1ère Demi-brigade/1er Régiment d'Infanterie légère

1797-1815

 

Accès à la liste des Officiers, cadres d'Etat major, Sous officiers et hommes du 1er Léger

Accès à la liste des hommes du 1er Léger à partir de 1805

Avertissement : La base de cette étude est constituée de l'Historique du 1er Léger, que nous avons reproduit intégralement, complété par les différentes sources dont nous disposons actuellement.
Nous remercions vivement Monsieur Peter Harrington, Conservateur de la "Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library", de avoir avoir autorisé à mettre en ligne une série de dessins de Pierre Albert Leroux consacrés au 1er Léger.
Un très grand merci aussi à Yves Martin pour les informations qu'il nous a communiquées, concernant les figurines Boersch du Musée de Compiègne; et pour nous avoir autorisé à utiliser des dessins de H. Boisselier. Merci également à Claude Achard de nous avoir permis d'utiliser des documents de sa collection familiale.
Nos remerciements s'adressent également à Monsieur Daniel Lemaire, pour ses recherches sur le Sergent François Noirot (souvent dénommé par erreur Jean Baptiste) et le sabre d'honneur qui lui fut accordé, recherches qu'il nous a fort aimablerment autorisé à mettre en ligne (accès au dossier Noirot-Lemaire.pdf). Celles-ci, du plus grand intérêt, permettent ainsi de corriger une erreur diffusée dans de nombreux ouvrages, et de mieux connaître la vie du soldat Noirot. Un très grand merci donc à Monsieur Lemaire !

 

I/ Historique

 

a/ Organisation de la 1ère Demi-brigade de deuxième formation

cachet 1er léger cachet 1er léger
Cachets de la 1ère Demi-brigade ; collection privée

La 1ère Demi-brigade Légère a été formée le 9 ventôse an IV (28 février 1796) de la seule ancienne 14ème Demi-brigade Légère de première formation, qui elle même avait été organisée le 1er floréal an III (20 avril 1795). L'Historique régimentaire pour sa part indique que "La nouvelle 1re  demi-brigade légère n'est autre que la 14e demi-brigade légère de 1re formation, à laquelle échut le n° 1 dans le tirage au sort qui eut lieu le 9 floréal an IV (25 avril 1796), à Cochem, en exécution de l'arrêté du 10 germinal an IV (30 mars 1796) sur la réorganisation des demi-brigades" :

- du 14ème Bataillon de Chasseurs (les Etats militaires de l'an X indiquent sans aucun doute par erreur le 4e Bataillon de Chasseurs) : formé le 5 août 1791 des Compagnies soldées de la Garde parisienne groupant beaucoup de Gardes Françaises, en exécution, nous dit l'historique régimentaire, "du Décret du 1er avril 1791 qui prescrivait : 1° que les 12 bataillons de Chasseurs existants ne seraient plus désignés désormais que par leur numéro ; 2e que deux nouveaux bataillons de Chasseurs seraient créés : le 13e et le 14e. La Garde nationale de Paris avait été créée elle même, le 7 septembre 1789 avec le régiment des gardes-françaises".

Le 14e Bataillon de Chasseurs (14e Bataillon d'Infanterie légère) reçoit en incorporation le 24 janvier 1792 par 2 Compagnies des Chasseurs de Barrières, 1 Compagnie de Volontaires de la Bastille, la 1ère Compagnie Nantaise et la 4e Compagnie franche du Nord. Toutes ces Compagnies ont été levées en septembre 1789.

Le 14e Bataillon a fait les campagnes de 1792,1793, et des ans II et III aux armées de Sambre-et-Meuse, du Nord et du Rhin. Il a pris part aux batailles, combats et sièges ci-après. En 1793 : Juliers, 1er mars; Nerwinde, 18 mars; Bois de Raismes près Valenciennes, 1er mai; Hondschotte, 7 et 8 septembre; Poperingue, 16 novembre. En 1794 : Grugeon, 10 mai; Turcoing, 18 mai; Commines, 17 juin; Ostende, 3 juillet.

- du 5ème Bataillon de Tirailleurs organisé par décret du 10 novembre 1793 et exécuté le 23 janvier 1794 en fusionnant les éléments suivants :
1° 1er Bataillon de Chasseurs de Jemmapes (créé à Jemmapes le 5 novembre 1792, la veille de la mémorable bataille dans laquelle le Duc de Chartres s'immortalisa en se jetant avec le jeune Bataillon de Jemmapes au milieu des troupes éparses qu'il entraîna à la victoire), 2e Bataillon de Chasseurs de Jemmapes (créé à Mons le 22 février 1793). Ces deux Bataillons prirent part au blocus du Quesnoy et de Maubeuge en août et octobre 1793. En l'an II, ils étaient : le 1er, à l'armée de l'Ouest, puis à l'armée du Nord; le second, à l'armée du Nord.
2° : 2e Bataillon Belge (levé le 11 novembre 1792 à Bruxelles avec des volontaires sous le nom de Chasseurs de Paoli). Ce Bataillon fit les campagnes de 1793 à l'armée du Nord.

Le 5e Bataillon de Tirailleurs a pris part en 1794 aux affaires suivantes : Grugeon, 10 mai; Tournai, 18 mai; Empleuse, 21 mai; Commines, 17 juin; blocus de Maubeuge, juin et juillet; blocus d'Huningue, août; passage de Wahal, 11 et 12 décembre.

- du Bataillon des Chasseurs du Mont Cassel (Nord), organisé à Cassel le 5 septembre 1793 avec les Compagnies Franches de Saulti ou Saulty levée à Arras, et de de Vandamne, et des Compagnies parisiennes de l'Egalité et 2e Compagnie franche de l'Observatoirelevées elles-mêmes vers la fin de 1789. Le Bataillon de Chasseurs du Mont-Cassel fut reformé après l'incorporation des réquisitionnaires le 27 février 1794. A cette date fut constituée la Compagnie de Carabiniers, composée presque entièrement de l'ancienne 2e de l'Observatoire. On y joignit le 6 janvier 1795 la Compagnie parisienne des Pyrénées, et le 4 avril 1795, à la veille de l'embrigadement, la 2e Compagnie nantaise.

Ce Bataillon a fait aux armées du Nord les campagnes de 1792, 1793 et des ans II, III et IV. Il s'est distingué le 28 octobre 1792 à Pompon, près Lille; le 16 novembre 1793, à Louvain. En 1794 : à Cassel, le 3 février; à Menin, le 23 avril; devant Ostende, en juillet; et à l'assaut du Mont Saint-Michel près Vento, en octobre.

Selon l'Historique régimentaire, "Les 3 bataillons qui formèrent en 1795 la 14e Légère et qui prirent, l'année suivante, le numéro 1 des demi-brigades légères s'étaient vus à l'oeuvre depuis près de trois ans. Aguerris par de rudes campagnes dans les glaces du Nord, mal nourris, mal payés et mal vêtus, ils s'étaient formés à la grande école de la misère et du dévouement".

Voici ce que nous raconte le Capitaine Duthilt dans ses Mémoires, concernant la 14e Demi-brigade légère provisoire (il sert depuis 1793 au sein du Bataillon du Mont-Cassel, et a, à l'époque, le grade de Caporal fourrier), ce qui nous permet d'avoir un aperçu intéressant de cette dernière, avant qu'elle ne devienne 1ère Demi-brigade légère.

"Avec la conquête de la Hollande se terminent les opérations et l'existence du bataillon des chasseurs du Mont Cassel qui, dans plus d'une rencontre, avait obtenu le titre de brave, ayant dans toutes les circonstances reçu les éloges les plus flatteurs des généraux sous les ordres desquels il fut successivement employé; il était constamment convoité par tous comme propre à établir leur réputation naissante, par l'intrépidité qu'il mettait à décider du succès des entreprises les plus périlleuses; et cependant les deux tiers de ses hommes étaient des réquisitionnaires de nouvelle levée, qui ne comptaient encore qu'une seule année de service et toute une campagne, mais qui avaient été formés à l'école de Vandamme.
Les mêmes hommes qui composent ce bataillon du Mont Cassel vont ne plus faire qu'un seul corps avec le 14e bataillon d'infanterie légère dont ils étaient inséparables, combattant toujours côte à côte, et avec le 5e bataillon de tirailleurs belges qu'ils voyaient pour la première fois. Les corps de l'armée, presque tous jusque là composés de batailions isolés ou de compagnies dites franches, vont se former de trois bataillons réguliers, prenant ensemble la dénomination de demi-brigade, organisation plus forte, plus convenable, sous le rapport du commandement, de l'instruction, de la discipline et de la comptabilité.
Le 22 avril (3 floréal) les bataillons ci dessus indiqués se réunirent, dès le point du jour, dans la plaine de Zutphen, où le général Vandamme procéda à leur organisation en demi-brigade.
Monsieur Lepreux, officier supérieur d'état major fut reconnu chef de demi brigade; le 1er bataillon eut pour commandant monsieur Dupont sortant du 5e bataillon de tirailleurs belges; monsieur Lejeune, sortant du même corps fut nommé chef du 2e, et monsieur Gastelais, sortant du 14e bataillon d'infanterie légère, chef du 3e.
L'emploi de quartier maître trésorier fut donné à monsieur Frémont sortant du 5e; les deux quartiers maîtres, Collet du Mont Cassel et Garcin du 14e furent adjoins au 1er et au 2e bataillon; monsieur Copreaux adjoint au 5e, passa en cette même qualité au 3e bataillon.
Monsieur Frambourg capitaine fut nommé adjudant major au 1er bataillon, monsieur Thierry au 2e et monsieur Dénéchaux au 3e.
Les compagnies formées telles qu'elles l'étaient, celle des carabiniers du 14e passa au 1er bataillon, celle du Mont Cassel au 2e et celle du 5e au 3e.
Les compagnies de chasseurs de ces trois bataillons primitifs, furent réparties par nombre égal dans chacun des trois nouveaux, conservant toutes leur même numéro.
Nous eûmes pour tambour major le sieur Naels, de Cassel, ancien sergent de la compagnie franche de Vandamme (mort à Cassel en 1849).
Nous reçumes encore ce même jour une compagnie franche nantaise, dont les chasseurs et les officiers furent disséminés dans les compagnies les plus faibles.
Le chef de bataillon Detamacker, du Mont Cassel, malade et absent derechef, puis monsieur Lauvray, capitaine des carabiniers du même bataillon, grièvement blessé à Menin, était encore à l'hôpital de Lille retenu par ses blessures; ces deux officiers ne furent pas compris titulairement dans cette nouvelle organisation. Pendant son séjour à Lille, monsieur Lauvray renouvela ses prétentions au grade de chef de bataillon, comme lui revenant dès la promotion de Vandamme au grade de général de brigade, se trouvant plus ancien capitaine que monsieur Detamacker qui remplaça Vandamme; il fit tant de démarches, écrivit tant de fois au ministère qu'à la fin sa réclamation fut admise. Plus tard il vint remplacer monsieur Dupont démissionnaire, et monsieur Detamacker redevint capitaine.
J'ai indiqué plus haut la composition du bataillon des chasseurs du Mont Cassel. J'indiquerai maintenant celle des deux autre bataillons.
Le 14e léger avait été formé à Paris en 1792, des débris des chasseurs des barrières de Paris, dans lesquels étaient entrés des gardes françaises, des volontaires de Paris vainqueurs de la Bastille, et des petits suisses; aussi un grand nombre de sous officiers de ce bataillon portaient encore la médaille commémorative de la prise de la Bastille, et recevaient la gratification qui y était attachée.
Le 5e bataillon de tirailleurs belges provenait des bataillons volontaires belges levés à Bruxelles en 1792 par Dumouriez au nombre de 10, lesquels furent réduits à 5 en 1793, par suite d'une réorganisation qu'ils subirent à Amiens. Au moment de l'embrigadement de ce bataillon à Zutphen, chacune de ses compagnies avait deux capitaines, deux lieutenans, deux sous lieutenans, des sous officiers de tout grade proportionnellement, enfin plus d'hommes gradés que de soldats; les supplémentaires de ce bataillon, de même que ceux provenant des compagnies franches, successivement incorporées dans le Mont Cassel et dans le 14e léger, restèrent à la suite et s'emparèrent de toutes les vacances qui eurent lieu, et nuisirent aux sujets de la demi brigade dans tous les grades, en retardant considérablement l'époque de leur avancement.
L'embrigadement terminé, la demi brigade rentra dans Zutphen ayant provisoirement le n° 14, en attendant que le sort lui donna le n° 1er.

Premier cantonnements de la 14me Demi-brigade légère

Le 23 avril (4 floréal) les trois bataillons de la demi brigade se portèrent dans les cantonnemens ci après : l'état major de la demi brigade et le 1er bataillon à Grool, le 2e à Lochem et le 3e à Enschédé.
Le 11 mai (22 floréal) il se fit un mouvement dans les cantonnemens : le 1er bataillon s 'étendit de Grool à Enschédé, le 2e fut à Alten Lichtenvorden et Bredevorden et le 3e occupa Haaxbergen, Reykem, Eibergen et Neede.
La paix était faite avec la Hollande devenue l'alliée de la République; le traité fut signé le 6 mai (17 floréal), une armée française resta à la solde de la Hollande, notre demi brigade fit partie de cette armée qui, pendant un laps de temps, ne pouvait être qu'un corps d'occupation et d'observation n'ayant plus d'ennemis à combattre sur aucune de ses frontières, le littoral de la mer restant seul exposé aux attaques de la marine anglaise. Nous avions jusque là servi sans solde, en ce que nos assignats, vu leur dépréciation, nous étaient de toute nullité; logés deux à deux chez les habitans, nous leur remettions nos rations de vivres, et en remplacement ils nous admettaient à leur table.
Enfin par suite d'une convention avec le gouvernement batave, et dans l'intéret de ses administrés, nous passâmes à sa solde et nous fûmes payés en numéraire, d'après un tarif expressément arrêté.
Dès ce moment nos assignats furent démonétisés et nous dûmes les renvoyer en France ou les brûler, ce qui revenait au même. Les habitans continuant à nourrir les militaires logés chez eux, notre paie nous resta intégralement. On commença aussi à s'occuper sérieusement de notre habillement dans toutes ses parties, nos ateliers étaient formés et les travailleurs. en activité.

- Situation des armées belligérantes
Reddition de Luxembourg

"Une moitié de la belle saison s'était écoulée; il ne s'était passé aucun événement aux armées, Moreau avait le commandement de l'armée du Nord en Hollande, Jourdan celui de l'armée de Sambre et Meuse placée sur le Rhin vers Cologne, Pichegru celui de l'armée du Rhin cantonnée depuis Mayence jusqu'à Strasbourg.
La forteresse de Luxembourg bloquée pendant tout l'hiver et le printemps se rendit par famine le 24 juin. Mayence ne pouvait tomber que par un siège, mais force était d'attendre un moment plus opportun".

- Mouvemens dans la Demi Brigade
Constitution de l'an 3
Passage du Rhin par Jourdan et Pichegru

Le 14 juillet (26 messidor) notre 3e bataillon passa dans la Zélande.
Le 15 (27 messidor) le 2e fut occuper Grool, Eibergen, Reykem, Neede et Haaxbergen; le 1er bataillon s'étendit également dans les villages que le 3e venait de quitter; nous vécûmes dans ces cantonnemens, parfaitement accueillis et choyés par ces bons Hollandais comme si nous eussions été des membres importans de leur famille, n'ayant absolument rien à faire.
Mais bientôt nous fûmes tirés de cet état apathique par un événement politique qui nous donna l'occasion de nous occuper quelque peu des affaires intérieures de notre patrie.
"La Convention venait d'ériger une Constitution républicaine".
Cette constitution admettait :
1° un Conseil dit des Cinq Cents, chaque membre âgé de trente ans, ayant seul la proposition des lois, se renouvelant par tiers tous les ans;
2° un Conseil dit des Anciens, composé de deux cent cinquante membres âgés de quarante ans, tous mariés ou veufs, ayant la sanction des lois, se renouvelant aussi par tiers chaque année;
3° un Directoire exécutif, composé de cinq membres, délibérant à la majorité, comme les deux autres Conseils, se renouvelant tous les ans par cinquième, ayant des ministres responsables, promulgant les lois et les faisant exécuter, ayant la disposition des forces de terre et de mer, les relations extérieures, la faculté de repousser les premières hostilités, mais ne pouvant faire la guerre sans le consentement du corps législatif; négociant les traités et les soumettant à la ratification des corps législatifs, sauf les articles secrets qu'il avait la faculté de stipuler s'ils n'étaient pas destructifs des articles patents.
Cette Constitution devant être préalablement soumise à l'acceptation ou au refus du peuple français, elle fut envoyée aux assemblées primaires et aux armées pour subir cette épreuve.
En conséquence les deux premiers bataillons de la 14e demi brigade d'infanterie légère, le 3e bataillon étant dans la Zeelande, furent réunis à leur état major à Grool, le 9 septembre à l'effet de se prononcer sur l'acception ou le rejet de cette Constitution, conformément au décret de la Convention. Un contrôle faisant suite au procès-verbal de la réunion, indiquant les noms par compagnie de tous les militaires présens, le oui ou le non des votans en regard de leur signature; après lecture faite de l'acte constitutionnel, tous signèrent ou se firent inscrire, ne sachant pas, pour la plupart, ce qu'on exigeait d'eux; après quoi les compagnies retournèrent dans leurs cantonnemens respectifs, sans plus s'occuper de cette quatrième constitution qui, peu de temps après, devait éprouver le sort de ses précédentes. Elle fut déclarée loi de l'Etat le 23 septembre (1er vendémiaire an 4) et sa mise en vigueur à compter du 27 octobre (5 brumaire an 4).
"Après bien des attentes, les Français prirent l'initiative; Jourdan franchit le Rhin et s'avança vers la Lahn où il arriva le 20 septembre, le jour même où Mannheim se rendait à Pichegru".

- Paix avec l'Espagne
Affaire de Quiberon
Insurrection à Paris

Ainsi dans ce moment tout était succès pour la République; elle possédait entièrement les Pays Bas, du dernier village à la plus importante de ses villes; elle voyait ses armées au delà du Rhin; elle avait amené l'Espagne à signer un traité de paix et d'alliance maritime; elle avait détruit l'expédition faite par l'Angleterre sur les côtes de Bretagne, à Quiberon, où tant d'émigrés français et de Vendéens révoltés furent sacrifiés; elle avait enfin tous les avantages désirables pour commencer une nouvelle campagne en Allemagne.
La Convention triompha enfin de l'insurrection à Paris (4 octobre, 12 vendémiaire).

- Échange de la Princesse fille de Louis XVI

Un des premiers actes du Directoire fut de convenir avec l'Autriche de lui rendre la fille de Louis XVI, seul reste de sa famille qui avait été renfermée au Temple, à condition que les députés et le général Beurnonville livrés par Dumouriez à l'armée autrichienne comme otages, seraient remis aux avant postes français. La princesse partit du Temple le 19 décembre (28 frimaire), le Ministre de l'Intérieure alla la chercher et la conduisit avec les plus grands égards à son hôtel, d'où elle partit accompagnée des personnes dont elle avait fait choix.

- Marche des armées françaises
Armistice sur le Rhin

"Jourdan s'était avancé sur la Sieg, mais Pichegru s'arrêta à Manheim; alors Jourdan menacé par Clerfayt se décida à regagner le bas Rhin".
Les opérations militaires furent continuées malgré la saison; nous étions en décembre, elles commençaient à promettre de meilleurs résultats. Le zèle avec lequel Jourdan s'était porté dans le Hundsruck à travers un pays épouvantable, et sans aucunes ressources matérielles qui auraient pu adoucir les souffrances de son armée, avait rétabli un peu nos affaires sur le Rhin. Les généraux autrichiens, dont les troupes étaient autant fatiguées que les nôtres, proposèrent un armistice, pendant lequel les deux armées conserveraient leurs positions respectives et actuelles. Il fut accepté à la condition de le dénoncer dix jours avant la reprise des hostilités. La ligne qui séparait les deux armées suivait le Rhin depuis Dusseldorf jusqu'au dessus de Neuwied, puis abandonnant le fleuve elle formait un demi cercle de Bingen à Mannheim, en passant par le pied des Vosges; elle rejoignait le Rhin au dessus de Mannheim et ne le quittait plus jusqu'à Bâle.

- Mouvement des troupes en Hollande

Les armées françaises, malgré le changement survenu dans l'administration du gouvernement, n'avaient encore pu obtenir un nouvel habillement; on s'était borné à ne vêtir que les soldats absolument nus et à ne fournir à tous que des effets de linge et chaussure, de sorte que le délabrement en habit était toujours à peu près le même. Mais l'armée en Hollande avait du moins la certitude d'être prochainement équipée à neuf, car depuis plus de trois mois la plus grande activité régnait dans tous les ateliers de chacune des demi brigades, encore quelques semaines et toutes les fournitures seraient remises aux soldats.
Depuis le mois de juillet, nos deux premiers bataillons occupaient de bons et nombreux cantonnemens sur la fontière de Hanovre.
Le 29 novembre 1795 (9 frimaire an 4) le 2e bataillon s'était porté à Deventer et avait été remplacé dans ses cantonnemens par le second bataillon de la 68e demi brigade de ligne.
Le 23 janvier 1796 (3 pluviôse an 4), le 2e bataillon, remplacé par le premier de la 68e de ligne, quitta Deventer et fut occuper les cantonnemens de Grool, Winterswick, Bredevorden, Alten, Borculo, Eibergen, Reykem et Neede.

- Marche dans la province de Groningue

Le 1er mars ( 11 ventôse) toutes les compagnies des deux premiers bataillons quittèrent à la fois leurs différens cantonnemens et se portèrent au point indiqué pour la réunion de la demi brigade qui avait l'ordre de se porter dans la province de Groningue, où quelques troubles venaient d'éclater. L'état major et les ateliers restèrent à Koevorden; le 1er bataillon se rendit à Oudeschans, et le 2e à Nieuweschans et Bourlange. Ce fut surtout à Nieuweschans que les troubles les plus sérieux éclatèrent; l'arbre de la liberté, élevé partout en Hollande à l'instar de la France, fut scié et abattu; nous eûmes pour mission d'assister à la cérémonie de son remplacement, qui se fit avec pompe. A cette occasion je fis le quatrain suivant, qui fut traduit en vers hollandais et suspendus l'un et l'autre sur l'arbre entre les drapeaux aux couleurs des deux nations :
Abattu par les mains du jaloux despotisme
Je me vois relevé par le patriotisme ;
S'il est des ennemis qui viennent m'attaquer,
Des amis à l'instant accourent me venger.
Pendant notre séjour à Nieuweschans, nous nous fîmes un plaisir de recevoir et de visiter les soldats prussiens, cantonnés sur la frontière de 1'évêché de Munster, et de fraterniser avec eux.
Le 3 juin (15 prairial) nous quittâmes le fort de Nieuweschans, pour rentrer dans I'Over Yssel. Ce même jour, le 2e bataillon fut loger à Veendam, superbe village longeant pendant deux lieues le canal conduisant à Groningue.
Le 5 (17 prairial) nous arrivâmes à Koevorden, où étaient nos ateliers et nos magasins ...
... A travers les landes que nous traversâmes, de Nieuweschans à Koeverden, sont établies des routes sinueuses, menant au but que le voyageur veut atteindre ; d'un coup d'oeil on les voit serpenter de toutes part, de manière à faire perdre patience à quiconque ne connaît le danger qu'il courrait en s'en écartant. Aucun obstacle autour de lui ne les lui fait perdre de vue; il est continuellement tenté de les quitter, de franchir les tournans qui sont devant lui, d'autant plus qu'ils ne sont séparés par aucun fossé et qu'il atteindrait plus vite le clocher du village où il doit se reposer ou loger, traversée qui n'équivaut qu'à une lieue en ligne droite, tandis qu'en suivant la route tracée il ne peut l'atteindre qu'en cinq ou six heures.
Le voyageur qui ne connaît pas le danger de ces plaines dégarnies de hautes futaies, même du plus petit arbrisseau, si belles d'ailleurs, si unies, dont le tapis semble si doux, indépendamment de la certitude qu'il a d'accourcir (sic) infiniment sa route en la suivant en ligne droite du point d'où il part jusqu'à celui qu'il veut atteindre et qui est là sous ses yeux, au bout d'une perspective peu éloignée, y est encore attiré par une quantité considérable de vanneaux qui s'y jouent, levant fièrement la tête, comme s'ils invitaient les passans à se donner le plaisir de les poursuivre et de rivaliser de vitesse avec eux, car leur marche, on ne peut plus rapide, montés comme ils le sont sur des pattes longues et minces, suppléent au défaut de leurs ailes, courtes et chargées de grosses plumes qui ne peuvent les soutenir dans l'air mais bien les aider dans leur course. On peut en rassembler un certain nombre, les chasser devant soi comme un troupeau de dindes sans qu'il soit possible de les atteindre autrement qu'en jetant à travers la bande un bâton qui en arrête quelques uns et qui accélère la marche de ceux qui n'ont pas été blessés.
Mais ces marais sont perfides; ils sont parsemés de nombreuses sources qui n'ont aucun jaillissement à fleur de terre, et qui minent le sol en filtrant par dessous. Une vase compacte, tapissée d'un jonc fin et court, qu'on pourrait prendre pour l'herbe d'un pré, les recouvre entièrement, à l'oeil inexpérimenté, en glaises mouvantes aussi dangereuses que certains sables des bords de la mer. Le pied s'y enfonce lentement, et le terrain semble capable de porter, pendant quelques instans, un corps solide.
Mais c'est un piège ; on y entre peu à peu jusqu'au genou, jusqu'à la ceinture, jusqu'aux épaules et chaque effort tenté pour se dégager vous y plonge plus avant. Enfin, sans de prompts secours on y périrait, non pas noyé mais étouffé par la vase.
C'est là le sort que j'ai failli subir en m'écartant de la route pour traverser une de ces plaines dans laquelle je m'étais risqué pour arriver plus vite au village que je voyais devant moi; grâce à mon mousqueton que je couchai sur le sol pour m'y appuyer, puis à mon fourniment et à mon sac qui me soutinrent devant et derrière et me préservèrent d'un si fâcheux accident, j'eus les moyens de sortir de ce gouffre qui allait m'engloutir.

- Rentrée dans l'Over Yssel

Le 8 juin (20 prairial) nous fûmes à Hardenberg; le 9 (21) à Hellendorn, le 10 (22) à Goor, et le 11 (23) chaque compagnie se dirigea isolément sur son ancien cantonnement dans I'Over Yssel, excepté les 7e et 8e compagnies du 2e bataillon qui allèrent ensemble à Borculo.
Le souvenir du temps heureux que j'ai passé dans ce pays ne s'effacera jamais de ma mémoire; et quoique bien des années se soient écoulées depuis, ce souvenir me sourit encore agréablement ; j'ai parcouru joyeusement de plus belles contrées, j'ai vécu dans des familles de grande fortune et de haut rang qui m'ont aussi témoigné de l'attachement et procuré d'agreables distractions, mais nulle part je n'ai été aussi heureux que je l'étais alors : de Borculo j'allais à Neede, villages distans l'un de l'autre d'une bonne lieue et pour y arriver je traversais une lande presque toujours inondée; à Neede, j'étais reçu à bras ouverts par les membres de la famille Hoffmann Oltar et à Borculo par ceux de
la famille Thielmann. Braves gens, votre souvenir me procure sans cesse un indicible plaisir ; j'ai toujours présens à ma mémoire vos bontés, vos soins généreux, et la sincère amitié avec laquelle vous ne cessiez de m'accueillir; à Neede, j'avais pour soeur Gertrude Oltar et à Borculo j'en avais deux : Gertrude et Jacoba Thielmann. Je réitère encore à l'une et à l'autre famille l'assurance de ma vive et bien sincère reconnaissance, exprimant le regret d'en être séparé à jamais.

1796. - A Mademoiselle G. THIELMANN, à Borculo.
Gage de mon amour, reste auprès de ma belle,
Et dis lui que mon coeur à jamais l'aimera;
Retrace les beaux jours que j'ai passés près d'elle,
Tous les feux que son sein dans le mien concentra.
Rien ne peut effacer son image chérie;
Un coeur tel que le mien est épris pour la vie.
Du destin désormais je puis braver les coups,
Etre aimé, le savoir est le sort le plus doux !
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909.

 

b/ Composition de la 1ère Demi-brigade après sa réorganisation
Garnisons occupées et mouvements effectués de 1796 à 1799

D'après la situation du 26 août 1796, au moment de la formation de la 1ère Demi-brigade, établie à partir des registres matricules et d'une situation nominative établie pour l'inspection générale qui a été passée à la demi-brigade le 22 thermidor an IV (9 août 1796), situation certifiée véritable à Cochem le 9 fructidor (26 août) par les membres du Conseil d'administration, la Demi-brigade est commandée par le Chef de brigade Antoine François Le preux ; le 1er Bataillon par Louis Laurent Gastelais ; le 2e par Pierre Lejeune ; le 3e par Henry Joseph Xavier Dupont ; il y a également un Chef de Bataillon adjoint à l'Etat major, Jean Baptiste Lauwray. A cette époque, la 1ère Demi-brigade comprenait 2675 hommes.

Tambours 1er Léger Boersch
Fig. 1ab Tambours de Chasseurs, originaux de Boersch (vente Drouot du 3 novembre 2011)
Fig. 1

Fig. 1aa Dessin original extrait de "Uniformes de l'infanterie légère en France depuis Louis XVI jusqu'à Louis-Philippe. I."; Aquarelles par Ernest Fort (1868-1938); Ancienne collection Gustave De Ridder, (1861-1945); Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, PETFOL-OA-499(1)

A l'arrière plan, nous pouvons distinguer un Musicien (Fig. 3)

Tambours carabiniers 1er Léger Boersch
Fig. 1ac Tambours de Carabiniers, originaux de Boersch (vente Drouot du 3 novembre 2011) Fig. 1a

 

Antoine François Le Preux ou Lepreux

(19 octobre 1796 - 1er novembre 1797)

Services : Né à Paris le 26 mars 1760. Fils d'Antoine François Lepreux et de Denise Catherine Ballu.

Entré le 18 mai 1778 au Régiment de l'Isle de France, où il est resté jusqu'au 31 décembre 1780. Sert aux Indes en qualité de Sergent (1780) puis de Sous lieutenant (31 décembre 1780), Officier de détails dans une Compagnie de Cipayes en janvier 1781; passé en 1782 au Régiment de Royal Roussillon; attaché au service du Génie, le 1er mars 1782; continua à compter à Royal Roussillon jusqu'à la réforme de ce Corps en 1785.

Il reprend du service comme Capitaine Aide major dans le 8e Bataillon de la Garde Nationale parisienne soldée le 1er septembre 1789; Capitaine au 14e Bataillon d'Infanterie légère lors de sa formation (1792). Lieutenant colonel en chef dudit Bataillon le 12 avril 1793; suspendu le 15 Frimaire an II (5 décembre 1793) pour s'être absenté de son Corps; réintégré dans ses fonctions à l'armée du Nord le 9 Brumaire an III (30 octobre 1794).

Promu Chef de Brigade le 1er Floréal an III (22 avril 1795), Brevet expédié le 20 Germinal (18 avril); nommé au commandement de la 1ère Demi-brigade légère de 2e formation à l'organisation du 9 Floréal an IV (28 avril 1796); passé au commandement de la 1ère Demi-brigade de Ligne le 24 Frimaire an VI (14 décembre 1798); passé chef de la 6e Demi-brigade de Ligne le 4 Vendémiaire an VIII (26 septembre 1799); passé chef de la 96e le 16 Frimaire an VIII (30 novembre 1799).

Inscrit au tableau des Adjudants commandants le 12 Vendémiaire an XII (5 octobre 1803) avec rang du 22 avril 1795. Mort à Berlin le 26 avril 1807 à 6 h 30 du soir.

Campagnes : Dans l'Inde, a pris part à plusieurs affaires, et notamment au combat de Gondelour et à la prise de Trinquemaley; a fait les campagnes de la Révolution en Champagne (1792), à l'Armée du Nord (1793 et 1796-1797), en Batavie (1798), et en Italie (1799). A l'armée de réserve en Italie (1800). Au Corps d'Observation de la Gironde (1801). Employé au 4e Corps de la Grande Armée 1806; nommé Président de la Commission militaire siégeant à Berlin (1806-1807).

Actions d'éclat, citations et blessures : A été blessé d'un coup de feu à la jambe droite et a eu deux chevaux tués sous lui à l'affaire de Bois de Raismes, le 1er mai 1793; "a déployé au combat de Montebello, le 22 prairial an VIII (9 juin 1800), un courage, une intrépidité et des dispositions militaires qui le firent remarquer". Se distingue à Marengo (14 juin 1800).

N. B. : L'Adjudant commandant Le Preux ne faisait pas partie de la Légion d'Honneur.

Sources : Historique régimentaire et Quintin, Dictionnaire des Colonels de Napoléon

 

Situation du 26 août 1796

Etat-major

Chef de Brigade : Antoine-François Le Preux;
Quartier-maître trésorier : Mathieu Frémont;
Quartier-maître de bataillon : Charles-Antoine Garcin

1er Bataillon

Chef de bataillon : Louis-Laurent GASTELAIS, né en 1769, provenant du 14e bataillon d'Infanterie légère;
Adjudant-major : Louis-Antoine FRAMBOURG.

Carabiniers : Cap. : Jean-Baptiste-Joseph BAUVENS, né à Bruxelles;
Lieut. : Louis-Joseph LÉONARD;
S.-lieut. : Isidore MANIE.

1re compagnie :
Cap. : François RATEL;
Lieut. : Jean-Ambroise MONTOSSE;
S.-lieut. : Daniel DURUSSEL.

3e compagnie :
Cap. : Martin EMMERECKS;
Lieut. : Jacob WIRIK;
S.-lieut. : Gilles ROBERT.

5e compagnie :
Cap. : Joseph DE MOLLIN;
Lieut. : Jean-Joseph DEWOYE;
S.-lieut. : Louis-Théodore CHALLOT.

7e compagnie :
Cap. : Louis LE VACHER;
Lieut. : Jean-Baptiste GABUT;
S.-lieut. :

2e compagnie :
Cap. : Jean-Louis CAPELLE;
Lieut. : Louis REYMAECKERS;
S.-lieut. : Guislain GuiSBIER.

4e compagnie :
Cap. : Antoine LANGE ;
Lieut. : Julien-François LE HONGRE, dit TAILLY;
S.-lieut. : Victor GAUTHIER.

6e compagnie :
Cap. : Jean-Joseph BARBO;
Lieut. : Barthélemy TISON;
S.-lieut. : Jean-Louis DUMARCHÉ.

8e compagnie :
Cap. :·Louis-Joseph PECQUEUR;
Lieut. : Jean-Baptiste GRINNE;
S.-lieut. : Jean-Baptiste-Marie JOANNE.

2e Bataillon

Chef de bataillon : Pierre LEJEUNE, né à Visé-sur-Meuse en 1762, provenant du 5e bataillon de Tirailleurs;
Adjudant-major : Charles THIERRY.

Carabiniers : Cap. : Jacob BOUILLET;
Lieut. : Aimé THORIN;
S.-lieut. : François VILLIOT.

1re compagnie :
Cap. : Jean-Baptiste TURLOT;
Lieut. : Eugène DE LAUNAY;
S.-lieut. : Jean-Baptiste DELPOUILLE.

3e compagnie :
Cap. : Pierre WALCHIERS;
Lieut. : BAUDIN;
S.-lieut. : Jean-Henry BOUCHON.

5e compagnie :
Cap. : Josse VAN KEER;
Lieut. : Emmanuel MONTUIR;
S.-lieut. : François DÉNÉCHAUX, dit BERRY.

7e compagnie :
Cap. : Pierre VAN DAEL;
Lieut. : Jean MAES;
S.-lieut. : Jean-Baptiste ZIMMERMANN.

2e compagnie :
Cap. : Pierre-Philippe BERTIN;
Lieut. Marc STÉCLIN;
S.-lieut. : François CANCHE.

4e compagnie :
Cap. : Jacob SEVER;
Lieut. : Antoine BOUILLET;
S.-lieut. : Jacob VITMER.

6e compagnie :
Cap. : Charles MARIN;
Lieut. : François HENRION;
S.-lieut. : Pierre MORICE.

8e compagnie :
Cap. : Louis-Marie CHOUELLER;
Lieut. : Guillaume DE GLAIN;
S.-lieut. : Nicolas BARROUX.

3e Bataillon

Chef de bataillon : Henry-Joseph-Xavier DUPONT, né à Namur en 1769, provenant du 5e Bataillon de Tirailleurs.
Adjudant-major : Maximilien DÉNÉCHAUX, dit BERRY.

Carabiniers : Cap. : Memmy L'HÔTE;
Lieut. : Paul GUICHARD;
S.-lieut. : Pierre-Nicolas POULAIN.

1re compagnie :
Cap. : Jacob OSWALD;
Lieut. : Louis MOUTIN;
S.-lieut. : Georges BOUILLET.

3e compagnie :
Cap. : Aimable BAUMARD;
Lieut. :Joseph VAN CUTSSEN;
S.-lieut. : Joseph-Horix VALDAN.

5e compagnie :
Cap. : Nicolas GODEFROY;
Lieut. : Jacques-Marie ROBLIN;
S.-lieut. : Jacob YUNG.

7e compagnie :
Cap. : Daniel KOLVEMBACK;
Lieut. : Joseph SACRE;
S.-lieut. : BÉTREMIEUX.

2e compagnie :
Cap. : Pierre-Cornil-Jacques DE TAMMOIECKER;
Lieut. : Laurent FEGEY;
S.-lieut. : André EXPERT.

4e compagnie :
Cap. : Louis BOUCHER;
Lieut. : Jean-Marie LAVRILLAT;
S.-lieut. : Nicolas REMY.

6e compagnie :
Cap. : Antoine MERLE;
Lieut. : Bernard DE VIENNE;
S.-lieut. : Jean-Baptiste-Marie CHOUELLER.

8e compagnie :
Cap. : Charles VAN DÉRÉCHÉREN;
Lieut. : François MESMER;
S.-lieut :

Officiers adjoints et auxiliaires de l'Etat-major du Régiment

Chef de bataillon : Jean-Baptiste LAUWRAY;
Adjudant-major : VITAL-DUPEYRON;
Quartier-maître de bataillon (sous-lieutenant) : Jean-Louis COPREAUX.

Capitaines adjoints et auxiliaires.
Blaize AMARET; François-Joseph DAVID, capit. d'artillerie; Arnold MAES; Mathieu BURRY; Jean-Nicolas BRISMISSHOLTZ; Augustin LAGROY; Gilles-Joseph HOUBA.
Lieutenants adjoints et auxiliaires.
Jean CHOMÉ; Guillaume LE CAMUS; Antoine-Bonaventure SAUVAGE; Marie-François BOCQUET; Jacob-Joseph COLLET; Henri-Jean DUTAILLIS; Toussaint MOYSE
Sous-lieutenants adjoints et auxiliaires.
Charles STAUBBLAUERS, Alexis LE NORMAND, Jean NAUDE.
OFFICIERS ATTACHÉS AUX ÉTATS-MAJORS
Capitaines adjoints.
JOUANNON; HULIN; Adrien-J .-B.-Aimable RAMON, dit DUTAILLIS; Antoine ROUSSEAU.
Lieutenant adjoint : Charles-Martin GOBRECK.
Sous-lieutenant adjoint : DURAND.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Première inspection générale. La Demi brigade prend le N° 1

Pendant notre séjour à Borculo, nous passâmes une première revue d'inspection générale, dont était chargé le général de division Antoine Chaumont, qui s'empressa de rendre justice à notre demi brigade, qui la méritait à tous égards; notre tenue et notre arrnement étaient on ne peut plus soignés; notre instruction théorique et pratique, si négligée partout à cette époque, ne laissait rien à désirer; la discipline était des rnieux observée, sans rigueurs inutiles pour la maintenir ; le mieux que le soldat éprouvait dans sa position contribuait à rendre ses manières plus affables, ses moeurs plus douces et plus épurées; sa santé était parfaite.
Peu avant cette revue, qui nous prouvait que le gouvernement, plus libre dans ses actions, commençait à s'occuper du bien être du soldat, notre chef, monsieur Lepreux, avait complété l'organisation de sa demi brigade en donnant deux fifres à chaque compagnie, pris parmi les chasseurs les plus petits et les moins aptes au port d 'armes; puis en formant une musique excellente dont le plus grand nombre des sujets provenait de la maîtrise de la cathédrale de Liège, qui venait d'être supprimée ; dès ce moment aussi, la demi brigade fut autorisée à prendre le n° 1er, d'infanterie légère, que le sort venait de 1ui donner
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Sapeur 1er Léger 1797 d'après Carl Sapeur 1er Léger 1797 d'après Boersch Sapeur 1er Léger 1797 d'après Boersch
fig. 2
fig. 2a Sapeur d'après Boersch (vente de 1971) fig. 2b Sapeur d'après Boersch (vente de 2011)

- A l'Armée du Nord

Après la réorganisation de 1796, la nouvelle 1ère Demi-brigade légère demeure attachée à l'Armée du Nord qui, depuis la paix avec la Hollande et la Prusse, n'est plus qu'un Corps d'observation sous le commandement du Général Moreau. Elle est tout d'abord cantonnée à Cochem, sur la basse Moselle. La 1ère Légère reste dans cette situation jusqu'à la fin de fructidor an V (septembre 1797).

Pendant cette période de repos relatif qui dure près d'un an et demi, nos bataillons changeant fréquemment de postes, tantôt séparés, tantôt réunis, ils appartiennent d'abord à la 1ère Division, Division de droite (Macdonald), jusqu'en messidor an V (juillet 1797). Le 2e Bataillon va occuper Mehrsheim; et le 3e, Schweinheim dans la Basse Alsace.

Par exception, le 1er Bataillon (954 hommes) est détaché de la Division de droite; il se rend à Neuwied, à l'avant-garde du centre (Division Desjardins), pendant la 2e quinzaine de vendémiaire an V (octobre 1796).

Le 1er nivôse an V (21 décembre 1796), la Demi-brigade est en entier à Dusseldorf. Elle y séjourne trois mois, puis descend sur l'Yssel et tient garnison :
les 1er et 2e Bataillons, à Zutphem; le 3e, à Deventer.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Camp de Gorseele
Tandis que nous vivions en plein repos dans de bons cantonnemens, un camp d'instruction était en même temps établi à Gorseele, entre Zutphen et Deventer, formé d'abord des troupes de la première division de l'armée en Hollande. lndépendamment de l'instruction, ce camp avait encore pour but de tenir réunis un certain nombre de corps, qui auraient été par trop disséminés, pour, au besoin, porter promptement une masse imposante sur les points qui réclameraient un secours important, soit pour arrêter une rébellion dans l'intérieur, soit pour s'opposer à une invasion des puissances ennemies. Bientôt deux divisions s'y rassemblèrent.

- Ouverture de la 5e campagne

"Jourdan conserva le commandement de son armée. Pichegru soupçonné de trahison mais non convaincu fut remplacé par Moreau; Beurnonville, venu récemment de captivité remplaça Moreau dans le commandement de l'armée du Nord en Hollande".
L'invasion fut concertée sur un plan vicieux, en ce que nos troupes placées le long du Rhin, au lieu de ne former qu'une armée sous le commandement d'un seul général, restèrent divisées en deux corps, ayant chacun leur chef particulier et indépendant, tandis que les corps autrichiens passèrent tous sous le commandement supérieur du prince Charles.
Cette organisation ou division des corps français occupant le cours du Rhin en deux armées distinctes, causa un tort préjudiciable à la gloire du général Jourdan, qui toujours sacrifia son ambition au bien du service ; cette particularité est amplement démontrée par le peu d'ensemble apporté dans les mouvemens.
Jourdan battu à Amberg dut se retirer vers le Rhin et Moreau de son côté dut repasser le fleuve.

- Levée du camp de Gorseele
marche sur Cologne

Dans cette fâcheuse conjoncture, l'armée du Nord en Hollande ne pouvait plus rester oisive; il était urgent qu'elle marchât promptement au secours de l'armée de Sambre et Meuse, la plus à sa portée, abandonnée sur une pointe très avancée en Allemagne, agissant pour ainsi dire isolément, et qui se trouvait dans la nécessité de continuer son mouvement rétrograde sur le Rhin, pressée par un ennemi qui lui était de beaucoup supérieur en forces.
Le camp de Gorseele fut levé et toutes les troupes qui le composaient prirent la route de Cologne.
Le 15 septembre (29 fructidor), les deux premiers bataillons de la 1re demi brigade d'infanterie légère, quittèrent aussi leurs cantonnemens et se réunirent à leur état major à Grool.
Le 16 (30 fructidor) ils se portèrent à Alten, ou était déjà arrivé leur 3e bataillon revenu de la Zeelande; ainsi réunie, la demi brigade fut loger le 17 (1er jour complémentaire) à Deutekom et Tilburg; le 19 (3e jour complémentaire) elle fut à Doesburg, ayant en tête un escadron du 5e régiment de chasseurs; puis, formée en colonne de route, sa marche ouverte par un escadron de hussards et fermée par un autre de chasseurs, le 20 (4e jour complémentaire) elle fut loger à Nimègue et, conservant chaque jour le même ordre dans la marche, cette colonne logea le 21 (5e jour complémentaire) à Clèves, le 22 (1er vendémiaire) à Rheinberg, le 23 (2 vendémiaire) à Reuppel et le 24 (3 vendémiaire) à Meurs. Arrivée là, la demi brigade reçut l'ordre de continuer sa marche isolément, jusqu'à Dusseldorf où elle arriva après minuit.

- Camps de Mulheim et de Merheim

Le 23 (4 vendémiaire) nous bivouaquâmes à Mulheim, sur la rive droite du Rhin, vis à vis Cologne ; les 4e, 15e, 16e et 18e demi brigades de ligne vinrent nous remplacer le 26 (5 vendémiaire) et campèrent sur le terrain que nous venions de quitter; les 1er, 3e, 5e, 6e et 8e régimens de hussards, ainsi que les 5e, 21e, et 23e régimens de chasseurs à cheval, furent répartis dans les villages
sur la rive droite du Rhin, contigus à ce fleuve ; une partie de l'artillerie de l'armée fut également établie sur le même point. Les deux premiers bataillons de notre demi brigade se portèrent en avant à Merheim, et le 3e fut s'établir dans la tête de pont à Neuwied.
Nous formâmes notre camp en baraques, creusées en terre et recouvertes de gazons imperméables. Nous leur donnâmes la forme de huttes, ayant chacune leur petite cheminée, un lit de camp en claie élevé au dessus du sol, un ratelier d'armes, un jour suffisant, et logeant commodément huit à dix hommes; toutes ces huttes, de même forme, alignées sur le front de bandière, face à l'ennemi, chaque compagnie séparée l'une de l'autre par de petites rues dans la profondeur du camp, avaient un aspect sauvage qui plaisait à l'oeil.
Le camp de Mulheim était commandé par le général Dazémar et celui de Merheim par le général Salm, formant ensemble la division du général Macdonald; deux autres divisions étaient à Cologne et dans les environs, sur la rive gauche du Rhin. Ce corps d'armée, détaché de l'armée du Nord, était sous les ordres du général en chef Beurnonville dont le quartier général était à Cologne, ville grande, riche, électorale, toute couverte d'églises, une des anciennes résidences impériales de Charlemagne, où ses restes mortels furent inhumés.
Le 27 (6 vendémiaire) le général Salm fit couvrir notre camp par des lignes de retranchemens et y mit du canon.
Le 1er octobre (10 vendémiaire) Beurnonville passa les camps en revue, et nous fit connaître par la voie de l'ordre, que l'armée de Sambre et Meuse était en pleine retraite; notre destination était de la soutenir et d'arrêter l'ennemi conjointement avec elle, en couvrant le Rhin.
Nous vîmes bientôt paraître un grand nombre de soldats de cette armée, la devançant de quelques jours, abandonnant leurs corps et cherchant à repasser le Rhin pour mettre en sûreté les richesses qu'ils s'étaient procurées par le pillage; ces soldats étaient presque nus et ils possédaient de l'or; on les surprenait dans les haltes qu'ils faisaient jouant dix à vingt pièces d'argent ou d'or sur une carte ou sur un coup de dés.
Nos postes et nos piquets furent étendus sur le fleuve à droite et à gauche, partout où il y avait un passage établi, ne laissant aller sur la rive gauche que les militaires porteurs d'autorisations spéciales. Enfin nous eûmes le plaisir de rendre à leur corps et à leurs compagnons d'armes restés fidèles à l'honneur ceux que l'embarras des richesses avait rendus pusillanimes ou qui, rebutés par les fatigues, cherchaient un mieux qu'ils ne pouvaient trouver que dans le déshonneur.
Réunis bientôt à la partie de l'armée de Sambre et Meuse qui effectua sa retraite sur notre point, nous contribuâmes à arrêter l'armée autrichienne qui s'avançait aussi vite que la retraite de Jourdan le lui permettait et qui, fière de ses succès de circonstance, semblait ne pouvoir être arrêtée qu'à Paris, but des efforts des coalisés, comme les nôtres étaient d'atteindre Vienne.
La campagne de 1796 s'était terminée malheureusement ; quelques succès dès le début avaient été promptement suivis de défaites, amenées par l'incurie du gouvernement, et par la lenteur, l'indifférence ou la jalousie d'un général sur lequel on comptait le plus. Dans cet etat de choses nos troupes souffraient et perdaient de leur énergie.
Nous étions à la fin de novembre, le froid devint bientôt excessif, et le manque de fourrage ne tarda pas à se faire sentir par la difficulté de communiquer avec la rive gauche du Rhin.
Au commencement de décembre, ce fleuve était déjà couvert d'épais glaçons amoncelés, qui n'avaient entre eux aucune adhérence, et qui interceptaient la navigation. Les vivres nous venaient de Cologne par le pont volant, il fallut renoncer à cette voie; restaient les ponts de Dusseldorf et de Neuwied, mais exposés à une rupture par le cumul des glaçons qui menaçaient d'entrainer les bateaux, il ne nous en arrivait plus qu'une petite quantité; les privations que l'on commençait à éprouver, les fatigues, les excursions d'un ennemi contrarié qu'il fallait contenir et repousser, et surtout la rigueur de la saison, auraient infailliblement ruiné notre belle cavalerie remontée avec tant de soins en Hollande si, par suite de conventions avec le prince Charles, dont les troupes étaient autant fatiguées que les notres, nous n'eussions pris des quartiers d'hiver.
Cependant, malgré le mauvais temps et la misère que nous eûmes à supporter durant les derniers mois des quatre que nous restâmes campés, jamais on n'avait vu de troupes aussi belles, autant soignées dans sa tenue et dans son armement; le temps le plus désastreux ne nous dispensait pas des inspections journalières, des parades, ni même des instructions pratiques en plein air. Ainsi le voulait le général Salm. L'armée du Nord était vraiment une armée modèle.
j'ai rempli plusieurs fois dans ce camp les pénibles fonctions de défenseur officieux près des conseils de guerre, en faveur de prévenus d'infraction à la discipline militaire, courant les risques de me voir aussi mis en jugement, lorsque dans l'intérêt de la défense, je mettais en doute la véracité d'un rapport fait par un supérieur que je supposais trompé; ou bien lorsque je suspectais l'exactitude de la déposition d'un témoin, ou que je niais l'intention que l'on prêtait à ma partie d'avoir voulu commettre le délit dont elle était prévenue; soit aussi en citant quelques propos outrageans tenus par un chef et qui auraient exaspéré le délinquant, tâchant autant que possible d'atténuer les torts du soldat mis en jugement; car le général Salm, à qui on accordait généralement de l'esprit et du courage, n'en était pas moins sur toutes choses, d'une susceptibilité extraordinaire et d'une sévérité révoltante ; tout devait plier devant sa volonté. Il fit arrêter arbitrairement et détenir dans les prisons de Cologne, des militaires défenseurs auxquels il n'avait à reprocher que des allégations vagues, lancées contre de certains chefs devenus la terreur du soldat, s'attribuant à lui même les citations qui n'étaient pas suivies d'un nom propre.
Présumant avoir tout à craindre, il portait constamment sous ses vêtemens une cotte de mailles qui contribuait particulièrement à le déformer. Après la levée des camps nous ne le revîmes plus; il passa à l'armée d'Italie où dans la campagne de 1798 (an 7) il fut blessé à la bataille de la Trébia, se trouvant encore sous le commandement de Macdonald.

- Levée des camps de Mulheim et de Merheim

Le 12 décembre 1796, (22 frimaire an 5) les camps de Mulheim et Merheim furent levés, et chaque corps se porta dans les cantonnemens qui lui furent assignés. Notre 3e bataillon fut occuper les villages en avant du camp, couvrant le Rhin et le pont de Neuwied ; le 2e alla à Walde, Hann et Mübrade; le ler se rendit dans la principauté de Solingen.
Le 1er février 1797 (13 pluviôse an 5) la demi brigade, remplacée dans ses cantonnemens, passa sur la rive gauche du Rhin et fut occuper Neuss, Urdingen, Linn et Crefeld; cette dernière ville toute française par le grand nombre de familles protestantes qui quittèrent la France et s'y réfugièrent lors de la révocation de l'édit de Nantes. La 8e compagnie à laquelle j'étais fourrier, occupa Linn. Je logeai chez les demoiselles Wichmann, dont l'amabilité et les soins généreux me firent oublier les misères du camp.
Le 21 mars (1er germinal) le 1er bataillon remplaça le 2e à Urdingen; celui-ci alla à Kempen et le 3e dans les environs de Venloo.
Le 24 mars (4 germinal) le 2e bataillon fut occuper les villages de Frimersheim, Bosberg et Kautsberg.
A Bosberg, le 31 mars (11 germinal) j'ai été promu au grade de sergent, et le lendemain 1er avril (12 germinal) à celui de sergent major, en remplacement du sieur Périn, condamné à la dégradation par un conseil de guerre pour fait d'indiscipline; je fus maintenu à la 8e compagnie du 2e bataillon.

- Ouverture de la campagne de 1797

Le 3 avril (14 germinal) toute la demi brigade se rassembla à Urdingen et elle prit immédiatement la route de Cologne pour se réunir à l'armée de Sambre et Meuse.
Le 6 avril (17 germinal) elle fut passée en revue par le général Hoche. Le temps devint affreux, la neige tomba abondamment, et cependant le général nous retint six grandes heures dans la plaine vis à vis Cologne; après la revue nans traversâmes cette ville et nous fûmes loger à Binsdorf.
Hoche avait remplacé Jourdan dans le commandement de l'armée de Sambre et Meuse; il était impatient de commencer les hostilités, et son armée demandait hautement qu'on la conduisit à l'ennemi, au delà du Rhin. De son côté, Moreau commandant toujours celle du Rhin était également prêt à entrer en campagne.
L'ordre étant donné de l'ouvrir, la 1re demi brigade d'infanterie legère dut se porter dans le Hundsrück pour y appuyer l'armée de Sambre et Meuse.
Le 8 avril (17 germinal) nous nous rendîmes à Kinderdorf, le 9 (18) à Linderbooch, le 10 (19) à Meinberg, le 11 (20) à Bröhl, le 12 (21) à Pitbruch, le 13 (22) à Bibrem, le 14 (23) nous bivouaquâmes auprès de Weinsham après avoir traversé Kreutznach; le 15 (24) à Sobernheim sur la Nahe (sic) où nous séjournâmes.
Le 18 (27) à Kircheimbolanden, passant par Alsenz; le 19 (28) à Fürfeld où nous primes position
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Du 25 germinal au 16 prairial an V (24 avril - 4 juin 1797), le 1er Bataillon est à Creutznac, toujours à la Division Desjardins.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"
"L'armée de Sambre et Meuse se portait sur la Nidda et l'armée du Rhin vers la Forêt Noire lorsque l'une et l'autre furent arrêtées par le courrier de Leoben".
La 1re demi brigade d'infanterie légère était encore à Fürfeld lorsque l'annonce de la signature des préliminaires de paix lui parvint ; elle se préparait en ce moment à l'attaque de la forêt de Monbach, occupée par cinq mille Autrichiens ; on venait de délivrer à la brigade dont elle faisait partie une quantité de cartouches et des vivres pour plusieurs jours. En suite de la suspension d'armes, la demi brigade fut envoyée à Vendelsheim et Flonheim où elle séjourna.
Le 2 mai (11 floréal) elle fut à Defendal, Niderhausen et Kringsfeldt qu'elle occupa jusqu'au 21 (2 prairial).
Le 22 (3 prairial) elle alla loger à Winterborn, le 24 (5) à Munsterapel, Steinbochenheim et Murfeld jusqu'au 27 (8 prairial).

- Premier retour en Hollande

A Murfeld nous reçûmes l'ordre de retourner en Hollande, notre appui à l'armée de Sambre et Meuse ne lui étant plus nécessaire, nous regrettâmes aussi que les victoires obtenues par Bonaparte en Italie, tout avantageuses qu'elles étaient pour la France, nous forçassent à nous éloigner du théâtre où nous comptins bien obtenir aussi un peu de gloire.
Nous nous remîmes donc en route pour retourner à nos marais; le 28 mai (9 prairial) nous fûmes loger à Schwabenhausen, le 29 (10) à Nierscheid près de Simmern, le 30 (11) à Boppart sur le Rhin, le 31 (12) à Andernach, après avoir passé vis à vis Coblentz; le 1er juin (13) à Bonn, le 3 (15) à Cullen; le 4 (16) à Neüss, le 5 (17) à Urdingen, le 7 (19) à Xanten, le 8 (20) à Clèves, le 9 (21) à Bommel, le 10 (22) à Zulphen, le 11 (23) à Goor, le 12 (24) à Enschédé; le 14 (26) nous rétrogradâmes sur Goor pour prendre la route de Deventer où nous arrivâmes le 16 (28 prairial) pour y tenir garnison.

- Une rebellion à Deventer

Une désobéissance combinée eut lieu dans le 2e bataillon pendant son séjour à Deventer; la troupe était restée quelque temps sans recevoir sa solde, attendu que la Hollande refusait de payer des corps sortis de son territoire pour passer dans une autre armée, et qui probablement étaient déjà remplacés par d'autres qu'elle dut aussi habiller à neuf, car la Hollande était alors considérée comme une bonne vache que l'on pouvait traire sans la tarir ; les carabiniers du second bataillon parvinrent secrètement à déterminer les compagnies de chasseurs à refuser, sinon le service du moins l'exercice, ce qui se fit spontanément dans toutes les compagnies, quoiqu'elles fussent toutes logées séparément dans des maisons servant de casernes et situées dans des rues différentes.
L'appel battu, les chasseurs se présentèrent sans leur fourniment et sans armes; et telles significations et prières qu'on put leur faire, ils refusèrent de s'armer, restant muets et immobiles dans les rangs, sans s'inquiéter des menaces qu'on put leur faire. Le commandant Lejeune, informé de cette désobéissance, passa inutilement de l'une à l'autre compagnie, il fallut pour le moment se borner à rompre les rangs et à consigner les soldats dans leurs casernes; ils subirent ce châtiment sans se plaindre.
Le chef de brigade Lepreux ordonna alors le licenciement de la compagnie de carabiniers qui fut incorporée dans celles des chasseurs, du sergent major aux tambours et une nouvelle compagnie fut aussitôt formée; la troupe fut soldée et l'exercice reprit son cours ordinaire.

- Un bain dans l'Yssel

Dans une promenade que je fis certain jour sur le bord de I'Yssel, fleuve large, profond et rapide, une des branches du Rhin se jetant dans le Zuiderzée, excité par la chaleur, la fraicheur de l'eau, la pente douce d'une rive couverte d'un sable blanc et uni, et surtout par l'exemple que me donnèrent ceux avec qui je me promenais, dont plusieurs étaient d'excellens nageurs, je me décidai à entrer dans le fleuve pour m'y baigner, sans m'éloigner du bord, car je ne savais pas nager; provoqué malheureusement par 1e jeu de mes compagnons, je montai inconsidérement sur le dos d'un des nageurs, homme d'une grande taille et d'une grande force corporelle; je le laissai entrer dans l'eau jusqu'à mi corps cherchant alors à le quitter; mais lui, s'obstinant à me retenir, s'élança en travers du fleuve, et la secousse qu'il me donna me précipita par dessus sa tête; j'allai de suite au fond du fleuve, entraîné rapidement par le courant loin des nageurs, abandonné à mes propres moyens de conservation, courant de grands risques car je ne savais nager.
Conservant toute ma raison, je fermai aussitôt la bouche et je revins au dessus de l'eau; je revis la rive que je venais de quitter, je m'en approchai obliquement par des secousses que je donnai chaque fois que je touchai le fond perpendiculairement; je pus enfin prendre pied la tête hors de l'eau, lutter contre le courant qui m'entraînait; puis, suivi de près par l'auteur de mon immersion, je regagnai le bord, absolument épuisé.
J'ai raconté plus haut que, voulant me donner le divertissement d'une chasse d'oiseaux à la course, et parcourir en ligne droite une plaine qui, malheureusement, n'était qu'un grand marais déguisé, j'avais failli périr étouffé dans une vase où je m'étais engouffré; cette fois ci je fus exposé à me noyer dans un fleuve dont l'eau limpide, les rives d'une pente douce et unie, le sable blanc et compact offraient toute sécurité à qui voulait se donner le plaisir d'un bain agréable et salutaire. Ainsi, entouré d'une population amie, n'ayant rien à redouter des accidens communs à la guerre, je n'en fus pas moins par imprudence, exposé à perdre la vie.
Ces deux évènemens me reviennent à la mémoire toutes les fois que je pense à mon séjour en Hollande, et ce souvenir peu agréable me donnerait de l'aversion pour ce pays si, par compensation, je ne me souvenais en même temps que là aussi, à Neydens et à Borculo, j'ai éprouvé de bien douces sensations !
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 21 messidor (9 juillet 1797), les Bataillons passent à la 3e Division (ils y resteront jusqu'à leur départ pour l'armée d'Allemagne) et vont occuper sur la rive gauche du Rhin : le 1er, Bois-le-Duc; le 2e, Grave; le 3e, Nimègue.

Le Capitaine Duthilt raconte : "Nous partîmes de Deventer le 19 juillet 1797 (1er thermidor an 5) logeant le même jour à Doesburg, le 20 (2) à Nimègue et le 21 (3) à Grave, notre nouvelle garnison.

- Affaires de l'intérieur, correspondance de Pichegru, Hoche remplace Moreau, Augereau succède à Hoche

"Dans l'intérieur, la faction royaliste obligea les membres du Gouvernement à sévir contre elle dans la journée du 4 septembre (18 fructidor). Moreau communiqua alors seulement au Directoire la correspondance de Pichegru saisie lors du passage du Rhin, dans les papiers du général Klinglin, mais suspect lui-même, il fut remplacé par le général Hoche qui réunit alors sous son commandement, l'armée de Sambre et Meuse qu'il commandait déjà et l'armée du Rhin, sous le nom d'armée d'Allemagne; mais miné par un mal mystérieux, il mourut le 18 septembre (1er jour complémentaire an 5)".
Augereau succéda au général Hoche dans le commandement de l'armée d'Allemagne.
L'armistice entre la France et l'Autriche, conclu par les préliminaires de paix signés à Leoben, existait encore, mais les difficultés que l'Autriche apportait à la conclusion du traité de paix qui devait suivre, obligeaient le Directoire à tenir ses armées prêtes à recommencer la guerre si les plénipotentiaires autrichiens ne s'empressaient de traiter de bonne foi, et s'ils ne se hâtaient de consentir aux articles qui leur étaient présentés par la France comme ultimatum. En conséquence, voulant donner plus de force à l'armée d'Allemagne, le Gouvernement retira encore de l'armée du Nord, en Hollande, un corps d 'armée destiné à passer sous les ordres du général Augereau, et la 1re demi-brigade d'infanterie légère en fit partie.

- Deuxième sortie de la Demi Brigade de Hollande.

Le 27 septembre 1797 (6 vendémiaire an 6), nous partîmes de Grave et nous passâmes la Meuse à Gennes au moyen du pont volant ; nous couchâmes ce même soir à Goch. On remarque sur la place de cette ville un arbre infiniment curieux par 1'étendue de ses branches et par sa forme; trois hommes peuvent à peine enlacer son tronc de leurs bras étendus : ses branches disposées circulairement, partant toutes de la même hauteur, formant deux étages, s'étendent d'abord horizontalement, puis elles remontent verticalement à hauteur d'appui pour former deux balcons; on pose sur les branches horizontales du premier et du second étage, comme sur des gîtes, autant de planches préparées qu'il en faut pour former le plancher de chaque galerie ; on arrive du sol à ces galeries par un petit escalier en spirale appuyé contre le tronc, et lorsqu'au mois de juin, ces galeries sont fortement ombragées par le feuillage, les personnes admises à y monter viennent s'y offrir en spectacle. Ce bel arbre est surmonté d'une couronne impériale taillée à jour, produisant un effet merveilleux.
Le 2 octobre (11 vendémiaire) nous fûmes coucher à Nieukerk; le 3 (12) à Crefeld où nous restâmes jusqu'au 8 (17)
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

- A l'Armée d'Allemagne

Les Bataillons sont mis en route le 18 vendémiaire an VI (9 octobre 1797) avec la Division gauche de l'armée du Nord pour aller à l'armée d'Allemagne (aile gauche). En quittant le Brabant, la 1re demi-brigade légère a 2268 hommes présents à son effectif.

Le traité de Campo-Formio signé le 17 octobre 1797 rend la paix à l'Europe. La 1re Légère arrive alors à Cologne. Elle en repart aussitôt pour retourner dans le territoire batave : le 1er Bataillon, à Zutphem; les 2e et 3e, à Deventer.

Les Compagnies auxiliaires (Dépôt), dont l'effectif total ne dépassa pas 94 hommes, avaient tenu garnison à Wagennengen jusqu'à la mise en marche de la demi-brigade sur Cologne. A ce moment, elles sont envoyées à Zutphem où elles sont rejointes fin octobre par le 1er Bataillon. Elles resteront dans cette place jusqu'à leur rentrée en France.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Le 9 (18) nous allâmes à Kaiserswerth où nous logeâmes jusqu'au 12 (21) ; le 13 (22) après avoir traversé Dusseldorf, nous nous rendîmes à Sturzelberg, l'état-major de la demi brigade fut loger à Dormagon; les 14 et 15 (23 et 24) nous restâmes à Bachman; le 16 (25) nous fûmes à Efdoren où nous restâmes jusqu'au 19 (28); le 20 à Buttenbroch jusqu'au 28 (7 brumaire).
Le 29 (8 brumaire) le corps d'armée se rassembla dans la plaine de Cologne où il fut passé en revue par le général en chef Augereau. Après cette revue, les différentes demi brigades composant ce corps retournèrent dans leurs logemens pour y attendre de nouveaux ordres. Le 31 (10 brumaire) toutes les demi brigades se remirent en route; la nôtre se porta à Kirdorf, Huskirch, Wochem et Putzfeldt; le 1er novembre (11 brumaire) elle alla à Altessahr et le 2 (12) à Groft, d'où elle retourta immédiatement à Putzfeldt, par suite d'un contre ordre, et continuant son mouvement rétrograde, elle logea le 4 (14) à Huskirch, le 6 (16) à Buttenbroch où elle s'arrêta jusqu'au 8 (18) ; le 9 (19) elle alla à Knechslein, le 10 (20) à Neuss et le 11 (21), passant devant le mausolée élevé à la mémoire du général Hoche, étant à cet effet en tenue de parade, elle lui rendit les honneurs funèbres, devoir imposé à tout corps ayant à passer devant ce monument. Ce même jour, la demi brigade fut loger à Geldern; le 12 (22) elle fut à Walbeck et le 13 (23) à Goch et Kranenburg
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 13 novembre, la 1ère Légère passe sous le commandement du Chef de Brigade Joseph Yves Manigault Gaulois (né le 14 avril 1770; Général de Brigade le 29 août 1803; Commandant de la Légion d'Honneur le 14 juin 1804; tué à la bataille de la Corogne le 16 janvier 1809).

Le Capitaine Duthilt écrit :
"- Paix de Campo Formio

Le traité de paix qui devait suivre les préliminaires de Leoben, après bien des négociations de la part de l'Autriche, condamnée à un énorme sacrifice, et qui n'osait traiter sans le concours de l'Angleterre, fut signé le 17 octobre 1797 (26 vendémiaire an 6) à Passeriano; on le data d'un petit village situe dans le Frioul, entre les deux armées, mais dans lequel on ne se rendit pas, parce qu'il n'y avait pas de local convenable pour recevoir les négociateurs. Ce village était Campo Formio, il donna son nom à ce traité célèbre, le premier conclu entre l'empereur d'Autriche et la République française. Et cette paix explique pourquoi le corps d'armée tiré de la Hollande, attaché momentanément à l'armée d'Allemagne, rentrait maintenant aux lieux d'où il était sorti.

- Deuxième rentrée de la Demi Brigade en Hollande

Notre seconde excursion hors de la Hollande était déjà terminée; l'armée d'Allemagne devant elle même évacuer successivement le territoire conquis au delà du Rhin, n'avait plus besoin de l'appui que venait de lui donner l'armée du Nord, aussi s'empressa-t-on de nous renvoyer derechef au mili eu des canaux et des marécages de la Hollande, jusqu'à ce qu'il plût à Dieu de nous en tirer définitivement.
En conséquence le 15 novembre (25 brumaire) nous revîmes le territoire de la République batave, et nous fûmes coucher à Arnheim ; le 16 (26) à Dieren, le 17 (27) à Zutphen et le 18 (28) à Deventer. Les deux premiers bataillons restèrent en cette ville et le 3e en sortit le 19 (29) pour aller occuper différens cantonnemens dans les villages de la Gueldre.
Les deux premiers bataillons partirent de Deventer le 28 (8 frimaire) pour aller à Zutphen; le 29 (9 frimaire) ils furent à Doesburg et le 30 (10) à Arnheim.
Le 1er décembre (11 frimaire), ils se portèrent à Nimègue, le 2 (12) à Escharen près de Grave et le 3 (13) ces trois bataillons réunis entrèrent à Bergopzom.
Le 7 (17) les deux premiers bataillons furent tenir garnison à Breda, le 3e se rendit à Bois le duc avec l'état major de la demi brigade.
C'est de cette ville que partit notre chef de demi brigade Lepreux pour passer dans une demi brigade de ligne employée hors de la Hollande ; son changement de corps était une sorte de disgrâce, et en même temps une satisfaction donnée au gouvernement batave qui poursuivait ce chef prévenu d'avoir maltraité un des employés de l'administration de l'habillement. Il fut remplacé par monsieur Manigault-Gaulois, ancien adjudant commandant chef d'état major général; il prit le commandement de notre demi brigade le 22 janvier 1798 (3 pluviôse an 6)
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Joseph Yves Manigault Gaulois

(13 novembre 1796 - 28 août 1803)

Services : Né à la Flèche (Sarthe) le 14 avril 1770. Entré au service comme Sergent au 1er Bataillon de la Sarthe. Sergent major le 11 août 1791. Sous lieutenant au 45e Régiment d'Infanterie (ci-devant Régiment de la Couronne), le 1er avril 1792. Lieutenant le 5 novembre 1792. Capitaine le 5 septembre 1793.

Adjudant général (Chef de Bataillon) provisoire, nommé par les représentants du peuple, le 9 Germinal an II (29 mars 1794); fut confirmé dans ce grade, le 9 brumaire an III (30 ocotbre 1794). Adjudant général chef de Brigade le 25 Prairial an III (13 juin 1795); fut attaché à la personne du Général Moreau "qui avait apprécié ses talents et sa bravoure"; reçut le commandement de la 1ère Demi-brigade légère le 23 brumaire an VI (13 novembre 1797).

Général de Brigade le 11 Fructidor an XI (28 août 1803); mis en disponibilité, puis employé dans la 19e division militaire, le 15 germinal an XII (4 avril 1804); fut embarqué à bord du vaisseau le Neptune, destiné à l'expédition projetée pour Saint Domingue; prit le commandement du département du Pô, le 29 Floréal an XIII (18 mai 1805); chef d'Etat major général de la 3e légion de réserve, le 4 mai 1807; employé à la division d'observation des Pyrénées Orientales le 23 février 1808; reçut le commandement de l'avant garde de l'expédition dirigée sur la Corogne. Mort au champ d'honneur le 16 janvier 1809 à la bataille d'Avisa, "emportant les regrets de l'armée".

Campagnes : 1792 - Fit partie de la colonne infernale à l'armée de la Moselle. 1793 et ans II, III, IV, V, VI, VII, VIII, IX, 1808 et 1809. - Aux armées du Rhin, d'Allemagne, du Nord, d'Angleterre, de Sambre et Meuse, de la Moselle et d'Espagne.

Décorations et distinctions honorifiques : Commandant de la Légion d'Honneur le 19 Frimaire an XIII (9 décembre 1804). Par lettres du 4 août 1813, Napoléon, pour rendre hommage à sa mémoire, conféra à son fils, alors âgé de neuf ans, le titre de Baron en y joignant une dotation de 4000 francs sur les domaines du Hanovre. Le nom du Général Manigault-Gaulois devrait figurer sur l'arc de triomphe de l'Étoile. Il a été oublié.

Anecdotes : En 1794, à Coblentz, il rencontra 3 émigrés, ses anciens camarades de collège. Non seulement il ne les dénonça pas (ce qui aurait passé alors pour une preuve de zèle), mais dans un élan de charité qui n'était pas sans danger, il leur procura des passeports pour s'évader et les sauva ainsi d'une mort presque certaine. L'année suivante, il préserva du pillage un couvent de moines dont l'histoire n'a pas retenu le nom. En témoignage de reconnaissance, le supérieur du couvent lui offrit "une voiture magnifique attelée de 4 chevaux du plus grand prix". Le Chef de Bataillon Manigault refusa d'abord, puis, sur de nouvelles instances, il accepta, mais vendit aussitôt voiture et chevaux et en distribua le prix à ses soldats. "Ils l'ont mérité, aussi bien que moi", dit-il simplement aux moines émerveillés d'un tel désintéressement. Vers la fin de 1808, Manigault commandait à Burgos des troupes de nouvelles levées que Napoléon passa en revue. L'Empereur, après l'avoir félicité sur la belle tenue et la discipline de ces conscrits, ajouta : "Général, je suis content de vous. Depuis longtemps, je n'ai que des éloges à donner à votre conduite. Vous recevrez sous peu les témoignages de ma satisfaction; pour l'instant que désirer vous ?". Modeste autant que généreux, Manigault ne demanda rien pour lui-même; mais il obtint des récompenses pour ses deux Aides de camp.

- A l'Armée d'Angleterre

L'Angleterre a refusé la paix et se trouve aux prises avec l'Irlande révoltée. Cette situation fait entrevoir la possibilité d'une descente sur les côtes de la Grande-Bretagne. C'est en vue de cette éventualité que la 1ère Légère est rapprochée de la France.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Les deux premiers bataillons partirent de Deventer le 28 (8 frimaire) pour aller à Zutphen; le 29 (9 frimaire) ils furent à Doesburg et le 30 (10) à Arnheim.
Le 1er décembre (11 frimaire), ils se portèrent à Nimègue, le 2 (12) à Escharen près de Grave et le 3 (13) ces trois bataillons réunis entrèrent à Bergopzom.
Le 7 (17) les deux premiers bataillons furent tenir garnison à Breda, le 3e se rendit à Bois le duc avec l'état major de la demi brigade.
C'est de cette ville que partit notre chef de demi brigade Lepreux pour passer dans une demi brigade de ligne employée hors de la Hollande ; son changement de corps était une sorte de disgrâce, et en même temps une satisfaction donnée au gouvernement batave qui poursuivait ce chef prévenu d'avoir maltraité un des employés de l'administration de l'habillement. Il fut remplacé par monsieur Manigault-Gaulois, ancien adjudant commandant chef d'état major général; il prit le commandement de notre demi brigade le 22 janvier 1798 (3 pluviôse an 6)
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- Ennui des Français en Hollande

Déjà trois années s'étaient écoulées depuis que nous avions repoussé de la Hollande les derniers ennemis qui s'opposèrent à l'affermissement de nos armées dans cette riche contrée, dont l'occupation importait essentiellement au repos de la France ; depuis lors nous y étions en pleine paix, car la guerre avait été portée loin de là, aucun des ennemis qui restaient à la République ne touchait à la frontière hollandaise ; la Prusse avait depuis longtemps retiré ses troupes des armées coalisées et avait fait sa paix avec la France; nos armées avaient passé le Rhin et le couvraient de toutes parts; l'Angleterre n'était pas en ce moment en mesure d'inquiéter aucun des points maritimes des provinces que nous occupions; nous aurions oublié la guerre si par circonstance on ne nous eût mis deux fois en contact avec nos armées actives, mais nous n'y étions appelés que momentanément et comme auxiliaires et dès qu'elles pouvaient se passer de notre appui, on nous renvoyait en Hollande, où il semblait que nous devions toujours rentrer. Notre devoir sans doute était d'obéir sans murmurer mais comme Français et soldats, nous nous en affligions; il nous était pénible de n'avoir pu courir aussi les hasards de la guerre, de n'avoir pas vu le numéro de notre demi brigade cité honorablement dans les rapports militaires, ainsi que l'avaient été ceux des demi brigades employées aux autres armées; c'était là généralement les regrets exprimés par nos chasseurs et nos officiers, et dont il convenait de tenir compte pour faire cesser leur ennui et calmer leur mécontentement, car ils étaient tous on ne peut plus impatiens de sortir de l'inertie dans laquelle on les retenait depuis si longtemps.
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 1er nivôse an VI (21 décembre 1797), la 1ère Légère occupe Bois-le-Duc, Bréda et Berg-op-Zoom.

L'attitude toujours intraitable de l'Angleterre, les appels pressants que les Irlandais ne cessent de nous adresser, décident enfin le Directoire à réunir sur les côtes de la Manche une armée destinée à opérer un débarquement. Elle est appelée armée d'Angleterre. Les troupes de l'ancienne armée du Nord doivent naturellement fournir les premières leur contingent. La 1ère Légère, mise en route sans retard, traverse la Belgique dans toute sa longueur et arriva à Abbeville, point de concentration, le 23 ventôse an VI (12 mars 1798).

Le Capitaine Duthilt écrit :

"Enfin cet ordre invoqué de la force de nos désirs fut donné; décidément nous étions à la veille de quitter la Hollande pour porter nos armes ailleurs ; on nous rappelait en France, nous allions revoir notre patrie, là, du moins, nous pouvions espérer que, si la guerre devait recommencer quelque part, nous serions des premiers compris dans la nouvelle armée à mettre sur pied; dès ce moment nous fîmes avec joie nos arrangemens de départ.
Le 19 février 1798 (1er ventôse an 6) l'ordre de quitter la Hollande pour rentrer en France nous fut intimé; le départ des deux premiers bataillons fut fixé au 26 et celui du 3e au 5 de mars.

- Nos adieux à la Hollande

Nous dîmes adieu à ces bons et flegmatiques Hollandais, leur tenant compte de leur bonne et franche hospitalité; quittant avec joie néanmoins leur pays humide et malsain. Là rien ne ressemble aux autres contrées de l'Europe; l'uniformité même du sol de la Hollande, de ses villes si bien fortifiées, de ses villages dont les habitations sont parfaitement alignées et peintes de diverses couleurs, de ses routes. mauvaises et bordées d'une quadruple rangée de beaux arbres, de ses nombreux canaux, de ses barques sans nombre et de ses vaisseaux, est une singularité qu'on ne rencontre pas ailleurs.
Dans ce pays tout annonce la richesse; on la remarque à la quantité de beaux villages, à la propreté des maisons et des rues, à l'habillement, à la contenance ferme du paysan, de l'artisan comme du rentier. Cette propreté et cette aisance se font remarquer même au milieu du sol inondé, des prairies marécageuses, du climat épais et toujours humide de certaines provinces; point de mendians comme on en trouve dans les autres pays ; vous rencontrez sur toutes les routes des paysans montés, pour la plupart, sur des chariots bien peints, souvent même dorés, et tirés par de superbes chevaux, se rendant aux villes pour leurs affaires. Ces paysans sont bien habillés ; ils portent de grandes et larges boucles à leurs souliers, de lourdes chaînes à leur montre, et des boutons à leurs habits et à leurs vestes, les uns en argent fin, les autres en or, de même que les boucles de leurs jarretières et celle de leur col de mousseline.
Leurs femmes sont également chargées de richesses : elles adaptent de larges lames d'argent ou d'or à leur coiffure où elles attachent leurs pendans d'oreilles ordinairement d'un poids très lourd, et lorsqu'elles se rendent au temple, elles ont une bible dont les couvercles, en maroquin, en chagrin ou en velours de soie, sont garnis de filets et d'agraffes en argent ou en or, sur lesquelles sont gravés les apôtres ou les évangélistes.
A quelques infirmités près, inhérentes à la nature du climat et à la mauvaise qualité de leurs eaux, ces paysans sont les plus heureux mortels de l'univers ; pour gagner leur subsistance et leurs richesses, ils ne sont pas obligés d'avoir toujours le corps courbé vers la terre comme ceux qui travaillent aux vignes, ni de rester toujours exposés aux ardeurs du soleil comme ceux qui cultivent les champs, ni de grimper sur des montagnes, ou de s'enfoncer dans des forêts et d'y essuyer pendant plusieurs jours et plusieurs nuits les incommodités des pluies, des brouillards, des tempètes, des neiges et des frimas comme les bucherons; ils n'ont ni montagnes, ni forêts, et des malheureux paysans de la Westphalie viennent débarrasser les Hollandais de tout ouvrage fatigant; ceux ci n'ont d'autres occupations que de traire et de soigner leurs vaches, leurs chevaux, leurs moutons, plus proprement logés et tenus que bien des gens de certaines contrées; de chercher à placer sûrement l'argent que leur bétail leur fait gagner ; de boire leur thé au safran, leur café à la chicorée, et de fumer leur tabac ; ils aiment la sobriété, la frugalité, l'économie et saisisent toutes les occasions de faire avec des richesses, de nouvelles richesses.
Les Hollandaises, assez belles et d'un riche embonpoint, n'ont d'autre ambition que celle de plaire à leurs maris, de soigner parfaitement l'intérieur de leur ménage, d'y entretenir la propreté et l'économie; dans les villages les modes n'y sont pas connues; les bons effets passent de la mère à la fille aussi longtemps qu'ils durent; de même que les ornemens, en argent ou en or, dont se parent les hommes et les femmes, sont après eux portés par leurs enfants.
Quatre provinces sur sept dont se compose la Hollande, la Frise, la Zéelande, la Hollande et Groningue disputent la terre à l'eau. Le terrain est fortifié de hautes et larges digues que l'industrie humaine oppose à la marche lente mais terrible de la mer et des débordemens des rivières. Le terrain d'ailleurs est si bas que, vu de la mer, on croit voir la cime des arbres et la pointe des clochers sortir du fond des eaux. On voit partout les efforts mutuels que l'eau et les hommes ont faits et font encore pour se nuire réciproquement; ce qui fait dire avec raison, que la Hollande n'a qu'une existence précaire.

ARMÉE D'ANGLETERRE
- Rentrée en France

Après la signature du célèbre traité de paix de Campo Formio, le Directoire créa une armée dite d'Angleterre et en donna le commandement à Bonaparte. Le gouvernement songeait sérieusement et franchement à prendre la voie la plus courte pour attaquer l'Angleterre, et voulait y faire une descente; entreprise très exécutable avec les admirables armées d'Italie, de la Sambre et du Rhin, commandées par le génie du vainqueur de Castiglione, d'Arcole et de Rivoli.
25.000 Français devaient rester adjoints à l'armée nationale de la République italienne, le surplus rentrerait dans l'intérieur. Quant à la grande armée d'Allemagne, elle allait être réduite à la force nécessaire pour imposer à l'Empire pendant la durée du Congrès établi à Rastadt, et le surplus serait reflué vers les côtes de l'Océan, et toutes les troupes disponibles avaient la même direction.

- Itinéraire

Nous avions reçu le 19 février 1798 (1er ventôse an 6) l'ordre de rentrer en France et de partir de Breda le 26 (8 ventôse); ce même jour les deux premiers bataillons de la 1re légère, se mirent en marche et furent à Brecht, le 27 (9) à Anvers, le 28 (10) à Malines, le 1er mars (11) à Bruxelles, le 2 et le 3 (12 et 13) à Marcq, le 4 (14) à Ath, le 5 (15) à Tournai, le 6 et le 7 (16 et 17) à Lille, le 8 (18) à Béthune, le 9 (19) à Saint-Pol, le 10 (20) à Hesdin et le 11 (21) à Abbeville où nous sejournâmes" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

A Abbeville, la 1ère Légère rend ses pièces de canons, supprimés par l'arrêté du 5 pluviôse (24 janvier). Après quelques jours passés à Abbeville, qui n'a plus alors que 1596 hommes dans le rang, est envoyée à Calais, Saint-Pierre-lès-Calais et Peuplingues, où elle est placéesous les ordres du Général de Division Grenier.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"
Notre 1er bataillon partit de cette ville le 15 (25), le 2e le 17 (27) et le 3e qui y arriva ce jour la en partit aussi le 19 (29). La destination de notre demi brigade était Calais, et chacun de ses bataillons marchant isolément, à deux jours d'intervalle, parcourut le mème itinéraire.
Le 2e bataillon, auquel j'étais attaché, fut coucher le 17 (27) à Hesdin, le 18 (28) à Fruges, le 19 (29) à Aire, et le 20 (30) il arriva à Saint-Omer, ma ville natale, où j'eus la joie d'embrasser ce qui restait de ma famille; nous y séjournâmes le 21 (1er germinal), et ce jour là on y célébra la fète de la souveraineté du peuple français. Le 22 (2 germinal) nous fûmes à Ardres, le 23 (3) à Guines, et le 24 (4) l'état major de la demi brigade, les carabiniers et les cinq premières compagnies du 2e bataillon entrèrent dans Calais où déjà était arrivé notre 1er bataillon; les 6e, 7e et 8e compagnies du 2e rétrogradèrent sur Ardres, sous le commandement de monsieur le capitaine Mario. Le 3e bataillon venant après, fut dirigé sur Boulogne.
Ainsi, dès le 24 mars (4 germinal), la demi brigade était en ligne; nous touchions au détroit du Pas-de-Calais qu'il nous fallait traverser pour combattre les Anglais sur leur propre sol, eux les seuls ennemis apparens qui restaient à vaincre de cette formidable coalition formée contre la France, consolidée en république et formellement reconnue par toutes les puissances continentales ou vaincues ou retirées de la coalition. Tout nous prouvait que le Directoire s'occupait de notre transport en Angleterre par la réunion d'un nombre prodigieux de bateaux plats, déjà sous nos yeux dans les ports de Boulogne, de Calais et de Dunkerque; de bâtimens de guerre et de transports de toute espèce sur tous les points maritimes de la Manche, de l'Océan et de la Méditerranée, et par l'affluence des troupes de toutes les armes le long des côtes. Tout enfin nous assurait que l'époque où se tenterait cette grande expédition était prochaine, quoique la prudence pouvait exiger de la renvoyer à la saison des brumes et des vents d'hiver. Néanmoins les généraux du génie parcouraient les côtes pour choisir les meilleurs points de départ et de débarquement
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Les Compagnies auxiliaires, parties de Zutphem, rejoignent directement la portion active à Calais le 11 prairial (30 mai).

Cependant des difficultés qu'on n'avait pas prévues, et aussi la jalousie de l'Europe impatiente de prendre sa revanche, décident le Directoire à renoncer à l'expédition d'Irlande; ce sera en Égypte qu'on ira attaquer l'inflexible ennemie.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Mais le génie supérieur de Bonaparte mûrissait en ce moment un projet d'une autre espèce tout aussi gigantesque que celui de descendre en Angleterre, mais plus vaste dans ses conséquences et surtout plus prochain dans son exécution.
Aussi des préparatifs importans et réels se faisaient dans les grands ports de l'Océan et de la Méditerranée, à Brest et à Toulon; les troupes embarquèrent effectivement sur ces points, mais leur destination fut Malte et l'Egypte ; c'est là que Bonaparte voulait s'établir pour ruiner l'Angleterre en s'emparant du commerce de l'Inde. Cette expédition mit à la voile le 19 mai (30 floréal) au bruit du canon et aux acclamalions de toute l'armée.
Restés stationnaires vis à vis le détroit du Pas de Calais, bientôt aussi l'on s'occupa de nous, mais ce ne fut pas vers l'Angleterre que nous tournâmes nos armes, la politique anglaise en avait fait décider autrement ; son or continuait à remuer contre la France tout le continent pacifié; placés sur le littoral de la mer, vis à vis de leur île, les Anglais nous redoutaient continuellement, eux aussi avaient confiance en l'étoile de Bonaparte, elle pouvait le favoriser dans son entreprise; à tout prix, et par tous les moyens ils voulaient le rejeter encore ou sur le Rhin ou en Italie; ils ignoraient que déjà il agissait contre eux.
Sachant que l'Allemagne remuait aussi et que toutes ses dispositions tournaient encore à la guerre, nous nous attendîmes à recevoir bientôt l'ordre de nous porter derechef sur le Rhin, jusqu'à ce que le seul homme qui put nous conduire sur un théâtre aussi important que celui de l'Angleterre, nous fut rendu.
Le 22 juin (4 messidor), le 1er bataillon quitta Calais pour se rendre à Gravelines; le 3 juillet (15 messidor) le 2e se réunit en entier à ses deux autres bataillons, déjà à Dunkerque depuis quelques jours
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

L'armée d'Angleterre est dissoute : la 1ère Légère quitte les bords de la Manche le 4 thermidor (22 juillet) pour aller à Cologne, où elle arrive le 23 (10 août) après avoir de nouveau traversé toute la Belgique. Elle campe à Mulheim, sur la rive droite du Rhin, et fait partie de la 3e Division (Bonnet) de l'Armée de Mayence (général Brune).

Les Compagnies auxiliaires quittent Calais le 25 thermidor an VI (13 août 1798) et arrivent à Maëstricht le 16 fructidor (27 août).

Le Capitaine Duthilt écrit :
"... enfin le 22 (4 thermidor) nous reçûmes l'ordre de nous porter rapidement sur le Rhin.
Pendant mon séjour à Ardres, en juin 1798 (prairial an 6) j'assistai aux noces de mon ami Delobeau, sergent major à la 6e compagnie du 2e bataillon de la 1re demi brigade d'infanterie légère, avec mademoiselle Gothon Lemaitre et j'eus le bonheur d'y faire la connaissance de madame Rose Sergent, veuve de monsieur Deliane, ancien officier et chevalier de Saint Louis; jeune, jolie et fort aimable, j'en fus bientôt tellement épris d'amour que je pensais sérieusement à l'épouser.
Cependant ma position, comme la sienne, ne me permettait pas, pour le moment, d'aller aussi loin que je le désirais ; à mon grand regret, je dus renvoyer notre mariageà une époque peu éloignée, fondant mes espérances sur l'attente où j'étais d'être bientôt promu au grade de sous lieutenant, bien decidé de donner alors ma démission pour me libérer du service militaire, et revenir au plus tôt lui renouveler mes sermens et unir mon sort au sien.
Il me fallut bientôt quitter Ardres pour aller à Dunkerque et de là sur le Rhin recommencer à guerroyer ; mais j'étais aimé, et je croyais à la constance, je pouvais m'éloigner sans crainte pour mes amours ; à mon retour, dont je hâtais l'époque de tous mes voeux, je devais mettre le comble à ma félicité et à celle de ma chère Rose qui ne voulait vivre que pour moi comme je ne vivais que pour elle, ainsi que nous nous le dîmes dans nos derniers embrassemens. Je partis et le Rhin nous sépara. Je lui écrivis fréquemment; ses réponses étaient telles que je les souhaitais ; elles me rendirent aussi heureux qu'on peut l'être loin de celle qu'on aime; mais ses lettres devinrent plus rares, plus civiles, elles n'exprimaient plus aucun sentiment d'amour; enfin, elle cessa de m'écrire et j'appris bientôt, avec douleur, qu'elle venait de se marier à M. Duroyer de la commune d'Ambouc (probablement Hames-Boucres). J'aimais sérieusement pour la première fois, aussi son infidélité me donna infiniment de chagrins, j'en devins malade; cependant le temps et mes distractions militaires finirent par me calmer, mais ne me firent jamais oublier l'infidèle; je ne la revis plus, mais ses traits sont encore présens à ma mémoire.

Armée du Rhin
- Marche de la 1re Légère jusqu'au delà du Rhin

Nous partîmes de Dunkerque le 24 Juillet 1798 (6 thermidor an 6) et nous fûmes coucher à Cassel après avoir traversé Bergues et Wormouth; le 25 (7 thermidor) nous fûmes loger à Bailleul, les 26 et 27 (8 et 9) à Lille, le 28 (10) à Tournai, le 29 (11) à Ath, le 30 (12) à Marcq, le 31 (13) à Bruxelles, le 1er et le 2 Août (14 et 15) à Louvain, le 3 (16) à Saint-Trond, le 4 (17) à Tongres, le 5 (18) à Maestricht, les 6 et 7 (19 et 20) à Aix la Chapelle, le 8 (21) à Boslar, le 9 (22) à Reyti, le 10 (23) à Cologne, le 11 (24) nous passâmes le Rhin sur le pont volant vis à vis Mulheim; de là, chacun de nos bataillons marcha séparément, le 1er sur Siegburg, le 2e sur Monch, et le 3e resta à Mulheim. Le 12 (25) la demi brigade se rassembla à Gossendorenbuch, et elle fut loger à Gibbenhausen et villages voisins; le 13 (26) elle fut à Eyscheidt et Neukirchen.
Le 20 (3 fructidor) nous reçûmes l'ordre de nous rendre dans la Westphalie, mais en route un contre ordre survenu nous fit rentrer dans nos cantonnemens précédens. Néanmoins, le 23 (6 fructidor) nous nous remîmes en marche et nous fûmes loger à Overmenden, après avoir traversé la Sieg à Siegburg où était déjà notre 3e bataillon; le 24 (7 fructidor) nous allâmes à Weyerbüch, Lucheidt et Schanbernach ; le 25 (8 fructidor) à Hamm, (Hahn), Waldbröl et Rosbach. Le 26 (9) à Berlinghausen près Olpé; le 27 (10) le 1er bataillon fut cantonner à Bilstein, le 2e à Altendorn et le 3e à Minden, avec l'état major de la demi brigade.
Après deux mois de séjour en Westphalie, nous quittâmes ce pauvre pays où la plupart des gens et des bêtes logent ensemble sous Ie même toit, se réchauffant au même foyer allumé au milieu de l'unique pièce de l'habitation, et nous fûmes remplacer les troupes employées depuis quelque temps au blocus rigoureux du château d'Ehrenbreitstein.
Le 8 novembre (18 brumaire) nous fûmes à Bunsel, le 9 (19) à Ferndorf, le 10 (20) à Zepperfield, le 11 (21) à Cortt, le 12 (22) à Niderracht, le 13 (23) à Andernach. Le 3e bataillon prit position sur la rive droite du Rhin, à la vue du fort ; le 1er fut à Coblenz, et le 2e resta à Andernach, sur la rive gauche, avec l'état major.

- Blocus d'Ehrenbreitstein

Dès le 13 novembre (23 brumaire), la 1re demi brigade d'infanterie légère était employée au blocus d'Ehrenbreitstein. Cette redoutable forteresse était investie derechef malgré la paix de Campo Formio, en raison du mauvais vouloir de l'Autriche, qui entravait les délibérations du congrès, toujours existant à Rastadt; d'abord le blocus ne fut pas très rigoureux, mais il le devint au moment de notre arrivée, comme s'il y avait déjà déclaration de guerre entre la France et l'Autriche. Ce procédé de la part de la France n'était peut être pas loyal, mais la mauvaise foi du cabinet de Vienne autorisait cette mesure et la rendait légale.
La cité la plus voisine de la forteresse d'Ehrenbreistein est Coblenz, belle ville, grande, commerçante et connue par le séjour qu'y firent les émigrés français, ayant à leur tête le prince de Condé. Cette ville prend son nom du confluent de la Moselle avec le Rhin. Là, cette jonction est de toute beauté. Le Rhin y est admirable et ressemble à un port de mer par la quantité de grands bateaux qui le couvrent. On communique habituellement de Coblenz à la forteresse par un superbe pont volant supprimé pendant la guerre.
Le général Hoche s'en était rendu maître en 1797 (an 6) mais il avait fallu le rendre par suite du traité de paix.
Pendant le congrès de Rastadt, l'armée française le bloqua de nouveau et le 21 janvier 1799 (8 pluviôse an 7) les assiégés après avoir épuisé la totalité de leurs vivres, réduits à la famine, ne se nourrissant plus que de viande de cheval, de chat et de rat, le colonel Faber, qui les commandait, fut obligé de se rendre à discrétion au général Dallemagne, tout en protestant contre la violation du droit des gens à son égard, prétendant qu'il n'avait pas cessé d'avoir le droit de recevoir chaque jour, du dehors, les vivres qui lui étaient nécessaires pour n'être pas obligé de toucher à son approvisionnement, ne se considérant pas en guerre.
Aux souvenirs d'Ehrenbreitstein se mêle le souvenir du général Marceau enterré sur une des collines de la rive gauche du Rhin, presque vis à vis le château; sur le lieu même de sa sépulture on a élevé une pyramide, sur laquelle une des inscriptions invitait les amis et les ennemis du brave à respecter son tombeau, et tous y furent fidèles.
"C'est aussi de cette forteresse que provient le fameux canon le Griffon, qui fut transporté à l'arsenal de Metz en 1800 (an 8)". (Note : On sait que ce canon se trouve maintenant aux invalides).
Le service que firent les troupes pendant le temps qu'elles restèrent au blocus fut on ne peut plus fatigant et ruineux : des soldats eurent des membres gelés pendant la courte durée de leur faction qui se faisait sur des rochers sur la rive droite, et sur la rive gauche sur des barques prises par les glaces; on fut même obligé de réduire la faction à une demi heure, et dans ce court espace il arrivait encore des accidens.
Pour répartir autant que possible entre tous les corps les bonnes et les mauvaises positions, des échanges fréquens eurent lieu jusqu'au 16 décembre (26 frimaire) jour où nos trois bataillons se réunirent à Andernach pour y subir une nouvelle organisation.

- Deux bataillons de guerre et un de dépôt

"Nos armées, non recrutées, s'étaient vidées par les maladies, les réformes et la désertion, le Directoire institua la conscription, le 5 septembre 1798 (19 fructidor an 6). Cette institution fut suivie d'une réorganisation des demi brigades".
Donc le 16 décembre 1798 (26 frimaire an 7) chacune des compagnies de nos trois bataillons envoyèrent à l'état major, un officier, son sergent major, un sergent et un caporal, chargés de fournir au conseil d'administration de la demi brigade, des renseignements sur la validité des hommes de leur compagnie présens sous les armes, et sur la cause de l'absence des autres, afin de préparer la formation de deux forts bataillons de guerre, et celle d'un bataillon de dépôt.
Le 17 (27) nos trois bataillons se réunirent dans la plaine d'Andernach, vis à vis la tour blanche et se formèrent conformément à l'organisation arrêtée; tous les hommes valides du troisième passèrent aux deux premjers qui, en échange, lui livrèrent leurs invalides et généralement les hommes absens. Immédiatement après, le 1er bataillon prit la route d'Aix la Chapelle, moins la compagnie de carabiniers, qui resta attachée à l'état major, et ce bataillon fut occuper Borcette comme bataillon de dépôt sous le commandement du chef Gastelais, pour y attendre les conscrits de la levée de l'an 7; les deux premiers bataillons dits de guerre, retournèrent au blocus d'Ehrenbreitstein, division du général Soult, où ils continuèrent le même service jusqu'au 27 janvier 1799, jour de la reddition de cette forteresse.
On remarqua que les généraux qui commandèrent successivement les troupes du blocus, y furent employés dans l'ordre suivant dont les noms forment cette phrase : Hardi, Compère, Goulu, Ménage, Friand, Dallemagne
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 2 nivôse an VII (22 décembre 1798), les Compagnies auxiliaires quittent Maëstricht et viennent s'établir à Aix-la-Chapelle, où elles resteront jusqu'en avril 1799.

L'orage s'amoncelle sur nos frontières de l'Est : l'Autriche et la Russie organisent avec l'Angleterre une 2e coalition contre nous. La France, de son côté, se dispose à recommencer la lutte. De nombreuses recrues s'instruisent dans les dépôts. Les Compagnies auxiliaires de la 1ère Légère ont reçu à Aix-la-Chapelle, le 10 pluviôse (29 janvier), 1200 jeunes soldats destinés à renforcer les bataillons actifs.

- A l'Armée du Danube

Au commencement de l'année 1799, la 1ère Légère, détachée de l'Armée de Mayence, est envoyée le 2 ventôse an VII (20 février 1799) en Alsace, où se concentre l'Armée du Danube. Jourdan, qui la commande en chef, a établi son Quartier général à Strasbourg; la 3e Division, à laquelle appartient la 1ère Légère, est aux ordres de Saint-Cyr.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Nouvelle coalition
La guerre déclarée par le fait

"L'Autriche se croyant prête, soutenue par les Russes, ne crut plus avoir de ménagements à garder et fit occuper les Grisons.
Jourdan commandant l'armée du Danube reçut l'ordre de passer le Rhin et Masséna commandant l'armée d'Helvétie celui de s'emparer des Grisons".

- Marche de la 1re Légère de Coblenz à Kehl

La demi brigade étant destinée à faire partie de l'armée qui allait être dirigée sur la Souabe au moment où les hostilités recommenceraient avec l'Autriche, s'était portée le 31 janvier 1799 (12 pluviôse an 7) à Nassau, le 1er février (13) à Ems, le 2 (14) à Kinden et Weinher, le 4 (16) à Heibbercheit, le 5 (17) à Nydernaysen, le 6 (18) Breidhat, le 7 (19) à Dorien, le 8 (20) à Dorbach, le 9 (21) à Werstad, le 10 (22) à Obersaulheim, le 11 (23) à Flonborn, le 12 (24) à Wachenheim, le 14 (26) à Altweiler, le 15 (27) à Arzheim près de Landau, le 16 (28) à Neehwiller, le 17 (29) à Roppenheim, le 18 à Roeschwog, où elle séjourna en attendant l'arrivée des autres corps" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

La guerre est inévitable. Sur les instances de l'Angleterre, la 2e coalition s'est formée : le cabinet de Vienne, qui depuis Campo-Formio n'a pas désarmé, déploie déjà 170000 hommes du Mein au Pô. La Russie met en route un renfort de 100 000 hommes. En France aussi, l'activité est grande : le Directoire et les Conseils ont décrété la fameuse loi de Conscription, par laquelle tout Français doit porter les armes de vingt à vingt-cinq ans. Une levée de 200 000 hommes a été ordonnée et les recrues affluent à Aix-la-Chapelle. Les hostilités vont commencer.

Armée Française de Mentz - 27 février 1799
Armée Française du Danube - 1er mars 1799
Commandant en Chef Jourdan

3e Division : Général de Division Saint-Cyr
Brigade: Généraux de Brigade Legrand, Daunier,Valter
lère Demi-brigade Légère : 1342 hommes

Nafziger - 799BAB et 799CAD

 

c/ Campagne de 1799 - Danube et Suisse

Masséna
Portrait de Masséna, extrait de l'Historique régimentaire

- Entre Rhin et Danube

Le 11 ventôse an VII (1er mars 1799), le mouvement en avant commence : la 1ère Demi-brigade légère (1er et 2e Bataillon) avec 1342 hommes, flanqueurs de l'aile gauche de l'armée du Danube, passe le Rhin à Kehl. Le 3e Bataillon (950 hommes) quant à lui a été renvoyé à l'Armée du Rhin, en formation sous le commandement de Bernadotte. Il restera à Coblentz jusqu'au commencement de septembre.

Fig. 3 Fig. 3a Tambour major en 1797 (vente Boersch de 1971)

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Le 28 (10 ventôse) reprenant la marche, elle fut à Niederhausbergen, et enfin, le 1er mars elle logea à Herkdalle, ayant passé par Strasbourg et le fort de Kehl, conjointement avec les 1re, 8e, 25e, et 108e demi brigades de ligne; les 4e et 5e régimens de hussards, le 2e de chasseurs à cheval, le 10e régiment de dragons et une partie du 3e régiment d'artillerie légère.
Toutes ces troupes, pendant leur passage sur le pont de Kehl, étaient sous le commandement du général Legrand.
A Strasbourg, le 1er mars, j'allai voir la belle cathédrale de cette ville, dont la tour surmontée de son clocher a 574 pieds d'élévation; ouvrage incomparable pour la beauté de son architecture et la belle forme de sa pyramide
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

La 1ère Légère gagne la vallée du Renchen, traverse Oberkirch et le col de Kniebis et gagne Freudenstadt sur la Murg, puis, tournant à droite vers Oberndorf, remonte le Necker jusqu'à Rothweil, où elle arrive le 16 ventôse (6 mars). En cinq jours, les défilés de la Forêt-Noire ont été franchis.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"- Marche dans la Forêt Noire
Le 3 mars 1799 (13 ventôse an 7) la demi brigade coucha à Weidendorf dans la forêt de Kniebis, montagne que l'on considère comme le noyau de toutes celles de la partie de la Forêt Noire septentrionale, quoiqu'elle ne soit pas la plus élevée.
Le 4 (14) nous fûmes à Flosin, le 5 (15) à Rotweil, ville située entre les sources du Necker et celles du Danube, dont le cours est tout à fait opposé : l'un porte ses eaux au Rhin, l'autre va se perdre dans la Mer Noire; le 6 (16) nous couchâmes à Weil et Schonberg, ou nous primes poste, et recommençâmes à faire un service régulier. En raison de sa position géographique, l'armée prit dès ce moment la dénomination d'armée du Danube
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le Carnet de la Sabretache de 1901 nous donne, à la page 188, le rapport d'inspection de l'infanterie de l'Armée du Danube, fait par le Général de Division Dubois Crancé, depuis le 1er Brumaire jusqu'au 1er Germinal an VII (22 octobre 1798 - 21 mars 1799) :
Gaulois, Chef de Brigade. N'a pas de grands talents militaires, du civisme et des mœurs.
Dupont, Chef du 1er Bataillon. Bon officier.
Lejeune, Chef du 2e Bataillon. Idem.
Gastelais, Chef du 3e Bataillon. Idem.
Ces quatre chefs ne servent que depuis la Révolution ; ils sont bons républicains.
Il se trouve dans ce corps un Adjudant major nommé Thierry, Officier du premier mérite ; il a été Adjudant sous officier des Garde Françaises, c'est assez prouver sa valeur militaire, mais isolé, sans prétention, il n'a pu percer. L'inspecteur le recommande à la justice du Directoire.
Il y a d'un autre côté dans ce corps un Chef de Bataillon surnuméraire nommé Kuntz Belissaire, dont le corps entier a rendu le compte le plus défavorable sous le rapport du civisme et de la moralité ”.

Jourdan prend position sur le Danube en attendant la déclaration de guerre qui n'est faite que le 22 ventôse (12 mars).

L'Armée du Danube devait être de 60000 hommes; mais elle n'en compte en réalité que 38000. Elle a devant elle l'Archiduc Charles, à la tête de 54000 fantassins et de 24 000 cavaliers, qui a franchi le Lech le 3 mars et marche à notre rencontre. Néanmoins le Directoire, «comptant toujours, dit Thiers, sur l'effet de l'offensive et animé de la même confiance dans ses soldats, voulait que, malgré les disproportions du nombre, les généraux se hâtassent de brusquer l'attaque et de déconcerter les Autrichiens par une charge impétueuse». Jourdan reçoit en même temps l'avis de déclaration de guerre et l'ordre d'attaquer. Il se porte immédiatement en avant.

Masséna

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Armée du Danube
- La Forêt Noire
Le 13 mars 1799 (23 ventôse an 7) nos deux bataillons se réunirent à Schonberg, puis se rendirent à Dütlingen près d'une des sources du Danube; le 15 (25) ils se portèrent à Stedten, quittant la brigade Jardon pour passer à celle du général Compère, division Vandamme; le 16 (26) ils se rendirent à Ebingen principauté de Wurtemberg; le 17 (27) ils furent envoyés en découverte sur Gammerdingem ou le 2e bataillon resta logé; le 19 (29) nos deux bataillons se réunirent et allèrent à Hechingen, où se trouvait une compagnie des troupes du prince de Hohenzollern, ville neutre mais livrant passage.
Le 20 (30 ventôse) nos deux bataillons furent à Melkingen, et le 21 (1er germinal) à Villingen ville du Brisgau.
Ce pays appelé Forêt Noire, est parfaitement nommé; indépendamment de ce qu'il est une des contrées les plus couvertes de montagnes et de forêts, celles ci y portent une teinte ténébreuse qui tient autant de la nature rembrunie du sol, que du vert obscur des énormes sapins qui les composent. Les habitations sont écartées des villages extrêmement pittoresques. Cette dénomination ferait croire que c'est un pays de bêtes fauves ou un repaire de malfaiteurs, tandis que l'on n'y trouve que des hommes doux et hospitaliers. Leur vie est sobre, frugale, mais saine et nourrissante.
Chaque village a son costume qui lui est propre et qui ne varie jamais. La nature a donné à ce peuple un climat rude, un sol froid et peu productif, mais il est laborieux ; il est adroit et intelligent, il fournit à toute l'Allemagne et à une partie de la France de petites sculptures en bois de sapin, travaillées par les habitans des campagnes et les pâtres, avec une sorte de couteau seulement; c'est aussi sous leurs toits rustiques que se fabriquent ces horloges de bois, parmi lesquelles il s'en trouve de fort bonnes et de très compliquées, qui supposent des connaissances chronométriques et mécaniques.
La ville de Villingen où nous nous trouvions en ce moment ne réunit pas les avantages que possède le pays : sa position est mauvaise et malsaine, les eaux y croupissent et y deviennent le receptacle de tous les reptiles boueux
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

L'affrontement entre les deux parties a lieu le 22 mars (2 germinal) à Ostrach. Deux colonnes autrichiennes abordent nos deux ailes, dès le matin. La lutte est des plus acharnées : "Les Français déployèrent en cette rencontre, dit Thiers, une bravoure et une opiniâtreté qui excitèrent l'admiration du prince Charles lui-même". Il faut pourtant céder au nombre : abordé par 50000 hommes, notre centre est enfoncé. La retraite, peu inquiétée d'ailleurs, s'effectue en bon ordre : la 1ère Légère, toujours à l'extrême gauche avec la Division Saint-Cyr, campe, le 22 au soir, sur les hauteurs de Tuttlingen.

Malgré l'échec du 22 mars, Jourdan ne persiste pas moins dans l'intention de prendre l'offensive en concertant ses opérations avec celles de l'armée d'Helvétie (Masséna) dont le flanc gauche se trouve à découvert par l'abandon de Stokach, noeud des routes de Souabe et de Suisse. Il fixe son mouvement au 5 germinal (25 mars). L'archiduc Charles a projeté d'exécuter, le même jour, une grande reconnaissance.

L'armée autrichienne est en position, la gauche derrière la petite rivière de Stokach; la droite, sur les pentes du plateau de Nellemberg longées par la route de Stokach à Liptingen. Les deux armées se rencontrent dès le matin et l'action s'engage promptement sur tout le front. A notre gauche, la Division Saint-Cyr refoule dès le début la droite ennemie, chasse les Autrichiens de Liptingen, pénètre avec eux dans les bois et les poursuit jusqu'au ravin. Dans cette vigoureuse attaque, "le lieutenant Dénéchaux, de la 1re Légère, avec 6 carabiniers seulement, se précipita sur une compagnie hongroise qui fut surprise, se débanda et repassa le ravin de Stokach". Le Capitaine Montossé fait 10 prisonniers, ce qui lui vaut d'être cité dans le bulletin de la journée "pour sa vaillante conduite".

Voyant les Autrichiens s'entasser en désordre dans Stokach, pour repasser le ravin, Jourdan, trop confiant dans le succès de sa gauche, ordonne à Saint-Cyr de continuer la marche pour envelopper l'Archiduc et lui couper la retraite. Notre infériorité numérique ne permet pas une pareille manoeuvre contre un adversaire tel que le Prince Charles. Celui-ci, sans s'effrayer du mouvement de Saint-Cyr sur sa ligne de retraite et négligeant sa gauche suffisamment protégée par le ruisseau, lance ses réserves sur Liptingen. Chargeant lui-même, l'épée à la main, à la tête des Grenadiers qu'il amène, il brise l'élan de notre centre, reprend les bois, et, malgré les chocs furieux de notre cavalerie, nous oblige à céder.

Épuisés par ce grand effort, les Autrichiens ne nous poursuivent pas. La Division Saint-Cyr, complètement isolée du reste de l'armée, se trouve néanmoins dans une position très critique. La 1ère Légère couvre sa retraite qui s'effectue heureusement par Maeskirch, Friedlingen où elle met le Danube entre elle et l'ennemi, et par Tuttlingen où elle repasse le fleuve et rejoignit enfin nos lignes.

Pendant cette marche rapide brusquement exécutée, le Capitaine Antoine Lange, de la 4e du 1er, reste en arrière, le 26 au matin, avec un poste d'une section. "Cerné par une compagnie autrichienne qui avait avec elle une pièce de canon, il attendit que l'ennemi fût à bonne portée, fit alors exécuter une salve, et, se jetant en avant, parvint à se dégager. Il rejoignit la demi-brigade après avoir fait deux lieues à travers les lignes ennemies et dans un pays des plus difficiles".

La victoire n'est à personne : les deux armées couchent sur leurs positions, mais, comme dit Thiers, avec notre infériorité numérique, "n'avoir pas vaincu, c'était être battu". Après s'ètre replié jusqu'à l'entrée de la Forêt-Noire, Jourdan va se disculper à Paris. Masséna, dont l'attitude menaçante a empêché l'Archiduc de pousser jusqu'au Rhin, est investi du commandement de toutes les troupes de Dusseldorf au Saint-Gothard.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"- Ouverture de la campagne de 1799
Dès le 12 mars 1799 (22 ventôse an 7) le Directoire avait donné l'ordre à Jourdan d'attaquer sur le champ.
Ce général déboucha par les défilés de la Forêt Noire, dans le pays compris entre le Danube et le lac de Constance. Il voulait appuyer sa gauche au Danube et sa droite au lac pour communiquer avec Masséna. Cette ligne s'affaiblissait chaque jour de marche en avant d'une manière sensible en raison de l'étendue qu'elle prenait en avançant, l'angle formé par le Danube et le lac s'ouvrant toujours de plus en plus ; elle s'affaiblissait surtout devant un ennemi supérieur en nombre. Jourdan s'était d'abord porté jusqu'à Mengen d'un côté et jusqu'à Marckdorf de l'autre. Mais apprenant que l'armée du Rhin, que l'on rétablissait en ce moment pour appuyer sa gauche ne serait pas organisée avant le 30 mars (10 germinal) et craignant d'être tourné par la vallée de Necker, il fit un mouvement rétrograde. Les ordres du gouvernement et le succès de Masséna à sa droite le décidèrent enfin à marcher en avant.
"Jourdan fut malheureux à Ostrach et à Stockach".

- Retraite à travers la Forêt Noire

Le 26 mars (6 germinal) au matin, nous commençâmes notre mouvement de retraite sur Bebingen puis le 27 (7) sur Marschalzimmern; le 28 (8) nous fîmes une reconnaissance sur Dornhan par où l'ennemi aurait pu venir s'opposer à notre marche rétrograde. Nous occupâmes ce point important.
Le 31 (11) nous allâmes à Cixalden et le 1er avril (12 germinal) nous arrivâmes à Closterbach où nous séjournâmes.
Là, un poste du 8e régiment de chasseurs à cheval fut surpris de nuit et tué en totalité.
Le 3 (14) nous nous portâmes à Schenkenzeil, le 4 (15) à Regensbach, le 5 (16) à Hofweier et Lutzberg, le 6 (17) à Illkirch près de Strasbourg, le 7 (18) à Vieux Brisach où nous séjournâmes jusqu'au 10 (21); le 11 (22) nous nous portâmes sous Landau (sans doute Petit Landau) et les 12 et 13 (23 et 24) sous Uningen (sans doute Huningue).
La campagne était à peine ouverte depuis quelques semaines et déjà nous étions en retraite sur tous les points. Le chef d'état major Ernould (sic) que Jourdan, partant pour Paris, avait laissé avec l'armée du Danube à l'entrée des défilés de la Forêt Noire, avait pris peur en apprenant une incursion de quelques troupes légères sur l'un des fleuves, et s'était retiré en désordre sur le Rhin ; ce qui explique la marche précipitée opérée tant sur la rive droite du Rhin pour le repasser, que sur la rive gauche en le remontant jusqu'à Uningen.
"Scherer ne fut pas plus heureux en Italie; il fut battu à Magnano; il dut céder le commandement de son armée à Moreau qui devait prendre sous ses ordres l'armée de Naples que Macdonald ramenait vers la Haute Italie".
Ce n'est qu'en Suisse que nous avions conservé certain avantage. Là, Masséna se maintenait avec toute la ténacité de son caractère, et sauf la tentative infructueuse sur Feldkirch, il avait toujours été vainqueur. Mais établi sur le saillant que forme la Suisse entre 1'Allemagne et l'Italie, il était placé entre deux
armées autrichiennes victorieuses, et il devenait indispensable qu'il se retirât.
Il venait en effet d'en donner l'ordre à Lecourbe et il se repliait dans l'intérieur de la Suisse, mais avec ordre et en gardant l'attitude la plus imposante
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

L'Armée du Danube est en réalité dissoute (même si le nom d'Armée du Danube subsite néanmoins sur les situations jusqu'en janvier 1800). Masséna en fait refluer la plus grande partie en Suisse.

La 1ère Légère passe sur la rive gauche du Rhin à Eglisau, le 27 germinal (16 avril) et va prendre position derrière la Thur. Le Capitaine Duthilt raconte :
"Armée d'Helvétie
- Entrée en Suisse
Dans cette circonstance, le Directoire se hâta de donner à Masséna le commandement en chef de toutes les troupes échelonnées depuis Dusseldorf jusqu'au Saint Gothard. Ce choix devait sauver la France.
"Masséna concentra ses forces sur la Limmat".
Par suite de ces nouvelles dispositions, la 1re demi brigade d'infanterie légère qui, des bords du Danube était revenue sur la gauche du Rhin et qui se trouvait le 13 avril (24 germinal) à Huningue, entra en Suisse le 14 (25) et fut loger à Sissach, après avoir traversé Bâle ; le 15 (26) elle fut à Gränichen canton d'Aarau ; le 16 (27) à Eklingen, le 17 (28) à Daden, le 20 (1er floréal) à Marthalen où elle s'arrêta jusqu'au 28 (9 floréal)
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

- Défense de la Suisse contre les Autrichiens

Masséna a renoncé à garder le grand angle du Rhin qui enveloppe toute la Suisse dont les côtés ont un développement trop étendu pour ses forces. Cependant, avant d'établir sa ligne de défense sur la Limmat, il tenta d'empêcher, sur la rive gauche du lac de Constance, la jonction de l'Archiduc avec son lieutenant Hotz.

La 1ère Légère prend part sur la Thur à de nombreux engagements. Dans la rencontre du 3 floréal (22 avril) à Atklikon, le Lieutenant Louis Reymaeckers est blessé. Le 7 (26 avril), la Demi-brigade défend victorieusement le passage de la rivière à Andelfingen contre une colonne que l'Archiduc Charles a envoyée pour le surprendre.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"- Attaque de Rheinau

Le 29 (10) notre demi brigade se rendit à Rheinau, riche abbaye sur le Rhin qui, en cet endroit, offre une presqu'île sur laquelle est bâti le monastère; nous y restâmes jusqu'au 5 mai (16 floréal), vivant de nos rations et surtout des provisions des moines.
Dans cette vaste maison, comme dans l'antique château des comtes d'Heidelberg, il existe un immense tonneau dans lequel on verse annuellement tout le vin récolté des vignobles de l'abbaye, ainsi que ceui provenant des redevances du pays; mais la tonne de Rheinau quoique d'une dimension bien inferieure à celle d'Heidelberg, a l'avantage du moins de remplir encore l'office pour lequel elle fut faite, tandis que le fameux foudre palatin, vide depuis plus d'un siècle, permet maintenant aux curieux de pénétrer dans ses vastes flancs et d'acquérir la certitude que cette belle ruine féodale contenait deux cent cinquante mille litres de vin. Le foudre de Reyneau n'en contiendrait-il que la moitié, qu'en raison de son actualité, il est, sous tous les rapports, préférable à l'autre; et il nous a rendu de trop grands et bons services pour que nous ne le placions pas au dessus de son monstrueux rival
". (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Armée du Danube - Situation au 4 mai 1799
Commandant en Chef masséna
Centre : 1ère Division Général Vendamme
1ère Demi-brigade Légère : 1345 hommes

Armée française du Danube (après l'absorption de l'Armée d'Helvétie), 4 mai 1799 (Nafziger - 799EAP et EMA)

Commandant en chef : Général Masséna

Centre :
1ère Division : Général de Division Vandamme
Brigade Decaen : 1ère Demi-brigade légère, 1345 hommes

Sources : Gachot, E., «Les Campagnes de 1799, Jourdan en Allemagne et Brune en Hollande», 1906, Paris, Perrin et Cie.
Miliutin, "Geschichte des krieges Russlands mit Frankreich under der Regierung Kaiser Paul's I. im Jahr 1799", Munich, 1856

Le Capitaine Duthilt raconte :
"Assassinat de nos plénipotentiaires au congrès de Rastadt
Le 6 mai (17 floréal) nous fûmes passés en revue par le général Vandamme qui nous donna connaissance de l'atroce assassinat commis le 28 avril précédent (9 floréal) sur nos plénipotentiaires à Rastadt. L'indignation de l'armée fut au comble; Vengeance ! fut le seul cri qui se fit entendre.
Le 13 mai (24 floréal) notre demi brigade fut envoyée à Winterthur, où nous reçûmes l'ordre de passer à l'armée d'Italie, mais un contre ordre vint de suite nous arrêter, et nous allâmes à Marthalen, où nous arrivâmes le 14 (25); le 15 (26) nous nous portâmes sur Orlingues ; le 17 (28) nous fûmes bivouaquer près de Schaffhouse; le 20 (1er prairial) à Langwissen, d'où nos deux bataillons s'étendirent sur le Rhin.

- Combats sur la Thur

Ces différens combats eurent lieu comme il suit : le 21 mai (2 prairial) l'ennemi se présenta en force sur la Thur, petite rivière, et la passa; le 22 (3) dès le point du jour, l'ennemi nous attaqua sur la route de Winterthur à Andelfingen ; nous résistâmes obstinément aux efforts multiples des impériaux dont les forces étaient de beaucoup supérieures aux nôtres; trop faibles enfin nous cédâmes encore le terrain et nous fûmes prendre en arrière une position susceptible de quelque défens" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Les 5, 6 et 7 prairial (24, 25 et 26 mai), la 1ère Légère prend une glorieuse part aux brillants combats de Nostembach, Frauenfeld et Winterthur. Le 5, à Nostembach, l'intrépide Montossé, qui ne peut pas aborder l'ennemi sans mériter une citation, amène 30 prisonniers. Le Commandant Lecomte et le Lieutenant Jacques-Marie Hoblin sont blessés. Le 6, à Frauenfeld, le Capitaine Nicolas Ménestrel «voyant un bataillon suisse sans officier, le rallia, le conduisit à l'ennemi, fit un grand nombre de prisonniers et tua beaucoup de monde».

Le 6 (26 mai), à Winterthur, sont morts au champ d'honneur : le Capitaine Jacob Bouillet, le Lieutenant Paul Guichard et le Sous-lieutenant Charles Staubblauers. Au nombre des blessés sont : le Capitaine Hoblin, promu depuis la veille, et les Lieutenants Emmanuel Montuir et Louis Heymaeckers; ce dernier est fait prisonnier ainsi que le Capitaine Joseph de Mollin.

Le Capitaine Duthilt raconte : "Le 25 (6) appuyés du bataillon de grenadiers et de carabiniers réunis, formant la réserve, nous attaquâmes l'ennemi et le contraignîmes à repasser la Thur; nous prîmes ensuite position à Wille.
Le 26 (7) l'ennemi renforcé sur ce point, passa encore la Thur et nous repoussa sur Winterthur où nous continuâmes à résister à ses attaques vives et multipliées
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Malgré les succès qu'il a remportés sur tous les points, Masséna n'a pas réussi à empêcher la jonction de ses adversaires trois fois plus nombreux. Il se replie donc sur la Limmat. La position que choisit le Général en chef est constituée par la ligne de hauteurs de la rive droite, couvrant à la fois la Limmat et Zurich et se prolongeant au nord du grand lac. Masséna y fait exécuter de nombreux retranchements sur tout le front et attend.Mais Masséna, en infériorité numérique, doit se replier sur la Limmat, occupant une ligne qui s'étend jusqu'à Zurich.

La 1ère Légère (4e Division, Général Walter) se trouve postée au nord de Hong, face au col qui donne naissance à la petite vallée de Regensdorf.

Officier de Carabiniers 1er Léger Boersch
fig. 4a Officier de Carabiniers d'après Boersch (vente de 2011) Fig. 4

Le Capitaine Duthilt raconte :
"Le 28 (9) nous fûmes forcés de nous replier dans la direction de Zurich, toutes les forces autrichiennes qui nous débordaient se portant sur ce point. Dans notre retraite nous fûmes cernés, le combat devint acharné et sanglant ; nos deux bataillons, toujours au fort de l'attaque, souffrirent beaucoup ; néanmoins nous nous fîmes jour et nous parvînmes à gagner la Glatt près de Zurich, toujours harcelés de très près.
Le 29 ( 10) nous repassâmes la Glatt et nous prîmes position dans un bois. L'ennemi, également fatigué de ses attaques répétées, s'était aussi arrêté, de sorte que nous eûmes quelque relâche.

- Combat sur la Glatt et évacuation de Zurich

Le 3 juin (15 prairial) l'ennemi ayant rassemblé toutes ses forces, passa la Glatt et nous attaqua vigoureusement; nous fûmes, après une longue résistance, forcés de nous retirer dans les lignes retranchées qui couvraient Zurich.
Nous perdîmes beaucoup d'hommes dans ce combat, notamment les capitaines Detamacker et Jacob Bouillet, le sous lieutenant Stohlcars, jeune homme très distingué, et un grand nombre de sous officiers et de chasseurs; la perte particulière et moyenne de chacune de nos compagnies s'élevait de huit à neuf hommes
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 16 prairial (4 juin), l'Archiduc lance ses colonnes sur toute l'étendue de la ligne française, cherchant les points faibles pour la percer. Mais ses assauts sont victorieusement repoussés. Le sergent Jean-Baptiste Noirot (en réalité François Noirot - accès au dossier Noirot-Lemaire.pdf) de la 1ère Légère fait à lui seul deux prisonniers et mérite d'être cité à l'ordre comme s'étant particulièrement distingué.

Le lendemain, l'Archiduc renouvela ses assauts sans plus de succès.

Masséna

Cependant Masséna, en présence de l'opiniâtreté des Autrichiens à vouloir le percer, se rend compte des difficultés qu'il a à battre en retraite avec une rivière à dos, s'il venait à être forcé sur un seul point. La chaîne de l'Albis qui longe la rive gauche de la Limmat lui offre une superbe position couverte sur tout le front par les bords escarpés de la rivière, position beaucoup plus forte que celle qu'il occupe. Il donne donc l'ordre de se replier. Le mouvement s'exécute sans perte.

Découragés par les tentatives infructueuses des jours précédents, les Autrichiens n'osent pas aborder notre nouvelle ligne. Les deux armées restent ainsi en présence pendant trois mois et demi. L'Archiduc occupa Zurich et attend l'arrivée de l'armée russe amenée par Korsakoff.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"Le 5 (17) l'ennemi développa de toutes parts ses forces et montra tant d'audace que nous ne pûmes ni garder nos positions, ni défendre Zurich, sans exposer cette ville à de grands malheurs ; d'ailleurs, elle ne possédait aucune fortification importante; elle ne pouvait être défendue qu'en risquant une bataille, et les circonstances ne nous étaient pas assez favorables. Plutôt que de lutter inutilement contre une armée nombreuse, munie de tout ce qui peut assurer le succès d'une entreprise décidée, Masséna préféra évacuer Zurich et se retirer sur la ligne de la Limmat, mouvement qu'il fit exécuter le 6 (18) toujours suivi de près par l'ennemi. Notre demi brigade fut placée sur la rive gauche de ce fleuve, la droite appuyée à Diétikon.
Dans le fait, Masséna ne perdait à cette retraite que la ville de Zurich, qu'il regardait comme peu importante. La chaîne des monts de l'Albis, longeant le lac de Zurich et la Limmat jusqu'à l'Aar, présentant de plus un escarpement continu, était naturellement presque inattaquable. En l'occupant, on ne faisait qu'une légère perte de terrain, car on ne reculait que de la largeur du lac et de la Limmat. Il parvint à s'y établir sans perte et d'une maniere qui ôta à l'archiduc toute envie de l'attaquer.
Notre position restait donc à peu près la même. L'Aar, la Limmat, le lac de Zurich, la Lint et la Reuss, jusqu'au Saint Gothard, formaient notre ligne défensive contre les Autrichiens.

- Mouvements opérés par la 1re Demi brigade légère

Le 7 juin (19 prairial) notre demi brigade fut bivouaquer à Urdorf; le 8 (20) la division se battit toute la journée pour arrêter les corps ennemis qui voulaient se jeter, de Zurich, sur la rive gauche de la Limmat. Toutes leurs tentatives furent sans resultat; Soult les empêcha constamment de déboucher.
Remplacés immédiatement dans nos positions à Urdorf, nous marchâmes toute la nuit du 14 au 15 (26 et 27); nous traversâmes le mont Gaugischberg et à deux heures du matin nous débouchâmes sur une petite plaine vis à vis Zurich ; au point du jour nous attaquâmes les postes avancés de l'ennemi, lui enlevâmes 150 hommes qu'il avait à Alstetten, puis nous poussâmes notre reconnaissance jusqu'à la porte de Zurich. Nous rétrogradâmes sur Alstetten où nous bivouaquâmes
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Armée du Danube, 1er messidor an 7 - 19 juin 1799 (Nafziger - 799FAU)

Commandant en chef : Général de Division Masséna

4e Division : Général de Division Walther
Brigade Molitor
1er et 2e Bataillon de la 1ère Demi-brigade légère

Source : Zurich, Masséna en Suisse

Le Capitaine Duthilt raconte :
"Le 20 (2 messidor) nous fûmes remplacés à Alstetten par la 10e demi brigade de ligne, et nous nous rendîmes à Clüsen, le 21 (3) à Diétikon, passant à la brigade du général Walder" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 5 messidor (23 juin), la 1ère Légère passe de la 4e à la 5e Division (Tharreau ou Turreau). Le Capitaine Duthilt raconte :
"Le 23 (5) nous fûmes au bivouac de Kapelhoff, après avoir traversé la ville de Baden, l'ennemi établi sur 1a rive droite de la Limmat tira sur nous au moment où nous longions le fleuve, dans une vallée resserrée découverte entre une montagne abrupte et cette rivière; il ne nous tua qu'un cheval de cantinier.
Nous reçûmes à Kapelhoff un premier détachement des conscrits de la levée de l'an 7, provenant de notre dépôt établi à Aix la Chapelle; il fut de suite réparti dans les compagnies de chasseurs des deux bataillons en raison du besoin de chacune d'elles.

- Suppression des carabiniers

A cette même époque, on retira aux compagnies de carabiniers les carabines dont elles étaient armées depuis 1792; on les remplaça par des fusils à baïonnette et en place du poignard de la carabine on leur donna des briquets ordinaires. Cette mesure fut nécessitée par l'embarras qu'avaient les carabiniers de convertir les cartouches de fusil en cartouches de carabine, et les balles de fusil en lingots; les arsenaux, à cette époque, ne fournissaient pas exactement des cartouches spéciales pour cette arme, dont le calibre d'ailleurs différait d'une arme à l'autre; il en résultait un travail pénible, assujetissant et très dangereux pour les carabiniers, d'autant plus qu'il prenait sur le repos de la nuit lorsque dans le jour ils avaient consommé celles confectionnées, et de plus, un bien plus grand inconvénient lorsque dans une affaire ils venaient à en manquer, ils ne pouvaient facilement les remplacer de suite par des cartouches ordinaires" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Début juillet, la 1ère Légère aligne 1673 hommes. Le Capitaine Duthilt raconte :
"- Victoire morale sur les Russes en Italie
Le 1er juillet (13 messidor) on nous onnonça la première victoire remportée en Italie sur les Russes par le généraux Macdonald et Moreau; on la qualifia du nom de victoire morale, car elle était plus importante pour l'opinion que pour le fait; on avait combattu l'armée russe de pied ferme et pour la première fois on lui avait résisté efficacement. La réputation la plus effrayante avait précédé cette armée qui venait du fond de l'Ukraine et que l'on disait être formidable. Nos soldats découragés leur cédaient le terrain sans presque le leur disputer; tel était le malheureux effet qui était résulté du peu de confiance qu'inspirait le vieux général Scherer, qui avait succédé dans le commandement de l'armée d'Italie au général Bonaparte, sous qui l'armée avait toujours marché de victoire en victoire; cette armée avait alors perdu toute son énergie, par l'impéritie de son général; et dans la circonstance où l'on se trouvait on croyait à la résurrection de sa force par les efforts qu'elle venait de faire.
"Mais Macdonald fut battu à la Trébia et Moreau avait perdu un peu la confiance par sa conduite équivoque, aussi Souvarof se flattait-il de battre Masséna à son tour".

- Dispositions défensives des Autrichiens et des Français

Pendant ce temps les Autrichiens se fortifiaient de plus en plus dans Zurich et sur tous les points abordables de leur ligne de défense qui les mettaient à l'abri de toute surprise; pour les vaincre il fallait faire de nouvelles combinaisons, saisir le moment et leur porter de ces coups vigoureux qui démoralisent une armée la mieux préparée aux événemens et Masséna pouvait seul se charger de ce soin. En attendant que ses dispositions fussent faites et que le moment d'agir fût venu, il nous tint attentivement sur la défensive, et dès lors nous transformâmes nos légers bivouacs en petits camps mais commodes et solides, le long de l'Aar et de la Limmat, sur des plateaux et dans des éclaircies de bois au haut des montagnes qui avoisinent ces rivières, et hors de toute portée des canons de l'ennemi.

- Ma promotion au grade de Sous lieutenant
Campement

Le 5 juillet (17 messidor) au camp de Kapelhoff, j'ai été promu au grade de sous lieutenant au choix des officiers du 2e bataillon, en remplacement de monsieur Stoblears tué à l'affaire du 3 juin (15 prairial) sur la Glatt, je restai attaché à la 8e compagnie du 2e, où je servais depuis mon entrée au service.
De Kapelhoff, nous passâmes au camp de Brugg, puis à celui de Ruffenach près du confluent de la Reuss à l'Aar; nous fournîmes des postes à Stilly
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 24 juillet, le Général Ney arrive à Nieder-Frick, Quartier général de la 6e Division, dont il vient de recevoir le commandement. Aussitôt, il s'empresse de visiter ses troupes établies en cordon sur la rive gauche du Rhin depuis l'embouchure de l'Aar jusqu'à Rheinfelden inclus. La Brigade de droite, sous les ordres du Général Goullus, comprend la 1ère Demi-brigade d'Infanterie légère.

Le 3 août, le citoyen Lejeune, Chef du 2e Bataillon de la 1ère Demi-brigade, écrit du camp de Bernau, à l'embouchure de l'Aar, au Général de Brigade Goullus :
«Un officier de hussards ennemi vient de venir vis-à-vis de mon poste n° 7 avec un trompette. J'ai aussitôt envoyé un officier voir ce qu'il voulait : c'était pour nous prévenir de la part du général commandant la ligne, que demain on célébrait une fête pour la prise d'Alexandrie et de Mantoue. Je l'ai fait remercier de son intention et il est aussitôt retourné sur l'autre bord».

En transmettant ce rapport, le Général Goullus ajoute, à l'adresse du Général Ney :
«Je vous en donne connaissance afin que vous ne conceviez aucune inquiétude sur les salves d'artillerie qui seront tirées demain par nos ennemis».

Par mesure de réciprocité, le Général Oudinot, Chef d'Etat-major de Masséna, écrit le 8 août au Général Ney :
«D'après les intentions du général en chef veuillez bien, citoyen général, faire prévenir le commandant ennemi qui se trouve devant votre front, que vous ferez tirer le canon, les 9 et 10 de ce mois, à l'occasion de la fête nationale du 10 août» (H. Bonnal : "La vie militaire du Maréchal Ney", tome1).

Le 6 août, depuis Lauffenburg, le Général Goullus expédie le rapport suivant au Général Ney :
«Il est arrivé hier de Lucerne le citoyen Godelin, adjudant-major de la 2e helvétique, qui a publié dans le camp (de Lauffenburg), avec un air de satisfaction, que nous avions perdu dans le Valais une demi-brigade entière, et que bientôt le pays de Vaud serait envahi et brûlé».

Le Chef de la Brigade de droite expose ensuite les conséquences fâcheuses de cette fausse nouvelle et annonce l'envoi du coupable au Quartier général de la Division pour qu'il soit statué sur son sort. La même lettre contient le récit suivant :
«Les Autrichiens sont venus enlever à minuit le poste le plus près du flanc gauche de Lauffenburg. Un seul des soldats de garde s'est échappé. Jugez de la fermeté de ces nouveaux républicains (les Suisses) qui se laissent conduire comme des moutons dans une petite nacelle sans opposer la moindre résistance, sans proférer une seule parole ...
Cette nuit était, comme vous le voyez, une nuit aux aventures. Comme elles n'ont pas le sel nécessaire pour me divertir ; comme je ne veux point prêter à rire à mes ennemis, j'ai cru qu'il était prudent d'envoyer au camp de Bernait un bataillon de la 2e helvétique et d'en tirer pour son remplacement trois compagnies de la 1re légère, qui se rendront au camp de Lauffenburg pour faire le service conjointement avec nos auxiliaires
» (H. Bonnal : "La vie militaire du Maréchal Ney", tome1).

Le 20 thermidor (7 août), les 849 hommes du 2e Bataillon sont détachés à la 6e Division (Ney), qui garde l'extrémité gauche de la ligne de Masséna sur les bords de l'Aar.

Armée du Danube, 20 thermidor an 7 - 7 août 1799 (Nafziger - 799HBB)

Commandant en chef : Général de Division Masséna

5e Division : Général de Division Tharreau ou Turreau
Brigades Heudelet et Quétard
1er Bataillon de la 1ère Demi-brigade légère

6e Division : Général de Division Ney
Brigade Goullus
2e Bataillon de la 1ère Demi-brigade légère

Source : Zurich, Masséna en Suisse

Le Capitaine Duthilt raconte : "Le 10 août (14 thermidor ??) nous quittâmes le camp de Ruffenach et nous fûmes occuper celui de Reykem. Quatre compagnies du 2e bataillon dont était la 8e, allèrent occuper la petite ville de Lauffenbourg sur le Rhin, pour y faire le service au quartier du général Goulu, sous les ordres duquel nous venions de passer, division du général Lorge.
A cette époque j'ai été chargé d'établir un camp, en baraques, dans un bois près de Lauffenbourg, traversé par une route parallèle au cours du Rhin. Je le posai sur un éclairci assez profond, longeant la route sur notre front de bandière; avec cinquante travailleurs munis des outils nécessaires, en moins de cinq heures nous élevâmes une centaine de baraques assez spacieuses pour y loger dix hommes chacune, couverte avec de larges écorces que nous fournissent d'énormes sapins composant le bois ; les quatre dernières compagnies de notre second bataillon y vinrent camper aussitôt sous le commandement du capitaine
Vandael. - Quelques jours après, ce capitaine, officier distingué, passa dans l'infanterie de ligne avec le grade de chef de bataillon, et il eut le malheur d'être tué dans le premier combat où il se trouva immédiatement après avec son bataillon. - Ces compagnies furent ensuite remplacées par un bataillon de la 2e brigade helvétique faisant aussi partie de la division Lorge
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 12 août, le Général Goullus écrit au Général Ney pour lui rendre compte d'une punition de quinze jours de prison infligée, par le Chef de Bataillon Lejeune, à l'un de ses Capitaines pour refus d'obéissance :
«N'ayant ici aucun endroit qui joigne l'austérité de la discipline à la décence du caractère d'un officier qui a commis une faute militaire, je lui ordonne de se rendre à Rheinfelden, où il sera mis en prison sous la surveillance du chef de bataillon Allard qui y commande» (H. Bonnal : "La vie militaire du Maréchal Ney", tome1).

Le 16 août, Ney, qui commande la 6e Division, reçoit l'ordre par une lettre expédiée la veille, de prendre le commandement de la 5e Division en remplacement du Général Tharreau appelé à Besançon. Il arrive à Döttingen dans la nuit du 16 au 17 et est remplacé à la tête de la 6e Division par le Général Goullus, qui cède bientôt son commandement au Général Klein.

Toujours dans la nuit du 16 au 17, les Autrichiens reprennent leur offensive. A 2 heures du matin, les Carabiniers de la Légion de Zurich, le 1er Bataillon de la lère Légère et une Compagnie de Grenadiers de la 102e accourent au bruit des premiers combats et se postent en face des ponts en construction sur l'Aare, tout en dirigeant un feu violent sur les Autrichiens. Un Bataillon, qui occupait Gross-Döttingen et toutes les pièces de canon répondent à la fusillade. Malgré que Klein-Döttingen soit la proie des flammes, le feu des Impériaux ne parvient point à chasser les tirailleurs français qui, abrités derrière des fascines, font subir aux pontonniers autrichiens des pertes d'autant plus grandes que ceux-ci s'approchent davantage de la rive gauche.

Le Capitaine Duthilt raconte : "- Passage tenté sur l'Aar par le Prince Charles
Pour contraindre Masséna à évacuer l'Helvétie, le prince Charles se porta rapidement sur la rive droite de l'Aar, ayant le projet de couper à la fois le centre et la droite de l'armée française, de rompre ses communications avec Bâle et le Bas Rhin, et de forcer Masséna à se tenir sur la défensive dans le Jura.
Le 17 août (30 thermidor) l'archiduc s'avança vers Döttingen et profitant de l'obscurité de la nuit, il fit construire à la fois deux ponts de bateaux sur un coude de l'Aar, aux environs du petit Döttingen. Il n'existait sur ce point, de notre côté, que de faibles postes chargés, non de défendre mais d'observer les mouvemens de l'ennemi sur la rive droite, les corps qui fournissaient ces postes étaient campés derrière au delà de la petite plaine longeant la rivière et les montagnes sur des plateaux de la rive gauche. Les pontonniers autrichiens, favorisés par la nuit et par un épais brouillard sur la rivière, travaillaient sous la protection d'une batterie de 40 pièces de canon qui prenait en tous sens et à revers non seulement la rivière mais encore toute la plaine où devait s'opérer le débarquement. A une heure du matin il fit jouer sa formidable artillerie et, en un instant, le malheureux village de Döttingen fut brûlé et rasé presque en totalité.
Malgré le feu continu de ses 40 pièces, tonnant toutes à la fois sur nos gardes vis à vis, sur le village et sur la plaine, une compagnie de carabiniers suisses, excellents tireurs, notre 1er bataillon et une compagnie de grenadiers de la 102e de ligne, filèrent le long de la rive, en face des ponts dont un déjà fait à moitié et l'autre au quart, les boulets passant généralement au dessus de leur tête, ils fusillèrent, aussitôt placés, les pontonniers autrichiens, en tuèrent de suite un grand nombre et empêchèrent de continuer le travail. On fit à la hâte de petits boyaux revêtus de fascines apportées du bois aux tirailleurs pour les couvrir des balles en cas de riposte de l'ennemi soit des bateaux, soit de la rive, car à niveau de l'eau ils ne craignaient guère les boulets
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Bientôt, c'est toute l'armée française qui est en alerte. Le 2e Bataillon affronte les Autrichiens le 17 à Brück (?), nous dit l'historique régimentaire, et contribue puissament à repousser les Autrichiens qui, finalement, renoncent à leur projet. Dans cet engagement qui est dirigé par Ney en personne, le Capitaine adjudant-major Martin Emmerecks est grièvement blessé d'un coup de feu à la cuisse gauche; le Lieutenant Maximilien-Joseph Lecler est également atteint.

Le Capitaine Duthilt raconte : "Vers midi, les généraux Ney et Heudelet, à la tête de douze mille hommes, arrivèrent à Boeztein et s'emparèrent de toutes les positions, et particulièrement du petit bois qui domine Döttingen.
A trois heures après midi, l'archiduc n'espérant plus rien, et voyant sa tentative manquée, cessa son feu qu'il avait fait continuer par intervalle, afin d'empêcher toute communication de notre part avec nos tirailleurs, dans l'idée de les réduire ou de les intimider, se décida à demander qu'on lui accordat une heure de trève pour retirer ses barques.
On s'est étonné que l'archiduc, depuis si longtemps formé à la guerre et qui commandait à 60.000 hommes rassemblés autour de lui, qui n'avait d'autre but que celui de passer l'Aar et de nous contraindre à évacuer la Suisse, se soit obstiné à vouloir franchir cette importante rivière sur des ponts, sous la seule protection de son artillerie avant que d'avoir jeté sur notre rive quelques bataillons de troupes légères qui auraient pu couvrir ses pontonniers et nous tenir assez de temps éloignés pour terminer le travail nécessaire au passage de ses troupes.
Cette attaque infructueuse et si mal conçue découragea ses troupes, releva nos espérances et nous fit présager l'éloignement prochain de nos ennemis.

- Différentes marches sur Brugg

Immédiatement après cette tentative, nous allâmes bivouaquer vis à vis Waldshut, au confluent de l'Aar au Rhin, d'où nous fîmes différentes marches et contre marches sur Brugg, toujours menaçant d'un passage, mais n'en faisant que la démonstration.
Depuis le 7 juin (19 prairial) nous n'éprouvions d'autre fatigue que celle occasionnée par les différentes marches que l'on nous fit faire d'un lieu à un autre dans toute l'étendue occupée par notre division, allant d'une extrémité à l'autre et retournant au point de départ sans aucun but apparent, parcourant successivement les camps de Lauffenbourg, de Reykem, de Bernau, de Schwaderloch, d'Agen et des confluens, peut être pour montrer à l'ennemi plus de forces que nous n'en avions réellement.

- Chute du Rhin à Bilefeld

Cette espèce de repos dont nous jouissions me permit, à mon tour, d'aller voir les deux chutes que fait le Rhin au dessus de Lauffenbourg; d'abord à Lauffen distante d'une demi lieue où il fait une chute de quinze à vingt pieds appelée la petite; puis à Bilefeld, une demi lieue plus loin, se voit la grande chute. Le château de Bilefeld est assis sur un énorme rocher sur la rive gauche du Rhin, s'avançant de toute sa base dans le fleuve jusqu'à l'endroit où commence la chute des eaux, retenues par l'excédent de ce rocher, qui s'étend à travers du fleuve jusqu'à l'autre rive sans autres solutions de continuité que celles des échancrures par lesquelles passent les eaux du cours supérieur. Du haut de ce château, on voit le fleuve précipiter toutes ses eaux dans un gouffre dont l'apparence est horrible, avec un fracas épouvantable.
En approchant de cette cataracte, le Rhin accélère son cours, bientôt arrêté par l'énorme rocher échancré divisant ses eaux en plusieurs jets qui, lancés d'une hauteur de plus de soixante pieds, s'allongent et tombent en bouillonnant et détonnant avec un tel fracas que les rochers, le château et les rives frémissent comme s'ils étaient agités par un tremblement de terre; l'homme le plus fort et le mieux constitué ne peut, sans se cramponner, contempler ce spectacle prodigieux, pendant cinq minutes, sans être en danger de tomber, tellement la téte est de suite troublée et tout le genre nerveux affecté; plusieurs éprouvent de violentes nausées, et sont encore longtemps incommodés après s'en être éloignés. L'immense quantité de globules infiniment déliés qui sont envoyés de bas en haut à une immense hauteur, et qui en même temps arrosent les environs, comme le ferait une pluie ordinaire, produisent à l'oeil un bel iris presque toujours double et souvent triple selon la sérénité de l'air, la hauteur et l'aspect du soleil, et surtout le point d'où l'on observe ce phénomène dont les couleurs sont fortement prononcées. Les murs du château, tant en dehors qu'en dedans, sont couverts des noms des voyageurs qui ont visité cette belle horreur; là, le prince s'est inscrit à côté de l'artisan, et la grande dame à la suite d'une bouvière
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 19 août, Ney reçoit l'ordre directement du Ministre de se rendre à l'Armée du Rhin.

Après le mouvement offensif du milieu d'août, Masséna procèda à un remaniement dans la désignation et le commandement des Divisions de son armée. Celle-ci se trouve désormais composée comme suit (Source : État de l'Armée du Danube à la date du 10 fructidor (27 août 1799). Dans le total sont compris 6.271 hommes de troupes helvétiques. Le changement de dénomination des Divisions fut mis à l'ordre de l'armée le 5 fructidor. Cité par Hennequin in Zurich, Masséna en Suisse) :
- L'ancienne 5e Division devient la 6e, commandée par le Général Hardy, remplacé le 21 fructidor (7 septembre) par le Général Ménard.
- L'ancienne 6e Division devient la 7e, commandée par le Général Klein (ce dernier prend le commandement de sa Division le 11 fructidor - 28 août, en remplacement de Ney).

Le 27 août, le 2e Bataillon quitte momentanément la 6e Division et passe, pendant quelques jours seulement, à la 7e Division Klein.

Dans les premiers jours de fructidor, les emplacements des Corps de la 5e Division sont les suivants: ... 1er Bataillon de la 1ère Demi-brigade légère au confluent de l'Aare (Source : État de situation de l'armée du Danube au 10 fructidor (27 août). Cité par Hennequin in Zurich, Masséna en Suisse).

- Le 3e Bataillon à l'Armée du Rhin

Pendant que les 1er et 2e Bataillons de la 1ère Légère combattent en Suisse, le 3e Bataillon (950 hommes), détaché à Coblentz à l'Armée du Rhin (Bernadotte) depuis près de six mois, est placé au commencement de septembre à la 5e Division de cette armée (Général Dufour) et envoyé à Landau où il va, lui aussi, se mesurer avec les troupes de l'Archiduc.

Celui-ci, à l'arrivée de Kutusoff, lui a cédé ses emplacements sur la rive droite de la Limmat. Laissant Hotze derrière le lac de Zurich et la Lint, il a repris la route de Souabe et s'est porté à la rencontre de l'armée du Rhin. A son approche, cette armée du Rhin s'est solidement établie sur la rive gauche, d'où elle repousse, jusqu'à la fin de la campagne, toutes les tentatives que fait l'ennemi pour franchir le fleuve.

- Défense de la Suisse contre les Russes

Obéissant à des considérations politiques, le conseil aulique avait décidé : 1° que Suwaroff laisserait Mélas opérer seul en Italie et prendrait à revers l'armée de Masséna, en entrant en Suisse par le Saint-Gothard; 2° que l'Archiduc Charles céderait à Korsakoff, enfin arrivé, les positions de la Limmat et irait menacer l'Alsace. Ce double mouvement commence à s'exécuter à la fin d'aotît. C'est ainsi que Masséna, sans avoir quitté ses positions, a changé d'adversaire. Nous allons voir comment les agiles baïonnettes de nos chasseurs reçurent les «colosses du Nord», les barbares, qu'on leur avait dépeints comme des «géants invincibles».

Le Capitaine Duthilt raconte :
"- Les Russes en Suisse
Nous avions toujours eu des Autrichiens pour adversaires, mais le 31 août (14 fructidor) nous fûmes étonnés de nous trouver en présence des Russes. Nous savions qu'en Italie ils opéraient avec Mélas, qu'en Hollande ils étaient à la solde anglaise et mêlés avec les Anglais; mais nous ignorions encore qu'en Suisse ils allaient agir conjointement avec le prince Charles; il nous fallut les voir pour le croire. Korsakof opérait en effet en Suisse avec l'archiduc. Nous crûmes alors que l'Autriche désespérait de sa cause pour qu'elle osât la confier à de tels protecteurs. Mais nous apprîmes immédiatement que le prince Charles s'était transporté sur le Rhin du côté de Philipsbourg, abandonnant entièrement la Suisse aux Russes; ceux-ci devaient en effet trouver en Suisse une température plus analogue à leur climat, et le prince Charles, sur le Rhin, etait plus à même de seconder l'expédition de l'armée anglo russe en Hollande. Le corps d'armée commandé par Korsakof remplaça donc les troupes de l'archiduc derrière la Limmat; Hotze, lieutenant de l'archiduc, resta en Suisse et se plaça sur la Lint avec le corps autrichien fourni par le Vorarlberg, afin de donner à Souvarof, arrivant d'Italie, mais encore arrêté dans sa marche par Lecourbe, le temps d'arriver. La jonction générale des corps russes une fois opérée, les troupes réunies en Suisse allaient s'élever à 80.000 hommes. Souvarof en amenait 18.000, Hotze en avait 25, Korsakof 30. Ce corps avait en réserve le corps de Condé et quelques mille Bavarois. Mais avant la jonction, 55.000 Austro Russes se trouvaient sous les coups de Masséna.
En face de nous étaient des Cosaques d'une tournure grotesque et d'un aspect sauvage, bivouaqués par pelotons, abandonnant leurs chevaux qui paissaient sous la conduite d'un guide, et surtout d'un cheval qui paraissait chargé de leur surveillance; car ils se tenaient groupés autour de lui, et celui ci les ramenait au bivouac au premier coup de trompette. Ce fut pour nous un spectacle curieux et nouveau, qui nous occupa quelques jours, que celui de voir ces Russes s'établir, manoeuvrer, pousser des cris rauques, et élever sur une hauteur des petits drapeaux de diverses formes et de couleur, les plaçant et les déplaçant fréquemment, depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher, communiquant probablement de cette manière avec leur quartier général à Zurich
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 20 septembre, le 1er Bataillon de la 1ère Légère rejoint le 2e à la 2e Brigade (Heudelet) de la 6e Division, dont le Général Mesnard vient de prendre le commandement.

Armée française du Danube, 20 septembre 1799 (Nafziger - 799IBR)

6e Division : Général de Division Ménard
Brigade : Général de Brigade Heudelet : 1ère Demi-brigade légère, 1740 hommes

La 1ère Légère (1740 hommes) se trouve à la droite de la Division de gauche, lorsque le Général en chef, sortant brusquement de son repos, met à exécution le plan hardi qui doit anéantir l'armée de Korsakoff, avant que Suwaroff ait pu intervenir.

Forces françaises à Limmat et Zurich, 23 septembre 1799 (Nafziger 799IBV)
Général Commandant : Général Masséna
5e Division : Général de Division Lorges
Brigade : Général de Brigade Quetard
1ère Demi-brigade légère : 2 Bataillons; 1740 hommes)

Sources : Zurich, Masséna en Suisse
Gachot, La Campagne d'Helvétie (l799), Paris, l904

Les deux premiers Bataillons vont affronter les Russes au cours de la 2e bataille de Zurich les 25 et 26 septembre. Le succès de la manoeuvre doit dépendre de la rapidité et du secret des préparatifs. La 1ère Légère a employé la nuit du 2 au 3 vendémiaire à traîner des barques à travers les bois, pour les amener, à l'insu de l'ennemi, près de Dietikon. Le Capitaine Duthilt raconte :
"- Disposition de Masséna
Passage de la Limmat
Combat et prise de Zurich, Lavater
"Masséna choisit Diétikon comme point de passage, en ordonnant une fausse attaque au confluent des trois rivières et un passage sur la Limmat".
Cet ordre explique pourquoi nous fîmes tant de marches et de contre marches pendant notre station vis à vis de Waldshut.
Toujours dans l'intention de tromper l'ennemi, il ordonna aussi la célébration du septième anniversaire de la fondation de la République; tous les corps sur la ligne célébrèrent cette fête par des revues et des salves d'artillerie; le général Korsakof informé de cette solennité avait tranquillisé sa troupe sur nos mouvemens et notre canonnade.
Dans l'après-midi du 24 septembre (2 vendémiaire) nous quittâmes nos différens bivouacs, laissant nos postes figurer sur la ligne, et nous nous portâmes sur Bruch ou les divisions se formèrent; ensuite nous marchâmes pendant la nuit du 24 au 25 (2 au 3), nous dirigeant sur Diétikon où s 'effectua le passage
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Forces françaises à la bataille de Zurich, 25 septembre 1799 (Nafziger - 799IAB)

5e Division Lorges
Brigade Quétard
1ère Demi-brigade légère (2 Bataillons) en route vers Dietikon, 1740 hommes

Source : Hennequin, Cpt, L. : "Zurich, Masséna en Suisse, Messidor an VII - Brumaire an VIII, juillet-octobre 1799"; 1911, Paris, Librairie Militaire Berger-Levrault

Le 3 vendémiaire an VIII (25 septembre 1799), à cinq heures du matin, la veille même du jour où Korsakoff doit sortir de Zurich pour nous attaquer, Masséna met en mouvement le gros de son armée, pendant que Soult à droite franchit la Linth et que Mortier au centre, soutenu par Klein, empêche Korsakoff de déboucher de Zurich. Oudinot avec la Division Lorge et une partie de la Division Mesnard (le reste de la Division Mesnard se bat toute la journée près du confluent de la Limmat et de l'Aar et réussit à retenir sur ce point la Division russe Durasoff qui s'y trouvait, et qui aurait pu faire tout manquer, si elle était revenue sur Kloster-Fahr), la Brigade Heudelet dont fait partie la 1ère Légère, passe la Limmat à Dietikon, à 11 kilomètres au-dessous de Zurich, en face des hauteurs de Kloster-Fahr, où Korsakoff n'a laissé qu'un poste de 3 Bataillons (Korsakoff avait concentré toutes ses forces autour de Zurich et dans la ville même, afin de déboucher plus rapidement le lendemain pour l'attaque projetée).

La Division Lorge s'empare promptement de Lloster-Fahr. Le soir, tout le corps Oudinot a pris position sur les derrières de Korsakoff, qui se trouve ainsi cerné de tous côtés. La 1ère Légère passe la nuit derrière la petite rivière de la Glatt, entre les routes de Winterthur et d'Eglisau.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"Dans la mémorable journée du 25 septembre 1799 (3 vendémiaire an 8) la victoire de Masséna fut complète.
La belle conduite du sergent Noirot, du 1er léger, lui valut plus tard, un fusil d'honneur puis la décoration
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le lendemain 4 vendémiaire (26 septembre) est une rude journée : Korsakoff, furieux et désespéré, veut se faire jour à tout prix; il forme une grosse colonne, met en tête son infanterie, sa cavalerie au centre et en queue son artillerie et ses bagages; puis, donnant le signal de la charge, il lance cette masse, comme un coin, sur la route de Winterthur. L'infanterie passe avec une portion de la cavalerie et le Général en chef russe; mais notre ligne percée se referme vite; tout le reste doit se rendre.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"Le lendemain 26 (4 vendémiaire) eut lieu la prise de Zurich. La ville fut quelque peu pillée. On eut surtout à déplorer un accident funeste arrivé au célèbre Lavater, qui s'était risqué à tous les dangers pour porter des secours aux blessés des trois nations exposés aux coups de feu; un coup mortel lui fut porté, non par un soldat français comme la calomnie l'a dit alors, mais par une
main que la vengeance personnelle guidait, et que la fureur de l'esprit de parti tenait levée depuis longtemps sur la tête du philosophe. Lavater fut atteint dans une des rues de sa ville natale; il vécut encore quinze mois, mais languissant, souffrant, travaillant, écrivant et prêchant encore comme ministre évangéliste, pendant cette agonie douloureuse et lente, beau comme la vertu, bon comme la charité dont il était l'apôtre et le modèle. Ce malheur fut longtemps déploré par l'armée française et par toute la population de Zurich.

- Le fleuron de Masséna

Masséna rendit à sa patrie des services bien importans pendant cette belle opération militaire, si bien conçue, si bien exécutée; il y déploya de grands talens. Traverser la Suisse, pénétrer en France et marcher sur Paris, tels étaient les projets de Souvarof. Hotze et Korsakof devaient être renforcés par des Bavarois et par les émigrés du prince de Condé qui s'avançaient rapidement. Les autres armées eussent été dans une position fâcheuse si Masséna n'eût vaincu; l'armée en Helvétie se présentait aux ennemis avec une attitude imposante et pouvait seule porter des coups décisifs. Mais Masséna, celui qui fut plus tard surnommé par un grand homme l'enfant gâté de la victoire, était là; Masséna et son armée ont dissous la coalition et sauvé la France" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

La victoire est totale : 5000 prisonniers, 100 canons, tous les bagages de l'armée russe sont les trophées de la journée. La 1ère Légère a vaillamment combattu aux abords de la route de Winterthur; elle a eu dans ces deux journées 242 tués ou blessés; parmi ces derniers, le Capitaine des Carabiniers du 1er Bataillon, Daniel Kolvemback, qui a reçu un coup de feu dans le bas-ventre. Les noms des autres Officiers de la 1ère Légère blessés à Zurich n'ont pas été conservés; leur nombre même ne figure sur aucun document. La différence des effectifs a seule permis de constater le total des pertes : la 1ère Légère avait à l'effectif, le 1er vendémiaire, 1740 hommes; elle n'en avait plus que 1498, le 16 vendémiaire : soit en moins 242 hommes.

La 1ère Légère prend une part active à la poursuite de la colonne russe qui a réussi à prendre la route de Winterthur.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"- Marches sur le Rhin
L'aile gauche de l'armée se porta immédiatement en avant; la 1re légère alla le 27 septembre (5 vendémiaire) à Regensberg, le 28 (6) à Bulach, après avoir traversé la Glatt, le 29 (7) elle fut à Berg près de Flach, le 30 (8) à Glattfelden et Kaiserstuhl; le 1er octobre (9) à Rorb au bord de la Töss et le 3 (11) à Flach" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Forces françaises en Suisse, fin septembre 1799 (Nafziger - 799IMC)

6e Division : Menard (sur la Limath)
Brigades Quetard et Heudelet  
1ère Demi-brigade légère, 1740 hommes (sur les rivière Aar et Reuss)

Miliutin, "Geschichte des krieges Russlands mit Frankreich under der Regierung Kaiser Paul's I. im Jahr 1799", Munich, 1856

A la fin de la première décade de vendémiaire, les troupes françaises qui ont pris part aux opérations forment quatre groupes placés respectivement :
Dans la région Bülach - Winterthur : 5e et 6e Divisions avec la réserve de Klein, aux ordres du Général Ménard.
Dans la zone Einsiedeln - Schwyz—Muotathal : 4e Division (Mortier) renforcée d'une partie de la 2e Division, sous le commandement du Général Soult.
Sur la Linth, autour deNafels : 3e Division (Gazan, en remplacement de Soult) et la Brigade Molitor, commandées par le Général Gazan.
Sur la Haute-Reuss et la Haute-Aare : 2e Division, aux ordres de Lecourbe, puis de Loison.

Les Russes repassent le Rhin. Le 5 octobre, la 6e Division Ménard, qui comprend la 1ère Légère, a ordre de marcher d'Andelfingen sur Paradies, mais elle est retardée par le mauvais temps.

Le 7 octobre, le Capitaine Merle, "étant en tirailleurs avec 30 hommes, prend et fait désarmer 50 soldats russes".

Suwaroff, qui comptait achever la déroute des Français, tombe au milieu de nos colonnes victorieuses. Il a le sort de Korsakoff. Les débris des armées russes repassèrent le Rhin. L'orage est conjuré, Masséna s'avance jusqu'au grand fleuve dont personne n'ose plus lui disputer la possession.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"- Arrivée de Souvarof
"Souvarof, arrivé d'Italie par le Saint Gothard, retardé, harcelé, arrêté enfin à Altorf par Lecourbe renonçant à percer par la Reuss, n'avait plus trouvé d'autre issue que de se jeter par le Schachenthal dans le Muttenthal".
Il tenait la tête du pont établi sur le Rhin, à Paradis, avec le restant de sa formidable armée, réduite à 25.000 hommes, mais encore susceptible de nous inquiéter par ses communications permanentes avec la rive gauche du Rhin, que lui assurait la possession du pont sur ce fleuve, établi de Busingen rive droite à Paradis rive gauche, dont la tête tournée contre nous lui permettait de tenter, à sa volonté, quelque coup de main sur le point que nous occupions; ce qui nous obligeait de tenir une petite réunion de forces pour lui être opposées au besoin.

- Combat à Paradis

Le 7 (15) à dix heures du matin, Souvarof envoya un jeune officier de son armée au quartier général de notre division, sous le prétexte de demander si, dans les combats que les deux armées se livreraient, nous Français, nous ferions des prisonniers; à cette demande d'un barbare il fut répondu que, ne versant jamais le sang inutilement, ni inhumainement, tout homme désarmé, qu'il fût Autrichien ou Russe, n'étant plus notre ennemi, était traité en prisonnier de guerre jusqu'à son échange. A peine ce jeune officier était-il parti pour reporter cette réponse, et bien avant qu'il ne fut rentré dans la tête de pont, que déjà des Cosaques tombaient impétueusement sur nos postes et les massacraient; l'armée russe suivait et s'avançait rapidement.
Nos troupes se réunirent promptement et sans désordre; l'attaque commença et bientôt les Russes furent arrêtés dans leur marche. Le combat devint sanglant et opiniâtre ; trois fois nous fûmes repoussés; quelques corps bavarois étaient aussi réunis à cette armée, ce qui portait sa force de 28 à 30.000 hommes, tandis que nons n'étions pas 16.000, même après la réunion de notre petite réserve qui vint rapidement de Winterthur prendre part au combat; cependant nous leur causâmes une perte estimée à plus de 8.000 hommes tués, car malgré l'assertion donnée au jeune officier, on ne fit aucun prisonnier tellement on était indigné de la barbarie avec laquelle ils avaient mutilé nos soldats tombés inopinément sous leurs coups; nous les trouvâmes percés de coups de lance, taillés par le sabre, les yeux arrachés, tous enfin horriblement mutilés. Vers le soir, car la lutte fut longue, Masséna étant accouru, une dernière charge culbuta les Russes et les contraignit à rentrer en désordre dans leur tête de pont; malheur à ceux qui ne purent y parvenir, ils furent impitoyablement mis à mort. Ils perdirent encore dans cette affaire plus de la moitié de leur artillerie.
Ainsi l'armée russe qui, dès le commencement de la campagne de 1799 (ans 7 et 8) avait été triomphante et avait couru de victoire en victoire du fond de l'Italie jusqu'en Suisse, battue maintenant, était réduite à une poignée de soldats découragés, désorganisés et ployant sous le joug de la fatalité; et son chef toujours victorieux jusque là, ne dut en ce moment son salut qu'à la fuite, presque seul, et ensuite longtemps errant dans les montagnes avant de pouvoir se mettre en sûreté.
Le lendemain 8 (16) au lieu des Russes, nous ne vîmes plus sur la rive droite du Rhin que des Autrichiens; cette nouvelle troupe nous parut joyeuse de la défaite de ses sauvages alliés. La tête de pont à Paradis fut désarmée et détruite et le pont enlevé. Vers midi nous quittâmes le Rhin pour aller occuper Andelfingen laissant des compagnies à Benken pour fournir des gardes sur le fleuve, en avant de ce cantonnement.

- Épisodes

1° Voici un fait qui prouve combien étaient odieux aux Français les barbares qu'ils avaient à combattre. A Benken, vis à vis la route que tenaient environ trois cents Russes poursuivis à outrance, coupés de leur corps d'armée, et cherchant à regagner leur pont sur le Rhin à Paradis, à Benken dis je, était une ferme, close de chaque côté par des murs élevés; elle semblait être adossée et communiquer par derrière à un bois qui couvrait la pente de la montagne, au pied de laquelle elle était située; une grande porte charretière menant dans la cour de cette ferme, était ouverte; les Russes y entrèrent en masse, croyant sans doute pouvoir s'y défendre, ou du moins parvenir à se sauver à travers le bois qu'ils voyaient au dela; mais ils ne trouvèrent aucune issue pour y arriver, et on ne leur donna pas le temps d'ouvrir une brèche ; il leur fut également impossible de fermer la porte sur eux, car nous y entrâmes en même temps. Aussitôt les balles, les baïonnettes, les crosses, les sabres, tombèrent sur ces pauvres Russes, sur les officiers comme sur les soldats et en firent un massacre horrible; toutes les parties de l'habitation furent fouillées, et chaque reclus également mis il mort. Nos soldats devenus furieux et impitoyables, comme l'avaient été les Cosaques, se vengèrent cruellement de la barbarie de ceux ci sur la pauvre infanterie qu'ils venaient d'atteindre, et que ne purent défendre ni les amulettes de cuivre qu'elle portait, ni le grand Saint Nicolas qu'elle implorait.
2° Etant en marche, à la tête d'un peloton de ralliement pour les tirailleurs, je fus culbuté à l'angle d'une route par un de nos escadrons qui, chargé la lance aux reins par un poulte (?) de cosaques, se retirait sur la ligne de bataille; surpris inopinément, il me fut impossible de l'éviter.
Après le passage de cet escadron, les Cosaques lancés à toute bride me passèrent aussi sur le corps, et je ne me tirai de ce mauvais pas qu'en feignant d'être mort, me gardant bien de faire le moindre mouvement lorsqu'un cheval me pinçait de ses pieds de derrière, malgré la douleur que j'en ressentais.
A peine étais-je sorti de cette crise et retourné à mon peloton que je donnai en plein dans une embuscade formée d'une cinquantaine de Russes, cachés dans un bas fond et derrière des broussailles, que mes éclaireurs n'avaient pas fouillées; une douzaine d'hommes de mon peloton furent atteints, tués ou blessés, et je fus frappé de deux balles à la fois, l'une sur mon hausse col qui fut tout contourné, l'autre sur rna poitrine recouverte par une capotte roulée que je portais en sautoir; je ne fus pas blessé à sang, mais je fus abattu du choc, suffoqué et je perdis toute connaissance pendant quelques instans; enfin je pus me relever et quoique souffrant heaucoup, je continuai la journée.
3° Chaque jour les paysans suisses nous amenaient des soldats russes qu'ils trouvaient cachés dans les bois, où ils n'avaient pu vivre que de racines. Ceux là du moins eurent la vie sauve; ils furent conduits dans l'intérieur de la France et réunis à ceux pris à Zurich, dans les montagnes par le général Lecourbe, ou en Italie par Moreau. En France, ces Russes furent bien traités et entretenus; la plupart travaillèrent dans des fermes où ils reçurent la nourriture et un salaire; plus tard, Bonaparte, premier Consul, 1es fit armer et habiller à neuf et les renvoya dans leur pays sans échange, conduits par leurs officiers auxquels il avait fait rendre leur épée, et ils déployèrent un de leurs drapeaux, qu'un soldat russe était parvenu à sauver, en le détachant de sa hampe et en le cachant autour de son corps sous ses habits, sans qu'il eût jamais trahi son secret (22 février 1800).

- Cantonnement sur le Rhin

Le 12 octobre (20 vendémiaire) nous prîmes position en avant d'Andelfingen; nous restâmes sur ce point jusqu'à ce que la saison ne nous permit plus de rester au bivouac, nous fûmes alors répartis dans les villages voisins d'Andelfingen, sur la rive gauche du Rhin" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Dans le courant du mois d'octobre, le 3e Bataillon rejoint les deux premiers à la Division Mesnard.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"Le 1er novembre (10 brumaire) notre 3e bataillon qui était allé à Aix la Chapelle, pour y recevoir et instruire les conscrits de l'an 7 qui nous étaient destinés, vint se réunir à ses deux premiers bataillons à Becken, Dachsen, Andelfingen, Marthalen et autres villages avoisinant le Rhin.
Le 30 (9) il versa dans les deux premiers les deux tiers de ses recrues, et reçut de chaque bataillon en échange, un tiers de leurs anciens soldats.

- Particularité à Marthalen

Sur la place de Marthalen, comme dans tous les villages chefs lieux judiciaires en Suisse, est un pilori portant une espèce de cage en bois, cylindre à jour et peint en rouge; cette cage est mobile sur un axe, de manière à ce qu'on puisse la faire tourner en tous sens à volonté. On enferme dans cette cage les personnes qui ont commis quelque délit grave.
Un jour je vis un groupe considérable d'hommes, de femmes et d'enfans extremement agités autour de cette cage, dans laquelle etait renfermé un homme que l'on venait de condamner à y passer une partie du jour, pour s'être avisé de tuer une cigogne dont le nid était établi sur une petite roue placée horizontalement sur le haut d'un sapin, dépouillé de ses branches et élevé au milieu du village. Ces sortes d'oiseaux sont regardés dans la Suisse, et dans une partie de l'Allemagne comme des anges tutélaires; c'est un crime que de les détruire.
Le peuple a tant de vénération pour eux qu'il serait capable d'assommer sur place celui qu'il prendrait en flagrant délit; aussi le malheureux qui était en cage essuyait-il toutes les injures de la populace, et on le faisait tourner et retourner sans aucune pitié.

- Rentrée de Bonaparte en France

En ce temps, des lettres particulières nous annoncèrent la rentrée en France du général Bonaparte débarqué à Fréjus le 9 octobre (17 vendémiaire an 8). Les frégates le Muiron et la Carrère, les chebecks la Revanche et la Fortune l'avaient ramené d'Egypte. En apprenant cette nouvelle extraordinaire, nous nous demandâmes pourquoi il avait quitté son armée, maintenant abandonnée sur une plage lointaine ? Que venait-il faire en France ? Il venait opérer la révolution du 18 brumaire et relever la France que la faiblesse du Directoire laissait abattre" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Situation de l'Armée du Danube le 30 brumaire an VIII - 21 novembre 1799 (Nafziger - 799KBY)

6e Division : Général de Division Ménard
La droite à Altikon
La gauche à Koblenz (sur le Rhin)
Brigades : Généraux de Brigade Quétard et Heudelet  
1ère Demi-brigade légère, 3 Bataillons, 2313 hommes à Marthalen

Division de Réserve : Général de Division Turreau, dans la région de Winterthur
Brigades : Généraux de Brigade Bastoul, Humbert et Boyé
Carabiniers réunis des 1ère, 10e, 14e et 25e Légères : 970 hommes, à Winterthur

Source : Hennequin, Cpt, L. : "Zurich, Masséna en Suisse, Messidor an VII - Brumaire an VIII, juillet-octobre 1799"; 1911, Paris, Librairie Militaire Berger-Levrault

Armée d'Helvétie, 23 novembre 1799 (Nafziger - 799KCN)

Commandant : Masséna

6e Division : Général de Division Menard
Brigades : Généraux de Brigade Quetard et Heudelet  
1ère Demi-brigade légère, 3 Bataillons, 2299 hommes

Division de Réserve : Général de Division Turreau
Brigades : Généraux de Brigade Bastoul, Humbert et Bove
Bataillon combiné de Carabiniers (1ère, 10e, 14e, 25e Demi-brigades légères) : 973 hommes

Source : Gachot, E. La Campagne d'Helvetie (l799), Paris, l924

En décembre, toutes les hostilités cessent pour ne reprendre qu'au printemps suivant. Dans cet intervalle, l'Empereur Paul 1er s'est retiré de la coalition.

Situation de l'Armée d'Italie le 16 décembre 1799
Commandant en chef : Général Masséna
Aile droite : Général Saint-Cyr; Division des Alpes Maritimes :
1 Bataillon de la 1ère Demi-brigade légère (448 hommes).

Le Capitaine Duthilt raconte :
"- Mouvements dans les cantonnemens de la Demi brigade
Le 16 decembre 1799 (25 frimaire an 8) nous allâmes occuper les villages d'Ach, de Dettlingen, de Ridolf et de Neeftembach.
Le 28 (7 nivôse) la 5e compagnie du 1er bataillon à laquelle je venais de passer se rendit à Oberstammen, Niederstammen, et Nieder Nufferen
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Armée d'Helvétie franchissant le Rhin, fin 1799 (Nafziger - 799XCO)

Division : Général de Division Menard 
1ère Demi-brigade légère, 3 Bataillons, 2451 hommes

Source : Gachot, E. La Campagne d'Helvetie (l799), Paris, l924

Armée française du Rhin, fin décembre 1799 (Nafziger - 799LCL)

Commandant : Général Moreau

Aile Doite : Lieutenant général Lecourbe (dans Zurich)
Division : Général de Division Vandamme
Brigades : Généraux de Brigade Jardon, Laval, et Molitor
 1ère Demi-brigade légère

Signalons, avant d'en finir avec l'année 1799, que certaines situations donnent des éléments de la 1ère Légère à l'Armée d'Italie, en mars :

Armée française d'Italie, 19 mars 1799 (Nafziger - 799CMB)

Commandant : Général Schérer

Division Serrurier
Brigade Meyer  : 1ère Demi-brigade légère, 940 hommes

Source : Miliutin, “Geschichte des krieges Russlands mit Frankreich under der Regierung Kaiser Paul's I. im Jahr 1799”, volume 1 page Munich: 1856.

Par ailleurs, le 1er novembre, les Compagnies auxiliaires de la 1ère Légère (192 hommes) sont transportées à Héricourt en Caux ; elles y resteront jusqu'au 6 juin 1800.

 

d/ Campagne de 1800

- Premières opérations entre Rhin et Danube - Armée du Rhin

Avant de reprendre le récit des opérations auxquelles participa la 1ère Légère en 1800, il est nécessaire de jeter un coup d'oeil rapide sur la situation générale.

Bonaparte, laissant à Kléber le commandement de l'armée d'Égypte, est rentré en France; il a été reçu en sauveur. La journée du 18 brumaire (8 novembre) le place à la tête du gouvernement. Le 5 nivôse (26 décembre), le Premier Consul écrit au Roi d'Angleterre et à l'Empereur d'Allemagne pour demander la paix. Les réponses négatives des deux cabinets rendent en France la guerre populaire et une levée de 100 000 conscrits est accordée d'enthousiasme par le Corps législatif. C'est alors que Bonaparte conçoit le merveilleux plan de campagne qui devait avoir son dénouement à Marengo.

Nos adversaires (nous avons encore contre nous : l'Autriche, la Bavière, le Wurtemberg et la principauté de Mayence soudoyée par l'or anglais. La Prusse persiste dans sa neutralité. La Russie s'est retirée de la coalition) ont sur pied deux grandes armées de 120 000 hommes chacune : celle d'Italie commandée par Mélas et celle du Rhin commandée par de Kray (l'Archiduc Charles s'est montré favorable à la paix et a été remplacé par de Kray). Celle-ci s'étend de Mayence aux sources du Rhin par où elle communique avec l'Italie.

Laissant à Masséna le soin de défendre de son mieux avec 36 000 hommes notre frontière du sud-est, Bonaparte porte à 130 000 hommes l'armée du Rhin sur laquelle il semble avoir concentré toute son attention. Il la confie à Moreau avec mission de repousser de Kray en Bavière et de couper ses communications avec Mélas, afin de déblayer le terrain et de permettre ainsi l'intervention décisive d'une armée de réserve qu'il va former secrètement et dont il se réserve à lui-mème le commandement.

La 1ère Légère avec ses 3 Bataillons de guerre entre au commencement de janvier 1800 dans la composition de l'Armée du Rhin à l'aile droite (Division Lorge). En janvier 1800 toujours, elle aligne 2614 hommes.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"Le 20 février 1800 (1er ventôse an 8) le 2e bataillon alla remplacer le 1er sur le Rhin, vis à vis Schaffhouse; l'état major de la demi brigade et les carabiniers du 2e allèrent à Diessenhofen; la 5e du 1er fut à Reichlingen" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Masséna

Le Capitaine Duthilt raconte :
"Le 1er mars (10 ventôse) le 1er bataillon se rendit à Oberville et Rudswille sur la Thur; le 3 (12) la 5e du 1er fut à Gudiswich et Zunichen, sur la route de Winterthur.
Le 20 (29) tout le 1er bataillon se rendit à Ruddelfingen et à Trulichen, pour y remplacer notre 3e bataillon qui passait à l'armée d'Italie, corps d'observation du général Moncey, chargé de garder les passages des Alpes, au Saint Gothard
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 10 germinal (30 mars), le 1er Bataillon (997 hommes) passe à la Division Montchoisy (1ère de l'aile droite). Cette Division doit rester en Suisse pour y former le premier élément de l'Armée de réserve dont le Général Berthier prend le commandement en mai en attendant l'arrivée du 1er Consul. Les 2e et 3e Bataillons de la 1ère Légère (1950 hommes) passent à la même date à la Division Vendamme (2ème de l'aile droite). La Demi-brigade, qui a été renforcée de 350 recrues, cantonne à Ustingen sur la Thur.

"Cette armée du Rhin, dit Thiers, quoique portant, comme les autres armées de la République, les haillons de la misère, était superbe ...... On n'aurait pas pu dire sans injustice que ses soldats étaient plus braves que ceux de l'armée d'Italie; mais ils présentaient toutes les qualités des troupes accomplies, ils étaient sages, sobres, disciplinés, instruits et intrépides. Les chefs étaient dignes des soldats". Plus loin, après avoir fait observer que dans cette armée les deux armes de la cavalerie et de l'artillerie se trouvent numériquement fort au-dessous des proportions ordinaires, le grand historien ajoute : "La qualité de l'infanterie permettait d'ailleurs de se passer de toutes les armes auxiliaires".

Le Capitaine Duthilt raconte :
"Le 30 (9 germinal) nous fûmes derechef à l'abbaye de Rheinau sur le Rhin, où nous eûmes encore abondamment la table et le vin des moines.
Le 6 avril (16 germinal) nous allâmes à Frauenfeld, le 8 (18) à Wil, où le général Vandamme vint nous passer en revue le 14 (24). Il nous prévint que nous touchions au moment de la reprise des hostilités, et que nous porterions la guerre en Souabe. Ce même jour nous nous rendîmes à Bernau, le 15 (25) nous fûmes à Saint Gall et Morschwyl, le 18 (28) à Rheinegg, nous traversâmes Goldach, Rorschach et Arbon, où s'étaient rassemblés les généraux divisionnaires pour y recevoir leurs instructions sur les opérations auxquelles ils allaient prendre part dès l'ouverture de la campagne.
Le 21 (1er floréal) nous allâmes à Sainte Marguerite, d'où, après deux heures de repos, nous nous rendîmes sur la plaine d'Alstätten, où nous restâmes jusqu'à onze heures du soir, de là nous fûmes à Dallen.
Dans cette journée nous fîmes plus de neuf lieues, dans une étendue qui n'en avait pas trois, passant et repassant par la même route, en vue de l'ennemi sur certains points de la rive gauche, ayant tantôt la capotte roulée sur le sac et tantôt la portant par dessus l'habit, faisant à chaque fois le tour d'une montagne, de même que vingt comparses au théâtre font le tour d'une coulisse pour centupler leur nombre.
Le 23 (3 floréal) nous bivouaquâmes à Bischofszell, le 24 (4) à Sitterdorf, et le 25 (5) à Weinfelden
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Fig. 5a Porte drapeau en 1797 (vente Boersch de 1971) Fig. 5b Porte drapeau en 1797 (vente de 2011) Fig. 5 Porte drapeau d'après le Fichier Carl

L'Armée du Rhin, commandée par Moreau qui a pour mission de repousser de repousser Kray en Bavière et de couper ses communications avec l'Armée autrichienne d'Italie de Mélas, a été divisée en 4 Corps. Celui formant l'aile droite, commandé par le Général Lecourbe, "le plus habile des officiers de son temps dans la guerre de montagne" (Thiers), se rassemble entre Schaffouse et Diesenhoffen du 25 au 30 avril. Pendant ce temps, les corps du centre, de l'aile gauche et de la réserve, menaçant la Forêt-Noire, trompent le Maréchal de Kray sur la direction de notre attaque, puis, remontant le cours du Rhin, se rapprochent de notre droite.

Situation de l'Armée du Rhin le 25 avril 1800 (Nafziger)
Commandant en chef : Général Moreau
Aile droite : Lieutenant Général Lecourbe
1ère Division Général de Division Montchoisy
Brigade Mainoni : 3e Bataillon de la 1ère Légère (913 hommes)
2ème Division Général de Division Vandamme
Brigade Molitor : ler et 2ème Bataillons de la 1ère Légère (1835 hommes)

Remarque : Il y a là une contradiction avec l'historique régimentaire pour qui le 1er Bataillon est à la Division Montchoisy et le 3e à la Division Vandamme

Le Capitaine Duthilt raconte :
"- Ouverture de la campagne de 1800
"Le premier Consul mit sous les ordres de Moreau qui était alors en Italie les armées du Rhin et d'Helvétie réunies en une seule. Le 25 avril (5 floréal), Moreau fit passer le Rhin au gros de son armée entre Strasbourg et Bâle et s'avança pour donner la main au corps d'armée de Lecourbe qui devait le passer en Suisse".

- Passage du Rhin à Reichlingen

Pendant ce temps, la division Vandamme formée de la 1re demi brigade d'infanterie légère, des 42e, 36e et 83e de ligne, sous les ordres des généraux de brigade Molitor et Laval, d'une compagnie de sapeurs du génie, d'une forte batterie d'artillerie, d'un équipage de pont et du 8e régiment de hussards se rassembla à Oberstammen ou elle bivouaqua les 28 et 29 avril (8 et 9 floréal).
Le 30 (10 floréal) toutes ces troupes s'approchèrent de Reichlingen hors de vue de l'ennemi, et bivouaquèrent en attendant les ordres de Lecourbe, commandant le corps d'armée d'Helvétie.
"La 1re demi brigade d'infanterie légère, passée dans des barques fut chargée de protéger la construction du pont".
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 11 floréal (1er mai), Lecourbe franchit à son tour le Rhin sur un pont jeté en une heure et demie à l'est de Schaffouse. Les 2e et 3e Bataillons de la 1ère Légère passent le fleuve avec le Général Vandamme et enlèvent avec beaucoup d'entrain Biesingen

Deux Compagnies de la 1ère Légère marchent sur Stein d'où les Autrichiens sont repoussés. Dans cet engagement très vifs, sont blessés les Capitaines Nicolas Baudin et Hubert Houillon, le Lieutenant Charles Nicolas Fassin, et les Sous lieutenants Jacques Déchaux et Frédéric Hergwegh (capturé). Le Fourrier Jean Houillon, blessé à l'attaque de Stein, est nommé Sous lieutenant peu après.

Deux autres Compagnies se dirigent sur Paradies, Molitor avance sur Ramsen avec un autre bataillon de la 1re légère. Les Autrichiens se débandent, malgré l'appui de leur canon; une charge de cavalerie ennemie, dernier espoir, ne parvient pas à nous ébranler.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"Cependant les troupes autrichiennes qui avaient pris position dans les environs, tombèrent dans un bois, entre Weillen et Ramsen, sur notre 2e bataillon et firent longtemps feu de 7 à 8 pièces d'artillerie. Comme la cavalerie française n'avait pas encore passé le fleuve, la 1re demi brigade d'infanterie légère, la plus avancée, fut vivement chargée par la cavalerie ennemie, et les tirailleurs nous disputèrent quelque temps le bois qui se trouve au dessus d'Emishoffen, sur la pente de Wolkenstein, mais l'arrivée successive de nos troupes força l'ennemi de plier et de se retirer sur Stockach.
Ce fut particulièrement le 2e bataillon de la 1re légère qui fut assailli par la cavalerie autrichienne, entre Emishoffen et la pente de Wolkenstein; et ce fut le 1er bataillon de cette demi brigade qui, jeté en entier dans le bois de Wolkenstein pour le fouiller, attiré par la vive fusillade qu'il entendait sur sa gauche, rabattant aussitôt sur ce point, et se montrant inopinément sur la crête, vers la plaine, à la hauteur des nombreux hussards lancés en tirailleurs, arriva juste à temps pour le dégager; dès sa première décharge, qui abattit bon nombre de ces hussards, le reste tourna bride et disparut comme une volée d'oiseaux fuyant le plomb du chasseur. Dès ce moment la division d'avant garde put se porter rapidement en avant.
La 1re légère perdit plus de cent hommes dans cette lutte ; le lieutenant Lathuile fut tué et les sous lieutenans Durant, Herwegt et Guisbier furent blessés de coups de sabre, faits prisonniers mais repris immédiatement.
Nous poussâmes l'ennemi jusqu'au soir, nous arrêtant à Moös, à la pointe du lac de Constance opposée à Bregenz. Ce même jour, le général Lecourbe fit encore capituler le château d'Hohentwiel; on y trouva quatre vingts canons et des munitions. Un passsage secondaire opéré à Paradis-Busingen avait eu plus de mal à réussir; mais à l'arrivée d'une colonne de secours envoyée de Reichlingen, les Autrichiens se retirèrent là aussi.
Ainsi commençait sous d'heureux auspices la campagne de 1800
(an 8); c'était une continuation de brillans succès, dirigés par un génie supérieur et par une volonté ferme qui donnait l'impulsion à toutes choses; sous la direction de Bonaparte, l'armée du Rhin devait indubitablement conserver sur l'ennemi l'ascendant que Masséna lui avait donné en terminant la campagne précédente
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 12 floréal (2 mai), la 1ère Légère campe sur les hauteurs de Singen qui bordent le ravin d'Engen.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"- Réunion de tous les corps de l'armée du Rhin
La marche des différens corps de l'armée du Rhin, partis des extrémités de la Suisse, de Strasbourg et de Reichlingen, fut si bien combinée, les ordres exécutés avec tant de ponctualité et les obstacles si heureusement surmontés, que les corps sous le commandement de Moreau et celui commandé par Lecourbe se trouvèrent réunis à la hauteur de Schaffhouse, et mis en ligne à point nommé.
Moreau appuyant sa droite à Smelingen sur la Wutach, et la gauche de Lecourbe liée à la droite du corps de réserve de Moreau, auquel se joignaient aussi les troupes commandées par Saint Cyr, on s'occupa le 2 mai (12 floréal) à former cette ligne et à régler les mouvemens qu'exécuterait le corps du centre pour s'y porter, en cas d'une bataille qui, dans ce moment, n'était pas prévue; ce corps, la veille, s'était avancé jusqu'à Neukirch, après avoir passé la Wutach. Dès ce moment, les deux armées du Rhin et d'Helvétie n'en formèrent plus qu'une sous le commandement supérieur de Moreau
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 13 floréal (3 mai) à 7 heures 1/2 du matin, Lecourbe porte son corps d'armée (25000 hommes) en 3 colonnes sur Stokach où se trouve l'arrière garde du Maréchal de Kray commandée par le Prince de Lorraine-Vaudemont. La ville renferme également les magasins autrichiens et sert de liaison entre Kray et le Vorarlberg occupé par le Prince de Reuss. La 1ère Légère (Division Vandamme, Brigade Molitor) fait partie de la colonne de droite conduite par Vandamme en personne. Elle prend un chemin de traverse, passe par Bodmann, franchit la Stokach à Wahlwies, arrive à Sernalingen, et, gagnant les hauteurs qui dominent la ville de Stokach, se trouve ainsi en position sur les arrières de l'ennemi. La ville est enlevée au pas de charge et l'infanterie autrichienne, après avoir vainement tenté de se reformer à l'est de la ville, est mise en déroute. Lecourbe prend à l'ennemi, indépendemment de ses immenses magasins, 4000 hommes, 500 chevaux et 8 canons.

En parallèle, pendant que notre droite remporte à Stokach une victoire relativement facile, Moreau avec le gros de ses forces bat de Kray à Engen. Ce dernier s'est replié sur Moesskirch.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"- Combats formant ensemble la bataille d'Engen (3 mai 1800 - 13 floréal an 8)
Dans cette bataille si glorieuse pour nos armes, entre autres pertes déplorablea pour la 1re légère, elle fit celle de mon bon camarade et ami Lafitte, de Calais, sergent major doué de toutes les qualités du coeur et de l'esprit, qui pendant l'action s'était placé comme curieux dans le troisième rang du front de bataille, dans le créneau derrière le sergent de remplacement serré en ce moment à hauteur du second rang derrière le capitaine commandant le peloton; toute la file fut emportée par un boulet ; le capitaine et le sergent furent tués, et mon ami eut une cuisse fracturée ; il mourut après l'amputation qu'il supporta avec une force admirable. Il emporta les regrets de ses chefs et de ses camarades.
La belle conduite que tinrent, dans celte journée, les nommés Masselin Joseph sergent, et Moissand Jacques carabinier, tous deux de la 1re légère, leur valut plus tard un fusil d'honneur, puis la décoration
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 4 mai, l'armée entière se prépare à continuer la marche vers le Danube, pendant que de Kray prenait position à Moesskirch, pour tenter encore le sort des armes avant de nous céder la rive droite du fleuve allemand. La 1ère Légère bivouaque à Bondorf.

Le 15 floréal (5 mai) à 4 heures du matin, Lecourbe, formant l'avant-garde, se met en marche directement de Stokach sur Moesskirch. Toutefois, pour couvrir sa droite en prévision de l'arrivée possible du Prince de Reuss, et intercepter les roules de Pfüllendorf et de Mengen, il fait passer par Solgersweiler et Klosterwald la Brigade Molitor de la Division Vandamme. La 1ère Légère marche en tête de cette Brigade où se trouvent les 36e et 94e de Ligne.

Pendant que la Brigade de Molitor exécute le long détour qui va l'amener sur le flanc gauche des Autrichiens, Lecourbe essaye vainement avec ses autres Divisions de déboucher des bois qui précèdent le terrain découvert au fond duquel est située la petite ville de Moesskirch.

Après d'héroïques tentatives pour aborder de front, puis à gauche, la position ennemie, au moment même où les 38e et 67e Demi-brigades enlèvent sur la gauche le village de Heudorf et les hauteurs boisées qui le dominent, la 1ère Demi-brigade Légère, culbutant les troupes de Vaudemont (aile gauche allemande) arrive devant la face sud-est de Moesskirch. L'infanterie autrichienne établie dans les faubourgs, la reçoit par un feu meurtrier. Elle s'élance alors au pas de course et, pendant que deux autres Bataillons de la Brigade tournent la position par le nord, elle pénètre la première dans la ville, chassant l'ennemi devant ses baïonnettes.

Pendant le reste de la journée, les Divisions Vandamme et Montrichard du corps Lecourbe contiennent la réserve autrichienne à Rohrdorf et permettent ainsi à Moreau de résister d'abord victorieusement aux grands efforts que de Kray tente au centre et à sa droite et de battre enfin l'armée autrichienne enfoncée sur tout le front. L'obscurité de la nuit met fin au combat et couvre la retraite de l'ennemi.

Les Autrichiens ont perdu 8000 hommes tués, blessés ou pris, et 5 canons. Les pertes des Français ne dépassent pas 2000 hommes. Le Général Dessolles, Chef d'Etat-major général de l'armée, termine par ces mots le rapport qu'il adresse au Premier Consul : "Si je voulais vous citer tous ceux qui ont montré du courage et du dévouement dans cette journée, je devrais vous nommer tous les soldats qui ont combattu".

Le Capitaine Duthilt raconte :
"- Bataille de Moeskirch (5 mai 1800 - 15 floréal an 5)
Cette bataille, longue et meurtrière, fut glorieuse pour l'armée ; notre demi brigade s'y distingua, quoique souvent employée en tirailleurs; une de nos compagnies de carabiniers prit, à elle seule, 6 à 700 Autrichiens et une pièce de canon
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

- Armée du Rhin - Les Autrichiens sont rejetés sur Ulm

De Kray se réfugie sur la rive gauche du Danube. Moreau continue alors sa marche en avant en maintenant presque toutes ses forces sur la rive droite et en présentant un front perpendiculaire au cours du fleuve. Lecourbe quant à lui, à l'aile droite, surveille toujours les Alpes et détache une Brigade vers le lac de Constance.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"L'armée s'élança bientôt sur la route de Vienne qui lui était ouverte, et peu de jours après elle occupait Augsbourg et Munich, capitale de la Bavière, ou le général Moreau fixa, pendant un peu de temps, son quartier général" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

La 1ère Légère campe les 16 et 17 floréal (6 et 7 mai), à Eggerskirch; le 18 floréal (8 mai), à Bergetreitte; le 19 floréal (9 mai), à Leutkirch.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"Le lendemain 6 (16) nous nous portâmes à Murendorf ; le 7 (17) à l'abbaye de Solmansweier; le 8 (18) à Ravensbourg; le 9 (19) nous passâmes à Weingarten et nous fûmes bivouaquer près de Reftenbach" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Sergent de carabiniers 1er léger 1797 Boersch Sous officier de carabiniers 1er léger Boersch carabiniers 1er léger Boersch Carabinier 1er léger 1797 Carl
Fig. 6bb Sergent major de Carabiniers en 1797 (vente de 1971) Fig. 6b Caporal de Carabiniers en 1797 (vente de 2011) Fig. 6ba Carabiniers en 1797 (vente de 2011) Fig. 6

Ce jour-là, Saint-Cyr bat à Biberach l'armée autrichienne. De Kray avait brusquement repassé le Danube et s'était mis en bataille sur les hauteurs qui bordent la Riess, tant pour couvrir les vastes approvisionnements des places de Biberach et de Memmingen que pour essayer de surprendre nos colonnes en marche. Repoussé de Biberach, mais conservant encore l'espoir de rallier le Prince de Reuss, le Général en chef autrichien, avant de se réfugier définitivement à l'abri d'Ulm, envoie un gros détachement à Memmingen.

Cette ville, importante par sa position même et par les magasins qu'elle contient, est sur l'itinéraire de Lecourbe qui se dispose à l'attaquer le 20 floréal (10 mai), lorsqu'il reçoit l'ordre d'envoyer la Division Vandamme rejoindre les flanqueurs détachés déjà de cette Division avec le Général Lewal, dès le lendemain de la bataille de Moesskirch. Les troupes du Prince de Reuss avec lesquelles de Kray voulait se relier préoccupent aussi le Général Moreau, qui a cru nécessaire d'employer une Division entière à couvrir le flanc droit de l'armée.

Situation de l'Armée française en Allemagne au 10 mai 1800 (Nafziger)
Commandant en Chef Général Moreau
Aile droite : Lieutenant Général Lecourbe
1ère Division : Général Vandamme
Capitaine Boucher, de la 1ère Légère, attaché à l'Etat-major de la Division
Brigades : Généraux de brigade Laval & Molitor
36ème Demi-brigade (3) (2126)
83ème Demi-brigade (3) (2667)
94ème Demi-brigade (3) (2458)
1ère Demi-brigade Légère (2) (1764)

Centre : Lieutenant général Gouvion Saint-Cyr
Etat-major : Lieutenant Manie, Adjoint de l'Adjudant général Lacroix

Source : de Carrion-Nisas, Marquis, Campagne des Francais en Allemagne, Année 1800, Paris, 1829

Laissant donc Lecourbe avec les Divisions Montrichard et Lorge franchir l'Iller en face d'Aitrach et d'Egelsée et enlever Memmingen, la 1ère Légère, avec le Général Molitor, prend une direction au sud en passant par Gebratzhoffen, Eglofs, Lidenberg. Elle rejoint ainsi la Brigade Lewal qui s'est déjà emparée de Rasensbourg, Wangen, Isny et Lindau et a par conséquent refoulé les détachements du Prince de Reuss jusqu'à l'extrémité sud-est du lac de Constance.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"Le 10 (20) notre bivouac fut porté à Kilsbeck, après avoir traversé Vilfach, et le 11 (21) nous le portâmes auprès de Lindau.

- Prise de Bregenz

Le 12 mai 1800 (22 floréal an 8) nous entrâmes dans Bregenz, ville du Tyrol allemand, prise de la veille par le général Molitor.
Cette ville, située sur le lac de Constance, à deux lieues Sud Est de Lindau, est ouverte et protégée par un vieux château, mais mieux encore par la nature : ses abords, du côté de Lindau, n'étant praticables que par un défilé d'une demi lieue de longueur, où la route est resserrée entre les montagnes et le lac, à un quart de lieue de distance de Bregenz; et ce défilé est barré par des murs et des retranchemens peu distans les uns des autres; la côte du lac est plate et défendue contre les débarquemens, qu'on tenterait de la Suisse, par des pieux serrés.
Les communications de Bregenz avec la Souabe orientale par Wangen et Isny, sont très multipliées et praticables pour toutes sortes de voitures. Elles sont bornées au Nord Est par la chaîne de Bregenzwald qui part de Thannberg, sépare les versans de la Bregenz d'avec ceux de l'Iller, et vient s'abaisser vers Riffensberg, où passe la moins bonne de ses communications. Pour couvrir Bregenz de ce côté, il faut nécessairement occuper Wangen, Staufen et Sibratshofen qui tiennent la tête des chemins. De Bregenz à Feldkirch la vallée est large et la route continuellement praticable.
Nous nous trouvions enclavés dans le cercle du Vorarlberg qui comprend les seigneuries de Bregenz, de Feldkirch, de Bludenz et de Hohenems, en tout 16 bailliages, fournissant deux réquisitions ordinaires pour la défense du pays; la première de 3.000 hommes, composée de jeunes gens non mariés ; la seconde, aussi de 3.000 hommes pris parmi les hommes mariés; et lorsque le pays est menacé par l'ennemi, la première réquisition marche; si le péril devient pressant, on a recours à la seconde ; enfin, dans les dangers imminens, le peuple se lève en masse. La levée en masse, à l'époque où nous étions, était de 10.500 hommes, égale à celle faite en même temps dans la partie du Tyrol proprement dit. Chaque homme est armé, équipé et habillé; il paie son arme et son habillement par une retenue journalière de quinze centimes ; sa solde étant d'un franc quinze centimes, reste un franc par jour.
L'uniforme est gris, paremens et revers verts pour les chasseurs, rouge pour les carabiniers, compagnies formées des meilleurs tireurs; chapeau rond, forme haute et effilée, le bord du chapeau relevé sur le côté gauche, et bordé d'une gance verte ou rouge selon la couleur des paremens. Ces levées sont requises à chaque fois pour quarante deux jours de service, après quoi elles sont licenciées à moins que les Etats ne renouvellent la réquisition.
Tels étaient sur ce point les ennemis que nous avions à surveiller, et quelquefois à combattre ; et, en raison de leurs connaissances locales, nous devions nous prémunir sans cesse contre eux, car ils ne laissaient échapper aucune occasion qui leur fut favorable pour nous nuire.
En arrivant à Bregenz nous eûmes de moins à surveiller la flottille autrichienne qui avait été établie sur le lac de Constance, composée de dix sept chaloupes canonnières armées par les soins de l'anglais Williams, et qui tomba au pouvoir de la flottille française, armée en Suisse ; le capitaine Williams se sauva par terre, et abandonna le lac de Constance comme il avait précédemment abandonné celui de Zurich.
Nous ne fîmes que traverser Bregenz et de suite nous prîmes poste au dessus du pont de l'Ach, à l'entrée de la vallée qui mêne à Feldkirch. Nous nous étendîmes à droite sur la rive droite de cette rivière, observant en outre le Fruchtal et la route de Feldkirch.
Le 13 mai 1800 (23 floréal an 8) nous reçûmes l'ordre de nous rendre à Isny, passant par Bregenz et Wangen
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 14 mai 1800 (24 floréal an 8), Bonaparte écrit depuis Lausanne au Général Dupont, Chef d'Etat-major de l'Armée de Réserve : "... Prévenez le général Moncey que, d'après l'arrêté des Consuls de la République, le général Moreau détache de son armée les troupes ci-après, qui seront aux ordres du général Moncey, savoir :
Un bataillon de la 102e demi-brigade;
Un bataillon de la 1re légère;
Deux bataillons de la 101e demi-brigade;
Ces quatre bataillons, déjà aux ordres du général Moncey, forment un corps de plus de 3,000 hommes ...
" (Correspondance de Napoléon, t.6, lettre 4792).

Le Capitaine Duthilt raconte :
"
Le 14 (24) nous fûmes à Grönenbach, au delà de l'lller; le 16 (26) nous retournâmes à lsny; le 18 (28) nous fûmes à Hemmerskirch et villages voisins, sur la route de Bregenz, observant les habitans de Bregenzwald restés en armes" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Selon l'historique régiemntaire, le 30 floréal (20 mai), le Général Molitor prend le commandement des flanqueurs de droite, qui forment dès lors une Division indépendante, dans laquelle la 1ère Légère fait partie de la Brigade Jardon.

"... Elle (l'aile droite) continua donc de marcher en ligne avec l'armée, et se contenta de laisser
en face du prince de Reuss un petit corps de flanqueurs, dont le lieutenant-général Lecourbe me donna le commandement, le 3 prairial.
Je quittai en conséquence la première division, et je me rendis le même jour à Kempten. J'y trouvai la 83e demi-brigade, avec le 7e de hussards; les 1er et 2e bataillons de la 1re légère étaient dans les environs d'Isni. C'était tout ce qui composait le corps qui devait contenir l'aile gauche de l'armée impériale
" (OPÉRATIONS DU CORPS DES FLANQUEURS DE DROITE, COMMANDÉ PAR LE GÉNÉRAL DE BRIGADE MOLITOR; de Carrion-Nisas, Marquis, Campagne des Francais en Allemagne, Année 1800, Paris, 1829).

- Armée du Rhin - Les Autrichiens sont chassés du Vorarlberg et des Grisons.

Le 1er prairial (21 mai), Molitor décide de prendre Brégenz. Dans la nuit du 4 au 5 prairial (23 au 24 mai), la 1ère Légère (aile droite de la Division) ayant sa droite au lac de Constance se distingue à l'attaque de Brégenz fortement occupée par l'ennemi. Le 4 prairial (23 mai), le Lieutenant Guisbier est blessé. Le 5 (24 mai), l'héroïque dévouement du Chasseur François Certout nous rend maîtres d'une porte de la ville : "en se jettant le premier à la nage dans le lac de Constance, Certout parvint sur l'autre rive, malgré le feu de l'ennemi et ouvrit la porte de la place".

Le trait de courage du Chasseur Certout a été reproduit dans un album publié en 1823 chez Rapilly à Paris et ayant pour titre : LE LIVRE DES JEUNES BRAVES ou ETRENNES MILITAIRES dédiées aux enfants des héros français. "A l'affaire du 24 mai 1800, dit l'ouvrage ci-dessus, Certoux (sic), chasseur à la 1re demi-brigade d'Infanterie légère, contribua d'une manière particulière à la reprise de Brégentz, en se précipitant le premier dans le lac de Constance et en s'avançant intrépidement à la nage, au milieu d'une grêle de balles et de mitraille, jusqu'au pont de cette place dont il ouvrit la porte. Un fusil d'honneur fut la récompense du courage que le chasseur Certoux déploya dans cette occasion".

Plusieurs de ses camarades suivent son exemple. Le Sous-lieutenant Delaunay se fait particulièrement remarquer dans ce combat qui amena la prise de la place. Il est nommé Lieutenant peu après par le Général en chef Moreau "pour la bravoure distinguée dont il avait fait preuve". Quant à Certout, il reçoit par arrêté du Premier Consul en date du 26 messidor an VIII, un fusil d'honneur; c'est la première arme de ce genre donné à la 1ère Légère. Les armes d'honneur étaient données en récompense aux soldats romains. Le Premier Consul en établit l'usage dans nos armées par décret du 4 nivôse an VIII (25 décembre 1799). Aux hommes d'infanterie on donnait des fusils d'honneur dont toutes les garnitures étaient en argent. Les Officiers recevaient des sabres d'honneur; les tambours, des baguettes. A l'organisation de la Légion d'honneur, il y avait 4000 officiers ou soldats ayant des armes d'honneur. Ils furent les premiers légionnaires.

"Quelques jours avant mon arrivée, deux bataillons de la 102e, qui occupaient le Rheinthal et Bregenz, étaient partis pour l'Italie et avaient quitté, sans y avoir été relevés, ces importantes positions. Aussitôt l'ennemi fait entrer deux bataillons dans Bregenz, passe le Rhin à Ragatz, et pénètre en Suisse.
Il n'y avait pas de temps à perdre pour réparer ce désavantage ; il fallait rétablir notre ligne d'opérations en Suisse, et reprendre Bregenz, qui alors était un point d'appui indispensable pour mon corps de flanqueurs. Ce poste important fut donc attaqué et enlevé de vive force le 4 , à onze heures du soir. Les deux bataillons de la 102e eurent ordre de rétrograder, firent repasser le Rhin à l'ennemi, qui s'était avancé jusque près de Saint-Gall, et reprirent leurs positions dans le Rheinthal. Les détails de la reprise de Bregenz sont contenus dans le compte que j'en rendis alors au lieutenant-général Lecourbe, et dont voici à peu près le précis :
"Kempten, le 6 prairial au VIII.
MON GÉNÉRAL,
J'ai eu l'honneur de vous annoncer que Bregenz avait été attaqué et enlevé de vive force, dans la nuit du 4 au 5. Voici quelques détails sur cette expédition :
Le 1er bataillon de la 1re légère fut chargé de se porter d'Isni sur Bregenz, par la route qui passe à Heimenkirch. Le 2e bataillon eut ordre de s'avancer sur le même point, en débouchant par Weiler et Langen, pendant que le 2e de la 83e, placé en réserve, observerait les débouchés sur Immenstadt, en occupant Sibratshofen, Weiler et Steingarten. Le 1er bataillon, qui marchait avec une compagnie du 7e de hussards et une pièce de quatre, rencontra, à une lieue de Bregenz, les avant-postes ennemis. Ceux-ci se replièrent sans beaucoup de résistance sur la ville ; il était onze heures de la nuit, lorsque la colonne arriva aux portes. La première entrée était flanquée de murailles et de palissades, à l'abri desquelles l'ennemi faisait un feu assez vif. L'obscurité empêchait de faire beaucoup de dispositions, et l'on se décida à attaquer de front. Le sous-lieutenant Delaunay, avec quelques chasseurs, escalade la muraille et la palissade, tandis que le chasseur Certout se jette à la nage dans le lac, pour tourner la gauche de l'entrée. Les uns et les autres parviennent bientôt dans l'intérieur de la porte, font mettre bas les armes au poste ennemi qui la défendait (ce poste était commandé par un capitaine), et ouvrent le passage à la colonne. Celle-ci s'avance au pas de charge et renverse tous les obstacles. L'ennemi, surpris de nous sentir tout-à-conp dans ses rangs, se débande et prend la fuite. On le poursuit, l'épée dans les reins, jusqu'au delà de la Bregenz, où la colonne prit position.
Le 2e bataillon, qui devait déboucher par Weiler, éprouva plus de difficultés. Ce passage fut vivement défendu par le régiment de Bachmann, et ne fut emporté qu'après trois heures d'un combat opiniâtre. Cette circonstance, jointe aux mauvais chemins que ce bataillon rencontra, fut cause qu'il n'arriva à Bregenz qu'après que ce poste avait été forcé. Je suis d'autant plus fâché du retard qu'a éprouvé cette colonne, que devant déboucher sur les derrières de la ville, elle eut coupé toute retraite à l'ennemi.
Bregenz était défendu par 900 hommes infanterie, Weiler par 700 hommes, tant du régiment de Kayser que de la légion Bachmann et des chasseurs du Vorarlberg. L'ennemi a laissé plus de 50 morts sur le champ de bataille; il a eu considérablement de blessés, et nous lui avons fait 60 prisonniers, dont un officier. Les 1er et 2e bataillons de la 1re légère se sont très bien conduits.
Je vous prie, mon Général, de faire donner au sous-lieutenant Delaunay le grade de lieutenant, et un fusil d'honneur au chasseur Certout. Vous jugerez sans doute qu'ils ont bien mérité cette récompense nationale.
L'aide de camp Frestel, que le général Laval m'a laissé après son départ de Kempten, s'est aussi distingué à cette affaire ; il y a longtemps que le grade de capitaine est promis à cet officier; permettez que je vous demande aussi de l'avancement pour lui. Je vous donnerai incessamment des nouvelles sur les forces et la position du corps du prince de Reuss
"" (OPÉRATIONS DU CORPS DES FLANQUEURS DE DROITE, COMMANDÉ PAR LE GÉNÉRAL DE BRIGADE MOLITOR; de Carrion-Nisas, Marquis, Campagne des Francais en Allemagne, Année 1800, Paris, 1829).

Le Capitaine Duthilt raconte :
"- Reprise de Bregenz
La ville de Bregenz était restée sous la garde de quelques compagnies de la ligne, trop faibles pour fournir des postes et défendre ce point qui exigeait une grande surveillance; l'ennemi s'en empara un peu après notre départ; des troupes autrichiennes sorties du fort de Feldkirch, aidées par les miliciens du Fruchtal, y entrèrent le 24 mai (4 prairial) au soir ; nos deux bataillons se rassemblèrent le 25 (5) à Hemmerskirch et marchèrent de suite sur Bregenz; le 2e bataillon prit à gauche la route des montagnes de Bregenzwald pour arriver au revers de la ville, tournant le fort de Bregenz, tandis que notre 1er bataillon marchait par la vallée du lac de Constance.
Nous partîmes à minuit par une pluie torrentielle, et une obscurité si profonde que nous avions toutes les peines à distinguer la route et les hommes qui nous précédaient dans la marche. Dès que nous fûmes près des faibles feux des postes avancés de la ville, nos tirailleurs ne pouvant faire usage de leurs armes dont la poudre était par trop humide manoeuvrèrent pour les enlever à la baïonnette.
Parvenus à la porte de Bregenz sans avoir été découverts, et voulant aussi surprendre le poste principal gardant cette entrée, six ou sept hommes de notre avant garde se jetèrent dans le lac, tournèrent la porte, et paraissant inopinément derrière la garde autrichienne, endormie sous un auvent, et faiblement éclairée par un feu en plein air, nos chasseurs sautèrent sur les armes en faisceau, se firent ouvrir la porte fortement barricadée, et nous donnèrent les moyens d'entrer dans la ville sans tirer un seul coup de fusil. Tous reçurent à Roveredo un fusil d'honneur, puis, plus tard, la décoration.
Cette avant garde était commandée par le sous lieutenant Delaunay qui, pour ce fait, fut nommé lieutenant et choisi par le général Leval pour être son aide de camp.
Les Autrichiens, surpris dans Bregenz, en sortirent en désordre par la route de Feldkirch. Notre 2e bataillon, retardé dans sa marche par les eaux et l'obscurité plus intense dans le fond des vallées de ces hautes montagnes, ne put arriver à temps sur le revers de Bregenz pour occuper la route et couper la retraite aux Autrichiens ; nous ne pûmes leur prendre que quelques hommes dans la ville, le commandant et quinze chevaux abandonnés. Nous poursuivîmes les fuyards jusqu'au pont de l'Aach, malgré l'obscurité.
Le général Jardon qui nous commandait dans cette expédition, fit établir son logement dans une des maisons voisines de ce pont, pour être plus à portée de surveiller lui même les mouvemens de l'ennemi, dans les montagnes et dans la vallée de Feldkirch.
Je ne puis me refuser au plaisir de raconter ici quelques faits concernant le général Jardon, surnommé l'Invulnérable :

"Il était d'une simplicité extrême dans toutes ses actions, et presque toujours négligé dans ses vêtemens; sa grande activité ne permettait pas à son domestique de tenir ses effets convenablement; il prenait le premier soldat venu pour faire sa cuisine, dans laquelle il n'entrait que ses rations; rarement on servait du gibier sur sa table, mais il suppléait à cette pénurie par une abondance de vin et d'eau de vie qu'il appelait le nerf de la guerre; pour cette raison il portait toujours sur lui, ou pendu à l'arçon de sa selle, un large flacon plat, garni en osier ou en cuir, rempli de l'une ou de l'autre liqueur. Sa conversation était assez spirituelle, d'autant plus gaie qu'il se servait fréquemment d'expressions liégeoises, accompagnées de l'accent de cette province. Son seul plaisir était de se battre, il ne respirait que les combats, et avec deux compagnies de grenadiers seulement, il n'aurait pas hésité d'attaquer tout un régiment hongrois.
Invitait-il à dîner quelques officiers de sa brigade, il leur proposait pour amusement de l'après dîner d'aller charger l'ennemi : c'était là son plaisir favori, il n'en connaissait pas de plus grand. Cette bravoure était augmentée en lui par la prévention des Liégeois ses compatriotes, pour les enfans nés coiffés et il était né ainsi. Il disait, avec l'air de la plus intime conviction que ni les balles ni les boulets ne pouvaient jamais atteindre sa personne; tous les événemens de ses campagnes parurent l'affermir dans cette espèce de fatalisme. Il ne se passa presque aucune affaire dans l'armée du Nord, où les chevaux, les aides de camp et les ordonnances de ce général n'eussent été tués ou grièvement blessés; pour lui, il ne reçut jamais que des balles mortes dans ses habits. C'était un singulier spectacle de voir ses chevaux mutilés de coups de feu, les oreilles percées, la chair du poitrail et la croupe emportées, tandis que le maître, exposé comme eux aux coups de l'ennemi, paraissait invulnérable. Au combat d'outre Meuse, où il détruisit une légion entière d'émigrés, il eut deux chevaux tués sous lui; il vit tomber à ses côtés son jeune neveu percé de cinq blessures mortelles ; un de ses aides de camp, ses ordonnances trouvèrent la mort près de lui, et il ne reçut pas la plus légère contusion ; une balle dirigée contre sa poitrine vint frapper la lame de son sabre qui fut brisé du coup ; une seconde balle cassa le pommeau dans sa main, sans être atteint seulement au petit doigt.
Toutes les fois qu'il allait à la découverte, une partie des siens étaient renversés par les décharges de la mousqueterie, souvent ceux qui l'entouraient tombaient pêle mêle à ses côtés, tandis que les balles semblaient n'arriver sur ses vêtemens qu'en y perdant tout leur effet. Il lui arriva d'attaquer avec 65 hommes 900 Autrichiens et de les mettre en déroute.
Dans une marche rétrograde dans la Forêt Noire, on le vit revenir d'une découverte en arrière où selon ses habitudes, il avait encore fait le coup de sabre, montant un cheval qui venait d'avoir le cou traversé d'une mitraille, sans que ce général s'en fût aperçu; on lui en fit faire la remarque et, mettant pied à terre, il fit une ligature au cou de son cheval avec sa cravate de soie noire, le remonta, continua la route jusqu'à ce que son domestique vint lui remettre le cheval qu'il montait et le dernier des quatre qu'il avait en entrant en campagne, qui ne faisait que s'ouvrir.
Cependant, sa coiffe protectrice ne lui prêta point son secours en Espagne en 1809, car au moment où il s'appuya sur le parapet d'une tranchée, au siège de Saragosse, pour examiner le mouvement qui se faisait dans une des batteries de la place, une balle vint le frapper au front et le tuer. Il n'était plus invulnérable
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Maître de Brégenz, Molitor porte ensuite la Division des flanqueurs à Kampten sur l'Iller, dit l'historique régimentaire.

"Aussitôt que j'eus connaissance des positions occupées par le corps d'armée qui m'était opposé, je disposai le corps de flanqueurs à mes ordres, de la manière suivante :
Deux bataillons de la 102e dans le Rheinthal , couvrant la Suisse : ils occupaient Ragatz, Azmoos, Seenwald, la Roche-Percée, Altstetten et Rheineck, couvrant les débouchés qui se rendent, de ces différens points, sur la Linth et la Thur.
Les 1er et 2e bataillons de la 1re légère étaient réunis sur Bregenz, fournissant trois compagnies sur Langen et Weiler, deux points très importans et auxquels aboutissent différens débouchés d'Immenstadt et du Bregenz-Wald.
Je fis camper un bataillon de la 83e en avant de Kempten, sur la rive droite de l'Iller, gardant la route de Fussen. Les deux autres bataillons de la même demi-brigade furent campés en avant de la même ville, sur la rive gauche de la rivière, gardant la route d'Immenstadt. Ces deux bataillons fournissaient 3 compagnies à Sibratshofen, Isni et Steingarten, pour assurer la route de Kempten à Bregenz. J'avais réuni, à Kempten , 4 compagnies de grenadiers et tout le 7e régiment de hussards.
Par ces dispositions, je me trouvai en masse sur les deux points où aboutissent les grands débouchés du Tyrol, Bregenz et Kempten; par l'occupation de Sibratshofen, Steingarten et Weiler, je couvrais la route de Kempten à Bregenz, sur une étendue de 14 lieues. Si l'ennemi eût tenté de pénétrer par cet intervalle, je pouvais me rabattre avec avantage sur lui; s'il eût attaqué de front mes deux principales positions, je pouvais encore me défendre avec espoir de succès. D'abord, sur le point de Kempten, j'eusse été attaqué par les deux grandes routes qui y aboutissent et qui viennent d'Immenstadt et de Fussen. Alors je faisais repasser l'Iller au bataillon campé sur la rive droite de cette rivière, et, après avoir brûlé le pont, je réunissais, sur la rive gauche les 3 bataillons de la 83e, les 4 compagnies de grenadiers, le régiment de hussards et 5 pièces d'artillerie, et j'attaquais, à mon tour, vigoureusement l'ennemi, qui aurait débouché par la route, d'immenstadt, et où il eût certainement été battu dans ce pays de chicane, dont j'avais bien reconnu d'avance tous les avantages. Par ce moyen, les deux points d'attaque de l'ennemi étaient réduits à un seul, sur lequel je portais rapidement toutes mes forces.
Si j'étais attaqué sur Bregenz, j'y pouvais être enveloppé, à la vérité, si l'ennemi eût forcé le poste de Langen ; mais ce poste était bien gardé, et, dans tous les cas, la flotille était toujours prête à soutenir la retraite des troupes sur Lindau, et à seconder la reprise de Bregenz, si j'eusse été forcé de le quitter un instant.
Ces positions prises, et les avantages que l'on pouvait en tirer étant bien reconnus, il fallait tâcher de donner continuellement à l'ennemi le change sur le nombre et la destination des troupes à ma disposition : il fallait, sur une étendue de 30 lieues, soutenir, avec 7 bataillons, une défensive offensive contre un corps d'armée de 25,000 hommes, sur lequel il était impossible de rien entreprendre, retranché comme il l'était dans les gorges du Tyrol. Il fallait, en un mot, imposer tellement à l'ennemi, qu'il n'osât former aucune entreprise sur moi, ce qui eût sans doute forcé l'aile droite à envoyer une de ses divisions à mon secours.
Quelque difficile qu'ait été cette lâche, elle a été néanmoins remplie par le petit corps de flanqueurs de droite. Ce corps était continuellement en mouvement; il ne cessait d'attaquer l'ennemi sur différens points, et toujours avec audace et succès; il faisait presque tous les jours des prisonniers, par le moyen desquels j'étais parfaitement instruit des mouvemens du prince de Reuss. L'attention scrupuleuse que j'ai apportée à ne pas me laisser prendre un seul homme, a privé le général ennemi du même avantage. Le prince de Reuss m'a toujours cru 10,000 hommes sur le seul point de Kempten ; il l'a cru jusqu'à la fin de la campagne. Néanmoins, pressé par sa cour, par les ordres du général Kray, et plus encore par le voeu des Tyroliens, ce général a été plusieurs fois à la veille de m'attaquer. Alors je le prévenais en l'attaquant moi-même, et ces attaques ont toujours été couronnées d'un plein succès.
Ces mouvemens décidés confirmaient le prince de Reuss dans son opinion sur la quantité de troupes qu'il me supposait, et, renonçant à toute entreprise, il se tenait sur la plus grande défensive à l'entrée du Tyrol
" (OPÉRATIONS DU CORPS DES FLANQUEURS DE DROITE, COMMANDÉ PAR LE GÉNÉRAL DE BRIGADE MOLITOR; de Carrion-Nisas, Marquis, Campagne des Francais en Allemagne, Année 1800, Paris, 1829).

Le Capitaine Duthilt écrit :
"- Marche de Bregenz à Fusach
Au dessus de Bregenz, à la droite de la route de Feldkirch, plusieurs ruisseaux, dont le principal est la Bregenz, inondent la plaine, la rendent marécageuse et presque impraticable. Après avoir traversé la Bregenz, la route se divise, la branche de droite suit le bord du lac, va passer le Rhin à Rheineck et conduit à Saint Gall en Suisse; celle de gauche remonte la vallée du Rhin en traversant les ruisseaux de Lautrach et de Dornbach et arrive en face des châteaux d'Hohenems, en sortant du village de Dornbüren. La route est enfilée au loin par ces châteaux, mais en se rapprochant d'eux, leur feu devient trop plongeant pour être dangereux.
Nous prîmes la première de ces deux routes dans le but d'établir notre communication par le Rhin, de Bregenz à Rheineck. Le 29 mai (9 prairial) nous nous y engageâmes et pour y parvenir il nous fallut repousser la milice du Fruchtal qui voulut s'opposer à notre marche; nous primes poste à Hart et à Fusach.
C'est une chose bien intéressante que de voir l'activité que déploient les femmes de cette contrée à confectionner des broderies de toute espèce, au crochet, et souvent d'un dessin très compliqué, sur des mousselines fabriquées à Saint Gall, travail long et dès lors peu lucratif pour ces pauvres femmes
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

De l'Iller, la Brigade Jardon est dirigée le 10 juin vers la Vertach pour couvrir la marche sur Augsbourg ordonnée par Moreau.

En arrivant sur les bords du cours d'eau, l'avant garde de la Brigade Jardon (1500 hommes), se trouve en présence de deux Bataillons du Prince de Reuss. Molitor est à l'avant-garde; il ordonne l'attaque ; en un clin d'oeil, dit le Lieutenant Guérin de la 1ère Légère dans ses notes manuscrites, les deux Bataillons sont enfoncés et capturés. La Brigade Jardon rejoint ensuite le reste de la Division à Kampten.

Situation de l'Armée française en Allemagne au 10 juin 1800 (Nafziger)
Commandant en Chef Général Moreau
Aile droite : Lieutenant Général Lecourbe
Division : Général Nansouty
Brigade : Jardon
38e Demi-brigade (1) (573)
83e Demi-brigade (3) (2616)
102e Demi-brigade (2) (1385)
lère Demi-brigade Légère (2) (1416)

Source : de Carrion-Nisas, Marquis, Campagne des Francais en Allemagne, Année 1800, Paris, 1829

Pendant que Moreau contraint de Kray à abandonner Ulm et s'empare de Munich, Molitor retourne dans le Vorarlberg pour achever de chasser les derniers détachements que le Prince de Reuss a encore dans les Alpes Grises.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"- Passage du Rhin à Hocht
Le 11 juin (22 prairial) notre demi brigade et la 83e de ligne passèrent sur la rive gauche du Rhin, et allèrent loger à Oberried; le 12 (23) elles furent à Atmos; et le 13 (24) elles remontèrent le Rhin pour aller le repasser à Hocht, en présence des postes de la garnison de Feldkirch.
Une des barques employées à ce passage coula; le capitaine Bertin et les hommes de sa compagnie qui la montaient ne furent sauvés que par le dévouement de quelques nageurs. Le passage effectué, la 83e de ligne se porta à la droite sur Mayenfeld, et de là sur Coire, capitale des Grisons; notre demi brigade prit à la gauche, rabattant sur le fort de Feldkirch
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le Bulletin de l'Armée du Rhin, rédigé par le Général de Division Dessoles, Chef de l'Etat-major de cette armée, et successivement adressé sous la forme de rapports partiels au Ministre de la Guerre, déclare :
"XIV. Rapport du 19 au 28 messidor an VIII (8-17 juillet 1800).
La colonne du centre, commandée par le général Jardon, était forte de deux bataillons de la 1re légère et d'un bataillon de la 83e ; elle reçut l'ordre de passer le Rhin à Azmoos pour se diriger sur Feldkirch, après avoir fait sa jonction avec la colonne de droite. Le passage s'effectua sans peine ; mais le général Jardon, ayant été obligé de détacher des troupes sur Coire, et devant faire une très longue marche pour être en mesure d'attaquer Feldkirch en passant par Waduz et Schan, ne put pas arriver le même jour ...
La 1re et la 10e légère, les 36e, 38e, 83e et 94e de ligne, les 6e, 7e, 8e de hussards, ont soutenu la brillante réputation que toutes les actions où ils se sont trouvés, pendant le cours de cette campagne, leur ont acquise
" (de Carrion-Nisas, Marquis, Campagne des Francais en Allemagne, Année 1800, Paris, 1829).

Entre temps, la Compagnie de Carabiniers du 2e Bataillon a rejoint le Corps de Lecourbe, avec lequel elle va rester jusqu'à la fin de l'année. Cette Compagnie est sérieusement engagée le 18 juin au passage du Danube : dans une charge à la baïonnette, le Carabinier François David mérita un fusil d'honneur pour avoir enlevé un drapeau aux Autrichiens (arrêté du 1er messidor an VIII).

Cette même Compagnie prend part, le 3 décembre à la bataille de Hohenlinden, que le Général Mathieu Dumas cite "comme une des plus mémorables de la Révolution par l'exécution la plus rigoureuse et la plus littérale du plan prémédité". Le Sergent Jean-Alexandre Masselin et le Carabinier Jacques Moisson gagnent dans cette journée un fusil d'honneur "pour s'être élancés à la baïonnette sur une batterie, avoir ramené plusieurs prisonniers et contribué par leur courage à la prise d'une pièce de 8".

Carabinier 1er Léger 1797
Fig. 6a Dessin de l'Historique régimentaire

Mais revenons à Molitor. Le 25 messidor (13 juillet), il attaque le camp retranché de Feldkirch qui défend l'entrée du Tyrol. Les gorges étroites et raides qui seules donnent accès à la vallée de Montafun rendent Feldkirch presque inabordable. Masséna lui-même a échoué devant cette place, l'année précédente. La Division des flanqueurs ne se laisse pas arrêter par ces difficultés : chaque corps est obligé d'opérer isolément. La 1ère Légère enlève les ouvrages de l'est. Le 2e Bataillon se distingue particulièrement en montant à l'assaut de ces ouvrages. Le Capitaine des Carabiniers Baumard et les Lieutenants Jean Gaillard et Emmanuel Lambert sont blessés.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"- Attaque et prise de Feldkirch
Nous ne tardâmes pas à rejoindre les postes ennemis débusqués de leurs positions au point du passage que nous venions d'effectuer et qui, appuyés des canonniers de la légion de Bachmann, suisses au service de l'Autriche, étaient venus de Feldkirch mais trop tard pour s'opposer au passage.
Nous avançâmes rapidement, et si nous ne parvînmes pas à leur enlever leurs deux pièces, nous nous en approchâmes assez pour nous saisir de quelques canonniers. Nous n'avions point d'artillerie, mais nous n'avions affaire sur ce point qu'à des corps perdus, maintenant sans communication. Nous marchâmes sur le champ en colonne d'attaque, ayant des tirailleurs en avant et sur notre flanc droit, balayant tout ce qui nous faisait obstacle; lorsque nous fûmes à la vue du fort, nous fîmes une charge rapide jusqu'aux premiers ouvrages, espérant de pouvoir les enlever d'emblée. Une pluie d'obus, de boulets, de mitraille lancés à la fois de toutes les batteries de front que nous attaquions, nous contraignit à faire un à droite pour nous jeter dans des abatis pour nous couvrir.
Nous rétrogradâmes jusqu'à l'angle d'un petit bois en arrière, hors de portée du canon, pour attendre soit un renfort de troupes, soit de l'artillerie, qui ne pouvait nous parvenir qu'après l'établissement du pont auquel travaillaient nos pontonniers.
Vers le soir, nous entendîmes une forte canonnade du côté de Bregenz, ce qui nous donna la certitude que la colonne française partie de ce point était arrivée sous Feldkirch. On décida pour le lendemain une nouvelle attaque; on plaça les postes de nuit, et on se reposa. L'ennemi se voyant attaqué de deux côtés, ne pouvant plus compter sur aucun secours, ses communications étant coupées de toutes parts, se décida à évacuer le fort pendant la nuit ; il se retira par la vallée de Bludenz. A cette résolution, le colonel Bachmann eut une vive altercation avec le commandant autrichien.
Les habitans de Feldkirch quoique armés et organisés, ne se défendirent pas et laissèrent entrer nos troupes dans la place; nous en fûmes informés par nos postes avancés et par nos reconnaissances en découverte dès le petit point du jour.
Nos carabiniers furent alors envoyés pour s'assurer de l'état de la place ; elle était effectivement évacuée, et ils y entrèrent en même temps que les troupes venues de Bregenz.
Feldkirch est entouré d'un fossé sec et d'un simple mur; il a un vieux château de peu d'importance, mais les Autrichiens y tiennent une garnison nombreuse en temps de guerre, et y construisent des ouvrages en terre assez considérables; la position de cette ville, entre les montagnes et le Rhin, au confluent de l'Ill, en fait la clé du Tyrol du côté de l'Helvétie
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Situation de l'Armée du Rhin au 15 juillet 1800 (Nafziger)
Aile droite : Lieutenant Général Lecourbe
Division : Général Molitor
Brigade : Jardon
Grenadiers Combinés (2)
1ère et 10ème Demi-brigades Légères (3)
83ème et 95ème Demi-brigades (5)

Deux jours plus tard, l'armistice de Parsdorf suspend les hostilités jusqu'en décembre.

- Le 1er Bataillon à l'Armée de Réserve

Masséna

On se souvient que le 1er Bataillon de la 1ère Légère est resté en Suisse à la Division stationnaire, lorsque les 2e et 3e Bataillons franchirent le Rhin près de Schaffouse, le 1er mai. Ce Bataillon fait désormais partie de l'aile gauche de la fameuse armée de réserve.

Situation de l'Armée du Rhin le 1er mai 1800 (Nafziger)
Commandant en chef : Général Moreau
Aile gauche : Général Sainte-Suzanne
Division Helvétique : Général de Division Montchoisy
Brigade : Général de Brigade Mainony, lère Légère

Situation de l'Armée française en Allemagne au 10 mai 1800 (Nafziger)
Commandant en Chef Général Moreau
Division stationnaire : Général de Division Montchoisy
1ère Demi-brigade Légère (1) (913)

Source : de Carrion-Nisas, Marquis, Campagne des Francais en Allemagne, Année 1800, Paris, 1829

Le 12 mai, après la prise de Memmingen, Moreau a envoyé à cette armée de réserve 17000 à 18000 hommes amenés par le Général Lorges à Moncey, chargé de les conduire en Italie par le Saint Gothard avec les troupes laissées en Suisse. Pendant que le gros de l'Armée de Réserve franchit le Saint-Bernard, sous les ordres directs du 1er Consul, Moncey échelonne les colonnes de l'aile gauche qui remontent la Reuss et pénètrent dans le val Levantine en refoulant tous les postes que Wukassowich a placé aux débouchés des montagnes.

Le Corps de Moncey n'a devant lui que des détachements. Le 1er Bataillon de la 1ère Légère (Division Latoype) descend du Saint-Gothard le 8 prairial (27 mai) avec un effectif de 850 hommes. Le 10 (29 mai), au pont de la Moëza, les Lieutenants François Canche et Nicolas Barroux sont blessés dans un petit engagement. Les Sergents majors Fourcy de Gimont et Frémont se distinguent, de même que les Sergents Grave et Noirot (accès au dossier Noirot-Lemaire.pdf) se distinguent : ce dernier, qui s'était fait remarqué l'année précédente à Zurich, s'empare d'une pièce de canon. Grave obtient un fusil d'honneur; de Gimont et Frémont sont décorés ultérieurement (le 25 prairial an XII).

Le 30 mai 1800 (10 prairial an 8), le Sous-lieutenant Montaglas du 12e Chasseurs à cheval raconte : "Le 10, à cinq heures du matin, nous avons attaqué le pont de Bellinzona, situé à une lieue en arrière de cette ville. Ce pont a été attaqué à 2 heures de l'après-midi. Le général Digouet fut chargé de cette expédition. On ne fit que se tirailler jusqu'à la nuit sans avoir tenté le passage, ce qui aurait pu se faire sans une grande perte parce que l'ennemi n'était point assez fort pour le défendre. Quelques chasseurs de la 1re légère, qui étaient avec nous, furent tués. L'ennemi a perdu 27 hussards et une soixantaine de fantassins. Le commandant de la place de Bellinzona, qui défendait le passage de ce pont en vertu de l'ordre qui lui en avait été donné par son général, fut blessé au ventre d'un coup de feu.
La nuit survint et le feu cessa
" (Mémoires de Galy Montaglas in Bulletin de la Société ariégeoise des sciences, lettres et arts, 1907).

Le 17 prairial (6 juin), le Corps Moncey arrive à Milan. Le lendemain, le Corps est passé en revue par le 1er Consul qui adresse aux soldats une de ces courtes allocutions dont il a le secret, allant droit aux coeurs et allumant dans les âmes le feu sacré.

Bonaparte charge Moncey de garder le Tessin face à l'ouest, et de le défendre à tous prix, dans le cas ou le Baron de Mélas par impossible tenterait de se faire jour par la rive gauche du Pô. Le 1er Bataillon de la 1ère Légère occupe Pavie jusqu'au 13 juin. Ce jour là, il passe le Pô à Belgioso et le 14, pendant que le Premier Consul termine la campagne dans les plaines de Marengo, il s'avance jusqu'à Ponte Curone, surveillant les derrières de l'armée principale et la reliant par la Stradella avec Pavie, Lodi et Plaisance.

Situation de l'armée de réserve au 25 prairial, avant Marengo.

Division Lapoype : 1ère Légère, 850 hommes; 29e de Ligne, 1632 hommes; 91e de Ligne, 980 hommes.
Total 3,462 hommes.

Cette Division reçut à Pontecurone, pendant la bataille, l'ordre de retourner sur la rive droite du Pô, et d'y prendre position.

Source : "Extraits des Mémoires inédits de feu Claude-Victor Perrin, duc de Bellune,... Siège de Toulon en 1793. Campagne de l'armée de réserve en l'an VIII (1800), suivie d'observations sur le récit de cette même campagne fait par M. Thiers dans son "Histoire du Consulat et de l'Empire" et de plus de 300 pièces justificatives"

 

Le 15, l'armistice d'Alexandrie suspend les hostilités en Italie.

Après la journée de Marengo, le 1er Bataillon de la 1ère Légère se rend à Tortone. Il en part le 4 messidor (23 juin), se met en route, par Voghera, la Stradella, Plaisance, Lodi, Crémone, Orsinovi, et prend ses cantonnements à Brescia, le 10 messidor (29 juin). Il se rend ensuite à Bergame où il arrive le 20 messidor (9 juillet). Il se trouve ainsi à l'aile gauche de l'Armée d'Italie, jusqu'à la reprise des hostilités.

- Pendant les armistices.

Sergent de Chasseurs 1er Léger Boersch Caporal de Chasseurs 1er Léger Boersch Chasseur 1er Léger 1797 Boersch Chasseurs 1er Léger Boersch Chasseur 1er Léger 1797  Carl
Fig. 7b Sergent de Chasseurs en 1797 d'après Boersch (vente de 2011)
Fig. 7c Caporal de Chasseurs en 1797 d'après Boersch (vente de 2011)
Fig. 7d Chasseur en 1797 d'après Boersch (vente de 1971)
Fig. 7e Chasseurs en 1797 d'après Boersch (vente de 2011)
Fig. 7 Chasseur d'après Carl

Les Compagnies auxiliaires et le Dépôt de la 1ère Légère se sont rapprochés des Bataillons actifs, dès le commencement du mois de juin. Le 18 prairial an VIII (7 juin 1800), ils arrivent à Huningue, venant d'Héricourt. Ils en partent le 25 messidor (13 juillet) pour s'établir le 12 thermidor (30 juillet) à Chambéry où ils restent un mois et demi. Le 2e jour complémentaire (18 septembre), ils s'installent à Montmeillan où ils resteront jusqu'à la paix.

Les armistices d'Alexandrie et de Parsdorf semblent devoir donner la paix à l'Europe. Mais l'Autriche a signé, le 20 juin, une convention par laquelle elle s'engage à ne pas traiter sans l'Angleterre avant le mois de février. Aussi, de part et d'autre, tout en désirant sincèrement la paix, on ne néglige rien pour recommencer la lutte.

L'Autriche confie ses armées à l'Archiduc Jean. Celui-ci prend personnellement le commandement de l'armée du Danube et s'établit derrière l'Inn. Le Général Iller garde le Tyrol allemand avec 10 000 hommes de troupes autrichiennes et 10 000 Tyroliens. Davidowich garde le Tyrol italien avec 20 000 hommes. L'armée d'Italie, occupant avec 80 000 hommes la ligne du Mincio, est donnée au Maréchal Comte de Bellegarde.

Bonaparte, qui de sa personne est revenu à Paris, confie à Masséna d'abord, puis à Brune, l'armée d'Italie forte de 125 000 hommes et organise dans les Grisons, sous les ordres de Macdonald, une petite armée de réserve. Moreau garde le commandement de l'ancienne armée du Rhin qui est portée à 130 000 hommes et prend position entre l'Isar et l'Inn.

Les 2e et 3e Bataillons de la 1ère Légère, auxquels la prise de Feldkirch vient d'ouvrir l'entrée des Grisons font naturellement partie de l'armée de réserve de Macdonald (division Vandamme), armée de 15000 hommes, qui hérite du prestige de l'armée de réserve de la campagne du printemps et à laquelle l'Autriche oppose 40000 hommes.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"- Marches sur Coire
Une route part de Feldkirch pour Coire; on y arrive en dix heures de marche en passant par Vaduz, Balzers et Mayenfeld, le long de la rive droite du Rhin, en remontant son cours.
Le 20 juillet (1er thermidor) nous reçûmes l'ordre de nous rendre à Coire. Nous passâmes par les endroits ci dessus nommés ; le 1er bataillon fut directement à Coire, et le 2e à Ratzung et Saint Luis Steg.
Le 21 (2) nous nous portâmes à Andeer, une des sources du Rhin dite la basse.
Le 25 (6) nous retournâmes à Mayenfeld et nous nous logeâmes à Ienins, Malans et Zizers, à l'entrée de la vallée de Davos, au fond de laquelle les Autrichiens avaient leurs postes.
J'ai eu de bien grandes obligations à la noble et respectable famille des Sprecher de Berneg, de Ienins et de Davos; à celle de Ienins surtout, pour les soins généreux qu'elle me prodigua pendant mon séjour dans cette famille, et à celle de Davos pour le bon accueil qu'elle me fit toutes les fois que j'allais visiter mon colonel, monsieur Manigault Gaulois, logé chez elle. Lorsque je tardais trop à allez le voir, sur la simple observation qu'il en faisait cette famille m'envoyait aussitôt sa carriole pour me faire arriver plus commodément.
Le souvenir de cette riche, noble et belle famille restera à jamais gravé dans ma mémoire.
1801. - A Mademoiselle Marie SPRECHER., à Ienins, Grisons
Monts âpres des Grisons qui me séparez d'elle
Au sein de vos rochers j'ai laissé mon bonheur;
Redites lui surtout que je serai fidèle.
Jamais un autre amour n'échauffera mon coeur ;
Et le temps ne fera qu'accroitre son ardeur
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 31 juillet (12 thermidor), un ordre du jour du Général Brune fixe la composition de l'Armée des Grisons qui doit comprendre 4 Divisions ; la 4e doit être commandée par le Général de Division Grouchy (Leplus H. (Lt) : "La Campagne de 1800 à l'armée des Grisons", Paris, Chapelot, 1908).

Situation en août 1800 (côte SHDT : us180008)

Chef de Corps : MANIGAULT-GAULOIS Chef de Brigade - infanterie
FREMONT - GAREIN Quartier maître trésorier ; DEUZAU - JOSSONT - BONNEFOY Chirurgiens majors
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Dupont; Thierry Adjudant major du 1er Bataillon - Armée du Rhin
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lejeune ; Denechaux Adjudant major du 2ème Bataillon - Armée du Rhin
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Gastelais ; Frabourg Adjudant major du 2ème Bataillon - Armée du Rhin

Le Capitaine Duthilt raconte :
"- Marches dans le Tyrol allemand
Le 1er septembre (14 fructidor) nous nous rendimes à Feldkirch où les deux bataillons de la demi brigade se rassemblèrent.
Le 2 (15) nous fûmes à Bregenz, par le vallon de l'Ill, sur la rive droite du Rhin; le 3 (16) à Sulzberg et Weiler; le 4 (17) à Oberdorf passant par lmmenstadt, nous y séjournâmes.
Le 8 (21) nous allâmes à Achau, près de Reiti; le 9 (22) à Reyfleyten sur le bord du Lech , où nous eûmes séjour.
Le 20 (3e jour complémentaire) nous fûmes à Berg et Willer, près de Fischbach; le 21 (4e jour complémentaire) à Simmelberg. Le 23 (1er vendémiaire an 9) à Nuslau, au bord du Rhin vis à vis Alsteden.
Le 24 (2) nous traversâmes le Rhin à Rheineck et nous fûmes loger sur la rive gauche à Speicher, au haut de la montagne de Saint Gall ; le 25 (3) nous allâmes à frogen où nous restâmes jusqu'au 30 (8)
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 30 septembre 1800 (8 vendémiaire an 8), Bonaparte écrit depuis Paris à Carnot, Ministre de la Guerre : "Je vous prie, citoyen ministre, de donner l'ordre au bataillon de la 1re légère qui est au camp d'Amiens de rejoindre le reste de demi-brigade à Mayence" (Correspondance générale, t.3, lettre 5675).

Fin septembre, début octobre, la Division Grouchy devient la 2e Division (Leplus H. (Lt) : "La Campagne de 1800 à l'armée des Grisons", Paris, Chapelot, 1908).

Situation en octobre 1800 (côte SHDT : us180010)

Chef de Corps : MANIGAULT-GAULOIS Chef de Brigade - infanterie
Observations : octobre 1800 : 1 Bataillon sous les armes à Bergame effectif 553 Officiers et hommes
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Dupont - Armée d'Italie - Corps aile gauche - Division Lapoype
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lejeune - Armée d'Italie
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Gastelais - Armée d'Italie

Le Capitaine Duthilt raconte :
"Le 1er octobre (9) nous logeâmes à Heide Wolfhalden et Grub ; le 2 (10) à Oberried dans le Rheinthal; le 3 (11) à Werdenberg ; le 5 (13) à Roschach près du Rhin ; le 6 (14) nous repassâmes sur la rive droite du Rhin et nous fûmes à Igis, Malans et au château de Marchlins; le 8 (16) à Ienalz, Fideris, Rüblis et Gruche, dans la vallée de Bretigow.
Là, nous reçûmes, en qualité de major, ou quatrième chef, monsieur Regeau, chef de bataillon à la suite, sortant de l'état major général du général Moreau, venant remplir un emploi que, pendant huit ans, on avait cru inutile, qui l'était effectivement, mais qui du moins donnait aux capitaines plus de chance d'avancement, en augmentant le nombre des chefs de bataillon, avantage qui devait également rejaillir sur tous les grades inférieurs à celui de capitaine.

- Coup d'oeil sur les armées

J'ai laissé le général Moreau, le 5 mai (15 floréal), vainqueur à Moeskirch, pour ne m'occuper que des manoeuvres faites par le corps d'armée du général Lecourbe, dont le 1er régiment d'infanterie légère faisait partie, lequel corps opérant séparément sur l'extrême droite de l'armée, porta la tête de sa colonne jusqu'au pied des grandes Alpes italiennes, dans le canton des Grisons; remontant maintenant à l'époque ci dessus, je vais suivre derechef la marche victorieuse de Moreau en Allemagne, marche intimement liée aux grands projets formés par le Premier Consul, et qui devait en assurer l'exécution.
Ainsi, l'armée du Rhin continuait à poursuivre l'armée autrichienne et à la refouler sur le Danube, où elle s'arrêta. Cette armée du Rhin battit encore celle autrichienne à Biberach et dans d'autres rencontres, et le maréchal Krai fut enfin renfermé dans Ulm et Ratisbonne. Moreau occupa Augsbourg et Munich, barrant le chemin des Alpes aux Autrichiens, condition du plan de campagne projeté par le Premier Consul qui, alors n'hésita plus à sommer Moreau de faire replier Lecourbe sur les Alpes pour se joindre à l'armée d'Italie et à celle de réserve formée d'abord à Dijon, les dangers de Masséna bloqué dans Gênes exigeant l'exécution de cet engagement, afin de débloquer cette ville importante, sauver la Ligurie et la Provence, l'une et l'autre fortement menacées par une puissante armée. Moreau, pour ne pas amoindrir le nombre des corps de son armée aux yeux de l'ennemi, en laissa subsister la composition actuelle et prit les 16.000 hommes qu'il destinait au Premier Consul sur tous les corps d'armée existans, et conserva Lecourbe qu'il rappela à lui personnellement ; chacun de ces corps fournit son contingent et toutes les demi brigades désignées prirent la direction du Saint Gothard où elles se réunirent aux troupes déjà sous le commandement du général Moncey.
La division Vaodamme, après quelques jours d'hésitation, fut détachée du corps de Lecourbe et rentra dans les Grisons pour y attendre l'arrivée de Macdonald.
D'un autre côté, l'armée de réserve, sous le commandement direct du Premier Consul, qui devait se composer de 60.000 hommes, malgré toute l'activité possible, ne put mettre en marche au moment où elle tentait de pénétrer en Italie par le Saint Bernard, que 40.000 combattans; avec les troupes qui restèrent en arrière, et une portion de celles fournies par Lecourbe, le Premier Consul en composa une nouvelle armée, dite seconde réserve, qu'il confia à Macdonald et la fit pénétrer dans les Grisons. D'une part, Moreau étant arrivé en Allemagne au point impatiemment attendu, et de l'autre, tous les débouchés du Tyrol sur les Grisons étant occupés par Macdonald, le Premier Consul n'avait plus hésité à franchir le Saint Bernard. Vainqueur à Marengo, il poussa les Autrichiens jusqu'au Mincio, remit le commandement à Brune et rentra à Paris
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 19 octobre 1800 (27 vendémiaire an 9), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Lacuée, Ministre de la Guerre par intérim : "Je vous prie, citoyen ministre, de donner l'ordre : au bataillon de la 1re légère, qui est à l'armée des Grisons, de se rendre en Italie, au bataillon de la 1re légère, qui est à l'armée du Rhin, de se rendre en Italie ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 5699).

Selon Leplus, le Général de Division Montchoisy conserve (fin octobre, début novembre) le commandement de l'Helvétie et des Corps et Dépôts isolés qui s'y trouvent : il y a, entre autres, le Dépôt de l'Escadron des Volontaires qui vient de passer à la 1ère Division de l'aile droite de l'armée du Rhin, en échange du 1er Bataillon de la 1ère légère [Mathieu Dumas à Carnot, 26 fructidor (13 septembre); Macdonald à Carnot, 27 fructidor] (Leplus H. (Lt) : "La Campagne de 1800 à l'armée des Grisons", Paris, Chapelot, 1908; page 53). Les troupes placées sous les ordres de Montchoisy constituent la Division d'Helvétie.

Situation de l'Armée du Rhin en novembre 1800 (Nafziger)
Aile droite : Lieutenant Général Lecourbe
Division : Général de Division Molitor
Brigade : Général de Brigade Jardon
1ère Demi-brigade Légère

 

- Campagne d'hiver dans la Valteline, le Tyrol et l'Italie

Sans attendre la reprise des hostilités, Bonaparte a demandé à Macdonald de franchir le Splügen et de se diriger sur Trente pour tourner par le nord les défenses du Mincio. A toutes les objections qui ont été faites sur les difficultés d'exécution, le Premier Consul citant comme exemple le passage du Saint-Bernard qu'il avait effectué en juin au moment de la fonte des neiges, a répondu que "partout où deux hommes peuvent poser le pied, une armée a le moyen de passer".

Macdonald met en route ses troupes. Le mouvement des Divisions est dirigé par Grouchy (Macdonald étant malade du 11 au 23 brumaire - 2 au 14 novembre). La Division Grouchy, cantonnée au sud du lac de Constance, se met en marche le 1er novembre (10 brumaire), pour occuper la vallée du Rhin (Leplus : l'armée des Grisons, notes : Mathieu Dumas au Ministre, Paris, 13 brumaire (4 novembre). Ordre de mouvement de l'armée, 7 brumaire (29 octobre).

La Division Grouchy est portée sur la ligne du Rhin, la droite à Werdenberg, la gauche à Berneck ; elle est destinée à soutenir la Division d'avant-garde, qui couvre le front de l'armée. Au sein de la Division d'avant garde figure le 1er Bataillon de la 1ère Légère, employé à couvrir Coire, le pont de Zollbrücke et le débouché de la vallée de la Landquart avec le 3e Bataillon de la 14e de Ligne et les Chasseurs basques (Leplus : l'armée des Grisons, notes : Grouchy à Macdonald, Coire, 13 brumaire (4 novembre)).

Le 5 novembre (14 brumaire), le 1er Bataillon de la 1ère Légère est envoyé jusqu'à Kloster pour protéger le mouvement du Général Veaux chargé d'établir la communication avec la Division de Valteline par Chiavenna (Leplus : l'armée des Grisons, notes : Etat des mouvements des différents corps de l'armée, du 12 au 15 brumaire (3 au 6 novembre)).

Situation de l'Armée des Grisons le 11 novembre 1800 (Nafziger)
Commandant en Chef : Général de Division Macdonald
2e Division : Général de Division Grouchy
1ère Demi-brigade Légère, 1 Bataillon, 822 hommes

Telle est la situation des forces principales des deux partis, lorsque, le 12 novembre 1800, le Général Dessolles, Chef d'Etat-major de Moreau (qui était alors à Paris pour se marier; il rejoignit son armée sans retard), dénonce l'armistice. Les hostilités doivent reprendre 15 jours après, le 7 frimaire an lX (28 novembre 1800).

Situation de l'Armée du Rhin 22 novembre - 1er décembre 1800 (Nafziger)
Commandant Général : Général Moreau
Aile droite : Lieutenant Général Lecourbe
1ère Division : Général de Division Molitor
Brigade : Général de Brigade Jardon
1ère Demi-brigade Légère, 1 Bataillon, 886 hommes

Sources : De Carrion-Nisas, Marquis, "Campagne des Francais en Allemagne", Année 1800, Paris, 1829 ; Picard : "Hohenliden"

L'Armée est de nouveau réorganisée : le Général Pully prend la tête de la 2e Division. La 2e division (Pully) répartie dans la vallée du Rhin, entre Altstadten et le débouché du val de la Landquart appuie vers le Sud et se concentre à Coire le 6 frimaire - 27 novembre (Leplus : l'armée des Grisons, notes : Historique de la 2e division du 1er au 30 frimaire).

La Division d'avant-garde (Vandamme) qui est à constituer de toutes pièces, ne commence à s'organiser à Coire qu'après le départ de la Réserve d'infanterie. La 1ère légère et la 104e de ligne qui stationnent depuis la même époque, la première dans le val de la Landquart, la seconde à Berneck, complètent la Division.

Vers la fin de novembre, Macdonald se met en route en quatre colonnes échelonnées. La 1ère légère (2° colonne) remonte le Rhin par Luciensteg, Mayenfeld, Zollbruck, Coire, Reichenau, Tusis, et arrive sans peine devant le massif du Splügen. Là, elle doit attendre trois jour la fin d'une tourmente. Avant de reprendre la marche, elle apprend que la colonne d'artillerie et de cavalerie qui la précédait a été surprise par une avalanche et a perdu un demi-escadron de dragons entrainé dans les ravins. Cette nouvelle fait sur les troupes une très pénible impression.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"- Passage du Splungen
"Les deux armées d'Allemagne et d'italie, commandées par Moreau et Brune, se trouvaient à même hauteur, ayant en face d'elles les armées autrichiennes commandées par l'archiduc Jean, successeur de Krai, et le général Bellegarde, successeur de Melas. Le général Macdonald, dans les Grisons, devait immobiliser les deux corps autrichiens placés dans le Tyrol allemand et le Tyrol italien. Mais lorsque le Premier Consul eut vu que Moreau pouvait se passer du secours de l'armée des Grisons, il donna à Macdonald l'ordre de pénétrer en Italie par le Splugen, et de se porter derrière l'armée de Bellegarde".
Sous le commandement de Macdonald, les soldats étaient décidés à tout endurer pour avoir le plaisir de se réunir à leurs frères de l'armée d'Italie, sous un ciel fécond et lumineux, de voir de belles contrées et d'obtenir une nouvelle illustration ; leur courage était monté au point de pouvoir vaincre tous les obstacles.
Les dispositions nécessaires pour assurer le succès d'une si grande entreprise étant faites, l'ordre de marcher transmis à chaque corps, le mouvement commença le 24 novembre (3 frimaire), après que la division Morlot eut occupé tous les postes qui gardent les débouchés qui communiquent des Grisons dans l'Engadine (Note : Le capitaine Duthilt attribue le passage qui va suivre à la plume de M. Allent de Saint-Omer, alors chef de bataillon du génie et chef de l'état major de l'armée des Grisons, plus tard conseiller d'Etat et décédé pair de France.
"Précédé par des compagnies de sapeurs, le général Verrières, commandant l'artillerie d'avant-garde, ouvrit la marche de la colonne, plus redoutable par le courage opiniâtre des soldats que par leur nombre; mais les traineaux de l'armée s'étant trouvés trop pesants pour des neiges si molles, on fut contraint d'avoir recours à ceux du pays, que l'on dirigeait plus facilement, mais qui ne laissaient sur leur passage qu'une légère impression, bientôt effacée par la neige qui tombait, et par celle des rochers que les vents envoyaient continuellement en abondance.
Le secret de ce mouvement, la disette des provisions, les hostilités renaissantes, tout exigeait de la promptitude dans l'exécution. Le 10e régiment de dragons et une partie du 1er de hussards, sous les ordres du général Laboissière, qui laissait le 12e de chasseurs à cheval à quelques jours derrière lui, suivirent, à une marche près, le général Verrières qui était arrivé à Tusis : ils traversèrent Coire, remontèrent le Rhin et, bravant les rochers et les précipices, ils furent le 24 novembre (3 frimaire) au pied du Splugen, où se trouvait une partie de l'artillerie, arrêtée par le mauvais temps et le manque de traîneaux. Le 27 (6) cette tête de colonne se mit en chemin pour gravir la montagne, mais un accident fâcheux l'attendait.
Elle s'avançait avec lenteur, et ses efforts pénibles ne l'avaient encore portée qu'à la moitié de la montée, quand, tout-à-coup, une avalanche suspendue au sommet, se détache et roule avec un bruit épouvantable. Cette masse, se précipitant vers la tête de la colonne, la coupe et engloutit trente dragons et leurs chevaux menés par la bride, les autres dragons s'arrêtèrent et firent ce qu'ils purent pour découvrir leurs infortunés camarades. Bientôt la nuit sombre de ces montagnes vint ajouter à toutes ces horreurs l'obscurité de ses froides ténèbres, et la colonne fut obligée de revenir sur ses pas pour se dérober à une perte certaine que lui préparaient ces vastes gouffres de neige. Cependant le général Laboissière, suivi de quelques hommes que l'avalanche n'avait pas atteints continua à marcher dans l'espoir de trouver quelques secours; il était parvenu à gravir le mont jusqu'à son sommet où, peut-être, il serait mort de fatigue, de froid ou de faim, si deux paysans de ses guides, ne l'eussent porté jusqu'à l'hospice. Cette première tentative n'eut pas d'autre résultat, et le général, isolé, sans vivres, sans espérance, était dans une position funeste. On fit les plus grands efforts pour le dégager, mais on resta quatre jours sans pouvoir y réussir ...
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 9 frimaire (30 novembre), Mathieu Dumas écrit à Gilly : "Si la 1re légère vous était arrivée à Thusis, il faudrait la faire marcher avec les deux premiers escadrons de hussards" (Leplus : l'armée des Grisons).

Le 10 frimaire (1er décembre), Gilly répond à Mathieu Dumas : "La 73e demi-brigade est partie ce matin et arrivera ce soir à Splügen; elle a reçu le pain pour deux jours; deux escadrons du 1er régiment de hussards ainsi que la lre légère, si elle arrive demain ici, s'y rendront le 11 pour passer le mont le 12, ainsi que vous l'avez arrêté" (Leplus : l'armée des Grisons).

Situation de l'Armée du Rhin le 1er décembre 1800 (SHAT B2 546)
Commandant en chef : Général Moreau
Aile droite : 1ère Division Général Molitor : 1ère Demi-brigade légère, 1 Bataillon (894 hommes).

Le 11 frimaire (2 décembre), Mathieu Dumas écrit depuis Splügen à Baraguey d'Hilliers : "demain 12, la lre demi-brigade légère et deux escadrons de hussards passeront le Splügen" (Leplus : l'armées des Grisons).

Nos hardis fantassins ne perdent pas courage : chargés de tous leurs vivres et de huit à dix livres de cartouches chacun, les homme de la 1ère Légère commencent enfin l'ascension. Pour écarter les blocs de glace et rendre les sentiers plus praticables, on fait passer devant la colonne d'infanterie les troupeaux de boeufs qui tassent la neige en y enfonçant jusqu'au ventre. Les 2e et 3e Bataillons de la 1ère Légère gravissent ainsi au coeur de l'hiver les pentes étroites et rapides de ce passage dangereux où les touristes les plus entreprenants ne se hasardent que pendant la belle saison. La descente est presque aussi pénible que la montée.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"«... Enfin, le général Dumas étant arrivé à Splugen, les obstacles ne résistèrent pas à son activité. Le chemin fut ouvert par quarante paysans ; des boeufs foulèrent les neiges pour leur donner de la consistance; on marchait sur une masse de neige de plus de quarante pieds d'épaisseur.
Le 1er décembre (10 frimaire) et les jours suivants, la colonne suivie d'un convoi d'artillerie et d'une partie de la division Pully, entreprit et effectua le passage, sous les ordres du général Dumas. En même temps passèrent soixante traîneaux et cent mulets chargés de l'artillerie et des munitions; il y en eut quelques-uns qui périrent. Des traîneaux s'étant brisés, une pièce de quatre et vingt roues allaient être abandonnées, mais animés par le commandant Couthard, les soldats de la 73e se disputèrent cette glorieuse charge, et trouvèrent de dignes émules dans ceux de la 2e de ligne. On laissa à l'hospice quarante-cinq hommes gelés. Voilà quels obstacles ces braves eurent à vaincre; mais les troupes qui accompagnaient le général en chef devaient en éprouver encore de plus grands. A peine cette tête de colonne était-elle passée, qu'un vent violent combla tous les sentiers, et la sépara du reste de l'armée.
Le général Macdonald s'avançait, sur ces entrefaites, dans la vallée du Haut-Rhin. Le chemin ne fut pas absolument mauvais jusqu'à Bonadulz ; mais les difficultés commencèrent dans le trajet de ce village à Tusis. Ce bourg atteint avec peine, on se trouva au bas d'une seconde montagne. Alors on gravit avec d'incroyables efforts pendant plus de deux heures, et le général arriva sur le bord d'un précipice dont la profondeur échappait à l'oeil. Il s'en élevait sans cesse un sourd mugissement, causé par la fuite du Rhin à travers les rochers qui semblaient vouloir l'emprisonner. Plus on s'avançait et plus la vallée se resserrait; on entra bientôt dans la Viala-Mala. Celte gorge, de vingt toises environ de largeur, est formée par deux énormes rochers que la nature a entrouverts. Pendant trois lieues un chemin étroit, taillé dans le roc, abimé par les neiges et les torrents, borde ce gouffre affreux qui exhale une épaisse vapeur produite par le brisement des flots contre les rochers. A chaque pas on rencontrait des obstacles; tantôt on était arrêté par les pins et les quartiers de roc qui tombaient détachés de la cime des montagnes; tantôt par les cruels accidents dont ces routes de glaces menaçaient toujours les hommes et les chevaux
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Selon Leplus, qui donne l'ordre de passage des troupes, le 15 frimaire passent le 3e Bataillon de la 17e Légère (Division Pully) et la lère Légère [Carabiniers (Division Vandamme)]. Le 16 frimaire: le reste de la Division Vandamme; et le 12e Chasseurs à cheval. Vandamme, après avoir franchi le passage avec les Carabiniers de la lère Légère et le 3e Bataillon de la 17e, peut atteindre Campodolcino où il voit arriver le lendemain le reste de sa Division et le 12e Chasseurs, conduits par le Général Veaux (Leplus : l'armée des Grisons, notes : Lacroix, officier du génie, à Macdonald, Splügen, 16 frimaire (7décembre). - Bulletin historique de la 2e division pour le mois de frimaire).

Le Capitaine Duthilt raconte :
"Le 6 (15 frimaire) on avait dépassé Tusis de trois lieues, et déjà le général en chef, descendu à Anders, se trouvait au niveau du Rhin. L'ouverture de la gorge était plus considérable; mais il fallait encore faire trois lieues pour atteindre Splugen. On prit quelques heures de repos et l'on se remit en route. Bientôt une troisième montagne se présenta ; elle était plus horrible que les autres.
C'était là que commençaient les plus grandes difficultés. A l'aspect de cette masse de neige qu'il fallait franchir le lendemain, Macdonald s'étonna; mais ce chemin était le plus propice à ses vues; il oublia tous les obstacles qui le rendaient impraticable.
Les éléments vinrent encore ajouter leurs ravages à ceux des siècles.

Le 7 (16), avec le jour naissant, s'éleva une tempête affreuse, dont la violence, précipitant les neiges fixées au sommet, combla les précipices et nivela tout le penchant. Le vent fut si violent, si impétueux, que des arbres arrachés par leurs racines, s'égarèrent au loin. On avait rassemblé des paysans pour ouvrir le chemin; ils déclarèrent au général que le passage n'était pas possible et que, le risquer, c'était se perdre lui et son armée. Cependant, malgré tous les moyens rassemblés, il n'avait pas été possible de faire parvenir à Splugen une assez grande quantité de vivres pour que la colonne y put séjourner; on n'en pouvait trouver qu'à Coire d'un côté, et à Chiavenna de l'autre. Ainsi, de quelque côté que le général tournât ses regards, la tempête ou la faim lui présentait la mort ; elle était trop probable si on avançait, certaine si l'on demeurait; il fallait, ou l'aller chercher effrayante au milieu des précipices, ou l'attendre cruelle et lente au pied de la montagne. Sa résolution fut bientôt prise. Déjà les troupes sont en mouvement; les mulets manquent pour le transport des munitions; il propose une prime à ceux qui voudront s'en charger; tous se présentèrent pour rendre ce service, et tous en refusèrent la récompense" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le Capitaine Duthilt raconte :
"Le 8 (17 frimaire) chaque soldat se chargea d'autant de paquets de cartouches qu'il en pouvait porter, et se mit à gravir.
Le terrain était sondé par une compagnie de sapeurs qui précédait; mais les paysans, qui seuls avaient une connaissance exacte des lieux, s'étaient échappés pendant la nuit, craignant de partager la mort que cette colonne allait chercher. La nature semblait irritée contre les audacieux Français, et avait déchainé contre eux tous les éléments. Un homme arrive tout à coup, et la colonne s'arrêta pour l'écouter; il annonçait que les jalons, placés habituellement et leurs seuls guides dans ces lieux affreux, avaient été dispersés par les vents, et que le gouffre caché sous la neige avait dévoré tous ses camarades qui avaient osé s'aventurer; non, disait-il d'un air effrayé, il n'est pas au pouvoir des hommes d'aller plus loin. Ce rapport produisit un mauvais effet. Le général en chef, suivi des généraux Pully, Sorbier, Du perreux, Dampierre, et de son état major, se porta à la tête et s'exposa le premier au péril. Il marchait lentement, cherchait du pied l'étroit chemin, et s'avançant souvent sans savoir s'il n'était pas suspendu sur l'abîme. Des sons plaintifs vinrent tout à coup frapper son oreille; il aperçut la malheureuse femme d'un soldat, engourdie par le froid, étendue sur la neige qui cédait insensiblement et la descendait peu à peu dans le fond du gouffre. Chacun était attentif à ses propres dangers et ne s'intéressait guère à celui des autres; Macdonald s'arrêta, et sentant que le coeur de cette infortunée palpitait encore, il la fit emporter par deux grenadiers ; il lui fit donner des soins qui la rappelèrent à la vie. C'était un spectacle bien triste et bien capable de faire reculer de crainte, de voir les malheureux gelés que l'on rapportait lentement à Splugen, et ils étaient en grand nombre.

Le froid devenait à chaque instant plus intense et plus terrible dans ce lieu, absolument exposé aux vents ; plusieurs soldats tombaient gelés, et la crainte du même sort empêchait qu'on ne les secourût, car il fallait s'arrêter et l'inaction était fatale.
Les tourbillons de neige venaient frapper et couvrir le visage des soldats, qui ne voyaient plus ni ceux qui les précédaient, ni les traces de leurs pieds sans cesse recouvertes par la neige. On marchait seul à seul, et à quelques toises l'un de l'autre, craignant d'être arrêté brusquement par l'homme qui précédait, ou poussé par celui qui suivait, courant alors la chance d'être précipité dans le gouffre à droite du sentier. Dans ce moment critique où un seul homme pouvait, par son découragement ou par accident, arrêter toute la colonne, les travailleurs, abattus par la fatigue, refusèrent d'aller outre. Mais il était trop tard pour reculer. Tout espoir était perdu, si Macdonald, saisissant les outils et s'ouvrant lui-même un passage, n'eût ranimé les courages. Son exemple eut des imitateurs dans tous les généraux et tous les officiers : pas un ne crut la pioche indigne de ses mains.

De cette manière, après des efforts presque surhumains, on atteignit l'hospice, et l'on traversa la plaine où il est situé. Bientôt on arriva au revers, et l'on descendit la rampe étroite et rapide du Cardinel qui, treize fois se replie sur lui-même. Ainsi le courage et l'opiniâtreté dans ses résolutions viennent à bout de tout; ainsi les obstacles disparaissent ou cèdent devant une volonté ferme, persévérante, inflexible».
Autant le soldat avait été morne, silencieux et attentif à sa marche lorsqu'il gravissait ce terrible mont par le nord, qu'il descendait ou se laissait couler avec effroi sur une pente rapide et glacée, longeant en même temps le bord d'un gouffre horrible, découpé en zigzag, craignant, en outre, d'agiter l'air et d'attirer sur sa tête une monstrueuse avalanche, autant il devint gai et bruyant lorsque, se trouvant au midi, le danger eut cessé. La rampe du Cardinel était encore rapide et glissante, et il n'est pas un soldat qui n'eût fait une chute ou qui, glissant, n'eût fait de violentes contorsions pour reprendre l'équilibre et pour éviter le sort commun ; mais les avalanches, mais le gouffre, tous ces dangers étrangers à la guerre et contre lesquels le courage et toutes les forces humaines résisteraient en vain, étaient alors dépassés, chacun rentrait dans ses habitudes, on pouvait se livrer de bon coeur aux plaisanteries qui font le charme du soldat en route ; aussi chaque chute était-elle marquée par de grands éclats de rire, et par les cris répétés, en avant comme en arrière, lâchez le cordeau ! lâchez la ficelle ! La colonne aperçut bientôt un village, c'était Campo Dolcino, le doux champ ! Quelle transition déjà dans la dénomination des lieux. Nous n'y arrivâmes cependant que bien avant dans la nuit, harassés de fatigue, mourant de faim et de soif, et pour comble de misère obligés de rester à la belle étoile, sans paille, sans feu, sur un tapis de neige, car le village fut bientôt encombré" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Situation de l'Armée d'Italie en décembre 1800 (Nafziger)
Commandant en Chef : Général Brune
Avant garde
Division : Général de Division Delmas
Brigade : Général de Brigade Cassagne
1ère Demi-brigade Légère

Aile gauche : Général Moncey
Division : Général de Division Boudet (6,870 infantry)
Brigade : Général de Brigade Merle
lère Demi-brigade Légère

Enfin, on se repose à Chiavenna (l'historique régimentaire indique : les 15 et 16 décembre, ce qui ne correspond pas au réçit du Capitaine Duthilt).

Le Capitaine Duthilt raconte :
"Le 9 décembre (18 frimaire) nous continuâmes à descendre et nous arrivâmes enfin à Chiavenna, où nous pûmes pourvoir à nos besoins et nous reposer. Les différens corps d'armée ne purent se réunir que lentement car, vu la distance que chaque homme était forcé d'établir entre lui et son devancier, celle de chaque corps, du premier homme au dernier, marchant sur une seule file, était immense.
Aussitôt rassemblés, Macdonald fit déboucher par le Val Camonica, pour attirer adroitement à lui les troupes ennemies sur les trois passages.
Tel fut ce passage à jamais mémorable et que l'histoire placera avec justice à côté de celui de Napoléon, comme celui-ci le sera à côté de celui d'Annibal à travers les Alpes.
Ce fut par ce chemin fermé aux hommes et aux animaux pendant neuf mois de l'année, et au fort de la saison la plus rude, que nous quittâmes la Suisse pour passer en Italie, traversant en corps d'armée un mont inabordable et bravant tout à la fois les rigueurs que l'hiver pouvait déchaîner contre nous
.
Le 10 (19 frimaire) nous fùmes à Ardéné; le 12 (21) à Ponté
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

L'Historique régimentaire indique ensuite que le 17, la 1ère Légère arrive à Vico sur les bords du lac de Côme, et que le 18, elle tourne à l'est et pénètre dans la Valteline en remontant le cours supérieur de l'Adda. Le 21, elle franchit le col rocailleux d'Apriga et atteint Edolo sur l'Oglio. Les dates ici sont fausses. Leplus (La campagne de 1800 à l'armée des Grisons) nous permet de clarifier les choses : la Division Vandamme devait entrer dans le val Camonica, et relever à Ponte di Legno les troupes de Rochambeau que le général Brune réclamait. Elle avait également pour mission «d'observer les postes des ennemis vers le mont Tonal, d'en occuper et d'en reconnaître les accès» (note : Mathieu Dumas à Vandamme, Morbegno, 21 frimaire) . Il était en outre recommandé à Vandamme de chercher à ouvrir une communication avec Baraguey d'Hilliers, soit entre Ponte di Legno et Bormio, soit par le chemin qui, partant d'Edolo, tombe dans la haute Valteline en passant par Monno (note : Macdonald à Vandamme, Morbegno, 23 frimaire - 13 décembre). La Division atteint ses emplacements le 24 frimaire (14 décembre) au soir. Suivant les prescriptions du Général en chef, elle s'étendit le long de l'Oglio, dans les environs d'Edolo, où Vandamme établit son quartier général; 3 Bataillons s'échelonnent depuis Pezzo, aux sources de l'Oglio, jusque auprès d'Edolo, avec une demi-compagnie du 1er Hussards et la compagnie de Sapeurs. Un Bataillon (lère légère, 1er bataillon), et le reste des Hussard restent en réserve vers Edolo; la Compagnie d'artillerie légère plus au Sud dans le val Camonica, à Breno (Situation décadaire de la Division d'avant-garde du 21 au 25 frimaire). Malgré la rigueur de la saison, les fatigues de la marche et le manque de nourriture (composée essentiellement de biscuits et d'eau de vie), la Demi-brigade n'a laissé que peu de traînards.

Le Capitaine Duthilt déclare :
"le 15 (24) à Edolo sur l'Oglio, où nous nous arrétâmes. Ce bourg situé dans la partie superieure du Val Camonica, formant le noeud intermédiaire des chemins qui, à l'Est, débouchant par le Tonale dans le Valdi Sole, et à l'Ouest par la passe d'Agripa, dans la Valteline, est un des points les plus importans de ces hautes vallées.
Dès Campo Dolcino, nos rapports avec les habitans devinrent difficiles; nous touchions au sol de l'Italie et déjà on en parlait la langue; le peu d'allemand que nous possédions ne nous servait guère, et notre français encore moins ; ainsi pour communiquer avec les indigènes nous avions une nouvelle langue à apprendre; mais de même qu'en Hollande nous avions appris le hollandais, en Allemagne l'allemand, sans rudiment et sans vocabulaire, de même en peu de temps nous sûmes assez d'italien pour rendre nos relations faciles avec les habitans pour les choses de premier besoin, et bientôt pour toutes celles d'agrément.

- Mes adieux à la Suisse

La Suisse, généralement offre l'aspect le plus pittoresque : ses routes montueuses longent tantôt des précipices effrayans, des torrens des plus rapides qui, bientôt deviennent des fleuves majestueux ou des lacs d'une vaste étendue, dont l'aspect riant présente sur leurs rives toutes les beautés d'une riche végétation ; tantôt on passe dans des gorges reserrées entre des monts escarpés, dont les sommets quelquefois arides, quelquefois couverts de bois touffus, ou de neiges eternelles et resplendissantes, s'élèvent jusqu'aux nues ; ou bien on passe sous d'énormes rochers suspendus en voutes et qui semblent sur le point de s'écrouler; en d 'autres endroits ces rochers, taillés à pic, sont tellement amoncelés que la lumière du soleil ne peut y pénétrer ; ils sont si obscurs, si âpres, si effrayans, qu'on les croirait destinés par la nature à perpétuer le séjour de la terreur. Généralement la Suisse offre un aspect attrayant; un charme romantique est répandu sur la plupart de ses vallées, de ses lacs, de ses monts glacés, de ses humbles chalets, rafraîchis par la rosée des cascades nombreuses de Lauterbrune, par le saut hardi du Slautbach, par l'effrayante magnificence de la cataracte du Rhin, par le désert glacé du Montanvert, et par la masse resplendissante du Mont Blanc.
Au milieu de ces belles horreurs, se rencontrent pourtant des sites abrités, paisibles, riants; l'oranger, le jasmin, l'amandier naissent et parfument l'air pur qui descend de ces régions de l'hiver réchauffé par le souffle de l'Italie; et ce pays, hérissé de si hautes montagnes dont les cîmes se couvrent de neiges et leurs vallons de glaces, qui, au premier aspect, semble devoir être stérile et peu propre à la culture, sollicité par la patiente industrie des habitans, produit néanmoins tout ce qui est nécessaire et même agréable à la vie. Les habitans de ces âpres régions élevées, isolés des nombreuses et turbulentes populations des plaines luxuriantes, ont conservé un esprit sain, un corps robuste et des passions pures comme les sources qui les environnent.
Quelques villes sont belles, grandes, populeuses et riches; les villages peu distans l'un de l'autre, les habitations éparses et la population nombreuse. Dès le point du jour, dans les villages, dans les hameaux, sur les montagnes, partout on entend le cornet des pâtres sonner le ranz pour rassembler les bestiaux commis à leur garde, air martial dont les modulations diffèrent d'un canton à l'autre et qui, par cela, indiquent aux habitans celui dans lequel ils se trouvent.
Les hommes ont une haute stature, un air martial, tous ayant été militaires ou l'étant encore; le sexe y est beau, d'un embonpoint qui annonce la santé, la force et le contentement ; son costume plaît, l'ensemble en est charmant : chapeau de paille cousue, bord plat et large; cheveux longs divisés par tresses pendantes garnies de rubans entrelacés et rejetées en arrière; corset dégagé, laissant voir les manches d'une chemise blanche et fine, et fermé par devant d'une plaque triangulaire et d'une couleur tranchante; jupon court, ample, plissé à tuyaux; souliers ouverts par dessus et lacés; des bas de couleur avec des coins à fleurs, et à chaque partie de l'habillement encore des rubans.
Ces bons Suisses se croient les hommes les plus libres de la terre parce que leur gouvernement est républicain, et que tous prennent une part active aux élections de leurs magistrats; cependant ils sortent volontiers de leurs montagnes et de leurs villes pour aller ailleurs engager leur liberté, et gagner de l'argent chez presque toutes les puissances de l'Europe, soit en portant les armes à leur service, soit en s'établissant chez les grands en qualité de portiers.
Malgré les charges énormes que la guerre faisait peser sur eux et les privations de toute espèce qu'ils éprouvaient par suite du séjour des troupes nombreuses qui consommaient leurs provisions, ils nous accordaient constamment une franche et cordiale hospitalité; en mon particulier, je leur en suis infiniment reconnaissant.

1800. - LES GRISONS

Nous goutions en repos dans cet âpre séjour,
Les douceurs de la paix, les biens qu'elle procure,
Tout à la liberté, enfans de la nature,
La patrie a sur nous des droits à notre amour.
Séparés sur la terre
Par nos monts sourcilleux
Jamais ici la guerre
N'a fait de malheureux.
Nous vivions ignorés du reste des humains,
Et pour mieux nous soustraire à toute dépendance
On nous vit renoncer à toute l'opulence
Qu'étalent à nos yeux les peuples nos voisins.
Maintenant éplorés
Redoutant tout du sort,
Sur nos monts escarpés
Nous attendons la mort.
La guerre et ses fléaux, ces monstres destructeurs,
Dans ces paisibles lieux viennent verser leur rage;
Et de sang altérés, suscitant au carnage,
Assouvissent leur haine et toutes leurs fureurs.
0 liberté ! patrie!.
Entendez nos accens;
Nous vous devons la vie,
Comptez sur vos enfans.
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Situation de l'Armée des Grisons le 22 décembre 1800 (Nafziger)
Commandant en Chef : Général de Division Macdonald
Avant garde : Général de division Vandamme
Veaux, Général de Brigade
1er Bataillon 1ère Demi-brigade Légère, 794 hommes (à Edolo, Malonno, Breno)

Source : Leplus, "La Campagne de 1800 à l'Armée des Grisons", Paris, 1908; d'après la situation du 1er nivôse (22 décembre). A. H. G. Situations. Grisons, 1800. - Les emplacements sont donnés par les bulletins historiques des Divisions, établis par journées, avec plus d'exactitude par conséquent qu'une situation mensuelle

Le 2 nivôse an lX (22 décembre), dit l'Historique régimentaire, Macdonald ordonne l'attaque du mont Tonale qui lui ferme l'entrée du Tyrol et de la vallée de l'Adige. En réalité, le 1er Nivose, Vandamme écrit depuis Edolo à Macdonald, pour lui proposer d'attaquer le Mont Tonal, projet qu'il accueille favorablement, d'autant plus qu'il a lui même groupé la majeure partie de ses troupes à portée du Tonal. Vandamme a également demandé au Général en chef si, en cas de succès, il devait se maintenir au col du Tonal (note de Leplus : Vandamme à Macdonald, Edolo, le 2 nivôse). Macdonald répond favorablement et encourage Vandamme à pousser ses reconnaissances à l'entrée du Val di Sole, vers Pellizzano, et d'appeler à lui, si nécessaire, la Division Italique en renfort.

Vandamme a recueilli un certain nombre de renseignements, qui lui permettent de connaitre les emplacements des forces adverses et leurs effectifs. Il sait ainsi que le Tonal peut être pris par surprise de nuit, car défendu par un simple Bataillon sans soutiens à portée. Vandamme charge le Général Veaux de diriger l'opération. Le détachement chargé de l'exécution de l'attaque, commandé par le Chef de Bataillon Lévêque, de la 17ème Légère, se compose de 150 hommes d'élite pris dans les quatre Bataillons de la Division (à raison de 5 hommes par Compagnie). Cette troupe doit être soutenue par les trois Compagnies de Carabiniers des lère et 17ème Légères (la 17ème Légère n'a que ses 1er et 2ème Bataillons à l'avant-garde. Vandamme a réclamé en vain le 3ème Bataillon attaché à la 2ème Division, en échange du Bataillon de la 104ème de ligne) et les Grenadiers du Bataillon de la 104e de Ligne, réunis sous les ordres de l'Adjoint Séron, de l'Etat-major de la Division d'avant-garde (Vandamme à Macdonald, Edolo, 3 nivôse - 24 décembre).

Officier de Chasseurs 1er Léger Boersch 1797 Officier de Chasseurs 1er Léger Boersch 1797
Fig. 7aa Officier de Chasseurs en 1797 d'après Boersch (vente de 2011)
Fig. 7a

Le Général Veaux a reconnu à l'avance avec Vandamme, aussi loin que possible, le chemin menant au col du Tonal. La montée commence à la sortie de Ponte di Legno; le passage, très resserré, présente de nombreux zigzags pendant 2 kilomètres environ, sur le flanc Sud du mont Tonal, puis s'étend presque en ligne droite jusqu'à l'Auberge, au point culminant situé à environ 1,800 mètres d'altitude. La grande difficulté d'accès résidait surtout dans la fréquence des avalanches et l'énorme quantité de neige accumulée par le vent dans le couloir que forment les flancs des deux masses montagneuses du Tonal au Nord, du Monticello au Sud (Mémoire sur les vals di Sole et di Non. Armée des Grisons, Mémoires et reconnaissances. A. H. G. Mémoires historiques).
L'Aide de camp de Baraguey d'Hilliers, Coussaud-Dullié, qui a fait la reconnaissance de ce passage le 14 frimaire, a éprouvé les plus grandes difficultés, tant à l'aller qu'au retour. Il n'a, du reste, pas pu atteindre l'auberge, fortement occupée (Coussand-Dullié à Baraguey d'Hilliers, Ponte di Legno, 14 frimaire - 5 décembre).

Les troupes autrichiennes, placées en avant-postes sur le chemin du Tonal, appartiennent à la Brigade Stojanich, de l'aile droite de l'armée d'Italie. Le gros de la Brigade est entre Male et Ossana, dans le Val di Sole. Le détachement du col du Tonal se compose de 4 Compagnies de Chasseurs volontaires tyroliens et d'un Bataillon du Régiment de Siegenfeld, réunis sous les ordres du Lieutenant-colonel de ce Régiment (Journal des événements survenus dans le Tyrol méridional. K. K. A., Feldacten Tyrol, 1800, XIII, n° 15. Mathieu Dumas dans son Précis des Événements militaires, t. V, p. 86, et ses Souvenirs, t. III, p. 216, estime les forces autrichiennes au Tonal à 4,000 ou 5,000 hommes. Ce chiffre semble notoirement exagéré si on le compare aux relations autrichiennes, qui, du reste, attribuent un effectif équivalent aux troupes d'attaque). Ces troupes ont été approvisionnées pour plusieurs mois, tant les communications avec les troupes échelonnées en arrière, dans le Val di Sole, sont difficiles (Coussaud-Dullié à Baraguey d'Hilliers, Ponte di Legno, 14 frimaire). Les retranchements élevés au col et barrant la route, présentaient un obstacle des plus sérieux; ils sont appuyés d'un côté au flanc de la montagne, de l'autre à un précipice. «Ils forment, dit le rapport de Vandamme à Macdonald, une ligne double au centre et en amphithéâtre, défendue par de bons fossés et bien palissadée, en partie revêtus en bois et de parapets crénelés. La force principale de ces ouvrages consiste essentiellement en ce qu'ils couvrent toute la tête du mont et ne laissent aucun moyen de déploiement aux attaquants» (Vandamme à Macdonald, Edolo, 3 nivôse - 24 décembre). A un quart de lieue environ en avant de sa ligne (Vandamme à Macdonald, Edolo, 27 frimaire - 18 décembre), et gardant une première tranchée, le Lieutenant-colonel de Siegenfeld a détaché sur le chemin un poste commandé par un Officier.

Les troupes envoyées par Vendamme vont faire d'héroïques efforts pour enlever aux Autrichiens cette position protégée par des murailles de glace et des ouvrages en terre que Wukassovich a fait construire pendant l'armistice.

Le 2 nivôse, la colonne du Général Veaux quitte Ponte di Legno à 9 h 15 du soir. Elle s'est fait précéder d'une patrouille, dont la présence, éventée par le poste avancé, est immédiatement signalée au commandant des avant-postes. Celui-ci fait sortir une Compagnie, s'avance lui-même sur la route, et prescrit d'attaquer la patrouille avec un détachement de 50 hommes et 12 Chasseurs. Sur ces entrefaites, la patrouille disparait, le détachement autrichien est poussé jusqu'à un calvaire situé à mi-pente, où il séjourne jusqu'à 11 h 30 environ. Il vient à peine de rentrer, lorsqu'à minuit la colonne française arrive en vue du poste avancé. Les hommes marchent en silence à la file indienne. Sans répondre aux coups de fusil qui les accueillent, ils se lancent sur le poste qui a à peine le temps de faire deux décharges, abandonne la tranchée qui barre la route et se retire précipitamment dans les retranchements de l'auberge.

Les Autrichiens ont cru avoir affaire à 500 Grenadiers suivis de toute la Division du général Digonnet (Relation sur l'affaire du 24 décembre au Tonal. Général-major Stojanich. Au quartier-général de Pellizzano, 24 décembre. K. K. A. XII, ad 390/e. Digonnet ne commandait qu'une Brigade de la Division Rochambeau). On se prépare à la résistance, pendant que la colonne française continue à avancer après l'occupation de la première coupure.

En tête marchent les Carabiniers de la 1ère Légère, commandés par le Capitaine Bonnard (Mathieu Dumas, Souvenirs, t. III, p. 209). La neige est abondante et ne porte pas; force est donc de suivre le chemin, sans pouvoir contourner l'ouvrage. Arrivés au pied du retranchement, les Carabiniers tentent d'arracher les palissades; mais, comme la terre est gelée, elles résistent à leurs efforts. En butte aux feux croisés de leurs adversaires abrités derrière les palissades et dans des baraquements crénelés, où ils sont entièrement à l'abri, les Français se replient dans une dépression où ils se reforment. Après s'être fractionnés en trois groupes, ils se lancent de nouveau à l'assaut. Quelques hommes, avançant dans la neige jusqu'à mi-corps, peuvent exécuter un feu plongeant sur les Autrichiens abrités (Rapport de Vandamme). Trois fois nos soldats renouvèlent l'assaut avec la même énergie (Rapport du général-major Stojanich), mais sans parvenir à pénétrer dans les retranchements. L'arrivée d'un renfort autrichien, un Bataillon de Szekler, décide le Chef de Bataillon Lévêque à donner l'ordre de la retraite, qui s'exécute sous la protection des Carabiniers et Grenadiers. L'ennemi esquisse alors une tentative de sortie, bientôt réprimée par les feux de peloton qui l'accueillent.

La retraite sur Ponte di Legno se fait en bon ordre malgré le froid et l'obscurité (Rapport de Vandamme). Les pertes s'élèvent à 5 ou 6 tués et 40 blessés, dont deux Officiers de la 17e légère (le rapport du Général Stojanich est en contradiction avec ceux de Vandamme et de Veaux pour les pertes françaises. Il dit en effet que les Français abandonnèrent 2 Officiers, 1 gradé, 36 morts et trois fois autant de blessés, chiffres bien plus élevés que ceux des rapports français. Ces rapports semblent de plus indiquer que les blessés ne furent pas abandonnés, mais rétrogradèrent avec la colonne. «La plupart des blessures ne sont pas dangereuses» (Rapport de Veaux). «Nous avons à regretter 5 à 6 morts et 36 à 40 blessés dont 3 officiers de la 17e; aucun ne l'est dangereusement. Tout est préparé à Vezza et ici pour leur pansement et rien ne leur manquera» (Rapport de Vandamme). Le Chef de Bataillon Séron, entre autres, a été blessé à la tête; c'est lui qui fait à Vandamme en arrivant à Edolo à 11 heures, le récit des événements de la nuit). De leur côté les Autrichiens accusent 8 tués et 32 blessés, dont 4 Officiers.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"- Attaque du Mont Tonale
Pendant notre station à Edolo, Macdonald essaya, en remontant la Valteline, d'attaquer le Mont Tonale qui donne entrée dans le Tyrol et la vallée de l'Adige. Mais ici, quoique la hauteur fut moindre qu'au Splugen, la glace et la neige y étaient tout autant amoncelées; de plus, le général autrichien Wukassowich avait couvert de retranchemens les principaux abords du Tonale.
Le 24 décembre (3 nivôse), notre 1er bataillon, un autre de la 17e légère, nos carabiniers, ceux de la 17e et les grenadiers de la 104e de ligne, réunis, plus une cinquantaine de sapeurs, sous les ordres du général de brigade Leveau, de la division Vandamme, tentèrent d'en expulser les Autrichiens, mais inutilement. L'avant garde commandée par le chef de bataillon Levêque de la 17e légère, marchant sur la glace et à découvert, arriva cependant sur les premiers retranchemens qu'elle enleva d'emblée, malgré le feu des cinquante hommes qui les défendaient ; puis, continuant à marcher dans un chemin étroit, glissant et rapide, ayant d'un côté de la neige et de l'autre un précipice, elle se porta, sous un feu meurtrier, jusqu'aux palissades du principal retranchement ; les grenadiers et les sapeurs se mirent alors en devoir de les arracher, mais la terre étant trop gelée, et désespérant malgré leurs efforts de pouvoir enlever ce point important sans y sacrifier beaucoup de monde, le général Leveau ordonna la retraite, et la troupe se retira en emportant ses blessés et en emmenant quelques prisonniers faits au premier poste
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Dans l'Historique régimentaire, nous lisons : "Le Général Vandamme réunit alors les Carabiniers des 1ère et 17ème Légères (on se souvient que la 17e Légère est l'ancienne 1ère Légère formée au camp de la Liberté en 1795) et les Grenadiers de la 104ème de Ligne; puis, se mettant à leur tête, s'élance sur les retranchements. Les Grenadiers, marchant sur la glace et à découvert, sous un feu meurtrier, arrivent jusqu'aux palissades. Inutiles efforts ! La terre est si fortement gelée que les palissades ne peuvent être arrachées. ll faut se retirer. "A l'assaut des retranchements, le Capitaine Emmanuel Lambert, à la tête de 40 hommes, tua ou blessa 30 Autrichiens et fit 28 prisonniers, dont 3 officiers", ce qui lui vaut d'être nommé Chef de Bataillon quelques jours après". Il y a ici une erreur : le Général Vandamme n'était visiblement pas présent au cours de cette opération. Il est fort probable qu'il y ait aussi confusion avec une autre opération (voir plus bas la lettre de Mathieu Dumas en date du 8 nivôse, complétée le 10 nivôse).

Le Général Veaux garde à Ponte di Legno, pendant la matinée du 24, les troupes qui ont pris part à l'expédition de la nuit précédente, afin qu'elles puissent se reposer et parer en cas de besoin à un mouvement offensif des Autrichiens. Il en profite pour écrit au Génral Vandamme :
"Le Général de brigade Veaux au Général de division Vandamme.
Ponte di Legno, le 3 nivôse (24 décembre).
La colonne formée des compagnies de carabiniers des 1re et 17e demi-brigades légères, ainsi que la compagnie de grenadiers de la 104e, et des détachements d'élite de chacun de ces corps, s'est mise en marche hier soir à 9 heures, pour attaquer les avants-postes ennemis sur le mont Tonal, et ses retranchements. L'attaque a été faite avec infiniment de vigueur, l'ennemi a été chassé de suite de ses avant-postes sans qu'il y ait eu un seul coup de fusil tiré de notre part; mais arrivés aux principaux retranchements, l'ennemi parfaitement couvert par des retranchements fermés par des palissades et dont l'intérieur est garni de baraques crénelées, et où le soldat est entièrement à l'abri, s'est défendu avec la plus grande opiniâtreté et a fait un feu bien soutenu et continuel. La colonne ne pouvant arriver que par un seul chemin frayé à cause de la grande quantité de neiges et qui ne porte pas, n'a pu tourner ces ouvrages, et après l'attaque soutenue du plus grand courage de la part des troupes, les chefs de bataillon Séron, votre adjoint, et Lévêque de la 17e légère, qui commandaient les dites colonnes, ont ordonné la retraite qui s'est effectuée dans le plus grand ordre et sans que l'ennemi ait osé nous suivre.
Les deux chefs se louent de la bravoure des officiers et soldats des différents corps, vous pouvez être assuré de leur courage, mon général, et être persuadé qu'ils réussiront dans tout ce qu'il sera possible de faire. Nous avons perdu 5 à 6 braves qui ont été tués, et environ 40 blessés parmi lesquels sont deux officiers de la 17e, la plupart des blessures ne sont pas dangereuses.
Je ne saurais trop faire l'éloge des deux chefs qui commandaient cette colonne; ils se sont conduits avec beaucoup de bravoure et d'intelligence et la troupe a fait la marche la plus fatigante. Je me ferai donner demain un état exact des hommes tués et blessés; je vous en rendrai compte de suite.
Je garde les troupes jusqu'à dix à onze heures, afin qu'elles puissent se reposer et servir dans le cas où l'ennemi voudrait essayer à nous attaquer.
Signé: VEAUX.
P. S. Malgré que nos soldats aient très peu tiré, l'ennemi a cependant dû perdre beaucoup de monde; nos soldats, très près des palissades, plongeaient dans ses retranchements.
Pour Copie conforme : Le Général de division. Vandamme.
[Copie. Correspondance]
" (Leplus : armée des Grisons).

De son côté, Vandamme écrit au Général Macdonald :
"Le Général de division Vendamme à Macdonald.
Edolo, le 3 nivôse (24 décembre).
Il est onze heures et le chef de bataillon Séron arrive très fatigué et légèrement blessé à la tête, pénétré d'admiration pour les braves employés à cette expédition; il me fait le rapport suivant :
A 9 heures et un quart, la troupe est partie de Ponte di Legno. Après trois fortes heures de marche, elle a rencontré le premier poste retranché de l'ennemi fort de 30 hommes, se gardant bien et supérieurement placé. Ce poste a fait un feu assez nourri pendant quelques instants; notre troupe filant par un et sans répondre au feu de l'ennemi, s'est précipitée sur ce poste malgré sa position escarpée et extraordinaire, car c'est par un que l'on a pu cheminer; l'ennemi, effrayé d'une aussi grande bravoure, s'est sauvé en laissant un mort et enmenant quelques blessés.
Alors toute la colonne s'est avancée et a marché avec la plus grande intrépidité contre les retranchements ennemis qui, d'après les rapports des Chefs de bataillons Lévêque et Séron, sont d'un accès très difficile et d'une très bonne défense; ils sont appuyés à droite à une montagne escarpée et à gauche à un précipice, ils forment une ligne double au centre et en amphithéâtre, défendue par des bons fossés et bien palissadée, en partie revêtus en bois et de parapets crénelés. La force principale de ces ouvrages consiste essentiellement en ce qu'ils couvrent toute la tête du mont et ne laissent aucun moyen de déploiement aux attaquants.
Le chef de bataillon Lévêque de la 17e légère qui commandait la colonne, eut peine à retenir nos intrépides soldats; beaucoup se sont précipités dans les fossés, d'autres, plus adroits et non moins braves, se sont postés dans les neiges jusqu'au milieu du corps, et par leur feu plongeant, accablaient les retranchements ennemis où ils ont tué et blessé beaucoup de monde.
D'après les rapports, il paraît que l'ennemi avait 300 hommes au moins, point de canon; il recevait déjà des nouveaux renforts, lorsque les deux chefs de bataillon ont déterminé la retraite; alors le chef Lévêque a réuni de son mieux sa colonne et s'est retiré sous la protection des braves carabiniers de la 1re légère que commandait le capitaine Bonnard, les deux compagnies de la 17e et les grenadiers de la 104e. L'ennemi crut sortir et forcer notre mouvement, mais les premiers qui ont paru, ont reçu une décharge de plusieurs feux de pelotons qui les a fait rentrer.
La troupe s'est retirée dans le plus grand ordre; malgré le grand froid, l'obscurité inexprimable du chemin, pas un homme n'a murmuré; les blessés, tous hommes choisis et dignes d'estime, ont souffert sans se plaindre. Nous avons à regretter 5 ou 6 morts et 36 à 40 blessés dont 3 officiers de la 17e, aucun ne l'est dangereusement. Tout est préparé à Vezza et ici pour leur pansement et rien ne leur manquera.
Le chef d'Etat-Major de l'avant-garde fera connaître au général Dumas les noms de ceux qui se sont particulièrement distingués.
L'adjudant sous-officier du 2e bataillon de la 17e, jeune homme du plus rare mérite, a eu les deux jambes traversées d'une balle.
Le général Veaux paraît avoir été content de mon second aide de camp Desoye. C'est aux deux chefs de bataillon Séron et Lévêque, que l'on doit ce qui a été fait de bien dans cette expédition, qui ne me paraît pas sans mérite au moment d'opérer.
VANDAMME.
P. S. Le canon se fait entendre fortement sur la droite en arrière; il parait que le général Brune commence.
[Original. Correspondance]
" (Leplus : armée des Grisons).

En même temps, Vandamme, instruit par l'expérience de la surprise de Scanfs, se garde sur sa droite. Il a envoyé deux Compagnies de la 1ère Légère à Breno pour observer le passage de Croce Domini, qui met en communication le val Camonica et la Chiese. Deux Compagnies de la même Demi-brigade stationnent à Malonno, la Compagnie du 1er Hussards à Sonico, localités du val Camonica, au Sud d'Edolo. Ces deux détachements ont mission d'observer les débouchés du Val di Fumo, au Sud du massif de l'Adamello (Bulletin historique de la division d'avant-garde du 11 au 30 frimaire - 2 au 21 décembre). L'aile droite de Macdonald est donc momentanément réduite à l'expectative devant le Tonal, tandis que l'aile gauche, qui vient de prendre l'offensive en Engadine, remporte une série de succès.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"
Le lendemain 25 décembre (4 nivôse) notre premier bataillon fournit encore un détachement qui, joint à ceux d'autres corps, alla encore reconnaître la contenance de l'ennemi ; cette fois encore il revint amenant un officier autrichien qui s'étant imprudemment jeté hors du premier retranchement, fut coupé et pris" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Macdonald renonce pour le moment à forcer la position du Tonale. Il revient à Edolo, descend la vallée de l'Oglio jusqu'à Pignolo sur le lac d'Iséo. Là, tournant à l'est, il passe dans la vallée de la Chiese.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"Le passage du Tonale, seule communication essentielle entre les têtes des vals Camonica et di Sole, est un point très important, aussi les Autrichiens mirent ils beaucoup de soin à sa défense, et le munirent de bons retranchemens, consistant en une ligne de redoutes et de redans détachés, qui s'étendait depuis cette montagne jusqu 'à celle de Verdriel, et couverte par deux petits ruisseaux ou torrens qui lui tenaient lieu de fossés, mais qui alors, étaient totalement gelés.
Cette ligne, à l'aide des neiges qui couvrent ce passage la moitié de l'année, se défendait efficacement. Vainement attaquée, il fallut de nécessité la tourner pour la faire évacuer. Macdonald prit alors la résolution de passer dans la vallée de l'Oglio, de la descendre jusqu'a Pisogno, pour se porter ensuite dans la vallée de la Chiese.
Le 29 décembre 1800 (8 nivôse an 9) nos deux bataillons se rendirent à Malonno où le général nous passa en revue
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Masséna

Pendant ce temps, Brune attend l'arrivée de Macdonald sur son flanc gauche pour forcer le Mincio. Il s'est contenté jusque là d'organiser son armée, de prendre position et de surveiller ses flancs. Le 1er Bataillon de la 1ère Légère est passé à l'avant-garde sous le Chef de Brigade Gaspard (Brigade Cassagne, Division Delmas). De Bergame, il est revenu à Brescia, et de là a d'abord été posté sur les hauteurs de Donato, puis à Castel Venzago pour surveiller Peschiera pendant le passage du Mincio. Le 5 nivôse (25 décembre), Dupont réussit à passer le fleuve à Pozzolo et, avec 10000 hommes, tient tête à 30000 Autrichiens. Le lendemain 26, Brune effectue son passage à Mozambano avec le gros de l'Armée.

La Brigade Casagne a été déployée le 25 en face de Borghetto pour contenir les Autrichiens qui occupent fortement Vallegio et le pont de Borghetto, situé entre les deux points de passage choisis par Brune. Le 26, elle parvient à prendre position sur les hauteurs de Vallegio, où elles est assaillie par trois colonnes de Grenadiers (12000 hommes), la réserve de l'Armée du Comte de bellegarde. Le Chef d'Etat major Oudinot prend le commandement de la Brigade ; il faut deux heures de combats pour repousser le corps d'élite autrichien. Le village de Vallegio est pris et repris trois fois. Le Chef de Brigade Gaspard, qui commande la 1ère Légère provisoire dont fait partie le 1er bataillon, a le bras gauche emporté par un boulet à la troisième attaque. Enfin, l'ennemi cède et la Brigade Cassagne fait plus de 1000 prisonniers. Après le passage du Mincio, l'Armée d'Italie se dirige vers l'Adige.

De son côté, Macdonald poursuit sa marche sur Trente. Le 29 décembre, les 2e et 3e Bataillons de la 1ère Légère passent de vive force la Chiese à Caffure près de Store. Dans cet engagement, le Capitaine martin Emmerecks est blessé d'un coup de feu au bras.

Pour persuader les Autrichiens que Macdonald s'obstine à vouloir forcer le passage du Tonal, Vandamme envoie, le 8 nivôse, contre les retranchements, une reconnaissance au cours de laquelle l'Adjoint Seron relèva leur position. Cette reconnaissance est repoussée par des forces supérieures (Leplus : La campagne de 1800 à l'Armée des Grisons).

Depuis Edolo, Mathieu Dumas écrit le 8 nivôse (29 décembre) au Ministre de la Guerre : "... Vous apprendrez avec plaisir, mon général, que les attaques que le général en chef a ordonnées, partout où l'on a pu atteindre les forces des ennemis sur cette frontière, ont été exécutées avec autant de vigueur que d'intelligence; hier encore, il a fallu contenir les carabiniers de la 1re et de la 17e légère qui, placés aux avant-postes devant le mont Tonal, ont enlevé ceux de l'ennemi malgré l'avantage du lieu, et se portaient de nouveau vers les retranchements que la hauteur des neiges et un ravin ne permettaient pas d'atteindre ..." (Leplus : armée des Grisons).

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Le 29 décembre 1800 (8 nivôse an 9) nos deux bataillons se rendirent à Malonno où le général nous passa en revue" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Chasseur 1er Léger en Helvétie 1799 Chasseur 1er Léger en Helvétie 1799

Fig. 8 Chasseur du 1er Léger en Helvétie , en 1799. A gauche, le dessin original; à droite le fac-similé de R. Petimermet pour la SCFH de 1954

Le 10 nivôse (30 décembre), Macdonald, craignant d'être inquiété par le détachement autrichien du mont Tonale, ordonne au Général Vandamme de faire une nouvelle démonstration sur ce point. Dans la matinée, le général Veaux se met à la tête d'une colonne composée du 1er Bataillon de la 17e Légère et des tirailleurs de la 1ère Légère, en tout 450 hommes. Il avance sous la neige qui tombe à flocons épais, atteint la première ligne de retranchements défendue par le Bataillon léger de Greth, et l'enlève malgré l'arrivée de fractions du 4e Bataillon Bannal. Les troupes françaises poursuivent les ennemis jusqu'au pied de la redoute, mais le Général Veaux, renseigné sur leur supériorité numérique, se voyant en butte au feu des pièces d'artillerie qui viennent d'être placées dans l'ouvrage, juge préférable de ne pas s'engager à fond; il est d'ailleurs menacé sur son flanc droit par une Compagnie du 4e Bataillon Bannal. Il rentre sans encombre à Ponte di Legno; les patrouilles autrichiennes se bornèrent à observer de loin sa retraite (Veaux à Vandamme, Ponte di Legno, 10 Nivôse. Journal de Vukassovich. Journal des événements survenus dans le Tyrol méridional).

Mathieu Dumas écrit au Ministre de la Guerre : "... P. S. De Breno dans le val Camonica, le 10 nivôse.
Au moment où j'expédiais cette dépêche, citoyen Ministre, le général Vandamme rend compte au général en chef de la troisième attaque qu'il a fait faire sur le mont Tonal, toujours dans le même but; cette attaque a été dirigée par le général de brigade Veaux et exécutée avec beaucoup d'ardeur par un détachement de la lre légère et le 1er bataillon de la 17e légère. Les postes avancés avaient été renforcés et retranchés; il s'y trouvait environ 600 hommes, qui ont été chargés et culbultés en un instant; on leur a tué 25 hommes, blessé un très grand nombre; on a fait 22 prisonniers parmi lesquels un capitaine et un lieutenant. Le chef de brigade Vedel, de la 17e, et le chef de bataillon Launay de la 1re, ainsi que le capitaine Lambert et quelques autres officiers, se sont conduits à la tête de l'attaque, avec beaucoup de courage et d'intelligence. Les ennemis ont été poursuivis dans leurs redoutes jusqu'au revers du mont Tonal et fusillés dans leurs retranchements, où ils ont maintenant 2 bataillons et 5 pièces de canons
" (Leplus : armée des Grisons).

Cette démonstration, au cours de laquelle le combat a été mené avec vigueur, va avoir un résultat différent de celui qu'en attendait Macdonald. Le G. M. Stojanich, qui a reçu le 9 nivôse (30 décembre) l'ordre de replier ses troupes jusqu'à la position de Terzolas, en arrière de Male, en ne laissant qu'un poste d'observation au Tonal, n'ose pas exécuter son mouvement immédiatement, dans la crainte d'une attaque; il le diffère jusqu'à la nuit du 11 au 12 nivôse (1er au 2 janvier).

L'historique régimentaire raconte : "L'attaque est dirigée par le Général Veaux qui en confie l'exécution au Chef de Brigade Vedel secondé par les Commandants Lambert et Launay, avec 450 hommes d'élite des 1ère et 17ème Légère. Le 11 nivôse (31 décembre), la petite colonne marche directement sur les ouvrages. L'assaut des deux redoutes de première ligne est donné avec une telle vivacité que les Carabiniers arrivent aux palissades de la 2e ligne, en même temps qu'un Régiment autrichien. Veaux ayant rempli sa mission, rejoindra ensuite le gros de l'armée de Macdonald".

Le Capitaine Duthilt raconte :
"- Marche dans le Haut Tyrol et le Trentin
Le 4 janvier 1801 (14 nivôse an 9) nous nous rendîmes à Lover, passant l'Oglio près du lac d'Iseo; le 5 (15) nous nous embarquâmes sur ce lac pour nous rendre à Saone où nous logeâmes, franchissant les cols qui nous séparaient de la vallée de la Chiese, vallée secondaire qui se termine au lac d'Iseo, moyenne région du revers méridional des Alpes, formant le dernier gradin de la pente Alpine" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Parallèlement, le Général Rochambeau a occupé Salo sur le lac de Garde avec la Brigade Digonnet et s'est relié aux troupes chargées, après le passage du Mincio, du blocus de Peschiara; sa deuxième Brigade (Brunet : 67e de Ligne et un Bataillon de la 1ère Légère), tient le val Sabbia et la Rocca d'Anfo sur le lac Idro. Le 10 nivôse (31 décembre), Rochambeau prévient le commandant de l'Armée des Grisons qu'il va faire marcher simultanément ses Brigades sur Riva et Storo. La Brigade Brunet n'abandonnera Storo qu'après l'arrivée de la Division Lecchi, pour ne pas démasquer prématurément les troupes de Macdonald. Brunet se dirigera alors sur Riva par le val di Ledro, pour rallier Digonnet (note de Leplus : Rochambeau à Macdonald,Vestone, 10 nivôse, 5 heures du soir. A. H. G. Armée d'Italie).

Le 12 nivôse, la Brigade Brunet, remontant les Giudicaria, occupe Storo et pousse l'ennemi jusqu'à Condino, au delà du débouché du val di Ledro. La communication avec Riva est dès lors assurée. Dans la soirée, la Division italique rejoint la Brigade Brunet et prend possession de Storo. L'arrivée de la Division Pully dans cette localité, le 14 nivôse, permit à Brunet de se diriger par le val di Ledro sur Riva où il arrive le 16 nivôse. Digonnet l'a précédé de deux jours dans cette ville.

A la Roca d'Anfo, Macdonald rejoint la Brigade Lecchi que Brune a détachée de l'Armée d'Italie pour prêter main forte à l'Armée des Grisons.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"Le 6 (16) nous fùmes à Roca d'Anfo, où s'opéra notre jonction avec la division du général Lecchi, troupe italienne envoyée à notre rencontre ..." (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Macdonald espère alors gagner bientôt Trente et prendre position entre les Autrichiens qui défendent les sources des fleuves et ceux qui défendent les cours inférieurs. Il atteint Trente après avoir forcé devant cette ville le pont de l'adige le 18 nivôse (7 janvier 1801).

Corps de Moncey, 31 décembre 1800 - 10 janvier 1801 (Nafziger)
Commandant en Chef : Général de Division Moncey, commandant l'Aile gauche de l'Armée d'Italie
2e Divison : Général de Division Rochambeau
1ère Demi-brigade Légère, 1 Bataillon, 510 hommes

Source : Leplus, "La Campagne de 1800 à l'Armée des Grisons", Paris, 1908. D'après la situation décadaire de l'armée d'Italie, du 10 au 20 nivôse (31 décembre 1800 au 10 janvier 1801). A.H. G. Situations, Italie, 1801.

 

Situation de l'Armée du Rhin - sans date (Nafziger)
Commandant en Chef Général Moreau
Aile droite : Lieutenant Général Lecourbe
Division : Général de Division Montchoisy
Brigade : Général de brigade Mainoni
1ère Demi-brigade Légère, 1 Bataillon

Division : Général de Division Vandamme
Brigade : Général de Brigade Molitor
1ère Demi-brigade Légère, 2 Bataillons

Source : de Carrion-Nisas, Marquis, Campagne des Francais en Allemagne, Année 1800, Paris, 1829

Par ailleurs, le 12 nivôse (1er janvier 1801), la Division Delmas, dans laquelle se trouve le 1er Bataillon, a franchit l'Adige au dessus de Bussolengo. Les Carabiniers de l'avant-garde réunis ensemble, après avoir traversé le fleuve en bateaux, ont couvert sur la rive gauche l'établissement du pont. L'avant-garde repousse les Autrichiens de Pescantina à Parona, enlevant plusieurs centaines de prisonniers, et prend position à Castel Roto. La poursuite continue le lendemain. "L'adjudant-général Foy, qui commande la réserve de l'aile gauche (Note : Cette réserve comprenait le bataillon des grenadiers réunis et le 3e bataillon de la 1re d'infanterie légère; elle était, au début de la campagne, cantonnée à Rezzato. L'aile gauche était commandée par le lieutenant-général Moncey), passe le fleuve à Mozambano, appuyant la division Boudet, puis se porte sur l'Adige qu'il traverse à Bussolengo, le 1er janvier 1801. Là, il reçoit l'ordre de remonter la vallée de l'Adige; adoptant la tactique employée dans la campagne de 1796, il fait suivre la route par ses flanqueurs et s'avance avec le gros de son infanterie par le chemin difficile qui couronne les hauteurs. Après douze heures d'une marche pénible sur la glace et à travers les rochers, il arrive en vue de Péri encore occupé par l'ennemi; il se hâte de descendre de la montagne, mais ne peut atteindre que l'arrière-garde et lui fait quarante prisonniers. La poursuite continue le lendemain par Ala sur Roveredo, malheureusement, Moncey se laisse persuader qu'un armistice a été signé et sa crédulité permet aux Autrichiens, qui allaient se trouver cernés par le corps de Mac Donald, d'échapper à une destruction certaine. Bientôt détrompé, Moncey reporte ses troupes en avant" (Girod de l'Ain : Vie militaire du Général Foy, pages 37-38).

Le journal des opérations raconte : "Les carabiniers de la 1re Légère se distinguèrent dans l'engagement du 15 nivôse (4 janvier) sur les hauteurs de Colognola où l'ennemi fut forcé à une fuite précipitée. Le lendemain, les carabiniers de la 1re Légère méritèrent encore des éloges : après avoir forcé l'ennemi à abandonner d'abord Saint-Martin, puis Suave (ou Soave), ils le poursuivirent de position en position et culbutèrent un régiment entier qui s'enfuit en jetant ses armes, et ne dut son salut qu'au brouillard épais qui couvrait son désordre. La 1re Légère prit à ce régiment 200 hommes, dont un major et 2 officier et 300 fusils".

Le 17 nivôse (6 janvier), pendant que le gros de l'Armée rejette les impériaux sur Vicence, la Division Delmas les précède sur le ravin de Laldego, franchit ce ravin et détache la Brigade Cassagne vers l'Agna (au nord de Montebello) pour barrer la retraite. La Brigade Cassagne, engagée dans des chemins rendus impraticables par les neiges, arrive trop tard pour couper la retraite; mais elle attaque vigoureusement le village de Montechio. "L'enlèvement de cette position fut entièrement du à la bravoure de la 19e Légère soutenue par les carabiniers de la 1re Légère. Cette troupe entrépide gravit les hauteurs au pas de charge, délogea 3 régiments d'infanterie et 1 de cavalerie. Elle fit 300 prisonniers" (Compte rendu officiel).

Le 19 nivôse (8 janvier), la Brigade Cassagne prend position au dela de l'Agna. Le 20 (9 janvier), elle s'établit à Anconello où elle résiste à un violent retour offensif de l'arrière-garde autrichienne. Le 21 (10 janvier), elle passe le Brenta et campe devant Cittadella. Le 22 (11 janvier), tournant Castel Franco par le nord, elle franchit le ravin de Meuson, gagne l'ennemi de vitesse, et tombe sur le flanc des Autrichiens à Salva Rosa où elle fait 600 prisonniers. Enfin, le 23 (12 janvier), elle enlève des postes ennemis à Vellado et Lovadino, et pousse une reconnaissance jusqu'à Trévise.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"... le 7 (17) à Romo, et le 8 (18) à Vezzano. Dans cette dernière ville, quelques soldats s'étant livrés au pillage non seulement des vivres, mais encore d'objets précieux, le général Vandamme fit aussitôt rassembler sa division, arrêter les pillards, et les fit remettre garottés à l'avant garde pour etre livrés au conseil de guerre. Je fus chargé de les y conduire.
Le 9 ( 19) nous passâmes l'Adige près de Trente et nous fûmes loger à Lavis. L'Adige sort du Tyrol allemand au dessus de Borghetto, où son cours commence à servir de limite à l'Italie.
Le 10 (20) nous fûmes à Tramin, sur la route de Botzen, où nous nous arrêtâmes. Là, notre 2e bataillon se porta seul sur Inspruck capitale du Tyrol allemand, et resta par suite quelque temps séparé de son état major. Ainsi la 1re demi brigade d'infanterie légère se trouvait en ce moment divisée en trois parties :
son 1er bataillon était dans le Trentin, son 2e dans le Tyrol allemand, et son 3e à l'armée d'Italie.
La ville de Botzen, où nous nous étions arrêtés, est petite mais commerçante et contient environ 6.000 habitans ; elle est ouverte de tous côtés. Ses environs sont exposés à des inondations fréquentes, causées par les trois affluens de l'Adige, du Talfer et de l'Eysach. La ville est adossée au Nord et à l'Est, à des montagnes presque inaccessibles. Elle est à 20 lieues d'lnspruck et à 18 de Trente.
Le 12 (22) l'état major et le 1er bataillon de notre demi brigade, le seul qui lui resta attaché, rétrogradèrent sur Trente, capitale du Tyrol italien, ville conquise quelques jours auparavant par la division du général Lecchi , Macdonald y avait aussi établi son quartier général; elle était encore encombrée de troupes, aussi nous couchâmes pêle mêle sur les dalles des arcades qui bordent les principales rues.
Cette ville est renommée par le fameux concile qui y fut tenu, au sujet de la réforme proposée par Luther et qui dura de 1545 à 1563. Dans nos guerres de la révolution elle fut occupée par l'armée française d'Italie en l'an 4, par celle d'Helvétie en l'an 7 et enfin, cette fois, en l'an 9, par celle des Grisons.
Elle contient 15.000 âmes; elle est fermée de murs de 30 pieds de hauteur sur les 2/3 de son enceinte ; le reste est bordé par la rive gauche de l'Adige, qui coule vers Venise.

- Mouvemens des armées belligérantes

"Le mouvement que nous fîmes pour tourner le Tonale obligea le général Wukassowich à se retirer, ce qui permit aux colonnes françaises restées en arrière vers Edolo, de franchir directement ce mont pour se rendre à Trente.
Le général Laudon qui commandait dans le Tyrol, et dont dépendait Wukassowich, allait être pris entre Macdonald qui descendait du Tonale sur Trente, tandis que Moncey y montait venant de l'Adige, lorsqu'il employa le stratagème connu qui consiste à annoncer la conclusion d'un armistice".
Ces particularités expliquent la sécurité dans laquelle nous nous trouvâmes en arrivant à Trente ainsi que notre marche sur Botzen, puis rétrograde sur Trente, mais elles ne font pas connaître les causes qui ont amené Moncey sur l'Adige, et comme celles-ci dérivent d'une série d'actions opérées spontanément par nos trois armées, d'Allemagne, des Grisons et d'Italie, je reprendrai le récit des faits merveilleux de ces armées, après que j'aurai terminé d'indiquer notre marche de Trente à Roveredo, où la division Vandamme eut ordre de se rendre et de s'y loger.
Nous partîmes de Trente le 13 janvier 1801 (23 nivôse an 9) pour nous rendre à Roveredo, ville située à un quart de lieue des bords de l'Adige, dans une plaine bien cultivée plantée de vignes et de mûriers, d'une population de 6.000 âmes; là, nous fûmes enfin logés chez l'habitant et nous pûmes prendre quelque repos.
Le 16 (26) plusieurs de nos compagnies furent envoyées à Sacco, gros bourg vis à vis Roveredo sur la rive droite de l'Adige, où l'on arrive en passant sur un bac, à deux lieues du lac de Garda. Ce lac a environ 15 lieues de long sur 3 de largeur moyenne; ses eaux extrêmement limpides laissent découvrir à une grande profondeur les pierres qui forment son fond, ou les herbes qui le tapissent; elles sont légères, d'un goût un peu poissonneux, mais bonnes à boire sur les bords. Trois îles s'élèvent au-dessus de ses eaux : Trimelone , Olivi et dei Frati.
A Roveredo, j'ai été employé en qualité d'adjudant de place désigné à cet effet par le général Vandamme, sous le commandement de monsieur Willot, officier de la demi brigade, né à Véronette, rive gauche de l'Adige à Vérone. Cet officier, avant notre départ de Roveredo, devait me compter la somme de 2.400 livres que l'administration de la ville m'avait allouée et qu'elle lui avait confiée, mais il se l'appropria et partit pour Vérone, de là pour Milan, où il sollicita un emploi dans la gendarmerie italienne ; trompé dans son attente, il en est mort de chagrin peu de temps après
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Les Autrichiens sont battus sur tous les théâtres d'opérations. La guerre n'a plus de raison d'être. Déjà, le 25 décembre, Moreau a signé un armistice avec l'Archiduc Charles. Brune accueille à son tour l'armistice qui lui est demandé et le signe, le 27 nivôse (16 janvier), à Trévise.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"- Moreau à l'armée d'Allemagne Brune à l'armée d'Italie
Le 25 décembre 1800, Moreau vainqueur à Hohenlinden le 3, était arrivé à Steyer aux portes de Vienne, lorsqu'il signa un armistice.
Le même jour, Brune était vainqueur à Pozzolo. Dépassant Mantoue qu'il faisait bloquer derrière lui, rejoint par Moncey et Macdonald, il poussait devant lui l'armée autrichienne d'Italie, lorsque celle ci demandait à son tour un armistice, le 16 janvier 1801 (26 nivôse an 9)
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Armée Française des Grisons, 21 janvier 1801 (Nafziger - 800AHHH)
Général commandant : Général de Division Macdonald
Avant garde : Général de Division Vandamme
1er Bataillon de la 1ère Demi-brigade Légère (765 hommes), à Roveredo


Source indiquée : Leplus, "La Campagne de 1800 à l'Armée des Grisons", Paris, 1908; D'après une situation générale du 1er pluviôse (21 janvier), complétée par les situations existantes des Divisions, vers la même date, A. H. G., Situations.
Grisons, 1801.

Les hostilités ne se continuent plus qu'en Toscane. Les négociations, commencées à Lunéville, au lendemain de Marengo, sont donc poussées avec activité et la paix est définitivement signée, le 25 pluviôse an IX (9 février 1801).

Le Capitaine Duthilt écrit :
"- Moreau à l'armée d'Allemagne Brune à l'armée d'Italie
Le 25 décembre 1800, Moreau vainqueur à Hohenlinden le 3, était arrivé à Steyer aux portes de Vienne, lorsqu'il signa un armistice.
Le même jour, Brune était vainqueur à Pozzolo. Dépassant Mantoue qu'il faisait bloquer derrière lui, rejoint par Moncey et Macdonald, il poussait devant lui l'armée autrichienne d'Italie, lorsque celle ci demandait à son tour un armistice, le 16 janvier 1801 (26 nivôse an 9).

- Traité de paix avec l'Autriche

C'est alors que les autorités civiles de Roveredo s'empressèrent de donner des fêtes aux généraux et aux officiers français dans cette ville, et la certitude d'une paix prochaine vint ajouter encore à la joie et aux plaisirs du moment.
Le 20 février 1801 (1er ventôse an 9) un courrier traversa Roveredo, se rendant au quartier général à Trente, annonçant décidément la fin de cette terrible guerre; la place de Mantoue avait été remise aux Français le 26 janvier (6 pluviôse) et le 9 février (20 pluviôse) la paix avec l'Autriche était signée à Lunéville par les plénipotentiaires, Joseph Bonaparte et Cobentzel. Cette bonne nouvelle ayant été confirmée par l'ordre de l'armée, le canon tonna, les cloches des églises et des couvens sonnèrent, la troupe prit les armes, un Te Deum fut chanté solennellement, des armes d'honneur furent délivrées aux officiers, sous officiers, caporaux, soldats et tambours dans les différentes armes de l'armée, pour actions d'éclat, depuis la guerre de la révolution. Le soir, il y eut illumination et bal pour les officiers et notables de la ville, ainsi que pour la troupe et le peuple. Le général Vandamme y assista.
Les armes d'honneur comprenaient suivant le cas, fusil, mousqueton, trompette, baguettes de tambour, haches d'abordage garnies en argent, grenades en or, etc., récompenses apparentes et nominations accordées au mérite militaire par le Premier Consul, et base de la Légion d'honneur suivant l'arrêté des Consuls en date du 4 nivôse an 8 (25 décembre 1799), conformément à l'article 87 de la Constitution de l'an 8.
L'article 1er du titre 2 du décret du 29 floréal an 10, dit : Sont membres de la Légion d'honneur tous les militaires qui ont eu des armes d'honneur.
Mais, par une disposition restrictive, non connue, les militaires qui avaient eu des armes d'honneur antérieurement à l'arrêté du 4 nivôse an 8 furent exclus de la récompense accordée à leurs frères d'armes; et cependant cette exclusion ne pouvait être dans la pensée du Premier Consul, puisque c'était de lui même alors général en chef de l'armée d'Italie, qu'ils tenaient leurs armes d'honneur.

1801. - Aux habitans de Roveredo à l'occasion de la paix
Vous qui gémissiez sur les maux dont la guerre
Avait, dans sa fureur, couvert toute la terre,
N'ayez plus de soucis ; un oracle flatteur
Vous annonce, à jamais, le calme et le bonheur.
Que vos coeurs satisfaits rappèlent l'allégresse;
Par mille accords divers exhaler votre ivresse;
Aux douceurs de la paix vous pouvez vous livrer,
Dans vos riches vallons elle vient se fixer.

Célèbre traité qui terminait si heureusement la guerre de la seconde coalition contre la Républiquc française, et qui couronna la campagne la plus glorieuse qui puisse illustrer une grande nation, faits d'armes sans exemple, dans les fastes de l'histoire, et qui ne seront jamais répétés.
Honneur, mille fois honneur au génie transcendant qui fit manoeuvrer trois armées, séparées entre elles par des monts d'un difficile accès, et par des fleuves larges, profonds et rapides, qu'elles traversèrent cependant avec un matériel immense, tombant comme la foudre sur un ennemi redoutable par sa force et son obstination, et qui fut écrasé du choc et réduit à implorer la clémence du vainqueur ; ce traité concédait à la France, pour la seconde fois, la Belgique, le comté de Falkenstein, le Frickal, toutes les propriétés situées sur la rive gauche du Rhin; l'indépendance des républiques batave, helvétique, cisalpine et ligurienne est garantie, et l'infant, duc de Parme, obtient la Toscane et l'ile d'Elbe, qui formèrent le royaumed'Etrurie; une enclave entre Suzach et Bâle; Venise et son territoire jusqu'à l'Adige à l'Autriche; les prisonniers politiques, italiens et autres, rendus à la liberté, ceux de guerre échangés en masse et en totalité. Le Premier Consul disait :
"L'Autriche, séparée désormais de la France par de vastes régions, ne connaîtra plus cette rivalité, ces ombrages qui, depuis tant de siècles, ont fait le tourment de ces deux puissances et les calamités de l'Europe. Par ce traité tout est fini pour la France; elle n'aura plus à lutter contre les formes et les intrigues d'un congrès".
Bonaparte était entré au pouvoir le 9 novembre 1799 (18 brumaire an 8), on était arrivé au 9 février 1801 (20 pluviôse an 9), quinze mois s'étaient écoulés et déjà la France était réorganisée au dedans, complètement victorieuse au dehors, en paix avec le continent, en alliance avec le Nord et le Midi de l'Europe contre l'Angleterre, et la cour de Rome négociait à Paris l'arrangement des affaires religieuses; la cour de Naples traitait également de la paix, et l'Autriche n'ayant pas rétabli le roi de Sardaigne sur son trône, le Piémont restait à la disposition de la f'rance.
En attendant la ratification du traité de Lunéville, les troupes françaises continuèrent à occuper le territoire conquis et rétrocédé à l'Autriche
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Dès la signature de l'armistice, des dispositions ont été prises pour donner plus d'homogénéité aux armées. En conséquence, les 2e et 3e Bataillons de la 1ère Légère vont enfin pouvoir le 1er Bataillon.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"- Dislocation de l'Armée des Grisons
Enfin, les corps qui ne furent pas désignés pour continuer à rester en Italie se retirèrent dans le Piémont et en France, tant ceux provenant de l'armée d'Italie que ceux de l'armée des Grisons, dissoute par le fait de la jonction des deux armées à Trente. Macdonald et Brune n'ayant plus d'ennemis à combattre, se rendirent l'un et l'autre à Paris. Le général Moncey prit alors le commandement général des deux armées, sous la dénomination d'armée d'Italie. La république cisalpine fut agrandie d'une partie du territoire du Piémont, et le surplus resta au gouvernement français, comme une pomme de discorde laissée pour servir plus tard de prétexte à une nouvelle guerre
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

 

e/ En Italie de 1801 à 1806

- Dans la Cisalpine

Avec la paix, la 1ère Légère va occuper plusieurs garnisons dans la République Cisalpine, et être employée essentiellement au maintien de l'ordre jusqu'en 1803. Ainsi, elle tient garnison à Bologne, où elle se repose des fatigues de la campagne.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Armée d'occupation d'Italie
- Séparation de Vandamme
La 1re demi brigade d'infanterie légère ayant été désignée pour faire partie de l'armée d'occupation en Italie, reçut le 2 mars 1801 ( 11 ventôse an 9) l'ordre de partir de Roveredo pour se rendre le meme jour à Dolce; là elle se sépara du brave général Vandamme qui, par sa prédilection pour le corps qu'il avait formé, et avec lequel il avait fait ses premières armes, l'avait comblé de son estime.
L'affection constante qu'il portait aux officiers de ce corps, dont il savait les noms, et l'amitié toute paternelle qu'il avait vouée aux anciens chasseurs lui donnaient des droits à l'attachement et à la reconnaissance de tous indistinctement; aussi, depuis le chef de cette demi brigade jusqu'au plus jeune des chasseurs, tous s'empressèrent de lui témoigner leurs regrets, comme perdant un père tendrement aimé.
Continuant notre route vers la haute Italie, le 3 (12) nous fûmes à Vérone, le 4 (13) à Montebello, et le 5 (14) nous arrivâmes à Vicence.
Par suite des démarches faites par le général Vandamme, qui venait d'obtenir un commandement en Helvétie, et qui désirait nous y emmener avec lui, nous eûmes l'ordre d'aller à Montfort et à Montebello, ou nous logeâmes le 6 (15), espérant bien de continuer notre marche sur l'Helvétie, mais un contre ordre du général Moncey nous retint dans ces deux logemens jusqu'au 8 (17) et nous retournâmes à Vicence pour y tenir garnison.

- A Vicence

Vicence est une assez grande et belle ville des Etats vénitiens située sur le Bacchilione qui la divise en deux parties inégales. Elle a de beaux édifices; un arc de triomphe romain en marbre rouge, un théâtre à l'instar de ceux des anciens à décors fixes, représentant l'intérieur d'une ville grecque, ses rues ouvertes et divergentes, ses maisons et ses monumens parfaitement en évidence, isolés, aboutissant à l'avant scène, figurant sur ce point une place publique. Sur ce théàtre d'une grande dimension, les écoliers de l'université y jouent fréquemment les comédies de Plauto et de Térence, dans la langue de ces auteurs. L'intérieur de la salle, coupée en hemicycle, est formé de gradins circulaires et superposés, sur lesquels s'asseyent les spectateurs. Elle possède aussi un théâtre moderne d'une grande beauté; une place publique pavée de grandes dalles de marbre de diverses couleurs, formant une immense mosaïque, et un bel hôtel de ville tout en marbre et d'une grande architecture; sous chaque maison, le long de chaque rue, règnent deux rangées de beaux portiques pour la circulation des piétons" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Les 2e et 3e Bataillons de la 1ère Légère, après avoir descendu la vallée de la Brenta, rejoignent le 1er Bataillon à Citadella. La 1ère Légère est enfin réunie après 10 mois de séparation. Elle doit repasser sur la rive droite de l'Adige, conformément aux conditions de l'armistice.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Pendant notre séjour en cette ville, notre 3e bataillon qui, depuis qu'il avait quitté la Suisse, avait fait partie de l'armée d'Italie, sous le Premier Consul, et qui s'était trouvé aussi à la bataille de Marengo, puis notre second bataillon qui avait occupé un point important dans le voisinage de Reyti, dans le Tyrol allemand, vinrent tous deux nous rejoindre; et, par un hasard heureux, ils arrivèrent le même jour.
Cette réunion fut célébrée par les officiers dans un banquet, où la joie la plus franche anima les convives.
Aux termes du traité de paix signé à Lunéville, l'Adige devait marquer la séparation du territoire cisalpin de celui des possessions de l'empire d'Autriche, les corps français stationnés dans le Frioul et dans les villes des Etats vénitiens sur la rive gauche de l'Adige, abandonnèrent successivement les points qu'ils occupaient dans ces pays, les cédant aux corps autrichiens au fur et à mesure de leur arrivée pour en prendre possession. Notre demi brigade, à son tour, évacua Vicence le 1er avril (11 germinal), remplacée par de l'infanterie et de la cavalerie autrichiennes, et nous fûmes loger à Castollo; le 2 (12) nous allâmes à Vérone où nous séjournâmes le 3 (13); le 4 (14) nous nous rendîmes à Castelnuovo; le 5 (15) à Lonato et le 6 (16) à Brescia, notre destination.

- A Brescia

Cette ville, assez belle et fort ancienne, voisine de la Garza, a une bonne citadelle, une fabrique d'armes de guerre de toutes les espèces; des manufactures où l'on travaille la laine et la soie; elle a aussi un fort beau théâtre moderne, d'assez beaux édifices publics et de riches palais. Bayard, le chevalier français sans peur et sans reproche, s'y est fait connaître par son trait de générosité envers une famille noble. Cette ville, distraite du territoire de Venise pour faire partie de la République cisalpine, est le chef lieu du département de la Mella.
Le 7 (17) les membres du Directoire de la République cisalpine, les ministres de cette République et quelques personnages importans que les Autrichiens avaient enlevés, comme prisonniers politiques, lors de la retraite de Schérer, ayant été rendus à la liberté par suite du traité de Lunéville, arrivèrent à Brescia, se rendant à Milan. Les habitans exprimèrent leur allégresse par de grandes démonstrations publiques.

1801. - A Madame F. D., à Brescia
F
ortuné si je peux lui plaire,
Et si j'en ai le doux aveu,
L'existence me sera chère,
Je ne formerai plus qu'un voeu :
Celui d'être à jamais près d'elle,
Imitant les tendres bergers,
Toujours amoureux de ma belle,
Et l'embrasant par mes baisers.

- A Milan

Le 28 mai (8 prairial) nous reçûmes l'ordre de nous rendre promptement à Milan; le même jour nous fûmes coucher à Calsio; le 29 (9) à Cassano et le 30 (10) nous entrâmes dans Milan.
Quelques troubles ayant éclaté à Novare, sur le refus de quelques récalcitrans de payer leur quote d'une contribution extraordinairement imposée à la Ville, nous partîmes de Milan le 1er juin (12 prairial) à l'effet de donner mainforte aux préposés chargés de cette perception; nous marchâmes toute la nuit par une pluie excessive, et le 2 juin (13 prairial) au matin, nous entrâmes dans Novare où nous ne vîmes plus le moindre mécontentement. Le 10 (21) nous reprîmes la route de Milan et nous fûmes coucher à Magenta; le 11 (22) nous rentrâmes dans Milan pour y faire le service de la ville et de la Citadelle.
Milan, surnommée la grande, capitale dela Lombardie, puis de la République cisalpine, et plus tard du royaume d'Italie, selon les phases sous lesquelles elle s'est trouvée, est située au centre d'une belle contrée, riche, grasse, où il y a de l'industrie, du commerce et point de brigands, ce qui est rare en ltalie. Cette ville est belle, bien bâtie, moitié française et moitié italienne. Elle est la patrie de plusieurs grands hommes dans les arts, notamment de Léonard de Vinci ; elle a un château fort, une belle église cathédrale, dite le dôme, revêtue toute de marbre; quelques palais du treizième s iècle, quelques traces du moyen âge ; quelques débris d'antiquité, des antiquaires, une bibliothèque curieuse; elle a aussi un théâtre moderne de toute beauté, enfin des échantillons de tout ce qui fait le charme de l'Italie
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

D'après les Etats militaires de l'an X (1801-1802), la 1ère Légère est à Crémone, en Cisalpine. Les cadres du Régiment sont constitués de la manière suivante :

- Etat major : Chef de Brigade Manigault-Gaulois; Chefs de Bataillon Dupont, Lejeune, Gastelais, Regeau; Quartier maître trésorier Garcin; Adjudants major Dénéchaux dit Berry, Montossé, Moutin; Officiers de santé N, Flagel, Bonnefoy.
- Capitaines : Vauthier, Bauwens, Merle, Demollin, Godefroy, Emmerechts, Roblin, Bommart, Brinisholtz, Lange, Kolvenbach, Baboz, Marin, Choueller, Vanderhurem, Cadechevre, Decoulare, Lefranc, Simonet, Vancutsem, Sacré, Grime, Montuir, Thorin, Baudin, Gabut, Reymaeckers.
- Lieutenants : N, Chomé, N, Lihongre, Devienne, Henrion, Mesmer, Bouillet, Legendre, Tison, Betremieuxe, Willio, Valdan, Bouhon, Witmer, Charlot, Lainé, Joannes, Guisbier, Barroux, Denéchaux, Durand, Dumaiché, Bouillet, Gaillard, Herwegh, Choueller.
- Sous lieutenants : Poulain, Cauche, Lathuile, Filet, Michel, Saget, Tombeur, Cholet, Boutin, Duthilt, Martin, Leblanc, Lambert, Prevost, Menestrel, Fréjacque, Vandamme, Chabot, Saint-Pierre, Marchapt, Labarthe, Lecerff, Bauwens, Bados, Dechaux, Porteman, Lecompte.

Situation en juin 1801 (côte SHDT : us180106)

Chef de corps : MANIGAULT-GAULOIS Chef de Brigade - infanterie
Observations : juin 1801 effectif sous les armes : 2388 Officiers et hommes
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Dupont à Cremone - Armée d'Italie - troupes francaise en Cisalpine - Division du QG - Schilt
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lejeune à Cremone - Armée d'Italie - troupes francaise en Cisalpine - Division du QG - Schilt
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Gastelais à Cremone - Armée d'Italie - troupes francaise en Cisalpine - Division du QG - Schilt

Le Capitaine Duthilt écrit :
"- A Crémone.
Nous quittâmes Milan le 21 (5 messidor) pour aller coucher à Lodi, le 25 (6) nous fûmes à Codogno, et le 26 (7) à Crémone; le général Moncey y transféra en même temps son quartier général.
La ville de Crémone, dans le duché de Milan, est fort ancienne et est située sur la rive gauche du Pô, dans une plaine très fertile; la tour de la cathédrale est une des plus belles de l'Italie. Cette ville est de plus célèbre par la valeur qu'ont déployée trois ou quatre mille Français et Irlandais qui, y étant en garnison, y furent surpris, en 1702; le prince Eugène, général au service de l'Autriche, y avait fait entrer la nuit, par une porte secrète, 6.000 hommes de ses meilleures troupes; mais la garnison se battit tout le jour et chassa les Allemands.
A Crémone, au moment où notre dépôt arrivait, venant de Chambéri, je liai connaissance avec mademoiselle Marie Joseph Tombeur, dont le père était lieutenant à la lre compagnie du 3e bataillon de notre demi brigade, et qui, d'après l'état de paix dont jouissait l'Italie, avait rassemblé sa famille près de lui ; j'avais connu cette demoiselle encore enfant, mais de onze à dix sept ans la nature avait opéré en elle un changement prodigieux. Que de charmes s'étaient développés dans sa personne ! Qu'elle était belle parée des grâces de la jeunesse ! J'en fus de suite violemment épris, et dès ce moment mon coeur fut tout à elle. Après avoir obtenu son aveu, je sollicitai celui de ses parens et j'attendis avec impatience le jour qu'ils désigneraient pour mettre le comble à ma félicité.
1801. - A Mademoiselle Marie Joseph TOMBEUR
Je fuyais de l'amour le tyrannique empire;
Malgré ma volonté,
Le perfide à ses lois m'obligea de souscrire,
En vain j'ai résisté.
0 déloyal enfant ! toi seul a pu détruire
Ma constante gaîté,
Et, méchant, je te vois insulter d'un sourire
A ma captivitè.
Rien ne peut me calmer : jour et nuit je soupire
Après ma liberté;
Mais tel est de mon coeur le funeste délire
Qu'il en est enchanté
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Situation en août 1801 (côte SHDT : us180108)
Chef de Corps : MANIGAULT-GAULOIS Chef de Brigade - infanterie
Observations : août 1801 effectif sous les armes : 2183 Officiers et hommes
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Dupont à Cremone - Armée d'Italie - troupes francaise en Cisalpine - Division de réserve - Schilt
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lejeune à Cremone - Armée d'Italie - troupes francaise en Cisalpine - Division de réserve - Schilt
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Gastelais à Cremone - Armée d'Italie - troupes francaise en Cisalpine - Division de réserve - Schilt

Le Capitaine Duthilt écrit :
"- A Bologne
Le 28 août (10 fructidor) après le coucher du soleil, nous partîmes de Crémone pour aller à Casalmaggiore, où nous arrivâmes le 29 (11) de grand matin; le 30 (12) nous passâmes sur la rive droite du Pô, nous traversâmes Brescello, et nous fûmes loger à Gualtieri ; le 31 (13) nous allâmes à Guastallo, Reggiolo, Concordino, et nous couchâmes à Mirandola, ville passablement grande et bien fortifiée et appartenant au duc de Modène, dépossédé de sa souveraineté. Le 1er septembre (14) nous allâmes à Cento, petite ville du duché de Ferrare, près de la petite rivière du Réno ; le 2 (15) nous arrivâmes à Bologne, seconde ville de l'état ecclésiastique.
Cette ville, belle, grande, peuplée et riche est située dans un terrain si fertile, sur le canal de Bologne, entre le Reno et la Savena, qu'on la surnomme la Grasse. Elle est habitée par 60.000 âmes et son circuit est de plus de 2 1ieues. Les rues sont, en général, sombres ct irrégulières. On la parcourt en tous sens sous de beaux portiques. Elle possède une fameuse université, un très riche cabinet d'histoire naturelle, un superbe musée, des palais d'une belle architecture, des statues en marbre et en bronze, ainsi que des taureaux des plus grands maîtres.
Les édifices les plus remarquables sont un théâtre tout en marbre, le palais Caprara, la fontaine de Neptune par Jean de Bologne, la façade et l'escalier du palais Ranuzzi, la cathédrale d'ordre corinthien, l'église gothique de Saint Pétrone, qui renferme la méridienne de Cassini; les églises de Saint Dominique et de Saint Procule; un portique de six cent quarante arcades, d'une lieue de long, commençant à l'une des portes de la ville et conduisant à l'église de Saint Luc, sur une éminence où se trouve l'image de la Vierge qu'on a prétendu avoir été peinte par cet apôtre; enfin , deux tours qui se penchent depuis des siècles sans perdre l'équilibre. Habitué à voir les maisons et les grands édifices établis dans une position verticale, on est frappé d'étonnement à l'aspect des deux tours de Bologne, mais cette stabilité dépend de la position qu'occupe dans chacune d'elles le centre de gravité. La hauteur de la plus grande, construite en 1110 par Gérard Asinello, dont elle porte le nom, a 300 pieds d'élévation; son inclinaison a plus de 18 pouces. Elle n'a aucune beauté; mais les curieux sont récompensés de l'ennui et de la fatigue d'une ascension de 500 marches par une vue étendue qui comprend les villes avoisinantes : Imola, Ferrare, Modène. La seconde tour, qu'on appelle la Garisenda, construite en 1112, est immortalisée par le Dante qui la compare au géant Antée se baissant. Sa hauteur est de 140 à 150 pieds, et elle s'éloigne de la perpendiculaire de 7 à 8 pouces.
La charpente et la maçonnerie s'inclinent sur le même plan de l'horizon, ce qui prouve suffisamment que l'inclinaison de ces tours a été causée par l'affaissement de la terre
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

D'après l'Historique régimentaire, en septembre 1801, le 3e Bataillon est envoyé à Crémone.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"- A Ferrare
Le 21 octobre (29 vendémiaire an 10) la demi brigade partit de Bologne pour se rendre à Malalbergo et le 22 (30) elle arriva à Ferrare sa nouvelle destination.
Cette ville est grande et forte par sa citadelle. Le Saint Siège en a dépouillé la maison d'Este, à qui il ne reste que Modène et Reggio; elle est si mal peuplée qu'on dit en proverbe: Ferrare, plus de maisons que d 'habitans. Elle est assise dans une plaine marécageuse et malsaine à une lieue du Pô. Son commerce est très borné et n'est fait que par des juifs qui forment un tiers de sa population. On remarque son superbe théâtre, qui sert de modèle à ceux que l'on veut établir régulièrement. On y admire aussi un palais dont les pierres des quatre façades sont taillées à facettes, d'où lui est venu le nom de palais de diamans.
Le 28 (7 brumaire) nous quittâmes Ferrare précipitamment pour nous porter à Bologne, sautant l'étape de Malalbergo de sorte que nous fîmes onze lieues d'une seule traite.
Une sorte de révolte, presque militaire, venait d'éclater à Bologne, à l'occasion d'un ordre donné pour le désarmement de la garde nationale de cette ville; les compagnies de grenadiers, de chasseurs et de canonniers, parfaitement habillées, équipées et armées, rassemblées en armes, gardaient depuis quelques jours les avenues de la place de l'hôtel de ville, ayant leurs armes et leurs canons chargés, menaçant de faire feu sur quiconque se présenterait pour les désarmer, fondant leur opposition à cet ordre sur ce qu'en février 1800 (pluviôve, an 8) ces compagnies s'étaient promptement réorganisées pour se joindre et donner secours à la faible brigade du général Petitot, détachée de l'année de Brune, pour observer les Autrichiens sortis de Ferrare, qui menaçaient de s'emparer de leur ville; secours qui fut utile à cette brigade qui, seule, n'aurait pu résister aux Autrichiens.
Notre demi brigade, chargée seule de mettre fin à cet état inquiétant, tandis que les troupes de la garnison gardaient les postes ordinaires sans paraître s'occuper de ce rassemblement, entra en ville rapidement et vint bloquer la place de l'hôtel de ville. Le 1er novembre (10 brumaire) dès le point du jour, prenant toutes les dispositions pour l'attaque, et saisissant le moment où la garde nationale paraissait suffisamment fatiguée de sa résistance inutile, et surtout de son isolement, nos bataillons, partant de plusieurs points à la fois à un signal donné, arrivèrent sur la place, s'emparèrent des armes en faisceaux et des canons et mirent fin à cette lutte sans coup férir, toute collision ayant été heureusement évitée par la prudence du général Verdier, gouverneur de Bologne, et par l'élan rapide de nos bataillons.
Nous restâmes une seconde fois en cette ville pour y faire le service.
Mes voeux étant exaucés, je me mariai à Bologne, le 5 décembre 1801 à ma bien aimée Marie Joseph Tombeur, née à Bruxelles le 22 juin 1784, de Joseph Tombeur et de Marie Joseph Jaminet. Ce mariage contracté à la mairie de Bologne, royaume d'Italie, fut inscrit aux registres des états civils, livre n°3 page 62.
1801. - A mon épouse, le jour de mes noces
(Air du Petit Matelot)
L'amour, à mes voeux favorable,
Vient de combler tous mes désirs;
Est-il un état préférable
A celui qui mène aux plaisirs ?
Dans ma femme l'hymen me donne,
Beauté, vertu, de la douceur ;
A son coeur le mien s'abandonne
Pour mieux jouir de mon bonheur.
Couplet de mon épouse
(Air de la Piété Filiale)
J'ai reconnu dans mon époux
Bonté, tendresse et prévenance ;
Son coeur ami de la constance
Me promet le sort le plus doux.
De l'hymen la chaine est légère
Quand d'accord on la porte à deux
Mais pour être toujours heureux
Il faut que l'amour la resserre.
Dans cette belle ville de Bologne, les officiers de la demi brigade se donnèrent tous les divertissemens de société, même celui de la comédie qu'ils jouèrent tantôt au théâtre Marsiglie, tantôt sur celui des nobles et jusque sur celui du grand théâtre neuf, selon l'importance des pièces de leur répertoire.

1801. - Ouverture d'un théâtre de société, à Bologne
Après avoir vaincu sous les drapeaux de Mars,
La paix vient nous ouvrir la carrière des arts :
Pleins de ce noble feu qui fait tout entreprendre,
Avec empressement l'on nous y voit descendre;
Thalie et Melpomène excitent nos désirs
El leurs jeux variés remplirent nos loisirs.
Par elles dirigés, sous les traits de la fable,
Nous pouvons réunir l'utile et l'agréable.
Heureux si nos efforts obtiennent des succès,
Si les soeurs d'Apollon secondent nos projets.
Mais des soldats couverts d'une noble poussière.
Dès leur premier début craignent de nous déplaire :
La lyre et le mousquet ont trop peu de rapport
Pour que la même main les accorde d'abord ;
Aussi, bien pénétrés de notre insuffisance,
Nous comptons obtenir toute votre indulgence.
Pour la première fois, une école élémentaire de lecture, d'écriture, d'arithmétique, d'orthographe et de comptabilité militaire, fut établie dans la demi brigade pour l'instruction des enfans de troupe, celle des jeunes soldats, des caporaux et des sergens propres à faire des fourriers et des sergens majors ; je fus désigné par le chef de notre demi brigade pour la diriger, et l'ouverture se fit avec une sorte de solennité. Je rédigeai plus tard une instruction méthodique sur la comptabilité d'une compagnie d'infanterie, sous le titre de : Guide des Fourriers et des Sergens Majors d'infanterie, contenant tout ce qui a rapport à la comptabilité d'une compagnie, ouvrage élémentaire, simple et méthodique, que je fis imprimer chez Bisesti, imprimeur libraire, à l'Espérance, et qui eut du succès en raison de son utilité, et surtout de son opportunité, rien de semblable n'ayant encore été fait pour les jeunes comptables
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 3e Bataillon, d'après l'historique régimentaire, revient à Bologne le 21 décembre 1801.

certificat 1er léger
Superbe document de 41x26cm Première Demi-Brigade d'Infanterie Légère avec tampon à encre "ARMEE D'ITALIE". Donné au Citoyen Jean DUVAL, natif d'AUBERGENVILLE département de Seine de Loire. Fait a BOLOGNE le 1er VENTOSE AN 1O (20 février 1802). Signé par le Général de Division VERDIER et plus de 1O autres signatures. Au dos du document "Certificat de Visite" avec 3 signatures.

En Italie, la 1ère Légère suit le cours des évènements qui s'accomplissent en France. Elle assite le 6 pluviôse (25 janvier 1802) à la transformation de la Cisalpine en République italienne, et à l'élection de Bonaparte Premier Consul comme Président de cette nouvelle République, dont M. Melzi est nommé Vice-Président. Certains soldats obtiennent leur congé de réforme, tels le Citoyen Jean Duval (ci-contre), natif d'Aubergenville (Seine de Loire) le 1er ventôse an 10 (20 février 1802).

Situation en mars 1802 (côte SHDT : us180203)

Chef de Corps : MANIGAULT-GAULOIS Chef de Brigade - infanterie
Observations : mars 1802 effectif sous les armes : 1782 Officiers et hommes
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Dupont à Bologne, Imola - Armée d'Italie - troupes francaises
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lejeune à Bologne, Imola - Armée d'Italie - troupes francaises
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Gastelais à Bologne, Imola - Armée d'Italie - troupes francaises

La 1ère y apprend également avec joie la signature du Traité d'Amiens avec l'Angleterre (25 mars 1802).

La nouvelle du décret du 10 floréal an X (29 avril 1802) par lequel le Premier Consul avait créé l'Ordre de la Légion d'honneur destiné à remplacer les armes d'honneur par une décoration unique «pour récompenser les actions d'éclat, les mérites reconnus et les services extraordinaires», fut une fête pour nos soldats. Leurs coeurs battirent d'émotion, comme s'ils avaient pressenti les prodiges que cette étoile des braves devait enfanter sur les champs de bataille de l'avenir.

D'après les Etats militaires de l'an XI (1802-1803), la 1ère Légère est à Bologne, en Italie. Les cadres du Régiment sont constitués de la manière suivante :

- Etat major : Chef de Brigade Gaulois; Chefs de Bataillon Lejeune, Gastelais, Regeau, N; Quartier maître trésorier Lieutenant Garcin; Adjudants major Dénéchaux, Moutin, Montossé; Chirurgiens majors Deuzan, N, N.
- Capitaines : Vautier, Bauwens, Merle, Demossin, Emmerechts, Bommart, Brinisholtz, Decoularé, Lange, Kolvenbach, Babo, Marin, Chouësser, Vanderhéeren, Salmon, Vaneustem, Sacré, Grime, Thorin, Baudin, Reymackers, Lefranc, Roblin, Tison, Chomé, N, N.
- Lieutenants : Lehongre, Devienne, Henrion, Mesmer, A. Bouillet, Legendre, Bétrémieux, Witmer, Valdan, Bouhon, Charlot, Laisné, Joannes, Guisbier, Baroux, Denéchaux, Dumarché, Gaillard, Herwegh, G. Bouillet, Chouësser, Canche, Poulain, Filet, Boutin, Lenormand.
- Sous lieutenants : Artaignan, Michel, Tombeur, Cholet, Duthils, Badoz, Déchaux, Leblanc, Lambert, Martin, Prevot, Ménestrel, Fréjac, Lecerff, Maréchapt, Bauwins, Saint-Pierre, Pater, Lecomte, Takels, Bertrand, Lallemand, Tillet, Dégand, Mauduit, N, N.

Situation en juillet 1802 (côte SHDT : us180207)

Chef de Corps : MANIGAULT-GAULOIS Chef de Brigade - infanterie
Observations : juillet 1802 effectif sous les armes : 1612 Officiers et hommes
REGEAU Chef de Bataillon - Infanterie; GARIN Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Dupont à Bologne, Imola - Armée d'Italie - troupes francaises
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lejeune à Bologne, Imola - Armée d'Italie - troupes francaises
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Gastelais à Bologne, Imola - Armée d'Italie - troupes francaises

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Le 30 août 1802 naquit à Bologne mon premier enfant Charles Emile, qui fut enregistré aux actes civils, livre 5°, n° 174 et baptisé dans le courant de décembre suivant, à l'église de Saint Pierre, à Mantoue. Son parrain a été M. Garcin, quartier maître trésorier du 1er régiment d'infanterie légère et sa maraine madame Jaminet Tombeur, son aïeule maternelle.
1802. - A mon premier né
Élève de l'amour, gage de ma tendresse,
Marche sans balancer au sentier de l'honneur;
Imite tes parens, consulte leur sagesse,
Leur prudence pourra t'assurer le bonheur,
Et sur toi leurs bienfaits se répandront sans cesse.
1802. - Ma profession de foi maritale
(Air, fidèle Epouse)
Quoi qu'on dise du mariage,
Il n'est pas sans lui de bonheur;
On est content dans son ménage,
On jouit de la paix du coeur;
Une épouse fait nos delices,
Un fils augmente notre espoir;
Malgré le monde et ses caprices,
Tout nous sourit matin et soir,
Avant que l'hymen, avec elle,
Ne vint combler tous mes désirs,
Je voltigeais de belle en belle,
Cherchant en vain les vrais plaisirs.
Depuis ce jour rien ne me tente,
Je vis, joyeux et sans soucis,
Car j'ai toujours l'âme contente
Entre mon épouse et mon fils.
Le 30 septembre 1802 (8 vendémiaire an 11), nous retournâmes encore à Ferrare ; nous y arrivâmes le 1er octobre (9) et nous prîmes de suite le service de cette place.
Le 21 (29) la demi brigade reçut l'ordre de se rendre à Mantoue ; en conséquence, elle se mit en route le 23 (1er brumaire) et fut loger à Trecenta, sur la rive droite du Pô, que nous passâmes sur le pont de bateaux aà Ponti. Le 24 (2) elle alla à Ostiglia où elle reçut inopinément l'ordre de rétrograder sur Ferrare; elle y rentra le 26 (4) pour la troisième fois.
Le 5 novembre (14) un ordre nous fit partir de Ferrare pour nous rendre en Suisse, ou du moins remplacer quelque part un des corps qui dans cette circonstance y seraient allés comme plus rapprochés que nous ; il était question de quelque dissidence entre quelques cantons prêts à en venir aux mains.
La demi hrigade fut coucher ce jour là à Malalbergo ; le 6 (15) elle fut à Bologne, le 7 (16) à Modène, ville ancienne, grande et belle, passablement peuplée, capitale du duché de ce nom, possédant un superbe palais ducal, servant maintenant de préfecture; elle est située dans une plaine riche et fertile.
Le 8 (17) nous fûmes à Reggio, seconde ville du duché de Modène, autrefois une des résidences du prince.
Le 9 (18) à Parme, très belle ville, ancienne et bien bâtie, capitale du duché de Parme et Plaisance, et ancienne résidence du souverain ; cette ville, située sur la Parma, dans une plaine délicieuse, est forte par sa citadelle. On y admire son beau théâtre ; le théâtre est le luxe des villes italiennes après les palais ; Voltaire a dit : les bonnes comédies sont en France, mais les beaux théâtres sont en Italie; en effet, rien n'égale la magnificence et la commodité d'un théâtre italien dans les villes populeuses et riches. Les fromages parmesans viennent des montagnes voisines de cette ville. A côté, se donna en 1734, la sanglante bataille de Parme, où les Impériaux abandonnèrent le champ de bataille aux français.
Le 10 (18) après avoir traversé Colorno et le Pô, la demi brigade fut loger à Casalmaggiore; le 11 (19) elle fut à Crémone où sa marche fut arrêtée
..." (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

L'historique régimentaire indique que le 19 frimaire an XI (10 décembre 1802), la 1ère Légère (3 Bataillons) est envoyée en garnison à Mantoue. Et que vers cette même époque, un détachement composé d'hommes d'élite "choisis parmi les plus beaux hommes du régiment et les plus braves", est envoyé en France à la petite flotille de l'Armée dite d'Angleterre, réunie sur les côtes du nord en vue d'une éventuelle descente dans la Grande Bretagne. En effet, les relation avec cette dernière ne cessent de se dégrader (refus notamment d'évacuer Malte). Par la suite, ce détachement fera partie des 10 Bataillons de Grenadiers destinés à débarquer les premiers sur le sol anglais. Nous en reparlerons plus bas.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"... Au lieu de se diriger sur la Suisse, elle fut envoyée à Bozzolo et de là sur Mantoue où elle entra le 12 novembre (20 brumaire).

- A Mantoue

Mantoue est une ville fort ancienne, belle et très fortifiée; elle est la capitale du Mantouan; un lac formé par le Mincio, l'environne aux deux tiers. On passe de la ville au faubourg Saint George sur un pont de bois recouvert, long d'un quart de lieue, et du faubourg à la Citadelle sur un autre pont, long d'un demi quart. Les nombreux ouvrages que les Français ont ajoutés à cette place, en font une des plus fortes de l'Italie. Virgile, né dans les environs, y a une colonne supportant son buste, élevée sur une place portant son nom. Près de la ville est un palais appelé le T, à cause, dit-on, de la ressemblance de sa forme avec cette lettre" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

certificat 1er léger
Certificat délivré à Mantoue à Jean Baptiste Moiriat le 15 nivôse an 11 (5 janvier 1803), Sergent à la 4e Compagnie du 3e Bataillon. Né à Paris (Seine). Incorporé le 28 nivôse 2e année; Caporal le 1er Brumaire an 5; Sergent le 21 messidor an 8. A toujours servi avec honneur, bravoure et probité.

 

Situation en février 1803 (côte SHDT : us180303 4C95)

Chef de Corps : MANIGAULT-GAULOIS Chef de Brigade - infanterie
Observations : février 1803 effectif sous les armes : 1946 Officiers et hommes
REGEAU Chef de Bataillon - Infanterie ; GARIN Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Dupont à Bologne, Imola - Armée d'Italie - troupes francaises
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lejeune à Bologne, Imola - Armée d'Italie - troupes francaises
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Gastelais à Bologne, Imola - Armée d'Italie - troupes francaises

 

Fig. 9

Le Capitaine Duthilt raconte :
"Le 1er avril 1803, la demi brigade, comme toutes celles de la ligne et de l'infanterie légère reprit l'ancienne dénomination des corps, antérieure à la révolution. Chaque demi brigade gardant son numéro, prit donc la dénomination de régiment.
1802. - Pour un bal entre officiers, à Mantoue
La paix vient de fermer le temple de la guerre,
De cet insigne bien hâtons nous de jouir;
Amis, dansons, aimons ; l'amour nous est prospère,
Il nous ouvre en ce jour, le chemin du plaisir.
1802. - Pour un autre bal, à Mantoue
L'hiver aux cheveux blancs
Va bientôt disparaitre
Et l'aimable printemps
Après lui doit renaître.
C'est alors que Bellone assemble ses soldats,
Et dans les champs fleuris, déployant sa tactique,
Les forme avec ardeur au grand art des combats,
Qui partout illustra la France république.
Amusez vous, dansez,
Vous le pouvez encore,
Mais bientôt vous prendrez
Les armes dès l'aurore.

Armée d'occupation de Naples
- Officier payeur au 3e Bataillon

L'empereur d'Allemagne était en paix avec la France depuis le mois de février 1801 que fut signé le glorieux traité de Lunéville; en octobre mêrne année, l'empereur de Russie qui, en 1799, avait retiré des armées de la seconde coalition ses troupes battues en Suisse par Masséna, fit aussi sa paix avec la France; puis l'Angleterre fut aussi amenée à faire la sienne à Amiens ; restait la Turquie, en guerre par suite de l'expédition d'Egypte, qui traita enfin au mois de juin suivant ; de sorte que la guerre avait cessé de toutes parts.
Mais cet état de choses blessait trop l'orgueil des potentats dont la fierté avait dû fléchir devant le courage des Français et le génie de leur chef, aussi ne le considérèrent-ils que comme un répit, un temps d'arrêt et de repos avant de recommencer la lutte avec plus d'acharnement, car l'Angleterre préparait ouvertement une troisième coalition contre la France, dont la gloire, l'étendue et la force lui inspiraient les plus grandes craintes ; aussi donna-t-elle l'exemple à 1'Europe qu'elle voulait derechef entraîner, en déclarant la première la guerre à la France
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Avant de continuer, voici un récapitulatif des récompenses accordées à la 1ère Légère (Tony Broughton : "Armes d'Honneur Awarded to the Regiments d'Infanterie de Ligne") :
Bouillet (Gaspard) - Sergent : Fusil d'Honneur; 1er avril 1803
Certout (Francois) - Chasseur : Fusil d'Honneur; 16 juillet 1801
Cire (Joseph - Augustin) - Carabinier : Fusil d'Honneur; 26 juin 1800
Masselin (Joseph – Alexandre) - Sergent : Fusil d'Honneur; 30 mai 1803
Moissand (Jacques) - Carabinier : Fusil d'Honneur; 30 mai 1803
Noirot (Jean-Baptiste) - Sergent : Sabre d'Honneur; 30 mai 1803; pour ce dernier, il s'agit en fait de François Noirot, comme le prouvent les recherches de Mrs Daniel Lemaire, et Philippe Missillier (accès au dossier Noirot-Lemaire.pdf).

sabre d'honneur 1er Légersabre d'honneur 1er Légersabre d'honneur 1er Léger
sabre d'honneur 1er Léger
Sabre d'honneur du Sergent Noirot - Collection privée; avec l'aimable autorisation de Mr Lemaire

 

- Occupation du golfe de Tarente

La rupture de la Paix d'Amiens décide Bonaparte à occuper sans délai le golfe de Tarente, soit pour empêcher les Anglais de débarquer par là sur le continent, soit pour préparer une nouvelle expédition en Egypte.

Le 16 avril 1803 (26 germinal an 11), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous prie, Citoyen Ministre, de donner l'ordre au général Murat de réunir à Faenza une division, qui devra être toujours prête à se porter, au premier ordre, partout où les circonstances l'exigeront. Ce corps sera commandé par un général de division et sera composé :
Des deux premiers bataillons de la 42e complétés au grand pied de paix; des deux premiers bataillons de la 6e de ligne portés au grand complet de paix; des deux premiers bataillons de la 1re légère également portés au grand complet de paix; de trois escadrons du 7e régiment de dragons et de trois escadrons du 9e régiment de chasseurs portés au grand complet de paix;
Du premier bataillon de la 4e demi-brigade de ligne italienne complété à 700 hommes; du premier de la 2e helvétique complété à 700 hommes; du premier bataillon de la 1re légère italienne complété à 700 hommes, et de deux escadrons du 1er régiment de hussards italiens complétés à 300 hommes; des deux premiers bataillons de la demi-brigade polonaise complétés au pied de guerre, et de deux escadrons du régiment de cavalerie polonais complétés à 300 hommes;
De trois divisions d'artillerie française avec un approvisionnement et demi (chacune de six pièces) ;
Et d'une division de six pièces d'artillerie de la République italienne avec un double approvisionnement.
Les troupes italiennes seront sous les ordres du général Lechi, lequel aura sous ses ordres deux généraux de brigade, qui seront désignés par le ministre de la guerre de la République italienne.
Pour les troupes françaises, indépendamment du général commandant, il y aura un général pour commander la cavalerie et deux généraux de brigade; et, comme il est inutile de faire des camps, qui d'ailleurs sont toujours coûteux, toutes ces troupes seront cantonnées à Faenza et dans les environs. Ce qui restera des corps de troupes françaises et italiennes cantonnées à Faenza sera mis en garnison dans les différentes places de la Romagne
" (Correspondance de Napoléon, t.8, lettre 6689).

Bonaparte désigne pour commander le Corps d'occupation le Général Gouvion Saint-Cyr, "jugé par le Premier Consul comme il méritait de l'être, dit Thiers, c'est-à-dire comme l'un des premiers généraux du temps".

Le Corps d'occupation comprend comprend deux Divisions : une Division française (Général Verdier) et une Division italienne (Général Lecchi), une Brigade de cavalerie et de l'artillerie. La 1ère Division Verdier se compose de la 1ère Demi-brigade légère, des 6e et 42e Demi-brigades de ligne (voir l'historique du 42e de Ligne), de la 2e Demi-brigade helvétique et d'un Bataillon d'infanterie légère ligurienne. La 1ère Légère est à la 2e Brigade Quesnel.

Le Capitaine Duthil raconte : "Le 28 (8 floréal) les deux premiers bataillons du régiment, complétés par des hommes tirés du troisième, partirent de Mantoue, ainsi que les carabiniers de ce bataillon pour se rendre dans le royaume de Naples, destinés à faire partie du corps d'observation sous les ordres du général Gouvion Saint Cyr, chargé d'occuper les points les plus importans de ce royaume, le long des côtes de l'Adriatique; le roi de Naples devant prendre à sa solde, en ce moment, selon un des articles secrets de son traité de paix avec la France, vingt mille Français pour garantir ses côtes depuis Pescara jusqu'à Galipoli, contre les tentatives que pourraient faire les Anglais et les Russes, dont les flottes parcouraient ces parages avant même qu'ils n'eussent déclaré la guerre à la France.
Chargé par le conseil d'administration du régiment de remplir au troisième bataillon les fonctions d'officier payeur, le quartier maître partant avec l'état major, je quittai le premier bataillon pour passer au troisième, sous les ordres du chef de bataillon Gastelais, désigné pour le commander pendant sa séparation du corps.
Je restai donc à Mantoue après le départ de nos deux premiers bataillons, tenant la comptabilité, recevant et incorporant les conscrits du département des Alpes maritimes, qui nous furent amenés par les détachemens de notre recrutement établi à Nice, sous le commandement de monsieur le capitaine Brinisoltz
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

La rupture avec l'Angleterre est consommée le 13 mai 1803 par le départ de Mr Withworth, Ambassadeur d'Angleterre à Paris.

La 1ère Demi-brigade légère, dont l'effectif est alors de 61 Officiers et 1408 hommes, se met en marche à la fin de mai 1803, passe par Bologne, Forli, Ancône, Chiéti, Campo-Basso, Foggia, Canosa, et arrive à Tarente le 25 prairial an XI (13 juin 1803). Elle traverse ainsi dans toute sa longueur cette vieille terre d'Italie, si riche en souvenirs de toute sorte : Bologne avec ses gracieux palais de marbre, les tours des Asinelli et de Garissendi, la merveilleuse fontaine de Neptune; Ancône et ses curieux arcs de triomphe de Trajan et de Benoît XIV; Chieti où fut fondé au commencement du xvie siècle l'ordre sévère des Théatins, dont les membres, n'ayant pas même le droit de quêter, devaient se contenter pour vivre des aumônes que la charité leur apportait spontanément; Foggia, encore mal remise des terribles tremblements de terre de 1781; enfin Tarente, fondée par les Crétois, plus de 700 ans avant J .-C., dans une île rattachée au continent par deux grands ponts de pierre. C'est un véritable voyage de touristes entrepris dans la belle saison et qui doit un peu dédommager nos chasseurs de leurs excursions alpestres pendant l'hiver de 1800.

Les Généraux Verdier et Quesnel s'établissent à Lecce dans la presqu'île de la Pouille. La 1ère Légère est obligée de se fractionner dans plusieurs cantonnements pour vivre sur le pays.

Le 27 juin 1803 (8 messidor an 11), Bonaparte écrit depuis Amiens au Général Lacuée, Président de la Section de la Guerre du Conseil d'Etat : "Citoyen Lacuée etc., j'ai lu avec attention votre dernière lettre. J'ai remarqué que ... par l'arrêté du 1er floréal, vous avez donné :
... à la 1re légère qui est en Italie 672 hommes ...
" (Correspondance générale, t.4, lettre 7771).

Situation en juillet 1803 (côte SHDT : us180307)

Chef de Corps : MANIGAULT-GAULOIS Chef de Brigade - infanterie
Observations : juillet 1803 effectif : 1806 Officiers et hommes
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Cerisier à Mantoue - Armée d'Italie - colonne de troupes - Gouvion Saint Cyr - troupes francaises - Verdier
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lejeune à Mantoue - Armée d'Italie - colonne de troupes - Gouvion Saint Cyr - troupes francaises - Verdier
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Gastelais à Mantoue - Armée d'Italie - colonne de troupes - Gouvion Saint Cyr - troupes francaises - Verdier

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Enfin, notre 3e bataillon, remis au complet, habillé, équipé et armé, reçut aussi l'ordre d'aller rejoindre ses deux premiers bataillons dans le royaume de Naples. En conséquence, le 3 juillet (14 messidor), il partit de Mantoue et tint l'itinéraire suivant, le même que parcoururent nos deux premiers bataillons. En raison de l'extrême élévation de la température pendant le jour, l'ordre prescrivait de ne mettre les troupes en marche qu'après le coucher du soleil.

- Marche dans les Etats de l'Église

Le 3 (14) le 3e bataillon fut loger à Carpi, le 5 (16) à Modène, le 6 (17) à Bologne, le 7 (18) à Imola avec séjour; le 9 (20) à Forli, passant par Castel Bolognese et Faënza ; le 11 (22) à Césène, patrie des papes Pie VI, Jean Ange Braschi né en 1717, et Pie VII, Grégoire Barnabe Louis Chiaramonte né en 1742; le premier mort en exil à Valence en Dauphiné le 29 août 1799, et le second, qui a fait deux fois, sous différens auspices, le voyage de Rome à Paris, la première fois pour couronner Napoléon empereur, et la seconde comme son prisonnier; et qui, dès lors, comme son prédécesseur, a aussi subi des persécutions et l'exil, mais à l'époque de notre passage à Césène il était régnant à Rome dans toute son autorité.
Le 12 (23) nous fûmes à Rimini, belle ville, ancienne, voisine de Rubicon. Sur la place est un monolythe, sur lequel, dit la tradition, César monta pour haranguer son armée avant de marcher sur Rome. Cette ville possède un arc de triomphe en marbre, érigé à l'empereur Auguste. Elle est assise sur un terrain en pente qui se termine à l'Adriatique, et son port est formé par la rivière Marechio, qui se jette à la mer à quelque distance de la ville; nous y séjournâmes le l3 (24).
A peu de distance de Rimini dans les montagnes est la ville de Saint Marin, petit état ayant une superficie de 15 lieues carrées, une population de 7.000 âmes, 70 à 80.000 francs de revenu, et une armée de 40 soldats. Bonaparte, pendant sa première campagne d'Italie, lui fit don de deux petites pièces de canon, qui composent encore toute son artillerie.
Le 14 (25 messidor) nous allâmes à Pesaro, passant par Cattolica. Pesaro est une petite ville du duché d'Urbin, sur la Figlio, formant un état à part. Au centre de la place de Pesaro est une belle fontaine en marbre blanc ornée de bronze.
Le 15 (26), nous passâmes à Fano, et nous fûmes loger à Sinigaglia, belle ville, commerçante, assise sur l'Adriatique, dans la marche d'Ancône ayant un bon port. Elle est particulièrement renommée pour ses belles foires de juillet et d'août, fréquentées par des marchands de toutes les nations. Pendant leur durée, les principales rues, quelque larges qu'elles soient, sont recouvertes de toiles tendues d'un côté de la rue à l'autre sans discontinuité, pour intercepter les rayons solaires; et la ville est alors doublée par le grand nombre de baraques élégantes établies sur le champ de foire et sur le port, renfermant des marchandises de toutes les espèces; et la population est considérablement augmentée par le concours immense d'étrangers de toutes les nations qui y affluent pour leur commerce.
Le 16 (27) nous fûmes à Ancône, batie sur la pente d'une colline qui descend jusqu'à la mer; son sommet est couronné par un fort dominant la ville et le port; cette ville est aussi fréquentée par des marchands de toutes les contrées de l'Europe; on y parle toutes les langues; les juifs y sont nombreux et riches, ils y possèdent une belle synagogue; le lazareth est spacieux et d'une forme octogone, bâti en mer, et on y communique par un pont sur pilotis.

- A Lorette

Le 15 (28) nous allâmes à Lorette, évéché , petite ville, bâtie sur le sommet d'une colline, possédant d'assez beaux édifices en marbre et des statues en bronze. Elle doit les richesses de son trésor à la dévotion des fidèles à une chapelle qui fut, dit-on, la maison dans laquelle est née la vierge Marie, et où elle fut visitée par l'ange Gabriel, à Nazareth, laquelle maison fut transportée miraculeusement par des anges, de Nazareth en Dalmatie, puis sur le piton de Lorette où elle est maintenant. Cette maison rustique est enfermée dans la grande et somptueuse église d'un magnifique couvent dont les appartemens nombreux et richement meublés, servent de logement aux abbés, au chapître, aux pèlerins et aux trésors della Madona. La maison de la Vierge à Lorette est d'une seule pièce carrée, de plein pied et sans le moindre ornement, ce qui donne une fort mauvaise idée des habitations des juifs sous Hérode; les murs nus et fortement noircis, beaucoup plus par la fumée des lampes et des cierges que par l'action du temps, sont d'un sombre repoussant. On y montre un fragment de vase qu'on dit avoir fait partie du ménage de la vierge. La statue, ouvrage de Saint Luc, placée dans une grande niche au dessus du tabernacle, fut, dit-on, enlevée et envoyée en France en otage d'une forte somme, lors de la première invasion des Français en Judée, puis, après l'acquittement, renvoyée comme un colis de marchandises par la voie du roulage.
On est émerveillé du nombre prodigieux de lampes, de candélabres, d'ex-voto en argent et en or que possède le trésor de cette chapelle, dont plusieurs sont d'un travail et d'un fini parfait, offerts par reconnaissance ou par l'espoir d'obtenir une guérison ou un secours : là sont en évidence les riches dons offerts par Louis VIII qui mit la France sous la protection de la vierge Marie. L'extérieur de la sainte Chapelle, entièrement renfermée et comprise dans le bas côté droit de l'église, est revêtu de marbre, composant une architecture remarquable, ornée de pilastres, de niches, de bas reliefs et de statues en marbre blanc; les portes de cette basilique sont chargées de bas reliefs en bronze d'un fini admirable, représentant les principales circonstances de la vie de la vierge; dans les nefs latérales sont des tableaux mosaïques dont les personnages, de grandeur naturelle, sont d'un coloris brillant, d'une correction parfaite et d'un prix inestimable : de chaque côté sont aussi des confessionaux portant indication de la langue que parlent les pénitenciers qui y sont attachés. A Lorette toutes les maisons particulières sont disposées en auberges pour y recevoir le nombre prodigieux de pélerins de toutes les nations qui viennent dévotement visiter ce saint lieu; il s'y fait un très grand commerce de rosaires, de scapulaires, d'images et autres objets de dévotion, de tout métal et de tout prix, que l'on fait bénir et toucher par le prêtre, custode della sancta Casa, aux murs et à la statue miraculeuse della Madona. On arrive à la basilique par une place décorée d'une riche fontaine en marbre et bronze et de la statue colossale, assise, du pape Pie VI; les pélerins qui font pour la première fois le voyage de Lorette, ne montent la pente de la colline et ne traversent cette place que pieds nus, et souvent sur leurs genoux.
Le 19 (30) nous logeâmes à Porto di Fermo, ville ancienne, servant d'entrepôt à celle de Fermo, bâtie sur le haut d'une colline, à une lieue de l'Adriatique.
Les habitans de cette contrée étaient encore plongés dans la plus grande affliction : des corsaires algériens, débarqués quelque jours auparavant, avaient pillé tout le pays, et enlevé autant d'hommes et de femmes qu'ils purent en atteindre; il les avaient ennnenés à leur bord comme esclaves. La veille, une de leurs barques était venue rejeter sur la plage ceux que leur âge ou leurs infirmités mettaient hors d'état de leur être de quelque utilité. Ainsi, les pleurs coulaient encore pour des parens, une épouse, un mari , un frère, pour des êtres chéris que l'on n'espérait plus revoir.
Le 20 (1er thermidor) nous logeâmes à San Benedetto, dernière ville de la domination papale.

- Marche dans le royaume de Naples

Le 21 (2) nous arrivâmes à Julia Nova, petite ville du royaume de Naples dans les Abruzzes; le 22 (3) nous fûmes à Pescara, forteresse à l'embouchure de la Pescara à l'Adriatique, ayant un petit port servant au cabotage et à la pêche; nous y séjournâmes le 23 (4).
Le 24 (5) nous allâmes à Ortona, ville située sur le haut d'une colline, dont le pied, traversé par la route, est baigné des flots de l'Adriatique.
Le 25 (6) à Loyano, coupée par le Feltrino, torrent sur lequel on a élevé des arches d'une grande ouverture et d'une grande profondeeur, par dessous lesquelles coule le torrent, toujours impétueux en temps de pluie; par dessus passe la route qui croise le torrent, et ces arches supportent l'église qui, placée de cette manière, produit un effet des plus pittoresques, vue des bords de la mer.
Le 26 (7) nous nous rendîmes à Vasto d'Amone; le 27 (8) à Termoli, petite ville fermée de hautes murailles, bâtie sur un rocher très élevé ; nous y séjournâmes le 28 (9).
Le 29 (10) nous couchâmes à Serra Capriola, le 30 (11) à San Severo, province de la Capitanate.
Toutes les villes, bourgs et villages que nous venions de traverser, depuis notre entrée sur le territoire napolitain, contrastaient tellement avec ce que nous étions accoutumés de voir en Italie, tant en architecture qu'en une sorte de propreté, que nous crûmes être dans un pays dépourvu de toute ressource, car tout ce que nous y vîmes annonçait la misère et le mépris des choses les plus utiles au bien être habituel.
Le 31 (12) nous arrivâmes à Foggia, ville nouvelle, bâtie au milieu d'une plaine immense, entre les versans des montagnes de la Calabre et les bords de l'Adriatique, où se rassemblent en automne de nombreux troupeaux de moutons, de chèvres et de boeufs, pour y paître pendant l'hiver, abandonnant alors le pâturage des montagnes. Dans cette contrée on commence à se servir de buffles pour le charriage. Nous eûmes séjour le 1er août (13).
Le 2 aoùt (14) nous logeâmes à Cerignola, petite ville située au bout de la plaine de Foggia.
Le 3 (15) nous fûmes à Barletta, port de mer sur l'Adriatique, dans la terre de Bari, ayant un château fort.
Sur la place et contre la façade de la maison de ville, est adossé un colosse en bronze représentant un empereur romain, dépouillé des attributs impériaux; l'opinion commune affirme que cette statue est celle d'un dieu du paganisme, mais elle ne sait lequel. Au reste, cette masse qui ne se présente que de face, la partie postérieure étant toute plate, n'offre rien de remarquable sous le rapport artistique.
Le 4 (16) nous fûmes à Trani, Bisceglia et Molfelta; ce dernier endroit possède un port marchand assez commode.
Le 5 (17) nous logeâmes à Bari, ville principale de la terre de Bari, ancienne et assez belle ayant aussi un bon port de commerce. Les édifices y sont beaux; il s'y fait un grand commerce d'huile d'olives, le pays étant couvert d'oliviers plantés par les Français dans le douzième siècle, au temps de Charles, frèrc de Saint Louis roi de france : nous y fîmes séjour le 6 (18).
Le 7 (19) nous allâmes à Mola; le 8 (20) à Monopoli; le 9 (21) à Ostuni; le l0 (22) à Messagino; le 11 (23) à Squinzano; le 12 (24) à Lecce, ville de la terre d'Otrante ...
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 14 fructidor an XI (1er septembre 1803), la 1ère Légère est dispersée entre Lecce, Brindisi, Gallipoli, Otrante et Polignano.

Le 6 septembre 1803 (19 fructidor an 11), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "On a envoyé, Citoyen Ministre, les 6e et 42e de ligne et la 1re légère dans le royaume de Naples. Faites-moi connaître les mesures qu'on a prises pour l'habillement et surtout pour l'armement des conscrits. Je suis instruit qu'on n'en a pris aucune pour l'armement.
Il me semble qu'il aurait été convenable de faire arrêter ces conscrits dans la Romagne, et là, de les armer et habiller avant de les envoyer dans le royaume de Naples. S'ils étaient arrivés à Tarente, il serait convenable d'y faire passer des fusils dans le plus court délai ...
" (Correspondance de Napoléon, t.8, lettre 7081; Correspondance générale, t.4, lettre 8009).

D'après les Etats militaires de l'an XII (1803-1804), la 1ère Légère est à Otrante (Naples). Les cadres du Régiment sont constitués de la manière suivante :

- Etat major : Colonel Bourgeois; Major N.; Chefs de Bataillon Lejeune, Gastelais, Cérisier; Quartier maître trésorier Capitaine Garcin; Adjudants major Capitaines M. Dénéchaux, Moutin, Montossé; Chirurgiens majors Deuzan, Herpain.
- Capitaines : Vautier, Merle, Demollin, Emmerechts, Bommart, Brinisholtz, Decoulazé, Laprade, Kolvenbach, Babo, Marin, L. Chouëller, Vanderhéeren, Salmon, Vancutsem, Sacré, Grime, Thorin, Baudin, Réymaeckers, Lefranc, Roblin, Tison, Chomé, F. Denéchaux, Mourrier, N.
- Lieutenants : Devienne, Henrion, Messemer, A. Bouillet, Legendre, Bétrémieux, Valdan, Bouhon, Wiltmer, Challot, Laisné, Joannes, Guisbier, Baroux, Dumarché, Herwegh, G. Bouillet, J. Chouëller, Canche, Saget, Poulain, Filet, Boutyn, Normand, Artagnan, N., N.
- Sous lieutenants : Michel, Tombeur, Cholet, Duthilt, Badoz, Déchaux, Leblanc, Martin, Lambert, Menestrel, Prévot, Fréjacque, Lecerff, Saint-Pierre, Marechapt, Bauwens, Pater, Lecomte, Bertrand, Takels, Lallemand, Tillet, Dégand, Mauduit, Jacquet, Marechal, N.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"... l'état major du régiment était à Gallipoli, avec les carabiniers du 3e bataillon ; le 2e occupait Otrante, et le 1er Lecce. Ainsi nous venions de nous réunir à nos deux premiers bataillons et à notre état major, et nous comptions ne plus nous séparer, mais le 1er septembre (14 fructidor) nous eûmes l'ordre d'aller loger à San Piétro à une lieue de Lecce ; nos carabiniers y vinrent avec nous" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Pendant l'occupation du Golfe, le 1er Léger change souvent d'emplacements, soit pour ne pas faire porter sur les mêmes localités les charges de l'occupation, soit pour montrer les troupes françaises dans les campagnes où l'insurrection couve. Ainsi, le 3e Bataillon est, selon l'historique régimentaire, détaché de la fin d'octobre 1803 au commencement de février 1804 ; il va pendant ces quatre mois tenir garnison à Pescara où il fait partie du petit Corps d'occupation des Abbruzes placé sous les ordres de l'Adjudant général Sénécal. Ce corps comprend avec le 3e Bataillon du ler Léger, le 3e Bataillon du 42e de Ligne, un Escadron de Hussards italiens et une Compagnie d'artillerie à pied italienne.

Le Capitaine Duthilt écrit :
- A Pescara

Plusieurs détachemens de conscrits destinés pour le régiment, dirigés d'abord de Nice sur Mantoue, furent, de là, envoyés à notre suite dans le royaume de Naples.
Mais le point avancé que le régiment occupait, absolument à l'extrémité de l'Italie méridionale, entre l'Adriatique et la Méditerranée, n'était pas un lieu convenable pour y habiller, équiper, armer et exercer des recrues; il était plus convenable de les recevoir sur un point à l'entrée du royaume de Naples; le général Saint Cyr informé à temps, les arrêta à Pescara et fit tenir au 3e bataillon l'ordre de rétrograder avec nos magasins et nos ateliers ; de sorte que ce bataillon se remit en marche le 6 (19) pour Pescara. Le chef de bataillon Gastelais qui le commandait, passa au 2e bataillon et monsieur Lejeune vint le remplacer au 3e.
Ce bataillon, remis en marche à la date ci dessus, reprit en sens inverse l'itinéraire qu'il avait tenu pour se rendre à Lecce, et il arriva à Pescara le 26 (3 vendémiaire) où des conscrits l'attendaient. Il entra aussitôt en caserne, organisa des ateliers, et prit le service de la place. Hlabiller, équiper, armer des conscrits et leur faire répéter deux fois par jour les leçons successives prescrites par l'ordonnance sur les manoeuvres de l'infanterie, passant d'une école à une autre, depuis la position de l'homme sans arme jusqu'à l'école de peloton, telles furent les plus sérieuses occupations imposées aux officiers depuis le mois d'octobre 1803 jusqu'à la fin de janvier 1804
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Par arrêté du 1er vendémiaire an XII (23 septembre 1803), le Premier Consul modifie la composition de l'armée. Dans l'Infanterie, il supprime la dénomination de Demi-brigade et rétablit celle de Régiment; la 1ère Demi-brigade légère devient donc 1er Régiment d'Infanterie légère.

Le 14 novembre 1803, Verdier est remplacé par le Général Montrichard à la tête de la Division.

Le 12 frimaire an XII (4 décembre 1803), le Chef de Brigade (désormais Colonel) du 1er Léger, Manigault-Gaulois, ayant été nommé Général de Brigade, il est remplacé par le Colonel Charles François Bourgeois.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"- Le Colonel Gaulois remplacé par le Colonel Bourgeois
Pendant notre séjour à Pescara, notre colonel, M. Manigault Gaulois, promu au grade de général de brigade, fut remplacé au régiment par M. Charles Bourgeois, ancien colonel d'état major. Dès son arrivée, il donna un dîner aux officiers des deux bataillons, placés à Tarente et dans les environs de cette ville; et, le 21 février (1er ventôse) il en offrit également un aux officiers du 3e qui venait d'arriver à Tarente
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Charles François Baron Bourgeois

(4 octobre 1803 - 6 août 1811)

Services : Né à Issy (Seine), le 8 mars 1759. A pris du service dans la marine en 1775. Soldat au Régiment d'Auvergne (infanterie), le 3 décembre 1785. Entré dans le 3e Bataillon de volontaires de Paris en 1792. Capitaine à l'élection, puis Lieutenant colonel du même Bataillon, le 1er janvier 1793. Adjudant-général lieutenant-colonel à l'armée de l'Ouest, le 28 ventôse an II (18 mars 1794).

Chef de brigade, le 23 brumaire an IV (14 octobre 1795); mis à la suite, le 7 germinal an VI (27 mars 1798) mais donné également Chef de la 13e Demi-brigade d'Infanterie Légère le 1er avril 1798; replacé en activité pour commander la 19e Demi-brigade légère, le 1er frimaire an VII (21 novembre 1798); mis en non-activité à l'embrigadement de l'an XI, écrivit au chef du gouvernement pour lui rappeler ses services passés et solliciter de l'emploi. Le Premier Consul lui confia le commandement du 1er Régiment d'infanterie légère, le 12 vendémiaire an XII (4 octobre 1803).

Général de Brigade, le 6 août 1811; appelé au commandement de la place de Mequinenza, le 11 septembre 1812; y fut fait prisonnier avec sa garnison en 1814, après une longue et glorieuse défense; rentré en France après le traité de Paris, fut employé par Louis XVIII en qualité d'adjoint à l'inspecteur général des 18e et 19e Divisions militaires; offrit ses services à Napoléon en mai 1815 qui lui donna un commandement; fut mis à la retraite au second retour des Bourbons, par ordonnance du 1er août 1815. Mort le 11 ou le 21 juillet 1821.

Campagnes, blessures et citations : 1778 - Combat naval d'Ouessant (26 juillet) où il fut grièvement blessé d'un coup de feu dont la balle est restée dans la plaie. 1782-1783 - En Amérique. 1792 - A l'armée du Nord. 1793 - En Vendée : le 12 septembre, "défendit avec quatre hommes le pont de Cé contre un nombre considérable de rebelles et s'y maintint sous le feu de la mousqueterie et de deux pièces de canon placées sur la rive gauche de la Sarthe; après la rupture du pont, soutint vaillamment la retraite de la division du général Duhoux qui avait été mise en déroute". Pendant cette action, il reçut un coup de biscaïen à l'épaule droite. Ans II et III - A l'armée du Nord. An IV - A l'armée des côtes de l'Océan. Ans V et VI - A l'armée des côtes d'Angleterre. Ans VII et VIII - A l'armée de l'Ouest. Ans VIII et IX - A l'armée d'Italie : "A Marengo, chargé par le général Berthier de se porter sur la droite de l'armée, forma sa demi-brigade en colonne serrée par division, chargea l'ennemi à la baïonnette jusqu'au village de Castel-Ceriolo, qu'il fit immédiatement occuper, prit un grand nombre d'hommes, se maintint dans cette position, sous un feu meurtrier d'artillerie, et infligea à ses adversaires des pertes considérables"; se distingua au passage de la Brenta; peu après, engagea devant Montebello un combat opiniâtre, chassa l'ennemi de Montechio-Maggiore défendu par 3 Régiments autrichiens et se rendit maître de la ville; eut dans cet engagement un cheval tué sous lui. An X - A l'armée d'Italie.

Ans XII, XIII, XIV, 1806, 1807 et 1808 - Aux armées de Naples et d'Italie. De 1808 à 1813 - Aux armées de Catalogne et d'Aragon : "se couvrit de gloire avec le 1er Léger aux sièges de Valence, de Tortose et de Tarragone, et à la prise du Mont-Serrat". Cité au Bulletin officiel comme s'étant particulièrement fait remarquer à la prise d'assaut de Tarragone, le 21 juin 1811. 1814 - Défense de Mequinenza dont il est commandant de place. 1815 - Commande une Brigade de la 1ère Division du 1er Corps de l'armée du Nord.

Décorations et distinctions honorifiques : An II - 28 ventôse (18 mars 1794), reçut le brevet d'une arme d'honneur et une mention honorable dans le bulletin décadaire. Membre de la Légion d'honneur, le 19 frimaire an XII (10 décembre 1803). Officier du même ordre, le 25 prairial an XII (14 juin 1804); Baron d'Empire le 12 novembre 1811

 

Fig. 10

Le Capitaine Duthilt raconte :
"Passer le temrps le plus agréablement possible, et surtout les longues soirées d'hiver dans une petite forteresse qui n'avait aucune ressource, était un problème assez difficile à résoudre, car elle n'offrait qu'un seul divertissement par semaine, assez cruel et bien monotone, celui d'un ou plusieurs boeufs destinés à la boucherie, à qui des chiens parfaitement dressés donnaient la chasse à travers les principales rues, au risque de faire éventrer les passans et les curieux établis sur leur passage, comme s'ils n'avaient absolument rien à craindre, se fiant sur la possibilité qu'ont les bouchers, donnant ce spectacle, de diriger la course de ces animaux et de les arrêter à volonté, au moyen des longues cordes attachées à l'origine de leurs cornes, tenues l'une en avant et l'autre en arrière par plusieurs hommes vigoureux et exercés à cette manoeuvre, qui se prolonge jusqu'à ce que les boeufs soient bien fatigués, outrés de colère et ruisselans de transpiration; alors seulement ils sont ramenés à la boucherie, abattus et saignés immédiatement.
Afin de nous lier avec les habitans, nous nous décidâmes à monter un théâtre pour y jouer la comédie en société.
En conséquence, les officiers de notre 3e bataillon, les médecins et chirurgiens et les employés de l'hôpital militaire se cotisèrent à cet effet. Le choix des acteurs et des actrices fait, les emplois convenus, le local arrêté, nous mîmes aussitôt la main à l'oeuvre pour dresser le théâtre, peindre les décors et orner la salle. Le choix des pièces ne nous embarrassa guère, car nous ne trouvâmes dans notre bibliothèque ambulante que le Barbier de Séville de Beaumarchais. Il fut décidé qu'un de nous suppléerait à cette pénurie par une bluette, qu'on ajouterait a la grande pièce, jusqu'à ce qu'on put se donner un répertoire plus étendu. En même temps qu'on me désignait pour remplir le rôle de Bartholo, on me chargeait encore de l'emploi de compositeur, et bon gré mal gré, je fis à la hâte un petit acte mêlé de couplets pour satisfaire aux désirs de trois des nôtres qui avaient de belles voix; et cette faible composition fut en scène menée à bonne fin. Je lui donnai pour titre : L'Amant aimé pour lui même, comédie en un acte mêlée de chant.
Bientôt nous pûmes organiser des bals, tellement les dames prirent goùt à ces divertissemens
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

 

Etat des conscrits que chaque département doit fournir sur les classes de l'an XI (1803) et de l'an XII (1804)
Alpes Maritimes
244
Manche
196

 

Situation en janvier 1804 (côte SHDT : us180401)
Chef de Corps : BOURGEOIS Colonel - infanterie
Conscrits des départements des Alpes Maritimes - de la Manche des ans XI et XII
Observations : janvier 1804 effectif des 2 Bataillons : 1425 Officiers et hommes dont hopitaux 85 hommes
CABANNES Major - infanterie ; GARIN Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Cerisier à Tarente - Armée d'Italie - états de Naples - Gouvion Saint Cyr - 1ère Division troupes francaises - Montrichard
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lejeune à Massafi - Armée d'Italie - états de Naples - Gouvion Saint Cyr - 1ère Division troupes francaises - Montrichard
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Gastelais - Armée d'Italie

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Nous partîmes de Pescara le 4 février (14 pluviôse) pour nous rendre à Tarente; ce même jour nous fûmes coucher à Ortona, le 5 (15) à Lanciano, le 6 (16) à Vasto, le 8 (18) à Termoli, le 9 (19) à Serra Capriola, le 10 (20) à San Severo, le 12 (22) à Foggia, le 13 (23) à Cerignola, le 14 (24) à Barletta, le 15 (25) à Molfelta, le 16 (26) à Bari, le 18 (28) à Aquaviva, le 19 (29) à Gioja, le 20 (30) à Massafra, et le 21 (1er ventôse) à Tarente où était notre état major et notre 1er bataillon ; notre 2e bataillon était étendu de Barletta à Massafra.
En traversant la plaine de Foggia, dans la matinée du 12 février (22 pluviôse), les marches de nuit n'étant plus d'obligation dans cette saison, nous cûmes le spectable d'une éclipse annulaire de soleil, et comme rien ne s'interposait entre cet astre et nous, nous pûmes la suivre dans toutes ses phases, du commencement à sa fin. Au milieu de son occultation parfaite, nous nous trouvâmes plongés dans une obscurité semblable à celle que produit un crépuscule du soir, dans un beau jour d'été, une heure après le coucher du soleil; obscurité pour nous d'autant plus sensible en ce moment que le ciel resplendissait auparavant d'une vive et pure lumière ...

- Souvenirs de Tarente

La ville de Tarente, dans la terre d'Otrante, est assise au fond du golfe qui porte son nom, dans la Méditerranée. L'entrée de son port est défendue par deux îles fortifiées : l'une appelée Saint Pierre et l'autre Saint Paul. Dans la première est inhumé le général Choderlos de Laclos, auteur des "Liaisons dangereuses", ancien secrétaire des commandemens de Philippe d'Orléans, dit Egalité, en 1793; ce général d'artillerie, étant mort à Tarente en 1803, les officiers de ce corps lui ont fait élever un mausolée magnifique, adossé au contrefort de la batterie principale.
La rade de Tarente peut abriter un très grand nombre de bâtimens de commerce; son port est fréquenté par les marchands de toutes les nations. On remarque près de la ville un aqueduc ancien, d'une longue étendue, amenant l'eau des montagnes. La cathédrale est un édifice curieux bâti sur un rocher dont le pied plonge dans la mer, elle semble être isolée de la terre ferme. En cet endroit, le rivage est couvert d'un nombre prodigieux de coquillages, beaux de formes et de couleurs ; c'est là que les amateurs et les spéctateurs font choix des plus beaux et en composent des collections en boites à comportimens ou en tableaux, qui contiennent tout ce que la Méditérranée peut offrir de précieux en ce genre. Cette contrée est riche en vignobles, en oliviers, orangers, citronniers, figuiers, amandiers, enfin en fruits délicats, de toutes les espèces recherchées par le commerce, surtout en champs de cotonniers roux et blancs.
Le patron de la ville de Tarente est Saint Gaetano; sa fête se célèbre en août avec la plus grande solennité; elle est annoncée la veille par le son de toutes les cloches, par des détonations de pièces d'artifices et par de bruyantes sérénades; toutes les populations des contrées voisines viennent se joindre à celle de la ville et se porter en masse à la cérémonie du jour, et à la procession dans laquelle l'effigie de Saint Gaetano occupe la place la plus distinguée; des prêtres portent dévotement ce lourd fardeau sur un brancard, et sur son passage la population agenouillée, le presse de faire un miracle selon sa louable habitude; arrivé au point convenu, les cris de la multitude se font entendre avec véhémence, la procession s'arrête, le saint est placé sur un reposoir excessivement paré; les infirmes s'en approchent, touchent le reliquaire, et plusieurs de ces malheureux jettent aussitôt leur bâton, leurs béquilles, et prouvent en ganbadant qu'un miracle vient de s'opérer en leur faveur; à l'instant la joie devient extrême, tous l'expriment bruyamment ; le miracle est authentique, il est accompli, le saint patron a conservé toute sa vertu, toute son efficacité, malheur à qui en douterait. C'est le signal de détonations assourdissantes; elles se répètent au loin comme auprès; les corps de musique, les fifres, les tambours, les trompettes éclatent à la fois et célèbrent la gloire et la générosité de San Gaetano; la procession rentre dans un désordre joyeux, et la fête se termine le soir par un feu d'artifice en girandoles, toujours accompagné de pétarades et de coups d'armes à feu; après quoi chacun se retire faisant des voeux pour avoir le bonheur de jouir encore, l'année suivante, d'un aussi brillant spectacle.
Chaque localité du royaume de Naples a sa fête patronale : la saint Nicolas à Bari, la saint Janvier à Naples; mais l'éclat de ces solennités diffère en raison des richesses et des ressources qu'elles possèdent; partout on y fait une dépense considérable, et partout des miracles; les miracles dans la basse Italie sont le but et le complément de toutes les fêtes religieuses.
C'est dans les environs de Tarente qu'on a d'abord observé plus particulièrement une grande araignée, dont le nom Lycosa Tarentula, lui a été donné à cause de cette ville, quoiqu'on la rencontre aussi dans les Calabres et en Espagne, ainsi que dans les autres contrées chaudes.
La tarentule est devenue célèbre parce qu'on a attribué à sa morsure réputée venéneuse, des maladies dont la musique et la danse étaient le remède ; néanmoins un de nos sergens majors nommé Regnard, en fut piqué à la face, dans une halte faite auprès de quelques masures, et la partie atteinte s'enflamma tellement qu'elle lui fit éprouver des douleurs excessives; il y eut ulcère et sa vie en fut menacée; mais ni la musique ni la danse ne purent apporter le moindre soulagement à ses souffrances, il fallut tailler dans les chairs pour enlever la partie malade; alors seulement il fut soulagé et put guérir.

- Ma nomination au grade de Lieutenant

Le 10 mars, j'ai été promu au grade de lieutenant à la 5e compagnie du 1er bataillon, au choix du gouvernement, en remplacement de monsieur Gaillard admis à la retraite; je pris rang à compter du 15 décembre 1803 (23 frimaire an 12)" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Un arrêté du 22 ventôse an XII (13 mars 1804) crée les Compagnies de Voltigeurs que le 1er Léger met en place.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Le 26 mars 1804 est né à Tarente, royaume de Naples, mon second enfant, Joseph Auguste, lequel est décédé le 3 avril suivant; il fut baptisé et inhumé dans la cathédrale de San Gutaldo. Son parrain a été M. Sacré, capitaine au régiment, et sa marraine madame Isabelle Boulin, épouse d'un lieutenant aussi du régiment.
Vers cette époque, une compagnie, dite de voltigeurs, fut formée dans chacun des bataillons d'infanterie de ligne et légère, composée d'officiers et de soldats les plus aptes à la course, d'une taille moyenne et d'une constitution robuste ; au lieu de deux tambours, ces compagnies eurent deux clairons, et elles remplacèrent les 8es qui furent supprimées ; les 7es compagnies le furent aussi peu après
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Jusqu'en novembre 1805, le Régiment cantonne successivement à Givia, Castellanette, Polignano, Monopoli, Bitonto, Ruvo et Barlette. Entre temps, alors que le 1er Léger achève de s'organiser dans la presqu'île de la Pouille, le Premier Consul est proclamé Empereur des Français par sénatus-consulte du 28 floréal (18 mai 1804). A cette époque, le 1er Léger, situé à l'extrémité sud-est de la péninsule italique, est le Régiment le plus éloigné de Paris. Cela ne l'empêche pas de célébrer l'événement comme il se doit à Castellanette et à Tarente.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"- Bonaparte Empereur
Tandis que nous observions les côtes de l'Adriatique dans le royaume de Naples, surveillance nécessitée par le peu de bonne foi que les puissances vaincues par nos armes inspiraient à notre gouvernement, des faits d'une haute importance étaient sur le
point de surgir en France pour y établir un ordre de choses plus stable, car, ainsi qu'on l'observait, le gouvernement était précaire, quelque chose manquait encore à la nouvelle constitution qui régissait la France, pour abattre les partis et pour rendre sa tranquillité immuabe.
Par la constitution de novembre 1799 (brumaire an 8) Bonaparte Premier Consul, n'était en fonction que pour dix ans ; il avait à lui seul tout le pouvoir, et seul il pouvait diriger toutes les opérations des armées; par suite il avait traversé le Saint Bernard avec sa réserve, s'était placé au dessus des Autrichiens dans le Piémont et les avait vaincus à Marengo le 14 juin 1800 (25 prairial an 8); Moreau et Macdonald, agissant d'après ses ordres, avaient complété cette grande victoire : le premier par celle tant célèbre de Hohenlinden, le 3 décembre même année (12 frimaire an 9) qui écrasa l'armée autrichienne en Allemagne et porta l'armée française aux portes de Vienne; le second par le passage mémorable des Alpes par le mont Splügen exécuté à la mème époque, au fort d'un hiver rigoureux, qui plaça l'armée des Grisons dans le Tyrol italien, derrière l'armée autrichienne en ltalie, déjà refoulée sur le Mincio, et dès lors prise entre deux feux.
Ces trois grandes opérations dirigées par une seule volonté, exécutées avec un accord parfait par trois grands généraux, forcèrent l'empereur d'Autriche à signer la paix de Lunéville le 9 février 1801 (21 pluviôse an 9).
Ce traité glorieux pour la Prance, qui assurait encore une fois la paix continentale, amena enfin celui d'Amiens, du 25 mars 1802 (4 germinal an 10) qui nous donna la paix avec l'Angleterre. Ainsi le Premier Consul, en quelques mois, avait repoussé de toutes parts les ennemis de la France jusque dans leur capitale, conquis une immense étendue de pays, forcé l'Europe à reconnaître son gouvernement et à recevoir la paix .
"Premier Consul à nouveau pour dix ans, le 8 mai 1802 (18 floréal an 10), Consul à vie le 2 août suivant (14 thermidor), Bonaparte, obligé par l'Angleterre à recommencer la guerre en 1803 (an 11), avait fait occuper, comme on l'a vu, le royaume de Naples du côté de l'Adriatique par des troupes françaises, tandis que le côté de la Méditerranée était laissé à la garde des troupes napolitaines, et avait établi un camp à Boulogne-sur-Mer menaçant l'Angleterre d'une descente, tandis que celle-ci préparait par son or une nouvelle coalition contre la France".
Enfin, dans cette situation de guerre toujours renaissante et pour faire perdre aux puissances l'espoir de vaincre jamais la Révolution française, de détruire ses principes si effrayans pour elles, et ôter à jamais aux Bourbons la possibilité de remonter sur le trône qu'ils avaient perdu, mais que toujours ils revendiquaient, et pour rendre la puissance de Bonaparte plus étendue, plus stable et héréditaire dans sa famille, il fut proclamé Empereur des Français, le 18 mai 1804 (28 floréal an 12), titre qui déguisait tant soit peu celui de roi, aux oreilles de ceux qui auraient voulu jouer encore à la République ...
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Situation en juillet 1804 (côte SHDT : us180407)
Chef de Corps : BOURGEOIS Colonel - infanterie
Conscrits des départements des Alpes Maritimes - de la Manche des ans XI et XII
Observations : juillet 1804 : 3 Bataillons sous les armes effectif 2388 Officiers et hommes dont hopitaux 144 hommes
STEILER Major - infanterie ; GARIN Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Cerisier à Bittetto, Acqua, Martina, Tarente, Massafra - Armée d'Italie - états de Naples - Gouvion Saint Cyr - 1ère Division troupes francaises - Montrichard
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lejeune à Bittetto, Acqua, Martina, Tarente, Massafra - Armée d'Italie - états de Naples - Gouvion Saint Cyr - 1ère Division troupes francaises - Montrichard
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Gastelais à Bittetto, Acqua, Martina, Tarente, Massafra - Armée d'Italie

Dans la deuxième quinzaine de thermidor (août 1804), un détachement d'honneur est organisé dans l'Armée de Naples, pour aller en députation à Paris recevoir des mains de l'Empereur de nouveaux drapeaux, les aigles, comme les appela Napoléon. La députation de l'armée de Naples est conduite par le Chef d'escadron Schnetz, Aide de camp du Lieutenant-général (sic) Gouvion Saint-Cyr. Elle comprend 16 hommes de chacun des régiments ci-après : 1er Léger, 6e et 42e de Ligne, 7e Dragons et 11e Chasseurs, et 8 hommes du Bataillon du train, soit en tout 88 hommes.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"- Mouvement dans le Corps d'armée
Le 2 octobre, le général Saint Cyr transféra son quartier général de Tarente à Barletta; l'état major du régiment et le 1er bataillon se rendirent à Corato ; le 2e alla à Ruvo et le 3e fut à Bitonto. Cette dernière ville est connue dans 1'histoire par la défaite des Allemands par les Espagnols en 1734, ce qu'indique une croix monumentale élevée à un quart de lieue de Bitonto, au lieu même où la bataille se donna.
Le 7 est arrivé au régiment Monsieur Stieler, en qualité de major (lieutenant colonel) ; il prit de suite la partie du service confiée à sa surveillance, et par son ton de hauteur et la sévérité de son commandement il nous fit détester ses nouvelles fonctions
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

En Italie, le 29 octobre 1804, le 1er Léger est passé en revue. A cette époque, il présente un effectif total de 2573 hommes.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Le 29 octobre (7 brumaire), le 2e et le 3e bataillons se réunirent au 1er à Corato pour y être passés en revue par un général inspecteur ...
... - Police du royaume de Naples
Une chose commune dans le royaume de Naples et qui prouve la faiblessc de la police générale et locale, du moins à l'époque où nous occupions ce pays, c'est qu'aussitôt que les Sbires se trouvent moins forts que les malfaiteurs qu'ils doivent poursuivre, ceux-ci se présentent hardiment dans une commune, et même dans une ville ouverte, et elles le sont toutes dans ce royaume, pour la faire contribuer à leur gré; ils s'établissent de gré ou de force dans une maison à leur convenance jusqu'à ce qu'on leur ait apporté la somme ou la chose par eux demandée. Une scène de cette nature eut lieu à Bitonto, dès le départ du second bataillon de cette ville pour se rendre à Corato, le 29 octobre 1804 (7 brumaire an 13) : une bande de douze à quinze brigands était venue s'établir dans une maison inhabitée, située près d'une des entrées de 1a ville par où la troupe était sortie le matin, et de là ils sommèrent audacieusement l'autorité civile de leur apporter, sous peu d'heures, une somme importante, menaçant, à défaut d'obtempérer à leur intimation, de mettre le feu à la ville et d'emmener des otages, qu'ils désignèrent, et dont, tôt ou tard, ils se seraient emparés, quand même ces personnes se seraient cachées pour se mettre en sûreté; en vain les Sbires firent des tentatives multipliées pour s'en rendre maîtres, les brigands se battirent avec acharnement et blessèrent plusieurs assaillans ; ils se seraient défendus longtemps, car ils avaient de la poudre et du plomb, mais ils craignirent que le bataillon français ne revint; de sorte qu'à la nuit, ils firent une sortie rapide, se faisant jour à travers les Sbires, et s'éloignèrent sans avoir éprouvé aucune perte.
Ce qui semble inviter tout malfaiteur qui a de l'audace, à en agir ainsi, c'est que s'il était traqué au point de ne pouvoir échapper, la première église, son parvis, ou seulement sa délimitation soigneusement indiquée sur le pavé extérieur, par une ligne de pierres blanches en avant des degrès du péristyle, lui assure une sorte d'impunité, car parvenu là sans avoir été touché par la main d'un Sbire, le lieu sacré est devenu pour lui un asile inviolable où, par une piétié fanatique; personne ne peut l'arrêter qu'après des démarches infinies et le consentement du haut clergé, pendant lequel temps, les ecclésiastiques qui croient la religion intéréssée à sauver le réfugié, lui en facilitent les moyens.
Tels étaient du moins les usages de ce pays en 1804, mais là comme ailleurs la raison aura sans doute aussi suivi les progrès de la civilisation et la loi aura rectifié cc que les abus maintenaient depuis longtemps.
Il reste beaucoup à faire dans ce pays pour le bonheur et l'instruction du peuple qui, sur une terre fertile et sous un climat favorisé du ciel, éprouverait les rigueurs de l'indigence et resterait courbé sous la main du fanatisme et de l'abrutissement si la nature libérale ne lui venait en aide.
Les voyageurs se bornent ordinairement à visiter les villes sur la route et dans les environs de Naples, sans pousser ailleurs leur pérégrination ; aucun ne pénètre dans les provinces éloignées, parce que les chemins sont mauvais et infestés de brigands
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le Capitaine Duthilt raconte :
"Le 8 novembre (17 brumaire) le régiment s'est rassemblé derechef à Corato.
1804. - Les épouses des officiers du 1er Régiment d'Infanterie légère, en banquet particulier, à M. BOURGEOIS, colonel commandant le dit régiment, à l'occasion d'une fête que les officiers lui donnaient à Corato.
Nos époux, à celui qui leur tient lieu de père,
Adressent mille voeux et bénissent le jour,
Où ce chef, à la fois vaillant et débonnaire,
Se les est attachés par les noeuds de l'amour.
Joignons à leurs transports notre vive allégresse,
Qu'il sache que nos coeurs lui sont tout dévoués,
Qu'il obtienne pour prix de sa vive tendresse,
Le plaisir de savoir ses enfans fortunés.
Le 9 novembre (18 brumaire) le régiment alla à Barletta se réunir aux autres corps de sa division, pour y être passé en revue par le général Saint Cyr. Cette revue solennelle, à pareille date, nous fit souvenir que nous étions arrivés au cinquième anniversaire du 18 brumaire an 8 (9 novembre 1799), que ce jour là le gouvernement directorial fut renversé par la force, et que nous passâmes du Consulat au régime impérial. Après la revue, chacun de nos bataillons retourna directement au point d'où il était parti. Je rouvris alors à Bitonto l'école élémentaire du régiment, dans le beau réfectoire des Carmes; à cet effet, mes élèves des deux autres bataillons vinrent me rejoindre et furent mis en subsistance au 3e bataillon, dans les compagnies correspondantes aux leurs
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 15 nivôse an XIII (5 décembre 1804), troisième jour des fêtes du couronnement, la distribution de ces aigles se fait au Champ de Mars, au milieu d'une affluence énorme de population. La cérémonie est grandiose, imposante, comme savait les organiser celui dont le vaste génie remplissait l'Europe. La voix puissante du canon et l'éclat joyeux des fanfares annoncent au loin la grande fête militaire où tous les Régiments sont représentés.

L'historique régimentaire déclare que les enseigne du 1er Léger avaient en dessous de l'aigle d'or foudroyant aux ailes à demi déployées "une cravate tricolore, et sur le voile de soie également aux trois couleurs, orné de franges et de broderies d'or, on lisait d'un côté L'Empereur au 1er Régiment d'Infanterie légère, et de l'autre Jemmapes - Nerwinde - Zurich". Bien entendu, cela ne peut être.

La distribution faite, l'Empereur s'avance, et alors, au milieu d'un silence religieux, pendant que tous les regards sont fixés sur lui : " Vous jurez, s'écrie-t-il en montrant ces aigles, de sacrifier votre vie pour les défendre et de les maintenir constamment par votre courage sur le chemin de la victoire ! Vous le jurez ! - Nous le jurons !" répondent les Colonels et les délégués en étendant le bras droit vers Napoléon, véritable centre de tous les coeurs. C'est un moment sublime dont les délégués feront partager les émotions à leurs camarades, à leur retour à Tarente, quand les jeunes aigles seront reçues par le 1er Léger.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"... Il fut sacré et couronné à Paris le 2 décembre suivant, par les mains du pape Pie VIl, venu expressément en France pour cette cérémonie, et s'intitula Napoléon 1er, empereur des Français.

- Nos premières Aigles

A l'occasion des fêtes de son couronnement, l'Empereur fit donner des ordres à chacun des régimens français pour qu'ils eussent à envoyer de suite à Paris, un détachement composé d'officiers, de sergens et de caporaux pour y recevoir de ses mains les Aigles qui leur étaient destinées. Le détachement du 1er régiment d'infanterie légère envoyé à Paris à cet effet, revint à Tarente, rapportant l'Aigle du régiment. A sa rentrée, les trois bataillons furent momentanément réunis à Tarente, et la remise de l'Aigle du 1er léger fut faite avec solennité.
Bientôt après, on remit aux officiers supérieurs, officiers particuliers, sous-officiers, caporaux, chasseurs, voltigeurs, grenadiers, tambours et clairons, proposés pour faire partie de la Légion d'honneur, créée le 19 mars 1802 (28 vcntôse an 10), l'étoile qui leur était destinée, et que depuis on a appelée croix, quoique cette décoration eut cinq points doubles; et malgré que le nombre en fut grand, il s'en fallut de beaucoup que cette première distribution satisfit toutes les prétentions à cette faveur; point de doute que pendant tant d'années d'une guerre aussi acharnée, bien des militaires s'étaient trouvés dans le cas de se distinguer par un fait autre que celui de rester passivement dans le rang, puisque c'est là le devoir de tout soldat, mais l'action étant commune alors, ceux qu'elle intéressait ne prenaient plus la peine de la faire constater, d'autant plus qu'ils ne pouvaient en espérer aucune récompense, tous s'en tenant à la satisfaction du moment sans penser à l'avenir qui ne leur promettait rien. Il fut dès lors démontré que plusieurs de ceux qui obtinrent cette décoration n'en étaient pas les plus dignes. Au reste, on ne laissa pas aux colonels assez de temps pour établir un tableau consciencieux, aussi des erreurs criantes furen t'elles commises et reconnues immédiatement.
1804. - Pour le Banquet de la Saint Jean d'Eté
A la V .-. L . ·. des Amis de la Gloire et de l'Humanité à l'O . ·. du 1er Régiment d'lnfanterie Légère, à Tarente
(Air : On compterait les Diamants).
Oui l'art auguste des maçons,
Dans le brillant siècle où nous sommes,
Enchaînera les passions
Qui peuvent diviser les hommes ;
Bientôt ils seront indulgens,
Humains, bons époux et bons pères;
Toujours en paix, toujours contens,
Ils s'aimeront comme des frères
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Situation en janvier 1805 (côte SHDT : us180501)
Chef de Corps : BOURGEOIS Colonel - infanterie
Conscrits des départements des Alpes Maritimes - de la Manche des ans XI et XII
Observations : janvier 1805 : 3 Bataillons sous les armes effectif 2650 Officiers et hommes dont hopitaux 121 hommes
STEILER Major - infanterie ; GARIN Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Cerisier à Curato, Ruvo, Bitento - Armée d'Italie - états de Naples - Gouvion Saint Cyr - 1ère Division troupes francaises - Montrichard
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lejeune à Curato, Ruvo, Bitento - Armée d'Italie - états de Naples - Gouvion Saint Cyr - 1ère Division troupes francaises - Montrichard
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Gastelais à Curato, Ruvo, Bitento - Armée d'Italie

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Bientôt l'ordre de l'armée, notre seule gazette, nous informa que la dernière pierre du monument républicain conservé en ltalie, au prix de tant de sang et de pénibles travaux venait aussi de tomber pour ne plus être relevée; le 26 avril 1805 (6 floréal an 13), Napoléon empereur des Français fut proclamé roi d'Italie. Son couronnement se fit le 25 mai (5 prairial) suivant à Milan. Ainsi, de transition en transition, l'Italie, comme la France, était passée sans secousse du régime républicain à celui impérial militaire le plus absolu" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Situation en juin 1805 (côte SHDT : us180507)
Chef de Corps : BOURGEOIS Colonel - infanterie
Conscrits des départements des Alpes Maritimes de l'an XIII
STEILER Major - infanterie ; GARIN Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Cerisier à Curato, Ruvo, Bitento - Armée d'Italie
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lejeune à Curato, Ruvo, Bitento - Armée d'Italie
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Gastelais à Curato, Ruvo, Bitento - Armée d'Italie

- Le détachement sur les côtes de la Manche

Ce détachement se trouve depuis 1803 à la Flotille de l'Armée d'Angleterre. Les hommes s'exercent quotidiennement à la navigation sur des petites péniches avec lesquelles ils devront franchir le détroit quand le moment sera venu. Après avoir bravé toutes les intempéries des saisons et traversé en vainqueurs les épaisses murailles des Alpes, ces héros du continent se familiarisent peu à peu avec l'élément perfide et font connaissance avec les bâtiments et aussi avec les équipages, afin que, par la confiance réciproque, la valeur soit doublée.

Fréquemment, les petits bateaux de la flotille se heurtent aux navires anglais. Ainsi, le 10 pluviôse an XIII (30 janvier 1805), un détachement du 1er Léger, composé de 2 Sergents, 2 Caporaux et 26 Chasseurs, s'embarque à Dunkerque en nombre égal sur deux péniches qui doivent se rendre à Boulogne. Celles-ci prennent la mer à 11 heures du matin. Vers 3 heures de l'après midi, au moment où les péniches vont doubler le cap Griz-nez, 3 frégates et plusieurs autres bâtiments anglais commencent à les canonner. Les hommes ripostent par un feu très vif. La péniche N°103 est la plus maltraitée par le feu ennemi : sur cette péniche, le Chasseur Galli, de la 3e Compagnie du 1er Bataillon, est tué et jeté à l'eau par un boulet; Beltrarni, de la même Compagnie, a une cuisse, un bras et une main fracassés par la mitraille; Masalti, de la 2e du 1er, est tué raide par un coup de canon; Caravaggio, de la 1ère du 1er, est blessé au front; Denisgrandi, de la même Compagnie, est également blessé à la tête et, comme le boulet emporte son shako dans la mer, il s'écrie : "Quel coup de vent, mon Empereur !", ce qui fait rire ses camarades.

Fig. 11 Fig. 11e

Au bout de trois heures de combat, et une vive résistance des soldats qui ont montré le plus grand sang froid, le bateau est percé de tous côtés. Soudain, un matelot lance qu'il faut se rendre. Le commandant du détachement, le Sergent Jacquet, de la 1ère du 1er, se dresse alors de toute sa taille et le menace de mort ainsi que quiconque serait tenté de l'imiter. Tout le monde se rallie au Sergent et l'on se met à boucher les trous avec des lambeaux de capotes et de sacs. On redouble d'effort, et la péniche parvient presque à se mettre sous la protection du fort d'Ambleteuse. L'ancre est jetée, mais un boulet en casse le cable. La péniche continue donc sa route, et finalement, à minuit, elle entre dans le port de Boulogne. Là, le Sergent Jacquet prie le Capitaine Regnier, commandant de la péniche, de faire transporter les blessés à l'ambulance de Boulogne, et de faire enterrer les morts (ce qui fut exécuté avec exactitude). Jacquet obtient également une voiture pour faire tansporter les effets de Galli et de Masalti et arrive à Calais avec son détachement le 12 pluviôse à midi (2 février 1805).

L'historique régimentaire précise que ce récit est extrait d'un rapport du 13 pluviôse qui porte la signature du colonel Ferrent. Ce rapport a été classé aux Archives du dépôt de la guerre avec la correspondance de l'an XII. Il porte en marge : "An XI. Armée d'Angleterre, flottille"; mais le texte parle de Régiment et non de demi-brigade. Le signataire du rapport est un colonel et non un chef de brigade; les hommes enfin portent le schako, coiffure qui ne fut mise en service qu'à la fin de 1804. Tous ces indices établissent donc d'une façon certaine que le fait s'est passé au commencement de 1805, époque où les rencontres de la flottille avec les bâtiments anglais étaient assez fréquentes. En aucun cas, il n'a pu avoir lieu le 10 pluviôse an XI (30 janvier 1803). Car, à cette date, le Moniteur de la République française reproduit seulement le rapport du Colonel Sébastiani sur la mission qu'il venait de remplir en Turquie et en Egypte, relatant, il est vrai, le mauvais accueil que Sébastiani avait reçu à Alexandrie de l'officier anglais commandant la place. La publication de ce rapport irrita beaucoup le parti de la guerre à Londres et empêcha peut-être le cabinet britannique d'évacuer Malte; mais la rupture définitive avec l'Angleterre ne fut complète que le 13 mai 1803.

"Dans ce combat, dit le rapport, le sergent Jacquet et le caporal Fonteni se sont parfaitement conduits. Tout le détachement fit preuve du plus grand courage".

Il est à noter que certaines sources mentionnent que le 1er Léger aurait participé à Elchingen et Ulm en 1805, à Iéna en 1806, et à Friedland en 1807. Il est fort probable qu'il s'agit du détachement détaché à l'Armée d'Angleterre.

 

- Différents mouvements qui précèdent la campagne de Calabre

Fig. 11a

Pendant que Napoléon, sacré Empereur des Français, poursuit les préparatifs de descente en Angleterre et achève d'étonner l'Europe en plaçant sur sa tête, à Milan, le 26 mai 1805, la couronne de fer des rois lombards, la Russie et l'Autriche forment sur le continent une 3ème coalition contre la France.

La cour de Naples, qui adhère secrètement à la coalition, commet la maladresse d'envoyer à Milan le Prince Cardito, afin de protester contre le titre de roi d'Italie.
Napoléon, pour toute réponse, déclare simplement à ce malencontreux ambassadeur qu'il chassera la Reine Caroline de ses Etats.

En ce qui concerne l'Italie, le plan de la 3e coalition, arrêté le 17 juillet, décide que 100000 Autrichiens agiront en Lombardie, pendant que 10000 Russes et quelques 1000 Albanais seront jetés sur les côtes napolitaines avec l'aide des Anglais.

Dans cette situation, le 1er Léger peut d'un jour à l'autre être appelé à combattre; il est donc intéressant de connaître où il en est de sa réorganisation. Le rapport du 1er messidor an XIII (19 juin 1805) s'exprime ainsi : "L'habillement du régiment est tout neuf; la tenue est excellente, la discipline très exemplaire, l'instruction très bonne, mais l'armement médiocre".

Le rapport du 16 messidor (4 juillet) ajoute : "Il manque 1076 sabres. Trois cent recrues (note : la plupart de ces jeunes soldats proviennent de Saint-Lô dans la Manche) n'ont encore rien reçu. Les compagnies de voltigeurs ne sont point encore armées suivant le règlement. La solde est due au corps depuis le 13 germinal an XIII (5 avril 1805). Les indemnités de logement, de chauffage, etc., sont dues depuis le 1er thermidor an XI (19 juillet 1803). Enfin, il est dû au corps pour solde arriérée de l'an VIII (1800) 55153 fr 00".

Dès le mois de juillet, Napoléon a donné ses instructions au Prince Eugène, Vice-roi d'Italie, pour qu'il se prépare à faire face à la coalition. De plus, une Division a été envoyée aux environs de Pescara sous les ordres du Général Regnier, prête à secourir au besoin le Prince Eugène ou à rejoindre au sud le Général Gouvion Saint-Cyr qui lui, a ordre, à la première tentative des Russes ou des Anglais en Calabre, de se porter de Tarente à Naples, de s'emparer de cette ville, et de jeter la cour à la mer. Le 1er Léger va donc être engagé sous peu.

A la date du 4 août, le Régiment présente la situation suivante : 1e, 2e et 3e Bataillons dans les Etats de Naples, 1ère Division : 2481 hommes présents, 31 en recrutement ou détachés, 131 aux hôpitaux.

Le 23 août, Napoléon prescrit à Gouvion Saint-Cyr de quitter Tarente, et d'occuper la Toscane, d'où il ralliera plus facilement, le cas échéant, la Division de Pescara, et pourra soit se porter au secours du Prince Eugène sur l'Adige, soit envahir le Royaume de Naples avec 70000 hommes. En conséquence, le 1er Léger quitte la Pouille, revient sur ses pas jusqu'à Bologne par la même route qu'il a suivie en juin 1803. De Bologne, il passe en Toscane avec un effectif de 2648 hommes.

Dans les premiers jours de septembre, le 1er Léger reçoit des fusils provenant des manufactures de Toscane, bien que reconnus de qualités inférieure.

Le 7 septembre 1805, le Régiment est inspecté à Cozato; à cette date, le rapport d'inspection établit qu'il présente un effectif de 2544 hommes. Le rapport d'Inspection établit la liste des militaires qui sont à cette époque admis à la Haute Paie, ainsi que ceux qui ont été admis dans la Légion d'Honneur.

Documents du S.H.A.T.
Communication de notre ami Philippe Quentin.
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Le Capitaine Duthilt écrit :
"- Rentrée en Italie.
Le camp établi à Boulogne sur Mer, en France, qui depuis quelque temps menaçait l'Angletetre, était levé et les troupes qui le composaient avaient été transportées rapidement du Pas-de-Calais au centre de l'Allemagne. Par suite de la reprise des hostilités avec l'Autriche, une nouvelle convention fut faite avec le roi de Naples, et signée le 21 septembre (4e jour complémentaire), en vertu de laquelle le corps d'armée d'occupation devait se retirer, abandonnant la garde des côtes de l'Adriatique et d'une partie de la Méditerranée aux troupes napolitaines. Dès les premiers jours d'octobre, les hôpitaux, les femmes et les enfans des militaires furent embarqué à Molfetta et à Barletta, pour être transportés à Pescara. Défense fut faite à quiconque n'était pas attaché au service de l'armée active de suivre un corps dans sa marche à travers le pays. Mais cette traversée de mer, qui ne devait être que de vingt quatre heures, dura plus de trois semaines; nous crûmes que tout était perdu; plusieurs bâtimens, ceux notamment chargés des équipages, des femmes et des enfans du 1er régiment léger, furent obligés de relâcher dans des îles de la Dalmatie. Le temps fut horrible en mer; les vivres et les provisions se gâtèrent aussitôt ; et ce convoi eut à craindre en même temps les Russes et les Anglais qui voguaient dans 1'Adriatique, mais qui, heureusement, étaient autant occupés de leur propre conservation, que nos bâtimens l'étaient de la leur, tellement il est vrai que "dans un danger commun, chacun pense pour soi".
Les Russes venaient des bouches du Cattaro, et les Anglais du golfe de Venise et du port de Messine occupé depuis quelque-temps par un corps de troupes anglaises, et par une légion d'émigrés français.
Le bâtiment qui portait mon épouse et mon fils, Charles-Emile, fut obligé d'aller, avec plusieurs autres, relâcher à Porto Camisa ; après avoir repris la mer par un éclairci de peu de durée, une seconde tempête, plus terrible que la première, vint derechef les assaillir; au fort de la tourmente, à plus de deux lieues de la côte de Naples, lorsque les marins redoublaient leurs manoeuvres de détresse, ma femme, cette bonne mère, sans craindre d'autre danger que celui qui menaçait son enfant exposé à prendre la petite vérole, voulant absolument l'en préserver, se précipita du haut du bord dans une barque de pêcheur, au moment où le patron qui la montait, venait de s'approcher du bâtiment pour lui livrer ce qu'il avait de vivres, ceux du bord étant déjà absolument gâtés. Elle portait son fils dans ses bras, et malgré le roulis et les hautes vagues qui menaçaient d'engloutir la frêle embarcation à laquelle elle voulait se confier, elle s'y jeta, accompagnée de son jeune frère, Jacques Tombeur, son compagnon de voyage, et elle parvint à se faire débarquer sur le rivage d'Ortona d'où elle se rendit à Villefranche.
Cependant la petite vérole qui s'était manifestée dans le bâtiment par l'admission de l'enfant de Madame Bétrémieux, épouse d'un de nos lieutenans, qui, déjà accablé de cette fâcheuse maladie, la communiqua rapidement à des femmes et à des enfans, mon fils en avait pris le virus, la fièvre survint, et sa mère fut contrainte de s'arrêter à Villefranche, entre Ortona et Pescara, jusqu'au moment où je pus les rejoindre et les emmener avec moi. Un brave habitant de Villefranche, dont je regrette de ne plus savoir le nom, les reçut sans répugnance et s'empressa de secourir la mère et l'enfant. C'est à ses soins genéreux que j'ai dû leur conservation. Mais le venin de cette cruelle maladie fut si actif que malgré les moyens médicaux et les soins assidus qu'on eut de mon fils, il n'en fut pas moins défiguré et boiteux, par suite d'un épanchement de sinovie et d'une fausse ankilose au genou droit
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Situation à l'Armée d'Italie au 12 octobre 1805 :

Maréchal Masséna, commandant en chef;

Corps de troupe sous les ordres du Général Gouvion Saint-Cyr; 1ère Division : Général Montrichard; 2e Brigade : 1er rgt d'infanterie légère 3 bataillons (2436 h).

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Je reviens au mouvement du régiment.
Le 25 octobre 1805 (3 brumaire an 14) le régiment commença son mouvement d'évacuation, et chaque bataillon détaché fut se réunir à l'état major à Corato.
Le 26 (4) le régiment se rendit à Andria, après avoir traversé les ruines de Cannes, dans la terre de Bari, sur les bords de l'Ofante, à quelques lieues de son embouchure dans l'Adriatique, lieu célèbre par le massacre qu'Hannibal fit des Romains, l'an de de Rome 537.
Le 27 (5) nous logeâmes à Cerignola; le 28 (6) à Foggia; le 29 (7) à San Severo; le 30 (8) à Serra Capriola; le 31 (9) à Termoli; le 1er novembre (10) à Vasto ; le 2 (11) à Lanciano; le 3 (12) à Orlona ; le 4 (13) à Pescara où nous eûmes un double séjour pour y attendre nos fourgons qui n'allaient que lentement par les accidcns qu'ils éprouvaient.
Le 7 (16) nous fûmes à Altri; le 8 (17) à Julia Nova ; le 9 (18) à San Benedetto, dans les états romains ; le 10 (19) à Porto di Fermo; le 11 (20) à Loreto; le 12 (21) à Ancône ; le 13 (22) à Sinigaglia, le 14 (23) à Pesaro ; le 15 (24) à Césène ; le 16 (25) à Forli; le 17 (26) à lmola ; le 18 (27) à Bologne, d'où le dépôt du régiment composé des ouvriers et soldats invalides, sous le commandement du major Stieler, partit de suite pour aller s'établir à Parme.
Ma femme, son jeunc frère et mon fils le suivirent. Là, ma femme accoucha d'une fille, le 15 fevrier 1806; elle eut pour noms, Marie Charlotte, son parrain a été monsieur Montossé, capitaine adjudant major au régiment, représenté par le jeune Jacques Tombeur, son oncle maternel, et sa marraine a été madame Isabelle Boutin, épouse du lieutenant de ce nom, aussi du 1er léger.

- Entrée en Toscane

Le 19 (28), le régiment partit de Bologne pour se rendre d'abord à Scaricalasino, bourg situé sur la partie la plus élevée des Apennins qui séparent le Bolonais de la Toscane; il passa par Pianoro et Loyano" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Selon l'historique régimentaire, le 1er Léger prend ses cantonnements le 20 novembre, les 1er et 3e Bataillons à Barberino, le 2e à Pistoie. Il fait alors partie de la Division Verdier (qui a remplacé le Général Montrichard resté à Ancône), réduite bientôt à la Brigade Leucotte (qui a remplacé Quesnel promu divisionnaire en mars). Cette Brigade est composée du 1er Léger et du 42e de Ligne. Le Corps de Toscane est alors considéré comme l'aile droite de l'Armée d'Italie.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Le 20 (29) il descendit les Apennins, entra dans la Toscane, alors royaume d'Etrurie, et fut loger à Barberino.
Tout auprès de Pietra Mala, où nous passâmes en descendant les Apennins, on voit la montagne de Cénida, sur laquelle des feux toujours distincts se font apercevoir, même en plein midi; un de ces feux est situé dans un espace circulaire, entouré de buttes et peu distant de la grande route, à gauche en allant de Pietra Mala dans la Toscane; là, la terre nue et brûlée, remuée avec le bout d'un bâton, laisse échapper sur le champ une flamme bleue, vive, ardente et claire, qui s'élève de sept à huit pouces, et qui dure assez de temps, à chaque fois, pour présenter dans toute sa longueur la ligne tracée par le bout du bâton; en restant posé quelque peu de temps sur cette terre, on ressent une chaleur vive qui affecte les pieds et qui, disent les habitans, est la même en toute saison. Cette montagne, ainsi que toutes celles de ces contrées, présentent des preuves d'anciens volcans inactifs; la terre en est brûlée et les pierres sont noircies.
Le régiment logea le 21 (30) à Pistoya, après avoir passé par Pralo ; le 22 (1er frimaire) il traversa Mansimonti et fut coucher à Fuccechio; le 23 (2) il arriva à Pise, sa destination provisoire qui, en peu de jours, se trouva encombrée de troupes de toutes armes.
Les villes de Pistoya et de Pise, bâties sur la pente des Apennins du côté de la Toscane, au dessus d'une plaine bien cultivée, abondante en beaux arbres fruitiers de toutes les espèces, en vignobles donnant des vins exquis, en oliviers dont l'huile est la meilleure qui soit connue, en citronniers, en orangers, amandiers, figuiers, etc., sont voisines des carrières de marbre, de porphire, des mines d'alun, de fer, d'étain et d'argent en exploitation, et sont environnées de fort belles maisons de campagne ornées de beaux jardins, de jets d'eau et décorées de belles statues de marbre.
Pise est une grande et belle ville, dont la population n'est pas considérable. Elle est assise sur l'Arno qui la divise en deux parties égales dans toute son étendue. On communique d'une partie à l'autre par trois beaux ponts, dont celui du milieu est entièrement de marbre. Le fleuve est renfermé de chaque côté par des quais magnifiques, et bordé de rues larges, le long desquelles sont élevés de superbes palais en marbre et de fort jolies maisons. La cathédrale est de toute beauté, le marbre la décore entièrement, et ses principales portes sont en bois de laurier, couvertes de bronzes ciselés et dorés ; près de cette cathédrale est une tour toute en marbre, qui incline d'un côté au moins du quart de sa largeur, de sorte qu'on ne peut la regarder sans que la crainte de sa chute ne vienne frapper l'imagination. On se demande aussi, comme pour les tours de Bologne, si cette inclinaison est l'effet de l'affaissement du terrain du côté où elle penche ou si l'architecte s'est fait un jeu de s'écarter de la verticale ? On s'arrête nécessairement à la première de ces suppositions, après avoir remarquè l'inclinaison des voûtes et celle du sol intérieur, qui a été raccordé après l'événement avec le sol extérieur, et toute crainte cesse en observant le point de gravité de cette tour au moyen d'une ligne verticale du haut en has. Cette tour sert de fonds baptismaux, ainsi que cela est en usage dans bien des églises d'Italie. Une excellente eau est amenée des montagnes à la ville par un aqueduc de quelques milles de largeur.
Pendant notre séjour à Pise, je m'empressai d'aller voir Florence, dite la belle, capitale de la Toscane
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

bouton de dos 1er léger bouton de dos 1er léger
bouton de dos 1er léger
Différents boutons du 1er Léger, communiqués par un de nos correspondants. Si l'on se base sur l'ouvrage de . Fallou “Le bouton uniforme français”, le 1er bouton (et peut être le 2ème) pourrait être antérieur à 1808 (1803-1808); les autres postérieurs à cette date (1808-1815). Celui du bas à gauche paraît être un bouton d'Officier.
Boutons de troupe donnés dans l'ouvrage de L. Fallou “Le bouton uniforme français”. Fallou les situe entre 1808 et 1815
Bouton (Collection privée) Bouton
Bouton d'Officier d'après l'ouvrage du Capitaine Bottet : “Le bouton de l'Armée française”. D'après cet ouvrage, le bouton d'Officier reste dans les limites de 26 et de 17 mm. Le bouton est ici argent.
Bouton 1er Léger

Ci-contre. Bouton du 1er Léger, trouvé sur une colline appelée "Bric dei Brasi» entre Celle Ligure et Varazze, villes situées entre Savone et Gênes. Sur ces collines ont eu lieu des combats liés au siège de Gênes en 1799-1800 période. Toutefois, ce bouton semble être nettement du 1er Empire (communication de Mrs B. C. et R. R.).

La cour de Naples avait signé, le 21 septembre, un traité de neutralité avec la France; mais espérant sans doute que l'intervention de l'armée russe en Moravie apporterait à Napoléon tout autre chose que les lauriers d'Austerlitz, la reine Caroline, malgré le traité, a accueilli sur ses côtes les Anglais et les Russes. Le vainqueur d'Austerlitz décide donc d'en finir une fois pour toutes avec cette royauté dangereuse et perfide. Une concentration est ordonnée pour former l'armée de Naples aux environs d'Ancône. Cette Armée, qui a été commandée tout d'abord par Gouvion Saint-Cyr, se compose à sa formation de 3 Divisions : 1ère Gardanne, 2e Regnier et 3e Montrichard.

Situation de l'Armée de Naples, 2 décembre 1805 (Nafziger 805 - LCR)

Général Gouvion Saint-Cyr, commandant en chef.
Division : Général Montrichard; 2e
Brigade Senecal : 1er rgt d'infanterie légère 3 bataillons (2042 h).

Source : Liskenne & Sauvan, "Bibliotheque Historique et Militaire dédiée à l'Armée et à la Garde nationale de France", Paris, 1853

Le Capitaine Duthilt raconte :
"- Marche dans la Romagne
Quoique toujours formés en corps d'armée, nous comptions nous reposer quelque temps dans ce jardin pcrpétuel de I'Europe malgre que l'Autriche était sur le point de recommencer les hostilités pour la troisième fois ; mais la guerre devait se faire loin de nous ; nous savions que la cour de Naples avait demandé à garder une parfaite neutralité ; que le roi des Deux Siciles s'était engagé formellement, par une convention signée le 21 septembre (4e jour complementaire an 13), à ne permettre à aucun corps de troupes appartenant à l'une des puissances ennemies de la France de débarquer sur le territoire napolitain; à ne confier le commandement de ses armées ou de ses places à aucun officier russe, autrichien, anglais ou émigré français; que par suite de ladite convention le territoire napolitain était totalement évacué par les troupes françaises; que toutes les places qu'elles avaient occupées étaient remises aux officiers de S. M. Sicilienne, et que ce traité avait eu, de part et d'autre, son entière exécution. Autour de nous tout était calme, nous pouvions nous livrer avec sécurité aux plaisirs que procure une grande et belle ville et que, si le canon devait frapper nos oreilles, ce ne pouvait être que pour nous annoncer les nouvelles victoires que remporterait l'armée d'Allemagne commandée par l'empereur Napoléon en personne.
Mais le fameux et désastreux combat nava1, livré par les escadres française et espagnole, réunies à Trafalgar, le 21 octobre 1805 (25 vendémiaire an 14) contre celle anglaise commandée par l'amiral Nelson qui y périt glorieusement et qui détruisit entièrement ce qui restait de la marine française et espagnole, venait de ranimer les espérances de la reine Caroline.
Une escadre anglaise avait mouillé le 20 novembre (30 brumaire) dans la rade de Naples; elle avait pavoisé ses vaisseaux et fait une décharge de tous ses canons. Des salves d'artillerie parties de tous les châteaux de Naples y répondirent.
Les troupes anglaises et russes débarquées furent reçues avec les plus vives démonstrations de joie et d'amitié.
Une proclamation publiée le même jour, enjoignit à quarante mille Napolitains de se joindre aux troupes qui venaient de débarquer, et d'obéir au général Lasey commandant des Russes; et la garde de Naples fut confiée à dix huits cents Anglais.
Tous ces griefs contre la cour de Naples nécessitèrent la formation d'une nouvelle armée destinée à faire la conquête de ce royaume. Nous nous disposâmes donc à quitter incessamment l'ancien royaume des Tarquins pour aller courir de nouvelles chances aux lieux où les fiers Carthaginois virent expirer leur gloire. Cependant les forces de cette partie de la nouvelle coalition n'étaient pas redoutables ; cette armée ne devait être composée que d'Anglais, de Russes, de Napolitains et d'Esclavons demi turcs, mais il importait trop à la France de ne pas laisser au roi de Naples le temps de prendre une attitude plus imposante, qui par suite, aurait pu inquiéter l'Italie toute entière. En conséquence l'armée française de Naples fut rassemblée promptement sur la frontière de la Romagne, et notre régiment en fit partie
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Selon l'historique régimentaire, le 2e Bataillon du 1er Léger part de Pistoie le 25 frimaire (14 décembre) et rejoint les 1er et 3e Bataillons à Barberino le 26. Le 27, les trois Bataillons prennent la grande route de Florence à Bologne, passant par Pietramala et Lofano.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Le 18 décembre le régiment partit de Pise, passa à Acina, Pontardero et fut loger à Fuccechio ; le 19 à Pistoya ; le 20 à Barbarino; le 21 à Loyano; le 22 à Bologne, ville qui nous était familière par le long séjour que nous y fîmes précédemment" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

A Bologne, il est formé sept petites colonnes qui doivent suivre le même itinéraire à un jour d'intervalle. Les 1er et 2e Bataillons composent la première colonne, le 3e Bataillon et une Compagnie du 1er Régiment d'artillerie à cheval forment la 2e, etc.

La 1ère colonne passe, le 1er nivôse (21 décembre) à Château Saint Pierre ; à Faënza les 2 et 3 (22 et 23), à Forlimpopoli le 4 (24), à Savignano le 5 (25), à Catholica le 6 (26), à Pesaro le 7 (27), à Sivagaglia le 8 (28) et arrive le 9 (29 décembre) à Jesi près d'Ancône, où elle prend ses cantonnements.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"le 23 à Castel san Pietro ; le 24 à Faenza ; le 26 à Forli-Impopoli ; le 27 à Savignano ; le 28 à Catholica; le 29 à Pesaro; le 30 à Sinigaglia et le 31 à Iesi.

- Reprise du calendrier grégorien

Le 11 nivôse an 14, correspondant au 1er janvier 1806, vit la fin de l'ère républicaine, et de ce jour, l'usage du calendrier grégorien fut rétabli pour tous les actes civils, judiciaires, commerciaux et autres, suivant le sénatus consulte du 22 fructidor an 13 (9 septembre 1805)" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Situation en janvier 1806 (côte SHDT : us180601)
Chef de Corps : BOURGEOIS Colonel - infanterie
Conscrits des départements des Alpes Maritimes de l'an XIII
STEILER Major - infanterie ; DELAMBRE-JOLY Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Cerisier - Armée de Naples
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lejeune - Armée de Naples
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Gastelais - Armée de Naples

Sous Ancône, la Brigade Leucotte, dont fait toujours partie le 1er Léger, passe à la 3e Division de l'Armée de Naples commandée par le Général Montrichard.

Le 13 janvier 1806, Masséna prend le commandement en chef de cette armée (le 1er Léger compte 2441 hommes à la date du 14 janvier), avec ordre de l'Empereur de marcher sur le royaume de Naples, et de n'écouter aucune proposition de paix ou d'armistice. En même temps, Napoléon, qui destine la couronne de Naples à son frère Joseph, envoie celui-ci se mettre à la tête de l'armée dont Masséna reste néanmoins le véritable chef.

Napoléon écrit de Stuttgard, le 19 janvier 1806, au prince Joseph : "Mon intention est que vous entriez dans le royaume de Naples ... Je veux sur le trône asseoir un prince de ma maison, vous d'abord si cela vous convient ... Le pays doit nous fournir les vivres, l'habillement, les remontes ...". L'année précédente, en janvier 1805, Joseph avait refusé le royaume d'Italie pour ne pas perdre ses droits éventuel sur le trône de France.

Joseph prend nominalement le commandement de l'Armée avec le titre de Lieutenant de l'Empereur. L'armée est alors formée en plusieurs groupes. La Brigade Leucotte, qui comprend les 2042 présents du 1er léger (au 2 février) et le 42e de Ligne, est replacée sous les ordres du Général Regnier (Reynier) dont la Division forme le groupe de droite. Masséna commande le corps du centre, fort de 4 Divisions ; les Généraux Lecchi, Gardanne, Dutresme, Montrichard sont à la tête des autres groupes.

Joseph marche immédiatement sur Naples, passe le Gariglione le 8 février, et entre le 15 dans la capitale, que la Reine Caroline a abandonnée en toute hâte, emportant avec elle l'argent des caisses publiques. Elle s'embarque pour Palerme. Les Anglais et les Russes s'enfuient également devant nous et se mettent à l'abri en Sicile et à Corfou. Le prince héritier avec les troupes qui lui restent fidèles se réfugie dans les montagnes de Calabre, très favorables à la résistance et à l'organisation de l'insurrection.

Pendant ce temps, la Division Regnier se dirige sur Gaëte, seule place qui résiste encore. Dans cette marche, le 1er léger passe par Foligno, Spolette, Rietti.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"- Marche dans les États romains
Le 1er janvier 1806, le régiment partit de Iesi, petite ville de la domination papale, depuis l'adjonction d'une partie du territoire de l'Eglise à celui du royaume d'Italie (alors république cisalpine) et fut loger à Foligno; le 4, il se rendit à Spoleto.
Toute cette route, depuis Iesi, est taillée dans le roc vif sur la pente d'une chaine de montagnes, et d'espace en espace on rencontre d'anciennes constructions romaines, des ponts jetés d'une montagne à l'autre, à une grande élévation au dessus des ravines, pour en faciliter les communications dans la partie supérieure; puis des temples en marbre et des aqueducs.
Le 5, le régiment se rendit à Terni, ville peu distante de la montagne del Marmoto ; nous y eûmes séjour, de sorte que j'eus le temps d'aller visiter cette montagne qui offre un spectacle imposant par la cataracte du Velino.

- Cataracte de Terni

La cataracte de Terni, formée par la rivière del Velino, qui prend sa source dans les montagnes de l'Abruzze, après avoir passé par Rieti, ville frontière du royaume de Naples, et qui se jette dans le lac dc Luco, entretenue par des sources abondantes, car elle en sort plus forte qu'elle n'y est entrée, coule jusqu'au pied de la montagne del Marmoto d'où elle se précipite par un saut perpendiculaire de trois cents pieds dans la Nera, vallée de Papigno, comme dans un abîme, avec une espèce de fureur. La rapidité de son cours et la masse de ses eaux laissent entre sa nappe, qui a dix toises de largeur, et le rocher d'où elle s'élance, un vide spacieux formant une voûte de cristal, et ses caux se brisent en tombant avec tant d'effort sur le fond du gouffre, qu'il s'en élève une vapeur humide sur laquelle les rayons du soleil forment des arcs en ciel tres variés; et lorsque le vent du midi souffle et rassemble ce brouillard contre la montagne, au lieu de plusieurs petits arcs en ciel, on n'en voit qu'un seul qui couronne toute la cascade.
Pendant notre séjour à Terni, le 6, notre 3e bataillon versa ses hommes valides dans les deux premiers, et reçut de chacun d'eux ceux impropres pour le moment à supporter les fatigues d'une campagne; la 3e compagnie de carabiniers fut attachée au 1er bataillon, et la 3e compagnie de voltigeurs au second ; le cadre du 3e bataillon partit aussitôt pour rejoindre notre dépôt à Parme où allaient se rendre des recrues levées pour le régiment
.
Le 13, le régiment composé de deux forts bataillons se remit en marche et fut loger à Otricoli, province de la Sabine, où la division s'est rassemblée.
"Le cardinal Ruffo, envoyé par le roi de Naples pour parlementer avec le prince Joseph, se rencontra avec nous à Otricoli".

- Proclamation à l'armée

Dès le 27 décembre 1805 (6 nivôse an 14) l'empereur Napoléon, de son quartier général de Schoenbrünn, avait adressé à l'armée qui devait marcher sur Naples, une proclamation qui faisait connaîttre à ses soldats les motifs pour lesquels ils allaient agir; il les excitait à la vengeance et leur désignait, en quelque sorte, le successeur du monarque dont le trône allait être renversé.
Déjà, le 6 janvier, le maréchal Masséna était arrivé à Bologne avec 25000 hommes; un autre corps d'armée le suivait de près, et le prince Joaeph devait prendre le commandement de ces troupes : notre division formait déjà l'avant garde de cette nouvelle armée.

- Marche sur Rome.

Le 18, le régiment passa le Tibre et fut loger à Civita-Castellana, ville possédant une citadelle d'un difficile accès; le 19 il coucha à Campagnana et, le 20, au faubourg del Polpolo, sous Rome.
Les officiers eurent seuls la permission d'entrer dans la ville de Rome et d'en visiter les particularités. La police romaine avait pris des précautions inusitées et des mesures même arbitraires dans le but de maintenir l'ordre, elle fit fermer les ridotti (maisons de jeux de hasard), les maisons de tolérance et elle mit en séquestre toutes les femmes qui les habitaient, de même que les courtisanes plus relevées qui recevaient chez elles, voulant ainsi éviter l'apparence même du scandale.
J'entrai dans Rome, dès le matin, saisi de respect et d'admiration, je me fis aussitôt conduire par un cicerone qui me fît voir toutes les parties les plus importantes de cette belle ville, une des plus grandes, des plus riches et des plus anciennes de l'Europe, fondée sept cent cinquante ans avant l'ère actuelle par Remus et Romulus. J'ai vu ses belles places, ses superbes palais de marbre où tout ce que l'architecture, la sculpture et la peinture ont de plus savant est répandu avec magnificence; ses rues longues et larges où l'air circule librement, sauf quelques quartiers encore très resserrés. L'avantage qu'a cette ville d'être le siège du Pape lui a fait donner le nom de Rome la Sainte. On y admire la basilique de Saint Pierre, la plus grande et la plus magnifique de l'univers, le Vatican, palais de sa Sainteté, rempli de statues et de tableaux des plus fameux maîtres ; une bibliothèque immense et une imprimerie où se trouvent les caractères d'impression de toutes les langues du monde; le château Saint Ange, forte et ancienne Citadelle, reste du tombeau d'Adrien; l'amphithéâtre de Vespasien abandonné à qui veut le détruire pour en avoir les matériaux ; la colonne Trajane, au haut de laquelle Sixte Quint a fait placer une statue de Saint-Pierre, à la place de l'urne qui contenait les cendres de cet empereur; le Capitole ; le palais de Monte Cavallo, résidence du Pape; l'église de Saint Jean de Latran ; celle de la Rotonde, ou Panthéon, admirable édifice, sans fenêtres et sans aucun pilier de support, éclairé par le haut de la voûte; l'arc de Titus; les principaux obélisques égyptiens, ou aiguilles, celui de la place del popolo haut de 97 pieds, de Saint Jean de Latran haut de 122, et celui de la place Saint Pierre de 104; tous trois en granit rouge, les deux premiers ornés d'hiéroglyphes; Huit autres obélisques, moins importans, décorent également d'une manière monumentale les principales places de cette ville. Le soir j'allai au théâtre argentine, place d'Espagne, où je vis représenter Stratonice, opéra séria d'une grande composition musicale, et le ballet d'Andromède et Persée, exécutés l'un et l'autre par les virtuoses et les plus célèbres danseurs de l'Italie ; j'y entendis encore le bel oratorio du triomphe du jeune David, ce berger prédestiné, représenté par le célèbre castrato David qui, alors âgé de soixante ans, possédait encore le plus brillant et le plus suave soprano
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le Régiment poursuit sa route sur Frosinone et rencontre l'ennemi le 23 janvier à valatri, le 28 janvier à Piperno, et le 2 février à Terracine. Il occupe au nord-ouest de Gaëte, Piperno, Sonino et Terracine.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"- Continuation de la marche au delà de Rome
Reprenant notre route sur Naples, la division d'avant garde tourna Rome par un à gauche et fut loger, le 21 à Marino; le 22 à Velletri; le 23 à Sermonetta dans les marais pontins, à travers lesquels on retrouve la Via Appia ; le 24 à Piperno où la division s'arrêta jusqu'au 26; les 27 et 28 à Frosinone; le 29 à Procedi, et le 30 à Terracine, dernière ville des Etats romains sur la frontière du royaume de Naples, où nous nous arrêtâmes pour laisser aux différens corps de l'armée le temps d'arriver sur les points où devaient commencer l'envahissement du royaume.

- Titres nouveaux dans le civil et dans les armées

Immédiatement après son élévation au trône impérial, Napoléon se donna une cour digne du souverain d'une puissance aussi grande que la France : il créa des emplois dans sa maison, une garde impériale formant un corps d'armée, une nouvelle noblesse; ses frères et ses soeurs furent de droit princes et princesses ; les hauts employés de l'empire et les généraux marquans, furent faits ducs, comtes et barons, avec de nouveaux noms pour la plupart des titulaires; et, ceux de ces derniers qui avaient commandé en chef une armée et remporté quelque victoire signalée, eurent le titre de maréchal de l'empire. Ainsi Masséna fut duc de Rivoli, puis prince d'Essling, Macdonald duc de Tarente, Vandamme comte d'Unsebourg, tous titres tirés de noms étrangers à la France et illustrés par une victoire ou par un événement.
Les princes, comtes, barons et chevaliers, avec majorats, titres honorifiques héréditaires ne furent créés que le 11 mars 1808, par un sénatus consulte.

- Guerre de la troisième coalition

J'ai dit que le camp français établi à Boulogne sur mer avait été levé, en septembre 1805, et transporté rapidement au centre de l'Allemagne. Ce mouvement extraordinaire avait eu pour but de réprimer la mauvaise foi de l'empereur d'Autriche qui n'avait cessé, depuis la paix, d'augmenter considérablement les forces de ses armées. Il s'était lié par un traité secret avec l'empereur de Russie pour, ensemble, arracher à l'empereur Napoléon, le Hanovre, la Hollande, la Suède dont il était le protecteur, la couronne d'Italie, la surveillance des côtes du royaume de Naples, et pour établir le roi de Sardaigne dans ses états du Piémont.
L'Autriche et la Russie, d'accord avec l'Angleterre, formaient une troisième coalition contre la France à laquelle la Prusse se serait jointe, si le génie surveillant et actif de Napoléon n'avait déconcerté ce projet; les forces principales de l'empire français se trouvaient alors vis à vis l'océan, mais en quelques semaines, elles se trouvèrent en présence de celles de l'Autriche, avant même que celles ci fussent entièrement rassemblées; alors eut lieu la prodigieuse campagne de 1805, qui fit capituler Ulm, et qui nous procura la grande victoire d'Austerlitz qui nous ouvrit les portes de Vienne et qui consolida l'empire français. Napoléon vainqueur et arbitre de l'Europe donna Venise et la Dalmatie au royaume d'Italie qui fut aussi reconnu, créa trois rois, celui de Baviere, de Wurtemberg et de Saxe. Ainsi, le moment n'était guère favorable pour le roi de Naples, d'avance il se trouvait accablé par la force des circonstances, et son ambassadeur, le cardinal Ruffo, ne pouvait se présenter devant le prince Joseph dans un temps moins favorable que celui actuel; pour toute réponse, aux prières du cardinal, le prince adressa une proclamation aux soldats, leur rappelant leurs devoirs, et les engageant à ne pas faire rejaillir sur les peuples les malheurs de la guerre qui ne devaient tomber que sur les infracteurs des traités
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

La nécessité : 1° de s'établir fortement à Naples et de réduire Gaëte; 2e d'occuper sans retard le golfe de Tarente et 3° de purger les Calabres, amène Joseph à fractionner l'armée en trois Corps qui sont confiés à Masséna, Gouvion Saint-Cyr et Regnier. Dans cette nouvelle répartition des forces, le 1er Léger constitue avec le 42e de Ligne, la 1ère Brigade (Général Compère) de la Division Verger du Corps Regnier.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Entrée des Français sur le territoire napolitain
Le 10 février, l'Avant garde française se présenta sur la frontière du royaume de Naples. Les armoiries napolitaines, placées au haut d'un arc monumental érigé au point limitrophe des Etats du Pape et de ceux du roi de Naples furent descendues et brisées. A trois heures après midi nous arrivâmes au couvent della Madona di livita, dans la terre de Labour, où nous bivouaquâmes.
Jusque la aucun poste militaire ne s'était encore fait apercevoir; le canon d'Austerlitz avait retenti dans ces parages, et l'entrée des Français dans la ville imperiale de Vienne, le 13 novembre 1805 (22 brumaire an 14) avait jeté la terreur parmi les Napolitains et leurs auxiliaires consternés.
Le 11 février, nous passâmes a Iltri, patrie du fameux Fra Diavolo, chef d'une horde qui infestait la contrée, et qui, dans ce moment, comme en 1798 (an 6) était encore armée pour la défense du pays. C'était cette milice ignoble qui nous était d'abord opposée ; c'était avec des bandits que Ferdinand préludait à la guerre qu'il avait provoquée; il comptait sur une poignée d'asassins et de voleurs pour retarder les coups qui devaient le précipiter du trône. Après avoir échangé quelques coups de fusil avec nos tirailleurs, cette bande fut contrainte à se jeter dans les montagnes, et elle ne se montra plus qu'aux petits détachemens et aux hommes isolés, restés en arrière; mais à force de chasse, dans un temps plus opportun, elle fut bientôt anéantie et la route redevint libre et sûre.
Suivant toujours la Via Appia , nous arrivâmes à Mola di Gaëta, où s'est arrêté le quartier général de la division chargée de l'investissement de la place de Gaëta, située sur le revers d'un rocher dont la pente descend jusqu'au lit de la Méditerranée; ses abords sont difficiles, par terre, entourée de roches pointues et élevées sur lesquelles on ne parvient que péniblement à établir des batteries de gros canons; sa garnison était composée de 2.500 hommes sous le commandement du prince de Hesse Philipstadt. La place sommée, le prince répondit qu'il avait juré à la reine de Naples de se défendre jusqu'à la dernière extrémité et qu'il tiendrait parole.
Le général de brigade Grigny, chargé de l'établissement de quelques postes vers le littoral de la mer, pour intercepter toute communication par terre avec le port, fut la première victime de cette guerre; s'étant approché du rivage, quoique couvert encore par un monticule, il eut la tête emportée par un boulet lancé d'une des chaloupes canonières qui étaient en panne devant la côte. Nous lui rendimes, le 12 au matin, les honneurs funèbres, après quoi nous nous mimes en marche, la division chargée du siège nous ayant remplacés pendant la nuit. Dans ses rangs était ua bataillon de noirs. Arrivés au Garigliano, dont les eaux coulent si lentement qu'elles semblent immobiles, et qui est si profond qu'elles paraissent noires, plusieurs de nos chasseurs s'y lancèrent, les uns pour explorer sa rive gauche, les autres pour y chercher les barques que les Napolitains y avaient laissées dans leur retraite, effectuée au moment où ils aperçurcnt la tête de notre avant garde; et d'autres, notamment l'adjudant sous officier La1lemand, descendirent le fleuve dans une de ces barques, jusque près de son embouchure à la mer, peu distante de ce point, et ramenèrent le pont volant que les fuyards avaiem laissé dériver pour retarder notre passage. Les amarres rétablies et les barques mises à la disposition des pontonniers, chaque corps fut bientôt porté sur l'autre rive et massé en colonne serrée par division, jusqu'à ce que toute l'avant garde fut passée.
Nous bivouaquâmes à quelques milles au delà, laissant à la division qui nous suivait le temps de passer et d'établir un pont pour la sûreté de la cavalerie et de l'artillerie.
Le 13, nous fûmes à Sessa et nous bivouaquâmes près de la petite ville de Teano.
Le 14, nous passâmes à Capoue, ville bâtie à une lieue de l'ancienne, dont les délices, dit l'histoire, énervèrent les fiers soldats d'Annibal et qui sauvèrent Rome.
Nous passâmes encore à Aversa, puis nous allâmes bivouaquer auprès de Militto. Deux régimens napolitains, ayant de la cavalerie et de l'artillerie, restés à Capoue pour la défense de cette ville, sc retirèrent devant nous sans brûler une amorce, et firent leur soumission peu après.

- Entrée dans Naples

Le 15 au matin, l'armée se réunit sous Naples, et sitôt après l'arrivée du prince Joseph, elle se mit en marche, et elle entra dans la capitale du royaume dans la plus belle tenue de campagne, au son de ses tambours, de ses clairons, de ses trompettes, de ses musiques, de celui de toutes les cloches; et au bruit du canon tiré des châteaux Saint Elme, de l'Oeuf, du Fort neuf et du port, déja occupés dès la nuit par nos compagnies spéciales ; notre régiment était en tête de la colonne.
Pendant la nuit du 14 au 15, plus de deux mille détenus dans les différentes prisons, excités par la malveillance qui voulait les opposer aux Français, avaient tenté de briser leurs fers et de sortir des prisons pour se répandre dans la ville, d'où, bien certainement, ils se seraient lancés sur les palais et les maisons offrant quelque ressource, plutôt que sur les Français, mais la bonne contenance de la bourgeoisie les arrêta, et empêcha les Lazzaronis de se livrer à quelque désordre.
Les Anglais avaient pris la fuite des premiers; le prince de Hesse qui occupait Gaëte, où ils désiraient se retirer, refusa de les recevoir dans la place confiée à son commandement; ils s'embarquèrent à Castellamare et firent voile vers Messine. Les Russes montèrent sur les vaisseaux qui les attendaient à Baies pour les transporter à Corfou. La retraite de ces troupes réduisit le roi Ferdinand aux seules forces napolitaines, dont les masses venaient d'être dissoutes.
Après que la reine Caroline eut fait un pélerinage à la Vierge de Chiaïa, à pied, vêtue de noir, la tête nue et les cheveux épars, dans l'espoir de ranimer l'esprit public, et pour décider toute la population à prendre les armes, la cour s'était embarquée pour Palerme, où le roi allait, comme en 1798 (an 6) transférer le siège de son gouvernement, puisque le continent lui manquait ; les bâtimens qui transportaient les archives, les effets de la cour, des objets précieux d'histoire naturelle tirés des musées de Naples et de Portici, même les belles glaces du théâtre Saint Charles, étaient encore en vue, contrariés par les élémens ; la mer était mauvaise et le vent contraire pour leur route.
Une partie des troupes françaises, en arrivant sur le môle, trouva encore une frégate et une corvette que le mauvais temps empêchait d'appareiller. Ces bâtimens, après avoir essuyé deux décharges, ne pouvant s'éloigner, furent obligés d'amener leurs pavillons. Ils étaient l'un et l'autre chargés d'une partie des trésors de la cour de Sicile.
D'autres vaisseaux, que la tempête força de retourner à Baies, à Procida et à Castellamare, furent aussi confisqués, mais on n'y prit que les effets appartenant à la cour fugitive.
Le départ précipité des Anglais et des Russes, le peu d'empressement des habitans de la capitale et des provinces à se joindre à l'armée napolitaine, la concentration de celle ci vers les Calabres, la consternation de la cour de Naples à l'approche d'une armée française que l'on croyait occupée bien loin, expliquent l'absence des troupes napolitaines ou autres sur la frontière du royaume et sur les points susceptibles d'opposer quelque résistance aux Français qui, n'ayant rencontré aucun obstacle sur leur route, avaient fait régulièrement leur étape aussi paisiblement qu'on la fait en pleine paix dans un pays sur et abondant sans avoir brûlé une seule cartouche.
Tandis que nous marchions sur Naples, que le maréchal Masséna s'occupait des dispositions les plus propres à accélérer la reddition de Gaëte, journellement ravitaillée par mer, et que le général Saint Cyr se rendait maître de la Pouille, de Tarente, d'Otrante et de tout le littoral jusqu'à Brindisi, nous occupions Naples bien paisiblement, en attendant l'ordre de nous porter dans les Calabres, ou s'étaient retirés les débris de l'armée napolitaine, réduite par la désertion; cette contrée était dévolue à notre avant garde commandée par le général Regnier.

- Excursion dans Naples et ses environs

Empressé de connaître cette grande ville, dite la Noble, une des premières de l'Europe par sa beauté, ses richesses et le nombre de ses habitans, je me hâitai de la parcourir dans toutes ses parties et de visiter ensuite les belles contrées qui l'environnent. Naples possède une grande quantité d'églises paroissiales et de communautés religieuses, toutes admirables par leur belle architecture, et par leur décoration intérieure; elle a aussi de beaux palais et de beaux monumens; l'ancien port de Naples, si grand et si sûr du temps des Romains, s'est tellement comblé qu'on a bâti dessus des maisons très solides; le nouveau port, formé par le môle, commence aussi à se remplir de sable. Cette ville a trois châteaux forts : celui de Saint Elme, qui est sur une petite montagne et qui commande la ville et la mer, le château de l'Oeuf, qui prend son nom de la figure ovale de l'île sur laquelle il est bâti, et le château neuf qui n'est séparé du palais du roi que par un fossé, par dessous lequel il y a une galerie de communication ; il y en a un quatrième , mais d'un seul bastion.
La beauté de la situation de Naples au fond d'un beau golfe, sur le penchant d'une colline, son climat tellement doux qu'on ne voit aucune cheminée dans les appartemens, et les feuilles qui ne tombent des arbres que quand les nouvelles pousssent, donnent à cette ville un aspect charmant et tout particulier. La chaleur ne s'y fait sentir violemment qu'à midi; à cette heure là toutes les boutiques, les maisons et les palais sont fermés comme à minuit; chacun fait la sieste jusqu'après trois heures ; seulement les restaurateurs et les cafetiers dérogeaient à cet usage en faveur des Français que rien ne pouvait empêcher de sortir; aussi les habitans étonnés disaient qu'on ne voyait dans les rues à midi, que des Français et des chiens. Alfieri disait des Napolitains : "maîtres dans l'art de crier". Ces deux traits caractérisent les deux peuples qui étaient en ce moment en contact, l'activité chez l'un, la dissipation et la mollesse chez l'autre.

- Théâtre Saint Charles

Après avoir visité les points principaux de la ville de Naples, j'assistai à une des représentations données au magnifique théâtre Saint Charle inauguré le 4 novembre 1737, chef d'oeuvre unique par son architecture, sa grandeur, la beauté de sa coupe, la richesse de ses loges, de la scène, de ses décors, de son orchestre introuvable, de ses virtuoses sans pareils, de ses illusions scéniques et nautiques, de ses machines, pour le grandiose de ses spectacles et de l'enthousiasme de ses dilettanti; théâtre communiquant au palais royal, dont il est séparé, au moyen d'une galerie intérieure formée de ponts, d'escaliers et de couloirs; d'un travail prodigieux, et fait alors en fort peu de temps et comme par enchantement. Saint Charles est en tout digne de la ville dont il fait les délices ; de la nature du sol dont il représente si bien les sites; de la douceur du climat et de la beauté du ciel dont la musique savante et suave semble vouloir reproduire les effets et ajouter à leurs charmes. Si ce théàtre était en ce moment abandonné de ses constans admirateurs il était du moins fréquenté par un grand nombre de Français attirés par la puissance de ses merveilles.

- Excursions hors de Naples

Je parcourus avec joie cette terre classique dont chaque point appartient autant à la mythologie qu'à l'histoire. Je commençai mes excursions par Chiaïa, et je traversai la grotte du Pausilippe.
Passant ensuite à Portici, résidence royale bâtie au dessus de l'ancienne Herculanum, couverte entièrement et remplie des laves du Vésuve, je descendis dans cette ville ensevelie depuis des siècles, guidé par un des soldats invalides commis à la garde des excavations et qui, cicerone du lieu et muni de torches, me fit parcourir toutes les parties déblayées avec précaution et une peine extraordinaire, car la lave, qui recouvre et remplit tout, a la dureté du marbre; une portion de cirque et la façade d'un temple, ainsi que quelques édifices particuliers, en marbre blanc, sont à découvert.
J'allai voir ensuite Pompeï, ville recouverte par des ponces et des cendres lancées par le Vésuve. On y entre de plein pied par la route qui passe au bas du mont qui recouvre cette ville; la moitié de cette antique cité est à peine sortie de dessous les amas de décombres qui l'ensevelissaient, tellement que la trace en était perdue.
Un cirque, quelques temples et des constructions particulières se laissent voir en entier; on entre dans beaucoup de maisons plus ou moins spacieuses; toutes n'ont qu'une cour intérieure et point de jardin; elles sont aussi d'une distribution à peu près semblable, ne recevant aucun jour de la rue; après avoir dépassé le portique, se présente la cour qui est carrée, entourée des quatre faces de galeries en arcades, formées de colonnes en marbre, ou en pierres recouvertes de stuc supportant un entablemcnt au dessus duquel régnait une galerie entourant une terrasse; ce cloître abritait les portes et les fenêtres des appartemens qui ne recevaient qu'un jour adouci. Au milieu de la cour est un bassin, réservoir d'une fontaine qui jaillissait, et le pavé qui l'entourait formait une mosaique. Chaque appartement se compose de plusieurs pièces contiguës ; une d'elles est destinée aux bains, la baignoire est d'un seul bloc de marbre, et son rebord est presque au niveau du sol, également recouvert en marbre. Généralement les murs des appartemens sont revêtus de stuc peint à fresque, assez bien conservée. Dans une salle de bain, probablement destinée aux femmes, j'ai vu une fresque représentant Diane au bain surprise par le chasseur Actéon ; il commençait à subir la métamorphose que lui avait infligée la chaste déesse pour le punir de sa témérité ; ses chiens le relançaient comme une bête fauve.
Un tel tableau, dans un lieu consacré aux femmes, est un trait de morale en action. La maison, dite Diomècès, se fait particulièrement remarquer par sa grande étendue, son decor, ses belles caves qui suivent le carré de la maison, et par ses grandes amphores encore debout qui semblent n'être vides de liqueur que depuis quelques jours. On y voit aussi un petit temple en marbre et tout auprès une maison ayant, au dessus de sa porte, un Priape, sculpté en ronde bosse, indiquant sans doute la demeure du sacrificateur attaché à ce temple dont la forme de la divinité, toute charnelle, indique des moeurs qui ne sont plus les nôtres. Plus loin on remarque un lieu qui servait aux cérémonies funèbres, car il est entouré de pierres cinéraires chargées de noms qui ne doivent qu'à la catastrophe qui a accablé cette ville et aux cendres qui les ont recouvertes, l'honneur d'être venus jusqu'à nous. Les fouilles que l'on y fait de temps en temps procurent à chaque fois quelques objets précieux échappés à la destruction qui, sur ce point, a été complète et instantanée.
De Pompéi, je passai au Vésuve, cause de cet immense désastre; il vomit à certaines époques des torrens de cendres noires et brillantes, des flammes, du soufre, des métaux et des minéraux en fusion : la colonne des matières qu'il projette est immense en hauteur et en circonférence.
Sur cette terre qu'éclaire le plus beau ciel, où les récoltes se succèdent sans interruption et ne sont jamais le produit d'un long et laborieux travail, j'ai vu une grande et superbe ville, un beau golfe, un volcan, des cités englouties, de magnifiques côteaux, des rochers calcinés, un sol riche, de pauvres villages, des campagnes riantes, de hautes montagnes, des bosquets fleuris et verdoyans, de la neige et des ruines antiques, des femmes belles, impétueuses, rusées, livrées au culte de l'amour dont elles sont embrasées; des hommes forts, musculeux, vifs comme le feu du climat et du volcan qui les animent et dont ils se nourrissent
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

 

f/ Expédition du Général Decaen en Inde (1802)

A la suite du Traité d'Amiens, conclu avec la Grande-Bretagne, la ville de Pondichéry et les comptoirs français en Inde, occupés depuis 1794 par les Britanniques, doivent être remis à la France. Le 15 avril 1802, Bonaparte avise le Ministre de la Marine, Denis Decrès, que "nous devons prendre possession des Indes ... dans les six mois de la ratification du traité au plus tard" (Correspondance de Napoléon, t.7, lettre 6037). Un expédition est ainsi organisée pour hisser le drapeau tricolore sur Pondichéry et les comptoirs de l'Inde, sous la direction du Général de Division Charles Mathieu Isidore Decaen.

Le 18 juillet 1802 (29 messidor an 10), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous prie, Citoyen Ministre ... d'écrire également au général Decaen, pour qu'il donne l'ordre de former un bataillon d'infanterie légère à cinq compagnies, et fort seulement de 3oo hommes. Le chef de bataillon et les capitaines seront pris parmi les officiers des 3es bataillons d'infanterie légère qui ont été réformés en l'an VIII. Les 1re, 6e, 8e, 9e, 10e, 13e, 14e, 16e, 17e, 18e, 20e, 26e, 27e, 29e, 30e et 31e légères fourniront chacune 20 hommes de bonne volonté. Ce bataillon comptera dans l'armée comme 3e bataillon de la 18e légère. Par ce moyen, cette demi-brigade aura deux bataillons en France et un aux Indes ..." (Correspondance de Napoléon, t.7, lettre 6189; Correspondance générale, t.3, lettre 7026). C'est ainsi donc que 20 hommes de la 1ère Demi-brigade légère se retrouvent détachés pour l'expédition.

 

g/ Campagnes de Calabre (1806-1807) et de Vénétie (1807-1808)

- Marche sur Reggio

A la date du 26 février, l'effectif du Régiment est de 1946 hommes.

Le Général Regnier, commandant le 3e Corps de l'Armée de Naples chargée de l'occupation de la Calabre, organise dès la fin de février 1806 son corps expéditionnaire, composé de 12 Bataillons et de 6 Escadrons, en trois groupes : une avant garde sous les ordres du Général de Brigade Compère, un corps principal (Division Verdier), et une réserve (Brigade franceschi). Le 1er Léger (1er et 2e Bataillons et Compagnies d'élite du 3e Bataillon) forme avec le 42e de Ligne, composé de même, la Brigade d'avant-garde (Compère).

L'armée napolitaine, indépendamment des Masses, se compose de 28 Bataillons et 16 Escadrons sous les ordres du Général Damas; son arrière-garde est commandée par le général Minutolo.

Le 1er mars, le 1er Léger occupe Eboli. Il vient de recevoir 108 recrues des Alpes-Maritimes. Son 3e Bataillon, moins les Compagnies d'élite, a été envoyé tenir garnison à Rimini sur la côte, entre Ancône et Bologne. Le dépôt, stationné à Parme depuis quatre ans, rejoint le 3e Bataillon à Rimini. Telle est la situation lorsque le 1er Léger entre avec le Corps Regnier dans cette presqu'île de Calabre où, soutenus par les troupes de l'ancien gouvernement, par les corps de débarquement de l'Angleterre et par les partisans de la reine, les paysans insurgés sous le nom de "Masses" et les brigands du pays, insaisissables dans leurs hautes montagnes, vont assassiner nos soldats isolés, attaquer à l'improviste nos postes et nos convois, et nous faire enfin, pendant plusieurs années, une guerre sauvage et sans merci.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"- Marche vers les Calabres
Le troisième corps de l'armée de Naples prit la denomination d'armée des Calabres; cette armée était composée de sept régimens d'infanterie française, d'un régiment suisse, d'un bataillon polonais, de six escadrons de chasseurs à cheval, de deux compagnies d'artillerie à pied, d'une de sapeurs, d'un détachement d'ouvriers joint à l'artillerie, répartis en deux divisions, sous les ordres des généraux de division Regnier et Verdier, le premier commandant en chef. La brigade d'avant garde aux ordres du général Compère, était formée du 1er régiment d'infanterie légère et du 42e de ligne.
Cette avant garde partit de Naples le 24 février, pour se mettre à la poursuite des troupes napolitaines retirées dans les Calabres sous le commandement du prince royal, fut coucher le même jour à Nocera; le 25 elle alla à Salerno et de là à Eboli. Nous restâmes dans cette ville jusqu'au 2 mars inclus; les deux divisions de l'armée y arrivèrent le 1er mars
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Situation en mars 1806 (côte SHDT : us180603)
Chef de Corps : BOURGEOIS Colonel - infanterie
Garnison - Dépôt à : Parme
Conscrits des départements des Alpes Maritimes de l'an XIII
STEILER Major - infanterie ; DELAMBRE-JOLY Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Cerisier - Armée de Naples
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lejeune - Armée de Naples
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Gastelais - Armée de Naples

Les deux provinces du Royaume de Naples, désignées sous le nom de Calabres citérieure et ultérieure, sont traversées dans toute leur étendue par de hautes montagnes dont les plateaux sont couverts de beaux pâturages. "Mais si la vue se repose avec plaisir sur la beauté et la variété des sites qu'offrent les montagnes, on ne peut, dit le Lieutenant-colonel de Tavel (Lettre du 28 mai 1808, publiée en 1820 chez Basset, quai des Augustins, 57, à Paris, dans un volume intitulé Séjour d'un officier français en Calabre), contempler sans saisissement les vallées profondes, ténébreuses, inhabitées dont le silence n'est troublé que par la chute des torrents".

Les plaines sont alternativement desséchées par un soleil brûlant ou fertilisées par les pluies. Les fièvres les rendent inhabitables pendant les chaleurs. Seules, les familles indigentes y restent alors pour garder les campagnes. "Climat plus meurtrier mille fois que le fer des brigands !" s'écrie encore de Tavel.

Ce climat favorise tous les genres de productions : dans les parties abritées du nord, on trouve la canne à sucre, l'aloès, le palmier. On y recueille des grains de toute espèce, des vins excellents, de l'huile d'olive en si grande abondance "qu'on la conserve dans de vastes citernes ...".

L'animal le plus utile dans ce pays, dont les communications sont si difficiles, est le mulet qui est de bonne race. Il y a aussi un grand nombre de buffles que les habitants emploient au labourage.

Malgré ces sources de richesse, la paresse des populations est telle que, sauf quelques villes ou bourgs, les villages "présentent l'aspect le plus misérable et le plus dégoûtant. L'intérieur des maisons est d'une saleté révoltante. Les porcs y vivent familièrement avec les habitants; et il arrive fréquemment que des enfants au berceau sont dévorés par eux. Ces animaux d'une espèce particulière, entièrement noirs et dépourvus de soies, sont tellement nombreux, qu'ils obstruent toutes les rues et l'entrée des maisons" (Lettre du 28 mai 1808).

Les Calabrais sont de taille moyenne. Ils ont le teint basané, les traits accentués, les yeux chauds. Comme les Espagnols, ils portent un grand manteau noir qui leur donne un air sombre. Ils se coiffent d'un chapeau à larges bords élevé et terminé en pointe d'un aspect bizarre. Malgré leur ignorance et leur barbarie, les Calabrais sont doués d'une grande finesse. "Leurs manières sont souples, insinuantes, dit de Tavel (lettre du 12 juin 1808) ; leur esprit très délié; et, à moins de bien connaître l'insigne perfidie dont ils sont susceptibles, on est facilement leur dupe ... Fourbes et adulateurs à l'excès ... , s'ils ne réussissent pas par les voies ordinaires, un coup de fusil ou de poignard les a bientôt vengés de leurs mécomptes ... Comme tous les hommes ignorants, ils sont superstitieux à l'excès : le brigand le plus atroce porte sur sa poitrine des reliques et des images de saints .....
Les femmes de Calabre ont peu d'attraits et sont surtout dépourvues de grâces. Mariées fort jeunes, elles sont bientôt flétries. Leur fécondité est extraordinaire
". D'un autre côté, "aimantes, passionnées, jalouses à l'excès, elles épient toutes les occasions pour se soustraire à la contrainte qu'on leur impose et elles se décident facilement à tout quitter pour suivre l'objet de leur affection".

Voilà dans quel milieu le 1er Léger va passer les deux années 1806 et 1807.

Avant de mettre en route son Corps d'armée, Regnier a tenu à réprimer sévèrement les cas de pillage qui se produisent trop fréquemment. Ainsi, le 3 mars 1806, un soldat du 1er léger est fusillé à Eboli, en présence du Régiment. Par la suite, malgré les privations, les fatigues et le manque de solde, le 1er Léger ne connaitra plus aucun fait analogue pendant toute la campagne.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Pendant le séjour que l'avant garde fit à Eboli, le général Regnier fut contraint d'assembler le conseil de guerre pour juger immédiatement quelques militaires de la brigade qui, au mépris des règlemens militaires et des ordres réitérés pour le maintien des propriétés des habitans, s'étaient livrés au pillage dans les campagnes, et surtout dans un pays que nous avions le plus grand intérêt à ménager; ces militaires, pris en flagrant délit, furent facilement convaincus et condamnés à mort. Le régiment y perdit le sergent Bertin, beau jeune homme, professeur d'escrime, jusque là d'une conduite irréprochable et bon soldat; il avait été entraîné à cette action par des camarades, comme lui étourdis par l'ivresse et qui, plus heureux, esquivèrent assez à temps pour n'être pas arrêtés. Ce pauvre jeune homme fît preuve d'un courage digne d'un meilleur sort; il commanda lui-même le feu et reçut la mort debout. Il fut généralement regretté.
Un grenadier du 42e de ligne, arrêté pour le même fait, détenu à Eboli, descendant la rampe en forme de berge qui conduisait à la plaine où la brigade était sous les armes et le consei l de guerre assemblé, s'échappa du milieu de son escorte, et sautant directement de berge en berge, il parvint à éviter les balles lancées contre lui, et à se soustraire à toute poursuite, sans que depuis on ait pu savoir ce qu'il était devenu.
Le 3 mars, le corps d'armée se remit en marche et fut loger à Castellucchio
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

carabinier 1er léger
Fig. 11b Fig. 11bbis Fig. 11bter Fig. 11c

Le 4 mars au matin, l'avant-garde se met en marche. Elle occupe le soir les hauteurs au delà de Palo.

Le Capitaine Duthilt écrit : "Le 4 , nous nous portâmes sur Auletta, puis nous gravîmes le pont de Campestrino, ouvrage le plus curieux qu'on puisse imaginer, d'un aspect théâtral, élevé au fond d'une gorge au dessus d'un ravin profond, pour continuer la communication de la vallée avec le haut d'une montagne qui se présente de front; sa base est formée par d'immenses piliers supportant des voûtes qui, par leurs ouvertures, donnent passage à des eaux torrentielles, tombant en cascades, et dont les cintres forment la route qui se replie six à sept fois sur la même face, depuis la gorge jusqu'au haut de la montagne où commence la plaine de Campestrino. Les Niapolitains avaient eu l'intention de s'y arrêter, car ils avaient coupé le parapet à différente hauteur en forme d'embrasure, mais craignant d'être tournés, ils ne s'y arrêtèrent pas. Au bout de cette plaine est le village de Polla où nous logeâmes" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le lendemain, l'avant-garde dépase Sala, n'apercevant l'ennemi que de loin. Le Capitaine Duthilt écrit : "Le 5, nous arrivâmes au couvent des Chartreux de San Laurenzo di Padula, de l'ordre de saint Bruno, maison immense, riche et renommée ; les religieux qui l'habitent sont nobles, et sont collectivement seigneurs de la petite ville de Padula, bâtie tout auprès au haut d'une colline dominant la Chartreuse ; ils sont encore, selon la chronique, les pères d'un grand nombre d'enfans de cette cité. Toute la brigade put loger dans ce couvent, et être nourrie des approvisionnemens de ces pieux solitaires" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Enfin, le 6, l'avant-garde trouve les Napolitains retranchés en avant de Lago Negro, gardant le passage du pont della Noce, auquel ils ont mis le feu. Le Général Minutolo a placé ses troupes (environ 2000 hommes, y compris la cavalerie et les paysans armés) dans un grand ouvrage en terre défendu par une pièce de 12, un obusier et deux pièces de 4. Deux Compagnies de Voltigeurs se portent aussitôt à droite sur une hauteur qui domine la position ennemie. Le Général en chef, informé de cette résistance, se rend sur les lieux et fait immédiatement soutenir les Voltigeurs par un Demi Bataillon du 1er Léger. "Il ne fallut à ce renfort que le temps d'arriver sur les hauteurs, pour mettre en fuite les Napolitains qui, dans leur précipitation, abandonnèrent la pièce de 12 et l'obusier", dit le Général Reynier. Le 1er Léger a perdu le Capitaine Reymackers, tué en entrant à Lago Negro.

La poursuite est poussée jusqu'à Lauri. Les trophées de la journée sont : 3 drapeaux du Régiment Princepessa, 20 Officiers, 300 hommes, 4 canons et tous les équipages.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"- Combat de Lagonegro
Notre marche, jusque là si paisible, fut arrêttée le 6 par l'arrière-garde napolitaine, établie d'une demi lieue en avant du bourg de Lagonegro, dans une vallée resserrée entre des montagnes qui s'abaissent insensiblement dans la direction d'une autre vallée transversale, laquelle sert de lit à un torrent souvent large et rapide, et que nous devions franchir pour arriver à Lagonegro ; le pont en bois elevé sur le torrent venait d'être brûlé par l'ennemi posté sur des monticules au delà ; il n'en restait plus que les piliers. Une batterie de deux petits canons de montagne établie sur une butte vis a vis, défendait les approches du gué, presque praticable à ce moment pour les voitures et les chevaux; des troupes napolitaines garnissaient quelques retranchemens longeant le torrent, et des forces plus imposantes occupaient les crêtes des monts, au bas desquels nous devions défiler après le passage du torrent.
Nos éclaireurs essuyèrent le feu des pièces et ripostèrent par une fusillade très vive; notre artillerie n'était pas encore arrivée. Nos trois compagnies de voltigeurs se portèrent en avant jusque sur le bord du torrent, la première en face du gué, à côtè du pont brûlé; la seconde à la droite et la troisième sur la gauche; elles entrèrent en même temps dans le torrent ayant de l'eau jusqu'aux hanches, les voltigeurs se soutenant par groupes pour n'être pas entraînés par le courant. Quelques compagnies de chasseurs en réserve sur la ligne, appuyaient ce passage en entretenant un feu bien nourri, de cette manière nos voltigeurs arrivèrent sans accident sur l'autre rive; puis, gravissant aussitôt les monticules, ils attaquèrent de front et de f1anc les Napolitains, enlevèrent rapidement la petite batterie et les retranchemens, descendirent au pas de course les revers des monts pour se porter sur la route afin de couper la retraite aux Napolitains éperdus et, en un instant, toutes les positions furent abandonnées, ainsi que les canons, les bagages et même les soupes que les soldats avaient préparées; ils se retirèrcnt par les montagnes et gagnèrent ainsi Lagonegro, où ils avaient encore de l'infanterie, de la cavalerie et des canons. Pendant cette action les ouvriers rétablirent le pont pour le passage de nos troupes d'infanterie, tandis que la cavalerie et les équipages traversaient le gué.
De nouvelles dispositions furent faites pour marcher immédiatement sur le bourg de Lagonegro et pour en expulser les Napolitains. Les trois premières compagnies de notre 1er bataillon donnèrent la chasse aux Napolitains dans les montagnes, et les autres compagnies se réunirent aux voltigeurs sur la route et allèrent attaquer le bourg par les entrées.
Le 2e bataillon et nos trois compagnies de carabiniers marchèrent en réserve avec le 42e de ligne.
Les Napolitains qui avaient assez bien fait la guerre de tirailleurs dans les montagnes, se défendirent mal dans la vallée, quoique appuyés par leur artillerie qui foudroyait la principale entrée, et par leur cavalerie qui se montrait sur tous les points. Bientôt le bourg fut emporté de vive force, les canons pris, la cavalerie mise en fuite, et une grande partie de l'infanterie faite prisonnière. Nous nous emparâmes encore de leurs bagages, de leurs vivres, d'un magasin d'habillement, d'une caisse militaire assez bien garnie, et d'un chambellan du prince.
Entre autres pertes nous eûmes à déplorer celle de monsieur Reymacker, capitaine de la 2e compagnie de voltigeurs, bel homme, brave soldat, broyé par la mitraille.
Le quartier général resta à Lagonegro; l'avant garde fut aussitôt envoyée sur la route que tenait l'ennemi, pour suivre ses mouvemens ...
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Fig. 11d

Le 7, à Lauria, l'avant garde prend encore 3 Officiers, 50 hommes et 3 canons. Le Capitaine Duthilt écrit :
"... et, le lendemain 7, nous fûmes à Bosco où les Napolitains avaient été forcés d'abandonner treize caissons à cartouches, ne pouvant les emmener plus loin.
On ne peut concevoir comment ils purent faire arriver jusque là tout ce qui compose un train d'artillerie car, à partir du Lagonegro, la route est absolument dégradée et impraticable pour toute espèce de charrois, et les Napolitains n'avaient rien fait pour la rendre propre au transport de l'artillerie; les voitures les plus étroites ne pouvaient y passer que sur les roues du même côté, tandis que celles opposées restaient en l'air, ce qui nécessitait l'emploi d'un grand nombre d'hommes pour opérer un contrepoids, en tirant tous à la fois du côté des roues tournantes, ce qui arrivait lorsqu'un chemin se trouvait établi entre le talus d'une montagne et le bord d'un ravin ; en d'autres endroits, la route était tellement resserrée entre deux talus de montagnes ou de rochers, qu'alors les roues dépassaient les ornières de la voie ordinaire, et elles roulaient en dehors sur des inégalités et par dessus les grosses roches tombées d'en haut, et qui abondent aux pieds de ces montagnes et sur la route même. Tout le transport de Bosco à Lagronegro ne se fait habituellement que sur de petites voitures courtes et étroites, ou à dos de mulets.
Derrière notre avant garde, une compagnie de sapeurs rétablissait la voie pour nos transports, ce qui retardait notre marche, mais assurait nos succès.
Nous bivouaquâmes le même soir à Lauria, où nous trouvâmes encore trois canons et des caissons abandonnés
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 8, l'avant garde atteint Castellucia sans être inquiétée. L'ennemi a pris position pour barrer le passage au débouché du défilé qui s'épanouit sur la haute plaine de Campo-Tenese, en avant de Castrovillari. Appuyant sa gauche et sa droite aux hauteurs qui bordent la plaine, il a abrité son front par trois redoutes armées de pièces de gros calibre.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Le 8, nous fûmes bivouaquer à la Rotonda, d'où nous aperçûmes les feux des bivouacs ennemis établis sur la crête des monts que nous devions atteindre le lendemain" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 9 mars au matin, l'avant garde reprend sa marche, fait une halte à Rotondo et s'engage résolument dans le défilé. A la sortie, les éclaireurs se jettent en avant et bousculent bientôt les premiers postes ennemis. Plusieurs Compagnies de Voltigeurs, dont une du 1er Léger, sont aussitôt détachées sur les hauteurs à droite et à gauche. Lorsque le Corps s'engage à son tour dans le défilé, la neige commence à tomber en abondance, et une brume épaisse, masquant les positions ennemies, rend alors l'attaque très difficile. Un Bataillon du 42e de Ligne est d'abord envoyé au secours des Voltigeurs de gauche. Le 1er Léger et le 2e Bataillon du 42e sont ensuite déployés à l'entrée de la plaine. Toute la Brigade Compère se trouve donc en ligne. Cette position est très longue à prendre : "les soldats n'arrivaient qu'un à un par le défilé", nous dit le compte rendu de l'affaire. Le mauvais temps effectivement retarde et rend pénible les manoeuvres, mais il paralyse aussi l'enemi qui, par son tir seul, semble devoir interdire tout déploiement. La Division Verdier commence alors à se former en seconde ligne, sous le canon napolitain.

Fig. 12
Fig. 12a

Cependant, les Voltigeurs du 1er Léger et le Bataillon du 42e sont arrivés sur les hauteurs qui servent d'appui à la droite du camp. Déjà, ils chassent devant eux les deux Régiments chargés de défendre ces positions et débordent ainsi la droite du Général Damas. Regnier ordonne alors aux Généraux Compère et Verdier de faire battre la charge. L'ennemi débordé s'enfuit en désordre, abandonnant redoutes et canons. Quelques Napolitains gagnent le petit sentier de Morano. Les Voltigeurs du 1er léger les précèdent dans ce village et les font tous prisonniers. A la faveur du brouillard, 1500 hommes réussissent à s'échapper avec le Général Damas. Le nombre de prisonniers est de 1900 dont 100 Officiers et 1 Colonel, 2 Brigadiers généraux, et un Bataillon entier du Régiment des Gardes.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"- Combat de Campo Tenese
Le 9, les Napolitains se réunirent et s'arrêtèrent à Campo Tenesse. Tout ce qui restait de troupes napolitaines, y compris la Maison du Roi, s'y trouvait réuni. Ce lieu parut propre au général Damas pour hasarder une bataille qui, s'il l'eût gagnée, lui aurait donné tout 1'ascendant dont il manquait pour déterminer les populations calabraises à prendre les armes contre nous. Il était retranché au fond d'une plaine large et profonde, située sur le plateau entre les monts de Campo, et défendu par deux bastions armés de canons de gros calibre en avant de sa ligne de bataille, de manière que l'armée napolitaine était là comme dans un camp retranché. L'entrée de la gorge menant au plateau était étroite, tortueuse, escarpée et les montagnes qui la resserraient de chaque côté étaient couvertes de rochers brisés, de bois et de tirailleurs, découvrant parfaitement la route et la défendant efficacement. En certains endroits, la route était tellement étroite que quatre hommes pouvaient à peine y passer de front.
Lorsque nos éclaireurs eurent fait replier les premiers postes ennemis établis à l'entrée du défilé, des voltigeurs furent détachés sur les monts à notre droite, mais au moment où la colonne se présenta pour entrer dans la vallée de Saint Martin , la neige commença à tomber abondamment et une brume épaisse vint en même temps obscurcir l'atmosphère et nous empêcher de voir à plus de cinquante pas autour de nous, et par suite de reconnaître la position ainsi que les dispositions de l'ennemi ; chacun de nos corps se forma de suite en colonne serrée, en attendant que le temps nous permît d'y voir assez pour diriger notre attaque. La neige et la brume se dissipèrent bientôt et nous pûmes discerner les objets éloignés ; alors nous vîmes les Napolitains rangés en bataille derrière leurs deux redoutes, ayant à leur centre et aux ailes le restant de leur artillerie; leur cavalerie était en réserve derrière cette ligne.
Notre avant garde, composée en ce moment d'une forte garde et de nos trois compagnies de voltigeurs, fut attaquée dès son entrée dans la plaine par de nombreux tirailleurs. Le général Regnier s'était porté jusqu'à la hauteur des premiers éclaireurs pour mieux juger du nombre et de la contenance des Napolitains.
Il fit alors jeter sur sa gauche deux compagnies de voltigeurs pour tirailler; le feu s'engagea vivement et notre avant garde eut à lutter contre les efforts de l'ennemi défendant obstinément l'entree. Enfin, les tirailleurs napolitains furent forcés de se retirer derrière leurs redoutes et de nous céder la plaine, de sorte que la colonne put se déployer et se porter en avant, malgré la neige qui tomba derechef et le feu des redoutes à boulets puis à mitraille; on battit la charge jusqu'à ce que ces redoutes fussent dépassées; alors déployant en bataille toutes les troupes de la 1re division parvenues sur ce point, et marchant sur la ligne ennemie sans riposter à ses feux, le général fit croiser la baïonnette et battre la charge; les Napolitains, nous voyant si près d'eux et toujours avançant en bon ordre, rompirent leurs rangs et cherchèrent leur salut dans la fuite, laissant leurs canons et beaucoup jetant leurs armes se considérant déjà comme prisonniers. Parvenus à l'extrémité de la plaine, les Napolitains de la garde, les seuls qui eussent conservé leurs rangs, éprouvèrent pour en sortir les mêmes difficultés que nous eûmes pour y entrer; nos voltigeurs arrivèrent avant eux à Moreno et leur disputèrent ce défilé; néanmoins quelques pelotons le passèrent, mais les autres et la cavalerie se retirèrent en désordre par les chemins des montagnes, où nos voltigeurs s'aventurèrent à leur poursuite ; coupés, ils prirent un grand nombre de ces fuyards, mais un brouillard épais qui s'éleva derechef, et bientôt la nuit qui survint, mirent fin à cette affaire qui vit la destruction complète de l'armée napolitaine.
Le général Damas ne put réunir aprtès l'action qu'un millier de fantassins de tous corps et une centaine de cavaliers découragés; le restant, dispersé dans les montagnes, coupé ou pris dans les vallées fut dirigé sur Naples, au nombre de plus de 5.000, parmi lesquels des officiers de tous grades et le général Ricci.
Ceux des Napolitains qui purent s'enfoncer dans les montagnes y errèrent encore quelques jours ; puis, contrains par l'impossibilité d'en sortir à mains armées, ils vinrent se rendre successivement aux commandans français établis sur la route.
Le prince royal et sa suite se retirèrent à Cosenza pour y préparer leur passage en Sicile.
Le 1er régiment d'infanterie légère s'est particulièrement montré dans cette affaire : le général napolitain Ricci, quatre drapeaux et un grand nombre de prisonniers furent enlevés par lui au fort de l'action; sa perte, tant en tués que blessés a été d'une cinquantaine d'hommes (ordre du jour).
Au moment ou nous nous formions en bataille pour marcher sur la ligne ennemie, un boulet, parti d'une des redoutes, vint tomber à quelques pas en avant du peloton de notre drapeau, derrière lequel j'étais en serre file ; il pénétra en terre, en ressortit sous les pieds d'un chasseur de second rang, le souleva et lui fractura une jambe en plusieurs endroits, sans avoir blessé l'homme du premier rang, ni celui du troisième de cette file ; en passant il me couvrit de terre et de graviers, qui me contusionnèrent en vingt endroits, me toucha presque la tête, me rendit sourd quelque temps, s'éleva directement au au dessus du commandant Cerisier, toucha encore la terre, ricocha et alla atteindre et blesser grièvement un soldat de la réserve, bien en arrière de la première ligne.
Nous bivouaquâmes au dessus de Moreno
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le lendemain, l'avant-garde pousse jusqu'à Cassano à la poursuite du Général Rosenheim qui s'est retiré derrière le Crati. Elle reprend ensuite la route de Cosenza.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"- Marche sur Reggio
Le 10, nous passâmes à Castrovilari et nous fûmes bivouaquer en avant de Cassano; le 11, nous fùmes à Rossano; près de là on croit voir les ruines de la ville de Sybaris, dont la mollesse proverbiale de ses principaux habitans aisé ne souffrait dans son enceinte ni forgerons, ni chaudronniers, ni aucun ouvrier dont le bruit des instrumens de travail de sa profession pouvait troubler leur voluptueuse indolence
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Face aux colonnes françaises victorieuses, le Prince héritier de la cour de Naples, entraîné par les débris de son armée, décide de quitter Cosenza. Avant de partir, il ouvre les portes du bagne, rendant ainsi la liberté à 200 détenus condamnés pour vols et assassinats, qui sont envoyés dans les montagnes rejoindre les brigands et les Masses.

Le 13 mars, l'avant-garde atteint Cosenza, par des chemins rendus détestables par les pluies. Le Général Regnier écrit à Joseph : "une grande partie des soldats ont laissé leurs souliers dans la boue".

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Le 12, nous bivouaquâmes dans le Val di Crati; le 13, en avant de Cosenza, petite ville de la Calabre citérieure, située sur le penchant d'une montagne; le 14 nous passâmes à Rogliano et nous fûmes bivouaquer près de Nicastro, dans la Calabre ultérieure; le 16 à Fondaco del Fico" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Armée d'Italie - 15 mars 1806 (Nafziger - 806DXC)
Commandant en Chef : Prince Eugène
Dépôts de l'Armée de Naples :
1er Léger (à Mantoue) : 3 Officiers, 192 hommes

Le 17, le 1er Léger arrive à Monteleone sur les talons de l'ennemi. Monteleone est une petite ville de 7000 âmes dont le Lieutenant-colonel Duret de Tavel fait le plus grand éloge : "Monteleone est bâtie sur un monticule qui domine un vaste plateau ... Un grand et magnifique tableau s'offre de toute part à la vue qui se repose au loin sur le sommet vaporeux et bleuâtre de l'Etna. L'aspect de cette petite ville surmontée d'un château ... est aussi gracieux que pittoresque". (Lettre datée de Monteleone, 7 avril 1807).

Le Capitaine Duthilt écrit :
"le 17 en avant de Monteleone; le 18 à San Pietro, après avoir traversé Mileto" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 19, le 1er Léger est à Seminara. "Tous les soldats sont sans souliers; ils sont extrêmement fatigués, mais plein d'ardeur", écrit encore le Général en Chef.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"... le 19 nous passâmes à Rosarno et à Drosi, puis nous fûmes bivouaquer à Seminara; le 20 nous traversâmes Solano et Fiumara di Mura et nous fûmes bivouaquer à Gallico, rivage de la mer Tyrrhénienne près de Scilla. Des hauteurs environnantes, d'où l'on découvrait entièrement le détroit de Messine, le général Regnier ayant aperçu entre Gallico et Pentinello, un nombre de petits bâtimens et de barques qui mettaient à la voile pour Messine, partit rapidement avec un escadron de chasseurs dans l'espoir d'arrêter encore quelques Napolitains qui n'auraient pas eu le temps d'embarquer ; mais à son orrivée sur la plage, il n'y trouva plus aucun militaire; les bâtimcns étaient au large sous la protection de quelques chaloupes canonnières, qui tirèrent sur notre cavalerie et tuèrent un chasseur" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Enfin, le 21, l'avant-garde est à Reggio. Elle y reçoit quelques coups de canon des bâtiments anglais qui protègent l'embarquement du Maréchal Damas et des ses débris, auxquels se sont joints quelques chefs de Masses. A Reggio même, les Français sont accueillis par les acclamations des habitants qui malgré le mauvais temps, se sont portés en grand nombre au-devant de nos colonnes pour fêter leur arrivée. L'Archevêque et son clergé est en tête de ce mouvement sympathique. Il chante dans sa cathédrale un Te Deum d'action de grâces et donne solennellement sa bénédiction aux troupes françaises.

Les soldats quant à eux oublient leurs fatigues et regardent Messine et le détroit, brûlant d'être sur l'autre rive. Comme les Anglais ont enlevé de la côte jusqu'aux bateaux des pêcheurs, nos hommes font entre eux des paris de passer le détroit à la nage. "Oui, nous irons à la nage, laissez-nous faire", disent-ils à leur général; et pourtant, ils n'ont pas reçu leur solde depuis un mois.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"Le 21, nous entrâmes à Reggio, ville maritime, assez grande mais triste et démolie par l'action dut tremblement de terre de 1783. Elle est défendue par un château fort, et quelques batteries de côtcs établies de distance en distance la protègent contre les attaques par mer. Nous y fûmes reçus avec acclamation : les autorités civiles, l'archevêque et son clergé vinrent à l'entrée de la ville complimenter le général et l'assurer de la soumission de l'entière popula tion. Nous assistâmes au Te Deum chanté immédiatement, l'archevêque officiant; il semblait que notre arrivée fût un bienfait pour le pays; du moins c'en était un pour nous, parvenus au terme de notre conquête sans grande effusion de sang, car si le prince royal eût voulu nous disputer le terrain plus souvent, il l'aurait fait avec avantage ; il pouvait nous arrêter fréquemment dans des defilés étroits et tortueux, où nous ne pouvions entrer qu'un petit nombre à la fois; en employant ce moyen, tout à sa disposition, il eut aguerri ses troupes et rassuré les habitans des Calabres étonnés de notre soudaine apparition et il aurait fait durer la guerre plus longtemps. Mais la noblesse napolitaine était dégénérée, elle n 'aurait pu prendre en ce moment aucun ascendant réel sur le peuple et sur l'armée; son autorité était absolument méconnue. Dans cette circonstance, la cour de Naples et l'état-major anglais espérèrent néanmoins exciter bientôt un soulèvement dans ce pays ; ils laissèrent lâchement aux grossiers habitans de cette contrée le soin de nous exterminer en détail à la première occasion, ce qui est prouvé par les rumeurs sourdes qui ne tardèrent pas à se faire entendre et par des proclamations émanées des autorités siciliennes qui causèrent des soulèvements successifs qui eurent lieu peu de temps après notre arrivée.
Des deux divisions composant le corps d'armée dans les Calabres, la 1re se porta dans la partie ultérieure, sous les ordres du général Regnier et elle s'étendit jusqu'au cap Spartivento et des Larmi, communiquant avec Tarente sur l'Adriatique
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

"Reggio, dit de Tavel (lettre du 4 mai 1808), était renommée dans l'antiquité par sa situation, ses campagnes délicieuses, la douceur et la salubrité de son climat... Réduite en cendres par Barberousse en 1544, elle fut en outre saccagée et pillée deux fois dans le même siècle, et enfin, le 5 février 1783, elle fut renversée de fond en comble ... II est impossible, ajoute t-il, d'imaginer rien de plus beau que les campagnes qui environnent Reggio; elles réunissent les productions les plus délicieuses et les plus variées. Des ruisseaux et des sources abondantes jaillissant du pied des montagnes voisines, serpentent sous des berceaux d'orangers, de citronniers et entretiennent une fraicheur, une fertilité surprenante. C'est un vaste jardin orné de bocages parfumés qui réalisent le beau idéal d'un paradis terrestre ... En un mot le climat, le sol, la situation de Reggio présentent à l'imagination tout ce que la fable et la poésie ont pu inventer de plus séduisant".

A la suite de cette première expédition, le Capitaine Baudin et le Lieutenant Prévost sont décorés; le Général en chef, dans son rapport, propose le Capitaine Baumard pour de Chef de Bataillon; il recommande également à la bienveillance de Joseph le Capitaine Dénéchaux Maximilien proposé pour la Croix, le Sous lieutenant Roux, le Caporal de Voltigeurs Véron proposé pour la croix, le Grenadier Bonin et les Voltigeurs Vanhore, Mulhausen et Maires.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"Le lendemain de notre arrivée à Reggio, notre adjudant-major, monsieur Montaussé, me donna le commandement d'un détachement chargé de maintenir une communication assurée entre Reggio et Tarente, établi à cet effet à Girace, près du cap Spartivento. A peine arrivé au gîte intermédiaire, monsieur Valdan, lieutenant, vint, par suite de la réclamation qu'il fit, nanti d'un ordre formel, prendre le commandement de mon détachement, son tour de service lui donnant ce droit. Obligé de céder encore cette fois (comme à Bregenz), je rentrai seul à Reggio.
Quelque temps après, lors de la première levée de boucliers des Calabrais contre les Français occupant le pays, monsieur Valdan, se trouvant encore avec son détachement à Girace, isolé, fut averti secrètement qu'il allait être cerné et inévitablement égorgé s'il n'évacuait promptement le poste qu'il occcupait. Alors, il prit la résolution de s'enfermer dans l'église, décidé à s'y défendre jusqu'à extinction ou délivrance; mais à peine y était il entré qu'une cohue considérable révoltée et armée vint le sommer de se rendre, menaçant de le brûler dans l'église. Aucune garantie ne lui étant donnée pour lui et ses chasseurs, il fut sourd à cette sommation; l'exécution allait suivre la menace, et il était perdu, si le curé ne s'était fait introduire dans l'église, sous prétexte de parlementer, s'il ne s'était revêtu de ses habits sacerdotaux , s'il n'eût pris en mains l'ostensoir, et si la porte de l'église ouverte il ne se fût établi sur le seuil, en déclarant que cette cohue n'arriverait aux Français qu'après avoir sacrilègement passé sur le corps de son Dieu. Néanmoins quelques coups de fusil tirés sur les Français cassèrent une jambe à Mr Valdan qui, sous la protection du bon ecclésiastique, fut sauvé et transporté par mer, avec son détachement, à Tarente d'où il se rendit à Naples, où le roi Joseph le fit nommer capitaine et décorer, après qu'il fut amputé.
La seconde division, commandée par 1e général Verdier, resta dans la Calabre citérieure, communiquant avec Reggio et Naples. Cette seconde division eut bientôt à combattre les montagnards insurgés, depuis Lagonegro jusqu'à Montelcone, lesquels débutèrent par assassiner simultanément les petits cantonnemens, les militaires isolés, les courriers et les estafettes. L'insurrection prit rapidement un caractère sérieux, qui annonçait une organisation bien combinée; cependant celle ci n'eut pas une longue durée : la division Verdier, agissant sur plusieurs points à la fois et avec la plus grande énergie, réprima promptement ce premier mouvement par des exécutions à mort. Les plus audacieux de ces révoltés s'emparèrent facilement du fort Amanthéa , et s'y renfermèrent; ils y soutinrent un blocus long et très resserré par terre, mais la mer leur donnait la facilité de se ravitailler et de communiquer journellement avec Messine ou Palerme, d'où ils tiraient leurs approvisionnemens. En dehors de cette forteresse tout était rentré dans l'ordre, les Anglais n'ayant rien pu faire pour seconder l'insurrection qu'ils avaient suscitée; de sorte que tout était pacifié lorsque le prince joseph Bonaparte vint faire sa tournée dans les Calabres. On se hâta de lever des batterics de côtes auprès de Reggio, du moins sur les points les plus importans autour du fort de Scylla, dont le pied esl baigné par les flots d'un courant rapide et changeant, qui entraîne les bâtimens qui n'ont pu éviter ses eaux et qui, poussés par les vents courent de Carybde en Scylla et tombent inévitablement dans un de ces redoutables écueils; on les arma de gros canons et d'obusiers, provenant du fort de Reggio, ou de Naples amenés par mer, malgré la surveillance des croiseurs anglais qui ne cessaient d' explorer 1a côte de la mer Tyrrhénienne et Méditerranée.
On organisa en même temps une compagnie de sapeurs marins sous le commandement de monsieur Gaspard Bouillet, sous-lieutenant des carabiniers de notre 2e bataillon, pour monter quelques barques pontées, armées en corsaire, destinées à communiquer avec la côte de Sicile afin d'être continuellement informé des mouvemens et des projets apparens des Anglais; en effet, cette petite flottile opéra heureusement quelques descentes dans l'île, débarqua et ramena quelques espions, nous rendant enfin d'assez bons services.
La ville de Reggio est bâtie exactement en face de la ville et du port de Messine, dont le détroit sur ce point a moins d'une lieue de largeur; avec des lunettes ordinaires, des terrasses des maisons de Reggio, nous distinguions très bien ce qui se passait à l'entrée du port de Messine
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

 

- Occupation de la Calabre

Fig. 13
Dessin original extrait de "Uniformes de l'infanterie légère sous le 1er Empire"; Aquarelles par Ernest Fort (1868-1938); Ancienne collection Gustave De Ridder, (1861-1945); Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, PETFOL-OA-493

D'après les instructions données par le Général César Berthier, Chef d'Etat major de l'Armée de Naples, les troupes avaient pour mission de "forcer l'ancienne armée napolitaine à quitter le continent et à se dissoudre, de maintenir la tranquilité, d'éteindre enfin l'insurrection des Masses et des gens dévoués à l'ancienne reine". Aux vues des événements, la première partie de ce programme semble remplie. Cependant, tout ce pays si beau, si fertile de sa nature, désormais occupé par les Français, est alors complètement épuisé. De terribles tremblements de terre ont couvert toute la contrée de ruines en 1783, et les villes et les villages ne sont encore rebâtis qu'en partie. Enfin, les troupes anglo-napolitaines en ont consommé les dernières ressources. Cette situation oblige donc les troupes françaises à se disperser pour subvenir à leurs besoins, ce qui se fera sentir le jour où un rassemblement rapide sera nécessaire pour faire face à un gros orage. Ainsi, le 1er Léger est cantonné sur une longueur de près de 70 lieues, de Cotron à Melito.

Fréquemment, des rassemblements de paysans et de brigands obligent les troupes à s'organiser en colonnes mobiles. Ainsi, le 28 mars, le commandant Pierre Lejeune part de Cosenza avec 200 hommes des 1er et 23e Légers. Il disperse de nombreuses bandes de paysans insurgés, ce qui lui vaut d'être cité à l'ordre pour les résultats obtenus avec cette colonne. Rappelons que commandant Lejeune a déjà mérité une citation, le 29 floréal an II (18 mai 1794), à la prise de Lanoy où il fut blessé. "Une balle lui emporta son faux col et le jeta à bas de son cheval. Il concourut néanmoins avec cinq chasseurs à la prise d'une pièce de canon placée en avant de la porte de Lanoy où il entra le premier, avec le plus de monde qu'il put réunir. Il fit plusieurs Hessois prisonniers".

Le 5 avril, dans une expédition conduite par le Colonel Dufour sur Martarano, les Chasseurs du 1er Léger et les Voltigeurs du 1er Bataillon du 6e de Ligne, débusquent en moins d'un quart d'heure les brigands qui se sont postés en avant de la ville. Ils les poursuivent jusqu'au delà de Martarano qu'ils traversent pendant que, depuis les fenêtres des maisons, l'ennemi tire sur eux et leur jette des pierres ou des pots de terre. "Nos soldats étaient furieux... Toute la troupe s'est battue avec la plus grande intrépidité et a brusqué l'attaque avec vigueur", écrit le Colonel Dufour. Dans cette affaire, le Sous lieutenant de Saint-Pierre a eu le bras gauche cassé par une balle.

Le Commandant Duthilt écrit :
"Le 18, le prince Joseph arriva à Reggio où il fut reçu avec enthousiasme par toutes les classes de la populalion ; il savait gagner tous les coeurs par son amabilité et sa douceur. On peut affirmer que les démonstrations de joie que manifestaient les habitans étaient sincères, car même dans le malheur qui plus tard vint nous accabler, et en face des Anglais qui vinrent s'établir sur ce point, les Français qui y étaient encore, au moment de leur invasion, y trouvèrent sympathie et protection.
Le 19, le prince y reçut le senatus consulte et le décret impérial qui l'élevaient au trône de Naples. Il fut aussitôt salué Roi par les habitans et par la troupe; la joie se manifesta hautement parmi cette classe de citoyens amis de la tranquillité publique à laquelle l'administration du nouveau monarque semblait promettre une longue suite de jours heureux.
Le 21, le roi Joseph partit de Reggio et continua sa tournée par le cap Spartivento, se rendant à Tarente, escorté par un fort détachement de nos carabiniers qui allèrent jusqu'à Girace, où ils furent remplacés par des grenadiers de la ligne, venus de Tarente
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 22 avril, Napoléon écrit au Roi de Naples pour lui conseiller de ne garder à l'armée que deux Bataillons par Régiment, et de renvoyer les cadres des autres bataillons aux dépôts dans le royaume d'Italie; cette mesure en théorie concerne le 1er Léger (Correspondance de Napoléon).

Situation en mai 1806 (côte SHDT : us180605)
Chef de Corps : BOURGEOIS Colonel - infanterie
Conscrits des départements des Alpes Maritimes de l'an XIV
STEILER Major - infanterie ; DELAMBRE-JOLY Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Cerisier à Reggio, La Fossa - Armée de Naples
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lejeune à Reggio, La Fossa - Armée de Naples
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Gastelais à Rimini - Armée d'Italie

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Le 25 mai, vers trois heures après midi, nous ressentîmes distinctement trois secousses de tremblement de terre à peu d'intervalle.
Le 1er juin, notre 1er bataillon et les carabiniers de notre 3e allèrent camper en observation sur une hauteur près de Campo, d'où l'on découvrait une grande étendue de côtes, le Phare et le port de Messine
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le Sous-lieutenant de Saint Pierre est à nouveau blessé le 5 juin près de Seminara dans une affaire analogue à celle du 5 avril.

Ces luttes incessantes se prolongent jusqu'à la fin juin. Des fonds sont arrivés fin mars, mais depuis, plus rien. Napoléon, sans cesse sollicité par Joseph, lui répond qu'il a toute l'Europe sur les bras, que "c'était beaucoup de prêter ses soldats ... et qu'enfin ceux qui les employaient devaient les entretenir". Cette pénurie refroidit peu à peu l'enthousiasme des premiers jours. Les Anglais ont épuisé le pays; mais ils payaient tout avec exactitude. La comparaison nous est défavorable. Les agents de l'insurrection sont écoulés presque partout, l'agitation augmente ainsi chaque jour, et la situation devient de plus en plus difficile et périlleuse.

Le 6 juin, le 1er Léger présente l'effectif de 1973 hommes et 20 chevaux.

S.H.A.T.
Communication de notre ami Philippe Quentin.
Cliquer sur la lettre pour agrandir

Le 21 juin, le Colonel Bourgeois accuse réception d'une lettre de Berthier en date du 22 mai ; dans cette dernière, il indique qu'il a informé de leur "nomination aux emplois de capitaines et de lieutenant en faveur de M.M. Saget, Chalot et Lallemant et conformément aux intentions de Son Altesse, je les ai fait reconnaitre dans leur nouveau grade".

Le 27 juin, le Général Regnier apprend que 3 Régiments anglais viennent d'être embarqués à Messine pour une expédition en Italie.

Situation de l'Armée de naples, 30 juin 1806 :

Commandant en chef : Joseph Bonaparte;

3° Corps : Général Reynier; Général de Division Verdier

1er Léger : 1973 hommes.

Face à la menace d'un débarquement anglais, Regnier se hâte d'ordonner le rassemblement de son Corps d'armée aux environs de Monteleone.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"- Mouvement des Anglais dans le détroit
Le 29, un mouvement extraordinaire se fit remarquer dans le port et la rade; un grand nombre de bâtimens de guerre et de transports furent bientôt dirigés vers le golfe de Tarente.
Le 30, notre 2e bataillon qui était resté à Reggio, fut ausitôt envoyé à Campo, et fut suivi par le 42e de ligne; ils ne laissèrent qu'une faible garnison au fort de Reggio, pauvre bicoque ruinée par le temps et les tremblemens de terre, qui ne pouvait être défendue; un autre détachement fut aussi laissé au fort de Scylla. Dans l'après midi de ce même jour, les troupes établies à Campo reçurent l'ordre de se porter rapidement sur Monteleone à la rencontre des Anglais qui, dans la nuit du 29 au 30, avaient viré de bord et repassé le phare faisant voiles vers le golfe de Sainte Euphémie, près de Nicastro; mais quelque rapide que fut notre marche, nous ne pûmes y arriver qu'après qu'ils eurent pris terre
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Situation en juillet 1806 (côte SHDT : us180607)
Chef de Corps : BOURGEOIS Colonel - infanterie
Conscrits des départements des Alpes Maritimes de l'an XIV
STEILER Major - infanterie ; DELAMBRE-JOLY Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Cerisier à Reggio, La Fossa - Armée de Naples
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lejeune à Reggio, La Fossa - Armée de Naples
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Gastelais à Rimini - Armée d'Italie

 

- Désastre de Sainte-Euphémie

Le 1er Léger au combat de Maïda le 4 juillet 1806. Décimé par le feu des Anglais, le Régiment est rompu par l'assaut de leur Brigade légère ; document extrait de "Napoléon et la Russie, 1805-1807", page 136

 

Officier 1er Léger 1809
Fig. 13a Officier du 1er Léger en Espagne, 1809; dessin de H. Boisselier (avec l'aimable autorisation de monsieur Yves Martin). La source indiquée est une gravure de l'époque, conservée au Cabinet des Estampes, BNF, cote O.A. 493 (collection Artèche)

La Brigade Compère est réunie lorsque le 1er juillet, l'on apprend que la nuit précédente, les bâtiments anglais sont entrés dans le golfe de Sainte Euphémie et y ont déposé sur la côte 10 Régiments réguliers (8000 hommes), 8 canons, 4000 brigands calabrais sous les ordres du Général Stuart. Regnier marche aussitôt à leur rencontre avec toutes ses forces disponibles, au plus 5000 hommes.

"A cinq milles de Nicastro, dit de Tavel (lettre du 28 février 1808), on trouve le misérable village de Sainte-Euphémie ... Le bois de Sainte-Euphémie est généralement connu pour être le foyer de brigandage le plus actif ..... Cette forêt, extrêmement épaisse, entourée de marais, est un labyrinthe mystérieux dont les brigands seuls peuvent saisir le fil; les avenues en sont soigneusement cachées par les broussailles tellement impénétrables lorsqu'elles sont défendues, que nos troupes n'ont jamais pu s'y frayer un chemin".

Les Anglais ont placé leur camps : la droite au bastion de Malte, appuyé par une batterie; la gauche, aux maisons de Sainte-Euphémie. Les habitants des villages de Biaggio et de Nicastro ont quant à eux arboré la cocarde rouge de l'insurrection.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Les Anglais, au nombre de 7 à 8.000 hommes débarquèrent ce même jour au golfe de Sainte Euphémie et distribuèrent de suite aux habitans de cette contrée des milliers d'exemplaires d'une proclamation émanée de la cour de Palerme, qui appelait aux armes toute la population calabraise, sous la protection des Anglais; des fusils et des carabines, de la poudre et du plomb furent en même temps déposés dans les communes environnantes pour être distribués promptement aux montagnards qui en manquaient, car, malgré le désarmement opéré immédiatement après l'insurrection qui suivit notre passage, et qui fut si fatale à un grand nombre de ces malheureux paysans, il s'en fallait de beaucoup que ce désarmement eût été complet, en ce que, tant de cachettes existaient dans les montagnes que, mille recherches faites pour les trouver seraient restées infructueuses. En ce moment les autorités civiles de Monteleone, effrayéees du peu de forces que nous avions à opposer à celles des Anglais, engagèrent le général Regnier à prendre plutôt une position défensive que de descendre dans la plaine pour combattre, lui assurant des subsistances pour ses troupes pendant un mois, en supposant que les circonstances l'obligeassent à rester tout ce temps inactif; toute communication avec la Calabre ultérieure leur étant également interdite pour les points occupés par les troupes du général Verdier, placés ainsi qu'ils l'étaient entre les deux divisions françaises qui pouvaient toujours, l'une et l'autre, s'étendre de la Méditerranée à l'Adriatique; les Anglais dans ce cas, se seraient bientôt vus contrains à se réembarquer, d'autant plus que le terrain sur lequel ils étaient ne pouvait manquer de leur communiquer des fièvres dangereuses dans la saison brûlante où nous étions ; indépendamment des causes de destructions produites par le marais et la stagnation des eaux, sur ce point, ils auraient encore perdu beancoup de monde en détail, à chaque mouvement qu'ils auraient pu faire pour se mettre en contact avec les montagnards, ou en nous attaquant dans des positions inexpugnables; au reste, ils n'avaient pas l'intention bien prononcée d'agir ostensiblement puisqu'ils se couvraient d'un marais ; mais le général Regnier préféra les attaquer immédiatement plutôt que d'attendre l'arrivée de la division Verdier qui les aurait placés entre deux feux. Il dit que, puisqu'un Stuart se mettait sur son terrain, il ne temporiserait pas avec lui (nom du général anglais): aussi prit il de suite ses dispositions en conséquence, malheureusement elles furent on ne peut plus mauvaises" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

La petite armée française, de son côté, prend position le 3 juillet, sur les hauteurs de Maïda qui bordent le Lamato, entre la grande chaîne des Appenins et la mer, évitant d'un côté les Masses qui se rassemblent dans les montagnes et de l'autre le tir des bâtiments anglais qui occupent le golfe.

Forces françaises à la bataille de Maïda - 1er juillet 1806 (Nafziger 806GAD)
3e Corps : Reynier
Brigade Compère
1er Léger : 1836 hommes

Source : Archives françaises, Vincennes

Regnier, plutôt que d'attendre que toutes ses forces soient réunies, décide de prendre l'offensive dans l'espoir d'enrayer les progrès de l'insurrection par une action rapide. Le 4, dès l'aurore, l'Armée anglaise se met en marche en se dirigeant vers l'embouchure du Lamato qu'elle pense franchir pour couper les Français de Monteleone. Regnier estime que le moment est favorable et ordonne d'attaquer par une charge vigoureuse.

A 9 heures, tandis que deux Compagnies de Voltigeurs se glissent le long des rives boisées du Lamato pour observer l'ennemi et au besoin empêcher sa tête de colonne de franchir le cours d'eau, la brigade Compère passe sur la rive droite et se forme en échelons par bataillon en refusant la droite, la gauche appuyée au Lamato sur une ligne perpendiculaire au ravin. Le 2e Bataillon du 1e Léger (commandant Gastelais) forme l'échelon de gauche ayant à sa droite le 1er Bataillon (commandant Cerisier), puis le 42e de Ligne. Le front de la Brigade Compère est prolongé à droite par le 23e Léger. Une seconde ligne est formée avec un Bataillon suisse et 12 Compagnies polonaises.

Fig. 14
Fig. 14a Chasseur du 1er Léger en Espagne, 1809, d'après Pierre Albert Leroux : "Les Français en Espagne, 1808-1814" (Copyright : Anne S.K. Brown Military Collection, Brown University Library. Avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington)

Les Anglais, voyant les dispositions françaises, suspendent aussitôt leur marche et leur font face sur deux ligne adossées à la mer, la 2e étant formée des brigands. Les Français avancent dans l'ordre indiqué jusqu'à demi-portée de fusil. Les Anglais attendent de pied ferme au port d'armes et sans tirer. A ce moment, le Colonel Bourgeois fait battre la charge, et le 1er Léger se précipite sur l'ennemil'ennemi. Le 42e, arrivé à la même distance, s'élance à son tour, la baïonnette en avant. Le Général Compère se porte au galop à la tête du 1er Léger. Les Anglais déclanchent alors un feu nourri qui décime les rangs mais n'arrête pas l'élan des soldats, malgré les difficultés d'un terrain coupé et marécageux. Le commandant Gastelais est tué raide. Il ne reste plus que quinze pas à faire pour enfoncer l'ennemi; à ce moment, le Général Compère, atteint au bras, est jeté à bas de son cheval. La vue du Général blessé trouble les soldats. Un cri de détresse parcourt les rangs comme une traînée de poudre ... Le 2e Bataillon du 1er Léger, privé de son chef, fait demi-tour; le 1er le suit presque aussitôt, entraînant avec lui le 42e de Ligne et toute la Division. C'est une panique effroyable qui produit des pertes plus grandes que vingt victoires; car les Anglais n'ayant plus rien à craindre n'ont qu'à fusiller les fuyards de leurs feux ajustés.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"- Bataille de Sainte Euphémie
Sans tenir compte de la supériorité du nombre des ennemis et avant que le général Verdier vînt avec sa division les mettre entre deux feux, le 4 juillet, de grand matin, le général Regnier nous fit descendre dans la plaine de Sainte Euphémie, distante de six milles du point de notre départ, sans marquer en route le moindre temps d'arrêt, tellement il était pressé d'aborder les Anglais. Bientôt nous aperçûmes leur ligne de bataille, établie entre le village appelé Maiëda et une sorte de marais qui la couvrait. Cette plaine, d'une assez grande étendue, était traversée par le lit d'un torrent ayant plusieurs ramifications, formant une partie de l'année un marais coupé par des ruisseaux irréguliers; les Anglais en occupaient la partie la plus sèche et étaient en bataille sur deux lignes parallèles, leur droite presque appuyée à la mer Tyrrhénienne, ayant leurs chaloupes canonnières en panne, formant un angle ouvert avec leurs lignes, de manière à pouvoir nous canonner par notre flanc gauche. Dès notre entrée dans la plaine, nous nous formâmes en colonne d'attaque, et bientôt après nous nous déployâmes en bataille sur deux lignes; notre régiment occupa la gauche, contrairement au règlement militaire pour les troupes en campagne, et le 42e , la droite; notre 2e bataillon commença le mouvement, le 1er le suivit, et succcessivement les deux bataillons du 42e formant une ligne diagonale, la gauche en avant, avec ordre de la remettre parallèlement avec celle de l'ennemi. Les accidens de terrain, on ne peut plus multipliés sur ce point, nécessitèrent probablement cette mesure qui nous fut si fatale, en face et si proch d'un ennemi parfaitement établi et qui nous attendait de pied ferme, le point indiqué pour rectifier l'alignement ayant été dépassé, il ne put se faire qu'au moment où notre 2e bataillon s'arrêta sous le feu des Anglais.
Le général Compère qui avait toujours marché à la hauteur de l'aile gauche, fit placer les guides généraux et particuliers sur la direction donnée; dans ce moment, deux compagnies anglaises, qui inquiétaient notre flanc gauche, furent culbutées par nos voltigeurs; ceux ci, à leur tour, furent forcés de se replier par l'approche d'un grand nombre de tirailleurs anglais qui cherchaient à nous tourner, et qui, heureusement, interposés entre notre gauche et la mer, empêchèrent les canonnières de faire feu sur notre flanc. Il est probable que si notre ligne eût pu se former plus promptement, les rangs anglais auraient été ébranlés, car on y remarquait une fluctuation et un mouvement parmi les serre files qui indiquaient que ceux ci cherchaient à maintenir les hommes dans leurs rangs.
Mais tandis que nous établissions notre ligne de bataille, les Anglais firent d'abord sur notre 2e bataillon, puis sur notre 1er, un feu de file bien nourri, et comme des victimes vouées à la mort, nos chasseurs reçurent les coups de feu et restèrcnt impassibles en attendant le commandement de commencer l'attaque; après ce feu, que les Anglais appellent de bille-bote, et pendant que les deux bataillons du 42e se hâtaient d'arriver en ligne, nous fûmes assaillis par des feux de pelotons bien dirigés, et en moins de deux minutes, notre régiment, le plus avancé, eut près de 700 hommes hors de combat; nous vîmes tomber le général Compère avec un bras fracturé, lui, noble vétéran des armées de la République qui, dans une des affaires de l'armée du Nord, avait déjà eu une jambe brisée en deux endroits ; le chef de bataillon Gastelais, du 2e bataillon, tué de plusieurs balles; des officiers de tous grades, au nombre de 22; les guides sur la ligne, des sous officiers et des chasseurs en masse ; ne pouvant plus tenir, la première ligne fit demi tour et se replia derrière la seconde, sans trop de confusion; celle seconde ligne, à peine formée, et trop faiblc pour faire face à la ligne anglaise qui avançait sur elle, se retira également, de sorte que tout fut perdu. Cette seconde ligne était formée de deux bataillons suisses et d'un autre polonais, et était appuyée d'un escadron de chasseurs qui ne put manoeuvrer sur ce terrain marécageux
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Chasseur 1er Léger en Espagne
Fig. 15
Fig. 15a Chasseur en Espagne d'après H. Boisselier (avec l'aimable autorisation de Mr Yves Martin)
Dessin original extrait de "Uniformes de l'infanterie légère sous le 1er Empire"; Aquarelles par Ernest Fort (1868-1938); Ancienne collection Gustave De Ridder, (1861-1945); Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, PETFOL-OA-493
Fig. 15b Chasseur en Espagne d'après Pierre Albert Leroux : "Les Français en Espagne, 1808-1814" (Copyright : Anne S.K. Brown Military Collection, Brown University Library. Avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington)

Les pertes sont considérables ! Dans son rapport, le Général en chef écrit : "les officiers du 1er Léger ont fait largement leur devoir; s'ils n'ont point réussi à enrayer la panique, ils se sont du moins sacrifiés pour sauver l'honneur". Le Chef de Bataillon Gastelais est tombé en entraînant son Bataillon. Les Capitaines Bruno Bertrémieux, Théodore Challot, "dont le courage fit l'admiration de tous", Jean Baptiste Serra, les Lieutenants Joseph Lecerf, Ambroise Mauduit, Pascal Herpain, Nicolas Masson et le Sous lieutenant Joseph Maréchal se firent tuer en essayant de rallier les fuyards. Se dévouant à la même tâche, le Capitaine Dénéchaux perdit un bras; le Capitaine Valden eut la jambe fracassée, les Capitaines Kolvemback, Charles Michaud, Saget, les Lieutenants Prévost, Paul Herpain, Fassin, et le Sous lieutenant Marie furent blessés. Ce dernier resta prisonnier entre les mains des Anglais, ainsi que les Capitaines Emmerecks, Grinne, les Lieutenants Fréjacques et Canche, et le Sous lieutenant Holbert. A noter que Martinien donne en plus un Capitaine Paget, et les Sous lieutenants Hollert, Nait et Chavarin, tous blessés.

L'effectif du 1er Léger avant le combat était de 2027 présents; quelques jours après, on ne compte plus que 958 hommes. Dans les hôpitaux se trouvent 316 malades ou blessés; 657 sous officiers ou soldats sont restés entre les mains des Anglais. Les autres sont restés sur le champ de bataille ou ont été égorgés par les brigands.

Le Général Regnier, qui a eu lui même un cheval tué sous lui, organise la retraite de son mieux. Poursuivi jusqu'à l'entrée de la vallée du Lamato, il s'arrête le 4 au soir à Linaro, le 5 à Cotanzaro, coupé de ses communications avec Naples, assailli de tous côtés par les Anglais et par les paysans qui arrivent des montagnes et se livrent sur les soldats capturés aux pires exactions. Ainsi, dans un camp abandonné par l'ennemi, on trouve 40 prisonniers français, les mains liées derrière le dos, et le ventre ouvert.

"L'assassinat des Français, dit Thiers, était si général et si horrible que le général anglais lui-même en fut révolté. Cherchant à suppléer par l'amour de l'argent à l'humanité qui manquait à ces féroces montagnards, il promit 10 ducats par soldat, 15 par officier amené vivant; et il traita ceux qu'il réussit à sauver avec les égards que se doivent entre elles les nations civilisées, lorsqu'elles sont condamnées à se faire la guerre". Honneur et merci au général Stuart ! Ce n'est pas le seul exemple de générosité que nous ayons à citer à la louange des Anglais''. Voir en 1815 le Colonel Cubières du 1er Léger applaudi par les Anglais à Waterloo.

"Cotanzaro, dit de Tavel (lette du 20 sept. 1808), est une des plus jolies villes de la Calabre et incontestablement la plus agréable à habiter. Sa situation sur une montagne, à deux milles de la mer, est saine et gracieuse; ses habitants sont affables, industrieux et c'est (je crois) la seule ville de la Calabre où l'on fasse des prévenances aux Français.
Les femmes de Cotanzaro passent avec raison pour être les plus belles et les plus aimables des deux provinces. Il y a de nombreuses réunions où l'on fait de la musique, où l'on joue même à des jeux innocents qui admettent d'embrasser les dames, ce qui partout ailleurs ferait crier au scandale.
Mais ces bonnes manières restent enfermées dans l'enceinte des murs; le brigandage lève au dehors sa tête hideuse, l'ignorance et la barbarie sont, comme dans tout ce pays, le partage du peuple. Le trait suivant qui peint fort bien le naturel des paysans calabrais, en est la preuve.
La compagnie de voltigeurs du bataillon fut commandée, il y a huit jours, pour accompagner le percepteur des contributions dans sa tournée. A trois milles de la ville, un soldat s'écarta du chemin pour satisfaire un besoin. Peu d'instants après, on entendit un coup de fusil et l'on vit un paysan se sauver à travers les champs .... Aussitôt par ordre du capitaine, quelques votligeurs mettant bas sac, fusil, giberne, courent après cet homme et l'atteignent.
Ce misérable venait de tuer leur camarade.
Interrogé sur le motif qui avait pu l'engager à commettre cette atrocité, il répondit naïvement qu'ayant son fusil caché près de lui, et voyant ce soldat lui présenter un beau point de mire, il n'avait pu résister à la tentation d'y viser un coup de fusil.
..... Condamné à être pendu, il a imploré la clémence des juges en proposant de servir fidèlement à la place de celui qu'il avait assassiné
". Voilà les Calabrais, ce dernier trait est absolument caractéristique.

Le Capitaine Duthilt raconte :
"La division Regnier perdit au moins l .500 hommes, dont 800 de notre régiment ; on nous prit 180 mulets ou chevaux de bât chargés de munitions, de bagages et de vivres, mais nous conservâmes nos aigles. Ce fut là le premier échec qu'éprouva le régiment depuis sa formation, mais il fut terrible, et cependant pour vaincre il n'avait attendu qu'un commandement. Nous appelâmes cette bataille, qui ne fut pour nous qu'une boucherie, du nom du golfe près duquel elle eut lieu, mais les Anglais, vainqueurs, lui donnèrent celui de Maïada, d'un vi1lage qu'il occupaient avant l'action.
Il fallut néanmoins se rallier, car si le désordre dans lequel nous étions se fut prolongé quelques instans de plus, pas un de nous ne serait resté pour rendre compte de cette malheureuse affaire : les monts avoisinants étaient couverts de milliers de paysans armés, qui attendaient l'issue du combat pour se décider en faveur du vainqueur ; aussitôt on les vit descendre en masse, poussant des cris effrayans ; ils s'emparèrent de nos bagages et se les partagèrent; pendant ce peu de temps, nous eûmes un peu de répit ; alors aussi les Anglais avancèrent, mais lentement, laissant toute carrière aux montagnards interposés entre eux et nous.
Nous pûmes nous reconnaître, et nous nous réorganisâmes non loin du champ de bataille; l'espérance revint, nous attendîmes l'ennemi, mais il ne vint pas.
Nous déterminâmes un point de retraite et nous nous mîmes en marche en bon ordre.
Bientôt nous fûmes harcelés par les insurgés qui, nous prenant en tête, en flanc et par derrière, cherchaient à nous faire le plus de mal possible. Excédés de fatigues et de faim, il nous fallut doubler de vitesse, chercher une position pour nous garantir de toutes surprises, nous reposer et aviser aux moyens de sortir de ce mauvais pas. Nous étions sans vivres, sans espoir de nous en procurer par les voies ordinaires, car les montagnards avaient déjà caché toutes leurs provisions ainsi qu'ils en avaient l'habitude, et aucun de nous ne pouvait se risquer pour les découvrir dans les trous des rochers; malheur à celui qui n'avait pas la force de suivre la colonne et d'y rester attaché, car à quelques pas d'elle les révollés le tuait d'une manière bien cruelle. La nouvelle de notre défaite avait volé de montagne en montagne avec la rapidité de l'éclair. Il fallut de nécessité que nous bornâmes en ce moment notre repas à quelques grosses fèves pour toute nourriture, seul aliment que nous pûmes découvrir autour de nous.

- Différens combats livrés aux insurgés

Le soir de celle malheureuse affaire, les débris de notre division se portèrent au village d'Amolli, dans les montagnes ; les habitans de cette contrée, déja prévenus de notre défaite, rassemblés et armés, étaient venus reconnaître notre colonne, et aussitôt qu'ils aperçurent des habits rouges en tête, ils s'écrièrent : Vive Ferdinand ! vivent les Anglais ! Ne pouvant point douter des mauvaises dispositions de cette masse envers nous, les Suisses se gardèrent bien de les détromper; ils continuèrent leur marche répondant à leurs cris : Calabrais ! Calabrais ! mais lorsque leur premier peloton fut bien à portée du rassemblement, il s'arrêta, fit feu dessus, et profitant de la déroute qui résulta de cette attaque inopinée, tout le peloton suisse s'élança à la course et poursuivit à outrance ce qui avait échappé aux balles.
Pour expliquer la méprise des habitans, il faut se souvenir qu'en février, lors de notre entrée à Naples, plusieurs vaisseaux chargés des équipages de la cour de Ferdinand furent saisis; un de ces vaisseaux portait des uniformes rouges, que le roi, pour plaire aux Anglais, avait fait faire pour un des régimens de sa garde, et qui, faute de temps, ne furent point distribués; ces habits furent donnés aux Suisses de notre armée en remplacement de leurs uniformes bleus.
Les Anglais satisfaits de notre retraite dans les montagnes, se dirigèrent de suite, par la route, sur Reggio, et s'attaquèrent aux détachemens français laissés à Monteleone, à Scylla et à Reggio; ils embarquèrent nos blessés ramassés sur le champ de Sainte Euphémie et les transportèrent à Messine ; quant aux prisonniers des garnisons de Scylla et de Reggio, ils furent dirigés sur Gênes, armes et bagages, à la condition de ne plus rentrer sur le territoire napolitain qu'après un an, à compter du jour de leur débarquement à Gênes.
Quel a été le motif d'une telle bienveillance de la part des Anglais vainqueurs envers des Français vaincus, dont les blessés, au fur et à mesure qu'ils se rétablissaient à Messine, furent dirigés sur Malte, puis jetés sur des pontons dans un des ports d'Angleterre ?
Monsieur Michel, alors chef de bataillon du génie, avait été laissé au fort de Reggio, commandant ce fort et celui de Scylla en 1806, avant la bataille de Sainte Euphémie en Calabre ; à l'approche des Anglais, après le 4 juillet 1806, il se retira dans le fort de Scylla, plus important que celui de Reggio; les Anglais évitèrent d'abord ce fort et furent de suite occuper Reggio, bloquant à la fois ces deux forteresses ; ils les sommèrent l'une et l'autre; mais le commandant Michel, quoique n'ayant qu'un faible détachement, peu de vivres, et point d'espoir de s'en procurer, refusa formellement, présumant que les Anglais n'étaient point en état de le forcer en ce moment par terre, et n'ayant rien à craindre d'eux par mer qui, au contraire, pouvait lui offrir des chances
avantageuses, vu la difficulté de manoeuvrer les vaisseaux dans ce détroit, resserré par Caribde et Scylla, et dangereux par des courans indomptables par certains vents. Il se laissa donce bloquer étroitement espérant toujours une circonstance heureuse pour sortir avec honneur de la position dans laquelle il se trouvait. Il pouvait faire amener ou couler les bâtimens qui, du golfe de Sainte Euphémie, retournaient à Messine, en ce que le courant de Scylla les amenait sous son canon une fois par jour. Effectivement il en contraignit plusieurs à venir sous son fort ; il se fit donner de chacun des otages, puis il permit aux commandans de chacun de ces vaisseaux d'aller à Messine y déposer les blessés français et anglais qu'ils avaient à leurs bords, sous la promesse qu'ils reviendraient se replacer au point d'où ils partaient avec leur équipage, quoique n'ajoutant guère de foi à leur parole; mais ce qu'il avait fait il pouvait le faire encore. Sommé derechef, il y répondit en posant lui-même les articles de sa capitulation ; après quelques débats il obtint, pour sa garnison et celle de Reggio, qu'elles seraient l'une et l'autre embarquées avec armes et bagages, dirigées de suite sur Gênes, où elles seraient en liberté, sous la condition de ne point rentrer dans le royaume de Naples, et de ne point porter les armes contre les Anglais pendant un an.
Ainsi, sans plus s'occuper de notre division, de ce qu'elle deviendrait, de ce qu'elle pouvait tenter, ni des troupes sous le commandement du général Verdier dans la Calabre citérieurc, les Anglais coururent aussitôt prendre possession de Reggio, d'où ils n'avaient plus qu'un pas à faire pour joindre la flotte de Messine et pour rentrer dans la Sicile; ainsi ils abandonnèrent encore les Calabrais insurgés , les croyant sans doute assez forts pour achever de nous vaincre.
Le 5, nous bivouaquâmes près de la marine de Catanzaro, au golfe de Squillace; le 6, avant le jour, on amena au quartier général une centaine de révoltés pris les armes à la main par une de nos découvertes; dix furent aussitôt passés par les armes, et le restant fut tenu en réserve pour être emmené à Naples à la première occasion.
Le 7, nous bivouaquâmes à Contri
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 8 juillet, le 3e Corps est enfin réuni à Cotrone.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"... le 8, nous cernâmes le bourg d'Isola, où les révoltés avaient amené quelques uns de nos blessés dirigés la veille sur l'Adriatique, pour être embarqués et transportés à Tarente. Ces blessés et leur escorte, saisis par une bande nombreuse au moment où ils allaient embarquer, étaient en ce moment renfermés dans une maison gardée à vue, maltraités et sur le point d'être massacrés; ils s'attendaient à chaque instant à ce funeste sort, la question en avait été agitée en leur présence, et s'ils existaient encore c'est que le sous lieutenant Dubessé, commandant de l'escorte et beau fils du major Regeau, qui parlait parfaitement l'italien, avait su contenir jusque là leur fureur et accroître leur irrésolution.
Le bourg pris et nos camarades délivrés, le général Verdier fit sortir du groupe les chefs montagnards, fit fusiller ceux d'entre eux qui s'étaient montrés les plus furieux, et imposa aux autres une forte contribution en argent et en vivres qui fut promptement acquittée, après quoi nous dirigeâmes nos blessés sur Cotrone et les fîmes embarquer pour Tarente. Nous bivouaquâmes au dessus de cette première ville où nous séjournâmes
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 3e Corps reste à Cotrone jusqu'à la fin du mois dans une situation des plus critiques. La population des villages qui nous avait si bien accueillis, quelques semaines auparavant, est désormais complètement hostile. Le Général en chef en est averti d'une façon singulière, le jour même de son échec : en arrivant à Linaro, le Bataillon suisse, tête de notre avant-garde, voit venir à sa rencontre les paysans avec des cocardes rouges et criant de toutes leurs forces : Vive Ferdinand ! on avait pris notre Bataillon suisse pour une troupe anglaise.

Malgré tout, grâce à son énergie et son activité, Regnier, entouré d'ennemis, parvient à sauver son corps d'armée. Il n'hésite pas au passage à incendier les villages où des postes ont été égorgés; leurs habitants sont eux mêmes passés au fil de l'épée à titre de représailles. Cela permet d'intimider les insurgés. De même, il bat plusieurs Masses qui le serraient de trop près.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Le 11, nous fûmes à Policastro; le 12 à Cropani; le 13 à peu de distance de Catanzaro, où la division se réunit.
Le 23, nous eûmes une affaire sérieuse avec les insurgés qui, réunis en grand nombre, vinrent audacieusement nous attaquer; après deux heures d'un combat opiniâtre, nous les contraignîmes à la fuite.
La concentration de notre division sur un seul point, occasionna la réunion des rebelles en un corps d'armée, et cette réunion semblait augmenter leur force et leur audace en les plaçant sous les yeux de leurs chefs, plus à même de sc concerter pour agir efficacement; il nous était plus difficile de les battre en masse qu'en détail, resserrés ainsi que nous l'étions dans des vallées étroites où, par la connaissance parfaite qu'ils avaient des localités, ils parvenaient à neutraliser nos forces et à nous détruire un grand nombre d'hommes, car dans le combat que nous venions de soutenir, nos pertes égalaient les leurs, et c'était trop pour nous.
Cette considération obligea le général à se faire jour d'abord pour se mettre en communication avec la division Verdier pour ensuitc marcher derechef en avant. Verdier, de son côté, réprimait autour de lui les efforts de l'insurrection devenue générale, mais comme il se maintenait dans toutes ses positions et que ses communications avec Naples n'étaient pas rigoureusement interceptées, son embarras était moindre que le nôtre, en ce que les vivres lui étaient assurés, tandis que nos ressources étaient toujours douteuses, les paysans cachant ou détruisant tout autour de nous, ou du moins les faisant refluer sur leur masse; nous manoeuvrions, depuis quatre jours, dans un cercle vicieux, et pour en sortir nous devions abandonner la Calabre supérieure et nous rapprocher de la citérieure pour agir de concert avec la division Verdier, en attendant quelques renforts.
Le 25, à 10 heures du soir, nous quittâmes nos positions, traversâmes la ville de Catanzaro, et nous prîmes la route qui longe la plage, où dès notre apparition, nous fûmes inquiétés par le feu de quelques chaloupes canonnières qui, à un signal donné des montagnes, s'approchèrent de la côte et tirèrent sur nous aussi longtemps que nous restâmes à portée de leurs coups; nous continuames néanmoins notre marche, et le 26 au matin nous arrivâmes à Contri où nous bivouaquâmes. Le 27, la division se remit en marche, encore le long de la mer, tantôt à mi ·côtes, et toujours inquiétés par les mêmes canonnières ; nous fûmes bivouaquer auprès de Cotrone ; le 28, nous nous rendîmes à Rocca di Neto; le 29, nous marchâmes sur Strongoli, un des grands quartiers des révoltés. Les habitans nous y attendaient en armes, faisant bonne contenance ; ils firent feu sur notre avant garde, et de suite nos dispositions furent faites pour l'attaque.
Ce foyer de rébellion était devenu une place de guerre, en quelque sorte, et nos deux bataillons furent chargés de la réduire. On l'attaqua sur qnatre points à la fois, et avec tant d'intrépidité que malgré les obstacles que nous suscitèrent ces rebelles, en peu de temps nous mîmes cette canaille en déroute; elle ne put s'échapper en partie que par des issues que nous ne connaissions pas. Le bourg fut aussitôt livré au pillage et aux flammes, et quelques insurgés furent pendus aux arbres. Sans nous arrêter sur ce point, nous nous portâmes ensuite sur Ciro, les habitans vinrent à notre rencontre offrant des vivres à la troupe; nous bivouaquâmes près de là sur le plateau d'une montagne.
Le 30, nous fûmes à Cariali sans avoir été inquiétés, ni par les habitans, ni par les canonnières anglaises. Le 31, nous arrivâmes à Rossano, dans la Calabre citérieure
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 1er août, Regnier se met en mouvement, et tout en restant sur le versant est des Appenins, il marche à la rencontre des secours envoyés par Masséna.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Le 1er août, nous nous présentâmes devant Corigliano ; les habitans voulurent s'opposer à notre entrée, mais ils éprouvèrent bientôt le même sort que ceux de Strongoli; nous bivouaquâmes ensuite en avant de ce bourg, et, le 2, nous nous rendîmes à Francavilla ; le 3, nous nous portâmes sur Cassano où nous crûmes d'abord que nous aurions encore à combattre les nombreux révoltés de plusieurs contrées réunies ; ils se présentèrent en effet, mais après avoir échangé quelques coups de fusil, ils prirent la fuite et se cachèrent dans leurs montagnes. Le quartier général entra dans le bourg et s'y logea; la troupe bivouaqua en avant et en arrière, et y séjourna" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Arrivé à Cassano le 9, Regnier apprend que Masséna est lui même à la tête de ces secours.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Enfin, le 11, le maréchal Masséna arriva à Cassano, avec une brigade et fut immédiatement suivi d'un petit corps d'armée, mais précédé d'une telle réputation que les révoltés n'osaient se montrer et cachaient leurs armes.
Il avait sur son passage rassuré la division Verdier qui, comme la nôtre, était journellement aux prises et harcelée.
Le 12, nous reprîmes l'offensive et marchâmes en avant, désarmant les habitans le plus qu'on le pouvait; de son côté le maréchal marcha directement sur Reggio pour en expulser les Anglais, d'où ils soufflaient la révolte sur une population ardente, ignorante et facile à soulever. Notre régiment fut prendre une position à Tarsia; le 13, il fut bivouaquer à Bisignano ; le 14, auprès de Cosenza ; le 15 auprès de Piano, et le 16 à peu de distance de San Giovanni il Fiori.
Des habitans de ce bourg vinrent inviter le général Regnier à se loger dans leur enceinte ; il leur promit d'aller les visiter le lendemain; de suite des rafraîchissemens furent apportés pour l'état major général et des vivres pour la troupe; mais, lorsque dans la matinée du 17, l'avant garde se présenta pour y entrer, au lieu d'une réception amicale à laquelle elle devait s'attendre, d'après les démonstrations et les assurances de sécurité données la veille, elle fut assaillie d'une grêle de balles qui la força de s'arrêter. Et cependant le Maréchal avait passé par là, il était en avant, nous le suivions, et ces malheureux n'avaient à espérer que la mort en se conduisant ainsi. Bientôt on attaqua ce repaire par toutes ses entrées abordables, on y pénétra de vive force, et le pillage, l'incendie et la corde nous firent justice de leur félonie. Nous bivouaquâmes sur les hauteurs voisines
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

 

- Dernières opérations du 1er Léger en Calabre

Fig. 16
Dessin original extrait de "Uniformes de l'infanterie légère sous le 1er Empire"; Aquarelles par Ernest Fort (1868-1938); Ancienne collection Gustave De Ridder, (1861-1945); Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, PETFOL-OA-493
Fig. 16a Chasseur en Espagne, 1809, d'après Pierre Albert Leroux : "Les Français en Espagne, 1808-1814" (Copyright : Anne S.K. Brown Military Collection, Brown University Library. Avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington)

Le Corps expéditionnaire de Calabre est reconstitué sur de nouvelles bases aux ordres de Masséna. L'ancien 3e Corps d'armée (Regnier) en forme désormais la 2e Division. Le 1er Léger et le 42e de Ligne (ancienne Brigade Compère) en font toujours partie.

Regnier continue sa marche au nord jusqu'à Avigliano où il séjourne quelques temps.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Le 18, le général Regnier continua sa marche en avant; le 1er léger et le 42e de ligne se portèrent à Sigliano, sous les ordres du général Mermet. Nous occupâmes cette petite ville et les hauteurs environnantes pendant 52 jours ; nos trois compagnies de carabiniers se portèrent dès le premier jour à Diano" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 21 août, il reçoit l'ordre de marcher sur Amantéa. Avant de partir, il laisse à Avigliano environ 1800 hommes, dont 800 des 1er Léger et 42e de Ligne, sous les ordres du Général Mermet.

Regnier fait sa jonction avec Masséna à Lago Negro. De là, en continuant la marche au sud, l'avant garde, qui comprend des Suisses, est encore prise pour des Anglais par les habitants de Castellucia (le fait s'était déjà produit peu après la bataille de Saint Euphémie). Les femmes du village annocent aux soldats, comme une bonne nouvelle, qu'un corps de brigands va bientôt attaquer Avigliano avec des Anglais et des Russes débarqués à Sainte Euphémie. Les paysans se vantent de tout ce qu'ils ont fait contre les Français, et proposent même aux soldats de se joindre à eux "pour détruire le peu de Français qui restait encore à Avigliano".

Le 1er Léger arrive à Fiume-Freddo et Amantéa le 31. Il y reste jusqu'au 5 septembre. A cette date, Regnier reprend sa marche vers le sud, toujours harcelé par les brigands avec lesquels il a des engagements presque tous les jours.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Le 4 septembre, le Maréchal porta son quartier général à Monteleone. Aussitôt que ses troupes se furent éloignées des points occupés par notre régiment et le 42e , les insurgés, excités de nouveau et plus que jamais par la cour de Palerme, se réunirent derechef en masse et tentèrent de nous surprendre à Sigliano; ils attaquèrent simultanément nos postes, nos bivouacs, nos cantonnemens, et arrêterent tout militaire qui, trompé par la tranquillité apparente du moment, était éloigné de son corps; ceux qui eurent le malheur de tomber entre leurs mains furent inhumainement sacrifiés, massacrés, pendus, écartelés, brisés, brûlés vifs; ils se portèrent envers tous à des atrocités inouïes.
Un officier du 42e entre autres, qui, ayant eu le malheur de tomber isolément entre les mains de ces barbares, dût être amputé des deux bras et des deux cuisses, par suite d'horribles mutilations des quatre membres; les officiers de son régiment lui firent construire une petite caleche attelée de deux petits chevaux, pour le transporter de là à l'hôtel des lnvalides à Paris, sous la conduite d'un ancien soldat qui lui était fort attaché.
Cependant. malgré leur fureur et notre petit nombre, nous résistâmes à leurs forces multiples, à leurs attaques incessantes, mais nous ne pûmes ni les dissoudre ni les décourager; les chefs qui les commandaient paraissaient entendre fort bien la guerre de montagne, et d'ailleurs ils avaient pour eux toutes les ressources locales.
Le service que nous fîmes sur ce point, pendant le long espace de temps que nous y restâmes, fut excessivement fatigant et dangereux sous tous les rapports; entourés d'ennemis sachant tirer parti de toutes leurs ressources, nous devions être sans cesse sur nos gardes pour n'être pas surpris; les postes, dès lors, étaient multipliés, et souvent on ne pouvait les relever que tous les deux ou trois jours par des hommes qui n'avaient eu que 24 heures de repos, et souvent même après leur rentrée d'une marche longue et rapide, ayant fait un détachement pour escorter un courrier, une malle poste ou un officier d'ordonnance.
Les moindres de ces détachcmcns étaient toujours de 100 à 200 hommes, jamais ils ne rentraient qu'ils n'eussent fait le coup de feu, qu'ils ne ramenassent quelques blessés, et qu'ils n'eussent laissé quelques morts sur le lieu du combat. Les points que l'armée occupait sur les routes étaient distans l'un de l'autre, ne se liant entre eux que par nos détachemens fréquens et dès lors peu forts par eux mêmes; mais ces communications cessaient toutes les fois que les révoltés se rassemblaient en grande masse, tantôt sur un point, tantôt sur l'autre, car leurs réunions n'étaient pas permanentes ; ils vaquaient dans l'intervalle à toutes leurs affaires ordinaires comme s'ils n'appartenaient à aucune réunion, comme si leur vie était toujours calme et paisible; la sécurité était pour eux et tous les dangers pour nous; nous vivions au milieu de nos plus cruels ennemis qui connaissaient parfaitement nos positions et nos mouvemens, et qui agissaient entre eux si secrètement et avec tant de promptitude qu'ils savaient se soustraire à nos soupçons et à notre surveillance quoique tres active
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Les espions avaient annoncé qu'un corps de 5000 brigands s'était rassemblé près de Nicastro. En réalité, il s'agit d'environ 3000 hommes, sous les ordres de Papasodera, campés sur la montagne de Saint-Pierre de Maïda; des postes de brigands, détachés en avant, couvrent ce bivouac. Le 6 septembre, l'avant garde est accueuillie à Nicastro par des coups de feu. L'ennemi, inférieur en nombre, se replie de suite derrière le Lamato, vers Maïda où la fusilllade reprend. Lorsque Papasodera apprend que l'on se bat à Maïda, il accourt en toute hâte. En même temps, la 2e Division, passant le ravin sous le feu de la ville, se dirige sur le plateau des montagnes. Papasodera a pris des position de manière à défendre le défilé qui conduit à la hauteur dominante. Regnier lance alors sur le flanc droit de l'ennemi les Voltigeurs du 1er Léger, suivis bientôt du 23e Léger. Cette manoeuvre audacieuse, vivement exécutée, amène la déroute dans le corps ennemi qui est poursuivi jusqu'au delà de Coringa. Ce corps par la suite ne reparut plus.

Regnier peut dès lors continuer sa route. Le 10 septembre, les 1er Léger et 42e de Ligne sont à Catanzaro. Là s'arrête la marche vers le sud. Les Anglais tentent encore de lancer quelques brigands sur les côtes de Calabre, mais le pays commence à se lasser de l'insurrection, et peu à peu, le calme revient. Il n'empêche, le 13 septembre, le Capitaine Leclair est blessé au combat de Sigliano, et deux jours plus tard, c'est au tour du Capitaine Henrion, blessé au cours d'un combat contre des brigands.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Le 20, les cantonnemens de Sigliano et de Diano furent derechef cernés et attaqués par une multitude de révoltés ; l'attaque commença à 9 heures du matin et ne cessa qu'à 3 heures du soir; nous fûmes sur le point d'être sacrifiés, mais le desespoir nous raidissant et doublant notre énergie, nous parvînmes à donner une terrible leçon à cette horde qui laissa sur place la moitié de ses assaillans; nous leur donnâmes cependant la faculté d'enlever leurs morts et leurs blessés.
Le 25, on dirigea sur plusieurs points, dans les montagnes, des colonnes chargées de surveiller les manoeuvres des insurgés qui paraissaient vouloir encore se rassembler et qui toujours interceptaitent nos communications; mais, comme je l'ai dit plus haut, ils correspondaient si facilement et si sûrement entre eux, qu'informés de toutes nos démarches ils savaient se disperser à propos, s'ils n'étaient pas les plus forts, aussi nos découvertes passaient et ne rencontraient que peu d'obstacles.
Le 9 octobre, le régiment fut remplacé à Sigliano, et il alla occuper le poste de Soveria
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Fin octobre, le 1er Léger retourne à Avigliano.

Situation en octobre 1806 (côte SHDT : us180610)
Chef de Corps : BOURGEOIS Colonel - infanterie
Conscrits des départements Alpes Maritimes - Hérault - Tarn - Jura - Puy de Dôme - Mont Blanc - Hautes et Basses Pyrénées de 18
STEILER Major - infanterie ; DELAMBRE-JOLY Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Schmitt - Armée de Naples
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lejeune - Armée de Naples
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Huguet à Rimini - Armée d'Italie

 

Fig. 17
Fig. 17a Voltigeur en Espagne, d'après Pierre Albert Leroux : "Les Français en Espagne, 1808-1814" (Copyright : Anne S.K. Brown Military Collection, Brown University Library. Avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington)
Fig. 17b Voltigeur en Espagne, 1809-1813, d'après H. Boisselier (fac-similé réalisé par H. et C. Achard d'après l'original). La source indiquée est El Guil
Dessin original extrait de "Uniformes de l'infanterie légère sous le 1er Empire"; Aquarelles par Ernest Fort (1868-1938); Ancienne collection Gustave De Ridder, (1861-1945); Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, PETFOL-OA-493

En novembre, le Maréchal Masséna, qui estime que sa présence n'est plus nécessaire, retourne à Naples. Il emmène avec lui une escorte de 550 hommes dont 100 Carabiniers et 160 Voltigeurs du 1er Léger (est ce à ce moment que, selon Martinien, est blessé le 5 novembre 1806 le Lieutenant Bazoux, qui escortait des prisonniers à Naples ?). A la fin du mois, le Régiment occupe Soveria. Dans un petit combat livré en avant de ce village pour en chasser les brigands, le Lieutenant Nicolas Barroux reçoit deux blessures, l'une au bras et l'autre à l'estomac. Le 1er Léger reste à Soveria jusqu'à la fin de son séjour en Calabre.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Les 6 et 7 novembre, nous fûmes encore cernés par un nombre considérable de révoltés qui ne s'éloignèrent qu'à l'arrivée inopinée de nos 3 compagnies de carabiniers qui, de Diana étaient allées à Saint Amango ,· et, de ce point, ayant entendu l'attaque dirigée sur nous, vinrent heureusement à notre aide en les attaquant à dos.
Le 19, nous fournîmes un fort détachement qui se porta sur Lamotte pour y prendre des vivres. Les montagnards, depuis quelque temps, y entassaient des provisions pour un de leurs rassemblemens; attaqués cette fois à l'improviste, ils perdirent toute contenance ct nous pûmes nous emparer de tout ce qu'ils possédaient. Cette surabondonce nous fut d'autant plus agréable que nos distributions n'étant point assurées, tous les huit jours des détachemens allaient imposer un des villages compris dans notre cercle, à nous fonrnir chaque jour le nombre de rations que nous avions besoin; et, le plus souvent, nous ne les obtenions qu'en employant des moyens rigoureux, et à cause des retards ou des réductions alors aussi nous n'avions que 3/4 ou 1/2 ration.
Le 1er décembre, 3 compagnies de nos chasseurs, jointes à nos 3 compagnies de carabiniers, se portèrent sur le fort Amantéa, pour, de concert avec des troupes de la division Verdier, attaquer ce point toujours occupé par les révoltés. Ce même jour, les 6 compagnies bivouèquèrent sous Martirano, et le 2 , elles se joignirent aux troupes employées au blocus de la petite forteresse d'Amantéa.
Le 6 décembre, dès 4 heures du matin, toutes les troupes destinées pour l'attaque d'Amantéa se rassemblèrent et sc mirent en marche dans l'intention d'enlever d'assaut cette forteresse; des difficultés qu'on ne put vaincre embarrassèrent les soldats au pied du rocher; le jour vint, alors la troupe fut dirigée vers la marine ou 1.200 Calabrais étaient campés à Monte Cocuzzo près de la plage, sous la protection de quelques petits bâtimens anglais; abordés vivement, ils furent défaits en totalité sans qu'aucun d'eux ne pût ni se jeter dans le fort, ni se sauver dans les vallées, ni se diriger vers la côte où quelques chaloupes anglaises semblaient disposées à les recevoir. Cette expédition terminée de la sorte, rentra à Cosenza, laissant des postes en observation ; et nos carabiniers et chasseurs nous rejoignirent à Soveria.
Le 7, le régiment se porta à Diano, où il bivouaqua jusqu'au 14 ; le 15, il alla à Nicastro où il s 'arrêta jusqu'au 14 janvier 1807
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Situation en janvier 1807 (côte SHDT : us180701)
Chef de Corps : BOURGEOIS Colonel - infanterie
Conscrits des départements Alpes Maritimes - Hérault - Tarn - Jura - Puy de Dôme - Mont Blanc - Hautes et Basses Pyrénées de 18
STIELER Major - infanterie ; DELAMBRE-JOLY Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Schmitt - Armée de Naples
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lejeune - Armée de Naples
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Huguet à Ancôme - Armée d'Italie - Division des Côtes de l'Adriatique - Tisson
Observations : janvier 1807 effectif : sous les armes 25 Officiers 847 hommes ; hopitaux : 153 hommes

Le 6 janvier 1807, une petite colonne de 300 hommes du Régiment, conduite par l'Adjudant commandant Ortigoni, disperse un groupe de brigands qui s'est formé aux environs d'Amantéa.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"... et, le 15, il fut envoyé à Monteleone où il resta jusqu'au 12 février" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 6 février, Regnier reçoit du Ministre de la Guerre l'ordre (expédié le 22 janvier depuis Paris) d'envoyer le 1er Léger et le 42e de Ligne rejoindre leurs dépôts à l'Armée d'Italie. Celui du 1er Léger, qui se trouvait à Rimini avec le 3e Bataillon, vient de se rendre à Ancône, sous les ordres du Major du Régiment Stielair.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Le 13, le régiment revit le golfe de Sainte Euphémie qui lui fut si funeste l'année précédente, et il fut loger à Maïda où avait été établi le quartier général anglais.
Le 14, il alla à Catanzaro, ville qui ne prit aucune part à la rébellion de même que Monteleone. Le 18, il fut à Cropani et le 19 à Cotrone
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Regnier ne se décide à mettre en route le 1er Léger que 12 jours après en avoir reçu l'ordre. Il fixe son itinéraire par la Basilicate, la Pouille, et les Abruzzes, "pour qu'il appuie en passant une expédition envoyée sur Cariati", et "pour qu'on ne s'aperçoive pas de son départ", écrit Regnier.

Le Régiment quitte Sovéria le 18 février.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Le 20 au matin, il nous fallut revoir le bourg de Strongoli; les habitans, toujours rebelles, nous firent la même réception que l'année d'avant; nous y pénétrâmes de vive force, culbutant tout ce qui fit obstacle; nous pillâmes derechef, nous enlevâmes les vivres, nous brûlâmes les maisons à peine relevées, et nous saccageâmes de fond en comble ce bourg incorrigible; il n'y eut d'épargné que quelques maisons indiquées comme étant la demeure de particuliers qui nous servaient de guides; des sauve-gardes y furent placées à temps.
Le 21, le régiment fut à Ciro, qui ne prit non plus aucune part à l'insurrection
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 22 février, le 1er Léger livre un dernier combat aux brigands qu'il rencontre sur sa route à Strongoli. Il en prend 170 qui sont fusillés. Dans cette affaire, le Sous lieutenant Bruneau est tué. La marche se poursuit sans incidents par Tursi, Potenza, Canosa et la route du littoral déjà suivie deux fois par le Régiment.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"
Le 22, nous allâmes bivouaquer à Cariati; le 23 à Calapizzati; le 24 à Rossano qui ne communiqua jamais avec les révoltés; le 25 à Corigliano, le 26 à Cassano, le 28 à Trebisaccia et à Amendolara, sur le golfe de Tarente.
Sur le golfe de Tarente !
Nous touchions à une contrée amie, nous allions donc nous éloigner de ces féroces montagnards qui nous obligèrent à leur faire une guerre d'extermination, sans honneur pour nous, sans aucun avantage pour la France; était ce sérieusement qu'on nous avait placé sur cette route où nous devions trouver repos et sécurité ? Le fort d'Amantéa s'était rendu; Reggio était occupée par nos troupes qui avaient vu les Anglais se réembarquer à leur approche et rentrer à Messine ; le maréchal Masséna était retourné à Naples; l'insurrection n'avait plus d'unité, plus d'appuis; les rebelles déposaient et rendaient les armes, leur soumission était acceptée; tout enfin rentrait dans l'ordre et déjà les routes redevenaient libres et sûres ; les villages, les bourgs et les villes étaient généralement occupés par nos troupes; rentrés dans le devoir, bientôt en se familiarisant avec nos soldats ils oublièrent qu'ils furent ennemis.
Le 1er mars 1807, notre régiment et le 42e de ligne qui avaient le plus souffert dans cette désastreuse campagne, et qui avaient aussi fait le plus de mal aux Calabrais, sortirent heureusement des Calabres et allèrent loger le même jour dans la Basilicate, près de la ferme Policoro. Notre régiment était tellement réunit que chaque bataillon n'avait plus que l'apparence d'un faible cadre, et était tellement ruiné que nos malheureux soldats, naguère si brillans, étaient absolument dépourvus de tout effet d'uniforme. Indépendamment des 800 hommes perdus dans la fatale journée du 4 juillet 1806, des 200 que nous laissâmes à Reggio et à Scylla, nous perdîmes encore beaucoup de monde dans les différens combats que nous eûmes à livrer successivement et même chaque jour aux rebelles, sans ceux qui périrent par l'extrême fatigue, les maladies, les assassinats ou par excès lorsque les occasions leur fournissaient une abondance de comestibles et des liqueurs spiritueuses après des jours de jeune et de privation; de sorte que notre effectif se trouvait réduit à 700 hommes, les deux bataillons compris, de 2.000 et plus qu'ils étaient en mars 1806. Ainsi, ils avaient perdu en un an 1.300 hommes, dont 26 officiers et un chef de bataillon; tous les officiers indistinctement depuis le 4 juillet 1806 étaient sans porte manteau, sans bagages, sans rechange, et, comme le soldat, sans solde; et de tant de fatigues, de tant de misères, de tant de pertes éprouvées, de tant de dangers bravés, pas un rayon de gloire, rien que des regrets; sans l'arrivée de Masséna qui est venu relever le moral du soldat Dieu sait ce que serait devenu ce malheureux corps d'armée sous la conduite d'un général, brave sans doute, mais trop faible pour agir par ses propres moyens.

- Physiologie des Calabrais

Les romanciers ont beau donner l'essor à leur imagination, jamais ils ne parviendront à décrire parfaitement les moeurs des montagnards calabrais, gens à demi sauvages, ennemis de toute domination étrangère à leurs montagnes, et surtout de toute innovation. Refusant souvent de payer à son vieux gouvernement la plus légère contribution excédant celle qu'elle a coutume d'acquitter, aussi le gouvernement napolitain s'est il trouvé fréquemment dans la nécessité d'y envoyer des troupes pour ramener cette population à l'obeissance. Dans la forte effervescence de sa rébellion envers l'armée française, elle montrait une férocité sans exemple; et cependant, un peu plus tard, lorsqu'elle se vit abandonnée par les Anglais de Messine et par ses princes de Palerme, et que tout le royaume fut soumis, d'abord à Joseph , frère de l'empereur Napoléon, puis à Murat, son beau-frère, elle accepta la domination successive de ces deux souverains, et leur donna même de fortes preuves d'attachement.
La plupart des villes, bourgs et villages de cette contrée, toute montagneuse, sont assis sur le sommet ou l'escarpement de monts très élevés, autour desquels se trouvent confondues toutes les beautés de la nature; partout des arbres précieux; du milieu des rochers d'une apparence aride s'élèvent des végétaux bienfaisans; les productions de l'Europe, de l'Afrique et de l'Asie croissent vigoureusement dans ce pays fertile où la nature produit d'elle même sans y être longuement sollicitée par le travail de l'homme; on remue la terre légèrement, on lui confie ses semences sans préparation, sans art, presque sans soins, et elle rend au centuple. Là les femmes et les enfans suffisent à la culture des potagers et des vignes, les champs aussi sont de leur domaine, et tandis qu'ils exercent leurs faibles bras, les hommes, presque généralement rôdent armés d'un poignard, et s'enveloppent d'un petit manteau rapé, quelque temps qu'il fasse, la tête couverte d'un petit chapeau rond à larges bords, forme haute et pointue ; s'ils ne trouvent pas immédiatement à se réunir à l'entrée des bourgs, des villages, ou aux croisées des routes à d'autres oisifs comme eux, quoi qu'ils n'aient rien à se communiquer, ils cherchent un rocher, un mur pour s'y abriter et s'y étendre voluptueusement. A peu près comme les Corses ils terminent traitreusement par les armes leur moindre querelle; le plus subtil, ou plutôt le plus lâche a toujours raison, et son malheureux adversaire reçoit une balle ou un coup de poignard qui termine ses jours et leurs redoutables ressentimens; à moins que les enfans ou les parens du mort ne viennent à leur tour rappeler de l'exécution, et à se faire justice de la même manière, en répandant sang pour sang. Si ce peuple est paresseux, par compensation il est aussi très sobre, de sorte que son avoir, quel qu'il soit, subvient toujours à ses besoins. Un de nos soldats, le moins consommateur, absorbe à lui seul autant que deux Calabrais, le premier prodiguant beaucoup par délicatesse, le second économisant et ne perdant jamais aucune parcelle.
Quelques villes font exception aux moeurs généralement grossières, partout ailleurs les Calabrais ont conservé le caractère primitif des grecs montagnards dont ils sont une colonie; ils en ont encore à peu près le langage, surtout ceux qui habitent la crête ou les revers des monts qui bordent les rivages des caps Sparfivento et dei Larmi qui, par leur position, sont souvent en contact avec leurs ancîens compatriotes d'extraction et moins en rapport que ceux des vallées avec le petit nombre de voyageurs qui visitent de loin en loin cette contrée qui termine l'Italie.

- Sortie du régiment des Calabres

Continuant la route qui devait le rapprocher de son dépôt, le régiment arriva le 2 mars à Benaldo, où nous pûmes négliger les précautions prescrites pour nous préserver de toute surprise. Nous cessions aussi de faire partie du corps d'armée des Calabres, de même que de l'armée de Naples, rentrant décidément à celle d'Italie.
Le 3, nous fûmes à Matera, petite ville construite en amphithéâtre sur une face d'un rocher nu, autour duquel est un ravin profond; nous y séjournâmes le 4.
Le 5, nous logeâmes à Gravina, le 6 à Minervino, petite ville également assise sur la crète d'une montagnc, dont une face appartient à la Basilicate et l'autre à la terre de Bari.
Nous couchâmes les 7 et 8 à Cerignola, le 9 à Foggia, le 10 à San Severo, le 11 à Serra Capriola, le 12 à Termoli, le 13 à Vasto d'Amone, le 15 à Lanciano, le 16 à Ortone, le 18 à Pescara où nous séjournâmes, le 20 à Atri, le 21 à julia Nuova, le 22 à San Benedetto, le 23 à Porto di Fermo, le 24 à Lorette
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Les 1er et 2e Bataillons arrivent à Ancône vers le 25 mars. Le dépôt et le 3e Bataillon viennent d'en partir par ordre du Ministre pour se rendre à Vicence, par Bologne, Ferrare, Rovigo et Padoue.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"
... le 25 à Ancône, le 28 à Sinigaglia, le 29 à Pesaro, le 30 à Rimini, le 31 à Césène.
Le 1er avril, nous allâmes à Forli, et nous y séjournâmes le 2 ; le 3 nous fûmes à Imola, le 4 à Bologne, le 6 à Malalbergo; le 7 à Ferrare, le 8 à Rodrigo; le 9 nous passâmes l'Adige et nous fûmes loger à Monselice; le 10 à Padoue, après avoir traversé Battaglia.
Padoue, ville ancienne sur la Brenta, est très importante, elle est grande et belle, mais mal peuplée; les édifices publics y sont grands et beaux ; elle a une université célèbre et un fameux couvent dans lequel on conserve les reliques de saint Antoine de Padoue, que l'on vient visiter de fort loin; la grande place est remarquable par ses belles fontaines en marbre blanc, ses jets d'eau, et par le grand nombre de statues de marbre et de bronze qui la décorent. Elle est la patrie de Tite Live
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

En exécution d'un Décret du 26 mars 1807, daté d'Ostende, prescrivant que les Régiments d'infanterie légère n'auront plus d'aigles à l'armée, les aigles des Bataillons de guerre du 1er Léger ont été renvoyées au Dépôt à Ancône.

Situation en avril 1807 (côte SHDT : us180704)
Chef de Corps : BOURGEOIS Colonel - infanterie
Conscrits des départements des Alpes Maritimes - de la Loire de 1807
STIELER Major - infanterie ; DELAMBRE-JOLY Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Schmitt en route pour Bologne - Armée d'Italie
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lejeune en route pour Bologne - Armée d'Italie
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Huguet à Ancôme - Armée d'Italie

Le 11 avril, le Régiment tout entier (les 3 Bataillons et le Dépôt), est réuni à Vicence, sous le commandement provisoire du Major Stielair, le Colonel Bourgeois étant resté quelques jours à Naples pour y régler différentes affaires concernant le Régiment.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Le 11, dernier jour de cette marche si longue que le régiment dut faire pour se joindre à son dépôt, en ce moment à Vicence, après qu 'il eut occupé les villes de Parme, d'Ancône et de Rimini, nous revîmes nos amis du 3e bataillon avec lesquels nous fîmes fête" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

 

- En Vénétie

Carabinier en Espagne 1809-1810  1er Léger carabinier 1er Léger en Espagne Carabinier en Espagne 1809-1813 1er Léger
Fig. 18
Fig. 18a
Fig. 18b Carabinier en Espagne, 1809-1813, d'après H. Boisselier (fac-similé réalisé par H. et C. Achard d'après l'original). La source indiquée est El Guil
Carabinier en Espagne 1809-1810  1er Léger Carabinier en Espagne 1809-1810  1er Léger  
Fig. 18c Carabinier en Espagne, d'après Pierre Albert Leroux : "Les Français en Espagne, 1808-1814" (Copyright : Anne S.K. Brown Military Collection, Brown University Library. Avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington)
Dessin original extrait de "Uniformes de l'infanterie légère sous le 1er Empire"; Aquarelles par Ernest Fort (1868-1938); Ancienne collection Gustave De Ridder, (1861-1945); Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, PETFOL-OA-493
 

Le 1er Léger ne reste que quelques jours à Vicence.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"ARMÉE D'ITALIE
- Remise en état
A Vicence, nos deux premiers bataillons furent à peu près complétés par les recrues que le troisième avait successivement reçues. Nous y restâmes assez de temps pour nous remettre de nos fatigues et surtout pour nous équiper à neuf, car nous n'étions vraiment chargés que de guenilles de toute espèce
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Dans la première quinzaine de mai, le 1er Léger est envoyé à Vérone où il constitue dès lors, avec le 42e de Ligne la Brigade Jalras de la Division Souham (4e Division de l'Armée d'Italie, commandée par le Vice-roi Eugène). Le 1er Léger reste seize mois à Vérone. Là, il instruit un grand nombre de recrues qui viennent successivement renforcer l'effectif. Il reçoit en 1807 130 hommes de la classe 1806, 302 de la classe 1807, et 525 de la classe 1808.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Le 5 mai nous partîmes de Vicence pour aller à Montebello, et le 6, nous fûmes à Vérone, où de nouveaux conscrits du département des Alpes maritimes, destinés pour le régiment nous y attendaient depuis quelques jours.

- A Vérone

Vérone est une ville ancienne, grande, située sur l'Adige qui la divise en deux parties, communiquant de l'une à l'autre par trois ponts en pierres qui, aux termes du traité de Campo Formio, devaient êtrc coupés par l'arche du milieu, et remplacée par un pont levis; la gauche appartenait d'abord à l'Autriche et la droite à l'Italie; mais ces conventions, comme bien d'autres, ne furent jamais exécutées; puis, après le traité de Lunéville, ces trois ponts durent rester intacts, car les frontières du royaume furent reculées aux rives de l'lsonzo. La plus grande partie de la ville est située sur la rive droite de l'Adige et contient les plus belles places et les plus beaux édifices. Cette ville a trois châteaux qui en font un point assez fort; elle a pour preuve de son antiquité un bel arc de triomphe romain et une arène des mieux conservées, que Napoléon fit restaurer entièrement. Dans cet amphithéâtre qui peut contenir 25 à 30.000 spectateurs, assis sur les rangées de gradins en marbre qui entourent l'intérieur, et dans l'hémicycle, vis à vis la loge impériale, on y élève un théâtre en charpente, avec tous ses accessoires, pour y donner en plein soleil, des représentations de pièces anciennes et souvent de circonstances ; et le public avide de ce spectacle à bon marché, y prend place sur les gradins, en face de la scène. Il y a quelque chose d'étrange dans ce rapprochement des débris du spectacle grandiose des temps héroïques, avec les farces, souvent de mauvais gout, que les Italiens jouent maintenant sur les tréteaux qu'ils y élèvent, farces composées par un écrivain à la suite d'acteurs ambulans, parfois assez bons. J'ai vu dans Vérone de fort beaux tombeaux, certaine petite église en possède de curieux, mais j'y ai cherché en vain celui de Roméo et Julictte, dont les amours et leurs catastrophes out été si bien décrites par le poète anglais Shakespeare; au lieu d'un tombeau, on me montra une auge d'une grande dimension, abandonnée à l'entrée d'un jardin.
Cette ville est encore célèbre pour avoir donné le jour à Catulle, à Vitruve, à Pline l'ancien et à Paul Veronèse
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le Général Souham ne prend le commandement de la Division qu'en juin 1807.

Situation en juin 1807 (côte SHDT : us180707 4C98)
Chef de Corps : BOURGEOIS Colonel - infanterie
Conscrits des départements des Alpes Maritimes - de la Loire - du Puy de Dôme - des Basses Alpes - du Rhône de 1808
Observations : juin 1807 effectif du Régiment : sous les armes 64 Officiers, 1946 hommes - hopitaux 3 Officiers, 258 hommes
STIELER Major - infanterie ; DELAMBRE-JOLY Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Schmitt à Vérone - Armée d'Italie - 4e Division Souham - 1ère Brigade Jalras
Observations : juin 1807 sous les armes : 32 Officiers, 697 hommes
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lejeune à Vérone - Armée d'Italie - 4e Division Souham - 1ère Brigade Jalras
Observations : juin 1807 sous les armes : 17 Officiers, 563 hommes
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Huguet à Vérone - Armée d'Italie - 4e Division Souham - 1ère Brigade Jalras
Observations : juin 1807 sous les armes : 15 Officiers, 686 hommes

A partir du 16 octobre 1807, la 4e Division devient la 3e par suite du départ de la Division Clauzel pour la Dalmatie.

Situation en octobre 1807 (côte SHDT : us180710)
Chef de Corps : BOURGEOIS Colonel - infanterie
Conscrits des départements des Alpes Maritimes - de la Loire - du Puy de Dôme - des Basses Alpes - du Rhône de 1808
STIELER Major - infanterie ; DELAMBRE-JOLY Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Schmitt à Vérone - Armée d'Italie - 3ème Division
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lejeune à Vérone - Armée d'Italie - 3ème Division
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Huguet à Vérone - Armée d'Italie - 3ème Division

Le 15 novembre 1807, le Général Jalras est remplacé par le Général Verger.

L'effectif du 1er Léger en novembre 1807 est de 2925 hommes.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Le 27 novembre, l'empereur Napoléon arriva à Vérone, venant de Milan, accompagné de l'impératrice Joséphine, du roi et de la reine de Bavière, du prince Eugène (de Beauharnais) son beau fils, vice roi du royaume d'ltalic, du grand duc de Berg (Murat), du prince de Neufchatel (Berthier), de plusieurs ministres d'état et de maréchaux de l'empire, faisant alors sa tournée tr iomphale dans ses vastes états. Que son escorte était nombreuse, riche et belle ! Vainqueur de la Prusse, de l'Autriche et de la Russie en une seule campagne, nulle puissance au monde n'avait pu arrêter l'élan de son char victorieux; que son front rayonnait de gloire ! comme tout au tour de lui parlait de ses innombrables victoires ! jamais conquérant n'avait été si imposant que Napoléon après la paix de Tilsit; c'était Alexandre, c'était César, au plus haut point de leur grandeur. Pour son bonheur et celui de la France il manquait à ce héros une seule vertu : la modération" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 28 novembre 1807, le 1er Léger est passé en revue par l'Empereur qui lui fait témoigner "toute sa satisfaction pour sa belle tenue et son instruction".

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Le 28 novembre, il passa la revue générale de la garnison, nombreuse en infanterie, en cavalerie, en artillerie à pied et à cheval, en troupes du génie, en équipages, en pontonniers, en ambulances, etc.
Revue magnifique, car chaque soldat s'était surpassé dans sa tenue et dans la beauté de son équipement, et de son armement; on ne vit jamais de troupes plus coquettes ni plus martiales, ni plus contentes d'elles-mêmes.
L'Empereur fit des promotions dans tous les grades, accorda des décorations de tous les degrés ; pas une étoile ne passa sur la poitrine des élus qu'elle n'eût auparavant touché la sienne et qu'il ne l'eût attachée lui-même.
Il fit manoeuvrer tous les corps ; et, le lendemain 29, il partit pour aller visiter Venise
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Situation en janvier 1808 (côte SHDT : us180801)
Chef de Corps : BOURGEOIS Colonel - infanterie
Conscrits des départements des Alpes Maritimes - de la Loire - du Puy de Dôme - des Basses Alpes - du Rhône de 1808
STIELER Major - infanterie ; DELAMBRE-JOLY Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Schmitt à Vérone - Armée d'Italie - 3e Division
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lejeune à Vérone - Armée d'Italie - 3e Division
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Huguet à Vérone - Armée d'Italie - 3e Division

Le 2 février 1808, le Général Pille, Inspecteur général, fait également de grands éloges au Colonel Bourgeois pour la brillante attitude des Officiers et de la troupe. L'Etat des Officiers à cette époque est le suivant :

1er Bataillon commandé par le commandant Lejeune avec l'Adjudant major Montossé; 2e Bataillon sous le commandant Huguet avec l'Adjudant major Lecomte; 3e Bataillon sous le commandant Schmitt avec l'Adjudant major Bouillet; Dépôt commandé par le Major Stielair. Quartiers maîtres trésoriers : Louis Jolis et Joseph Delombre. Chirurgien major : Laurent; Aides majors Hervil et Boë ; Sous aides : Bassot, Barsacq et Danvers.

Capitaines (par ordre d'ancienneté) : Emmercks, Baumard, Van der Heerem, Brimisholtz, Kolvemback, Choueller L. M., Salmon, Van Cuttssen Joseph, Grinne, Thorin, Baudin, Tison, Chomé, Dénéchaux, de Vienne, Henrion, Bouillet Antoine, Hergwegh, Bouillet Georges, Dumarché, Lecler, Saget, Poulain, Barroux, Vitmer, Moutin, Mesmer, Le Normand.

Lieutenants (par ordre d'ancienneté) : Bouchon, Laisné, Choueller Jean Baptiste, Canche, Boutin, Duthils, Prévost, Michel, Fréjacques, de Saint Pierre, Ménestrel, Marechapt, Tillet, Pateï, Bowine, Herpain, Roux, Fourcy de Gimont, Henvrot, Chavarin, Jacquet, Dehaech, Charton, Valch, Faedouelle, Lejeune, Thomas.

Sous lieutenants (par ordre d'ancienneté) : Bresse, Marie, holbert, Alquier, Dubesse, Regnard, Pesquaire, Droaurd, Loritz, Albrespit, Mosseron, Gayet, Fayet, Tassin, Gomieu, Michaux, Defosseux, Fleuret, Houillon, Lesage, Tardu, Stievenard, Vibert, Delamare, Samson, Joly C. A. D., Kymli, Ladreau.

A noter que Martinien donne, à la date du 1er février 1808, un Sous lieutenant Audigane, blessé au cours de la prise du château de Reggio (?).

Les 17 et 18 février, deux Décrets réorganisent toute l'Infanterie ; chaque régiment doit avoir trois Bataillons de guerre et un Dépôt à deux Bataillons destiné à instruire les recrues et à fournir au premier signal un Bataillon prêt à entrer dans les formations nouvelles au gré des circonstances. De ce fait, le 1er Léger doit se former à 5 Bataillons, dont 4 à 5 Compagnies (1 de Grenadiers, 1 de Voltigeurs, et 4 de Fusiliers), le 5e (le dépôt proprement dit) à 4 Compagnies (de Fusiliers). En même temps, l'Empereur a ordonné que les Régiment d'Infanterie légère n'auront désormais que des enseignes (une par Bataillon, à l'exclusion des Bataillons de Dépôt). Dans la pensée de l'Empereur, les Régiments légers, destinés à combattre souvent en première ligne, n'avaient pas besoin d'aigle. Les hommes destinés à porter les enseignes devaient être choisis par les Chefs de bataillon parmi les Sous officiers.

Situation en avril 1808 (côte SHDT : us180804)
Chef de Corps : BOURGEOIS Colonel - infanterie
Garnison - Dépôt à Novarre petit dépôt
Conscrits des départements des Basse Alpes - de la Loire de 1809
STIELER Major - infanterie ; DELAMBRE-JOLY Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Schmitt à Vérone - Armée d'Italie - 3e Division
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lejeune à Vérone - Armée d'Italie - 3e Division
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Huguet à Vérone - Armée d'Italie - 3e Division

 

Fig. 19
Dessin original extrait de "Uniformes de l'infanterie légère sous le 1er Empire"; Aquarelles par Ernest Fort Ernest (1868-1938); Ancienne collection Gustave De Ridder, (1861-1945); Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, PETFOL-OA-493

Selon l'Historique régimentaire, dans la pratique, il faut attendre un ordre du Ministre de la Guerre, en date du 3 juin, pour que le Régiment s'organise à 5 Bataillons; par ailleurs, le Bataillon de Dépôt se voit assigner un nouvel emplacement. En conséquence, le 15 juin, le Régiment est réorganisé comme suit :

1er Bataillon Lejeune : 15 Officiers et 645 présents.

2e Bataillon Schmitt : 13 Officiers et 623 présents.

3e Bataillon Huguet : 16 Officiers et 610 hommes.

4e Bataillon (Vacance) : 11 Officiers et 621 hommes.

5e Bataillon (Dépôt), Major Stielair : 4 Officiers et 162 hommes.

Soit au total, 59 Officiers et 2661 présents.

Le Régiment compte en outre à son effectif 2 Officiers et 157 hommes aux hôpitaux; 3 Officiers et 207 hommes prisonniers; 90 absents, soit un effectif total de 64 Officiers et 3115 hommes.

Dans les faits, la réorganisation a eu lieu le 1er juin 1808, comme le prouvent les documents ci-dessous:

Documents du S.H.A.T.
Communication de notre ami Philippe Quentin.
Cliquer sur les pages pour agrandir

A noter qu'à cette époque, il est indiqué que le 1er Léger a un Tambour major, un Caporal Tambour, et 8 Musiciens.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"- Ma nomination au grade de capitaine
Le 16 mai 1808, à Vérone, j'ai été reconnu au grade de capitaine à la 2e compagnie de voltigeurs, au choix du gouvernement, en remplacement de M. Leclerc mis à la retraite; ma promotion datait du 1er février précédent.
Le 1er juin j'ai été nommé à l'emploi de capitaine d'habillement, en remplacement de M. Vanderher, mis à la solde de retraite
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 5e Bataillon de Dépôt part le 24 juin pour Novare où il arrive le 29 et tient garnison avec le 5e Bataillon du 106e de Ligne. Le Régiment a en outre un petit Dépôt de recrutement à Nice.

Situation en juillet 1808 (côte SHDT : us180807 4C111)
Chef de Corps : BOURGEOIS Colonel - infanterie
Garnison - dépôt à Novarre
Conscrits des départements des Basse Alpes - de la Loire de 1809
Observations : juillet 1808 effectif total 2858 Officiers, hommes dont hopitaux 161 - prisonnier de guerre 3 - sous les armes 70 Officiers, 2459 hommes
STIELER Major - infanterie ; DELAMBRE-JOLY Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lejeune à Vérone - Armée d'Italie - 3e Division - Teste
Observations : juillet 1808 sous les armes : 29 Officiers, 623 hommes
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Schmitt à Vérone - Armée d'Italie - 3e Division - Teste
Observations : juillet 1808 sous les armes : 12 Officiers, 608 hommes
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Huguet à Vérone - Armée d'Italie - 3e Division - Teste
Observations : juillet 1808 sous les armes : 15 Officiers, 606 hommes
4ème Bataillon à Vérone - Armée d'Italie - 3e Division - Teste
Observations : juillet 1808 sous les armes : 14 Officiers, 622 hommes
5ème Bataillon au dépôt à Novarre - Armée d'Italie - Division des dépôts
Observations : juillet 1808 sous les armes : 8 Officiers, 157 hommes - hopitaux 26 hommes

 

Fig. 20

Le 1er août 1808, le Général Souham est remplacé par le Général Grenier à la tête de la Division.

Les événements d'Espagne ont décidé Napoléon à une vigoureuse offensive de ce côté. Le 15 août, le 1er Léger reçoit du Ministre de la Guerre, le Comte d'Hunebourg, l'ordre d'amener l'effectif de ses trois premiers Bataillons à 800 hommes, et de les mettre en route pour Turin le 25. Le 4e Bataillon reste à Vérone, de même que le Général Grenier.

Le Capitaine Duthilt écrit :
"- Les deux premiers bataillons désignés pour l'armée d'Espagne.
Dans les premiers jours d'août 1808, le 3e bataillon du régiment versa dans les deux premiers tous les hommes valides, de manière à porter l'effectif de chaque compagnie de chasseurs à 120 hommes et celles de carabiniers à 140.
30.000 Français avaient pénétré en Espagne pour envahir le Portugal, dominé par l'Angleterre dont il était l'allié. Junot eut le commandement de cette armée. Charles IV, roi d'Espagne, se reposait sur la bonne foi de Napoléon qui nourrissait cependant le dessein de s'emparer des richesses du nouveau monde, entassées dans les royaumes d'Espagne et de Portugal. Le prince régent de Portugal, don Pedro, devait être enlevé et devenir prisonnier de Napoléon, si les conseils de Sidney Smith, commodore anglais, ne l'eussent décidé à s'embarquer pour le Brésil la veille du jour de l'entrée de Junot dans Lisbonne. Napoléon, maître du Portugal, voulut aussi l'être de I'Espagne ; il fit assembler â Bayonne une nouvelle armée, prête à se porter sur la capitale de l'Espagne, sous le prétexte de rétablir la paix dans la famille de Charles lV, troublée par les intrigues de don Emmanuel Godoy, prince de la paix; Murat eut le commandement; il entra dans Madrid. Aussitôt Charles IV abdiqua en faveur de son fils, qui prit le nom de Ferdinand VII. Bientôt il fut contraint de remettre sa couronne aux mains de Napoléon, qui la donna à son frère Joseph, roi de Naples; et Murat, son beau frère, créé roi, lui succéda au trône de Naples. Les Espagnols, ne ratifiant point les décrets de l'Empereur, s'insurgèrent; on les mitrailla. L'insurrection s'étendit par tout le royaume et, après l'affaire de Baylen, une division de l'armée française, commandée par le général Dupont, absolument cernée par les Espagnols, ne pouvant plus combattre, fut forcée de capituler; les Anglais méconnurent cette capitulation, et jetèrent en masse sur des pontons ces Français qui devaient rentrer sur le sol de leur patrie. L'insurrection consolidée, des Cortès furent formés pour gouverner le royaume, ils donnèrent une constitution provisoire à l'Espagne, formèrent partout des guérillas qui inquiétèrent vivement les Français dans leurs marches, pillèrent leurs convois et se rendirent redoutables à l'armée.
Ainsi une guerre de peuple à peuple venait d'éclater, et cette fois Napoléon l'avait injustement provoquée pour se donner le plaisir de placer sur un trône un membre de sa famille. Cette malheureuse guerre ne devait finir qu'avec son règne et coûter à la France un million d'hommes. Le 15, les deux premiers bataillons parfaitement habillés, équipés et armés, partirent de Vérone pour se rendre à l'armée d'Espagne. Ainsi se réalisait la promesse ou plutôt la menace que fit Napoléon au régiment, en le passant en revue à Vérone, en novembre 1807 : "Je vous donnerai l'occasion de réparer l'échec que vous avez essuyé à Sainte-Euphémie, en 1806".
On le voit, dès cette époque, il méditait l'expulsion des Bourbons de tous les trônes.
Le 24, le 3e bataillon, sous le commandement supérieur du major Stieler, partit de Vérone pour aller s'établir à Novare. Je restai encore quelques jours à Vérone pour livrer aux entrepreneurs des transports militaires toutes les parties qui constituaient le magasin du régiment.
Je parcourus ensuite isolément l'itinéraire ci-après ; Peschiera, à l'extrémité du lac de Guarda, Lonato, Brescia, Chiari, Cassano, Milan, Magenta, et j'arrivai à Novare où je me hâtai de rétablir les différens ateliers du régiment et d'équiper les conscrits qui vinrent compléter l'effectif du troisième bataillon
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 25 août, les Bataillons de guerre, conduits par le Colonel Bourgeois, passent à Villafranca, le 26 à Mantoue, le 27 à Bozzolo, les 28 et 29 à Crémone, le 30 à Codogne, le 31 à San Colombano, le 1er septembre à Pavie, les 2 et 3 à Vigevano, le 4 à Novare où ils sont reçus par le Dépôt; le 5 à Verceil, le 6 à Agliano, le 7 à Chivasso. Ils arrivent le 8 à Turin où se concentre la Division Souham dont doit faire partie le 1er Léger, avec les Bataillons de guerre du 42e de Ligne, et un Bataillon des 3e Léger, 7e, 67e et 112e de ligne.

Par Décret du 7 septembre 1808, Napoléon a réorganisé son Armée d'Espagne. La Division Souham doit être la 2e d'un 5e Corps commandé par le Général de Division Saint Cyr.

De son côté, le Capitaine Duhtilt est chargé du recrutement dans les Alpes maritimes; il écrit :
"RECRUTEMENT DES ALPES MARITIMES
- De Novare à Nice
Le 26 septembre 1808, j'ai été désigné pour remplir les fonctions de capitaine de recrutement dans le département des Alpes maritimes à Nice, en remplacement de Mr Brinisoltz qui était rappelé au régiment en Espagne; après la remise de mes magasins, je partis de Novare le 29 et je suivis l'itinéraire ci après : Verceil, première ville du Piémont sur la frontière du royaume d'Italie, Fogliano, Settimo, Turin, Carmagnole, Fossano, Coni, Limon, le col de Tende, Tende, Breglio, Sospello, l'Escarène et Nice, où j'arrivai le 8 octobre.
Dans ce voyage, je m'arrêtai quelques jours à Turin, belle et grande ville, dont les rues percées régulièrement à perte de vue, larges, ornées de fort beaux portiques de chaque côté, viennent aboutir de l'extérieur au centre de la place où se trouve l'hôtel de ville. Turin possède une forte citadelle qui a un puits remarquable : par le moyen d'une double rampe, Les chevaux peuvent descendre au fond et remonter sans se rencontrer. On y remarque la chapelle du Saint Suaire à la Cathédrale ; la statue de Sainte Thérèse de Legros à Sainte Christine ; l'intérieur du palais royal où se trouve une quantité de tableaux d'un mérite inappréciable.
Le col de Tende, de Limon au village de Tende, offre des sites admirables, des montagnes superposées, des rochers stériles, des vallées profondes, des passages étroits, difficiles, défendus par la nature et par l'art pour la guerre. Cependant, en été, cette route est tou jours susceptible d'être parcourue par des voitures courtes, à cause des pentes rapides et des sinuosités nombreuses et brusquées qui se répètent de monts en monts. Mais ce passage est fort difficile sinon impraticable en hiver, en raison de la grande quantité de neige qui l'obstrue et surtout à cause des vents impétueux qui tourbillonnent dans les tournans. Lorsque l'air est calme, le matin, plusieurs mulets d'une taille, d'une encolure et d'une force prodigieuses, entretenus par le gouvernement, partent de Limon au point du jour, sans guides et se rendent à la suite l'un de l'autre jusque sur le plateau du col, où ils trouvent, sous un abri, du fourrage ou de l'avoine, par portions séparées, pour les y arrêter quelques instans, après quoi ils reviennent à Limon. On ne permet jamais aux voyageurs, à cheval ou en voiture, qui doivent traverser le col du Piémont en France, de partir de Limon qu'après la rentrée des mulets, et que lorsqu'ils sont restés dehors assez de temps pour parcourir l'espace qu'ils doivent explorer et battre, car lorsqu'il y a empêchement pour effectuer ce parcours, ils retournent sur leurs pas, renonçant à l'appat qui leur est offert au but de leur voyage.
Sur la pente du col, entre sa sommité et le village de Tende, vers Nice, est la ruine de l'ancienne commanderie des chevaliers de l'ordre militaire et religieux de Saint Jean de Rhodes, servant maintenant d'entrepôt aux marchandises expédiées de France pour le Piémont, lorsqu'une tourmente ne permet pas de les risquer dans ce passage dangereux
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

De Turin, le 1er léger quant à lui est dirigé par Nimes sur Perpignan, où il arrive le 6 octobre. Les trois Bataillons de guerres alignent un effectif de 59 Officiers et 2071 hommes.

Situation en octobre 1808 (côte SHDT : us180810)
Chef de Corps : BOURGEOIS Colonel - infanterie
Garnison - dépôt à Novarre
Conscrits des départements des Basse Alpes - de la Loire de 1809
STIELER Major - infanterie ; DELAMBRE-JOLY Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Lejeune - Armée d'Espagne - 5e Corps - 2e Division
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Schmitt - Armée d'Espagne - 5e Corps - 2e Division
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Huguet - Armée d'Espagne - 5e corps - 2e Division
4ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Bommard à Vérone - Armée d'Italie
5ème Bataillon au dépôt à Novarre - Armée d'Italie - Division des dépôts

Le Capitaine Duthilt écrit :
"Dès mon arrivée à Nice je pris le commandement du détachement de recrutement composé d'un lieutenant, de 2 sous lieutenans, de 3 sergens et de 6 caporaux, fournis par le 1er régiment d'infanterie légère, et dès ce moment je fus à la disposition du ministre de la guerre, n'ayant de rapport avec le régiment que par ce qui concernait le personnel, l'habillement et l'armement de mon détachement, ma comptabilité étant toute particulière, de même que celle des hommes de nouvelle levée.
La ville de Nice, chef lieu de l'ancien comté de ce nom, et maintenant du département des Alpes maritimes, faisait autrefois partie de la Provence (aussi dit on encore Nice en Provence pour la distinguer de Nice la paille) et fut ensuite réunie au Piémont. Son territoire s'étend de la Trinité au Var, torrent impétueux qui descend des Alpes, presque toujours dangereux et souvent infranchissable, ayant plus d'un quart de lieue de largeur lorsqu'il est gonflé.
Depuis la réunion de Nice à la France en 1791, il est surmonté d'un pont en bois d'une demi lieue d'étendue, et assez solide pour supporter des trains d'artillerie et le roulage de fortes voitures de commerce; partout ailleurs on rencontre sur ses rives des hommes vigoureux qui font le métier de passer les voyageurs, soit en les portant à dos, lorsque le danger n'est pas grand, soit en les entourant avec de forts bâtons pour les appuyer et pour sonder en même temps le fond qui change soudainement et plusieurs fois même en un jour; ces hommes, appelés gayeurs, sont souvent de vrais charlatans qui vivent aux dépens des voyageurs effrayés, ayant soin d'augmenter leur crainte en raison de la rétribution qu'ils espèrent en retour ; mais c'est encore là une industrie qui tire à sa fin.
Il en est de même du Paillon, son voisin, autre torrent aussi redoutable qui descend des montagnes alpines, et qui sépare la partie basse de la ville du faubourg Saint Jean, pour aller, comme le Var, se jeter à la mer peu distante de ce point. Il est souvent impossible de se prémunir contre son arrivée rapide, quoique des cris poussés par les habitans de son cours supérieur l'annoncent de proche en proche dès sa sortie des montagnes; ses eaux hautes et bondissantes comme des vagues, marchent avec plus de vitesse qu'un coursier lancé à toute bride; et, en un instant elles débordent de leur lit et occupent une largeur immense, entraînant dans leur cours tout ce qu'elles rencontrent, voyageurs, chevaux, voitures, même les maisons qu'elles peuvent atteindre loin des rives de cet indomptable torrent, renversant, en un mot tous les obstacles, quelque puissans qu'ils soient.
Un pont en pierres, d'une solidité admirable, asssure, en tout temps la communication d'une rive à l'autre, malgré que les eaux du Paillon s'élèvent souvent jusqu'à baigner la voûte des arcades par où elles passent. Pour exprimer la perfection et l'immutabilité de ce pont si souvent menacé, les habitans disent qu'il a été bâti miraculeusement par des Anges. La ville est petite et bien peuplée; les juifs y sont nombreux et y vivent, comme partout ailleurs, dans un quartier à part appelé "il guetto", autrefois fermé pendant la nuit; mais aucun empêchement actuel ne s'oppose à ce qu'ils fassent établissement ailleurs ; là sont leurs pénates, leurs propriétés, leurs habitudes.
Abritée des vents du nord est par un rideau boisé formé des montagnes Alpines, traçant un parfait fer à cheval dont l'ouverture est toumée vers la mer au sud, la ville de Nice doit à cette position la régularité et la douceur de son climat. Son port est mauvais; mais à sa gauche et à une demi lieue est celui de Villefranche, au fond d'une anse resserrée, défendue par le fort de Montalban, autrefois célèbre, mais aujourd'hui presque démoli.
Le séminaire diocésain est bâti sur le plateau d'un rocher appelé le Cimier sur la rive droite du Paillon, à un quart de lieue de Nice; près de là se voient les ruines d'un ancien cirque romain, bâti tout en petites pierres dures, parfaitement équarries en forme de briques; les loges dans lesquelles on enfermait les animaux féroces pour les combats, et la circonférence de cette arène sont encore on ne peut mieux indiquées.
Ce beau pays, accidenté de monticules, est un magnifique jardin exhalant en toute saison le parfum des fleurs les plus belles et les plus suaves, et offrant sans cesse à la vue ses delicieux fruits dorés. Le faubourg Saint Jean, entre le Paillon et le Var, la mer et les montagnes, est couvert de maisons de campagne continuellement habitées par des étrangers de toutes les nations qui viennent y récupérer la santé en y respirant un air doux et salubre, et y passer les hivers tempérés comme à Naples, et les étés d'une chaleur moyenne, rafraîchie par le mistral.

1809. - Stances sur Nice
Sites charmans, que la Nature
Embellit de mille couleurs,
L'art magique de la peinture,
En vain voudrait rendre tes fleurs.
Ah ! que ne puis-je sur ma lyre,
Exprimer le joyeux délire
Qui tient tous mes sens agités ;
Tes fruits dorés, leur vert feuillage,
Respectés des vents, de l'orage,
Par moi seraient aussi chantés.
Riches coteaux, beaux paysages,
En vous voyant on est ravi ;
Vous rappelez les premiers âges
Et tenez le coeur asservi.
Des vents l'haleine tempérée,
Chez vous attire chaque année,
Le triste et souffrant voyageur,
Et bientôt lui rendant la vie,
Vous chassez sa mélancolie
Et le ramenez au bonheur.

Une infante d'Espagne (veuve de l'infant don Louis de Bourbon, fils aîné du duc de Parme), ex reine d'Etrurie (Toscane) par la grâce de Napoléon, et dont le royaume, par acte de sa nouvelle politique, venait de lui être retiré et donné à la princesse Elisa, sa soeur, épouse du prince Bacciochi souverain de Lucques et de Piombino, sous le titre de grand duché de Toscane, résidait alors dans ce faubourg, en exilée, tandis que le frère de cette reine, qui plus tard fut roi d'Espagne, sous le nom de Ferdinand VII, était en même temps prisonnier au château de Compiègne.
Cette princesse ne pouvait aller, du côté de la France, que jusqu'au pont du Var, et du côté du Piémont que jusqu'au village de la Trinité, à deux lieues de Nice, même distance que de Nice au Var; ainsi quatre lieues, sans aucune ligne transversale; promenade exiguë qu'elle faisait fréquemment dans une calèche attelée de quatre beaux chevaux, accompagnée de son jeune fils, et d'une suite assez nombreuse.
J'ai fait dans ce département les levées ordinaires de 1809 à 1814; celles extraordinaires, pour le premier ban des cohortes, comprenant un réappel sur les classes de 1806 à 1814.
Plus heureux qu'un très grand nombre de mes collègues, j'ai obtenu du directeur général de la conscription le quitus si désiré de chaque préfet sur toutes ces levées, des lettres de félicitations, une récompense pécuniaire, et la promesse d'un avancement prochain.
Dans mes rapports de service avec les autorités du pays, j'ai toujours été parfaitement bien avec monsieur le préfet Dubouchage, avec messieurs les sous préfets des arrondissemens de Guillaume et de Vintimille; avec les maires des villages et des communes rurales du département ; avec le général Eberlé, commandant la place et le département, l'un des braves de l'armée, aimé des soldats et des habitans; enfin très bien avec l'inspecteur aux revues (intendant) de la 8e division militaire et favorablement noté au ministère.
La seule contrariété que j'aie éprouvé pendant mon premier séjour à Nice me fut suscitée par M. Coroller, chef d'escadron de la gendarmerie du département, avec lequel j'étais en opposition relativement au texte et à l'esprit de la loi sur les conseils de guerre pour la désertion; je mis fin à ses tracasseries par une lettre explicative en forme de mémoire, que j'adressai aux officiers membres des conseils de guerre.

1809. - Banquet de la St. ·. Jn.·. d'été, à la V.·. L. ·. des Vrais Amis
Réunis, à l'O .·. de Nice.
(Air du Petit Matelot.)
A ce banquet d'amis, de frères ,
Règnent la paix et le bonheur ;
Par des acclamations sincères,
Chacun veut dilater son coeur.
Heureux maçons, toujours ensemble
Vous réalisez l'âge d'or.
La bienfaisance vous rassemble
Et vous rend plus heureux encor.
C'est en vain qu'un profane espère
Connaitre des plaisirs si vrais ;
Il faut posséder la lumière,
Pour discerner les biens parfaits.
Au monde servez de modèles,
De votre sort qu'il soit jaloux ;
Et que de vives étincelles,
Bientôt l'éclairent comme vous !
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

 

h/ Campagnes de l'Armée de Catalogne (1808-1810)

- Premiers engagements

Après le double guet-apens de Bayonne qui, le 6 mai 1808, a consommé l'abdication du vieux roi d'Espagne Charles IV et de son fils Ferdinand VII, Napoléon a enlevé son frère Joseph au royaume de Naples, pour lui faire porter la couronne de Philippe V. Le nouveau roi rentre à Madrid à la fin de juillet.

Depuis l'invasion du Portugal en 1807, les troupes françaises se sont répandues dans la péninsule. "On n'attendait alors que du bien des Français, et, sauf quelques collisions accidentelles entre les hommes du peuple et nos conscrits surpris par le vin des Espagnes ou excités par la beauté des femmes, la cordialité régnait" (Thiers, t. VIII, p. 483) Mais à la nouvelle des événements de Bayonne, l'insurrection éclate partout avec une violence et une férocité à laquelle on ne s'attendait pas.

Les colonnes françaises doivent rétrograder. L'infortuné Général Dupont signe à Baylen, le 19 juillet, une capitulation qui porte un coup fatal au prestige de nos armes. Le roi Joseph quitte, le 2 août, sa capitale où il n'est plus en sûreté et se retire à Vittoria au milieu des troupes françaises, en attendant que Napoléon vienne en personne diriger les opérations militaires.

En Catalogne, l'insurrection est à l'époque quasi générale. Le Général Duhesme est enfermé à Barcelone; le Général Reille a raitaillé Figuières sans pouvoir se relier avec Duhesme. Le Corps italien de Pino et la Brigade napolitaine de Chabot viennent tout juste d'arriver lorsque Napoléon décide d'en finir avec l'Espagne par une campagne rapide et décisive.

Pendant qu'une partie de la Grande Armée s'achemine vers Bayonne, Napoléon "forma avec deux beaux régiments français : le 1er Léger et le 42e de Ligne tirés du Piémont... le fond d'une division qui fut confiée au général Souham" (Thiers, T IX, p. 280). Cette Division devait porter à 36000 hommes environ le nombre de troupes destinées à la Catalogne. "Cette province, séparée du reste de l'Espagne, offrait un théâtre de guerre à part. Napoléon y donna le commandement en chef des troupes à un général incomparable pour la guerre méthodique et opérant toujours bien, quand il était seul, le général Saint-Cyr : on ne pouvait faire un meilleur choix" (Thiers).

Par suite d'une répartition nouvelle des troupes, le 5e Corps devient le 9 octobre 1808 le 7e Corps de l'Armée d'Espagne, confié au Général Gouvion Saint Cyr, et bientôt désigné sous le nom d'Armée de Catalogne. La Division Souham est la 4e du 7e Corps.

Le 1er Léger est cantonné le 15 octobre dans les villages qui bordent le Tech aux environs du Boulou. La Division Souham, qui ne comprenait au début que le 1er Léger et le 42e de Ligne, ainsi que le 24e Dragons, est renforcée alors par les 4e Bataillons des 7e, 67e, 112e de ligne et du 3e Léger.

Le 1er novembre, le Sous lieutenant Gayet est tué au cours d'une reconnaissance.

L'armée espagnole chargée de disputer la Catalogne avec les Français est commandée par don Juan de Vivès. Forte d'environ 40000 hommes, elle comprend, indépendamment des troupes régulières, les Divisions de Reding (insurgés de Grenade), de Lassan (insurgés d'Aragon), un grand nombre de volontaires ou Miquelets (ces derniers sont groupés par tertios, gros Bataillons de troupes légères), ainsi que des Milices locales (ou Somatens; Soumaten en langue catalane est synonyme de tocsin) qui se lèvent en masse au son des cloches pour défendre leurs villages envahis.

L'Armée de Catalogne commence ses opérations en novembre. Son premier but à atteindre est naturellement d'aller délivrer Duhesme, qui est menacé d'être affamé dans Barcelone. Mais avant de se risquer jusque là, Gouvion Saint pense nécessaire de s'emparer de la ville de Roses.

Pendant que les Divisions Pino et Reille vont assièger cette place, le 1er Léger prend position avec toute la Division Souham sur la rive gauche de la Fluvia. Le rôle de Souham est de couvrir les travaux contre les troupes espagnoles qui pourraient être tentées de les troubler. Le 1er Léger passe le Tech le 5 novembre, campe le 6 à la Jonquière, et s'établit le 9 à la Navata.

Fig. 21 Fig. 21c

 

Les premiers jours, des pluies torrentielles inondent le pays, retardant les opérations et imposant aux soldats, parmi lesquels on compte un très grand nombre de conscrits, de rudes souffrances.

Le 22, les avant-postes de la Division Souham sont attaqués par les Espagnols qui ne veulent alors que tâter les Français. L'attaque est renouvelée le 24 par 15 ou 16000 miquelets et environ 3000 hommes de ligne, sous la conduite du Général Alvarès. Les premiers postes sont tout d'abord obligés de se replier, mais les grand'gardes prennent bientôt l'offensive. "Le 1er régiment d'infanterie légère, le 4e bataillon du 3e léger et quelques compagnies des 67e et 112e de ligne dirigés par M. le général de division Souham ont repoussé l'ennemi sur tous les points. On lui a tué ou blessé 130 ou 140 hommes et fait environ 60 prisonniers dont un colonel, un major, un capitaine et un aumônier" (rapport du Général Rey, chef d'Etat major du 7e Corps, sur le combat de Navata). "Cette affaire fit beaucoup d'honneur au premier régiment d'infanterie légère... Elle prouva au général Alvarès la vigueur des nouvelles troupes arrivées en Catalogne", ajoute le Général Gouvion Saint Cyr dans son "Journal des opérations de l'Armée de Catalogne".

"ONZIÈME BULLETIN
Madrid, le 5 décembre 1808.
Le 24, l'avant-garde ennemie, campée sur la Fluvia, forte de cinq à six mille hommes, et commandée par le général Alvarès, est venue en plusieurs colonnes attaquer les points de Navata, Puntos, Armodas et Garrigas, occupés par la division du général Souham. Le 1er régiment d'infanterie légère et le 4e bataillon de 3e légère, ont soutenu seuls l'effort de l'ennemi, et l'ont ensuite repoussé.
L'ennemi a été rejeté au-delà de la Fluvia avec une perte considérable en tués et blessés. On a fait des prisonniers, parmi lesquels se trouvent le colonel Le Brun, commandant en second de l'expédition et colonel du régiment de Tarragone, le major et un capitaine du même régiment
" (Les Bulletins de la Grande armée : précédés des rapports sur l'armée française, depuis Toulon jusqu'à Waterloo, extraits textuellement du Moniteur et des Annales de l'empire : histoire militaire du général Bonaparte et de l'empereur Napoléon, avec des notes historiques et biographiques sur chaque officier. Tome 4 / par Adrien Pascal).

 

- Expédition de Barcelone

Fig. 21a : Rousselot, dans sa planche 5, donne un “shako garni” de Chasseur vers 1809. C'est le modèle classique, avec la plaque du Règlement de 1810.

Fig. 21b : Plaque de shako de troupe, modèle 1810, donné dans La Giberne, 7ème année, page 65. Ce modèle est également donné par Lienhart et Humbert (tome III, planche 55) et par J. Lepinay, dans Le Bivouac, numéro 11.

Fig. 21bbis : Schako de Chasseur. Fût en feutre noir, hauteur 19 cm. Bourdalou en cuir, hauteur 2,3 cm, avec boucle de serrage à l'arrière. Calotte en cuir de vache ciré noir d'environ 23,5 cm de diamètre avec bordure extérieure repliée sur la partie supérieure du fît sur une hauteur de 4 cm. Visière en cuir noir de 6 cm de largeur. Coiffe intérieure en deux parties avec bandeau en cuir cousu à une grosse toile. Plaque de forme losangique en fer estampé d'un cor de chasse découpé en son centre du chiffre 1, hauteur 100 mm, largeur 100 mm. Jugulaires en fer, rosaces timbrées d'un cor de chasse, 40 mm de diamètre, mentonnière avec rosace 200 mm. Cocarde en cuir de 65 mm de diamètre peint tricolore. Pompon en laine rouge (Document extrait de " L'HISTOIRE PAR LES OBJETS CATALOGUE 2009" - avec l'aimable autorisation de Mr Bertrand MALVAUX).

Roses capitule le 5 décembre. A cette date, le 1er léger, commandé par le Colonel Bourgeois, est à la 1ère Brigade Dumoulin de la 4e Division Souham, et présente un effectif de 56 Officiers et 2037 hommes. Le 1er Bataillon (Schmidt) est à Besalu, le 2e (Muguet) à Villajoin et Pontus, et le 3e (Lejeune) à Armados (SHAT).

Situation du 7e Corps à l'Armée d'Espagne le 5 décembre 1808 (Nafziger - 808LSAA)
Commandant : General Comte Gouvion-Saint-Cyr
Division : Général de Division Souham
Brigade :
1er Léger : 3 Bataillons, 2093 hommes

Source : Saint-Cyr, Journal des Opérations de l'armée de Catalogne en 1808
et 1809 sous le commandament du général Gouvion Saint-Cyr, Paris, 1821

 

Fig. 21bter : Plaque de schako d'Officier modèle 1810. En métal argenté, de forme losangique, estampé de l'aigle couronnée aux ailes déployées tenant dans ses serres le fuseau de Jupiter avec éclairs, surmontant un cor de chasse frappé en relief avec chiffre "1" en son centre. Hauteur 12,1 cm, largeur 11 cm. Cette plaquue en superbe état provient du catalogue du fabriquant d'époque (Document extrait de " L'HISTOIRE PAR LES OBJETS CATALOGUE 2009" - avec l'aimable autorisation de Mr Bertrand MALVAUX).

La veille, Napoléon est entré victorieusement à Madrid. L'Armée de Catalogne se dispose aussitôt à marcher sur Barcelone. Le Général en chef, sachant que d'une part, à Barcelone, il trouvera de l'Artillerie, et que d'autre part, il ne pourra faire passer la sienne que sur deux routes défendues (celle de l'intérieur par Girone et Hostalrich, et celle de la côté par les flotilles anglaise), prend la résolution hardie de laisser à Figuières toute son artillerie et toutes ses voitures, et de marcher sur Barcelone en profitant des chemins de traverse pour tromper l'ennemi sur sa direction, et éviter alternativement le feu des places et des navires. Chaque hommes reçoit 50 cartouches et de vivres pour quatre jours; on charge quelques provisions et 150000 cartouches sur des mulets; puis, le 9, laissant à la Division Reille le soin de garder Roses et Figuières comme base d'opération, Gouvion Saint Cyr franchit la Fluvia devant les détachements de Vivès, qui se retirent précipitamment derrière le Ter. La veille, le Capitaine Witmer a été blessé au cours d'une affaire près de Figuières (il décèdera le 22).

La Division Pino ouvre la marche, suivie immédiatement de la Division Souham comprenant le 1er Léger. Gouvion Saint Cyr se dirige tout d'abord sur Girone où se concentrent tous les détachements ennemis. Le 11, il tourne brusquement à gauche, passe le Ter au dessous de Girone et atteint la Bispal. Le 12, sa colonne arrive à Palamos, après avoir essuyé les feux de nombreux Miquelets dans les défilés de Calonja. Le lendemain, les colonnes reçoivent quelques projectiles des canonnières anglaises, qui ne font guère de mal et ont l'avantage d'attirer de ce côté un corps de 5000 hommes venant de Barcelone à la rencontre des Français, au moment où Saint Cyr quittant la côte, rejoint par les traverses la route intérieure.

Plaque de shako d'Officier (recto et verso) attribuée au 1er Léger, conservée au Musée Historique de Moscou (Inv. 68257/10367 M-1741). Communication d'un de nos correspondants russes, qui nous a aimablement autorisé à la reproduire. Cette plaque est indiquée comme appartenant à la période 1806-1812; sans doute portée plus probablement vers 1810-1812. Selon notre correspondant, elle est entièrement en argent. S'agit il d'une fantaisie d'un Officier, ou bien a t'elle été généralisée ? Nous n'en savons malheureusement rien.

 

Voltigeur en 1811 d'après Lecomte et Leroux
Fig. 21d

Le 13 décembre, Gouvion Saint Cyr arrive en vue de Hostalrich. Les colonnes contournent la place par un sentier qu'un pâtre a indiqué au Général avant le départ de Perpignan. Ce sentier, qu'on a eu beaucoup de peine à trouver, traverse les hauteurs situées au nord-est de Hostalrich. La citadelle ne peut donc envoyer sur la colonne que quelques boulets qui restent sans effets. Le 14, les troupes se reposent. Elles ne sont plus qu'à deux jours de marche de Barcelone.

Le 15, don Juan de Vivès, qui s'est enfin décidé à venir en force pour barrer le passage à Gouvion Saint Cyr, prend avec ses 15000 hommes une excellente position défensive sur les hauteurs boisées de Cardedeu. Des miquelets en grand nombre couvrent les abords de sa ligne. Le gros des forces espagnoles est resté près de Barcelone derrière le Llobrégat. Quant aux détachement qui, après avoir tenté de faire lever le siège de Roses, auraient du au moins s'opposer à la marche de Gouvion, ils se trouvent maintenant derrière celui-ci. Ce résultat est dû à la rapidité des mouvements et des changements de direction opérés par Gouvion les 11 et 13 décembre.

En arrivant devant la position espagnole, la Brigade de tête de la Division Pino se déploie à gauche de la route de Barcelone, pour diminuer les pertes que lui fait éprouver le feu de la Division Reding. Saint Cyr, qui n'a pas de temps à perdre, et ne veut pas se laisser rejoindre par les détachements ennemis qui suivent son arrière garde, lance immédiatement la Division Souham en colonne serrée sur le prolongement de l'extrême gauche de la Brigade italienne déployée, avec ordre de se jeter sur l'ennemi à la baïonnette sans quitter la formation. En même temps, il porte également en colonne serrée la deuxième Brigade de Pino sur le centre ennemi. C'est le seul moyen de triompher à coups de force et d'audace d'une troupe bien postée et munie d'une redoutable artillerie. Dans ses ordres, Gouvion Saint Cyr déclare : "Il faut passer sur le ventre du corps de troupe qui est en face de nous, quel que soit son nombre. C'est la seule et unique chance de succès, dans la position où nous nous trouvons. Nous sommes sans pain et presque sans munitions; nous n'avons que nos épées et nos baïonnettes. Ce sont les seules armes à notre disposition, les seules dont on doive se servir aujourd'hui".

Ces mouvements sont exécutés avec tant de vigueur qu'en un instant la ligne ennemie est rompue et culbutée. La cavalerie achève la défaite de Vivès. Les Espagnols s'enfuient en désordre, laissant sur le champ de bataille 600 morts et 800 blessés, 1200 prisonniers dont le Général Gamboa, toute leur artillerie et deux drapeaux.

Le 17, le Corps de Gouvion entre dans Barcelone, au milieu des transports de joie du Corps de Duhesme délivré. Du 18 au 20, Gouvion Saint Cyr laisse reposer ses troupes, fait distribuer des vivres, et facilite en même temps la concentration des Espagnols derrière le Llobrégat.

"Si on a raison de chercher à diviser un ennemi redoutable, on a raison au contraire de vouloir rencontrer en masse, pour le détruire d'un seul coup, un ennemi plus habile à se dérober qu'à combattre" (Thiers, T. IX, p. 497).

Chasseur 1er Léger 1812
Fig. 21e Lettre avec aquarelle représentant Pierre Morell, datée du 5 novembre 1812.

La nécessité d'éloigner les insurgés amène alors Gouvion Saint Cyr à s'avancer jusque sous les murs de Tarragone. Le 20 décembre au soir, il prend position devant le Llobrégat avec environ 20000 hommes. Vivès occupe la rive droite avec plus de 30000 hommes protégés par des hauteurs boisées, par une forte artillerie et par des ouvrages de fortification, mais démoralisés par les échecs des jours précédents.

Fig. 22 Fig. 23

Pendant la nuit du 20 au 21, il tombe beaucoup de neige et les jeunes conscrits, dont la plupart n'ont pas de capotes, souffrent grandement du froid. Néanmoins, le 21 au matin, Gouvion fait menacer sérieusement le pont de Molins de Rey sur la grande route de Tarragone, et, tandis que les Espagnols prennent leurs dispositions pour résister sur ce point, la Division Pino passe le fleuve au gué de Llors, sous la protection de la Division Souham qui a elle-même franchit le Llobrégat un peu plus bas, au gué de Saint-Jean d'Espi. Ces deux Divisions débordent ainsi la droite des positions ennemies. Elles gravissent aussitôt les pentes avec entrain, malgré le feu ajusté des Espagnols, pendant que le reste du Corps d'armée se prépare à franchir le pont de Molins de Rey. Les troupes ont presque atteint la première ligne ennemie, lorsque la deuxième s'élance en colonne par les intervalles; mais à la vue des baïonnettes françaises, cette seconde ligne rompt ses rangs. C'est le signal de la déroute.

Les deux lignes espagnoles s'enfuient alors en désordre entraînant les réserves. Les hommes jettent leurs sacs et leurs armes pour fuir plus vite; 15000 fuyards se réfugient à Tarragone; c'est tout se que Vivès parvient à rallier. Il laisse entre les mains des Français 50 pièces de canon, et près de 1500 prisonniers, parmi lesquels le Général Caldagnès, commandant de l'aile droite espagnole.

Après une poursuite de quinze heures, la Division Souham s'établit sur les bords de la Gaïa, à dix kilomètres de Tarragone. Vivès est destitué et mis en prison. Le commandement passe au Général Reding, d'origine suisse, qui déploie alors beaucoup d'activité, de vigueur et de talent dans la défense de la Catalogne.

L'armée de ligne espagnole a été réduite, mais le pays tout entier est livré à l'insurrection; les communications sont très difficiles et les vivres sont rares. Les habitants, qui tirent une partie de leur subsistance des provinces voisines ou de la mer, ont l'habitude de conserver leurs grains dans des magasins souterrains que l'on ne parvient à découvrir qu'après bien des recherches infructueuses.

Jusqu'au mois de février 1809, le temps se passe donc très péniblement en petites opérations destinées à assurer la subsistance : réquisitions et escortes de convois, épuisantes pour les hommes (ainsi, le 16 janvier, le Capitaine Menestrel est blessé au cours d'un combat devant Barcelone).

Situation en janvier 1809 (côte SHDT : us180901)
Chef de Corps : BOURGEOIS Colonel - infanterie
Garnison - dépôt à Novarre
Conscrits des départements des Basse Alpes - de la Loire de 1809
STIELER Major - infanterie ; DELAMBRE-JOLY Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Schmitt - Armée d'Espagne - 7e Corps - 2e Division
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Huguet - Armée d'Espagne - 7e Corps - 2e Division
3ème Bataillon - Armée d'Espagne - 7e Corps - 2e Division
4ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Bommard à Novarre - Armée d'Italie
5ème Bataillon au dépôt à Novarre - Armée d'Italie - Division des dépôts

Pendant que les troupes s'épuisent ainsi pour se maintenir au milieu de ces contrées hostiles, Réding réorganise son armée. Il a reçu par terre et par mer des renforts qui le mettent en état de reprendre l'offensive. Si bien que dès les premiers jours de février, Gouvion Saint Cyr estime devoir ramener la Division Souham sur Vendrell, à 25 kilomètres en arrière de la Gaïa.

Réding veut en effet couper Gouvion Saint-Cyr de Barcelone et capturer toute l'Armée de Catalogne. Ainsi, il sort de Tarragone avec 40000 hommes et se dirige par Montblanc sur Santa Coloma.

Situation du 7e Corps à l'Armée d'Espagne le 1er février 1809 (Nafziger - 809BSAJ)
Commandant : Gouvion Saint Cyr
1ère Division : Général de Division Souham
1er Léger : 3 Bataillons

Sources : Oman, A History of the Peninsular War
French Archives, Carton C8 397

De son côté, Gouvion, après diverses opérations auxquelles la Division Souham ne prend aucune part, rassemble enfin cette Division, le 22 février, et marche avec elle sur Walls, dont il s'empare après une courte résistance. C'était un jour de marché, et il a la bonne fortune de trouver là une assez grande quantité de grains. Réding, menacé de se voir coupé de Tarragone, revient sur Montblanc. Le 25, il se met en marche sur Walls, et attaque la Division Souham. Celle-ci repousse sans peine les premières tentatives de l'ennemi. Alors Réding déploie toutes ses forces et renouvelle l'attaque, pendant que Gouvion appelle à lui la Division Pino. La Division Souham soutient seule tous les efforts des Espagnols jusqu'à trois heures, sans perdre de terrain. A ce moment, Gouvion, ayant réuni ses deux Divisions, décide de reprendre l'offensive.

Fig. 24

Selon le rapport du Chef d'Etat major français, "l'ennemi s'était concentré dans une position presque inexpugnable sur un mamelon très escarpé, couvert sur ses flancs et sur son front par des ravins profonds coupés presque à pic et dont un, le Francoli, était rempli d'eau. Les montagnes qu'il avait derrière lui ne permettaient pas de la tourner".

De cette position, Reding fait exécuter un feu très vif d'artillerie et de mousqueterie; mais aucun obstacle ne peut retenir les Français qui se jettent dans les ravins. Un Bataillon du 1er Léger traverse le Francoli en ayant de l'eau jusqu'aux aisselles, et aborde résolument la gauche espagnole. En un instant, tous les ravins sont franchis, et la position enlevée. L'ennemi est poursuivi jusqu'aux porte de Reus. Reding, blessé de deux coups de sabre, ne doit son salut qu'à la vitesse de son cheval; ses Aides de camp, un Général, trois Colonels ou Lieutenants-colonels, cent Officiers, deux mille hommes, toutes l'artillerie, les munitions et les bagages tombent entre les mains des Français.

"Les Divisions Souham et Pino ont soutenu leur réputation et rivalisé, comme à l'ordinaire, d'ardeur et d'intrépidité" dit le rapport. Gouvion fait les plus grands éloges au 1er Léger qui, cependant a subi des pertes sérieuses : le Capitaine Joseph Van Cutssen est resté sur le champ de bataille; le Major Gaillard, les Capitaines Normand, Bouchon et Chomé, et le Sous lieutenant Empereur ont été blessés. L'Adjudant major Tettel a été capturé.

Le lendemain, la Division Souham entre sans coup férir dans l'importante ville de Reus qui, après Barcelone, est la plus peuplée de Catalogne, la plus commerçante et la plus riche. Elle y trouve des vivres, des objets d'équipement, des espadrilles et des souliers, dont les soldats ont le plus grand besoin. Une contribution en argent permet en outre au payeur de l'armée, dont les caisses étaient vides depuis longtemps, de verser un léger accompte aux Officiers, qui étaient dans un dénuement extrême.

L'Armée espagnole quant à elle se trouve désormais entassée dans Tarragone où la maladie commence à faire de grands ravages. Gouvion Saint Cyr reste donc dans ses positions autour de Tarragone, tant qu'il peut disposer du quart d'une ration de pain, c'est à dire un mois environ.

Le 29 février, le Capitaine Bouchon est blessé au cours d'un combat en Catalogne (Martinien).

 

- Marche en retraite

Carabinier en 1812 d'après Leroux
Fig. 24a

Le 20 mars, les Espagnols tenant toujours bon et les vivres étant complètement épuisés, Gouvion Saint Cyr décide d'aller s'établir dans la petite plaine de Vich, où il est à peu près sûr de trouver des grains. Il renonce donc à enlever Tarragone, mais en même temps, il se rapproche de Girone, dont le siège s'impose, et de Barcelone, qui déjà ne communique avec lui que difficilement. La retraite s'effectue d'abord sur Barcelone, sans que Reding ne cherche à l'inquiéter. Mais Gouvion a sur ses arrières les détachements de Wimpffen, de Milans et de Claros avec plusieurs tertios de miquelets et de nombreux Somatens qui ont été levés et harcèlent les troupes de tous côtés. L'Armée de Catalogne repasse néamoins sans trop de difficultés sur la rive gauche du Llobrégat qu'elle atteint au commencement d'avril. Le 1er Léger, qui forme avec le 4e Bataillon du 3e Léger et le 24e Dragons la Brigade Bessières de la Division Souham, a alors un effectif de 1825 hommes. Il suit la route de Vendrell, Arbos, Villafranca, San Matheo, passe le Llobrégat à Molins de Rey et gagne San Cugat et Ripollet à 12 kilomètres au nord de Barcelone où Gouvion établit son quartier général, tant pour se rendre compte de la situation de la place que pour cacher aux Espagnols son intention de gagner Vich, afin que l'ennemi ne fasse pas enlever les provisions qui doivent s'y trouver et sur lesquelles il compte faire vivre l'Armée.

Martinien indique qu'à la date du 2 avril, le Chef de bataillon Schmitt est blessé au combat de Saint Julien en Catalogne.

Situation en avril 1809 (côte SHDT : us180904)
Chef de Corps : BOURGEOIS Colonel - infanterie
Garnison - dépôt à Milan
Conscrits des départements du Mont Blanc de 1810
GAILLARD Major - infanterie ; DELAMBRE-JOLY Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Schmitt - Armée d'Espagne - 7e Corps - 2e Division
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Huguet - Armée d'Espagne - 7e Corps - 2e Division
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Bommard - Armée d'Espagne - 7e Corps - 2e Division
4ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Tascher à Novarre - Armée d'Italie - 3e Division
5ème Bataillon au dépôt à Milan - Armée d'Italie - Division des dépôts
Observations : avril 1809 : 2 Cies à la 14e Demi brigade de réserve - 2 Cies et dépôt à Milan

 

Après quelques jours passés aux environs de Barcelone, la marche sur Vich reprend le 15 avril. Le 1er Léger suit la route encaissée qui remonte tantôt sur la rive gauche, tantôt sur la droite, la vallée du Congost ou rivière de Besos. Ce long défilé qui de Granollers à Aquafreda passe entre de hautes montagnes toujours escarpées et souvent bordées de rochers à pic, se prète mieux que toute autre à la résistance des habitants. Il a en effet été miné en plusieurs endroits par les Somatens.

Dès le 16, il faut enlever aux miquelets le passage de Garriga. Les Espagnols disputent le terrain pied à pied, comptant sur les mines pour achever la destruction des Français. Dans son journal des opérations (p. 154), Gouvion Saint-Cyr écrit que celles-ci "sautèrent bien mais ne produisirent d'autre effet que de présenter un beau spectacle à nos troupes. Ces sortes d'ouvrages font ordinairement plus de peur que de mal. Ils ne firent ici ni l'un ni l'autre".

Fig. 25

Le 18 avril, la Division Souham prend position à Vich. Le 1er Léger s'établit sur la rive du Ter à Riu de Peras (7 kilomètres à l'est de Vich). A l'arrivée des Français, tous les habitants sont partis précipitamment, emportant leurs effets les plus précieux, mais sans avoir le temps toutefois d'évacuer les blés qui sont en assez grande quantité pour faire vivre les troupes jusqu'à l'époque des moissons dans les plaines de Girone. "Il n'était resté à Vich que des malades non transportables, six vieillards et Mgr de Veyan, évêque de la ville, qui n'avait pas voulu quitter le poste que Dieu, disait-il, lui avait assigné près des malades : courageux dévouement qui faillit lui coûter la vie, quand les Espagnols rentrèrent dans Vich après notre évacuation".

On trouve également du vin pour quinze jours, et du lard pour un mois. Néanmoins, l'insuffisance de la nourriture, les grands froids (il neigeait presque tous les jours) et le manque d'effets de couchage et de couvertures (que les habitants avaient toutes emportées) ne tardèrent pas à donner beaucoup de malades. Dès la fin avril, on ne boit plus que de l'eau. Le 1er mai, le Régiment a aux hôpitaux 1 Officier et 349 hommes. Le 12 mai, un rapport indique que la viande et le vin manque, y compris dans les hôpitaux, et dès le 15 mai, le manque de viande est général, si bien que les hommes sont mis au pain et à l'eau. Le 21 juin, 3 Officiers et 457 hommes sont maitenant aux hôpitaux.

Autour de Vich, les avants postes sont fréquemment attaqués et les corps, pour assurer leur sécurité, doivent exécuter de fréquentes reconnaissances et parfois même de véritables expéditions.

Le 23 avril, dans une reconnaissance sur la rive gauche du Ter, le 3e Bataillon du 1er Léger est vivement attaqué à San Martin de Caros par des Somatens qu'il repousse non sans peine. Le Commandant Schmitt reçoit dans cette rencontre une blessure grave; le Capitaine Ménestrel et le Lieutenant Défosseux sont également blessés.

Dans une autre opération conduite vers l'est, afin de reconnaitre les chemins à suivre pour se rapprocher de Girone, le Capitaine Brismissholtz est mortellement atteint le 28 mai. Le lendemain, le Sous-lieutenant Bernard Albrespit est blessé dans la vallée de San Hilario Sucalm. Martinien indique également les Capitaines Chome et Laisne blessés. Enfin, le 1er juin, le Commandant Erhard reçoit une balle qui nécessite l'amputation de son bras gauche.

Voici l'Etat nominatif des officiers des trois premiers Bataillons du Régiment à la date du 1er juin 1809 (collection particulière - S.E.H.R.I.):

Alquier Charles, lieutenant de la compagnie des carabiniers du 2e bataillon
Albrespit Bernard, sous-lieutenant de la compagnie des voltigeurs du 1er bataillon
Albrespit Jean Marie Claude, sous-lieutenant à la compagnie des carabiniers du 1er bataillon
Barroux Nicolas, capitaine de la compagnie des voltigeurs du 1er bataillon
Barsacq Pierre, sous aide chirurgien major au 2e bataillon
Boé Jean, aide chirurgien major au 2e bataillon
Bommart Aimable, chef du 3e bataillon
Bouchon Jean Henry, capitaine de la 3e compagnie du 1er bataillon
Bouillet Antoine, capitaine à la compagnie des carabiniers du 1er bataillon
Bouillet Gaspard, adjudant major au 2e bataillon
Bouillet Georges, capitaine de la 2e compagnie du 2e bataillon
Bourgeois Charles François, colonel.
Bresse André François, lieutenant de la 2e compagnie du 2e bataillon
Brinischoltz Jacques Nicolas, capitaine de la 2e compagnie du 1er bataillon
Charton Joseph, lieutenant de la compagnie des voltigeurs du 2e bataillon
Chavarin Joseph, lieutenant de la compagnie des carabiniers du 3e bataillon
Chomé Joseph, capitaine de la 4e compagnie du 1er bataillon
Coueller Jean Baptiste, capitaine de la 3e compagnie du 2e bataillon
Défosseux Etienne François, sous-lieutenant de la compagnie des carabiniers du 3e bataillon
Delamarre Pierre Forti, sous-lieutenant de la 4e compagnie du 3e bataillon
Delambre Charles Antoine, officier payeur
Dénéchaux François, capitaine de la 4e compagnie du 2e bataillon
Dogimont Marie, lieutenant de la 1ère compagnie du 3e bataillon
Drouat Jacques Henry Gabriel, sous-lieutenant de la 1ère compagnie du 3e bataillon
Fayet Jean Marie François, sous-lieutenant de la 3e compagnie du 3e bataillon
Fleuret Etienne Jean, sous-lieutenant de la 2e compagnie du 2e bataillon
Fourcy Guilin, adjudant major au 3e bataillon
Gayet Joseph, sous-lieutenant de la compagnie des voltigeurs du 2e bataillon
Honorat Jean Antoine François, lieutenant de la compagnie des voltigeurs du 1er bataillon
Houillon Hubert, sous-lieutenant de la 2e compagnie du 3e bataillon
Jacquet Jean Claude Louis, lieutenant de la 3e compagnie du 1er bataillon
Kinsly Amédé, sous-lieutenant de la 3e compagnie du 2e bataillon
Labarre Jean Baptiste, sous-lieutenant de la 3e compagnie du 4e bataillon
Laisné Ferdinand, capitaine de la 1ère compagnie du 1er bataillon
Laurent Joseph, chirurgien major au 1er bataillon
Lesage Victor, sous-lieutenant de la 1ère compagnie du 1er bataillon
Marchapt Jean, lieutenant à la compagnie des carabiniers du 1er bataillon
Menestret Nicolas, capitaine de la 4e compagnie du 3e bataillon
Merlet Henry, lieutenant de la 4e compagnie du 2e bataillon
Michel Pierre, adjudant major au 1er bataillon
Montossé Jean Amboise, capitaine de la compagnie des carabiniers du 3e bataillon
Mosseron Jean Baptiste Pierre Bouard, sous-lieutenant de la 4e compagnie du 1er bataillon
Normand Claude Alexis, capitaine de la compagnie des voltigeurs du 2e bataillon
Olivier Benjamin Antoine, sous-lieutenant de la 1ère compagnie du 2e bataillon
Pater Jean Marie, lieutenant de la 4e compagnie du 3e bataillon
Pesquaire Jean, sous-lieutenant de la compagnie des carabiniers du 2e bataillon
Pomien Jean Baptiste, sous-lieutenant de la 2e compagnie du 1er bataillon
Poulain Pierre, capitaine de la 1ère compagnie du 3e bataillon
Prime Jean Baptiste, capitaine de la 3e compagnie du 3e bataillon
Roux Henry Alexandre, lieutenant de la 2e compagnie du 1er bataillon
Saget Charles, capitaine de la 1ère compagnie du 2e bataillon
Salmon Antoine, capitaine de la 2e compagnie du 3e bataillon
Samson Joseph, sous-lieutenant de la 3e compagnie du 1er bataillon
Schmit Jean François, chef du 2e bataillon
Stievenard Louis, sous-lieutenant de la compagnie des voltigeurs du 3e bataillon
Tardu Jean, sous-lieutenant de la 4e compagnie du 2e bataillon
Thomas Louis, lieutenant de la 1ère compagnie du 2e bataillon
Valch Rémy, lieutenant de la 3e compagnie du 2e bataillon
Vancutsen Joseph, capitaine de la compagnie des carabiniers du 2e bataillon
Viervil Pierre, aide chirurgien major au 3e bataillon
Witmerd Jacob, capitaine de la compagnie des voltigeurs du 3e bataillon

 

- Protection du siège de Girone

Fig. 26

Une situation de la Collection Nafziger indique les forces françaises ayant pris part au siège entre le 1er juin et le 15 septembre 1809. Parmi ces forces figurent à la date du 1er juin au sein de l'armée de couverture du siège, commandée par le Général de Division Saint Cyr, le 1er Léger (1965 hommes répartis en 3 Bataillons), Brigade Bessières, Division Souham (Nafziger 809ISAE - sources : Belmas, J., "Journaux des Sièges Faits ou Soutenus par les Francais Dans la Péninsule de 1807 à 1814", Paris, 1836; Oman, "A History of the Peninsular War").

La nécessité d'activer le siège de Girone est devenue urgente. D'un autre côté, l'armée régulière espagnole, passée sous les ordres de Blake après une tentative infructueuse en Aragon (Blake a été investi du commandement de toutes les troupes de la Coronilla savoir Royaume de Valence, Aragon et Catalogne après la mort de Réding à Tarragone), se rapproche des Divisions Souham et Pino. Cette armée, positionnée aux environs de Vich, est encore trop éloignée de Girone pour en interdire l'approche à une armée de secours. Le 18 juin, Gouvion Saint-Cyr met donc en route ses deux Divisions, qui se dirigent sur Caldas de Malavella. Le 1er Léger prend le 20 juin ses cantonnements au sud-ouest de Brugnola.

En arrivant dans ses emplacements vers Santa Coloma de Farnès, une Brigade de la Division Pino a la chance d'enlever un parc de mille à douze cents boeufs que Blake destinait à Girone. On va enfin avoir de la viande et faire la soupe. Cette nouvelle est accueillie avec d'autant plus de joie qu'on trouve également à Santa Coloma du vin en abondance. Mais le grain fait encore défaut, et quand les provisions de blé emportées de Vich par les soldats eux mêmes furent épuisées (en effet, les sentiers par lesquels on avait du passer en quittant Vich ne permettaient à aucune voiture de suivre les colonnes; tous les équipages avaient d'ailleurs été renvoyés à Barcelone avant le départ de Vich), il fallut se contenter de bouillie d'orge. Et ce d'autant plus que les habitants ont détruit leurs moulins. Du coup, en attendant les attaques de Blake, les soldats se mettent ils à réparer les moulins, à faire les moissons et à battre les grains. La subsistance des troupes est ainsi assurée jusqu'à la fin d'août. En juillet, le 1er Léger cantonne son 1er Bataillon à Brugnola, son 2e à Vilobi, et son 3e à Santa Coloma.

Situation en juillet 1809 (côte SHDT : us180907 C8436085)
Chef de Corps : BOURGEOIS Colonel - infanterie
Garnison - dépôt à : Milan
Conscrits des départements du Mont Blanc de 1810
GAILLARD Major - infanterie ; DELAMBRE-JOLY Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Huguet à Brignolet - Armée d'Espagne - 7e Corps - 1e Division Souham - 1e Brigade
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Schmitt à Vilobi - Armée d'Espagne - 7e Corps - 1e Division Souham - 1e Brigade
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Bommard à Santa Colonna - Armée d'Espagne - 7e Corps - 1e Division Souham - 1e Brigade
4ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Tascher - Armée d'Italie - 1e Division du centre
5ème Bataillon au dépôt à Milan - Armée d'Italie - 14e 1/2 Brigade de réserve
Observations : juillet 1809 : 2 Cies à la 14e 1/2 Brigade provisoire de réserve à Milan - 2 Cies et dépôt à Milan

Le 1er août, tout le Régiment est réuni à Santa Coloma, toujours occupé aux travaux de la moisson, autant que le permettent alors des pluies presque continuelles. Quelques jours après, il se divise de nouveau : le 1er Bataillon revient à Brugnola, le 2e va à San Dalmay, le 3e à Bescano sur le Ter. Ceci afin de protéger les communications avec Figuières. Le 10 août (le 4 selon Martinien), le Capitaine Antoine Salmon se noie accidentellement dans le Ter en poursuivant des brigands.

A la fin du mois, Blake, après avoir tenté à plusieurs reprises de faire entrer dans Girone des troupes et des vivres, et sous la pression de la Junte de Girone, et en butte aux reproches du Général Alvarès, gouverneur de cette ville, mais aussi en raison des ordres de la Junte générale, se décide à réunir toutes ses forces pour délivrer la place, bien qu'ayant souhaité attendre d'avantage que le manque de vivres et les maladies amenées par les chaleurs aient complètement affaibli les troupes françaises. La situation de l'Armée de Catalogne est devenue des plus critiques : inférieure en nombre, loin de tout secours, au milieu d'un peuple férocement hostile, elle rique de voir le moindre échec se transformer en déroute totale.

Le 1er Bataillon du 1er Léger reçoit le premier choc d'Alvarès.

Dans son rapport, adressé au Capitaine Duthilt, le Colonel du 1er Léger écrit :
"Le 31 août 1809, au matin, plusieurs bataillons ennemis, savoir : deux du régiment de Wimpfen, suisses; un de celui de Savoie, piémontais; et un de Tarragone, attaquèrent vigoureusement le deuxième bataillon du 1er régiment d'infanterie légère, dans sa position de Bruniola, et voulurent s'emparer de ce poste qui gênait les mouvemens de l'armée ennemie.
Trois cents grenadiers suisses montèrent les premiers, soutenus par deux de leurs bataillons ; la deuxième compagnie de voltigeurs commandée par le capitaine Roux, leur opposa une vive résistance, aidée d'ailleurs par la seconde compagnie de chasseurs du second bataillon qui vint à son secours; cependant, ces deux compagnies furent obligées de quitter de petits retranchemens qu'elles s'étaient faits pour prévenir toute surprise, et pour résister à toute attaque; mais la force de l'ennemi était par trop supérieure, en ce qu'il pouvait déborder nos ailes. Les hauteurs que ces deux compagnies occupaient, allaient tomber au pouvoir de l'ennemi ; il avait déjà planté son drapeau sur les retranchemens, lorsque M. Montossé, adjudant major, arriva avec deux compagnies de chasseurs du deuxième bataillon, dont il avait le commandement, et parvint à contenir les Espagnols pendant quelque temps; mais ces compagnies ne gardèrent pas leurs rangs; emportés par une fougue répréhensible, ces chasseurs se jetèrent pêle mêle en tirailleurs, et leur feu ne put suffire pour faire rebrousser l'ennemi : le commandement ne leur parvenait plus. Dans cette circonstance critique, ne consultant que son courage, M. Montossé se précipita de sa personne au milieu des Suisses, au risque d'y périr, sachant que tout était perdu s'il ne réussissait pas. Armé d'un fusil qu'il venait d'arracher des mains d'un Suisse, il enfonça sa baïonnette dans le flanc du premier ennemi qu'il rencontra, au moment où le fusil de celui ci venait de rater à bout portant; cet ennemi tomba mort du coup mais la baïonnette lui resta dans le corps; il fut obligé de se servir alors du canon, de la crosse et de frapper tout autour de lui pour se défendre contre toutes les attaques ; cette action incidente détourna l'attention de l'ennemi qui s'arrêta spontanément; secondé bientôt par le caporal Larouturon, et le voltigeur Garnier, M. Montossé reprit aussitôt tout ascendant sur les siens, et s'en servit pour écraser les Suisses qui, vaincus, jetèrent leurs armes et se rendirent prisonniers; toutes les compagnies françaises, dispersées en tirailleurs, se réunirent et culbutèrent les nouveaux assaillans jusqu'au bas de la montagne.
Trente deux blessés, dont deux officiers, et quinze prisonniers enlevés par M. Montossé et les deux militaires venus à son secours, furent le résultat de cette affaire dans laquelle nous n'eûmes que trois hommes tués et quatorze blessés. M. Roux qui commandait la compagnie la plus avancée a eu l'occasion de tuer de son sabre deux soldats ennemis. Généralement les officiers des quatre compagnies engagées ont payé de leur personne, ct tous, sous officiers et chasseurs se sont bien montrés.
Le soir, le deuxième bataillon partit de Bruniola pour se rendre à San Dalmay, autre position où le régiment s'est réuni, s'attendant à voir ce point attaqué ; mais l'ennemi ne vint pas
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

"Le général Blake s'est chargé de cette opération (délivrer Girone). Il a réuni tous les moyens qui se trouvaient en Catalogne... A la tête de ces forces et de celles qui étaient déjà devant nous, il a débouché des montagnes de Vich le 31 août; et son avant garde, composée des régiments de Savoie et de Wimpffen suisse et d'un bataillon de miquelets, est venue attaquer avec beaucoup de résolution un bataillon du 1er régiment d'infanterie légère campé à Brugnola. Déjà, elle s'était emparée d'une partie de la position quand le bataillon, s'élançant sur l'ennemi à la baïonnette, le culbuta, lui fit éprouver une perte considérable et demeura en position à Brugnola jusqu'au soir. Alors, il l'évacua sur l'ordre qui lui en fut donné pour se mettre en ligne avec son corps. Cette action fait beaucoup d'honneur à ce bataillon et aura donné à l'ennemi la mesure de ce qu'il aura à attendre de nos troupes" (Rapport du Général Rey, Chef d'Etat major général de l'Armée, au Ministre; 3 septembre 1809).

Fig. 27 Fig 27a

"Malgré nos efforts, l'ennemi n'a pas voulu s'engager. Il avait été si bien reçu à Brugnola par le 1er bataillon du 1er régiment d'infanterie légère français qui, attaqué dans ses positions par trois bataillons d'élite (dont un suisse et deux de ligne), a forcé l'ennemi à la retraite après avoir laissé plus de cent hommes tués sur le champ de bataille, dont cinquante à soixante l'ont été à la baïonnette. Nous avons eu deux ou trois tués et vingt cinq blessés" (Rapport du Général Rey au Ministre daté du 4 septembre). Précision : le nombre exact de tué est trois.

Gouvion Saint Cyr parle également du combat de Brugnola : "Le général en chef, étant rentré à Fornells où son quartier-général était établi depuis le 10 août, apprit les détails de l'affaire qui avait eu lieu dans la matinée en avant de Brunola; un bataillon du premier régiment d'infanterie légère s'y était couvert gloire, en résistant, dans plusieurs attaques réitérées, à sept bataillons de l'avant garde ennemie, commandée par le brigadier O'Donnell, qu'il avait enfin culbutés et mis en déroute au moyen d'une charge à la baïonnette, l'une des plus audacieuses que l'on ait jamais exécutées. Le général en chef craignit dès-lors que la brillante conduite de ce bataillon ne nuisît à ses projets, en intimidant l'ennemi; tant d'intrépidité avait pourtant rendu un grand service, attendu que les troupes étaient entièrement disséminées, et qu'elles ne commencèrent les mouvements pour se rassembler que pendant les attaques de l'ennemi sur ce bataillon; mais vers le soir, le général en chef lui envoya l'ordre de se retirer sur la rive gauche de l'Ona, espérant, par ce mouvement rétrograde, diminuer l'effet que sa bravoure avait produit sur les Espagnols qui paraissaient venir à nous par obéissance plus que par enthousiasme" (Journal des opérations, p. 214).

Rey a parlé de trois bataillons, mais il écrit au lendemain même de l'action, dont tous les détails ne sont pas encore connus ; Gouvion pour sa part appuie le nombre de sept sur le rapport même du Colonel O'Donnell, qui dirigeait l'attaque et donne les noms de ces sept Bataillons : 1er et 2e Bataillons du Régiment Saboya, quatre Bataillons du Régiment de Wimpffen, et le Bataillon de Tarragone.

Le lendemain 1er septembre, tout le 1er Léger est réuni sur la rive gauche de l'Ogna, où Saint-Cyr attendant la bataille, concentre toutes ses troupes disponibles, soit environ 8000 hommes. Blake réussit à surprendre une Brigade de la Division italienne et parvient ainsi à faire entrer dans Girone quelques troupes et des vivres pour huit jours; puis, satisfait sans doute de ce résultat et sous l'impression du souvenir de la charge de Brugnola, il renonce à une attaque général, se bornant à rôder autour des Français jusqu'à la fin du mois.

Dans son rapport, adressé au Capitaine Duthilt, le Colonel du 1er Léger écrit :
"Le 1er septembre, le premier bataillon se rendit à Estangalet.
Le 2, le deuxième bataillon, conjointement avec le 42e de ligne, se portèrent sur la route d'Ostratie, en avant garde, suivis d'une partie de la division de réserve, croyant y rencontrer l'ennemi.
Le 9 à minuit, le deuxième bataillon se mit en marche pour se rendre à Salt.
Le 19, à six heures du matin, notre troisième bataillon, ici depuis quelques mois, fut remplacé à Mont Cal, par un bataillon westphalien, et n'y rentra que le 22 à cinq heures du matin.
Pendant notre station à Mont Cal, les troupes employées au siège de Gironne, montèrent à l'assaut de cette place, à deux heures après midi; les Espagnols furent héroïques dans leur défense. Nos troupes furent partout repoussées, nous y perdîmes, sur le point où était aussi notre troisième bataillon, cent cinquante hommes tués, et nous eûmes trois cents blessés; parmi ces derniers se trouvent le colonel Rufini du 32e de ligne; français ; le colonel Foresti du 5e de ligne, italien; trois chefs de bataillon blessés grièvement ; votre beau-frère, du 3e bataillon, M. François Tombeur, sous lieutenant de carabiniers fut, pendant l'assaut atteint d'une balle au pied et laissé sur la brèche au moment de la retraite; des carabiniers de sa compagnie s'en étant souvenu, volèrent incontinent à sa recherche, s'exposant à une mort presque certaine, et parvinrent à le découvrir et à le ramener; ces braves, en lui prouvant un si grand attachement, nous l'ont heureusement rendu; il est allé aux eaux de Bagnères.
Le 20, le troisième bataillon a repris sa position de San Dalmay
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 26 septembre, il tente encore d'envoyer et de faire pénétrer dans Girone un convoi de vivres ; mais les troupes chargées de le conduire sont battues et dispersées. La Division Souham, qui était en position d'attente sur les bords de l'Ogna entre Palan et Fornells, reçoit une partie des fuyards. Le 1er Léger et le 24e Dragons font 700 prisonniers dont 40 Officiers. Tout le bétail reste entre les mains des Français : 1000 moutons, quelques boeufs et 1400 mulets chargés de lard, légumes, eau de vie, chocolat, café et poudre. Après cet échac, Blake abandonne définitivement Girone dont la capitulation n'est plus qu'une affaire de temps.

Le 1er octobre, le 7e Corps (Augereau) présente la situation suivante : Armée d'Observation (Maréchal Augereau); Division Souham; 1ère Brigade Bessières; 1er Léger : 3 Bataillons, 1598 hommes (Nafziger 809JSBQ - Source : Belmas, J., "Journaux des Sièges Faits ou Soutenus par les Francais dans la Péninsule de 1807 à 1814", Paris, 1836).

Dans son rapport, adressé au Capitaine Duthilt, le Colonel du 1er Léger écrit :
"Le 8 octobre, les deuxième et troisième bataillons du régiment quittèrent leurs positions pour en prendre de nouvelles sur les hauteurs de Forcelle, entre San Dalmay et Aiguaviva. Le premier resta à Estangalet" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Fig. 27b
Fig. 27ba Cornet en Espagne, 1812, d'après Pierre Albert Leroux : "Les Français en Espagne, 1808-1814" (Copyright : Anne S.K. Brown Military Collection, Brown University Library. Avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington)

Le 13 octobre, le Maréchal Augereau prend le commandement de l'Armée de Catalogne. En effet, Gouvion, dont le caractère était absolu, a, malgré ses succès en Catalogne, été rappelé. Depuis le mois de mai, il était informé que Augereau devait le remplacer, mais ce dernier était resté à Perpignan, malade. Gouvion, lui même fatigué, avait conservé provisoirement la conduite des opérations, mais il rentra en France dès que Blake s'éloigna de Girone. Quelques jours plus tard, le Général Bessières qui était tombé malade rentre également en France, et il fut remplacé à la tête de sa Brigade par le Général du Moulin.

Dans son rapport, adressé au Capitaine Duthilt, le Colonel du 1er Léger écrit :
"Dans la nuit du 14 au 15, l'ennemi sortit de Géronne, pour favoriser la fuite du surplus des hommes inutiles à la défense de cette place, ainsi que les femmes et les enfants, dans le but de ménager les vivres. Ces malheureux parvinrent à gagner le versant des montagnes que nous ne pouvions occuper. Notre second bataillon fut inutilement envoyé à leur poursuite, car il ne put leur prendrc que quelques prisonniers.
Le 18, au soir, nos trois bataillons se mirent en marche et se réunirent au jour dans la plaine, devant Gironne, ils y furent passés en revue par le duc de Castiglione, maréchal Augereau; après quoi ils retournèrent à leurs positions respectives.
Le 21, le régiment se mit en marche et se porta sur les hauteurs de San Dalmay; de cet endroit les carabiniers et les voltigeurs du troisième furent envoyés en reconnaissance; ces deux compagnies rencontrèrent l'ennemi en force près de Bruniola ; elles se retirèrent lentement : les Espagnols ne voyant là qu'une faible troupe la poursuivirent avec acharnement, et blessèrent quelques hommes, notamment M. Defosseux, lieutenant de carabiniers, et M. Charton, lieutenant de voltigeurs ; le premier eut la cuisse traversée d'une balle. Le soir, le régiment fut remplacer, sous Gironne, le deuxième régiment d'infanterie légère italien.
Le 29, il fut passé en revue dans la plaine de Salt, par le maréchal Augereau; puis il fut envoyé à sa précédente position sous Gironne.
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 29 octobre, un fort parti ennemi s'étant établi à Santa Coloma, le Général Souham donne l'ordre de le déloger. "Je suis parti aujourd'hui (1er novembre 1809), à 4 heures du matin, avec huit bataillons, trois escadrons et trois pièces de canon pour attaquer les insurgés qui occupaient la position de Santa Coloma (une divison du corps de Blake, huit mille fantassins et quatre cents cavaliers). J'ai trouvé l'ennmi dans le village de Santa Coloma, ayant crénelé toutes les maisons pour pouvoir y tenir aec plus de sûreté. Le reste de la troupe, en position sur les hauteurs de ce village, avait devat elle un énorme ravin. pendant que deux bataillons du 42e franchissent le ravin pour tourner l'ennemi par sa droite et que deux autres bataillons font de même pour tourner sa gauche, le général du Moulin enlève à la baïonnette le village de Santa Coloma avec les trois bataillons du 1er régiment d'infanterie légère et trois escadrons de cavalerie.

Après trois heures de fusillade très vive, l'ennemi a été chassé de toutes ses positions et mis dans la plus grande déroute. Ceux qui ont échappé n'ont dû leur salut qu'aux difficultés insurmontables d'une poursuite dans les montagnes.

L'ennemi a eu 2000 hommes tués ou blessés; nos pertes ont été de 10 officiers tués, 5 blessés, 10 soldats tués et 40 blessés. Le courage et la bravoure de la division a été bien au dessus de tout ce que je pourrais dire" (Compte rendu du Général Souham, écrit le soir du combat de son camp sous Bescano).

Le 1er Léger compte parmi les blessés le commandant Poupier récemment arivé au Régiment (venant du 7e de Ligne), le Capitaine Choueller, le Lieutenant Charton, et les Sous lieutenants Georges et Samson.

Dans son rapport, adressé au Capitaine Duthilt, le Colonel du 1er Léger écrit :
"Le 1er novembre, le régiment, réuni à toute sa division, se mit en marche, à 4 heures du matin, après avoir pris des vivres à Salt, et se porta sur la route d'Ostratie, et sur le village de Santa Colonna; le premier bataillon forma l'avant garde de la division, en arrivant sur les hauteurs en avant de ce village, par rapport à nous, nous rencontrames les avant postes ennemis qui furent sur le champ chassés; le chef de bataillon Poupier reçut un coup de feu qui lui traversa la jambe et le corps de son cheval. Le commandement de ce bataillon fut remis à M. Antoine Bouillet, le plus ancien des capitaines. On avança vivement en tirailleurs; on attaqua le village que les Espagnols avaient fortifié, barricadé avec des tonneaux pleins de terre, des troncs d'arbres, des fascines, des chevaux de frise, des épaulemens, et malgré tous ces obstacles et les feux meurtriers que l'ennemi lançaient sur nous à coups sûrs, Santa Colonna fut emportée de vive force. L'ennemi s'est ensuite retire dans les retranchemens qu'il s'était préparé sur les hauteurs, derrière le village, et y occupa des positions qui paraissaient inexpugnables; le régjment fut chargé de l'attaque de front, pendant que le 42e tournait par la gauche; on avança aussi rapidement que possible, toujours en bon ordre; une fusillade s'engagea aussitôt que nous fûmes à portée; les positions, en amphithéâtre, furent successivement enlevées par le régiment, protégé par notre artillerie parfaitement dirigée, qui fit dans les retranchemens un ravage horrible, tellement le point d'où elle tirait lui était favorable. Les Espagnols se retirèrent, éprouvant une peete considérable en tués, blessés et prisonniers. Nous mîmes près de deux heures à gravir ces monts rapides, dont les sommets, en ligne droite, n'étaient éloignés de nous que de trois quarts de lieue. Au moment ou nos tirailleurs gravissaient les monts pour engager le combat, la cavalerie ennemie, forte de 600 hommes, voulut charger les troupes en réserve aux pieds des monts, mais un escadron du 24e dragons s'opposa à cette charge, et quoique très inférieur, cet escadron força la cavalerie espagnole à se retirer avec perte en hommes et en chevaux.
Le régiment, après avoir chassé l'ennemi des hauteurs, détruisit les retranchemens, les épaulemens, brûla les chevaux de frise, les fascines et les barricades; puis, rappelé, il forma l'arrière garde de la division restée spectatrice du combat, et retourna dans ses premières positions. Les hommes du régiment, indistinctement, étaient harassés de fatigue ; la distance parcourue de Gironne à Santa Colonna est de cinq fortes lieues ; ainsi le même jour, y compris la montée, nos chasseurs en firent plus de douze, sans repos, gravissant des pentes rapides et élevées tout en faisant le coup de feu.
Dans cette affaire nous avons perdu le sergent Mesuy, et le sous lieutenant Gayes, de la deuxième compagnie de voltigeurs, jeune homme de grande espérance; le capitaine Jean Baptiste Chouëller; le lieutenant Charton, le sous lieutenant Luice, furent blessés, ainsi que vingt six de nos sous officiers et chasseurs; le nombre des morts est de trente cinq.
Ce brillant combat nous mérita les éloges du maréchal, insérés dam; l'ordre de l'armée que je transcris.

ARMÉE D'ESPAGNE
Au quartier général de Mont Fulla, 4 novembre 1809.
Soldats,
Il est bien agréable au général de division, en vous envoyant l'ordre du jour, de vous féliciter, vous, particulièrement M. le Colonel commandant le 1er régiment d'infanterie légère, sur la bonne conduite qu'a tenu votre régiment. Le général de division ne négligera rien pour solliciter après du gouvernement la récompense dûe aux hommes que vous lui avez désignés.
Signé : GUILLEMINOT.

Au quartier général à Fornello, 2 novembre 1809.
ORDRE DU JOUR
Son Excellence, le maréchal de l'Empire, duc de Castiglione, commandant en chef l'armée en Espagne, témoigne à M . le Général de division Souham, et aux troupes sous ses ordres, toute sa satisfaction pour la belle conduite que cette division a tenue hier, dans le brillant combat qu'elle a eu à soutenir en attaquant Santa Colonna, que l'ennemi avait retranché, ainsi que les hauteurs où il croyait les six mille hommes qu'il y avait placés inexpugnables.
Vivement attaqué sur tous les points il a été culbuté après une vigoureuse résistance, et poursuivi deux lieues dans les montagnes, il ne s'est rallié qu'à Saint Hilaria, où se trouvait le reste de l'armée. La perte de l'ennemi a été considérable en tués, blessés et prisonniers.
Monsieur le Général de division Souham fera connaître à Son Excellence le Maréchal, les officiers, sous-officiers et soldats qui se sont particulièrement distingués.
Le général de brigade NEY.
Pour copie conforme : Le colonel BOURGEOIS
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Enfin, le 11 décembre, Girone ouvre ses portes : l'Armée de Catalogne se trouve libre de ses mouvements.

 

- Expédition d'Olot

Fig. 28

Le 20 décembre, le Maréchal Augereau ordonne au Général Souham de faire une expédition dans la direction d'Olot, tant pour y faire des provisions que pour en chasser les guérillas qui infestent cette contrée. Le Général de Brigade Augereau, frère du Maréchal, a pris, depuis le début du mois, le commandement de la 1ère Brigade composée du 1er Léger, du 7e de Ligne et d'un détachement du 24e Dragons.

Le 21 décembre, la Division rassemblée à Girone prend la route de Bésalu. A Bagnolas, elle tourne au nord puis franchit la Flivia à Esponella et campe le soir à Crespia, pour appuyer le mouvement de la Division Verdier qui se rend à Figuières. Le 24, Souham revient à Bagnolas d'où il marche directement sur Olot par Alfas, Cellent, et Santa Pan, sans être trop inquiété par les miquelets de Clarus, qui s'est concentré à Castell Follit sur la Fluvia, entre Bésalu et Olot. A la nuit, l'avant garde arrive devant Olot, mais juge plus prudent de ne pas y pénétrer afin d'éviter les dégâts et les désordres.

Le 26, la Division fait son entrée dans Olot, petite ville industrielle remplie de fabriques de cotonnades et de soieries. Elle y trouve 68000 cartouches d'infanterie qui sont distribuées, 26000 cartouches anglaise, dont la poudre est réutilisée, 4500 pierres à fusil et 5600 balles. Le 27, la Division marche sur Campredon où elle arrive le 28; la ville vient d'être abandonnée par le chef insurgé Rovira.

Le 30, Souham prend la route de Ripoll à la poursuite de Clarus. Au passage des Français, les habitants leur remette des actes de soumission.

En arrivant au joli petit bourg de San Juan de Abadesas (Saint-Jean des Abbesses), Souham apprend que Clarus vient de prendre position sur la montagne d'Armancias : "Je donnai ordre au premier bataillon du 1er régiment léger, commandé par le capitaine Antoine Bouillet, de tourner cette montagne qui est très escarpée. Dès que l'ennemi s'aperçut de ce mouvement exécuté avec intelligence et célérité, il se retira dans un village (San Pedro de Ripoll), au bas de la montagne. Il fut chassé de ce village où il laissa des morts et des blessés et fut obligé d'aller coucher dans la neige" (Rapport du Général Souham).

Le 30, la Brigade Augereau se porte sur Ribas d'où elle chasse encore quelques bandes éparses de miquelets.

Le 31, toute la Division revient à Olot. "Les troupes qui composent ma division ont fait preuve de zèle, de constance et de bravoure", écrit Souham au Général en chef le 1er janvier 1810. Et il signale parmi les Officiers qui méritent une mention spéciale et doivent être recommandés à la bienveillance de l'Empereur, le Capitaine Bouillet.

Le 4 janvier, Souham réunit les Colonels et les Officiers de sa Division et leur dit : "Témoignez aux soldats de vos régiments combien je suis satisfait de leur conduite et de l'ardeur qu'ils ont mise à poursuivre les brigands qui désolent cette belle et bonne Catalogne. Par leur attitude et leur discipline, ils ont contribué à la soumission d'un pays égaré par les perfides insinuations des agents de l'Angleterre".

La Division reste aux environs de Olot jusqu'au 10 janvier. A cette date, elle reçoit l'ordre de se porter sur Vich.

 

- Nouvelles opérations aux environs de Vich

Fig. 29 Fig. 29a

La Division Souham quitte Olot, le 11 janvier, par la grande route de Barcelone. Elle doit bientôt rencontrer l'ennemi sur les montagnes escarpées et boisées qui séparent la vallée du Ter et celle de la Fluvia. Les insurgés sont postés au défilé de Grau dont ils gardent fortement les deux flancs.

En arrivant à San Estaban de Bas, Souham fractionne sa troupe en trois colonnes. La colonne centrale, où se trouvent les 1er et 2e Bataillons du 1er Léger, et preque toute la Brigade Augereau, doit attaquer de front le défilé, lorsque les deux autres colonnes, chargées de tourner l'ennemi par la droite et la gauche, auront franchi les crêtes des hauteurs. Le 3e Bataillon du 1er Léger fait partie de la colonne de droite avec un Bataillon du 7e et deux Bataillons du 42e, sous les ordres du Colonel Expert du 42e. Cette colonne passe par la trouée de Falgas, et prend à revers la gauche des insurgés, pendant que la colonne de gauche se poste sur leur flanc droit. Ce triple mouvement est exécuté avec tant de prudence et d'ensemble que le défilé de Grau est enlevé sans tirer un coup de fusil. L'ennemi, voyant sa retraite presque coupée, se retire précipitamment, abandonnant sur le plateau de Grau son magasin de cartouches et tous ses équipages. Alors, une vive fusillade change sa fuite en débandade et lui fait perdre beaucoup de monde. Il se rallie à Esquivols, grâce à un épais brouillard qui protège les fuyards. La poursuite est néanmoins continuée jusqu'à 9 heures du soir; elle permet d'enlever 150 prisonniers.

Dans la nuit, les insurgés se retirent à Roda sur le Ter, où ils rejoignent un renfort de 5000 hommes commandés par le Général O'Donnell. Martinien indique à cette date que le Lieutenant Pater a été tué.

Le lendemain 13, la Division se porte sur Vich. L'ennemi cède la place sans combattre. Le Général Souham laisse dans la ville trois Bataillons dont les deux premiers du 1er Léger; puis, détachant quelques troupes à l'ouest sur Santa Julia de Vespella, pour contenir un parti ennemi signalé de ce côté et qui aurait pu tenter de venir sur Vich, il marche avec le reste de ses forces sur Centellas dans la direction suivie par le gros des insurgés. Ceux-ci s'arrêtent à Collsespina au nombre de 10000 au moins, formant deux divisions de troupes de ligne renforcées de miquelets et de Somatens. Ils prennent position sur ces hauteurs très accidentées, lorsque le 3e Bataillon du 1er Léger, qui marche sur le flanc droit de l'avant-garde, réussit à surprendre leur convoi en le gagnant de vitesse au détour d'une colline. "Tous leurs mulets et leurs équipages ont été coupés et pris par le 3e Bataillon du 1er régiment d'infanterie légère. Alors une vive fusillade s'est engagée. Elle a duré jusqu'à la nuit. Toutes les positions de l'ennemi furent enlevées à la baïonnette" (lettre du Général Souham au Maréchal Augereau datée de Vich le 15 janvier 1810).

Cette chaude affaire coûte aux Espagnols 2000 tués ou blessés, 800 prisonniers dont un Lieutenant-colonel, 3 canons, et un drapeau. Au 1er Léger, le Capitaine George Bouillet, le Capitaine adjudant major Montossé, le Lieutenant Patéi et le Sous-lieutenant Fouchet sont blessés; le Lieutenant Patéi meurt quelques jours après des suites de ses blessures. Dans son rapport adressé au Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, le Maréchal Augereau conclut par ces mots : "Tous les officiers et soldats des troupes françaises et italiennes ont rivalisé de gloire".

Le 14, les Espagnols sont poursuivis la baïonnette dans les reins, jusqu'au delà de la Moya. "Sans la fatigue des troupes qui manquent de pain depuis trois jours, j'aurais été donner à la ville de Manresa le juste châtiment de son arrogance et des plats pamphlets qui sortent journellement de ses presses" écrit Souham.

Débarrassé pour quelques temps des menaces des insurgés, Souham prend ses campements autour de Vich avec une partie de sa Division. Le reste est envoyé à Hostalrich pour en compléter l'investissement.

Le 1er Léger s'installe à Cenforès (3 kilomètres au sud-ouest de Vich) et y reste jusqu'au 21 janvier. Il reçoit dans ce poste un détachement de 118 conscrits qui relèvent son effectif que le feu de l'ennemi, les fatigues et les privations ont réduit à moins de 1000 hommes en état de porter les armes; par la suite, les pertes seront fréquemment réparées par l'arrivée des conscrits de manière à maintenir l'effectif supérieur à 1800 hommes.

Fig. 30b 1813 ? Fig. 30c 1813 ? Fig. 30a 1814 ? Fig. 30 1815 ?

Le 22 janvier, le Général Souham quitte Vich avec la Brigade Augereau, pour déblayer la vallée de la rivière de Besos et protèger ainsi la reconnaissance que le Maréchal commandant en chef a résolu de faire en personne à Hostalrich et à Barcelone. Le 24, la colonne espéditionnaire fait sa jonction avec le Général en chef à Granollers (plaine des Grenouilles). Elle prend position le lendemain dans le massif montagneux sillonné par les nombreux affluents de droite de la rivière de Besos qui couvre au nord-ouest les abords de la capitale de la Catalogne. Souham s'établit à Sabadell; le 1er Léger cantonne à Ripollet. Ces emplacements sont occupés jusqu'au 1er février. La colonne ayant alors terminé sa missions rentre sous Vich. Le 1er Léger camp à Calle de Tenas, petit village situé à 2 kilomètres à l'est de Vich. Martinien indique que le 12 février, le Capitaine Bouillet est blessé dans une affaire près de Vich.

Cependant, O'Donnell a réunit de nouveau un corps de 12000 fantassins et de 1200 cavaliers, et lance des proclamations incendiaires pour soulever contre les Français les paysans de la province qu'il occupe. Le 20 février, il débouche brusquement en trois colonnes dans la plaine au dessous de Vich. Souham, qui n'a plus que 3500 hommes à mettre en ligne, prend aussitôt ses dispositions.

Le 1er Léger, ayant à sa tête le Colonel Bourgeois, occupe la droite vers la chapelle de San Juan. Il résiste depuis sept heures du matin à tous les efforts que font deux Régiments suisses pour le forcer et le tourner. L'ennemi charge plusieurs fois avec beaucoup de bravoure; mais "tous les bataillons qui soutinrent ces attaques réitérées montrèrent beaucoup d'intrépidité et d'intelligence" (Mathieu Dumas). Au centre, le 42e de Ligne lutte depuis huit heures du matin contre des forces très supérieures lorsque vers 4 heures du soir, le 3e Bataillon du 1er Léger est envoyé à son aide. A l'arrivée de ce renfort, le Colonel Expert du 42e fait battre la charge. Les insurgés cèdent bientôt à l'élan des Français et ceux-ci se précipitent alors de tous côtés à leur poursuite. Ils prennent 2800 hommes, 600 chevaux et un drapeau (Mathieu Dumas, dans son "Histoire d'Espagne" tome III, parle de 3250 prisonniers et de 3500 tués ou blessés). Côté français, le Général Souham est blessé à la tête. Il est alors transporté à Perpignan. Augereau prend donc le commandement provisoire de la Division. Au 1er Léger, 1 homme a été tué, 40 autres blessés; plusieurs vont mourrir aux ambulances. "Toutes les troupes se sont battues avec acharnement et vraiment cette journée est une des plus belles qui aient eu lieu en Catalogne" écrit le Maréchal Augereau.

Dans son 3e rapport, adressé au Capitaine Duthilt, le Colonel du 1er Léger écrit :
"Le 20 février 1810, à sept heures et demie du matin, le régiment partit de ses cantonnemens, avec armes et bagages, pour se porter devant l'ennemi qui débouchait par Tonna et Ceutella; à son arrivée dans la plaine, le 42e régiment de ligne sortait de Vich. Le quatrième bataillon du 93e régiment, un autre du 7e et la cavalerie française étaient aux prises avec l'ennemi. Je reçus l'ordre de me porter incontinent sur la gauche ou se trouvait placée la cavalerie ennemie. Je fis former le carré aussitôt ; et comme si elle eût voulu nous charger, cette cavalerie vint sur nous, mais elle s'arrêta à tiers de portée de fusil; les canons de la division étaient près de nous, je détachai une section de voltigeurs pour les protéger, et leur donnai l'ordre d'attaquer en tirailleurs, démasquant la batterie ; ils firent aussitôt un feu si vif et si bien dirigé qu'il fut mortel pour l'ennemi ; en même temps l'artillerie, parfaitement servie, fit feu de toutes ses pièces et traversa les escadrons espagnols qui furent forcés d'abandonner la position avantageuse qu'ils occupaient derrière une ferme, où ils pouvaient tenir longtemps encore, position qu'ils gardaient depuis leur arrivée, et qu'ils s'obstinaient à défendre. Dans ce moment le général de division Souham me donna l'ordre de marcher rapidement sur l'aile droite qui était fortement inq uiétée et déjà débordée ; un instant après, ce général reçut une balle en dessous de l'oeil gauche, ce qui l'obligea à quitter le champ de bataille; il remit le commandement de la division au général de brigade Augereau; je marchai précipitamment vers la droite et plaçai lestement le régiment à la droite du 42e. Le feu, dès ce moment, devint des plus vifs ; en même temps une forte colonne ennemie déboucha sur nous du plateau près duquel on apercevait un clocher, dont je n' ai pu savoir le nom ; elle avança avec rapidité, ce qui nous obligea à faire un mouvement rétrograde de quelques vingt pas. L'aide de camp du général Augereau vint m'apporter l'ordre de tenir ferme dans la position où je me trouvais ; d'abord je m 'y conformai, mais bientôt j'ordonnai de marcher en avant et de battre la charge; ce mouvement étonna l'ennemi et causa quelques oscillations dans ses rangs; ce que voyant, j'ordonnai au régiment une conversion à gauche qui fut parfaitement exécutée, et comme si ce mouvement eut été prescrit par l'autorité générale et pour tous les corps, en un clin d'oeil toute la ligne le répéta ; de suite les Espagnols eurent leur ligne coupée, et dès lors ils se virent perdus; ils firent demi-tour et commencèrent leur retraite dans le plus grand désordre; notre cavalerie, profitant aussitôt de ce mouvement favorable, fit une charge rapide et à fond, elle sabra sans pitié et mit tout en déroute .
Nous leur avons fait deux. mille quatre cents prisonniers, dont cent quarante officiers, parmi lesquels plusieurs colonels et officiers supérieurs, cent cinquanle blessés, nous prîmes quatre cents chevaux et une grande quantité de bagages; plus de quinze cents morts sont restés sur place. Dans le fort de l'action deux de nos pièces furent prises et reprises.
Nous n'étions que trois mille hommes d'infanterie et six cents cavaliers, mais le courage suppléa au nombre.
Le quatrième bataillon du 3e léger, français, se trouvait à Vich pour la défense de cette place ; il fut sommé par trois fois de se rendre; il persista dans sa défense et combattit contre deux mille hommes, ne voulant jamais abandonner sa position.
Un bataillon du 7e de ligne, français, se trouvait ce jour là en reconnaissance sur Esterolle; les gardes du 42e étaient restées à leurs postes à Vich, et la première compagnie de notre second bataillon était allé escorter le courrier jusqu'à Villadrau.
Nous eûmes à combattre, contre toute attente, douze mille hommes d'infanterie et deux mille de cavalerie. Avec d'aussi grandes forces les Espagnols comptaient bien nous réduire en totalité, car ils avaient en réserve une compagnie de canonniers destinée au service de nos pièces. Ils sont encore étonnés de leur défaite ; leurs officiers prisonniers ont demandé si nos soldats étaient spécialement exercés au tir, affirmant qu'à chaque coup un des leurs tombait sous la balle. Nous ne devons le succès de cette importante affaire qu'au sang froid du soldat qui lui a permis d'exécuter les manoeuvres avec ensemble et précision.
Si nous eussions été battus tout était perdu pour nous; nous n'avions plus de retraite; la mort ou les pontons nous attendaient; plus de vingt mille paysans armés de toutes les manières, appelés soumatteurs, gardaient les passages et les délilés; certes, le danger était imminent.
Plusieurs officiers supérieurs espagnols, déterminés, n'ayant pas voulu rendre leur épée se sont fait tuer sur place.
Depuis longtemps nous éprouvons des privations de plus en plus sensibles : pas d'argent, pas une goutte d'eau de vie, rien ne nous arrive. Le soldat qui se plaît à qualifier chaque affaire de guerre a appelé celle-ci, la journée sans liquides; les Espagnols, au contraire, pouvaient l'appeler celle au vin, car ils étaient tous ivres.
Je joins ici un extrait du Moniteur, du 7 mars, sur cette affaire. Las de faire des efforts inutiles pou renfoncer notre centre, Odonel, général en chef des troupes ennemies, a voulu tout à coup, par une manoeuvre hardie et à l'aide de forces triples, déborder les deux flancs de la ligne française, mais cette tentative ne lui a pas mieux réussi; le 1er régiment d'infanterie légère, commandé par le Colonel Bourgeois, l'a arrêté sur la droite par tous les points où il a voulu pénétrer; ce corps s'est particulièrement montré
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

 

- Excursions entre le Ter, l'Ebre et la Sègre

Fig. 31b 1813 ? Fig. 31a 1814 ? Fig. 31 1815 ?
Tambour major 1er Léger 1813-1814
Fig. 31c Dessin original extrait de "Uniformes de l'infanterie légère en France depuis Louis XVI jusqu'à Louis-Philippe. I."; Aquarelles par Ernest Fort (1868-1938); Ancienne collection Gustave De Ridder, (1861-1945); Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, PETFOL-OA-499(1)
Fig. 31d Tambour major en 1813-1814 d'après H. Boisselier; la source indiquée est Carl-Boeswilwald (avec l'aimable autorisation de Monsieur Yves Martin)

Après 25 jours de repos, le 1er Léger repart à la poursuite des guérillas; bien que souvent battues, celles ci ne renoncent pas et épuisent le moral des troupes françaises. Cette chasse aux miquelets va se prolonger jusqu'en avril 1811. Elle occasionne au soldats de grandes fatigues souvent augmentées par la privation de nourriture. Ne pouvant avoir des détachements partout, il faut constamment mettre en mouvement des colonnes mobiles, seule manière de se maintenir dans le pays.

Dans son 3e rapport, adressé au Capitaine Duthilt, le Colonel du 1er Léger écrit :
"Col de Tenas, près de Vich, 1er mars 1810.
Le Colonel du 1er régiment d'infanterie légère, à Monsieur Duthilt, capitaine commandant le recrutement du département des Alpes Maritimes, à Nice.
Monsieur le Capitaine,
Je vous accuse la réception de vos lettres des 21 et 22 novembre dernier; les mouvemens que nous avons faits, les combats que nous avons eu à soutenir, ne m'ont pas permis d'y répondre plus tôt ; je n'ai pas eu un instant à moi.
Oui, mon cher Duthilt, il eût été bien avantageux pour le régiment de servir sous les yeux de l'Empereur, car malgré le courage et le dévouement dont il a donné des preuves dans tous les combats qui ont été livrés et d'ont il est sorti victorieux, je n'ai pu obtenir aucune des récompenses promises, et tant de fois sollicitées en faveur des braves qui se sont distingués; nous vivons d'espérance; elles nous seront sans doute accordées plus tard, et loin de nous décourager nous redoublons de zèle et d'ardeur.
Le 20 février dernier, la division a eu affaire à presque toute l'armée espagnole; ci joint le rapport de cette journée mémorable et glorieuse pour le régiment
(voir plus haut). Plus nous réfléchissons aux dangers que nous avons courus, plus nous nous félicitons de notre victoire.
Adieu, mon cher Duthilt, recevez de nouveau l'assurance de mon sincère attachement.
Le colonel BOURGEOIS
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Le 16 mars, le 1er Léger quitte donc ses cantonnements sous Vich. La Division Souham se réunit à la Division italienne et avec elle force le défilé de Collsespina, fortement occupé par des Espagnols et des Anglais. Les deux Divisions campent le 16 au soir à Caldas de Monbuy et, le 17, à Esparraguera, après avoir franchi le Llobrégat à Olésa. Le 18, elles s'emparent des hauteurs de Molins de Rey; le 20, elles atteignent Villafranca, et le 21, Vendrell où elles se reposent pendant cinq jours. Le 27, la marche est reprise sur Vals, on passe la Gaïa et le 1er Léger campe à quelques kilomètres de Tarragone.

Le 30, on apprend que les Anglais ont débarqué le Général Caro, frère du Marquis de la Romana, au sud de Barcelone, et que par suite, les communications sont coupées entre Barcelone et Tarragone. L'ordre est alors donné de se replier sur Girone. Les deux Divisions retournent donc vers le nord, laissant à Villafranca un poste détaché dont fait partie le 3e Bataillon du 1er Léger.

Ce poste est bientôt assailli par 6000 insurgés. "La résistance fut héroïque", dit le Maréchal Augereau dans son rapport, mais la position était périlleuse devant des forces aussi supérieures. Les Espagnols se réjouissaient déjà de la capitulation de toutes les troupes, lorsque tout à coup, le Colonel Delort du 24e Dragons charge les assaillants à la tête de 100 cavaliers de son Régiment. En même temps, les Carabiniers du 1er Léger s'élancent et réussissent à se faire jour à travers leur adversaire. Le reste du Bataillon suit l'élan donné, mais la Compagnie du Capitaine de Gimont (2 Officiers et 107 hommes) ne peut passer et est faite prisonnière.

Conformément aux ordres reçus, les deux Divisions arrivent sous Girone dans les premiers jours d'avril. Elles vont rester cantonnées entre Girone et Hostalrich jusqu'à la fin de novembre, changeant fréquemment d'emplacements, soit pour se montrer à tous les villages, soit pour vivre plus à l'aise, car le ravitaillement fait cruellement défaut. Ainsi, le 16 avril, le Général en chef écrit au Ministre de la Guerre en rendant compte des opérations : "Les troupes sont restées six jours sans pain; le vin soutenait seul nos soldat... Plusieurs sont morts d'inanition... L'ennemi le plus redoutable pour l'armée de Catalogne, c'est le défaut de subsistance : elle n'en craint aucun autre". Et, du 1er mai au 17 juin, les hommes du 1er Léger n'ont touché qu'une demi-ration de viande par jour.

Situation de l'Armée de Catalogne en date du 15 avril 1810 (SHAT) : Commandant en chef Maréchal Augereau :

Division Souham (en France; commandement par intérim : Général de Division Frère); 1er Léger : 47 Officiers et 1519 hommes.

 

Fig. 32

Le Régiment occupe successivement en Catalogne Fornells, près de l'Ogna, San Feliu de Guixols sur la côte et Massanet de la Selva, à 8 kilomètres au nord-est de Hostalrich.

En parallèle, le Maréchal Augereau, fatigué et malade, ayant demandé son retour en France, l'Empereur par Décret a nommé le 24 avril à la tête de l'Armée de Catalogne le Maréchal Macdonald; celui-ci en prend le commandement le 20 mai.

Le 30 juin, le Général de Brigade Augereau, qui avait le commandement provisoire de la Division Souham, rentre également en France. Le Général de Division Frère prend le commandement de la Division Souham, dont la 1ère Brigade, à laquelle appartient le 1er Léger, est confiée au Général Lorencez, remplaçant Augereau.

Selon Martinien, le 10 juillet, le Capitaine Herwegh et le Sous lieutenant Delamarre sont blessés en escortant un convoi de blessés à Saragosse. Le 15, c'est au tour du Capitaine Chavarin d'être blessé, au cours d'une reconnaissance en Catalogne. Le 18, le Capitaine Dénéchaux est également blessé dans l'affaire de la Grenouillère (Catalogne).

Dans son 4e rapport, adressé au Capitaine Duthilt, le Colonel du 1er Léger écrit :
"Gironne, 26 juillet 1810.
Le Colonel commandant le 1er régiment d'infanterie légère à Monsieur Duthilt, capitaine commandant le recrutement des Alpes Maritimes.
Monsieur le Capitaine,
J'ai reçu, mon cher Duthill, la lettre que vous m'avez fait l'amitié de m'écrire le 6 du courant, je vous remercie de l'intérêt que vous voulez bien me témoigner.
Comme vous l'avez prévu, les fatigues et les chaleurs excessives ont fini par me rendre malade ; une fièvre putride m'a obligé de quitter momentanément le commandement du régiment. On m'a porté dans cette ville, Gironne, où les soins et les talens de M. Laurent, notre chirurgien-major, pour qui vous avez tant d'amitié et qui vous paie bien de retour, ont contribué à me rendre la santé. J'ai été peiné de quitter le régiment d'autant plus qu'il s'est trouvé, pendant ma maladie, à un combat où un autre l'a commandé; c'est en escortant un convoi de vivres, à Barcelone; il a eu affaire à un ennemi, comme de coutume, dix fois supérieur en nombre et que, néanmoins, il a mis en fuite. Nous avons perdu quatre vingts hommes, tant tués que blessés ; au nombre des derniers se trouvent deux sous-officiers bien méritans : je vous cite Castelli pour qui vous prenez un si grand intérêt; il est gravement blessé et perdu pour le régiment; je le regrette bien sincèrement. M. le capitaine Herwegth, déjà plusieurs fois blessé, a reçu un coup de feu qui lui a traversé la machoire ; le sous-lieutenant Paturel, promu dernièrement, est blessé de la même manière; Mrs Chavarin et Denéchaux, capitaines de voltigeurs, ont été atteints chacun de deux balles, le premier à la jambe, et le deuxième au bras; Mrs Lelièvre et Delamare sont aussi blessés, le dernier assez légèrement car je sais qu'il n'est pas allé à l'hôpital.
Vos réflexions sur l'Espagne, sur les causes de l'insurrection et celles qui l'alimentent, enfin sur la violence injuste que l'on fait au peuple espagnol sont judicieuses. Comme vous le dites fort bien, c'est une guerre sans honneur pour les Français, aussi désastreuse pour eux que pour les habitans de ces contrées qui seraient restés paisibles et amis de notre gouvernement et qui maintenant la rage dans le coeur, cherchent toutes les occasions de nous nuire en défendant obstinément leur nationalité compromise; entraînés par la politique et aveuglés par les perfides conseils de l'Angleterre, payés par son or et bercés d'espérances qui ne pourront se réaliser qu'après bien des événemens désastreux. Il sera difficile de ramener les Espagnols au calme dont leur pays a tant besoin, de les vaincre jamais.
La Catalogne est une des provinces les plus récalcitrantes; de nombreuses bandes de brigands l'infestent sans cesse et guettent les occasions de nous assassiner; et malheureusement ils ne les trouvent que trop fréquemment ; il faudrait des mesures générales et un plus grand déployement de forces pour pouvoir trancher d'un seul coup toutes les têtes de cet hidre redoutable. Je serai probablement le second colonel du 1er régiment d'infanterie légère, promu au grade de Général de brigade, qui laissera ses os dans ce pays, je sais qu'une proposition en ma faveur est envoyée au gouvernement; je subirai le sort de mon prédécesseur, M. Gaulois, car tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se brise.
Adieu, mon cher capitaine, mille choses de ma part aux officiers qui sont près de vous ; ménagez votre santé; donnez-moi de vos nouvelles et recevez l'assurance de mon sincère attachement.
Le colonel BOURGEOIS
" (Lévi C. (Chef de Bataillon) : "Mémoires du Capitaine Duthilt"; Tallandier, 1909).

Toujours selon Martinien, le 26 août, le Lieutenant Fleuret est blessé aux cours de l'affaire de Mont-blanc.

Le 20 octobre, le Lieutenant Jean Tardu est tué au cours d'un combat près de Solona, aux environs de Palamos.

Situation de l'Armée de Catalogne en date du 1er octobre 1810 (SHAT) : Commandant en chef Maréchal Macdonald :

Division Frère; 1ère Brigade Lorencez; 1er Léger : 42 Officiers et 1029 hommes.

Pour l'expédition prévue en novembre, le Régiment passe sous les ordres du Général de Brigade Salme, chef de l'avant-garde constituée du 1er Léger et du 29e Chasseurs à cheval. Il rentre ensuite dans la Division Frère. Le Caporal François Marie Musy, natif de Serviguat dans l'Ain, et servant à la 2e Compagnie du 1er Bataillon, ne fera pas partie de l'expédition; il est en effet décédé des suites de fièvres le 10 novembre à l'hôpital de Lérida (voir certificat de décès - document collection particulière - S.E.H.R.I.).

Suchet (3e Corps) ayant mené des opérations contre Tortose, Macdonald décide d'envoyer de ce côté deux Divisions qu'il a sous Girone. Le Corps expéditionnaire se concentre à Barcelone, d'où le 1er Léger, avant-garde des Divisions Pino et Frère, part en chassant devant lui les guérillas et les Anglais que Tarragone ne cesse de lancer dans les montagnes. Le 28, l'avant-garde franchit le col d'Ordal, et bivouaque à Villafranca. Le 29, elle s'établit à la Bisbal, petit village à 10 kilomètres au nord de Vendrell. Le 30, elle trouve l'ennemi fortement retranché dans les défilés de Santa Christina où des coupures nombreuses ont été faites pour retarder la marche des Français. Le 1er Léger aborde résolument les positions des insurgés et force le passage. Les Capitaine Antoine Bouillet, Thomas, Dénéchaux, Hergwegh, Chavarin, les Sous-lieutenants Lelièvre, Delamare, Stievenard et Paturel sont blessés dans cette violente action. La Gaïa est franchie le jour même; l'avant garde couche le soir à Alio (4 kilomètres au nord de Walls).

Chef de musique 1er Léger 1813
Fig. 33b Fig. 33
Fig. 33a Dessin original extrait de "Uniformes de l'infanterie légère en France depuis Louis XVI jusqu'à Louis-Philippe. I."; Aquarelles par Ernest Fort (1868-1938); Ancienne collection Gustave De Ridder, (1861-1945); Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, PETFOL-OA-499(1)

Le lendemain 1er décembre, le 1er Léger fait encore le coup de feu pour s'ouvrir le défilé de Cabra avant d'arriver à Monblanch. Le Sous-lieutenant Paul Tardu et le Porte aigle Fleuret sont blessés dans cette rencontre.

Du 1er au 10, la colonne reste en position sur les hauteurs de Monblanch et prend un peu de repos. Le 1er Léger, très éprouvé à l'avant-garde, en a le plus grand besoin : sur un effectif total de 58 Officiers et 2230 hommes, il a déjà aux hôpitaux 1 Officier et 556 hommes. De plus, à cette époque, 1 Officier et 37 hommes sont prisonniers de guerre : il appartiennent, selon l'historique régimentaire, à la Compagnie de Gimont, prise le 30 mars, et qui est en partie rentrée dans le rang par suite d'échanges.

Le 10 décembre, la colonne se remet en route, bivouaque le 11 à Cornudella; le 12 à Falcet et prend position le 13 à Mora sur l'Ebre à environ 30 kilomètres au nord de Tortose. Cette place est investie, le 15, par les troupes de Suchet, dont la colonne protège ainsi les opérations. Le 1er Léger reste donc en observation sur l'Ebre jusqu'à la prise de Tortose qui capitule le 2 janvier 1811. La Division Frère et l'avant garde vont alors cantonner à Walls.

Le 17 janvier 1811, les troupes réunies à Walls sont envoyées à Lérida où elles arrivent le 1er février. Cette place s'est rendue au 3e Corps, le 14 mai 1810. La garde en ayant été confiée à l'Armée de Catalogne, Macdonald charge de ce soin la Division Frère. Le 1er Léger occupe aux environs de Lérida les villages de Borges et de Juneda. Pendant les premiers jours, on fait quelques excursions autour de la ville pour se donner de l'air et faire des réquisitions. Les plus importantes sont dirigées sur Balaguer, Cervera et Mequinenza. Les hommes en ramènent des boeufs, des moutons et du numéraire.

Le 1er Léger était dans cette situation relativement calme, quand, le 10 mars 1811, l'Empereur ordonne que la partie active de l'Armée de Catalogne, dont fait partie le 1er Léger, passe à l'Armée d'Aragon (il s'agit du 3e Corps commandé par Suchet). Cette Armée reçoit en même temps la mission de s'emparer de Tarragone qui, depuis le commencement des hostilités, sert de refuge aux insurgés et permet aux Anglais de leur amener par mer des secours en hommes, munitions et vivres. La chute de cette place, on l'espérait, devait assurer la soumission de toute la Catalogne.

 

i/ Campagnes de l'Armée dAragon (1811-1814)

- Marche sur Tarragone

Lorsque l'Empereur décide, le 10 mars 1811, que la partie active de l'armée de Catalogne passera à l'armée d'Aragon, le Maréchal Macdonald se trouve de sa personne à Lérida où se rend également le Général Suchet, pour faire connaissance avec les nouvelles troupes placées sous son commandement. Il s'agit du 1er Léger, des 7e, 16e et 42e de Ligne, du 24e Dragons français; et des Régiments italiens et napolitains de l'armée de Catalogne.

Ces troupes sont passées en revue le 26 mars par le Général en chef, et dans ses Mémoires, Suchet dit que le 1er Léger se ressentait dans sa tenue de la guerre pénible qu'il faisait depuis deux ans en Catalogne; mais qu'il ne cédait en rien, pour sa valeur et le dévouement, aux troupes qui ne laissaient rien à désirer.

Situation de l'Armée de Catalogne en date du 15 mars 1811 (SHAT) : Corps actifs :

- Division Frère; 1ère Brigade Lorencez; 1er Léger (Colonel Bourgeois) :

1er Bataillon (Ehrard) : 21 Officiers, 544 hommes

2e Bataillon (Rousselle) : 18 Officiers, 525 hommes

3e Bataillon (Bonamart) : 18 Officiers, 544 hommes

- 2e Arrondissement territorial : Adjudant commandant Mollard (Girone) :

1er Léger : dépôt, 1 Officier et 75 hommes

 

musicien 1er léger 1813-1815
Fig. 34a 1814 ? Fig. 34 1815 ? Fig. 34b 1814 ?

Avant de passer complètement sous les ordres de Suchet, le 1er Léger fait partie d'une colonne d'escorte chargée, sous le commandement du Général Harispe, d'accompagner le Maréchal Macdonald qui doit retourner à Barcelone. Cette colonne passe par Cervera et Manresa. Un parti ennemi avait pris position en avant de cette dernière ville, sur les hauteurs qui séparent le haut Llobrégat du bassin moyen de la Sègre. Plusieurs petits combats sont livrés pour s'ouvrir les défilés de Manresa. Le 1er avril, le Lieutenant Jean-Julien Michel est tué dans un de ces engagements à Saint Celoni. Le retour s'effectue par Villa Franca et Monblanch. Quelques miquelets paraissent encore sur les flancs et tirent sur la colonne mais ne font résistance nulle part.

A son arrivée le 8 avril, le 1er Léger reprend ses anciens cantonnements aux environs de Lérida et passe effectivement, à cette date, sous les ordres du Général Suchet. Celui-ci organise sa nouvelle armée, forte de six Divisions d'Infanterie (Musnier, Frère, Harispe, Habert, une Division italienne et une Division napolitaine) et d'une de Cavalerie, en faisant entrer dans presque toutes les Brigades des Régiments de deux provenances, de manière à opérer une fusion complète. Le 1er Léger (Colonel Baron Bourgeois, 60 Officiers et 2127 hommes, dont 1 Officier et 476 hommes aux hôpitaux) est placé à la 1ère Brigade (Salme) de la 1ère Division Musnier (cette Division composée au début de la Brigade Salme : 1er Léger et 114e de Ligne; et de la Brigade Abbé : 121e de Ligne et 1er Régiment de la Vistule). Il est envoyé sur l'Ebre pour y protéger les bateaux français. Il occupe Molleruda avec ses trois Bataillons. Le 1er est commandé par le Chef de Bataillon Erhard; le 2e par le Chef de Bataillon Roussel.

Pendant que Suchet achève de réunir les matériaux, munitions et approvisionnements nécessaires pour entreprendre le siège de Tarragone (dont les préparatifs généraux avait déjà commencé avec Macdonald qui devait primitivement faire ce siège), le 21 avril, il est informé que le château de Figuières s'est laissé surprendre dans la nuit du 9 au 10 avril par les Espagnols. Il attendait un courrier de Barcelone lui annonçant l'occupation de Montserrat par les troupes du Maréchal, et, au lieu de cette bonne nouvelle qui devait lui permettre de compter pour ses troupes de siège sur une sécurité presque complète du côté du nord-est, il reçoit un courrier de Macdonald, avec l'avis de la prise d'une importante place de guerre située à 600 mètres de la frontière de la France, la demande instante, impérieuse même, de renvoyer au plus tôt en Catalogne les troupes dont il vient de prendre le commandement.

C'était renoncer au siège de Tarragone qui, d'après les termes même de la lettre du Prince de Wagram datée du 10 mars, devait "couronner la gloire militaire" que Suchet venait d'acquérir en Aragon. Après quelques hésitations, Suchet se décide à répondre à l'échec de Figuières par la prise de Tarragone. L'Empereur, en apprenant cette décision, s'écrie : "Voilà qui est militaire !". Il ne pouvait pas donner à son lieutenant une plus belle marque d'approbation. Suchet est donc résolu à marcher immédiatement sur cette place avec toutes les troupes dont il dispose, sans attendre la formation complète de sa nouvelle armée.

Le 1er Léger, qui était en expédition sur l'Ebre pour protéger la navigation, est aussitôt rappelé à Lérida, où sont réunis par le Général en chef six Régiments. Il leur fait distribuer un mois de solde, six jours de vivres, et les met aussitôt en marche en deux colonnes par la route de Monblanch. La 1ère colonne (Harispe) part de Lérida le 27 avril; la 2e colonne, dont fait partie le 1er Léger avec les 14e et 42e de Ligne, sous le commandement du Général Frère, suit à un jour de marche. Le 1er Léger, qui initialement, devait servir à la Division Musnier, entre désormais dans la composition de la Division Frère.

Le 30 avril, la 2e colonne passe à Monblanch. S'y trouve un couvent dit de la Virgen de la Sierra, situé sur une hauteur qui s'élève en face du confluent de la rivière d'Anguerra et du Francoli. Le Général en chef le fait retrancher et place 400 hommes du 1er Léger (une Compagnie) et du 14e de Ligne (trois Compagnies), bien approvisionnées et bien commandés (Chef de Bataillon Année). Ainsi, le Général en chef espère garder par ce point intermédiaire ses communications avec Lérida, et surtout couvrir, en éloignant l'ennemi, la route de Mora et celle de Balaguer, pour assurer la première aux transports de vivres, et la seconde aux transports d'Artillerie (d'après le Rapport établi le 4 mai 1811 par le Général Saint Cyr Nugues, Chef d'Etat major de l'Armée d'Aragon). Le détachement va demeurer 23 jours dans le couvent.

Fig. 35a 1814 ? Fig. 35 1815 ? Fig. 35b

Quant au reste du 1er Léger, il poursuit sa route avec la colonne Frère. Le 2 mai, il franchit le défilé de Riba et arrive à Alcover. Le 3, pendant que la Division Habert venant de Tortose débouche de Reus, la colonne Frère prend position derrière la colonne Harispe à Constanti où, pendant les opérations préliminaires du siège, le Général en chef doit établir son quartier général. "Belle position qui offrait encore quelques traces des anciens retranchements élevés par le Grand Condé en 1647, lorsqu'il voulait tenir en bride la garnison de Tarragone" écrit Suchet dans ses Mémoires.

Le 4 mai, l'investissement de Tarragone par terre est achevé. La Division italienne et le Général Harispe traversent le Francoli et s'étendent jusqu'à la mer, malgré le feu des bâtiments anglais. La colonne Frère se rapproche du fleuve et le 1er Léger s'établit sur la rive gauche, en appuyant sa droite au fleuve et sa gauche au 7e de Ligne (de la Division Harispe). La Division Habert complète l'investissement au sud.

Le moment était venu d'organiser le commandement des troupes. Le Général Suchet souhaitait un mélange de ses anciennes et de ses nouvelles troupes. "Cédant aux circonstances, et n'ayant pas le temps d'opérer le mélange des régiments des deux armées pour en faire des divisions, le général en chef fit, pour la durée du siège seulement, une formation provisoire des premières troupes dont il pouvait disposer et qui se trouvaient réunies devant Tarragone" (Suchet, Mémoires) soit 20000 hommes dont 14000 d'Infanterie et 100 pièces d'Artillerie . Dans cette répartition, le 1er Léger (3 Bataillons, 1661 hommes) fait partie de la 1ère Brigade (Lorencez : 1er Léger et 1er Régiment de la Vistule fort de 880 hommes) de la 3ème Division (Frère).

L'Armée d'Aragon entreprend ainsi le siège de la plus forte place catalane, armée de plus de 300 canons, sans compter ceux des vaisseaux anglais qui vont profiter de toutes les occasions pour intervenir dans la lutte. C'est le siège en règle d'une ville libre du côté de la mer et par conséquent sans cesse alimentée de troupes fraîches, de vivres et de munitions, et pouvant enfin combiner ses efforts avec ceux qu'on tenterait de l'extérieur pour la délivrer. Campoverde, Sarsfield, le Baron d'Eroles vont en effet faire de nombreuses tentatives en ce sens; Sarsfield parviendra même à entrer par mer dans la place avant la fin du siège.

 

- Siège de Tarragone

Fig.36a 1813 ? Fig. 36c 1814 ? Fig. 36b 1814 ? Fig. 36
Fig. 36d

"Tarragone, capitale de l'ancienne Province romaine en Espagne, est située au bord de la mer, à l'extrémité des hauteurs qui séparent les eaux de la Gaïa de celles du Francoli. Elle est assise sur un rocher d'une élévation considérable, isolé et escarpé des trois côtés qui regardent le nord, l'est et le sud. Du côté de l'ouest et du sud ouest, le terrain s'abaisse par une pente douce vers le port et le Francoli. La ville haute est entourée de murailles antiques qui couronnent les escarpements dont une seconde enceinte bastionnée irrégulièrement, suit les contours". Les deux fronts est et nord, gardés par sept lunettes, "n'offraient aux assiégeants qu'un roc nu sur lequel les travaux d'attaque auraient été extrêmement difficiles; tandis que le côté du Francoli présentait des pentes douces et cultivées et une terre profonde favorable aux attaques. La ville basse, bâtie dans cette partie au fond du port, était protégée du côté de la campagne par le fort Royal, petit carré bastionné, situé à six cent mètres environ de l'enceinte de la ville haute et à quatre cent de la mer. Ce fort lui même, ainsi que la ville basse, était enveloppé par une seconde enceinte qui s'appuyait d'un côté à la ville haute, de l'autre au port, défendue par trois bastions réguliers et quelques autres ouvrages. L'ensemble des deux villes formait ainsi un grand parallélogramme deux fois plus long que large" (Suchet, Mémoires).

Depuis 3 ans, Tarragone sert aux insurgés de camp retranché d'où leur armée manoeuvre contre les colonnes françaises de manière que finalement, rien n'est conquis que ce qui reste occupé. "Pendant ce temps, une multitude de bras étaient employés à rendre en quelque sorte imprenable cette forteresse qui, par la porte de Barcelone, était pour les Catalans l'unique moyen de communiquer avec Cadix, avec Valence, avec les Anglais.. Des additions considérables avaient été faites aux fortifications que nous venons de décrire. On avait occupé l'embouchure du Francoli par une redoute placée sur la rive gauche... Cet ouvrage était lié à l'enceinte de la ville basse par une longue ligne parallèle à la mer soutenue immédiatement par la redoute dite du Prince... Ce qui ajouta surtout à la force de Tarragone, ce fut la construction d'un nouveau fort sur le plateau de l'Olivo, point dont la hauteur égale celle de la ville, et qui n'en est éloigné que de huit cent mètres... Ce fort avait la forme d'un ouvrage à cornes irrégulier de quatre cent mètres de front. Les fossés profonds de sept mètres, larges de quatorze, étaient taillés dans le roc et précédés d'un chemin couvert, en partie achevé. Une galerie crénelée, adossée à un mur surmonté d'une palissade en fraises, fermait la gorge. Il se trouvait sur celle-ci deux portes défendues par des redans La partie droite n'en était pas terminée; mais un escarpement de près de soixante dix mètres de hauteur y suppléait en partie. Les branches de la corne ainsi que la gorge étaient bien protégées par les feux de la place. Au dedans de ce vaste ouvrage, du côté de la droite, s'élevait un réduit de sûreté qui avait lui même la figure d'un petit ouvrage à cornes : il était surmonté d'un cavalier armé de trois pièces de canon casematées, qui portaient au loin leur feu sur le plateau et dans les plis du terrain environnant. Le bastion de gauche était séparé du reste de l'ouvrage par un fossé bordé d'un parapet et formait ainsi un réduit latéral. Le fort de l'Olivo, armé d'une cinquantaine de bouches à feu, contenait habituellement douze cents hommes de garde" (Suchet).

Fig. 37a 1814 ? Fig. 37 1815?

Le Général en chef décide d'attaquer Tarragone par le front ouest. La nécessité de s'emparer avant tout de l'Olivo s'imposait. Les travaux d'approche seront ensuite dirigés contre les forts du littoral puis contre la ville basse et enfin contre la ville haute. Une fois ces résolutions prises, l'armée prend ses positions de siège, le 1er Léger débordant le bastion de gauche de l'Olivo et menaçant de flanc le retranchement qui précède le fort. Les travaux sont immédiatement commencés du côté du Francoli. Les Espagnols, dès le premier jour et durant toute la durée du siège, effectuent de nombreuses sorties.

Le 14 mai, le petit mamelon qui s'élève en face du Francoli et les deux retranchements qui s'appuient à ce mamelon sont enlevés et retournés contre le fort. Le 1er Léger s'installe dès lors à l'abri de l'ouvrage du sud ouest.

 

- Intermède du couvent de Monblanch

Le 16 mai, le détachement de Monblanch est attaqué par un Tercios de 600 miquelets. Il les reçoit par une décharge à bout portant qui les déconcerte et les décide à s'éloigner. Le 22 mai, il est cerné par le Général Sarsfield qui, parti de Vals à la tête de 2000 hommes, a franchi le Francoli et, repoussé d'Alcover, se rejetait sur Monblanch. Sommé de se rendre, Année "répondit comme il convenait à une pareille proposition. L'ennemi, renforcé d'un grand nombre de paysans et d'un obusier, l'attaqua; mais l'obusier fut démonté presque aussitôt et dut cesser de tirer" (Rapport de Saint Cyr Nugues sur la situation du 1er juin). Alors les Espagnols "se couvrant en tête par une espèce de cadre matelassé, trainé sur des roues, s'approchèrent de la porte du couvent avec des fascines pour y mettre le feu" (Etude historique par le Lieutenant Ch. Guérin du 1er Léger) ; ils renoncent bientôt à ce procédé, après avoir eu 15 ou 20 hommes mis hors de combat par la fusillade des défenseurs. La Compagnie du 1er Léger a eu un homme tué.

En même temps, une petite colonne, commandée par le Général Frère et forte de 4 Bataillons dont un de 1er Léger, a été envoyée par l'Armée de siège pour porter secours à la garnison de Monblanch. Sarsfield ne l'attend pas et s'éloigne en laissant sur le terrain une centaine d'hommes.

Ne voulant plus exposer ses détachements à de pareils incursions qui, si elles réussissaient, produiraient un fâcheux effet moral, le Général Suchet ordonne au Chef de Bataillon Année de ramener ses Compagnies devant Tarragone pour y reprendre leur rang dans les troupes de siège.

 

- Poursuite du siège de Tarragone

Fig. 38a 1814 ? Fig. 38 1815 ?

Le 18 mai, à trois heures du matin, 6000 hommes sortent de Tarragone, passent le Francoli et se dirigent en plusieurs colonnes vers les deux Bataillons du 116e de Ligne campés sur la rive droite du Francoli à hauteur de l'Olivo. "Un combat meurtrier fut livré dans lequel l'élan français eut à lutter contre toute l'opiniâtreté espagnole". Pendant que la Division Habert s'engage, le 1er Léger est conduit par le Général en chef lui même, avec quelques escadrons sur les bords du Francoli, de manière à menacer la retraite des Espagnols. Le Régiment se trouve ainsi dans une position très critique, exposé aux feux croisés de l'Olivo, de la place et des canonnières anglaises. Par cette audacieuse manoeuvre, il dégage la Division Habert. Les Espagnols, craignant d'être coupés de Tarragone, se replient; ils ont perdu dans cette journée 200 hommes. Côté français, 150 hommes ont été tués ou blessés. "Le voltigeurs Golo, du 1er Léger a tenu la tête de cette attaque et a tué le dix huitième Espagnol depuis qu'il est en Catalogne" (rapport de Suchet en date du 21 mai).

Le 20 mai, à 5 heures de l'après midi, plusieurs sorties sont exécutées simultanément. Une colonne part du fort Olivo avec deux obusiers et marche droit sur les retranchements français en prenant à revers les épaulements de droite. Pendant qu'elle est reçue de front par les voltigeurs des 7e et 16e de ligne, le Colonel Bourgeois la fait prendre de flanc par les Carabiniers et les Voltigeurs du 1er Léger. "Nos braves se précipitèrent avec tant d'ardeur que l'ennemi rentra en désordre dans Olivo" (Rapport du Général Saint Cyr Nugues). Quelques soldats osèrent même s'avancer entre le fort et la place : "un feu général de tous les remparts depuis la basse ville jusqu'à l'Olivo fit connaître l'épouvante que tant d'intrépidité inspirait à la garnison". Le 1er Léger perd les Capitaines Louis Thomas, Jean Paturel et 13 hommes. Le Chef de Bataillon Erhard et le Lieutenant Maisfret du 1er Bataillon sont blessés.

Le 23 mai, le Lieutenant Lelage est mortellement blessé dans la tranchée.

Enfin, le 28 mai, tout est prêt pour l'attaque de l'Olivo. "A la pointe du jour, au cris de : Vive l'Empereur !, le feu commence contre le bastion de droite et le cavalier. Il se continua sans interruption jusqu'au lendemain soir", dit le Chef d'Etat major général. Le 29, vers 8 heures du soir, "un peu avant le signal de l'assaut, plusieurs détachements du 1er Léger furent envoyés par le général Lorencez, les uns pour simuler par un feu vif de tirailleurs une attaque sur la gauche du fort en s'approchant le plus possible; les autres pour pénétrer plus loin par notre droite entre le fort et la ville et empêcher la retraite des fuyards et l'arrivée des renforts" (Suchet).

Tambour de Chasseurs 1813-1814 1er Léger
Fig. 39b 1813 Fig. 39a 1814 ? Fig. 39 1815 ?
Fig. 39aa Tambour de Chasseurs, 1813-1814 d'après H. Boisselier (avec l'aimable autorisation de monsieur Yves Martin). Source : Carl et Boeswilwald

Le signal est donné à 8 heures et demie et les troupes d'assaut se jettent sur les brêches au moment où une colonne de 1200 Espagnols vient relever la garde du fort. Le 1er Léger aborde en queue cette colonne et les Voltigeurs la suivent de si près que "le sergent Delhandry et une trentaine de voltigeurs pénètrent pêle mêle avec elle dans l'Olivo". (Suchet, Mémoires; dans son rapport du 31 mai 1811, Suchet a écrit : "Cent cinquante chasseurs du 1er Léger tournaient l'ouvrage, coupaient la retraite aux fuyards et quinze d'entre eux pénétraient dans le fort, conduits par le brave sergent de voltigeurs Delandhy". D'après de nouveaux renseignements, Suchet, dans ses Mémoires, a sans doute rectifié le nombre d'hommes et le nom du Sergent du 1er Léger).

Alors, le Général Habert, qui prolongeait la droite du 1er Léger "ordonna un hourra général au bruit des cornets et tambours battants" (Rapport de Saint-Cyr Nugues en date du 1er juin). De tous côtés, on bat la charge à pas précipités, on pousse des cris. La nuit sombre augmente encore les alarmes des assiégés incertains sur les véritables desseins des Français. La place répond par le feu de toutes ses batteries. "Le vaste amphithéâtre que présente Tarragone parut comme enflammé par le feu des canons et des mortiers, par la mousqueterie, les pots à feu et par les grenades éclatant de toutes parts au milieu des ténèbres. La flotte elle même, soit par des fusées, soit par des projectiles lumineux, soit en tirant au hasard sur quelque parties du rivage, ajoutait à l'effet de ce combat nocturne" (Suchet, Mémoires).

Le soir, les Français sont maîtres du fort Olivo et 900 cadavres en remplissent les fossés. Tout ce qui n'a pu fuir a été égorgé à la baïonnette et "ce n'est que par lassitude qu'on accorda la vie à 800 Espagnols dont plusieurs étaient blessés" (Saint-Cyr Nugues). Le 1er Léger a 32 tués. Dans les magasins, les Français trouvent 40000 rations de biscuits; 47 canons, 3 drapeaux ont été pris. Parmi les prisonniers se trouvent 70 Officiers, dont le commandant du fort, couvert de blessures. Les Espagnols considéraient l'Olivo comme imprenable; un prisonnier ayant été questionné sur l'effet produit par la prise du fort, s'écria naïvement "Nosostros mismos no le habieramos !" (Nous mêmes ne l'aurions pas pris !). Le fort Olivo est immédiatement retourné contre Tarragone. Le 30, les Espagnols tentèrent un retour offensif, en vain : "tentative ridicule qui eut le succès qu'elle méritait" (Saint-Cyr Nugues, Rapport du 1er juin).

Situation de l'Armée d'Aragon en date du 1er juin 1811 (SHAT) : Commandant en chef Général Suchet

- 1ère Division Musnier; 1ère Brigade Salme ; 1er Léger (Colonel Bourgeois) devant tarragone :

1er Bataillon (Ehrard) : 18 Officiers, 520 hommes

2e Bataillon (...) : 16 Officiers, 483 hommes

3e Bataillon (...) : 18 Officiers, 529 hommes

De là commence l'attaque de la ville basse. L'ouverture de la tranchée se fait dans la nuit du 1er au 2 juin, sous le commandement du Général Callier et du Colonel Bourgeois du 1er Léger. "Le général Rogniat dirigea cette importante opération avec sa hardiesse et son succès ordinaire. Malgré la lune et un feu vif de l'ennemi, 1500 travailleurs furent entièrement couverts au jour" (Saint-Cyr Nugues; Rogniat est le commandant du Génie de l'Armée).

Le front déterminé par le bastion Saint-Charles et le bastion des Chanoines est choisi comme front d'attaque. Ce front nécessite l'enlèvement préalable du fort Francoli et de la lunette du Prince et ne peut être définitivement au pouvoir des Français qu'après la chute du fort Royal. On arrive sans incident au commencement de la deuxième parallèle. Parvenu à ce point, un poste ennemi incommode tellement l'avancée des opérations que, dans la nuit du 6 au 7 juin, le Général Montmarie, commandant de tranchée, charge le Capitaine Auvray, Aide de camp du Général en chef, d'enlever ce poste. "Auvray se mit à la tête de 50 carabiniers du 1er Léger, et sans tirer, se portant à la course sur ce poste, s'en empara et s'y maintint, malgré les efforts de l'ennemi pour l'en chasser. C'était une espèce de redoute en maçonnerie; Auvray la fit détruire immédiatement par les travailleurs qui l'avaient suivis" (Mémoires de Suchet). Le lieutenant Lesage est tué dans cet engagement.

Fig. 40a 1814 ? Fig. 40 1815 ?

Le matin du 7 juin, l'Artillerie commence à battre en brèche le fort Francolli. Le soir, la brèche est praticable et le Général Suchet ordonne l'assaut sous la direction de l'Adjudant commandant Saint-Cyr Nugues, son Chef d'Etat major. "Le dispositif en fut ainsi réglé : trois colonnes d'attaque de cent hommes d'élite chacune tirée du 1er Léger et du 5e d'Infanterie légère furent formées dans les tranchées et destinées à déboucher ensemble, pour se porter dans le fort, précédées de quelques sapeurs... Au signal donné, à dix heures du soir, il (Saint Cyr Nugues) s'élança de la droite de la tranchée avec le capitaine Foucault et le capitaine d'Aramon, suivis de 120 carabiniers du 1er Léger commandés par le capitaine Bouillet" (Suchet). Deux autres colonnes moins importantes se jettèrent en même temps sur les saillants des deux bastions du front attaqué (front nord). "Au centre, la colonne principale traversa deux fossés, ayant de l'eau jusqu'à la ceinture, et monta par la brèche sous un feu vif, mais de courte durée. Dès que les Espagnols nous y virent arriver, ils abandonnèrent trois bouches à feu et évacuèrent le fort, se retirant par la plage sur le bastion Saint Charles, derrière la lunette du Prince. Nos soldats, dans leur ardeur, les poursuivirent jusqu'à ce fort, criant : "En ville ! en ville !" mais ils furent arrêtés par l'obstacle qui était devant eux et par un feu terrible de mousqueterie à bout portant" (Suchet). Les deux journées du 6 et 7 juin ont couté au 1er Léger 30 tués.

Pendant le reste de la nuit, le fort est retourné contre la basse ville, "sous une pluie de mitraille". Les jours suivants, les travaux d'approche sont continués en cheminant, le jour à la sape pleine, la nuit à la sape volante. "Les soldats d'infanterie déployaient toute leur énergie dans ces travaux exécutés si près de l'ennemi et contrariés par un feu continuel et meurtrier" (Suchet). Selon Martinien, le 8 juin, le Sous-lieutenants Casse est blessé (et mort le 10), tout comme le Sous-lieutenant Tompeur.

Le 14, on n'est plus qu'à une cinquantaine de mètres de la Lunette du Prince dont les parapets sont presque complètement détruits dans les journées du 15 et du 16. "Le fossé de la face gauche ne se prolongeait pas jusqu'au bord de la mer. C'était le défaut de la cuirasse. Par là on pouvait pénétrer à la gorge de l'ouvrage. L'assaut fut ordonné pour le 16, à 9 heures du soir". Le Général Buget, commandant de la tranchée, forme deux colonnes du 1er Léger, sous ordres du Chef de Bataillon Javersac, du 5e Léger, et tient prête une réserve de 350 hommes du 116e. "Au signal donné, la première colonne s'élance et, profitant du point faible qui venait d'être découvert sur la plage, tourne l'ennemi pendant que la deuxième colonne se jette dans le fossé de la face non flanquée, coupe les palissades, dresse les échelles et monte à l'assaut. Les Espagnols se défendent avec résolution. Le commandant Javersac, l'un de nos vétérans d'Austerlitz, tombe mort ainsi que plusieurs braves qui le suivirent" (Suchet).

Fig. 41a 1814 ? Fig. 41 1815 ?

La perte du commandant de l'attaque pouvait avoir des suites fâcheuses. L'Adjudant commandant Balhatier, et le Colonel Meyer, qui sont de tranchée, s'empressent de le remplacer. La deuxième colonne, redoublant d'efforts, reste maîtresse de la brèche jusqu'à ce que la première ait pénétré par la gorge. Une centaine d'Espagnols périssent. Le reste s'enfuit, laissant aux Français sept bouches à feu et 980 prisonniers, dont un Colonel. "Le lieutenant de carabiniers Albrespit, connu dans l'armée pour sa rare valeur, avec 50 braves, poursuivit les fuyards, la baïonnette dans les reins. Il les atteint au pont levis de la coupure qui fermait le quai dans le prolongement de la face droite du bastion Saint Charles. Il le passe pêle mêle avec eux et, quoique assailli bientôt par un grand nombre, il veut s'y maintenir et le défendre. Nouveau Coclès, il résiste longtemps à des forces toujours croissantes; il tombe enfin blessé; le sergent Labbé le remplace et succombe à son tour, ainsi que la plupart des carabiniers. La réserve, lancée à ce moment, les retira des mains de l'ennemi" (Suchet. A noter que les mémoires du Maréchal Suchet parlent du Sergent Labre; que le rapport de la journée cite le Sergent Labbes; le véritable nom de ce Sous officier est Labbé, tel qu'il apparait sur un registre matricule des Officiers du 1er léger, car Labbé a en effet été nommé Sous lieutenant en récompense de sa belle conduite. Le même registre dit au sujet de Labbé : "Le sergent Labbé, déjà blessé le 10 juin à la tranchée, avait été posté le 16 sur les glacis avec 16 carabiniers du régiment. Servant de cible aux défenseurs, il resta à son poste jusqu'à ce que les seize hommes qu'il commandait fussent hors de combat. Blessé lui même et affaibli par la perte de son sang, l'héroïque Labbé est entré un des premiers dans le fort et a tué de sa main beaucoup d'Espagnols. Il reçut dans cette journée un coup de feu au bras droit, un coup de feu dans la cuisse droite, une violente contusion au pied gauche et plusieurs coups de baïonnette dont quatre au pied gauche"). Dans son rapport du 19 juin, Suchet ajoute : "Son sous lieutenant, Paturel (celui d'Alberspit) a été gravement blessé ainsi que le sergent Labbes qui prit le commandement du poste après eux, reçut sept blessures, et ne se retira que lorsque les soldats, à l'exception d'un seul, eurent tous été blessés". Henri Paturel est le frère du Capitaine Jean paturel tué, le 20 mai, devant l'Olivo.

Quelques jours plus tard, Bernard Albrespit est nommé Capitaine. Voici en quels terme le Général en chef parle de Albrespit dans son rapport à Berthier, écrit du camp sous Tarragone le 19 juin : "Le lieutenant des carabiniers Aberspit (sic), qui a été blessé, s'est élancé des premiers à la tête des soldats, sur les échelles et sur la brèche. il a mérité plusieurs fois depuis le siège d'être distingué comme brave parmi les braves du premier régiment de l'armée française".

A également été mortellement blessé au cours de la double attaque, le Capitaine Anne Achille Rouillé d'Orfeuil. Le lendemain 17, c'est au tour du Sous lieutenant Duilhé de tomber dans la tranchée.

Le 21 juin, trois brèches sont ouvertes sur le front d'attaque : une au bastion Saint-Charles sur la face droite, une au bastion des Chanoines, sur la face gauche, la 3e près du saillant nord-ouest du fort Royal. Trois colonnes principales et deux colonnes secondaires destinées à les appuyer sont formées. La 1ère a pour objectif le bastion des Chanoines et le fort Royal. Le 1er Léger fournit 100 hommes d'élite à la 2e (composée également de 100 hommes d'élite des 5e Léger et 42e de Ligne, soit au total 300 hommes) qui, sous les ordres du Commandant Fondzelski, doit marcher sur le bastion Saint-Charles. "La 3e, composée de 300 carabiniers du 1er léger, que commandait le colonel Bourgeoit, formait la réserve. Elle devait appuyer au début l'assaut du bastion Saint-Charles et se porter ensuite au fort Royal".

Fig. 42

Au signal donné à sept heures du soir par le départ de quatre bombes, les colonnes d'assaut s'élancent sur les brèches. La colonne Fondzelski éprouve tout d'abord "une vive résistance; mais elle redouble d'efforts». Le colonel Bourgeois lance alors ses carabiniers; "les Espagnols cèdent et fuient vers la basse ville où Fondzelski les poursuit, franchissant les coupures et renversant les palissades.... Arrivé à hauteur du quai, Fondzelski rencontra une forte réserve de Sarsfield qui, désespéré de la perte de tant d'ouvrages, ralliait tout ce qui lui restait de monde, afin de défendre encore le port et les batteries du môle». Pour vaincre ce nouvel obstacle, quelques Carabiniers du 1er Léger sont envoyés sur la droite afin de déborder Sarsfield; ce dernier, après avoir tenu la campagne, était rentré par mer dans Tarragonne.

L'intervention rapide et imprévue des Carabiniers par le bord de la mer, rétablit le combat. "L'ennemi pressé de toutes parts est enfoncé. Acculé à la mer et au môle, il se trouve sans retraite. A l'exception d'un petit nombre, tout est passé par les armes dans la basse ville, au port, dans les maisons et jusqu'aux portes de la ville haute».

En même temps, la colonne de gauche (1ère colonne) franchit la brèche du bastion des Chanoines. Elle commençe l'assaut du fort Royal par cette brèche, lorsque le colonel Bourgeois, arrivant avec le gros de sa réserve, l'escalade par la face opposée. Les défenseurs du fort Royal, assaillis de tous les côtés à la fois, gagnent en désordre le bastion Saint-Dominique qui est enlevé à leur suite. Pendant toute l'action, les vaisseaux anglais lancent sur la basse ville, sur les tranchées et sur les camps français une grêle de boulets qui ne font aucun mal. Les assauts sont menés avec tant de vigueur qu'en une heure, les hommes sont maîtres de tous les ouvrages extérieurs à la haute ville. Le lendemain, on fait brûler 1354 cadavres. Les pertes ont été grandes : le 1er Léger compte parmi ses morts le Capitaine Hubert Houillon (Martinien le donne blessé et mort le 26) et parmi les blessés le Lieutenant Kymli et le Sous-lieutenant Pasquier. Martinien ajoute le Capitaine Bouillet et cite pour la journée du 22 le Sous lieutenant Lecomte.

Il reste maintenant à enlever la ville haute, dernier réduit de la défense. La tranchée est ouverte le 23 juin; et, dès le 27, le général en chef promet aux travailleurs l'assaut pour le lendemain : "des cris de joie et d'ardeur lui répondirent et furent pour lui un présage favorable. Le 28, dès quatre heures du matin, l'artillerie commença à tirer sur tout le front d'attaque et particulièrement sur l'angle de la courtine et du bastion Saint-Paul. A une heure, le général en chef va voir où en est la brèche. Les remparts étaient couverts d'Espagnols criant des injures et provoquant nos soldats avec fureur.... La brèche s'élargissait à vue d'oeil.... Tous les régiments disputaient l'honneur d'être choisis..." (Suchet). Seize compagnies d'élite (fournies par les 1er et 5e Léger, les 14e, 42e, 114e, 115e, 116e, 117e et 121e de ligne et le 1er Régiment de la Vistule), sont formées en trois colonnes d'assaut sous les ordres du Général Habert. Le Général Ficatier, qui commande la tranchée, réunit une réserve de 1200 hommes, dont 200 du 1er Léger. Enfin le reste de l'armée est sous les armes dans les tranchées, dans les maisons crénelées de la ville basse et dans les camps, lorsqu'à cinq heures de l'après-midi le signal de l'assaut est donné.

Ecoutons encore le récit du Général en chef : «Notre feu cesse; celui de l'ennemi redouble à la vue de nos braves qui sortent de la tranchée, franchissent à la course un espace découvert de 120 mètres et s'élancent à la brèche. De grands aloès, formant comme une ligne à 20 mètres de la muraille, forcent notre tête de colonne à se détourner. Alors les Espagnols accourent, bordent la brèche de tout ce qu'ils ont de plus vaillant en officiers et en soldats. Armés de fusils, de hallebardes, de grenades et soutenus par un feu de mousqueterie des plus vifs, ils repoussent les assaillants dont les premiers arrivés chancellent sur un terrain mouvant qui croule sous leurs pas. Une grêle de mitraille tombe sur la tête de la colonne. La fortune semble hésiter un moment. Le général en chef ordonne de faire avancer une réserve : un bataillon d'officiers accourt pour frayer la route.... Plusieurs succombent; mais les colonnes se rallient, la masse se reforme, se pousse, arrive au sommet et, comme un torrent irrésistible, surmonte la brèche et inonde les remparts.... Trois bataillons d'élite que le général Contreras avait placés en arrière de la brèche furent culbutés par notre premier choc et poursuivis dans la ville, pendant que des détachements se portaient sur les bastions le long de l'enceinte... Le général en chef fit aussitôt passer la brèche aux troupes fraîches du général Ficatier...". Le général Jean Senen de Contreras, gouverneur de Tarragone, reçoit lui-même un coup de baïonette dans le ventre et est fait prisonnier pendant ce dernier assaut.

Fig. 43 Fig. 43a

"La défense, qui avait cessé un moment quand la brèche fut enlevée, reprit tout à coup avec une nouvelle intensité; mais cet effort ne pouvait plus avoir pour résultat que d'irriter les vainqueurs au plus haut degré, non de les arrêter. Déjà l'enceinte et plusieurs parties de la ville étaient envahies par d'autres troupes qui se succédaient continuellement. Le général Habert excite à haute voix les voltigeurs du 1er Léger, du 14e, du 42e, qui s'élancent sur les retranchements de la Rambla. Les Espagnols résistent en désespérés. Une foule de nos braves périssent, mais en tombant assurent enfin la victoire à leurs compagnons". La Rambla comprend la place centrale et la rue principale de Tarragone dans lesquelles étaient accumulées des défenses de toutes sortes.

"Après cette dernière convulsion, la défense de Tarragone expira enfin; il ne resta plus que la résistance individuelle de ceux qui, en fuyant, combattaient encore pour leur vie. De ce moment, le langage et le rôle des officiers changèrent : jusqu'alors ils avaient animé le soldat; ils s'efforcèrent de le retenir et de le calmer. Mais son exaltation était arrivée au plus haut point; et il n'était pas possible en si peu de temps, au milieu d'une telle scène, de le modérer par des paroles. il était comme enivré par le bruit, la fumée et le sang, par le souvenir du danger, par le désir de la victoire et de la vengeance. Sa fureur déchaînée n'écoutait plus rien; il était presque devenu sourd à la voix même de ses chefs. Cependant, il faut le dire, un nombre considérable d'Espagnols poursuivis sous les yeux et jusque dans les bras des officiers français dont ils imploraient la protection, durent la vie à ces mêmes officiers qui demandèrent grâce pour eux à leurs propres soldats". Le Général Contreras s'exprime ainsi dans son rapport au ministrc en date du 30 juin, c'est-à-dire deux jours après les événements : "La tragédie fut moins sanglante parce que les officiers français, pleins de générosité, délivraient tous ceux qu'ils pouvaient, s'exposant eux-mémes à être victimes de leurs propres soldats".

Fig. 44

"Une masse d'Espagnols s'était retirée dans la cathédrale, vaste et solide édifice. Nos soldats durent encore essuyer un feu meurtrier pour franchir les soixantc marches qui précèdent l'entrée. Ils s'en rendirent maîtres et allaient tout tuer, ils s'arrêtèrent à la vue de 900 blessés étendus dans l'intérieur, et leurs baïonnettes les respectèrent... On fit si peu de quartier dans cette terrible journée que le général en chef rencontrant dans une rue le carabinier Flandin, du 1er Léger, qui lui présenta les trente ou quarante premiers prisonniers qu'on eut fait, fut heureux de féliciter ce soldat de son humanité, prit son nom et lui promit une récompense qu'il obtint plus tard". Dans son rapport, le général Saint-Cyr Nugues écrit :"La baïonnette a fait justice d'une opiniâtreté aveugle qui avait provoqué la fureur des vainqueurs.... Tout ce qui chercha à fuir fut canonné, fusillé, sabré, noyé ou pris".

Le 1er Léger a perdu deux Officiers, tués : le Lieutenant Claude-Pierre Pernier et le Sous-lieutenant Dieudonné. Le Sous-lieutenant Lapierre a été blessé. Martinien ajoute le Capitaine Adjudant-major Michel, ainsi que les Sous-lieutenants Delannoy et Cresson. Au total, le 1er Léger a eu pendant le siège 5 Officiers et 84 hommes tués, 12 Officiers (dont selon Martinien les Capitaines Charton et Denechaux) et 391 hommes blessés.

La prise de Tarragone laisse en la possession des Français (selon Suchet) 20 drapeaux, 337 canons, 15000 fusils, 40000 boulets ou bombes, 150 milliers de poudre, 40 millions de cartouches et 10000 prisonniers (l'état dressé par l'Ordonnateur en chef de l'armée Bondurand, le 29 juin 1811, à Constanti, porte le nombre des prisonniers faits pendant le siège à 608 officiers et 11214 hommes).

Le Général Suchet, commandant en chef, est nommé Maréchal d'Empire. Le Colonel Baron Bourgeois du 1er Léger reçoit le grade de Général de Brigade. Le Capitaine Georges Bouillet, le Capitaine Houillon (tué le jour de l'assaut), le Lieutenant Kymli et le Sous lieutenant Pasquier sont cités dans le rapport du Général en chef (en date du 26 juin 1811) adressé à Berthier pour leur belle conduite pendant le siège.

Fig. 44bis Officier en surtout vers 1813. Miniature carrée sur ivoire (1er Empire). Portrait en buste supposé représenter un "Chef de Bataillon" au 1er Régiment d'Infanterie légère. Décoré de la croix de la légion d'honneur. Signée «Mengin 1813». Encadrement carré bois naturel. Vente du 3/11/2011 à Drouot.

 

- Expédition de Mont-Serrat

Fig. 45a 1814 ? Fig. 45 1815 ?

Après avoir pris des dispositions pour assurer l'ordre dans Tarragone, le Général en chef Suchet décide d'en finir une bonne fois avec les bandes du Marquis de Campoverde. Dès le 30 juin, il met en marche les Divisions Harispe et Frère sur la route de Barcelone. Lui-même suit ces Divisions avec la Brigade Abbé qu'il vient de constituer avec le 1er Léger et le 114e de ligne.

Pendant près d'un mois, on s'arrête aux environs de Villafranca. Puis, dans les premiers jours de juillet, on sillone tout le pays entre Lérida, Olot et Barcelone. Les insurgés se sont retirés par Igualada. Après plusieurs tentatives infructueuses, de Campoverde a été remplacé par de Lacy et ce dernier a solidement établi le Général d'Eroles au Mont-Serrat. Le Maréchal Suchet se disposait à marcher sur cette position, lorsqu'il reçoit de l'Empereur, le 20 juillet, l'ordre de s'en emparer. Avec cet ordre, il reçoit également le Décret qui le nomme Maréchal.

«Le Mont-Serrat, point important comme position, présente, une configuration des plus remarquables. A peu de distance de Barcelone, d'Igualada et de Manresa, il domine les principales routes et les hauteurs du centre de la Catalogne. Sa masse imposante est d'un accès difficile, baignée à l'est par le cours du Llobrégat, et de tous les côtés défendue par des escarpements considérables, jusqu'à une très grande hauteur. Sur un plateau étroit et très élevé, ouvert à la partie orientale, est situé le couvent de Notre-Dame, vaste et solide bâtiment qui, avec ses dépendances, forme une forteresse où des troupes, ayant des magasins, peuvent se défendre longtemps et avantageusement. Au-dessus, dans la région des nuages, le sommet du mont est dentelé dans toute sa longueur, et se couronne de pics ou de rochers en pyramides et en aiguilles, auxquelles plusieurs ermitages sont adossés comme des nids d'hirondelles. Ses flancs et sa base, sillonnés de ravins, sont, dans beaucoup de parties, sans terre et sans végétation, décharnés et à nu, ce qui lui donne un aspect extraordinaire, et l'a fait appeler un squelette de montagne. La nature du lieu et la vénération où il est dans l'opinion des peuples concouraient à augmenter son importance; aussi, depuis le commencement de la guerre, on l'avait choisi comme un point d'appui pour les mouvements de l'armée catalane» (Suchet).

Les moines de Mont-Serrat ont évacué les richesses et se sont réfugiés à Majorque. Ils ont été remplacés par deux ou trois mille soldats aux ordres du Baron d'Eroles. Celui-ci a organisé sa défense à l'aide d'un grand retranchement à l'entrée même du couvent. Deux batteries avec des coupures dans le roc complètent ses dispositions, le long du chemin qui serpente en descendant au nord de la montagne, entre un escarpement et un précipice jusque vers Casa Masana. C'est la route d'Igualada au couvent et l'attaque ne peut s'effectuer que par ce côté. Un seul sentier, difficile et étroit, dans la partie sud, conduit au village de Colbato; on y a placé une batterie. Le chemin de Monistrol a été coupé. Les pentes à l'est jusqu'aux bords du Llobrégat sont si escarpées et si raides, qu'on peut les regarder comme impraticables.

Le 23 juillet, le 1er Léger arrive à Igualada avec la Brigade Abbé. Le 24, le Maréchal Suchet prend ses dispositions et fait occuper par ses troupes les routes d'Igualada et de Manresa ainsi que les villages de Colbato et de Bruch. La Brigade Abbé, chargée de l'attaque principale, s'établit, le 24 juillet au soir, dans le poste de Casa Masana, après en avoir chassé les Espagnols, qui se replient sur leurs retranchements.

Le 25 au matin, le Général Abbé, à la tête du 1er Léger, du 114e de ligne et d'une batterie de trois bouches à feu, s'avance en colonne sur la route qui monte au couvent. Il est suivi par quelques Bataillons de l'Armée de Catalogne. L'avant-garde ne rencontre d'abord que quelques obstacle naturels. Elle les franchit sans beaucoup de peine, puis elle défile sous le feu de mousqueterie des Somatens qui occupent à sa gauche les hauteurs au delà du ravin. Sa droite est couverte par l'escarpement même de la montagne et par 150 éclaireurs envoyés pour gagner le sommet et fouiller les enfoncements et les grottes propres à cacher des embuscades.

Arrivée au coude où se trouve située la chapelle de Santa Cecilia, la colonne est assaillie par une salve de la première batterie espagnole qui barre la route. La troupe se forme et fait halte dans un terrain hors de vue; mais il ne convenait pas de rester longtemps dans cette position. De nouveaux éclaireurs sont détachés à droite avec mission de monter à l'aide des anfractuosités du rocher sur les sommets de la montagne, de manière à plonger dans les retranchements de la route et à les tourner... Avec une fatigue incroyable, il parviennent à gagner les points favorables d'où ils commencent à incommoder les Espagnols dans la batterie même.

Fig. 46 Fig. 46a

Le Général Abbé lance alors au pas de course sur la redoute deux Compagnies de Grenadiers des 1er Léger et 114e de ligne, sous les ordres du Capitaine Ronfort. Les canons ont à peine le temps de faire une décharge. Les Grenadiers se précipitent au pied du retranchement, s'abritant sous le rocher même contre les pierres et les blocs qu'on fait rouler sur eux. De là, malgré l'escarpement à pic et protégés par le feu des Voltigeurs, ils grimpent au sommet, égorgent tout ce qui résiste et retournent une des pièces contre la 2e batterie.

Le 1er Bataillon du 1er Léger, conduit par son chef, le commandant Erhard, est aussitôt envoyé en soutien des deux Compagnies de Grenadiers. En voyant le succès se décider, le Bataillon s'élance à la course et le second retranchement est enlevé comme le premier. Le Lieutenant Maisfret est mortellement blessé dans cet assaut. Quelques Espagnols font là une vive mais inutile résistance. Le Capitaine d'Artillerie et ses Canonniers sont tués sur place. Les Français restent maitres de dix pièces de canon et d'une trentaine de prisonniers. Le chemin est ouvert jusqu'à l'entrée du couvent. La colonne se rallie et continue à monter en bon ordre, redoublant de vitesse et d'ardeur au bruit toujours croissant d'une fusillade qui parait venir de la route de Colbato.

En arrivant à la porte du couvent, grande est la surprise ! La colonne voit les Espagnols qui fuient en désordre. A leur suite, des Français accourent de l'intérieur même du couvent, et ouvrent les barrières que la colonne se disposait à enlever à la baïonnette. Ce sont les trois cents éclaireurs du 1er Léger et 114e de ligne qui ont été successivement envoyés sur le flanc droit de la colonne pour tourner la montagne. Errant à travers les rochers, ils ont beaucoup appuyé à droite; et pendant que les redoutes arrêtaient la colonne, ils ont gagné insensiblement le sommet et occupé les deux ermitages les plus rapprochés du couvent. De là, sans hésiter, et avec résolution, ils ont attaqué le couvent, profitant de l'avantage d'une position dominante et de la surprise. La réserve de l'ennemi a d'abord opposé une assez forte résistance : elle aurait facilement écrasé le petit nombre d'assaillants qui venaient la relancer dans son réduit, si ceux-ci s'étaient présentés ensemble et en bataille sur un terrain égal. Mais la communication du couvent aux ermitages avait lieu par des sentiers nombreux et escarpés, en quelques endroits par des échelles ou des escaliers taillés dans le roc, tellement à pic qu'il était difficile en descendant, impossible en montant, de les franchir sous le feu d'un ennemi sur ses gardes. Les Français faisaient des progrès avec l'audace du succès. En s'éparpillant dans les rochers, ils s'approchaient toujours davantage des Espagnols concentrés dans les cours et les retranchements, derrière des créneaux, des fossés et des palissades. Ils parviennent ainsi à surprendre une porte qui leur donne accès dans l'enceinte même. La fusillade se poursuit dans les cloîtres, les corridors, les galeries. Dans ce même moment, les Espagnols apprennent par les fuyards des deux redoutes que leur principale défense est forcée et qu'il ne leur reste plus de salut que dans une prompte retraite.

La veille, au premier avis de l'approche des troupes françaises, le Baron Eroles avait ordonné de porter pour huit jours de vivres aux batteries, soit afin d'encourager sa troupe, soit qu'il croyait réellement que dans une pareille position il pouvait braver une attaque de vive force. La vivacité et la combinaison des efforts français le désabusèrent promptement. Forcé dans le couvent et menacé sur ses derrières, pour échapper aux Français qui avançent victorieux, il se jette sur le Llobrégat par des ravins où peuvent seuls passer et non sans danger des gens du pays familiarisés avec le terrain. La folie aurait été de l'y poursuivre.

Les Français se sont emparés du couvent, de ses avenues et de tout le Mont-Serrat,avec ses treize ermitages dont deux étaient encore habités par de pieux solitaires qui ont été respectés. Deux drapeaux, dix canons et des magasins de munitions, d'armes, de vivres et effets d'habillement sont également pris (D'après les Mémoires de Suchet et le rapport de l'Adjudant-commandant Saint-Cyr Nugues).

Après ce brillant fait d'armes, le 1er Léger, qui a perdu selon Martinien le Lieutenant Meyfret tué, retourne à Villafranca et de là à Tarragone. Il y est mis à la disposition du Général Musnier qui l'emploie à opérer, dans les