Le 5ème Régiment d'Infanterie Légère

1803-1815

Avertissement et remerciements : Cet article nous a été adressé par notre collègue du Bivouac, Didier Davin, que nous remercions tout particulièrement pour sa disponibilité et son érudition.

Formée en 1796, par amalgame des 6ème demi-brigade légère, 22ème Légère, 1er et 3e bataillons de la 55e de Ligne, 201ème demi-brigade de Ligne, et 2ème bataillon de la 3ème demi-brigade provisoire.

Le 12 janvier 1798 (23 nivôse an 6), un Arrêté du Directoire Exécutif à Paris, fixe la composition de l'Armée d'Angleterre :
"LE DIRECTOIRE EXECUTIF,
Considérant qu'il est instant de réunir sur les côtes toutes les forces qui doivent être employées à l'armée d'Angleterre,
ARRÊTE ce qui suit :
ARTICLE PREMIER
Les divers corps de troupe ci-après désignés seront mis en mouvement pour se rendre sans délai sur les côtes qui bordent la Manche, ou autres lieux de rassemblement désignés par le ministre de la guerre, savoir :
... INFANTERIE LEGERE.
Les ... 5e ... demi-brigades ...
" (La Jonquière C. de : « L’expédition d’Egypte, 1798-1801 », t. 1. P. 97).

Dans le "RAPPORT FAIT AU GÉNÉRAL EN CHEF, PAR L'ADJUDANT GÉNÉRAL RIVAUD, SUR LE DÉPART DES COLONNES POUR L'ARMÉE D'ANGLETERRE", daté de Milan, le 16 janvier 1798 (27 nivôse an VI), il est indiqué :
"Le corps d'armée parti de l'Italie pour passer en France et faire partie de l'armée d'Angleterre, sur les côtes de l'Océan, a été composé de cinq divisions d'infanterie, une division de dragons, une brigade de chasseurs à cheval, les chevaux et attelages nécessaires à six pièces d'artillerie légère et six pièces d'artillerie à pied pour les divisions d'infanterie, et pour six pièces d'artillerie à cheval pour la division de dragons. Les chasseurs à cheval n'ont pas emmené de chevaux et attelages d'artillerie.
… Les colonnes d'infanterie ont toutes été dirigées par le Mont Cenis …
L'adjudant général, RIVAUD
" (La Jonquière C. de : « L’expédition d’Egypte, 1798-1801 », t. 1. P. 97.)

Ce rapport est suivi d'un tableau qui indique :
4e Division Général de Division Victor; 5e Demi-brigade d'Infanterie légère : 1623 hommes au moment du départ de Vérone, le 20 nivôse; arrivée prévue à Avranches le 21 ventôse (La Jonquière C. de : « L’expédition d’Egypte, 1798-1801 », t. 1. P. 99).

Le 20 janvier 1798 (1er pluviôse an VI), le Ministre de la Guerre Schérer écrit depuis Paris, au Général en chef Bonaparte : "Vous avez pensé, Citoyen Général, dans la conférence que nous avons eue ensemble le 27 du mois dernier, qu'il suffirait de retirer seulement, quant à présent, onze demi-brigades de l'armée d'llalie pour être employées à l'armée d'Angleterre, indépendamment des régiments de troupes à cheval qui sont en ce moment en marche pour se rendre à cette destination, afin de conserver, par ce moyen, vingt-sept demi-brigades en Italie, non compris les deux demi-brigades stationnées à Corlou, ni celles qui se trouvent employées en Corse.
... Tous ces corps sont en ce moment en marche ...
Je vous prie de remarquer, Citoyen Général, qu'indépendamment de la 43e demi-brigade de ligne, que vous n'avez pas désignée, ainsi que de la 2e d'infanterie légère, qui arrive en ce moment à Versoix, les 4e, 5e, 18e, 21e et 22e demi-brigades d'infanterie légère sont également en marche et doivent arriver dans les environs de Lyon vers le 20 de ce mois.
Il ne reste, par ce moyen, à l'armée d'Italie que vingt demi-brigades au lieu de vingt-sept, savoir : quinze d'infanterie de ligne et cinq d'infanterie légère, à moins que vous ne vous soyez entendu avec le général Berthier pour suspendre la marche des demi-brigades en excédent.
Je vous prie de vouloir bien m'informer de ce que vous aurez fait à ce sujet. Comme la 43e demi-brigade de ligne, qui fait partie de la division Brune, doit arriver à Lyon du 7 au 10 de ce mois, peut-être jugerez-vous convenable, Citoyen Général, de conserver ce corps ainsi que la 2e d'infanterie légère, qui arrive en ce moment à Versoix et de faire rester en Italie les 4e, 5e, 18e, 21e et 22e brigades d'infanterie légère ; alors il resterait encore vingt-six demi-brigades à l'armée d'Italie.
Veuillez, je vous prie, Citoyen Général, me faire connaitre vos vues, afin que je puisse donner de suite les ordres nécessaires pour faire rétrograder ces corps, dans le cas où vous n'auriez pas chargé le général Berthier de les retenir en Italie.
Salut et fraternité
" (La Jonquière C. de : « L’expédition d’Egypte, 1798-1801 », t. 1. P. 101).

Le "Rapport au Directoire exécutif fait par le Ministre de la guerre Sur la situation des forces de la République et sur les mouvements et les divers changements qui ont eu lieu dans les armées depuis le 1 thermidor an 5 [19.7.1797] jusqu'au premier vendémiaire an 7 [22.9.1798]" (document manuscrit de 78 pages daté du 9 vendémiaire an 7 - 30 septembre 98, contenant le résumé des opérations de la période énoncée) indique : "... l'armée française en Helvétie se trouvait composée au 1er messidor de 7 demi-brigades et de 3 régiments de troupes à cheval formant ensemble 21'095 effectifs/ 17'881 présents.
Dans les premiers jours de ce mois, la 5e demi-brigade d'infanterie légère et le 12e régiment de chasseurs formant ensemble 2770 effectifs, 2058 présents sont arrivés en Helvétie venant de l'armée de Mayence.
L'armée d'Helvétie se trouvait composée alors de 8 demi-brigades et de 4 régiments, 23'865 effectifs / 19'939 présents ...
" (Force d’occupation : une armée au quotidien à l’époque du Directoire : les forces françaises en Suisse, juillet-août 1798 – ANP, AFIII 149/702/20ter).

Le 17 juillet 1798 (29 messidor an 6), le Ministre de la Guerre écrit, depuis Paris, au Général Schauenburg, commandant l'armée en Helvétie : "J'ai reçu, citoyen général, les deux lettres que vous m'avez adressées les 20 et 22 de ce mois (8-10.7.98, MS 474/691 + 702) par lesquelles vous demandez à faire passer dans la 7e division militaire la 5e demi-brigade d'infanterie légère en échange du 1er bataillon de la 38e de ligne actuellement stationnée à Genève et dont vous désirez la réunion aux deux autres bataillons de ce corps qui se trouvent employés sous vos ordres. Je vous préviens, citoyen général, que d'après les dispositions ultérieures qui viennent d'être ordonnées par le Directoire exécutif, la 5e demi-brigade légère étant destinée à être spécialement employée à l'armée d'Helvétie, je ne puis adopter la proposition que vous me faites à cet égard ..." (Force d’occupation : une armée au quotidien à l’époque du Directoire : les forces françaises en Suisse, juillet-août 1798 – SHAT, B 2 65).

Le 20 juillet 1798 (2 thermidor an 6), le Général Schauenburg écrit au Chef de la 5e Demi-brigade légère : "Au citoyen Chatagnier chef de la 5e 1/2 brigade d'infanterie légère à Villisot [Willisau ?]
L'intention de ma circulaire du 25 messidor [13 juillet 1798] dernier était, Citoyen chef, de diminuer l'abus qui résultait du trop grand nombre de femmes à la suite des corps mais je n'ai pas voulu que cette mesure devienne vexatoire dans son exécution.
Vous pouvez donc quant à présent garder votre épouse avec vous. L'état où elle se trouve est motif assez puissant pour mériter une exception
" (Force d’occupation : une armée au quotidien à l’époque du Directoire : les forces françaises en Suisse, juillet-août 1798 – BNUS, MS 475/770).

Le 23 juillet 1798 (5 thermidor an 6), le Général Schauenburg écrit au Citoyen Schérer, Ministre de la guerre : "Citoyen Ministre,
Je vais m'occuper de suite de la 5e ½ brigade d'infanterie légère puisque vous me mandez que ce corps devra faire partie de cette armée. Je passerai moi-même une revue. J'en passerai moi-même une revue et je la rendrai le plus près de moi qu'il sera possible afin de le remettre sous tous les rapports étant aussi délabré en discipline et en formation, qu'il l'est en vêtements. Vous savez, Citoyen Ministre, que c'est un bonheur pour moi que de pouvoir rétablir l'ordre et la discipline, je me charge encore de son équipement. J'ai maintenant recours pour vous demander des hommes, il en faudra au moins 1200 pour porter son effectif à celui des autres corps de cette armée. Sous quelques jours je vous rendrai un compte détaillé de l'état dans lequel je l'aurai trouvé ...
P.S. Si vous avez quelque bataillon qui ne soit pas encore encadré envoyez m'en un pour compléter la 5e légère
" (Force d’occupation : une armée au quotidien à l’époque du Directoire : les forces françaises en Suisse, juillet-août 1798– BNUS, MS 475/777).

Le 28 juillet 1798 (10 thermidor an 6), le Général Schauenburg écrit au Citoyen Chatagnier, Chef de la 5e Demi-brigade d'infanterie légère à Willisau : "Je vous rappelle, Citoyen chef, la demande que je vous ai faite à Hutweil de me communiquer le procès-verbal de la formation de la ½ brigade que vous commandez avec des notes sur la création des divers bataillons qui ont concouru à cette formation et ceux que, depuis cette époque, vous avez pu recevoir par incorporation.
Vous y joindrez les réclamations que font plusieurs officiers sur le rang qu'ils doivent occuper et vous y ajouterez votre opinion particulière sur chacune d'elle. Vous me ferez connaître aussi le nombre exact des sergents majors, sergents caporaux et fourriers caporaux qui vous manquent pour compléter le cadre des sous-officiers. Vous y comprendrez tous ceux qui n'ont pas rejoint à l'expiration d'un congé limité ou qui sont à l'hôpital depuis plus de 6 mois sans avoir donné de leurs nouvelles. Comme il existe dans plusieurs corps de l'armée un grand nombre de sous-officiers surnuméraires, vous ne procéderez à aucun remplacement dans votre corps jusqu'à ce que votre cadre soit complété.
P.S. : Je vous prie de me faire connaître les noms des deux officiers qui m'ont dit à Hutwil [Huttwil] qu'en passant par le département du Rhône, ils ont été forcés de se dire de la compagnie de Jésus ou du soleil pour ne pas être assassinés. Je vous prie même de les engager à en faire une déclaration par écrit que vous m'enverrez.
Je reçois à l'instant les renseignements que vous me communiquez par votre lettre du 9 de ce mois [27 juillet 1798] et la réclamation des chefs de bataillon Daubigny et Margeret. La lettre du Ministre de la guerre qui s'y trouvait jointe décide formellement la question. C'est à dire :
1 ° que si les citoyens Daubigny et Margeret ont été bien et dûment placés chefs de bataillon en pied lors de l'organisation de la 5e ½ brigade faite le 1er ventôse an 4 [20 février 1796], tous autres, fussent-ils plus anciens de grade qu'eux mais qui n'auraient pas été en mesure de concourir à cette organisation, ne sont pas admissibles à leur contester la possession de leurs emplois et doivent les leur rendre pour redescendre à l'état d'auxiliaire.
2° que les officiers provenant de débris des corps nouvellement réunis à la 5e 1/2 brigade, quelle que fut leur ancienneté, durent être placés à la suite et comme auxiliaires seulement.
Ce principe détermine la conduite que vous avez à tenir pour le placement tant des officiers supérieurs, que de tous ceux des compagnies.
Si le contrôle des officiers que vous m'avez remis le jour de la revue n'est pas conforme, vous devez le recommencer d'après la base posée par le ministre lui-même. Il est bien entendu qu'elle ne doit pas déplacer les officiers incorporés qui depuis l'époque de leur réunion seraient parvenus à des emplois en activité lors des différentes vacances. Leur droit sera toujours intact et conformément à l'arrêté du 25 ventôse [15 mars 1798], les officiers, une fois rentrés en activité, doivent reprendre rang sur tous ceux moins anciens qu'eux.
Votre contrôle ainsi rédigé vous opérerez le tierement de cette manière en plaçant les capitaines dans l'ordre suivant, savoir:

1er bataillon 2e bataillon 3e bataillon
Capitaine
1er de carabiniers
1er capitaine de fusiliers
2e cap de carabiniers
2e cap de fusiliers
3e cap de carabiniers
3e cap de fusiliers
13e 14e 15e
4e 5e 6e
16e 17e 18e
7e 8e 9e
19e 20e 21e
10e 11e 12e
22e 23e 24e

Vous formerez ensuite la compagnie auxiliaire des 28e capitaine, lieutenant et sous lieutenant et des sous-officiers que leur âge ou des infirmités, sans être de nature à les mettre dans le cas de la réforme ou de la récompense, rendraient cependant incapables d'un service actif.
Il est à observer que les compagnies doivent rester dans l'ordre actuel et que les capitaines seuls doivent changer, s'ils ne sont pas dans l'ordre ci-dessus indiqué. Quant au placement des officiers à la suite, vous vous conformerez strictement aux dispositions de l'arrêté du 25 ventôse [15 mars 1798) et de la lettre explicative du Ministre de la guerre
" (Force d’occupation : une armée au quotidien à l’époque du Directoire : les forces françaises en Suisse, juillet-août 1798– BNUS, MS 475/806).

Le 29 juillet 1798 (11 thermidor an 6), le Général Schauenburg écrit au Général de Brigade Nouvion à Dunstetten [Thunstetten, BE] : "L'insubordination que vous m'annoncez, mon cher général, avoir eu lieu de la part des carabiniers du 2e Bataillon de la 5e ½ brigade d'infanterie légère ayant eu pour cause une retenue arbitraire, je ne puis sévir contre les subordonnés. Mais je trouve très mauvais que les chefs aient pu se permettre de l'exercer puisque non seulement celle qui avait été ordonnée par la loi du 23 floréal (12 mai 1797 ?] n'était que d'un sol par jour au lieu de 3 S. qui ont été retenus dans cette ½ brigade. Mais par un arrêté du Directoire du 19 nivôse dernier (8 janvier 1798], cette retenue a été supprimé à compter du 1er pluviôse (20 janvier 1798], époque où la distribution des vivres en viande n'a plus eu lieu aux troupes. L'.art. 3 de cet arrêté est ainsi conçu :
«En conséquence des dispositions ci-dessus, l'arrêté du 7 nivôse courant (29 décembre 1797] qui prescrit la retenue d'un sol sur la solde des troupes pour leur menu entretien, demeure suspendu. Il continuera d'être pourvu aux objets d'équipement sur les fonds mis à la disposition du Ministre de la guerre.»
Lorsqu'on m'a parlé de la retenue exercée à la 5e ½ brigade à la revue que j'ai faite de ce corps, je l'ai désapprouvée comme étant exercée contre le gré de la loi et du soldat. Ces sortes de retenues ne peuvent avoir lieu que de gré à gré avec ceux qui la supportent. Alors c'est une suite de la confiance que les supérieurs ont pu inspirer à leurs subordonnés. L'.insubordination qui a eu lieu prouve évidement que la retenue n'était pas fondée sur cette confiance. C'est ce qui m'empêche de pouvoir punir d'après la loi la conduite des carabiniers comme provoquée par un acte illégal.
Je pense cependant qu'elle est répréhensible comme n'ayant pas cédé à l'invitation qui leur a été faite par leur chef au nom de la loi de rentrer dans l'ordre. Vous pourrez en conséquence laisser pendant 15 jours en prison les auteurs de ce désordre. Il serait nécessaire de faire connaître à tout le corps que, mécontent de la conduite des insubordonnés et de ce qu'ils ont été soutenus dans leur insubordination, je ne le ferai participer à la distribution des effets d'habillement et d'équipement que lorsque je serai assuré par le chef que l'ordre est rétabli et que les soldats sont pourvus de tous les effets nécessaires à son menu entretien.
Je m'en rapporte à vous mon cher général, sur la manière de tirer parti de ce moyen que je crois efficace
" (Force d’occupation : une armée au quotidien à l’époque du Directoire : les forces françaises en Suisse, juillet-août 1798– BNUS, MS 475/807).

Le 29 juillet 1798 (11 thermidor an 6), le Général Schaenburg écrit au Citoyen Schérer, Ministre de la Guerre : "Citoyen Ministre, j'ai reçu votre lettre du 5 de ce mois [23 juillet 1798], par laquelle vous m'informez que la 44e, 76e et la 106e ½ brigade de ligne, 5e et 20e légère n'ont point encore procédé à la nouvelle vérification des registres de matricule qui leur avait été ordonnée. J'avais cependant donné les ordres les plus précis pour l'exécution des dispositions prescrites par votre circulaire du 25 ventôse dernier [15 mars 1798) mais je vous observe que de ces 5 corps, la 76e seule avait à cette époque deux bataillons à l'armée d'Helvétie ...
Enfin la 5e légère n'est en Suisse que depuis un mois. Je vais néanmoins écrire de nouveau aux chefs de ces différents corps en leur ordonnant de procéder sans délai à une vérification qui intéresse aussi essentiellement la gloire et l'honneur de nos armées. Je leur prescrirai également de vous en adresser de suite le résultat
" (Force d’occupation : une armée au quotidien à l’époque du Directoire : les forces françaises en Suisse, juillet-août 1798 – BNUS, MS 475/813).

Le 30 juillet 1798 (12 thermidor an 6), une Circulaire est adressée par le Général Schauenburg à différents Chefs de Brigades, dont celui de la 5e Légère : "Circulaire aux chefs de la 44e, 76e et 106e ½ brigade et à celui de la 5e légère.
Le Ministre de la guerre vient de m'envoyer l'état des corps sous mes ordres qui n'ont pas encore satisfait à l'ordre qui leur a été donné de procéder à une nouvelle vérification des registres de matricule. J'ai vu avec surprise que la vôtre était de ce nombre. Je vous prie, Citoyen chef, de ne pas perdre de vue un objet aussi important puisqu'il a pour but de rechercher ceux de ces lâches émigrés, qui à l'aide de fausses inscriptions sur des registres de contrôle auraient pu obtenir leur rentrée sur le sol d'une patrie qu'ils ont si indignement trahie.
Vous voudrez bien, en m'accusant la réception de cette lettre, m'informer des dispositions que vous avez dû prendre pour remplir à cet égard les instructions du Gouvernement et me faire passer un double du compte que vous rendrez dans le plus court délai au Ministre de la guerre
" (Force d’occupation : une armée au quotidien à l’époque du Directoire : les forces françaises en Suisse, juillet-août 1798 – BNUS, MS 475/817).

L'ordre du jour du 1er août 1798 (14 thermidor an 6), rédigé au Quartier-général à Berne, stipule : "Toute l'infanterie devra se tenir prête à marcher au premier ordre ; savoir :
Tous les chefs en pied, les adjudants et quartiers-maîtres.
Par compagnie de grenadiers : 3 officiers, 1 sergent-major, 4 sergents, 1 caporal-fourrier, 8 caporaux, 2 tambours, 54 grenadiers ; total 70.
Par compagnie de fusiliers : 2 officiers, 1 sergent-major, 2 sergents, 1 caporal-fourrier, 4 caporaux, 1 tambour, 61 fusiliers ; total 70.
La demi-brigade sera composée de :
1 chef de brigade, 3 chefs de bataillon, 1 quartier-maître, 3 adjudants-majors, 57 officiers ; total 65.
27 sergents-majors, 60 sergents, 27 caporaux-fourriers, 120 caporaux, 30 tambours, 162 grenadiers, 1464 fusiliers ; total 1890.
Les corps devront conserver leurs cantonnements actuels. Ils répartiront dans chacun d'eux les hommes restants de manière à assurer leurs effets et la tranquillité des habitants et leur propre sûreté. Les chefs de corps désigneront un officier pour commander et surveiller les hommes restant dans les cantonnements et y laisseront un sous-officier intelligent pour remplir les fonctions de fourrier pour les distributions.
L’adjudant-général, chef de l'état-major général. Signé : Rheinwald
" (Force d’occupation : une armée au quotidien à l’époque du Directoire : les forces françaises en Suisse, juillet-août 1798 – BNUS, MS 482 p. 116-117).

Le 2 août 1798 (15 Thermidor an 6), le Général Schauenburg écrit au Citoyen Châtagnier, Chef de la 5e Demi-brigade d'infanterie légère : "Je vous adresse, citoyen chef, copie de la réponse que je viens de faire aux citoyens Rey et Coste, chefs de bataillons, qui m'ont présenté une réclamation très volumineuse contre leur placement en second dans la 5e légère. Vous y verrez qu'elle ne change rien à la décision du ministre et que je pouvais d'autant moins le faire que cette marche a toujours été suivie dans la ci-devant armée de Rhin et Mozelle de l'inspection de laquelle j'étais chargé.
J'ai reçu également des réclamations, dans le même sens, du citoyen Duclos et Barain, capitaines, Barain fils, lieutenant, Guessard sous-lieutenant Lecreux, sous-lieutenant, Frison, capitaine et Masson, capitaine. Vous leur répondrez collectivement que je m'en réfère aux dispositions de ma lettre du 10 de ce mois [28 juillet 1798, BNUS, MS 475/806) dont je vous prie de m'accuser la réception.
Je vous en rappelle les dispositions principales qui tend à conserver le commandement en pied à tous les officiers de la 5e légère organisée, 1er ventôse an 4 (20 février 1796), lesquels exerçaient à cette époque leurs emplois titulairement, sans cependant porter aucun préjudice aux officiers incorporés qui ont pu rentrer en activité lors des différentes vacances. Tous ceux hors du cadre, sans aucune distinction, devront être classés suivant leur ancienneté de grade pour parvenir successivement à des places vacantes conformément à l'arrêté du 25 ventôse (15 mars 1798).
J'ai seulement remarqué dans la lettre des citoyens Duclos et Barain un fait qui mérite vérification. Ils prétendent que le capitaine Moulin, après avoir donné sa démission et être rentré dans ses foyers a reparu au corps lors de sa rentrée en France et que sans être réintégré légalement, il a été replacé en pied.
Je vous prie de me donner sur cet objet tous les renseignements nécessaires vous observant qu'on officier, même réintégré après une démission acceptée, soit dans tous les cas assimilé aux surnuméraires
" (Force d’occupation : une armée au quotidien à l’époque du Directoire : les forces françaises en Suisse, juillet-août 1798 – BNUS, MS 475/837).

Le même jour (2 août 1798 - 15 Thermidor an 6), le Général Schauenburg, depuis Berne, écrit aux citoyens Rey et Coste, Chefs de Bataillon à la suite de la 5e Demi-brigade : "J 'ai examiné, Citoyens, avec beaucoup d'attention la réclamation que vous m'avez adressée ainsi que les pièces qui s'y trouvaient jointes et cet examen n'a rien changé à l'opinion que je vous ai manifesté. Les placements et déplacements successifs que vous avez éprouvés n'ont eu lieu que parce qu'on s'est écarté du principe recommandé par le ministre lui-même. Je veux dire que quand un corps est organisé légalement d'après les lois existantes, les incorporations qu'il peut recevoir par la suite ne doivent pas altérer l'organisation primitive à moins d'exposer le corps à des mutations sans cesse renaissantes et toujours nuisibles au bien du service.
Si les citoyens Daubigny et Margeret ont eu quelques moments d'absence, elle ne peut leur être reprochée à moins qu'ils n'aient démérité personnellement (ce qu'il est nécessaire de préciser) comme le ministre vous l'a observé dans plusieurs de ses lettres.
Il est sans doute malheureux que des officiers incorporés ne puissent jouïr sur le champ du rang que leur assigne leur ancienneté de grade, mais les inconvénients qui résulteraient du déplacement des titulaires seraient plus grands encore si chaque mutation pouvait bouleverser l'ordre des officiers.
Je vous observerai d'ailleurs qu'il est impossible d'appeler autrement que débris de corps, le résultat de 7 bataillons qui fournissent 365 sous-officiers et soldats et 74 officiers, réduction qui n'est nullement proportionnée.
Vous ne devez pas au reste regarder comme définitif votre placement en second dans la 5e légère puisque les titulaires actuels dans les grades de chefs de bataillon ne le sont que provisoirement d'après l'une des dispositions de l'arrêté du 18 nivôse [7 janvier 1798 ?] et que le gouvernement s'occupe dans ce moment de l'organisation générale de l'infanterie.
En attendant qu'elle se fasse, si quelqu'un d'entre vous manifeste le désir d'être placé dans un autre corps qui ait moins d'officier supérieurs j'y consentirais avec plaisir
" (Force d’occupation : une armée au quotidien à l’époque du Directoire : les forces françaises en Suisse, juillet-août 1798 – BNUS, MS 475/838).

Le 3 août 1798 (16 Thermidor an 6), le Général Schauenburg écrit au citoyen Chatagnier, Chef de la 5e Demi-brigade d'infanterie légère : "J'ai reçu, citoyen chef, les divers états joints à votre lettre du 14 de ce mois (1er août 1798). J'aurais désiré y trouver le tableau des officiers fait d'après les instructions que je vous ai transmises. Vous voudrez bien le faire dresser sans délai en y joignant les surnuméraires placés dans l'ordre prescrit par l'arrêté du 25 ventôse dernier (15 mars 1798) et vous me le transmettrez de suite.
Le citoyen Lallemand, quartier mtre en second dans la demi-brigade que vous commandez, m'a présenté une réclamation dont le but est de prendre rang sur le citoyen Dupont quartier mre trésorier en second. Ce dernier m'a aussi écrit pour repousser les prétentions du citoyen Lallemand. Il résulte de l'examen que j'ai fait de leurs pièces :
- que le citoyen Lallemand fut nommé le 1er ventôse an 4e [20 février 1796) quartier-maître trésorier de la demie brigade ainsi que le citoyen Dunand qui avait été injustement privé de cette place obtient le 11 germinal an 5e (31 mars 1797) un arrêté du Directoire Exécutif qui le réintégra dans ses fonctions. Le citoyen Lallemand rentra dès lors dans la classe des surnuméraires, parmi lesquels se trouvait le citoyen Dupont, quartier maître trésorier de la 55e ½ brigade incorporée dans la 5e légère.
Le citoyen Dunant ayant opté le 1er vendémiaire an 6e [22 septembre 1797) pour une place de capitaine en vertu de l'autorisation du général en chef de l'armée d'Italie, le conseil d'administration nomma à sa place le citoyen Dupont le plus ancien des quartiers-maîtres à la suite, dans lequel il reconnut d'ailleurs ainsi que le général Victor les qualités nécessaires pour les fonctions administratives.
C'est donc à tort que le citoyen Lallemand prétend aujourd'hui déposséder le citoyen Dupont auquel le conseil d'administration vient de donner des nouvelles preuves de confiance par sa délibération du 14 de ce mois (1er août 1798).
La lettre du ministre de la guerre en date du 16 ne lui est nullement applicable, puisqu'elle n'assure l'activité de service qu'aux officiers placés légalement lors de l'organisation du 1er ventôse an 4e (20 février 1796) et qu'elle confère les droits de ceux à la suite qui sont parvenus depuis à des places vacantes.
Vous communiquerez au citoyen Lallemand mon opinion sur sa réclamation que je regarde comme nulle et non avenue
" (Force d’occupation : une armée au quotidien à l’époque du Directoire : les forces françaises en Suisse, juillet-août 1798 – BNUS, MS 475/839).

Le 23 février 1801 (4 ventôse an 9), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous prie, citoyen ministre, de donner l'ordre ... Au bataillon de la 5e légère qui est dans la 16e division militaire de se rendre à Rennes et rejointre l'autre bataillon de sa demi-brigade" (Correspondance générale, t.3, lettre 6069).

Le 23 juin 1801 (6 messidor an 9), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vois, citoyen ministre, par les états de situation du 15 prairial, que le corps que le général Bernadotte a réuni à Brest est composé :
De 6 bataillons, mais aucun n'est de 600 hommes, ce qui fait que le corps est beaucoup moins fort que le Gouvernement le voulait.
Donnez l'ordre au général Bernadotte de compléter ces bataillons de manière que le tout, compris l'artillerie, se monte au moins à 4200 hommes embarqués.
Vous laisserez le général Bernadotte y joindre s'il le faut un 7e bataillon, ou de fusionner aux 2 bataillons de la 5e légère 2 autres bataillons plus forts. Mais surtout recommandez-lui de n'apporter aucun délai dans le départ de cette expédition. Il n'y a plus un instant à perdre.
Faites moi connaître le général qui commande cette expédition
" (Correspondance générale, t.3, lettre 6347).

La 5ème demi-brigade légère (de seconde formation) s'embarque pour Saint-Domingue à la toute fin de 1801.

Le 7 octobre 1801 (15 vendémiaire an 10, date présumée), Bonaparte établit à Paris une "Note pour l'organisation des troupes coloniales : "Il sera formé deux demi-brigades légères et cinq demi-brigades de ligne pour le service des îles d'Amérique, sous les numéros 5e et 11e légères, et 7e, 86e, 89e, 82e et 66e de ligne.
Les 5e et 11e légères, et les 7e, 86e, 89e, seront destinées pour le service de Saint-Domingue; la 82e, pour le service de la Martinique; la 66e, pour le service de la Guadeloupe ...
La 5e légère sera composée de
La 5e légère actuelle ....... 430 hommes.
La 3e légère .................... 176
La 7e légère .................... 517
La 14e légère .................. 730
1,853
" (Correspondance de Napoléon, t.7, lettre 5785).

L'Etat militaire de l'an X nous fournit son encadrement : chef de brigade : Rey; chefs de bataillons : Daubigny, Margueret et Lux; quartier maitre trésorier : Giboudeau; et officiers de santé : Bourguignon et Garnier.

Le bataillon restant en France fut versé en 1802 dans la 14e Demi brigade légère.

I/ LES SURVIVANTS DE SAINT-DOMINGUE, 1802-1809

Infanterie légère à Saint-Domingue 1802
Fig. 1 Le 5e Léger à Saint-Domingue

A la faveur de la Révolution, d'une guerre civile entre Blancs, Noirs et métis, de l'abolition de l'esclavage, des invasions espagnoles et anglaises, le général noir Toussaint Louverture s'est emparé du pouvoir à Saint Domingue (partie française de l'ile dont la partie espagnole se nomme Santo Domingo comme sa capitale) et se détache de plus en plus de la métropole.

La Paix étant signée avec la Grande Bretagne, Bonaparte envoie dans les Antilles des expéditions pour exercer son autorité et faire repartir l'économie en autorisant le rétablissement de l'esclavage. Ce qui est une erreur politique et humaine tragique.

Saint Domingue mérite un sort particulier, puisque c'est à son beau-frère : Leclerc, qu'il donne le commandement des troupes envoyées à la fin de 1801.

Parmi le corps expéditionnaire : la 5ème demi-brigade légère dont les premier et second bataillons partent de Brest en décembre 1801.

L'équipement est mal adapté à une guerre coloniale. Le climat humide, les nuées d'insectes, les épidémies vont faire des ravages et l'adversaire saura se défendre impitoyablement, massacrant les civils blancs en masse dans ses retraites successives. Ce qui entraînera des représailles, non moins atroces, sur les prisonniers des troupes de Toussaint.

Le débarquement des premières troupes françaises se fait le 4 Février 1802 à Fort Liberté (ex Fort Dauphin) et Port au Prince. Leclerc lui-même prend le Cap Français le 7, détruit par les rebelles. Le Général Kerverseau s'empare de Santo Domingo avec l'aide de sa population, dans l'ex-territoire espagnol, le 21 Février. Toussaint s'est réfugié dans les régions montagneuses de l'intérieur, formidablement et naturellement retranché par le relief.

Tandis que les colonnes se préparent lentement à converger vers lui à partir de leurs points de débarquements et vont avoir à livrer de difficiles combats, plusieurs généraux noirs font leur soumission à Leclerc. Le 25 Mars, les dernières lignes de défense sérieuses de Toussaint (Crête à Pierrot) sont prises au prix de lourdes pertes. Il continue à tenir la campagne avec ses principaux lieutenants. Mais ceux-ci, vers la fin avril, font leur soumission l'un après l'autre. Toussaint se soumet le 6 mai avec l'espoir de pouvoir continuer le combat. Arrêté en juin 1802, il est transféré en France où il mourra en captivité.

La rébellion reste latente malgré le ralliement des troupes noires et de leurs généraux, alors que les Européens commencent à être décimés par la fièvre jaune ...

A la fin de l'année, les troupes noires se révoltent, avec les rumeurs fondées du rétablissement de l'esclavage à la Guadeloupe. Les troupes françaises, en nombre insuffisant, se replient alors sur les zones côtières.

Le 3 Janvier 1803, Rochambeau est nommé Capitaine Général de la colonie. Sa conduite des opérations après la mort de Leclerc sera sanguinaire, puisqu'il se lancera dans une politique de "Terreur" sur les populations noires, en plus de ses opérations militaires. Il finit par capituler en novembre.

Seule une poignée de Français se maintient dans l'ex partie espagnole avec le général Kerverseau. Ses troupes, sont aussi ravagées par les maladies. Il peut de moins en moins compter sur ses auxiliaires espagnols et doit les enrôler sous la menace.

La capitulation de la partie française de l'île, amène le général Ferrand, qui s'en est échappé, à revendiquer le commandement et à s'en emparer "militairement". Il décide de regrouper toutes ses forces autour de Santo Domingo et de s'y retrancher. Parmi ses troupes : il y a encore 106 hommes de la 5ème Légère.

Les Français vont tenir encore 5 ans, formant toujours dans la terminologie administrative l'"Armée de Saint Domingue" ! Une armée de quelques milliers d'hommes, assiégée par la terre par les insurgés et soumis au blocus maritime anglais. Heureusement que Ferrand va recevoir en avril 1804 un autre groupe d'évadés de la partie Ouest, s'élevant à 1500 hommes qui avaient pu fuir à Cuba (parmi eux d'autres soldats de la 5ème Légère) puis en 1805 des renforts venus de France.

En Mars 1805, Ferrand repousse une attaque de 20.000 hommes de Dessalines, sanguinaire nouveau maître d'Haïti. Ferrand va se contenter de maintenir sa présence le plus longtemps possible dans cette zone heureusement ravitaillable par l'Océan. Dans son RAPPORT FAIT A SON EXCELLENCE LE MINISTRE DE LA MARINE ET DES COLONIES SUR LE SIEGE DE SANTO-DOMINGO PAR L'ARMÉE DES RÉVOLTÉS DE SAINT-DOMINGUE ; PAR LE GÉNÉRAL DE BRIGADE L. FERRAND, COMMANDANT EN CHEF, CAPITAINE-GÉNÉRAL PAR INTÉRIM, daté de son Quartier général de Santo-Domingo, le 10 avril 1805 (20 germinal an 13), Ferrand indique que le 4 mars 1805 (13 ventôse an 13), la 5e Demi-brigade légère présente à Saint-Domingue aligne 106 hommes (Correspondance de Napoléon avec le Ministre de la marine depuis 1804 jusqu’en avril 1815, t.1 p.320).

Ferrand raconte : "... L'ennemi avait conduit et échoué sur le rivage et sous le feu de ses retranchements, et je ne sais dans quel dessein, une grande chaloupe qu'il avait trouvée sur la rivière, à quelques lieues de Santo-Domingo. Il était prudent de ne pas la laisser à sa disposition ; mais il était difficile de trouver un nageur hardi qui voulût aller la chercher.
Dans la nuit du 24 au 25 ventose, un chasseur de la cinquième légère, nommé Simon Mialle, se présenta au lieutenant Daran, commandant du poste où il se trouvait, et lui demanda la permission de tenter cette hasardeuse entreprise. Elle lui fut accordée ; et sous les yeux de son commandant et de ses camarades, malgré le risque éminent d'être pris ou tué, armé d'un simple couteau, et muni d'une corde, il traversa la rivière, mit la chaloupe à flot, l'amarra à sa corde, et l'amena toujours nageant sous les murailles de la place. L'ennemi tira sur lui, mais il ne fut pas atteint. Ce trait, qui annonce beaucoup de sang-froid et un grand courage, a été jugé digne, Monseigneur, de vous être rapporté, pour que Votre Eminence obtienne à ce brave homme une récompense d'honneur qui lui est déjà adjugée par l'admiration générale ...
" (Correspondance de Napoléon avec le Ministre de la marine depuis 1804 jusqu’en avril 1815, t.1 p.352).

On réorganise les troupes en des unités un peu plus consistantes. En 1808, la guerre qui éclate en Espagne nous amène l'hostilité d'une partie de la population.

Les effectifs de la 5ème Légère se montent à 300 hommes (ils ne seront plus que 200 en novembre).

En novembre 1808, Ferrand se suicide au cours d'une opération malheureuse contre une expédition venue de Porto Rico. Ses milices espagnoles s'étaient mutinées en plein combat. Le chef de bataillon Alliez et le capitaine Brietty du 5ème léger sont tués lors des combats qui suivent.

Le général Barquier assume le commandement. Avec ce qui lui reste de troupes, il va encore tenir plusieurs mois le port de Santo Domingo. Le 7 Juillet 1809, à bout de vivres et de munitions, il capitule avec les honneurs devant les Anglais. Sa poignée de braves est ramenée en France par la flotte britannique en avril 1810. Il reste 63 soldats au 5ème Léger dont carabiniers et chasseurs.

Acte de décès à St Domingue en 1802, du capitaine Duclos, confirmé en 1805 par le colonel Dubreton

II/ LA REFORMATION DU REGIMENT 1803-1807

Officier de carabiniers et voltigeur du 5e Léger en 1808
Fig. 2 et fig. 3 Officier de carabiniers et voltigeur du 5e Léger en 1808, d'après le manuscrit de Ornstrupp

Alors que se déroulaient ces évènements dramatiques à Saint Domingue, le 5ème Léger se reconstituait en France.

Le 30 septembre 1802 (8 vendémiaire an 11), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... Faites réunir également le dépôt de la 5e légère, dont le corps est à Saint-Domingue dans le département du Puy ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 7190).

Le 23 novembre 1802 (2 frimaire an 11), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous prie, citoyen ministre, de me faire connaître où se trouvent les dépôt de tous les corps dont les trois bataillons sont à Saint-Domingue, et le parti que vous avez pris pour ceux de ces corps dont les officiers ne peuvent aller en recrutement, par exemple la 7e de ligne qui a ses trois bataillons en Amérique, la 5e et la 11e légère également ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 7294).

Dès le 2 mai 1803, on prévoyait de le reformer en métropole avec divers détachements d'infanterie légère revenant ou dépôts de ceux servant aux colonies. Ce jour là (2 mai 1803 - 12 floréal an 11), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous prie, citoyen ministre, en conséquence de l'arrêté du 10 floréal, de donner ordre au 2e bataillon de la 5e légère qui est à Clermont-Ferrand de se rendre à Avignon, pour être incorporé dans la 14e légère, qui sera par ce moyen portée à 3 bataillons ..." (Correspondance générale, t.4, lettre 7618).

L'Etat Militaire de l'an 12 porte toujours le régiment à St Domingue et à la disposition de la Marine, qui s'occupe alors des colonies.

Les choses évoluent lentement, puisque Napoléon écrit à Berthier le 17 août 1804, au sujet des détachements revenant des Antilles et qui devaient former les 11e et 5e Légères : "Mon cousin, il avait été laissé cinq numéros pour incorporer tous les différents détachements d'infanterie légère et de ligne qui se trouvaient à Saint-Domingue. L'ordre avait été expédié pour réorganiser les 5e et 11e légères ... Ces différents corps n'ont point été organisés : des débris en arriveront en France prisonniers de guerre ou de toute autre manière. Il faut promptement pourvoir à leur réorganisation. Envoyez dans tous les ports soit de la Méditerranée, soit de l'Océan et à tous les commissaires des relations commerciales en Espagne, la liste des anciens bataillons qui étaient à Saint-Domingue, à la Guadeloupe et à la Martinique et qui devaient composer ces nouveaux corps, avec l'ordre à tous ceux qui devaient incorporer les 5e et 11e légère de se réunir à Pau et autres lieux des Basses-Pyrénées où ils ne formeront plus qu'un seul régiment sous le n°5 d'infanterie légère, qui s'il est nécessaire, sera porté à quatre bataillons.
Envoyez pour présider à la recomposition des régiments de l'armée de Saint-Domingue le général Avril qui sera chargé uniquement de leur formation. Vous lui enverrez toutes les instructions nécessaires pour cet objet à mesure qu'il arrivera des officiers et sous-officiers en nombre suffisant pour former 3 compagnies, il formera un conseil d'administration. Ordonnez-lui de vous écrire tous les jours et de vous tenir au courant en détail de la formation de ces différents corps
" (Correspondance générale, t.4, lettre 9108).

Le 24 septembre, la demi-brigade devient régiment et se retrouve sous les ordres du colonel Dubreton (qui a servi à Saint Domingue avec la 11e Légère), à 4 bataillons. Le nouveau régiment reçoit à la fin de l'année ses 4 Aigles et drapeaux.

Le 19 mars 1805 (28 ventôse an 13), Napoléon écrit depuis La Malmaison au Maréchal Berthier, Ministre de la Guerre, Major général des Camps : "... Il n'y a donc que la 5e légère, la 7e et la 86e de ligne, qui doivent être organisées.
La 5e légère doit être composée, conformément à l'article 2 du décret du 10 floréal, du 1er bataillon de la 5e légère, du 2e bataillon de la 3e, des débris du 3e bataillon de la 7e légère, des débris du 1er bataillon de la 14e légère.
Et, comme, par la circulaire du 25, les débris du 11e et du 5e ne doivent former qu'un seul corps sous le nom de 5e régiment, on y joindra le 1er et le 2e bataillon de la 11e légère, le 1er bataillon de la 19e, un détachement de la 28e et trois bataillons de la 30e, qui composent la 11e légère, conformément à l'article 3 du décret ...
" (Correspondance générale, t.5, lettre 9702).

Le 20 mars 1805 (29 ventôse an 13), Napoléon écrit depuis La Malmaison au Maréchal Berthier, Ministre de la Guerre, Major général des Camps : "Mon cousin, mon secrétaire d'état a dû vous envoyer une note sur les cinq régiments qui se réorganisent dans la 11e division militaire. Mais je me suis réservé de vous témoigner mon mécontentement de ce que vos bureaux suivent si peu l'exécution des décrets et confondent les anciennes mesures avec les nouvelles. Je présume que vous avez déjà fait imprimer la circulaire que je vous ai indiquée pour cet objet.
Les 37 hommes du 11e régiment d'infanterie légère arrivés à Brest ne doivent plus appartenir à ce régiment mais au 5e d'infanterie légère et dans lequel ce régiment a été incorporé.
Veillez à ce que l'on ne fasse pas désormais des fautes de ce genre ...
" (Correspondance générale, t.5, lettre 9702).

Le 21 septembre 1805 (4e jour complémentaire an 13), Napoléon écrit depuis Saint-Cloud, au Maréchal Berthier, Ministre de la Guerre, Major général de la Grande Armée : "... Le deuxième camp volant qui doit se réunir à Napoléon s'assemblera à Poitiers. Le général sénateur Gouvion le commandera. Les départements de la Vendée, de la Loire-Inférieure, des Deux-Sèvres, de la Charente, et les côtes depuis la Gironde jusqu'à la Vilaine, seront sous son commandement. Ce camp volant sera composé du 5e régiment d'infanterie légère, du 7e, du 66e, du 82e et du 86e régiment d'infanterie de ligne. Ces cinq régiments forment déjà ensemble, aujourd'hui, plus de 5,000 hommes. La conscription de l'an XIV les portera, avant le 1er nivôse, à plus de 10,000 hommes. C'est là la véritable réserve qui doit garantir Bordeaux, Nantes, marcher au secours de Brest, de Saint-Malo, de Cherbourg, et même de Boulogne. Mon intention est qu'elle soit réunie tout entière à Poitiers, que deux généraux de brigade, bons instructeurs, ayant l'habitude des détails, soient chargés de les former, et qu'on leur attache un bon inspecteur aux revues. Les onze ou douze compagnies de grenadiers de ce corps, qu'on se contentera pour le moment de compléter à 60 hommes, tiendront garnison à Napoléon, aux Sables, et seront toujours disponibles et en mouvement, pour maintenir la tranquillité et se montrer dans ce département, où leur vue ne peut produire qu'un bon effet. Le reste du camp ne marchera qu'en cas d'événements importants, et vous ferez connaître au général Gouvion que c'est un corps dont je peux avoir besoin, même pour l'armée active, en germinal prochain. Ce corps aura six pièces d'artillerie attelées. Vous ferez pourvoir à son armement et à tous ses moyens d'habillement. Mon intention est que le général Gouvion parte dès le 3 vendémiaire ; qu'il se rende successivement où sont les différents régiments qui doivent être réunis sous ses ordres ; qu'il en passe la revue pour connaître bien l'état dans lequel ils se trouvent, qu'il visite leurs magasins et examine leur comptabilité, afin qu'il n'y ait, en un mot, pas une minute de perdue pour prendre les mesures nécessaires pour la formation et la mise en bon état de ces troupes ..." (Correspondance de Napoléon, t.11, lettres 9248 ; Correspondance générale de Napoléon, t.5, lettre 10851).

Le 22 octobre 1805 (30 vendémiaire an 14), Napoléon écrit depuis Augsbourg, au Maréchal Berthier, Ministre de la Guerre, Major général de la Grande Armée : "Mon cousin, donnez ordre ... au 5e d'infanterie légère de se rendre à Versailles ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.5, lettre 11029).

Le 27 février 1806, Napoléon, depuis Paris, ordonne au Général Dejean, Ministre directeur de l'Administration de la Guerre, de mettre "... à la disposition du conseil d'administration du 5e régiment d'infanterie légère les fonds nécessaires pour acheter soixante bonnets de grenadiers que j'accorde en gratification à ce régiment" (Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 11554).

Le 4 avril 1806, l'Empereur écrit, depuis La Malmaison, au Maréchal Berthier, Major général de la Grande Armée : "Mon cousin, mon intention est que les 4es bataillons du 5e régiment d'infanterie légère, 7e et 86e de ligne ne soient formés que lorsque tous leurs prisonniers seront rentrés d'Angleterre.
Vous trouverez ci-joint la nomination que j'ai faite pour le 5e régiment d'infanterie légère. Je désire que vous me proposiez pour les 14 places de lieutenant qui sont vacantes dans ce régiment 14 sous-lieutenants pris dans le corps que commande le général Oudinot et qui seront remplacés par 14 des vélites nommés sous-lieutenants ...
" (Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 11824).

Le 12 avril 1806, l'Empereur écrit, depuis La Malmaison, au Général Dejean, Ministre directeur de l'Administration de la Guerre : "Monsieur Dejean, donnez ordre au 5e régiment d'infanterie légère de se rendre au Havre. Le 1er bataillon partira le 25 avril : le 2e le 26, et le 3e le 27" (Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 11885).

Le 1er mai 1806, Napoléon écrit depuis Saint-Cloud, au Général Dejan, Ministre directeur de l'Administration de la Guerre : "Monsieur Dejean … Donnez ordre au 5e régiment d'infanterie légère qui est au Havre de faire partir sur-le-champ ses 1er et 2e bataillon pour se rendre à Cherbourg ; et du moment qu'ils y seront arrivés le 86e qui est à Cherbourg se rendra à Saint-Brieuc et à Saint-Malo ... Donnez ordre à un des régiments italiens qui sont au camp de Boulogne de se rendre au Havre. Du moment qu'il sera arrivé, le 3e bataillon du 5e d'infanterie légère se rendra à Cherbourg ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 12028).

Le 20 août 1806, Napoléon écrit depuis Rambouillet, au Général Dejan, Ministre directeur de l'Administration de la Guerre : "Faites-moi connaître si le colonel Dubreton, du 5e régiment d'infanterie légère, est à son corps, et s'il n'a point été compromis dans l'affaire de l'ordonnateur. Faites-moi connaître également si le major est au corps et rendez-moi un compte détaillé de la situation et de la tenue de ce régiment" (Brotonne (L. de) : « Dernières Lettres inédites de Napoléon 1er, collationnées sur les textes et publiées » ; Paris, 1903, t. 1, lettre 462; Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 12753). L'Ordonnateur Dubreton, sans doute un parent du Colonel, sera destitué pour malversations.

Le 5 septembre 1806, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au général Dejean, Ministre Directeur de l'Administration de la Guerre : "Monsieur Dejean, je vous envoie une note des changements que je désire faire dans la répartition des 50000 conscrits de la conscription de 1806. Faites-la imprimer sans délai et envoyez-moi cette seconde édition.
Nap
ANNEXE
En lisant avec attention la répartition des 50 000 conscrits de la conscription de 1806 entre les différents corps, on est porté à désirer quelques changements ; comme la conscription n’a pas encore été mise en mouvement, il est encore temps de le faire sans produire de contre-mouvements. Le département de la Seine ne fournira rien aux 42e et 52e de ligne ni aux 1er et 5e légers ...
" (Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 12873).

Le 31 octobre 1806, l'Empereur écrit, depuis Berlin, à Cambacérès, Archichancelier de l'Empire : "Mon Cousin je viens d'ordonner que le général Canclaux serait chargé d'organiser et commanderait 3,000 gardes nationales des départements de la Somme et de la Seine-Inférieure. Le général Rampon en commande 6,000 à Saint-Omer. Cela fera 9,000, qui pourront se porter soit sur Boulogne, soit sur Cherbourg, selon les événements. J'ai ordonné que le général Lamartillière en organiserait 3,000 à Bordeaux. Pressez pour que tout cela se fasse promptement, afin que mes côtes ne soient pas sans défense, tant pour le moment que pour le printemps prochain; car il est possible que mon armée ne soit pas rentrée pour cette époque, quoique de ma personne j'espère être de retour. Prenez des renseignements et faites-moi connaître jusqu'à quel point je puis compter sur les 3,000 hommes du général Canclaux, et si, en organisant trois autres mille gardes nationales dans les départements du Calvados et de la Manche, je pourrais retirer le 5e d'infanterie légère, qui est là ..." (Correspondance de Napoléon, t.13, lettres 11130; Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 13388).

Le 11 décembre 1806, l'Empereur écrit depuis Posen à Fouché : "… Faites-moi connaître s'il y aurait de l'inconvénient à lever dans chacun des départements de la Manche et du Calvados 12 ou 1,500 gardes nationales. J'en confierais le commandement au sénateur Ferino, qui est un homme vigoureux, et je pourrais les charger de la défense de Cherbourg. Je pourrais alors retirer de cette place le 5e d'infanterie légère, et j'aurais un régiment de plus disponible …" (Correspondance de Napoléon, t.14, lettres 11436 ; Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 13820).

Au début 1807, tandis que la Grande armée, qui a écrasée la Prusse, est en Pologne pour s'opposer aux Russes et aux débris de l'armée prussienne, le régiment est à Saint-Lô. Napoléon écrit à Dejean de passer en revue le camp de Saint-Lô et de porter une attention particulière au 5ème Léger. "Mon intention est d'appeler les deux premiers bataillons au complet".

Emplacement des troupes de l'Empire français à l'époque du 1er avril 1807
Infanterie légère
Numéros des Régiments, et noms des Colonels
Majors, Chefs de Bataillon et Quartiers-maîtres
Numéro des Bataillons
Emplacement, et conscription de l'an 1807
Division Militaire
5e Dubreton

Lanten
Pegot
Faure
Pinçont
Rebin
Goursac

Major
1er
2e
3e
4e
Quartier-maître


A Saint-Lô
A Saint-Lô
A Cherbourg
A Cherbourg
Conscrits des Pyrénées-Orientales, du Cher, de Sambre-et-Meuse, et de la Charente-Inférieure


Camp de Saint-Lô
Camp de Saint-Lô
14e
14e

Le 21 avril 1807, l'Empereur écrit, depuis Finkenstein, au Général Dejean, Ministre directeur de l'Administration de la Guere : "Monsieur Dejean, j'ai donné ordre au général Junot de passer la revue du camp de Saint-Lô. Ordonnez qu'il porte une attention particulière au 5e d'infanterie légère. Mon intention est d'appeler les deux premiers bataillons de ce régiment complétés à 2 400 hommes à la Grande Armée, aussitôt que je verrai que les Anglais auront fait une opération sur quelque point. Voyez donc que ce régiment ait ses caissons, etc., selon les règlements, et se mette en état de pouvoir partir promptement" (Correspondance générale de Napoléon, t.7, lettre 15373).

Le même 21 avril 1807, l'Empereur écrit, depuis Finkenstein, au Général Lacuée : "Du moment que la campagne sera engagée et que j'aurai vu de quel côté les Anglais portent leurs efforts, mon intention est de faire suivre leurs mouvements. Les Anglais ne peuvent mettre en jeu qu’une expédition de 25,000 hommes, puisqu'ils en ont une de 20,000 en Sicile. Je doute même qu'ils fassent un si grand effort. S'ils se décident à venir dans la Baltique, mon intention est de tirer des divisions des camps de Boulogne, de Pontivy, de Saint-Lô et de Napoléon, et de les diriger sur le Rhin. Comme je n'ai de situation de l'intérieur sous les yeux que la situation de février, grâce à la négligence des bureaux de la guerre, je vous prie de me faire connaître l'état de situation actuelle et si je puis compter sur la formation de ces divisions, conformément au tableau ci-joint. Ce sera vers la fin de mai que ce mouvement pourrait avoir lieu, étant dans la croyance que la conscription de 1808 et la formation de ces divisions rétabliront les choses, dans un mois, à peu près dans le même état où elles sont aujourd hui.
ÉTAT DES QUATRE DIVISIONS A FORMER.
… DEUXIÈME DIVISION A TIRER DU CAMP DE SAINT-LÔ.
Deux brigades. La 1re brigade composée de trois bataillons du 5e léger, chaque bataillon ne fournissant que huit compagnies, en laissant une au dépôt. Chaque bataillon, fournissant au moins 1,200 hommes sous les armes, la force de la 1re brigade serait de 3,600 hommes. Si le régiment ne pouvait pas fournir ce nombre, on ne prendrait que 7 compagnies et l'on en laisserait 2 au dépôt. Alors on se contenterait de 900 hommes pour les 7 compagnies, et la force de cette brigade ne serait que de 2,700 hommes …
" (Correspondance de Napoléon, t.15, lettre 12435 ; Correspondance générale de Napoléon, t.7, lettre 15381).

Le 6 mai 1807, l'Empereur écrit, depuis Finkenstein, au Général Dejean, Ministre directeur de l'Administration de la Guerre : "Monsieur Dejean, vous donnerez l'ordre que six compagnies du 3e bataillon du 5e d'infanterie légère, qui seront successivement complétées, à mesure de l'arrivée de la conscription, à 900 hommes, se rendent au camp de Saint-Lô, et aux deux bataillons de ce régiment qui sont au camp de Saint-Lô de se rendre à Paris. Il faudra qu'ils soient complétés à 2,000 hommes. Vous les passerez en revue à leur arrivée à Paris. Vous ne tarderez pas à recevoir l'ordre de les faire venir en poste à Mayence ..." (Correspondance de Napoléon, t.15, lettre 12538 ; Correspondance générale de Napoléon, t.7, lettre 15549).

Le 15 mai 1807, l'Empereur écrit, depuis Finkenstein, à Cambacérès : "Mon Cousin … Les 9 bataillons qui composent le camp de Saint-Lô auront gagné dans les mois d'avril et de mai plus que l'affaiblissement produit par l'absence du 5e d'infanterie légère …" (Correspondance de Napoléon, t.15, lettre 12583 ; Correspondance générale de Napoléon, t.7, lettre 15626).

Le même 15 mai 1807, l'Empereur écrit, depuis Finkenstein, au Général Dejean, Ministre directeur de l'Administration de la Guerre : "Monsieur Dejean, je vous ai envoyé le 6 mai l'ordre de faire partir le 5e régiment d'infanterie légère du camp de Saint-Lô pour Paris. Vous avez dû recevoir ma lettre le 15 mai ; le régiment se sera mis en marche le 17, et le 24 mai il arrivera à Paris. Vous recevrez le présent ordre le 24. Vous ferez partir le régiment le 25 de Paris, après l'avoir passé en revue et vous le dirigerez sur Thorn par le plus court chemin. Par ce moyen, il arrivera le 2 juin à Mayence et le 12 juin à Berlin. Donnez les ordres en conséquence" (Correspondance générale de Napoléon, t.7, lettre 15629).

Le 21 mai 1807, l'Empereur écrit, depuis Finkenstein, au Général Lacuée : "Je reçois et lis avec un grand intérêt votre état A présentant la situation, après la réception des conscrits de 1808, 1° des dépôts de l'infanterie de l'armée de Naples et de la Grande Armée, 2° des régiments du Frioul, de la Dalmatie, etc. Cet état est si bien fait, qu'il se lit comme une belle pièce de poésie.
J'y ai remarqué quelques erreurs ... Au camp de Saint-Lô, je vois le 15e de ligne, qui n'y est pas, et le 31e léger, qui n'y est pas davantage ; il fallait mettre en place le 5e léger. Il ne fallait pas porter au camp Napoléon le 5e léger, qui n'y est pas, mais porter en place le 3e et le 4e bataillon du 15e de ligne et le 3e bataillon du 31e léger ... Il faut faire disparaître ces petites erreurs ...
" (Correspondance de Napoléon, t.15, lettre 12619 ; Correspondance générale de Napoléon, t.7, lettre 15683).

Note de Dejean le 24 mai 1807 : "M. Denniée, après avoir pris connaissance de la présente lettre de S.M.I. ; de celle ci-jointe de monsieur l'archichancelier et de ma r éponse à S.A.S., me fera connaître les jours précis de l'arrivée à Paris de deux bataillons du 5e afin que je puisse régler leur départ et donner les ordres pour les relais en route. Si, contre mon attente, il était rendu à Paris ou prêt à s'y rendre, il faudrait m'en donner avis de suite. M. Denniée prendra les mesures nécessaires pour le faire passer en revue de suite" (Correspondance générale de Napoléon, t.7, lettre 15629).

Le 24 mai 1807, l'Empereur écrit, depuis Finkenstein, au Général Junot, Gouverneur de Paris et commandant la 1ère Division militaire : "Je reçois votre lettre du 12 mai, dans laquelle vous me rendez compte de la bonne situation du 5e d'infanterie légère ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.7, lettre 15711 - En garnison à Saint-Lô, voir ci-dessus lettre 15373 de la CGN).

Le 4 juin 1807, l'Empereur écrit, depuis Dantzig, au Général Dejean, Ministre directeur de l'Administration de la Guerre : "Monsieur Dejean ... Je reçois votre lettre du 25 mai. J'y vois que le 3 juin le 5e régiment d'infanterie légère a dû partir de Paris et arriver le 12 juin à Mayence ; il arrivera le 20 juin à Berlin et le 25 à Thorn. Mon intention est que ce régiment voyage en poste. Donnez en conséquence des ordres au maréchal Kellermann ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.7, lettre 15827).

Passant par Paris puis Mayence, les deux premiers bataillons du régiment (952 et 939 hommes) arrivent à Berlin le 12 juin. Puis, ils sont dirigés pour compléter la Division Boudet.

Le 14 Juin, a lieu la bataille de Friedland. Le 16, Koenigsberg capitule. Le 21, un armistice franco-russe est signé à Tilsitt. A partir de ce moment, l'armée française va s'occuper de réduire les dernières places fortes qui lui résistent encore prussiennes, mais aussi suédoise (Stralsund).

Le siège de Kolberg se poursuit. A partir du 20 Juin arrivent non seulement de l'Artillerie mais des renforts. Le siège se resserre et les bombardements sur la place deviennent réguliers. Le 1er Juillet, un cessez-le-feu est instauré.

Tandis que Brune, à la tête d'un corps d'Observation, depuis fin avril, discute avec les Suédois devant Stralsund (note1), ceux-ci demandent l'aide des Anglais pour débloquer leur place forte, qui a déjà reçu des renforts prussiens.

Le 5 juillet 1807, Napoléon écrit, depuis Tilsit, au Général Clarke : "... Le maréchal Brune me mande qu'il a 45,000 hommes présents sous les armes, et dans ce nombre ne sont pas compris le 5e léger et les régiments que je lui ai envoyés de Danzig. Ainsi il est parfaitement en mesure de maintenir la Poméranie et de rendre nulles les opérations des Anglais" (Correspondance de Napoléon, t.15, lettre 12857 ; Correspondance générale de Napoléon, t.7, lettre 15956).

Le même 5 juillet, les Britanniques débarquent après que l'armistice ait été dénoncé par la Suède, mais l'annonce d'un traité avec la Prusse (le 9 Juillet) fait retirer les troupes de ce pays.

Siège de Stralsund en 1807 d'après un dessin allemand d'époque
Siège de Stralsund en 1807 d'après un dessin allemand d'époque

Brune attaque le 13 Juillet. La division Boudet, dont les deux bataillons du 5ème Léger, s'empare de Tribsee. Le chef de bataillon Faure et le capitaine Potel du 5ème Léger sont blessés.

Le 22 juillet 1807, l'Empereur écrit, depuis Dresde, au Maréchal Berthier, Ministre de la Guerre, Major général de la Grande Armée : "Mon Cousin … l'armée du maréchal Brune sera composée : 1° de la division italienne, commandée par le général Pino, et des trois régiments de cavalerie italiens ; 2° des quatre régiments français de la division Molitor ; 3° des trois régiments français de la division Boudet ; 4e du 5e d'infanterie légère et du 19e de ligne, ce qui fait neuf régiments français ; du régiment d'Aremberg et des deux régiments de cavalerie légère français venus de Danzig ; de tous les Badois; de la brigade bavaroise venue de Munich ; des régiments de Nassau, de Würzburg, de Hesse-Darmstadt et du grand-duc de Berg. Ce qui fait donc : … Total... 38,000 Ce qui est plus que suffisant" (Correspondance de Napoléon, t.15, lettre 12936 ; Correspondance générale de Napoléon, t.7, lettre 16046).

Le même jour, Napoléon écrit, depuis Dresde, au Maréchal Brune, commandant le Corps d'Observation de la Grande Armée : "... Pressez le siége de Stralsund ..." (Correspondance de Napoléon, t.15, lettre 12941 ; Correspondance générale de Napoléon, t.7, lettre 16049).

Le blocus se fait plus contraignant. Les Anglais quittent la ville le 8 Août pour attaquer le Danemark. Le 15 Août, on ouvre des tranchées devant la ville. Les Suédois s'en retirent le 20 Août et alors qu'on fait des préparatifs pour attaquer l'ile de Rügen, les Suédois évacuent.

Brune subira la disgrâce de l'Empereur pour avoir permis aux Suédois de se retirer, en livrant simplement l'ile, sans les faire prisonniers.

Le 30 août 1807, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Maréchal Berthier : "Mon Cousin, donnez l'ordre au 5e régiment d'infanterie légère et au 19e de ligne, qui sont à Stralsund, de partir sans délai pour Hambourg, ou ils feront partie de la division Dupas. Donnez l'ordre au régiment des troupes de Paris, qui est à Hambourg, de se diriger sur Paris. Par ce moyen, la division du général Dupas sera composée des 4e et 5e régiments d'infanterie légère et des 15e, 58e et 19e de ligne ..." (Correspondance de Napoléon, t.15, lettre 13092 ; Correspondance générale de Napoléon, t.7, lettre 16259).

La Division Boudet, en octobre, passe à la garde des villes hanséatiques avec Bernadotte. Le 5ème Léger tentera le crayon des autochtones.

Le 17 mars 1808, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Maréchal Berthier, Major général de l'Armée : "Voulant donner une preuve de notre satisfaction aux officiers et soldats de notre Grande Armée pour les services qu'ils nous ont rendus, nous avons accordé et accordons par la présente en gratification aux corps d'infanterie dont l'énumération suit la somme de 6 340 000 francs. Notre intention est que vous fassiez connaître aux conseils d'admnistration desdits corps que cette somme doit être distribuée entre les officiers et soldats qui se trouvaient aux batailles d'Ulm, d'Austerlitz, d'Iéna, d'Eylau et de Friedland entendant que ceux qui se sont trouvés à trois de ces batailles recevront deux jours de solde en gratification et que ceux qui ne se sont trouvés qu'à une ou deux de ces batailles ne reçoivent qu'un jour de solde ; ceux qui auraient été blessés, soit à trois, soit à une seule de ces batailles recevront trois jours de gratification au lieu de deux. Lorsque ce travail sera ainsi proposé par le conseil d'administration on donnera autant de jours et de mois qu'il sera possible avec la somme qui aura été assignée au corps. Les colonels ni les majors ne sont pas compris dans la distribution de ces gratifications qui s'arrêtera au grade de chef de bataillon ou d'escadron inclusivement ... ANNEXE :
... Corps du prince de Pontecorvo
... 5e légère 60 000 ...
" (Correspondance générale de Napoléon, t.8, lettre 17415).

Le 24 août 1808, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le général Clarke, j'ai lu avec attention l'état de situation n° 3 des corps de la Grande Armée. Je vous le renvoie pour que vous y fassiez quelques changements : ...
Le 5e léger, le 19e de ligne pourraient envoyer des détachements pour compléter les troisièmes bataillons de ces régiments au corps du prince de Pontecorvo, ce porterait l’infanterie de ce corps à 10 000 hommes ...
" (Correspondance générale de Napoléon, t.8, lettre 18751).

- Pendant ce temps en France (1806-1808)

Pendant que les deux premiers bataillons sont en Allemagne du Nord, Napoléon décrète, le 2 août 1807, depuis Saint-Cloud : "TITRE Ier.
DISSOLUTION DES CAMPS DE SAINT-LÔ, PONTIVY ET NAPOLÉON.
ARTICLE 1er. Les trois camps volants de Saint-Lô, de Pontivy et de Napoléon seront dissous dans le courant du mois d'août.
ART. 2. Chacun de ces trois camps formera une division d'un corps qui portera le titre de Corps d'observation de la Gironde.
ART. 3. Le général Junot, gouverneur de Paris, est nommé général en chef commandant le corps d'observation de la Gironde, lequel se réunira à Bayonne.
Le général Junot recevra des ordres pour être rendu le 20 août à Bayonne avec son état-major.
TITRE III.
MESURES A PRENDRE POUR LA DEFENSE DE NOS COTES.
ART. 9. Le 3e bataillon du 5e régiment d'infanterie légère se rendra à Cherbourg.
... TITRE IV.
DES DEPOTS.
ART. 10. Les dépôts de tous ces régiments continueront à rester où ils se trouvent. En conséquence, les majors, quartiers-maîtres, officiers d'habillement, ouvriers, etc. continueront à rester dans les 12e, 13e et 14e divisions militaires.
TITRE V.
DISPOSITIONS GÉNÉRALES.
ART. 11. Pour compléter les cadres des bataillons, il ne sera pris aucun des conscrits de 1808, qui continueront à rester aux 3es ou 4es bataillons ou aux dépôts des régiments.
ART. 12. Nos ministres de la guerre et de l'administration de la guerre sont chargés de l'exécution du présent décret
" (Correspondance de Napoléon, t.15, lettre 12973).

Le 15 octobre 1807, Napoléon écrit, depuis Fontainebleau, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le Général Clarke, mon intention est de former un second corps d'observation de la Gironde, qui sera composé de trois divisions. Ces trois divisions seront composées de trois bataillons de chacune des cinq légions de réserve, de quatre bataillons suisses (deux du 3e, un du 2e et un du 4e), de deux bataillons des troupes de Paris et du 3e bataillon du 5e d'infanterie légère ; ce qui fera vingt-deux bataillons ou sept bataillons par division. Chaque division aura douze pièces d'artillerie pour son service. Proposez-moi le plus tôt possible la formation de l'état-major, de l'artillerie, du génie et des administrations. Proposez-moi également les trois généraux de division, les trois adjudants commandants et les six généraux de brigade nécessaires pour commander ce corps. Le corps d'observation de la Gironde aura donc besoin de trente-six pièces d'artillerie. Ces trente-six pièces nécessitent 7 à 800 chevaux ..." (Correspondance de Napoléon, t.16, lettre 13258 ; Correspondance générale de Napoléon, t.7, lettre 16540).

Napoléon ordonne par ailleurs le lendemain que le 3e Bataillon du Régiment, stationné à Cherbourg, se complète à 6 Compagnies et se porte sur Bayonne pour faire partie du 2ème Corps d'Observation de la Gironde. Trois Compagnies, le Dépôt et un Major doivent rester à Cherbourg : "AU GÉNÉRAL CLARKE, MINISTRE DE LA GUERRE
Fontainebleau, 16 octobre 1807
Monsieur le général Clarke ... Vous donnerez ordre au 3e bataillon du 5e léger qui est à Cherbourg de former un bataillon de six compagnies, chaque compagnie composée de 200 hommes, et de le faire partir sans délai pour Bayonne. Ce bataillon fera partie du second corps d'observation de la Gironde. Vous chargerez un des généraux qui se trouvent à Cherbourg de passer la revue de ce bataillon et de s'assurer qu'il est en état de faire campagne. L'effectif de ce bataillon est porté sur les états à 1 800 hommes : en en formant six compagnies de 200 hommes, il resterait encore trois compagnies qui feraient 600 hommes. Le major restera avec le dépôt à Cherbourg, et le chef de bataillon partira avec les 1200 hommes. Si cependant pour compléter le nombre de 1200 hommes, il ne se trouvait pas assez d’hommes bien habillés, bien équipés et en bon état, on ne ferait partir, d'abord, que 900 hommes, c'est-à-dire les compagnies à 150 hommes, sauf à faire partir, quinze jours après, les 300 autres ...
" (Correspondance générale de Napoléon, t.7, lettre 16542).

Le 3 novembre 1807, l'Empereur écrit, depuis Fontainebleau, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le Général Clarke, le 2e corps de la Gironde sera partagé en trois divisions.
... La 3e division sera commandée par le général Malher, et sera composée de la 5e légion de réserve, du 2e bataillon du 4e régiment suisse, de deux bataillons de la garde de Paris et du 3e bataillon du 5e léger ; ce qui fera sept bataillons.
Le corps sera commandé en chef par le général de division Dupont.
… Le général Dupont sera rendu à Bayonne pour le 15 novembre.
Chaque division aura douze pièces de canon ...
" (Correspondance de Napoléon, t.16, lettre 13323 ; Correspondance générale de Napoléon, t.7, lettre 16691).

Le 30 janvier 1808, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le général Clarke, vous donnerez l'ordre qu'un officier, deux sergents, quatre caporaux et soixante hommes du 86e soient mis à la disposition du ministre de la Marine à Saint-Malo, pour être embarqués sur le brick Le Milan ... Donnez l'ordre qu'un même nombre d’hommes du 5e d'infanterie légère soient fournis à Cherbourg, pour être embarqué sur le brick Le Papillon ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.8, lettre 17109).

Le 17 mars 1808, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur général Clarke, la 5e légère et le 58e de ligne qui sont à Hambourg ont besoin de renforts. Il est possible que ces deux corps soient obligés d'entrer en campagne pour soutenir le corps du prince de Pontecorvo en Suède. Il est donc convenable que vous dirigiez sur Hambourg une compagnie de 150 soldats de chacun de ces deux régiments commandée par un capitaine, lieutenant et sous-lieutenant. La compagnie de la 5e légère partira de Cherbourg et celle du 58e de Vincennes, elles marcheront à petites journées. Vous aurez soin d'ordonner que ces hommes soient bien armés, bien habillés et partent en bon état. S'ils n'ont pas de capotes ici, ils pourront en recevoir à Hambourg ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.8, lettre 17418).

Le 21 avril 1808, l'Empereur écrit, depuis Bayonne, à M. Daru, Intendant général de la Grande Armée, à Berlin : "Monsieur Daru ...
J'attends la situation des caissons d'ambulance que doit avoir chaque corps ... les 5e, 7e et 16e légers n'ont pas eu leur première mise ; il faut la leur faire donner, et qu'ils se procurent leurs caissons d'ambulance. Je ne suis point de l'avis de former un bataillon uniquement destiné au service de l'ambulance. Il faut qu'il y ait, sur les trente-quatre caissons de chaque compagnie, quatre caissons pour le pain et quatre caissons pour l'ambulance. Vous savez vous-même que, le lendemain d'une bataille, on est obligé de se servir des caissons du pain pour évacuer les malades, et vice versa. Mais il semble que chaque division d'infanterie a déjà ses quatre caissons d'ambulance appartenant aux régiments, et quatre caissons pris dans ceux des transports militaires qui lui sont attachés ; elle en a alors suffisamment …
" (Correspondance de Napoléon, t.17, lettre 13770 ; Correspondance générale de Napoléon, t.8, lettre 17668).

Le 12 octobre 1808, un Décret, établi à Erfurt, réorganise l'Armée du Rhin :
"TITRE Ier.
ARTICLE 1ER. A dater du 15 du présent mois, la Grande Armée sera dissoute.
Le corps de troupes qui restera en Allemagne prendra le nom d'Armée du Rhin.
ART. 2. Le corps de troupes qui restera sous les ordres du maréchal prince de Ponte-Corvo, dans les villes hanséatiques, prendra le nom de corps de troupes du gouvernement des villes hanséatiques.
TITRE II.
DU GOUVERNEMENTDES VILLES HANSÉATIQUES.
ARTICLE 1ER. Le prince de Ponte-Corvo commandera en chefle corps de troupes du gouvernement des villes hanséatiques … Troupes françaises : Division du général Dupas, composée du 5e régiment d'infanterie légère, du 19e régiment d'infanterie de ligne, du 13e et du 24e régiment de chasseurs à cheval ...
" (Correspondance de Napoléon, t.17, lettre 14376).

III/ L'ESPAGNE DES TROISIEME ET 4EME BATAILLONS, 1808-1810

Carabinier du 5e Léger en 1807-1808
Fig. 4 Carabinier du 5e Léger d'après le Bourgeois de Hambourg

En Espagne, dès la fin 1807, sous prétexte de la campagne au Portugal, les troupes françaises organisées en divers Corps d'Observation avaient largement pénétré chez leur allié et s'étaient emparées des points stratégiques, tandis que la monarchie espagnole se déchirait dans des querelles familiales. Le peuple espagnol et l'armée subissaient cela en rongeant leur frein. Le 20 février 1808, Murat prend la tête de toutes les forces françaises en Espagne et s'avance sur Madrid qu'il atteint le 23 mars.

En janvier 1808, le 3e bataillon du 5e Léger était encore porté à la 3e division (Mahler) du corps de Dupont (2e Corps d'Observation de la Gironde). Heureusement pour lui, il en serait détaché pour sécuriser les communications.

Napoléon, croyant le pays mur pour un changement dynastique, force les souverains espagnols à l'abdication à Bayonne et décide de mettre son frère Joseph sur le trône, le 10 Mai 1808. Dès que cela fut connu, des révoltes éclatèrent simultanément sur tout le territoire (en préambule, il y eut les fameux 2 et 3 Mai à Madrid liés à l'exfiltration d'une partie de la famille royale) et l'armée espagnole prit les armes contre les occupants français. Le sous-lieutenant Dewareux du 5ème Léger fut d'ailleurs tué à Madrid, le 2 mai.

Parmi les troupes françaises en Espagne, il y avait aussi le Corps d'Observation des Côtes de l'Océan, mis sous le commandement de Moncey. On y comptait désormais, depuis avril, les 2 bataillons du 5ème Léger (3ème et 4ème) au sein de la Division Frère. Moncey quittait Madrid, le 8 Juin, pour mâter la révolte de Valence ; la division Frère manoeuvrait en arrière garde. Moncey échouait devant Valence à la fin juin et devait se replier sur Madrid.

Le 2e Corps d'Observation de la Gironde sous Dupont était parti le 7 avril de la capitale espagnole pour l'Andalousie. Il laissait deux de ses divisions en arrière. On connait le sort qui l'attendait à Bailen. Cette défaite allait forcer Napoléon à venir sur le théâtre d'opération en personne, en rameutant ses vieilles troupes d'Europe centrale, et en réorganisant les unités sur place.

Le 1er septembre 1808, l'Empereur écrit depuis Saint-Cloud, à Joseph Napoléon, Roi d'Espagne, à Calahorra : "Mon Frère, je vous envoie une note sur l'état de l'armée d'Espagne …"; note intitulée "ÉTAT POUR SERVIR À CONNAÎTRE QUELLE DOIT ÊTRE LA SITUATION ACTUELLE DES CORPS COMPOSANT L'ARMÉE D'ESPAGNE ET CE QUI MANQUE POUR LA COMPLÉTER À 840 HOMMES PAR BATAILLON" (état donné dans la CGN, reproduit d’après la minute (Archives nationales, AF IV 878, septembre 1808, n°2), qui indique : "On n’a pas compris dans cette situation les hommes qui sont aux hôpitaux" ; "envoyé le 1er septembre au ministre de la Guerre et au roi d’Espagne"); pour le 5e Léger, on y lit : "3e Bataillon à Briviesca, Division Frère (1029 hommes) ; total général du Corps : 1029. Observations : Il n'y a qu'un bataillon".

Par Décret du 7 septembre 1808, dicté depuis Saint-Cloud (Correspondance de Napoléon, t.17, lettre 14300), le Corps d'Observation des Côtes de l'Océan devenait le 3e Corps de l'Armée d'Espagne, toujours sous le commandement de Moncey. Le 3ème Bataillon du 5ème Léger y comptait au sein de la Division Frère (puis Granjean ?).

Le 21 octobre 1808, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le général Clarke, le 3e bataillon du 5e d'infanterie légère sera complété le plus tôt possible à 800 hommes pour se diriger immédiatemment après sur le bataillon qui est en Espagne ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.8, lettre 19093).

Le 19 novembre 1808, l'Empereur écrit, depuis Burgos, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le général Clarke ... Le 3e bataillon du 5e légère, qui est parti de Cherbourg, n'en devait pas partir, puisqu'il n'était pas à 840 hommes. Que voulez-vous que je fasse de 500 hommes qui, à leur arrivée, seront réduits à 400 ? De combien de compagnies est composé ce bataillon ? Il faut qu'il soit complété à 840 hommes des conscrits, qu’il recevra à Bayonne ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.8, lettre 19325).

On parlait d'une nouvelle armée anglaise qui venait de débarquer.

Après la bataille de Tudela, Napoléon continuait sa marche sur Madrid. La fameuse prise du col de Somosierra ouvrait le chemin. L'Empereur entrait dans la capitale espagnole le 4 décembre.

Jusqu'alors, Napoléon ne s'était pas occupé de l'armée anglaise du général Moore, mais lorsqu'il apprit qu'elle s'était avancée du Portugal en Espagne, autour de Salamanque (entre les 13 et 23 Novembre), il prescrivit au Maréchal Soult de redescendre dans le royaume de Léon. Un autre petit corps anglais, sous le général Baird, venait de débarquer à la Corogne.

Tandis qu'à l'ouest, le maréchal Soult poursuit l'armée anglaise de Moore dans sa retraite précipitée à travers la Galice, les autres forces françaises repoussent les Espagnols.

Le 3e Corps, désormais sous Junot, revenu du Portugal, est affecté en décembre au 2ème siège de Saragosse, le premier ayant été infructueux entre juin et août 1808. Les premiers combats inopérants amènent le commandement général des opérations à Lannes.

Le 16 décembre 1808, l'Empereur écrit, depuis Chamartin, au Maréchal Berthier, Major général de l'Armée d'Espagne : "Mon cousin, écrivez au maréchal Moncey que je lis avec étonnement son état de situation, que je vois 2 régiments de la Vistule et un bataillon du 5e léger à Pampelune, que ces 3 corps qui font 3 500 hommes doivent être sur-le-champ dirigés sur Saragosse pour renforcer son armée, que rien n'est plus ridicule que de laisser ses meilleures troupes dans des places où de simples dépôts suffisent" (Brotonne (L. de) : « Dernières Lettres inédites de Napoléon 1er, collationnées sur les textes et publiées », Paris, 1903, t. 1, lettre 839 (la date indiquée est le 17 décembre); Correspondance générale de Napoléon, t.8, lettre 19539).

Le 2 janvier 1809, l'Empereur écrit, depuis Astorga, à Joseph Napoléon, Roi d'Espagne, à La Florida : "Mon Frère ... Il y a à Aranda le général Trelliard avec un bataillon du 111e et 2,000 hommes des dépôts de cavalerie, plus les 3es bataillons des 43e et 51e d'infanterie, le bataillon d'Irlandais et Prussiens, le bataillon de Westphalie, le 3e bataillon du 5e d'infanterie légère ; tout cela sous les ordres du général Trelliard" (Correspondance de Napoléon, t.18, lettre 14641 ; Correspondance générale de Napoléon, t.8, lettre 19674).

Le 5 janvier 1809, l'Empereur écrit, depuis Benavente, au Maréchal Berthier, Major général de l'Armée d'Espagne : "Mon cousin ... Le 3e bataillon du 5e d'infanterie légère qui a ordre de se rendre à Aranda y restera ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.8, lettre 19695).

Le 15 janvier 1809, l'Empereur écrit depuis Valladolid, au Maréchal Berthier, Major général de l'Armée d'Espagne : "Mon cousin, répondez au général Trelliard que vous m'avez mis sous les yeux sa lettre du 11 janvier ... Il a raison de demander un bataillon d'infanterie ; il n'aurait pas dû laisser partir ce qu'il avait du 118e. Par les ordres que j'ai donnés, il doit y avoir un bataillon du 5e léger. Écrivez au général Darmagnac pour lui témoigner mon mécontentement de ce qu'il a retiré le 118e d'Aranda avant que le bataillon du 5e léger fût arrivé ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.8, lettre 19842).

Le siège va se terminer le 21 février 1809, après de longs préparatifs d'établissement de tranchées et de batteries, puis des combats de rues acharnés. Le 5ème Léger y a de nombreuses pertes, comme le lieutenant Valette et le sous lieutenant Demazis. Le 3e Corps stationne alors dans la ville.

Siège de Stralsund en 1807 d'après un dessin allemand d'époque
Saragosse en 1809

Passé sous les ordres du général Suchet, le 3e Corps, très affaibli, doit pacifier l'Aragon. Le 5ème Léger y est à la division Laval. Elle se heurte rapidement aux forces espagnoles du général Blake et ses 10.000 hommes ainsi que la levée des guerillas. Suchet part à la rescousse de son adjoint Laval et, le 23 mai, rencontre Blake à Alcaniz. Suchet est repoussé et ses troupes sont prises de panique. Le capitaine Lassere, du 5ème Léger, est tué.

Comprenant qu'il faut remettre en condition ses soldats, Suchet les nourrit, les habille et les entraine. Il reçoit aussi quelques renforts. Repartant à l'offensive le 15 juin, il combat victorieusement cette fois ci l'Armée de Blake le 15 juin à Maria puis poursuit jusqu à Belchite où il finit de la disperser.

Depuis la fin mai, il n'y a plus qu'un bataillon du 5ème Léger au 3ème Corps et il tient garnison à Saragosse.

L'armée de Suchet est très affaiblie par les maladies locales, et ne trouve aucun renfort dans des recrues qui arrivent de France au compte-goutte (désertion ou maladie le long du trajet). La disparition de l'Armée de Blake n'a fait que renforcer les effectifs des guérillas qui harcèlent les Français.

Suchet organise des colonnes mobiles qui parcourent l'Aragon. Il s'empare de Jaca qui deviendra une des bases des Chasseurs de Montagne (voir l'article consacré à cette unité) et jusqu'à la fin de l'année, avec ses subordonnés, s'empare des principaux centres des guérillas. Restent les places de Lerida, Mequinenza et Tortose, qui à l'Est de la province leur servent de point d'appui.

Le 20 septembre 1809, l'Empereur écrit, depuis Schönbrunn, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le général Clarke, je réponds à votre lettre du 11 septembre. Le 86e a bien son 4e bataillon en Espagne mals il a son 3e bataillon en France. Le 15e léger n'a qu'un bataillon en Espagne, le 5e léger en a trois, le 58e en a 3, il n'y a donc pas lieu à appliquer la mesure à ces régiments ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 22115).

Le 25 septembre 1809 encore, l'Empereur écrit, depuis Schönbrunn, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le général Clarke, vous trouverez ci-joint l'idée d'un rapport pour justifier la levée des 36 000 conscrits que je viens d'ordonner. Vous trouverez également la répartition de ces 36 000 conscrits. Ajoutez à votre rapport une considération sur la grande quantité de conscrits qui restent sur les années passées, écrivez-en même le nombre s'il en reste effectivement 500 000, dites qu'il y en a 800 000. Il est nécessaire que cette phrase soit bien frappée, parce qu'elle fera une grande influence sur l'étranger.
Napoléon
Décret « de distribution » répartissant les 36 000 conscrits par place forte ou régions militaires
Avons décrété et décrétons ce qui suit :
Article 1er
La distribution des 36 000 conscrits levés en vertu du sénatus-consulte du […] octobre, sera fait ainsi qu’il suit :
... Seront dirigés sur différents dépôts, savoir :
... 600 au 5e léger à Chartres ...
Relevé de la distribution des 36 000 conscrits suivant l’ordre numérique des régiments employés à l’armée d’Espagne :
... Infanterie légère
... 5e à Cherbourg 600 ...
" (Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 22176).

Le 19 novembre 1809, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le général Clarke ... Présentez-moi un travail pour former 4 régiments de marche pour les corps d'armée d'Espagne ; lesquels se réuniront depuis Orléans jusqu'à Bordeaux. Un colonel en second ou un major sera mis à la tête de chaque régiment pour les commander ...
Le 2e régiment de marche contiendra d'abord ce qui appartient aux 17e et 5e régiments d'infanterie légère. On verra aussi dans le 2e corps ce que pourront fournir les dépôts, et ce que pourront fournir les 28e et 75e de ligne du 4e corps. On prendra ensuite les détachements appartenant au 5e corps, qui, avec les précédents, forment 12 régiments. Ces divers détachements réunis composeront le 2e régiment de marche ...
Vous me ferez connaître à quelle époque ces régiments pourront se mettre en marche ; ils peuvent être formés sur-le-champ, et mis en marche au 15 décembre au plus tard.
Lorsque ces 4 régiments seront formés, vous m'en rendrez compte, et je donnerai mes ordres pour leur destination ultérieure, à leur arrivée à Bayonne, attendu qu'ils ne doivent point entrer isolément en Espagne sans mon ordre ...
" (Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 22478).

Le 19 novembre 1809 encore, l'Empereur écrit, depuis Paris, une nouvelle fois au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le général Clarke, faites faire par vos bureaux l’état des quatre régiments de marche ... dont j’ai ordonné la formation ... Il est inutile que le général Mouton coure les différents dépôts. Il vaut mieux qu’il reste à Paris, mais vous donnerez ordre que tous les dépôts de l’armée d’Espagne dirigent sur Orléans tout ce qu’ils ont de disponible, et lorsque la tête arrivera, le général Mouton se rendra dans cette ville pour former l’incorporation" (Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 22479).

Le 11 janvier 1810, l'Empereur écrit depuis Paris à Berthier, prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l'armée d'Espagne, à Paris : "Mon Cousin, vous donnerez sans délai les ordres suivants, que vous enverrez par un officier d'état-major :
... Vous donnerez l'ordre que tout ce qui appartient au 5e léger se rende à Saragosse; que tout ce qui appartient au 43e, au 51e, au 58e, au 12e léger, au 10e bataillon de marche, se rende à Madrid pour y rejoindre ces corps.
J'aurai donc, pour le nord de l'Espagne, trois divisions formant 30,000 hommes. Je désire que le 10 février, époque où je compte que ces trois divisions seront réunies, elles puissent agir ...
" (Correspondance de Napoléon, t.20, lettre 16131 ; Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 22847).

A la mi-février 1810, une expédition contre Valence, commanditée par le Roi Joseph, faillit tourner au désastre. Suchet sagement sait se retirer et reprendre en main l'Aragon qui s'agitait déjà.

Le 13 avril 1810, Suchet entame le siège de Lérida, repoussant les sorties des assiégés et les forces qui viennent à leur secours. Le 12 mai, les colonnes d'assaut avec les compagnies d'élite des 115e et 117e de Ligne et du 5e Léger entrent dans la ville. La garnison se rend le 14. Le 5e Léger y perdra le capitaine Byais, tandis que les capitaines Arvet, Bertaux et Dimpre,Gosselle et Perroux seront blessés.

Pendant qu'il s'occupait de Lerida, Suchet avait dégarni l'Aragon d'effectifs, et les guérillas revenaient des confins de la province. Heureusement, les Français faisaient face. Rassuré, Suchet pouvait se porter sur Mequinenza dès le 20 mai.

La ville se rend le 8 Juin.

POSITIONS DU 5E LEGER EN SEPTEMBRE 1810

Colonel Dubreton, Major Lanten, Quartier Maitre Goursac
1er bat chef de bataillon Javersac à Cherbourg
2e bat : Chomeau, 14e division militaire
3e bat : Lefizelier, à la 3e division 3ème Corps
4e bat Gossel en Espagne
5e bat dépôt à Cherbourg

Plaque de shako du 5e Léger 1806-1810
Fig. 4bis Plaque de shako en 1806-1810

Le 10 août 1810, l'Empereur écrit, depuis Trianon, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le duc de Feltre ... Ne pourrait-on pas former pour les autres corps de l'armée d'Espagne trois bataillons de marche de 1 000 hommes chacun, qu'on tirerait des 5e léger, 14e de ligne, 19e léger, 19e de ligne, 28e de ligne, 34e, 65e et 75e et des autres dépôts des régiments qui ont leurs bataillons de guerre en Espagne ? ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 24295).

A la mi-août, les forces de Suchet se portent sur Tortose, après des combats d'approche de plusieurs semaines où s'illustre le 5ème Léger (note 2). Le capitaine Gescot y sera blessé.

Le 19 août 1810, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le duc de Feltre, je désire que vous formiez plusieurs bataillons de marche pour 1'Espagne et le Portugal.
... Il sera formé un 6e bataillon qui portera le nom de bataillon de marche d'Aragon. Ce bataillon se réunira à Blois et sera composé de 200 bommes du 5e léger ; 100 du 14e ; 200 du 121e ; 400 du dépôt de la Vistule ; total 900 hommes ...
" (Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 24356).

Suchet fait sa jonction avec des divisions françaises de Catalogne qui lui sont envoyées. Le siège se resserre peu à peu et la ville finira par se rendre le 1er Janvier 1811.

Ainsi se termine pour le 3e Corps et le 5ème Léger ces années 1809-1810 en Aragon et Catalogne.

Pendant ce temps, d'autres Bataillons du Régiment vont s'illustrer en Autriche.

IV/ 1809, LA CAMPAGNE D'AUTRICHE DU 5ème LEGER

L'année 1808 s'était passée tranquillement en garnison dans les villes hanséatiques pour les deux premiers bataillons du 5ème Léger, sous les ordres de Bernadotte et du colonel Dubreton.

Au début 1809, profitant que Napoléon était en Espagne, avec ses meilleures troupes, l'Autriche soutenue par l'Angleterre, réarme, mobilise, et se prépare à l'affrontement.

Quittant précipitamment l'Espagne, Napoléon redéploye ses forces en Allemagne, Italie du Nord et Dalmatie, renforce la conscription, mobilise ses alliés allemands et polonais. Rapidement, il a sous la main une toute nouvelle Grande Armée, dont il forme de nouveaux Corps.

Le 26 février 1809, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Général Lacuée, Directeur général des Revues et de la Conscription : "J'ai lu avec attention l'état général de l'année que vous m'avez envoyé après la conscription de 1810. Je vois qu'il manquera encore beaucoup de monde au complet des corps ... à l'infanterie légère, 600 au 5e ... Il faudra me proposer des moyens pour remédier à cette grande irrégularité, et surtout pour les 3e et 4e bataillons qui sont à portée de fournir une réserve pour la défense de la côte ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 20150).

Le 3 mars 1809, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le général Clarke, donnez l'ordre qu'une ou deux compagnies de fusiliers complétées à 140 hommes des quatrièmes bataillons des 12e, 25e, 33e, 61e, 65e, 22e, 85e, 111e, et 5e légère, partent sans délai pour Strasbourg.
On formera de ces compagnies autant de bataillons de marche qu'il y aura de fois six compagnies, en ayant soin de mettre ensemble les compagnies des régiments qui appartiennent à l'armée du Rhin.
On appellera ces bataillons, bataillons de marche des quatrièmes bataillons de l'armée du Rhin ; ainsi il y aura à Strasbourg trois espèces de bataillons de marche : les bataillons de marche du corps d'Oudinot, les bataillons de marche de l'année du Rhin, les bataillons de marche des 4es bataillons de l'armée du Rhin.
Je crois avoir compris dans ce nombre toutes les compagnies des quatrièmes bataillons qui ont leurs grenadiers et voltigeu rs à l'armée du Rhin ; s'il m'était échappé quelque corps, faites-le-moi connaître
" (Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 20196).

Bernadotte est mis à la tête du 9e Corps formé essentiellement de Saxons, mais dans sa réserve, il y a des régiments français avec le général Dupas qu'il a ramené des villes hanséatiques, dont le 5ème Léger à deux bataillons, et le19e de Ligne à trois bataillons. On leur a adjoint deux bataillons saxons que nous reverrons.

"Le 9e corps sera formé par l'armée saxonne aux ordres du prince de Ponte-Corvo, et composé de trois divisions réunies à Dresde et de deux du duché de Varsovie, formant près de 50,000 hommes. Le prince de Ponte-Corvo aura sous ses ordres l'armée saxonne, toutes les troupes du duché de Varsovie et les garnisons de Glogau et de Danzig".

L'Empereur, comme à son habitude, étudie les déplacements de ses corps d'Armée et leurs effectifs avec minutie. Ainsi, constatant les positions du 5ème Léger : 1er et second bataillons en Allemagne, 3ème et 4ème bataillons en Espagne, et 5ème bataillon de dépôt à Cherbourg, il écrit le 12 mars 1809, depuis Rambouillet, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "... C'est par erreur que, dans une de mes lettres précédentes, on a mis le 5e régiment d'infanterie légère. Les grenadiers et voltigeurs de ce régiment sont au 4e bataillon ; faites-les partir, sans délai, avec ce qu'il y a de disponible des compagnies de fusiliers, de sorte que ce régiment ait quatre compagnies de son 4e bataillon avec ses bataillons de guerre ... Le corps des villes hanséatiques a deux régiments, ce qui devrait faire huit bataillons ; mais le 5e d'infanterie légère a deux bataillons en Espagne et le 19e de ligne en a un au camp de Boulogne, ce qui fait trois bataillons à déduire ; restent donc cinq bataillons, qui, au 1er avril, doivent présenter une force de 6,200 hommes, et, lorsque le bataillon que ce corps a au camp de Boulogne aura pu rejoindre en Allemagne, la force du corps des villes hanséatiques se trouvera être de 5,060 hommes ..." (Correspondance de Napoléon, t.18, lettre 14887; Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 20337).

Après la prise de Vienne, les 21 et 22 mai a lieu la bataille d'Essling après le passage du Danube. C'est un échec et l'Empereur doit se replier en attendant des renforts. Il écrit à Bernadotte : "Ebersdorf, 24 mai 1809, cinq heures du soir.
Nous avons eu, le 21 et le 22, Prince, une bataille assez sérieuse sur la rive gauche du Danube, aux villages d'Essling et d'Aspern. L'ennemi était dans la plus parfaite déroute à huit heures du matin, quand nos deux ponts sur les deux grands bras du Danube ont été emportés par la crue des eaux ...
Je vous ai fait écrire par le duc d'Auerstaedt que vous ne deviez pas entrer trop avant en Bohème jusqu'à ce que nos ponts soient rétablis et que l'Empereur ait pris lui-même le parti de déboucher de nouveau sur la rive gauche ...
La tête de pont de Linz doit donc être gardée par vous ...
Comme l'ile de Lobau forme notre tête de pont sur la rive gauche du Danube, aussitôt que l'Empereur pourra être assuré que ses ponts sont solides, il pourra se décider à une bataille générale. Si vous pouviez organiser six pièces de 3 ou de 5, dont trois au 19e régiment et trois au 5e d'infanterie légère, cela vous ferait dix-huit pièces françaises, ce
qui serait bien important, car l'ennemi a une grande quantité d'artillerie" (Correspondance de Napoléon, t.19, lettre 15250).

Le 10 juin 1809, l'Empereur, qui vient de décider d'une importante levée de Conscrits, sur la classe 1810, mais aussi sur les classes 1806 à 1809, afin de compenser les pertes du début de la campagne, et renforcer l'Armée, écrit depuis Schönbrunn au Général Clarke pour lui donner le détail de cette opération particulièrement complexe; lettre accompagnée de 3 Etats différents très détaillés. Par ailleurs, une annexe intitulée "Répartition des 40 000 conscrits de l'appel supplémentaire de 1810" indique : "Non compris dans les demi-brigades, mais dont les bataillons sont employés en Allemagne" : 5e Léger, qui reçoit 150 hommes (Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 21182).

Sergent major porte aigle 5e Léger 1807
Fig. 5 Sergent major porte aigle du 5e Léger vers 1807

Ayant reçu enfin des nouvelles troupes, dont l'Armée d'Italie, celle de Dalmatie et le 9e Corps, Napoléon repasse le Danube à partir de l'ile Lobau dans la soirée du 4 juillet.

"Instructions ...
10. Le corps du prince de Ponte-Corvo, la Garde et l'armée du Prince Eugène passeront immédiatement après sur les différents ponts et formeront la deuxième ligne. L'Empereur leur désignera, au moment, les ponts sur lesquels ils doivent passer.
11. L'armée doit être placée de la manière suivante, le plus tôt possible : trois corps en première ligne ; celui du duc de Rivoli à la gauche, celui du général Oudinot au centre, celui du duc d'Auerstaedt à la droite ; en seconde ligne : le corps du prince de Ponte-Corvo à la gauche, la Garde et le corps du duc de Raguse et la division Wrede au centre, et le Prince Eugène à la droite. Chaque corps d'armée sera placé, une division faisant la gauche, une le centre et une la droite
".

Le 5ème Léger aux ordres du Colonel Dubreton a donc en ligne ses deux premiers Bataillons : le premier sous le Chef de Bataillon Quincieux et le second sous le Chef de Bataillon Paty, au sein de la Division Dupas.

Une fois le fleuve passé les dispositions tactiques de l'Empereur sont exécutées et la Division Dupas se retrouve, en fin de journée, au milieu du front français, entre le 9ème Corps, à sa gauche, qui s'est emparé d'Aderklaa, et l'Armée d'Italie, à sa droite, face à Wagram et aux forces de Bellegarde. Napoléon donne l'ordre de s'emparer de Wagram grâce à ces trois masses.

La Division Dupas franchit le Russbach, épaulée à droite et à gauche. Le 5e Léger et le 19e de Ligne s'élancent en criant "vive l'Empereur !". Hélas, les deux Bataillons saxons qui sont avec eux sont pris par l'Armée d'Italie pour des Autrichiens et celle ci les fusille. Les Saxons reculent en tirant à leur tour sur leurs voisins. Le désordre gagne la ligne d'attaque et les Français doivent reculer. La nuit tombe. Le front se stabilise. Mais le 5e Léger a eu de nombreuses pertes en vain, dont le Chef de Bataillon Quincieux.

Napoléon prend ses dispositions pour le lendemain. Ce sont les Autrichiens qui lancent les premiers l'offensive et reprennent Aderklaa. Bernadottte doit le reprendre. Il lance les restes de la Division Dupas qui échouent. Puis les Saxons du 9ème Corps se débandent. La Garde les arrête mais les Autrichiens ont progressé, repoussant aussi le 4ème Corps de Masséna. Aderklaa est pris et repris plusieurs fois par les troupes de Masséna.

Le front se déplace à gauche perpendiculairement au Danube. Si il ne veut pas être coupé de sa ligne de retraite, Napoléon ordonne à Masséna de tenir Essling puis il decide de rompre le centre autrichien, précédant son offensive de la célèbre grande batterie.

La journée se termine par une victoire incontestable avec une avancée générale sur tout le front. Le 5ème Léger a chèrement payé son engagement.

"ORDRE.
Wolkersdorf, 9 juillet 1809
ARTICLE. 1er. Le 9e corps de l'armée d'Allemagne est dissous ... … ART. 3. Le général de division Dupas prendra le commandement de la division Frère, au 2e corps de l'armée d'Allemagne commandé par le général Oudinot.
ART. 4. Le 5e régiment d'infanterie légère fera partie de la division Boudet, ainsi que l'artillerie de la division Dupas ...
" (Correspondance de Napoléon, t.19, lettre 15507).

La Grande Armée est de nouveau dissoute, se transformant en une Armée d'Allemagne. En octobre, le 1er bataillon, désormais aux ordres du chef de bataillon Javersac et le second bataillon avec le chef de bataillon Chomeau, font partie du 4e Corps, division Molitor, à Budwitz.

Le 2 mars 1810, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris : "Monsieur le Duc de Feltre, je veux profiter de la consolidation de la paix continentale pour porter la plus grande économie dans mes armées. Voici les diverses dispositions que je projette, et sur lesquelles je désire un rapport ...
Armées du Nord et du Brabant. — Les armées du Nord et du Brabant seraient dissoutes ; toutes les gardes nationales seraient licenciées ; la division Puthod entrerait en Hollande ; le 5e d'infanterie légère retournerait à Cherbourg ...
" (Correspondance de Napoléon, t.20, lettre 16303 ; Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 23241).

Le 15 mars 1810, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris : "Monsieur le Duc de Feltre ... Donnez l'ordre aux 2 bataillons du 5e léger de partir de l'endroit où ils se trouvent pour rejoindre leur régiment à Cherbourg" (Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 23314).

Le 25 avril 1810, l'Empereur écrit, depuis Compiègne, au Général Clarke, Ministre de la Guerre, à Paris : "Mon intention est de faire une expédition dans les îles Jersey et de charger de cette expédition la division Grandjean. En conséquence, les trois régiments et l'état-major de cette division se rendront de Reims à Cherbourg. J'ai à Cherbourg deux vaisseaux de guerre pour protéger cette expédition. Le 5e léger en fera partie, ce qui fera un corps de 7 à 8,000 hommes. J'ai spécialement en vue, dans cette expédition, d'inquiéter les Anglais et de les obliger à tenir beaucoup de monde à Jersey" (Correspondance de Napoléon, t.20, lettre 16418 ; Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 23500).

Le même 25 avril 1810, l'Empereur écrit, depuis Compiègne, au Vice-Amiral Decrès, Ministre de la Marine et des Colonies : "Monsieur le vice-amiral Decrès, j'ai destiné un corps de 8000 hommes à une expédition contre les îles de Jersey, et le général Grandjean, qui les commande, est chargé de cette expédition. Je réunis à Cherbourg cette division, elle servira en attendant aux travaux. Faites-moi connaître ce qu'il faut faire pour donner de l'inquiétude aux Anglais, et les obliger à garnir sérieusement ces îles" (Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 23501).

Le 31 juillet 1810, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le duc de Feltre, il y a à Cherbourg 4 régiments, savoir : le 5e léger qui doit y rester, et 3 régiments de la division Grandjean ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 24184).

Le 4 janvier 1811, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le duc de Feltre, je désire lever la conscription. Proposez-moi un état de situation de l'armée au 1er janvier, qui puisse me servir de base pour le recrutement. Mon intention est d'employer 30 000 hommes de la conscription de l'année à recruter, les 16 régiments du corps du prince d'Eckmühl et tous les régiments qui ont leurs bataillons de guerre en France, en y joignant les 2 bataillons du 5e d'infanterie légère, les 3e et 5e du 6e léger, et les 4e et 5e du 1er léger ; en formant un 6e bataillon au 15e léger, 25e de ligne, 19e, 2e, 37e, 46e, 56e et 93e de ligne, ce qui ferait 8 nouveaux bataillons. On joindrait également les 4e et 5e bataillons du 51e, les 3e et 4e du 44e, les 3e et 4e du 113e et les 3e et 4e du 55e. Tout cela ferait un total de 154 bataillons que mon intention est d'avoir au complet de 140 hommes par compagnie. J'emploierai 20000 hommes à porter l'armée d'Italie au grand complet ; et enfin 35000 hommes à porter au complet les 131 cinquièmes bataillons, ce qui fera l'emploi de 85000 hommes ...
Par ce moyen, j'aurais 9 armées que je composerais selon les circonstances et qui m'offriraient 154 bataillons pour l'armée d'Allemagne, 100 bataillons pour l'armée d'Italie, et enfin une armée de réserve de 131 5es bataillons. J'emploierais la conscription de 1812, que j'évalue à 120 000 hommes, à recruter 150 bataillons des cadres de l'armée d'Espagne que je ferais venir en France, ce qui me ferait une 4e armée. En supposant donc qu'il dut y avoir guerre en 1812 j'aurais disponibles pour le continent près de 550 bataillons complétés.
Je désire que les états que vous me présenterez soient faits dans l'ordre suivant :
1° le corps du prince d'Eckmühl
2° les régiments qui sont en France
3° tous les corps qui sont au-delà des Alpes soit de l'armée d'Italie, soit de l'armée de Naples, soit des divisions militaires, sans parler de composition d'armées sur lesquelles il est impossible de rien arrêter actuellement
" (Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 25633).

Le 19 avril 1811, l'Armée d'Allemagne est composée de trois Corps; le 1er est le Corps d'observation de l'Elbe, commandé par Davout. L'Empereur écrit en effet ce jour à au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris : "Monsieur le Duc de Feltre, l'armée d'Allemagne sera composée de trois corps :
1° Le corps d'observation de l'Elbe ;
2° Le corps d'observation du Rhin ;
3° Le corps d'observation d'Italie.
... CORPS D'OBSERVATION DU RHIN.
Ce corps se réunira de Mayence à Wesel. Il sera composé de quatre divisions d'infanterie.
1re DIVISION. — 1re brigade : 5e léger, deux bataillons ; 24e, quatre ; 2e brigade : 10e régiment de ligne, quatre ; Espagnols qui sont à Nimègue, deux ; 3e brigade : 20e régiment de ligne, quatre ; Portugais, deux ; total, 18 bataillons ...
" (Correspondance de Napoléon, t.22, lettre 17630 ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 26753).

Le 2 mai 1811, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Lacuée, Ministre de l'Administration de la Guerre : "Monsieur le comte de Cessac, je réponds à votre lettre du bureau des étapes, convois et équipages ...
Quant au corps d'observation du Rhin, le 5e régiment d'infanterie légère n'aura point de canons ni de caissons ...
" (Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 26946).

Le 28 mai 1811, l'Empereur écrit, depuis Cherbourg, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le duc de Feltre, donnez ordre aux 3e et 4e compagnies du 5e bataillon du 5e régiment d'infanterie légère de verser tous leurs hommes disponibles dans les 2 premières compagnies ; et faites placer les cadres de ces 3e et 4e compagnies au fort de l'île Pelée, rade de Cherbourg. Vous compléterez ces cadres par 300 conscrits de ceux qui se rendent à Belle-Ile, en ayant soin de ne point prendre de conscrits des départements de la Manche et du Calvados qui seraient trop voisins. Ces 300 hommes feront partie du 5e léger, le compléteront, et formeront une très bonne garnison pour le fort de l'île Pelée" (Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 27168).

V/ 1811 : LA PRISE DE TARRAGONE

En 1811, le 5e Léger va se retrouver, à part son bataillon de Dépôt à Cherbourg, en Espagne, séparé en deux contingents.

Le 3 avril 1811, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Maréchal Berthier, Major général de l'Armée d'Espagne : "Mon cousin, on a formé à Bayonne trois bataillons de marche, un de 605 hommes, un autre de 578 et le troisième de 618 hommes.
J'ai déjà ordonné que le premier entrât avec un trésor de 4 millions en Espagne. Le deuxième y entrera quelques jours après avec un autre trésor de 4 millions. Enfin le troisième y entrera ensuite avec 4 autres millions.
À cette occasion je vous rappellerai que je vous ai demandé un état des fonds qui étaient à Bayonne, des sommes dont j'ai disposé pour les différentes armées d'Espagne et enfin un relevé des ordres que j'ai donnés pour tous ces envois d'argent.
Je désire que vous écriviez au général Caffarelli pour lui envoyer la composition de ces trois bataillons telle que votre rapport du 24 mars la présente et pour lui faire connaître mes intentions.
1° Tout ce qu'il y a dans ces trois bataillons appartenant aux 5e, 10e et 30e d'infanterie légère sera définitivement incorporé dans le 3e bataillon du 25e léger qui est en Biscaye ...
" (Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 26495).

- Deux Bataillons combattent avec Suchet.

Siège de Stralsund en 1807 d'après un dessin allemand d'époque
Siège de Tarragone, 1811

Ayant obtenu la reddition de Tortose le 1er Janvier 1811, Suchet s'occupe de réduire les dernières résistances en Catalogne en collaboration avec Mac Donald. Le 3e Corps est devenu armée d'Aragon. Les 3e et 4e Bataillon du 5ème Léger y sont toujours en ligne.

Le 8 janvier, il fait investir le fort St Philippe, au col de Balaguer, par la Division Habert. L'assaut est rapidement donné par les Compagnies de Grenadiers et Voltigeurs dont celles du 5e Léger. Le Capitaine Dimpre y est blessé.

Tandis que Mc Donald doit retourner en Catalogne centrale avec la majorité de ses forces, Suchet s'empare le 7 février de Cambrils. La route de Tarragone est ouverte.

De la place, les Espagnols lancent des colonnes pour reprendre Cambrils et St Philippe, mais ils sont repoussés.

Tirant ses approvisionnements de Tortose et Lérida, fin avril, Suchet met bientôt le siège devant Tarragone, défendue par le général Contreras. Il dispose de sa fidèle armée d'Aragon, renforcée de troupes de l'armée de Catalogne.

La place, à l'embouchure de l'Ebre, adossée à la mer, a sa vieille ville entourée d'une muraille antique et ses faubourgs ou ville basse d'une ligne de fortifications avec des bastions. En dehors de la ville, des points fortifiés complètent les défenses : fort de l'Olivo en hauteur, fort Loreto, fort Francoli. Le port reçoit la flotte britannique.

Après une marche d'approche prudente, les Français, classiquement établissent des tranchées et des batteries de siège. Le 4 mai, la ville est complètement investie du côté de la terre.

Le 17 mai, une sortie des Espagnols sur deux bataillons français est repoussée grâce aux compagnies d'élite du 5e Léger, venues à la rescousse.

Le siège continue, rythmé par des contre-attaques des assiégés. Le fort de l'Olivo est pris le 3 juin.

Dans sa lettre datée du camp devant Tarragone, le 15 juin 1811, Suchet fait son rapport à Berthier, des évènements des 6 et 7 juin; il écrit : "A S. A. S. le prince de Neuchâtel et de Wagram.
Monseigneur,
Ainsi que j'ai eu l'honneur de le marquer à V. A. par mon rapport du 5 de ce mois, j'ai profité des moments, après la prise du fort Olivo, ou de Salme, pour ouvrir la tranchée contre la place de Tarragone. Cette opération s'est faite avec succès dans la nuit du 1er au -2 juin ; les nuits et jours qui ont suivi, ont été employés avec toute l'activité possible à étendre et perfectionner les travaux, et préparer l'établissement des batteries. L'ennemi s'y est opposé par plusieurs tentatives de vive force et par un feu d'artillerie qui a été meurtrier. La constance des officiers du génie et de notre brave infanterie, a été inébranlable, Jusqu'à ce jour, nous avons eu un officier du génie, quatre d'infanterie, et près de 8o soldats, dont dix sapeurs, tués et plus de 5oo blessés, dont plusieurs officiers de génie et de la ligne.
L'attaque dirigée contre le front de la basse ville, qui s'étend depuis le bastion des Chanoines jusqu'à la mer, dans une longueur de plus de 4oo toises, était gênée à l'extrême droite par le fort de Francoli : cet ouvrage, placé à l'embouchure de la rivière dont il prend le nom ; son fossé rempli d'eau, avec escarpe et contrescarpe revêtues, chemin couvert et place d'armes et avant fossé plein d'eau, uni aux ouvrages de la place par une longue ligne fortifiée de 8o toises, avait pour objet de renforcer le front le plus faible , de conserver l'eau du Francoli, et de nous éloigner du port. Je déterminai de l'attaquer et de le prendre. Dans la nuit du 6 et du 7, 25 bouches à feu en cinq batteries furent placées, malgré le clair de la lune et la mitraille de la place ; dix bouches à feu, soit du fort de Salme, soit des batteries de côte, appuyaient l'attaque, pendant que la plus grande partie de ces feux étaient dirigés contre les batteries ennemies, ou contre la mer et le môle. Deux batteries de pièces de 24 et de 16 devaient faire brèche à la face non flanquée du fort, et à une partie faible de la communication.
Le feu commença le 7 à la pointe du jour et continua jusqu'au soir avec justesse et activité, malgré la vive riposte de l'artillerie de la place. Deux magasins sautèrent ; à six heures la brèche était praticable, l'ennemi évacuait son artillerie : j'ordonnai l'assaut à la nuit, par trois colonnes d'élite, appuyées d'une réserve et précédées chacune d'un officier du génie et de quelques sapeurs munis d'échelles. J'en confiai le commandement à l'adjudant commandant Saint-Cyr Nugues, colonel de tranchée ce jour-là ; il se mit à la tête des carabiniers du 1er léger, qui formait la colonne du centre, et marcha droit à la brèche principale, tandis que les voltigeurs du 5e léger à droite par le nord du Francoli et de la mer, et les voltigeurs du 1er léger, par la brèche de la communication tournaient l'ouvrage et se portaient à la gorge. Les soldats se précipitant avec leur ardeur accoutumée, franchirent un fossé profond ayant de l'eau jusqu'à la ceinture, et en même temps la brèche et s'emparèrent de la gorge, sous un feu vif de mousqueterie. Mais l'ennemi, instruit par l'assaut d'Olivo, ne fit pas une seconde décharge, et s'enfuit vers la ville, jusqu'à une traverse où les soldats le poursuivirent. Un feu terrible de mitraille et de fusillade fut aussitôt dirigé du fort Saint-Charles, du môle et de toute la basse ville sur le point dont nous venions de nous emparer. Les braves carabiniers et voltigeurs le soutinrent avec un courage intrépide, jusqu'à ce que le génie fût parvenu à mettre tout le monde à couvert. Au jour la ville et la mer assaillirent de nouveau le fort Francoli par un feu combiné d'artillerie des plus vifs ; mais on s'était logé sur les faces, en retournant les parapets contre l'ennemi ; le logement était fait à la gorge, la communication établie, et le fossé comblé. L'ennemi fut forcé d'évacuer toute sa longue ligne, jusqu'à la contregarde du bastion Saint-Charles. Nous avons pris dans le fort un mortier de douze pouces, et deux pièces de 12 longues. Nous avons eu quinze morts et une quarantaine de blessés, dont un officier du 1er léger.
La prise de cet ouvrage nous permet de battre le port, facilite beaucoup nos cheminements sur le bastion des Chanoines, et nous permet d'attaquer le bastion Saint-Charles et sa contregarde. Déjà une nouvelle batterie de six pièces de 24 a été tracée et s'élève dans l'ouvrage même ; elle fermera l'entrée et la sortie du port ; notre seconde parallèle a été ouverte sous un feu des plus terribles, et aujourd'hui elle est achevée ; de nouvelles batteries se tracent ; nous serrons à 40 toises du fort Saint-Charles ; et sous peu de jours j'espère, par une attaque décisive, m'emparer entièrement de la basse ville, fermer tout à-fait le port, et n'avoir plus à cheminer que contre le corps même de place de Tarragone.
Je suis avec respect,
Monseigneur,
De V. A. S.
Le très-humble et dévoué serviteur,
Le comte Suchet
" (Courrier de Turin N°91, 7e année, jeudi 4 juillet 1811).

Le 21 juin, l'assaut sur la ville basse dont des brèches ont été pratiquées dans les bastions, est programmée avec trois colonnes d'assaut. La première, composée d'hommes d'élite des 116e, 117e et 121e, sous les ordres du colonel du génie Bouvier, se porte vers la brèche du bastion des Chanoines, et tâche de l'enlever malgré la résistance acharnée des Espagnols, qui lui opposent tantôt des feux à bout portant, tantôt leurs baïonnettes. Après deux tentatives, elle parvient à s'y maintenir, mais les Espagnols tiennent encore leurs positions.

Pendant ce temps, une seconde colonne, sous le chef de bataillon polonais Fondzelski, composée d'hommes d'élite pris dans les 1er et 5e léger, et dans le 42e de ligne, après s'être précipitée sur le bastion Saint Charles, y rencontre une résistance opiniâtre. Appuyée par une troisième colonne que commande le colonel Bourgeois, elle franchit la brèche. Le chef de bataillon Fondzelski poursuit alors les Espagnols à travers la basse ville, se bat de maison en maison, pendant que la colonne Bourgeois, qui le suit, prend à gauche, va tendre la main à la colonne Bouvier et l'aider à conquérir le bastion des Chanoines. Grâce à ce secours, ce bastion est enfin emporté, et les deux troupes réunies se jettent sur le château royal. Elles en escaladent la brèche et y pénètrent. Les Espagnols s'y défendent à outrance, et se font tuer jusqu'au dernier. La résistance et les pertes exaspèrent les assiégeants qui hélas commettent des massacres sur les civils.

Dans son rapport adressé depuis le camp devant Tarragone, le 26 juin 1811, au Maréchal Berthier, Suchet raconte : "Monseigneur,
La défense de Tarragone, devenue plus opiniâtre à mesure que l'attaque faisait des progrès, n'avait fait que se concentrer depuis l'enlèvement des ouvrages extérieurs d'Olivo et de Francoli. Elle s'alimentait des secours en tout genre qu'une armée de terre ne peut intercepter à une place maritime, sans le concours d'une flotte qui complète le blocus. Le faubourg ou la basse-ville qui comprend le port et le môle, est couvert par un front de fortifications qui se hérissait chaque jour de nouvelles batteries, et contre lequel je dirigeai tous nos efforts. J'ai eu l'honneur de rendre compte à Votre Altesse du troisième assaut donné le 16 juin à la Lunette-du-Prince, avec le même succès que les deux précédents. La prise de ce point était un premier pas fait dans l'enceinte de la ville-basse. Aussitôt l'artillerie transporta de nouveau sa batterie de brèche, et avec dix mille sacs à terre, l'établit sur le terre-plein de l'ouvrage même. Le génie serra de plus le front attaqué, ouvrit une troisième parallèle, poussa deux débouchés sur l'angle saillant du chemin couvert du bastion Saint-Charles et sur celui de la demi-lune, couronna la crête du glacis, et enfin exécuta la descente du fossé à l'angle du bastion des Chanoines.
Le 21, dès l'ouverture du feu, un obus de l'ennemi fit sauter le magasin à poudre de notre batterie de brèche ; en moins d'une heure le mal fut réparé ; toutes nos batteries, par un feu combiné et soutenu, éteignirent celui de l'ennemi, et ouvrirent trois brèches praticables. A 4 heures du soir, j'ordonnai l'assaut, et à sept heures tous les préparatifs étaient faits. Quinze cents grenadiers et voltigeurs furent réunis dans les débouchés, avec des sapeurs et des échelles, et disposés en colonne d'attaque et réserves. Ils étaient suivis de mille travailleurs. Le général de tranchée Palombini commandait l'assaut. Je chargeai le général Montmarie de commander à la gauche des tranchées une deuxième réserve, des 5e léger et 116e, soit pour appuyer au besoin l'attaque principale, soit pour observer les sorties de la haute-ville ; il devait être secondé par deux bataillons du 7e de ligne et par les feux de l'Olivo ou fort de Salme, tandis que tout-à-fait à gauche le général Harispe faisait des mouvements pour donner de l'inquiétude à la garnison sur la route de Barcelone, et jetait des bombes sur la marine. A sept heures du soir, au signal donné de quatre bombes à-la-fois, cinq colonnes se lancèrent sur les points indiqués, en criant vive l'Empereur !
La première, composée de 500 hommes d'élite des 116e, 117e, et 121.e, aux ordres du colonel du génie Bouvier, partait du fond du fossé du bastion des Chanoines, pour escalader successivement les deux brèches du bastion et du fort royal, tandis que la deuxième, de 50 grenadiers du 115e régiment, commandée par le capitaine Thiébaud, aide-de-camp du général Rogniat, se portait du fossé de la demi-lune, droit à son réduit, pour tourner l'ouvrage et s'unir ensuite à la première ; en même temps, une troisième de 50 grenadiers du 115e à la droite, sous les ordres du capitaine Baccarini sortait du fossé de la Lunette du prince, par le bord de la mer, et pénétrait vers le port. Cinq minutes après la quatrième colonne de 500 hommes d'élite des 1er léger, 5e léger et 42e de ligne commandée par le chef de bataillon du 1er de la Vistule Fondzelski, s'élança sur la brèche du bastion Saint-Charles, et entra dans le faubourg : elle était immédiatement suivie de la 5e colonne, de 500 carabiniers du 1er léger, commandés par leur colonel Bourgeois, qui après avoir passé la brèche Saint-Charles prenait sa direction à gauche, se portait vers le Fort Royal et le tournait par la gorge.
Cinq mille hommes défendaient ces ouvrages, et la ville basse ; comme on avait un peu devancé la nuit pour reconnaître le terrain et faire des dispositions, ils opposèrent d'abord une forte résistance et un feu des plus vifs. Mais l'impétuosité irrésistible des braves grenadiers et voltigeurs renversa en peu d'instants tous les obstacles. Le colonel Bouvier, avec sa colonne, gravit rapidement la brèche de la fausse braie et celle du bastion des Chanoines, poursuit les Espagnols jusqu'au réduit du bastion ; ils veulent nous arrêter au passage du pont-levis ; on en fait un carnage affreux, les fossés sont comblés de cadavres. On escalade ensuite la courtine brisée, et on parvient à la brèche du Fort Royal, où l'on applique les échelles ; l'ennemi n'eut pas le temps de faire jouer deux fourneaux chargés sous le saillant du bastion des chanoines. Le capitaine Thiebault ayant porté sa petite colonne droit au réduit de la demi-lune, avait par ce mouvement audacieux forcé l'ennemi d'abandonner le réduit et l'ouvrage ; de là il se réunit rapidement à la première colonne ; les braves s'élancent à l'envi sur la brèche du Fort Royal, l'ennemi est culbuté, égorgé, ou fuit en désordre. Le colonel Bouvier établit les troupes ; le capitaine Thiebault poursuit les fuyards : en ce moment la colonne du colonel Bourgeois arrive de la droite ; les carabiniers du 1er léger se précipitent sur l'ennemi et achèvent sa déroute. On le chasse à coups de baïonnettes jusque sous les murs de la haute ville, on entre dans le bastion Santo-Domingo, intermédiaire entre la ville et le fort, 150 Espagnols y sont égorgés, et nous restons maîtres, par la conquête du Fort Royal, du point qui doit assurer la possession de tout le reste.
Dans le même temps, la colonne du commandant Fondzelski avait pénétré dans le faubourg, franchissant les coupures, renversant les barricades, et faisant tout fuir devant elle, pendant que les cinquante grenadiers lancés par le bord de la mer s'efforçaient d'arriver à la tête de la jetée. Mais là une réserve de Sarsfield était placée pour nous arrêter, et une fusillade vive et imprévue fit tout-à-coup chanceler l'attaque. La disposition générale de l'assaut prescrivait de se retrancher dans les maisons, de s'y créneler et s'y défendre, si l'ennemi opposait trop de force et de résistance. Cette précaution ne fut pas même nécessaire. Le colonel du 117, Robert, qui commandait spécialement la droite, s'avance aussitôt par le bord de la mer, à la tête de la réserve, composée de voltigeurs et grenadiers des 5e léger, 42e, 114e, 115e et 121e. Sa seule présence rétablit le combat ; l'ennemi épouvanté et sans retraite se trouve acculé à la mer et au môle ; un carnage affreux succède ; tout est passé à la baïonnette ; rien n'échappe dans le faubourg, au port, dans les maisons et les fossés, et jusqu'aux portes de la ville où le major de tranchée Douarche, et le capitaine Dérigny, mon aide-de-camp, avec une poignée de braves, poursuivent dans leur retraite précipitée, les derniers fuyards échappés à nos coups.
Après les premiers instants de fougue passés, le général Palombini et le colonel Robert, commandants de tranchée, prirent les dispositions nécessaires pour assurer une si brillante conquête, placèrent les troupes, établirent les postes. Je chargeai les généraux Rogniat et Valée , chefs du génie et d'artillerie, de parcourir le terrain et les ouvrages ; le colonel Henry, chef d'attaque, fit avancer les travailleurs ; aidé du chef de bataillon du génie Tardivy, il fit faire les logements et communications, perfectionner les rampes des brèches ; et profitant de la terreur des ennemis, traça et ouvrit la même nuit une première parallèle devant le front de la haute-ville, en avant du Fort Royal, appuyant sa gauche au bastion Santo-Domingo, et se prolongeant vers le bord de la mer. Au jour, nous présentions déjà un aspect formidable à la garnison consternée derrière ses murs, et aux anglais, spectateurs inutiles, mais non indifférents, de cette nuit si désastreuse pour eux et leurs alliés. Des magasins considérables de cotons, de cuirs, de sucre, et d'autres denrées anglaises, renfermées dans la basse ville, étaient la proie du pillage ou des flammes. A cette vue, une rage impuissante leur fit oublier nos bombes et boulets rouges, dont la crainte les tenait à distance, depuis l'établissement de nos batteries de côte.
Tous leurs vaisseaux et frégates prirent le vent pour prolonger rapidement la côte depuis la hauteur du fort Francoli, jusqu'au-delà du port, et en passant tour-à-tour devant notre flanc, lâchèrent toutes leurs bordées, inondant nos tranchées, nos camps et le faubourg d'une véritable pluie de boulets, qui me fit presque de mal à personne. La garnison encouragée un instant par tout ce bruit, osa faire paraître quelques têtes de colonnes ; nos soldats s'étaient mis à l'abri dans les maisons ; à l'instant ils se montrèrent, et allaient se précipiter de nouveau sur l'ennemi ; mais il n'en fallut pas davantage pour faire tout rentrer.
Cette tentative a été la dernière ou la seule, pour nous déposséder de la ville basse, dont la perte doit être fatale à Tarragone. Dès la nuit suivante, le général Montmarie et le colonel Saint-Cyr-Nugues, qui relevèrent la tranchée, firent par mon ordre établir des batteries contre la mer ; et une deuxième parallèle fut ouverte à 60 toises, pour préparer l'attaque et les batteries de brèche contre le corps de place.
La prise de la basse ville et de ses dépendances a mis en notre pouvoir 8o bouches à feu, dont j'ai l'honneur d'adresser l'état à votre altesse ; ce qui porte à 157 en tout celles que nous avons déjà prises. Le nombre des prisonniers ne s'élève pas à 160, dont quelques officiers ; ce sont des victimes échappées par une espèce de prodige à la fureur du soldat, que chaque assaut irrite et anime de plus en plus. J'ai été obligé de faire brûler les morts comme à la prise du fort de l'Olivo ; le relevé jusqu'à ce jour s'élève déjà à 1555, et tous les jours on découvre de nouveau des cadavres. Je crains bien, si la garnison de la place attend l'assaut à sa dernière enceinte, d'être contraint de donner un exemple terrible, et d'effrayer à jamais la Catalogne et l'Espagne par la destruction d'une ville entière.
Notre perte dans cette action si chaude, mais si rapide, ne s'élève qu'à 120 morts et 572 blessés. Mais je dois faire observer à V. A., que l'attaque de ce faubourg, couronné par un triple assaut, date de plus de dix jours, dans lesquels les troupes du génie et d’artillerie, et l’infanterie, ont éprouvé des pertes journalières. Plusieurs officiers ont été tué un grand nombre blessé ; je compte depuis le siège en tout 2500 hommes hors de combat. L'ardeur et le bon esprit qui anime toute l'armée ne font que redoubler, et on aspire à frapper un dernier coup qui termine avec éclat cette longue lutte.
Je dois des éloges particuliers au général Palombini et au colonel Robert, qui commandaient la tranchée et l'assaut, et aux chefs des cinq colonnes qui ont conduit chacun la leur avec autant d'intelligence que d'intrépidité ... Je ne puis insérer dans un rapport les noms de tous les braves, qui ont mérité par des traits d'une valeur éclatante d'être distingués. Je prends la liberté d'en adresser ci-joint à V. A. un état nominatif, dressé sur les rapports, et qui est loin encore de contenir la liste de tous les militaires de l'armée d'Aragon, qui dans cette occasion ont pu mériter un regard de satisfaction de S. M., en se dévouant pour son service.
Je suis avec respect,
Monseigneur,
De Votre Altesse Sérénissime,
Le très-humble et très-dévoué serviteur
Le comte Suchet
" (Courrier de Turin N°95, 7e année, vendredi 12 juillet 1811).

Suchet craint qu'une attaque des 12.000 hommes encore dans la ville haute combinée à une offensive extérieure ne le rejette.

Le 28 juin au soir, l'attaque générale de la ville haute par les généraux Habert, Ficatier et Montmarie est lancée. La résistance est acharnée. Les maisons doivent être prises une par une. Il n'est fait aucun quartier de part et d'autre. Les derniers défenseurs, acculés à la mer, se rendent.

Les pertes de côté français s'élevent à 4300 tués ou blessés. Les pertes espagnoles s'élèvent entre 14000 et 15000 personnes dont 8000 capturées.

Le 5e Léger a perdu le chef de bataillon Javersac; le chef de bataillon Anicot est blessé ainsi que de nombreux officiers.

Suchet reçoit son bâton de maréchal. Il ne le saura que fin juillet.

Siège de Stralsund en 1807 d'après un dessin allemand d'époque
Catalogne

La prise de Tarragone stupéfie les Catalans. Suchet en profite pour élargir son champ d'action. Il attaque la forteresse du Montserrat occupée par le baron d'Eroles et s'en empare. Puis il rentre à Saragosse, s'occupant à présent d'une expédition sur Valence. Les Espagnols de leur côté envoie dans la province le général Blake, tandis que les Anglais y débarquent des armes.

Suchet, le 15 septembre, entame sa progression avec trois colonnes : Habert, Palombini et ses Italiens, Harispe. Le 27, il entre dans Murviedro et repousse les Espagnols qui se réfugient dans le fort qui domine Sagonte. Un nouveau siège en règle va débuter.

Le 16 octobre, Suchet achève de disposer ses batteries d'artillerie autour du rocher de Sagonte, dans la Plaine de Murviedro. Cette position est défendue par une garnison commandée par le général Andriani. Les bouches à feu françaises pilonnent les positions espagnoles durant près de trois jours, pendant que les Français s'emploient à creuser une brèche pour approcher les linges espagnols. Suchet ordonne alors au colonel Matis (du 117e de Ligne) de monter à l'assaut de Sagonte par la brèche avec 400 hommes ponctionnés sur le 5e Régiment d'Infanterie Légère, les 114e et 117e de Ligne, ainsi que quelques soldats de la Division Italienne. Les Français se font repousser par une impressionnante mousqueterie espagnole.

Pendant ce temps, à l'est à Valence, les Espagnols du général Blake se rassemblent (2nde et 3e Armées) pour attaquer les positions de Suchet. Le chef français n'hésite pas. Laissant une grande partie de son artillerie autour du Rocher avec le 117e et quatre Bataillons italiens commandés par Bronikowski, il accepte le combat et les deux armées se font face le 24 octobre dans la plaine située entre Murviedro et Valence, au pied des collines de Sancti Espiritus.

L'action s'engage le 25, à la vue de Sagonte. Les charges de la cavalerie française et les assauts de l'infanterie ont raison des Espagnols qui fuient avec pertes. Le lendemain, Sagonte se rend.

Dans sa lettre, datée du camp de Murviedro, le 26 octobre 1811, Suchet écrit au Prince de Neufchâtel et de Wagram, Major-général : "Votre Altesse Sérénissime est informée par mes rapports précédents, des difficultés qu'éprouvait le cheminement devant Sagonte, par la nature du terrain. Nous étions parvenus cependant, après vingt jours de peines et de fatigues, à rendre la brèche praticable ; mais pendant ce temps, le général Blacke avait eu celui d'attirer à lui le général en chef de l'armée de Murcie, Mahy, avec ce que les insurgés avaient de disponible, montant à 6000 hommes. La division dite d'Albuhera, aux ordres de Lardizabal et Zavas, jointe aux divisions de Villa-campo et d'Obispo, commandée par O’Donell et Miranda, qui font l'armée de Valence réunie aux Guérillas, formait un corps de plus de 20,000 hommes d'infanterie et de 5000 chevaux. Le 24 octobre, ce corps vint s'établir sur les hauteurs de Puch, appuyant sa droite à la mer, flanqué par une flotte anglaise, et sa gauche du côté de Livia. Blacke voyant que Sagonte était sur le point de succomber, et que la batterie de huit pièces de 24 que j'avais fait établir allait en décider, marcha à moi pour me livrer bataille, et m'obliger à faire lever le siège.
Je chargeai les généraux Balathier et Bronikowski avec six bataillons de continuer le blocus et les travaux du siège de Sagonte ; le général Compère avec 1,500 hommes observait la route de Segorbe, et servait de réserve aux troupes des généraux Chlopiski et Robert, destinées à agir par le défilé qui conduit de Gilet à Betera et à occuper ma droite.
Le lendemain 25, à sept heures du matin, je reconnus l'ennemi. Les hauteurs de Puch et celles qui couvrent la route de Betera étaient garnies d'artillerie et d'infanterie. A huit heures mes tirailleurs furent brusquement ramenés, et je fus convaincu dès lors que j'avais affaire à d'autres troupes qu'à des troupes Valenciennes. De fortes colonnes me débordaient par ma gauche sous la protection de quelques bordées anglaises, les troupes de l'ennemi remplissaient le village de Puzol, que je venais de quitter, six mille hommes attaquèrent ma droite qui se trouvait à une grande lieue de moi. Me trouvant ainsi débordé par mes deux flancs je résolus d'enfoncer le centre de l'ennemi. A peine je quittais une hauteur que j'avais reconnu propre à favoriser mon attaque, que mille hommes de cavalerie, six mille d'infanterie et de l'artillerie vinrent, m'y remplacer. Les hussards du 4e chargèrent avec valeur, et trois fois repoussés revinrent trois fois à la charge. Le feu de neuf pièces de 24, qui battaient en brèche sur Sagonte, ne pouvaient arrêter l'enthousiasme de la garnison qui, témoin d'un mouvement en avant auquel elle croyait pouvoir prendre bientôt part, allait jusqu'à jeter ses schakos en l'air et crier à la victoire.
Ce premier effort fut aussitôt arrêté par notre infanterie, qui arrivait en colonne sur la ligne bataille. J'ordonnai au général Harispe d'attaquer l'ennemi. Il se porta avec le général Paris à la tête du 7e de ligne ; les 116e et 3e de la Vistule venant après et l'arme au bras, se déployèrent avec ordre sous le feu le plus vif de mitraille, et de mousqueterie, comme des troupes accoutumées à vaincre. Le brave 7e enlève le mamelon à la baïonnette, rejette l’ennemi et le poursuit. Notre artillerie occupe le mamelon, mais l'ennemi revient à la charge. Nos canonniers sont entourés et sabrés ; le général Boussart et le chef d'escadron Saint-Georges, à la tête du 13e de cuirassiers chargent vigoureusement 1,500 chevaux qu'emmenaient avec résolution le général Caro, frère de la Romana. La mêlée fut longue, mais la valeur des hussards et cuirassiers l'emporte. Les maréchaux de camp Caro, gouverneur de Valence, et Almoya, venu de Cadix, sont blessés et faits prisonniers par les maréchaux-des-logis Bazin, et Vachelot, des hussards ; six pièces de canon sont enlevées.
Pendant ce temps l'ennemi faisait des progrès à gauche ; quelques pelotons de notre cavalerie furent obligés de se replier devant les dragons espagnols, Le général Palombini, à la tête de quatre bataillons, les reçut avec le plus grand calme, le 2e léger, et le 4e de ligne italiens, par un feu des plus nourris, repoussèrent la charge et couvrirent, le champ de bataille de morts. En portant la division Harispe au centre, je chargeai le général Habert de se diriger sur la grande route et de s'emparer de Puzol. Il avait en tête la division d'Albuhera. Il l'a fait charger d'abord par deux bataillons du 5e léger ; une fusillade très-vive s'engage de part et d'autre, le général Montmarie soutient avec le 16e de ligne le 5e ; l'on se bat avec acharnement, l'ennemi se défend dans les maisons de Puzol par les fenêtres et par les toits : un corps de cavalerie espagnole veut tourner nos troupes et s'avancer sur la grande route de Valence. Le général de cavalerie Delort reçoit l'ordre de culbuter l'ennemi avec le 24e de dragons ; il l'exécute avec une haute valeur et le pousse jusqu'au-delà d'Albalate sans se laisser arrêter par le feu de plusieurs bataillons embusqués ; il enlève sur la route un obusier, une pièce de 4, et 50 canonniers. Cependant l'ennemi quoique débordé très au loin, se défendait encore dans Puzol, et n'avait point abandonné les hauteurs de Puch. Le 16e de ligne le charge de rue en rue et le poursuit l'épée dans les reins ; le 5e léger parvient à envelopper 700 gardes wallonnes et leur fait poser les armes ...
" (Courrier de Turin N°159, 7e année, mercredi 20 novembre 1811).

Suchet avec son armée victorieuse se présente alors devant Valence.

- Formation du Corps d'observation de Réserve pour l'Espagne

Le 14 mai 1811, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le duc de Feltre, le colonel du 8e régiment d'infanterie légère n'est pas encore à son poste : faites-moi connaître pourquoi ?" (Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 27050).

Le 24 mai 1811, l'Empereur écrit, depuis Caen, au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris : "Je vous envoie cinq états pour vous servir de direction dans un rapport que vous me ferez au 15 juin, pour donner une nouvelle organisation, au 1er juillet, aux différents corps d'observation ...
CORPS D'OBSERVATION DE RÉSERVE. — Ce corps sera créé conformément au n° 4 ...
Je n'ai pas besoin de vous dire que vous ne devez donner aucun ordre, faire aucun mouvement en conséquence de ces états, mais que vous devez vous borner à me faire un rapport général au 15 juin, époque à laquelle vous me demanderez en même temps mes ordres ...
CORPS D'OBSERVATION DE RÉSERVE.
Il sera créé un corps d'observation de réserve. Ce corps d'observation sera composé de la manière suivante :
1re Division, composée de douze bataillons, formant 8,000 hommes ; deux bataillons du 5e léger, qui sont à Cherbourg ; deux bataillons d'élite du 3e de ligne, qui se rendent à Rennes ; deux bataillons du 105e, qui se rendent à Rennes (cette brigade, qui sera la 1re, se réunira à Rennes) ; trois bataillons du 81e, dont un est dans la 7e division militaire et les deux autres à Pampelune ; trois bataillons du 60e, dont deux sont à Toulon et le troisième dans la 7e division militaire ; lesquels se réuniront à Rennes, en route, à un point d'intersection, et rejoindront le 81e à Pampelune, où se formera la 2e brigade.
Le corps d'observation de réserve est destiné à se réunir à Bayonne et à passer en Espagne. Il se mettra, à cet effet, en mouvement au 1er juillet. L'organisation définitive des divisions se fera à Bayonne. Cependant rien ne devra se mettre en mouvement que le ministre n'ait pris mes derniers ordres ; il me les demandera au 1er juin.
1re Division. — Les deux bataillons du 5e léger partiront de Cherbourg pour Reims ...
" (Correspondance de Napoléon, t.22, lettre 17247 ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 27150).

Le 1er juin 1811, Napoléon écrit à Clarke : "Monsieur le Duc de Feltre,
J’ai vu avec peine à Cherbourg, que des conscrits du 5e d’infanterie légère, ayant moins d’un mois de service étaient embarqués sur des péniches. Donnez ordre que les hommes que ce régiment a sur les bâtiments soient débarqués afin qu’il se tienne prêt à partir.
La garnison du fort de l’île Pelée sera, comme je vous l’ai mandé, de 300 conscrits réfractaires, incorporés dans les 3e et 4e compagnies du 5eme bataillon.
Le 5e Léger manque de baudriers et de gibernes ; son équipement est très incomplet. Vous recevrez un détail par lequel j’ai nommé à plusieurs emplois vacants dans ce régiment.
Il y a à Cherbourg des prisonniers de ce régiment, venant d’Angleterre, dont il faut que vous disposiez sans délai ; ils sont là depuis plusieurs mois.
Donnez ordre au colonel du 5e Léger de se tenir prêt à partir dans le courant de juin avec ses deux bataillons portés au grand complet de 140 hommes par compagnie
".

Le 8 juin 1811, Napoléon écrit, depuis Paris, au Général Clarke pour former un Corps d'Observation de Réserve pour l’Espagne : "Monsieur le Duc de Feltre, le corps d’observation de réserve sera composé de la manière suivante :
.. 2e Division. – 5me léger : quatre bataillons. Deux bataillons se rendront de Cherbourg à Rennes. Les deux bataillons qui sont à l’armée d’Aragon rejoindront aussitôt que faire se pourra.
3e de ligne : deux bataillons, qui se réuniront à Rennes.
105e de ligne : deux bataillons, qui se réuniront à Rennes.
10e léger : quatre bataillons. Ce régiment se réunira d’abord à Rennes ; le 4è bataillon s’y rendra lorsqu’il sera formé et habillé.
52e de ligne : deux bataillons d’élite. Ces bataillons sont à Toulon et rejoindront à Vitoria.
Les régiments auront chacun leurs deux pièces d’artillerie. Cette division, qui se réunira à Vitoria, sera commandée par le général Caffarelli ...
".

L’ARTILLERIE REGIMENTAIRE EN ESPAGNE

Napoléon écrit à Clarke le 12 juin 1811: "Monsieur le Duc de Feltre,
Le 5e Léger a sa compagnie d’Artillerie ...
Pour le 3e de Ligne et le 105e ne pourrait on pas prendre leur artillerie à Burgos où il y a beaucoup de pièces de 4, pour ne pas affaiblir le matériel qui est en France ?
Même observation pour le 10e Léger, les 52e, 1er, 62e, 101e de Ligne et le 23e Léger.
Ainsi donc, je désire qu'il ne soit point donné d’artillerie de France à aucun de ces régiments et que cette artillerie soit prise à Pampelune et à Burgos.
Que les compagnies d’artillerie des 3e et 105e de Ligne, 10e et 5e Léger se réunissent à Rennes, qu'elles s'y procurent chevaux, caissons et harnais.
Que les compagnies des 10e, 20e et 60e se réunissent à Nimes, que les compagnies des 23e Léger, 52e, 1er de Ligne, 62e et 101e se réunissent à Nimes y acheter leurs chevaux, harnais et caissons et partent ensuite pour rejoindre en Espagne leurs divisions ...".

Les premier et second Bataillons (Chefs de Bataillon Javersac et Chomeau) partent en Juillet pour Bayonne avec le Colonel dans ce Corps de Réserve, puis à l'Armée du Nord de l'Espagne où ils vont mener pendant deux ans une guerre obscure dans les provinces basques contre des partis de guérilla.

Le colonel Curnier de Pilvert.

François Théodore Curnier de Pilvert, né à Crest dans la Drôme en 1767. Lieutenant au 4e bataillon de volontaires de la Drôme en octobre 1791. Sous-lieutenant au 11e Rgt d'infanterie en janvier 1792, capitaine en octobre. A l'Armée du Var en 1793. Passe à la 21e de bataille puis la 32e demi-brigade de Ligne au second amalgame. Fait campagne à l'Armée d'Italie 1796-1797, puis à l'Armée d'Orient 1798 1801 ; Blessé à Canope.
Juillet 1803 : chef de bataillon à la 32e Demi-brigade puis au 32e de Ligne. Fait campagne avec son régiment à la Grande Armée.
Major du 51e de Ligne en avril 1806. Envoyé en Espagne en 1808. Devient major du 116e de Ligne en octobre 1808. Colonel en second (avril 1811) puis en titre (septembre 1811) du 5eme Léger.
Fait campagne à l'Armée du Nord de l'Espagne entre 1811 et 1813 puis à l'Armée des Pyrénées 1813-1814.

Le 19 août 1811, Macdonald, depuis le camp devant Figuières, adresse au Duc de Tarente, Ministre de la Guerre, la lettre suivante : "M. le duc,
J'ai la satisfaction d'informer V. Exc. que la valeur, le dévouement et la persévérance de l'armée de S. M. en Catalogne, a triomphé de la perfidie des traîtres qui ont livré la forteresse de Figuières à l'ennemi, ils sont dans les fers ; cette place est aujourd'hui reconquise et au pouvoir de l'Empereur.
La garnison espagnole ayant inutilement tenté de s'échapper dans la nuit du 16 et avec perte de 400 hommes, a été forcée de se rendre à discrétion, et pour toute faveur, la vie sauve.
Elle est sortie sans armes ce matin de la forteresse, au nombre de 5500 hommes, et près de 550 officiers, dont le maréchal-de-camp Martinez, plusieurs brigadiers-généraux, 80 officiers supérieurs, etc. ; elle est dirigée en trois colonnes sur Perpignan, où elle arrivera les 21 et 22.
Cette garnison a perdu depuis le blocus plus de 2200 hommes, par le feu ou de mort naturelle ; il reste 1500 malades à l'hôpital, et 200 non combattants, qui seront renvoyés. L'armée de S. M. a bravé plus de 60,000 coups de canon, et deux millions de coups de fusils sans beaucoup de perte.
Elle a supporté avec une constance vraiment exemplaire, les peines, les fatigues, les intempéries du climat, pendant quatre mois neuf jours de blocus, et passé depuis le 24 juillet vingt-cinq nuits de suite sous les armes.
Les travaux des lignes de contrevallation et circonvallation sont immenses ; S. M. pourra en juger, si elle daigne jeter les yeux sur le plan que je transmets à V. Exc.
L'arme du génie les a en grande partie dirigés avec un zèle et une activité soutenus.
Celle de l'artillerie a été ce qu'elle est toujours, excellente ; le général de division Tamil la commande et le général Nourry a élevé et dirigé toutes les batteries, dont quelques-unes, placées trèshardiment à moins de trois cent toises de la forteresse.
Les redoutes du 37e de ligne, 8e léger, 16e et 67e de ligne, 32e léger, 11e, 81e, 6oe, 93e, celles de la gendarmerie impériale et des Westphaliens, ont reçu le nom des corps qui y ont assidument travaillé ; les premiers ne sont qu'à portée de fusil du chemin couvert : le 5e et 25e légers ont également beaucoup travaillé.
Ces corps, sous les ordres des généraux Quesnel, Clément, Palmarole, Plansonne, Lefebvre, les adjudants-commandants Vigier, Beurmann, les colonels Lamarque et Petit, formaient la ligne de blocus ou la renforçaient, chaque nuit. L'escadron du 20e et le 29e de chasseurs, l'escadron du 24e de dragons, les lanciers gendarmes étaient aussi en partie à cheval.
Enfin une réserve d'élite, composée de gendarmerie à pied, et de détachements de divers corps, commandés à tour de rôle par les généraux Favier, Nourry et Prost, l'adjudant-commandant Nivet, les chefs de bataillon d'état-major Ferrari, Guibourg et le chef d'escadron Séguin, mon aide-de-camp, était destinée à soutenir tous les points menacés.
S. Exc. le colonel-général était partout. Il a déployé une très grande activité ; en général tout le monde a parfaitement rempli son devoir, Je me plais à rendre cette justice à l'armée, dans l'espoir que l'Empereur daignera jeter sur ses braves un regard de bienveillance, priant V. Exc. de faire remarquer à S. M., que son armée de Catalogne est étrangère à l'événement qui l'a réunie sous les murs de cette place.
Je viens de faire hisser le pavillon impérial sur ses murs, il est salué de cent un coups de canon ; cette salve sera entendue des vaisseaux anglais qui bordent la côte, et des rassemblements d'insurgés à Olot ; elle les avertira de la reprise de Figuières, et de la fin de la guerre dans cette partie de la Catalogne.
Agréez, M. le duc, l'assurance nouvelle de ma considération distinguée.
Le maréchal duc de Tarente,
Macdonald.
P. S. L'aide-de-camp de V. Exc., le chef de bataillon Schneider, porteur de cette dépêche, a partagé les fatigues des troupes en passant toutes les nuits aux tranchées ; il a vu le fort, les prisonniers, et pourra donner à V. Exc. tous les renseignements qu'elle jugera convenables
" (Courrier de Turin N°120, 7e année, lundi 2 septembre 1811).

VI/ LA CHUTE DE VALENCE ET L'ANNEE 1812

Sapeur du 5e Léger 1812
Sapeur 5e Léger 1812
Fig. 6 Sapeur du 5e Léger en 1812
Fig. 6bis Sapeur du 5e Léger en 1812, d'après H. Boisselier

Valence contient environ, sous les ordres de Blake, 20000 hommes, et ses murailles sont solides. Le terrain, entrecoupé de canaux, rend la progression difficile à ses abords. Suchet demande donc des renforts que lui accordent les généraux Reille venu de Navarre, Montbrun de l'Armée du Portugal, et Darmagnac de l'Armée du Centre. Le siège commence, il va durer deux mois. Suchet, qui venait d'être blessé, s'établit solidement sur les rives du fleuve Turia qui baigne Valence, puis entame sa manoeuvre d'encerclement en établissant des points de passage sur le fleuve. Puis c'est une guerre de tranchées et de batteries.

Dans la nuit du 28 au 29 décembre 1811, Blake tente une première sortie, désespérée, tentative qui est repoussée. Le découragement gagne la garnison. Les ouvrages de défense avancés sont pris. Dans la nuit du 30 au 31 décembre, une dernière sortie échoue encore.

Dans la nuit du 5 au 6 janvier, Suchet ordonne le bombardement systématique de la ville où déjà de nombreux mouvements populaires réclament la capitulation. Le 9 janvier 1812, Valence se rend. Suchet, qui vient de gagner son titre de Duc d'Albufera (près de Valence) se retrouve de fait comme un "vice roi" des trois provinces Aragon, Valence et Basse Catalogne. Il cherche à stabiliser ses positions et occupe dès février Peniscola et Denia. Mais hélas, cela n'est pas aussi favorable dans le reste de l'Espagne.

En janvier 1812, l'armée du Portugal abandonne le Tage et est ramenée sur le Douro aux environs de Salamanque. Ce mouvement de retraite amène la perte de deux places importantes : Ciudad Rodrigo (en Janvier) et Badajoz (en Avril) qui tombent aux mains de Wellington. Le commandement général de toutes les forces françaises a été hélas confié au Roi Joseph en mars.

Chez Suchet, qui reste à Valence, le général Reille prend le commandement de l'Aragon et Decaen est en Catalogne. Ils sont harcelés par les guérillas et les renforts français n'arrivent pas. Mieux, on ampute des effectifs. Alicante devient une base des rebelles et des Anglais. Suchet approvisionne ses places fortes, au cas où.

Suite à la défaite des Arapiles, le 22 Juillet 1812, au Sud-Est de Salamanque, le dispositif français en Espagne est désorganisé. Joseph fuit sur Valence chez Suchet alors que Wellington entre à Madrid le 12 Août. Un jour avant, le général Delort, de l'Armée de Suchet, a battu les Anglo- Espagnols de O'Donnel à Castalla, à 50 kilomètres au nord d'Alicante.

Soult doit évacuer à contre coeur l'Andalousie. Le 31 Août, Joseph est entré en grande pompe à Valence et épuise avec sa suite les provisions. L'Armée de Soult a rallié. Toutes les places de Catalogne et Aragons sont attaquées par des guérillas de plus en plus puissantes.

Au 3 Octobre, un conseil de guerre réunit Joseph et les maréchaux Soult, Jourdan, et Suchet. Un nouveau plan de stabilisation de la situation militaire est adopté. Burgos tient toujours. Drouet d'Erlon, qui a pris le commandement de l'Armée du Centre, s'empare de Cuenca le 20 Octobre. Souham repart en avant et délivre Burgos le 28 Octobre, puis entre à Valladolid. Le 2 Novembre, Joseph retrouve Madrid. Suchet resserre son dispositif, abandonnant le sud de la province de Valence.

Les Armées françaises se réunissent à Medina del Campo mais ne peuvent empêcher une nouvelle fois Wellington de se replier à Alba de Tormes le 15 Novembre, sans pouvoir livrer une bataille décisive. Ce dernier prend ses quartiers d'Hiver à Ciudad Rodrigo. Les Français, eux, s'installent une nouvelle fois entre le Douero et le Tage. Suchet se maintient dans ses provinces mais pour combien de temps ?

Les cadres du 4ème bataillon du 5ème Léger ont été renvoyés en France pour reformer un nouveau bataillon avec des conscrits.

VII/ 1813

LA MOBILISATION DE L'INFANTERIE LEGERE EN JANVIER/ FEVRIER POUR LA CAMPAGNE DE 1813 EN ALLEMAGNE
(Source : correspondance de Napoléon )

Dès janvier 1813, Napoléon ordonne de réorganiser l'infanterie légère (et de Ligne) en prévision de la campagne qui ne saurait tarder sur le Front Est. Plusieurs mesures sont prises :

1. Le rappel des cadres des 3e Bataillons des Régiments en Espagne :
de l'Armée du Midi : des 21e, 27e, 12e et 28e Légers
de l'Armée du Centre : du 2e Léger
de l'Armée d'Aragon : du 3e Léger

Suivi, pour arrivée prévue début mars, en Allemagne, des seconds Bataillons des 13e, 15e, 11e, 24e et 26e Légers

2. Formation systématique d'un 6e Bataillon pour les Régiments qui n'en auraient pas.

3. Formations de Régiments provisoires légers pour les Corps d'Observation du Rhin ou d'Italie avec des Bataillons disponibles :
2e provisoire : 3e Bataillon des 2e et 4e Légers
3e provisoire : 3e Bataillon des 3e et 8e Légers
4e provisoire : 4e Bataillon du 12e Léger, 1er du 29e Léger
5e provisoire : 7e Bataillon du 14e Léger, 4e du 18e Léger
6e provisoire : 3e Bataillon des 6e et 25e Légers
8e provisoire : 4e Bataillon du 5e Léger, 4e Bataillon du 23e Léger
10e provisoire : 3e Bataillon du 16e Léger et 1er Bataillon du 28e Léger

4. Formation de Demi-brigades de réserve de 3 Bataillons sur les frontières de l'Empire :
1ère Demi- brigade : 6e Bataillon des 7e, 13e, 15e Légers pour Mayence
2e Demi-brigade : 6e Bataillon des 33e, 26e, 24e Légers pour Anvers
3e Demi-brigade : 4e Bataillon des 11e, 10e, 21e Légers venants d'Espagne pour Wesel
4e Demi-brigade : 4e Bataillon des 9e, 27e, 28e Légers venants d'Espagne pour Utrecht
5e Demi-brigade : 6e Bataillon des 12e, 5e et 29e Légers pour Cherbourg
27e Demi-brigade, dont un Bataillon du 32e Léger pour Toulon
33e Demi-brigade, dont un Bataillon du 8e Léger en Italie
34e Demi-brigade : 6e Bataillon des 8e, 18e et 36e Légers en Italie

Carabinier, Chasseur, Voltigeur du 5e Léger 1812
Fig. 7 Carabinier, Chasseur et Voltigeur du 5e Léger en 1812

Au début de 1813, le régiment a ses bataillons séparés. Le colonel et les trois premiers bataillons sont en Espagne. Le 4e s'est reformé à Cherbourg et accompagné d'un 6ème, part pour l'Allemagne. Le 5ème bataillon de dépôt reste à Cherbourg tandis qu'un 7e bataillon va être en formation à Bordeaux.

a) La campagne d'Allemagne du 4ème bataillon

A son retour à Paris, la Grande Armée anéantie, les débris en occupant la Prusse Orientale, l'Empereur en organise une nouvelle pour s'opposer aux Russes. Il lève de nouveaux conscrits, réquisitionne les cohortes de Gardes Nationales et rameute progressivement de vieilles troupes d'Espagne. Il forme 34 régiments provisoires.

"Paris, 6 janvier 1813
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris.
Vous verrez par la lettre que je vous ai écrite la formation de quatre corps : un corps d'observation de l'Elbe, un corps d'observation d'Italie et deux corps d'observation du Rhin. Les 34 régiments provisoires seront formés de la manière suivante : 2e régiment provisoire : 3e bataillon du 2e d'infanterie légère, 3e du 4e; 3e régiment provisoire : 3e bataillon du 3e d'infanterie légère, 3e du 8e; 4e régiment provisoire : 4e bataillon du 12e d'infanterie légère, 1e du 29e; 5e régiment provisoire : 4 bataillon du l4e d'infanterie légère, 4e du 18e ; 6e régiment provisoire : 2e bataillon du 6e d'infanterie légère, 3e du 25e ; 8e régiment provisoire : 4e bataillon du 5e d'infanterie légère, 4e du 23e; 10e régiment provisoire : 3e bataillon du 16e d'infanterie légère, 1e du 28e ...
".

En Février, les troupes françaises évacuent la Pologne et se replient sur l'Oder tandis que les Prussiens à la fin du mois s'alliaient officiellement aux Russes contre la France. Début mars, les Français quittent Berlin et Dresde, tandis que Davout se maintient autour des villes hanséatiques, mais les Russes étaient entrés dans Hambourg.

Le 15 Avril, Napoléon quitte les Tuileries pour se mettre à la tête de ses forces. Il en compose deux groupes : l'Armée de l'Elbe, sous Eugène, et l'Armée du Main, officiellement sous Soult, mais en réalité sous sa main, dont le 3e Corps de Ney formé en mars, où nous retrouvons le 4e bataillon du 5ème Léger (chef de bataillon Cabassur) au sein du 4e régiment provisoire d'infanterie légère avec le 4ème bataillon du 12e Léger (voir l'historique de ce régiment sur le site) dans la 10e division Girard.

La visée stratégique consistait à expulser l'ennemi de Saxe. Les troupes françaises repartent en avant. Davout est en marche sur Hambourg. L'armée du Main marchait par Iena et Weissenfels pour faire sa jonction au Nord Est avec les forces d'Eugène. Le 1er Mai, la marche de l'Armée du Main reprenait vers Leipzig tandis que l'Armée de l'Elbe convergeait aussi vers cette ville.

Sapeur du 5e Léger 1812
Fig. 8 Tambour de Chasseurs du 5e Léger en 1812

Le 30 Avril, l'avant-garde du corps de Ney se heurte en avant de Weissenfels aux 7.000 Russes du général Lanskoï. La division Girard les culbute et les jeunes soldats, entrent dans Weissenfels au cri de : "Vive l'Empereur !".

Les coalisés s'étaient regroupés près de Lützen, au SE de Leizig. Le 2 mai 1813, bataille de Lützen. La division Girard occupe Starsiedel quand les Alliés attaquent. Elle est bientôt rejointe par le 6e Corps de Marmont, qui la remplace, et rallie le 3e Corps autour de Kaja, au centre de la ligne de front. La division Souham en premier, puis les autres divisions de Ney, résistent et reprennent Gros-Goerschen, enlevé par l'ennemi à nouveau, deux heures plus tard. Le soir, presque tous les officiers supérieurs ont été tués ou blessés. Mais cette résistance a facilité l'enveloppement des Coalisés par les deux ailes. Ils sont battus et repoussés. Le capitaine Prost, du 5ème Léger, y est blessé.

Le 3 mai, les Français entrent dans Leipzig, mais Napoléon, quasi dépourvu de cavalerie, a perdu le contact avec ses adversaires. La Grande Armée est divisée en 2 colonnes : Napoléon marche sur Dresde avec la colonne principale (Bertrand, Marmont, Oudinot et Macdonald). Ney marche sur Berlin en recueillant à Torgau les Saxons de Reynier. A Luckau, il fait sa jonction avec Victor venant de Wittenberg. Entre les deux colonnes, Lauriston reste en position intermédiaire.

Les Russo-Prussiens sont restés groupés et préparent une bataille. Leur choix se porte sur Bautzen, à l'endroit où la Sprée coupe la route de Dresde à Breslau. Ils peuvent y couvrir la Silésie et y être au voisinage de l'Autriche dont on peut espérer l'entrée en guerre. Le 8 mai, Napoléon arrive à Dresde où le pont sur l'Elbe a été détruit. Le 10, la Grande Armée peut franchir le fleuve.

Napoléon retrouve ses adversaires le 20 Mai. Le corps de Ney ayant rejoint à son aile gauche. Le bataillon aura encore quelques pertes (les sous-lieutenants Lafeuillade, Salmon et Melot) mais les Coalisés seront encore battus. Les Prussiens et les Russes reculent rapidement. La 10e division était passée aux ordres du général Albert.

b) 1813 en Espagne

La retraite de Wellington et la reprise de Madrid semblent apporter un répit. L'Empereur a regagné Paris, suite à la désastreuse retraite de Russie, et remonte une nouvelle armée. Il ponctionne des forces dans la Péninsule, ce qui affaiblit de fait ses positions.

Le 5e Léger est séparé en deux fractions. Les deux premiers bataillons sont à l'armée du Nord de l'Espagne avec le colonel et mènent la lutte contre les guérillas. Le chirurgien aide major de Comberjean est blessé le 20 janvier près de Tolosa, et le capitaine Jacquemin en février en convoyant des prisonniers.

Stationné en Navarre autour de Pampelune, il mène avec le général Abbé la lutte contre de véritables armées de partisans dirigées par Mina : combat de Roncal fin mai 1813. Le capitaine Gescot y est blessé.

Pendant ce temps, une fraction du 3e bataillon dépend toujours de fait de l'Armée de Suchet qui tient encore ses provinces du Sud Est de l'Espagne. Mais bien qu'ayant une première fois repoussé les Anglo-espagnols en juin 1813 et fait lever le siège de Tarragone, il doit évacuer progressivement suite au désastre de Vitoria (21 juin) en laissant des garnisons derrière lui.

Le 8 Juillet, les Espagnols attaquent Saragosse et contraignent le général Paris à retraiter sur Lérida. Le capitaine Lefizellier du 5ème Léger y est blessé. Suchet doit reculer encore ses positions avec la perte de l'Aragon. Il a quitté Valence le 5 Juillet, et le 28 se trouve à Barcelone.

Musicien du 5e Léger 1812
Fig. 9 Musicien du 5e Léger en 1813

Plus au Nord, Pampelune est assiégée, après la retraite des forces françaises devant les Anglo-hispano-portugais de Wellington. Elles ont repassé la frontière en livrant quelques combats de retardement. Le maréchal Soult, qui a pris en urgence le commandement des restes des armées au Nord de l'Espagne, transformées en une armée des Pyrénées, lance une tentative de dégagement de Pampelune entre le 27 et le 30 Juillet. Le 5e Léger y participe mais doit se replier. Des blessés et tués sont à déplorer pour le régiment. Les Français reprennent leurs positions sur la frontière le 1er Août.

Le 30 août, nouvelle tentative pour délivrer San Sebastian.

La bataille de San Marcial est aussi infructueuse. La retraite qui s'effectue par le pont de Berra se fait sous le feu des Anglais. Nouvel échec. Au combat d'Urdache sur la Bidassoa, le 31 août, le colonel Curnier de Pilvert est blessé.

Le 5ème Léger fait partie de la 3e division (Abbé) de l'Armée des Pyrénées. San Sebastian va capituler le 8 septembre (voir les Chasseurs de montagne sur le site).

Wellington reprend son offensive, le 7 Octobre. Les positions françaises sont grignotées et il s'empare des hauteurs. Soult prévoit alors de se replier derrière la Nivelle. Son adversaire temporise, attendant la chute de Pampelune qui survient le 31 Octobre.

Pendant ce temps, plus au sud, le chef de bataillon Arvet du 5ème Léger sera blessé à la défense de Tortose le 28 octobre.

Wellington reprend sa marche en avant en Pays Basque français.

Au début Novembre, Soult stabilise son front entre Saint Jean de Luz et St Jean Pied de Port, s'appuyant sur la Nivelle et la Nive, des camps retranchés et de multiples redoutes. Se sachant en infériorité numérique, il en est réduit à une campagne défensive, mais étale trop ses troupes au lieu de former une masse de manoeuvre pour des contre-offensives puissantes. Soult pense être attaqué sur son aile droite, mais Wellington va faire porter son offensive sur le centre de son front, le 10 Novembre.

L'offensive britannique est puissante autour de Sare. Les Anglais, ralentis par des pluies abondantes, se sont établis à Saint Jean de Luz.

Au début décembre, les Français, très démoralisés par les replis successifs, sont sous Bayonne, protégés par la Nive. Bayonne est puissamment fortifiée et des renforts sont arrivés : conscrits mal dégrossis dont on ne pourra tirer grand-chose. On va se battre sur la Nive entre le 9 et le 14 Décembre (combat de St Pierre d'Irube).

La division Abbé est laissée à Bayonne et va participer à sa défense. Parmi les troupes, le 5e Léger. Le colonel rejoint le théâtre d'opération Est et gagne Costheim le 16 décembre avec l'Aigle de son régiment et sa musique.

c) La fin de la campagne d'Allemagne

Le 27 mai, l'Oder est atteinte et la forteresse de Glogau est débloquée. Oudinot, détaché du gros de l'armée, marche sur Berlin. Pendant ce temps, plus au Nord, Hambourg est reprise. Chez les Alliés, c'est le découragement. Certains jugent la situation si désespérée qu'ils pensent se retirer derrière la Vistule. C'est alors l'Autriche qui va sauver les vaincus et s'interposer pour proposer un armistice (dit de Pleiwitz). Napoléon va le ratifier le 7 Juin pour avoir le temps de se renforcer. Mais ses adversaires vont pouvoir faire de même.

Le 10 juin, Napoléon entre à Dresde; il y restera jusqu'au 15 août. Le 11 août, l'Autriche se joint aux Coalisés et déclare la guerre. La Suède de Bernadotte est aussi à leurs côtés. Et les états allemands faiblissent. Le 18 août, les hostilités reprennent.

Pendant l'armistice, l'Armée française a été réorganisée. Les coalisés disposent à cette date de quatre armées : 1° celle du Mecklemburg, forte de 30.000 hommes, opposés à Davout; 2° celle du Nord de Bernadotte, avec 120.000 hommes, autour de Berlin; 3° l'armée de Silésie (120.000 hommes), sous Blücher, qui s'est avancée jusqu'à Breslau malgré l'armistice; 4° enfin, l'armée principale, en Bohême, forte de 330.000 hommes, sous les ordres de Schwartzenberg.

Le rapport des forces est désormais défavorable à Napoléon. Il répartit ses corps d'armée. Face à l'armée de Silésie, Ney et Sébastiani, Macdonald, Marmont, Lauriston. Face à l'armée de Bohême, Poniatowski avec Victor derrière lui. Face à l'armée du Nord, une masse de 120.000 hommes, associant Davout (à Hambourg), Girard (à Magdebourg) et Oudinot (à Wittenberg) qui a pour premier objectif de prendre Berlin. Son idée était de s'interposer entre les Armées de Blücher et de Schwartzenberg. Ses manoeuvre échouent, submergé par le nombre et l'évitement de ses adversaires.

Le 12 octobre, il replie toutes ses forces sur Leipzig. La bataille des Nations va avoir lieu dans et autour de la ville entre les forces réunies de tous les Coalisés contre l'armée de l'Empereur entre le 16 et le 19 Octobre. Bataille gigantesque qui scelle la défaite de Napoléon en Allemagne. Le 4ème Bataillon du 5ème Léger est toujours au 5ème Corps de Lauriston, Division Albert. Le Capitaine Stawelski est tué et le Capitaine Jourdan blessé.

Après Leipzig, Napoléon fait retraiter son armée jusqu'à Erfurt et doit forcer le passage à Kösen le 21 Octobre. Alors qu'il arrive à Erfurt, il apprend la défection de la Bavière, qui retourne ses troupes contre les Français. Il faut gagner les places fortes sur le Rhin. Pour cela, il faudra passer sur le corps des Bavarois qui bloquent le passage à Hanau le 30 Octobre.

Au 5ème Corps, le 4ème Bataillon du 5ème Léger, commandé par le simple Capitaine Prost, ne compte plus que 13 officiers et 185 hommes. Rejoints par le 6ème bataillon, ces survivants vont s'enfermer dans Mayence.

Le 21 décembre 1813, l’Empereur écrit, depuis Paris, à propos des troupes qui vont former la garnison de Mayence. "ORDRES.
Le 4e corps d’armée, commandé par le général Morand, restera composé de quatre divisions, ainsi qu’il suit :
12e division, général Damas : 5e léger, trois bataillons
(ce sont en fait les 4e et 6e bataillons); 8e, deux; 13e de ligne, quatre; 23e, trois; 96e, deux; 137e trois; total, dix-sept bataillons ..."

VIII/ 1814

a) Bayonne (note3)

Bayonne 1814
Les Anglais sur l'Adour. Au fond Bayonne et la citadelle, à gauche.

Bayonne en 1814
Bayonne en 1814

Dès Juillet 1813, Bayonne a été transformée en un vaste camp retranché. Outre ses murailles et sa citadelle, tout un système de redoutes, de maisons fortifiées, d'inondations, a été organisé, élargissant le périmètre de défense. L'artillerie, venue de toute la région, se monte à 278 pièces, une flottille de chaloupes canonnières et la corvette la Sapho protègent l'Adour.

La garnison se monte à 21 bataillons (13.000 hommes), certes amoindris, mais de troupes éprouvées, renforcées de Gardes nationaux. Elle a été répartie en 4 brigades. Le 5ème Léger, réduit alors à son seul premier bataillon (15 officiers et 605 hommes), fait partie de la 4ème brigade aux ordres du général Maucomble.

La place a été confiée par Soult au général Thouvenot, assisté du général Abbé, des généraux Bergé pour l'Artillerie, et Garbé pour le Génie.

Au début de l'année, l'Armée de Soult s'est repliée entre St Jean Pied de Port et l'Adour. Elle s'est affaiblie du fait des ponctions opérées par Napoléon pour le front Est. Lorsque les combats reprennent le 14 févier, Soult doit partir vers Orthez.

Les Anglais franchissent l'Adour le 23 février et s'emparent du faubourg St Etienne, malgré la résistance de la garnison de Bayonne. La ville est totalement encerclée. Le contact est maintenu avec l'ennemi. Mais dans les règles, comme le rappelle cet ordre du jour du 25 mars : "Mr Noël, adjudant major au 5ème Léger et Mr Pern lieutenant, se sont mal conduits étant allés aujourd'hui en parlementaires, au lieu de se borner à recevoir les lettres qu'on leur remettait et de donner un reçu ...".

Le 12 avril arrive la nouvelle de l'entrée des Alliés dans Paris et l'abdication de l'Empereur, mais Thouvenot attend les ordres du maréchal Soult. Mieux, il lance une sortie deux jours plus tard. Treize chaloupes canonnières sont embossées sur l'Adour et, le 14 à 3 heures du matin, 4000 hommes sortent du camp retranché, précédés par les sapeurs qui font sauter les obstacles ennemis. Trois colonnes dans le secteur de St Pierre, parmi lesquelles le 1er bataillon du 5ème Léger, attaquent les Anglais, les repoussent en partie malgré leur belle résistance, détruisent leurs fortifications. A 7 heures du matin, on se replie, mais d'anciennes positions ont été récupérées en avant-postes et, "cerise sur le gâteau", le commandant anglais du blocus, le général Hope, a été blessé et capturé.

Le 27 avril arrive un officier de l'Etat Major de Soult qui annonce un armistice entre les belligérants. Une suspension d'armes est convenue. Le 28 avril, la garnison invaincue doit arborer les couleurs royales blanches.

b) La campagne de France du 2ème bataillon.

En Janvier 1814, les restes du 2ème bataillon du 5e Léger font partie de la division de Réserve de Paris aux ordres du général Gérard. Ils vont participer aux débuts de la campagne de France.

Napoléon compte battre séparément les armées alliées qui sont entrées profondément dans le pays et marchent sur Paris : celle de Silésie de Blücher et celle de Bohème de Schwartzenberg. Il concentre ses maigres forces sur Châlons - Vitry, dont la division Gérard. "Cinquante mille hommes avec moi cela fait 150.000 hommes" dit-il à Marmont.

Le 28 Janvier, Napoléon se porte sur Brienne et repousse l'armée de Blücher. Celui-ci doit décrocher mais rejoint l'armée de Bohème. Napoléon se replie sur La Rothière et doit accepter le combat. Après une résistance opiniâtre, les Français se replient vers Troyes.

Les Alliés décident alors de marcher séparément sur Paris. Les Français, eux, se sont portés sur Nogent et se répartissent en 4 masses de manoeuvres. La division Gérard est placée sous les ordres du maréchal Victor. Il doit tenir Nogent contre Schwartzemberg, pendant que l'Empereur s'occupera de Blücher vers Champaubert.

Le 10 février, tandis que se déroule la bataille de Champaubert-Montmirail, le lieutenant Bourdin et le capitaine Delauzant du 5ème Léger sont blessés à la défense du pont de Nogent. L'armée de Silésie a été coupée en deux. Pendant ce temps, Victor tient toujours à Nogent.

Le 14 Février, le combat de Vauchamps permet de refouler et de battre encore les forces prussiennes de Blücher. Mais l'Armée de Bohème en a profité pour avancer sur le flanc de l'Empereur et Victor a finit par se replier. Il faut la contrecarrer, laisser un rideau défensif devant Blücher, et tomber sur le flanc de la colonne de droite de l'Armée de Bohème. Napoléon se porte à la tête des forces réunies de Victor, Oudinot et Mac Donald.

Le 17, les Français surprennent l'avant garde de Wittgenstein et le repoussent sur Nangis. Le capitaine Jourdan du 5ème Léger y sera blessé. Mais la poursuite qui devait se faire "l'épée dans les reins" est trop molle. Pour gagner du temps, les Coalisés effrayés font semblant de demander un armistice.

Le 18 Février, Napoléon s'empare du pont de Montereau. Le capitaine Ragon est blessé lors des combats. Le 23 Février, la ville de Troyes est reprise. Le 5ème Léger y aura de nouvelles pertes. Les effectifs devenant squelettiques, le bataillon du 5ème Léger disparait alors des commentaires.

On connait malheureusement l'épilogue de cette campagne de France géniale sur le plan tactique mais désespérée face à la supériorité numérique de l'adversaire. L'Empereur abdique le 6 avril et part pour l'ile d'Elbe.

IX/ LE 5EME LEGER DE LA PREMIERE RESTAURATION AUX CENT JOURS

A la première Restauration, le 5ème Léger garde son rang mais prend le titre de régiment d'infanterie légère d'Angoulême. Il reçoit, pour compléter ses effectifs, une partie du 37e Léger impérial dissout. Son dépôt est toujours fixé à Cherbourg et le colonel reste Curnier de Pilvert.

Le sentiment bonapartiste se maintient très fort puisque le 15 août 1814 (date de l'anniversaire de l'Empereur), ce sont des réjouissances dans les casernes de Cherbourg.

Le colonel doit remettre de l'ordre dans son unité et les uniformes au goût du jour en enlevant tous les insignes impériaux sur les galons, plaques et retroussis. C'est ainsi que les musiciens prennent un habit bleu et les tambours se galonnent à la livrée royale.

Le retour de l'Empereur en mars est vécu avec enthousiasme, et le régiment reprend la cocarde et des drapeaux tricolores. L'Empereur lève une nouvelle armée à partir de ce que la Restauration avait laissé et confie les frontières aux Gardes Nationales. Puis il se dirige sur la Belgique en juin. Les deux premiers bataillons du 5ème Léger et le colonel font partie du 6e Corps sous les ordres du général Mouton.

Les alliés ont rassemblé deux armées en Belgique : l'armée anglo-hollandaise, réunie au sud de Bruxelles, sous les ordres du duc de Wellington, et l'armée saxo-prussienne s'étendant de Charleroi à Liège, sous le commandement de Blücher. Napoléon se propose de les battre séparément.

Le 16 Juin, l'ordre est envoyé au Maréchal Ney d'occuper les Quatre-Bras, noeud des routes de Nivelles à Namur et de Bruxelles à Charleroi, avec mission de contenir les Anglo-hollandais pendant que Napoléon écrasera l'armée de Blücher en arrière de Ligny. Attaques et contre-attaques se succèdent des deux côtés. Wellington finit par obtenir la supériorité numérique sur Ney, qui lui ne reçoit pas de renforts. Il doit se replier à la fin de la journée, mais la défaite des Prussiens à Ligny pousse Wellington à se positionner en retrait vers Mont Saint Jean.

Les Prussiens réussissent à se replier sur Wavre, ils doivent être poursuivis par Grouchy avec les 3ème et 4ème Corps, tandis que Wellington s'est positionné vers Mont Saint Jean, où il s'établit de part et d'autre de l'axe Charleroi Bruxelles, avec trois points fortifiés : Hougoumont, la Haye Sainte et la Papelotte.

Lorsque l'Armée de l'Empereur reprend contact avec Wellington, le 6ème Corps (et le 5èmeLéger) est à l'aile droite du dispositif français. Une première attaque de diversion le 18 Juin sur Hougoumont est un échec.

Vers 13 heures, le 1er Corps, au centre du dispositif français, entre en action contre la Haye Sainte et la Papelotte. Mais il est repoussé et s'ensuivent charges et contre charges des cavaleries adverses. Vers 15 heures, la Haye Sainte est de nouveau attaquée. Devant le repli de Wellington, Ney lance des charges de cavalerie contre les carrés anglais. C'est dans le même temps que les Prussiens, qui ont pu échapper à Grouchy, arrivent sur le flanc droit des Français et progressent vers Plancenoit. Le 6ème Corps essaye de bloquer leur progression et recule pied à pied, soutenus par des éléments de la Garde envoyés par l'Empereur. Le 5ème Léger a de nombreuses pertes : les capitaines Lacroix et Leroy sont tués, le chef de bataillon Gaud et les capitaines Salicetti et Boulier sont blessés.

Alors que les forces anglaises vont sans doute finir par plier face aux attaques, la progression prussienne sur le flanc droit des Français se trouve amplifiée par de nouveaux renforts. Napoléon joue alors son "va tout" en lançant ses dernières réserves de la Garde face aux Anglais. Mais l'attaque est brisée. Et Wellington fait avancer sa ligne de bataille. Pour l'armée française, c'est la fin. La panique gagne les troupes qui se replient en désordre.

Pendant ce temps, Grouchy réussit à replier ses forces sur la frontière. Ce sont les dernières réserves disponibles pour cette armée du Nord. Les restes des 1er, 2ème, 6ème Corps et la Garde sont à Avesnes. On essaye de les réorganiser. Le 20 juin, l'Empereur est à Laon puis rejoint Paris, laissant le commandement des troupes à Soult.

Alors que les Coalisées progressent sur toutes les frontières Est, on se prépare un nouvelle fois à défendre Paris. L'Empereur doit abdiquer, mais le combat continue. Les premières places fortes frontalières sont assiégées. Cambrai tombe le 23 juin. La progression continue et les Prussiens sont à Compiègne le 26. Les forces françaises démoralisées reculent sur Paris, livrant de petits combats de retardement. Le 6ème Corps d'armée, où servait le 5ème Léger, ne compte plus que 2800 hommes !

L'encerclement de la capitale se produit à la fin du mois. Parmi les forces (environ 70.000 hommes) qui défendent Paris, le 6e Corps, placé sous les ordres de Reille avec le 2ème Corps, se positionne autour de La Chapelle. Après quelques combats, Paris capitule le 3 Juillet. L'ex armée impériale doit se replier sur la Loire pour être licenciée.

X/ LE 4EME BATAILLON DU 5EME LEGER AU SERVICE COLONIAL, 1814-1815

Le traité de Paris restitue à la France certaines de ses colonies dont la Guadeloupe et la Martinique, la Réunion retrouvant son ancien nom d'ile Bourbon. Pour reconstituer les garnisons Outre-Mer, on puise dans les anciens régiments qui y ont fait leur preuves et qui doivent y fournir des contingents.

Par un décret du 8 Août 1814, on forme 8 bataillons supplémentaires pour les colonies : le 62e doit donc former 3 bataillons supplémentaires : les 4e, 5e et 6e, pour servir à la Guadeloupe comme un régiment autonome lors de la reprise de contrôle de l'ile. Idem pour le 26e de Ligne pour la Martinique. Les 71e de Ligne et 5ème Léger forment un 4ème bataillon.

Notre désormais régiment d'Angoulême, 5ème d'infanterie légère, organise, aux ordres d'un lieutenant-colonel, ce 4ème bataillon qui s'embarque pour l'ile Bourbon le 15 novembre 1814 de Rochefort. Il accompagne le général Comte Bouvet de Lozier, qui doit reprendre la colonie des mains des Anglais.

La petite division navale, composée de la frégate "l'Africaine" et des flûtes "la Loire", "la Salamandre" et "l'éléphant", commandée par le capitaine de vaisseau Jurien, arrive en vue de l'ile le 2 avril 1815, ignorant bien sur ce qui se passe en France dans le même temps.

Le 6 Avril, la reprise de possession est faite avec solennité. A neuf heures du matin, les troupes françaises se rangent en bataille sur la place d'armes de Saint-Denis, face à leurs homologues anglaises. Un grand pavillon blanc est hissé à l'instant où l'Union Jack est amené. L'un et l'autre sont salués de vingt et un coup de canon par les batteries de terre et par la frégate "l'Africaine". Tous les bâtiments mouillés en rade se pavoisent. Le major William Carrol, ayant proclamé la remise de l'île Bourbon à la France, Athanase Hyacinthe Bouvet proclame à son tour Bourbon terre française. "Jurons d'être fidèles au Roi", lance-t-il à la foule assemblée sur la place d'Armes à Saint-Denis.

Le nouveau gouverneur réorganise la colonie en lui rendant ses anciennes habitudes coloniales d'avant la Révolution.

Le 12 juillet 1815, la nouvelle du retour de Napoléon parvient à Bourbon, alors que dans les faits, il a déjà abdiqué après Waterloo, le 22 Juin. Bouvet fait alors la proclamation suivante aux habitants de l'île :
"L'Europe était en paix, Bonaparte quitte l'exil qu'il avait sollicité. L'Europe reprend son attitude guerrière. Si nous ne pouvons considérer que nos intérêts, je vous dirais ; éloignés, restons tranquilles spectateurs d'une lutte où tous nos efforts ne peuvent rien. Mais hésiter est un crime. Vive le roi ! Vivent les Bourbons ! Que ce cri de l'honneur et de la justice soit à jamais dans nos coeurs et dans notre bouche".

Les Anglais comptent en profiter pour soutirer une fois de plus l'ile des mains de la France. Ils demandent à Bouvet de Lozier la restitution de Bourbon. Courageusement, Bouvet refuse et mobilise ses troupes. L'escadre anglaise, commandée par Arthur Farquhar, commence alors un blocus. Situation surréaliste : le 26 Août, un aviso amène des instructions de l'ex Empereur. Bouvet fait emprisonner l'équipage.

Le danger anglais ne disparaît que le 28 octobre 1815, quand arrive la nouvelle officielle de la seconde abdication de Napoléon, et le retour de Louis XVIII. Ce même jour, Arthur Farquhar met fin au blocus de l'île Bourbon.

Bouvet de Lozier restera gouverneur de l'ile jusqu'en 1817. Quant au bataillon du 5ème Léger, il sera transformé en bataillon de Bourbon.

XI/ UNIFORMES DU 5E LEGER

L'Ordre du jour de l'Armée d'Helvétie, rédigé au Quartier général à Berne, le 30 juillet 1798 (12 thermidor an 6) indique : "Le général en chef rappelle aux officiers de l'armée l'ordre du 19 messidor [7 juillet 1798) concernant leurs costumes. Il autorise ceux d'infanterie qui préfèrent les guêtres noires aux bottes à en faire usage et prévient tout officier de service que ne sera pas vêtu de l'un ou de l'autre sera puni.
L’adjudant général, chef de l'état-major général. Signé : Rheinwald
" (Force d’occupation : une armée au quotidien à l’époque du Directoire : les forces françaises en Suisse, juillet-août 1798 – BNUS, MS 482, p. 113).

Figure 1 : Le 5ème Léger à Saint Domingue : Habit tropicalisé pour l'infanterie légère. Notre soldat porte le nouvel habit tropicalisé préconisé par le général Leclerc en mai 1802 pour l'infanterie légère (bleu passepoilé de rouge) avec revers et basques raccourcies, pantalon entrant dans des demi-guêtres et chapeau haut de forme noir. Petites poches en long passepoilées de rouge sur les basques. Les carabiniers portent les épaulettes écarlates.

Figure 2 et 3 : Officier de carabiniers et voltigeur du 5e Léger en 1808. Vus par le manuscrit d'Ornstrupp. Dessiné sans doute par un Danois, en 1808, ce manuscrit montre les troupes françaises et espagnoles stationnées dans les villes hanséatiques.

Officier de carabiniers : Chapeau noir à ganse argent, habit bleu foncé passepoilé de blanc, boutons et épaulettes argent, légion d'Honneur à ruban écarlate. Gilet blanc, culotte bleue entrant dans des bottes noires. Epée à garde et embout du fourreau cuivre, dragonne argent ; grenades rouges sur les retroussis (elles devraient être argent sur fond rouge).

Voltigeur : Shako noir sans jugulaires, pas de plaque, ganse blanche idem, cordon natté, plumet vert à la base et jaune. Habit bleu foncé passepoilé de blanc avec collet et pattes de parements chamois. Epaulettes jaunes à tournantes vertes. Veste blanche. Culotte bleue entrant dans demi-guêtre noires. Buffleterie blanche. Dragonne de sabre briquet jaune à coulant vert.

Figure 4 : Carabinier du 5ème Léger. Vu à Hambourg en 1807-1808 (Manuscrit du Bourgeois de Hambourg). Uniforme très classique de carabinier avec le bonnet d'oursin accordé en 1806, le plumet et les épaulettes écarlates de la compagnie d'élite, sur l'uniforme d'infanterie légère, mais le cordon natté blanc.

Figure 5 : Sergent-major porte Aigle du 5ème Léger vers 1807, 2ème bataillon (d'après Rigo et les Collections alsaciennes et Rigo). En fin 1804, le 5ème Léger reçut 4 Aigles avec des drapeaux du modèle Picot. Chaque bataillon fait porter le sien, selon le règlement de 1791, par un sergent-major méritant. Le porte Aigle du second bataillon est un sergent-major de voltigeurs. Son uniforme d'infanterie légère porte les marques de son grade : deux galons argent au dessus des parements, épaulettes (à tournante écarlate) et cordon tressé de son schako, dragonne de son sabre briquet mêlant le vert et l'argent. La plaque du shako est losangique.

Le collet est chamois passepoilé de rouge. Il marque sa fonction de voltigeur, de même que le pompon jaune ou le plumet qui serait vert à sommet jaune. Son habit bleu passepoilé de blanc possède des basques longues avec poches en long comme les officiers, ce qui peut se voir dans certains régiments de la Légère aussi pour les sergents-major et sergents, alors que la troupe et les caporaux ont les basques raccourcies. Les retroussis sont ornés de cor de chasse argent sur fond écarlate. Le reste de la tenue est classique pour l'infanterie légère.

En 1808, les régiments ne doivent plus avoir qu'une Aigle et un drapeau, portés par un officier. Mais le changement durera bien un an.

Figure 6 : Sapeur du 5ème Léger vers 1812 (d'après les collections alsaciennes) : Tenue classique du sapeur d'infanterie légère, faisant partie des compagnies de carabiniers, à part son colback de fourrure noire à flamme écarlate à la place du bonnet d'oursin. Les revers sont jaunes, ce qui supposerait de même pour la tête de colonne (musiciens, tambours et cornets), ce que pour le moment nous ignorons.

Figure 7 : Carabinier, chasseur et voltigeur du 5ème Léger en 1813 (d'après les collections alsaciennes) : Il s'agit de la tenue modèle 1812 Bardin, à revers entièrement fermés, qui équipe les bataillons "reconditionnés" en France pour la campagne de 1813-1814. On notera cependant des entorses au règlement : le port conservé du bonnet d'oursin pour les carabiniers et la plaque de shako qui reste losangique et n'est pas du modèle 1812. On remarquera aussi les épaulettes au corps recouvert d'écailles de laiton pour les carabiniers et voltigeurs.

Figure 8 : Tambour de chasseurs du 5ème Léger, 1813-1814. Contrairement au règlement qui le voudrait en habit vert, notre tambour de chasseurs a, sur la tenue bleue modèle 1812, posé des galons à la livrée impériale pour former 7 chevrons sur les manches. Le collet pourrait être aussi galonné du même motif, de même que les boutons de taille. On note l'emploi sur le shako de l'ancien modèle de plaque losangique.

Figure 9 :Musicien du 5ème Léger en 1813 (d'après les collections alsaciennes). Conformément au règlement Bardin, le musicien est vêtu d'un habit entièrement vert passepoilé de blanc et galonné d'argent au collet avec trèfles argent sur les épaules. Les basques sont longues, poches en long passepoilées de blanc. On notera la plaque losangique du régiment sur le shako. Le plumet vert à sommet blanc marque l'appartenance à l'Etat-Major régimentaire. Une épée est suspendue à un ceinturon de cuir blanchi.

XII/ Les Drapeaux

a/ Les drapeaux du 5ème Léger, 1800-1814

Le 5ème Léger reçoit officiellement deux drapeaux modèle Consulat à la grande parade du 14 juillet 1802, mais l'unité étant à Saint-Domingue, elle ne les portera jamais.

En 1804, elle touche 4 Aigles et drapeaux modèle Picot et doit en rendre 3 après 1809. Les Prussiens s'empareront du drapeau 1804 du 4ème bataillon dans des réserves.

Le 8 avril 1809, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Maréchal Berthier, Major général de l'Armée d'Allemagne : "...j'approuve que tous les corps renverront leurs aigles en France hormis une qu'ils garderont. En attendant qu'ils aient des enseignes, vous les autoriserez à faire faire pour chaque bataillon des enseignes très-simples, sans devise et le tiers de celles qu'ils avaient autrefois. Ces enseignes sont pour leur servir de ralliement ; elles n'auront aucune décoration de bronze, elles porteront seulement le numéro du régiment et du bataillon. Quant au corps du général Oudinot, il faut que chaque bataillon fasse faire un petit drapeau d'un simple morceau de serge tricolore, portant d'un côté le numéro de la demi-brigade et de l'autre le numéro du bataillon, comme, par exemple, 4e bataillon du 6e d'infanterie légère d'un coté, et de l'autre 1re demi-brigade légère, etc. Il faut faire pour cela très-peu de dépense. J'en ferai faire de très-belles, que je donnerai moi-même aussitôt que possible" (Correspondance de Napoléon, t.18, lettre 15030 ; Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 20750).

En 1812, nouveau et unique modèle de drapeau portant Wagram sur son étoffe. Le drapeau reste au dépôt de Cherbourg jusqu'en 1814, les bataillons étant en Espagne, tandis qu'une Aigle (sans drapeau) est portée dans la péninsule au 1er bataillon jusqu'à cette date.

b/ Les drapeaux de la première Restauration pour l'Infanterie légère (D. Davin).

Le gouvernement provisoire du 1er Avril 1814 abolit les emblèmes impériaux. Le principe d'un drapeau par Régiment est conservé au 1er Bataillon, porté par un Officier, les autres Bataillons ayant des fanions. Les drapeaux sont blancs, 150 sur 150 cms, sur les bords un feston avec fleurs de lys et rosaces alternées en doré. Dans chaque angle, un carré avec le numéro du Régiment. Franges or sur les bords, cravate de taffetas blanc avec broderie de palmettes et fleurs de lys et franges or. Cordon et glands dorés. Hampe de 2,50m surmontée d'une pique dorée, ornée d'une fleur de lys découpée.

A l'avers : au centre, en or bordé de noir, l'inscription :
Pour les neuf premiers Régiments :
LE ROI/
AU REGIMENT/
DE (suit leur titre pour les 9 premiers Régiments de l'arme. Note A)
Xme D'INFANTERIE/
LEGERE.
(Note A) : les neuf premiers Régiments d'Infanterie légère portent le titre : 1er du Roi, 2ème de la Reine, 3ème du Dauphin, 4ème de Monsieur, 5ème d'Angoulême, 6ème de Berry, 7ème d'Orléans, 8ème de Condé, 9ème de Bourbon.
En janvier 1815, on rétablit le titre de Colonel Général de l'Infanterie légère, le 7ème Léger en prend la dénomination et a un drapeau spécial (voir historique du 7ème Léger).
Exemple : LE ROI/ AU REGIMENT/ DE CONDE/ 8EME D'INFANTERIE/ LEGERE.

Pour les Régiments n'ayant pas de titre, l'inscription devient LE ROI/ AU Xème/ REGIMENT/ D' INFANTERIE/ LEGERE.

L'inscription centrale est encadrée à droite par deux branches de chêne, à gauche par deux branches de lauriers, les branches liées par un ruban rouge où pendent les croix de St Louis et de la Légion d'Honneur.

Au revers : les armes de France couronnées entourées par les colliers des ordres du St Esprit et de St Michel, avec sceptre et main de justice, encadré par une branche de chêne et de laurier liées par un ruban rouge.

La première distribution des drapeaux d'Infanterie a lieu à Paris le 19 septembre 1814 pour les Régiments de la 1er Division militaire aux ordres du Général Maison. Auparavant, la Garde Nationale avait reçu les siens. Le 1er Régiment Léger du Roi et le 4ème de Monsieur, les 12ème et 15ème reçurent leurs drapeaux à Paris en septembre 1814. Le 8e Léger reçut le sien à Bordeaux le 23 octobre 1814. Certains drapeaux furent cachés durant les Cent Jours.

c/ Les Cent Jours

Aux Cent Jours, le régiment reçoit un nouveau drapeau et une Aigle dont le sort reste inconnu à ce jour.

XIII/ NOTES ET SOURCES

Note 1 : Le siège de Stralsund a débuté en Janvier 1807. Mortier, après avoir occupé Hambourg, a marché sur la place-forte en Poméranie suédoise. La Suède, qui s'est déclarée contre l'Empereur, n'a jusqu'à présent guère fait parler d'elle. En mars, Mortier laisse une seule division française devant la place, occupé à effectuer d'autres sièges. En avril, les Suédois lancent une offensive qui libère leur territoire. Mortier contre-attaque avec des renforts et un cessez-le-feu est signé avec la Suède. La situation reste ainsi stationnaire devant Stralsund. Brune prend le commandement du Corps d'Observation et donc des troupes de blocus).

Note 2 : On lira avec intérêt les mémoires du voltigeur Jacques Abraham Graindor du 116e de Ligne (éditions Point d'ancrage 2002) qui combattait dans le 3e Corps avec le 5ème Léger. Il raconte ces sièges de l'année 1810, menés par Suchet, les traits de bravoure de ses frères d'armes mais aussi les exactions et pillages autorisés qui suivaient la prise des villes.

Note 3 : On lira à ce propos : "Bayonne sous l'Empire, le blocus de 1814" par E. Ducéré, Bayonne, 1900.

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