Le 18ème Régiment d'Infanterie Légère

1800-1814

 

Avertissement et remerciements : Cet article nous a été adressé par notre collègue du Bivouac, Didier Davin, que nous remercions tout particulièrement pour sa disponibilité et son érudition.

 

La 18e Demi-brigade légère de 2e formation est formée en mars 1796, par l'amalgame d'un bataillon de la 180e Demi-brigade de bataille, de la 200e Demi-brigade de bataille et du 12e bataillon provisoire.

La 18e Demi-brigade légère sert à l'Armée d'Italie en 1796-1797 sous Bonaparte. Au début de 1798 elle est envoyée à l'Armée d'Angleterre du coté de Dinan. En 1799, elle retrouve l'Armée d'Italie.

 

I/ LA 18E DEMI-BRIGADE LEGERE A L'ARMEE D'ITALIE 1800

Le Duc de Lauzun
Boutons de la 18e Demi-brigade légère

Au début de 1800, on la retrouve défendant la Ligurie et la ligne du Var, sous les ordres de Masséna, après les défaites successives contre les Coalisés austro-russes. Une armée d'Italie affamée où les désertions se multiplient.

Quatre compagnies de la 18e Légère qui avaient abandonné leur poste le 5 janvier furent cassées, les mutins jugés militairement et le chef de brigade Soyez fut chargé de présenter, dans le plus court délai, un travail sur la réorganisation et le complètement du corps.

Situation de l'Armée de réserve au 25 avril 1800
BERTHIER, Général en chef
DUPONT, Général de Division, Chef de l'Etat-major général
Division de Réserve
Général de Division (non encore désigné)
Généraux de Brigade Sériziat, Vaufreland
18e Légère (en marche), 2611 hommes
Donnée dans : "Extraits des mémoires inédits de Victor". A noter qu'une autre situation (établie à Paris) donne la 30e à Dijon

Aussitôt réorganisée, la 18e Demi-brigade légère est placée dans l'aile de l'armée qui opère sur le Var, sous le commandement du général Suchet, lieutenant général de Masséna, 6e division (général Mengaud), brigade Launay.

En Juin 1800 tandis que Bonaparte avec son Armée de Réserve qui avait franchi les Alpes et repris Milan, se préparait à combattre les Autrichiens à Montebello (le 9 Juin) et que Masséna avait dû capituler honorablement dans Gênes (le 5 Juin), Suchet se battait en Ligurie après avoir réoccupé Nice.

«Ordre du jour du 19 prairial (8 juin) an VIII, Millesimo.
De Suchet, lieutenant-général, au centre de l'armée
Soldats !
Je reçois à l'instant, du général en chef Masséna, les félicitations des brillants succès que nous avons obtenus ; vous y avez tous les droits, votre bravoure et votre discipline vous les ont acquis.
Je vais recueillir avec soin les différents traits de courage qui ont illustré cette campagne, et je me ferai un devoir de les transmettre tous à l'histoire de la guerre.
La brigade Launay, composée de la seule 18e Légère et d'un détachement de la 64e de Ligne, a rencontré l'ennemi dans la journée du 16 (5 juin), sur les hauteurs de la Lavina, en avant de Terzo, l'a attaqué, l'a forcé à mettre bas les armes, après avoir accepté une capitulation, a continué ses succès sur la Pieva, a pris 6 drapeaux, 1 pièce de canon et fait 1 500 prisonniers, entre autres 1 major et 30 officiers.
Soldats, vous avez fait, en neuf jours, plus de 8000 prisonniers, vous avez pris 30 pièces de canon, des caissons, des fusils et des bagages, 6 drapeaux ; reconquis en entier le département des Alpes-Maritimes, célèbre par les positions militaires qu'il renferme, la plus grande partie de la rivière du Ponent ; déterminé l'évacuation de deux places importantes, Mondovi et Cherasco ; rejoint la droite de l'armée et le général en chef qui, aujourd'hui, nous prépare de nouveaux succès et les moyens de rejoindre promptement l'armée de réserve et le 1er Consul.
Suchet ».

Le sergent-major Ragot , les sergents Fournier et Vuillet obtiendront chacun une arme d'honneur pour leur conduite distinguée dans cette campagne.

Après l'armistice de Marengo, la 18e Demi-brigade légère est dirigée sur l'armée de Réserve à Dijon.

Le 3 juillet 1800 (14 messidor an 8), Bonaparte écrit depuis Paris, à Carnot, Ministre de la Guerre : "L'arrêté que j'ai pris à Milan le 5 messidor, citoyen ministre, porte art. 2, que 13 demi-brigade de ligne et 3 légères qui sont dignes [sic] se rendront à Dijon pour faire partie de l'armée de réserve.
Voici la destination que je désire leur donner.
... les {5e et 18e légères {serviront à relever la 11e légère ...
" (Correspondance générale, t.3, lettre 5481).

Le 21 août 1800 (3 fructidor an 8 - note : Une copie portant la date du 23 août est conservée au S.H.D., département de l'Armée de Terre, 17C285), Bonaparte écrit depuis Paris, à Carnot, Ministre de la Guerre : "... Vous donnerez l'ordre pour que la 18e légère qui a eu ordre de revenir d'Italie de se rendre dans la 25e division, de tenir garnison à Maastricht et y relever la 11e légère ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 5615).

Arrivée à Bourg, la 18e légère reçoit l'ordre de se rendre à Maëstricht, pour faire partie de l'Armée de Batavie, commandée par le général Augereau. A son passage à Dijon, le 26 juillet, son effectif n'est plus que de 329 hommes. Elle arrive à Maëstricht, le 19 août, et est rejointe par son dépôt, qui se rend à Berg-op-Zoom, le 10 décembre 1800.

1801 - La Demi-brigade occupe successivement en Batavie : Berg-op-Zoom, Terweer et Westcappel, jusqu'au 20 juillet 1801. Elle se reconstitue pendant ce temps, et, en septembre, présente l'effectif suivant :
1er bataillon, 707 hommes.
2e bataillon, 675 hommes.

Le 3e bataillon ne comporte encore que des cadres. À ce moment, l'armée française en Batavie est réduite à un corps auxiliaire de 10000 hommes.

Le 1er octobre 1801 (9 vendémiaire an 10), Bonaparte écrit depuis la Malmaison au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Il doit rester en Batavie, citoyen ministre ... les 18e et 27e légères ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 6537).

Le 10 octobre 1801 (18 vendémiaire an 10), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Vous donnerez l'ordre, citoyen ministre, ... à la 18e légère de se diriger sur Lille ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 6550).

La 18e Légère part pour Lille le 20 octobre 1801.

Des drapeaux sont accordés aux demi-brigades légères par un arrêté consulaire de Juin 1802. Ils sont distribués à une délégation de chaque Demi- brigade à la grande parade du Carrousel pour le 14 Juillet.

Les drapeaux consulaires de Juin 1802

Dimensions : 162 x 162 cm. Taffetas de soie dans lequel est inscrit un losange blanc. Chaque pointe du losange porte un triangle bleu orné d'un cor peint en or. Les quatre angles en forme de triangles rouges ont le numéro peint en or ombré de noir. A l'avers au centre sur fond de rayons peint en lettres d'or/LE PREMIER CONSUL/A LA ...DEMI-BRIGADE/LÉGERE LE/25/MESSIDOR AN 10/. Cette légende est entourée d'une couronne de lauriers verts dont les deux branches sont liées par un ruban rouge. En haut banderole argent doublée de bleu RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. En bas banderole argent doublée de bleu ... me BATAILLON.

Au revers au centre un trophée composé d'un glaive à garde dorée la pointe en bas, de deux sabres et deux fusils croisés le tout réuni par un noeud de rubans tricolores. Ce trophée est entouré par une couronne de laurier et chêne dont les branches sont nouées par un ruban bleu. En haut banderole argent avec RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. En bas banderole argent avec ...me BATAILLON. Hampe peinte en bleu surmontée d'un pique en cuivre doré modèle 1794. Etoffe rattachée à la hampe par un fourreau blanc. Cravate cordons et glands du modèle 1794.

Le 16 juillet 1802 (27 messidor an 10), Bonaparte écrit depuis la Malmaison au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Donnez ordre ... à la 19e de ligne de se rendre à Valenciennes, en réunissant la 18e légère à Lille ... " (Correspondance générale, t.3, lettre 7018).

Au mois de juillet 1803, la Demi-brigade quitte Lille et revient à l'armée de Batavie. Ses deux bataillons vont tenir garnison à Gouda, dans le commandement du général Cassagne.

 

IBIS/ EXPEDITION DU GENERAL DECAEN EN INDE (1802)

A la suite du Traité d'Amiens, conclu avec la Grande-Bretagne, la ville de Pondichéry et les comptoirs français en Inde, occupés depuis 1794 par les Britanniques, doivent être remis à la France. Le 15 avril 1802, Bonaparte avise le Ministre de la Marine, Denis Decrès, que "nous devons prendre possession des Indes ... dans les six mois de la ratification du traité au plus tard" (Correspondance de Napoléon, t.7, lettre 6037). Un expédition est ainsi organisée pour hisser le drapeau tricolore sur Pondichéry et les comptoirs de l'Inde, sous la direction du Général de Division Charles Mathieu Isidore Decaen.

Le 18 juillet 1802 (29 messidor an 10), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous prie, Citoyen Ministre ... d'écrire également au général Decaen, pour qu'il donne l'ordre de former un bataillon d'infanterie légère à cinq compagnies, et fort seulement de 3oo hommes. Le chef de bataillon et les capitaines seront pris parmi les officiers des 3es bataillons d'infanterie légère qui ont été réformés en l'an VIII. Les 1re, 6e, 8e, 9e, 10e, 13e, 14e, 16e, 17e, 18e, 20e, 26e, 27e, 29e, 30e et 31e légères fourniront chacune 20 hommes de bonne volonté. Ce bataillon comptera dans l'armée comme 3e bataillon de la 18e légère. Par ce moyen, cette demi-brigade aura deux bataillons en France et un aux Indes ..." (Correspondance de Napoléon, t.7, lettre 6189; Correspondance générale, t.3, lettre 7026). C'est ainsi donc le 3e Bataillon de la 18e Demi-brigade légère, se retrouvent détachés pour l'expédition.

Le 25 juillet 1802 (6 thermidor an 10), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Les ordres sont donnés, Citoyen Ministre, pour réunir à Brest un bataillon de la 109e demi-brigade, fort de 600 hommes; le 3e bataillon de la 18e légère, formé à 300 hommes; une compagnie de hussards et une compagnie d'artillerie légère, formant ensemble 120 hommes : total, 1,020 hommes. Ces troupes sont destinées à prendre possession de nos établissements aux Indes ..." (Correspondance de Napoléon, t.7, lettre 6208; Correspondance générale, t.3, lettre 7044).

En août 1802, les cadres du 3e bataillon sont envoyés à Brest, et le bataillon, porté à 386 hommes, s'embarque, le 23 septembre, à destination de l'île de France (Maurice) pour servir avec le général Decaen. Il sera incorporé, en octobre 1804, dans le régiment de l'ile de France.

 

II/ CAMP D'UTRECHT ET ARMEE DES COTES DE L'OCEAN

Par arrêté du 24 septembre 1803, le nom de Régiment remplace celui de Demi-brigade ; la 18e Demi-brigade d'Infanterie Légère devient, à cette date, 18e Régiment d'Infanterie Légère. Le chef de brigade Soyez, nommé général de brigade le 29 août, est remplacé, le 5 octobre, par le colonel Balleydier.

Claude Joseph Balleydier

Né à Annecy en 1762. Soldat au régiment suisse de Chateauvieux en 1783. Lieutenant-colonel du 3e bataillon de volontaires du Mont Blanc en mai 1793, fait campagne dans les Alpes et devant Toulon.  Promu chef de brigade de la première formation de la 18e Demi-brigade légère en novembre 1794. Sert à l'Armée d'Italie puis devient chef de brigade de la 29e Légère de seconde formation en décembre 1796. S'illustre en 1799 contre les Autrichiens. Réformé en 1800, devient en mai 1802 commandant d'armes à Porto Ferraio (ile d' Elbe). Nommé colonel du 18e Léger en Octobre 1803. Sera tué aux avant-postes devant Léoben le 10 novembre 1805.

Le 8 Octobre, le 18e Léger fait partie du camp d'Utrecht, créé par ordre du 3, et placé sous le commandement en chef du général Marmont. Le 23 novembre, ce camp ayant été partagé en deux divisions, le 18e Léger est placé à la 1re division du général Boudet.

Le 18 décembre 1803 (26 frimaire an 12), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Le général de brigade Soyez, citoyen ministre, qui commande le 18e régiment d'infanterie légère, n'est payé depuis 3 mois ni comme général de brigade, ni comme chef de brigade, veuillez lui faire donner une solution ..." (Correspondance générale, t.4, lettre 8460).

L'Empire étant proclamé, le régiment reçoit en Décembre 1804 de nouveaux drapeaux avec leurs Aigles.

Le 4 février 1805, il est recréé un 3e bataillon, qui occupe Oudewater. Le Régiment est ainsi réparti :
1er bataillon, à Gouda, 26 officiers ; 477 hommes.
2e bataillon, à Rotterdam, 17 officiers ; 468 hommes.
3e bataillon, à Oudewater, 14 officiers ; 457 hommes.

Le 24 mars 1805 (3 germinal an XIII), "Le ministre de la guerre soumet à l'Empereur un état des officiers proposés pour faire partie du 3e bataillon du 18e régiment d'infanterie légère"; Napoléon décide depuis Paris : «Cette méthode de composer un bataillon par des officiers réformés a bien des inconvénients. Le ministre ne peut les connaître, et l'on s'expose à avoir un bataillon mal composé. Il faudrait, au moins, avoir quelques garanties que ces officiers sont bons» (Correspondance de Napoléon, t.10, lettre 8479).

Le 15 mai, le camp d'Utrecht prend la dénomination de : 1er corps d'armée détaché de l'armée des côtes de l'Océan.

A la fin de juin, pour opérer une diversion au profit de l'escadre de l'amiral Villeneuve, attendue dans la Manche, et forcer l'ennemi à augmenter sa croisière devant nous, l'Empereur prescrit de feindre une expédition lointaine, et de placer à bord de l'escadre du Texel, approvisionnée pour six mois, 4 à 5000 hommes avec un général de division. Le général Boudet est désigné et les deux premiers bataillons du 18e Léger, après avoir reçu du 3e bataillon les hommes nécessaires pour se compléter à 700 hommes, s'embarquent le 8 juillet.

Le 29, tout le corps d'armée était sur l'escadre et on attendait chaque jour la nouvelle de l'arrivée dans la Manche de l'amiral Villeneuve ; mais celui-ci ne put accomplir le programme qui lui avait été indiqué, et, les Autrichiens s'étant mis en marche sur la Bavière, notre alliée, l'Empereur se résout de quitter les côtes et de se rendre à marches forcées en Allemagne, pour secourir l'Électeur de Bavière.

 

III/ CAMPAGNE DE 1805-1806

Le 2 septembre, la division Boudet est débarquée et se dirige sur Clèves, où elle arrive le 9. Le 3e bataillon du 18e Léger reste au camp de Zeist et ce ne sont que deux bataillons qui entrent en campagne.

L'armée des côtes de l'Océan prend le nom de Grande Armée et le corps de Marmont en devient le 2eme Corps. De Clèves, la marche continue par Cologne et Coblentz sur Mayence. De là, le 23 Septembre, par Aschaffenbourg, Rottenbourg, Papenheim et Nassenfels sur le Danube, la division passe, le 9 octobre, à Neubourg, pour se diriger sur Aichach, Augsbourg, Kraumbach, Illertiessen et, enfin, sous Ulm, où l'armée autrichienne d'Allemagne était réunie.

La division occupe, le 16 octobre, le faubourg sur la rive droite du Danube, pour contenir l'ennemi de ce côté. Les Autrichiens, enveloppés et rejetés dans la place d'Ulm, doivent capituler le 20 octobre : 30000 hommes déposent les armes devant l'armée française, qui se porte aussitôt contre les armées russes, venues au secours des Autrichiens et déjà arrivées sur l'Inn.

Le 22, le 2e corps se met en marche par Kraumbach, Augsbourg, Dacau et passe l'Inn à Wasserbourg. Le 28, les Russes se retirent devant nous pour se concentrer en Moravie. Le 2e corps marche à leur suite jusqu'à Steyer ; mais, le 7 novembre, il reçoit l'ordre de remonter l'Ems à marches forcées, et de se diriger sur Léoben, afin de surveiller l'armée autrichienne d'Italie, commandée par l'archiduc Charles.

Le 10 Novembre, arrivé à Léoben, le colonel Balleydier est tué en plaçant les avant-postes.

Le corps d'armée part de Léoben pour se rendre le 14 à Brück, le 15 à Feschiz, et le 20 à Gratz.

Le 4 décembre, le général Marmont, apprenant la marche de l'archiduc Charles sur Vienne, se porte lui-même sur cette ville pour le prévenir. Le 7, son avant-garde entrait à Neustadt et les coureurs de l'archiduc s'y présentaient de leur côté, lorsqu'on apprit la nouvelle d'Austerlitz et de l'armistice qui s'en suit. Le 2e corps dut en conséquence revenir à Gratz jusqu'au 6 janvier 1806.

Le 2e Corps est alors désigné pour relever en Carinthie, en Carniole et à Trente, les troupes de l'armée d'Italie dont il fait partie par ordre de l'Empereur du 11 février. Le 2 mars, le 2e Corps est envoyé dans le Frioul ; le 18e Léger est placé en garnison à Pordenone.

Le 16 mai, le colonel Cazaux est nommé au commandement du Régiment.

Hippolyte Cazaux

Né à Ustou (Ariège) en 1770. Engagé volontaire dans le régiment d'Armagnac (devenu 6e d'infanterie en 1791) en 1788. Capitaine au bataillon des éclaireurs de la Meuse en septembre 1793, sert à l'Armée des Ardennes. Est incorporé dans le 9e demi-brigade légère de 1ère formation en mars 1794, sert à l'Armée de Sambre et Meuse 1794-1795. S'illustre par sa bravoure. Est fait prisonnier de guerre entre 1795 et 1797. Est versé alors dans la 9e Demi-brigade légère de 2e formation. Sert en Vendée puis en Italie avec l'Armée de Réserve en 1800. S'illustre à l'attaque du pont de Plaisance.
Attribution d' un sabre d' Honneur en Septembe 1801. Chef de bataillon à la 9e Légère en mars 1803, puis major du 2e Léger en décembre 1803. Colonel du 18e Léger en mai 1806. A l'Armée de Dalmatie 1806-1809. Grièvement blessé (amputé de la cuisse gauche) à Evernich en Croatie en avril 1809. Sera major à l'Hôtel des Invalides.

Au commencement de juillet 1806, Napoléon donne l'ordre au général Marmont de partir pour la Dalmatie, et l'autorise à emmener avec lui trois régiments d'infanterie à son choix. Il prend le 18e Léger, le 11e et le 35e de Ligne, et se met en route le 15 juillet.

 

IV/ LA CAMPAGNE DE 1806 à 1809 EN DALMATIE DES 1ER ET 2EME BATAILLONS

Le Duc de Lauzun
Carte des provinces illyriennes

Avant l'arrivée de Marmont en Juillet 1806, la situation est encore confuse dans la région. Le Traité de Presbourg, 26 décembre 1805, a fait céder par l'Autriche au Royaume d'Italie, la Dalmatie et les Bouches de Cattaro (Kotor, actuellement au Monténégro). L'Italie devait y installer une administration civile, des forces franco-italiennes y formant un corps d'occupation. La remise des provinces cédées à l'Italie devait s'effectuer du 30 janvier au 28 février. Or les Autrichiens ont permis aux Russes déjà présents à Corfou, de s'installer à Cattaro. Russes qui ne se sentent pas liés par le traité.

Les généraux Molitor et Lauriston sont chargés de la prise de contrôle initiale. Molitor traverse la Croatie pour arriver le 20 février 1806 à Zadar (Zara). La Dalmatie est donc rapidement soumise.

Le 16 avril 1806 est formée officiellement l'Armée de Dalmatie. Elle est alors ravagée par les épidémies. Lauriston rejoint Molitor avec des renforts.

Le 28 mai 1806, Raguse (Dubrovnik), petite territoire encore indépendant, est occupée par Lauriston mais il se voit bientôt assiégé pendant plus de 20 jours par des forces russo-montenegrines qui lui coûteront près de 2000 hommes. Molitor se porte à son secours. Après la délivrance de Raguse, le Général Marmont prend le commandement de l'Armée de Dalmatie et s'occupe de l'urgence : réorganiser son armée qu'il trouve dans un état sanitaire déplorable. De nouveaux régiments y ont été affectés et sont arrivés avec lui,  dont le 18e Léger. Ses deux premiers bataillons, à l'effectif de 63 officiers et 1900 hommes, font partie de la division Boudet, brigade Soyez.

Molitor tient la Dalmatie, Lauriston : Raguse et son territoire et Marmont supervise le tout. Les troupes de l'Armée de Dalmatie vont se répartir dans les places fortes du territoire. Le 18e Léger se rend d'abord à Clissa, et, le 15 août, le 1er bataillon est envoyé à Spalato (Split). L'effectif présent du Régiment est réduit à 1230 hommes par les maladies.

En Juillet 1806, un traité demande expressément à la Russie d' évacuer Cattaro. Mais l'amiral Siniavin qui commande les forces russes et de nombreux miliciens monténégrins tergiverse.

Le 8 septembre 1806, les 2 bataillons du 18e Léger et l'état-major sont réunis au Vieux-Raguse. Marmont apprend que les Russes, ayant reçu des renforts de Corfou, se trouvent en force à Castel Nuovo (Herceg Novi), aux portes de Cattaro. Il laisse à Raguse les blessés et malades et part avec 6000 hommes. Après une marche de nuit retardée par la pluie, les troupes françaises se trouvent au lever du jour à Gruda, où l'on savait trouver les Russes.

Le lendemain 1er Octobre 1806, Marmont se dirige vers Castel-Nuovo. Les hauteurs sont enlevées par les troupes d'élite, la colonne qui avançait par la vallée débouche et arrive sur une ligne de 4000 russes rangés en bataille. Au corps à corps avec des Russes bien supérieurs en nombre, les régiments français font des miracles, notamment les tirailleurs du 79e et les hommes du 18e Léger. Les russes sont obligés d'évacuer la place de Castel-Nuovo et de réembarquer.

«Les Russes eurent au moins dans cette affaire 500 hommes blessés et 250 tués ; nous leur fîmes 200 prisonniers. Nous eûmes 254 tués et 130 blessés ; la faiblesse de cette perte fut due à la vigueur de nos soldats et à la célérité de nos mouvements.
Il était 8 heures du matin lorsque la bataille a commencé, et il est 2 heures de l'après-midi ; nous sommes en position sur toutes les hauteurs qui forment le bassin de Castel-Nuovo et domine sa rade ; un grand nombre de soldats russes, pressés dans leur retraite, se sont jetés à la mer pour rejoindre leurs vaisseaux et se sont noyés ; d'autres, n'étant point recueillis par les embarcations des vaisseaux, qui craignaient le feu que faisait sur elles le 18e Régiment léger (malgré celui des vaisseaux), sont revenus à terre et ont été faits prisonniers ; des voltigeurs de ce régiment se sont jetés à la nage, et ont ramené à terre des soldats russes qui regagnaient les vaisseaux, également à la nage. Si Castel-Nuovo se fût trouvé plus éloigné d'une demi-lieue, il n'y serait rentré aucun Russe. Le 18e Régiment, après les avoir poursuivis jusque sous les murs de la place, malgré le feu continuel des vaisseaux de l'escadre, a pris position à l'entrée des faubourgs de Castel-Nuovo.
» (Rapport du général de division Vignolle, chef de l'état-major général de l'armée de Dalmatie).

Mais Cattaro ne sera rendu définitivement que plusieurs mois plus tard, après la paix de Tilsitt (8 Juillet 1807) le 15 Août 1807. En attendant, le 3 octobre 1806, les troupes reprennent leur camp près du Vieux-Raguse, et s'emploient à mettre la ville en état de défense.

Au commencement de l'hiver de 1806, la situation du régiment présente 214 hommes en convalescence à Castel-Vecchio, 10 officiers et 436 hommes à l'hôpital.
«Ce mauvais état sanitaire provenait de la mauvaise administration ; le pain était fait avec des blés gâtés ; les hôpitaux, peu nombreux, étaient dans le plus grand abandon»
«Le transport des vivres est devenu si difficile et entraîne tant d'inconvénients, que le général en chef prend le parti de mettre seize mulets ou chevaux à la disposition de chaque régiment. On reçoit pour leur nourriture le fourrage des magasins, et, lorsqu'il n'y en a point, les corps l'achètent et le prix de chaque ration leur est remboursé.
Des soldats sont désignés, dans chaque régiment, pour en avoir soin, et ils doivent recevoir pour leur peine une haute-paye qui leur sera comptée tous les mois.
» (Extrait des états de situation).

Au mois de novembre 1806, le 18e Léger est placé à Sebenico, où il se repose dans de bons cantonnements. Le Régiment passa ainsi l'hiver et, grâce aux mesures prises pour assurer une bonne nourriture et éviter les maladies épidémiques, en multipliant les hôpitaux et les maisons de convalescence, l'état sanitaire s'améliora rapidement.

Pendant ce temps, le 3e bataillon, resté en Hollande au moment du départ des deux premiers bataillons, part, avec le dépôt, pour l'Italie au avril 1806, arrive à Conegliano le 4 juin, et se rend, en août, à Venise.

Marmont, les Russes étant occupés à une guerre contre la Turquie, décide de créer dans la Dalmatie un réseau de routes qui faciliteraient les mouvements de ses troupes. Les fantassins deviennent donc soldats du Génie. Le 18e Léger travaille dans les deux directions de Scardonna et de Dernitz, du commencement de juillet au 1er novembre 1807, puis il se réunit à Sebenico, et reçoit du dépôt des renforts importants, qui portent son effectif à 63 officiers et 1900 hommes.

Les travaux de route continuent pour les deux bataillons du Régiment pendant toute l'année 1808 à Sebenico, Scardonna et Dernitz.

Par décret du 18 février 1808, tous les régiments d'infanterie légère doivent être composés de 5 bataillons. Les 4e et 5e bataillons du 18e Léger sont donc formés à Venise en mars 1808. Le 5e en part presque aussitôt pour se rendre à Grenoble.

 

V/ L'OFFENSIVE DE L'ARMEE DE DALMATIE EN 1809

Le 15 mars 1809, Napoléon donna l'ordre au général Marmont de se préparer à entrer en campagne dès que la guerre avec l'Autriche serait déclarée, pour faire diversion en faveur de l'armée d'Italie et menacer le flanc gauche de l'Armée autrichienne qui défendrait la ligne de l'Isonzo. C'est pourquoi, du 20 au 21 mars, toute l'armée de Dalmatie fut réunie sur le plateau au nord d'Ostrowetza, menaçant les débouchés de la Dalmatie en Croatie. Les 1er et 2e bataillons du 18e Léger faisaient partie de la 1ère division Montrichard, brigade Soyez. Marmont ne laissait en Dalmatie que le 60e, un bataillon d'infanterie italienne, un bataillon dalmate et tous ses invalides.

Le 1er avril, l'armée se porta en avant de Knin, et la brigade Soyez fut envoyée à Ervenick pour observer le débouché de la Haute-Zermanja (rivière de Croatie). Le 27, l'ennemi passa cette rivière à gué, et se présenta en forces devant la brigade.

«Le général Soyez le repoussa, mais, le voyant s'accroître devant lui, il crut prudent de se rapprocher de l'armée. Le général en chef arriva, sur ces entrefaites, à son secours avec une brigade, et donna l'ordre au colonel Cazeaux et au chef du 1er bataillon, Jardet, du 18e Léger, de culbuter ce qu'ils avaient devant eux, et de poursuivre l'ennemi jusque dans Obrowatzo, l'épée dans les reins. Cet ordre ne fut que trop ponctuellement exécuté : tout céda, tout plia devant le bataillon commandé par Jardet ; 400 hommes furent tués, blessés ou pris. Mais cet officier s'étant précipité avec la tête de son bataillon jusque dans Obrowatzo même, situé au pied de l'escarpement, le feu vif des Autrichiens, placés sur les rochers de la rive opposée, fut si meurtrier que la queue du bataillon ne put suivre la tête. Celle-ci, mêlée avec les Croates, était descendue jusque dans la ville. Remonter en plein jour était impossible à cette fraction de troupe. Comme la brigade, placée en arrière, n'attendait que le retour du bataillon pour avancer, Jardet cru bien faire de lui envoyer l'ordre de faire son mouvement sur-le-champ, tandis qu'il attendrait la nuit pour le rejoindre avec les 60 ou 80 hommes qu'il avait auprès de lui. Le bataillon arriva ; mais, après son départ, les Croates, dispersés dans les montagnes, revinrent et firent prisonniers Jardet et son détachement. Cet officier de la plus haute distinction, et fait pour arriver à tout, en qui j'avais une confiance sans bornes, me fut heureusement bientôt rendu par un échange. Je le pris près de moi. Devenu mon premier aide de camp, il fut tué à la bataille de Lutzen, 4 ans après.
Le colonel Cazeaux , excellent officier, a été grièvement blessé au commencement de l'affaire
». (Mémoires du maréchal Marmont).

Cinq autres officiers avaient été blessés.

A la nouvelle de la perte de la bataille de Sacile (16 avril 1809) par l'armée d'Italie, le général Marmont suspendit son mouvement en avant, et se rapprocha de Zara. Le 15 Mai, l'armée se concentra à la jonction de la route de Zara à Knin avec la Zermanja. Là, elle fut approvisionnée en pain, biscuit et riz pour 8 jours, chaque soldat muni de 80 cartouches, pour seconder l'offensive reprise par l'armée d'Italie à la nouvelle des succès de l'armée d'Allemagne, à Ratisbonne.

La division Montrichard fut laissée, le 16, en observation devant le grand débouché de la Zermanja, tenant en échec, sur son front, l'ennemi posté au Mont Kitta, pendant que la division Clausel, arrivant sur le flanc gauche, le forçait à abandonner ses positions.

Le lendemain, 17, toute l'armée marcha sur Popina, où les Autrichiens avaient construit des retranchements, et où on croyait avoir une affaire générale ; mais l'ennemi n'avait pu s'y rallier, et on aperçut les débris de son armée en retraite sur Gradchatz et pris position à Gospich, où tout annonçait qu'il avait l'intention de résister. Le 20, on se remit en marche pour Gospich, et, le 21, de bonne heure, on arriva en vue de cette ville.

«L'ennemi venait de recevoir 5000 hommes de troupes fraîches, il avait fait réunir toute la population en armes ; ses forces étaient doubles des nôtres. Sa situation était belle. Gospich est situé à la réunion de 4 rivières, de manière que, de quelque côté qu'on se présente, il est nécessaire d'en passer deux. Les rivières sont toutes très encaissées ; on ne peut les passer que vis-à-vis des chaussées, et, dans cette saison, une seule est guéable. Je me décidai à ne pas attaquer Gospich de front, mais à tourner les positions de manière à menacer ma retraite de l'ennemi. Deux compagnies de voltigeurs du 8e Léger, de la division Clausel, passèrent à gué une des rivières, et allèrent occuper deux pitons qui touchaient la rivière, lorsque, à ce moment, l'ennemi déboucha. Gospich est situé à la réunion de 4 rivières, de manière que, de quelque côté qu'on se présente, il est nécessaire d'en passer deux. Les rivières sont toutes très encaissées ; on ne peut les passer que vis-à-vis des chaussées, et, dans cette saison, une seule est guéable.
Je me décidai à ne pas attaquer Gospich de front, mais à tourner les positions de manière à menacer ma retraite de l'ennemi. Deux compagnies de voltigeurs du 8e Léger, de la division Clausel, passèrent à gué une des rivières, et allèrent occuper deux pitons qui touchaient la rivière, lorsque, à ce moment, l'ennemi déboucha par le pont de Belay sur la division Montrichard, qui suivait la division Clausel. Je donnai l'ordre au général Clausel d'appuyer le mouvement des voltigeurs du 8e avec ce régiment, et de se tenir prêt avec les autres à soutenir la division Montrichard, avec laquelle j'allais combattre l'ennemi qui débouchait. L'ennemi marcha à nous sur trois colonnes ; j'eus bientôt disposé toute la division Montrichard et, après être resté en position pour bien juger du projet de l'ennemi, je me décidai à faire attaquer la colonne du centre par le 18e Régiment d'Infanterie Légère, à la tête duquel marchait le général Soyez, tandis que le 79e régiment, que commande le colonel Godard, et avec lequel se trouvait le général Montrichard, contenait la droite de l'armée ennemie. La charge du 18e Régiment fut extrêmement brillante ; il est impossible d'aborder l'ennemi avec plus de confiance et d'audace que ne le fit ce brave régiment ; l'ennemi fut culbuté, et perdit 3 pièces de canon. Dans cette glorieuse charge, le général Soyez fut blessé d'une manière très grave» (Lettre du général Marmont à l'Empereur).

L'adjudant Gauthier contribua particulièrement à la prise de deux pièces de canon et fut nommé sous-lieutenant. 4 officiers du 18e avaient été blessés.

«Le lendemain, dans l'après-midi, l'action recommença ; l'ennemi vint se former devant nous avec 7 bataillons et une grande quantité d'artillerie, pour battre les débouchés par lesquels nous devions pénétrer des montagnes dans la plaine. Le général Delzons, à la tête du 23e régiment, le colonel Plauzonne, qui commande la brigade du général Soyez depuis sa blessure, avec les 5e et 18e Régiments, gagnèrent, dans un instant, assez de terrain pour permettre à l'armée de se former sans danger. La nuit, qui survint, nous empêcha de profiter de ces succès».

L'armée arriva, le 3 juin, à Laybach (aujourd'hui Ljubiana). Les jours suivants, elle se porta en avant de cette ville, vers Krainbourg, pour se joindre à la division du général Rusca, aile gauche de l'armée d'Italie, et tâcher de couper la retraite au corps autrichien du général Chasteler qui réussit à s' enfuir. Le général Marmont prit position à Laybach, pour se reposer et couvrir Trieste, ainsi que la frontière d'Italie. Le 18e Léger était alors commandé par le capitaine Vivares, son effectif était :
1er bataillon, capitaine Lorin, 10 officiers, 560 hommes.
2e bataillon, capitaine Causse, 5 officiers, 399 hommes.

L’armée ne se remit en marche que le 20 juin, pour chasser le général autrichien Giulay des positions qu’il occupait à Marbourg, sur la Dave. Mais, après s’être avancé jusqu’à Windisch-Feistritz, en face de Giulay, Marmont décida de lui dérober sa marche, d’aller passer la Dave à Volkermarkt et de se diriger sur Gratz, où se trouvait la division Grenier, détachée de la Grande Armée.

Le 28, l’armée de Dalmatie reçut l’ordre de se rapprocher de Vienne et d’être rendue, le 4 juillet au soir, sur les bords du Danube, à six lieues de Vienne. Elle arriva, en effet, le 4, à Neustadt, et resta le 5 juillet (1re journée de la bataille de Wagram) près des ponts sur le Danube. Elle en partit le 6, deux heures avant le jour, pour prendre sa place de bataille au centre de la Grande armée, entre le corps d’Oudinot et l’armée d’Italie, mais ne fut pas engagée non plus dans cette journée.

Les jours suivants, elle fit l’avant-garde de l’armée en marche sur Nicolsbourg, et passa la Taya, le 10, pour marcher sur Znaïm, en remontant la rive gauche. Le général Claparede, qui avait pris le commandement de la division Montrichard (18e Léger), resta en réserve pendant le combat qui eut lieu dans la journée.

Le 11, le combat avait recommencé, lorsque l’Empereur envoya dire au général Marmont qu’il était autorisé à traiter d’un armistice.

L’armée de Dalmatie fut cantonnée dans le cercle de Vienne, sur la rive gauche du Danube ; la division Claparede à Stockerau, où elle arriva le 15. Le lendemain, par suite d’une nouvelle réorganisation, l’armée de Dalmatie devient le 11e Corps de la Grande Armée et les quatre bataillons du 18e Léger doivent être réunis à ce corps. En effet, comme nous le verrons dans le chapitre suivant les 3e et 4e bataillons avaient fait campagne séparément avec l’Armée d’Italie.

Le colonel Christiani, nommé, par décret du 5 juin, en remplacement du colonel Cazaux, prend le commandement du régiment, le 17 juillet.

 

VI/ CAMPAGNE DE 1809 DES 3E ET 4E BATAILLONS A L’ARMEE D’ITALIE

Les 3e et 4e bataillons du 18e Léger étaient en garnison à Bassano, lorsque, le 10 avril 1809, l’archiduc Jean, commandant l’armée autrichienne d’Italie, débute les hostilités contre l’Armée d’Italie d’Eugène de Beauharnais. Les deux bataillons sont alors dans la 5e division, général Barbou, dont le quartier général est à Trévise, et se mettent en marche sur Sacile, où ils arrivent le 11 avril.

Le 16, le prince Eugène, avec 3 divisions, livre bataille à l’armée autrichienne. En infériorité numérique il doit se replier. La division Barbou se replie en bon ordre et couvre la retraite de l’armée derrière la Piave, puis sur Trévise, Vicence et Vérone. Le 18e Léger avait eu 2 officiers tués.

Le 22, les deux bataillons passent à la 4e division, général Lamarque, à Caldiero. Le 2 mai, il sont mis aux ordres du général Durutte, dont les troupes devaient flanquer la droite de l’armée, qui, à la nouvelle des succès de l’Empereur en Allemagne, se préparait à reprendre l’offensive Le même jour, cette division se met en marche sur Montagnana. Les 2 bataillons du 18e Léger et le 9e chasseurs, à l’avant-garde, poussent jusqu’à Este, et Padoue et entrent au contact de l’ennemi. Les compagnies de carabiniers et voltigeurs du 18e Léger les attaquèrent si vivement qu’ils se virent contraints de repasser la Brenta, laissant 30 prisonniers en leur pouvoir. Ce fut le lieutenant Valsh qui, à la tête de sa compagnie, entra le premier dans la tête de pont.

La marche continue, le 4, sur Mestre, puis sur Venise, dont les Autrichiens abandonnèrent le blocus et, le 5, sur Trévise, à la rencontre de l’armée. Le 6, la division entra à Trévise, marche sur la Piave, où elle se réunit au corps du centre, commandé par le général Grenier.

Les deux bataillons du 18e Léger retournèrent à la division Lamarque (aile droite, commandée par le général Macdonald).

L’armée devait traverser la Piave le 8 mai. La division Lamarque passa la rivière au gué de Lovadina. Le général Lamarque fit mettre 100 nageurs à l’eau pour faciliter le passage, qui s’effectua en deux heures. Les régiments, en arrivant sur l’autre rive, se plaçaient en bataille à gauche de la division Broussier, à 200 mètres au-delà de la rivière. L’ennemi, surpris par la hardiesse de ce passage, ne s’y opposa que par ses charges de cavalerie, que notre avant-garde et la cavalerie tinrent en respect.

Le général Lamarque, en poursuivant les Autrichiens, se trouva arrêté par un corps d’infanterie posté au moulin de la Campana ; il le fit attaquer au pas de charge, mais fut bientôt arrêté par un fossé profond et des forces supérieures. Il fit aussitôt avancer son artillerie, et ordonna une nouvelle charge, qui nous rendit maîtres du moulin. Malheureusement, la présence de nombreux fossés l’empêcha de se déployer, et il dut se porter à 3 ou 4 à toises sur la droite, pour se lier à la division Broussier. Il était 8 heures ½ du soir, l’ennemi, canonné par une batterie de 24 pièces et chargé par deux divisions de dragons, se mit en pleine retraite sur Sacile à la faveur de l’obscurité ; il fut poursuivi par nos troupes, qui vinrent bivouaquer à un mille de Conegliano. Une si belle victoire n’avait coûté à l’armée française qu’une centaine de tués et 600 blessés.

Les jours suivants, on continua la poursuite. Le 12, à l’arrivée à Udine, le général MacDonald reçut l’ordre de passer l’Isonzo avec la droite de l’armée, pour attirer l’attention des Autrichiens de ce côté et dégager ainsi l’armée de Dalmatie, avec laquelle il devait lier ses opérations. La division Lamarque passa l’Isonzo, le 15 au matin, et prit position à Goritzia.

Le 18, le général Lamarque, ouvrant la marche avec sa 1re brigade, dont faisait partie le 18e Léger, arriva devant Laybach (Ljubiana), où l’ennemi avait élevé un camp retranché d’un développement immense, très bien armé, très fort par sa position, et défendu par 4000 hommes, qui capitulèrent le 22.

Le 23, le général Mac Donald, afin de conserver ses communications avec l’armée de Dalmatie, dut se porter sur Marbourg et, de là, sur Gratz, où il arriva le 30. Le commandant autrichien entra en négociations, céda la ville aux Français et se retira dans le château, dont on entreprit le siège.

Le 8 juin, Macdonald reçut l’ordre d’entrer en Hongrie avec la division Lamarque, pour suivre le mouvement rétrograde de l’archiduc Jean et se réunir à l’armée d’Italie, pendant que la division Broussier continuerait le siège de Gratz. Mais il n’arriva qu’à 3 heures de l’après-midi, sur le champ de bataille de Raab (12 juin), et ne put prendre part à cette brillante victoire de l’armée d’Italie sur celle de l’archiduc Jean.

Après le match nul d’Essling, l’Armée d’Italie faisait sa jonction avec les forces de l’Empereur pour participer à la bataille de Wagram le 5 Juillet 1809.

Le 5, vers 8 heures du matin, toutes les divisions de l’armée d’Italie commencèrent à passer le dernier bras du Danube. Aussitôt formées sur la rive opposée, elles reçurent l’ordre de se porter dans la plaine de Marchfeldt, et de suivre le mouvement du duc d’Auerstaedt (Davoust). Son Altesse Impériale le Prince vice-roi, témoin de l’impatience de l’armée d’Italie de concourir aux vues de l’Empereur et de combattre sous ses yeux, lui en procura bientôt l’occasion. À 6 heures ½ du soir, il donna l’ordre au général Macdonald d’attaquer et d’enlever, avec la division Lamarque (18e Léger), les positions de l’ennemi sur les hauteurs entre les villages de Baumersdorf et de Deutch-Wagram, et le fit soutenir par les deux divisions du corps du centre. L’artillerie de ces divisions protégeait son mouvement. Ces hauteurs en étaient hérissées et défendues par une nombreuse infanterie. Un canal escarpé, profond de 6 pieds et large de 12 (parallèle au Rüssbach), couvrait le front de cette position. 7 bataillons de la division Lamarque furent disposés pour l’attaque ; 4 restaient en réserve.

En arrivant près du canal, praticable simplement par l’infanterie, S. A. I. fit mettre pied à terre à tout son état-major, et le passa sous le feu le plus meurtrier de mousqueterie et de mitraille, en même temps que les troupes, qui, s’avançant au pas de charge, gagnèrent la position, et mirent l’ennemi en fuite. Le général s’appuya alors sur le village de Baumersdorf, et fit sur tout le front de la position une attaque qui fut couronnée de succès.

Le général Macdonald fit poursuivre les fuyards avec vigueur, mais ils furent bientôt soutenus par plusieurs masses d’infanterie ; ce général appela aussitôt sa réserve, et fit battre la charge sur les carrés ennemis. Toute la ligne suivit l’impulsion donnée par la division Lamarque ; plusieurs carrés autrichiens jetèrent leurs armes. On ramassa 2 à 3000 prisonniers et 5 drapeaux……

Le général MacDonald fut élevé à la dignité de maréchal d’Empire, et le 18e Léger eut, pour sa part, 33 décorations.

Après avoir pris position à Stamersdorf, l’armée d’Italie se porta, le 10, sur la March, où elle s’occupa de la reconstruction des ponts, et y appris, le 14, la conclusion d’un armistice à Znaïm.

Les 3e et 4e bataillons du 18e Léger quittent alors l’armée d’Italie, et rejoignirent les 1er et 2e au camp devant Krems, dans la division Claparede, du 11e corps (ancienne armée de Dalmatie). La situation du 18e Léger est ainsi :
État-major : CHRISTIANI, colonel
1er bataillon : VANDAËLE, chef de bat
2e bataillon : FOURNIER,
3e bataillon : BARRIES,
4e bataillon, BUREAU,
Totaux : 48 officiers 1784 hommes avec 15 off et 679 hommes aux hopitaux et 11 off et 515 hommes prisonniers.

Le 15 septembre, le 4e bataillon quitte l’armée d’Allemagne pour rejoindre le dépôt à Grenoble.

Le colonel Gaussart prend le commandement du régiment, qui quitte ses cantonnements, le 22 octobre, et se rend à Gratz, puis à Laybach (8 novembre).

GAUSSART Louis-Marie

Né le 7 novembre 1773 à Binson et Orquigny (Marne), mort le 9 décembre 1838 à Paris. S'enrôla, comme volontaire, le 15 juillet 1792, dans une compagnie du district d'Épernay, avec laquelle il alla servir à l'armée de la Moselle. Sa compagnie ayant été incorporée dans le 5e bataillon de la Moselle, il y fut nommé sergent-major des grenadiers, le 6 octobre de la même année, et fit, avec ce bataillon, une campagne à l'armée des Ardennes. Fut nommé, le 8 juillet 1793, lieutenant dans le 7ème bataillon du département de la Marne, qui fut incorporé plus tard dans la 52ème demi-brigade d'infanterie de ligne. Il fit, avec ce corps, les campagnes de 1793 et 1794 et celle de 1795, aux armées des Ardennes, de la Moselle, du Haut-Rhin et du Bas-Rhin. Nommé, le 24 août 1795, aide-de-camp du général Pinon, il fit, avec ce général, la campagne de l'armée du Nord, et le suivit ensuite dans les différentes subdivisions qu'il commanda. Nommé capitaine à la 73ème demi-brigade d'infanterie de ligne, le 25 février 1797, il passa de nouveau, aide-de-camp du général Pinon, le 25 octobre de la même année, et fit, en cette qualité, les campagnes de l'armée de l'Ouest, à la suite desquelles il obtint, le 7 août 1800, le grade de chef de bataillon. Il commanda, en cette qualité, la 1ère subdivision de la 2ème division militaire, dont le général Pinon avait le commandement en chef.
Il passa premier aide-de-camp du général de division Desjardins, le 23 septembre 1801, et fut nommé membre de la Légion-d'Honneur, le 26 juin 1803. Il fit, avec le général Desjardins, les campagnes de 1803, 1804, 1805, 1806 et 1807, à la Grande-Armée d'Allemagne. Il combattit à la bataille d'Iéna, le 14 octobre 1806, fut blessé d'un coup de biscayen à la cuisse gauche, au combat de Golymin , en Pologne, le 26 décembre suivant. Il eut un cheval tué sous lui, le 8 février 1807, à la bataille d'Eylau. Fut nommé major au 96ème régiment de ligne, dont il alla joindre les dépôts à Landau. Il obtint la croix d'officier de la Légion d'honneur, le 10 septembre de la même année.
Il reçut, le 10 novembre suivant, l'ordre de se rendre à Metz, pour y prendre le commandement du 4e régiment provisoire, du corps d'observation des côtes de l'Océan. Il fit, avec ce régiment, la campagne de 1808, en Espagne; se trouva, le 27 juin, au passage de la rivière de Quarck, et se jeta le premier à la nage, pour donner l'impulsion à son régiment. Il eut, dans cette affaire, un cheval tué sous lui. Le lendemain, 28 juin, à l'affaire de Valence, étant à la tête du 3ème régiment, dont il avait pris le commandement, après que le chef de ce corps eut reçu une blessure mortelle, il eut lui-même le corps traversé par une balle.
Il fut nommé, le 31 mars 1809, colonel en second de la 13ème demi-brigade provisoire qui s'organisait à Metz, et avec laquelle il se rendit à Vienne en Autriche. Il fut nommé, le 15 août 1809, chevalier de l'empire, avec une dotation annuelle de 2000 fr.
Après la dislocation de la 13ème demi-brigade, il fut nommé, le 29 août de la même année, colonel en second de la 2ème demi-brigade d'infanterie de ligne, faisant partie du corps du maréchal Oudinot. Il passa, le 21 septembre suivant, colonel titulaire du 18ème régiment d'infanterie légère, avec lequel il fit la campagne d'Illyrie. Il le commanda aussi, en 1812, à la grande-armée de Russie.
Pendant la retraite de Moscou, le colonel Gaussart combattit, le 24 octobre 1812 à la bataille de Maloïaroslawelz, et y fut blessé d'un coup de biscayen qui le frappa au pied droit. Il eut un cheval tué sous lui à l'affaire de Smolensk, le 16 novembre suivant, et fut encore blessé à l'œil droit au combat de Krasnoï, en commandant la 1ère brigade de la 14ème division du 4ème corps d'armée, avec lequel il fit toute la retraite jusqu'à Glogau en Silésie.
Sa promotion au grade de général de brigade est datée du 12 avril 1813. Il fit le commencement de la campagne de Saxe, et fut nommé baron d'empire le 24 juillet. Le 28 septembre 1813 en raison de son état de santé, il prit le commandement du département du Lot-et-Garonne.
Après la Restauration des Bourbons, il fut confirmé dans son commandement, et obtint la croix de chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, le 13 février 1815. Il commandait encore le département du Lot-et-Garonne lors du retour de l'Empereur, en mars de la même année. Il n'adhéra au gouvernement de Bonaparte que le 7 avril suivant. Il reçut alors l'ordre de se rendre à Paris, où on lui donna, le 10 mai, le commandement d'une brigade de gardes nationales dans le corps d'observation du Jura. Chargé de la défense du passage des Rousses, en avant de Moret, il y fut attaqué, le 2 juillet, par un corps de 7 à 8000 Autrichiens. Il défendit sa position avec 500 hommes du 81ème régiment de ligne, et quelques compagnies de gardes nationales.

Par dépêche du Ministre, en date du 14 décembre, le corps commandé par le maréchal Marmont doit porter désormais le nom d’armée d’Illyrie.

En février 1810, le 3e bataillon quitte l’armée d’Illyrie, et rejoint les 4e et 5e à Grenoble.

 

VII/ CAMPAGNE DE CATALOGNE DES TROISIEME ET QUATRIEME BATAILLONS, 1810-1814

Tambour Maitre du 18e Léger en Catalogne, 1810-1814
Tambour Maitre du 18e Léger en Catalogne, 1810-1814

À son arrivée en Catalogne, où le maréchal Mac Donald, commandait en chef (septembre 1810), le 3e bataillon avait été placé en garnison à Barcelone.

Au mois de mars de l’année suivante, le général Maurice Mathieu, gouverneur de Barcelone, fut prévenu d’une conspiration qui avait pour but la surprise de cette forteresse et principalement du fort de Mont-Jouy, dans la nuit du 19 au 20, par le général Campo-Verde, chef de l’armée espagnole, forte de 14 000 hommes. Il sortit de la place à minuit, avec 2 000 hommes d’infanterie et 60 chasseurs à cheval, pour attaquer les Espagnols sur leurs derrières, dans la plaine. Le commandant supérieur du fort Mont-Jouy devait laisser approcher les Espagnols jusque sur les ouvrages, et tomber brusquement sur eux à la baïonnette. Une partie du bataillon du 18e Léger, qui formait la garnison du fort, fut placée dans les fossés, hors du corps de place ; une autre partie près de la poterne que l’ennemi se proposait de forcer.

«Les ennemis ont été reçus au Mont-Jouy avec toute la vigueur qu’on devait attendre de la garnison ; ils ont été, en même temps, attaqués sur les routes de l’Hospitalet et d’Esplugas par les colonnes que j’y avais envoyées. La déroute de l’ennemi a été complète ; nous lui avons tué 3 ou 400 hommes. Les régiments de Nassau et le 5e Italien ont rivalisé de valeur avec les bataillons français du 18e Léger, 5e de ligne, etc.
J’ai beaucoup à me louer de ......... du chef de bataillon Fournier du 18e Léger.......
» (Le général Maurice Mathieu au Ministre de la Guerre).

On remarqua les actions des : capitaine Delatant, avec sa compagnie de carabiniers, sous-lieutenant Jehean, de la même compagnie, 1re compagnie du 3e bataillon, sous le commandement du capitaine Pin, adjudant-major Chalopin. Ces cinq officiers furent proposés pour une dotation.

Le bataillon, fort de 17 officiers, 549 hommes de troupe présents, prend part, le 19 septembre 1811, à une affaire entre Saint-André et Moncade, où la garnison de Barcelone repousse les tentatives faites par une armée espagnole de 5 000 hommes, grossie par une armée de paysans, pour enlever une redoute élevée entre ces deux points.

Le 30 octobre 1811, le général Decaen succède au maréchal Macdonald dans le commandement de l’armée de Catalogne.

Le 12 novembre, le général Maurice Mathieu écrit au général en chef Decaen :
«2500 hommes de la division Frère, étant arrivés hier à midi à Barcelone, je suis parti pour faire une pointe sur Mataro, où nous sommes arrivés à 4 heures du matin ; nous y avons détruit des armes, des magasins de vivres et pris beaucoup d’effets d’habillement.
Vers midi, l’ennemi est venu nous attaquer avec toutes les forces qu’il a pu réunir : nous l’avons vigoureusement repoussé, avec presque le seul bataillon du 18e Régiment d’Infanterie Légère, dont l’excellent chef, M. Fournier, a été blessé.
Nous avons pris un lieutenant-colonel et une trentaine de soldats ; blessé et tué beaucoup de monde. Nous allons rentrer à Barcelone, mais j’attends la nuit afin d’éviter le feu de l’escadre anglaise
».

Le bataillon du 18e Léger avait eu 3 officiers blessés.

Pendant ce temps, le général Decaen, dont le quartier général est à Figuières, se propose de conduire des vivres à Barcelone, et prescrit à la garnison de venir à sa rencontre.

Le 2 décembre, le général Mathieu sort de la ville, à 9 heures du soir, avec toutes les troupes disponibles, et, après avoir fait quinze lieues, il arrive, à midi, au défilé de Trenta-Passos, dont toutes les sommités sont occupées par une division espagnole, forte de 5 régiments et d’un grand nombre de somatens (milices catalanes).

«J’ai de suite formé mon avant-garde en 3 colonnes, et attaqué l’ennemi en même temps par le centre, l’aile droite et l’aile gauche. Le 5e Régiment d’infanterie, la compagnie des partisans, commandée par le brave capitaine Palégry du 18e Léger, et les deux compagnies d’élite du 3e bataillon du 18e Léger, ont chargé à la baïonnette, et ont chassés successivement les insurgés d’un amphithéâtre de positions très escarpées, les ont culbutés sur tous les points, et leur ont tué ou blessé environ 600 hommes. Nous avons eu 6 hommes tués et 30 blessés ; ces derniers ont été rapportés dans les hôpitaux de Barcelone sur des brancards et par leurs camarades. Toutes les troupes et les officiers ont fait tous leurs efforts pour mériter votre estime ; leur marche a été longue et pénible, mais ils ont oublié leur fatigue, dès qu’il a été question de combattre» (Le général de division Maurice Mathieu, gouverneur de Barcelone, au général Decaen, commandant).

Quelques jours après, le 4e bataillon recevait l’ordre de rejoindre le 3e à l’armée de Catalogne. Le 28 janvier 1812, à son arrivée à Barcelone, son effectif est de : 15 officiers, 519 hommes présents.

Le rôle de la garnison de Barcelone se réduit, à l’avenir, à faire des sorties constantes pour chercher des approvisionnements. Le reste de la région étant aux mains des guérilleros soutenus par des débris de l’ armée espagnole.

«Ils sont maîtres de toutes les villes, bourgs ou villages que nous n’occupons pas, dit le général Maurice Mathieu, aussi ils ont à leur disposition au moins les trois quarts de la Catalogne. Quand on marche sur eux en force, ils se retirent, ils se dispersent et, lorsque nous avons quitté les points d’où nous les avons forcés à fuir, ils y reviennent».

Le Duc de Lauzun
Prise du couvent de Montserrat Juillet 1812

Le 24 juillet 1812, 600 hommes du 18e Léger, sous les ordres du chef de bataillon Bois, font partie d’une colonne aux ordres du général Devaux, chargé, concurremment avec deux autres colonnes, commandées par les généraux Clément et Lamarque, de reconnaître et de détruire les ouvrages que l’ennemi avait élevés au Mont-Serrat, en collaboration avec les troupes de Suchet.

Le chef de bataillon Bois, commandant le 18e Régiment d’Infanterie Légère, ainsi que les chasseurs des montagnes et les chasseurs distingués (riches Catalans) de la Catalogne, ont vivement attaqué l’ennemi, cherchant à le déborder par la gauche, tandis que le 23e Léger et les miquelets de Pujol, qui avaient passé la rivière à gué, au-dessus de Martorell, cherchaient à le tourner par sa droite. Mais une fuite précipitée et la nuit qui est survenue l’ont mis bientôt à l’abri de nos poursuites. On lui a cependant tué ou blessé beaucoup de monde. Nous avons perdu dans cette affaire le capitaine Laurent, commandant les compagnies de voltigeurs du 18e Léger, jeune officier de beaucoup de mérite et qui donnait de grandes espérances. M. Detalant, capitaine de carabiniers au même régiment, a été blessé, ainsi qu’une vingtaine d’hommes.

- 1813

En Catalogne, le général espagnol Copons succède au général Lascy à la tête des armées insurgées, tandis que l'armée anglo-sicilienne du général Muray a pris Alicante comme base.

En Avril, le maréchal décide de se porter au-devant des forces espagnoles et de leurs alliés. Le 12 Avril, les Espagnols sont repoussés à Yecla et les forces britanniques à Biar. Le lendemain 13 Avril 1813, à Castalla , Suchet affronte une nouvelle fois l'Armée britannique bien retranchée.

Devant de nombreuses pertes, Suchet n'insiste pas et prend une position défensive attendant une attaque anglaise qui échoue elle aussi. Match nul.

Suchet, menacé au Nord du royaume de Valence et d'Aragon par des forces espagnoles resserre ses positions, puis se porte sur Valence pour empêcher un nouveau débarquement anglais sur les côtes.

Le 2 Juin, les forces ennemies conjointes, par terre et par mer se portent sur Tarragone et débutent le siège de la ville. Le 2 juin, le général Bertiletti, gouverneur de Tarragone, fait savoir que cent voiles ennemies anglaises, portant 10 à 12000 hommes de troupes de débarquement, étaient devant la place. Le 12, le général Mathieu marche au secours de Tarragone avec 6000 hommes, dont le 3e bataillon du 18e Léger, commandé par le major Destrières, pendant que le maréchal Suchet s’y rend, de son côté, avec l’armée d’Aragon.

Le 18e Léger était à l’avant-garde, aux ordres de l’adjudant-commandant Ordonneau, qui rencontra et culbuta, à Arbos, l’avant-garde de l’armée espagnole. Ce premier succès et le mouvement combiné avec celui du maréchal Suchet suffisent pour amener la retraite des Espagnols sur le col de Sainte-Christine et le réembarquement de l’armée anglaise, qui, dans sa précipitation, abandonne 18 bouches à feu et un immense matériel de siège.

Le 11 Juin, le général Harispe, attaqué sur le Xucar, a repoussé les Espagnols.

Mais tandis que Suchet réussit tant bien que mal à se maintenir au Sud Est de l'Espagne, plus au Nord la situation empire avec la défaite de Vittoria le 21 Juin, qui induit la retraite des armées françaises sur les frontières du pays basque.

Suchet doit donc lui aussi reculer et commence à évacuer le royaume de Valence le 5 Juillet. L'Armée marche sur l'Ebre, laissant des garnisons sur ses arrières dont Tortose.

Dans le même temps l'Aragon voisin est perdu.

Du 14 au 15 Juillet, l'Armée passe l'Ebre, ralliant des petits détachements isolés, se porte sur Valls, Reuss et Tarragone, et met Lerida en état de défense.

Puis Suchet s'établit à Villafranca.

Fin Juillet, les forces anglo-espagnoles attaquent de nouveau Tarragone. Le 14 Août les forces conjointes de Suchet et Decaen, à Villafranca, obligent les Anglais à se replier. Puis Suchet évacue la garnison, fait exploser les fortifications de Tarragone et continu son repli progressif, les Anglo- espagnols sur ses talons.

Les Anglais s'établissent eux même à Villafranca, et leur avant-garde se fortifie au col d' Ordal.

Suchet décide de contre attaquer le 3 Septembre. Les 12 et 13, il s'empare des retranchements du col d'Ordal, puis marche sur Villafranca, épaulé sur son flanc par les troupes des généraux Decaen et Maurice Mathieu qui doivent bousculer pour arriver des forces espagnoles. Le général Ordonneau commandant l'avant-garde du général Mathieu pousse le chef de bataillon Pellegrin et le 18e Léger qui traverse les rangs ennemis.

Les forces anglo-espagnoles se replient. Si cela ne les a pas détruits, cela les retarde un temps dans leurs opérations.

À la fin de septembre, des détachements de tous les corps de l'armée de Catalogne étaient allés prendre des recrues à Perpignan.

Le 11 novembre 1813, les deux armées d’Aragon et de Catalogne sont fusionnées sous le commandement du maréchal Suchet. Le 18e Léger (3e et 4e bataillons), est placé dans la division de Barcelone.

Au commencement de décembre, 8000 autres conscrits ayant été dirigés sur les dépôts du Midi, chaque régiment de l’armée d’Espagne dut envoyer le cadre d’un 6e bataillon pour les recevoir, et les organiser en divisions de réserve.

Le colonel Meder, qui commandait le rgt de Nassau désarmé par la volonté de l’Empereur, comme beaucoup de régiments étrangers considérés comme peu fiables, voulut continuer à servir la France. Il fut placé à la tête des deux bataillons du 18e Léger, le 31 décembre 1813.

Le 4 février, le maréchal Suchet quitte Barcelone, et évacue la Catalogne après avoir pris pour son armement et pour son approvisionnement toutes les mesures nécessaires. Il y laisse 7500 hommes (parmi lesquels le 18e Léger), sous le commandement du général HABERT. Le Régiment y reste jusqu’au 27 mai 1814, où la garnison reçoit l’ordre du maréchal Suchet de remettre la place aux Espagnols.

 

VIII/ CAMPAGNE DE RUSSIE DES PREMIER ET DEUXIEME BATAILLONS AVEC LE 4e CORPS (1812)

Dès le mois de Juin 1811, Napoléon prévoit d'envoyer un détachement cadre du 5ème bataillon du 18e Léger, du 8e Léger et du 23e de Ligne, pour tenir garnison sur Toulon. Le détachement fut envoyé à l'ile Sainte Marguerite pour y encadrer des conscrits réfractaires pour renforcer ces régiments, formant ainsi un bataillon provisoire d'Illyrie. En février 1812, les unités comptaient encore à la division de Toulon, et Napoléon prévoyait de les rattacher à une division des Alpes pour former une réserve pour l'Italie, le Simplon ou partout où on en aurait besoin.

À la fin de février 1812, les 1er et 2e bataillons, que nous avons laissés à l'armée d'Illyrie, sont désignés pour faire partie du Corps d'observation d'Italie devenu, le 3 mars, au moment de la reconstitution de la Grande Armée pour la campagne de Russie, 4e corps de la Grande Armée, sous le commandement en chef du prince Eugène de Beauharnais, vice-roi d'Italie. Ils comptent à la 14e division Broussier, 1ère brigade avec le 9e de Ligne.

Ils partent aussitôt de Fiume et arrivent le 26 février à Villach, d'où ils doivent rejoindre isolément le corps d'armée en marche sur Ratisbonne. Ils sont, le 11 mars, à Linz, le 28, à Augsbourg, le 31 à Donauwerth, puis marchent sur Nüremberg, Bayreuth, Zwickau, Dresde, Goerlitz et enfin, le 23 avril, sur Lüben, où ils rejoignent la 14e division.

Départ de Lüben, le 8 mai, pour Glogau ; les corps laissent dans cette dernière ville, un petit dépôt, fort, pour le 18e Léger, de :
1er bataillon : 2 officiers, 12 hommes,
2e bataillon : 2 officiers, 7 hommes,
Artillerie régimentaire : 2 officiers, 1 homme.

Puis la marche continue sur Plock, où on passe la Vistule, le 27.

La Situation du 18e Léger est alors : Colonel Gaussart.
1er bataillon (Vandaele), et état-major, officiers, 21 ; troupe, 849.
2e bataillon (Bureau), officiers, 12 ; troupe, 517.
Artillerie régimentaire, officiers, 3 ; troupe, 83 : 2 pièces de canon, une forge, 3 caissons à munitions, 2 à cartouches, 2 à vivres, 40 chevaux de trait.

Le 15 juin, à l'arrivée à Lensbourg, l'infanterie reçoit l'ordre de faire le service de campagne, et de requérir dans ses cantonnements des boeufs en quantité suffisante pour assurer une réserve de 15 jours. Le 20, il est organisé, à la suite de chaque régiment, une compagnie de transports auxiliaires composée de 50 voitures du pays.

Les jours suivants, on s'approche du Niémen par Kalivari, Marienpol et on passe le fleuve sur un pont de bateau, le 30, à Piloni.

Le 12 juillet, la 14e division arrive à Smorgoni, le 15, à Vileika. Le 4e corps d'armée est chargé de soutenir la cavalerie de Murat, qui poursuit les Cosaques.

Le 25, marche sur Ostrowno où a lieu un petit combat contre l'arrière garde russe, mais le 4e Corps arrive trop tard pour y participer, et, le 26, sur Witebsk. Les Russes, en se retirant sur cette ville, tirent quelques coups de canon qui firent peu de mal ; puis ils se déployèrent au dessus d'un grand plateau, situé auprès de la ville et qui domine toutes les routes par lesquelles on y arrive. Leur nombreuse cavalerie était rangée en bataille à l'extrémité de la plaine.

La division Broussier , d'avant-garde, alla se mettre en position sur une hauteur faisant face au plateau occupé par les Russes. La cavalerie ennemie prit d'abord comme objectif de ses charges les troupes qui couvraient le passage, et consistant en un régiment de chasseurs et 300 voltigeurs du 9e de ligne ; puis elle se dirigea sur la division Broussier ; mais celle-ci, formée en carré, présenta à l'ennemi un front inexpugnable devant lequel vinrent se briser tous ses efforts.

Napoléon était présent et donnait les ordres nécessaires. Il fit venir la 13e division sur la droite, pour occuper les hauteurs qui dominaient la position de l'ennemi. Le 4e corps se trouva alors vis-à-vis du camp russe, établi au-delà de la Loutchésa, dont les rives escarpées formaient un ravin si profond, qu'il était impossible d'en venir à une action générale. Les Russes se replièrent dans la nuit ayant hâte de rallier Smolensk pour éviter de se faire tourner.

Le 4e Corps , après la prise de Smolensk entra dans la ville, le 19, et alla camper sur les hauteurs qui la dominent à l'Est.

Pendant les quatre jours que Napoléon resta à Smolensk, il passa en revue les différents corps qui s'étaient distingués depuis l'ouverture de la campagne. Une tenue magnifique, et surtout le souvenir des brillantes affaires de Witepsk, valurent au 4e corps de nombreuses récompenses : le 18e Léger reçut 11 décorations.

L'armée partit de Smolensk le 23 août.

- BATAILLE DE LA MOSKOWA (7 septembre 1812)

Reculant jusqu’à présent, et ayant changé leur commandant en chef par Koutouzov, les Russes décident de livrer bataille devant leur capitale et se retranchent. Pour Napoléon, il faut briser définitivement l’Armée russe. Dès le 5 Septembre, les premiers combats ont lieu sur la redoute de Schwardino.

Le 7 septembre, à 6 heures précises du matin, un coup de canon annonce que l’affaire reprend. Le 4e Corps est au centre. La 13e division (Razout) s’empare de Borodino à la baïonnette, et, peu de temps après, la division Morand, du 1er corps, mise sous les ordres du prince Eugène, enleve la grande redoute que les Russes parviennent bientôt à reprendre.

Cependant les 1er et 3e corps, à la droite de l’armée, se sont emparés des retranchements qui couvraient la gauche des Russes, et il devient urgent pour le 4e Corps d’enlever une deuxième fois la grande redoute, dernier point d’appui de la ligne russe.

Il concentre sur la droite les divisions Morand et Gudin, amène sur la gauche la division Broussier (18e Léger), qui n’avait pas encore donné, puis, ses dispositions faites, ordonne une attaque simultanée par les trois divisions.

Au moment où ses troupes approchent des retranchements ennemis, ceux-ci, avec toutes leurs pièces, tirent à mitraille. Nos soldats sont d’abord ébranlés ; le Prince, qui s’en aperçoit, ranime leur courage, en rappelant à chacun des régiments la gloire dont il s’était couvert dans diverses circonstances.

Le Prince dirige lui-même l’attaque de la division Broussier. Murat, prévenu de cette attaque, cherche à la favoriser par les charges de sa cavalerie, qu’il lance de Séménowskoïé sur la ligne des Russes. Trois régiments de cuirassiers du 2e corps de cavalerie, conduits par le général Caulaincourt, chargent tout ce qui se trouve à droite et à gauche de la grande redoute ; se trouvant alors en but au feu de ses défenseurs, ils reviennent en arrière et entrent par la gorge, au moment où la division Broussier profite du tumulte du combat pour escalader les parapets.

L’infanterie ennemie, placée près de là, derrière un ravin, fait une décharge si terrible sur nos cuirassiers qu’elle les obligea à se retirer ; nos fantassins prennent leur place, et achevèrent la conquête de la grande redoute.

Ce succès décide de la journée. L’ennemi se retire sur une nouvelle ligne, d’où il continue une forte canonnade jusqu’à la nuit. Le lendemain, on vit qu’il s’était décidé à abandonner définitivement sa position et à prendre la route de Moscou, qui est évacué peu de temps après.

Le corps d’armée passe la Moskowa sur un pont de chevalet, et arrive le 9 à Rouza, dont les habitants surpris n’avaient pas eu le temps de faire disparaître les vivres, et où nous trouvâmes en abondance de la farine, de l’eau-de-vie et beaucoup d’autres ressources.

Le 4e Corps traverse Moscou abandonné, et vient s’établir, à 3 ou 4 lieues à l’ouest de la ville. Mais la prise de sa capitale n’incite pas le Tsar à négocier. Il laisse l’Empereur s’enferrer dans la ville, en attendant la mauvaise saison et en harcelant les troupes françaises. Comprenant qu’il a attendu en vain, Napoléon décide de se replier sur ses bases arrières à la mi-Octobre. Le 18e Léger comprend alors encore 39 officiers et 1 092 hommes.

La retraite commence le 19 octobre dans la direction de Kalouga, par Borowsk, où le 4e corps arriva le 23, et d’où il se mit en marche, le 24, sur Malojaroslawetz. Il faut y bousculer des troupes russes pour passer. Le prince Eugène ordonna à la division Delzons d’enlever Malojaroslawetz. Elle y pénétra baïonnette baissée, et en chassa les Russes ; mais ceux-ci revinrent à la charge et, grâce à leur immense supériorité numérique, parvinrent à faire plier les Français.Le prince accourut alors lui-même avec la division Broussier (18e Léger) afin de rétablir le combat, et laissa en réserve, de l’autre côté de la Lougéa, la division Pino avec la Garde Italienne.

«La division Broussier gravit, sous un feu épouvantable, la côte couverte des cadavres de la division Delzons, pénétra dans la ville de Malojaroslawetz, chassa de rue en rue les troupes russes commandées par le général Sockoroff, et les contraignit à se replier sur le plateau. Mais, à ce moment, le corps du général Raeffskoi arrivait aux abords de la ville. Il s’élança sur-le-champ. Les Russes, tous leurs généraux en tête, luttaient avec fureur pour interdire aux Français cette précieuse retraite de Kalouga ; les Français, de leur côté, combattaient avec une sorte de désespoir pour se l’ouvrir, et, quoique ceux-ci fussent 10 à 11000 au plus contre 24000, et sous une artillerie dominante, ils tinrent ferme. Cette malheureuse ville, bientôt en flammes, fut prise et reprise six fois. On se battait au milieu d’un incendie qui dévorait les blessés et calcinait leurs cadavres. Enfin, une dernière fois, nous étions prêts de succomber, lorsque la division Italienne Pino et les chasseurs de la Garde royale italienne vinrent forcer les Russes à retraiter».

Napoléon arrive dans la nuit ; les pertes sont énormes (8 généraux et 4000 hommes) ; Napoléon va prendre alors la décision fatidique de suivre la route de repli identique à celle de l’aller car c’est la plus courte, mais c’est aussi la plus dévastée. Le 31 on arrive à Wiasma mais le 4e Corps est à la traine et Davout, à l’arrière garde doit l’attendre et lutter contre les Russes pour éviter que l’Armée soit coupée en deux. Ney assure ensuite l’arrière garde.

Le Duc de Lauzun
Combat de Vitebsk

Pour protéger son flanc droit Napoléon envoie le 4e Corps sur la route de Vitebsk. Le Corps ne compte déja plus que 7000 hommes. Le 10 Novembre à Vop, attaqué par les Cosaques il doit abandonner son matériel et son artillerie ; de plus Vitebsk est aux mains des Russes et il faut à présent gagner Smolensk puis Krasnoïe. La température ne cesse de chûter. Napoléon réunit le reste de ses troupes.

Le 16, deux heures avant d’arriver à Krasnoïé, au défilé formé par le pont sur la Lossmina, un parlementaire russe se présenta à l’avant-garde du 4e Corps en marche pour annoncer que l’Armée française était cernée par une armée de 20 000 hommes et qu’on lui offrait, s’il voulait se rendre, des conditions honorables. L’armée russe barrait en effet le passage, et il ne restait qu’à se frayer le chemin l’épée à la main pour gagner Krasnoïe.

Le prince Eugène accueille les propositions de l’ennemi avec indignation, et ordonna aussitôt aux débris de la division Broussier, à laquelle il donna les deux uniques pièces de canon qui nous restaient encore, de faire face à l’ennemi. Mais les Russes, outre l’avantage de la position, avaient une immense artillerie. Ils nous laissèrent avancer jusqu’au pied du plateau qu’ils occupaient, et, démasquant alors leurs pièces placées sur des traîneaux, foudroyèrent nos carrés, tandis que la cavalerie ennemie accourait dans la plaine pour les charger.

Toujours héroïque, la division Broussier (18e Léger), s’avança sous cette mitraille, bien résolue à enlever à la baïonnette les batteries ennemies. Cependant, chargée par une nuée de cavaliers, les recevant en carrés et leur tenant tête obstinément, elle se vit bientôt obligée de plier et de se rapprocher du corps de bataille.

Le prince Eugène, devant l’opiniâtreté que l’ennemi mettait à nous fermer le passage, résolut de chercher une autre voie. Tandis que la division Broussier contenait les Russes fit passer le reste de son Corps. La division Broussier, plus que 400 hommes valides !, fut recueillie par le maréchal Davout.

L’armée française après de durs combats reussit à poursuivre sa terrible retraite en passant par la Berezina.

Le 27 décembre, le prince EUGENE arriva à Marienwerder, où il s’occupa de réunir tout ce qui appartenait au 4e corps.

Au 31, l’effectif du 18e Léger n’était plus que de : 29 officiers, 149 hommes.

Les débris du 18e Léger, revenus de la campagne de Russie, et les détachements en route pour le rejoindre à la Grande Armée furent organisés en deux compagnies d’environ 100 hommes chacune, qui firent partie de la garnison de Glogau. Elles durent compter au 5e bataillon. Les cadres en surplus furent dirigés sur le dépôt du Régiment à Grenoble, où on forma, le 1er février, le cadre d’un 6e bataillon.

Les 1er et 2e bataillons se réorganisèrent également à Grenoble, avec les recrues de 1813.

Le drapeau modèle 1812 du 18e Léger

Tricolore en bandes verticales et broderies argent porte inscrit le nom des batailles d’ULM et WAGRAM. Il n’est pas porté en Russie et reste au dépôt de Grenoble mais accompagnera le régiment en 1813 (d’après P. Charrié)

 

IX/ LA CAMPAGNE D'ALLEMAGNE EN 1813 DU 18ème LEGER : PREMIER, SECOND ET SIXIEME BATAILLONS

Officier de Chasseurs, infanterie légère, 1813
Officier de chasseurs, infanterie légère, 1813

Au début de 1813, l'Armée est en pleine reconstruction. Des régiments provisoires sont formés avec les débris de l'Armée d'Allemagne et ceux rescapés de la campagne de Russie, tandis qu'une gigantesque levée d'hommes passant par les dépôts va combler les effectifs. Le Prince Eugène supervise les premières mises en place des troupes.

Le 16 Mars, le roi de Prusse s'allie avec le Tsar.

Le 6ème bataillon (commandant Boitteux), à l'effectif de 18 officiers, 574 hommes, est dirigé sur Augsbourg. À son arrivée, le 17 avril, il reçoit 219 hommes du 9e de ligne et forme, avec le 7e bataillon du 14e, le 5e régiment provisoire. Il entre, avec le 156e comprenant quatre bataillons, dans la composition de la 1re brigade de la 14e division (général Lorencez) du 12e Corps (maréchal Oudinot) et se dirige, le 23, avec le corps d'armée, sur Bamberg par Anspach.

Le 1er bataillon (commandant Lorin), désigné pour le corps d'observation de Mayence, doit quitter le dépôt dans la première quinzaine de mai, sinon le bataillon en entier, au moins trois ou quatre compagnies complètes, bien habillées, armées et équipées.

Oudinot, nommé, le 24 avril, au commandement du 12e corps, comprenant les 13e et 14e divisions de l'armée et les Bavarois, se rend à Bamberg et reçoit l'ordre de réunir ses troupes à Cobourg, afin de pouvoir appuyer le 4e corps (général Bertrand ) dans ses positions de Saalfeld ; puis, ce corps ayant suivi le mouvement de l'armée sur Leipzig, il lui est prescrit de se porter, si possible, le 27 avril, à Saalfeld, d'occuper Rüdolstadt, et de venir garder les débouchés d'Iéna. Il se trouve ainsi, le 2 mai, au moment où se livre la bataille de Lutzen, entre Iéna et Rüdolstadt.

Il poursuit sa marche sur Leipzig et arrive à Dresde le 12 Mai. Mais le 5e régiment provisoire (6e bataillon du 18e Léger, 7e du 14e de ligne) reste à l'escorte du grand parc jusqu'au 14, et ne rejoint le corps d'armée que le 15 à Neustadt, faubourg de Dresde. Le 16, marche sur Bischfswerda, le 17 sur Dornitz, le 18 sur Nossig, pour appuyer le maréchal Mac Donald, et former la droite de l'armée. Le colonel Gaussart est nommé général de brigade le 12.

Le 2e bataillon (commandant Roberjeot), complété d'abord à 130 hommes par compagnie, cède 400 hommes, les plus robustes et les plus vigoureux, à la cavalerie. Il ne comptait donc plus que 60 hommes par compagnie, plus les cadres, c'est-à-dire un total d'environ 450, au moment de son départ de Grenoble pour Mayence, où il arrive le 11 mai, et fait partie du 27e régiment provisoire, avec un bataillon du 8e Léger. Placé d'abord au 6e corps à Magdebourg, il rejoint, dans les derniers jours de juin, le 6e bataillon au 12e corps.

La situation du Régiment devient :
État-major : Bertrand, colonel à la suite, commandant le 5e provisoire (voir plus haut) puis les bataillons de guerre du 18e Léger
2e bataillon : Roberjeot, chef de bataillon, 11 off et 357 hommes (3 off et 72 hommes aux hopitaux)
6e bataillon : Boitteux, chef de bataillon, 17 off et 361 hommes (1 off et 163 hommes aux hopitaux)

Le 27 mai, le 2e corps, commandé par le maréchal Victor, était arrivé à Glogau, et avait débloqué cette ville, investie depuis cinq mois. Deux compagnies du 18e, qui s'y trouvaient en garnison, rejoignirent, le 5 juillet, le Régiment, dont l'effectif fut ainsi porté à 37 officiers, 949 hommes présents, plus 270 hommes à l'hôpital.

Le capitaine Lavallée fut cité, par l'adjudant-commandant Durrieu, comme s'étant particulièrement distingué dans les nombreuse sorties de la garnison de Glogau.

Chasseur d'infanterie légère, 1813, ancienne tenue
Chasseur d'infanterie légère, 1813 , ancienne tenue

Après les offensives de l'Empereur, les Russes et les Prussiens sont découragés. Un armistice est signé le 3 Juin. Il sera prolongé jusqu'au 10 Août. Le 21 juillet, Napoléon passe la revue des troupes, et accorde beaucoup de récompenses : le 18e Léger obtient 18 décorations.

Les hostilités recommencent le 17 Août. Mais les Autrichiens et les Suédois ont rallié les Russes et les Prussiens, augmentant d'un coup leurs forces. Les états allemands vacillent dans leur loyauté à l'Empereur.

Les 4e corps (général Bertrand), 7e (général Reynier) et le 12e (maréchal Oudinot), réunis à Barüth, le 18, placés sous le commandement d'Oudinot, doivent s'emparer de Berlin. Le 22, les trois corps marchent parallèlement : le 12e, à gauche, sur Vilmersdorf ; le 7e, au centre, sur Wisslock ; le 4e, à droite, sur Jühndorf. Ce fut la division Guilleminot (18e Léger, 56e, 137e et 156e) qui fut chargée d'enlever la position de Vilmersdorf, qu'elle trouva défendue et renforcée par une redoute placée sur un mamelon, en deçà du ruisseau de Thyronsgraben. L'ennemi ne tint pas devant l'attaque de cette division, qui le poursuivit au-delà du ruisseau jusqu'à Thyrons.

Les deux autres corps s'emparèrent également des points sur lesquels ils avaient été dirigés, et on allait enfin aboutir au village de Gross-Beeren. Le 23, le maréchal, espérant ne rencontrer l'ennemi qu'après avoir dépassé Gross-Beeren, laissa les trois corps chacun sur une route, et leur assigna Gross-Beeren comme point de jonction pour attaquer les positions de Rühlsdorf où était concentrée l'armée coalisée.

La division Guilleminot , précédant le 12e corps, marchait par Siethen sur Ahrensdorf, en suivant le revers des coteaux boisés au bas desquels défilait le général Reynier, pour arriver à Gross-Beeren. Ce dernier trouva le village occupé par une division qu'il débusqua immédiatement, et voulut continuer son succès ; mais l'ennemi reprit l'offensive avec la plus grande partie de ses forces, et rejeta le 7e corps sur la tête du défilé des bois. Le désordre se mit dans les troupes saxonnes du général Reynier, qui ne put empêcher le mouvement rétrograde jusqu'à Wisslock. Le maréchal Oudinot, qui était avec le 12e Corps, décida de retraiter malgré les succès de sa cavalerie.

Pendant ce temps Napoléon manœuvrait pour empêcher la jonction des différentes armées alliées et Gouvion Saint Cyr se retranchait dans Dresde devant la marche de l'Armée de Bohême. Napoléon se portait à son secours et repoussait provisoirement l'ennemi (26, 27 Août). Vandamme était écrasé à Kulm. Napoléon confiait une nouvelle offensive sur Berlin à Ney avec les 4e, 7e et 12e Corps. Ney avançait de Wittemberg à Baruth le 4 septembre, bousculant les premières lignes ennemies. Celui-ci se ressaisit à Dennewitz (ou Jüterbock), le 6 septembre et oblige Ney a reculer à son tour.

Le 12e corps fut dissous en exécution d'un ordre de l'Empereur, du 17septembre.
Péterswald, le 17 septembre 1813.
Ordre
Art. 1er. – Le 12e corps est dissous.
Art. 2. – Le duc de Reggio (maréchal Oudinot) prendra le commandement d'un corps de la Jeune Garde.
Art. 4. – La 1e division est supprimée, et les troupes qui la composent seront incorporées dans la 13e division, qui sera commandée par le général Guilleminot.
Art. 7. – Le 18e d'Infanterie Légère sera réduit à un bataillon. En conséquence, le 6 e bataillon de ce régiment est supprimé ; ses officiers et soldats seront incorporés dans le 2e.
Le 7e corps (général Reynier) sera ainsi composé des divisions suivantes :
13e division, général Guilleminot.
32e division, général Durutte.
24e division ou division Saxonne.

L'opération de l'incorporation du 6e bataillon dans le 2e fut constatée par procès-verbal du 21 septembre. Le 2e bataillon, chef de bataillon Boitteux, comprenait 24 officiers, 431 hommes. Il fit partie de la 1re brigade de la division Guilleminot. Le colonel Bertrand, blessé le 6, fut remplacé par le colonel Danlion.

Le maréchal Ney fut établi entre Torgau et Wittemberg pour défendre le passage de l'Elbe. Le 7e corps, d'abord échelonné de Pretsch jusqu'à Domitzsch, vint occuper Kemberg, le 23, pour surveiller l'Elbe jusqu'au confluent de la Mülde, vis-à-vis Dessau. Le colonel DANLION fut blessé, le 26, à Worlitz.

Officier de Chasseurs, infanterie légère, 1813
Chasseurs d'infanterie légère, 1813, nouvelle tenue

Le 29, nouveau combat près de Dessau, entre Mülde et l'Elbe ; le bataillon du 18e Léger avec trois pièces de canon, suivant la rive droite de la Mülde, prit l'ennemi de flanc par son feu, et le força à rentrer en désordre dans ses ouvrages. Le chef de bataillon Boitteux fut blessé.

Le 4 octobre, le 7e corps, ayant sa droite découverte par la retraite du 4e corps après le glorieux combat de Wartenbourg, se retira sur Doelitsch, et le 5, sur Eilenbourg, où le 2e bataillon du 18e Léger fut rejoint par le 1er, venant du 14e corps.

Le premier bataillon du 18e Léger avait défendu Dresde avec Gouvion Saint Cyr fin Août. Les deux bataillons se retrouvaient à peu près à 800 hommes au total, à la 13e division (Guilleminot) du 7e Corps (général Reynier) embrigadés avec le 1er Léger et le 155e de Ligne pour la grande bataille de Leipzig entre le 16 et 19 Octobre. Rappelons que la division au soir du 18 octobre combattait à Lindenau. Les 1er et 2e bataillons du 18e Léger épaulaient, avec la division Guilleminot, le 4e corps commandé par le général Bertrand, qui avait mission d’attaquer l’ennemi sur la route de Lützen, d’enfoncer tout ce qu’il rencontrerait sur son chemin, et de percer jusqu’à Weissenfels sur la Saale.

Les Français avaient tenu la ville malgré de lourdes pertes. Mais à bout de munitions, l’Empereur devait retraiter. Le minage précoce d’un pont sur l’Elster, coupant la route de retraite condamnait une partie des forces françaises à la capitulation. La plupart du régiment se retrouva prisonnier. Les restes de la Grande Armée filaient vers le Rhin, les Alliés à leur trousse.

 

X/ CAMPAGNE DE FRANCE DE 1814

Le 21 novembre, le régiment n’existe pratiquement plus (en dehors des bataillons en Catalogne) : les simples soldats rescapés d’Allemagne furent versés au 1er Léger, et ce qui restait du cadre rejoignit le dépôt à Grenoble. Il s’y trouvait à cette date : 3 officiers de l’état-major ; 1 quartier-maître ; 1 capitaine adjudant-major ; 1 chirurgien major ; 2 compagnies du 5e bataillon, les 1re et 3e, constituées à 4 officiers ; 5 officiers à la suite et 2 officiers de recrutement ; plus 492 hommes de troupe.

Le régiment, ainsi réduit, se réorganise de nouveau avec les recrues des classes 1814 et 1815 et avec celles provenant de la levée des 120000 hommes, décrétée en septembre sur les classes antérieures de 1812, 1811 et 1810. On reforme les 1er, 2e et 5e bataillons, destinés à entrer dans la composition de la partie de l’armée de Lyon, dite réserve de Genève, chargée exclusivement de la défense de Grenoble, sous les ordres du général Dessaix, et le commandement supérieur du général Marchand.

Le 1er bataillon, aussitôt reconstitué, dans les premiers jours de janvier 1814, rejoint, sous le commandement du chef de bataillon Roberjeot, les troupes qui couvrent Chambéry. Le 20, l’ennemi, commandé par le feld-maréchal Bubna, oblige les Français à se retirer jusque sous le fort Barraux, entre à Chambéry et menace Grenoble. Le bataillon du 18e Léger garde le passage de la Grotte.

Le 24, un poste de 40 hommes, placé aux abords de ce passage, est attaqué par une compagnie hongroise forte de 150 hommes, à laquelle il oppose la plus belle résistance, et fait quelques prisonniers. Mais, le 31 janvier, l’ennemi, en forces considérables, tourne le passage de la Grotte, occupe les Echelles, et nous oblige à nous retirer à Saint-Etienne-de-Crossey et au col de la Placette.

Le 15 février, le général Marchand fait attaquer les postes des Echelles et de la Grotte, et rend compte des opérations dans les termes suivants :
«Ces deux postes, qui ont été défendus avec opiniâtreté par l’ennemi, ont été enlevés avec une grande vigueur de la part de nos troupes et aux cris de «Vive l’Empereur !» Nos conscrits se sont conduits à merveille, et seront bientôt braves comme de vieux soldats. Nous avons fait 17 prisonniers à l’ennemi, et nous lui avons tué ou blessé une cinquantaine d’hommes. Nous avons eu 6 tués dont 2 officiers (les capitaines Judey et Nicolas, du 18e Léger) et 20 blessés».

Le colonel DESPANS-CUBIERES, qui prit le commandement du Régiment quelques jours après, obtint que le 1er bataillon ait deux compagnies d’élite.

Le 17, le général Marchand reçoit du maréchal Augereau, commandant l’armée de Lyon, l’ordre de seconder le mouvement de cette armée sur Mâcon et Bourg-en-Bresse, par une diversion sur Chambéry. Il porte donc ses troupes en avant et menace cette ville ; il y entre le 19, après avoir culbuté les postes autrichiens qui en occupaient l’entrée. La marche continue sur Aix, dont on s’empare le 23, puis sur Rumilly, «où nos conscrits, se montrèrent comme de vieux soldats».

L’ennemi fuit partout devant nous ; le 25, nos avant-postes dépassent Frangy ; mais le général Bubna réunit tout son corps dans les environs et en avant de Carrouge. Le général Marchand se contente, dès lors, d’épier ses mouvements jusqu’au 1er mars, où a lieu le combat de Saint-Julien. Malgré l’infériorité numérique de nos troupes et surtout de notre artillerie, le courage de nos jeunes soldats finit par prévaloir, et l’ennemi évacua la forte position de Saint-Julien. Le général Dessaix dit dans son rapport :
«Je ne saurais rendre trop de justice au sang-froid, à la belle conduite du commandant Roberjeot, et à l’habileté avec laquelle il a compris et exécuté ses instructions. Officiers et soldats, tous ont montré le plus grand courage, et l’ennemi aura appris que le Français peut tout quand il défend son Prince et son territoire».

À la suite du combat de Saint-Julien, les troupes s’établissent sous Genève, dont elles font l’investissement. Le 1er bataillon du 18e Léger, à la tête duquel était venu se placer le colonel DESPANS-CUBIERES, reste sous Genève jusqu’au 16 mars. À cette date, il est envoyé par le général Marchand à Seyssel, pour garder ce débouché ; de là, à l’important passage des Echelles, où il arrive le 25. Il y retrouve le 2e bataillon reconstitué, fort de 600 hommes, parti de Grenoble le 20, et, en présence des progrès des Autrichiens, sur la rive gauche du Rhône, dans la direction de Valence, continue sa retraite sur Voiron.

Pendant ce temps, le général Marchand est obligé de rétrograder devant les forces considérables envoyées au secours de Genève, et dirige son mouvement sur Grenoble, par Frangy et Chambéry. Il s’arrête à Voreppe, où il est rejoint, le 29 mars, par le colonel DESPANS-CUBIERES. Cette situation se prolonge jusqu’au 12, où l’on apprend qu’une convention d’armistice a été signée à Paris, le 8.

Une suspension d’armes provisoire est prorogée indéfiniment à la date du 14. Le 17, le général Marchand reçoit l’ordre d’évacuer Grenoble, et de venir prendre des cantonnements dans le département de la Drôme, en suivant, par la rive droite de l’Isère, la grande route de Romans, occupée par les Autrichiens, qui laisseront le passage libre. Le 18e Léger, à l’effectif de 42 officiers et 683 hommes, se met en marche pour Le Puy ; il comprend, outre les 1er et 2e bataillons, le 5e, en formation à Grenoble, et le 7e, venu de la réserve de Nîmes. Ce dernier, dont les cadres avaient été tirés de la Catalogne au mois de septembre 1813, ne comptait encore à l’effectif que 180 hommes, ni habillés, ni armés.

En vertu de l’ordonnance du 12 mai 1814, qui fixe à 90 le nombre des régiments de ligne, et à 15 celui des régiments légers, le 18e Léger est supprimé ; ses bataillons ou leurs cadres sont répartis, en juillet et en août, dans divers corps, savoir :
1er et 2e bataillons dans le 34e de ligne (35e de l’Empire).
3e et 4e bataillons dans le 8e d’infanterie de ligne.
5e, 6e et 7e bataillons dans le 14e d’infanterie légère.

 

XI/ UNIFORMES

Caporal tambour, tambour Maître, du 18e Léger en Catalogne 1810-1814 (d'après El Guil) : Nous avons vu le 3e bataillon du régiment gagner la Catalogne en Septembre 1810, rejoint par le 4e bataillon en Janvier 1812, et y rester jusqu'en 1814 tandis que les 1er et second bataillons participeront à la campagne de Russie. Les tambours, fifres et cornets, en Espagne, faute de la musique régimentaire et du Tambour Major restés avec le colonel et les deux premiers bataillons, sont placés sous la supervision d'un Tambour Maître, un caporal. Ce poste a été créé dès 1766, placé au grade de caporal en 1788, pour instruire les tambours et épauler le Tambour Major qui est à la tête de tous les musiciens. Un autre caporal tambour reste au dépôt, pour l'instruction.

Notre homme en tenue de campagne  est coiffé un colback recouvert d'une house de toile cirée brunâtre. Sa tenue est jaune, distinguée de bleu céleste au collet, revers et parements en pointe, galonnées de blanc. Les retroussis et les poches sont jaunes passepoilées de bleu céleste. Les retroussis sont ornés de grenades blanches. On notera les galons de caporal à double chevrons blancs au-dessus des parements et le chevron d'ancienneté de 10 ans de service en haut du bras gauche, et les épaulettes d'une compagnie de carabiniers, ainsi que le sabre briquet. On peut supposer que les tambours ont la même tenue avec le shako, le pantalon blanc et les guêtres. Le gilet rouge est à double rangs de boutons. Et le pantalon de route marron se ferme sur les coté comme dans la cavalerie mais ceci est  bien entendu non réglementaire. Comme le Tambour Major, le tambour maître a une canne  depuis 1803, mais moins richement ornée et il porte ici des gants à crispin pour la manier.