LES CHASSEURS DE MONTAGNE SUR LA FRONTIERE ESPAGNOLE SOUS L’EMPIRE 1808-1814

 

Avertissement et remerciements : Cet article nous a été adressé par notre collègue du Bivouac, Didier Davin, que nous remercions tout particulièrement pour sa disponibilité et son érudition.

NB : Cet article est évolutif et sera complété au fur et à mesure de nouvelles recherches

 

I/ 1808 LA PREMIERE ORGANISATION

Départements frontaliers des Pyrénées
Départements frontaliers des Pyrénées

 

Chasseur de montagne des Basses -Pyrénées, 1808-1809
Fig. 1 Chasseur de montagne des Basses -Pyrénées, 1808-1809

L’Empire avec la guerre d’Espagne va réactiver les troupes de montagne sur le front pyrénéen.

En Juin 1808, Napoléon organise des bataillons de Gardes Nationales pour garder les passages frontaliers Mais leurs effectifs ainsi que ceux des compagnies de réserve et quelques troupes de Ligne apparaissent vite insuffisants.

C'est par un décret impérial signé le 6 août 1808 à Rochefort, soit moins d'un mois après la reddition de Bailen, que Napoléon décide de la création de 34 compagnies de miquelets à 148 hommes chacune, officiers compris, soit 5.032 hommes. Ces compagnies devront être organisées dans les départements des Basses Pyrénées (11e Division à Bordeaux), et des Hautes-Pyrénées, Ariège, Haute-Garonne et Pyrénées-Orientales (10e Division à Toulouse).

On prévoit d’organiser : 8 Compagnies dans les Pyrénées-Orientales, 8 dans l'Ariège, 2 en Haute-Garonne, 8 dans les Hautes-Pyrénées et 8 dans les Basses-Pyrénées (actuelles Pyrénées-Atlantiques). Elles sont réunies en bataillons départementaux.

Chaque compagnie est composée de : 1 capitaine, 1 lieutenant, 1 sous-lieutenant, 1 sergent major, 4 sergents, 1 caporal-fourrier, 8 caporaux, 1 tambour et 130 miquelets ou chasseurs.

Ces compagnies sont chargées de recueillir les conscrits réfractaires et volontaires des départements frontaliers qui y gagneront leur amnistie lors de leur licenciement à la fin des troubles en Espagne.

Il faut dire que depuis le début de la Révolution, ces départements sont traditionnellement des zones d'insoumission à la conscription et que cela continue de plus belle (de 30 à 45% d'insoumis et de déserteurs). Le record étant détenu par l'Ariège.

Bien entendu, le fait que la zone soit montagneuse et frontalière n'est pas étranger à cet appétit de liberté et aux facilités pour la conserver, de même que la pratique à grande échelle de la contrebande.

Malgré l'amnistie promise, les insoumis et les déserteurs sont cependant encore nombreux dans ces régions et leur incorporation, qui se fait souvent de force, ne peut que les inciter à quitter les compagnies de miquelets à la première occasion. L'autre problème majeur est detrouver des officiers et sous-officiers pour encadrer ces hommes, pour qui la discipline est un mot abstrait. Certains officiers obtiendront de «bons résultats» en se transformant en chef de bande, laissant une certaine laxité disciplinaire à leurs hommes, d'autres laisseront leurs unités se dissoudre d'elles-mêmes par désertion.

Dans un premier temps, chacun des cinq préfets lève les premiers effectifs des compagnies de «miquelets» avec des gardes nationaux frontaliers et les conscrits non encore appelés dans l’armée régulière. Puis, les réfractaires affluent, à tel point que l’effectif prévu sera vite atteint : l’Ariège et les Basses-Pyrénées doublant même le nombre attendu.

Chasseurs de montagne des Bassses Pyrénées, 1808-1811
Fig. 2 Chasseurs de montagne des Bassses Pyrénées, 1808-1811

Un premier uniforme est défini, brun à parements verts, l’armement se composant d’un fusil avec baïonnette, d’une giberne, d’un sabre briquet et d’une gourde. Les réfractaires qui se feront inscrire auprès des juges de paix dans les quinze jours suivant la parution du décret pour servir dans ces unités verront suspendre les poursuites contre eux et leur famille et bénéficieront d’une amnistie totale après la guerre. Il est bien précisé qu’elles ne seront employées que sur la frontière d’Espagne dans le cadre des divisions pyrénéennes.

Les officiers, pris parmi des officiers réformés ou en retraite sont nommé provisoirement par les préfets, et leur nomination confirmée par le Ministère de la Guerre.

Le 9 septembre 1808, il est décidé qu'il serait attaché à chaque bataillon de chasseurs des Montagnes : 1 chef de bataillon, 1 quartier-maître, 1 adjudant-major, 1 adjudant sous-officier. Ainsi qu'un conseil d'administration composé de 4 officiers et de 1 sous-officier pour les bataillons à 8 compagnies, et de trois officiers pour le bataillon de la Haute Garonne qui n'en compte que 2. Quatre maitres-ouvriers sont également prévus dans l'organisation : tailleur, cordonnier, guêtrier et armurier.

Par décret signé d'Erfurt le 8 octobre 1808, il est décidé de porter le bataillon des Basses-Pyrénées de 8 à 10 compagnies. Le 26 Octobre, le général de division Pille était chargé d’organiser les bataillons de chasseurs de montagne sur la frontière des Pyrénées en tant qu’inspecteur général aux revues.

Un autre décret, signé du 10 octobre 1808, prévoit la formation d'un second bataillon pour le département de l'Ariège. Formé à 4 compagnies, il pourra être porté à 6. Tout est fonction du nombre de conscrits réfractaires qui viennent s'inscrire.

Avec l’arrivée des réfractaires un nouveau décret, le 8 novembre 1808, précise que «seront formés autant de bataillons de chasseurs que le permettra le nombre de conscrits réfractaires». Tous les bataillons sont (sur le papier) à 8 compagnies.

 

II/ 1809-1810 DE NOUVEAUX EFFECTIFS ET LES PREMIERES OPERATIONS

Dès la fin 1808, les premières unités formées sont envoyés au combat. Bien qu'on leur ait promis qu'ils défendraient uniquement leurs départements, les chasseurs de montagne mal équipés pénètrent rapidement en Espagne pour prêter main-forte aux troupes françaises. Ce qui va déclencher des désertions massives.

En décembre 1808, 6 compagnies de la Haute-Garonne formées uniquement de réfractaires quittent Toulouse et sont envoyées sur Perpignan aux ordres du capitaine Sacaze. Il y a de nombreuses fuites en route. Car si les hommes sont armés, il n’ont pas d’effets d’habillement comme le constate le général de Wouillemont. Aussi, on les équipe à Perpignan. Mais cela ne les empêche pas de se débander face aux Espagnols au pont de Capmany à la fin décembre. La poignée d’hommes qui restait était réexpédiée à Toulouse en février 1809.

Au début de 1809, le général de Wouillemont, qui commande le département des Hautes-Pyrénées, est dépêché par Berthier pour surveiller le Haut-Aragon avec 3.000 chasseurs de montagne; les trois quarts de ses hommes désertent et il doit même se battre contre eux. Le général ne peut ramener que 700 hommes sur la frontière au début de l'été.

Le 1er Bataillon de l’Ariège est prêt le 1er décembre 1808 à Pamiers, aux ordres du général Latour. Il est envoyé à Tarbes, puis prend la route. On le retrouve à Pampelune en Janvier. Aux bruits d’envoi sur Saragosse pour participer au fameux siège, beaucoup des chasseurs désertent en chemin. Ils n’étaient alors plus que 400 sur 1200 initiaux ! 275 seulement arrivent à Saragosse. Devant ce fiasco, le maréchal Kellerman, duc de Valmy, prend la défense des déserteurs, arguant que les termes du décret du 6 août 1808 n’ont pas été respectés et que le bataillon n’aurait pas dû quitter les Pyrénées.

Le 19 mars, le bataillon de l’Ariège retrouvait Bayonne. De retour en Ariège, le bataillon est reconstitué par le chef de bataillon Ardouin, et est employé sur la frontière ariégeoise. Puis, il est envoyé à Perpignan et en Cerdagne. Une compagnie stationne depuis longtemps à Mont-Louis.

Le 2ème bataillon de l’Ariège, formé en janvier 1809 à Saint-Girons uniquement de réfractaires, fort de 8 compagnies (1200 hommes) est aux ordres du chef de bataillon Banyuls. Le capitaine Roquemaurel d’Oust, commandant la compagnie de carabiniers. Le 14 février, le bataillon était à Oloron puis gagnait en mai 1809 Jaca, en Aragon pour garantir l’intégrité de la route Pau-Saragosse. La place avait été pris en mars. Roquemaurel a le commandement provisoire du bataillon. Des désertions ont lieu, mais sont comblées avec l’arrivée du commandant Deshorties. De 1809 à 1812, le bataillon va pacifier le versant pyrénéen entre Jaca et le Val d’Aran, fermant ainsi la route de Luchon et de Saint-Béat aux bandes espagnoles qu’ils aident à contenir jusqu’en 1813.

Départements frontaliers des Pyrénées
Entrée de la forteresse de Jaca, principale base en Aragon des Chasseurs de montagne

Le 10 février 1809, il est décidé de la création d'un bataillon supplémentaire à Bayonne. Ce bataillon est destiné à renforcer les garnisons de San Sebastian et Bilbao. Il est composé de 6 compagnies de chasseurs et d'un état-major. Trois compagnies furent formées à Pau. Les autres avec des conscrits réfractaires provenant des départements des Landes et de la Gironde.

1809-1810 : l’obscur destin du bataillon supplémentaire.

Formé en Avril, 1809 à Bayonne à 6 compagnies, encadrées par des sous-officiers venant des fusiliers de la Garde Impériale, et de la Garde nationale, le bataillon supplémentaire entre en Espagne le 14 juillet 1809, va faire un service de garnison dans les villes du pays basque espagnol et lutter contre différentes guérillas. La tenue est celle des autres bataillons de chasseurs de montagne avec pantalon blanc. Les capotes ne seront délivrées «que lorsque la rigueur de la saison l’exigera (sic)». Il est commandé par  le chef de bataillon Pierre Berchorie. Miné par la désertion, ponctionné pour la Gendarmerie d’Espagne, et épuré de ses anciens gardes nationaux, il sera versé en 1811 dans le 3e bataillon de chasseurs des montagnes

 

Chasseur des montagnes, Ariège, 1808 Chasseur des montagnes, Ariège, 1808
Fig. 3 Chasseur des montagnes, Ariège, 1808, par J. M. Bueno
Fig. 3bis Chasseur des montagnes, Ariège, 1808, autre version

Sur le front des Pyrénées-orientales, le bataillon du département, dont 4 compagnie d’Elite de gardes nationaux ont servi de noyau, pénètre en Catalogne à Figueras, la Junquera puis Barcelone en décembre, aux ordres du capitaine Palegry. Seuls les anciens gardes nationaux sont bien équipés, les réfractaires sont encore en habit civil. La désertion a fortement éclairci les rangs. Le bataillon y restera jusqu’en 1811 et participera aux opérations multiples contre les guérillas et pour desserrer le blocus de Barcelone. De nombreux officiers de chasseurs s’illustrent dans ces combats.

En Juillet 1809, le général Pille fait parvenir son rapport sur la levée de ces bataillons qui ont commencé à participer aux opérations de guerre.

Le 1er bataillon de Haute-Garonne compte 4 compagnies de gardes nationale d’Elite et se dénomme ainsi. Un deuxième bataillon est formé de 4 compagnies de réfractaires.

Les Hautes-Pyrénées et les Pyrénées-orientales ont un bataillon mixte : garde nationaux/réfractaires.

Les Basses-Pyrénées ont formé un bataillon de chasseurs et un deuxième de 10 compagnies de réfractaires.

Le 1er bataillon de l’Ariège est mixte : moitié Gardes nationaux, moitié réfractaires. Le second bataillon est formé uniquement de réfractaires.

Aussi, il faut recadrer l’organisation et désormais on ne devra engager que des volontaires. La composition antérieure avec des gardes nationaux (que l’on ne touche pas pour le moment) devant se diluer progressivement.

Le 6 septembre 1809, les unités sont fixées ainsi :
Le 1er bataillon des Basses-Pyrénées à 4 compagnies. CdB Jean Lalanne (voir encadré).
Le 2e bataillon des Basses-Pyrénées à 10 compagnies. CdB Louis de Lupe.
Le 1er Bataillon des Hautes-Pyrénées à 8 compagnies. CdB Montesquiou.
Le 1er bataillon de la Haute-Garonne à 4 compagnies. CdB Suère.
Le 2e bataillon de la Haute-Garonne à 4 compagnies. CdB St-Jean de Pointis.
Le 1er bataillon de l'Ariège à 8 compagnies. CdB Ardouin.
Le 2e bataillon de l'Ariège à 8 compagnies. CdB Roquemaurel (voir encadré).
Le 1er bataillon des Pyrénées-Orientales à 8 compagnies. CdB Voisin.

Le total des 8 bataillons formant 54 compagnies. Plus le bataillon supplémentaire.

Jean Lalanne
Chef de bataillon du 1er bataillon des Basses Pyrénées

Né à Orthez en 1756, il est chef du 3e bataillon des volontaires des Basses-Pyrénées en 1791. Promu général de brigade en octobre 1793, il est démis de son grade en juin 1794 et réintégré en juillet 1795. En 1799, il est placé à la suite de la 70e Demi brigade de Ligne. En juin 1808, il est nommé chef de bataillon du 1er bataillon de chasseurs de montagne des Basses Pyrénées. Réformé en1810, on le retrouve chef de bataillon de la Garde nationale d’élite des Basses Pyrénées en janvier 1811 et colonel en juin 1813. Il participera aux batailles d’Orthez et Toulouse en 1814.

On remarquera que ces unités n'ont théoriquement pas de compagnies d’élite jusqu’en 1813, malgré des demandes répétés du général Pille; mais en fait, les 2 bataillons de l'Ariège, et le premier des Basses-Pyrénées formeront des carabiniers et l’Ariège une compagnie de voltigeurs.

Les tenues sont disparates nous allons le revoir.

Maurice de Roquemaurel
C
apitaine de carabiniers du 2ème bataillon de chasseurs de montagne de l’Ariège.

Né le 27 août 1771, près du village de Soueix (Ariège), Maurice de Roquemaurel est admis à l'Ecole militaire de Sorèze le 27 août 1787. Il devient sous-lieutenant au régiment d’infanterie du Dauphiné (jusqu'en 1791). Puis il émigre et devient officier dans l’armée des Princes jusqu’à sa dissolution, passe au service de l’Angleterre en 1793 et ensuite à celui de l’Autriche jusqu'en 1798.
Il rentre en France le 10 juillet 1800 et s’engage dans le 2e Hussards et fait la campagne d’Italie (simple hussard, puis maréchal des logis). En 1802, il devient sous-lieutenant.
Retourne à la vie civile en 1803 et regagne l'Ariège pour gérer les affaires familiales. En 1808 il reprend du service au sein du 2ème  bataillon des Chasseurs des Montagnes de l'Ariège où, en tant que capitaine, il commande la compagnie de carabiniers (une des rares formées chez les chasseurs de montagne) et ce, jusqu'en 1812.
Son audace lui vaut en Ariège d’être surnommé «le brave Roquemaurel». Le préfet de l’Ariège écrit en 1810 : «Il est doué de beaucoup de talents militaires et d’une bravoure qui l’ont fait particulièrement distinguer de Monsieur le comte Suchet, général en chef du 3ème corps d’armée en Espagne. Les expéditions dont il a été chargé par lui et sa conduite lui ont mérité la croix de chevalier de la Légion d’honneur».
Il prend plusieurs places, sauve par une périlleuse attaque de nuit la troupe du colonel Lapeyrolerie qui était encerclée, ce qui lui vaut l’admiration de Suchet. Mais son plus bel exploit est la prise du fort de Venasque, en  Haut-Aragon. L’état-major estimait qu’il fallait 10.000 hommes pour emporter la place. Le 21 novembre 1809, Roquemaurel, avec sa troupe de 300 ariégeois, part de nuit à travers les glaciers de Sagoun, où ses soldats creusent leurs appuis à la baïonnette. Il surprend les avant-postes et s’empare de la ville et du fort dont il est nommé gouverneur.
Il se distinguera ensuite à la prise de Lérida, puis dans la conquête du Val d’Aran, où il passera deux ans, construisant le fort de Sainte-Croix, organisant la défense pour empêcher le passage des bandes catalanes et les incursions de Mina.
En 1812, il repousse des incursions espagnoles en Ariège avec peu de moyens.
En 1813, on le retrouve à la tête des Gardes Nationales de l'Ariège face à l'invasion alliée, en tant que chef de bataillon.
En 1814, le Maréchal Suchet lui confie le commandement des Pyrénées-Orientales, et en 1815, il est nommé gouverneur de la place forte de Mont-Louis.

 

Officiers des chasseurs de montagne, 1809 -1811
Fig. 4 Officiers des chasseurs de montagne, 1809 -1811

En novembre 1809 : prise de Venasque par le capitaine Roquemaurel. Jaca devient ainsi une des bases avancées de ses chasseurs de montagne dès la fin 1809.

En 1810 pourtant, le ministre de la guerre pense à arrêter l'expérience de ces unités. Les Gardes nationaux qui en faisaient partie sont enlevés des bataillons.

 

III/ 1811-1813 LES TROIS BATAILLONS DE CHASSEURS DE MONTAGNE ET LES COMBATS SUR LA FRONTIERE

Devant la chute des effectifs, les bataillons de chasseurs de montagne sont réduits à 3 bataillons de 6 compagnies en Janvier 1811.

Le 1er Bataillon de Chasseurs des Montagnes est formé à partir du :
- 1er Bataillon des Pyrénées-Orientales (1ère Compagnie)
- 1er & 2e Bataillons de la Haute-Garonne (2e & 3e Compagnies)
- 1er bataillon des Hautes-Pyrénées (4e, 5e & 6e compagnies)

Le 2e Bataillon est formé avec les deux bataillons de l'Ariège.

Le 3e Bataillon est formé à 8 compagnies par la réunion des bataillons des Basses-Pyrénées et du bataillon supplémentaire :
- Les 5 compagnies stationnées à Jacca (1ère & 2e Cies)
- Le bataillon suplémentaire à Bilbao (3e, 4e & 5e Cies)
- Le bataillon des Basses-Pyrénées employé dans la 10e division (6e, 7e & 8e Cies)

Les hommes qui restent sont la crème de leurs unités. Ils vont alors prouver au reste de l'Armée, qu'on peut compter sur eux. Les effectifs sont d'ailleurs maintenant formés de volontaires et de conscrits, et plus d'insoumis !

Le 1er bataillon est positionné à l'aile gauche de la frontière (Hautes-Pyrénées, Pyrénées-Orientales et Haute-Garonne), commandé par le chef de bataillon Montesquiou. Il combattra surtout en Val d'Aran, 2e Cie : Venasque (222 h), 3e à 6e Cies : Bagnères de Luchon, et Val d'Aran (537 h).

Le 2ème bataillon est formé essentiellement en Ariège sous les ordres du chef de bataillon Deshorties. 1ère, 2e & 3e Cies : Jacca (202) assurant les escortes dans le Haut-Aragon; 4e, 5e & 6e Cies : Fort les Bains, Prats de Mollo, Foix (608 h).

Officier de Chasseurs de montagne en colback vers 1811
Fig. 5 Officier de Chasseurs de montagne en colback vers 1811, par J. Girbal.

Le 3ème bataillon est à l'aile droite de la frontière (Basses Pyrénées) sous les ordres du chef de bataillon Louis de Lupé. Il est dispatché entre : San Sébastian : 1ère & 2e Cies, Jacca (209 h); 3e, 4e & 5e Cies, Bilbao (Armée du Nord) (296h); 6e, 7e & 8e Cies : Orbicetta & Oloron (435 h).

Armée du Nord de l'Espagne au 25 Juin 1812

4ème gouvernement : général Thouvenot, QG à Vitoria

3ème bataillon de chasseurs de montagne De Luppe : 11 officiers, 264 hommes

Troupes en Aragon, 1er septembre 1812

4ème division de réserve : général Severoli, QG à Saragosse

Chef de bataillon Deshorties à Jaca
Chasseurs de montagne, 2ème bataillon (3 compagnies),
Chasseurs de montagne, 3ème bataillon (2 compagnies)

Ces trois bataillons vont participer activement à la défense de la frontière en tenant ses places fortes jusqu'à la dernière extrémité.

- Défense de Jaca à la fin Août 1813 par le 2ème bataillon de chasseurs de montagne sous le commandement de Deshorties. Ils ne capitulent qu’en Février 1814.

- Défense de Venasque par deux compagnies du 1er bataillon des chasseurs de montagne.

- Défense de Saint Sébastien par le 3ème bataillon commandé par Louis de Luppé. Pendant la glorieuse défense de San Sébastian (juillet-aout 1813), le 3e BCM, perdra son chef, de Lupé, blessé mortellement, 1 capitaine, 4 lieutenants et 2 sous-lieutenants.

LES CHASSEURS DE MONTAGNE DU 3EME BATAILLON AU SIEGE DE SAINT SEBASTIEN EN 1813
Siège de Saint Sebastien en 1813
Alors que l’Armée française se repliait du Nord de l’Espagne sur ses frontières après la bataille de Vitoria, elle laissait derrrière elle deux fortes garnisons à Saint Sebastien et Pampelune. Le 19 Juin, deux jours avant la bataille s’y ralliait la garnison de Burgos et des soldats blessés sous les ordres du général Rey. Le 28 juin, la ville était bloquée par terre par des forces espagnoles mais continuait à pouvoir être ravitaillée par la mer. Parmi les forces bloquées dans la ville : des compagnies du 3ème bataillon de chasseurs de montagne aux ordres du chef de bataillon de Luppé.
Dès le 29, une première attaque des Espagnols est repoussée. Le 1er juillet, la petite ville de Guetaria ayant été évacuée, 250 chasseurs de montagne supplémentaires ralliaient la garnison.
Le 3 Juillet, la flotte anglaise entamait un blocus du port. Une sortie dans les jours suivants donnaient des renseignements. Les forces anglo-portugaises sous les ordres du général Graham arrivaient sous les murailles : 10.000 hommes pour des assiégés au nombre de 3000 environ.
Jusqu’à la mi-juillet, l’ennemi établit ses batteries et commence le bombardement de la ville et des fortifications. Des tentatives d’assaut sur le couvent de Saint Bartholomé, un des points avancés de la défense, sont repoussées, avec d’énormes pertes pour les Anglais, par les hommes de Rey. Quatre cent hommes sous les ordres de De Luppé tiennent plus particulièrement la position principale. Mais les ruines du couvent finissent par être prises.
Les assiégeants multiplient alors les batteries et finissent par creuser une brêche dans les murailles. Ils  lancent un nouvel assaut dans la nuit du 24 juillet. Une résistance acharnée brise les colonnes d’attaque.
La garnison peut souffler  pendant 3 semaines en attendant l’offensive de Soult qui devrait la dégager. Elle fait même quelques sorties sous les ordres de De Luppé, d’autant plus que l’ennemi a évacué une partie de son artillerie par manque de munitions et de poudre. Par contre, des renforts et des munitions arrivent à passer par la mer pour les assiégés.
Le 15 Août, la garnison fête la Saint Napoléon en illuminant le château qui domine la ville.
A partir du 19 août, les Britanniques concentrent une formidable artillerie pour écraser la ville de son feu et rameutent des troupes supplémentaires. La première ligne de défense devient bientôt intenable. Plusieurs brèches sont faites grâce à des mines. Les chasseurs de montagne sont au coude à coude avec les troupes de ligne. En arrière des brèches, toutes les rues sont retranchées, coupées de traverses et des passages minés pour détruire l’ennemi dès qu’il paraitra.
L’assaut général est lancé le 31 août. La résistance des Français est héroïque, les morts Anglais sont considérables mais le flot des assaillants est tel qu’il n’y a pas d’autre solution que de reculer et de se retrancher dans le château qui surplombe la cité. Rendus folles par les pertes innombrables de leurs compagnons d’armes, les troupes anglaises massacrent la population civile espagnole.
Le général Rey va tenir encore jusqu’au 8 septembre, date à laquelle il doit capituler, avec les honneurs de la guerre, à bout de ressources.
Les chasseurs de montagne y ont eu de nombreuses pertes dont le chef de bataillon de Luppé.

Les chasseurs de montagne livrèrent bien d'autres combats, plus confidentiels, s’apparentant à de la contre guerilla (Figuières, Puycerda, Etchau, Belve, Cassedo, Vicilla, Pont-Major).

La dissolution de ces unités se fait vers la fin de 1813 et au début de 1814. Cinq compagnies du 3e bataillon sont versés au 25e Léger (voir historique du 25e Léger), 3 compagnies du  1er bataillon passent au 116e de Ligne, et 5 compagnies du 2ème bataillon passent dans le 28e Léger.

Pendant ce temps la garnison de Jaca, dans le haut Aragon, est toujours bloquée depuis septembre, aux ordres du chef de bataillon Deshorties du 2ème bataillon de chasseurs de montagne et 3 compagnies de son unité d'Ariégeois, 2 compagnies chaque des 10e et 81e de Ligne et le 14e escadron de la Gendarmerie impériale.

Mina, redoutable chef de guérilla, s' empare de la ville le 5 décembre 1813, tandis que la garnison se retranche dans la citadelle et tient jusqu'à sa capitulation en février 1814. Elle peut rallier la France par le col du Somport selon les termes de cette capitulation.

 

IV/ LES CENT JOURS

Avec son retour, Napoléon rétablit des bataillons de chasseurs de montagne sur les Pyrénées, mais leur levée sera si difficile que leur existence sera quasi nulle.

 

V/ UNIFORMES

Officier de Chasseurs de montagne en colback vers 1811 Compagnie d'élite des Chasseurs des montagnes en petite tenue , d'après Boisselier
Fig. 6 Compagnie d'élite de Chasseurs de montagne, 1810-1812, dessin de René Louis
Fig. 6bis Compagnie d'élite des Chasseurs des montagnes en petite tenue , d'après Boisselier

 

sous officier des Chasseur des montagnes 1811 par Boisselier
Fig. 7 Sous-officier des Chasseurs des montagnes, 1811, par Boisselier

Jusqu'à 1809-1810, les chasseurs de montagne portent souvent des uniformes dépareillés ou des vêtements civils militarisés, faute de mieux. Le général Wouillemont en 1809 demande des capotes et des schakos «pour couvrir les haillons villageois des trois quart de ses hommes».

Le décret de formation ne précise rien, disant simplement que : «l’armement et l’équipement seront les mêmes que ce qu’ils étaient dans les dernières guerres avec l’ Espagne».

Le fond de leur tenue va devenir brun et la couleur distinctive bleu céleste, la coiffure étant le shako. Mais les contingents de chaque départements semblent avoir porté ce qu’ils pouvaient jusqu'en 1810. C’est ainsi que l’Ariège habille ses premières compagnies en brun distingué d’écarlate; le bataillon des Pyrénées-Orientales porte le chapeau et une giberne »à la corse» jusqu’en 1811; le 1er bataillon des Basses-Pyrenées porte un chapeau en 1808 et adopte le schako en1809. Le bataillon complémentaire n’a pas de culottes mais uniquement des pantalons de toile.

Donc, bien des variantes existent selon les contingents.

Après 1810, ils sont en général habillés d'un uniforme de type infanterie légère, de fond brun à distinctive bleu céleste, avec de nombreuses variations quant à la disposition de cette distinctive. On verra certains contingents porter les collets, revers et parements entièrement bleu céleste tandis que d’autres les passepoileront simplement de bleu céleste. Les gilets sont bruns ou de toile blanche. Les pantalons recouvrent les culottes brunes entrant dans des demi-guêtres noires ou grises. Les boutons sont blancs. Les plaques de shako (quand elles existent) sont vraisemblablement simplement ornées d’un cor de chasse.

Ils sont armés d'un fusil et de sa baïonnette, ils sont équipés d'une banderole porte-giberne, havresac d’infanterie et capote. Le sabre briquet n'est réservé qu'aux sous-officiers.

Les rares compagnies d’élite porteront des épaulettes écarlates et le sabre briquet.

Les officiers d'après le règlement sont vêtus comme la troupe, mais le drap est de qualité supérieure et plus fin. Tout ce qui est métallique est argenté. Il régnera également une grande disparité, car ceux-ci s'équipent à leur frais.On verra peut-être certains officiers porter le colback.

Note : le fameux manuscrit d’El Guil qui, si il a un fond de vérité, a été très souvent remanié, montre plusieurs type de chasseurs de montagne dont un très improbable Tambour Major, pour des unités qui n’ont jamais constitué un régiment et ont combattu par fractions ?? Il n’y avait que des tambours-maîtres (caporaux).

Figure 1 : Chasseur de montagne, bataillon des Basses-Pyrénées, vers 1808-1809 (d’après les états d’habillement) : On notera le port du chapeau, l’uniforme brun distingué de bleu céleste, les demi-guêtres grise et l’absence de sabre briquet .

Chasseur de montagne en capote
Fig. 8 Chasseur des montagnes en capote, vers 1811, d'après El Guil

Figure 2 : Chasseurs de montagne des Basses-Pyrénées, vers 1808-1809 : On voit ici des variantes avec le port du pantalon de route blanc à la place de la culotte brune. Toujours le port du chapeau noir. Le shako ne sera porté qu’à la fin 1809. Toujours pas de sabre briquet pour la troupe. On en distribuera vers la fin 1809. La tenue est souvent déficiente selon les rapports du commandement. La deuxième silhouette nous montre une giberne «à la corse» ventrale que l’on retrouve aussi pour le bataillon des Pyrénées-orientales jusqu’en 1811.

tambour 2e bataillon de chasseurs de montagne vers 1811
Fig. 9 Tambour du 3e bataillon de Chasseurs des montagnes, vers 1811; reconstitution

Figure 3 : Bataillon de chasseurs de montagne de l’Ariège en 1808-1809 : Les premières tenues des chasseurs de montagne de l’Ariège sont celles des anciennes compagnies de miquelets, avec un carmagnole brune distinguée de rouge, un pantalon qui est brun ou vert. On notera le shako sans jugulaires, orné d’une simple plaque. Ces tenues seront portées jusqu’à renouvellement par les premières compagnies formées, tandis que les suivantes adopteront l’uniforme  plus réglementaire.

Figure 4 : Officiers des chasseurs de montagne, 1809-1811 : Officier en chapeau d'après El Guil : On notera les revers entièrement bleu céleste, qui semblent avoir été portés par certains contingents, et un pantalon bleu céleste à bandes latérales marrons. Notre homme a un sabre de type cavalerie légère, qu’il s'est fourni lui-même. Les distinctives de grades sont argent. Officier en surtout et couvre shako (reconstitution probable) : Une tenue pratique pour la montagne avec des bottes à revers et un sabre d’officier d’infanterie légère standard.

Figure 5 : Officier en colback d'après El Guil, 1809-1812 (dessin de J. Girbal pour la série du Dr Hourtoulle) : Le spectaculaire colback à flamme bleu céleste et agréments argent complète une tenue brune distinguée de bleu céleste. On notera le port de bottes de cavalier léger et les soutaches argent de la culotte et du gilet ainsi que le hausse col argent.

Figure 6 : Compagnie d’Elite des chasseurs de montagne, vers 1810-1812, dessin de René Louis : Il s'agit d'une compagnie d'élite d'un des deux bataillons de chasseurs de montagne de l'Ariège, un des seuls départements à en avoir formé. On notera le shako galonné d'écarlate, le port des épaulettes et du plumet écarlates, du sabre briquet à dragonne écarlate, de même que le galon des demi-guêtres. La plaque du shako à l'Aigle et soubassement dessinée est vraisemblablement d'un modèle beaucoup plus simple, (losangique) en réalité.

Figure 6bis : Compagnie d'élite des Chasseurs des montagnes en petite tenue, d'après Boisselier

Figure 7 : Sous-officier des chasseurs de montagne, vers 1811, d'après Boisselier. Réduits à trois bataillons, nos chasseurs de montagne sont maintenant bien établis dans le paysage des Pyrénées espagnoles où ils gardent des places fortes stratégiques et luttent contre les guérillas. La tenue est maintenant définitive avec le shako avec plaque losangique estampée d'une Aigle, la tenue brune à distinctive bleu céleste. Notre sous officier porte des galons de grade argent au dessus des parements, un sabre briquet et des épaulette et un pompon verts et écarlates. La culotte entre dans des demi guêtre noires. La capote (grise ou brune), indispensable en montagne est attachée sur le sac. Une gourde non moins nécessaire est portée en bandoulière.

Figure 8 : Chasseur de montagne en capote, vers 1811 (d'après El Guil) : shako recouvert d'un couvre shako gris,  pompon de compagnie, capote grise à collet marron. Fusil, giberne recouverte d'un étui de toile blanche, culotte brune et demi-guêtres blanches ou grises, souliers noirs.

Figure 9 : Tambour, 3e bataillon de chasseurs de montagne, vers 1811 (reconstitution) : Une note sur les draps présents au dépôt du 3e bataillon à Oloron au début 1812 montre qu'il y a, outre du drap  brun et bleu céleste foncé pour les habits et culottes, blanc pour les gilets et pantalons, la présence de drap rouge garance. Cela pourrait servir à une éventuelle compagnie d'élite, mais nous pensons surtout que cela est aussi une distinctive supplémentaire pour les tambours (traditionnellement au collet, revers, parements et retroussis). Nous proposons donc cette version plausible avec un habit de fond bleu céleste, comme cela serait aussi traditionnel pour cette unité. Il est vraisemblable que chacun des bataillons de chasseurs de montagne a du adopter ses propres variantes de tenue pour les tambours dans les répartitions de couleurs.

 

VI/ Bibliographie

- Jean Sarramon (docteur) : «Napoléon et les Pyrénées ».