797-1799, EN ITALIE

- 1797

Officier de Fusiliers vers 1799
Fig. 1 Officier de Fusiliers vers 1799

La Demi-brigade est envoyée à l’Armée d’Italie de Bonaparte en janvier 1797, avec d'autres troupes de l'Armée du Rhin. Avec ces renforts, Bonaparte peut reprendre l'offensive et, le 9 mars, les Français repassent la Piave.

Avec le Général Joubert, la Demi-brigade fait campagne au Tyrol. On la retrouve à la Division Delmas.

Pendant la marche de Brixen à Innspruck, la 93ème, à l’avant-garde de la Division Delmas, soutient plusieurs combats dans lesquels elle culbute l’ennemi, lui prend 800 hommes, 2 pièces de canon et un obusier.

Le Dépôt se rend en mai 1797 de Strasbourg à Digne, qu’il quitte en décembre 1798 pour aller à Mantoue.

Le 7 avril, les Autrichiens demandent une armistice. Le 18 avril, les préliminaires de paix sont signés à Léoben.

Le 2 mai, Bonaparte déclare la guerre à la République de Venise qui sera bientôt sous contrôle.

Le 14 juin 1797, Bonaparte réorganise son armée Italie, il écrit à Berthier : "... 7e Division Delmas, brigade Verges : 59e et 93e demi-brigades de Ligne ...".

En juillet 1797, la Demi-brigade reçoit de nouveaux drapeaux (voir chapitre spécial sur les drapeaux).

Le 11 novembre, Bonaparte accorde un sabre d’honneur au Sergent Triponnet pour être entré le premier dans la redoute de Cembra.

- 1798

Après le départ de Bonaparte pour l’Egypte avec une partie de l’Armée d’Italie, la Demi-brigade reste dans la péninsule.

Les Français en début d’année se sont emparés de Rome et y ont proclamé la République. Il vont, après une offensive napolitaine ratée, entrer dans la partie continentale du Royaume de Naples, à la fin de l’année et au début 1799, et y créer une nouvelle République sœur. Le Piémont est aussi envahi.

- 1799

Au début de l'année, la 93ème fait toujours partie de l’Armée d’Italie, désormais sous le Général Schérer, à la Division Delmas puis Victor. Les deux premiers Bataillons sont à l’armée, à l’avant-garde, le 3ème Bataillon (dit de garnison), se trouve dans la place de Mantoue.

En mars, les hostilités reprennent avec l’Autriche en Italie tandis que les forces françaises pénètrent en Toscane.

La 93e participe à la bataille de Bussolengo le 26 mars, qui a pour mission d’enlever les hauteurs de Pestrengo sur la rive droite de l’Adige, dont les Autrichiens nous disputent le passage. Le Chef de Bataillon Marion, avec son Bataillon et les Grenadiers du Régiment, reçoit l’ordre d’exécuter une attaque de nuit contre les hauteurs couvertes d’un triple rang de retranchements garnis d’artillerie. 11 Officiers sur 24 et 200 Grenadiers y seront mis hors de combat, mais la position sera prise. Puis, après la réunion des Divisions Delmas et Grenier, les Autrichiens sont repoussés au delà du fleuve. De nombreux soldats sont récompensés.

Les Autrichiens reprennent pied à Vérone, et les forces française sont battues à Magnano le 5 avril.

Les Russes font leur jonction avec les Autrichiens sur le Mincio, le 14 avril.

Le 12 mai, à Bassignano, les Français essaient d’empêcher les Russes de passer le Pô. Le Chef de Bataillon Marion s'y illustre encore. La 93ème est alors à la Division Victor.

A San Giuliano, le 16 mai, la 93e couvre la retraite de l’Armée française menée désormais par Moreau.

Puis la 93e participe à la bataille de la Trebbia entre les 16 et 18 juin. La Division Victor va couvrir une nouvelle fois le repli des Français de Mac-Donald et son armée de Naples, revenus du fond de la péninsule, devant la situation militaire.

Le 16 juillet, à l’Armée d’Italie, placée sous Joubert, la 93e Demi-brigade est à l'aile gauche à la Division Grouchy, Brigade Charpentier. Il ne reste plus que 820 hommes aux deux Bataillons. Son 3ème Bataillon est toujours à Mantoue; il y reste jusqu’au 28 juillet, jour de la reddition de cette place après trois mois et demi de siège. La garnison rentrera en France.

Les deux autres Bataillons vont participer à la bataille de Novi le 15 août 1799 contre les Russes et les Autrichiens. Le Général en chef Joubert y est tué. Championnet reprend le commandement en catastrophe.

Les Français se replient progressivement, tandis que Bonaparte revient d’Egypte, y laissant son armée. Il s’empare du pouvoir. Le Consulat va naitre le 10 novembre par un coup d’état.

1800-1804, LE CONSULAT

Fusilier du 93e de Ligne vers 1807-1808
Plaque 1806-1810 du 93e de Ligne, Musée du fort de Joux
Fig. 2 Fusilier du 93e de Ligne vers 1807-1808
Plaque 1806-1810 du 93e de Ligne, Musée du fort de Joux

Le 14 février 1800 (25 pluviôse an VIII), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... Faites-moi connaître où sont les troisièmes bataillons des 7e, 8e, 16e, 17e légères, des 24e, 72e, 68e et 93e de ligne ..." (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.2, lettre 1156 ; Correspondance générale de Napoléon, t.3, lettre 4982).

Au début de 1800, la Demi-brigade va s’illustrer à la défense de Savone, d’abord en protégeant les retranchements de Cadibone, puis en s’enfermant dans la place où elle devra capituler le 16 mai. Masséna, enfermé dans Gênes, devra faire de même le 4 juin.

Mais en juin, Moreau et ses lieutenants en Allemagne, et Bonaparte à Marengo, auront brisé les offensives autrichiennes.

Le 25 septembre 1800 (3 vendémiaire an 9), Bonaparte écrit, depuis Paris, à Carnot, Ministre de la Guerre : "... Vous donnerez l'ordre au général Bernadotte de faire partir pour Dijon la 81e, d'où elle ne pourra partir que sur un ordre de vous ; elle sera remplacée dans l'armée de l'Ouest par la 93e" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.2, lettre 1193 ; Correspondance générale de Napoléon, t.3, lettre 5658).

Il faudra attendre la fin de l’année pour que la paix soit actée. Les prisonniers de la 93e vont pouvoir rentrer en France.

En mars 1801, la 93ème fait partie des 31 Demi-brigades de Ligne réduites à 2 Bataillons. Le 1er, formé de la réunion des 1er et 2ème, rejoint à l’armée d’Angleterre le 3ème Bataillon qui prend le numéro 2.

Le 31 mai, Bonaparte écrit à Berthier : "... Donnez ordre au commandant de la 20e division militaire de complêter les 92e et 93e demi brigades à 800 hommes chacune ...".

Un des Bataillons (le second) de la Demi-brigade passe ensuite au Corps d’observation de la Gironde, désigné pour opérer avec les troupes espagnoles contre le Portugal. Bonaparte écrit au Général Gouvion Saint Cyr le 1er juin 1801 : "… Les 3e bataillons de 24e, 44e, 96e, les seconds des 92e et 93e, formant en tout près de 5000 hommes, avec un bon train d'artillerie, seront à Bayonne dans les premiers jours de Messidor pour aller vous joindre, si cela est nécessaire …".

L’Etat militaire an XI (fin 1802) nous donne la 93e Demi-brigade dans la 20e Division Militaire à Perigueux avec l’encadrement suivant : Chef de Brigade: Marion; Chefs de Bataillon : Galoyer, Delayant et Dollfus; Quartier Maître trésorier : Denys.

En 1803, la 93e est envoyée garder les iles de la côte Ouest de la France. Pour l’île d’Yeu, Napoléon 1er Consul écrit à Berthier le 3 juin 1803 : "... Envoyez dans cette île un commandant d’armes que vous chargerez de faire exercer les troupes ; on m’assure que la 93e n’a pas une bonne discipline. Faites connaitre au chef de bataillon, commandant la 93e, qu’il est nécessaire qu’il établisse une bonne discipline dans le corps qu’il commande. Qu’il fasse exercer et lui fasse faire toutes les semaines l’exercice à feu. Il doit l’exercer aussi aux manœuvres du canon ...
Donnez ordre qu’on fasse partir du dépôt de l’ile de Ré 300 hommes pour l’ile d’Yeu, lesquels seront incorporés dans le bataillon de la 93e qui est dans cette île, ce qui portera sa garnison à 1000 hommes
(Ndlr compris 2 compagnies suisses)".

Et le 9 juin 1803 : "... La 93e tiendra un bataillon à l’île d’Yeu et un autre à l’île de Ré. Le bataillon de l’île d’Yeu sera complété par les dépôts de l’île de Ré et de Bordeaux, jusqu’à ce qu’il soit au complet de 1000 hommes ; et à cet effet lorsque 100 hommes seront disponibles de l’un ou l’autre de ces dépôts, ils soient dirigés sur l’île d’Yeu.
Il est nécessaire que les hommes de ces dépôts ne traversent pas la Vendée pour se rendre à l’ île d’Yeu mais embarquent à la Rochelle ou à Rochefort.
Le bataillon de la 93e qui est à l’ile de Ré sera aussi complété à 1000 hommes, et à cet effet tous les conscrits seront envoyé à l’ile de Ré après que le bataillon de l’ile d’Yeu sera complété.
Recommandez au chef de brigade et aux chefs de bataillon de maintenir une sévère discipline sur ces deux bataillons
".

En 1803, les restes de la 90e Demi-brigade de Ligne, envoyée en grande partie à Saint-Domingue, sont versés dans la 93e. La musique y passe également, ce qui permet au musicien Philippe François Girault de poursuivre sa carrière (lire "Mes campagnes sous la Révolution et l’Empire, 1791-1810"; La Rochelle, 1884).

Par arrêté du 24 septembre 1803, les Corps d’infanterie reprennent le nom de Régiment, le Chef de Brigade le titre de Colonel.

En décembre 1803, le Régiment fournit des Compagnies à des colonnes mobiles chargées de réprimer le brigandage, habillé de la cause chouanne ou vendéenne. Napoléon écrit, de Paris, le 12 décembre 1803, au Général Berthier, Ministre de la guerre : "Je vous prie, Citoyen Ministre, de donner ordre, par un courrier extraordinaire, au général Lagrange, à Alençon, de faire partir sur-le-champ le détachement de la légion d’élite à pied, qui fait partie de la colonne d’éclaireurs de Mayenne et qui est fort de 130 hommes, pour Montaigu, où il recevra des ordres du général Gouvion.
Donnez ordre également à la colonne d’éclaireurs qui est sous les ordres du général de brigade Devaux, à Laval, de se rendre Machecoul, département de la Loire-Inférieure, où elle prendra des ordres du général Gouvion.
Votre courrier extraordinaire continuera sa route d’Alençon à Châtillon, département des Deux-Sèvres, et portera au général Gouvion l’ordre de s’appuyer sur la côte, de se rendre avec sa colonne et celle du chef de brigade Devaux, du côté de Challans, Aizenay et Saint Lue. Le général Gouvion donnera ordre au général Girardon de se porter avec sa colonne de Beaupreau à Montaigu, et de veiller sur toute cette partie. Vous lui direz du reste, que je désire, par le retour du courrier, connaître parfaitement la situation de cette contrée, qu’il doit connaître mon impatience sur un objet de cette importance. Vous lui enverrez la lettre ci-jointe des Sables. Vous lui direz que, si les événements étaient aussi pressants que cette lettre les présente, il pourrait donner ordre à l’adjudant commandant Brouard de faire partir quatre compagnies du bataillon qui est à l’île d’Yeu, complétées à 80 hommes, et d’avoir soin de n’y mettre que de bons sujets et des hommes éprouvés. Il pourra en demander un pareil nombre aux commandants de l’île de Ré et de Rochefort. Enfin il pourrait également demander 200 hommes du régiment suisse qui est à la Rochelle, ce qui lui ferait une augmentation de forces de 1,500 hommes.
Faites connaître au général commandant la 12e division militaire qu’il ait à faire parvenir des ordres en conséquence aux différents commandants, et à lui-même de tenir toutes les forces et tous les moyens dont il pourrait disposer à Nantes
".

1804-1805, LE DEBUT DE L’EMPIRE

Officiers de grenadiers du 93e de Ligne à Hambourg vers 1807-1808
Fig. 3 Officiers de Grenadiers du 93e de Ligne à Hambourg vers 1807-1808

En Janvier 1804, la traque des brigands de l'Ouest continue. Le 8 janvier 1804, Napoléon écrit, de Paris, au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Donnez l'ordre, Citoyen Ministre, au général Gouvion de faire partir de la Vendée les trois régiments de dragons composant la brigade du générai Fénerolz pour se rendre au camp d'Amiens.
Vous lui ordonne
Celle de Machecoul sera commandée par le général de brigade Devaux et composée de 25 gendarmes, d'un détachement du 20e régiment de chasseurs, et de trois compagnies du 3e bataillon du 12e régiment d'infanterie légère complétées à 70 hommes chacune.
Vous ordonnerez à cet effet que le détachement du 47e régiment qui faisait partie de cette colonne retourne à Rennes.
La colonne de Palluau sera commandés par le général de brigade Paulet, et sera composée d'un détachement de gendarmerie, d'un détachement du 4e régiment de chasseurs et de trois compagnies du 3e bataillon du 105e régiment d'infanterie de ligne. Les grenadiers ne seront point compris.
Le détachement du 12e régiment d'infanterie légère qui compose cette colonne retournera à Nantes.
La colonne de Montaigu sera commandés par le général de brigade Girardon, et sera composée d'un détachement de gendarmerie, d'un détachement de dragons, et de trois compagnies du 3e bataillon du 26e de ligne complétées à 70 hommes chaque.
La colonne de la Roche-sur-Yon sera commandée par le colonel Reynaud, adjudant du palais, et restera composée comme elle se trouve.
La colonne de Thouars ou de Bressuire restera organisée comme elle se trouve.
Le général Gouvion retiendra, pour sa garde, les compagnies du 93e d'infanterie de ligne et le détachement du 22e régiment de chasseurs, en renvoyant à Nantes tous les détachements du 12e d'infanterie légère. Par ce moyen, tout le 12e d'infanterie légère sera réuni à Nantes, hormis trois compagnies, et tout le bataillon du 82e régiment sera réuni aux Sables
" (Correspondance de Napoléon, t.9, lettre 7457 ; Correspondance générale de Napoléon, t.4, lettre 8562).

Situation et encadrement du Régiment selon l’Etat militaire de l’An XIII (23 septembre 1804 - 22 septembre 1805) :
93e de Ligne : 1er Bataillon ile de Ré, 2e Bataillon ile d’Aix, 3e Bataillon ile d’Yeu, 4e Bataillon Ile d’Oleron; Colonel Grillot; Major Bouilly; Chefs de Bataillon Dolfuss, Galoyer, Maury, Mazurier; Chefs de Bataillon à la suite : Valence et Denys.

Depuis fin 1804, le Régiment fournit pour la garnison des vaisseaux en rade de l’île d’Aix, des détachements qui font les campagnes des Amiraux Missiessy et Allemand. Un de ces détachements, embarqué le 20 mars 1805, assiste au combat naval de Trafalgar sur le vaisseau "l’Achille". Sur le vaisseau en proie aux flammes, l’explosion prochaine de la soute aux munitions amène les survivants des combats à se jeter à l’eau. Le 93e y a des pertes dont le Lieutenant Jacquin. L’Aigle du second Bataillon disparait dans la destruction du navire.

Les Anglais se hâtèrent d’envoyer leurs chaloupes pour recueillir les infortunés qui s’étaient si bien défendus, dont le Capitaine Sancenot.

Par décret du 19 septembre 1805, la 3ème Compagnie de chaque Bataillon est transformée en Compagnie de Voltigeurs, et doit comprendre des hommes bien constitués, vigoureux et lestes, mais de petite taille. Leur armement théorique est allégé et les ordres de manœuvre sont amplifiés par des cornets et non des tambours.

L’année se termine avec la victoire d’Austerlitz qui venge Trafalgar.

1806, RETOUR EN ITALIE

Le Régiment se rend en entier en Italie, où il tient garnison : le Dépôt à Alexandrie, les Bataillons de guerre à Vérone.

Devant les préparatifs prussiens, Napoléon écrit le 23 septembre 1806, depuis Saint-Cloud, au Prince Eugène, Vice-roi d’Italie : "Instructions pour le vice-roi
ORGANISATION DE L'ARMÉE D'ITALIE
Général en chef, le vice-roi;
Chef d'état-major général, le général Charpentier; commandant en chef l'artillerie, le général Sorbier; commandant en chef le génie, le général Lery; ordonnateur en chef, le sieur Joubert.
L'armée d'Italie sera composée de cinq divisions actives.
Les deux premières divisions, commandées par les généraux Seras et Broussier, seront composées de deux bataillons du 13e régiment d'infanterie de ligne, de trois bataillons du 35e de ligne, de deux bataillons du 53e de ligne, de trois bataillons du 9e de ligne, de trois bataillons du 92e de ligne, et de deux bataillons du 84e de ligne.
Ces corps devront être complétés avec tout ce qui est disponible des 3e et 4e bataillons, et former, avant la fin d'octobre, 14,000 hommes d'infanterie présents sous les armes.
Le général de division Lacoste commandera la cavalerie légère, composée du 8e régiment de chasseurs et du 6e de hussards, formant 1,200 hommes.
L'artillerie et tous les autres objets continueront à rester sur le même pied où ils sont à présent.
Ce corps, qui continuera à porter le nom de 2e corps de la Grande Armée, donnera ainsi une force de plus de 16,000 hommes.
Pour l'administration et le commandement, ce corps doit faire en tout partie de l'armée d'Italie et sera sous les ordres du vice-roi.
La 3e division sera composée du 3e régiment d'infanterie légère, du 106e régiment de ligne et du 37e régiment de ligne.
La 4e division sera composée du 2e régiment d'infanterie de ligne, du 56e de ligne et du 93e de ligne.
La 5e division sera composée du 16e régiment de ligne, du 67e de ligne et du 9e de ligne
".

N’attendant pas les Russes, les Prussiens se lancent dans l’offensive avec leur allié saxon. Ils sont écrasés à Iéna et Auerstaedt le 14 octobre, puis poursuivis l’épée dans les reins. Berlin est occupée, les places prussiennes commencent à être assiégées et à tomber.

Les Français pénètrent en Pologne, se heurtant en novembre aux premières troupes russes. Les armées d’Italie et de Dalmatie restent en réserve pour intimider les Autrichiens.

1807-1808, EN ALLEMAGNE

Colonel du 93e de Ligne à Hambourg vers 1807-1808
Fig. 4 Colonel du 93e de Ligne à Hambourg vers 1807-1808

Le 16 janvier 1807, l'Empereur écrit, depuis Varsovie, au Général Dejean, Ministre Directeur de l'Administration de la Guerre, à Paris : "Monsieur Dejean, il manque un major au 8e régiment de chasseurs. Pourquoi les 2e, 67e, 37e, 93e et 56e ont-ils leur habillement en mauvais état ? Le 7e et le 112e sont tellement dans un dénuement tel (sic) que le général Chabot demande pour eux un armement et un habillement complets. Faites partir de Paris un inspecteur aux revues ferme pour vérifier la comptabilité de ces régiments" (Brotonne (L. de) : « Dernières Lettres inédites de Napoléon 1er, collationnées sur les textes et publiées » ; Paris, 1903, t. 1, lettre 522).

Après la sanglante bataille d’Eylau le 8 février, l’armée française prend ses quartiers d’Hiver. Des renforts sont prélevés d’Italie, dont les premier et second Bataillons du 93e de Ligne.

Le 25 mars 1807, Napoléon écrit, depuis Osterode, à Eugène, Vice-Roi d'Italie : "Mon Fils, vous ne mettez pas dans vos états de situation ce que les dépôts doivent recevoir de la réserve de 1806, de la conscription et de la réserve de 1807, et cela rend vos états incomplets.
Il faut écrire à Parme pour compléter les deux bataillons du 3e Léger de 600 hommes. Il faut augmenter également le 56e et le 93e ; ils doivent être forts. Cela augmentera la division Boudet de 1,800 hommes ...
" (Correspondance de Napoléon, t.14, lettre 12174 ; Correspondance générale de Napoléon, t.7, lettre 14892).

Le 30 mars 1807, l'Empereur écrit depuis Osterode, au Maréchal Berthier : "Donnez ordre par un courrier extraordinaire à la division Boudet qui est à Vérone, et à la division Molitor, qui est à Brescia, de se mettre en marche le 10 avril pour se diriger sur Augsbourg, où il indispensable qu'elles soient arrivées avant le 30 avril. La troupe marchera en divisions. Les régiments de tête feront, les premiers jours, double marche, afin de pouvoir marcher par régiments pour se cantonner. Pour avoir le temps de se procurer des vivres, les divisions prendront, en partant de Vérone, quatre jours de pain. La division de Vérone passera par Ala, et celle de Brescia par la Rocca d'Anfo. S'iI y a quelques marches d'étapes qui soient trop courtes, les généraux des divisions pourront les brûler. Ces divisions mèneront leur artillerie.
On tiendra cet ordre le plus secret possible, afin qu'elles aient déjà fait plusieurs marches avant qu'on se doute de leur destination...
" (Correspondance de Napoléon, t.14, lettre 12232 ; Correspondance générale de Napoléon, t.7, lettre 14992).

Le même 30 mars 1807, l'Empereur écrit, depuis Osterode, au Général Lacuée, Directeur général des revues et la conscription : "Monsieur Lacuée, je viens de retirer de l'armée d'Italie les divisions de Vérone et de Brescia, c'est-à-dire quatorze bataillons, savoir : deux du 3e d'infanterie légère, trois du 56e de ligne, deux du 93e de ligne, deux du 16e de ligne, deux du 67e de ligne, deux du 2e de ligne …" (Correspondance de Napoléon, t.14, lettre 12227 ; Correspondance générale de Napoléon, t.7, lettre 15006).

Le 20 Avril 1807, l'Empereur écrit, depuis Finkenstein, au Général Clarke, Gouverneur de Berlin et de la Prusse : "... dans ce moment, 25.000 hommes formant les divisions Molitor et Boudet, avec leur artillerie et bien organisés, sont à Inspruck. Ces divisions seront à la mi-mai à Magdeburg ..." (Correspondance de Napoléon, t.15, lettre 12431 ; Correspondance générale de Napoléon, t.7, lettre 15352).

Le 24 Avril 1807, l'Empereur écrit, depuis Finkenstein, au Général Clarke, Gouverneur de Berlin et de la Prusse : "La division Boudet arrive les 26, 27 et 28 à Augsbourg. Elle se mettra en marche le 29 par la route de Donauwoerth, Nuremberg, Bamberg, Iéna et Halle. Elle est composée de trois bataillons du 56e, de deux du 93e et de deux du 3e léger, avec son artillerie et tout ce qui lui est nécessaire. Cette division arrivera à Halle le 12 mai et au plus tard le 14. Comme elle fait beaucoup de journées de six à huit lieues, j'ai ordonné à ce général de vous envoyer un aide de camp pour que, si les circonstances l'exigeaient, vous les fassiez doubler de marches. Je n'ai pas besoin de vous dire que ce serait un grand malheur si cette division était obligée de forcer de marches. Au contraire, je trouve que les marches qu'elle fait sont déjà trop considérables. Ainsi mon intention est de la faire séjourner quelques jours à Halle, si rien ne s'y oppose. Vous en profiterez pour faire nettoyer cette ville et prendre toutes les mesures que vous jugerez convenables ..." (Correspondance de Napoléon, t.15, lettre 12467 ; Correspondance générale de Napoléon, t.7, lettre 15411).

Le 29 Avril, Napoléon forme un nouveau Corps d'Observation confié au Général Brune qui doit recevoir la Division Boudet.

Le 20 mai, l'Empereur écrit à Brune : "... la division Boudet doit être en ce moment à Stettin ; elle doit faire plus de 6000 hommes ...".

Les forces françaises en Allemagne du Nord font alors le siège des dernières places prussiennes et Stralsund en Poméranie suedoise (Suède, qui s'est déclarée contre l'Empereur).

Le 14 Juin a lieu la bataille de Friedland. Le 16, Koenigsberg capitule. Le 21, un armistice franco-russe est signé à Tilsitt.

Drapeau, 93e Demi-brigade, Italie, 1797-1799
Siège de Kolberg en 1807

Le siège de Kolberg se poursuit. La Division Boudet, détachée de Stettin pour renforcer les troupes, arrive sous cette ville à marches forcées, le 29 juin, à 11 heures du soir. Le 1er juillet au matin, on attaque les défenses extérieures de l’ennemi ; le 93ème est chargé de l’opération principale consistant à enlever un bois, où toutes les difficultés d’approche avaient été réunies et qui présentait une ligne de retranchements appuyée par cinq redoutes armées de 12 bouches à feu. Le Général LOISON, commandant les troupes du siège, écrit, dans son rapport au Major-général, sur ce fait d’armes : "... La ligne de retranchements du bois n’arrêta que quelques instants les braves chargés de l’attaquer, elle fut bientôt enlevée à la baïonnette et l’ennemi, après une résistance opiniâtre, se retira en désordre, abandonnant son artillerie, ses bagages et ses blessés. On s’établit dans la position de l’ennemi et on s’y maintint malgré le feu des batteries du fort et de la place qui, jusqu’à la nuit, ne cessèrent de vomir la mitraille. La rare intrépidité de M. le colonel GRILLOT, du 93ème, a beaucoup contribué à donner à son régiment la contenance ferme qu’il a montrée pendant toute l’action. Ce régiment a perdu beaucoup de monde, non pas dans l’attaque, qui, par son énergie, a empêché l’ennemi de se reconnaître, mais au moment où, après avoir enlevé ses positions, il dut chercher à s’y maintenir en les retranchant, ce qui ne pouvait se faire que sous le feu continuel de la place".

Le lendemain, on s’empare d’un faubourg de la ville, qui allait être obligée de capituler, lorsque la nouvelle de l’armistice conclu à Tilsitt fait suspendre les opérations.

Le 93ème avait eu 5 Officiers tués, 6 blessés et 300 hommes mis hors de combat.

Reste Stralsund. Tandis que Brune discute avec les Suédois, ceux-ci demandent l'aide des Anglais pour débloquer Stralsund qui a déjà reçu des renforts prussiens. Les Britanniques débarquent le 5 Juillet après que l'armistice ait été dénoncé par la Suède, mais l'annonce d'un traité avec la Prusse (le 9 Juillet) fait retirer les troupes de ce pays.

Brune attaque le 13 Juillet. La Division Boudet s'empare de Tribsee. Le blocus se resserre.

Le 22 juillet 1807, l'Empereur écrit, depuis Dresde, au Maréchal Berthier, Ministre de la Guerre, Major général de la Grande Armée : "Mon Cousin … l'armée du maréchal Brune sera composée : 1° de la division italienne, commandée par le général Pino, et des trois régiments de cavalerie italiens ; 2° des quatre régiments français de la division Molitor ; 3° des trois régiments français de la division Boudet ; 4e du 5e d'infanterie légère et du 19e de ligne, ce qui fait neuf régiments français ; du régiment d'Aremberg et des deux régiments de cavalerie légère français venus de Danzig ; de tous les Badois; de la brigade bavaroise venue de Munich ; des régiments de Nassau, de Würzburg, de Hesse-Darmstadt et du grand-duc de Berg. Ce qui fait donc : … Total... 38,000 Ce qui est plus que suffisant" (Correspondance de Napoléon, t.15, lettre 12936 ; Correspondance générale de Napoléon, t.7, lettre 16046).

Le même jour, Napoléon écrit, depuis Dresde, au Maréchal Brune, commandant le Corps d'Observation de la Grande Armée : "... Pressez le siége de Stralsund ..." (Correspondance de Napoléon, t.15, lettre 12941 ; Correspondance générale de Napoléon, t.7, lettre 16049).

Les Anglais quittent la ville le 8 Août pour attaquer le Danemark. Le 15 Août, on ouvre des tranchées devant la ville. Les Suédois s'en retirent le 20 Août. Brune subira la disgrâce de l'Empereur pour avoir permis aux Suédois de se retirer, sans les faire prisonniers en livrant simplement l'ile de Rügen.

En Octobre, la Division Boudet est versée au Corps de Bernadotte, nommé au gouvernement des villes hanséatiques, et tient garnison dans les dites villes, dont Hambourg. C'est là que des notables peuvent observer le 93e de Ligne et le dessiner.

Au commencement de 1808, le 93e reçoit une nouvelle organisation et est constitué à 5 Bataillons. Les 4 premiers, de 6 Compagnies dont une de Grenadiers, une de Voltigeurs et 4 de Fusiliers. Le 5ème, dit de Dépôt, de 4 Compagnies de Fusiliers seulement. Le Dépôt est à Alexandrie (département de Marengo).

Les deux premiers Bataillons sont en Allemagne, les trois autres en Italie. Le 3e va partir pour la Catalogne. Napoléon écrit, le 22 février 1808, depuis Paris, au Général Clarke, Ministre de la guerre : "Monsieur le Général Clarke, vous devez avoir reçu mon décret pour la nouvelle organisation de l'armée ...
6e Corps de la Grande Armée. - Tous les régiments du 6e corps garderont également trois bataillons ou dix-huit compagnies, à l'exception des 19e, 50e, 58e et 93e qui, n'ayant qu'un effectif de 2,000 hommes et au-dessous, ne garderont que deux bataillons ou douze compagnies ...
".

En Août 1808, les Divisions espagnoles alliées, sur les côtes de Fionie et du Jutland, apprennent la situation dans leur pays. On leur demande de prêter serment au nouveau Roi Joseph, ce qu’elles refusent le 31 juillet et, aidée de la marine anglaise, une grande partie embarque pour retourner chez elles combattre les Français avec le Marquis de la Romana. Le 93e de Ligne, avec les autres troupes françaises de la Division Boudet, essaie de les arrêter. Quelques unités sont effectivement capturées, désarmées et envoyées prisonnières en France.

Le 93e de Ligne reste ensuite autour de Hambourg jusqu'au 12 octobre où la Division doit se diriger sur Francfort. C’est un séjour en Westphalie où les Français sont mal reçus, malgré que le Roi soit Jérome Bonaparte.

1808-1809, UN BATAILLON A L’ARMEE DE CATALOGNE

- 1808

Officier de Grenadiers du 93e Régiment vers 1807-1808
officier de grenadiers 93e de Ligne, Hambourg vers 1807-1808
Fig. 5 Officier de Grenadiers du 93e Régiment vers 1807-1808, d'après le Manuscrit dit du Petit Suhr
Fig. 5bis Officier de Grenadiers du 93e de Ligne, vu à Hambourg, vers 1807-1808

Depuis la fin 1807, sous prétexte d’envahir le Portugal, les forces françaises passent par l’Espagne et y occupent les points stratégiques dans un but final d’annexion qui est déjà prévue, après avoir destitué la famille royale en place.

Le Corps d’Observation des Pyrénées Orientales, mis sous le commandement du Général Duhesme, a pris le contrôle de Barcelone en février. Il compte dans ses rangs le 3e Bataillon du 93e de Ligne, avec 21 Officiers et 669 Sous-officiers et soldats, à la Brigade Viala.

Napoléon écrit à Murat, le 14 mars 1808, son Lieutenant général en Espagne depuis févier : "... D'un autre côté, 5 à 6,000 hommes d'infanterie française arrivent le 30 à Perpignan. Ils doivent donc être dans la première semaine d'avril à Barcelone; ce qui portera le corps du général Duhesme à 13 ou 14,000 hommes; ce qui, joint aux forts de Barcelone qu'il occupe, le mettra sur un pied respectable, et lui permettra de disposer d'une division pour seconder vos opérations ...".

Mais Duhesme est rapidement circonscrit dans la ville à partir de mai par les Espagnols qui se sont révoltés, à l’annonce de la destitution des Bourbons le 10 mai.

Pendant ce temps, en Italie, les Dépôts des Régiments sont changés. Napoléon écrit au Prince Borghèse le 20 mai 1808 : "... Vous devez avoir dans votre gouvernement à Turin les dépôts des 6e, 7e, 37e de Ligne et 14e Léger … à Alexandrie ceux des 2e, 36e et 93e de Ligne. Les dépôts sont-ils arrivés dans votre gouvernement ? Faites-vous remettre par les majors l’état des effets d’habillement, la quantité de conscrits qu’ils ont à recevoir et ceux qu’ils ont déjà reçus. Vous donnerez des ordres pour que les corps qui auraient des conscrits à leurs nouveaux dépôts, et des effets aux anciens, envoient ces conscrits en proportion sur les anciens dépôts pour y être habillés et incorporés dans les 4eme bataillons ...".

Napoléon prévoit d’envoyer en Catalogne des renforts et de débloquer la ville de Barcelone.

Duhesme essaie de désserer l’étau comme au combat d'Espaguerra le 5 juin. Puis en juillet, il décide de marcher sur Girone. Il part de Barcelone avec la Division Chabran, par la route qui suit le bord de la mer, la seule praticable à l’artillerie; il la trouve coupée en plusieurs endroits et défendue par la flotte anglaise. Le Colonel du Génie Lafaille nous apprend dans ses mémoires : "L’une de coupures, près de Callela, était vraiment effrayante. Elle avait été pratiquée à l’aide de la mine sur un point où la route formait contre le flanc d’un rocher une espèce de corniche au-dessous de laquelle on voyait la mer à une très grande profondeur. Il n’était pas facile de se procurer du bois pour la réparer, les arbres étaient rares et dispersés à de grandes distances. Il fallait les aller couper loin et les trainer ensuite sur les flancs des montagnes, à travers les ravins et les précipices. Dans les passages les plus difficiles, nos soldats s’encouragèrent en poussant des cris et faisant battre la charge, comme s’ils eussent marché à l’ennemi. Les boulets de la flotte anglaise, qui tombaient au milieu d’eux et plus encore au milieu des travailleurs entassés autour de la coupure, loin de ralentir leur ardeur, ne faisaient que les exciter davantage et peut-être eut-il été impossible d’obtenir la même promptitude et les mêmes efforts si le travail n’avait pas eu lieu sous le feu de l’ennemi. Il fut exécuté sous la conduite de l’adjudant commandant Devaux par les deux bataillons du 7ème et du 93ème, qui repoussaient en même temps les insurgés du côté de terre".

Trouvant Girone dans un état de défense hors de ses moyens, Duhesme retourne sur Barcelone.

Pendant ce temps des renforts arrivent sur la frontière. Napoléon écrit, le 8 juillet 1808, depuis Bayonne, au Général Reille, Aide de camp de l'Empereur, à Bellegarde : " Le 1er bataillon de marche de Catalogue composé de trois compagnies du 7e de ligne et de trois compagnies du 93e, le 2eme bataillon de marche de Catalogne composé de deux compagnies du 37e, de deux compagnies du 2e de Ligne et de deux compagnies du 56e, le 3e bataillon de marche de Catalogne composé de deux compagnies suisses et de deux compagnies du 16e de ligne, le 2e bataillon de la 5e légion de réserve, le bataillon du 32e léger et le bataillon valaisan, formant ensemble environ 3,500 hommes, doivent être arrivés à l'heure qu'il est à Perpignan; ce qui, joint à vos 1,300 Toscans, à vos bataillons de gardes nationales, aux neuf compagnies de la réserve et aux deux escadrons toscans, doit vous faire une force de 6,000 hommes, avec laquelle vous êtes en mesure de dissiper tout rassemblement, de débloquer Figuières et de prendre là position, pour être en mesure de vous porter partout".

Le Général Reille a ravitaillé Figuières sans pouvoir se relier avec Duhesme, lorsque Napoléon décide d'en finir avec l'Espagne qui est totalement hors contrôle depuis que Joseph Bonaparte a été proclamé remplaçant des Bourbons.

Pour secourir Duhesme, deux nouvelles Division sont formées à Perpignan : le Corps italien de Pino et la Brigade napolitaine de Chabot qui viennent tout juste d'arriver, et une Division française sous le Général Souham.

Le 10 octobre 1808, après l’attaque du camp de San-Géronimo, où 6000 Espagnols s’étaient retranchés et qu’ils avaient dû abandonner en désordre en nous laissant 250 prisonniers et toutes leurs pièces de canon, le Général en chef Duhesme s’exprime ainsi dans son rapport : "M. HUOT, commandant du 93ème, se distingua particulièrement et mérité les plus grands éloges. Le général en chef a été très content de la bravoure de toutes les troupes et de l’ordre et de la discipline du 93ème régiment".

Gouvion Saint Cyr, qui commande à présent les forces en Catalogne appelées 5ème puis 7ème Corps, a pour première urgence de prendre Rosas pour sécuriser ses arrières. Ce sont les Divisions Reille et Pino qui en font le siège, tandis qu'il en couvre les abords. La ville capitule le 5 décembre. Puis il se glisse devant Girone, faisant mine de s'y attaquer, mais rallie Barcelone pour délivrer Duhesme.

- 1809

Porte Aigle du 93e de Ligne vu à Hambourg par Suhr vers 1807 1808
Fig. 6 Porte Aigle du 93e de Ligne vu à Hambourg par Suhr vers 1807 1808

Au début 1809, le 3e Batailon du 93e est à la seconde Division Chabran. Il va s'illuster dans de nombreux combats. A Bruch le 1er Janvier, le Général en chef Saint-Cyr charge la Division Chabran d’enlever la forte position au pied de Montserrat, où s’était établi un parti ennemi de 5 à 6000 hommes. Le défilé fut si lestement enlevé, dit Saint-Cyr, que nos pertes furent insignifiantes et que celles des Espagnols furent considérables, outre celle de leur artillerie, consistant en 8 pièces de canon.

Le 16 février, Gouvion Saint-Cyr opère une vaste opération vers le Campo de Tarragone afin de faire diversion en faveur du siège de Saragosse. Son aile droite est couverte par les Divisions Chabran et Chabot. Après le combat de Valbonna, les deux Divisions occupent Igualadia jusqu au 10 mars, puis doivent renter sur leurs bases près de Barcelone. Elles doivent forcer le passage du Llobregat à Molins del Rey le 15 mars. Pour le 93e, les Lieutenants Peuillé et Valence sont mortellement blessés ; le Capitaine Legendre et le Lieutenant Gaulard blessés.

En juin, Augereau est nommé à la tête de l'Armée de Catalogne, mais son état de santé ne lui permet pas d'être présent avant fin septembre. Gouvion Saint-Cyr reste en place jusque-là, s'occupant du siège de Gerone.

Le 25 septembre 1809 encore, l'Empereur écrit, depuis Schönbrunn, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le général Clarke, vous trouverez ci-joint l'idée d'un rapport pour justifier la levée des 36 000 conscrits que je viens d'ordonner. Vous trouverez également la répartition de ces 36 000 conscrits. Ajoutez à votre rapport une considération sur la grande quantité de conscrits qui restent sur les années passées, écrivez-en même le nombre s'il en reste effectivement 500 000, dites qu'il y en a 800 000. Il est nécessaire que cette phrase soit bien frappée, parce qu'elle fera une grande influence sur l'étranger.
Napoléon
Décret « de distribution » répartissant les 36 000 conscrits par place forte ou régions militaires
Avons décrété et décrétons ce qui suit :
Article 1er
La distribution des 36 000 conscrits levés en vertu du sénatus-consulte du […] octobre, sera fait ainsi qu’il suit :
... Seront dirigés sur différents dépôts, savoir :
... 200 au 93e ...
Relevé de la distribution des 36 000 conscrits suivant l’ordre numérique des régiments employés à l’armée d’Espagne :
... Infanterie de ligne
... 93e à son dépôt 200 ...
" (Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 22176).

Gerone finit par capituler le 10 décembre.

Le 20 décembre, le Chef de Bataillon Delentaigne est blessé près de Bascara (sur la Fluvia).

Le 22 décembre 1809, l'Empereur écrit, depuis Trianon, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le duc de Feltre, le 1er d’infanterie légère et le 42e ont leurs dépôts en Italie et leurs régiments en Catalogne. Il faut les recruter. Faites-moi connaître ce qu’on pourrait faire partir de ces 2 régiments. Ces détachements se réuniraient aux 3e léger, 7e de ligne, 93e, 2e, 56e, 37e et 102e. Les détachements de ces 9 régiments formeraient un régiment de marche qui serait dirigé sur Perpignan ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 22695).

Le 24 décembre 1809, l'Empereur écrit, depuis Trianon, Au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le duc de Feltre, il sera formé un régiment de marche qui portera le titre de régiment de Catalogne. Il se réunira à Turin, sous l’inspection du prince Borghèse. Il sera composé ainsi qu’il suit :
1er bataillon une compagnie du dépôt du 1er léger 100 hommes, une compagnie du dépôt du 42e 130, une compagnie du dépôt du 7e de ligne 120, deux compagnies de 160 hommes, chacune, du 93e 320 670 hommes
2e bataillon deux compagnies du dépôt du 2e de ligne 300 hommes, deux compagnies du dépôt du 56e de ligne 300 hommes, deux compagnies du dépôt du 37e de ligne 140, deux compagnies du dépôt du 3e léger 200 940 hommes
Ces deux bataillons formant un total de 1600 hommes. Aussitôt que ce régiment sera formé à Turin, il se mettra en marche pour Perpignan. Le prince Borghèseaura soin d’en passer des revues, et de le pourvoir de tout ce qui lui sera nécessaire pour faire campagne.
Il sera formé à Toulon un bataillon de marche qui sera composé d’une compagnie du 32e léger de 150 hommes, de deux compagnies du 16e de ligne de 300 hommes et d’une compagnie du 67e de 150 hommes
Total 600 hommes
Aussitôt que ce bataillon sera réuni à Toulon, il continuera sa marche sur Perpignan.
Arrivés en Catalogne, ce régiment et ce bataillon de marche seront dissous et incorporés dans leurs régiments respectifs
" (Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 22710).

1809, CAMPAGNE D'AUTRICHE

A) LES 1er ET 2e BATAILLON AU 4E CORPS

Pendant ce temps, les deux premiers Bataillons quittent la Westphalie (Francfort sur le Main) à la fin de 1808, avec la Division Boudet, pour se rendre en Espagne. Napoléon les envoie d’abord sur Lyon. Il écrit le 17 Novembre 1808 : "Les divisions Boudet et Molitor, qui doivent être en marche pour se porter sur Lyon et les rives de la Saône, me formeront une réserve qui agira selon les circonstances. Ce corps, étant composé de sept régiments, doit m'offrir vingt-huit bataillons, qui me feront plus de 23,000 hommes".

Mais les armements de l’Autriche obligent Napoléon à changer ses plans.

Ainsi, il écrit, le 23 février 1809, depuis Paris, au Général Clarke, Comte D'Hunebourg, Ministre de la Guerre, à Paris : "Le corps d'observation de l'armée du Rhin sera commandé par le duc de Rivoli.
L'état-major sera composé du général de division Beker, chef d'état-major, etc. Cet état-major sera réuni le 15 mars à Strasbourg.
Ce corps d'armée sera composé de quatre divisions d'infanterie et d une division de cavalerie légère ...
Annexe
Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :
Art. 1er. Il sera formé un corps d'armée sous le titre de Corps d'observation de l'armée du Rhin. Le quartier général de ce corps sera porté à Strasbourg le 15 mars.
Art. 2. Le corps d'observation de l'armée du Rhin sera commandé par le duc de Rivoli. L'état-major sera composé du général de division Beker, chef d'état-major, d'un général d'artillerie, d'un général du génie, d'un commissaire ordonnateur, d'un payeur, etc. Cet état-major sera réuni à Strasbourg le 15 mars.
Art. 3. Il y aura pour tout le corps d'armée quatre compagnies de sapeurs avec 6 000 outils attelés ; au moins une compagnie de pontonniers.
Art. 4. Ce corps sera composé de 4 divisions d'infanterie et d'une division de cavalerie légère.
... La 4e division, commandée par le général Boudet, sera composée : 1° du 3e régiment d'infanterie légère ; du 93e régiment d'infanterie de ligne ; du 56e régiment d'infanterie de ligne ; de 12 pièces d'artillerie française ; 2° d'une brigade composée du régiment de Nassau, etc., portant le n°2, de celui portant le n°5 et de celui portant le n°6 (de la 3e division) ...
" (Correspondance de Napoléon, t.18, lettre 14806 ; Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 20115).

La Division, arrêtée à Lyon, en repart au mois de février 1809, pour faire partie du 4ème Corps, en formation sur le Rhin, aux ordres du Maréchal Masséna (voir aussi historique du 3e Léger).

Le 6 mars 1809, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le général Clarke, je désire que vous donniez les ordres suivants, pour compléter les corps de l'armée du maréchal duc de Rivoli : ... Le 3e et le 26e d'infanterie légère auraient aussi besoin de 700 hommes pour être complétés. Il manque plus de 200 hommes au 93e. Donnez ordre que 800 conscrits des quatre années, appartenant aux départements de la Loire-Inférieure et de la Vendée, et qui se trouvent en subsistance dans la Garde, soient habillés sous les numéros suivants, pour être incorporés dans les corps du duc de Rivoli, savoir : 400 hommes dans le 26e d'infanterie légère, 200 dans le 3e d'infanterie légère, et 200 dans le 93e de ligne. Vous me ferez connaître si les autres dépôts appartenant à l’armée d'Espagne, et n'ayant pas de compagnies au corps du général Oudinot, ont des hommes disponibles qu'on puisse de même faire marcher, pour recruter l'armée du Rhin ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 20255).

Le 17 mars 1809, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Général Clarke, Ministre de la guerre : "Monsieur le général Clarke, je reçois votre lettre du 17 mars. Il est d'abord nécessaire que les 800 hommes destinés pour le 3e, 26e et 93e de ligne paraissent dimanche, avec les uniformes de leurs corps, s'il est possible ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 20417). Le 93e Régiment d'infanterie de ligne fait partie de la 4e Division (Boudet} du Corps d'observation de l'Armée du Rhin (Masséna).

Le 21 mars 1809, l'Empereur écrit, depuis La Malmaison, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le général Clarke, le bataillon composé des trois compagnies de marche ci-après, savoir : ... la 3e de 50 hommes des 12e et 15e léger destinée à compléter les 3e et 26e léger et le 93e de ligne, qui doit être parti hier de Paris pour se diriger sur le corps du général Oudinot portera le titre de 14e bataillon de marche du corps d'Oudinot.
Les 800 conscrits fournis pour la Garde, aux 3e et 26e léger et au 93e, porteront le titre de 1er bataillon de marche du Corps d'observation du Rhin.
" (Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 20480). Note sur la copie : "Le 22. Renvoyé à M. Gérard. Il paraît qu'il y a erreur dans l'énoncé des corps, il faut le faire apercevoir à l'Empereur", de ce fait des corrections sont apportées sur la copie : "Pour être incorporés dans les 26e, 6e légère et 96e de ligne au corps du général Oudinot".

Le 22 mars 1809, l'Empereur écrit, depuis La Malmaison, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le général Clarke, je crois avoir décidé que le bataillon de 800 conscrits de la Garde, destiné aux 3e et 26e légère et au 93e, s'appellerait 1er·bataillon de marche des conscrits de la Garde du Corps d'observation du Rhin ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 20493).

Le même jour, 23 mars 1809, l'Empereur écrit encore, depuis La Malmaison, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le général Clarke ... Vous ordonnerez qu'il soit formé 4 bataillons de marche pour renforcer le Corps d'observation du Rhin, savoir :
... Le 4e bataillon portera le nom de bataillon de marche de la division Boudet, et sera composé de 200 hommes pour le 3e léger et de 200 hommes pour le 93e.
Ces 400 hommes seront également fournis à ces régiments par la Garde et habillés de leur uniforme. Ce bataillon me sera présenté dimanche ...
" (Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 20515).

Le 30 mars 1809, l'Empereur adresse, depuis Paris, à Berthier, Major général, ses instructions, pour la campagne à venir, suivies d'un Etat de la Composition des Divisions et Brigades des différents Corps de la Grande Armée. Le 93e de Ligne doit faire partie du 4e Corps d'Armée commandé par le Maréchal Duc de Rivoli; 4e Division Boudet, 2e Brigade Valory (Correspondance de Napoléon, t.18, lettre 14975 ; Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 20619).

C'est que le 9 Avril, l'Autriche a déclenché les hostilités en entrant en Bavière, alliée des Français, tandis que le Tyrol s'insurge. Le 10 Avril, les Autrichiens lancent une offensive contre l'Armée d'Italie du Prince Eugène. Puis contre les Polonais de Poniatowski en Galicie.

Le 11 avril 1809, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le général Clarke, les régiments dont les dépôts sont en Piémont et qui ont leurs bataillons de guerre en Allemagne, savoir les 67e, 2e de ligne, 56e, 37e, 93e, 3e léger ne doivent plus rien fournir de leurs dépôts à l'armée d'Allemagne. Tout ce qu 'ils ont et tout ce qu'ils recevront doit être employé à fournir les cinquièmes bataillons, tant pour fournir deux compagnies et même trois ou quatre, si c'est possible, aux demi-brigades provisoires que pour fournir des garnisons aux citadelles de Turin et d'Alexandrie, et se porter partout où il serait nécessaire. Ainsi donnez l'ordre au gouverneur général de tenir la main à ce que ces dépôts envoient le plus d'hommes possible aux demi-brigades provisoires qui en sont formées, en partant du principe qu'ils n'ont plus rien à fournir à leurs régiments en Allemagne" (Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 20805).

Le 17 Avril, Masséna est à Augsbourg et doit tenir la position le temps que l'Armée française rallie. Les Autrichiens se concentrent sur Ratisbonne.

Du 19 au 23 avril, par une série de manœuvres brillantes, Napoléon coupe l'armée autrichienne en deux à Abensberg et Landshut et la force à retraiter à Eckmühl, puis on reprend Ratisbonne.

Les Français marchent sur Vienne. Masséna se dirige sur Passau, longeant le Danube à la gauche du dispositif français, d'où il déloge les Autrichiens le 26 avril. Puis se porte sur Linz et Ebesberg qui est emportée par la Division Oudinot.

Le 13 mai, les Français entrent dans Vienne.

Napoléon écrit, depuis Schönbrunn, au Général Clarke, Ministre de la Guerre, le même 13 Mai 1809 : "... la première colonne de troupes qui d'Italie devant se rendre en Allemagne parait avoir été prise par l'ennemi ... La 2e colonne composée : d'1 bataillon de marche des 37e et 56e de ligne, du 3e bataillon du 67e, du 3e bataillon du 93e, de 100 hommes du 19e de chasseurs, de 100 hommes du 25e idem et de 70 hommes du 24e idem est retournée à Vérone.
Donnez ordre que cette colonne se reforme à Vérone ; que les 5es bataillons des 37e, 56e, 67e et 93e envoient des détachements pour réparer les pertes faites par maladie ou par mort, de sorte que les compagnies soient toutes à 140 hommes ... Mon but est de former à Vérone une forte colonne des cinq régiments de chasseurs, des quatre de cuirassiers et des sept régiments d'infanterie qui ont leurs dépôts dans les 27e et 28e divisions militaires, que je destine à rejoindre le corps du duc de Rivoli. Donnez vos ordres dans ce sens
" (Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 21010).

Le 19 mai, les Français s'installent dans l'ile Lobau. En premier, le 4e Corps de Masséna qui commence à construire des ponts pour traverser le Danube pour livrer bataille aux Autrichiens rassemblés sur la rive gauche.

- BATAILLE D’ESSLING

Le passage commence le 21 mai. A cette nouvelle, l’Archiduc Charles, généralissime de l’armée autrichienne, se met lui-même en mouvement pour culbuter les Français, et engage le combat avec le 4ème corps, qui a seul passé le fleuve.

Les Autrichiens les attaquent, le dos au fleuve, avec des ponts rompus. A Essling, où se trouve la Division Boudet avec Lannes, et Aspern, où est déployé le reste du 4e Corps, on résiste avec ténacité, exhortés par Masséna en personne, un fusil à la main.

Le 22 Mai, des renforts français ont passé le fleuve et Napoléon tente de percer le centre autrichien, mais devant la résistance de ceux-ci, il faut se replier sur l'ile Lobau. La Division Boudet a encore une fois tenu dans Essling. Mais le maréchal Lannes a été mortellement blessé …

L'Armée française et l'Autrichienne doivent refaire leurs forces. La période est donc propice à recevoir des renforts et l'Empereur attend aussi son armée d'Italie et celle de Dalmatie qui remontent du Sud vers l'Autriche après avoir combattu les forces ennemies qui leur barraient le passage (voir plus loin).

Le 26 mai 1809, l'Empereur écrit, depuis Ebersdorf, à Borghèse, Gouverneur général des départements au-delà des Alpes : "Mon cousin, faites réunir tous les hommes disponibles et en état de faire la guerre appartenant aux 15e, 14e, 19e, 23e et 24e de chasseurs et aux quatre régiments de cuirassiers en y joignant tout ce qui aurait été précédemment réuni, soit à Plaisance soit à Turin. Faites également réunir tout ce que les dépôts des 2e, 37e, 56e, 93e, 67e et 3e léger peuvent fournir. Vous formerez de tout cela une colonne dont vous donnerez le commandement à un officier intelligent, et vous la ferez partir pour l'armée. Comprenez-y les détachements que les régiments devaient fournir aux demi-brigades provisoires, lesquels devront marcher pour renforcer les bataillons de guerre" (Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 21068).

Le 28 mai 1809, l'Empereur écrit, depuis Ebersdorf, à Borghèse, Gouverneur général des départements au-delà des Alpes : "Mon cousin ... Donnez ordre que tout ce qu'il y aurait de disponible dans les dépôts des 67e, 2e, 37e, 56e, 93e et 3e léger partent sans délai pour se réunir à Osoppo. Vous y comprendrez tous les hommes qui étaient destinés à former la demi-brigade provisoire. Vous organiserez tout cela en compagnies de marche de 200 hommes. Joignez à tous ces détachements trois ou quatre compagnies du 4e régiment d'artillerie, complétées à 140 hommes chacune, tous les pontonniers et les sapeurs, hormis une compagnie que vous laisserez à Alexandrie pour les travaux.
Vous dirigerez tout cela sur Osoppo, et vous m'instruirez du jour de départ et du jour présumé de l'arrivée à Osoppo, afin qu'à mesure que 5 à 600 hommes seront réunis, ils soient dirigés sur Klagenfurt
" (Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 21077).

Le 10 juin 1809, l'Empereur, qui vient de décider d'une importante levée de Conscrits, sur la classe 1810, mais aussi sur les classes 1806 à 1809, afin de compenser les pertes du début de la campagne, et renforcer l'Armée, écrit depuis Schönbrunn au Général Clarke pour lui donner le détail de cette opération particulièrement complexe; lettre accompagnée de 3 Etats différents très détaillés. Concernant le 93e de Ligne, l'Empereur ordonne : "... Vous ferez partir de la 3e demi-brigade provisoire 1 600 hommes, savoir : ... 200 du 121e pour le 93e ... Et par contre, 1 600 conscrits pris sur les 3 000 destinés pour le dépôt de Grenoble seront répartis entre ces régiments ..." . L'Etat B qui suit cette lettre donne d'un côté la "répartition des 3 000 hommes entre les dépôts et demi-brigades ci-après : 200 au 121e id (pour la 3e Demi-brigade)" et de l'autre l' "Envoi que ces mêmes dépôts feront, par contre, à l'armée : ... 200 au 93e" (Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 21182).

Le 17 juin 1809, l'Empereur écrit, depuis Schönbrunn, au Général Caffarelli, Ministre de la Guerre du Royaume d'Italie : "Monsieur le général Caffarelli, j'ai donné des ordres pour faire partir des dépôts de la 27e et 28e divisions militaires tous les hommes disponibles qui appartiennent aux régiments des armées d'Allemagne. En conséquence, le prince gouverneur général des départements au-delà des Alpes me marque qu'il fait partir le 10 juin d'Alexandrie une colonne de 2 662 hommes, savoir :
520 bommes du 2e régiment de ligne
... 590 du 93e ...
Cette colonne dirigée sur Osoppo doit y arriver vers la fin de ce mois ...
Je désire que vous preniez des mesures pour réunir ces 4 600 hommes ; que vous vous assuriez qu'ils sont bien armés et en bon état ; que vous leur donniez un bon commandant et que vous les dirigiez ensuite d'Osoppo sur l'armée. Vous ferez marcher avec cette colonne 2 pièces de canon et 2 caissons de cartouches, et vous aurez soin que chaque homme ait en outre sa giberne bien garnie, enfin vous veillerez à ce que toutes les précautions soient prises pour que cette troupe marche à l'abri de tout accident et que si quelques partis ennemis se présentaient elle puisse les repousser. Vous ordonnerez qu'on bivouaque toujours réunis, on ne se dissémine point dans les villages, qu'à Osoppo il leur soit donné des vivres jusqu'à Tarvis et qu'à Tarvis il leur en soit donné jusqu'à Klagenfurt, et je désire que vous me rendiez exactement compte de l'arrivée de ces détachements à Osoppo, de leur formation en colonne, du jour de leur départ por l'Allemagne, et vous aurez soin de joindre à votre rapport l'itinéraire de leur marche
" (Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 21250).

La Division Boudet a été replacée sous le commandement de Masséna, au 4e Corps.

Napoléon et son adversaire, l'Archiduc Charles, comptent sur une bataille décisive sur le même terrain que précédement. Ce sera Wagram.

Napoléon concentre ses troupes sur l'ile Lobau pour passer en force à la gauche du dispositif autrichien qui l'attendent sur leur centre. Masséna, blessé par une chute de cheval, commandera son Corps d'armée sur une calèche.

Le 4 Juillet au soir, les premières troupes françaises passent sur la rive gauche du Danube. Le 4e Corps les suit vers 11 heures. Le lendemain matin, il s'empare de Gross Enzendorf à la gauche du front français qui va faire une conversion à gauche et repousser peu à peu les forces autrichiennes qui se sont repliées avec Deutsch Wagram comme position centrale. Une première attaque française sur Wagram échoue.

Le lendemain, Masséna doit contenir la droite autrichienne à un contre trois tandis que les Français prendront l'offensive. Mais les Autrichiens les devancent et repoussent Bernadotte à Aderklaa, dégageant la droite de Masséna et l'attaquant en force.

Celui-ci reprend, perd et reprend Aderklaa avec la Division Carra Saint-Cyr puis celle de Molitor. A la gauche de Masséna, les Divisions Boudet et Legrand se battent à un contre cinq ! ... Boudet défend Aspern puis, ayant la moitié de ses effectifs hors de combat, se replie sur Essling. Le reste du 4ème Corps porte secours à Boudet en marchant de flanc devant les Autrichiens.

Pendant ce temps, l'Empereur prépare son offensive sur le centre autrichien, préparée par la canonnade de la Grande batterie entre Aderklaa et Sussenbrünn. Puis Mac Donald s'enfonce dans les lignes ennemies avec son armée d'Italie formée en carré.

Sur le flanc gauche Boudet, a été enfin dégagé. Masséna repart à l'offensive et marche sur Kagran. A l'aile droite, Davout a aussi avancé. Partout l'armée autrichienne recule.

B) 4ème BATAILLON A L’ARMEE D’ITALIE

Voltigeur du 93e de Ligne vers 1809
Fig. 7 Voltigeur du 93e de Ligne vers 1809

Le 25 février 1809, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Général Clarke, Ministre de la guerre : "Monsieur le général Clarke, donnez ordre que le 20 mars, il y ait réuni à Plaisance le 3e bataillon du 2e de ligne, fort de 840 hommes, celui du 67e fort de 840 hommes, celui du 93e et celui du 3e de ligne, de la même force ; un bataillon formé de trois compagnies du 5e bataillon du 37e, et de trois compagnies du 5e bataillon du 56e. Vous nommerez un chef de bataillon pour commander ce bataillon, ce qui fera cinq bataillons formant plus de 4 000 hommes d'infanterie ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 20129).

Le 27 février 1809, l'Empereur écrit, depuis Paris, à Eugène Napoléon, Vice-Roi d'Italie, à Milan : "Mon Fils … J'ai donné l'ordre au prince Borghese de réunir pour la fin de mars à Plaisance les 3es bataillons du 2e de ligne, du 3e, du 67e et du 93e, plus un cinquième bataillon, composé moitié du 56e et moitié du 37e cela formera une réserve de 4,000 hommes. Huit jours après qu'elle sera réunie et formée, vous enverrez le général Charpentier en passer la revue, et, quinze jours après, vous pourrez la passer vous-même. Je les ai mis là pour qu'ils manoeuvrent et achèvent de s'organiser. D'ailleurs, je pense qu'ils doivent être parfaitement à Plaisance, qui est une bonne ville …" (Correspondance de Napoléon, t.18, lettre 14820 ; Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 20156).

Le 10 avril, l’armée d’Italie du Prince Eugène est attaquée par l’Archiduc Jean. Les troupes autrichiens pénètrent aussi au Tyrol sous juridiction bavaroise, qui se révolte immédiatement.

Le 16, le prince Eugène, avec 3 Divisions, livre bataille à l'armée autrichienne à Sacile. En infériorité numérique, il doit se replier derrière la Piave, puis sur Trévise, Vicence et Vérone.

Le 4ème Bataillon du Régiment fait partie de l’aile gauche de l’armée d’Italie, opérant dans le sud Tyrol sous les ordres du Général Barraguey d’Hilliers.

Alors que Venise a été mise en état de défense, le Général doit résister à la poussée ennemi avec ses deux Divisions Fontanelli et Vial. La Division Vial compte les 4ème Bataillons de 67e et 93e de Ligne, 6 Compagnies des 37e et 50e de Ligne et 200 Chasseurs à cheval de divers Régiments.

Attaqué à Brixen, Barraguey se replie sur Trente, renforcé alors par le 112e de Ligne.

L’armée d’Italie faisant un mouvement rétrograde sur Caldiero, il doit encore reculer lentement en direction de Vérone. Le 93e se fait particulièrement remarquer à l’affaire de Noviglio, le 24 avril 1809 où il réussit à repouser les Autrichiens.

Puis le Général Rusca vient prendre le commandement de la Division Vial.

Suite aux succès de Napoléon en Autriche, l’armée d’Italie reprend l’offensive. Le 4 mai, Rusca reprend Trente puis stationne dans la Carinthie.

Le 28 mai 1809 à dix-heures du matin, l'Empereur écrit, depuis Ebersdorf, à Eugène Napoléon, vice-roi d'Italie, à Bruck : "Mon Fils, je vous renvoie votre aide de camp. Je désirerais avoir l'état de situation de votre corps d'armée.
... Faites avancer le bataillon du 93e, celui du 67e, et toute la cavalerie et l'infanterie appartenant aux divisions Molitor et Boudet, de l'ancienne colonne qui a essuyé un échec dans le Tyrol. Faites-les diriger à grandes marches pour compléter ces divisions ...
" (Correspondance de Napoléon, t.19, lettre 15266 ; Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 21083).

Le 31 mai 1809, l'Empereur écrit, depuis Ebersdorf, à Borghèse, Gouverneur général des départements au-delà des Alpes : "Mon cousin ... Faites partir ... 100 hommes du 93e qui avec les deux compagnies fournies par ce même régiment à la même demi-brigade provisoire formeront 400 hommes ... Dirigez tous ces détachements qui doivent former un fonds de 2300 hommes sur Osoppo où ils se réuniront et de là rejoindront les divisions Molitor et Boudet ... Enfin, faites partir de tous les régiments dont les dépôts se trouvent dans votre gouvernement tout ce qu'ils auraient de disponible ... en réunissant tout cela en masse à Osoppo, pour renforcer la Grande Armée" (Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 21101).

Rusca bat Chasteler à Klagenfurth le 6 juin. Le Bataillon du 93e y a 6 Officiers et 150 hommes tués ou blessés (dont les Capitaines Justamont et Bonin).

Il faudra attendre le mois de novembre pour que le Tyrol soit entièrement pacifié, bien après l’armistice du 12 juillet et la paix officielle avec l’Autriche du 14 octobre. Il sera alors partagé entre la Bavière, l’Italie et les Provinces Illyriennes.

5e BATAILLON - REGIMENT PROVISOIRE

Napoléon décide également la création de 16 Régiments provisoires. L'Empereur écrit, le 3 mars 1809, depuis Paris, au Général Clarke, Comte d'Hunebourg, Ministre de la Guerre, à Paris : "Monsieur le Général Clarke, je vous envoie le projet de formation d’une réserve de régiments provisoires, sur lequel je désire que vous me fassiez un rapport. Faites-moi connaître si je n'ai rien oublié et s'il y a des changements qu'il soit convenable de faire pour épargner des marches aux troupes. Enfin présentez-moi des états qui m'apprennent si les 5es bataillons pourront fournir ces quatre, trois ou deux compagnies pour concourir à ladite formation. Les 10,000 hommes de réserve que forme ma Garde sont destinés à compléter les 5es bataillons et à les mettre à même de fournir les hommes nécessaires. Il faut donc qu'une colonne des états que vous ferez dresser indique le nombre d'hommes qui leur manquera, après avoir épuisé tout leur monde ; cette colonne sera la colonne de distribution des 10,000 hommes de la Garde. Il ne vous échappera pas que, par ce moyen, j'aurai 6,000 hommes à la Rochelle, 3,000 en Bretagne, 9,000 à Paris, 5,000 au camp de Boulogne, 2,500 pour la défense de l'Escaut, 2,500 pour garder Wesel, 5,000 à Strasbourg, 2,500 à Metz et 10,000 Français en Italie; total, 45,500 hommes.
NAPOLÉON
Annexe
PROJET DE FORMATION D'UN CORPS DE RÉSERVE
1
Il sera formé une réserve de seize régiments provisoires composée des compagnies des cinquièmes bataillons qui seront complétés avec les conscrits de 1810;
2
... 15e régiment provisoire :
Le 15e régiment sera composé de 3 bataillons formés de 3 compagnies des 5es bataillons des 67e, 2e de ligne, 56e, 37e, 93e, 112e, 1er de ligne, 62e, 23e léger.
Ces 4 derniers régiments (13e, l4e, 15e, et 16e) formeront la réserve de notre armée d'Italie, et seront réunis 3 à Alexandrie et un à Milan.
Ce régiment se réunira à Alexandrie ... Les 9 régiments de l'armée italienne formeront un régiment composé de même, lequel sera fort de 2 500 hommes et se réunira à Milan.
Ainsi la réserve de l'armée d'ltalie sera composée de 2 brigades, l'une de deux régiments qui se réunira à Milan, l'autre de 3 régiments qui se réunira à Alexandrie, l'une et l'autre commandées par un général de brigade, et qui seront prêtes à se porter partout où les circonstances l'exigeront
" (Correspondance de Napoléon, t.18, lettre 14838 ; Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 20195).

Le 15 juillet 1809, l'Empereur écrit, depuis Schoenbrunn, au Prince Camille Borghèse, Gouverneur général des départements au delà des Alpes, à Turin : "Mon Cousin, faites partir pour Vienne un bataillon de marche, qui portera le titre de Bataillon de marche de la 27e division militaire, qui sera composé de 140 hommes du 5e bataillon du 2e de ligne, de 140 hommes du 5e bataillon du 29e, de 140 hommes du 5e bataillon du 37e, de 140 hommes du 5e bataillon du 93e, de 140 hommes du 5e bataillon du 112e et de 140 hommes du 5e bataillon du 23e ; ce qui formera un bataillon de marche de 840 hommes. Faites partir également pour Vienne la 5e et la 3e compagnie de pionniers ; ce qui fera 500 pionniers. Faites partir un second bataillon de marche, qui portera le titre de Bataillon de marche de la 28e division militaire, qui sera composé de tout ce que le 3e léger, les 52e, 67e et 102e peuvent fournir. Faites partir les pontonniers qui sont à Valence et à Plaisance. Vous dirigerez d'abord tout cela sur Osoppo. Que cela forme une seule colonne et marche ensemble" (Correspondance de Napoléon, t.19, lettre 15536 ; Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 21509).

1810-1811, SEJOUR EN HOLLANDE

Plaque de shako officier fusilier 93e de ligne 1810
Plaque de shako d'Officier de Fusiliers du 93e de Ligne, type réglementé en 1810. "Plaque en cuivre estampé doré représentant l'aigle impériale aux ailes déployées (non couronnée d'origine, il ne s'agit pas d'un modèle 1812 dont on aurait supprimé la couronne) tenant dans ses serres le fuseau de Jupiter. En partie basse, un bouclier encadré d'une baguette striée verticalement encadrée de deux moulures saillantes avec en partie basse une branche de laurier et une de chêne, en son centre une partie lisse sur laquelle sont agrafés deux chiffres «9» et «3» en laiton lisse et doré. De part et d'autre du soubassement, se font face deux têtes de lion. H 11,8 cm, largeur 10,9 cm" (B. Malvaux).

Après la baisse d’effectifs des forces françaises en Autriche et en Allemagne, les deux premiers Bataillons du 93e de Ligne stationnent dans le royaume de Hollande à Utrecht au Corps d’Observation qui va être lui-même dissout à la fin de l’année. Le pays est rattaché à l'Empire et le pauvre roi Louis Bonaparte se retrouve sans trône.

Le 17 mai 1810, l'Empereur écrit, depuis Gand, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le duc de Feltre, donnez ordre aux trois bataillons du 3e régiment d'infanterie légère, qui sont à Bois-le-Duc, de se rendre à Dunkerque. Le major général a déjà provisoirement donné cet ordre.
Donnez ordre aux trois bataillons du 4e de ligne, qui sont également à Bois-le-Duc, de se rendre à Calais.
Donnez ordre aux trois bataillons du 93e de se rendre à Bois-le-Duc ; aux trois bataillons du 26e léger de se rendre à Anvers, ainsi qu'à deux bataillons du 56e : le troisième bataillon de ce dernier régiment restera à Berg-op-Zoom.
Par ce moyen, il n'y aura à Bois-le-Duc que le 93e. Il y aura à Anvers trois bataillons du 26e léger, et deux bataillons du 56e, ce qui fournira des travailleurs pour les fortifications.
Le 3e d'infanterie légère et le 4e de ligne, qui vont à Dunkerque et à Calais, feront partie du camp de Boulogne que commande le général Vandamme, mais resteront en garnison dans ces deux villes.
Il est nécessaire que les vivres de campagne soient données aux troupes qui sont en Hollande jusqu'au 1er juillet ; et d'ici à cette époque, on me proposera de régler la masse d'ordinaire pour ces troupes, de manière qu'elles puissent vivre.
Aussitôt que les vétérans seront arrivés à Bois-le-Duc et à Graven, vous me proposerez de retirer le 93e de Bois-le-Duc, et le bataillon du 56e de Berg-op-Zoom.
Le 93e enverra de Bois-le-Duc à Graven, à Gertruidenberg, ce qui est nécessaire pour monter la garde à la porte de l'arsenal ...
" (Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 23631).

Le 31 mai 1810, l'Empereur écrit, depuis Rouen, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le duc de Feltre, je reçois votre lettre du 29 mai avec celle du duc de Reggio. Vous ferez connaître à ce maréchal ... qu'il est maître également de rappeler le 93e qui est à Bois-le-Duc ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 23709).

Le 8 juin 1810, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le Duc de Feltre ... Il y a actuellement en Hollande trois régiments d'infanterie et trois régiments de cavalerie. Il y entre par le nord trois régiments d'infanterie et un de cavalerie. Le duc de Reggio aura à sa disposition le 93e et le 56e d'infanterie et le 1er régiment de chasseurs, qu'il pourra appeler à Utrecht. C'est donc huit régiments d'infanterie et quatre de cavalerie dont il peut disposer dès à présent" (Correspondance de Napoléon, t.20, lettre 16537 ; Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 23722).

Le 8 juin 1810 encore, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Clarke; Ministre de la Guerre : "Monsieur le duc de Feltre ... Vous donnerez l'ordre au général Pacthod de tenir le 93e réuni, et à la première demande du duc de Reggio, de l'envoyer sur Utrecht.
Vous donnerez l'ordre aux tirailleurs du Pô et aux tirailleurs corses de continuer leur route de Mayence sur Anvers afin que, si les circonstances l'exigeaient, tout le régiment qui est à Anvers et le 93e puissent être envoyés en Hollande
" (Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 23726).

Le 9 juin 1810, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le duc de Feltre, Faites connaitre au duc de Reggio que je vois avec peine qu'il soit à Utrecht avec un seul bataillon ; que l'ordre donné au 56e, au 93e et au 1er de chasseurs de le joindre, et le mouvement sur Emden de la division Molitor qu'il peut faire marcher, sous le prétexte de la faire rentrer en France, sur la direction d'Utrecht, vont mettre à sa disposition des forces suffisantes ; que quant à l'entrée en Hollande du 56e et du 93e, aussitôt que ces régiments auront fait une marche, il doit déclarer que cet accroissement de troupes est nécessité par les armements qu'on fait, par les mauvaises dispositions que l'on montre, et la direction qu'on donne à l'esprit des habitants, et qu'il est impossible de laisser les Français exposés à être égorgés par les Hollandais, et par les Anglais qui méditent une expédition en Hollande" (Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 23735). Les Hollandais s'opposeront malgré tout à l'entrée des troupes françaises à Utrecht.

Le 23 juin 1810, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris : "Il faut que vous envoyiez un officier au duc de Reggio pour lui donner l'ordre de former un camp à Utrecht, et de se tenir prêt, avec le 1er régiment de chasseurs, deux autres régiments de cavalerie, les 56e, 93e, le 24e léger et un autre régiment d'infanterie et douze pièces de canon, à marcher sur Amsterdam, qu'il est urgent de faire occuper. Je saurai, par le retour de l'officier que vous enverrez, quand il pourra être prêt, et je lui enverrai des ordres sur la conduite qu'il doit tenir" (Correspondance de Napoléon, t.20, lettre 16580 ; Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 23808).

Le 24 juin 1810, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, à M. de Champagny, Duc de Cadore, Ministre des Relations extérieures, à Paris : "Monsieur le Duc de Cadore, le ministre de la guerre vous communiquera l'ordre que je donne au duc de Reggio de marcher sur Amsterdam. Vous enverrez à ce ministre, qui les fera remettre par le duc de Reggio, des instructions en conséquence au sieur Sérurier. Le sieur Sérurier insinuera qu'il n'y a qu'un moyen de se tirer d'embarras, c'est que mes troupes soient reçues en triomphe à Amsterdam, que la ville donne un grand repas aux soldats, et que le Roi et la cour donnent l'exemple des prévenances et des égards envers la France ; que c'est le seul moyen d'effacer l'outrage que l'on a fait à mes aigles à Haarlem, en leur refusant le passage et en menaçant de tirer sur elles. Après que l'expédition du duc de Reggio sera consommée, le sieur Sérurier demandera que tous les canons soient envoyés sur les côtes, et qu'on cesse de s'occuper des lignes" (Correspondance de Napoléon, t.20, lettre 16583 ; Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 23822).

Le même 24 juin 1810, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris : "Vous donnerez les instructions suivantes au duc de Reggio. Aussitôt qu'il aura réuni assez de troupes à Utrecht pour marcher sur Amsterdam, il écrira à mon chargé d'affaires que les troupes françaises ont été insultées ; qu'on leur a fermé les portes de Haarlem ; qu'il demande réparation de cette offense ; que les aigles françaises peuvent aller dans tous les pays alliés et amis ; que, depuis quinze ans, constamment les troupes françaises ont été dans toutes les parties de la Hollande ; que le traité ne fait exception d'aucun point ; que c'est donc un outrage gratuit que la Hollande a fait aux troupes françaises ; que l'Empereur y a été très-sensible et a ordonné que de nouvelles forces entrassent en Hollande ; que ses instructions ne lui prescrivaient pas d'entrer à Amsterdam, vu qu'il n'avait rien à. y faire ; mais que le défi qui a été porté aux troupes françaises en leur fermant les portes, et les intrigues anglaises tendant à armer les Hollandais contre les Français, ont provoqué l'ordre qu'il a reçu de se présenter devant Amsterdam ; que c'est aux Hollandais à voir s'ils veulent nous traiter en alliés et amis ou en ennemis, et s'ils veulent se livrer aux conseils perfides qui s'agitent autour du Roi pour perdre la Hollande.
Le duc de Reggio s'arrangera pour être devant Amsterdam deux jours après l'envoi de cette lettre.
Vous aurez soin que votre courrier soit porteur d'une lettre du duc de Cadore au sieur Sérurier pour le prévenir du présent ordre, que vous communiquerez à ce ministre. Vous ajouterez au duc de Reggio qu'il n'y a qu'un moyen pour prévenir tout embarras, c'est que la ville d'Amsterdam reçoive en triomphe mes troupes et leur donne une fête qui fasse disparaître toute acrimonie ; car, dans aucun pays, je ne souffrirai qu'on ait l'air de repousser et d'insulter les troupes françaises
" (Correspondance de Napoléon, t.20, lettre 16586 ; Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 23829).

Le 16 août 1810, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le duc de Feltre, donnez des ordres pour qu'il soit formé à Turin un régiment de marche de l'armée de Catalogne. Ce régiment sera composé de trois bataillons. Vous enverrez sur-le-champ à Turin un colonel en second pour le commander.
Le 1er bataillon sera le 4e du 42e complété à 1170 hommes de la manière suivante : 420 hommes existant du cadre du 4e bataillon du 42e ; 150 du 52e ; 150 du 101e ; 150 du 84e ; 150 du 35e ; 150 du 13e de ligne. Total : 1170 hommes.
Le 2e bataillon sera composé :
8e corps
d'une compagnie du 56e 200 hommes
d'une du 93e 300
d'une du 7e de ligne 300
de deux compagnies du 1er d'infanterie légères formées par l’incorporation de 200 hommes du 4e bataillon du 23e d'infanterie légère et de 200 hommes du 4e bataillon du 1er d'infanterie légère 400 Total 1 200 hommes.
Le 3e bataillon sera composé de 2 compagnies du 3e d'infanterie légère 300 ; de 2 du 37e 300 ; 1 du 67e 150 ; 2 du 16e de ligne 300 (ce détachement ne devra rejoindre le bataillon qu'à son passage à Nîmes). Total 1100 [sic].
J'ai signé un décret pour ordonner l'incorporation des détachements qui entrent dans le 4e bataillon du 42e et pour celle du détachement du 23e d'Infanterie légère dans le 1er régiment de cette arme.
Donnez des ordres pour que tous les hommes qui seront envoyés pour former ce régiment de marche soient bien portants et en état de faire la guerre. Recommandez qu'ils soient bien habillés, qu'ils aient 2 paires de souliers dans le sac et que leur livret de masse et chaussures soient en bon état. Vous chargerez les généraux qui commandent dans les arrondissements où sont situés les dépôts de passer eux-mêmes l'inspection de ces détachements avant leur départ, pour s'assurer qu'ils sont composés comme ils doivent l'être et qu'il ne s'y trouve pas d'hommes malingres. Pour les détachements venant du royaume d'Italie, vous chargerez le général Charpentier d'en passer la revue à leur passage par Milan.
Ainsi le 1er régiment de marche de l'armée de catalogne sera composé d'un 1er bataillon qui sera le 4e du 42e complété à 1170 hommes ; d'un 2e bataillon fort de 1100 ; d'un 3e bataillon fort de 1250. Total du régiment : 3550 hommes [sic].
Lorsque ce régiment sera ainsi complété, le gouverneur général en passera la revue à Turin.
Le bataillon du 42e arrivé en catalogne rejoindra son régiment. La compagnie du 23e d'infanterie légère sera incorporée dans le 1er d'infanterie légère, toutes les autres compagnies seront incorporées dans les bataillons qu'elles ont en Catalogne. L'on retiendra les officiers qui seraient nécessaires pour compléter les cadres et remplacer les officiers infirmes ; le reste sera renvoyé au dépôt.
Expédiez sur-le-champ vos ordres pour la formation de ce régiment. Prenez vos mesures pour qu'il soit prêt à partir de Turin le 20 septembre. Je désire cependant qu'il ne soit mis en marche que quand je vous aurai donné mes derniers ordres à ce sujet. En conséquence, rendez-moi compte de sa formation vers le 15 septembre
" (Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 24339).

Le 6 octobre 1810, l'Empereur adresse, depuis Fontainebleau, au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris, une Note sur l'organisation des armées; concernant l'Armée d'Allemagne, il écrit : "… Le 3e corps d'armée serait composé de 3 bataillons du 56e, de 3 bataillons du 93e et de 58 bataillons dont on ferait venir les cadres d'Espagne, en prenant ceux des bataillons les plus faibles (il faut bien calculer qu’il ne reviendrait que les cadres) ; total, 64 bataillons ..." (Correspondance de Napoléon, t.21, lettre 17000 ; Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 24816).

En octobre 1810, le Dépôt du Régiment reçoit l'ordre de se rendre d’Alexandrie à Besançon. En effet, Napoléon écrit, le 27 octobre 1810, depuis Fontainebleau, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le duc de Feltre, le 2e de ligne, le 37e, le 56e et le 93e étant destinés à faire partie de l'armée d'Allemagne, mon intention est que vous ordonniez aux 5es bataillons et dépôts de ces régiments de se diriger dans la 6e division militaire ; ils passeront par le Simplon. On les peut placer à Besançon" (Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 25075).

Par Décret impérial du 4 janvier 1811, il est créé un 6ème Bataillon au Régiment. Ce même 4 janvier 1811, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le duc de Feltre, je désire lever la conscription. Proposez-moi un état de situation de l'armée au 1er janvier, qui puisse me servir de base pour le recrutement. Mon intention est d'employer 30 000 hommes de la conscription de l'année à recruter, les 16 régiments du corps du prince d'Eckmühl et tous les régiments qui ont leurs bataillons de guerre en France, en y joignant les 2 bataillons du 5e d'infanterie légère, les 3e et 5e du 6e léger, et les 4e et 5e du 1er léger ; en formant un 6e bataillon au 15e léger, 25e de ligne, 19e, 2e, 37e, 46e, 56e et 93e de ligne, ce qui ferait 8 nouveaux bataillons. On joindrait également les 4e et 5e bataillons du 51e, les 3e et 4e du 44e, les 3e et 4e du 113e et les 3e et 4e du 55e. Tout cela ferait un total de 154 bataillons que mon intention est d'avoir au complet de 140 hommes par compagnie. J'emploierai 20000 hommes à porter l'armée d'Italie au grand complet ; et enfin 35000 hommes à porter au complet les 131 cinquièmes bataillons, ce qui fera l'emploi de 85000 hommes ...
Par ce moyen, j'aurais 9 armées que je composerais selon les circonstances et qui m'offriraient 154 bataillons pour l'armée d'Allemagne, 100 bataillons pour l'armée d'Italie, et enfin une armée de réserve de 131 5es bataillons. J'emploierais la conscription de 1812, que j'évalue à 120000 hommes, à recruter 150 bataillons des cadres de l'armée d'Espagne que je ferais venir en France, ce qui me ferait une 4e armée. En supposant donc qu'il dut y avoir guerre en 1812 j'aurais disponibles pour le continent près de 550 bataillons complétés.
Je désire que les états que vous me présenterez soient faits dans l'ordre suivant :
1° le corps du prince d'Eckmühl
2° les régiments qui sont en France
3° tous les corps qui sont au-delà des Alpes soit de l'armée d'Italie, soit de l'armée de Naples, soit des divisions militaires, sans parler de composition d'armées sur lesquelles il est impossible de rien arrêter actuellement
" (Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 25633).

Le 30 mars 1811, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris : "Je désire, dans le courant de mai … Pour la même époque je désire établir un autre camp près d'Utrecht. Il serait composé des trois bataillons du 18e, trois bataillons du 93e, trois bataillons du 56e, trois bataillons du 125e, trois du 126e ; total, quinze bataillons. Ce camp serait commandé par un général de division et trois généraux de brigade. On aura soin de choisir un emplacement sain et convenable. Les compagnies de voltigeurs seront détachées ; ce qui fera 15 compagnies dont on formera aussi des colonnes mobiles ; on les fera camper en les plaçant le long de la côte de la 17e division militaire. Chaque colonne aura deux pièces de campagne servies par l'artillerie des régiments. Vous prendrez des renseignements sur les localités et vous me présenterez un plan indiquant l'emplacement des camps et les différentes directions que pourront suivre les colonnes mobiles …
Le duc de Reggio sera chargé du commandement de ces deux camps ; il ira y passer un mois et s'assurera de l'instruction des troupes ...
" (Correspondance de Napoléon, t.21, lettre 17532; Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 26415).

Le 19 avril 1811, l'Armée d'Allemagne est composée de trois Corps; le 1er est le Corps d'observation de l'Elbe, commandé par Davout. L'Empereur écrit en effet ce jour à au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris : "Monsieur le Duc de Feltre, l'armée d'Allemagne sera composée de trois corps :
1° Le corps d'observation de l'Elbe ;
2° Le corps d'observation du Rhin ;
3° Le corps d'observation d'Italie.
... CORPS D'OBSERVATION DU RHIN.
Ce corps se réunira de Mayence à Wesel. Il sera composé de quatre divisions d'infanterie ...
4e DIVISION. — 1re brigade : deux bataillons d'élite du 3e de ligne ; deux du 4e ; deux du 105e ; 2e brigade : deux bataillons d'élite du 37e ; deux du 93e ; deux du 123e ; 3e brigade : deux bataillons d'élite du 18e de ligne ; deux du 19e ; trois bataillons portugais ; total, 19 bataillons ...
Mon intention est que vous donniez des ordres pour la formation des bataillons d'élite, afin que du 1er au 10 mai, ils puissent se mettre en marche pour les lieux de leur destination.
Je vous enverrai un travail préparatoire pour les corps d'observation du Rhin et d'Italie. Celui de l'Elbe marche tout seul. Les régiments d'élite seront composés de 2 bataillons. Le 1er bataillon sera de 4 compagnies de voltigeurs et le 2e de 4 compagnies de grenadiers. Chaque compagnie sera portée à 150 hommes et formée de vieux soldats. Vous ordonnerez aux colonels de désigner pour commander ces bataillons leurs meilleurs chefs de bataillon, et d'y placer les meilleurs officiers et sous-officiers et les plus propres à faire la guerre.
Les régiments qui n'ont pas leurs 4 compagnies d'élite devront aussitôt les former.
Le 4e régiment de ligne qui est au Havre, par exemple, devra former ses 4 compagnies sans les tirer du 4e bataillon. Il ne resterait alors au Havre que 3 bataillons de 4 compagnies chacun ou 12 compagnies ; mais comme on aura pris encore 2 compagnies pour remplacer celles du 4e bataillon, il n'y restera effectivement que 10 compagnies réduites à 7 ou 800 hommes. Mais le 4e bataillon enverra des cadres au Havre pour reformer les compagnies manquantes et les conscrits pourront être dirigés à mesure, et en suite des ordres que je donnerai, sur Le Havre, en sorte qu'il y aura au Havre 3 bataillons de 12 compagnies ayant sur pied 15 à 1 600 hommes et je serai libre, selon les circonstances, de retirer ces troupes ou de les laisser dans l'intérieur.
Ce que j'ai dit pour le 4e régiment s'appliquant à tous les autres ...
" (Correspondance de Napoléon, t.22, lettre 17630 ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 26753).

Le 24 mai 1811, l'Empereur écrit, depuis Caen, au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris : "Je vous envoie cinq états pour vous servir de direction dans un rapport que vous me ferez au 15 juin, pour donner une nouvelle organisation, au 1er juillet, aux différents corps d'observation ...
CORPS D'OBSERVATION DU RHIN. — Au 1er juillet, ce corps prendra le titre de Corps d'observation des Cotes de l'Océan. Il sera formé, comme le porte l'état n° 2, par la réunion de tous les conscrits et de tous les bataillons ...
Je n'ai pas besoin de vous dire que vous ne devez donner aucun ordre, faire aucun mouvement en conséquence de ces états, mais que vous devez vous borner à me faire un rapport général au 15 juin, époque à laquelle vous me demanderez en même temps mes ordres ...
CORPS D'OBSERVATION DU RHIN.
L'organisation des régiments d'élite existera jusqu'au 1er juillet. Les régiments d'élite qui font partie des corps d'observation du Rhin et d'Italie seront alors dissous.
Le corps d'observation du Rhin sera composé de quatre divisions, organisées de la manière suivante :
... 3e Division. - Quatre bataillons du 18e de ligne, quatre du 93e, quatre du 56e, quatre du 124e, deux bataillons espagnols et deux suisses ...
Chaque division ayant trois brigades, il y aura en tout douze brigades ; chaque division étant de vingt bataillons, le total du corps d'observation du Rhin sera de quatre-vingts bataillons.
Chaque régiment aura ses deux pièces d'artillerie, ce qui fera huit pièces par division, hormis que la 4e division n'en aura que six ; au total, trente pièces régimentaires ...
MODE D'EXÉCUTION. — Au 1er juillet tous les conscrits seront arrivés aux régiments.
La 1re division sera organisée au camp de Boulogne ... Les 4es bataillons de ces régiments et tous les conscrits des dépôts partiront, du 1er au 15 juillet, de Metz, Nancy, Douai et Berg-op-Zoom, pour aller compléter les régiments au camp de Boulogne. Aussitôt après leur arrivée le tiercement aura lieu, de sorte que les bataillons soient égaux en hommes anciens et aient la même consistance ...
La 3e division sera organisée au camp d’Utrecht, et il y sera procédé de la même manière ...
Ainsi, à cette époque, le corps d'observation du Rhin aura deux divisions au camp de Boulogne et deux en Hollande. Il changera alors de dénomination et prendra celle de Corps d'observation des cotes de l'Océan.
Les 4es compagnies de voltigeurs et de grenadiers des bataillons d'élite passeront dans les 4es bataillons, qui céderont deux de leurs compagnies aux bataillons d'où ces compagnies d'élite seront tirées, de sorte que tous les bataillons seront égaux, de six compagnies, dont une de grenadiers et une de voltigeurs ...
ma pensée secrète est que le corps d'observation des côtes de l'Océan puisse devenir un corps de l'armée d'Allemagne, et, en faisant volte-face sur Mayence ou Wesel, trouver son artillerie à Mayence, à Wesel ou à Maëstricht ...
La 1re division sera commandée par le général Legrand, la 2e division par le général Vandamme ...
Pour remplir ce but, comme on l'a dit plus haut, il faut pourvoir à la garnison de Toulon ... Le 4e bataillon du 18e, le 4e du 5e, le 4e du 11e, le 4e du 93e et le 3e du 79e de ligne, se dirigeront également sur Toulon au 1er juillet.
Ces six bataillons, qui auront reçu leurs conscrits et seront ainsi complétés, formeront une force suffisante pour la garnison de Toulon, de Marseille, de Cette et de toute la côte de la Méditerranée
" (Correspondance de Napoléon, t.22, lettre 17247 ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 27150).

Le 11 juin 1811, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris, au sujet de la suppression des Bataillons d'élite et du renforcement des autres Bataillons : "... Vous ferez la même chose pour le 93e : le 6e bataillon partira de Besançon avec 1,000 hommes.
Ici comme pour le camp de Boulogne, chacun des quatre bataillons aura ses compagnies d'élite, qui seront toutes réduites au complet des basses compagnies, c'est-à-dire à 140 hommes ...
P. S. J'ai ordonné que les mouvements s'opéreraient au 1er juillet ; cependant, comme il est possible qu'il manque des habits et autres effets aux conscrits, vous donnerez en conséquence l'ordre aux dépôts de faire partir au 1er juillet ce qui serait bien arme, équipé et arrive au régiment depuis vingt jours, et au 15 juillet le reste. Les généraux commandant les divisions militaires qui passeront la revue de ces dépôts vous enverront à l'avance l'état de ce qui doit partir au 1er et au 15 juillet, de sorte qu'au 1er août les camps de Boulogne, d'Utrecht, tout soit conformément à ma lettre
" (Correspondance de Napoléon, t.22, lettre 17792 ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 27268).

Le 12 juin 1811, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le duc de Peltre, les 4es bataillons des 2e, 37e, 56e et 93e qui sont en Catalogne et dont les cadres doivent retourner à Besançon et ceux des 19e et 46e porteront ces régiments à 6 bataillons. Il y aura ainsi dans 1' intérieur 6 régiments à 6 bataillons, ce qui, avec les 15 régiments du corps d'observation de l'Elbe, portera le nombre des régiments à 6 bataillons à 21. Vous recevrez le décret que j'ai pris pour faire rentrer en France les cadres des bataillons des 2e, 37e, 55e et 93e" (Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 27283).

Le 23 juin 1811, Napoléon écrit depuis Saint-Cloud, au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris : "Monsieur le Duc de Feltre, ... Vous donnerez ordre que dans le courant de juillet les 4es bataillons des 26e léger, 4e, 19e, 123e, 26e, 72e, 46e, 126e, 18e, 93e, 56e, 124e, 2e, 37e et 125e de ligne rejoignent leurs régiments. Vous laisserez le colonel et le général commandant la division choisir le jour de départ qui sera le plus commode pour le soldat, mais de manière que tous ces bataillons aient rejoint au 10 août. Vous donnerez ordre que tout ce qui est disponible dans les 5es bataillons soit employé à compléter ces 4es bataillons ..." (Correspondance de Napoléon, t.22, lettre 17846 ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 27413).

Le 24 juin 1811, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Dumas, Directeur des Revues et de la Conscription : "Monsieur le comte Dumas ... Il reste les 6es bataillons des 19e, 46e, les 4es des 2e, 56e, 93e, 37e et les 6es des 10e, 20e, 84e et 92e. Ces 10 bataillons seront complétés sur la conscription de 1812" (Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 27432).

Le 17 juillet 1811, l'Empereur écrit, depuis Trianon, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le duc de Peltre ... Donnez ordre que la 2e compagnie des 5es bataillons des 19e, 72e, 2e, 18e, 56e, 37e, 93e, 108e, 48e, 33e, 30e, 12e, 21e, 25e, 85e, 17e, 57e et 61e se forment à Anvers, et tiennent garnison à bord des 15 vaisseaux de ligne français qui sont dans 1'Escaut et des 2 vaisseaux hollandais ; la 18e compagnie sera destinée au premier vaisseau qui sera mis à 1'eau cette année ...
Vous donnerez ordre que toutes ces compagnies soient composées d'officiers, sous-officiers et soldats de l'ancienne France ; que tous les officiers, sergents, caporaux et fourriers aient au moins 4 ans de service, et que les soldats aient au moins un an de service et soient à l'école de bataillon. Vous recommanderez qu'on porte un soin particulier à la formation de ces compagnies, à les maintenir au complet ; qu'on y mette des officiers de choix, hommes d'ordre et d'honneur qui puissent être utiles à bord des vaisseaux
" (Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 27681).

Le 26 juillet 1811, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le duc de Feltre, je vous envoie un mémoire du général Hogendorp sur le camp à former à Utrecht. Je désire que vous donniez l'ordre au général Molitor de mettre en marche pour Utrecht au 5 août.
Le 18e de ligne et le 93e de ligne qui formeront une brigade ...
Deux généraux de brigade pris parmi ceux qui sont dans la 17e division militaire auront le commandement de ces brigades, qui seront cantonnées dans la plaine de l'ancien camp d'Austerlitz, à Utrecht et aux environs, dans les villes et villages, de manière qu'on puisse réunir les troupes par régiment, par brigade, et ensuite tout le camp pour les manœuvres ...
Le maréchal duc de Reggio se rendra à Utrecht pour prendre le commandement de ce camp. Il devra y être arrivé dans les premiers jours d'août. Vous remarquerez que je ne veux point de camp, parce que cela est trop coûteux et parce que le soldat est beaucoup mieux dans les cantonnements ...
Dans l'un et l'autre de ces camps, il n'y aura pas d'autre artillerie que l'artillerie régimentaire et pas d'autres caissons que les caissons régimentaires. Le service se fera par les employés de la division. Il n'y aura aucun accroissement d'employés ni de dépenses ...
Vous donnerez pour instruction au duc de Reggio de passer en revue ces troupes, de les faire manœuvrer fréquemment, d'envoyer des notes sur leur armement, habillement, instruction, et sur toutes les places vacantes. Indépendamment de ce but important, j'ai aussi celui de soustraire les troupes au mauvais air, en les réunissant dans les pays les plus sains de la Hollande. Enfin vous recommanderez au duc de Reggio de les tenir en état d'entrer en campagne, soit pour s'embarquer sur l'escadre de l'Escaut, si cela devenait nécessaire, soit pour se rendre en Allemagne. Il recevrait l'artillerie et les administrations au dernier moment. Il suffit que ces régiments soient parfaitement en état
" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.1, lettre 940 (en partie seulement) ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 27795).

Le 22 août 1811, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Clarke : "Monsieur le duc de Feltre, donnez les ordres suivants pour la répartition des compagnies destinées à former les garnisons de vaisseaux ...
ESCADRE DE L'ESCAUT
Les 2es compagnies du 5e bataillon de chacun des 2e, 19e, 72e, 18e, 56e, 37e et 93e seront formées à Anvers et complétées. Ces sept compagnies tiendront garnison, savoir la compagnie du 2e sur le Friedland ; celle du 19e sur le Tilsit ; celle du 72e sur l’Auguste ; celle du 18e sur le Charlemagne ; celle du 56e sur le Duguesclin ; celle du 37e sur l'Anversois ; celle du 93e sur le César ...
" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 4, lettre 6042 ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 28292).

1810-1812, LE 3ème BATAILLON EN CATALOGNE

Au début de 1810, Augereau, qui commande l’Armée de Catalogne, a établi son QG à Girone. Le 8 Février, la Catalogne est érigée en Gouvernement militaire, ôtant à Joseph tout droit de regard sur la province.

Le 20 février 1810, le Bataillon du 93ème, qui fait alors partie de la Division Souham, prend part, dans la plaine de Vich, à une bataille des plus remarquables où cette Division, forte de 3500 baïonnettes, combat une armée de 25000 hommes sous le Général O'Donnel. Deux Régiments (42e et 93e) soutiennent, pendant trois heures, le feu le plus meurtrier, sans que l’ennemi puisse leur faire perdre un pouce de terrain. La résistance sur les autres points ayant été aussi brillante, les Espagnols, mis en déroute, laissèrent entre nos mains 2400 prisonniers et les débris de leur armée durent chercher un refuge dans les montagnes. Souham est blessé lors des combats.

La Division occupe Reus. Puis doit retraiter sur Barcelone, livrant un combat à Villafranca. Le Général Frère a remplacé provisoirement Souham à la tête de la Division. Celle-ci fait le blocus de la forteresse d'Hostarlich qui capitule finalement le 12 Mai.

Augereau est remplacé par Mac Donald à la tête de l'Armée de Catalogne dans les derniers jours de Mai.

Le 1er Léger était dans cette situation relativement calme, quand, le 9 mars 1810, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Maréchal Berthier, Prince de Neuchâtel et de Wagram, Major général de l'Armée d'Espagne, à Paris : "Mon Cousin, le gouvernement d'Aragon sera augmenté des provinces de Tortose, de Lérida, de Tarragone et des pays à l'ouest d'une ligne partant de la tour de Garraf sur le bord de la mer, passant au col d'Ordal, suivant le cours de la Goya jusqu'à Llorrach, celui de la rivière Llobregat jusqu'au Sègre, et de là les frontières de la province de Lérida jusqu'à la Noguera, qui divisera, comme autrefois, les deux gouvernements jusqu'aux Pyrénées.
Vous ferez connaître cette disposition au général Suchet, en lui annonçant que toutes les troupes faisant partie de l'armée active de Catalogne passeront sur-le-champ sous ses ordres, savoir, quatre régiments (le 7e de ligne, le 42e de ligne, le 1er léger, le 16e de ligne), la division italienne, la division napolitaine, le 24e de dragons, les dragons Napoléon, les chasseurs royaux.
Il laissera sous les ordres du duc de Tarente le 29e de chasseurs, le bataillon du 93e de ligne, le bataillon du grand-duché de Berg et une compagnie d'artillerie. Ce détachement se rendra à Barcelone pour en augmenter la garnison et faire partie de l'armée de Catalogne, dont le quartier général sera à Barcelone. L'escadron du 24e dragons et les détachements italiens et napolitains des corps faisant partie de l'armée d'Aragon, qui sont dans la haute Catalogne ou à Barcelone, rejoindront leurs corps en Aragon aussitôt que ce mouvement pourra se faire avec sûreté. Il appartiendra à l'armée de Catalogne d'occuper le Monserrat et d'assiéger Cardona, Berga et Urgel ; il appartiendra à l'armée d'Aragon de faire le siège de Tarragone.
Le général Suchet se concertera avec le duc de Tarente pour la marche de ce dernier sur Barcelone avec le détachement qui doit y entrer avec lui ; on verra s'il est à propos de faire faire un mouvement au corps d'armée active de Catalogne en tout ou en partie, soit pour s'emparer définitivement du Monserrat et refouler l’ennemi sur Tarragone, soit, si l'opération n'est pas jugée actuellement nécessaire, pour protéger la rentrée à Barcelone du détachement du duc de Tarente. Dans ce dernier cas, le duc de Tarente menacera Monserrat d'une attaque pour y retenir l'ennemi et empêcher qu'il ne sorte pour inquiéter le siège de Tarragone.
Vous vous concerterez avec le ministre de la guerre pour expédier chacun un officier porteur d'ordres en duplicata par deux routes différentes, celle de Pampelune et celle de Jaca. L'officier qu'enverra le ministre de la guerre portera vos ordres et les siens ; il arrivera d'abord chez le général Suchet, à qui il remettra les ordres à lui destinés ; il ne se rendra chez le duc de Tarente, pour lui remettre les siens, qu'après avoir reçu les ordres du général Suchet. L'officier que vous enverrez par l'autre route avec les duplicata de vos ordres et de ceux du ministre arrivera également d'abord chez le général Suchet, dont il prendra les ordres pour le jour et le temps qu'il arrivera à Lérida. Mon intention est que le général Suchet arrive à l'armée peu après l'officier. Il faut choisir des officiers intelligents et qui connaissent leur mission, afin qu'en cas d'événement, soit de départ du général Suchet, soit même de mort, ils ne remettent rien au duc de Tarente qu'après avoir vu le général Suchet : vous comprenez l'importance que l'armée de Catalogne ne reste point sans commandant, et que le général Suchet soit instruit et puisse diriger toute cette affaire.
Vous ordonnerez au général Suchet de s'occuper sur-le-champ du siège de Tarragone. Il choisira sa ligne d'opération ou par Lérida ou par Mora. Il fera fortifier des points intermédiaires ; celui de Monblanch paraît très-important à occuper solidement par des retranchements. Il portera des approvisionnements considérables sur le col Balaguer ; il verra s'il lui serait utile de se servir de quelques barques par mer. Je le laisse maître de composer ses divisions comme il le voudra, en mêlant les troupes de Catalogne avec celles d'Aragon. La prise de Tarragone doit couronner la gloire militaire que le général Suchet a acquise dans cette campagne, et lui donner de nouveaux titres près de moi
" Correspondance de Napoléon, t.21, lettre 17443 ; Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 26148).

Le 19 août 1811, Macdonald, depuis le camp devant Figuières, adresse au Duc de Tarente, Ministre de la Guerre, la lettre suivante : "M. le duc,
J'ai la satisfaction d'informer V. Exc. que la valeur, le dévouement et la persévérance de l'armée de S. M. en Catalogne, a triomphé de la perfidie des traîtres qui ont livré la forteresse de Figuières à l'ennemi, ils sont dans les fers ; cette place est aujourd'hui reconquise et au pouvoir de l'Empereur.
La garnison espagnole ayant inutilement tenté de s'échapper dans la nuit du 16 et avec perte de 400 hommes, a été forcée de se rendre à discrétion, et pour toute faveur, la vie sauve.
Elle est sortie sans armes ce matin de la forteresse, au nombre de 5500 hommes, et près de 550 officiers, dont le maréchal-de-camp Martinez, plusieurs brigadiers-généraux, 80 officiers supérieurs, etc. ; elle est dirigée en trois colonnes sur Perpignan, où elle arrivera les 21 et 22.
Cette garnison a perdu depuis le blocus plus de 2200 hommes, par le feu ou de mort naturelle ; il reste 1500 malades à l'hôpital, et 200 non combattants, qui seront renvoyés. L'armée de S. M. a bravé plus de 60,000 coups de canon, et deux millions de coups de fusils sans beaucoup de perte.
Elle a supporté avec une constance vraiment exemplaire, les peines, les fatigues, les intempéries du climat, pendant quatre mois neuf jours de blocus, et passé depuis le 24 juillet vingt-cinq nuits de suite sous les armes.
Les travaux des lignes de contrevallation et circonvallation sont immenses ; S. M. pourra en juger, si elle daigne jeter les yeux sur le plan que je transmets à V. Exc.
L'arme du génie les a en grande partie dirigés avec un zèle et une activité soutenus.
Celle de l'artillerie a été ce qu'elle est toujours, excellente ; le général de division Tamil la commande et le général Nourry a élevé et dirigé toutes les batteries, dont quelques-unes, placées trèshardiment à moins de trois cent toises de la forteresse.
Les redoutes du 37e de ligne, 8e léger, 16e et 67e de ligne, 32e léger, 11e, 81e, 60e, 93e, celles de la gendarmerie impériale et des Westphaliens, ont reçu le nom des corps qui y ont assidument travaillé ; les premiers ne sont qu'à portée de fusil du chemin couvert : le 5e et 25e légers ont également beaucoup travaillé.
Ces corps, sous les ordres des généraux Quesnel, Clément, Palmarole, Plansonne, Lefebvre, les adjudants-commandants Vigier, Beurmann, les colonels Lamarque et Petit, formaient la ligne de blocus ou la renforçaient, chaque nuit. L'escadron du 20e et le 29e de chasseurs, l'escadron du 24e de dragons, les lanciers gendarmes étaient aussi en partie à cheval.
Enfin une réserve d'élite, composée de gendarmerie à pied, et de détachements de divers corps, commandés à tour de rôle par les généraux Favier, Nourry et Prost, l'adjudant-commandant Nivet, les chefs de bataillon d'état-major Ferrari, Guibourg et le chef d'escadron Séguin, mon aide-de-camp, était destinée à soutenir tous les points menacés.
S. Exc. le colonel-général était partout. Il a déployé une très grande activité ; en général tout le monde a parfaitement rempli son devoir, Je me plais à rendre cette justice à l'armée, dans l'espoir que l'Empereur daignera jeter sur ses braves un regard de bienveillance, priant V. Exc. de faire remarquer à S. M., que son armée de Catalogne est étrangère à l'événement qui l'a réunie sous les murs de cette place.
Je viens de faire hisser le pavillon impérial sur ses murs, il est salué de cent un coups de canon ; cette salve sera entendue des vaisseaux anglais qui bordent la côte, et des rassemblements d'insurgés à Olot ; elle les avertira de la reprise de Figuières, et de la fin de la guerre dans cette partie de la Catalogne.
Agréez, M. le duc, l'assurance nouvelle de ma considération distinguée.
Le maréchal duc de Tarente,
Macdonald.
P. S. L'aide-de-camp de V. Exc., le chef de bataillon Schneider, porteur de cette dépêche, a partagé les fatigues des troupes en passant toutes les nuits aux tranchées ; il a vu le fort, les prisonniers, et pourra donner à V. Exc. tous les renseignements qu'elle jugera convenables
" (Courrier de Turin N°120, 7e année, lundi 2 septembre 1811).

1812, CAMPAGNE DE RUSSIE

hausse col 93e de ligne 1808-1812
Ornement de hausse-col d'Officier, 1808-1812

Au début 1812, les positions du Régiment sont les suivantes : 1er et 2e Bataillons en Hollande; 3e Bataillon en Espagne; 4e Bataillon en Allemagne; 5e Bataillon de Dépôt à Besançon; 6e Bataillon au Dépôt.

Dès le début janvier 1812, Napoléon fait le compte de ses forces et commence à composer sa nouvelle Grande Armée. Le 2 janvier 1812, il écrit ses hypothèses de travail : "Monsieur le Comte de Cessac, je vous envoie pour votre gouvernement l’organisation de la Grande Armée. Le corps de l’Elbe formera deux corps. Il est nécessaire d’envoyer un ordonnateur à chaque corps et tout le personnel d’administration qui est indispensable. Présentez-moi un objet d’organisation. Comme je n’ai pas encore organisé en deux corps le corps d’observation de l’Elbe, envoyez-y tout double.
NOTE SUR L’ORGANISATION DE LA GRANDE ARMÉE.
La Grande Armée sera partagée en quatre corps : le corps d’observation de l’Elbe en fera deux ; le corps d’observation de l’Océan en fera un ; le corps d’observation d’Italie en fera un autre.
La Grande Armée sera organisée, en 15 divisions d’infanterie.
CORPS D’OBSERVATION DE L’OCÉAN.
... 11e division (le lieu de réunion n’est pas encore fixé) : régiment illyrien, 4 bataillons ; 4e léger, 4 bataillons ; 18e léger, 4 bataillons ; 93e de ligne, 5 bataillons ; 2e régiment portugais, 2 bataillons ; total, 19 bataillons .
..".

Il se préoccupe du 4e Bataillon. Le 8 janvier 1812, Napoléon écrit à Clarke : "Monsieur le duc de Feltre ... Je recois votre lettre par laquelle vous me rendez compte que le 3e de Ligne qui est à Strasbourg a 2000 hommes et le 105e a 1600 hommes.
Je vous ai fait connaitre qu'il fallait que le 4e bataillon du 56e et le 4e bataillon du 93e fussent complétés à 900 hommes. On pourra retirer ce qui est nécessaire du 3e ou du 105e au choix du général Desbureaux … Les 4eme bataillons du 3e et du 105e doivent chacun garder 600 hommes ...
".

Et le 10 du même mois : "... Le 4eme bataillon du 93e est à Wesel. Donnez ordre qu’il soit complêté le plus tôt possible avec des conscrits réfractaires de Wesel et de Strasbourg ...".

Le 29 février 1812, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Duc de Feltre : "J'ai ordonné que les cadres des 4es bataillons du 56e et du 19e de ligne se rendissent à Wesel, après avoir versé tous les hommes qu'ils ont disponibles dans les quatre premiers bataillons.
J'ai également ordonné que les cadres des 4es bataillons des 46e et 93e se rendissent à Strasbourg, après avoir versé tous leurs hommes disponibles dans les quatre premiers bataillons. Mon intention est que ces deux bataillons et ceux du 56e et du 19e soient complétés par des conscrits réfractaires ou des graciés du boulet. En conséquence les 751 graciés qui se rendent à Wesel, seront placés dans les bataillons du 56e et du 19e. Il faudrait voir à gracier un pareil nombre d'hommes et à les diriger sur Strasbourg et sur Wesel. Vous ordonnerez aux généraux commandant à Strasbourg et à Wesel de compléter les 4es bataillons des 56e, 19e, 46e et 93e par des conscrits réfractaires et aussitôt que ces bataillons seront complets, armés et équipés, on m'en rendra compte et j'ordonnerai leur départ ; ces bataillons se rendront sur l’Oder ; ainsi ils seront de suite hors de France
" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.2, lettre 1884).

En avril 1812, il forme des Bataillons de marche à partir de Compagnies des 5e Bataillons (voir encadré).

Les Demi-brigades de marche Avril 1812

Le 2 avril 1812, Napoléon décide, pour renforcer sa Grande Armée, de former 4 Demi-brigades de marche à partir de détachements des 5ème bataillons (Dépôts) de Régiments déjà mobilisés. Chaque Demi-brigade à 3 Bataillons de 6 Compagnies chacun. Les Demi-brigades doivent se former le long du Rhin, avant d’être envoyées vers l’Est. Il écrit à Clarke ses instructions et la composition de ces nouvelles unités.

- 3e Demi-brigade de marche.
1er Bat : 3 Cies du 26e Léger à Metz, 3 Cies du 11e Léger à Wesel
2e Bat : 2 Cies du 2e de Ligne à Besançon, 2 Cies du 37e de Ligne à Besançon, 2 Cies du 93e de Ligne à Besançon
3e Bat : 3 Cies du 29e Léger à Beauvais, 3 Cies du 24e Léger à Metz
Cette Demi-brigade se réunira à Juliers.

"... Les détachements se mettront en route du 15 au 25 avril, forts de 160 hommes par compagnie, tous habillés, bien armés et ayant trois paires de souliers.
Vous nommerez un major en second pour commander chaque demi brigade ...
".

Ces 4 Demi-brigades vont être regroupées dans une Division de Réserve, mise aux ordres du Général Lagrange. Saint-Cloud, 9 avril 1812 : "Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris.
Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre au général de division Lagrange, inspecteur général de gendarmerie, de partir le 15 pour aller prendre le commandement de la 1ere division de réserve de la Grande Armée, composée des quatre demi-brigades de marche qui se réunissent à Cologne. Ce général correspondra avec les majors en second que vous devez sans délai désigner pour commander ces quatre demi-brigades. Il se rendra d’abord dans la 16e division militaire, où sont la plus grande partie des dépôts de la Grande Armée, pour les inspecter et faire accélérer les départs.
Je suppose que vous avez donné des ordres pour que les compagnies des 5e bataillons qui doivent faire partie de la division de réserve se rendent à Cologne. Ceux qui sont sur le Rhin iront par eau. Ces demi-brigades pourront être réunies à Cologne, à Bonn, à Aix-la-Chapelle, et même à Düsseldorf.
Je désirerais que dans les quinze premiers jours de mai cette division pût passer le Rhin et se rendre à Magdeburg. Recommandez bien qu’aucun homme ne parte que bien armé, bien habillé et bien équipé et en bon état. Il vaut mieux tarder quelques jours de plus, si cela est nécessaire. Chaque compagnie doit être forte de 150 hommes, le cadre non compris. Aucun homme ne doit partir s’il n’est depuis au moins quinze jours au corps et s’il n’est habillé depuis huit jours. Occupez-vous de l’organisation de ces demi-brigades; il est nécessaire qu’elles aient de bons majors en second.
Assurez-vous que les cadres des 5emes bataillons qui doivent former les seize demi-brigades provisoires sont complets. S’il y avait des places vacantes il faudrait y nommer sur-le-champ
".

Le 30 avril, Napoléon écrit à Clarke : "... Faites moi connaitre quand elle (la division) sera réunie à Cologne et quand elle pourra commencer son mouvement sur Magdebourg ...". Et le même jour, il commande à Berthier d’envoyer un de ses Aides de camp faire un rapport sur cette Division. Et que le 10 mai, elle commence son mouvement sur Berlin.

Le 8 mai, Napoléon envoie son propre Aide de camp : "Saint-Cloud, 8 mai 1812
Au général Lebrun, duc de Plaisance, aide de camp de l’empereur, à Paris
Monsieur le Duc de Plaisance, vous partirez dans la journée de demain. Rendez-vous à Aix-la-Chapelle, à Cologne et à Düsseldorf. Vous verrez la situation de la 1e division de la réserve, son habillement, l’instruction des hommes, le nombre d’officiers qui manque à chaque régiment. Faites-moi connaître si cette division a ordre de se mettre en marche sur Magdeburg
".

Quelques jours plus tard, il renforce cette Division de réserve : "Dresde, 18 mai 1812.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, je reçois le travail qui était joint à votre lettre du 11 mai. Voici quelles sont mes intentions définitives, donnez des ordres pour leur prompte exécution.
La 1e division de la réserve, commandée par le général Lagrange, qui se réunit à Coblentz, Düsseldorf et Aix-la-Chapelle, sera com­posée de la 1e demi-brigade de marche forte de trois bataillons, des 2e, 3e et 4e demi-brigades de marche fortes également de trois bataillons, et des 6e bataillons des 19e, 37e, 56e 93e, 46e, qui sont à Wesel et à Strasbourg; total, dix-sept bataillons. Vous donnerez l’ordre que ces dix-sept bataillons se portent sur Magdeburg. Vous me ferez connaître leur ordre de marche et le jour où chacun de ces bataillons arrivera à sa destination, afin que je donne les ordres ultérieurs. Ces dix-sept bataillons, formant près de 14,000 hommes, seront destinés à tenir provisoirement garnison à Magdeburg, Spandau et Berlin; ce qui me permettra de disposer du 9e corps. Je n’ai donc rien à changer à la formation proposée dans votre état n°1, qui me parait bien entendu
".

Le 19 mai, à Berthier, il réitère l’ordre que la Division se rende à Magdebourg et de lui donner 32 Sous-lieutenants tirés de Saint-Cyr. La 1ère Division de Réserve sous Lagrange va être rattachée au 9e Corps du maréchal Victor.

Le 2 mai 1812, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, à Berthier : "Faites-moi connaître quand les cadres des 6es bataillons des 46e et 93e régiments partiront à Strasbourg" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.2, lettre 1969).

Le 20 mai 1812, l'Empereur écrit, depuis Dresde, à Berthier "Je suis surpris que le 14 mai, le cadre du 6e bataillon du 46e ne soit pas arrivé à Strasbourg. Voyez s'il ne suit pas quelque fausse direction et rendez-m’en compte, car il est important que ce bataillon, ainsi que celui du 93e, bien complet, bien habillé et bien équipé, parte sans délai pour Spandau" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.2, lettre 1997).

Napoléon s’inquiète effectivement au sujet du 6e Bataillon du 93e. Toujours le 20 mai 1812, il écrit depuis Dresde, à Clarke : "... Je vois que le cadre du 6eme bataillon du 93e est encore à Strasbourg, que ce cadre qui devait recevoir 800 conscrits réfractaires n’en a que 560.
Faites prendre ce qu'il y a de disponible dans les 3e et 105e parmi les conscrits réfractaires, et les hommes réformés de l’Artillerie et dans le dépôt du 113e afin de complêter ce bataillon et le faire partir pour Spandau ...
".

Le 27 mai 1812, l'Empereur écrit, depuis Dresde, au Duc de Feltre : "Prenez un parti quelconque pour compléter les cadres du 6e bataillon du 56e et du 37e, celui du 46e qui, mal à propos, a été envoyé à Arras et qui a ordre de revenir à Strasbourg, et celui du 93e qui est dans cette ville" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.2, lettre 2027).

Le 93e de Ligne fait partie du 3e Corps d'armée (Ney), 11e Division d’infanterie (Razout), qui passe le Niémen, le 25 juin, à Kowno (aujourd'hui Kaunas). Il compte 4 Bataillons en ligne (1er, 2e, 4e et 6e) aux ordres du Colonel Bauduin.

Après le passage du Niémen, les hommes souffrent de dysenterie et de pénurie de vivres et de fourrage. L'ennemi reste invisible, tandis que le temps est mauvais.

Le 28 Juin, Vilna, capitale de la Lituanie, ouvre ses portes, les Russes l'ont évacué, et on proclame la réunion au Duché de Varsovie comme aux temps héroiques de la grande Pologne. Une pause de quelques jours permet à l'Armée de se regrouper. Napoléon y établit son Q.G. Il y restera jusqu'au 16 Juillet et lance ses troupes à la poursuite des Russes.

L'ennemi ne cesse de se dérober, retraitant vers l'Est, ne livrant que de petits combats, mais qui coûtent des hommes aux Français. La Grande Armée, au bout d'un mois de campagne, était épuisée. Elle avait gagné des territoires, mais n'avait aucun résultat décisif sur le plan militaire. Napoléon avait déjà perdu 150.000 hommes dont 15.000 tués ou blessés; le reste avait disparu en route …

Les forces russes se repliaient sur Smolensk tout en se regroupant. Le 16 Août, les Français étaient devant Smolensk. Le 3e Corps se déployait devant la ville, la Division Razout en réserve. Après un bombardement et un assaut, la ville était en feu partie par le bombardement, partie par les Russes qui avaient déclenché des incendies, prélude à leur tactique de "terre brulée".

Continuant à poursuivre les Russes, les Divisions passèrent le Dniepr. L'arrière garde russe avaient décidé de se retrancher sur le plateau de Valoutina pour livrer un combat de retardement. Le 3e Corps de Ney monta à l’assaut le 19 août, aidé de la Division Gudin (voir historique du 7e Léger et du 12e de Ligne). Le 93e y eut de nombreux Officiers atteints : les Capitaines Joly et Brevet furent tués, les Capitaines Remlinger, Mugnier et Cartier furent blessés.

Les Russes ont décidé de livrer bataille pour protéger leur capitale.

Le 5 septembre, le 3ème Corps arrive devant les positions fortifiées qu’ils occupent près de la Moskowa. Le 6 se passe en préparatifs.

La gauche de la ligne ennemie était couverte par trois flèches sur lesquelles se dirige le 3e Corps pour venir en aide au 1er. La Division Razout (dont le 93e), chargée d’enlever celle de gauche, parvient à s’en emparer après un combat violent. La Division Ledru et le 1er Corps entrent en même temps dans celle de droite ; mais l’ennemi, amenant de nouvelles troupes pour reprendre les ouvrages qui viennent de lui être enlevés, dirige ses plus grands efforts sur la Division Razout et parvient à la repousser.

Les Français reviennent à la charge et s’emparent de nouveau de l’ouvrage, où ils s’établissent, malgré les efforts des Russes qui contre attaquent de nouveau plusieurs fois. La victoire chèrement payée est au bout. Le 93e a des pertes énormes. Le Colonel Baudouin est blessé, de même que les Chefs de Bataillons Grand, Bousard, Chedin, le Major Marchal. De nombreux Officiers sont tués ou blessés.

Le 10 septembre 1812, l'Empereur écrit, depuis Mojaïsk, à Berthier : "Donnez ordre au 6e bataillon du 93e qui est à Danzig, de se rendre à l'armée" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.2, lettre 2433).

Le 3e Corps entre à Moscou le 14 septembre 1812 et reçoit 36 décorations à la suite de la bataille de la Moskowa.

Le 4 octobre 1812, l'Empereur écrit, depuis Moscou, à Berthier : "... il ne devra arriver à Smolensk, au lieu de cinq bataillons, que les deux bataillons du 16e et du 93e" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.2, lettre 2503).

Le 6 octobre 1812, l'Empereur écrit, depuis Moscou à Berthier : "Donnez l’ordre au duc de Bellune de retenir à Minsk le 6e bataillon du 46e, le 6e du 93e et le 6e du 22e léger. Mandez la même chose au gouverneur de Minsk" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.2, lettre 2517).

Le 16 octobre 1812, l'Empereur écrit, depuis Moscou, à Berthier : "Ecrivez au duc de Bellune que le 7e régiment wurtembergeois qui devait se rendre à Ghjatsk, n'y arriverait que vers le 8 novembre ; qu’en conséquence je désire que ce régiment reste à Minsk jusqu'à nouvel ordre avec les 6es bataillons des 22e léger, 93e et 46e. Formez-en une brigade de 5 bataillons. Il nommera un général pour les commander. S'il y a à Smolensk des généraux qui viennent joindre l’armée, le duc de Bellune en enverra un. Cette brigade sera sous les ordres du duc de Bellune ; elle sera bonne à toute opération et portera le litre de brigade de réserve de Minsk. S'il arrive à Minsk de l'artillerie pour l’armée, donnez ordre qu'on en tire une batterie de 5 pièces pour cette brigade" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.2, lettre 2560).

Le même 16 octobre 1812, l'Empereur écrit une seconde fois, depuis Moscou, à Berthier : "... Le duc de Bellune formera une autre brigade de réserve à Minsk. Il y placera le 6e bataillon du 22e léger, le 6e du 93e de ligne, le 6e du 46e ainsi que les deux bataillons du 7e régiment wurtembergeois qui a 2 pièces de canon et qui doit être bien prés de Minsk. Ce régiment était destiné pour Ghjatsk, mais il arrive trop tard. Cette brigade sera commandée par un des généraux qui doivent être à Smolensk pour rejoindre l'armée" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.2, lettre 2561).

Devant l’absence de propositions du Tsar, l’Armée française évacue Moscou à partir du 18 octobre.

Le Régiment, avec le Maréchal Ney, est chargé de couvrir l’arrière-garde. Il va combattre à Maloyaroslavets (24 octobre), Smolensk (14 novembre), Krasnoie (18 novembre), et rencontre enfin, le 21 à minuit, près d’Orscha, le 4ème Corps venu à son secours.

Des 7000 hommes de son Corps d’armée, Ney n’en ramenait que 1200 au plus, mourant de fatigue.

Le Chef de Bataillon Michaud avait été blessé le 28 octobre, le Major Gaignot le 17 novembre, les Lieutenants Luga, Roussel et Lefrançois avaient été tués à Krasnoie.

Le drapeau du Régiment avait été sauvé par le Chef de Bataillon Bansard, la caisse et la comptabilité par le Capitaine Quartier-maître Aubry.

Les débris du 93e passent la Bérézina le 27 novembre, le Chef de Bataillon Michaud y est blessé. Le Niémen est franchi le 12 décembre et ce qu’il reste de survivants vient se rassembler à Koënigsberg.

1813, CAMPAGNE D’ALLEMAGNE

Shako d'Officier de Grenadiers, modèle 1812
Plaque de shako d'Officier de Grenadiers, modèle 1812, portée en 1813 (détail)

A son retour à Paris, la Grande Armée anéantie, les débris en occupant la Prusse Orientale, l'Empereur en organise une nouvelle pour s'opposer aux Russes. Il lève de nouveaux conscrits, réquisitionne les cohortes de Gardes Nationales et rameute progressivement de vieilles troupes d'Espagne. Il forme 34 Régiments provisoires et des Demi-brigades.

Le 93e a besoin d’être entièrement reconstitué, à part son Bataillon en Espagne. Un nouveau Colonel est nommé : Nicolas Marchal. Le 3e Bataillon est rappelé d’Espagne.

Quatre Bataillons vont entrer progressivement en ligne. Napoléon écrit, le 5 février 1813, depuis Paris, au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris : "Monsieur le Duc de Feltre, je n’approuve pas la formation des cinquante demi-brigades provisoires, formant cent cinquante bataillons, pour la garde de l’intérieur; voici de quelle manière ce travail doit être fait ...
la 12e demi-brigade sera formée des 6e bataillons des 4e, 18e et 93e ...
Ces vingt-quatre demi-brigades formeront six divisions; chaque division, quatre demi-brigades ou douze bataillons, savoir :
La lere division, à Mayence, composée des 1e, 10e, 11e et 12e demi-brigades ...
".

En Février, les troupes françaises évacuent la Pologne et se replient sur l'Oder, tandis que les Prussiens, à la fin du mois, s'alliaient officiellement aux Russes contre la France.

Le 9 mars 1813, l'Empereur écrit, depuis Trianon, au Duc de Feltre : "Je viens de nommer généraux de brigade les sieurs Lafitte, colonel du 72e, et Bauduin, colonel du 93e. Ces deux généraux seront employés au corps d'observation du Rhin" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.2, lettre 2691). Pierre-François Bauduin était déjà Baron de l'Empire depuis le 22 octobre 1810.

Le 15 Avril, Napoléon quitte les Tuileries pour se mettre à la tête de ses forces. Sa visée stratégique consiste à expulser l'ennemi de Saxe. Les batailles de Lutzen et Bautzen repoussent l’ennemi. Pendant ce temps, on continue d’organiser la Grande Armée. L’Empereur écrit le 8 mai, depuis Saint-Cloud, au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris : "... Quand est-ce donc qu’arrivent les cadres du 46e et du 93e ? ...".

Deux Bataillons (1er et 2ème) prennent part, avec le 2ème Corps (Victor) au déblocus de Glogau sur l’Oder, le 1er juin. Glogau devient alors une forteresse avancée du front impérial.

Chez les Alliés, c'est le découragement. Certains jugent la situation si désespérée qu'ils pensent se retirer derrière la Vistule. C'est alors l'Autriche qui va sauver les vaincus et s'interposer pour proposer un armistice (dit de Pleiwitz). Napoléon va le ratifier le 7 Juin pour avoir le temps de se renforcer. Mais ses adversaires vont pouvoir faire de même.

Le 10 juin, Napoléon entre à Dresde; il y restera jusqu'au 15 août. Le 11 août, l'Autriche se joint aux Coalisés et déclare la guerre. La Suède de Bernadotte est aussi à leurs côtés. Et les états allemands faiblissent. Le 18 août, les hostilités reprennent.

Après l’armistice de Pleiswitz, deux autres Bataillons arrivent à la Grande Armée. L’un (le 4ème), après avoir contribué à la reprise de la ville de Hambourg, sous le commandement du Maréchal Davout, rejoint le Régiment ; l’autre (le 3ème), placé d’abord dans la Division d’observation de Minden, renforcera ensuite la garnison de Magdebourg en septembre.

Dans la 2e partie d’Août 1813, on retrouve trois petits Bataillons du 93e au 2e Corps du Maréchal Victor, 5e Division d’infanterie (Dufour), Brigade d'Etko. Ce sont les 1er (Chef de Bataillon Volaire, effectifs : 23/648), le second (Chef de Bataillon Bransard, 21/455) et le 4ème (Chef de Bataillon Legrand, 23/491).

Pendant que le 2ème Corps observait les défilés des montagnes de Bohême, sur la rive droite de l’Elbe, l’ennemi, débouchant par la rive gauche, vint menacer Dresde. Le 24 août, le Maréchal Victor reçut l’ordre d’amener toutes ses troupes à marches forcées sur cette ville, près de laquelle il arriva le 26, à 6 heures du soir, et prit position. "Les hommes étaient harassés par les trois marches forcées qu’ils venaient de faire dans des chemins extrêmement mauvais, encombrés par des parcs immenses d’artillerie et d’équipages et pendant lesquelles la pluie n’avait pas cessé de tomber ; du repos était nécessaire, mais une forte canonnade venant de Dresde fit penser au maréchal qu’on pouvait avoir besoin du2ème corps ; l’Empereur, prévenu de son arrivée, ordonna de marcher sur le champ sur Dresde. Malgré leur extrême fatigue et la pluie qui tombait par torrents, les troupes se mirent en marche à 9 heures du soir et arrivèrent à Dresde à minuit.
On passa la nuit en ordre de bataille, en colonnes serrées, sur la grande route, la tête touchant Dresde, attendant l’ordre de traverser pour se rendre sur le champ de bataille
" (Journal du 2ème corps).

Le 27, à 7 heures du matin, les troupes traversèrent Dresde aux cris de "Vive l’Empereur!". Le 2ème Corps est chargé d’une attaque décisive sur l’aile gauche de l’armée ennemie en position sur le plateau dominant Dresde du côté de Freyberg. Cette aile appuie sa droite au profond ravin de la Weisseritz, sa gauche à la route de Freyberg ; elle occupe les deux villages de Corbitz et de Rosthal. La 1ère Brigade de la Division Dufour (93ème) est chargée de l’attaque de Corbitz, qu’elle enlève à la baïonnette. Cette première bataille de Dresde se termine par la retraite de l'armée ennemie dite de Bohême.

Le 16 Septembre, le Colonel Marchal est blessé près de Leipzig.

Le rapport des forces est défavorable à Napoléon. Son idée était de s'interposer entre les Armées de Blücher et de Schwartzenberg. Ses manoeuvres échouent, submergé par le nombre et l'évitement de ses adversaires. Le 12 octobre, il replie toutes ses forces sur Leipzig. La bataille des Nations va avoir lieu dans et autour de la ville entre les forces réunies de tous les Coalisés contre l'armée de l'Empereur entre le 16 et le 19 Octobre. Bataille gigantesque qui scelle la défaite de Napoléon en Allemagne. Toujours au 2e Corps, Division Dufour, les pertes du Régiment sont une fois de plus impressionnantes.

Il faut se replier sur les places fortes de la frontière du Rhin, en passant sur le ventre des Bavarois qui ont retourné leur alliance, à Hanau. Ce qui reste du 2e Corps est passé en revue à Worms le 10 novembre. Le 93e de Ligne ne conserve que son 1er Bataillon qui compte 20 Officiers et 391 hommes. Il doit recevoir des conscrits réfractaires. Les cadres des 2e et 4e Bataillons sont renvoyés au Dépôt pour se reformer.

Pendant ce temps, le 3e Bataillon est enfermé dans Magdebourg depuis septembre et y subit un siège.

LE SIEGE DE MAGDEBOURG, JUILLET 1813-MAI 1814

Magdebourg sur l’Elbe, dans le royaume de Westphalie, fut, durant la campagne de 1813, une des places stratégiques pour les opérations de Napoléon. Il y transféra de nombreux Dépôts de matériels et armements ainsi que des hopitaux pour ses blessés.
Il confie la place à l’un de ses Aides de camp, le Général Lemarois, en juin 1813, en succédant au Général Haxo. Durant l’armistice de Pleiswitz (juin à août), il la renforce encore et s’en sert pour envoyer des troupes sur Hambourg. Dès le mois d’août, la place est faiblement encerclée par les Prussiens. Le 3ème Bataillon du 93e de Ligne fait partie de la garnison. Napoléon ordonne à Lemarois de manœuvrer en avant de la ville. Après la bataille de Leipzig, entre le 16 et 19 octobre puis le repli sur le Rhin, la ville se retrouve isolée en territoire ennemi.

 

Infanterie de Ligne, 1814-1815
Plan des fortifications de Besançon

1814, CAMPAGNE DE FRANCE

Tambour d'Infanterie de Ligne à Magdebourg, 1814
Fig. 8 Tambour de Grenadiers d'Infanterie de Ligne, vu à Magdebourg en 1814

Les positions du Régiment au début 1814 sont les suivantes : 1er Bataillon sous Victor à la Division Dubreton à Strasbourg; 2e et 4e Bataillons en formation et 5e Bataillon au Dépôt de Besançon; 3e Bataillon bloqué dans Magdebourg.

Il était prévu pour Victor, dès le 21 décembre 1813, que les Régiments de ses Divisions compteraient 3 Bataillons ; 1 déjà présent et deux autres en formation, ce qui était le cas pour le 93e. Napoléon écrivait à cette date : "... le Duc de Bellune organisera le 2e Corps ... 2ème division : … 93e trois bataillons ... Le général Dubreton commandera cette division".

Les renforts n’auront pas le temps d’arriver et, le 25 janvier, le 1er Bataillon, qui ne compte plus que 408 hommes, est toujours à la Division Hamelinaye (ex 2e Division de Réserve) au 2e Corps du Maréchal Victor. Il combat à Brienne le 29 janvier où les Capitaines Ramblard et Secretin sont blessés. Mais l’armée de Blücher est momentanément repoussée.

Le 14 Février, le combat de Vauchamps a permis de refouler encore les forces prussiennes de Blücher. Mais l'Armée de Bohême en a profité pour avancer sur le flanc de l'Empereur. Il faut la contrecarrer et laisser un rideau défensif devant Blücher.

A partir du 16, Napoléon manœuvre contre Schwarzenberg et son armée de Bohême. Celle-ci est repoussée aux combats de Mormant et la bataille de Montereau le 18 février.

Le 23 Février, la ville de Troyes est reprise. Le 27 Février, c'est le combat de Bar sur Aube. Le Bataillon n’existe pratiquement plus.

Pendant ce temps, depuis le 7 janvier, Besançon est encerclée par les Autrichiens du Prince de Lichtenstein. Les Bataillons du 93e présents dans la place vont participer aux sorties régulières de la garnison et repousser les tentatives ennemies. Le Chef de Bataillon Ransard y sera blessé et le Lieutenant Courtepase tué.

Le 1er mai, la ville, défendue par le Général Marulaz, arbore le drapeau royal. L’Empereur ayant abdiqué le 7 avril.

1814-1815, RESTAURATION ET CENT JOURS

Le 93e de Ligne se voit renumeroté en mai 1814 en 77e de Ligne "royal". Les tenues évoluent peu, si ce n'est divers attributs comme les plaques de shako. Il n'y a plus que trois Bataillons au Régiment. Le Colonel Nicolas Marchal, qui avait commandé le Régiment en 1813, sous son ancien numéro, puis était passé aux Voltigeurs de la Garde, reprend le commandement de l'unité.

Le Régiment stationne à Besançon. A la nouvelle du débarquement de Napoléon, en mars 1815, le Maréchal Ney est chargé de s’opposer à la marche sur Paris de l’Empereur déchu. Il gagne Besançon et rallie à lui la garnison pour faire marche vers Lons-le-Saunier, mais, ayant appris que Lyon était tombé, et que les Régiments se ralliaient au fur et à mesure, il proclame lui-même que les Bourbons sont perdus. Le 77e approuve largement.

Le 93e de Ligne reprend bientôt son numéro initial. Ses effectifs doivent être portés à 4 Bataillons. Mobilisé pour la prochaine campagne, le 93e se voit affecté au 2e Corps aux ordres du Lieutenant général Comte Reille, à la 9e Division d’Infanterie (Foy), 1ère Brigade (Gauthier). Les trois premiers Bataillons du Régiment sont aux ordres du Chef de Bataillon Massot.

Le Régiment va combattre aux Quatre Bras avec Ney, puis à Waterloo. Les mémoires d’un Officier du Régiment, Theobald Puvis, alors Sous-lieutenant, nous montrent le Régiment après l’attaque d'Hougoumont, qui se replie en désordre où il finit par retrouver son 4e Bataillon qui était resté avec l’Artillerie de Réserve.

Puis c’est la retraite le 21 Juin; Puvis rejoint son Régiment, arrêté près d’un village sur la route entre Avesnes et Vervins : "... le matin du 18, nous avions un effectif de plus de deux mille hommes pour nos quatre bataillons, nous nous retrouvions à peine douze cents hommes et la portion la plus forte venait-elle encore de notre quatrième bataillon, qui avait le moins souffert étant de service vers le parc de réserve de l’artillerie ... le 23 pendant que deux bataillons se groupaient au pied de la montagne de Laon pour suivre le mouvement de l’armée, nos deux autres bataillons montent dans la place ...".

Les débris du Régiment gagnent Paris pour livrer un dernier combat.

Le régiment va être dissout.

UNIFORMES

Figure 1 : Officier de Fusiliers vers 1799.

Figure 2 : Fusilier du 93e de Ligne fin 1807-1808, dessin naif. Ce dessin naif nous permet de voir que le Régiment a touché des shakos (encore sans jugulaires). Ils sont ornés d'une plaque de cuivre losangique; elle est estampée d'une Aigle et d'un écusson en dessous avec le chiffre 93 (voir photo) ; notre homme porte ses deux cordons tressés sur le devant du shako. Un pompon lenticulaire orné du numéro de la Compagnie est surmonté d'un petit plumet tricolore. Bien que simple Fusiier, il a gardé son sabre briquet. Le reste de la tenue semble réglementaire.

Figure 3 : Officiers de Grenadiers du 93e de Ligne à Hambourg vers 1807-1808. Sur l’uniforme classique de l’infanterie de Ligne, on remarque plusieurs détails intéressants. Les Grenadiers du 93e de Ligne ont encore un bonnet d’oursin. Comme Officiers : les cordons, raquettes, et plaques de bonnets sont dorés (de même qu’épaulettes, boutons, hausse-cols et dragonnes, et sans doutes grenades sur les retroussis blancs). Il y a, semble-t’il deux types de plaques : une estampée d’une Aigle, et une d’une grenade ; peut être une différence pour chaque Bataillon ? L’Officier portant une canne est un Adjudant major. Les culottes blanches entrent dans des bottes noires à revers fauves. Les pattes de parements sont à 4 boutons. Les deux Officiers sont décorés de la Légion d’Honneur

Figure 4 : Colonel du 93e de Ligne à Hambourg vers 1807-1808, par Suhr. Il s agit du Colonel Remi Grillot. Son shako est bordé en haut d'un galon doré, et de trois chevrons (ou 5 ?) dorés, renversés sur les côtés (comme dans des Régiments de cavalerie légère). Plaque, cordon et raquettes dorés. Plumet blanc marquant son appartenance à l’Etat Major du Régiment. Il n y a pas de jugulaires. Sur sa tenue classique d’infanterie de ligne, on notera : les deux épaulettes dorées «à gros bouillons» de Colonel, les pattes de parements à 4 boutons, et la Légion d Honneur. Les retroussis n’ont aucun ornement. Son épée à dragonne dorée est suspendue à un ceinturon noir à boucle dorée. Sa selle "à l'anglaise" a un tapis de selle bleu avec un double galonnage doré. Les chaperons de fonte bleu ont un galon doré. Il manque les courroies sur le poitrail du cheval.

Infanterie de Ligne, 1814-1815
Infanterie de Ligne en 1814-1815 (Première Restauration)

Figures 5 et 5bis : Officiers de Grenadiers en chapeau à Hambourg (manuscrit dit "Petit Suhr") en 1807-1808. Ces dessins de la famille Suhr nous montrent des Officiers de Grenadiers. Sur la figure 5, les revers en pointe sont manifestement une erreur, mais sinon la tenue est classique pour un Officier d'infanterie. Le grade est celui de Lieutenant. Le sabre suspendu à une banderole blanche est souvent l’apanage d’Officiers des Compagnies d’élite (Grenadiers et Voltigeurs), les autres Officiers du Régiment ayant une épée. Ce que l’on remarque surtout, c’est le chapeau noir orné d’une grande ganse dorée. Si le plumet écarlate marque bien la fonction d’Officier de Grenadiers, le pompon blanc est celui caractéristique de l’Etat-major régimentaire.

Figure 6 : Sergent-major Porte Aigle du 93e de Ligne vu à Hambourg en 1807-1808. Depuis la décision de juillet 1804 et la première distribution du mois de décembre, et jusqu’en 1808, chaque Bataillon d’un Régiment d’infanterie porte une Aigle (de genre féminin) et un drapeau de modèle 1804. Le drapeau est du modèle Chaillot pour l’infanterie de Ligne et du modèle Picot pour l’infanterie légère avec quelques variantes de motifs entre les deux modèles. Le Porte Aigle est un Sergent-major, escorté par les Caporaux fourriers des Compagnies de Fusiliers du Bataillon, comme le prévoit déjà le règlement de 1791. Ce Sergent-major, désigné par le Colonel, peut être aussi bien un Fusilier, qu’un Voltigeur ou un Grenadier. Il en garde théoriquement les détails uniformologiques, sans qu’il n'y ait encore de distinctives spéciales.

Le 18 février 1808, Napoléon décide que chaque Régiment d'infanterie n’aura plus qu’une seule Aigle et un drapeau, portés en général au 1er Bataillon, ou là où les Bataillons du Régiment seront en plus grand nombre avec le Colonel. Mais le Lieutenant Porte Aigle Larrivée ne sera nommé qu’en août 1808, et c'est un Grenadier.

Notre Sergent major a donc agrémenté sa tenue de quelques fantaisies. Son shako (sans jugulaires) recu fin 1807 est galonné d'or en haut et en bas et sur les chevrons latéraux. Le cordon tressé et les raquettes sont dorés, mais sans doutes mélangé d'écarlate. Le pompon lenticulaire est blanc, marquant l’appartenance du Porte Aigle à l’Etat-major du Bataillon. Plaque losangique dorée sur le devant. L'uniforme est celui classique de l’infanterie de Ligne, et les parements sont surmontés des galons de Sergent-major. Mais les deux contre épaulettes dorées sur les épaules sont une marque de grade inconnue dans l’armée française. Le port d’une épée à un ceinturon, et de bottes à revers, peuvent aussi porter à confusion avec un Officier. L’Aigle est portée seule sans drapeau (sans doutes trop usé), et semble avoir perdu son caisson.

Figure 7 : Voltigeur du 93e de Ligne vers 1809.

Figure 8 : Tambour de Grenadiers, infanterie de Ligne, garnison de Magdebourg en 1814. Même si nous ne pouvons pas affirmer à quel Régiment d’infanterie de Ligne bloqué dans Magdebourg, ce Tambour de Grenadiers appartient, sa description par le Manuscrit d’Elberfeld nous donne une bonne idée de la silhouette de ceux du 93e de Ligne. On notera l’absence de plaque de shako. La cocarde blanche a été prise avant la reddition de la place aux Prussiens pour marquer le ralliement de la garnison au nouveau pouvoir royal en France. Les Tambours auraient dû être habillés en vert, sans revers, avec la livrée impériale galonnant collet et parements et formant des chevrons sur les bras, et 5 larges fausses boutonnières sur le devant, d’après le règlement de 1812 mis en application en 1813. Il n’en est rien : la tenue est bleu (comme dans d’autres Régiments) et on note le galonnage tricolore aux collet et parements, formant aussi des chevrons sur les manches, tandis que l’habit se fermant droit est orné de fausses boutonnières blanches (il serait logique qu’elles soient aussi tricolores). Le reste de l’équipement est classique pour un Tambour de Grenadiers avec épaulettes et plumet et dragonne du sabre briquet. Les guêtre s’arrêtent désormais sous les genoux.

DRAPEAUX, 1798-1815

Drapeau, 93e Demi-brigade, Italie, 1797-1799
Drapeau de la 93e Demi-brigade en Italie, 1797-1799

La 93e Demi-brigade reçoit à Bellune, en juillet 1797, trois drapeaux du nouveau modèle prévu par Bonaparte (modèle Armée d’Italie) et portant "Traversée du Tyrol". Elle portait sans doute auparavant les drapeaux de la 41e Demi-brigade de bataille

Le drapeau du 2ème Bataillon est pris par les Autrichiens à Mantoue le 30 juillet 1799.

Entre 1799 et 1804, elle prend des drapeaux réglementaires pour la 93e Demi-brigade du modèle Chaillot.

Le Régiment reçoit ensuite 4 Aigles et drapeaux modèle 1804 Chaillot. Le 2e Bataillon perd le sien à Trafalgar.

Le 8 avril 1809, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Maréchal Berthier, Major général de l'Armée d'Allemagne : "... j'approuve que tous les corps renverront leurs aigles en France hormis une qu'ils garderont. En attendant qu'ils aient des enseignes, vous les autoriserez à faire faire pour chaque bataillon des enseignes très-simples, sans devise et le tiers de celles qu'ils avaient autrefois. Ces enseignes sont pour leur servir de ralliement ; elles n'auront aucune décoration de bronze, elles porteront seulement le numéro du régiment et du bataillon. Quant au corps du général Oudinot, il faut que chaque bataillon fasse faire un petit drapeau d'un simple morceau de serge tricolore, portant d'un côté le numéro de la demi-brigade et de l'autre le numéro du bataillon, comme, par exemple, 4e bataillon du 6e d'infanterie légère d'un coté, et de l'autre 1re demi-brigade légère, etc. Il faut faire pour cela très-peu de dépense. J'en ferai faire de très-belles, que je donnerai moi-même aussitôt que possible" (Correspondance de Napoléon, t.18, lettre 15030 ; Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 20750).

Les 3e et 4e Bataillons retournent leurs Aigles en 1809.

Une seule Aigle reste en service en 1812. L’unité touche alors un nouveau drapeau modèle 1812 portant ECKMUHL ESSLING WAGRAM.

Le 93e sauve son Aigle en Russie. Elle sera cachée à la première Restauration.

Drapeau et Aigle donnés en 1815. Ils sont détruits après Waterloo à Bourges.

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