Le 63ème Régiment d'Infanterie de Ligne

1796-1815

 

Accès à la liste des Officiers, cadres d'Etat major, Sous officiers et soldats du 63e de Ligne

 

Avertissement : La base de cette étude est constituée de l'Historique régimentaire du 63e, que nous avons reproduit intégralement, complété par les différentes sources dont nous disposons actuellement.
Nous remercions vivement Monsieur Peter Harrington, Conservateur de la "Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library", de nous avoir permis d'utiliser des documents de la Suite de Zimmermann. Merci également à Claude Achard de nous avoir permis d'utiliser des documents de sa collection familiale.

 

I/ Historique

 

a/ ORGANISATION

 

bouton 63e Demi-brigade de Bataille
cachet 63e Demi-brigade
A gauche : bouton extrait du Fallou ("Le Bouton uniforme français", 1915) ; ce type de bouton, de couleur jaune, a été en usage au sein des Demi-brigades du 21 février 1793 à 1803. Le même bouton est donné dans l'ouvrage du Capitaine Maurice Bottet ("Le Bouton de l'Armée Française", 1908) qui écrit : "Je ne crois pas le bouton dit des demi-brigades antérieur à 1796".
A droite : cachet de la 63e Demi-brigade de Bataille, extrait de l'ouvrage du Lieutenant E. Cheutin : "Vignettes et Sceaux des Papiers Militaires pendant la Révolution Française"; 1911.
Ci-dessous : boutons originaux communiqués par un de nos correspondants
Boutonboutonbouton d'officier 63e de ligne
Bouton 63e de Ligne
Ci-dessus et ci-dessous : boutons provenant d'Italie - communication d'un de nos correspondants
Bouton 63e de Ligne
Bouton 63e de Ligne
Paire de boutons de la 63ème, période du Consulat. Ces boutons ont été découverts dans la région de Giovo Ligure et Pontinvrea, ce qui corresponnd étroitement aux combats d'avril 1800 qui aboutissent à celui du mont Ermetta. Dans cette région immense et encore recouvertes de forêts, nombre d'objets français et autrichiens ont été trouvés, dont de nombreuses plaques de Casquets. Communication de Mrs B. C. et R. R.

Un mouvement comme celui qui bouleversa la France lors de la Révolution, ne pouvait pas se produire sans atteindre également et profondément les diverses parties du corps social. L'armée n'y échappa donc pas et bientôt le désordre et l'indiscipline furent à leur comble; toute organisation avait disparu; la dénomination elle-même des vieux Régiments avait été emportée dans la tourmente révolutionnaire. De l'ancienne armée de la monarchie qui avait fait la France, il ne restait plus rien que de vieux soldats qui, eux, nous donnèrent les premières victoires sur l'Europe coalisée. Aussi, sentant le besoin de ces vieilles troupes et la nécessité de les montrer en exemple aux Bataillons de volontaires et à ceux des diverses levées, pleins d'ardeur mais manquant complètement d'instruction militaire, les Généraux commandant les armées de la République avaient de bonne heure pris le parti d'amalgamer ensemble leurs anciens et leurs jeunes soldats.

De tout cela, de toutes ces organisations qui différaient dans chaque armée et sur lesquelles venaient se greffer de nombreux décrets de la Convention, il résulta une désorganisalion effroyable, et Dubois-Crancé pouvait s'écrier avec juste raison dans une séance de la formidable Assemblée : "Il faut prouver que l'armée est complètement désorganisée au physique comme au moral. Je dis que l'armée est désorganisée, car l'entrée subite des Prussiens a forcé le ministère de diviser tellement les régiments de ligne que son administration est devenue impraticable ..... Notre infanterie de ligne est réellement toute morcelée, incomplète, divisée en fractions dont les généraux ne peuvent tirer parti qu'en les accolant à des bataillons de volontaires. Je dis que l'armée est désorganisée, parce que, vu l'incohérence des divers éléments qui la composent, on voit chaque jour des soldats déserter pour entrer dans les volontaires ; des capitaines et même des lieutenants-colonels de volontaires solliciter comme une grâce du Ministre des sous-lieutenances dans la ligne. Partout les principes sont violés ou exagérés; presque personne n'est content de son état, et si le patriotisme égalise tout un jour de bataille, il est un aliment de plus aux passions pour les exemptions du lendemain".

Aussi, le 19 nivôse an II (8 janvier 1794), pour tâcher de remettre un peu d'ordre au milieu de tout ce désordre, un décret de la Convention ordonna l'embrigadement immédiat de toutes les troupes à pied. Chaque Demi-brigade (désignation qui remplaçait l'appellation de Régiment) devait être composée d'un Bataillon de ligne et de deux Bataillons de volontaires. On forma ainsi sur le papier 198 Demi-brigades de ligne et 22 Demi-brigades légères. Ces chiffres devaient être portés plus tard à 209 et 40. Comme il restait en surplus des Bataillons de volontaires, on créa 15 Demi-brigades dites provisoires, exclusivement composées de volontaires. Mais quelques-unes de ces Demi-brigades ne furent jamais formées ; de ce nombre fut la 63e.

Cette organisation, bien qu'elle constituât un progrès sérieux, ne donna pas tous les résultats que l'on pouvait en attendre; aussi un décret du Directoire du 29 nivôse an IV (18 janvier 1796) prescrivit-il le remaniement complet de toutes les troupes sur pied et leur fusion en 110 Demi-brigades d'infanterie de ligne ou de bataille et 30 Demi-brigades d'infanterie lègère, qui durent tirer au sort leur rang entre elles. Elles ne furent pas toutes immédiatement organisées. La 63e notamment ne le fut à l'Armée d'Italie que dans les premiers jours de 1797, nous dit l'historique régimentaire, avec les éléments suivants : 14e; 22e, 51e anciennes Demi-brigades ; Demi-brigade des Deux-Sèvres (volontaires) ; 10e Demi-brigade provisoire (volontaires). A l'organisation de 1794, ces diverses Demi-brigades avaient été composées ainsi qu'il suit :

- 14e Demi-brigade : 1er Bataillon : 1 Bataillon (2e) du 7e Régiment d'infanterie (ex Champagne) ; 2e et 3e Bataillons : 2 Bataillons (1er et 5e bis) des volontaires du Gard (certaines sources telles que les Etats militaires de l'An X indiquent : 1er et 2e Bataillons du Gard).
- 22e Demi-brigade : 1er Bataillon : 1 Bataillon (2e) du 11e Régiment d'infanterie (ex-La Marine) ; 2e Bataillon : 1 Bataillon de volontaires des Martigues (Bouches du Rhône); 3e Bataillon : 20e Bataillon des Bouches du Rhône (Phalange Marseillaise. A noter que certaines sources parlent du 2e Bataillon de volontaires de Marseille; les Etats militaires de l'An X disent tout simplement 20e Bataillon de Marseille - Bouches du Rhône).
- 51e Demi-brigade : 1er Bataillon : 1 Bataillon (1er) du 26e d'infanterie (ex-Bresse); 2e et 3e Bataillons : 2 Bataillons (3e et 5e) de volontaires des Hautes Alpes.
- 4e Demi-brigade des Deux-Sèvres (Brigade Leferron) : 1er et 2e Bataillons : 2 Bataillons (1er et 3e) de volontaires des Deux-Sèvres; 3e Bataillon : l Bataillon (2e) de volontaires du Tarn.
- 10e Demi-brigade provisoire : 1er Bataillon : 1 Bataillon de volontaires de l'Hérault dit de Béziers ; 2e Bataillon : 1 Bataillon (5e) de volontaires de la Haute-Vienne ; 3e Bataillon : 1 Bataillon de braconniers montagnards tirés des volontaires de l'Aude et des Bataillons de chasseurs.

Selon certaines sources, aurait également été intégré dans la 63e le 9e Bataillon du Lot, dit de la Montagne.

Tels furent les divers éléments qui, fondus, amalgamés, unis ensemble, formèrent la 63e Demi-brigade.

Ainsi que nous l'avons dit plus haut, la 63e Demi-brigade fut organisée à l'Armée d'Italie; les Généraux en chef avaient été chargés des opérations du nouvel embrigadement. Un arrêté du 10 germinal an IV (30 mars 1796) donna leurs nouveaux numéros aux nouvelles Demi-brigades. Ce changement de numéro, en ce qui concerne l'Armée d'ltalie, s'effectua le 7 prairial an IV (26 mai). Mais les divers éléments qui devaient composer la nouvelle 63e n'étaient pas tous réunis ni présents à l'armée, ce qui retarda son organisation. Aussi ne la voit-on figurer dans la constitution d'aucune des Divisions que Bonaparte place, le 10 juillet, sous les ordres de ses Généraux, nous dit l'Historique régimentaire. Elle ne figure pas non plus, ajoute t'il, dans l'ordre de Bonaparte du 15 thermidor (2 août) pour la nouvelle composition des Divisions de l'Armée d'Italie. Son organisation ne fut définitivement achevée par la réunion de ses divers éléments à Livourne, que dans le courant de janvier 1797.

Indirectement, la future 63e a tout de même participé à la campagne d'Italie en 1796. Bonaparte prend la tête de l'Armée d'Italie en mars 1796.

Composition, emplacements et effectifs de l'armée d'Italie, fin mars, début avril 1796 (avant l'amagalme)
Général en chef : Général Bonaparte
Avant-garde : Général Masséna; Quartier général à Savone
1ère Division, QG à Savone : Général Laharpe
Adjoints : Helle, Sous-lieutenant à la 51e
2e Division, QG à Finale : Général Meynier
2e Brigade (à Finale-Borgo) : Général Joubert
51e : 731 hommes, 41 Officiers (provient de la Division Serurier)

Division de la Côte
1ère Division (Quartier général à Toulon) : Général Mouret
1ère Brigade (Arles) : Adjudant général Hardouin
10e Demi-brigade provisoire, 1er Bataillon : 729 hommes et 22 Officiers
2e Division (Quartier général à Nice) : Général Raphaël Casabianca
2e Brigade (Nice) : Général Guillot
14e Demi-brigade : 1711 hommes, 36 Officiers

In : F. Bouvier "Bonaparte en Italie, 1796"

 

Armée d'Italie, composition, et effectifs, 9 avril 1796 - 20 germinal an IV (après l'amagalme)
Général en chef : Général Bonaparte
Avant-garde : Général Masséna
2e Division : Général Meynier
51e de première formation : 743 hommes

Corps de Bataille
1ère Division : Général Augereau
14e de première formation : 1000 hommes

Division de la Côte
1ère Division
10e Demi-brigade provisoire, 1er et 2e Bataillons (non amalgamés) : 471 hommes

In : F. Bouvier "Bonaparte en Italie, 1796"

Le 11 avril au au soir, Bonaparte envoie ses ordres. La Brigade Joubert (1,992 h.) (11e légère, alors 3e; l'ancienne 51e, et deux Compagnies de sapeurs), est jetée à droite et relie Augereau à Altare, où elle doit être depuis la veille à 7 heures du soir avec deux canons et où sera le Suartier général (F. Bouvier "Bonaparte en Italie, 1796").

Le 13 avril, c'est la bataille de Millesimo. Avant d'exposer ses troupes au feu plongeant des défenseurs du castello, Augereau essaie de préparer les voies. Ses pièces sont trop éloignées pour que leur tir soit efficace. On ne peut, en raison de la raideur des pentes, les hisser plus haut. Le capitaine de la compagnie de canonniers de la 51e demi-brigade, Dupin, s'avise de faire démonter les pièces, les place sur des rouleaux attachés à des prolonges et les fait ainsi traîner jusqu'au sommet de là montée par un détachement de 100 h. de renfort. Trois pièces de 4, amenées de Carcare, sont ainsi braquées contre le château et tout près, à cent pas des murailles, mais d'une manière si défavorable qu'elles ne produisent qu'un faible effet, et ne réussissent pas à y ouvrir une brèche. Les attaques manquent d'ensemble et il règne un certain décousu dans la marche des colonnes. Joubert mène la première colonne au centre mais est blessé au cours de son attaque ... Impressionnée par ce spectacle, la seconde colonne, 1er bataillon de la 4e et 51e de première formation (cette 51e, issue du premier amalgame, sera plus tard versée dans la 63e de seconde formation; il ne faut pas la confondre avec la 51e qui portait alors le n°99 et combattit à Montenotte et à Dego avec Masséna), sous les ordres du général Banel, s'approche, l'arme au bras, dans un morne silence (Bonaparte au Directoire, 15 avril 1796 - Arch. G.). Le feu de l'ennemi redouble contre elle. Banel, l'héroïque Banel, un brave entre les braves de l'armée des Pyrénées, déjà blessé à Loano, est tué au pied des retranchements (son buste, par Bartolini, est au Musée de Versailles, et son nom y est inscrit sur les tables de marbre). La troisième colonne (Quenin) n'est pas plus heureuse. On entraîne de nouveau les hommes (dont l'ancienne 51e demi-brigade. Le même feu plongeant, meurtrier, brise l'élan des soldats qui ne parviennent pas à escalader la butte et voient s'entasser morts et blessés. En moins d'un quart d'heure, 300 morts et 600 blessés jonchent le sol (Récit de Martinel - Arch. G. - F. Bouvier : "Bonaparte en Italie, 1796).

Le 16 avril, la 51e de première formation, sous le Général Joubert, prend part aux combats devant les redoutes de Cevan tenues par les Piémontais.

Le 19 avril, le Général Augereau avait été chargé d'enfoncer le centre de l'armée sarde. Mais, tandis que le Général Sérurier fait face à une vigoureuse contre-attaque du Général Colli, et se retrouve précipité en bas des pentes de San-Michele, Augereau n'a toujours pas attaqué le plateau de la Bicocca, ce qui aurait permis d'immobiliser les forces de Colli. Sur le front de la Division Augereau, le combat ne fait que traîner en une longue fusillade et elle ne peut, même doublée par Masséna, forcer l'obstacle du Tanaro.

Les Brigades Joubert (11e Légère, 1200 hommes, et ancienne 51e, 700 hommes), Beyrand (4e Demi-brigade, 2600 hommes) et Rusca (27e L égère (Allobroges), 1000 hommes, 29e Légère, 1300 hommes), sous les ordres d'Augereau tentent en effet d'accomplir la mission qui leur a été confiée ; mais malgré les exhortations de Bonaparte, qui vient en personne près d'Augereau, examiner l'obstacle qui paralyse sa droite, elles ne peuvent y parvenir. Bien que la Brigade Vitale qui leur est opposée ne compte guère que la moitié de leur propre effectif, celle-ci peut pendant toute la journée contenir la Division Augereau. Le lit du Tanaro roulant ses eaux abondantes et rapides constitue à lui seul un obstacle matériel difficile à éviter. Une batterie de cinq pièces postée près de la Madonna della Rocca d'Arassi empêche par son feu tous les essais de passage du fleuve que les Français tentent en avant de Castellino, et le feu de mousqueterie parti de la Madonna delle Casette et de la rive gauche du Tanaro, les fait également souffrir. Furieux de ne pouvoir même aborder l'ennemi et de subir son feu sans le rendre, l'intrépide Joubert compte entraîner ses hommes par son audacieux exemple. Il se lance à cheval, dans le lit de la rivière, et fend le courant. Sa longue et maigre taille sert de cible aux tireurs sardes qui cependant le manquent; il manque se noyer dans les flots bourbeux et pressés, et doit revenir sous la mitraille sans avoir pu atterrir. Pas un homme ne l'a suivi. «Vous avez raison ! dit-il en rejoignant ses soldats ; il est impossible de passer». Des tentatives analogues, risquées sur d'autres points, n'ont pas meilleur résultat (F. Bouvier : "Bonaparte en Italie, 1796").

Armée d'Italie, composition, et effectifs, 29 avril 1796 - 10 floréal an IV (après Cherasco)
Général en chef : Général Bonaparte
1ère Division : Général Laharpe
14e de première formation : 800 hommes

3e Division : Général Masséna
51e de première formation : 762 hommes

Division de la Côte
2e Division : Général Mouret
10e Demi-brigade provisoire

In : F. Bouvier "Bonaparte en Italie, 1796"

Armée d'Italie, composition, et effectifs, 8 mai 1796 - 19 floréal an IV (lors de la marche sur Plaisance)
Général en chef : Général Bonaparte
1ère Division : Général Laharpe (puis Ménard après la mort de ce dernier)
14e de première formation : 800 hommes

3e Division : Général Masséna
51e de première formation : 779 hommes

In : F. Bouvier "Bonaparte en Italie, 1796"

Après la bataille de Lodi, La 51e de 1ère formation est désignée pour tenir garnison à Lodi, avec l'Adjudant général Lorcet, afin de garantir l'ordre et la sécurité dans et autour de la ville. Le lendemain, ordre est donné de relever la 51e à la garde de Lodi par 300 hs de la division Augereau.

Le 18 mai 1796, est formé un 6e Bataillon de Grenadiers, attaché non pas à l'avant-garde de l'Armée d'Italie, mais au Quartier général (Etat de situation du 18 mai; Arch. G.), ce 6e Bataillon n'a d'ailleurs qu'un effectif de 318 hommes au lieu de 600; il est formé notamment des Compagnies de la 51e Demi-brigade de 1ère formation, non comprises dans le second amalgame.

Le 1er juin 1796 (13 prairial an IV), les dispositions du Général en Chef expédiées, depuis le Quartier général à Peschiara aux Divisions de l'armée, indiquent que la 51e Demi-brigade devient en partie la 63e (troupes pour la garnison de Pavie, Général de Brigade Lanusse - 700 hommes) et que la 14e Demi-brigade (en garnison à Lodi - 700 hommes), doit faire partie de la 63e (Correspondance de Napoléon, t.1, lettre 540).

Si nous regardons l'Etat de situation de l'Armée d'Italie en date du 6 juin 1796, nous notons effectivement la présence du 1er Bataillon de la 63e en garnison à Pavie, et des 2e et 3e Bataillons en garnison à Lodi.

Le 20 décembre 1796 (30 frimaire an V), Bonaparte écrit depuis son Quartier général de Vérone, au Général Berthier : "... Les grenadiers de la 63e demi-brigade faisant partie aujourd'hui du 1er bataillon de grenadiers seront incorporés dans la journée de demain, deux compagnies dans la 4e demi-brigade et une compagnie dans la 51e ..." (Correspondance générale de Napoléon, lettre 1174).

Il semble que dans un premier temps, la 63e ait été commandé à partir du 6 novembre 1796, par le Chef de Brigade Hugues Charlot (10 juin 1757 - 18 décembre 1821. Promu Général de Brigade le 29 Août 1803 Commandeur de la Légion d'Honneur le 14 juin 1804. Baron de l'Empire le 6 septembre 1811). Puis à partir du 1er janvier 1797, elle passe sous le commandement du Chef de Brigade Antoine François Brenier Montmorand.

COLONEL BRENIER-MONTMORAND (ANTOINE-FRANÇOIS)


Né à Saint-Marcellin (Isère), le 12 novembre 1767. Entre dans les Gendarmes de la Maison du roi, le 13 juin 1786; Aide de camp des Généraux Crillon et d'Albignac ; Chef de Bataillon à l'Armée des Pyrénées, le 10 juin 1793. Chef de Demi-brigade de la 14e le 1er septembre 1795, puis de la 63e; Armée d'Italie. Blessé à la prise de Vérone, le 26 mars 1799. Blessé d'un coup de baïonnette au front, le 27 avril, au passage de l'Adda, à Vaprio. Général de Brigade le 15 juin 1799. Nommé membre de la Légion d'Honneur à la création de l'ordre, et commandant la même année. Envoyé, en 1807, au Portugal, sous les ordres de Junot, il se fait remarqué au combat de Rorissa et à la bataille de Vimeiro, où il fut blerssé et tomba au pouvoir des Anglais.
Rendu à la liberté par suite du traité de Lisbonne du 30 août 1808, il fut ramené à Quiberon. Bientôt aprés, il est renvoyé en Espagne. Chargé de la défense d'Almeida, il n'avait plus, au commencement de 1811, que pour un mois de vivres et de munitions; les Anglais investissaient la place et Massena ne pouvait plus le secourir. Massena parvient à lui faire passer l'ordre de détruire le matériel et les defenses de la place, et de se faire jour l'épée à la main. Il exécute cet ordre avec autant d'adresse et d'intelligence que de courage, et opère sa jonction avec Reynier. Il est alors nommé Général de Division le 26 mars 1811, et reçoit le titre de Baron de l'Empire le 12 février 1812.
Appelé, en 1813, à la Grande-Armée, il se trouve à Lutzen, où il est griévement blessé. Sa conduite, pendant cette campagne, lui valut la décoration de Grand-officier de la Légion d'honneur le 18 décembre 1813. En 1814, il commande la place de Lille. Chevalier de Saint-Louis, le 10 juillet 1814. Inspecteur général de l'infanterie en 1818-1819. Commandant la 17e Division militaire du 29 novembre 1820. Il fut admis à la retraite en 1824. Elu Député en 1831, il mourut le 8 octobre 1832.
Son nom est inscrit sur l'Arc de Triomphe de l'Etoile (côté ouest).

 

b/ 1797-1798


La 63e Demi-brigade ne prit pas part, sous son numéro, à l'immortelle campagne de 1796 ; mais les 14e et 51e qui faisaient virtuellement partie de la 63e depuis le 26 mai, participèrent à toute cette campagne et s'y couvrirent de gloire. Ce ne fut que dans les premiers jours de février, qu'enfin constituée avec ses trois Bataillons, la 63e quitta Livourne. Le 5 de ce mois, Bonaparte ordonnait au Général Vaubois de faire partir de cette ville deux Bataillons de la 63e pour se rendre à Cortona.

Lettre du 5 février 1797 (17 pluviôse an V) adressée à 1 heure après-midi depuis le Quartier général de Forli par ordre du Général en chef, au Général Vaubois : "Le général en chef ordonne au général Vaubois de faire partir de Livourne, le plus tôt possible, pour se rendre à Cortona, ville frontière de la Toscane et du territoire des Etats du Pape, dit de Perugia, les deux bataillons de la 63e de bataille (sic), ou ils recevront de nouveaux ordres. Ces bataillons doivent être arrivés à Cortona au plus tard le 23. Le général Vaubois fera prendre la route la plus directe, et se concertera avec le gouvernement du Grand-Duc pour les mesures à prendre afin d'assurer le logement et les subsistances de ces deux bataillons. Il sera ordonné, sous la propre responsabilité des chefs et des officiers, la plus exacte discipline pendant la marche, de manière à ce qu'il n'y ait aucune espèce de plainte produite par le passage des troupes sur le territoire du Grand-Duc.
Le général Vaubois restera à Livourne avec 100 hommes de la 63e et tous les canonniers. Il conservera, jusqu'à nouvel ordre, son commandement dans toute l'intégrité où il a été jusqu'à ce moment. Le général Vaubois me fera parvenir, par le retour du courrier qu'il dirigera sur Rimini et jusqu'où nous serons, l'itinéraire de la route et le jour où les bataillons arriveront à Cortona
" (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1460).

Le 14 février 1797 (26 pluviôse an V), le Général Bonaparte écrit depuis le Quartier général, à Macerata, au Général Victor : "... Du moment où le général Victor serait arrivé à Foligno, il enverrait à Perugia une reconnaissance qui continuerait sa route le plus promptement possible, pour se rendre à Cortona, ville frontière de l'Etat de Toscane. Ce détachement serait porteur de l'ordre ci-inclus pour les deux bataillons de la 63e demi-brigade, qui se trouvent à Cortona ..." (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1496).

Le 15 février 1797 (27 pluviôse an V), Bonaparte écrit depuis son Quartier général à Macerata au Directoire exécutif : "... Nos troupes seront, j'espère, ce soir a Foligno, et passeront la journée de demain à se réunir au deuxième bataillon de la soixante-troisième qui était à Livourne et que j'ai fait venir ..." (Correspondance inédite et confidentielle de Napoléon Bonaperte, t.2 Italie; Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1497).

Le 16, les deux Bataillons passaient à Foligno sous les ordres de Victor.

Lettre du 16 février 1797 (28 pluviôse an V) adressée à 9 heure du soir depuis Tolentino par ordre du Général en chef, au Général Victor : "Le général en chef vous donne l'ordre, Général, de réunir à votre division les deux bataillons de la 63e demi-brigade, et ce qui a dû marcher avec elle. Vous prendrez position à Foligno avec toute votre division. Vous maintiendrez la plus exacte discipline, et ne ferez aucune espèce de mouvement sans recevoir de nouveaux ordres" (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1500).

Le 19 février, une lettre est expédiée par ordre du Général en Chef depuis le Quartier général de Tolentino, au Général Victor : "Le général en chef me charge de vous mander, Citoyen Général, que la paix vient d'être signée avec Sa Sainteté ... Vous verrez, par le traité de paix dont vous trouverez ci-joint copie, que vous devez rester à Foligno jusqu'à ce que différents articles soient remplis. Lorsque le traité sera ratifié, le général en chef ne voit pas d'inconvénient à ce que vous envoyiez deux bataillons de la 63e du côté de Fossombrone et de Fano, afin qu'ils aient quelques marches de moins à faire pour se rendre à l'armée, si les circonstances l'éxigeaient ... Après l'exécution de l'article qui doit vous mettre à même d'évacuer le pays de l'Ombrie, de Perugia et de Camerino, ou lors même que le citoyen Cacault vous aura écrit que les choses sont tellement en train que vous devez être sans inquiétude, vous pousserez le deuxième bataillon de la 63e demi-brigade et la 18e jusqu'à la Romagne ..." (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1516).

Le 4 mars 1797 (14 ventôse an V), la 63e est donnée au Général Joubert. Le Général en chef écrit depuis le Quartier général de Mantoue, au Général Berthier, chef de l'Etat-major général de l'Armée d'Italie : "Vous voudrez bien ordonner au général Vaubois que dès que la 19e demi-brigade sera arrivée à Livourne, il envoie tout ce qui serait resté de la 63e au quartier général du g[éné]al Joubert à Trente" (Correspondance générale de Napoléon, lettre 1424).

Le même jour, c'est dans les termes suivants que Bonaparte, toujours depuis son Quartier général à Mantoue, annonce au Général Joubert à Trente l'arrivée de la 63e : "... Je vous envoie la 63e, sans contredit l'élite de l'armée, et forte de 2,600 hommes. Un bataillon fort de 800 hommes couche ce soir à Rivoli, les autres, qui étaient à Livourne, sont en marche. Je verrai avec plaisir que vous teniez cette demi-brigade en réserve; que vous lui donniez un soin particulier, afin de pouvoir vous en servir dans les occasions principales ; son premier coup de collier doit être vigoureux ..." (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1536; Correspondance générale de Napoléon, lettre 1431). Cette lettre prouve la valeur des divers éléments qui étaient entrés dans la composition de la 63e et la haute estime dans laquelle le Général en chef la tenait.

La 63e combat à Valvassone le 16 mars. Le 20 mars, Joubert n'avait encore avec lui qu'un Bataillon de la 63e, lorsqu'avec les Divisions Delmas ct Baraguey-d'Hilliers, il enveloppa les corps ennemis qui se trouvaient sur l'Avisio. Après un combat opiniâtre, dans lequel notre Bataillon donna le vigoureux coup de collier que Bonaparte attendait de lui, l'ennemi fut battu. Nous lui prîmes 4,000 prisonniers, 3 pièces de canon, 2 drapeaux.

L'ennemi, retiré sur la rive droite de l'Adige, paraissait vouloir tenir encore. Le 24, Joubert se porte à Salurn; la fusillade s'engage : le Bataillon de la 63e enlève à la baîonnette le village de Tramin. Les Autrichiens sont rejetés dans les montagnes, et tout en les poursuivant, nous arrivons à Botzen et Brixen.

Le 3 avril 1797 (14 germinal an V), une lettre est adressée depuis le Quartier de Friesach au Général Joubert, sur ordre du Général en Chef :
"... Les deux bataillons de la 63e demi-brigade n'arriveront que vers le 18 à Mantoue. Le général en chef vient de leur envoyer l'ordre de se rendre à Trévise, où il leur en enverra de nouveaux dans quarante-huit heures. Tenez prêt le bataillon de la 63e que vous avez à vos ordres, pour le faire passer à Klagnefurt, au premier ordre qui lui en sera donné ..." (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1681).

Le 11 avril (22 germinal an V), la 63e passe sous les ordres du Général Baraguey-d'Hilliers. Une lettre est d'abord expédiée par ordre du Général en Chef depuis le Quartier général de Gratz, au Général Joubert : "Je vous envoie ci-joint, Général, trois ordres : l'un pour vous, l'autre pour le général Baraguey-d'Hilliers, le troisième pour le général Delmas. Vous ferez toutes les dispositions et donnerez tous les ordres nécessaires à l'égard des troupes qui doivent composer les nouvelles divisions de ces généraux, en ce qui peut vous concerner.
... Celle du général Baraguey-d'Hilliers
(doit être composée) de la 5e d'infanterie de bataille, du bataillon de la 58e demi-brigade qui était dans le Tyrol, d'un bataillon de la 63e, du 8e régiment de dragons, des deux bataillons de la 63e et des deux de la 79e, qui ne font pas partie des troupes qui étaient dans le Tyrol, mais que le général Baraguey-d'Hilliers rencontrera en route ..." (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1719).

Le même jour, Berthier écrit depuis Gratz, par ordre de Bonaparte au Général Baraguey-d'Hilliers : "Il est ordonné au général Baraguey-d'Hilliers de se rendre en Italie avec une division qui sera composée ainsi qu'il suit ... de la 63e demi-brigade de bataille, dont deux bataillons doivent être en route entre Klagenfurt et Pordenone, et auxquels il enverra sur-le-champ un aide de camp avec ordre de les arrêter partout où il les rencontrera; le 3e bataillon est ou avec le général Joubert, et alors il le prendra, ou de Trente est retourné en Italie, où il en disposera également" (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1720). En annexe de cette lettre, il est indiqué : "... La 63e et la 79e doivent être entre Pordenone et Villach. Partez avec le 8e dragons et réunissez ces demi-brigades à Osoppo et San Daniele, gardant le pont du Tagliamento ..." (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1720).

Le 13 avril 1797 (24 germinal an V), le Général en chef Bonaparte écrit depuis le Quartier de Leoben au Général Joubert :
"... Le général Baraguey-d'Hilliers doit avoir reçu l'ordre de se rendre en Italie, avec la 63e ..." (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1727 ; Correspondance générale, lettre 1505).

Le 24 avril, la Division Joubert recevait l'ordre de se rendre à Trévise; le 6 mai, elle venait à Mestre, aux portes de Venise.

Le 13 mai 1797 (24 floréal an 5), une lettre est expédiée sur ordre du Général en chef, au Général Baraguey-d'Hilliers : "Il est ordonné au général Baraguey-d'Hilliers d'entrer à Venise à la réception du présent ordre, avec 5000 hommes d'infanterie, et de s'emparer, à son arrivée dans cette ville, de toutes les positions militaires.
... La division du général Baraguey-d'Hilliers doit consister, d'après les calculs, dans la 63e demi-brigade, forte de 2500 hommes, la 5e idem 1000, la 58e idem 2000, la 99e idem 1500, formant en tout 7000 ...
" (Correspondance de Napoléon, t. 3, lettre 1791).

Le 16, nous entrions dans cette ville révoltée pour la pacifier. La 63e était alors forte de 2,600 hommes. La 63e occupe le Lido et l'ile de Malamoco.

Le 16 mai 1797 (27 floréal an 5), le Général Baraguey-d'Hilliers écrit depuis Venise au Général en chef : "J'ai l'honneur de vous informer, général, qu'ayant employé toute la nuit dernière à embarquer les troupes qui sont sous mes ordres, j'ai occupé ce matin, à la pointe du jour, la ville de Venise, avec la cinquième demi-brigade de bataille, et les îles et forts adjacens, ainsi que ceux qui sont placés aux entrées des ports de Lido et de Malamocco avec la soixante-troisième demi-brigade ..." (Correspondance inédite et confidentielle de Napoléon Bonaparte, t.3 Venise).

Vers ce temps, tous ses vêtements étant à peu près usés, on habille de neuf la 63e aux frais du Duc de Modène, qui s'était réfugié dans cette ville (Venise) l'année précédente avec son trésor.

Le 14 juin, Bonaparte réorganise ses Divisions; la 63e reste sous les ordres de Baraguey-d'Hilliers (6e Division) et forme avec la 45e la 11e Brigade commandée par le Général Gardanne (Lettre datée du 14 juin 1797 (26 prairial an 5), envoyée par le Général en chef Bonaparte depuis Monbello au Général Berthier - Correspondance de Napoléon, t.3, lettre 1919; correspondance générale, t.1, lettre 1674).

Toujours le 14 juin 1797 (26 prairial an 5), le Général en chef Bonaparte écrit depuis Monbello au Général Berthier : "Vous voudrez bien ordonner de prendre les mesures pour l'organisation prompte du personnel de l'artillerie de l'armée, ainsi qu'il suit :
Il y a dans ce moment-ci 76 compagnies d'artillerie de demi-brigade, desquelles vous ne devez former seulement que 30 compagnie d'artillerie de brigade, chaque demi-brigade de ligne devant avoir sa compagnie de canonniers.
... 63e demi-Brigade : - Celles de la 63e et du 4e de la Corrèze, capitaine Duclaude ...
" (Correspondance de Napoléon, t.3, lettre 1921; correspondance générale, t.1, lettre 1677).

Le 9 août 1797 (22 thermidor an 5), la 45e est remplacée par la 13e : le Général en chef Bonaparte écrit depuis le Quartier général de Milan, au Général Berthier : "... Vous voudrez bien donner l'ordre à la 13e demi-brigade, qui est à Crémone, de se rendre à Venise, où elle formera brigade avec la 63e; cette brigade sera commandée par le général Gardanne ..." (Correspondance de Napoléon, t.3, lettre 2086; correspondance générale, t.1, lettre 1889).

Nous occupons toujours Venise.

Le 25 septembre 1797 (4 vendémiaire an 6), le Général en chef Bonaparte écrit, depuis son Quartier général à Passariano, au Général Dessolle : "Vous voudrez bien, Citoyen Général, donner l'ordre au général Baraguey-d'Hilliers de faire partir, le 6, la 13e demi-brigade tout entière, avec le général Gardanne, pour se rendre à Palmanova, où elle recevra de nouveaux ordres. Il placera à Mestre la 63e demi-brigade, qu'il tiendra prête à partir avec son artillerie et l'état-major de sa division.
... Vous lui ordonnerez également de laisser un bataillon de la 63e entre San-Giorgio et San-Cristoforo, qui partira lorsque le dépôt du général Serurier y sera arrivé ...
" (Correspondance de Napoléon, t.3, lettre 2257; correspondance générale, t.1, lettre 2091).

Le 9 octobre, Baraguey-d'Hilliers reçoit l'ordre de cantonner les 63e et 13e dans les villages entre Palmanova, la mer et l'Isonzo, pour surveiller spécialement le corps que l'ennemi tient en deça de l'Isonzo (lettre de Bonaparte adressée le 9 octobre 1797 (18 vendémiaire an 6) depuis le Quartier général de Passariano au Général Berthier) : "... Le général Baraguey d'Hilliers laisser à Palmanova un bataillon seulement de la 13e demi-brigade; il cantonnera ses deux ses deux demi-brigades dans les villages vénitiens entre Palmanova, la mer et l'Isonzo, en les plaçant le plus possible de manière à maintenir la communication avec Monfalcone. Il sera chargé spécialement de surveiller le corps que l'ennemi tient en deçà de l'Isonzo dans la province d'Aquilée et dans les autres incluses jusqu'au Tagliamento ...
Ordre au chef de brigade Charlot, de la 32e, de prendre le commandement de la 63e, qui fait partie de la division du général Baraguey d'Hilliers ...
" (Correspondance de Napoléon, t.3, lettre 2294; correspondance générale, t.1, lettre 2151).

Le 14 octobre 1797 (23 vendémiaire an 6), le Général en chef Bonaparte écrit depuis le Quartier général de Passariano au Général Berthier : "Vous voudrez bien, Citoyen Général, donner l'ordre au chef de brigade Charlot, qui commande en second la 32e demi-brigade, de se rendre à la division du général Baraguey d'Hilliers, pour prendre le commandement en chef de la 63e demi-brigade de ligne.
Le citoyen Montmorand
(Brenier de Montmorand) commandera en second, et l'autre chef de brigade se rendra à Mantoue pour y commander le poste que lui confiera le général Miollis ..." (Correspondance de Napoléon, t.3, lettre 2299; correspondance générale, t.1, lettre 2158).

Le 20 octobre 1797 (29 vendémiaire an 6), ordre est donné à la 63e de se rendre à Vicence pour y être replacée dans la Division Joubert et former brigade avec la 85e. Le Général en chef Bonaparte écrit dans le détail depuis son Quartier général de Passariano, au Général Dessolle : "Vous voudrez bien donner l'ordre à la 63e demi-brigade, qui est de la division Baraguey d'Hilliers, de se rendre à Vicenze, pour faire partie de la division du général Joubert ...
Vous donnerez l'ordre au dépôt de la 63e demi-brigade, qui est à Venise, de rejoindre sa demi-brigade à Vicenze ...
Vous préviendrez le général Joubert que la 63e et la 85e demi-brigade formeront une brigade ...
" (Correspondance de Napoléon, t.3, lettre 2311).

Le 5 novembre 1797 (15 brumaire an 6), une lettre est adressée depuis le Quartier général à Milan au Général Vignolle, Chef de l'Etat-major général par Intérim (depuis le 19 octobre) : "Donnez l'ordre à la 63e demi-brigade qui est à Trévise de se rendre à la division Joubert à Vicenze" (Correspondance générale, t.1, lettre 2194).

Le 9 novembre 1797 (19 brumaire an 6), la 63e est envoyée à Bellune. La lettre expédiée par ordre du Général en chef Bonaparte depuis le Quartier général de Milan, au Général Vignolle stipule : "... Vous ordonnerez à la 93e de ligne de se rendre à Venise, pour faire partie de la division du général Sérurier; cette demi-brigade ne partira que lorsque la 63e sera arrivée à Bellune.
Vous ordonnerez que la 63e, qui fait partie de la division du général Joubert, de se rendre à Bellune, pour être sous les ordres du général Delmas.
Lorsque tous ces mouvements seront effectués, l'armée se trouvera donc placée de la manière suivante :
... 8e division, Delmas, à Bellune 63e de ligne, 1er escadron du 15e de chasseurs ... (Correspondance de Napoléon, t.3, lettre 2332; correspondance générale, t.1, lettre 2172).

L'Etat des Demi-brigades, établi le même jour, précise que la 63e, qui doit être soit détachée en France (à Lyon) soit chez les différentes puissances d'Italie, comprend 2200 hommes (Correspondance de Napoléon, t. 3, lettre 2335).

La 63e est bientôt dirigée de Bellune sur Brescia, où elle passe toute l'année 1798 (historique régimentaire).

 

c/ 1799

Dans les premiers jours de 1799, la situation de la 63e Demi-brigade est la suivante : Chef de brigade Brenier-Montmorand; 1er, 2e, 3e Bataillons, 2159 hommes à Brescia. Elle fait partie de la 2e Division sous les ordres du Général Grenier.

A l'annonce de l'approche des Russes, Schérer, qui commandait l'Armée d'Italie, concentre ses troupes pour chasser les Autrichiens de leurs positions sur le bas Adige, avant l'arrivée de leurs alliés.

Armée française d'Italie, 19 mars 1799 (Nafziger - 799CMB)

Commandant : Général Scherer
Division de Réserve : Général Hatry
Brigade Frescia : 63e Demi-brigade, 1700 hommes

Source : Miliutin, “Geschichte des krieges Russlands mit Frankreich under der Regierung Kaiser Paul's I. im Jahr 1799”, Munich: 1856.

Le 19 mars, les 1er et 2e Bataillons de la 63e quittent Brescia pour se rendre à Crémone, puis de là se dirigent sur Mantoue, où ils arrivent le 24.

Armée française d'Italie dans la République Cisalpine, 1er Germinal an VII - 21 mars 1799 (Nafziger - 799CAI)

Général commandant : Général de Division Scherer
Division de Réserve : Général Hatry
63e de Ligne, 1585 hommes (ou 1920) pour CAI et 1315 pour CAK

Source : Gachot, Les Campagnes de 1799, Souvarow en Italie, Paris, 1903

Lc 25 au soir, nous sommes devant Vérone. Le 26 mars, dés le point du jour, Schérer fait attaquer les dehors de cette place qui sont pris et repris sept fois. Dans cette action, la 63e perd 400 hommes et son Colonel (sic) est blessé.

Armée Française fin mars 1799

Division de Réserve : Général de Division Hatry
63e Demi-brigade

Nafziger - 799CAG

Le 4 avril, elle était à la bataille de Magnano, où l'on se battit jusqu'à 6 heures du soir, avec un acharnement peu commun. Là encore nous laissons 300 hommes sur le terrain. Le 5 (?) avril 1799, le Chef de Brigade Brenier de Montmorand est donné blessé au combat de Magnano.

Malgré toute l'énergie et la ténacité de nos troupes, il fallut battre en retraite. Le Général Moreau vient alors prendre le commandement de l'armée (fin avril). Nous sommes sur l'Adda; pendant que la Division Grenier, dont la 63e forme l'avant-garde, se dirige sur Vaprio, un détachement de la Demi-brigade garde la tête de pont de Cassano avec la 106e. Le 27 avril, nous atteignons Vaprio sur la rivière Adda, qu'occupent les Autrichiens ; le combat ne tarde pas à s'engager avec violence. Le village est pris, rcpris, perdu, enlevé encore ; c'est en vain que les ennemis viennent s'établir perpendiculairement à l'Adda, menaçant ainsi notre ligne de retraite; on ne songe pas un instant à se retirer. Moreau est accouru pour soutenir de sa présence nos soldats qui nc veulent pas reculer, et qui ne se battent plus qu'à coup de crosse et de baïomette. Le Colonel (sic) Brenier est blessé d'un coup de baïonnette au front, près de 400 hommes de la 63e sont hors de combat et la lutte acharnée continue toujours. Mais les Autrichiens ne cessent de recevoir des renforts. Moreau ordonne alors la retraite. Dans cette mémorable jourmée, la 63e avait soutenu seule, de 6 heures du matin à 11 heures, tous les efforts de l'ennemi. Aussi, pour la récompenser de sa vaillance, son Colonel (sic) allait être promu Général de Brigade quelques jours après. A noter qu'il semble que le drapeau du 2e Bataillon de la 63e a été pris par les Autrichiens : cela n'est pas mentionné dans l'Historique régimentaire mais mentionné par le Général Adolenko qui fait référence à Hollander et ajoute par ailleurs "Grenier perdit les deux drapeaux de la 63e remis aux Autrichiens".

Pour terminer cette journée, il nous faut dire un mot du détachement que nous avons vu gardant la tête de pont de Cassano. Il résista longtemps à tous les efforts de 1'ennemi ; et, lorsque ces braves gens reçurent l'ordre de battre en retraite, ils ne le firent qu'après avoir détruit les ouvrages de la tête de pont et mis le feu au pont lui-même.

Après tous ces combats contre des forces doubles des siennes, la Division Grenier se trouvait affaiblie d'environ 3,000 hommes. Elle fut alors dirigée sur Milan, puis sur Bufalora, et de là sur Turin. Le 7 mai, l'armée prit position dans les environs d'Alexandrie; puis, quelques jours après, la Division Grenier est concentrée sous Valence avec celle de Victor.

Mais le 12, Moreau ayant eu connissance que les Russe avaient franchi le Pô, près de Bassignano, dirige ses troupes sur ce point, ne laissant devant Valence que la 63e Demi-brigade pour observer l'ennemi qui, depuis le matin, menaçait cette ville. Bientôt, elle est attaquée dans la position que seule elle était chargée de couvrir; 3 Officiers et 97 hommes restèrent sur le champ de bataille. L'armée ayant dû battre en retraite, la 63e vint rejoindre la Division Grenier, et le 16 nous franchissons la Bormida, après un nouvel engagement dans la plaine de San-Giulano. Cependant, les renforts arrivaient de toutes parts à l'ennemi, tandis que nos forces allaient sans cesse en diminuant ; Moreau dut alors se résoudre à se jeter dans les montagnes pour entrer en Ligurie, et la Division Grenier fut chargée de couvrir le débouché de Loano (6 juin). Mais a la suite de la bataille de la Trebbia, l'armée de Naples ayant rejoint Moreau, celui-ci put réorganiser son armée. La 63e passe sous les ordres du Général Gouvion Saint-Cyr, qui prend le commandement de la Division Grenier (fin juin). Le mois de juillet se passa sans incidents remarquables.

Pendant ce temps, notre 3e Bataillon portait haut et ferme l'honneur de la 63e Demi-brigade. Après avoir quitté Brescia, il est dirigé sur Alexandrie et de là sur Tortone, où il se trouva pendant le blocus de cette place par les Russes. Nous dirons plus loin l'honneur qu'il sut y acquérir.

Dans le courant de juillet, le Colonel (sic) Villaret avait été appelé au commandement de la 63e Demi-brigade, en remplacement du Colonel (sic) Brenier, promu Général de Brigade par décret du 15 juin.

Armée française d'Italie, 27 thermidor an 7 - 16 juillet 1799 (Nafziger - 799GBA)

Commandant en Chef : Général de Division Joubert
Aile droite
2e Division : Général de Division Gouvion Saint-Cyr
63e Demi-brigade de Ligne, 1012 hommes

Source : Gachot

Joubert vint, le 4 août, prendre le commandement de l'Armée d'Italie en remplacement de Moreau.

Armée française d'Italie sous Joubert, août 1799 (Nafziger - 799HMD)

Général Commandant : Joubert
Aile droite : Saint-Cyr
Division : Laboissière
Brigade : Quesnet
63e Demi-brigade

Source : Miliutin, “Geschichte des krieges Russlands mit Frankreich under der Regierung Kaiser Paul's I. im Jahr 1799”, Munich: 1856.

Voulant forcer Souvarow à lever le siège de Tortone, Joubert résolut de lui livrer bataille. Le 13 août, il s'empare de positions importantes dans les vallées de l'Orba et de la Bormida.

Armée française face à Souvarov en Italie, 14 août 1799 (Nafziger - 799HCP)

Général Commandant : Général de Division Joubert
Aile droite
2e Division : Généraux Saint-Cyr et Laboissière
Brigades : Généraux de Brigade Quesnel, Gardanne et Colli
63e Demi-brigade de Ligne, 1012 hommes

Source : Gachot, "Les campagnes de Souvarow en Italie", Paris, 1903

Le 15, les deux armées se trouvèrent en présence à Novi.

Situation de l'Armée d'Italie à Novi le 15 août 1799 (Nafziger - 799HBE)
Commandants en chef : Généraux Moreau et Joubert
Aile droite : Gouvion Saint-Cyr
Division : Général Laboissière; Brigade Gardanne
63e Demi-brigade (3 Bataillons; 1030 hommes).

Armée française d'Italie à la bataille de Novi, 15 août 1799 (Nafziger - 799HBD)

Général Commandant : Général de Division Joubert
Aile droite : Général de Division Gouvion Saint-Cyr
Division : Général de Division Labroissière
Brigade : Général de Brigade Gardanne
63e Demi-brigade de Ligne, 3 Bataillons, 1500 hommes

La 63e, placée au centre sous les ordres supérieurs du Général Gouvion Saint-Cyr, appartenait à la Division Laboissière, Brigade Quesnel selon l'Historique régimentaire, et avait un effectif de 1,030 hommes. C'est en vain qu'à trois reprises différentes les Russes se lancent sur la position qu'occupait la 63e sur les hauteurs à gauche de Novi ; trois fois ils sont repoussés. Huit des Sous-officiers qui tinrent le drapeau du Bataillon du centre dans cette journée, furcnt tués. Nos ailes ayant dû se replier, nous fûmes obligés d'abandonner ce point à notre tour et de battre en retraite. Elle se fit en bon ordre et encore une fois sous la protection de la 63e, que nous trouverons partout où il y a une mission de dévouement et de sacrifice à accomplir.

"La nuit termina enfin ce combat qui n'était plus qu'une boucherie et qu'on peut regarder comme un des plus sanglants qui aient jamais été donnés. Les Français se battirent avec un courage inexprimable contre des forces supérieures en nombre et firent acheter cher la victoire aux alliés. Souvarow dit qu'il n'avait jamais vu de combat aussi féroce, ni aussi opiniâtre. Un général autrichien s'écria, après avoir visité le champ de bataille : "Je ne vois sur les visages des Allemands et des Russes que la tranquille image de la mort; au lieu que sur les traits inanimés des Francais je vois l'expression de la fureur et de la rage; leurs cadavres semblent vouloir s'élancer encore sur leurs ennemis pour les déchirer" (Victoires et Conquêtes).

Un arrêté du Premier Consul confirma plus tard la nomination du Chef de Bataillon Lelong de la 63e au grade de Chef de brigade qui lui avait été conferé sur le champ de bataille de Novi. Aussitôt après cette victoire, si chèrement achetée, Souvarow fit presser vigoureusement le siège de Tortone, où se trouvait, avons-nous dit, notre 3e Bataillon. Les sommations du Général russe furent d'abord repoussées avec indigniation par la garnison qui s'attendait toujours à être secourue et qui, journellement, exécutait des sorties. Mais, enfin réduite à 1,200 hommes, elle dut capituler le 12 septembre. Notre 3e Bataillon exigea que la capitulation lui laisserait son drapeau (il avait été pris, mais fut renvoyé par Souvorov en hommage à l'héroïque défense de la place depuis le 5 août), avec lequel il traversa fièrement toute l'Allemagne, bien moins comme un Bataillon prisonnier de guerre, que comme une troupe changeant de garnison.

Après la bataille de Novi, l'Armée d'Italie se concentra sur la Rivière de Gênes. La 63e Demi-brigade ne comptait plus alors que 615 hommes à son effectif. La fin de l'année 1799 se passa ainsi en luttes continuelles, dans lesquelles nos effectifs fondirent encore, pendant que la misère allait croissant chaque jour.

Situation de l'Armée d'Italie le 16 décembre 1799
Commandant en chef : Général Masséna
Aile droite : Général Masséna; 1ère Division Lemoine : 63e Demi-brigade (980 hommes).

Le 25 décembre 1799 (4 nivôse an 8), le Général Bonaparte adresse depuis Paris une Proclamation à l'Armée d'Italie : "Soldats ! les circonstances qui me retiennent à la tête du Gouvernement m'empêchent de me trouver au milieu de vous.
Vos besoins sont grands : toutes les mesures sont prises pour y pourvoir.
Les premières qualités du soldat sont la constance et la discipline ; la valeur n'est que la seconde.
Soldats ! plusieurs corps ont quitté leur position; ils ont été sourds à la voix de leurs officiers. La 17e légère est de ce nombre.
Sont-ils donc tous morts les braves de Castiglione, de Rivoli, de Neumarkt ? Ils eussent péri plutôt que de quitter leurs drapeaux, et ils eussent ramené leurs jeunes camarades à l'honneur et au devoir.
Soldats ! vos distributions ne vous sont pas régulièrement faites, dites-vous. Qu'eussiez-vous fait si, comme la 4e et 22e légère, la 18e et 32e de ligne, vous vous fussiez trouvés au milieu du désert, sans pain ni eau, mangeant du cheval et du mulet ? La victoire nous donnera du pain, disaient-elles; et vous, vous quittez vos drapeaux !
Soldats d'Italie ! un nouveau général vous commande. Il fut toujours à l'avant-garde dans les plus beaux jours de votre gloire. Entourez-le de votre confiance; il ramènera la victoire dans vos rangs.
Je me ferai rendre un compte journalier de la conduite de tous les corps et spécialement de la 17e légère et de la 63e de ligne. Elles se ressouviendront de la confiance que j'avais en elles !
" (Correspondance de Napoléon, t.6, lettre 4450).

 

d/ 1800

Fourriers du 4e de Ligne 1805
Portrait de Masséna extrait de l'Historique régimentaire du 63e de Ligne

L'Armée d'Italie était dans une position des plus critiques lorsque Massena vint en prendre le commandement à Gênes, où il arriva le 11 janvier. Réduite à 25,000 hommes, nus, affamés et ressemblant à des spectres, manquant de tout, il fallait, non seulement pourvoir à ses besoins, mais encore maintcnir lc peuple, comprimer de continuelles insurrections et s'opposer aux progrès d'une armée ennemie forte de 85,000 hommes d'infanterie et de 15,000 chevaux. Ce fut dans des circonstances si désavantageuses et qui devaient devenir bien plus mauvaises encore, quc Masséna soutint le blocus puis le siège de Gênes, opérations auxquelles la 63e Demi-brigade prit une part si glorieuse, que GENES est inscrit sur le drapeau du Régiment.

La situation de la 63e était alors la suivante (à la date du 6 avril 1800) : 3e Division, Général Marbot (puis Général Gardanne), 63e Demi-brigade, 500 hommes, occupant San-Bernardo et la Madona di Savoia. Réduite, on le voit, à une poignée d'hommes, elle était si peu vêtue et si mal nourrie que le Général Marbot écrivait, le 23 février, au Général Masséna : "Notre siluation est affreuse, mon Général. Le soldat recevra aujourd'hui 3 onces de pain, 3 onces de légumes secs, 3 onces de fèves. Ces distributions faites il ne restera pas une livre de grain, ni de riz, ni de haricots en magasin... La distribution manquera totalement demain".

Quelques jours après, le Général Soult écrivait de son côté : "La division Marbot a reçu hier une demi-ration, miais, pour aujourd'hui, il n'y a ni légumes, ni pain, ni viande, enfin il n'y a rien, absolument rien !"
et quel courage !

Du reste, pour bien se faire une idée de ce que la 63e Demi-brigade et le reste de l'armée avec elle ont souffert, même avant le siège, laissons la parole un moment à un témoin occulaire, et voyons le portrait qu'il nous trace de cetta armée qui allait acquérir tant de gloire : "En proie aux plus affreux besoins, à tous les genres de tortures, les soldats composant les débris de cette malheureuse et naguère si brillante armée d'ltalie, ces soldats en haillons, presque sans vivres, en partie sans capotes, sans chaussures, achevaient l'hiver le plus rigoureux sur les apres rochers de la Ligurie. Pâles, languissants et défigurés, affamés, découragés et abattus, ils ne sembalient plus que des spectres ! Les routes étaient jonchées de morts et de mourants, les quartiers en étaient encombrés, et ceux de ces infortunés qui parvenaient à se traîner jusqu'à un h ôpital, n'y recevaient presque aucun aliment ou secours, et, sans lits, même sans paille, trouvaient sur le marbre humide et froid des anciens palais et des églises, où la presque totalité des h ôpitaux étaient établis, et au milieu des cadavres que souvent on n'enterrait que très tard, un trépas plus prompt, plus certain, plus horrible, que dans les quartiers malsains ou sur les cimes glacées qu'ils quittaient" (Général Thiébault).

Nous allons suivre pas à pas notre 63e Demi-brigade dans cette mémorable défense.

Le 6 avril, les ennemis, au nombre de 16,000, conduits par M. de Mélas en personne, marchent avec du canon à l'attaque des positions de la 3e Division à Montenotte et à Torre. Nous n'avions à lui opposer que 3,600 combattants, et, cependant, jusque vers onze heures, il ne put obtenir aucun avantage; mais, à la fin, nos flancs sont débordés et la division se retire vers Monte-Nesino, où le Chef de Brigade Villaret est laissé avec 3 Bataillons (2 de la 3e Légère et le 2e de la 63e) pour ralentir le mouvement offensif de l'ennemi. Les débris de la Division se jettent dans Savone, qui nous reste après un combat acharné. Pendant la nuit, l'ennemi s'étant placé à Albisola pour nous couper la retraite sur Gênes, la Division marche à lui, le repousse et vient, le 6, prendre position à Varaggio. Ces divers combats, soutenus par moments à coups de baïonnette, de pierres et de crosse, coûtèrent beaucoup de monde de part et d'autre.

Dans la nuit du 7 au 8, les trois Bataillons qui avaient été laissés à Monte-Nesino rejoignirent la 3e Division. "Par des prodiges de valeur, et grâce la haute capacité du Chef de Brigade Villaret (de la 63e), ils se firent jour en dispersant un corps ennemi placé à La Stella". (Général Thiébault).

Le 8 avril, Masséna réorganise son armée et la divise en deux corps. Le 2e était destiné à tenir la campagne et se compose des 2e et 3e Divisions. La 3e Division, aux ordres du Général Gardanne, et sous le commandement direct de Masséna, comprend : la 3e Légère, les 62e, 63e et 97e de Ligne. Le 10, nous marchons de nouveau à l'ennemi. La Division Gardanne est fractionnée en deux colonnes ; celle de gauche, conduite par Gardanne et Masséna, se compose des 3e Légère, 63e de Ligne et d'un Bataillon d'élite. Elle doit se diriger sur la Stella, après avoir dépassé Varaggio. A peine avons-nous débouché de ce point que nous nous trouvons en présence des Autrichiens, dont les forces sont quintuples des nôtres ; on leur fait front, puis on les attaque à la baïonnette : ils sont repoussés et Masséna prend position. Cependant le feu devient terrible ; l'ennemi, pensant nous avoir suffisamment ébranlé, aborde à son tour nos positions ; six fois il charge notre front, six fois il est repoussé avec des pertes considérables. Mais comme on était hors d'état de le poursuivre, il profite de l'opiniâtre résistance que lui opposent les Français pour les tourner. Vers quatre heures du soir, c'est-à-dire après huit heures d'un combat soutenu par 1,400 hommes contre 7,000, il fallut battre en retraite et revenir prendre position à Cogoletto. Cette journée coûtait à la 63e 170 hommes. Les Lieutenants Mallet et Meynard, les Sous-lieutenants Ravet et Donnot, l'Adjudant Fouchet, les Sergents-majors Parenta, Bourceret et Villeneuve, se distinguèrent d'une façon particulière et, quoique blessés, refusèrent de quitter le combat. Le Sergent Cerclez aperçoit pendant l'action plusieurs soldats ennemis qui cherchent à se glisser sur le flanc de notre Demi-brigade ; il fond sur eux et les poursuit à coups de sabre jusqu'au milieu de leur colonne.

Citons encore quelques actions particulières; la mine est assez riche pour que nous puissions y puiser à pleines mains. Le Caporal Rouquette, des Grenadiers, était sur le point de sortir d'une redoute lorsque plusieurs Autrichiens le somment de se rendre. "Je ne me rends pas quand je puis me défendre", répond-il, et, en même temps, il en tue un d'un coup de fusil, en renverse un autre d'un coup de baïonnette et rejoint sa comipagnie. Rouquette reçut un sabre d'honneur, ainsi que le Sergent Cerclez.

Le Sous-lieutenant Pradet se trouve tout à coup en présence d'un Officier autrichien qui le défie à un combat particulier. Pradet est, à ce moment même, renversé par une balle. Malgré le sang qu'il perd, il se relève, fond sur son ennemi, disperse ceux qui voulaient le défendre et le fait prisonnier.

Le 11, le Général Gardanne, grièvement blessé la veille, est remplacé par le Général Fressinnet qui a sous ses ordres les 3e Légère, 62e et 63e de Ligne. Cette petite troupe est envoyée au secours du Général Soult. Après une marche des plus pénibles, après avoir escaladé des rochers, ella arrive au haut de la Montagne de l'Hermette, sur laquelle Soult était aux prises avec l'ennemi, qui commençait à déborder sa gauche. Les 62e et 63e sont aussitôt ployées en colonnes serrées par sections et le Général Fressinet, se plaçant à leur tête, fait battre la charge et se précipite sur les Autrichiens. "La terrible baïonnette produisant encore son effet habituel, la déroute de l'ennemi fut totale. La nuit venue, l'ennemi fut poursuivi pendant une heure entière à la lueur de la mousqueterie, et comme il n'avait pour retraite que des sentiers où dux hommes pouvaient à peine passer de front, le carnange fut affreux. Quelque honorables que fussent ces actions, elles laissèrent de grands regrets. La mort du chef de brigade Villaret, de la 63e, officier d'une très haute distinction, constitua en effet une de ces pertes que l'on ne répare pas" (Général Thiébault).

Le Colonel Villaret avait, en effet, été tué en chargeant l'ennemi; ce fut dans les termes suivants que le Général Fressinet annonça, dans son rapport, cette mort au Général en chef : "Nous perdimes, dans cette action, l'un des plus valeureux chefs de l'armée française, le citoyen Villaret, commandant la brave 63e, qui fut tué à la tête de son corps".

L'obscurité de la nuit et la dispersion des corps décidèrent le Général Soult à faire reprendre à ses troupes les positions qu'elles avaient au matin et à n'occuper la position de l'Hermette que par des postes qui en furent délogés par l'ennemi dans la nuit du 11 au 12. Dès qu'il en reçut la nouvelle, Soult resolut de réoccuper immédiatement cette position. Le 12 au matin, trois colonnes sont formées : celle de gauche comprenait la Brigade Fressinet. Nous manquions de cartouches; on y suppléa par l'ordre de n'aborder l'ennemi qu'à la baïonnette; défense fut faite, sous peine de mort, de tirer un coup de fusil. A dix heures du matin, les colonnes d'attaque s'ébranlent : à portée de l'ennemi la charge est battue, et la baïonnette exerçant sa toute-puissance, la position est emportée.

Les journées des 13 au 14 furent consacrées au repos et on les passa presque sans pain. Cette situation n'était pas tenable et, dès le 14 au soir, Soult, pour en sortir, décida d'attaquer l'ennemi et de le déloger du camp de la Moglia. Dans ce but, de nouvelles colonnes d'attaque sont constituées. Celle du Général Gazan (3e Légère, 62e, 63e), remontant la vallée de 1'Erro, devait gagner les hauteurs de Pont-Ivrée, afin de menacer, de là, les derrières des troupes autrichiennes. Le 15, vers trois heures, Gazan arrive sur ces hauteurs fortemcnt occupées et qui sont vigoureusement défendues. Trois fois prises et reprises, elles finissent par rester en notre pouvoir. Malgré l'énorme disproportion des forces, on parvint à se maintenir aur les positions conquises. La nuit seule vint mettre fin à ce combat terrible. A minuit, sans laisser un seul blessé à l'ennemi, nous nous repliâmes sur Sassello. "Tout ce que purent l'honneur et l'intrépidité, dit Soult dans son rapport au général en chef, fut déployé dans cette action, l'une des plus meurtrières, et, 1'on peut ajouter, l'une des plus glorieuse que l'on puisse rappeler... Il n'est pas possible d'être plus brave, ajoutait-il en parlant de la 25e légère, des grenadiers de la 2e légére et de la 63e" (Général Thiébault).

Tous ces combats, et la nécessité où l'on se trouvait d'employer toujours les mêmes Corps, finissaient par épuiser l'armée ; et il fallait de toute necessité la replier. Du reste, "il ne restait plus que 3 cartouches par homme ; il n'existait pas, dans tous les corps, une once de pain, et, pour peindre par un mot l'horreur de la position de nos soldats, déjà la faim avait réduit plusieurs d'entre eux à manger de la chair humaine" (Général Thiébault). En conséquence, la retraite fut ordonnée et, le 17 au soir, nous arrivions à Voltri. Pendant cette retraite, les Grenadiers de la 63e venaient de passer un petit torrent lorsque trois Autrichiens, s'avançant sur la rive que nous venions de quitter, les défièrent. Lc Sergent Pestres repasse immédiatement le torrent, en tue un d'un coup de fusil, un autre d'un coup de baionnette, puis, saisissant le troisième, il l'emporte avec lui et s'élance à la nage dans le torrent. "Noie-le ! Noie-le !" lui crient nos hommes. "Non, camarades, leur répond-il, un Français ne noie pas un ennemi aprés l'avoir désarmé", et il ramène son prisonnier.

Voltri, que l'on venait d'occuper, ne présentait aucune position susceptible d'être défendue. Toutefois, la nécessité des distributions contraignit à y passer la journée du 18. A quatre heures du soir, nous y étions attaqués par l'ennemi appuyé par des chaloupes canonnières. La gauche, composée des 62e, 63e et 92e résista d'abord au double feu des troupes d'attaque et de la flottille; mais, à la fin, elle fut forcée et se replia sur Sestri. Toutes les troupes se portèrent ensuite à la hauteur du fort Saint-André, où elles prirent une nouvelle position. Le siège proprement dit de Gênes allait commencer.

Le 20 avril, Masséna donna à son armée une organisation nouvelle : il ne forma plus que deux Divisions et une réserve. Les débris de la 63e Demi-Brigade, 200 hommes, furent chargés de la défense du fort de Richelieu, sous le commandement du Chef d'escadrons Donadieu. Le 24, un parlementaire anglais entrait dans le port de Gênes, apportant à Masséna une sommation rédigée dans les termes les plus honorables ; la réponse du Général se borna à ces huit mots : "Gênes sera défendue jusqu'à la dernière extrémité. Masséna".

Le 28 avril, un détachement de la 63e recoit l'ordre d'exécuter une sortie. Le Caporal Bonaventure n'attend pas que l'on ait ouvert les portes et abattu les ponts. Il se précipite dans le fossé, franchit les palissades, et, suivi de deux de ses camarades, tombe à la baïonnette sur les ennemis. A ce moment arrivent nos hommes, au nombre de cinquante seulement; les Autrichiens fuient épouvantés devant tant d'audace, laissant 300 prisonniers entre nos mains. Furent encore cités comme s'étant particulièrement distingués dans cette affaire, les Lieutenants Ville, Abel et Galland, et le Sous-lieutenant Nogier. Le Caporal Bonaventure reçut un fusil d'honneur.

Le 30, pendant que les troupes de la défense cherchaient à reprendre le fort de Quezzy, le Chef d'escadrons Donadieu, profitant d'un brouillard assez épais pour masquer son mouvement et empêcher l'ennemi de compter les braves qui combattaient sous ses ordres, tombe avec 100 hommes de la 63e sur les derrières de deux Bataillons autrichiens qui s'étaient établis entre Gênes et le fort de Richelieu, et, à la suite d'une lutte d'autant plus honorable qu'elle était pluis inégale, rompit ces deux Bataillons et leur fit 400 prisonniers.

Citons encore l'action d'éclat accomplie le 4 mai par le Sergent Barthe. Nous manquions de munitions, lorsque Barthe apprend qu'un convoi de cartouches, escorté par un faible détachement, défilait devant le fort Richelieu. ll sort du fort, seul, se glisse dans les plis du terrain, et s'élance sur le détachement en poussant de grands cris et faisant semblant d'appeler ses hommes. L'ennemi, pris de peur et se croyant tombé dans une embuscade, prend la fuite et Barthe ramène le convoi. I1 recut un fusil d'honneur.

Le mois de mai acheva de s'écouler sans incidents à signaler pour la 63e. Cependant la situation s'aggravait de plus en plus; chaque jour voyait naître de nouveaux désastres et dévoilait les plus horribles effets de la famine; on ne rencontrait dans les rues que morts et mourants.
Le 21 mai, il n'existait plus dans les magasins que de quoi faire de très mauvais pain pour deux jours. Masséna, voulant absolument gagner du temps, fit ramasser dans la ville les amandes, la, graine de lin, l'amidon, le son, l'avoine, et de tout cela il fit faire une espèce de pâte qui fut distribuée au lieu de pain. Puis, pour faire prendre patience à ses troupes dont le courage commençait à faiblir, il les entraîna à de nouveaux combats. Mais, quel que soit le degré d'héroïsme des âmes, les forces humaines ont des limites; à Gênes on les avait atteintes, sinon dépassées, depuis longtemps. Il devenait d'autant plus nécessaire de se rendre que la flotte anglaise qui bloquait le port bombardait emaintenant la ville.

Le 1er juin, Masséna, dans l'esprit duquel ne pouvait entrer, en dépit des événements, l'idée d'une capitulation, mais qui sentait cependant l'impossibilité absolue de tenir désormais dans Gênes, réunit tous ses chefs de corps, et, après leur avoir fait de la situation un exposé fidèle, il termina par ces paroles : "Camarades, nous avons rempli notre tâche, mais qu'il ne soit pas dit qu'on a triomphé de nous. Abandonnons ce vaste tombeau, n'emportons que nos armes et notre gloire et faisons-nous jour à travers l'ennemi". Les chefs de corps lui répondirent que les Officiers le suivraient et périraient avec lui, mais qu'il ne fallait plus rien attendre des soldats ; les malheureux n'avaient plus, en effet, la force de supporter le poids de leurs fusils, leurs maux étaient à leur comble, et les maladies faisaient parmi eux des progrès et des ravages effrayants. Cédant enfin à la nécessité, Masséna se décida à traiter, mais en déclarant fièrement à l'ennemi qu'aucune négociation ne serait ouverte si le mot de capitulation devait y être seulement prononcé. Le traité d'évacuation fut signé le 5 juin.

Masséna termina les négociations par un mot qui montre quelle était son énergie et la foi que, malgré certaines défaillances, il avait dans le courage indomptable de ses Soldats. Comme l'Amiral Keith le complimentait et l'assurait que sa défense avait été trop héroïque pour que l'on pût rien lui refuser, Masséna reprit vivement : "Eh bien, Monsieur l'Amiral, laissez arriver un peu de blé à Gênes, et je vous donne ma parole d'honneur que ces messieurs (montrant les Autrichiens) n'y mettront jamais les pieds". Ainsi se termina ce siège de Gênes, qui rend à jamais immortel le nom de Masséna, qui suffirait à lui seul pour illustrer les troupes qui prirent part à cette défense et dans lequel la 63e Demi-brigade se signala si bien, qu'aujourd'hui encore il est rappelé sur le drapeau du Régiment (sic). Pendant plus de 60 jours, de faibles troupes firent la guerre à toute une armée, presque toujours avec succès, se battant souvent sans munitions et, plus souvent encore, sans pain.

Nous sortîmes de Gênes, fièrement, avec nos armes, nos drapeaux, notre artillerie, tout notre matériel, et nous fûmes rapatriés aux frais de l'Angleterre. Rien n'avait été oublié, ni pour l'honneur de l'armée, ni pour les intérêts des individus. Nous avons le droit de nous enorgueillir de nos aînés de la 63e Demi-brigade, et, le cas échéant, nous avons le devoir de ne pas oublier l'exemple glorieux qu'ils nous ont laissé.

Le 9 juin, la 63e Demi-brigade arrivait à Antibes.

Le 3 juillet 1800 (14 messidor an 8), Bonaparte écrit depuis Paris, à Carnot, Ministre de la Guerre : "L'arrêté que j'ai pris à Milan le 5 messidor, citoyen ministre, porte art. 2, que 13 demi-brigade de ligne et 3 légères qui sont dignes [sic] se rendront à Dijon pour faire partie de l'armée de réserve.
Voici la destination que je désire leur donner.
... la 63e à Caen ...
" (Correspondance générale, t.3, lettre 5481).

Le 21 août 1800 (3 fructidor an 8 - note : Une copie portant la date du 23 août est conservée au S.H.D., département de l'Armée de Terre, 17C285), Bonaparte écrit depuis Paris, à Carnot, Ministre de la Guerre : "... Vous donnerez ordre pour que la 63e demi-brigade qui doit être dans la 14e division complète ses grenadiers à 80 hommes par compagnie. Vous en ferez passer une revue et me ferez connaître quand ils pourront être disponibles ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 5615).

Le 5 septembre 1800 (18 fructidor an 8), Bonaparte écrit depuis Paris, à Carnot, Ministre de la Guerre : "... Vous donnerez les ordres ... à la 6e de ligne, de partir de la 14e division militaire, et de se rendre à Dijon en toute diligence aussitôt que la 63e sera arrivée à Caen ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 5630).

Le 30 septembre 1800 (8 vendémiaire an 9), Bonaparte écrit depuis Paris à Carnot, Ministre de la Guerre : "Vous ordonnerez au général commandant la 14e division militaire (La Barolière. Le siège de la Division est à Caen) de procéder au complément des 2 compagnies de grenadiers de la 63e, mais elles ne partiront que lorsque le 3e bataillon qui est dans l'Ardèche les aura rejointes, et ce bataillon ne partira de l'Ardèche que lorsqu'il aura pu être remplacé par d'autres troupes" (Correspondance générale, t.3, lettre 5674).

Le 19 novembre 1800 (28 brumaire an 9), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... Dans la 8e division militaire, je remarque des détachements de la 63e dont le corps est dans la 14e division militaire (Chef lieu : Caen) ... Dans la 14e division militaire, un grand nombre de gardes-côtes sur lesquels j'avais demandé un rapport, pour savoir s'ils seraient incorporés dans la 63e demi-brigade ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 5783).

Le 29 novembre 1800 (8 frimaire an 9), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... la 63e qui est à Caen, ainsi que les différents corps qui sont à l'armée de l'Ouest sont destinés à recevoir des conscrits et dès lors on peut d'avance prendre des mesures pour leur donner des draps comme si elles [sic] étaient au complet ... Par ces dispositions, nous nous trouvons avoir, indépendamment de l'armée de l'Ouest, 9 demi-brigades qui peuvent recevoir plus de 20000 conscrits, et les magasins centraux, les marchés pour habits confectionnés deviennent inutiles et le service se trouverait assuré" (Correspondance générale, t.3, lettre 5806).

Le 20 décembre 1800 (29 frimaire an 9), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... Chacune des 26e, 33e, 39e, 64e, 63e demi-brigades fourniront une compagnie de 90 hommes, la 90e en fournira 100 pour composer les troupes qui doivent s'embarquer au Havre. Le bataillon composé de 6 compagnies sera commandé par un chef de bataillon et sera sous les ordres du général de brigade Lannecy ...
Il faut charger un commissaire des guerres de passer la revue au Havre, faire compléter leur habillement, leur armement et la solde jusqu'au 1er ventôse, ayant cependant soin de ne les payer qu'à mesure
" (Correspondance générale, t.3, lettre 5848).

A la fin de l'année, la 63e était à Caen. La 63e acheva l'année 1800 à Caen d'abord, puis à Saint-Lô. A noter que certaines sources indiquent que le 3 mai, un Bataillon a été capturé à Savone (à confirmer).

COLONEL LACUEE (MARC-ANTOINE COSME-JEAN-CHRYSOSTÔME)


Né à Agen (Lot-et-Garonne), le 10 décembre 1773. - Lieutenant (27e de ligne) Aide de camp du Général Lacuée, le 9 février 1793. - Capitaine adjoint à l'état-major de l'Intérieur et employé au cabinet topographique et historique du Directoire jusqu'au 13 mai 1795. - Capitaine aide de camp du Général Sahuguet jusqu'au 4 novembre 1797. - Chef de bataillon à la 27e Légère, le 24 août 1798. - Employé à l'Etat-major de l'Armée du Rhin jusqu'au 15 septembre I799. - Chef de brigade le 15 septembre 1799. - Remplace, à la tête de la 63e Demi-brigade, le Colonel Villaret, en 1800.
Tué à l'ennemi à Eylau, après avoir été blessé deux fois et être revenu au feu malgré les chirurgiens qui voulaient l'en empêcher (8 février 1807).
Campagnes : Pyrénées-Occidentales, 1793; Pyrénées-Orientales, ans II, et III; Italie, an V ; Palatinat, an VII ; Souabe et Bavière, an VIII; Portugal, ans IX et X; Grande-Armée, 1805, 1806 et 1807.
Le nom du Colonel Lacuée est gravé suc l'Arc-de-Triomphe (côté Est).

Le Colonel (sic) Lacuée fut appelé, à la fin de l'année 1800, au commandement de la 63e Demi-brigade, en remplacement du Chef de brigade Villaret que nous avons vu tué glorieusement à l'ennemi, le 11 avril, à la bataille de la Montagne de l'Hermette.

 

e/ 1801-1804

La période de 1801 à 1804 ne présente pas de faits bien saillants; nous la résumerons donc sommairement pour arriver de suite à la période de l'Empire.

Le 15 janvier 1801 (25 nivôse an 9), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... Ordonnez également que l'on complète à 800 hommes le premier bataillon de la 63e demi-brigade, qui est à Caen, et qu'on le tienne prêt à entrer en campagne" (Correspondance de Napoléon, t.6, lettre 5297; Correspondance générale, t.3, lettre 5928).

Le 23 février 1801 (4 ventôse an 9), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous prie, citoyen ministre, de donner l'ordre au bataillon de la 63e demi-brigade de partir de la 14e division militaire pour se rendre à Saintes où il recevra de nouveaux ordres du général commandant le corps d'observation de la Gironde dont le quartier général est à Bordeaux ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 6069). Le Corps d'Observation de la Gironde, commandé par Leclerc, est destiné à soutenir les Espagnols dans l'offensive qui se prépare contre le Portugal.

Le 19 mars 1801 (28 ventôse an 9), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Donnez l'ordre au général Leclerc, Citoyen Ministre, de faire partir ... un bataillon de la 63e de ligne ... " (Correspondance de Napoléon, t.7, lettre 5474; Correspondance générale, t.3, lettre 6141).

En avril 1801, la 63e est dirigée sur les Pyrénées et fait partie du Corps d'observation de la Gironde, d'où elle ne tarde pas à passer en Espagne. Le 1er avril 1801 (11 germinal an 9), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Leclerc : "... Six demi-brigades d'Italie et du Rhin sont en route pour se rendre à Bordeaux.
Je pense que vous avez donné ordre au bataillon de la 63e, qui était à Saintes, de vous rejoindre.
Vous devez laisser filer votre avant-garde huit ou dix jours en Espagne avant de la rejoindre. Passez-en la revue à Bayonne, et puis retournez à Bordeaux, après avoir pris des mesures, pour sa marche, avec les commissaires espagnols.
De retour à Bordeaux, vous organiserez la division qui sera à la disposition de l'amiral Bruix, et celle qui va se rendre à Bordeaux pour, de là, passer en Espagne
" (Correspondance de Napoléon, t.7, lettre 5494; Correspondance générale, t.3, lettre 6177).

Le 28 avril 1801 (8 floréal an 9), Bonaparte écrit depuis la Malmaison au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... Ordre à la 63e demi-brigade qui est dans la 14e division militaire de se mettre en marche le plus tôt possible pour se rendre à Bayonne et faire partie du corps d'observation de la Gironde ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 6244).

Le 4 mai 1801 (14 floréal an 9), Bonaparte écrit depuis la Malmaison au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Donnez l'ordre pour le départ des bataillons de la 63e, il était dit qu'il partirait de suite, sans attendre le bataillon de la 49e" (Correspondance générale, t.3, lettre 6254).

Le 30 mai, nous la retrouvons à Civita-Rodrigo. Le 29 juin, sa situation est la suivante : 1er Bataillon, 572 hommes, à Moraleja; 3e Bataillon, 590 hommes, à Salamanque. Ces deux Bataillons que commande le Colonel (sic) Lacuée, sont sous les ordres du Général Monnet. Le 2e Bataillon est à Bayonne avec le dépôt.

Le 15 juillet, un détachement de 25 hommes, sous les ordres du Sergent-major Dutis, eut à Torquemada un engagement avec une troupe de bandits. Dans cette affaire, les Sergents Gallet et Dams, les Fourriers Pérouse et Toucheriez, le Caporal Noël et le Grenadier Bertrat se distinguèrent si bien que, sur la demande du Roi d'Espagne, le Premier Consul leur accorda à chacun un fusil d'honneur.

Le 24 novembre 1801 (3 frimaire an 10), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... La 63e [se rendra] dans la 21e division militaire [chef lieu Bourges] ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 6654).

D'après les Etats militaires de l'an X (1801-1802), la 63e est au Corps d'Observation de la Gironde; son Dépôt à Bayonne. Les cadres du Régiment sont constitués de la manière suivante :

- Etat major : Chef de Brigade Lacuée; Chefs de Bataillon Menne, Guiton, Cazalis; Quartier maître trésorier Grasset; Adjudants major Robert, Ville; Officiers de santé Comairas, Lieutard.
- Capitaines : Loup, Bresson, Lanteyres, Desgraviers, Levrat, Herduins, Brumas, Cortambert, Thibault, Galand, Bonet, Blanc, Descubes, Henriot, Malmontet, Baheurte, Bordy, Michel.
- Lieutenants : Galand, Aussiguargues, Grenier, Maynard, Abel, Bonnal, Garibal, Frézouls, Fabre, Mallet, Carré, Paquet, Pruat, Renardet, Labarière, Roux, Grevit, Nogier.
- Sous lieutenants : Deguil, Salles, Grangier, Pradet, Donnot, Herlemont, Tuech, Tourret, Micouteau, Revel, Kinloget, Pahonet, Parisey, Viel, Gerbault, Niveduab, Fruchard, Delatte.

Le Capitaine Raffit est Capitaine Adjoint à l'Etat-major de l'Armée.

En 1802, la 63e Demi-brigade rentre en France, mais elle continue à faire partie du Corps d'observation de la Gironde, et se morcelle en de nombreuses petites colonnes qui sont chargées de faire respecter nos frontières. Elle fut ensuite réunie au camp de Bayonne, puis à la, fin de l'année envoyée à Poitiers pour y tenir garnison.

D'après les Etats militaires de l'an XI (1802-1803), la 63e est à Poitiers, 12e Division militaire. Les cadres du Régiment sont constitués de la manière suivante :

- Etat major : Chef de Brigade Lacuée; Chefs de Bataillon Guitou, Cazalis, Menne; Quartier maître trésorier Grasset; Adjudants major Robert, Ville; Officiers de santé Lieutard, Comairas.
- Capitaines : Loup, Bresson, Desgraviers, Brumas, Herduin, Cortambert, Thibault, Galland, Bouen, Blanc, Henriot, Malmontet, Lantegrès, Baheurte, Bordy, Michel, Levrat, Abel.
- Lieutenants : Grenier, Maynard, Bonnal, Frézouls, Garribal, Mallen, Fabre, Pasquet, Carré, Renarden, Gruat, Labarière, Roux, Grevit, Nogier, Deguil, Touret, Mottay.
- Sous lieutenants : Salles, Grangier, Praden, Donnot, Tuech, Micoulau, Revel, Kleinlogel, Parisey, Gerbaud, Fruchard, Delatte, Juntes, Arnal, Rivene, Le Dôme, N, N.

En 1803, presque rien à signaler. Le 19 avril 1803 (29 germinal an 11), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Mon intention, Citoyen Ministre, est que l'île d'Yeu (département de la Vendée) soit armée dans le plus court délai, et d'y maintenir comme commandant d'armes un chef de bataillon, qui aura la haute police sur toute la population. Faites partir sur-le-champ de Nantes pour cette île six pièces de 36, six pièces de 18 en fer, avec un approvisionnement de 200 coups par pièce, deux grils à boulets rouges et trois mortiers à la Gomer.
Vous y enverrez trois compagnies de 100 hommes chacune, avec des vivres pour trois mois. On enrôlera tous les habitants en état de porter les armes; et, s'il est nécessaire, vous y nommerez les officiers nécessaires, sous le titre d'adjudants, pour commander cette population.
Cette île doit avoir 400 hommes en état de porter les armes.
Si l'artillerie n'existait pas à l'arsenal de Nantes, il faudrait la prendre dans les batteries les plus près de cette île.
Il est convenable que tout cela parte le plus promptement et le plus secrètementpossible.
Si vous n'avez pas les approvisionnements nécessaires à 400 hommes pour trois mois, vous les demanderez au ministre de la marine, qui les ferait partir de Rochefort.
S'il n'y a pas, à portée, de l'artillerie de terre, vous en demanderez au ministre de la marine, qui vous fera passer 50 hommes d'artillerie de la marine, jusqu'à ce que vous puissiez les remplacer.
Mon intention n'est pas qu'on mette de Suisses dans cette île. Le général commandant la 12e division militaire formera trois compagnies de la 63e demi-brigade.
Il est nécessaire que les hommes, l'artillerie et les approvisionnements arrivent à la fois. Le général commandant la division en passera la revue et classera les habitants en compagnies.
Donnez ordre au général du génie Bertrand de s'y rendre sur-le-champ, pour disposer de la manière la plus convenable les moyens de défense, faire construire les ouvrages de campagne et former un projet de défense permanente, mon intention étant de s'assurer de cette île par un bon ouvrage.
Le général commandant la division établira sur la côte une bonne batterie pour organiser et assurer les communications.
Vous mettrez la somme de 25,000 francs à la disposition du général Bertrand ...
" (Correspondance de Napoléon, t.8, lettre 6700; Correspondance générale, t.4, lettre 7592).

Le 20 avril 1803 (30 germinal an 11), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous prie, citoyen ministre, de donner ordre à la 93e demi-brigade qui est à Périgueux de se rendre dans l'ile de Ré où elle fournira des garnisons aux iles d'Oléron et d'Aix et à l'ile d'Yeu. Du moment où cette demi-brigade sera arrivée, vous donnerez ordre que la 63e soit réunie à Poitiers" (Correspondance générale, t.4, lettre 7597).

Le 2 mai 1803 (12 floréal an 11), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous prie, citoyen ministre, en conséquence de l'arrêté du 10 floréal, de donner ordre ... au bataillon de la 66e légère qui est à Laval de se rendre à Poitiers pour être incorporé dans la 63e qui sera par là portée à 3 bataillons ..." (Correspondance générale, t.4, lettre 7618).

Le 6 juin 1803 (17 prairial an 11), les détachements du Corps qui se trouvent à l'île d'Yeu reçoivent l'ordre de rentrer à leur Demi-brigade (lettre de Bonaparte écrite depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre - Correspondance de Napoléon, t.8, lettre 6794; Correspondance générale, t.4, lettre 7698).

Cachet du 63e de ligne
Cachet régimentaire (source : Collection privée)

Le 14 juin 1803 (25 prairial an 11), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous renvoie, Citoyen Ministre, les projets que vous aviez rédigés pour le camp de Saint-Omer. Voici définitivement les bases auxquelles je me suis arrêté :
Six camps seront formés, lesquels, destinés à ne composer qu'une seule armée, seront commandés par six lieutenants généraux commandant en chef. Ils auront chacun un parc d'artillerie commandé par un général d'artillerie et par un colonel diiecteur du parc. Les six parcs seront tous soumis à un général commandant en chef l'artillerie et à un général de brigade directeur général des parcs des six camps. Chacun de ces camps aura un ordonnateur, lequel correspondra avec un ordonnateur en chef des six camps.
Ces six camps seront : un en Hollande, un à Gand, un à Saint-Omer, un à Compiègne, un à Saint-Malo, un à Bayonne ...
Pour le camp de Compiègne, les 9e et 24 légères; les 18e, 44e, 63e, 64e, 4e, 32e, 96e et 111e de ligne; le 3e régiment de hussards; le 10e de chasseurs; les 1er, 3e, 8e et 9e de dragons ...
Chacune des demi-brigades ci-dessus ne fournira que ses 1er et 2e bataillons, lesquels seront complétés à 1,000 hommes. Il est donc nécessaire que ces corps soient prévenus sur-le-champ que leurs deux premiers bataillons doivent marcher vers la fin de l'été, afin qu'ils activent l'instruction, l'habillement, etc ...
" (Correspondance de Napoléon, t.8, lettre 6814; Correspondance générale, t.4, lettre 7722).

Le 14 août 1803 (26 thermidor an 11), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... Donnez ordre ... A la 63e demi-brigade de former deux bataillons à 800 hommes et de les envoyer au camp de Bayonne ..." (Correspondance générale, t.4, lettre 7931).

Le 28 août 1803 (10 fructidor an 11), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous envoie, citoyen ministre, les dispositions que j'ai arrêtées pour l'organisation de quatre camps faisant partie des six qui vont être formés sur les côtes de l'Océan.
... Camp de Bayonne
Le général Augereau est nommé commandant en chef du camp de Bayonne.
... Le général Carra Saint-Cyr aura à ses ordres les généraux de brigade :
Sereu (il n'existe pas de général de ce nom; il s'agit probablement de Sarrut),
Varé
... 63e de ligne,
77e id,
79e id,
83e id,
105e id.
... Le général Augereau établira son quartier général à Bayonne et partira aussitôt la réception de ses ordres.
Les troupes formant le camp de Bayonne seront cantonnées à proximité afin de pouvoir se mettre en marche au premier ordre ...
" (Correspondance générale, t.4, lettre 7972).

D'après les Etats militaires de l'an XII (1803-1804), le 63e a son 1er Bataillon à Rochefort; son 2e Poitiers, 12e Division militaire; son 3e à Bordeaux, 11e Division militaire. Les cadres du Régiment sont constitués de la manière suivante :

- Etat major : Colonel Lacuée; Major N.; Chefs de Bataillon Guitou, Gentil, Cortambert; Quartier maître trésorier Capitaine Grasset; Adjudants major Robert, Gillet, Ville; Officiers de santé Lieutard.
- Capitaines : Pouliquen, Loup, Desgraviers, Bresson, Brumas, Seneuze, Thibault, Galland, Varlet, Bouet, Blanc, Henriot, Motref, Malmontet, Lanteyres, Baheurte, Cauvin, Bordy, Darras, Michel, Sausset, Levrat, Abel, Hotte, Grénier, Frézouls.
- Lieutenants : Mainard, Bonnal, Garibal, Mallet, Fabre, Pasquet, Carré, Renardet, Meunier, Mottay, Hugay, Boutigny, Gruat, Walker, Labarriere, Roux, Grevit, Poirot, Proquez, Boitel, Nogier, Dequil, Touret, Crousse, Lefebvre, Grangier, Donnot.
- Sous lieutenants : Pradet, Tuech, Jolly, Revel, Kleinlogel, Parissey, Gerbaud, Fournier, Delatte, Thiellement, Ledôme, Manceau, Meget, Guillaume, Juntes, Arnal, Rivenc, Cassier, Garnier, Lempereur, Poupard, Jacquier, Benajean, Moyroux, Riche, N, N.A la fin de l'armée 1803, le 63e n'a plus qu'un Bataillon à Poitiers; un est à Rochefort, le 3e est à Bordeaux. Ils fournissent la garnison des bâtiments de la flottille qui se réunit dans ces ports.

Le 24 septembre, l'arrêté des Consuls supprime la dénomination de Demi-brigade, et la remplace par celle de Régiment. Ce changement ne fut pas accepté sans murmures par ces vieilles Demi-brigades qui, tant à l'Armée du Rhin qu'à l'Armée d'Italie, s'étaient couvertes de gloire. La 63e devint alors le 63e Régiment d'infanterie de ligne, et incorpore dans ses rangs le 1er Bataillon de la 66e Demi-brigade.

Un modèle uniforme de drapeau fut également adopté pour l'armée (voir la partie consacrée aux drapeaux).

Le 31 octobre 1803 (8 brumaire an 12), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Prévenez, Citoyen Ministre, le général Augereau qu'une convention a été signée à Paris avec l'Espagne, qui a mis d'accord les deux Gouvernements. Il est néanmoins nécessaire que son armée reste dans la même situation, hormis la destination donnée aux 44e et 63e demi-brigades et la cavalerie, jusqu'à ce que les ratifications aient été échangées et que le traité ait commencé à recevoir son exécution; mais immédiatement après, son armée, devant recevoir une autre destination, devra faire un mouvement, mais en conservant dans son intégrité son organisation et son administration actuelles ..." (Correspondance de Napoléon, t.9, lettre 7235; Correspondance générale, t.4, lettre 8200).

Le même jour (31 octobre 1803 - 8 brumaire an 12), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous prie, Citoyen Ministre, de donner ordre au général Augereau d'envoyer le premier bataillon de la 44e demi-brigade de ligne à Bordeaux et le deuxième à Bayonne. Ces bataillons seront destinés à fournir des garnisons aux bâtiments qui doivent être prêts à partir de ces deux ports, à raison de 25 hommes par bateau de première et deuxième espèce et de 10 hommes par péniche.
Donnez-lui également l'ordre d'envoyer le premier bataillon de la 63e à Bochefort, pour mettre garnison sur les bâtiments de la flottille qui s'arment dans ce port. Le deuxième bataillon restera à Bordeaux, pour fournir les garnisons nécessaires aux bateaux qui partiront de ce port lorsque le bataillon de la 44e sera parti
" (Correspondance de Napoléon, t.9, lettre 7237; Correspondance générale, t.4, lettre 8203).

Le 24 novembre 1803 (2 frimaire an 12), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Vous donnerez l'ordre au général de division Gouvion, inspecteur général de gendarmerie, de se rendre sur-le-champ à Angers, et de porter de là son quartier général à Châtillon.
Il aura immédiatement sous ses ordres une colonne d'éclaireurs ...
Il aura aussi sous ses ordres trois autres colonnes qui se réuniront à Beaupreau, à Thouars et aux Herbiers ...
La deuxième colonne sera composée de deux compagnies, complétées à 65 hommes, du bataillon du 63e régiment qui est à Poitiers, de 25 gendarmes et d'une compagnie, complétée à 70 hommes et à cheval, du 22e régiment de chasseurs, qui est à Niort. Le général de brigade Dufresse se mettra à la tête de cette colonne, qui se réunira à Thouars ...
Ces trois colonnes d'éclaireurs seront sous les ordres du général de division Gouvion, qui dirigera toutes leurs marches et leurs opérations de manière à faire fouiller la forêt de Vezins et arrêter sans miséricorde les hommes qui faisaient partie du rassemblement qui a eu lieu dans la commune d'Yzernay, les poursuivre partout et sur quelque département qu'ils se soient réfugiés, et enfin se porter partout où le prétexte de la conscription ou toute autre raison feraient naître des troubles.
Le général Gouvion est à cet effet muni de tous les pouvoirs nécessaires; il pourra promettre telle récompense qu'il jugera convenable pour l'arrestation des brigands.
Il sera accordé à toutes les troupes faisant partie de ces quatre colonnes d'éclaireurs une indemnité pour tenir lieu de vivres de campagne.
Ces colonnes d'éclaireurs existeront jusqu'à nouvel ordre; et vous mettrez à la disposition du général Gouvion une somme pour qu'il puisse suffire, soit aux dépenses d'espionnage, soit au payement des récompenses promises, soit pour l'indemnité des vivres de campagne jusqu'à ce que ce service soit organisé.
Recommandez au général Gouvion de se concerter avec les préfets; il est d'ailleurs autorisé, d'après son grade d'inspecteur général de gendarmerie, à faire faire à la gendarmerie tous les mouvements et déplacements qu'il jugera convenables pour arrêter les troubles à leur naissance
" (Correspondance de Napoléon, t.9, lettre 7315; Correspondance générale, t.4, lettre 8318).

Le 19 décembre 1803 (27 frimaire an 12), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Soult, Commandant du Camp de Saint-Omer : "Citoyen général Soult, les détachements du 39e qui vous sont arrivés doivent être à Etaples et camper à côté du 6e léger, le 69e à côté du 25e léger, les 9e léger et 18e, 32e et 96e de ligne doivent faire partie de la division Dupont qui campe à Boulogne; mais qui cependant doit faire partie du corps d'armée du général Ney.
Le 25e léger, les 27e, 59e et 69e doivent être campés à Etaples et former une division. Le 6e léger, les 39e, 44e et 63e doivent former une autre division également campée à Etaples. La 1re division qui part du Havre va se rendre à Etaples. Faites fournir la garnison par les troupes du camp d'Etaples
" (Correspondance générale, t.4, lettre 8478).

Au commencement de 1804, le Régiment est dirigé sur le camp de Brest, où il passe toute l'année, se préparant à la grandiose opération que va tenter contre l'Angleterre celui que ses admirables campagnes viennent de faire Empereur des Français.

Le 27 mai 1804 (7 prairial an 12), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud à M. Lebrun : "Monsieur Lebrun, Colonel Aide de camp, vous partirez dans la journée pour vous rendre à Bordeaux ... Vous verrez les bâtiments de la flottille qui sont en rade, et ce qui reste des 44e et 63e, qui ont dû s'embarquer dans ce port ..." (Correspondance de Napoléon, t.9, lettre 7788).

Le 23 juin 1804 (4 messidor an 12), Napoléon écrit depuis Saint-Cloud au Maréchal Berthier, Ministre de la Guerre, Major général des camps : "Mon cousin, donnez ordre qu'un détachement de 150 hommes du 3e bataillon du 44e régiment commandé par un capitaine, un lieutenant et un sous-lieutenant et un détachement de 300 hommes du 3e bataillon du 63e commandé par deux capitaines, deux lieutenants et deux sous-lieutenants se rendent à Bordeaux. Ces 450 hommes tiendront garnison sur les bâtiments de la flotille qui sont prêts dans ce port ..." (Correspondance générale, t.4, lettre 8947).

Le 27 septembre 1804 (5 vendémiaire an 13), Napoléon écrit depuis Mayence au Maréchal Berthier, Ministre de la Guerre, Major général des camps : "Mon cousin, le camp de Brest, tel qu'il sera composé, sera fort de 18000 hommes tout compris, savoir :
... 2 bataillons du 63e ... 1600 hommes ...

Les 63e et 44e ne feront plus partie du camp de Montreuil ...
" (Correspondance générale, t.4, lettre 9247)

Le 29 septembre 1804 (7 vendémiaire an 13), Napoléon écrit depuis Mayence au Vice-amiral Decrès : "Monsieur Decrès, Ministre de la marine, j'approuve que les chaloupes canonnières 171, 173, 177, 169, 174, 183, 184, 185, 186, 187, 188, 189, 190, 191, 192, 193, 194, 175, 176, 91, 92, 165, 166, 167, 168, 170, 172, 178, 181, en tout vingt-neuf, soient désarmées de leurs équipages, qui seront employés sur l'escadre de Brest. Les chaloupes canonnières qui se trouvent à Lorient y seront placées dans l'endroit le plus sain et le plus à l'abri du port, et s'il se peut sous des hangars; on pourra en destiner trois ou quatre pour les communications avec Belle-Ile; les garnisons en seront fournies par les vétérans de cette île. Toutes les autres chaloupes canonnières seront à Brest. Il n'y en aura point, sous quelque prétexte que ce soit, dans les petits ports; elles doivent toutes être à Lorient et à Brest. Les garnisons de ces trente-huit bâtiments, composées du bataillon d'élite suisse et des 63e et 44e régiments de ligne, se rendront à Brest et feront partie du camp ... Il faudra ordonner au Havre qu'à mesure que des détachements, faisant garnison, du bataillon d'élite suisse ou des 63e et 44e régiments, arriveront, ils soient renvoyés à Brest. Les garnisons seront fournies par d'autres troupes que désignera le ministre de la guerre" (Correspondance de Napoléon, t.9, lettre 8064; Correspondance générale, t.4, lettre 9269).

Le 8 octobre 1804 (16 vendémiaire an 13), Napoléon écrit depuis Trèves au Maréchal Berthier, Ministre de la Guerre, Major général des camps : "Mon cousin, ... les ordres que vous avez donnés relativement aux 63e et 44e et au bataillon d'élite suisse sont conformes à mes intentions" (Correspondance générale, t.4, lettre 9335).

Cachet du 63e de ligne
Lettre du Colonel Lacuée autorisant le passage du Sergent Theat dans la Gendarmerie d'élite.

Le 24 novembre 1804, le Sergent Theat est autorisé par le Colonel Lacuée à passer dans la Gendarmerie d'élite comme Gendarme à pied.

L'année 1804 se termina par une cérémonie imposante. Le 5 décembre, sur le Champ de Mars, l'Empereur distribua à l'armée ses nouveaux drapeaux, qu'elle allait promener victorieusement à travers toute l'Europe. Dans une immense tribune était placé le trône de l'Empereur, à droite et à gauche des banquettes pour les grands corps de l'État et les personnages les plus distingués de l'Empire. Tous les Colonels, accompagnés d'une députation de leurs Régiments, étaient présents et occupaient l'intérieur du Champ de Mars. Au signal donné, toutes ces députations se mirent en mouvement et s'approchèrent du trône au pied duquel se trouvaient les divers drapeaux et étendards portés par des Officiers et les présidents des collèges électoraux. L'Empereur se levant alors, prononça d'une voix vibrante les paroles suivantes :
"Soldats! voilà vos drapeaux. Ces aigles vous serviront toujours de point de ralliement. Elles seront partout où l'Empereur les jugera nécessaires pour la défense de son trône et de son peuple. Vous jurez de sacrifier votre vie pour les défendre et de les maintenir constamment, par votre courage, sur le chemin de la victoire. Vous le jurez ?" Un formidable cri de : "Nous le jurons !" lui répondit, pendant que toutes les mains se tendaient vers lui.

Ce fut un noble serment, et en ce qui concerne le Régiment, il fut noblement tenu par le Colonel Lacuée et tant d'autres braves du 63e, qui en prouvèrent la sincérité par leur mort héroïque.

Le drapeau que le Colonel rapporta au Régiment était du modèle qui avait été adopté en l'an XI, que nous avons décrit, et modifié par l'Empereur (voir la partie drapeaux).

Etat des conscrits que chaque département doit fournir sur les classes de l'an XI (1803) et de l'an XII (1804)
Manche
602


f/ 1805

Au début de l'année 1805, l'Armée française était répartie sur les côtes de l'Océan depuis Brest, où nous avons vu que se trouvait le 63e, jusqu'au Texel. L'Empereur ne semblait préoccupé que de l'expédition qu'il préparait contre l'Angleterre.

Le 12 janvier 1805 (22 nivôse an 13), l'Empereur écrit depuis Paris au Vice-amiral Decrès : "... Tous les détachements des 44e et 63e régiments rejoindront leurs corps à Brest ... " (Correspondance de Napoléon, t.10, lettre 8270).

Bientôt, convaincu de l'impossibilité de maintenir la paix sur le continent, Napoléon résolut, à la suite de l'échec de Villeneuve, de marcher sur l'Allemagne avec une promptitude capable de frapper l'ennemi d'étonnement.

Le 10 août 1805, le 63e est réparti de la manière suivante :

1er Bataillon
Armée des Côtes, 2e Corps détaché (Augereau), 1ère Division, à Creakmure
707 présents, 62 hommes en recrutement, 61 hommes aux hôpitaux
2e Bataillon
Idem, 1ère Division, à Kérautrec
660 présents, 47 hommes en recrutement, 62 hommes aux hôpitaux
3e Bataillon
Poitiers, 12e Division Militaire
283 présents, 60 hommes en recrutement, 38 hommes aux hôpitaux

 

Boutons du 63e de lignebouton 63e de ligne
Divers boutons du 63e ; le dernier à droite est un petit module (source : Collection privée)
bouton 63e bouton 63e
bouton 63ebouton 63e
Bouton de troupe, Ø 22 mm, laiton (Bertrand Malvaux).
Bouton de troupe, Ø 16 mm, laiton (Bertrand Malvaux).

Le 27 août, le 63e de Ligne aligne un effectif de 1537 hommes au sein de la Brigade Menard, Division M. Mathieu, 7e Corps Augereau (Nafziger 805HAH).

Le 30 août, Napoléon décide que l'Armée des côtes de l'Océan s'appellera, dès ce jour, la Grande-Armée, et il en arrête la composition. Elle se divise en sept Corps. Le 7e, aux ordres d'Augereau, qui doit constituer la réserve et se réunir à Brest, est formé de deux Divisions. La 1re, sous les ordres du Général Mathieu, comprend les 7e Léger, 24e et 63e Régiments d'infanterie, avec les Généraux de Brigade Sarut et Sarazin. Le 63e, sous les ordres du Colonel Lacuée, a deux Bataillons au 7e corps : 1er Bataillon, Commandant Gentil; 2e Commandant Guiton. L'effectif total est de 1261 hommes. Le 3e Bataillon, resté à Brest, reçoit l'ordre de venir à la réserve de Strasbourg pour être endivisionné à Neuf-Brisach. Le dépôt est à Poitiers.

Du 29 août au 2 septembre, tous les corps de la Grande Armée se mettent simultanément en marche vers le Rhin. Le but de l'Empereur est d'attaquer les Autrichiens avant l'arrivée des Russes, en tournant les défilés du haut Danube et la ligne du Lech. Le 7e Corps ne devait arriver sur le Rhin que quinze jours environ après les autres. De Brest, il se dirige par Alençon et Sens sur Langres et Belfort.

Le 30 août, l'Empereur adresse à l'Armée cette proclamation : "Soldats ! la guerre de la 3e coalition est commencée. L'armée autrichienne a passé l'Inn, violé les traités, attaqué et chassé de sa capitale notre allié. Vous mêmes, vous avez dû accourir à marches forcées à la défense de nos frontières. Mais déjà vous avez passé le Rhin. Soldats! votre Empereur est au milieu de vous; vous n'êtes que l'avant-garde d'un grand peuple. S'il est nécessaire, il se lèvera tout entier à ma voix pour confondre et dissoudre cette nouvelle ligue qu'ont tissée la haine et l'or de l'Angleterre. Mais, soldats, nous aurons des marches forcées à faire, des fatigues et des privations de toute espèce à endurer. Quelques obstacles qu'on nous oppose, nous les vaincrons, et nous ne prendrons de repos que nous n'ayons planté nos aigles sur le territoire de nos ennemis".

Un soldat du 63e écrit : "... nous sommes nourris par le paysan qui nous fournit tout ..." (in Pierre Charrié : "lettres de guerre, 1792-1815").

Le plan de l'Empereur s'exécuta comme il l'avait prévu. Les corps de la Grande-Armée enserrent peu à peu les Autrichiens dans Ulm, où le Général Mack capitulait, le 17 octobre, avec 27,000 hommes. Le 7e Corps n'avait pu prendre part à ces brillantes actions. Vers le 23 octobre, il venait seulement de franchir le Rhin à Huningue et recevait l'ordre de se rendre à Kempten. Le 63e, qui, au sein de la 2e Division (Maurice Mathieu) du 7e Corps, aligne 2 Bataillons pour un effectif total de 1337 hommes, se trouve ainsi en dehors de la campagne foudroyante de l'Empereur contre les Russes, campagne qui se termine par la victoire d'Austerlitz.

Grande Armée - 26 octobre 1805 (Nafziger - 805JXA)
7e Corps : Augereau
2ème Division M. Mathieu
Brigade Sarrut
63e de Ligne, 1er et 2e Bataillons, 61 Officiers, 1303 hommes

Source : Archives françaises, Carton C2-470,480,481

 

7e Corps : Augereau - 6 novembre 1805 (Nafziger - 805KXC)

2ème Division Maurice Mathieu
2e Brigade Sarazin
1er et 2e Bataillons du 63e de Ligne, 60 Officiers, 1277 hommes

Source : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

 

Toutefois, le 7e Corps ne reste pas inactif; le 30e bulletin (bis) de la Grande-Armée, daté d'Austerlitz le 4 décembre 1805, annonça à la France que les soldats du Maréchal Augereau venaient de faire capituler le Corps du Général autrichien Jellachich, qui avait réussi à s'échapper d'Ulm. Le 7e Corps, en effet, s'était avancé de Stockach sur Lindau et Bregenz. A son approche, Jellachich fit évacuer les postes que ses troupes occupaient sur le lac de Constance, et les replia vers le camp retranché de Feldkirch. Elles furent poursuivies et bientôt étroitement serrées. Grâce à la rapidité et à la vigueur avec laquelle le Général Mathieu poursuivit ce Corps, toutes ses communications se trouvèrent coupées. Jellachich conclut le 15 novembre, avec le Général Mathieu, une capitulation qui fut approuvée par Augereau. Ce Corps (6,000 hommes) fut fait prisonnier, sur parole de ne pas servir d'un an, ni contre la France, ni contre l'Italie. Les chevaux de guerre, une belle artillerie, des magasins de toute sorte tombèrent en notre pouvoir.

Grande Armée - 22 novembre 1805 (Nafziger - 805KXA)
7e Corps : Augereau
2ème Division Maurice Mathieu
Brigade X
1er et 2e Bataillons du 63e de Ligne, 62 Officiers, 1258 hommes

Source : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 484

 

Grande Armée, 6 brumaire an IXV - 29 novembre 1805 (Nafziger - 805KCH)
7e Corps : Augereau
2ème Division Maurice Mathieu
63e de Ligne, 2 Bataillons

Source : Alombert et Colin

Le 2 décembre, l'effectif du 63e est de 1261 hommes.

Situation du 7e Corps - 7 décembre 1805 (Nafziger - 805LXA)
Commandant : Augereau
2ème Division Maurice Mathieu
Brigade Sarazin : 1er et 2e Bataillons du 63e de Ligne, 61 Officiers, 1275 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

 

Situation du 7e Corps - 22 décembre 1805 (Nafziger - 805LXC)
Commandant : Augereau
2ème Division Maurice Mathieu
Brigade Sarazin : 1er et 2e Bataillon du 63e de Ligne, 61 Officiers, 1396 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

Le 26 décembre, Napoléon donnait l'ordre au Maréchal Augereau de se placer en réserve en Souabe, puis de prendre ses cantonnements dans le pays de Darmstadt. Le 63e fut placé dans cette dernière ville.

g/ 1806

Sapeur du 63e de ligne 1807-1808
Fig. 1 ; Tambour de Grenadiers vu à Berlin en octobre 1806, d'après Zimmermann; document original conservé à la Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library (avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington, Conservateur de la Bibliothèque). Merci de respecter la propriété de ce document.
Copie établie par le dessinateur belge W. Aerts en 1925 (ancienne collection Brunon, Empéri)
Le même donné dans Tradition H. S.
Fac-similé publié par Henri Achard
Le même d'après le dessinateur allemand Klaus Tohsche
Le même d'après notre ami Edmund Wagner

 

Situation du 7e Corps - 15 janvier 1806 (Nafziger - 806AXB)
Commandant : Augereau
2ème Division Maurice Mathieu
Brigade Sarazin : 1er et 2e Bataillons du 63e de Ligne, 61 Officiers, 1523 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 470, 481, 482

Le 24 janvier, l'Empereur ordonne à Augereau de faire occuper Francfort par une de ses Divisions (1re) et d'y concentrer tout son monde pour le 2 février.

Situation du 7e Corps - 1er février 1806 (Nafziger - 806BXB)
Commandant : Augereau
2ème Division Maurice Mathieu
Brigade Sarazin : 1er et 2e Bataillons du 63e de Ligne, 61 Officiers, 1535 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

 

Situation du 7e Corps - 15 février 1806 (Nafziger - 806BXA)
Commandant : Augereau
2ème Division Maurice Mathieu
Brigade Sarazin : 1er et 2e Bataillons du 63e de Ligne, 62 Officiers, 1723 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

Situation du 7e Corps - 1er mars 1806 (Nafziger - 806CXA)
Commandant : Augereau
2ème Division Maurice Mathieu
Brigade Sarazin : 1er, 2e et 3e Bataillons du 63e de Ligne, 62 Officiers, 1710 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

Situation du 7e Corps - 15 mars 1806 (Nafziger - 806CXB)
Commandant : Augereau
2ème Division Heudelet
Brigade Sarazin : 1er et 2e Bataillons du 63e de Ligne, 62 Officiers, 1716 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483, 484

Situation du 7e Corps - 1er avril 1806 (Nafziger - 806DXA)
Commandant : Augereau
2ème Division Maurice Mathieu
Brigade Sarazin : 1er et 2e Bataillons du 63e de Ligne, 62 Officiers, 1692 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483, 484

Situation du 7e Corps - 15 avril 1806 (Nafziger - 806DXB)
Commandant : Augereau
2ème Division Maurice Mathieu
Brigade Sarazin
1er Bataillon du 63e de Ligne, 35 Officiers, 855 hommes
2e Bataillon du 63e de Ligne, 27 Officiers, 839 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483, 484

Situation du 7e Corps - 24 avril 1806 (Nafziger - 806DXD)
Commandant : Augereau
2ème Division Maurice Mathieu
Brigade Sarazin
1er Bataillon du 63e de Ligne, 34 Officiers, 850 hommes
2e Bataillon du 63e de Ligne, 27 Officiers, 837 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

Autre situation du 7e Corps - 24 avril 1806 (Nafziger - 806EXD)
Commandant : Augereau
2ème Division Maurice Mathieu
Brigade Sarazin
1er Bataillon du 63e de Ligne, 35 Officiers, 853 hommes
2e Bataillon du 63e de Ligne, 27 Officiers, 835 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483, 484

Situation du 7e Corps - 1er mai 1806 (Nafziger - 806EXA)
Commandant : Augereau
2ème Division Maurice Mathieu
Brigade Sarazin
1er Bataillon du 63e de Ligne, 34 Officiers, 854 hommes
2e Bataillon du 63e de Ligne, 27 Officiers, 836 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483, 484

C'est dans cette situation que reste le 63e jusqu'à la fin de septembre. Une seule modification le concernant est à signaler pendant cette période : par lettre en date du 2 mai, adressée à Berthier, Napoléon avait donné le commandement de la Division Mathieu, à laquelle appartenait le Régiment, au Général comte Heudelet.

Situation du 7e Corps - 15 mai 1806 (Nafziger - 806EXB)
Commandant : Augereau
2ème Division Heudelet
Brigade Sarazin
1er Bataillon du 63e de Ligne, 35 Officiers, 854 hommes
2e Bataillon du 63e de Ligne, 27 Officiers, 838 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

Situation du 7e Corps - 1er juin 1806 (Nafziger - 806FXA)
Commandant : Augereau
2ème Division Heudelet
Brigade Sarazin
1er Bataillon du 63e de Ligne, 35 Officiers, 850 hommes
2e Bataillon du 63e de Ligne, 27 Officiers, 829 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

Situation du 7e Corps - 16 juin 1806 (Nafziger - 806FXB)
Commandant : Augereau
2ème Division Heudelet
Brigade Sarazin
1er Bataillon du 63e de Ligne, 35 Officiers, 856 hommes
2e Bataillon du 63e de Ligne, 27 Officiers, 826 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

Situation du 7e Corps - 24 juin 1806 (Nafziger - 806FXD)
Commandant : Augereau
2ème Division Heudelet
Brigade Sarazin
1er Bataillon du 63e de Ligne, 25 Officiers, 850 hommes
2e Bataillon du 63e de Ligne, 26 Officiers, 821 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

Situation du 7e Corps - 30 juin 1806 (Nafziger - 806GXA)
Commandant : Augereau
2ème Division Heudelet
Brigade Sarazin
1er Bataillon du 63e de Ligne, 35 Officiers, 847 hommes
2e Bataillon du 63e de Ligne, 26 Officiers, 822 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483, 484

Situation du 7e Corps - 8 juillet 1806 (Nafziger - 806GXB)
Commandant : Augereau
2ème Division Heudelet
Brigade Sarazin
1er Bataillon du 63e de Ligne, 35 Officiers, 849 hommes
2e Bataillon du 63e de Ligne, 26 Officiers, 820 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

Situation de la Grande Armée - 18 juillet 1806 (Nafziger - 806GXC)
7e Corps : Augereau
2ème Division Heudelet
Brigade Sarazin
1er Bataillon du 63e de Ligne, 35 Officiers, 851 hommes
2e Bataillon du 63e de Ligne, 26 Officiers, 821 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

Situation du 7e Corps - 24 juillet 1806 (Nafziger - 806GXD)
Commandant : Augereau
2ème Division Heudelet
Brigade Sarazin
1er Bataillon du 63e de Ligne, 35 Officiers, 855 hommes
2e Bataillon du 63e de Ligne, 26 Officiers, 830 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

Situation du 7e Corps - 1er août 1806 (Nafziger - 806HXA)
Commandant : Augereau
2ème Division Heudelet
Brigade Sarazin
1er Bataillon du 63e de Ligne, 25 Officiers, 851 hommes
2e Bataillon du 63e de Ligne, 26 Officiers, 834 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

Situation du 7e Corps - 8 août 1806 (Nafziger - 806HXB)
Commandant : Augereau
2ème Division Heudelet
Brigade Sarazin
1er Bataillon du 63e de Ligne, 35 Officiers, 851 hommes
2e Bataillon du 63e de Ligne, 26 Officiers, 840 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

Situation du 7e Corps - 15 août 1806 (Nafziger - 806HXC)
Commandant : Augereau
2ème Division Heudelet
Brigade Sarazin
1er Bataillon du 63e de Ligne, 35 Officiers, 852 hommes
2e Bataillon du 63e de Ligne, 26 Officiers, 841 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

Situation du 7e Corps - 24 août 1806 (Nafziger - 806HXD)
Commandant : Augereau
2ème Division Heudelet
Brigade Sarazin
1er Bataillon du 63e de Ligne, 35 Officiers, 912 hommes
2e Bataillon du 63e de Ligne, 25 Officiers, 890 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

Situation du 7e Corps - 1er septembre 1806 (Nafziger - 806IXA)
Commandant : Augereau
2ème Division Heudelet
Brigade Sarazin
1er Bataillon du 63e de Ligne, 35 Officiers, 911 hommes
2e Bataillon du 63e de Ligne, 25 Officiers, 893 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

Situation du 7e Corps - 8 septembre 1806 (Nafziger - 806IXB)
Commandant : Augereau
2ème Division Heudelet
Brigade Sarazin
1er Bataillon du 63e de Ligne, 35 Officiers, 903 hommes
2e Bataillon du 63e de Ligne, 24 Officiers, 891 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

 

Sapeur du 63e de ligne 1807-1808
Fig. 1bis ; Plaque de shako donnée par Margerand

Avec le mois de septembre, les bruits de guerre s'accentuèrent : la 4e coalition se forme contre la France. Napoléon prévient les commandants de Corps d'armée de se mettre en mesure de recommencer la lutte. Le 15 septembre, le 63e aligne 1705 hommes.

Situation du 7e Corps - 16 septembre 1806 (Nafziger - 806IXB)
Commandant : Augereau
2ème Division Heudelet
Brigade Sarazin
1er Bataillon du 63e de Ligne, 35 Officiers, 904 hommes
2e Bataillon du 63e de Ligne, 24 Officiers, 893 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483, 484

Le 19, Augereau reçoit l'ordre de se concentrer à Francfort, ayant une avant-garde à Giessen.

Situation du 7e Corps - 24 septembre 1806 (Nafziger - 806IXF)
Commandant : Augereau
2ème Division Heudelet
Brigade Sarazin
1er Bataillon du 63e de Ligne, 35 Officiers, 906 hommes
2e Bataillon du 63e de Ligne, 24 Officiers, 888 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

Le 30 septembre, toute l'armée s'ébranle. Le 1er octobre, au sein de la 2e Division Heudelet (Brigade Sarrut) du 7e Corps, le Régiment présente les effectifs suivants : 1er Bataillon, 34 Officiers, 903 hommes; 2e Bataillon, 24 Officiers, 888 hommes (d'après Foucart : "La campagne de Prusse 1806" - donné par Nafziger : 806IAL et 806JBI).

Situation du 7e Corps - 1er octobre 1806 (Nafziger - 806JXA)
Commandant : Augereau
2ème Division Heudelet
Brigade Sarrut
1er Bataillon du 63e de Ligne, 34 Officiers, 903 hommes
2e Bataillon du 63e de Ligne, 24 Officiers, 888 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

Le 7e Corps est à Wurtzbourg le 4 octobre et cantonne dans les environs sur la route de Bamberg. Le 5, de nouveaux ordres le dirigent sur Cobourg, Graffenthal et Saalfeld, où il forme, derrière le 5e Corps, la gauche de la Grande-Armée.

Situation de la Grande Armée - 12 octobre 1806 (Nafziger - 806JAB)
7e Corps : Augereau
Division Heudelet
63e de Ligne, 1er et 2e Bataillons

Sources : Foucart, Campagne de Prusse (1806)
Bressonnet, P., Etudes tactiques sur la campagne de 1806 (Saalfeld- Iéna-Auerstedt), Librairie Militaire R. Chapelot et Cie, Paris, 1909.

Le 12 au soir, nous occupons Kahla. Les étapes ont été dures pour le 63e, au milieu d'un pays hostile; mais les fatigues ont été courageusement supportées par nos soldats qui tenaient à justifier cette parole de l'Empereur : "On nous a donné un rendez-vous d'honneur, jamais un Français n'y a manqué; mais on dit qu'il y a une belle reine qui veut être témoin du combat, soyons courtois et marchons sans nous arrêter".

Le 13 octobre, à deux heures après midi, l'Empereur arrive à Iéna; du haut d'un petit plateau qui domine la plaine, il aperçoit les dispositions de l'ennemi et règle en conséquence son ordre de bataille. Augereau doit commander la gauche. Sa première Division se placera eu colonne sur la route de Weimar; il aura des tirailleurs sur toute la ligne ennemie, aux différents débouchés de la montagne. Plus tard, il débouchera sur le plateau avec tout son corps, pour prendre la gauche de l'armée.

Fig. 1ter ; Sapeur du 63e de Ligne vu à Berlin en octobre 1806, d'après Zimmermann; document original conservé à la Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library (avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington, Conservateur de la Bibliothèque). Merci de respecter la propriété de ce document.

La nuit du 13 au 14 se passa tranquillement. On était à petite portée de canon, les sentinelles se touchaient presque, et il ne se faisait pas un mouvement dans une armée qui ne fût entendu de l'autre. Le jour arrive enfin : aussitôt qu'il paraît, l'armée prend les armes. L'Empereur passe devant les lignes, il encourage ses soldats qui lui répondent par les cris répétés de : "Marchons !". Puis il donne le signal, toute l'armée s'ébranle, les tirailleurs s'engagent; la fusillade devient vive presqu'aussitôt que commencée.

Vers dix heures, le 7e Corps qui venait de traverser Iéna, débouche sur le champ de bataille et s'avance pour se mettre en ligne avec le 5e à la gauche de l'armée. La Division Desjardins gravit, à travers les vignes, les montagnes qui se trouvent à gauche de la route de Weimar. La Division Heudelet (63e) continue à suivre dans le Mühlthal la route de Weimar ; mais elle ne peut avancer que lentement, à cause de l'encombrement causé par l'artillerie. Vers midi, elle sort enfin des défilés, se dirige rapidement sur la gauche de la 1re Division, et l'Empereur la, porte à l'attaque des Saxons. A une heure, l'action est générale et fortement engagée sur tous les points; la Division Heudelet marche sur Cospoda et Vierzehn-Heiligen pour séparer le centre de la ligne prussienne de son aile droite et envelopper celle-ci. La manœuvre réussit parfaitement, grâce à l'admirable bravoure de nos troupes, et le mouvement rétrograde des Prussiens laisse bientót les Saxons isolés.

Vers trois heures, la Division Heudelet marche à l'attaque de front des Saxons que la cavalerie charge sur les flancs et les derrières. L'infanterie saxonne en désordre se jette à droite et à gauche de la chaussée ; les carrés qu'elle forme sont enfoncés, tout fut sabré ou pris. A quatre heures, la défaite de l'armée prussienne était achevée ; le champ de bataille, couvert de ses débris, n'offrait au loin aucune troupe formée et en état de combattre.

La nuit qui survint favorisa non la retraite, mais plutôt la fuite de milliers de soldats isolés, débris confus de différentes armes, et nous entrions à Weimar avec les fuyards. Cette victoire coûtait au 63e, 6 Officiers tués, 4 blessés, dont le Colonel Lacuée ; 179 Sous-officiers et soldats restèrent sur le champ de bataille. Mais l'armée prussienne avait perdu toute retraite, toute sa ligne d'opérations; elle laissait entre nos mains 60 drapeaux, 30 à 40,000 prisonniers, 300 pièces de canon, et l'Empereur pouvait dire avec raison aux soldats qui avaient si bien combattu, que "de cette armée si fière quelques jours auparavant, il ne restait que des débris, chaos informe, méritant plutôt le nom de rassemblement, que celui d'armée".

Le soir de la bataille, le 7e Corps bivouaque au Belvedère, près de Weimar, où l'Empereur le laissa un peu se reposer. Dès le 17, il se remet en marche avec les 3e et 5e Corps, derrière lesquels il se tient à une demi-journée; il est dirigé sur Berlin, au-devant des Russes. Le 19 octobre nous sommes à Halle, et le 20 nous franchissons l'Elbe an pont de Dessau. A partir de ce moment, pendant que les autres Corps de l'armée sont à la poursuite des derniers débris de l'armée prussienne, les 3e, 5e et 7e Corps se dirigent sur Berlin en faisant de 20 à 30 kilomètres par jour.

Le 26, le 7e Corps fait son entrée dans Berlin ; le 3e y était entré la veille ; l'Emperenr avait voulu réserver cet honneur au vainqueur d'Auerstaedt. Ce même jour, l'Empereur, pour remercier ses soldats de toutes les grandes choses qu'ils venaient d'accomplir, faisait mettre à l'ordre la proclamation suivante qui était lue dans les cantonnements : "Soldats, vous avez justifié mon attente et répondu dignement à la confiance du peuple français. Vous avez supporté les privations et les fatigues avec autant de courage que vous avez montré d'intrépidité dans les combats. Tant que vous serez animés de cet esprit, rien ne pourra vous résister ; la cavalerie a rivalisé avec l'infanterie et l'artillerie. Je ne sais désormais à quelle arme je dois donner la préférence ; vous étes tous de bons soldats. Voici les résultats de vos travaux. Une des premières puissances militaires de l'Europe, qui osa naguère nous proposer une capitulation honteuse, est anéantie. Nous avons fait 60,000 prisonniers, pris 65 drapeaux, 600 pièces de canon, 3 forteresses, plus de 20 généraux. Toutes les provinces de la monarchie prussienne jusqu'à l'Oder sont en notre pouvoir. Soldats, les Russes se vantent de venir à nous ; nous marcherons à leur rencontre; nous leur épargnerons la moitié du chemin. Ils retrouveront Austerlitz au milieu de la Prusse". Le 29 octobre, de nombreuses promotions sont accordées aux Officiers et Sous offficiers du 63e :
"Au quartier-impérial à Berlin, le 29 octobre 1806
Sont nommés :
Renaverdet, lieutenant, est nommé capitaine ; Boistel, idem : idem ; Touzet, idem : idem ; Meunier, idem : idem ; Juntes, sous-lieutenant : lieutenant ; Guillaume, idem : idem ; Manteau, idem : idem ; Toussaint Garnier, idem : idem ; Mégat, idem : idem ; Cuibeau, idem: idem ; Hesard, sergent-major : sous-lieutenant ; Didiat, idem : idem ; Videau, idem : idem ; Prieuré, idem : idem; Dulaut, idem: idem ; Henry Dessaute, idem : idem" (Source : Le Moniteur Universel du 7 décembre 1806 ; cité dans le Forum des APN).

Par un décret du 2 décembre, Napoléon ordonna, en outre l'érection d'un monument dédié par lui aux soldats de la Grande-Armée. Ce monument, qui est la colonne Vendôme, fut fait avec les canons pris sur l'ennemi. Le 63e peut donc la regarder comme un témoignage de la vaillance de ses aînés.

Le 1er novembre, les effectifs sont les suivants : 1er Bataillon: 33 Officiers, 866 hommes ; 5 hommes détachés, 1 Officiers et 44 hommes aux hôpitaux. 2e Bataillon : 23 Officiers, 873 hommes ; 4 hommes détachés, 3 Officiers et 24 hommes aux hôpitaux.

Situation de la Grande Armée - novembre 1806 (Nafziger - 806KXA)
7e Corps : Augereau
Division Heudelet
63e de Ligne, 1er et 2e Bataillons : 2409 hommes

Sources : Archives françaises, C2 470

7e Corps : Augereau - 1er novembre 1806 (Nafziger - 806KXF)

Division Heudelet
Brigade Sarrut
63e de Ligne
1er Bataillon : 33 Officiers, 866 hommes
2e Bataillon : 23 Officiers, 873 hommes

Sources : Archives françaises, C2 481, 482, 483

Ordre de bataille français, Campagne d'hiver - novembre-décembre 1806 (Nafziger - 806KJB)
Division de Grenadiers : Général Oudinot
3e Brigade : Général de Brigade Ruffin
6e Régiment provisoire (2 Bataillons)
12e Bataillon : 63e de Ligne, 2 Compagnies

Le Régiment occupa Berlin jusqu'au 7 novembre; le 29 octobre il était passé en revue avec le 7e Corps par l'Empereur, qui constatait dans le 22e bulletin que la vue de ce corps "était magnifique". Notre repos ne fut pas de longue durée. Bientôt, en effet, arrivait l'ordre de marcher sur la Vistule, au-devant des Russes, par Custrin, Landsberg, Driesen et Schneidemühl. De là, le 13 novembre, le 7e Corps se dirige sur Bromberg, où il est le 16.

7e Corps : Augereau - 15 novembre 1806 (Nafziger - 806KXG)

2e Division Heudelet
Brigade Sarrut
63e de Ligne
1er Bataillon : 39 Officiers, 759 hommes
2e Bataillon : 26 Officiers, 728 hommes

Sources : Archives françaises, C2 481, 482, 483

Puis il marche sur Thorn, et enfin sur Varsovie par Brzesc et Kowal. L'effectif au 20 novembre est de 60 Officiers et 1627 hommes.

Dans cette marche depuis Bromberg, les souffrances dépassèrent toute mesure. "Il n'y a absolument aucune ressource dans le pays que j'occupe", écrivait Augereau au Major général le 1er décembre; "il serait impossible d'y faire vivre les troupes pendant 24 heures". Le 10, il écrivait à Murat : "Il faudrait que vous fussiez témoin de ma situation pour vous en faire une idée. Elle est si critique, qu'il faut absolument aviser à de nouveaux cantonnements". Aussi le 7e Corps n'arriva-t-il pas jusqu'à Varsovie ; de nouveaux ordres de l'Empereur l'arrêtèrent vis-à-vis de Zakroczyn, où il fit des préparatifs pour effectuer le passage du fleuve, en établissant en cet endroit un pont et une tête de pont.

7e Corps : Augereau - 10 décembre 1806 (Nafziger - 806LXA)

2e Division Heudelet
Brigade Sarrut
63e de Ligne
1er Bataillon : 36 Officiers, 812 hommes
2e Bataillon : 24 Officiers, 815 hommes

Sources : Archives françaises, C2 481, 482, 483

Le 15 décembre, le 63e totalise 60 Officiers et 1627 hommes (1 Officier et 9 hommes détachés, 160 hommes aux hôpitaux) (Source : Nafziger - 806KAB, d'après Foucart, P., "Campagne de Pologne (novembre-décembre 1806 - Janvier 1807 (Pultusk et Golymin) d'après les Archives de la Guerre", Librairie Militaire Berger-Levrault & Cie, Paris, 1882; et 806KBJ).

7e Corps : Augereau - 15 décembre 1806 (Nafziger - 806LXF)

2e Division Heudelet
Brigade Sarrut
63e de Ligne
1er Bataillon : 39 Officiers, 744 hommes
2e Bataillon : 26 Officiers, 713 hommes

Sources : Archives françaises, C2 481, 482, 483, 484

Le 19 décembre, faute de matériaux, on n'avait pas encore pu parvenir à jeter un pont à Zakroczyn; mais comme il y avait urgence, Augereau fit passer le fleuve en bateau, pendant qu'il prenait ses dispositions pour faire achever le pont, afin de faciliter l'arrivée des convois et de soulager sa misère croissante. "La pénurie des subsistances se fait sentir tous les jours davantage", écrivait-il de nouveau à Murat les 18 et 20 décembre ; "ma gauche a beaucoup de peine à vivre au jour le jour. Sans Varsovie, nous serions morts de faim". Le 22, le 7e Corps était à Plonsk avec ses avant-postes sur l'Ukra.

Le 24, en arrivant de Plonsk sur l'Ukra, le 7e Corps rencontre à Kolozomb l'ennemi qui défendait le pont. Augereau ordonne aussitôt le passage. La Division Desjardins est chargée de l'attaque à Kolozomb; celle du Général Heudelet (63e) de l'attaque de Choczim ; le pont de Kolozomb fut enlevé de la manière la plus brillante ; l'attaque sur Choczim ne fut pas moins audacieuse. Le Général Heudelet entreprit de faire rétablir le pont sous le feu de l'ennemi, auquel répondait celui de son artillerie et de la mousqueterie des deux Bataillons du 63e. Heudelet s'obstinait à la réparation du pont, lorsqu'il apprit qu'un détachement qu'il avait envoyé à Gromadzin pour reconnaître un autre passage, avait réussi à jeter deux Compagnies sur l'autre rive ; il allait diriger sur ce dernier point la majeure partie de ses troupes, lorsqu'Augereau, maître du pont de Kolozomb , ordonna à Heudelet d'y faire passer une de ses Brigades, qui marcha ensuite sur Choczim. Le reste de la Division eut alors facilement raisuon de la résistance de l'ennemi en ce dernier point, et le pont fut enlevé. "Ces deux attaques de pont, dit Mathieu Dumas, sont une des actions les plus remarquables entre celles qui ont illustré l'armée française". Le 7e Corps poursuivit ensuite sa marche pour se rendre à Nowemiasto.

Le 25, il est dirigé sur Golymin. En y arrivant, le 26, il se trouva en présence de l'ennemi dont la ligne s'étendait à la droite de Golymin. Augereau porte la 1re Brigade de la Division Desjardins en avant, et pour n'être pas débordé sur sa droite, il arrête à Ruskowo la seconde Brigade; puis il dirige obliquement à gauche sur Walkowo et dans l'intervalle entre ce village et Golymin les deux Brigades de la Division Heudelet. Le 63e enlève à la baïonnette le village de Walkowo; mais comme il en débouche, l'ennemi déploie une ligne de cavalerie. Heudelet fit former les carrés; leur bonne contenance et leurs feux de file arrêtèrent la cavalerie russe. Le combat continua ainsi jusqu'à 11 heures du soir et l'ennemi resserré et presque entouré dans Golymin, profita de la nuit pour l'évacuer, nous laissant son artillerie, ses bagages, presque tous ses sacs ; le 27, nous occupâmes cette ville. Cet engagement fut aussi vif qu'il pouvait l'être entre des hommes excédés de fatigue, rebutés par les mauvais chemins, combattant presque sans se voir à travers des tourbillons de neige et de pluie et pouvant à peine se servir de leurs armes. Le Régiment a eu à Golymin 1 Officier mort de ses blessures, le Lieutenant Grévy (mort le 27 septembre 1807) et 3 blessés : Capitaine Adjudant major Nogier, Lieutenant Donnot et Sous lieutenant Cassier.

A la suite de ce combat et de ceux qui avaient eu lieu sur d'autres points, l'Empereur ayant acquis la certitude que les Russes continuaient leur retraite, ordonna de prendre les quartiers d'hiver. Son but était atteint; l'ennemi avait dû évacuer la Pologne prussienne après avoir perdu plus de 25,000 hommes, 80 canons et une immense quantité de bagages. Mais nos hommes étaient excédés. "Il faut payer un juste tribut au courage héroïque des officiers et des soldats de cette armée. Leurs plus beaux faits d'armes sont, en effet, moins remarquables que leur constance à supporter tant de fatigues et de privations, à lutter jour et nuit contre l'inclémence de la saison, à marcher et combattre à travers des terrains fangeux, où les hommes et les chevaux, épuisés par de continuels efforts, restaient souvent ensevelis" (Mathieu Dumas).

Le 7° corps vient cantonner entre la Vistule et l'Ukra, dans l'arrondissement de Wyszogrod.

 

h/ 1807

Sapeur du 63e de ligne 1807-1808
Fig. 2 ; Sapeur en 1807-1808 d'après la suite dite de Otto de Bade (Kolbe)
Fac-similé réalisé par L. Rousselot et publié en 1942-1943 par A. Depreaux
Dessin de P. A. Leroux paru dans le bulletin de la SCFH en 1951
L'interprétation faite par Rigo
Dessin de Bob Marrion paru dans Military Illustrated de février 1994
Dessin du dessinateur allemand K. Tohsche
   
Dessin de D. Davin paru dans la revue du Bivouac en 2006    

Le 6 janvier nous étions établis dans nos cantonnements définitifs, et le Régiment y passa presque tout le mois dans d'assez bonnes conditions matérielles. Le 10 janvier, l'effectif est de 60 Officiers et 1599 hommes (7 hommes détachés, 3 Officier et 180 hommes aux hôpitaux), répartis en deux Bataillons (Nafziger 807AAA, 807AAD et 807AXA - sources : Foucart P., "Campagne de Pologne (novembre-décembre 1806 - Janvier 1807 (Pultusk et Golymin) d'après les Archives de la Guerre, Librairie Militaire Berger-Levrault & Cie, Paris, 1882; Archives françaises, Carton C2 481, 483, 484).

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 10 janvier 1807 (Nafziger - 807AXB)
Commandant : Oudinot
3e Brigade : Général de Brigade Villatte
6e Régiment :
12e Bataillon : Chef de Bataillon Boidot (18 Officiers, 499 hommes)
5e Compagnie, Grenadiers 63e de Ligne
6e Compagnie, Voltigeurs 63e de Ligne

Source : Archives françaises, Carton C2 481

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 20 janvier 1807 (Nafziger - 807AXD)
Commandant : Oudinot
3e Brigade : Général de Brigade Villatte
6e Régiment :
12e Bataillon : Chef de Bataillon Boidot (18 Officiers, 492 hommes)
5e Compagnie, Grenadiers 63e de Ligne
6e Compagnie, Voltigeurs 63e de Ligne

Source : Archives françaises, Carton C2 481

 

7e Corps : Augereau - 21 janvier 1807 (Nafziger - 807AAE)

2e Division Heudelet
63e de Ligne, 1er et 2e Bataillons : 1670 hommes

Sources : Foucart P., "Campagne de Pologne (novembre-décembre 1806 - Janvier 1807 (Pultusk et Golymin) d'après les Archives de la Guerre, Librairie Militaire Berger-Levrault & Cie, Paris, 1882

Mais bientôt les Russes se reportent au-devant de nous, et le 26 janvier l'Empereur met à son tour la Grande-Armée en mouvement. Le 7e Corps reçoit l'ordre de se réunir à Mlawa.

L'Empereur comptait prendre l'offensive le 1er février. Augereau dut en conséquence se diriger sur Neidenburg et Janowo, et les souffrances recommencent. Le 30 janvier, Napoléon adressait à l'armée cette proclamation qui, lue dans les bivouacs du 63e, enflamma tous les courages et fit oublier les misères qui venaient de nouveau nous assaillir. "Soldats ! l'armée russe battue au passage de l'Ukra, aux combats de Czarnovo, de Nasielsk, de Pultusk, de Golymin, n'a échappé qu'à la faveur des boues qui ont empêché la marche de nos colonnes. J'espérais que ces nouveaux revers éclaireraient leur politique. Les premiers ils lèvent leurs quartiers d'hiver et viennent inquiéter leurs vainqueurs pour éprouver de nouvelles défaites. Puisqu'il en est ainsi, sortons d'un repos qui ferait tort à notre réputation; qu'ils fuient épouvantés devant nos aigles jusqu'au delà du Niémen. Soldats, au milieu des frimas de l'hiver comme au commencement de l'autonme, vous serez toujours les soldats français de la Grande-Armée".

Situation du 7e Corps - 1er février 1807
Commandant : Augereau
2e Division Heudelet
Brigade Roguet
63e de Ligne (Lacuée Marc), 2 Bataillons : 67 Officiers et 1668 hommes

Source : Quintin - Eylau (Livrets de situations de la Grande Armée conservés au SHD, Département Terre, sous la cote C2-483)

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 2 février 1807 (Nafziger - 807BXB)
Commandant : Oudinot
3e Brigade : Général de Brigade Barry
6e Régiment :
12e Bataillon : Chef de Bataillon Boidot (19 Officiers, 491 hommes)
5e Compagnie, Grenadiers 63e de Ligne
6e Compagnie, Voltigeurs 63e de Ligne

Source : Archives françaises, Carton C2 481

Le 3 février, nous arrivons à Allenstein, et en arrière de ce point on trouvait une partie de l'armée russe rangée en bataille à Bergfriede. L'Empereur, après avoir reconnu l'ennemi, place le Corps de Ney sur la gauche, le 7e au centre, Soult à droite ; l'ennemi, après une vive résistance, dut battre en retraite sans que le 7e Corps eût eu besoin de s'engager.

Le 6 au matin, l'armée continua sa marche pour suivre les Russes. Arrivé à Glandau, on rencontra leur arrière-garde établie entre Glandau et Hoff; l'ennemi fit en même temps un mouvement pour la soutenir. Augereau prit alors position et le village de Hoff fut enlevé. En vain l'ennemi sentant l'importance de ce point, fait-il marcher de nouveaux Bataillons pour le reprendre; leurs efforts échouent devant nos baïonnettes, nos cuirassiers les prenant en flanc les écharpent. Les Divisions Heudelet et Desjardins se portant alors en avant, achevèrent de culbuter tout ce qui se trouva devant elles.

Officier de Grenadiers et Grenadier du 63e de ligne 1807-1808
Fig. 3 ; Officier de Grenadiers en 1807-1808 d'après la suite dite de Otto de Bade (Kolbe)
Fac-similé réalisé par L. Rousselot et publié en 1942-1943 par A. Depreaux
Le même d'après P. A. Leroux; dessin paru dans le bulletin de la SCFH de 1960
Le même d'après K. Tohsche
Le même d'après B. Coppens
Dessin de D. Davin paru dans la revue du Bivouac en 2006

Le 7, on continua la poursuite de l'ennemi qui fut mené battant jusque près de la ville d'Eylau. Les deux armées s'arrêtèrent à demi-portée de canon l'une de l'autre et passèrent la nuit à se préparer au combat. Le lendemain, 8 février, avant la pointe du jour, l'ennemi engagea l'action. Bientôt les Divisions Heudelet et Desjardins débouchant, entrent en ligne vers le cimetière d'Eylau, derrière lequel la Garde était en réserve, et se portent à l'attaque du centre de la ligne russe. En ce moment une neige épaisse obscurcit tout à coup l'horizon. Pendant cette nuit soudaine, la tête des colonnes du 7e Corps perd son point de direction et se porte trop à gauche. Les Divisions Heudelet et Desjardins se trouvent ainsi engagées entre les troupes de l'aile droite des Russes et celles du centre et de la réserve, et exposées au feu d'une batterie masquée qui se découvre en ce moment. Dans cette circonstance, elles tirent des pertes énormes dans un combat corps à corps. Augereau, blessé, est emporté du champ de bataille ; le Général Heudelet est également blessé. Le brave colonel du 63e, Lacuée, qui, blessé à deux reprises différentes, s'était échappé des mains des chirurgiens et n'avait pas voulu quitter le champ de bataille, est emporté par un boulet ; la mort fait une abondante moisson dans les rangs du Régiment.

On fit de part et d'autre peu de prisonniers, car on se battait avec acharnement et sans faire de quartier. La rigueur du froid, la difficulté des mouvements au milieu des tourbillons et des amoncellements de neige, avaient porté à l'extrême les fatigues, la constance et la fureur des soldats. Pour dégager un peu le 7e Corps, Napoléon donne l'ordre à Murat et à Bessières de charger avec toute la cavalerie le centre de l'ennemi; le mouvement réussit et la lutte recommença acharnée sans pitié ni merci. Ce ne fut que vers dix heures du soir que le feu cessa sur la ligne et que l'ennemi se décida à la retraite.

Les pertes du 63e étaient selon l'Historique régimentaire de 12 Officiers et de 423 hommes, près du tiers de l'effectif. Selon l général Adolenko, le 63e comprenait 1735 hommes le 1er février et 922 le 10 février, ce qui fait une différence de 813 hommes soit 46% de l'effectif. Martinien indique que 5 Officiers ont été tués (Colonel Lacuée, Capitaine Renardet, Lieutenant Guillaume, Sous lieutenants Resnier et Lecharron), 3 sont morts des suites de leurs blessures (Chef de Bataillon Guiton, mort le 10; Capitaine Cauvin, mort le 10 avril; Lieutenant Arnal, mort le 12 mars), 21 sont blessés (Chef de Bataillon Gentil; Capitaines Garibal, Bonnal, Hotte, Abel, Malmontet, Gillet; Lieutenants Dassieu, Revel, Carré, Boutigny, Riche, Tuesch, Garnier; Sous lieutenants Joubert, Pelluchon, Videau, Denant, Bec, Ferat, Prieur). Parmi les morts, se trouvait, ainsi que nous l'avons dit, le Colonel Lacuée. Il avait noblement et religieusement tenu à la tête de son Régiment le serment qu'il avait prêté le 2 décembre 1804, au Champ de Mars, de sacrifier sa vie pour défendre son drapeau et pour le maintenir dans le chemin de la victoire. Honneur donc à lui et aux braves qui succombèrent dans cette terrible journée !

D. et B. Quintin notent au total pour le Régiment 8 Officiers tués (5 tués, 3 mortellement blessés), 99 Sous-officiers et soldats morts (90 tués, et 9 mortellement blessés), soit 107 morts; auxquels ils ajoutent 99 cas incertains, rayés des contrôles car sans nouvelle après blessure à Eylau, et 13 cas, morts après le 8 février 1807 par suite de blessures sans autre précision.

L'Empereur voulut lui-même annoncer au Général Lacuée la mort de son neveu, et il le fit dans les termes suivants : "Votre neveu est mort sur le champ de bataille à la tête de son régiment. Un boulet l'a frappé: il n'a point souffert. C'était un officier distingué que je regrette vivement".

"XXe BULLETIN.
A Preussich-Eylau, le 9 février1807.
Bataille d'Eylau.
Le colonel Lacuée, du 63e, et le colonel Lemarois, du 43e, ont été tués par des boulets
" (Les Bulletins de la Grande armée : précédés des rapports sur l'armée française, depuis Toulon jusqu'à Waterloo, extraits textuellement du Moniteur et des Annales de l'empire : histoire militaire du général Bonaparte et de l'empereur Napoléon, avec des notes historiques et biographiques sur chaque officier. Tome 4 / par Adrien Pascal).

Le 7e Corps bivouaqua sur le champ de bataille entre Eylau et Rothenen. A la suite de la mort glorieuse du Colonel Lacuée, l'Empereur donna, le 9 février, le commandement du 63e à M. Saint-Raymond. Mais, dès le lendemain, cet Officier, qui ne paraissait pas au Régiment, prenait le commandement du 33e et le 63e était mis sous les ordres d'un des plus brillants Officiers de l'Empire, le Colonel Mouton-Duvernet. Cette affirmation est des plus curieuse car à cette époque, le Colonel Saint-Raymond est décédé depuis le 11 décembre 1806 ! (voir Historique du 33e de Ligne). L'Empereur se serait il trompé ? Ou est ce une erreur manifeste de l'Historique du 63e de Ligne ?

Selon Jules Boucquel de Beauval, Officier entré au 63e de Ligne après la bataille d'Heilsberg, Mouton Duvernet était un «homme actif, intelligent, joignant le sang froid à la bravoure…, aimant le luxe, la représentation, jamais plus beau que devant l'ennemi, inspirant à ceux qui l'entouraient une confiance qui s'étendait jusqu'à ses supérieurs… C'était près de Mouton Duvernet que se groupaient les généraux dans les moments critiques…».

COLONEL MOUTON-DUVERNET 10 FEVRIER 1807

Né au Puy (Haute-Loire), le 3 mars 1770 - Soldat au Régiment de la Guadeloupe, le 15 août 1787 - Caporal, le 1er septembre 1788 - Fourrier en 1789 - Congédié le 21 avril 1791 - Volontaire au 2e Bataillon du Gard, le 3 décembre 1791 jusqu'en 1792 - Entré dans les Guides à cheval de l'Armée des Alpes, le 28 août 1792 jusqu'au 30 janvier 1793 - Sergent-major au 1er Bataillon de la Haute-Loire, le 31 janvier 1793 - Adjudant le 15 mars 1793 - Adjudant-major, le 19 février (sic) 1793 - Capitaine, le 20 mai 1793 - Aide de camp du Général Chambarlhac, le 8 mars 1796 - Chef de Bataillon, le 23 juin 1798 - Major au 61e, le 19 avril 1806 - Colonel du 63e, le 10 février 1807.
Campagnes : Embarqué le 1er novembre 1787. Campagnes de 1792-1793: Armée des Alpes; ans II, III, IV, V, VI, VII et VIII : Toulon, Italie, Malte. ; ans XII, XIII : camps de Bayonne, Compiègne et Saint-Omer ; an XlV : Grande-Armée.
Blessures et actions d'éclat - Le 20 brumaire au V, à la tête d'une vingtaine d'hommes qui lui restaient de sa Compagnie, a contenu sur la chaussée du pont d'Arcole, l'ennemi qui s'avancait en force avec de l'artillerie, et, quoique blessé là la cuise droite, a défendu son poste, et empéchć qu'une pièce de canon qui était près de lui, et dont les canonniers avaient été tués, ne fût prise. Il ne se laissa emporter que lorsque des renforts étant arrivés, l'ennemi fut chassé. Le 2 messidor an VII, il fit lui-même prisonniers le Major et plusieurs Officiers du Régiment Alviara. A la tète de son Régiment (63e) s'empare de Uclès, enlève lui-même un drapeau à l'ennemi, et fait mettre bas les armes à 400 hommes.
Baron de l'Empire le 29 juin 1808. Général de Brigade, le 21 juillet 1811 - Commandant de la Légion d'Honneur le 6 avril 1812- Général de Division, le 4 août 1813. Montra autant de bravoure que de talent pendant les campagnes de 1813 et de 1814.
Élu pendant les Cent-jours membre de la Chambre des Représentants. Fut compris dans l'ordonnance du Roi du 24 juillet 1815, condamné à mort le 19 juillet 1816 et exécuté le 26 du même mois.

Jusqu'au 16 février, l'armée resta campée à peu près dans les mêmes conditions qu'après la bataille. Les cantonnements furent seulement étendus pour la facilité des subsistances. Le Corps d'Augereau, qui avait le plus souffert, fut placé en arrière d'Eylau sur la route de Bartenstein. Le 16, l'Empereur annonca à l'armée qu'elle allait rentrer dans ses cantonnements définitifs, et il le fit par la proclamation suivante qui était en même temps un hommage bien mérité rendu à la bravoure et à l'héroïsme des soldats de la Grande-Armée : "Soldats! nous commencions à prendre un peu de repos dans nos quartiers d'Hiver, lorsque l'ennemi a attaqué le 1er corps et s'est présenté sur la basse Vistule. Nous avons marché à lui, nous l'avons poursuivi l'épée dans les reins pendant l'espace de 80 lieues. Il s'est réfugié sous le rempart de ses places et a repassé le Prégel. Nous lui avons enlevé aux combats de Bergfriede, de Deppen, de Hoff, à la bataille d'Eylau, 654 pièces de canon, 16 drapeaux et tué, blessé ou pris plus de 40,000 hommes. Les braves qui, de notre côté, sont restés sur le champ d'honneur, sont morts d'une mort glorieuse : c'est la mort des vrais soldats. Nous allons nous rapprocher de la Vistule et rentrer dans nos cantonnements. Qui osera en troubler le repos s'en repentira".

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 20 février 1807 (Nafziger - 807BXA)
Commandant : Oudinot
3e Brigade : Général de Brigade Villatte
6e Régiment :
12e Bataillon : Chef de Bataillon Boidot (20 Officiers, 453 hommes)
5e Compagnie, Grenadiers 63e de Ligne
6e Compagnie, Voltigeurs 63e de Ligne

Source : Archives françaises, Carton C2 481

Par ordre de l'Empereur du 21 février, le 7e Corps fut dissous. Il avait trop souffert à la bataille d'Eylau, ses pertes avaient été trop considérables pour qu'il fût possible de le reconstituer dans les conditions où l'on se trouvait. Le 16e d'Infanterie légère, les 24e et 63e de Ligne passèrent au 1er Corps sous le commandement du Maréchal Bernadotte. Le 63e fut placé à la 3e Division, Général Villatte, et sous les ordres du Général de Brigade Frère.

Le 23 février, l'armée est établie dans ses nouveaux cantonnements. Le 1er Corps, dont les centres étaient Holland et Braunsberg, éprouva seul quelques difficultés. Mais, après avoir repoussé l'ennemi, il put enfin s'installer à son tour. Les mois de mars, avril et mai se passèrent ainsi assez tranquillement.

Pour récompenser le Régiment qui s'était si vaillamrnent conduit depuis le commencement de la guerre de la coalition, l'Empereur lui accorda, le 31 mars, 18 aigles de la Légion d'honneur, dont 9 aux Officiers et 9 aux Sous-officiers et soldats qui s'étaient fait remarquer par leur courage et leur bonne conduite. Ceux qui reçurent cette récompense pour s'être montrés braves entre les braves, méritent certes d'avoir leurs noms dans le Livre d'or du Régiment. Les voici : MM. Poirot, Cauvin, Hotte, Sauset, Bonnal, Thibault, Capitaines ; Thuesch, Grévit, Klimbogel, Lieutenants; Lattil, Chirurgien-major; Caillet, Planton, Gibert, Sergents-majors; Pellegrin, Choiselat, Francier, Sergents; Roche, Martin, Fusiliers. La Sabretache de 1907 indique également que les Officiers et Sous officiers suivants ont également été proposés pour recevoir la Légion d'Honneur :
"Manceau (Vincent -Viclor), lieutenant. - Atteint et renversé d'un biscaïen au moment où il amenait au général de division une cinquantaine de Russes qu'il venait de prendre avec une section de voltigeurs qu'il commandait.
Proquez (François-Aubin), capitaine. - A la tête de deux compagnies, culbuta et força à la retraite un régiment de cavalerie ennemie.
Merlin (Didier-Rémy), caporal de grenadiers. - Blessé fortement d'un coup de feu au bras droit, il ne voulut pas quitter sa compagnie pour se faire panser : "Nous avons le temps de guérir, disait-il, et non pas toujours celui de vaincre"
".

 

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 19 mars 1807 (Nafziger - 807CXB)
Commandant : Oudinot
3e Brigade : Général de Brigade Barry
6e Régiment :
12e Bataillon : Chef de Bataillon Gueret
5e Compagnie, Grenadiers 63e de Ligne : 3 Officiers, 64 hommes
6e Compagnie, Voltigeurs 63e de Ligne : 3 Officiers, 85 hommes

Source : Archives françaises, Carton C2 481

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 30 mars 1807 (Nafziger - 807CXC)
Commandant : Oudinot
3e Brigade : Général de Brigade Barry
6e Régiment :
12e Bataillon : Chef de Bataillon Gueret
5e Compagnie, Grenadiers 63e de Ligne : 3 Officiers, 83 hommes
6e Compagnie, Voltigeurs 63e de Ligne : 3 Officiers, 85 hommes

Source : Archives françaises, Carton C2 481

 

La situation du 63e à la date du 1er avril, est la suivante : 1er Corps (Bernadotte), 3e Division Général Villatte, 1er Brigade Général Frère : 27e Léger; 63e de Ligne (Colonel Mouton-Duvernet) : ler Bataillon Commandant Guiton; 2e Bataillon Commandant Gentil; effectif 1,358 hommes.

"Par décret rendu au camp impérial de Finckenstein, le 14 avril 1807, Sa Majesté a nommé membres de la Légion-d'Honneur, les militaires ci-après désignés :
63e régiment d'infanterie de ligne.
MM. Poirot, Cauvin, Hotte, Sanset, Bonnal, Thibault, capitaines; Klinbogel, Tuesch, Grevit, lieutenans; Lattil, chirurgien-major; Caillet, Planton, Gibert, sergens-majors ; Pellegrin, Choiselat, Francier, sergens; Roche, Martin, fusiliers" (Les Bulletins de la Grande armée : précédés des rapports sur l'armée française, depuis Toulon jusqu'à Waterloo, extraits textuellement du Moniteur et des Annales de l'empire : histoire militaire du général Bonaparte et de l'empereur Napoléon, avec des notes historiques et biographiques sur chaque officier. Tome 4 / par Adrien Pascal).

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 15 avril 1807 (Nafziger - 807DXB)
Commandant : Oudinot
3e Brigade : Général de Brigade Barry
6e Régiment :
12e Bataillon : Chef de Bataillon Gueret
5e Compagnie, Grenadiers 63e de Ligne : 3 Officiers, 87 hommes
6e Compagnie, Voltigeurs 63e de Ligne : 3 Officiers, 86 hommes

Source : Archives françaises, Carton C2 481

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 30 avril 1807 (Nafziger - 807DXC)
Commandant : Oudinot
3e Brigade : Général de Brigade Barry
6e Régiment :
12e Bataillon : Chef de Bataillon Gueret
5e Compagnie, Grenadiers 63e de Ligne : 3 Officiers, 86 hommes
6e Compagnie, Voltigeurs 63e de Ligne : 3 Officiers, 88 hommes

Source : Archives françaises, Carton C2 481

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 15 mai 1807 (Nafziger - 807EXC)
Commandant : Oudinot
3e Brigade : Général de Brigade Barry
6e Régiment :
11e Bataillon : Chef de Bataillon Vaugrignaude
4e Compagnie, Grenadiers 63e de Ligne : 3 Officiers, 66 hommes
12e Bataillon : Chef de Bataillon Boidot
4e Compagnie, Voltigeurs 63e de Ligne : 2 Officiers, 79 hommes

Source : Archives françaises, Carton C2 481

 

Officier de Grenadiers et Grenadier du 63e de ligne 1807-1808
Fig. 4 ; Grenadier en 1807-1808 d'après la suite dite de Otto de Bade (Kolbe)
Fac-similé réalisé par L. Rousselot et publié en 1942-1943 par A. Depreaux
Le même d'après P. A. Leroux; dessin paru dans le bulletin de la SCFH de 1960
Le shako de Grenadiers tel que donné par L. Rousselot
 
Le même d'après K. Tohsche
Dessin de D. Davin paru dans la revue du Bivouac en 2006
Dessin de P. Alekhine d'après Otto de Bade
 

 

1er Corps : Bernadotte - 1er juin 1807 (Nafziger - 807FAQ)

Division Vilatte
Brigade
63e de Ligne, 1er et 2e Bataillons

Sources : Cazalas, Memoires du Général Benningsen, Paris,

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 1er juin 1807 (Nafziger - 807FXC)
Commandant : Oudinot
3e Brigade : Général de Brigade Barry
6e Régiment :
11e Bataillon : Chef de Bataillon Vaugrignaude
4e Compagnie, Grenadiers 63e de Ligne : 3 Officiers, 84 hommes
12e Bataillon : Chef de Bataillon Boidot
4e Compagnie, Voltigeurs 63e de Ligne : 2 Officiers, 76 hommes

Source : Archives françaises, Carton C2 481

Dans les premiers jours de juin, les Russes, qui avaient reçu des renforts, dirigeaient de nombreuses colonnes contre les cantonnements de l'Armée française. Le 4 juin, le Sous lieutenant Thonion est blessé au cours d'un combat au pont de Spanden. Le 5, vers neuf heures du matin, deux des colonnes russes se portent sur la tète de pont de Spanden que le Général Frère défendait avec le 27e Léger. Aussitôt le 63e et le 17e Dragons sont placés sur les hauteurs de Spanden, en arrière de la tête de pont, pour soutenir le Régiment chargé de la défense de l'ouvrage. Après une violente canonnade qui dura deux heures, l'ennemi donne l'assaut. On le laisse approcher sans tirer jusqu'au pied des retranchements. Là, il est assailli par un feu si meurtrier que 300 hommes sont tués en rien de temps. Le reste commence à se débander. Alors le 17e dragons, descendant des hauteurs, se lance à la charge appuyé par le 63e. L'ennemi fut ainsi poursuivi jusqu'au village de Wuhsen et perdit dans cette affaire 700 à 800 blessés.

Bernadotte qui, dès le commencement de l'action, s'était porté dans les retranchements, y fut atteint d'une balle à la tête et forcé de quitter le champ de bataille. Le 63e a eu un Officier blessé le 5 juin, le Sous lieutenant Didiat. Le lendemain 6, le 1er Corps était placé sous les ordres du Général Victor.

A la suite de cette action et de celles qui avaient eu lieu en d'autres points du front des cantonnements, l'Empereur ordonna divers mouvements pour porter l'armée au-devant des Russes. Le 7 juin, le 1er Corps reçut l'ordre de pousser de fortes reconnaissances en avant de Spanden pour faire des prisonniers ; puis, tandis que les autres Corps de la Grande Armée se portaient en avant, le 1er était maintenu sur la basse Passarge pour y retenir un corps ennemi. Le 10, le Sous lieutenant Baudinot est blessé lors de la bataille d'Heilsberg (Martinien). Le 11 au soir seulement, le 1er Corps quitta ses positions, débouchant par le pont de Spanden, et marcha le 12 jusqu'à Mehlsack. Il avait l'ordre de se diriger sur Eylau pour entrer en ligne avec les autres Corps de l'armée. Pendant cette marche, il y eut presque chaque jour de légers engagements d'arrière-garde avec l'ennemi qui cherchait à nous empêcher de nous porter en avant.

Le 13 au soir, le 1er Corps arrivait à Eylau et bientôt s'engageaient les préliminaires de la bataille de Friedland. Pour cette bataille; le 1er Corps, avec, la Garde impériale à pied et à cheval, formaient la réserve ; ces troupes étaient placées à Grünhoff, Bothkeim et derrière Posthenen.

Ordre de bataille français le 14 juin 1807 (Nafziger - 807FAE)
Centre
1er Corps : Victor
3e Division Villatte
Brigade Frere
63e de Ligne : 2 Bataillons

Ordre de bataille français le 14 juin 1807 (Nafziger - 807FAE)
Centre gauche
Réserve de l'Armée : Lannes
Division Oudinot
3e Brigade : Général de Brigade Coehorn
6e Régiment provisoire
11e Bataillon :
63e de Ligne
12e Bataillon :
63e de Ligne

L'action s'engagea le 14 juin, sur les cinq heures du soir seulement, au signal donné par l'Empereur. Le Corps de Ney, qui formait la droite, se porta en avant pour couper les Russes de Friedland; le 1er Corps vint alors se placer sur le terrain laissé libre par le Corps de Ney. Mais, dans le 1er Corps, à part la Division Dupont, les troupes furent peu engagées. Le 63e eut à soutenir les cavaliers de Lahoussaye chargeant à corps perdu les Russes, et il le fit avec le calme et la bravoure qui l'avaient toujours fait remarquer. A neuf heures, la bataille était terminée et l'ennemi en déroute sur tous les points; 80 pièces de canon, plusieurs drapeanx furent les trophées de cette mémorable victoire qui est inscrite sur le drapeau du Régiment. Le 63e pour sa part a eu 3 Officiers blessés : le Capitaine Touret, les Sous lieutenants Hézard et Lecanut.

L'armée passa la nuit sur le champ de bataille ; le 1er Corps bivouaqua à Posthenen. Le 15, elle se remit en marche. Le 1er Corps, formant tête de colonne, est suivi par ceux de Lannes, de Mortier et par la Garde impériale. La Pregel fut ainsi franchie le 16; le Lieutenant Joubert est blessé. Le soir de ce jour, le 1er Corps est en position en avant de Pétersdorff; le 17 au soir, il bivouaquait entre Leidingsfeld et Mellaucken sur la route de Tilsitt. Toute résistance de la part de l'ennemi était maintenant brisée, la guerre allait se terminer et le traité de Tilsitt en former le couronnement glorieux.

Le 18, le 1er Corps vint prendre position le long du Niémen à la gauche de Tilsitt. Le 21 juin, un armistice était signé et, le 22, l'Empereur adressait à ses soldats la proclamation suivante : "A la Grande Armée. -Soldats ! le 5 juin, nous avons été attaqués dans nos cantonnements par l'armée russe. L'ennemi s'est mépris sur les causes de notre inaction. Il s'est aperçu trop tard que notre repos était celui du lion; il se repent de l'avoir troublé. Dans dix jours de campagne, nous avons pris 120 pièces de canon, 7 drapeaux, tué, blessé ou pris 60,000 Russes, enlevé à l'armée ennemie tous ses magasins, ses hôpitaux, ses ambulances, etc ... Des bords de la Vistule, nous sommes arrivés à ceux du Niémen avec la rapidité de l'aigle".

En exécution des conventions de l'armistice, les divers corps des armées française et russe prirent de nouvelles positions; le 1er Corps fut établi à Wehlau. Le 9 juillet, le traité de paix fut signé â Tilsitt. Aussitôt après, l'armée française commença son mouvement rétrograde. Le 12 juillet, l'Empereur dirige le 1er Corps sur Spandau, pour tenir garnison sur les États de la Prusse. Le 13, l'Empereur voulant "donner une preuve de sa satisfaction particulière pour les services rendus pendant la campagne par les différents régiments composant la GrandeArmée", accorda par décret au 1er Corps 400 aigles d'argent, dont 200 aux Officiers et 200 aux Sous-officiers et soldats.

Le Régiment (1er et 2e Bataillons) passa le reste de l'année en garnison à Berlin. Le 3e Bataillon était en garnison à Dantzig.

A noter que le 63e a reçu du département de l'Ourthe 119 conscrits de la Classe 1807 (E. Fairon et H. Heuse : "Lettres de grognards", 1936).

i/ 1808

- Allemagne

Sapeur du 63e de ligne 1808-1809
Fig. 5 ; Sergent sapeur (en 1809) d'après Carl
Sapeur vers 1808-1809 (source : Bucquoy, d'après les Collections Alsaciennes et documents Piton)
Caporal sapeur 1808-1809, d'après Charmy
Caporal sapeur en 1808 d'après H. Knötel

La situation du 63e n'offre rien à signaler pendant les six premiers mois de l'année 1808, durant lesquels il continue d'occuper Berlin.

Le 18 février, l'Empereur avait rendu un décret d'après lequel les Régiments d'infanterie de ligne devaient se composer désormais d'un Etat-major et de 5 Bataillons ; les quatre premiers portant la dénomination de Bataillons de guerre, le 5e celle de Bataillon de dépôt. Chaque Bataillon de guerre, commandé par un Chef de Bataillon ayant sous ses ordres un Adjudant-major et deux Adjudants sous-officiers, devait se composer de six Compagnies, dont une de Grenadiers, une de Voltigeurs et quatre de Fusiliers. Le Bataillon de dépôt se composait de quatre Compagnies.

Situation en Mai 1808 (côte SHDT : us180805 C2644)
Chef de corps : poste vacant Colonel - infanterie
Garnison - Dépôt à : Belfort - 5e Division militaire
Conscrits des départements des Deux Nèthes - de la Loire Inférieure de 1808
OUDET Major - infanterie ; GRASSET Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de bataillon Bresson à Berlin - Grande armée - 1er Corps Victor - 3e Division Villatte - 1ère Brigade - Semelé
Observations : mai 1808 effectif sous les armes : 36 Officiers 744 hommes
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Gentil à Berlin - Grande armée - 1er Corps Victor - 3ème Division Villatte - 1ère Brigade - Semelé
Observations : mai 1808 effectif sous les armes : 25 Officiers 759 hommes
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Mouchon à Belfort - 5ème Division militaire

 

Fig. 5a ; Sapeur (en 1809) d'après E. Lelièpvre (Historex)

La nouvelle organisation régimentaire ne fut pas immédiatement appliquée au 63e; elle ne devait l'être qu'au moment de son départ pour l'Espagne.

Fin octobre, le 63e a son 4e Bataillon à Dantzig. Le Dépôt (5e Bataillon) est à Belfort. Les trois autres Bataillons sont en Espagne.

 

- Espagne : 2e Régiment provisoire

Le 1er janvier 1808, au sein du Corps des Côtes de l'Océan commandé par Moncey, Division Mugnier, Brigade Brun, le 63e a au sein du 2e Régiment provisoire 8 Officiers et 480 hommes, plus 8 hommes en arrière et 16 aux hôpitaux (d'après Grasset, A., La Guerre d'Espagne (1807-1813), Paris, 1914 - donné par Nafziger 808ASCB.pdf).

 

- Espagne : 4e Bataillon de Marche

En outre, depuis le mois de mai, un détachement du Régiment était entré dans la formation du quatrième Bataillon de marche de la Division qui opérait en Espagne sous les ordres du Général Lefebvre-Desnouettes. Ce détachement prit part, le 8 juin, au combat livré à Tudela par le Général Lefebvre à 12,000 Aragonais qui furent mis en déroute, perdirent 2,000 hommes et nous laissèrent leurs canons.

A la suite de cette brillante affaire, Lefebvre employa les journées des 9, 10 et 11 à désarmer les villages à dix lieues aux environs et à reconstruire le pont de 1'Èbre. Le 12, il se remit en marche et, le 13, à Mallen, il trouva l'armée de Saragosse rangée en bataille sur les hauteurs. Le Général marcha aussitôt à la rencontre de l'ennemi "dont il fit un grand carnage ; tous ses canons tombèrent en notre possession" (Napoléon à Murat). Lc 16, Lefebvre arrivait devant Saragosse et notre détachement prenait ainsi part au premier siège de cette ville.

Sapeur du 63e de ligne 1808-1809
Fig. 6 ; Musicien (en 1809) d'après Carl
Musicien vers 1808-1809 (source : Bucquoy, d'après les Collections Alsaciennes et documents Piton)
Musicien en grande tenue en 1808-1809 d'après Charmy Musicien en 1808, fac-similé d'un dessin de P. A. Leroux conservé dans la Collection A. S. K. Brown

 

- Espagne : le 63e de Ligne au 1er Corps Victor

 

Napoléon, sentant le besoin de renforcer les troupes qu'il avait dans la Péninsule, s'il voulait en finir promptement avec l'insurrection appuyée par les Anglais, se décidait à envoyer en Espagne des troupes de la Grande-Armée. Le 17 août, il donna l'ordre au Major général de diriger sur Mayence le 1er Corps, "composé, sauf un petit contingent de conscrits, de vieux soldats éprouvés renfermés dans des cadres sans pareils" (Thiers).

Le 7 septembre, un décret, portant création de l'Armée d'Espagne, décide que cette armée sera composée de six Corps. Le 1er Corps sera commandé par le Maréchal Victor, ayant sous ses ordres les trois Divisions qui formaient le 1er Corps de la Grande-Armée. Le décret du mois de février est appliqué au Régiment qui reçoit des renforts et s'accroît d'un Bataillon. Il traverse la France par Mayence, Metz, Nancy, Reims, Orléans, Périgueux, Bordeaux, et arrive à Bayonne à la fin d'octobre. Sur tout ce parcours, nos soldats avaient été reçus par de brillantes fêtes données en leur honneur par les municipalités des villes qu'ils traversaient.

Situation en Octobre 1808 (côte SHDT : us180810 C842470)
Chef de Corps : poste vacant Colonel - infanterie
Garnison - Dépôt à : Belfort
NICOLAS Major - infanterie; GRASSET Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Bresson - Armée d'Espagne - 1er Corps Victor - 3ème Division Vilatte - 1ère Brigade
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon : vacant - Armée d'Espagne - 1er Corps Victor - 3ème Division Vilatte - 1ère Brigade
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Chauvet - Armée d'Espagne - 1er Corps Victor - 3ème Division Vilatte - 1ère Brigade
4ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Michel - Armée d'Allemagne - 2ème Corps
5ème Bataillon

En appelant les troupes de la Grande-Armée en Espagne, l'Empereur avait fait mettre à l'ordre la proclamation suivante que nous citons en partie parce qu'elle montre les fatigues et le courage de nos devanciers. "Soldats ! Après avoir traversé le Danube et la Vistule, vous avez traversé l'Allemagne à marches forcées. Je vous fais aujourd'hui traverser la France sans vous donner un moment de repos. Soldats, j'ai besoin de vous. La présence du hideux Léopard souille les continents d'Espagne et du Portugal ; qu'à votre aspect il fuie épouvanté. Portons nos aigles triomphantes jusqu'aux colonnes d'Hercule ; là aussi nous avons dcs outrages à venger".

Par suite de l'application du décret du 18 février, la situation du 63e, à la fin d'octobre, se trouve être la suivante : 1er Corps d'armée Maréchal Victor; 3e Division Général Villatte; Brigade Pacthod : 27e Léger; 63e Régiment d'infanterie : Colonel Mouton-Duvernet : 1er Bataillon : Commandant Gentil, 2e Bataillon : Commandant Loup, 3e Bataillon : Commandant Bordy. Effectif du 63e : 68 Officiers, 2,028 hommes.

Boutons du 63e de ligneobjet du 63e
A gauche : bouton du 63e trouvé en Espagne ; à droite, objet également trouvé en Espagne (Communication d'un de nos correspondants)

Suivons maintenant le Régiment. A la fin d'octobre, il entra en Espagne. L'Empereur n'était pas encore arrivé, et le Roi Joseph, auquel le Général Blake donnait des inquiétudes du côté de Bilbao, détache du Corps de Victor, pour soutenir celui du Maréchal Lefebvre, la Division Villatte, "forte de quatre vieux régiments des meilleurs de l'armée française" (Thiers).

Le 27e Léger, les 63e et 96e de Ligne partent alors de Mondragon pour atteindre Durango, le 27 octobre. De leur côté, les Espagnols avaient pris position en avant de Durango.

Se jugeant en forces, le maréchal Lefebvre annonce, le même jour (27 octobre), qu'il attaquera l'ennemi le 29, et il demande que l'on fasse participer à l'opération la Division Sébastiani, depuis quelques jours à Murguia. Mais Joseph, le 28, lui défend de lancer une attaque. Le lendemain, Lefebvre est renforcé par Joseph de ce qui reste de la Division Villate (94e et 95e de Ligne).

Le 31 octobre dès 6 heures du matin, par un brouillard épais, Lefbvre, faignant d'être attaqué, lance ses troupes; le Général Villatte se porte si vigoureusement sur la position que les Espagnols, surpris, tiennent à peine et sont culbutés dans le fond de la vallée. On leur tua ou blessa 1,500 à 1,800 hommes, pour 200 qu'ils mirent hors de combat de notre côté. Le Maréchal Lefebvre, poursuivant sa victoire, entra le lendemain dans Bilbao, laissant à Valmaseda la Division Villatte absolument isolée en avant de l'armée.

Le Général Blake résolut de profiter de cette faute. Le 6 novembre, à la tête d'une trentaine de mille hommes, il couronne les hauteurs autour de Valmaseda pour envelopper la ville et y faire prisonniers les Francais qui la gardaient. Mais le Général Villatte, avec ses quatre vieux Régiments, avait vu bien d'autres ennemis et bien d'autres dangers. Voulant s'assurer des hauteurs de Guêne qui commandent la communication avec Bilbao, il y échelonne le 63e et deux autres Régiments; puis il maintient le 27e dans Valmaseda même, pour disputer la ville le plus longtemps possible à l'ennemi. Ces dispositions prises, il laisse approcher les Espagnols et, à bonne portée, il les reçoit par un feu écrasant. Cependant, voyant qu'il n'était pas secouru et que les hauteurs environnantes se couronnaient d'ennemis, il se replia en masse avec ses quatre Régiments bien entiers sur Bilbao. Les Espagnols qui voulurent nous approcher furent vigoureusement assaillis et payèrent cher leur hardiesse. "Le général Villatte, écrivit Berthier à Victor par ordre de l'Empereur, attaqué de front et en queue, n'a dû son salut qu'à l'intrépidité de ses troupes et après avoir fait grand carnage de l'ennemi".

"1er BULLETIN DE L'ARMÉE D'ESPAGNE.
Vittoria, la 9 novembre 1808.
Le duc de Dantzick se loue pnrticulièrement du ... colonel Bacon, du 63e d'infanterie de ligne ... auxquels S. M. a accordé des récompenses
" (Les Bulletins de la Grande armée : précédés des rapports sur l'armée française, depuis Toulon jusqu'à Waterloo, extraits textuellement du Moniteur et des Annales de l'empire : histoire militaire du général Bonaparte et de l'empereur Napoléon, avec des notes historiques et biographiques sur chaque officier. Tome 4 / par Adrien Pascal).

Blâmé par l'Empereur et apprenant le danger couru par le Général Villatte, le Maréchal Lefebvre se reporta sur Valmaseda et rallia notre Division ; le 9, il se réunissait au 1er Corps. Victor, ayant alors toutes ses troupes réunies, se hâta de pousser à outrance l'armée de Blake jusqu'à l'entrée des gorges de la Biscaye, les franchit à sa suite et arriva le 10 après midi près d'Espinosa de los Monteros. Il y trouva l'ennemi en position sur des hauteurs d'un accès dificile avec six pièces d'artillerie. Victor n'en avait pas, il était impossible d'en traîner dans ces montagnes ; ses troupes ne se battaient qu'avec le fusil et la baïonnette.

Villatte, qui tenait la tête du Corps d'armée, aperçut le premier l'armée espagnole dans sa redoutable position. Il est environ 14 heures. Conformément aux ordres de Victor, il ordonne au 27e Léger d'attaquer les hauteurs sur lesquelles les ennemis appuyaient leur gauche et prescrit au 63e de se présenter en bataille devant leur centre pour les contenir; la Brigade Pacthod devait, pendant ce temps, aborder la droite.

A l'aile droite, le Général Pacthod a lancé le 27e Léger contre les hauteurs de la Quintana; ce Régiment est attaqué par la Division Acevedo; le 63e accourt et force l'ennemi à se relier. "Le 63e dut charger plusieurs fois à la baïonnette pour contenir le centre. Ce combat ne laissait pas d'être difficille et aurait pu être chanceux avec d'autres troupes, car 6,000 à 7,000 hommes en combattaient près de 30,000" (Thiers). Heureusement le brouillard s'éleva et obligea les armées à remettre leur lutte au lendemain. Martinien indique que 2 des Officiers du 63e ont été tués (Capitaines Poirot et Boitel), trois autres sont blessés (Capitaine Lefebvre, Lieutenant Godefroy, Sous lieutenant Desnouhès).

Le 11, Victor recommença la bataille. Après avoir fait remplacer aux ailes par des troupes fraîches celles qui étaient trop fatiguées, il fit soutenir au centre le 63e par le 8e. Dès la pointe du jour, le Général Maison emporte les hauteurs qui étaient à notre droite. Au même instant, "le 63e, que commandait le brave Mouton-Duvernet, et le 8e poussaient les Espagnols de clôture en clôture. Nos hommes, enlevant un mur de jardin après l'autre, acculèrent enfin les Espagnols sur Espinosa et leur prirent leurs six pièces de canon" (Thiers). Cette journée, qui coûta au Régiment 7 Officiers et 113 hommes mis hors de combat, se termina par une véritable déroute des Espagnols et la désorganisatione complète de l'armée de Blake.

Tambour du 63e de ligne 1808-1809
Fig. 7 ; Tambour de Fusiliers (en 1809) d'après Carl
Tambour de Fusiliers vers 1808-1809 (source : Bucquoy, d'après les Collections Alsaciennes et documents Piton)
Tambour de Fusiliers vers 1808-1809 d'après Charmy
 
Tambour de Fusiliers d'après L. Rousselot
Tambour de Fusiliers vers 1808-1809 d'après R. Forthoffer

Victor passa à Espinosa la fin de la journée du 11 et celle du 12 ; ses soldats étaient épuisés. Le 15 novembre, la situation du 63e au sein de la Brigade Pacthod est la suivante : 44 Officiers, 1246 hommes ; 1 Officier et 294 hommes détachés ; 4 Officiers et 675 hommes aux hôpitaux (situation également donnée par Nafziger - 808KSCJ.pdf).

Victor reçut ensuite de l'Empereur l'ordre de prendre la route de Burgos pour venir rejoindre le quartier général. Le 1er Corps arrivait à Burgos le 19 novembre. Dès le 21, l'Empereur envoyait la Division Villatte en avant de Lerma pour protéger les derrières du Corps du Maréchal Ney. Lorsque le Maréchal eut battu les Espagnols, cette Division fut ramenée sur Burgos pour se porter avec tout le 1er Corps et la Garde sur Madrid. Dans cette marche sur la capitale, la Division Villatte, qui formait l'arrière-garde, ne fut pas engagée au brillant combat de Somo-Sierra. Le 1er décembre, la situation est la suivante :

- Etat major : 10 Officiers et 13 hommes.
- 1er Bataillon (Bresson) : 16 Officiers, 424 hommes.
- 2e Bataillon (Gentil) : 19 Officiers, 459 hommes.
- 3e Bataillon (Chauvet) : 13 Officiers, 442 hommes.

Le 2 décembre, nous arrivions sous les murs de Madrid. Le 3 au matin, la Division Villatte se porte à l'attaque du Buen-Retiro où l'ennemi avait concentré sa défense, y entre à la baïonnette et en déloge les 4,000 hommes qui le défendaient. Les Compagnies d'élite de la Division s'élancent ensuite sur les premières barricades et les emportent malgré une vive fusillade. Bientôt tous les débouchés qui avaient été mis en état de défense étaient au pouvoir de nos troupes; Madrid capitula. Ont été blessés le 3 décembre lors de la prise de Madrid le Capitaine Mallet et le Sous lieutenant Caillet. L'Empereur quittait cette capitale vers la fin de décembre, confiant aux Divisions Ruffin et Villatte le soin de la garder.

tambour maître 63e de ligne 1808-1809
Fig. 8 ; Tambour maître en grande tenue vers 1808-1809 (source : Charmy)
Tambour maître en 1809 d'après L.de Beaufort (dessin paru dans la revue du briquet en 1969

Le 15, le Régiment, qui est à Tolède, compte 57 Officiers et 1199 hommes ; 6 Officiers et 384 hommes sont détachés à Bayonne ; 1 Officier et 652 hommes sont aux hôpitaux ; 5 sont prisonniers.

Situation du 1er Corps à l'Armée d'Espagne le 15 décembre 1808 (Nafziger - 808LSCW)
Commandant : Victor
3e Division : Général de Division Villatte
1ère Brigade : Général de Brigade Pacthod
63e de Ligne : 57 Officiers, 1199 hommes

Source : Balagny, Campagne de l'Empereur Napoléon en Espagne (1808-1809)
Archives françaises, Carton C8 397

Martinien indique que le 16 décembre, le Capitaine Pradet est blessé près de Valmaseda (Biscaye), étant à la poursuite des Guérillas.

A noter que le 63e a reçu du département de l'Ourthe 136 conscrits de la Classe 1808 (E. Fairon et H. Heuse : "Lettres de grognards", 1936).

j/ 1809

- En Espagne

Au commencement de 1809, la situation du Régiment est la suivante : Colonel Mouton-Duvernet. 1er Bataillon Commandant Bresson; 2e Gentil; 3e Chauvet. Effectif 57 Officiers, 1,199 hommes. (1er Corps, 3e Division : Général Villatte, Brigade Pacthod).

Dans les premiers jours de janvier, de nouvelles troupes étant arrivées à Madrid, les Divisions Ruffin et Villatte furent dirigées sur le Tage à la rencontre de l'ennemi qui marchait sur la capitale. Martinien indique le Capitaine Lefebvre, blessé le 10 janvier au cours de l'affaire d'Arganda. Le 13 janvier, on trouva l'armée espagnole dans une position assez forte à Uclès. Le 63e est chargé de l'attaque au centre. Il prend d'assaut la ville d'Uclès et y passe par les armes près de 2,000 hommes avec les moines du couvent qui avaient fait feu sur nos troupes. Le Colonel Mouton-Duvernet enleva lui-même un drapeau à l'ennemi et tua l'Officier qui le défendait. Bientôt, l'attaque des ailes ayant complètement réussi, les Espagnols fuient de toutes parts ; 13,000 prisonniers, 34 drapeaux, toute l'artillerie et les bagages furent les trophées de cette victoire à la suite de laquelle Victor entra à Cuenca et poursuivit l'ennemi jusqu'au pied de la Sierra-Morena. Le 1er Corps, se dirigeant ensuite sur Consuegra et Madrilejos, nettoya la plaine de la Manche, puis se replia sur Tolède.

Situation du 1er Corps à l'Armée d'Espagne le 1er février 1809 (Nafziger - 809BSAJ)
Commandant : Victor
3e Division : Général de Division Villatte
63e de Ligne : 3 Bataillons

Sources : Oman, A History of the Peninsular War
French Archives, Carton C8 397

A la suite de ces succès, et après le départ de l'Empereur, un nouveau plan de campagne fut arrêté, d'après lequel le Corps de Victor devait s'avancer par l'Estramadure dans l'Alentejo pour y faire une diversion en faveur du Maréchal Soult qui envahissait le Portugal. Cette opération terminée, le 1er Corps devait à son tour envahir l'Andalousie. A noter que Martinien indique le Sous lieutenant Minarde, blessé le 22 février aux avant-postes en Espagne (mort le 24).

Ce ne fut guère que vers le milieu de mars que le Maréchal Victor se mit en marche pour franchir le Tage à Almaraz. Mais l'armée espagnole s'était emparée du pont, en avait fait sauter la grande arche et défendait la rive gauche. Quittant Talavera le 15, le Maréchal dirige sur le poont d'Arzobispo les Divisions Villatte et Ruffin, pendant que les Allemands passaient le fleuve au pont de Talavera. "La brave division Villatte appuie le mouvement des Allemands et prend position à Fresnedoso et Deleytosa après plusieurs combats vifs et heureux". (Thiers). L'ennemi fut ainsi contraint de se retirer, et nous pûmes établir à Almaraz un pont volant sur lequel le 1er Corps acheva d'effectuer son passage le 19.

Les Espagnols avaient battu en retraite sur la Guadiana qu'ils franchirent au pont de Medellin, pour venir occuper sur la rive gauche une forte position qu'ils avaient reconnue d'avance. Des renforts leur étaient arrivés qui portaient leur armée à près de 36,000 hommes, et ils étaient décidés à livrer bataille.

Officier de Grenadiers du 63e de ligne 1808-1809
Fig. 9 ; Officier de Grenadiers (en 1809) d'après Carl
Officier de grenadiers vers 1808-1809 (source : Bucquoy, d'après les Collections Alsaciennes et documents Piton)

Victor, après avoir pris ses précautions pour assurer ses derrières, marche sur Medellin où il entre sans difficultés. Le 23 mars, le Sous lieutenant Froy est blessé au cours d'un combat près de Medellin (Martinien). Le 28 mars, il franchit la Guadiana et découvre bientôt sur sa gauche l'armée espagnole attendant la bataille. Laissant en arrière la Division Ruflin pour faire face à un fort détachement ennemi, il se porte sur les Espagnols avec la Division Villatte et le restant de ses troupes, soit 12,000 hommes environ. Le 63e et le 95e sont placés au centre, en colonne serrée ; mais bientôt, pour arrêter les masses ennemies, les deux Régiments reçoivent l'ordre de se déployer. Cette manoeuvre eut un succès complet. "Les Espagnols qui s'avançaient avec une aveugle confiance, s'animant par leurs cris, furent surpris en voyant le déploiement des 63e et 95e. Ce déploiement, exécuté avec aplomb, quoique devant des troupes bien supérieures en nombre, et suivi de feux soutenus, arrêta les Espagnols". (Thiers). Profitant de leur hésitation, notre cavalerie se lance à la charge et l'ennemi prend la fuite dans un désordre inouï. Jamais déroute ne fut plus complète. Les Espagnols laissèrent plus de 10,000 hommes tués ou blessés sur le champ de bataille. 4,000 prisonniers, 25 pièces de canon et 6 drapeaux, dont 3 enlevés par la Division Villatte, tombèrent en notre pouvoir.

Jules Boucquel de Beauval raconte au sujet de la bataille de Medellin : «le 1er corps n'avait guère que 10000 hommes à opposer à 40000. Cette immense disproportion avait rendu aux Espagnols toute leur jactance. Victor les attire dans la plaine par une fuite simulée, puis fait volte face. Vers la gauche, le 63e a sa première ligne de grenadiers couchée à terre par une salve générale, mais l'ennemi n'a pas le temps de recharger ses armes… le ravage dans ses rangs, le pèle mêle devient complet, ce n'est plus qu'un horrible carnage, une boucherie dont le souvenir seul fait frémir. Qu'on se rappelle seulement nos sapeurs, devançant les bataillons, maniant la hache comme le Mameluck son cimeterre, d'un seul coup abattant les têtes et les faisant tomber à leurs pieds !».

Après cette brillante victoire, Victor fit camper son infanterie sur les bords de la Guadiana depuis Medellin jusqu'à Mérida pour qu'elle vécût plus à l'aise et lui donner un peu de repos. Nous passàmes ainsi une partie du mois d'avril. Dans les derniers jours de ce mois, le 1er Corps reçut l'ordre de reprendre Alcantara et de pousser aussi loin que possible dans la direction de Lisbonne. Le Corps avait eu beaucoup à souffrir et avait éprouvé de grandes pertes pendant son séjour sur les bords malsains de la Guadiana. Cependant, il s'avança sur le Tage et, le 14 mai, il s'emparait du pont d'Alcantara. Mais Victor dut s'arrêter en apprenant qu'un corps anglo-portugais se trouvait à Abrantès, en même temps que des partis espagnols menaçaient le pont d'Almaraz. Il vint alors prendre position à Torre-Mocha où il resta jusqu'au 10 juin. A cette date, les progrès de l'ennemi l'engagèrent à se replier; il fit sauter le pont d'Alcantara et, par celui d'Almaraz, se replia derrière le Tage. Le 21 juin, le Sous lieutenant Gobin est tué, étant en découverte en Espagne (Martinien). Le 1er juillet, le Sous lieutenant Bas est assassiné par des paysans espagnols.

Dans les premiers jours de juillet, quelques renforts arrivèrent au Régiment et, à la date du 15, sa situation est la suivante : 1er Corps, Division Villatte, Brigade Cassagne; 1er Bataillon Commandant Bresson, 2e X, 3e Chauvet. Effectif 52 Officiers, 1,248 hommes.

Situation en Juillet 1809 (côte SHDT : us180907 C8436031)
Chef de Corps : poste vacant Colonel - infanterie
Garnison - Dépôt à : Belfort
Conscrits des départements de la Manche - du Maine et Loire de 1810
NICOLAS Major - infanterie; GRASSET Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Bresson à Almaras - Armée d'Espagne - 1er Corps - 3ème Division - 1ère Brigade
2ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon : vacant à Almaras - Armée d'Espagne - 1er Corps - 3ème Division - 1ère Brigade
3ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Chauvet à Almaras - Armée d'Espagne - 1er Corps - 3ème Division - 1ère Brigade
4ème Bataillon commandant : Chef de Bataillon Michel - Armée d'Allemagne - 2ème Corps
5ème Bataillon

Le 22 juillet, le 1er Corps évacue Talavera et se replie derrière l'Alberche. Menacé dans cette position, il marche sur Tolède et, le 25, il se réunit à Vargas aux troupes venant de Madrid sous les ordres du Roi Joseph. Ce dernier, se trouvant avoir près de 40,000 hommes sous ses ordres, se jugea assez fort pour prendre l'offensive. En conséquence, il s'avança le long du Tage, le 1er Corps formant tête de colonne. Le 26, l'avant-garde espagnole est culbutée près de Torrijos ; le 27, nous nous portons sur l'Alberche que nos soldats franchissent à gué, en colonne serrée, ayant de l'eau jusqu'à mi-corps. L'attaque que le Maréchal Victor tenta immédiatement après le passage avec une seule Division (Ruflin) sur les positions anglaises ne put pas réussir.

Officier de Voltigeurs du 63e de ligne 1808-1809
Fig. 10 ; Officier de Voltigeurs vers 1808-1809 (source : Bucquoy, d'après une miniature de la Collection Cottreau)

Le lendemain 28, s'engagea la bataille de Talavera de la Reyna à laquelle nous assistâmes pour ainsi dire l'arme au bras, malgré la rage impatiente de nos soldats. Mais l'engagement de Villatte était subordonné aux mouvements des Divisions Ruffin et Lapisse; il ne put se produire qu'en partie.

Le 63e de Ligne (3 Bataillons) fait partie de la Brigade Cassagne, 3e Division Villatte, 1er Corps Victor (Nafziger 809GSAC - source : Oman, "A History of the Peninsular War").

La Brigade Cassagne (27e, 63e) fut, à un moment, chargée par la cavalerie. Cette dernière "fut reçue avec le plus grand calme et la plus grande valeur; quantité de chevaux et d'hommes vinrent tomber aux pieds de cette infanterie". (Rapport historique du 1er Corps de l'armée d'Espagne). "Dans le courant de l'après midi du 28, les 27e léger et 63e de ligne avaient pris position devant la cavalerie anglaise, à laquelle on supposait l'intention de pousser une charge à fond sur notre droite. La brigade avait formé ses carrés par régiment, mais, chose étrange de la part de colonels expérimentés, nos carrés, au lieu de s'échelonner, étaient sur une même ligne et se privaient ainsi d'une partie de leurs feux. Enfin nos prévisions se réalisent; la cavalerie anglaise s'ébranle. En peu d'instants le 23e dragons-légers arrive sur nous, mais il est seul... Au grand trot il franchit l'intervalle qui sépare nos deux carrés inoffensifs; il se dirige sur nos derrières. Qu'on juge de la surprise de notre cavalerie, en réserve sur ce point, à la vue de ce régiment qui semble, à lui seul, venir braver nos nombreux escadrons ! La lutte était impossible, et le 23e dragons n'eut d'autre alternative que de mettre pied à terre et de se rendre à discrétion. Trois officiers supérieurs repassèrent entre nos deux carrés et durent à la vitesse de leurs coursiers d'échapper à nos tirailleurs. Parmi eux se trouvait une lord Damer, que je fus assez heureux de rencontrer dans une de mes excursions sur e Rhin. L'épisode de Talavyra n'était pas, on le pense bien, sorti de ma mémoire. J'en profitai pour lui demander quelques éclaircissements sur le but d'une charge aussi inconsidérée. Voici l'explication que je reçus. La cavalerie anglaise, ployée en colonne serrée par régiment, venait de recevoir l'ordre de prendre ses distances pour effectuer une charge sur la droite des Français. Tenant la tête de colonne, le 23e dragon commença immédiatement le mouvement, mais à peine le régiment fut il parti, que le contre-ordre arriva. Déjà lancé au grand trot et emporté par ses chevaux à la bouche de fer, le 23e dragons aurait voulu s'arrêter que la chose ne lui eût pas été possible" (Jules Boucquel de Beauval). Le 63e a 4 Officiers blessés : Capitaines Donnot, Ville, Hutte; Sous lieutenant Pelluchon.

Bien que les résultats de cette bataille fussent indécis, le Roi Joseph ordonna la retraite pendant la nuit. Toutefois, les Anglais n'osèrent pas nous poursuivre et nous nous retirions en emportant tous nos blessés, nos bagages et notre artillerie. Le 1er Corps fut laissé en observation sur l'Alberche.

L'arrivée du Maréchal Soult sur les derrières de l'armée anglaise obligea bientôt celle-ci à battre en retraite à son tour. L'armée française reprit alors partout l'offensive. Le 1er Corps fut de nouveau chargé de nettoyer les plaines de la Manche jusqu'au pied des montagnes de la Sierra-Morena.

Pendant que ces derniers événements se succédaient, le Colonel Mouton-Duvernet avait quitté le Régiment. Sa bravoure, sa froide intrépidité, ses talents l'avaient fait distinguer par l'Empereur qui, par décret du 5 avril, l'appela dans sa Garde. Jusqu'au jour où son successeur arriva, le Régiment avait été commandé par le Chef de Bataillon Bresson.

Un décret du 17 septembre 1809 appela au commandement du 63e le Colonel Meunier Saint-Clair.

COLONEL MEUNIER SAINT-CLAIR (BENOIT-JOSEPH)

Né à Lyon (Rhône) le 20 octobre 1774 (d'autres sources indiquent 28 novembre 1768) - Soldat au 27e Régiment d'infanterie depuis le 13 novembre 1784 jusqu'au 1er juin 1790 - Sous-lieutenant dans la 1re Compagnie franche de Paris, le 17 juillet 1792 - Capitaine au 19e Bataillon d'infanterie légère, le 25 mars 1793; a servi ensuite successivement, avec ce grade à la 19e Demi-brigade et à la 6e Légère - Chef de Bataillon pour différentes actions d'éclat, le 20 février 1800 - Major au 2e d'Infanterie légère, le 10 juillet 1806 - Colonel, sans désignation de Corps, le 17 novembre 1807 (certaines sources indiquent : Colonel du 2e Léger le 17 novembre 1808) - Colonel du 31e Léger le 22 juillet 1809? - Colonel du 63e, le 17 septembre 1809. Général de brigade le 4 août 1813 ? Général de Division le 25 mars 1815 ?
Campagnes : 1792, 1793, Armée du Nord; ans II, III, IV, V et VI, Armée de l'Ouest ; an VIII, Armée de réserve d'Italie ; an IX, Armée d'Italie.
Blessures et actions d'éclat - A la bataille du 20 prairial an VIII, à Montebello, a enfoncé, à la tète de 60 hommes, un Régiment autrichien sur lequel il fit 422 prisonniers - A été blessé, le 4 nivôse, au passage du Limio ; mais son Chef de Bataillon avant été tué, il ne voulut pas se retirer et, comme commandant de Bataillon, il fit dans cette journée des prodiges de valeur qui lui méritèrent du Général en chef le grade de Chef de Bataillon.
Mort le 4 janvier 1848?

Ainsi que nous l'avons dit précédemment, le 1er Corps acheva l'année 1809 à parcourir la Manche et à pacifier la Sierra-Morena. Arrivé trop tard pour prendre part à la bataille d'Ocana, qui fut une déroute complète pour l'armée espagnole, l'avant-garde avait pu cependant enlever un millier de prisonniers et une grande quantité de bagages. Cette victoire ouvrit aux armées françaises les provinces du sud de la Péninsule dont le Roi Joseph résolut alors de faire la conquête.

- En Autriche

En même temps que le Régiment soutenait si glorieusement en Espagne sa vieille réputation, un de ses Bataillons, le 4e, le représentait dignement dans la guerre contre l'Autriche. Au 1er février 1809, 233 hommes (Voltigeurs et Grenadiers), sous le commandement du Major Prévôt Saint Cyr, sont rattachés au Corps du Général Oudinot (3e Demi-brigade d'Infanterie, 3e Brigade, 1ère Division Claparède) ; 55 hommes doivent être tirés des Conscrits de la Garde , 219 Fusiliers doivent se mettre en marche, et 50 hommes doivent rejoindre au sein du 13e Bataillon de marche, ce qui doit porter l'effectif total de ce Bataillon à 557 hommes (situation également donnée par Nafziger - 809BBR en date du 7 février 1809; source citée : Saski, "Campagne de 1809 en Allemagne et en Autriche", Paris, 1902). Le 11 mars, 280 hommes des 1ère et 2e Compagnies de Fusiliers doivent quitter Belfort au sein du 4e Bataillon de marche pour arriver à Strasbourg le 17 (donné également par Nafziger 809CBV - source : Saski, "Campagne de 1809 en Allemagne et en Autriche", Paris, 1902).

Une situation extraite de la Collection Nafziger donne également la situation de l'Armée française du Rhin du 5 au 28 mars : Corps de réserve sous le Général de division Oudinot, lère Division Claparède, 3e Brigade, 3e Demi-brigade : 233 hommes provenant des Grenadiers et Voltigeurs du 4e Bataillon, 55 hommes issus des Conscrits de la Garde, 280 hommes tirés des 1ère et 2e Compagnies de Fusiliers (Nafziger 809CBT - source : Saski, "Campagne de 1809 en Allemagne et en Autriche", Paris, 1902).

Tous ces hommes sont intégrés au sein du Corps de Réserve de l'Armée du Rhin ; l'effectif au 5 mars est de 231 Grenadiers et Voltigeurs, qui doivent toujours être rejoints par 55 Conscrits de la Garde , et 280 Fusiliers. Le 1er avril, le 4e Bataillon du 63e , fort de 9 Officiers et 514 hommes, se trouve au 2e Corps de la Grande Armée, au sein de la 3e Demi-brigade de Ligne, Brigade Jarry, Division Tharreau (Nafziger donne également cette situation, mais à la date du 15 avril 1809 - Nafziger 809DAE).

L'Historique régimentaire, pour sa part, indique que : "Placé sous les ordres du Commandant Mouchon et fort de 276 hommes, il formait, avec les 4e Bataillons des 40e et 88e, la 7e Demi-brigade et était entré dans la composition du corps d'élite que commandait Oudinot". Cette affirmation est en partie fausse car la 7e Demi-brigade ne comprenait pas d'éléments du 63e.

Lorsque la guerre eut été déclarée à l'Autriche, les Grenadiers d'Oudinot formèrent le 2e Corps de l'Armée d'Allemagne (Maréchal Lannes).

Le 22 avril, le 63e de Ligne a son 4e Bataillons à la Division Tharreau, Brigade Jarry (Nafziger 809DAA - source : Buat, E., "Etude Critique d'Histoire Militaire, 1809, de Ratisbonne à Zanïm", Librairie Militaire R. Chapelot et Cie, Paris, 1909).

Fin avril, les 5e et 6e Compagnies de Fusiliers reçoivent l'ordre de se rendre à Strasbourg pour être intégrées au 4e Bataillon de marche, afin de rejoindre le 4e Bataillon au sein du Corps d'Oudinot. Entre temps, le 2e Corps est passé sous le commandement de Lannes.

Le 3 mai, le 4e Bataillon du 63e de Ligne fait partie de la 3e Demi-brigade de Ligne, Brigade Jarry, Division Oudinot, 2e Corps Lanne (Nafziger 809EBA - source : R. W. Litschel, "Das Gefecht bei Ebelsberg am 3. Mai 1809").

Ce jour là, le 4e Bataillon prit part au combat d'Ebersberg, dans lequel une Division française soutint seule victorieusement, pendant trois heures, les efforts acharnés de plus de 30,000 Autrichiens.

Le 21 mai, le 4e Bataillon combat à Aspern et le lendemain, il est à la sanglante bataille d'Essling où le Maréchal Lannes est tué (Nafziger 809EBI - sources : M. Rauschensteiner, "Die Schlacht bei Aspern am 21. und 22. May 1809"; Saski, "Campagne de 1809 en Allemagne et en Autriche", Paris, 1902). Selon Martinien, 2 Officiers sont également tués (Lieutenant Hauser et Sous lieutenant Delaferrandière), 1 est mort des suites de ses blessures (Capitaine Garibal, mort le 23 juin), 12 autres blessés (Chef de Bataillon Mouchon; Capitaines Cassier, Galland, Ligoure, Gachet; Lieutenant Adjudant major Tuech; Lieutenants Baudinot, Videau, Pimpernelle, Lecanut, Sous lieutenants Lambert et Touche).

Passé sous les ordres du Maréchal Oudinot qui prit alors le commandement du 2e Corps, notre Bataillon se trouve le 1er juillet à la 1ère Division Tharreau (Nafziger 809EBI et Nafziger 809GCE - sources : M. Rauschensteiner, "Die Schlacht bei Deutsch-Wagram am 5. und 6. Juli 1809"; Litre, E. F., "Les Régiments d'artillerie à pied de la Garde", Paris, 1895; Buat, E., "Etude Critique d'Histoire Militaire, 1809, de Ratisbonne à Znaïm", Librairie Militaire R. Chapelot et Cie, Paris, 1909) et combat, les 5 et 6 juillet, à Wagram au sein de la 4e Demi-briagde d'élite, Brigade Jarry (4 Officiers blessés : Capitaine Cassier et Lieutenant Baudinot le 5; Capitaine Videau et Sous lieutenant Bachelier le 6), victoire qui termina cette foudroyante campagne.

En août 1809, Jean Joseph Jeunechamps, originaire de Theux (Ourthe), soldat dans la 1ère Compagnie du 4e Bataillon, écrit depuis Vienne à sa famille : "Je vous dirai que j'ai fait toute la bataille et je n'ai qu'une petite blessire à la cuisse, dont j'ai été trois semaines à l'hôpital. Je vous dirai que je n'ai pu vous écrire plus à bonheur (sic) à cause que j'étais trop éloigné de la ville, mais à présent, je suis revenu à une lieue de la ville. Je vous dirai que j'ai eu mon sac de peau emporté d'un boulet de canon. Dont j'ai perdu tous mes effets. Rien à vous marquer de nouveau que c'est une grande misère d'être militaire... Je vous dirai qu'à la bataille du 22 mai, dans notre compagnie, nous avons resté 19 hommes" (E. Fairon et H. Heuse : "Lettres de grognards", 1936; lettre N°159).

Le 19 décembre, Antoine Philippet, originaire de Juprelle (Ourthe), Voltigeur au 4e Bataillon, écrit depuis Weits, près de Salzbourg, à son ancien patron : "Nous sommes rapprochés de cent lieues de Vienne et nous espérons de revenir en France de jour en jour ou en Hollande, et nous espérons de vous venir revoir. Nous sommes en cantonnement à boire et à manger les oies des paysans et je me plais assez bien dans l'état militaire. Je remercie le Dieu tout puissant, je n'ai pas reçu de blessure en bataille, et cependant j'ai été trois fois au feu et trois jours de suite en bataille, sans cesser de me battre. Vous saurez que Grisar a été tué sur la gauche de moi en bataille à Evesberg. Guillaume Baré de Juprelle est tué et je l'ai voulu assister pour le porter et il est mort entre mes bras". Guillaume Baré figurait sur la liste des déserteurs et la lettre de Philippet fut montrée à la préfecture pour faire cesser les vexations dont souffrait injustement la famille de ce soldat mort sur le champ de bataille (E. Fairon et H. Heuse : "Lettres de grognards", 1936; lettre N°188).

 

k/ 1810

Sergent de Grenadiers du 63e de ligne 1808-1809
Fig. 11 ; Sergent de Grenadiers (en 1809) d'après Carl
Sergent de Grenadiers en grande tenue vers 1808-1809 (source : Bucquoy, d'après les Collections Alsaciennes et documents Piton)

En janvier 1810, 2 Officiers et 272 hommes du 63e doivent rejoindre à Bayonne un Régiment supplémentaire au sein de la 2e Brigade (Valentin) de la 2e Division (Reynier) des Réserves de l'Armée d'Espagne.

De son côté, le 1er Corps a reçu l'ordre de s'avancer dans l'Andalousie. Il se porta vers San-Euphemia et Belcazar, où il repoussa les Espagnols et marcha sur Cordoue. Le 29 janvier, nous arrivions en vue de Séville où nous entrâmes sans combat, le 1er février, tambours battant, enseignes déployées.

La conquête de l'Andalousie, qui n'avait guère demandé qu'une quinzaine de jours, n'avait été, grâce à l'endurance de nos hommes, à leur courage, à leur énergie, à la terreur qu'ils inspiraient aux Espagnols, qu'une promenade militaire. Aussi, en les quittant pour rentrer à Madrid, Joseph, auquel ils venaient d'assurer la couronne, pouvait il leur dire : "Soldats de Talavera, d'Almonacid, d'Ocana, de la Sierra-Morena, comment vous témoigner ce que je vous dois ? Je vous rappelle à vous-mêmes votre propre conduite". (Ordre général à l'armée).

Le 1er Corps ne fit en quelque sorte que traverser Séville et marcha immédiatement sur Cadix, siège de la junte gouvernementale, qu'il fut chargé de bloquer par terre. Cette ville, assise sur un rocher à plus d'une lieue en mer, n'est accessible du côté de la terre que par une langue de sable fort longue et fort étroite qui fait partie de l'île de Léon. Cette île est elle-même séparée du continent par le bras de mer de Santi-Pietri, long de 3 lieues, large de 200 à 300 mètres, et bordé d'immenses marais salants. Le pont de Zuasco sur le Santi-Pietri, seule communication du continent avec l'île de Lćon, était rompu. La rive opposée était hérissée de retrachements et de batteries et défendue par 30,000 hommes, dont 8,000 Anglais ; 8 vaisseaux espagnols et 8 frégates, 4 vaisseaux anglais et 2 frégates croisaient à l'entrée de la baie. Le port renfermait en outre plus de 200 bâtiments dont plusieurs s'étaient embossés pour la défense de l'île de Léon et de la rade.

Dans cette position formidable, l'attaque de forces aussi considérables exigeait de très grands moyens. Le 1er Corps comptait cependant à peine 20,000 hommes et sa ligne offrait un développement de près de 10 lieues. Le Maréchal Victor dut donc se résoudre à rester sur la défensive.

Le 16 mars 1810, le 63e présente la situation suivante :
- Etat major : 12 Officiers, 14 hommes.
- 1er Bataillon Bresson : 12 Officiers, 445 hommes.
- 2e Bataillon Gentil : 17 Officiers, 437 hommes.
- 3e Bataillon Chauvet : 12 Officiers et 430 hommes.

Dans cette campagne, le 63e ne joua pas un grand rôle sur les champs de bataille, mais sa tâche n'en fut pas moins laborieuse, pénible et honorable, étant donnés les privations de toutes sortes que nos hommes supportèrent avec la plus noble résignation et les travaux d'investissement à la construction desquels ils durent participer avec les autres troupes du 1er Corps. L'énumération de ces travaux suffira pour faire comprendre combien fut dure pour le Régiment cette année 1810.

 

Grenadier du 63e de ligne 1808-1809
Fig. 12 ; Grenadier vers 1808-1809 (source : Bucquoy, d'après les Collections Alsaciennes et documents Piton)
Grenadier donné par Margerand (source : Collections Alsaciennes)

Le fort de Santa-Cathalina, à l'entrée de la baie et en face de Cadix, fut agrandi et armé de 30 bouches à feu pour tenir au loin la flotte ennemie. La presqu'île du Trocadero, dont la saillie vers l'île de Léon forme au fond de la baie la rade intérieure et le port, fut défendue par de nombreuses batteries. On entreprit le siège du fort de Matagorda à la pointe de cette presqu'île et où les Anglais avaient pris poste. Après plus de deux mois de travaux dans un terrain aquatique, on parvint à établir près de ce fort plusieurs batteries qui l'écrasèrent et obligèrent l'ennemi à l'évacuer le 22 avril.

Aussitôt après la prise du fort Matagorda, on construisit, à droite de l'embouchure du Rio-San-Pedro, le fort Napoléon qui fut armé d'un grand nombre de mortiers pour bombarder Cadix. Plusieurs batteries furent ensuite établies contre la rade entre le Rio-San-Pedro et Puerto-Santa-Maria; d'autres le furent à Puerto-Real. Un grand nombre de retranchements et de redoutes furent enfin construits le long du Santi-Pietri pour contenir les sorties de l'ennemi et couvrir Chiclana.

Indépendamment de ces travaux, il fallut établir des ponts, ouvrir des routes avec des embranchements pour communiquer à tous les postes, et rétablir les moulins que l'ennemi avait détruits. Ces travaux étaient souvent interrompus par les tentatives de l'ennemi pour faire lever le blocus. Alors, tout heureux, nos soldats quittaient pour un instant leurs outils et, reprenant leurs armes, refoulaient les assaillants dans la place ou les forçaient à se rembarquer précipitamment.

Monsieur Jérôme Rova, professeur espagnol né à Medina Sidonia (Cádiz), et qui prépare un livre sur l´occupation française de sa ville (février 1810 - août 1812), nous a informé que selon un état du 29 avril 1810, signé par le Commissaire des guerres Robert, qu'il a trouvé aux Archives Municipales, il fallait approvisioner le Régiment de 460 rations de vivres et 9 de fourrages. Et que par ailleurs, selon un étude du Colonel espagnol J. J. Sañudo, se trouvaient à Medina le 8 mai 1424 hommes du Régiment. Parmi eux figure Jacques Désiron, originaire de Bergilers (Ourthe), qui depuis Medina Sidonai écrit le 8 mai 1810 : "Dans le moment que j'ai reçu votre lettre, nous étions en marche pour faire une longue route, pour venir à Séville et y faire le siège, ville très forte. Nous y sommes enfin arrivés. Nous n'avons été que vingt quatre heures devant les murs qui étaient d'une force inexprimable, que les habitants ont capitulé et les troupes ennemies qui étaient dedans ont pris la fuite pour Cadix, où ils sont maintenant. Nous sommes en face d'eux. Il n'y a qu'un petit bras de mer qui nous partage. Plus de 600 pièces de canon ont feu tous les jours. Nous allons quelques fois à la découverte proche Gibraltar et vers les côtes d'Afrique, où habitent les Barbares" (E. Fairon et H. Heuse : "Lettres de grognards", 1936; lettre N°219)

Le 29 mai, depuis Chiclana, Jean Guillaume Crickboom, d'Aubel (Ourthe), soldat dans le Régiment, donne en flamand, sur ces lieux éloignés des renseignements bien fantaisistes : "Les Français ont maitenant envahi presque toute l'Espagne. Nous sommes à présent devant une ile et une grande ville, Cadix, que nous ne pouvons prendre, parce que les Anglais sont trop forts contre nous et qu'il y a trop d'eau. Nous ne sommes qu'à une heure de la grande mer et à trente heures d'Amérique. Ce qui nous donne le plus de peine, c'est que nous devons travailler nuit et jour pour placer des canons pour que l'ennemi ne puisse nous chasser. Nous sommes ici depuis quatre mois, et Dieu sait combien de temps nous y resterons encore" (E. Fairon et H. Heuse : "Lettres de grognards", 1936; lettre N°227).

L'année 1810 s'écoula ainsi, non sans pertes puisque Martinien cite le Capitaine Loup, blessé le 14 juin au cours d'un combat devant Cadix. Notre situation, au milieu de cette année, avait été la suivante et se maintint sans grands changements : 3e Division, Général Villatte; quartier général, Chiclana; 1re Brigade Général Cassagne : 27e Léger, 63e Régiment de ligne Colonel Meunier Saint-Clair : 1er Bataillon Commandant Bresson, 24 Officiers, 483 hommes; 2e Gentil, 17 Officiers, 450 hommes; 3e Chauvet, 14 Officiers, 474 hommes. Effectif total 55 Officiers, 1407 hommes.

Le 10 octobre, les trois 1ers Bataillons du 63e (1er Corps) présentent la situation suivante :
- Etat major : 8 Officiers, 15 hommes.
- 1er Bataillon Bresson : 8 Officiers, 61 hommes.
- 2ème Bataillon Gentil : 17 Officiers, 449 hommes.
- 3ème Bataillon Chauvet : 14 Officiers et 453 hommes.

Le 22 octobre, depuis Chiclana, Hubert Lismonde, soldat dans le Régiment, écrit : "Depuis que nous sommes en Espagne, nous n'avons pas encore resté un seul instant d'être toujours à la poursuite de l'ennemi. Je profite d'un moment de tranquilité pour vous écrire. Dans ce moment ci, je vous dirai que nous faisons le siège de Cadix. C'est le plus beau port de mer de toute l'Espagne. Mais il n'y a point d'apparence qu'ils veulent se rendre" (E. Fairon et H. Heuse : "Lettres de grognards", 1936; lettre N°276).

Voltigeur du 63e de ligne 1808-1809
Fig. 13 ; Voltigeur (en 1809) d'après Carl
Voltigeur vers 1808-1809 (source : Bucquoy, d'après les Collections Alsaciennes et documents Piton)
Voltigeur donné par Margerand (source : Collections Alsaciennes)

Pendant que la partie principale du Régiment prenait part au siège de Cadix, plusieurs détachements du Régiment opéraient sur d'autres points de l'Espagne:
- 1/ 145 hommes du 63e, avec des détachements de même force des 27e Léger, 94e, 95e de Ligne, forment sous les ordres du Commandant Simberge un Bataillon du 1er Régiment de marche, commandé par le Colonel en 2e Féring. Ce Régiment fut placé à Tudela dans la province de Navarre.
- 2/ Un autre détachement de 52 hommes concourt à la formation du 6e Régiment de marche.
- 3/ Le 1er Bataillon de marche de la 11e Division à Séville est encore composé de détachements de la Division Villatte (27e, 63e, 94e).
- 4/ Il en est de même du 2e Bataillon de marche qui est à Madrid.
Ces deux derniers détachements rejoignirent en décembre le Régiment sous Cadix.
- 5/ Le 15 décembre, 2 Officiers et 62 hommes se trouvent au sein du "Bataillon de marche de l'Armée du Midi", commandé par le Colonel Mejean, faisant partie de l'Armée du centre, Brigade Granjean, Division de Réserve Caffarelli. Le 20 décembre, cette Compagnie (Capitaine Manceau, toujours 2 Officiers, 62 hommes) fut envoyée à Margnia pour faire partie de la 1ère Brigade de la Division de réserve aux ordres du Général Caffarelli.
- 6/ A la suite de la campagne de 1809, en Autriche, l'Empereur résolut de faire passer en Espagne le 9e Corps (Comte Drouet d'Erlon) qui fut désigné pour aller renforcer l'Armée de Masséna en Portugal. Le 4e Bataillon du 63e, sous les ordres du Commandant Michel, et fort de 19 Officiers, 499 hommes, appartenait alors à la Division Claparède de ce corps. Le 15 août 1810, le 4e Bataillon (Michel) du 63e, qui se trouve au 9e Corps comprend 19 Officiers et 545 hommes, il fait partie de la 7e Demi-brigade de Ligne (Colonel Bonnaire), 2e brigade Jarry, 1ère Division Claparède. Arrivée en Espagne à la fin de 1810, la Division Claparède fut provisoirement placée dans les environs d'Almeida et de Trancoso.

Pour terminer avec cette année 1810, selon Martinien, certains éléments du 63e auraient combattu le 4 novembre à l'affaire de la Nieva (Santa Maria de la Nueva) : Sous lieutenant Lacroix, blessé. Martinien indique également le Chef de Bataillon Michel, le Capitaine Pimpernelle, le Lieutenant Baudinet et le Sous lieutenant Lambert, blessés le 30 d écembre 1810 au cours d'une affaire contre les brigands près de Benavente (Espagne, Royaume de Léon).

Feuille de signalement d'un déserteur; Saltarelli Ant. André, fils de Pierre et Maddalaine domiciliés à St. Steff.° canton de S.t Steff.° département des apennins né le 2 Février 1788 à S.t Steffano. canton de S.t Steff.° département des apennins domicilié, avant son entrée au service, à S.t Steffano canton de S.t Steff.° département des apennins taille d'un mètre 59. centimètres, cheveux et soucils Chat. yeux Gris front Ord. nez Bienfait bouche Moy.e menton rond visage Oval teint Coloré Marque de petite vérole.
Entré au service en qualité de Conscrit de l'An 8
Grade Fusilier
Date de la désertion 7 juillet 1810
Date du jugement 12 juillet 1810
Prononcé du jugement condamné par contumace à 5 ans de travaux publics et 1500 f. d'amende
Certifié conforme à l'état transmis par S. E. le Ministre Directeur.
Chiavari, le huit Xbre 1810 Le Préfet, Rolland

 

l/ 1811

 

- Opérations du 63e et du 1er Corps de Victor

Le 1er janvier 1811, le Sous lieutenant Moutard est blessé en escortant le Trésor en Portugal (Martinien).

Lettre de Berthier datée du 10 janvier 1811

Le 10 janvier 1811, Berthier écrit depuis Paris :
"J'ai reçu, Monsieur le Comte, la lettre que Vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 5 de ce mois. Je préviens Votre Excellence que j'ai renvoyé au colonel du 63e régiment la demande qu'il a fait de la décoration de la Légion d'honneur en faveur du capit. Montcarville, en lui faisant connaitre que cette demande doit parvenir par le Général de Division et par le Maréchal commandant en chef le 1er corps d'armée. Lorsqu'elle le sera renvoyée, je me ferai un plaisir de mettre sous les yeux de l'Empereur les services de cet officier auquel vous paraissez prendre un intérêt particulier.
Je renouvelle à Votre Excellence l'assurance de ma plushaute considération.
Le Prince de Wagram et de Neuchâtel
".

Le 11 janvier, Jules Boucquel de Beauval, envoyé en avant garde dans les montagnes de l'Estramadure, est fait prisonnier à l'affaire de la Calera, dans des circonstances émouvantes. Conduit devant Balleseros, dépouillé de son uniforme, couvert de haillons, traité en galérien, il traîna des prisons espagnoles aux portugaises et aux anglaises, notamment à Coïmbre, où il retrouva quelques échappés de l'armée de Masséna. Il fut ensuite embarqué pour l'Angleterre, d'où il réussit à s'évader en 1812. Il passe ensuite au 123e de Ligne avec le grade de Capitaine.

Pour le reste, au commencement de 1811, nous retrouvons le Régiment sous Cadix dont l'investissement est complet du côté de la terre. Mais la mer est libre pour nos ennemis qui en profitent pour se ravitailler et pour embarquer de temps à autre sur leurs vaisseaux une partie de la garnison qu'ils vont débarquer sur la côte voisine, de facon à venir attaquer par derrière nos retranchements et nos défenses qu'ils n'osent aborder de front. Ce fut ainsi que, dans le courant de février, un corps anglais de 7,000 hommes, commandé par le Général Graham, avait quitté Cadix. Débarqué le 27 à Algésiras, il se réunissait à 15,000 Espagnols, sous les ordres du Général la Pena, qui était venu également de Cadix et avait débarqué à Tarifa. Ces troupes s'avancèrent le long de la côte par Veger et Conil pour attaquer Chiclana. Afin de favoriser cette opération, le Général Zayas, qui était resté dans l'île de Léon avec 6,000 Espagnols, jeta, le 2 mars, un pont de radeaux sur le Santi-Pietri, près de son embouchure, et commença aussitôt une tête de pont qu'il mit sous la garde de 1,000 hommes.

Victor, instruit des projets de l'ennemi, donna l'ordre au Général Villatte, qui se trouvait à Chiclana, d'attaquer immédiatement la tête de pont des Espagnols en avant du Santi-Pietri. Villatte n'avait avec lui que 2,500 hommes dont le 63e. Notre situation, à ce moment-là, était la suivante : ler Bataillon 29 Officiers, 409 hommes; 2e : 17 Officiers, 396 hommes; 3e : 16 Officiers, 448 hommes.

L'attaque eut lieu le 3 mars, avec 4 Compagnies seulement. Quoique déjà protégé par une ligne de palissades et de chevaux de frise, l'ennemi fut culbuté par nos troupes, perdit 800 hommes tués, noyés ou pris, et fut rejeté dans l'île de Léon. Peu s'en fallut que le pont lui-même ne fût pris.

Fusilier du 63e de ligne 1808-1809
Fig. 14 ; Fusilier (en 1809) d'après Carl
Fusilier vers 1808-1809 (source : Bucquoy, d'après les Collections Alsaciennes et documents Piton)

Le 5 mars, Victor arriva à Chiclana avec ses réserves qui ne lui faisaient guère qu'un total de 5,000 hommes; il n'hésita pas cependant à prendre l'offensive contre l'armée anglo-espagnole s'avançant par Conil et la tour de Borossa pour se réunir aux troupes de Zayas, qui cherchaient à déboucher en même temps de l'ile de Léon. Il envoya le général Villatte avec sa Division pour contenir Zayas et attirer ainsi sur lui une partie des forces ennemies ; puis, avec le restant de ses troupes, il fond sur les Anglo-Espagnols. Malgré ses efforts, malgré le courage de ses hommes, Victor ne put parvenir à entamer les ennemis; mais, d'un autre côté, toutes les attaques tentées par Zayas pour déboucher vinrent se briser contre 1'héroïsme des soldats de Villatte. Victor se retira vers 3 heures à Chiclana où il appela Villatte. Ils s'attendaient le lendemain à une attaque générale ; mais l'ennemi n'osa pas recommencer le rude combat qu'il avait eu à soutenir; après être resté deux jours immobile, il finit par battre en retraite, renonçant à faire lever le siège de Cadix.

Dans ce combat, qui est inscrit sur le drapeau du 63e qui s'y distingua par sa calme et froide bravoure, par l'héroïsme de ses soldats, le Régiment perdit 5 Officiers et 73 hommes. "Cette bataille fut très meurtrière parce qu'on s'y battit de part et d'autre avec l'acharnement le plus vif; les Français y firent des prodiges de valeur et s'y couvrirent de gloire. On put juger dans cette occasion combien la science du chef et l'énergie du soldat peuvent suppléer au nombre, puisque 10 bataillons français seulement parvinrent à se maintenir dans leurs positlions et forcèrent un ennemi bien supérieur en nombre à se renfermer dans la place. Le maréchal Victor prit à Chiclana 3 drapeaux et 4 pièces de campagne; les alliés perdirent, en outre 3,500 hommes tant tués que prisonniers". (Victoires et Conquêtes).

Après cette bataille, le blocus de Cadix fut repris. L'Empereur aurait voulu que l'on s'emparât de l'île de Léon pour écraser ensuite la ville par des batteries. Il pensait qu'un cheminement à travers les marais et les canaux qui obstruent les abords du Sami-Pietri n'était pas chose impraticable. Mais le 1er Corps ne comptait plus guère qu'une dizaine de mille hommes, il manquait de munitions d'artillerie. Il se trouva donc trop faible pour rien tenter. Le 63e pour sa part, au sein de la 3e Division du 1er Corps, ne comptait plus que 845 hommes.

A noter que le 63e a semble t'il combattu à Albuhera le 16 mai (3 Compagnies de Grenadiers regroupées, Corps de Soult ; 1 Officier tué : Sous lieutenant Courteille; 1 blessé et mort de ses blessures : Capitaine Laplaine).

Au 1er juin 1811, Soult est à la tête de l'Armée impériale du Midi ; le 1er Corps est commandé par le Maréchal Victor ; le 63e , qui se trouve au sein de la Division Villatte aux alentours de Chiclana, présente l'effectif suivant :
- 1er Bataillon Bresson : 22 Officiers, 433 hommes.
- 2e Bataillon : 15 Officiers, 432 hommes.
- 3e Bataillon Chauvet : 14 Officiers et 439 hommes.

Tambour major du 63e de ligne 1811 Tambour major 63e de Ligne Espagne
Fig. 15 ; Tambour major en 1811 en Espagne (source : Bucquoy, d'après documents Espagnols / Fort)
Tambour major en Espagne d'après J. Chambenoit (source indiquée : une aquarelle originale de E. Fort d'après El Guil)
Tambour major d'après Achard et Bueno (planche 70).
Tambour major 63e de ligne  
Tambour major d'après Achard et Bueno (planche 132).
Tambour major d'après Bueno
 

Le 25 juin, depuis Port-Royal, point de concentration principal des troupes investissant Cadiz et des Régiments appartenant aux différents Corps d'armée, Thomas Delrez, originaire de Lambermont (Ourthe), soldat dans le Régiment, écrit : "Dans le mois d'avril et le moi de mai, nous avons eu deux ou trois batailles avec les Anglais. Mais, Dieu merci, je n'ai reçu aucun mal. De là, nous sommes venus au débloquement de Badagosse et nous avons resté douze jours, et quand ils sont rendus, nous avons reçu les ordres pour rejoindre notre régiment. Nous avons traversé toute la Dalousie et une grande partie de montagne d'une hauteur extrême. Mais Dieu merci, nous sommes arrivés, le 18 du présent mois, sans recevoir aucun mal que d'endurer beaucoup de chaleur, car, dans ce pays, il fait une chaleur extrême" (E. Fairon et H. Heuse : "Lettres de grognards", 1936; lettre N°250). Notre homme parle dans cette lettre de la bataille d'Albuhera du 16 mai.

Gérard Huppertz, originaire de Verviers, Voltigeur au 2e Bataillon, dans une lettre écrite le 1er août 1811 à Port-Royal (parvenue à destintion le 18 octobre !), donne plus de précisions : "Je vous dirai pour nouvelles que, dans le moi d'avril et le mois de may, nous avons eu trois sanglantes batailles avec les Anglais et les Portugais entre Rodrigo et Almeda, sur la frontière de Portugal. Delà, nous avons reçu des ordres pour venir au débloquement de Badagosse, dont que nous avons resté douze jours. Après que nos gens ont été sortis, on nous a donné les ordres pour aller rejoindre notre régiment qui était au siège de Cadix. Donc en faisant notre route, nous avons traversé toute l'Andalousie et traversé beaucoup de montagnes après le brigandage qu'il y a parmi toute l'Espagne, qui ne cherche qu'à égorger les Français et qui arrête le convoi et la poste, car il faut juqu'à six à sept hommes pour escorter la poste d'une correspondance à l'autre. Je vous disais que nous sommes arrivés, le 18 juillet, à notre régiment qui est au Port Royal, à deux lieues de Cadix par mer, et sept lieues par terre. Et tous les jours, nous voyons notre ennemi" (E. Fairon et H. Heuse : "Lettres de grognards", 1936).

Le 1er octobre, la situation est la suivante (3e Division Villate, Brigade Pécheux) :
- Etat major : 9 Officiers, 18 hommes.
- 1er Bataillon Bresson : 16 Officiers, 518 hommes.
- 2e Bataillon Michel : 17 Officiers, 515 hommes.
- 3e Bataillon Barbier : 18 Officiers et 535 hommes.

L'année 1811 s'écoula ainsi tristement pour nos hommes. Ça n'était plus la grande épopée, le bruit et l'ivresse des batailles, l'orgueil des brillantes victoires, chèrement achetées quelquefois, il est vrai ; mais qu'importe ? ni les promenades triomphales à travers l'Europe, ni les entrées solennelles dans les capitales étrangères, ni ces brûlantes proclamations de l'Empereur au lendemain des victoires qui, en remerciant ses soldats de ce qu'ils avaient fait et leur montrant ce qu'ils avaient encore à faire, faisait courir leur sang plus vite dans leurs veines et faisait du plus humble un héros. Non! les temps étaient changés, mais nos soldats ne l'étaient pas ; ils supportèrent tout avec le courage qu'ils avaient toujours montré. Ni les froids des longues nuits sans sommeil passées aux aguets, ni les journées passées à travailler dans un sol marécageux et malsain, ni les mille petits combats obscurs qu'il fallait livrer à chaque instant, ni les douleurs de la faim, ni le dénûement dans lequel ils se trouvaient, ne purent les rebuter.

Le 63e sous Cadix fut ce qu'il avait été à Gênes et à la Grande-Armée. Il eut alors souvent à faire preuve de ce courage de deux heures du matin que Napoléon estimait si haut et il ne faillit pas une seule fois. Aussi, en inscrivant sur notre drapeau le nom de Chiclana, a-t-on voulu moins glorifier le Régiment pour sa belle conduite dans cette journée que nous rappeler la constance, le calme, le courage et l'endurance de tous les instants dont il fit preuve pendant les années qu'il passa sous Cadix. C'est là encore, au milieu de tant d'autres, un exemple que nous avons le devoir de ne jamais oublier.

 

- Opérations du 4e Bataillon du 63e et du 9e Corps

Le 4e Bataillon, que nous avons laissé à la fin de l'année 1810 à la Division Claparède, faisait de son côté son devoir, et nous retrouvons, en février 1811, la Division entre Almeida et Viseu. Sur ces entrefaites, Masséna, obligé d'évacuer le Portugal, résolut de ravitailler la place d'Almeida et appela à lui tout le 9e Corps. L'armée se mit en route le 2 mai au matin et, après avoir traversé le pont de Ciudad-Rodrigo, se trouva en présence de l'armée anglaise qui avait pris position à Fuentès-d'Ońoro. Elle y fut attaquée dès le 3. La situation du 4e Bataillon est la suivate à cette date : 397 hommes au sein du 9e Corps d'Erlon (Armée du Portugal commandée par Masséna), Division Claparède, Brigade Vichery, 7e Demi-brigade.

Musiciens du 63e de ligne 1811
Fig. 16 ; Musiciens en 1811 (source : Bucquoy, d'après des documents Espagnols / Fort)
Musicien d'après H. Knötel
Musicien d'après Achard et Bueno (planche 70)
Dessin original extrait de "Uniformes des régiments d'infanterie et de ligne sous le Consulat et le 1er Empire"; Aquarelles par Ernest Fort (1868-1938); Ancienne collection Gustave De Ridder, (1861-1945); Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, PETFOL-OA-492

Le 9e Corps tout entier avait été placé en observation au centre pour relier les deux ailes de l'armée chargées de l'attaque. La bataille s'engagea vers une heure de l'après-midi. Mais le 9e Corps n'eut pas à donner ce jour-là. La journée du 4 se passa tranquillement. Les deux armées, à portée de fusil l'une de l'autre, s'observaient et semblaient reprendre haleine.

Le 5 nous trouve en face du village de Fuentès-d'Onoro. La Division Claparède est prête à marcher à l'appui de la 1re ligne qui doit enlever ce village. Les heures s'écoulent, nous sommes toujours l'arme au pied. Enfin, l'ordre est donné de se porter en avant. Nos hommes se précipitent sur les hauteurs au-dessus du village. Rien ne peut arrêter leur élan et bientôt ces hauteurs sont enlevées. Mais, hélas ! faute d'être soutenue, la Division Claparède doit peu après les abandonner. Le village est alors tour à tour pris par nous et repris par les Anglais. Dès que nos troupes arrivaient au sommet, elles étaient foudroyées par l'artillerie, et Wellington, pour résister à nos assauts furieux, ne cessa d'y jeter des renforts considérables de ses meilleures troupes. Dans une de ces attaques, le Commandant de notre 4e Bataillon, Michel, est blessé; mais il refuse de se retirer du champ de bataille où il reste à la tête de son Bataillon qui perdit ce jour-là 73 hommes. Selon Martinien, 3 Officiers sont tués (Lieutenant Arnal, Sous lieutenants Touche et Guilbert), 1 meurt des suites de ses blessures (Lieutenant Humbert, mort le 11), 3 autres blessés (Chef de Bataillon Michel; Capitaine Grangier; Lieutenant Thonion).

Nous passâmes les journées des 6, 7, 8, 9 et 10 en présence de l'ennemi qui, terrifié par le formidable combat qu'il avait dû soutenir, resta immobile dans les retranchements qu'il s'était hâté de construire et qu'il ne cessa de renforcer. L'armée se mit ensuite en retraite, laissant Ciudad-Rodrigo approvisionnée, Almeida détruite, grâce au courage indomptable de l'ancien Colonel du 63e, le Général Brenier, et l'ennemi sous une telle impression qu'il n'osait pas pénétrer en Espagne.

Peu de temps après cette bataille de Fuentès-d'Onoro, l'Armée du Portugal reçut une nouvelle organisation. Le 9e Corps fut dissous et notre 4e Bataillon vint rejoindre en juin, sous Cadix, la portion principale du Régiment dont la situation, vers la fin de l'année, grâce aux renforts qu'il avait reçus, se trouve être la suivante : Colonel Meunier Saint-Clair; 1er Bataillon, Commandant Bresson, 23 Officiers, 443 hommes; 2e X..., 15 Officiers, 427 hommes; 3e Chauvet, 16 Officiers, 442 hommes; 4e Michel, 10 Officiers, 369 hommes. Effectif total : 64 Officiers et 1681 hommes.

Sergent  major de Grenadiers porte fanion du 63e de ligne 1811
 
Fig. 17 ; Officier monté en Espagne (source : Collection J. P. Perconte, d'après document de la Collection De Ridder, Bibliothèque Nationale, Cabinet des Estamps. Dessin de Fort)
Dessin original extrait de "Uniformes des régiments d'infanterie et de ligne sous le Consulat et le 1er Empire"; Aquarelles par Ernest Fort (1868-1938); Ancienne collection Gustave De Ridder, (1861-1945); Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, PETFOL-OA-492


A noter que Martinien indique à la date du 30 octobre 1811 le Capitaine Baudinot, blessé au cours d'un combat près de Benavente.

A noter également que le 63e a reçu du département de l'Ourthe 98 conscrits de la Classe 1811 (E. Fairon et H. Heuse : "Lettres de grognards", 1936).

 

m/ 1812

La situation du Régiment sous Cadix se maintint à peu près dans les mêmes conditions pendant les six premiers mois de l'année 1812. Au commencement de cette année, le 4e Bataillon fut de nouveau détaché et envoyé à l'Armée du Portugal.

La situation des trois premiers Bataillons du 63e entre le 31 janvier et le 15 février 1812 est la suivante :
- Etat major : 9 Officiers, 16 hommes.
- 1er Bataillon Bresson : 0 Officiers, 36 hommes.
- 2e Bataillon Ville : 15 Officiers, 529 hommes.
- 3e Bataillon Segard : 14 Officiers et 525 hommes.

Bientôt, nous reçûmes quelques renforts qui, dans le courant d'avril, portèrent nos effectifs aux chiffres suivants : 1er Bataillon, Commandant Bresson, 30 Officiers, 558 hommes; 2e Ville, 15 Officiers, 542 hommes; 3e Barbico, 14 Officiers, 538 hommes.

Situation au 16 juin 1812 :
- 1er Bataillon Bresson : 23 Officiers, 435 hommes.
- 2e Bataillon Ville : 15 Officiers, 478 hommes.
- 3e Bataillon Barbier : 15 Officiers et 493 hommes.

Le Colonel Meunier, avec le 1er Bataillon, occupait Xérès, les 2e et 3e étaient à Chiclana. Le 25 août, arriva l'ordre de lever le siège de Cadix. "Ce fut avec un amer regret que les troupes du 1er corps abandonnèrent les travaux immenses, monument de leur courage et de leur patience. Les pièces avaient été mises hors de service ou jetées à la mer et les munitions détruites. La retraite s'effectua dans le meilleur ordre sous la protection de la cavalerie. Le même jour, les Espagnols occupèrent Puerto-Real et Chiclana. Mais la poursuite de leurs adversaires ne fut pas le principal objet de leurs soins. Échappés au danger qui les avait si longtemps menacés, ils parcouraient à l'envi tous les ouvrages abandonnés, et la foule des soldats et du peuple contemplait avec admiration ces terribles préparatifs qui leur avaient causé d'aussi justes craintes" (Victoires et Conquêtes).

Officier de Voltigeurs du 63e de ligne 1811-1813 Officier de Voltigeurs du 63e de ligne 1811-1813 Officier de Voltigeurs du 63e de ligne 1811-1813 Officier de Voltigeurs du 63e de ligne 1811-1813
Fig. 18 ; Officier de Voltigeurs en Espagne (source : Collection Dessin de H. Boisselier ; avec l'aimable autorisation de Yves Martin).
Le même, toujours d'après H. Boisselier (fac-similé réalisé par H. et C. Achard d'après l'original)
Le même d'après Achard et Bueno (planche 16)
Le même d'après Bueno

Cependant, ce moment d'hésitation passé, un corps espagnol et un détachement anglais, commandé par le Colonel Skerret, se portèrent sur la route de Séville à la suite du 1er Corps. Ils arrivèrent, le 27 au matin, devant le faubourg de Triana. Le 63e formait l'arrière-garde. Attaqué par l'ennemi, il résiste jusqu'au moment où Soult, évacuant la ville, l'arrière-garde dut le suivre. Le Régiment arrêta encore pendant quelque temps les Anglo-Espagnols au pont qui joint le faubourg de Triana à Séville. Dans cette action, le Sous-lieutenant Lacroix, aidé par deux Voltigeurs de sa Compagnie, se lança sur un groupe ennemi qu'il vit éloigné de la colonne principale et ramena prisonnier le Colonel Skerret. Le Capitaine Videau est tué ; le Lieutenant Lerouge est assassiné, le Sous lieutenant Brirot, blessé, décède de ses blessures; les Chirurgiens Aides majors Lattil et Botte, ainsi que les Sous lieutenant Pellegrin et Bouillier sont blessés.

Le 1er Corps s'arrêta ensuite plusieurs jours à Grenade pour y attendre l'arrivée de tous les détachements qui s'avançaient de différents points vers cette ville. Cette concentration opérée, le mouvement de retraite continua par la grande route d'Alicante à Madrid.

A la fin d'octobre, nous étions à Aranjuez sans avoir rencontré d'obstacles. Après divers mouvements qui eurent pour effet de faire reculer les Anglo-Espagnols et de nous rendre de nouveau maîtres de Madrid, l'Armée du Midi, réunie à celle du Centre et du Portugal, vint prendre ses cantonnements entre le Tage et le Duetu.

Ainsi qu'il a été dit plus haut, dès le commencement de cette année, le 4e Bataillon avait été envoyé de nouveau à l'Armée du Portugal. Le 23 juillet, il prenait part avec elle à la malheureuse bataille de Salamanque ou des Arapiles, qui, malgré le courage et la bravoure de nos soldats, fut une défaite pour nos armes, défaite d'autant plus malheureuse qu'elle eut pour conséquence la levée du siège de Cadix et l'abandon de tout le midi de l'Espagne.


n/ 1813

 

- Situation en Allemagne

Les jours de malheur arrivent à grands pas pour la France. Après la merveilleuse épopée que nous venons de retracer en partie, et dans laquelle notre Régiment a cueilli tant de lauriers, voici le côté sombre qui commence. Encore une année de luttes titanesques en Europe et le sol sacré de la Patrie va être foulé aux pieds par toutes les puissances auxquelles nous avons pendant si longtemps fait courber la tête. Mais il faudra que du nord au midi, de l'est à l'ouest, l'Europe se lève comme un seul homme; il faudra que toutes les puissances fassent un seul faisceau de toutes leurs forces, qu'elles en convoquent le ban et l'arrière-ban pour pouvoir, non nous vaincre, mais pour nous noyer sous des flots d'hommes, pour nous écraser sous leur nombre.

Notre Régiment combattit, dans ces luttes de géant, dans ces batailles des nations. Fractionné, morcelé, il est partout, portant haut et fier son glorieux drapeau auquel la victoire va se montrer quelquefois infidèle, mais auquel du moins l'honneur ne manquera jamais.

A la suite de la guerre de Russie, et devant la coalition de l'Europe, l'Empereur retira d'Espagne une partie des troupes qui s'y trouvaient. Trois des Bataillons du 63e (2e, 3e et 4e) quittent bientôt la Péninsule sous les ordres de leur Colonel et traversent la France à marches forcées, se dirigeant sur le Rhin. Là, chacun de nos Bataillons reçoit une destination différente.

Sergent  major de Grenadiers porte fanion du 63e de ligne 1811

Fig. 19 ; Sergent major porte fanion de Grenadiers en 1811 en Espagne (source : Bucquoy, d'après documents Espagnols / Fort)

Dessin accompagné de diverses indications : Bucquoy, Baty
Sergent major porte fanion de Grenadiers d'après Achard et Bueno (planche 70)

figurine

La vision de notre ami Didier Davin : un Sergent major porte fanion de Grenadiers en Espagne
Notre dessin d'après Bucquoy, ex en-tête de Soldats Napoléoniens
Fanion du 63e : en haut, d'après Brauer (Heere und Tradition/Uniformbogen) ; en bas d'après R. Forthoffer

- 2e Bataillon

Le 2e est dirigé sur le Corps d'observation de Bavière. L'Historique régimentaire donne la destination suivante pour ce Bataillon envoyé en Allemagne : 2e Bataillon Commandant Montcarville : Corps d'observation de Bavière, 51e Division, 2e Brigade. Ce Bataillon, selon l'Historique régimentaire, combat les 26 et 27 août à la bataille de Dresde, les 29 et 30 à Kulm. Bientôt, le 2e se retrouve stationné à Glogau, où il résiste toujours fin 1813.

- 3e Bataillon

Le 3e va au Corps d'observation de Mayence, puis, peu après, il entre dans la composition du 14e Corps d'armée. L'Historique régimentaire donne la destination suivante pour ce Bataillon envoyé en Allemagne : 3e Bataillon, Commandant Jeannin, 20 Officiers, 820 hommes. D'abord Corps d'observation de Mayence, 42e Division, 17e Brigade ; puis 14e Corps. Pendant la route du Rhin en Allemagne, le Colonel Meunier Saint-Clair, qui était resté avec le 3e Bataillon, fut remplacé, le 9 août, à la tête du Régiment par le Colonel Kail.

COLONEL KAIL (FRANÇOIS)

Né à Fontoy (Moselle) le 21 mai 1772 - Colonel du 63e, le 9 août 1813.
Campagnes : 1792-1793, Armée du Nord ; ans II, III, IV, Ouest et Océan ; an V, Armée de Rhin-et-Moselle ; an VI, Armée d'Angleterre ; an VII, Danube ; ans VIII et IX, Armée du Rhin ; ans XII et XIII, camp de Boulogne; an XIV, Grande-Armée; 1806 1807, Pologne ; 1809, Autriche ; 1813, Allemagne.
Blessures - Coup de feu à la jambe droite, à Bautzen - Coup de feu à la cuisse droite, le 29 août, à Kulm

Les événements se précipitant, le Bataillon, selon l'Historique régimentaire, combat les 26 et 27 août à la bataille de Dresde, les 29 et 30 à Kulm, où le Colonel Kail fut blessé à la cuisse droite d'un coup de feu. Le 3e Bataillon reste ensuite à Dresde avec le Corps de Saint-Cyr. Le 10 octobre, le Capitaine Pellegrin est blessé au cours de la défense de Dresde (Martinien).

Après la bataille de Leipsick, Schwartzemberg détacha un corps de son armée. Ce corps arriva devant Dresde le 26 octobre, et aidé par les autres troupes qui se trouvaient déjà devant cette ville, il nous oblige à nous renfermer dans l'enceinte des ouvrages qui couvraient les faubourgs. Ce blocus ne pouvait être de longue durée. Le pays environnant, parcouru dans tous les sens par les armées belligérantes, était entièrement dévasté et n'offrait aucune ressource pour approvisionner convenablement l'armée assiégée. Bientôt une horrible disette se fit sentir et menaca d'anéantir en peu de jours et ceux qui défendaient la ville et ses habitants. Le 5 novembre, Saint-Cyr essaya de forcer le blocus pour s'ouvrir ensuite, les armes à la main, le chemin jusqu'aux frontières de France. Nos tétes de colonnes furent arrêtées et il fallut rentrer dans la ville. Le 11, le Maréchal offrit une capitulation qui fut acceptée. La garnison devait poser les armes, rentrer en France et ne pas servir avant parfait échange. Cette capitulation ne tarda pas à être violée par un ennemi à la bonne foi duquel nous avions eu le tort de croire, et nos hommes furent faits prisonniers.

- 4e Bataillon

Plaque 63e de Ligne
Plaque de shako modèle 1810 trouvée en Biélorussie. Document communiqué par un de nos correspondants

Le 4e Bataillon est envoyé au 11e Corps d'armée (Augereau), sans doute à la fin de l'année 1812, 31e Division Lagrange. Il figure en tout cas sur un Etat de situation en date du 1er septembre 1812, au sein de la 10e Demi-brigade (Major Suaux) de la 31e DIvision ; l'effectif est alors de 15 Officiers, 691 hommes et 5 chevaux.

Ce Bataillon se trouve à Stettin le 5 janvier 1813 au sein de la 10e Demi-brigade de ligne, avec un effectif de 20 Officiers et 693 hommes. L'Historique régimentaire donne la destination suivante pour ce Bataillon envoyé en Allemagne : 4e Bataillon Commandant Deroy, 18 Officiers, 729 hommes. 11e Corps d'armée, 31e Division, 10e Demi-brigade.

Le 10 février 1813, le 11e Corps, devenu Corps d'avant garde, est commandé par Gouvion Saint Cyr ; la 31e Division par le Général Grandeau ; les hommes du 4e Bataillon du 63e se trouvent dans la 1ère Brigade Labassée. Le 4e Bataillon prit part aux opérations dès le début de la campagne ; son effectif, par suite des renforts qu'il avait reçus du dépôt, avait été porté à 820 hommes. Martinien indique deux Officiers blessés au cours de la défense de Stettin : Lieutenant Quoniam et Sous lieutenant Berthier; appartiennenent ils à ce Bataillons ? En tout cas, le 2 mai 1813, le 4e Bataillon était à la bataille de Lutzen, dans laquelle le 11e Corps décida la victoire. Cette journée fut des plus glorieuses ; presque tous les vétérans avaient disparu des rangs ; l'honneur de nos armes, si longtemps victorieuses, était entre les mains de jeunes soldats à peine instruits dans les exercices et non habitués aux fatigues de la guerre ; et cependant, ces conscrits triomphèrent en bataille rangée d'une armée numériquement supérieure que soutenaient une cavalerie et une artillerie formidables. Le 20, à Bautzen, le 21, à Wurschen, notre 4e Bataillon donna encore des preuves de sa bravoure.

Martinien indique un Capitaine Crouvisier, blessé le 7 mai au cours d'un combat en Saxe; il appartenait peut être au 4e Bataillon.

Le 4e Bataillon combat également, selon l'Historique régimentaire, les 26 et 27 août à la bataille de Dresde , les 29 et 30 à Kulm. Le 4e Bataillon est ensuite envoyé à Stettin. La ville doit se rendre le 5 décembre. Après avoir détruit à plusieurs reprises les ouvrages de l'ennemi, l'avoir tenu longtemps éloigné du corps de place, après avoir repoussé toutes les demandes de l'assaillant pour précipiter la reddition du poste qui lui était confié, le Général Dufresse, qui commandait, ne capitula qu'à la dernière extrémité. La garnison fut faite prisonnière de guerre.

- Le Bataillon de Danzig

Depuis 1808, nous avons laissé un Bataillon à Dantzig, où il tenait garnison. Dès le commencement de 1813, l'Empereur avait renforcé cette place où commandait le Général Rapp. Le nom seul de ce Général est un sûr garant de ce que fut l'énergie indomptable de la défense.

Dans le courant de mars, une épidémie vint exercer ses ravages sur la garnison. Dans la dernière quinzaine de ce mois, elle prit un caractère si terrible, que l'on perdit jusqu'à 200 hommes par jour. Dans les premiers jours d'avril, le mal se calma enfin et Rapp reprit alors ses sorties pour ainsi dire journalières dans le but de ravitailler la place et d'éloigner l'ennemi. La résistance se prolongea ainsi toute l'année. Enfin, tous les ouvrages extérieurs de Dantzig ayant été emportés les uns après les autres, malgré la défense toujours héroïque des assiégés, et les maladies produites par les fatigues excessives et par l'insuffisance de la nourriture ayant diminué de beaucoup l'effectif de la garnison, le Général Rapp se vit forcé de capituler le 29 novembre. La garnison obtint sa libre rentrée en France, sous la condition de ne pas servir jusqu'à l'échange. Mais ici comme à Dresde, la capitulation fut violée. L'Empereur de Russie ordonna de conduire la garnison prisonnière de guerre en Russie. Les Officiers conservèrent leurs armes; les Sous-officiers et soldats décorés de Légion d'honneur purent garder leur sabre.

Signalons que Martinien donne pour Kulm (29-30 août) 4 Officiers blessés : Capitaine Adjudant major Laurent et Capitaine Didiat le 29, Colonel François Kail et Lieutenant Petit le 30 ; qu'il indique pour Hellendorf (13-17 septembre) 1 Officier tué (Lieutenant Destantat le 15), 9 blessés (Capitaine Adjudant major Laurent les 13 et 14 et le 17; Chef de Bataillon Barbier les 15 et 17; Capitaines Didiat, Godefroy, Guibaud, Delafond, le 15; Lieutenant Dicalin le 15; Sous lieutenant Soreil le 15). Et pour Leipzig 5 Officiers blessés le 16 octobre (Capitaines Abrial, Lachapelle; Lieutenants Lacroix, Revest, Marié) et 8 autres le 18 (Capitaines Allard, Prieur, Loriot; Lieutenant Destas, Sous lieutenants Bouriot, Duroq, Harry également blessé le 19, Lécourt).

Shako de Fusiliers du 63e de ligne 1813-1815
Plaque de shako d'Officier, en laiton doré. Document communiqué par un de nos correspondants
Fig. 20 ; Shako de Sergent de Fusiliers vendu à Drouot le 25 février 1994
Shako de Fusiliers (source : Musée de l'Infanterie, Montpellier)

- Situation en Espagne

Pendant que ces événements se passaient en Allemagne, revenons à l'Espagne. Le 1er janvier 1813, Gérard Huppertz, originaire de Verviers, Voltigeur au 2e Bataillon, écrit depuis Talavera : "Je vne voudrais pas revivre une année comme celle de 1812 : il y a onze mois que je n'ai plus reçu de vos nouvelles. Nous avons toujours été en marche, car l'ennemi est devenu trop fort. Il nous a chassé de Cadis. Delà nous sommes allés à Séville, où nous sommes restés huit jours. Les Anglais et les Espagnols nous en ont chassés. Puis nous avons eu de grandes batailles. Delà nous sommes venus à Madrid" (E. Fairon et H. Heuse : "Lettres de grognards", 1936; lettre N°680).

Le 1er avril 1813, le 63e, dont la Brigade est maintenant commandée par le Général Rignoux, n'aligne plus que deux Bataillons :
- 1er Bataillon Moite : 21 Officiers, 678 hommes.
- 2e Bataillon Ville : 15 Officiers, 688 hommes.

Chef de Bataillon 63e de Ligne
Fig. 20a ; Chef de Bataillon vers 1813-1814 - médaillon peint à Belfort; diamètre 60 mm

C'est donc dans le courant de l'année 1813 que le 2e Bataillon quitte l'Espagne pour l'Allemagne. Le 1er Bataillon va donc faire seul son devoir dans la Péninsule. Le 1er mai, au sein de l'Armée du Nord, 5e Gouvernement (Général Rey), se trouvent 2 Officiers et 78 hommes intégrés au sein du 3e Bataillon du 1er Régiment de marche de l'Armée du Portugal. A l'Armée du Midi, le Régiment ne compte plus qu'un Bataillon, fort de 1269 hommes stationnés à Salamanque. Ce Bataillon combat à Vittoria (21 juin, Armée du Sud de Gazan, 3e Division Villatte, Brigade Rignoux ; 1 Officier (Lieutenant Pernier) et 102 hommes sont blessés, 21 hommes tués, 11 prisonniers), à Banolas (23 juin). Le 10 juillet, le Sous lieutenant Destats est blessé dans une reconnaissance route de Pampelune.

Le 15 juillet 1813, Noël-Joseph Penay, originaire de Bombaye (Ourthe), Soldat à la 1ère Compagnie du 1er Bataillon, écrit depuis Pau : "Voilà trois mois que nous étions campés et que les courriers ne pouvaient point aller en France. Le 1er juin, nous nous sommes battus avec les Anglais et j'ai reçu une balle au bras gauche, dont j'espère avoir un congé. Jamais les Français n'ont eu une déroute aussi grande que ce jour là, puisqu'ils ont pris tous les bagages de l'armée. De quinze mille blessés que nous étions, il n'y en a pas eu la moitié qui sont rentrés en France. Ils sont restés dans la boue, faute de moyen de transport. Vous ne devez pas ignorer, mon cher père et ma chère mère, la souffrance que j'ai pu endurer pendant cette malheureuse évacuation. Mais grâce à Dieu, je suis à présent dans un hôpital de Soeurs où je suis assez bien, sinon qu'on ne nous donne pas beaucoup à manger" (E. Fairon et H. Heuse : "Lettres de grognards", 1936; lettre N°915).

Nouveaux combats au col de Maya (25 juillet, 1 Officier blessé : Sous lieutenant Debray ), à Sorauren (28 au 30 juillet, 2 Officiers blessés Colonel Meunier de Saint Clair le 28, Sous lieutenant Meunier le 30), Pampelune. Le 1er août, sont blessés au cours de la défense du pont d'Hiali le Capitaine Bachelier et le Sous lieutenant Pompon.

Situation de l'Armée française au 10 août 1813

Commandant en chef : Maréchal Soult, Duc de Dalmatie

Centre (QG à Ainhoa) : Général de Division (Lieutenant général) Drouet d'Erlon

3e Division Abbé, 1ère Brigade Rignoux

63e de Ligne : 1 Bataillon

Source : S.H.D C8 372

Les combats se poursuivent : Bidassoa (31 août; 5 Officiers blessés : Capitaine Planton, Sous lieutenants Debray, Meunier, Barthélemy, Vibert), sur la rivière Nivelle (10 et 11 novembre, 1 Officier tué : Capitaine Heuillard le 10; 1 mort des suites de ses blessures : Lieutenant Devariaux le 11 et mort le 30; 3 autres blessés : Lieutenants Hébert le 10, Boudier le 10, Sous lieutenant Petit le 10) et à Bayonne sur la Nive (13 décembre, 1 Officier tué : Capitaine Milhau; Chef de Bataillon Dufait mort des suites de ses blessures le 15 et Lieutenant Pelluchon, mort le 14; 6 autres blessés : Capitaines Planton, Bachelier, Lieutenant Debray, Sous lieutenants Meunier, Vibert, Godreuil). Le 17 décembre, le Capitaine Godefroy est blessé étant en reconnaissance devant Bayonne.

o/ 1814

Le 63e est dispersé, ses divers éléments sont en en luttes sur divers points de l'Europe ou prisonniers; mais son numéro ne va pas disparaître de la terrible mêlée. Fin 1813, l'Empereur tente de réorganiser son armée. Le 2e Bataillon du 63e, présent à l'Armée, est affecté au 4e Corps du Général Morand ; il doit être rejoint par un 6e Bataillon en formation à Belfort.

L'Historique régimentaire pour sa part nous dit que deux nouveaux Bataillons sont constitués avec des conscrits qui brûlent du désir de faire leur devoir aux heures sombres où la patrie est en danger. Le Colonel Baron Laurède prend alors le commandement du Régiment.

COLONEL BARON LAURÉDE

Mort en août (?) 1815 à Saint-Flour des suites des blessures qu'il avait revues à Fleurus et à Wavres à la tête du Régiment

En février, ces deux Bataillons, le Colonel à leur tête, sont dirigés sur Mayence, où ils font partie du Corps du Général Morand, 3e Division Général Semellé, 2e Brigade Jumilhac; 63e Régiment Colonel Laurède : 1er Bataillon Commandant Perrottet, 40 Officiers, 266 hommes; 2e Commandant Bourdon, 42 Officiers, 352 hommes. Ces deux faibles Bataillons prennent part aux luttes que soutint Morand.

Martinien signale le Capitaine Hézard, blessé le 10 janvier et le 27 février lors de la défense de Neufbrisach.

Fig. 21 ; Soldat en 1814 à l'Armée des Pyrénées d'après Pierre Benigni

De son côté, le Bataillon qui est resté en Espagne prend part à la défense de Molins-del-Rey le 1er janvier 1814 et se trouve engagé dans les dernières actions contre les Anglais. A cette date, le 63e est à l'aile gauche (Drouet d'Erlon), 3e Division (Abré), 1ère Brigade (Beuret, ex Colonel du 27e Léger, nommé par Décret du 15 novembre et arrivé à l'armée le 27 décembre), 1 Bataillon, 719 hommes (J. B. Dumas, Neuf mois de campagne avec le Maréchal Soult).

En mars 1814, on trouve ce 1er Bataillon du 63e à la garnison de Bayonne (membre de la 3e Division laissée par le Maréchal Soult). D'après l'ouvrage de E. Ducéré : "Bayonne sous l'Empire. Le blocus de 1814", il fait partie fin février 1814 de la Brigade du Général Beuret, forte de 3057 hommes et placée sur le secteur de la route de Saint-Jean-de-Luz dit "droite du front d'Espagne". Sous les ordres du commandant Moutard, le Bataillon aligne au 1er mars 20 Officiers et 704 hommes.

A Toulouse, seul un détachement du 63e est présent dans la Division de réserve de Travot (Brigade Pourailly) et prend part à la bataille qui s'y déroule. Le Lieutenant Pompon y est blessé le 10 avril (Martinien).

Passons rapidement sur ces heures douloureuses pendant lesquelles le Régiment fit comme partout et comme toujours largement son devoir. Cette fois il tombe, mais il tombe avec la France, non pas vaincu, mais écrasé comme elle sous l'avalanche de ses ennemis, et pouvant s'appliquer avec orgueil le mot fameux : "Ils sont trop !".

L'Empereur a du renoncer au trône; Louis XVIII est Roi de France. Il reconstitue l'armée par des ordonnances datées du 12 mai 1814. L'infanterie comprit 90 Régiments d'infanterie de ligne, 15 Régiments d'infanterie légère , tous de 3 Bataillons. Chaque Bataillon avait 6 Compagnies. Dans cette réorganisation, notre vieux Régiment disparaît pour prendre le n° 59. Les prisonniers de 1813 et de 1814 rentrent en France et il se complète avec les 3e et 4e Bataillons du 143e, le 1er du 151e et le 1er des Tirailleurs de la Garde impériale. Son effectif est alors de 85 Officiers et 1,296 hommes.

p/ 1815

Cette organisation ne devait pas durer longtemps. Le 1er mars 1815, une flottille de sept bâtiments mouillait dans le golfe Juan. A cinq heures du soir, Napoléon touchait le sol de la France. L'Empire était rétabli.

Un décret de l'Empereur de la fin de mars rendit à tous les Régiments les numéros qu'ils avaient si glorieusement portés pendant 25 ans de guerre et illustrés dans les jours de victoire comme aux jours de malheur. Le 63e, était alors à Metz. Le 13 mars, il quitte cette ville pour aller à Langres. Il est commandé depuis le 25 avril par le Colonel Jean Laurede. Le 11 mai, il retourne à Metz, d'où il part bientôt pour aller faire partie de l'Armée du Nord.

Le retour de l'Empereur, en effet, fait trembler sur leurs bases les trônes de l'Europe; les rois ne se sentent plus en sûreté, ils ne veulent pas que la France, la Grande Nation, soit dans la main de ce merveilleux génie. Ils appellent de nouveau leurs peuples aux armes, et c'est d'un bout à l'autre de l'Europe un branle-bas général qui doit se terminer par le coup de tonnerre et l'écrasement de Waterloo. Napoléon, de son côté, organise de nouveaux corps d'armée ; le 63e entre dans la composition du 4e sous les ordres du Général Gérard, Division Pécheur, Brigade Schiffer (63e, 75e, 30e, 80e); 63e Régiment d'infanterie, Colonel Lauréde : 1er Bataillon Commandant Moutard; 2e Montcarville; effectif : 46 Officiers, 1,031 hommes.

Au moment d'entrer en campagne, l'effectif est porté à 53 Officiers, 1,214 hommes.

Le 4e Corps était destiné à agir en Belgique sous le commandement immédiat de Napoléon, avec les 1er, 2e, 3e et 6e Corps, la Garde et les 4 Corps de réserve de cavalerie. Le 11, juin, le 4e Corps est près de Metz. Bientôt, l'Empereur met toute l'armée en marche, de manière à ce qu'elle fût réunie le 14 entre Sambre et Meuse, vis-à-vis de Charleroi. A cette date, le 4e Corps bivouaque près de Phillipeville. Dès que les troupes furent installées dans leurs bivouacs , l'Empereur leur fit entendre sa parole. Jamais il ne trouva d'accents plus éloquents, plus heureux pour exciter l'enthousiasme et l'ardeur de ses soldats intrépides : "Soldats ! c'est aujourd'hui l'anniversaire de Marengo et de Friedland qui décidèrent deux fois du destin de l'Europe. Alors, comme après Austerlitz, comme après Wagram, nous fûmes généreux. Nous crûmes aux protestations et aux serments des princes que nous laissâmes sur leur trône. Aujourd'hui cependant, coalisés contre nous, ils en veulent à l'indépendance et aux droits les plus sacrés de la France. Ils ont commencé la plus injuste des agressions; marchons donc à leur rencontre; eux et nous, ne sommes-nous plus les mêmes hommes ? Soldats ! à Iéna, contre ces mêmes Prussiens, aujourd'hui si arrogants, vous étiez un contre deux, et à Montmirail un contre trois. Que ceux d'entre vous qui ont été prisonniers des Anglais vous fassent le récit de leurs pontons et des maux affreux qu'ils y ont soufferts.Soldats ! nous aurons des marches forcées à faire, des batailles à livrer, des périls à courir; mais avec la constance, la victoire sera à nous; les droits de l'honneur et le bonheur de la Patrie seront reconquis. Pour tout Français qui a du coeur, le moment est arrivé de vaincre ou de périr".

A ces paroles brillantes, l'armée tout entière répondit par de frénétiques acclamations. Elles retentissaient encore que déjà les ordres de mouvement partent du Quartier général pour les divers Corps d'armée. Le 4e Corps (à droite) reçoit l'ordre de se diriger sur Charleroi. Il se met en marche le lendemain 15, à 5 heures du matin. Dans l'après-midi, un nouvel ordre lui prescrivit d'appuyer à droite et de gagner Chatelet, village situé au bord de la Sambre, à une lieue et demie au-dessous de Charleroi. Le soir, nous bivouaquons en avant de Chatelet, dans la direction de Fleurus.

Le 16 juin, le 4e et le 3e corps formant la droite de l'armée se dirigent sur Sombreffe. A une heure, nous arrivons sur le plateau de Fleurus, en présence de l'armée prussienne. Napoléon dispose aussitôt ses troupes. Le 3e Corps forme la gauche ; le 4e est déployé au centre ; les 1er et 2e Corps de cavalerie forment la droite; la Garde est en réserve. Bientôt, toute l'armée s'ébranle exécutant un changement de front sur Fleurus. Ce mouvement place le 4e Corps partie vis-à-vis de Ligny, partie vis-à-vis du coude du ruisseau. Deux heures et demie sonnent au clocher de Saint-Amand; 3 coups de canon se font entendre à intervalles égaux près de Fleurus : c'est l'Empereur qui donne au 3e Corps le signal de l'attaque. Un quart d'heure après, Gérard se dirige à son tour sur le centre de l'armée prussienne à Ligny. Comme il avait envoyé une de ses Divisions vers le coude de la rivière, il ne lui en restait plus que deux (Vickery et Pécheux) pour enlever ce village. Depuis le matin, les Prussiens avaient barricadé l'entrée des rues, obstrué les passages des jardins et des vergers, crénelé les maisons et les murs de clôture, notamment le château de Ligny situé à l'extrème droite.

Gérard entame l'attaque par trois colonnes qui entrent successivement en ligne à de très courts intervalles de temps, la 1re sur la gauche, la 2e sur le centre, la 3e sur la droite du village contre le château. Nos hommes se portent en avant au bruit des tambours et des musiques et au cri mille fois répété de : "Vive l'Empereur !". Les Prussiens attendent l'attaque calmes et silencieux; à bonne portée ils dirigent sur nous un feu meurtrier qui produisit un mouvement d'hésitation. Mais ce fut à peine sensible. Bientôt nos colonnes arrivent aux premières clôtures. Elles éprouvèrent là une si vive résistance qu'elles furent un moment forcées de reculer. Par deux fois encore elles revinrent à l'attaque sans plus de succès. Enfin, un 4e assaut les mit en possession des jardins et des vergers formant les abords de Ligny. Presque aussitôt les Prussiens se rallient et, appuyés par une partie de leurs réserves, reprennent, dans un combat acharné où l'on se fusille à bout portant, tout le terrain perdu. Alors Gérard à son tour renforce ses colonnes. Un nouveau choc se produit que l'ennemi reçoit de pied ferme, puis il plie enfin sous l'impétuosité française. Jardins et vergers sont enlevés, l'accès des rues est forcé, nos hommes pénètrent jusqu'au milieu du village, atteignent le ruisseau et le dépassent. Les Prussiens font entier en ligne leurs dernières réserves, poussent droit au centre de Ligny, nous forcent à repasser le ruisseau et le franchissent eux-mêmes. A partir de ce moment s'engage dans le village une des luttes les plus acharnées dont l'histoire ait gardé le souvenir. Prussiens et Francais se confondent dans la plus effroyable mêlée, tonnant et recevant la mort sans que nul songe à demander quartier. Les Officiers eux-mêmes ont pris les fusils des morts et se battent dans le rang. Chaque rue, chaque maison, chaque clôture est attaquée et défendue avec fureur. On se fusille, on se déchire à la baïonnette, on s'assomme à coups de crosse sur les escaliers des maisons, dans les chambres, de la cave au grenier, dans les étables. On se poursuit, on se tue jusqu'au milieu des incendies qui éclatent à chaque instant. La bravoure est devenue de la rage, de la férocité, du délire.

"Ces hommes, dit Damitz, s'attaquaient avec toute la fureur de la haine personnelle. Il semblait que chacun eût rencontré dans son adversaire un ennemi mortel et se réjouît d'avoir trouvé le moment de la vengeance. Nul ne faisait quartier et personne n'en demandait".

A son tour, Gérard est obligé de porter sur ce champ de carnage ses dernières réserves. Mais ce renfort ne suffit pas, car Blücher vient d'y envoyer de son côté de nouvelles troupes. L'attaque et la défense continuent ainsi avec des chances diverses et une rage égale. Le Colonel Laurède, blessé d'un coup de feu, reste à la tête du Régiment qu'il conduit au plus épais de la mêlée. Peu à peu le combat s'étend dans le lit du ruisseau. A cinq heures et demie, rien n'était encore décidé. Mais Gérard, en persévérant dans sa lutte, a usé l'ennemi. Blücher a dû retirer du feu une de ses Divisions épuisée et la remplacer par des troupes fraîches. Nos deux Divisions sont fatiguées et mutilées, mais leurs efforts grandissent au niveau de la résistance. Cependant, Blücher a envoyé cinq nouveaux Bataillons aux secours des troupes qui défendent Ligny. Gérard est à bout d'efforts : la nature humaine a ses limites.

Alors 1'Empereur arrive à la rescousse avec la Garde; la charge est battue et la redoutable phalange s'ébranlant, débouche de l'autre côté de Ligny, précédée par les vaillants soldats de Gérard. On s'arrête un instant à la sortie du village pour se reformer avant de gravir la pente du plateau sur lequel les Prussiens chassés de Ligny se hâtaient de se reformer aussi, encouragés par la présence de Blücher qui était accouru. Bientôt nous reprenons notre marche en avant. Les Prussiens nous laissent encore approcher et, à portée, nous accueillent par un feu violent d'artillerie, suivi d'une fusillade meurtrière, en même temps que leur cavalerie charge notre flanc droit. Cette charge et celles qui suivirent furent arrêtées par notre feu et repoussées par la cavalerie de la Garde qui faillit même prendre Blücher. Enfin , le centre de l'armée prussienne se replie en désordre sur Bry et sa déroute entraîne celle de l'armée. Il était près de dix heures du soir; toute action ne tarde pas à cesser. L'Empereur ne voulait pas risquer une poursuite de nuit et nous prîmes nas bivouacs sur le plateau de Bussy. Ainsi se termina cette bataille qui "avait fait frémir les hommes les plus habitués à contempler de sang-froid les horreurs de la guerre" et dont le nom glorieux est inscrit sur le drapeau du Régiment.

Les Prussiens perdirent environ 18,000 hommes et 40 canons, 8 drapeaux ou étendards, plusieurs milliers de prisonniers; en outre, 12,000 hommes s'en allaient à la débandade. Ce résultat avait été obtenu par 60,000 hommes qui en avaient battu plus de 87,000. Nous pouvions ajouter une victoire des plus glorieuses à nos annales. Mais ce succès avait été chèrement acquis : sur un effectif de 12,000 hommes, le 4e Corps seul en avait perdu 3,686, près du tiers ! Au 63e, selon Martinien, le Chef de Bataillon Moutard a été tué; le Colonel Laurede, blessé, est donné mort des suites de ses blessures le 27; 8 autres Officiers ont été blessés : Capitaines Blanc, Videau, Abrial; Lieutenants Bellion, Bouiller; Sous lieutenants Bellenet, Petit, Soreil.

Le 17, au matin, l'Empereur passa en revue l'armée qui avait si énergiquement combattu la veille. Puis, fractionnant ses forces en deux parties, il conserva le commandement de l'une et plaça l'autre (3e et 4e Corps) sous les ordres du Maréchal Grouchy. Ce dernier devait se mettre "à la poursuite des Prussiens, compléter leur défaite en les attaquant dès qu'il les aurait rejoints et ne jamais les perdre de vue".

Le soir, vers dix heures, nous étions à Gembloux. Nos hommes y étaient arrivés "aussi vite qu'il était humainement possible par une pluie torrentielle et d'épouvantables chemins". Le 18 au matin, le 4e Corps se remet en marche, se dirigeant derrière le 3e sur Sart-lès-Walhain, où nous arrivions vers midi. A ce moment, le bruit d'une violente canonnade se fait entendre du côté du Mont-Saint-Jean. En vain Gérard presse Grouchy de marcher au canon et d'aller rejoindre l'Empereur qui doit être aux prises avec les Anglais. Grouchy refuse ; en vain il le supplie de le laisser aller seul avec le 4e Corps : Grouchy, se renfermant dans les ordres donnés la veille par l'Empereur, refuse encore.

L'armée continue sa marche sur Wavres, où elle trouve un Corps ennemi que Blücher y avait laissé pour masquer son mouvement, tandis que lui-même allait avec la majeure partie de ses forces à l'aide de Wellington. On sait que l'arrivée des Prussiens sur le champ de bataille de Waterloo consomma notre ruine.

Le 4e Corps bivouaqua, le soir devant Bierges et le bois de Rixensart, après un engagement dans lequel Gérard fut grièvement blessé, ainsi que le Colonel Lauréde qu'il fallut, cette fois, emporter du champ de bataille. Le 18 au soir, Grouchy ignorait encore les résultats de la bataille dont il avait entendu le bruit toute la journée. Inquiet, il résolut de compléter, le 19, le mouvement qu'il avait commencé la veille, de porter ses troupes sur la rive gauche de la Dyle et de pousser de là, tout au matin, une attaque vigoureuse qui déblaierait le terrain assez au loin pour lui permettre d'appuyer l'Empereur en se rabattant sur lui. En conséquence, il dirige la Division Teste sur Bierges, la Division Mulot sur Rixensart, la Division Pécheux sur le centre ennemi qu'elle ne tarde pas à enfoncer. Il était environ 11 heures. A ce moment, arrive un Officier apportant à Grouchy la fatale nouvelle de la défaite de Waterloo. Il ne fallut plus songer à poursuivre l'ennemi, mais bien à se mettre soi-même hors de ses atteintes, et pour cela il n'y avait pas un instant à perdre. En conséquence, il se dirigea immédiatement sur Namur, et le soir nous bivouaquions près de Sombreffe.

Le 20 au soir, nous étions à Dinant. De là, l'armée se porta le 21 sur Givet et elle couchait sous le canon de la place. On put enfin distribuer du pain à nos hommes : ils en manquaient depuis trois jours. Par ordre de l'Empereur, Grouchy se porta ensuite par Aubigny et Rocroy sur Reims et Soissons, où nous arrivions le 26 au soir. Le 29, nous étions sous Paris.

Par suite de la capitulation conclue peu de jours après avec les ennemis, sous l'inspiration de Fouché, l'armée dut se retirer derrière la Loire.
Nous ne redirons pas ici le désespoir, la douleur et l'indignation de nos soldats en apprenant cette nouvelle qui leur faisait laisser le champ de bataille libre à un ennemi avec lequel ils brûlaient de se mesurer de nouveau et dont ils pensaient avoir facilement raison, étant données les fautes que dans son aveugle confiance il ne cessait de commettre.

En juillet, le 63e est dirigé sur Saint-Flour. Il y tint garnison jusqu'en septembre. Ce fut là que mourut, des suites des blessures qu'il avait reçues à Fleurus et à Wavres, le brave Colonel Laurède. Heureux était-il du moins, car il ne devait pas voir la dispersion de son beau Régiment. L'effectif du 63e, à cette époque, n'est plus que de 70 Officiers et 450 hommes. Le dépôt est â Niort.

Le 16 septembre 1815, le 63e fut licencié; le dépôt le fut le 23. Le Régiment disparaissait ainsi. Mais ce qui ne disparaîtra jamais, ce dont nous saurons toujours conserver orgueilleusement le souvenir, c'est ce qu'il a fait de beau et de grand. Le fond du Régiment forma la 3e Légion départementale (Allier) qui devint, à l'organisation de 1820, le 3e Régiment d'infanterie de ligne. Le n° 63 fut donné à la Légion des Basses-Pyrénées qui devint en 1820 le 13e Régiment d'infanterie Légère.

"De 1797 à 1815, c'est-à-dire pendant 19 ans, le 63e a été mêlé aux grandes luttes de la République et de l'Empire. Durant cette période, nous nous sommes efforcés de le suivre pas à pas, et c'est ainsi qu'après avoir parcouru l'Italie, nous avons traversé en tous sens l'Allemagne, puis l'Espagne et l'Allemagne de nouveau. Quelle odyssée! Novi, Gênes, Iéna, Golymin, Eylau, Spanden, Friedland, Durango, Guenes, Espinosa, Uclès, Medellin, Talavera, Essling, Wagram, Cadix, Chiclana, Lutzen, Bautzen, Dresde, Fleurus, sont les principales étapes de cette marche glorieuse à travers l'Europe; marche sans trêve ni repos, que les chaleurs brûlantes de l'été, comme les froids rigoureux de l'hiver n'ont pas pu interrompre. Pendant ces 19 ans de luttes pour ainsi dire incessantes, dans ces batailles et dans ces combats chaque jour renouvelés en quelque sorte, les heures brillantes nous ont laissé voir bien des souffrances terribles contre lesquelles on ne pouvait lutter qu'à condition d'avoir au coeur le sentiment le plus élevé et le plus sublime : l'amour de la Patrie poussé à ses plus extrêmes limites. Le 63e a passé par ces phases si diverses sans que nous ayons eu à enregistrer une heure de défaillance. Disons-le bien haut. A Gênes, comme à Iéna , à Eylau et à Friedland, comme sous Cadix, comme à Chiclana, aux heures enivrantes de la victoire comme aux heures tristes de la retraite, ou des combats obscurs, qu'il montât la garde à Venise, à Berlin ou à Madrid, nous avons retrouvé notre brave Régiment toujours lui-même, calme, froid, intrépide, héroïque, prêt à tomber au grand soleil, comme prêt à se sacrifier dans l'ombre du moment où l'on avait besoin de lui. Aimons-le donc et chérissons-le, notre 63e, et lorsque le jour sera enfin venu de nous mesurer de nouveau avec ceux qui, durant la période que nous venons de raconter, ne couchèrent jamais en vainqueurs sur les champs de bataille où ils se trouvèrent en présence de lui, souvenons nous de ce qu'ont fait nos aînés du Régiment et imitons les seulement. Nous n'aurons alors rien à envier aux plus glorieux, et une fois de plus nous aurons bien mérité de la Patrie" (Historique du 63e de Ligne).

Terminons en disant qu'entre 1804 et 1815, le 63e a eu 24 Officiers tués, 11 Officiers morts des suites de leurs blessures, et 135 Officiers blessés.

 

II/ Uniformes

Le 63e est l'un de ces Régiments qui a été fréquemment donné dans un certain nombre de sources contemporaines, ce qui nous permet d'avoir une assez bonne idée de l'évolution de sa tenue; par ailleurs, il a été représenté dans les Collections Alsaciennes, qui recoupent certains aspects de ces sources contemporaines. Pour finir, il y a aussi nombre d'objets qui viennent heureusement compléter nos connaissances sur cette unité prestigieuse. Passons donc en revue ces différentes sources.

En tout premier lieu vient la suite dite de Zimmermann; cette dernière représente l'Armée française à Berlin en octobre 1806. Précisons que les dessins originaux, conservés aujourd'hui au sein de la Collection A. S. K. Brown, ne sont pas coloriés. Les documents que nous présentons sont donc des fac-similés établis à postériori. Lucien Rousselot en son temps aurait affirmé avoir découvert une version en couleur du Manuscrit de Zimmermann mais rien ne permet d'en prouver aujourd'hui l'existence (voir au sujet du Manuscrit de Zimmermann l'article de Guy Dempsey Jr paru dans Soldats Napoléonien Hors Série N°01 paru en avril 2003).

Dans le Manuscrit original, le 63e est représenté par deux fois : la planche 7 donne un Sapeur ; la planche 8 un Tambour de Grenadiers.

Tambour de Grenadiers vu à Berlin en octobre 1806, d'après Zimmermann (fig. 1) : Le dessin original que nous reproduisons ici ("Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library"; avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington), donne tout d'abord un shako à chevrons, surmonté d'un plumet fiché dans un minuscule pompon. Sur le devant de ce shako, on note la présence d'une cocarde maintenue à l'aide d'une ganse qui descend jusqu'au nivau de la plaque de shako. Cette dernière est en losange ; le motif central n'est pas identifiable. Le shako est pourvu de cordons et de raquettes, de jugulaires et d'une visière en cuir, cette dernière non cerclée. Notre homme porte encore les cheveux noués en queue. L'habit maintenant : Le col (pour sa partie supérieur et le devant) et les revers sont bordés d'un galon sur lequel court une raie en zigzag. Le col est ouvert et laisse apparaître une cravate blanche. Par ailleurs, sur les revers, le galon est bordé d'un passepoil intérieur. Le galon rayé ne figure ni sur les parements, ni sur les retroussis des basques. Il apparait par contre sur les poches de l'habit, verticales à trois pointes, mais sans passepoil. Sous le revers droit apparait un bouton. Les parements sont ronds et fermés par deux boutons ; il n'y a pas de pattes de parements. Un galon (ou passepoil) longe le parement et descend ensuite vers le bas de la manche le long des deux boutons. A noter que sous le gilet pend un gousset. Le reste de la tenue et de l'équipement est assez classique : épaulettes, guêtres; sac en peau (avec poils); manteau roulé, caisse ... Passons maintenant aux copies.

La première nous vient de l'illustrateur et chercheur belge Winand Aerts ; cette copie se trouvait jusqu'à une époque récente dans la Bibliothèque du Musée de l'empéri à Salon de Provence (ancienne collection R. et J. Brunon). En ce qui concerne le shako, celui-ci a le plumet, le petit pompon, les chevrons, les pourtours supérieurs et inférieurs, les cordons et raquettes, rouges. Sur le devant, la ganse de cocarde est donnée blanche, avec à sa base un petit bouton jaune (bouton qui n'apparait pas sur le dessin original). La cocarde est donnée blanche à l'extérieur, puis rouge (le bleu au centre est masqué par la ganse). La plaque de shako est jaune. Le reste du shako est conforme au dessin original. Pour l'habit : Winand Aerts donne le bas du col parcouru par le galon rayé (détail qui n'apparait pas sur le dessin original); ici, ce galon est jaune. Du coup, si les revers sont bien bordés de ce même galon, celui n'apparait pas au dessous du col. C'est là une erreur d'interprétation manifeste. Quant au passepoil intérieur, qui lui apparait au dessous du col, il est rouge. Winand Aerts donne par ailleurs un passepoil rouge qui descend le long des retroussis des basques (détail qui n'apparait pas sur le dessin original). Les poches de sont représentées avec le galon rayé mais aussi avec le même passepoil rouge (détail qui n'apparait pas sur le dessin original). Pour les parements, rouges, si ils sont bien donnés ronds et fermés par deux boutons, par contre, l'auteur fait apparaitre une petite patte bleue (détail qui n'apparait pas sur le dessin original). Parements et pattes de parement sont bordés d'un simple galon (ou passepoil) jaune non rayé. L'intérieur des basques est blanc. Pour les épaulettes, Winand Aerts les donne à corps et tournante jaune et franges rouges (difficile de dire si c'est le cas sur le dessin original). Quant à la cravate, elle est devenue noire. Le reste de la tenue semble correspondre à l'original : guêtres ici noires; sac en peau ; manteau roulé gris, caisse à cercles bleu ciel ...

La deuxième illustration nous vient du Hors Série de Tradition. Pour le shako, il est analogue à celui que donne Winand Aerts, mais sur le devant, la ganse de cocarde est devenue rouge. Pour l'habit, là encore, on retrouve les mêmes caractéristiques que sur la copie de Winand Aerts (col, revers, passepoils des revers, poches et retroussis) mais avec les différences suivantes : Galon du col, des revers, des poches jaunes sans raies; parement intégralement rouge sans patte. Tout le reste est identique au précédent. A noter cependant qu'au fur et à mesure des copies, le sac de peau semble perdre ses poils ...

La troisisième illustration est tirée du fac-similé du Manuscrit de Zimmermann publié en noir et blanc avec texte descriptif, par Henri Achard. C'est très certainement Aerts qui a servi de source à ce document. Si dans les grandes lignes, le dessin de base respecte l'original, il y a par contre des erreurs dans la description. Pour le shako, on retrouve le bouton en cuivre de la ganse de cocarde. Pour l'habit, le collet est indiqué comme "entièrement bordé d'un galon d'or", avec des "revers blancs à liseré rouge, galon extérieur or. Parements rouge bordés or, patte bleue bordée or". Pas de précisions quant au galon des poches.

La quatrième illustration nous est fournie par le dessinateur allemand Klaus Tohsche. Dans les grandes lignes, c'est la copie de la copie de Aerts ou de Achard, mais avec les erreurs suivantes : pompon sous le plumet plus volumineux; galon du col, des revers, des poches, des parements et de la patte de parement visiblement doré sans raies; galon que l'on retrouve également le long de retroussis. Remarquons tout particulièrement la patte de parement, qui ici est à trois boutons ???? K. Tohsche a par ailleurs modernisé son personnage, lui donnant une allure plus conforme à la période 1808-1812 qu'à la période 1806-1808 (voir par exemple le port du manteau roulé et du sac, ou le collet, complètement fermé). A noter que le gousset sous le gilet a disparu.

Pour terminer, un dessin de notre ami Edmund Wagner. Le shako semble correspondre tout à fait à ce que nous voyons sur le dessin original de Zimmermann (notons par exemple l'absence de bouton sur la ganse de cocarde), ce qui nous amène à penser que notre ami a travaillé sur la base du dessin original. Il a ainsi respecté la disposition des galons et passepoils sur le col, les revers, les poches et les parements, tout en ajoutant par ailleurs un passepoil rouge le long des retroussis, passepoil qui, encore une fois, n'apparait pas sur le dessin original. De même, la forme du parement et l'allure générale sont analogues à celles du dessin original.

Sapeur (fig. 1ter)vu à Berlin en octobre 1806, d'après Zimmermann ("Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library"; avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington): chose assez extraordinaire, si sur le dessin orginal, le titre ne laisse aucun doute sur l'attribution de ce personnage, toutes les copies que nous connaissons l'attribuent au 31e Léger, tout en conservant les caractéristiques du personnage qui elles sont visiblement celles de la Ligne (revers carrés et non en pointe par exemple). Chose encore plus extraordinaire : le Sapeur de Zimmermann n'est pas sans présenter certaines analogies avec celui que nous voyons dans la Suite dite de Otto de Bade (Kolbe). Décrivons donc ce Sapeur. Celui-ci est coiffé d'un colback, surmonté d'un pompon et d'un plumet; il est doté de cordons et raquettes, et sur l'arrière pend la flamme dotée d'un gland. L'habit a le col, les revers carrés, les pattes d'épaule, et les retroussis sans passepoils. Poches verticales passepoilées. Sur le bras gauche (le droit n'est pas visible), haches croisées. Culottes parcourues sur le côté d'une raie elle même accolée à un galon festonné. Guêtre courtes découpées en coeur, avec galon et gland. En ce qui concerne l'équipement, en dehors de la grosse hache et du fusil, classiques, on notera sur le devant de la poitrine une petite giberne, portée à l'aide d'ubn ceinturon, et dont la patte est ornée de haches croisées ; le sabre non pas à tête de coq mais plutôt à tête d'aigle (ce dernier porté à l'aide d'une banderole). Dans le dos du personnage, une grande sacoche, portée elle aussi à l'aide d'une banderole. Les deux banderoles, croisées sur la poitrine, n'ont aucun ornement. Pour terminer, tablier de Sapeur, porté sous l'habit, et qui ne laisse pas apparaître le gilet, et gants à crispins, qui masquent les parements.

Entre temps, entre la fin de l'année 1806 et début 1807, Napoléon prévoit de remplacer les tenues de fond bleu de l'Infanterie de Ligne par des tenues de fond blanc distinguées de différentes couleurs par séries de Régiments. Les Régiments 57 à 64 sont alors dotés de la couleur distinctive aurore. Cependant, le 63e ne fait pas parti des Régiments désignés pour commencer le changement de tenue en 1806-1807. Pourtant, d'après Jules Boucquel de Beauval, Officier entré au 63e après Heilsberg «le 63e de ligne était un régiment discipliné… et de belle tenue. Par coquetterie, sans doute, le colonel avait adopté pour les officiers la couleur distinctive (collet et passepoils aurore) que le régiment devait porter avec l'uniforme blanc. Car l'Empereur, dans ses vues d'économie, songeait sérieusement à vêtir son armée de blanc. On en avait même fait l'essai sur le 15e de ligne en garnison à Paris, avant la campagne de Prusse. La nouvelle tenue fut trouvée belle. Mais ce qui avait flatté l'Empereur à une revue du Carrousel, ce qui lui avait plu sur le terrain de manoeuvre, lui parut horrible sur le champ de bataille, où il retrouva bientôt son beau 15e de ligne méconnaissable. Ces habits blancs ensanglantés donnaient aux blessures les plus légères l'aspect le plus grave. Ses morts se reconnaissaient au loin parmi tous les autres, la plaine en semblait couverte à Friedland. Dès ce moment, la question fut résolue en favuer de la couleur bleue décidément affectée à l'armée...».

Il semble donc bien que le Colonel, par anticipation du changement de tenue, a décidé l'acquisition de tissu aurore et a commencé de s'en servir pour distinguer son Régiment, au travers de sa tête de colonne et de ses Officiers.

Autre nouveauté, la généralisation du shako dans l'Infanterie de Ligne (décret du 26 février 1806 applicable lors du renouvellement de 1807). Les Compagnies d'élite furent les premières servies, et c'est bien avec ce shako que Zimmermann a représenté son Tambour de Grenadiers fin 1806 et que Kolbe représente égelement un Officier de Grenadiers et un Grenadier pour la période 1807-1808. Pierre Charrié (Carnet de la Sabretache N°26 de 1975) en conclut que le shako a été définitivement adopté dès 1807 (en fait, on devrait plutôt dire dès la fin 1806) par les Grenadiers du 63e, s'appuyant sur les dessins de Kolbe mais aussi un dessin d'après El Guil montrant un Sergent major porte fanion de Grenadiers en Espagne en 1811, qui porte également le shako. Rousselot ("L'Armée française", planche 17) parle du shako des Grenadiers du 63e tel que donné par kolbe : "Au 63e, la plaque était remplacée par une grande grenade découpée portant vraisemblablement le numéro dans la bombe... Le plumet du 63e, à base blanche (est) une exception". Il est par ailleurs intéressant de noter que "pendant la période de réorganisation qui s'écoula de 1801 à 1805, on se préoccupa de la tenue. C'est alors qu'on songea à revenir aux habits blancs de l'ancienne armée. En ce qui concernait la coiffure, les avis étaient partagés, mais l'opinion générale était qu'il fallait supprimer le chapeau. Le ministre de la guerre Berthier, tout en restant sceptique sur l'utilité d'une transformation, invita le 30 thermidor an XII (18 août 1804) les commandants des camps de Saint-Omer, de Bruges et de Montreuil, à réunir les colonels de chaque division, pour arrêter, d'un commun accord, des propositions concernant les changements à apporterà l'uniforme. Nous connaissons celles qui furent faites par les colonels de la 3e division d'infanterie qui se composait du 25e léger et des 27e, 44e, 59e, et 63e régiment de ligne. Leur avis était qu'il fallait revenir au casque porté en 1789, par les bataillons d'infanterie légère. Mais c'était là un retour en arrière qui avait peu de chance de prévaloir en raison du mauvais souvenir qu'avaient laissé les anciens casques" (Margerand : "Les coiffures de l'armée française"). Ce fut donc le shako qui l'emporta, mais il faut dire que sa diffusion à titre d'essai était déjà en cours dès 1800 (Margerand : "Les coiffures de l'armée française").

Nous donnons en figure 1bis la plaque de shako modèle 1806 en usage au 63e.

Si les types de Zimmermann ne permettent pas de confirmer l'adoption de la couleur aurore (encore que l'on pourrait se poser la question pour le Sapeur), par contre, ceux de Kolbe ne font aucun doute. En voici la description faite par notre ami Didier Davin ("L'aurore du 63e de Ligne en 1806-1808"; Le Bivouac 2006/4) :

1/ Officier de Grenadiers, 1807 (fig. 3) : "Shako noir modèle 1806 sur lequel des jugulaires de laiton ont été rajoutées; deux fins galons dorés bordent le bas du fut du schako et un jonc de laiton doré borde la visière. Pompon et plumet rouge (pour ce dernier, la base est blanche). Plaque en forme de grenade en laiton doré estampée du numéro 63. Cocarde tricolore (il y a une mince ganse de cocarde). Habit surtout de fond bleu impérial; collet aurore passepoilé de bleu (n'est ce pas plutôt la cravate noire que l'on devine au traverss du col légèrement entrouvert ?). Un passepoil aurore borde le devant du surtout, les parements en pointe et les retroussis, ainsi que les poches vraisemblablement. Boutons dorés, idem épaulette et contre-épaulette; hausse col doré orné d'une Aigle argentée. Légion d'Honneur. Gilet et culotte blanche. Bottes noires à revers fauve. Epée à dragonne et garde dorées suspendue à une banderole de cuir blanchi". Ajoutons également le port de gants chamois.

Guy Dempsey Jr, qui a publié la Suite d'Otto de Bade, nous dit que "l'habit montré dans cette peinture illustre exactement le surtout décrit par le Lieutenant Beauval du 63ème dans ses mémoires, et fournit ainsi les meilleures preuves de l'autenticité du manuscrit. La peinture nous montre également les passepoils aurore prolongés le long des retroussis bleus et aux parements en pointe, bien que sur la manche gauche, il soit maintenant devenu tellement décolorée qu'il est presque méconnaissable. La prédilection du Colonel Mouton-Duvernet pour les tenues de fantaisie est également évidente au travers du shako porté par cet Officier. La forme est réglementaire, mais la garniture en or se compose d'une double raie sur le pourtour inférieur et d'une ligne différente de lacets traçant les bords et la couture du centre de la visière du shako. La plaque de shako en forme de grenade avec le chiffre régimentaire inscrit sur la base hémisphérique est peu commune, mais non unique, parce qu'un dispositif semblable est illustré par Richard Knotel sur le bonnet d'un Grenadier du 117ème régiment à une date ultérieure (R. Knötel, Uniformenkunde Vol 16, planche N°35). La plupart des commentateurs (Voir Rousselot, planche 17), ont conclu que la partie trouble du plumet est une base blanche qui est devenue décolorée, mais la décoloration pourrait également affecter une base de plumet dorée avec une partie supérieure "vandyked", bien qu'il soit curieux de trouver un tel support de base au au-dessus plutôt qu'au-dessous du pompon rouge".

A côté du dessin original de Kolbe, nous avons placé différentes reproductions ou illustrations de cet Officier :
- La première est tirée du fac-similé de A. Depreaux et L. Rousselot réalisé en 1942-1943 : ce type ne pose guère de problèmes, tant dans le dessin que dans la description. A noter toutefois que sur la visière, le lacet doré de la couture centrale de lavisière a disparu. Quant à la description, elle indique une ganse de cocarde avec bouton or, et ne mentionne pas de passepoil au collet. Elle mentionne également que le haut de la lame de l'épée est incrusté d'or.
- Le deuxième dessin est de P. A. Leroux ; il a été donné dans le Bulletin de la SCFH en 1960. On remarquera tout particulièrement l'interprétation du shako, avec ces chevrons qui n'apparaissent pas sur le document original.
- Le troisième dessin est de Klaus Tohsche; il est globalement conforme à la source originale (en dehors de la visière du shako).
- Le quatrième dessin est de B. Coppens; l'aspect général du personnage a bien été respecté.
- Le cinquième dessin est de notre collègue et ami Didier Davin (voir description ci-dessus).

2/ Grenadier, 1807 (fig. 4) : "Shako noir modèle 1806 sans jugulaires, un galon écarlate borde le fut en haut et en bas et forme des chevrons sur les cotés. Même grenade que l'Officier mais en simple laiton. Pompon et plumet rouge. Cordon tressé et raquettes rouges. Habit et équipement classique d'infanterie de Ligne (nous n'y revenons pas) avec les deux épaulettes écarlates, sabre-briquet à dragonne écarlate, parements et leurs pattes écarlates passepoilées de blanc. Capote gris bleu sur le sac". Quelques compléments tout de même : tout d'abord la petite ganse de cocarde blanche; la base blanche du plumet; la patte de parement rouge; l'épaulette gauche dont le corps est parcouru par une raie bleue (G. Dempsey ne saurait dire s'il s'agit ou non d'une erreur de l'artiste). A noter aussi l'épinglette suspendue au rerers droit de l'habit.

A côté du dessin original de Kolbe, nous avons placé différentes reproductions ou illustrations de ce Grenadier :
- La première est tirée du fac-similé de A. Depreaux et L. Rousselot réalisé en 1942-1943 : ce type ne pose guère de problèmes, tant dans le dessin que dans la description.
- Le deuxième dessin est de P. A. Leroux ; il a été donné dans le Bulletin de la SCFH en 1960.
- le troisième dessin est de L. Rousselot ("L'Armée française", planche 17); à noter que le centre de la cocarde n'est pas coloré (erreur sans doute liée à la mise en couleur de la planche selon la technique du pochoir).
- Le quatrième dessin est de Klaus Tohsche; il est globalement conforme à la source originale.
- Le cinquième dessin est de notre collègue et ami Didier Davin (voir description ci-dessus). Notre collègue a rajouté sur la base de la grenade le chiffre 63.
- Le sixième dessin nous vient du dessinateur et chercheur russe P. Alekhine; c'est une belle reconstitution du sujet.

3/ Sapeur, 1807 (fig. 2) : "Comme membre des Compagnies de Grenadiers, notre Sapeur a touché un schako, mais celui-ci a été recouvert de fourrure, et seule la visière dépasse. Le plumet, les épaulettes et le pompon écarlates marquent bien l'appartenance aux Grenadiers, mais le cordon tressé et les raquettes sont blancs. Habit de fond bleu d'infanterie de Ligne mais agrémenté de la couleur aurore portée au collet, revers, retroussis et parements et leurs pattes, le tout passepoilé de bleu (détail du parement et de sa patte selon Rigo). Les boutons sont de laiton. (Retroussis blancs pour Rigo). Le gilet vraisemblablement blanc est porté sous le tablier de cuir fauve. La culotte est curieusement de type infanterie légère, bleue avec un feston latéral aurore, portée avec des demi guêtres noires à galon et glands écarlates. Notre sapeur porte sa hache, son mousqueton. Sa giberne porte hache et son sabre-briquet classique à dragonne écarlate sont suspendus à des banderoles de cuir blanchi. Enfin on notera les deux haches croisées écarlates portées en haut des manches et les grenades écarlates portées sur les retroussis (détail donné par Rigo) et les gants chamois à crispin blancs".

A noter que L. Rousselot ("L'Armée française", planche 89) parle de "colback à visière" pour le Sapeur de Kolbe, et non de shako. Rigo ("Le Plumet", planche 163) parle lui de "shako à poils" et nous explique que "cette mystérieuse coiffure ... a bel et bien existé puisqu'elle figure dans les états de magasins des 2e, 4e, 7e et 11e Hussards". Pierre Albert Leroux (bulletin de la SCFH de 1951), sans doute embarrassé par ce colback, a omis de représenter la visière pourtant bien visible sur l'original.

Si l'on compare ce Sapeur à celui de Zimmermann, il est frappant de retrouver dans les deux cas le colback, le galon festonné sur la culotte, et les guêtres de types infanterie légère. Au final, la seule différence se situe au nivau des épaulettes rouges de Kolbe, qui ont remplacé la patte d'épaule de Zimmermann. La question que l'on peut donc légitimement se poser, c'est si le Sapeur de Zimmermann a lui aussi l'aurore comme couleur distinctive ? Dans ce cas, les versions couleur du Tambour de Grenadiers sont elles exactes ? Dans l'état actuel de nos connaissances, nous ne saurions répondre, et il est fort probable que ces questions resterons à jamais sans réponse.

A côté du dessin original de Kolbe, nous avons placé différentes reproductions ou illustrations de ce Sapeur :
- La première est tirée du fac-similé de A. Depreaux et L. Rousselot réalisé en 1942-1943 : ce type ne pose aucun problème, tant dans le dessin que dans la description.
- Le deuxième dessin est de P. A. Leroux ; il a été donné dans le Bulletin de la SCFH en 1951. Ormis l'absence de visière au colback, le type est conforme à l'original.
- Vient ensuite la planche 163 de Rigo qui nous donne tour à tour un Sapeur (là encore, rien à signaler, ormis les gants blancs au lieu de ocre), et une reconstitution de l'uniforme, sur laquelle on notera tout particulièrement les parements et leur patte (aurore à passepoils bleus), les retroussis blancs passepoilés aurore, avec grenades rouges; et les poches verticales passepoilées aurore.
- Le quatrième dessin est tiré de la revue anglo-saxonne Military Illustrated de février 1994; le dessin est de Bob Marrion. Sur ce dessin, on relèvera plusieurs erreurs telles que les épaulettes dont le corps et la tournante sont jaunes; les éléments métalliques des banderoles (qui n'apparaissent pas sur l'original); les gants blancs; enfin, les retroussis sont donnés intégralement aurore.
- Le cinquième dessin est de Klaus Tohsche; il est conforme à la source originale.
- Le sixième dessin est de notre collègue et ami Didier Davin (voir description ci-dessus).

En octobre 1807, Napoléon décide de revenir à l'habit bleu. Le Régiment se retrouve alors avec un stock de tissu aurore qu'il faut bien employer. Le nouveau Colonel a semble t'il continué de l'utiliser largement pour la tête de colonne de son Régiment, si l'on se fie aux Collections Alsaciennes qui, pour la période 1808-1810, nous donnent un certain nombre de types permettant d'avoir une assez bonne idée de l'évolution des uniformes à cette époque. Une question cependant s'impose : ces types concernent ils l'ensemble du Régiment ou uniquement les 4e et 5e Bataillons. En effet, n'oublions pas qu'à la fin de l'année 1808, les trois premiers Bataillons sont en Espagne. Or, Carl date ses types de 1809. Par ailleurs, le Tambour major n'est pas donné par Carl. Il figure par contre dans les dessins de Fort qui eux se situent en Espagne. La question reste donc ouverte.

Commençons donc par les Sapeurs (fig. 5). La Collection Carl nous donne un Sergent Sapeur; le type est daté de 1809. Sa tenue a sensiblement évolué par rapport à celle des Sapeurs précédents. En premier, on remarquera le port du bonnet à poils, qui désormais remplace le colback (ou shako à poils). En ce qui concerne l'habit, on retrouve la couleur aurore aux revers. Sur chaque bras, des haches croisées surmontées de grenades, le tout doré; et le galon de grade or à passepoils rouges. C'est somme toute classique. Les épaulettes ont une particularité déjà notée sur les versions couleur du Tambour de Grenadiers de Zimmermann : le corps jaune, plus particulièrement à écailles jaunes. La tournante est rouge mélée d'or. Notre Sergent Sapeur porte deux banderoles croisées dont une ornée d'une grenade en cuivre. Sur le devant, un ceinturon à plaque en cuivre sans ornement visible, avec deux pistolets. Pour terminer, gants à crispins blancs, tablier de Sapeur blanc, capote roulée sur la sac grise, guêtres noires et sabre de Sapeur. Signalons que ce Sergent sapeur est donné à l'identique par Roger Thomas, dans un article paru dans Le Briquet 1988/1 page 21.

Bucquoy donne également le Sapeur (dessin de L. Lapeyre), plus particulièrement le Caporal sapeur. Daté par Bucquoy de la période 1808-1809, la source indiquée est "Collections Alsaciennes d'après documents Piton". Par rapport au type de Carl, il y a quelques divergences : les passepoils blancs au collet et aux revers (la couleur tire plutôt vers l'orange foncé); les épaulettes dont la tournante est jaune. Grenades, haches croisées et double galon sur les bras, de couleur orange foncé, de même que l'intérieur des basques. Sur la banderole partant de l'épaule gauche, on voit apparaitre des haches croisées en cuivre. La plaque de ceinturon est également frappée d'une grenade. Enfin, le sabre semble être d'un modèle différent de celui donné par Carl. A noter que la planche de Bucquoy sur laquelle figure ce Caporal sapeur a été donnée dans la revue anglo-saxonne Tradition N°49.

Charmy donne également ce Caporal sapeur : le fond du bonnet est rouge à croix blanche; la tournante des épaulettes est rouge; la plaque de ceinturon est blanche avec une grenade en cuivre jaune; sur les retroussis, une grenade bleue; enfin, sabre briquet à dragonne rouge.

Enfin, Herbert Knötel (type daté de 1808). A priori, c'est la copie du type de Bucquoy/Lapeyre; on remarquera que le sabre est à tête de coq.

Le simple Sapeur (fig. 5a) nous est donné par Eugène Lelièpvre pour Historex. La source n'est pas précisée. Le bonnet à poils est classique. L'habit,est celui donné par Bucquoy, avec passepoils blancs au collet et aux revers (dont la couleur tire plutôt vers l'orange foncé). Sur chaque bras, seulement des haches croisées rouges. Notre Sergent Sapeur porte deux banderoles croisées; chacune est ornée d'une grenade et de haches croiées, en cuivre. Sur le devant, un ceinturon à plaque en cuivre ornée d'une grenade. Pour terminer, gants chamois à crispins blancs, tablier de Sapeur blanc, capote roulée sur la sac grise, guêtres noires et sabre de Sapeur.

Viennent ensuite les Musiciens (fig. 6). Selon Carl (type daté de 1809), le Musicien porte le shako, avec cordon, raquettes, pompon et plumet blancs; sur le devant, cocarde avec ganse jaune; plaque à l'aigle, cercle de visière et jugulaires en cuivre. L'habit a le collet, les revers, les parements, les pattes de parements et l'intérieur des basques aurore. Le collet, les revers, les parements et leur patte, sont bordé d'un galon blanc; boutons jaunes; boutonnières blanches sur les revers. Trèfles jaunes; bottes découpées en coeur, avec galon et gland jaunes. Banderole porte sabre (ou épée ?); épée ou sabre sans dragonne.

H. Rommel décrit ce Musicien dans ses notes, et parle de galons et boutonnières argent au lieu de blanc. Il indique que les retroussis sont aurore. Les trèfles d'épaules sont donnés oranges bordés d'argent. Enfin, les bottes sont indiquées comme étant à la hussarde, avec galon et gland argent.

Bucquoy (dessin de L. Lapeyre) donne également ce Musicien en indiquant comme sources "Collection Alsaciennes et documents Piton". Le shako n'a guère changé, mis à part l'absence de ganse de cocarde. Par contre, on remarquera que les galons et les broderies de l'habit sont uniformément jaunes (dorés ?); de même, l'intérieur des trèfles d'épaules est aurore (en fait, orange plutôt foncé); ils sont maintenus à l'aide d'un passant jaune. L'épée est dotée d'une dragonne jaune (or).

Charmy reprend exactement les mêmes caractéristiques (on remarquera cependant la présence d'une ganse de cocarde et le nombre limité de boutons et boutonnières sur les revers; ce détail est sans aucun doute lié au style maladroit de l'auteur). Même chose en ce qui concerne le dessin de Pierre Albert Leroux, conservé à la Brown, dont nous avons établi un fac-similé. C'est la copie du dessin de Lapeyre donné par Bucquoy; il ne nécessite donc aucun commentaire. Soulignons tout de même que pour ces deux sources, les retroussis sont bordés d'un galon jaune (or).

Carl nous donne ensuite le Tambour de Fusiliers (fig. 7). Son shako reprend certaines caractéristiques de celui du Musicien (plaque, jugulaires et cercle de visière), mais s'en distingue également par le pompon rouge, le pourtour supérieur, le cordon et raquettes aurore, et la ganse de cocarde blanche. L'habit est par contre absolument identique à celui porté par le Musicien; notre Tambour a cependant remplacé les trèfles par les nids d'hirondelles aurore à galon blanc, surmontés de pattes d'épaules bleues passepoilées de rouge; ces dernières ont deux boutons : l'un près du collet, l'autre dans la pointe de la patte. Le reste de la tenue est tout à fait classique.

A noter que ce Tambour est décrit par H. Rommel dans ses notes.

Le dessin de L. Lapeyre donné par Bucquoy (la planche sur laquelle figure ce Tambour de Fusiliers a été donnée dans la revue anglo-saxonne Tradition N°49) semble cette fois ci tout à fait conforme à ce que nous voyons chez Carl. En effet, mis à part la ganse de cocarde jaune, et la présence d'une dragonne blanche au sabre, nous ne notons aucune différence entre les deux sources. Même remarque en ce qui concerne le dessin de Charmy qui, malgré son style maladroit, a globalement respecté la source originale (avec cependant une capote devenue beige, mais qui demeure plausible pour l'époque).

En ce qui concerne le Tambour de Fusiliers donné par Lucien Rousselot ("L'armée française", planche 89), les choses sont un peu différentes. Rousselot indique avoir utilisé comme source les Collections Alsaciennes; lesquelles ? Ainsi, on peut constater l'absence de ganse de cocarde et de cercle de visière au shako. En ce qui concerne l'habit, il n'y a aucune boutonnière; les pattes de parement sont passepoilées de bleu; quant aux retroussis, ils n'ont pas de passepoils. Nous en déduisons donc que la source de Rousselot n'est pas le Fichier Carl.

Pour en terminer avec les Tambours de Fusiliers, il nous reste à mentionner la planche 60 des "Fiches documentaires" de Roger Forthoffer. Précisons de suite que la mise en couleur du dessin peut prêter à confusion ; il s'agit cependant bien d'aurore et non de rouge. Voici le texte descriptif de cet auteur : "shako à métal cuivre, galon et cordons aurores, pompon bleu clair. Habit bleu foncé; pattes d'épaules de même liserées de rouge; collet, revers, parements et leurs pattes, retroussis aurores galonnés de blanc; boutons jaunes; poches en long écarlates galonnées de blanc; étoiles des retroussis blanches. Guêtres noires. Caisse de tambour en cuivre à cercles tricolores rayés obliquement". Roger Forthoffer indique comme source "Collections Alsaciennes", sans autre précision, ce qui ne nous permet donc pas de vérifier l'exactitude de ce document.

Le Tambour maître ou Caporal tambour (fig. 8) nous est donné par deux sources différentes. En premier Charmy qui nous le présente de face. Le personnage porte la même tenue que le Tambour de Fusiliers, avec des nids d'hirondelles, par dessus lesquels figurent des épaulettes de Grenadiers, rouges à corps en écailles jaunes (passants bleus). Sur les bras, deux galons, signe distinctif du grade. Le Tambour maître est coiffé d'un colback à flamme aurore (raie centrale et gland rouges); pompon, plumet, cordon et raquettes rouges. Canne à pommeau et bout de cuivre, cordon et galnds rouges. Dragonnes rouge au sabre. Manteau beige roulé par dessus le havresac. Pour terminer, grenade rouge sur la banderole porte sabre.

Le second Tambour maître est donné par L. de Beaufort (Le briquet N°03 de 1969) sans indication de sources ; la seule indication notée dans le texte qui accompagne ce dessin est : "la couleur aurore ... confirmée par le livre d'ordre du régiment (même les grenadiers portaient cette couleur au collet)". Si l'on compare ce Tambour maître (ici en tenue de campagne) à celui de Charmy, il y a pas mal de similitudes. Le colback est similaire (flamme aurore avec raies et gland rouges; plumet rouge porté attaché dans un étui sur le sabre briquet). L'habit le semble aussi, sauf en ce qui concerne les nids d'hirondelles. Epaulettes rouges (corps non visible). L. de Beaufort apporte quelques détails supplémentaires tels que les poches placées verticalement (passepoil aurore) ou les grenades rouges sur les retroussis (aurore également). Manteau gris, pantalon de toile et guêtres blancs; canne à pommeau, cordon et glands argent. Pour terminer, petite gourde marron portée sur le côté.

Passons maintenant aux Officiers. Carl nous présente un Officier de Grenadiers (fig. 9). La principale caractéristique notable est son shako. Plus particulièrement le pourtour supérieur est son galon doré brodé. Tout le reste est absolument classique. A noter que dans le Fichier Carl, la ganse de cocarde est bien donnée blanche. Cet Officier de Grenadiers a été donné par le Commandant Bucquoy dans ses cartes. Le type est absolument identique au sujet de Carl (sauf la ganse de cocarde qui est dorée).

Bucquoy nous donne également un Officier de Voltigeurs (fig. 10) vers 1808-1809, établi d'après une miniature de la Collection Cottreau. Cet Officier est coiffé d'un chapeau portant dans ses cornes des glands dorés. Il porte également un manteau bleu dont le col est jaune; on remarquera tout particulièrement le liseré rouge qui parcourt les pans de l'habit et se prolonge sur les rabas , retournés. Sur le devant de ce manteau, deux séries de six boutons. Sur les épaules, épaulette et contre-épaulettes dorées. Pour terminer, fortes bottes sans éperons.

Revenons à Carl. Ce dernier a représenté le Sergent de Grenadiers en 1809 (fig. 11). Celui ci porte un shako dont le pourtour supérieur est jaune (sans doute or); cordon rouge mêlé de jauen (or). Ganse de cocarde aurore. Epaulettes à écailles et tournante jaune. Galon de grade or sur les bras. En dehors de ces détails, le reste de la tenue est classique. Ce Sergent de Grenadiers est également donné par Bucquoy (dessin de L. Lapeyre, d'après les Collections Alsaciennes et documents Piton). A priori, le type est conforme au Sergent de Carl (avec cependant une ganse de cocarde jaune et une dragonne rouge au sabre, non visible chez Carl).

Les Grenadiers (fig. 12) nous sont donnés par Bucquoy et par Margerand ("Les Coiffures de l'Armée Française"). Si dans les deux cas, le pourtour supérieur du shako est rouge, il y a par contre une petite divergence entre les deux auteurs concernant le cordon de shako qui, sur le dessin de Bucquoy, est blanc, alors qu'il est rouge sur celui de Margerand. Le cordon blanc est peut être une erreur, d'autant plus que sur la carte représentant le Sergent de Grenadiers, on voit en arrière plan des Grenadiers qui eux, ont bien le cordon rouge. Pour le reste, sur la carte de Bucquoy, on retrouve les épaulettes à écailles et tournante jaunes; leur passant est rouge. Concernant le dessin de Margerand, on remarquera que les revers sont bleus; le lecteur porra penser à une erreur mais il n'en est rien car en fait, Margerand ne donne ces dessins que pour les shakos, et ces derniers s'appliquent à différentes unités, dont des Régiments de la Légère.

Les Voltigeurs (fig. 13) nous sont également fournis par Carl. Leur shako est surmonté d'un pompon jaune et d'un plumet un tiers jaune (base) et deux tiers vert (sommet). Le pourtour supérieur du shako, le cordon et les raquettes sont verts. Gros gland de la raquette jaune. Ganse de cocarde aurore. Plaque à l'aigle, jugulaire et cercle de visière en cuivre. Habit classique, avec col jaune à passepoils rouges. Epaulettes vertes à corps à écailles et tournante jaunes. Chevrons aurore sur le bras gauche. Sabre briquet avec dragonne verte; gland jaune. Légion d'Honneur. Bucquoy donne un type quasiment analogue, mais avec raquettes entièrement vertes. Même chose pour le dessin de Margerand (avec absence de ganse de cocarde).

Les Fusiliers (fig. 14) sont eux aussi donnés par Carl. Le shako est classique avec cordon et raquettes blancs, ganse de cocarde aurore et pompon jaune. Pas de commentaires particuliers concernant l'habit, en dehors de l'absence de passepoil sous le col (mais c'est une constante chez Carl). Bucquoy le donne également sans modificiations apparentes.

Comme nous l'avons dit plus haut, à la fin de l'année 1808, les trois premiers Bataillon du 63e sont en Espagne. Ils seront rejoints en 1810 par le 4e Bataillon. Sur ces quatre Bataillons, trois reviennent en France pour prendre part à la campagne de 1813 : les 2e, 3e et 4e.

Il n'est pas inintéressant de constater que Fort (dessin de L. Lapeyre pour les cartes Bucquoy; d'après des documents espagnols) donne le Tambour major (fig. 15) en Espagne, alors qu'il n'est pas donné par Carl. Doit on en déduire qu'il a marché avec les trois premiers Bataillons pour se rendre dans la Péninsule ? Pourquoi pas. Ce qui est certain, c'est que la couleur aurore a perduré dans le temps, puisque nous la retrouvons sur le col et les parements du surtout de notre personnage, et sur le gilet (cela n'est pas sans rappeler la tenue des Officiers en 1807 telle que décrite par Jules Boucquel de Beauval, et l'Officier de Grenadiers de Kolbe). Notre Tambour major est coiffé d'un volumineux bicorne, avec ganse de cocarde et floches dorées. Cocarde et plumet tricolore (pour ce dernier bleu à la base, puis rouge puis blanc). Collet bordé d'un galon doré. Pattes de parement bleues. Sur le bras gauche, on notera les trois chevrons d'ancienneté et les galons de grade, dorés. Sur le devant, une rangée de boutons, dont le nombre n'est pas déterminé, et un ruban rouge (Légion d'Honneur). Sous le surtout apparait une large ceinture rouge, dont la plaque en cuivre est curieuse : frappée semble t'il de deux canons croisés, avec en alternance quatre grenades. Sabre sur le côté, avec dragonne dorée; bottes à revers fauve. Canne à pommeau et bout dorés, sans cordon. Enfin, manteau gris roulé et passé par dessus l'épaule droite.

J. Chambenoit (CFFH 1972/2 page 20) a lui aussi représenté le Tambour major en Espagne en indiquant comme source une aquarelle originale de E. Fort d'après El Guil; le descriptif qui accompagne le dessin indique comme couleur distinctive un rose violet que l'on retrouve au col, aux parements, et au gilet. Tous les galons sont dorés. L'auteur remarque par ailleur qu'il manque un bouton au parement bleu, et que les galons de Sergent sont "séparés par le drap bleu (d'habitude, les galons et chevrons sont cousus sur du drap rouge découpé)".

Ce Tambour major a été donné par deux fois dans l'ouvrage de H. Achard et J. M. Bueno intitulé "L'Armée française et ses Alliés en Espagne, 1808-1814". Voici le descriptif du Tambour major de la planche 70 :
"Tambour major 1811 (Fort - El Guil) : Chapeau noir, ganse de cocarde, bouton, macarons des cornes or, plumet bleu à la base, rouge au milieu et blanc au sommet, cocarde bleu-rouge-blanc. Col blanc (à peine visible). Surtout bleu foncé, collet rose à galon or, parements roses, patte de parement bleu foncé, boutons jaunes. Galons de grade et chevrons d'ancienneté or. En bandoulière, manteau roulé dans une toile cirée gris verdâtre. Ruban de la Légion d'Honneur maintenu par une agrafe dorée oblique. Gilet rose à boutons jaunes, ceinturon rouge à plaque dorée, porte épée rouge. Culotte blanche, bottes noires à revers fauves. Sabre à garde et bout cuivre jaune, dragonne or. Canne de bois naturel, pommeau et bout cuivre jaune. Doublure du surtout bleu foncé".

Le même Tambour major est donné dans la planche 132 de l'ouvrage. Le texte descriptif est absolument identique; les sources indiquées sont les mêmes. La couleur rose indiquée dans les deux cas est tout à fait curieuse et ne correspond en rien au dessins de Lapeyre. Elle a cependant son explication : Fort avait semble t'il l'habitude de multiplier les copies de ses dessins et d'introduire volontairement des erreurs. Là se trouve peut être l'explication de cette divergence. J. M. Bueno a également représenté en couleur ce Tambour major (nous le donnons à titre indicatif).

Passons maintenant aux Musiciens (fig. 16) en Espagne (1811). Ils nous sont donnés par L. Lapeyre pour les Cartes Bucquoy, avec comme source, encore une fois, Fort, sous couvert de documents espagnols. Ces Musiciens sont coiffé d'un shako surmonté d'un plumet orange foncé (aurore); couleur que l'on retrouve aux cordon et raquettes. Le plus curieux est cette flamme enroulée autour du shako, orange passepoilée de blanc. L'habit, bleu foncé, a le col, les revers et les parements orange foncé (aurore), le tout bordé d'un galon doré. Patte de parements bleue sans galon. Intérieur des retroussis bleu foncé. Trêfles or sur les épaules. Gilet à tresses et galons orange foncé (aurore). Pantalon bleu foncé porté par dessus les bottes. Pour terminer, épée avec dragonne dorée.

Herbert Knötel a donné ce Musicien, sans divergences notables. Nous le retrouvons également dans la planche 70 de l'ouvrage de Achard et Bueno cité ci-dessus. Pour ces derniers, les cordons et raquettes sont jaune d'or. Ils indiquent également que le galon doré qui borde le collet et les revers se prolonge également le long des retroussis, retroussis qu'ils donnent de couleur aurore (sic). Par contre, les parements n'ont pas de galon. Comme là encore, la source indiquée est Fort/El Guil, on comprend aisément la raison des divergences avec le dessin de Lapeyre. D'ailleurs, un dessin de Fort se trouve au Cabinet des Estampes, Bibliothèque Nationale, Paris (Collection De Ridder). Nous donnons ce dessin original de Fort extrait de "Uniformes des régiments d'infanterie et de ligne sous le Consulat et le 1er Empire" (Ancienne collection Gustave De Ridder, (1861-1945); Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, PETFOL-OA-492). Ici, la flamme du shako est plutôt de couleur saumon bordée de blanc, le plumet aussi, et les cordons sont dorés. Les revers, parements et le collet sont également saumon, de même que les galons de la veste (communication d'un de nos correspondant). Sur ce dessin, le Musicien a comme instrument un triangle (source : Jean Pierre Perconte).

Jean Pierre Perconte justement, qui a consulté le Cabinet des Estampes et y a travaillé durant de longues années, nous a communiqué, extrait d'un dessin de Fort de la Collection De Ridder, un Officier monté (fig. 17), donné pour être du 65e de Ligne, mais qui est plus probablement du 63e : couvre shako en toile noire. Surtout, culotte de cheval, sellerie bleu. Boutons de l'habit et de la culotte, passepoil de la patte du col, galon et aigle de la selle or. Dragonne de l'épée argent (?). Sac marron. Ceinturon noir. Nous donnons à côté le dessin original de Fort extrait de "Uniformes des régiments d'infanterie et de ligne sous le Consulat et le 1er Empire" (Ancienne collection Gustave De Ridder, (1861-1945); Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, PETFOL-OA-492). La description de Jean Pierre Perconte semble assez conforme à l'original. Remarquons simplement le harnachement du cheval.

Vient ensuite un Officier de Voltigeurs en Espagne, 1811-1813 (fig. 18) d'après H. Boisselier (dessin de la Collection de Yves Martin - ancienne collection Grangié; avec son aimable autorisation). La légende de ce dessin indique que "cet officier porte la carabine réglementaire pour les officiers de voltigeurs; les cartouches sont à la ceinture"). La source indiquée est : "Dessin du Capitaine Baty et El Guil, ancienne Collection Bezard, communication de H. Feist". A noter que ce dessin a été publié dans la revue Soldats Napoléonien N°18 (page 20). Ce personnage est coiffé d'un shako recouvert d'une toile brune; par dessus apparaissent les jugulaires; il est enfin surmonté d'un pompon et d'une houpette jaunes. Surtout entièrement bleu, avec au col une patte jaune sur laquelle apparait un bouton doré. Col noir. Gilet blanc. Pantalons gris bleu, avec sur le côté une bande jaune. Sur le bas, on notera la présence de guêtres noires, portées avec des espèces de sandales sans aucun doute espagnoles, en cuir brun. Manteau gris roulé porté par dessus l'épaule droite. Contre épaulette dorée. Sacoche marron, gourde et sa lanière, ceinturon (pour les cartouches) à la taille, marron. Ceinturon porte sabre blanc à plateaux dorés. Fourreau du sabre entièrement doré.

Nous donnons à côté un autre dessin de H. Boisselier (reproduit en fac-similé par Mrs H. et C. Achard - avec l'aimable autorisation de notre ami Claude Achard). Le type est absolument identique; H. Boisselier a toutefois rajouté pour les sources, E. Fort.

Achard et Bueno ("L'Armée française et ses alliés en Espagne, 1808-1814" planche 16) donnent également cet Officier en indiquant comme sources Fort et El Guil. Le personnage a subi quelques légère modifications (coupe du pantalon, sabre...). La description de ce dessin est la suivante : "Shako recouvert d'étoffe jaunâtre (ocre jaune clair), pompon et houpette jaunes (or ?), jugulaires dorées, visière noire. Surtout bleu foncé, col blanc, boutonnières et boutons or au collet. Capote gris bleu en bandoulière. Contre-épaulette et bouton or. Chemise blanche. Ceinturon blanc à plateaux dorés. Ceinture de cuir avec cartouches passées dans la ceinture. Gourde et courroie marron, sacoche de cuir naturel. Pantalon gris bleu à bande jaune (or ?). Guêtres et souliers noirs. Cet Officer porte la carabine réglementaire pour les officiers de voltigeurs à grenadière et plaque de couche de cuivre jaune, bretelle blanche. Sabre à garde et bout de cuivre, fourreau noir". Le dessin de Bueno a été donné dans le Bivouac N°3 de 1991 (article de J. Sarramon intitulé "Le sort des garnisons abandonnées en Espagne par les Armées Françaises en retraite, 1813-1814").

J. M. Bueno a redonné cet Officier dans son ouvrage "Les Français et leurs Alliés en Espagne" volume 1. C'est le personnage que l'on voit dans l'ouvrage précédent.

Passons maintenant au Sergent major porte fanion de Grenadiers en 1811 (fig. 19) donné par L. Lapeyre pour Bucquoy. Là encore, les sources indiquées sont "documents espagnols et Fort. Ce Sergent major est coiffé d'un shako surmonté d'un pompon et d'une houpette rouges. Le pourtour supérieur est bordé d'un galon doré parcouru dans sa partie inférieures d'une raie noire. Sur le devant, le chiffre 63 en cuivre. Cercle de visière est jugulaires de cuivre. Ganse de cocarde rouge. En ce qui concerne l'habit, l'élément le plus surprenant, c'est le parement, bleu passepoilé de rouge, avec sa patte de parement, entièrement rouge. Les épaulettes sont entièrement rouge avec tournante jaune (or ?). Galons de grade et chevrons jaune (or) passepoilés de rouge. Gilet, culottes et guêtres blanches. Sabre briquet à dragonne rouge; franges et passants jaunes (or). En ce qui concerne le fanion, il est de forme plutôt carrée; ce carré est coupé en deux par une diagonale; a centre de cette diagonale, le chiffre 63 en jaune (or ?); au dessus la couleur est aurore et dans l'angle extérieur, il y a une grenade rouge; au dessous de la diagonale, la couleur est rouge, et dans l'angle intérieur, il y a une grenade aurore.

Une de nos correspondants nous avait fourni, il y a de nombreuses années, une autre version de ce Sergent major. Les sources indiquées étant Bucquoy et Baty. Il y a quelques divergences notables telles que l'absence de houpette sur le pompon, le passepoil bleu du collet; l'intérieur des retroussis, rouge.

Achard et Bueno, dans la planche 70 de leur ouvrage cité plus haut, donnent également ce Sergent major porte fanion, qui est décrit de la manière suivante :
"Shako noir, double galon du haut, ganse de cocarde, bouton, numéro du shako dorés; jugulaires jaunes, pompon et houpette rouges, cocarde bleu-rouge-blanc. Habit bleu foncé, collet rouge à passepoil bleu foncé; parements bleu foncé à passepoil écarlate, patte de parement écarlate, revers blancs à passepoil écarlate, galons de grade et chevrons or sur fond rouge. Boutons jaunes. Culotte et guêtres blanches. Souliers noirs. Fusil garni de cuivre, bretelle blanche. Fanion partie supérieure aurore à grenade jaune, partie inférieure rouge à grenade aurore, chiffre 63 jaune. Capote bleu foncé sur le sac. Tous les cuirs blancs. Epaulettes et passants écarlate, retroussis blancs à passepoil écarlate. Dragonne écarlate, bout de briquet jaune". La source indiquée est Fort/El Guil.

Nous avons aussi donné notre dessin tiré de la planche de L. Lapeyre pour Bucquoy, dessin qui a longtemps servi d'en tête à la revue Soldats Napoléoniens. Nous donnons également le fanion, tiré d'une planche de Brauer (en haut) et d'une de R. Forthoffer (en bas).

Pour terminer, voici en figure 20 un shako de Sergent de Fusiliers, vendu à Drouot le 25 février 1994 : "Fût de troupe en feutre noir du modèle de 1812 à galon or (remplacé) au pourtour supérieur. Plaque 1812 à numéro découpé à jour dans le soubassement. Jugulaires cuivre à rosaces estampées d'une étoile. Pompon lenticulaire rouge et bleu avec numéro brodé. Coiffe intérieure complète (manque la cocarde)". Nous donnons à côté un shako de Fusiliers, modèle 1812-1813, conservé au Musée de l'Infanterie de Montpellier; ce shako est surmonté d'un pompon et d'une houpette rouge, et a sur le devant une plaque à l'aigle, modèle 1812. A côté encore, une plaque de shako d'Officier, en laiton doré.

En figure figure 20a , nous donnons le portrait d'un Chef de Bataillon du 63e de Ligne, décoré de la Légion d'Honneur. Ce portrait se présente sous la forme d'un médaillon de 60 mm de diamètre; à l'arrière figure une inscription : "Claut, Chef de Bataillon, peint à Belfort" (?). Rappelons que Belfort est le lieu où se trouve le Dépôt du Régiment.

En figure 21, nous donnons un dessin de Pierre Benigni, représentant un soldat du 63e de Ligne en 1814, alors à l'Armée des Pyrénées. Précisons de suite que E. Fort a réalisé des dessins assez similaires, tous attribués au 6e Bataillon du 9e Léger à Toulouse en 1814. Qui des deux auteurs a ici raison ? Nous proposons donc ce type à titre indicatif.

III/ Drapeaux

 

Drapeaux modèle 1794

Drapeau modèle 1794 : Rappelons que sur l'avers de ces drapeaux, figure la mention "république Française", et sur le revers, la mention "Obéissance et soumission aux lois militaires", avec le bonnet phrygien tourné du côté du flottant, le faisceau des licteurs et une couronne de lauriers sur les deux côtés. Le drapeau du 2e Bataillon est identique pour toutes les Demi-brigades, au contraire des 1er et 3e Bataillons.

Drapeau 1 de la 76e Demi-brigade Drapeau 3 de la 76e Demi-brigade
Avers du drapeau commun à toutes les Demi-brigades et arboré au second Bataillon ou Bataillon du centre (reproduction d'après Challiot)
Modèle réglementaire du drapeau des 1er et 3e Bataillons, 1794-1804 (reproduction d'après Challiot)
Drapeaux de la 63e Demi-brigade conforme au dessin de Challiot; pris à Paris en 1815 et conservés à Berlin à l'époque de Hollander (1913). 1er et 3e Bataillons
Drapeau du 1er Bataillon reconstitué (Napoleon's Army - H. C. B. Rogers)

 

Drapeaux en usage lors du deuxième amalgame

Nous avons donné dans notre étude sur le 4e de Ligne les grandes lignes concernant les drapeaux de cette période. Nous renvoyons donc le lecteur à cette étude. On peut supposer qu'à cette époque, la nouvelle 63e a fait usage provisoirement des drapeaux de la 14e ancienne dont elle est pour l'essentiel issue. A t'elle ensuite reçu les drapeaux du modèle 1794 tels que prévus pour la 63e ? Ou bien les lui a t'on attribué directement dès sa formation ? Nous n'avons pour l'instant aucune information sur ce point.

 

Drapeaux de l'Armée d'Italie (1797)

La 63e Demi-brigade qui faisait partie de l'Armée d'Italie, s'est vue désignée pour recevoir de nouveaux drapeaux en remplacement de ceux en usage jusque là (voir au 4e de Ligne la partie drapeaux). Voici ce qu'indiquait H. Hollander dans le Carnet de la Sabretache, en 1904 :
"On conserve au Musée impérial et royal de l'Armée, à Vienne, dix-huit drapeaux de demi-brigades de l'armée d'Italie...
63e DEMI-BRIGADE D'INFANTERIE
(drapeau du 2e bataillon)
Face : faisceau avec bonnet écarlate. Inscriptions réglementaires.
Revers : courone de chêne vert. Sur la bordure sont disposées les inscriptions qui suivent :

 
COMBAT DE MONTENOTTO
BATAILLE DE MILLESIMO
BATAILLE DE MONDOVI
 
PASSAGE DU
BATAILLE DE
COMBAT SUR
  PONT DE LODI
CASTIGLIONE
LA BRENTA
 

BATAILLE [D'ARCOLO]
1RE ET 2EME [BATAILLE DE RIVOLI]
[BATAILLE DE ST GEORGE]

 

Actuellement, l'étoffe de ce drapeau est très détériorée ; la partie inférieure de la bordure a été presque entièrement arrachée, de sorte que le numéro de la demi-brigade et celui du bataillon peints sur le revers, aux angles, ont disparu. Dans la partie supérieure, seul, le numéro du bataillon : DME BON. subsiste. Du numéro 63, qui lui faisait face, il ne reste que des traces, l'étoffe ayant été lacérée à cet endroit.
Les réserves qui ont été formulées au sujet de l'identité de ce drapeau dans le catalogue de 1901 ne sont pas fondées.
Que ce drapeau de la 63e soit authentique, que les numéros du bataillon et de la demi-brigade soient exacts et qu'il en soit de même pour les inscriptions, c'est ce qui résulte d'une description qui figure dans le catalogue de Leber (1846), description dont les détails concordent avec un dessin fait par Raffet d'après l'original, pendant son séjour à Vienne en 1856.
Quant aux objections qui pourraient être faites au sujet des inscriptions d'actions de guerre dont les dates sont antérieures à la formation de la 63e demi-brigade, il est aisé de démontrer que cette demi-brigade y avait incontestablement droit. En effet, les dites inscriptions appartenaient précédemment à la 51e demi-brigade devenue 63e par suite du tirage au sort de 1796. Cette nouvelle 63e fut formée le 30 nivôse an V (19 janvier 1797), à Livourne, mais ne fut définitivement constituée que le 8 floréal an V (27 avril 1797); et elle reçut -suivant une règle dont la tradition s'est perpétuée - les inscriptions de la 51e ancienne qui n'existait plus. (Ne pas confondre cette 51e ancienne avec la 51e nouvelle, ci-devant 99e).
La 63e demi-brigade reçut ses nouveaux drapeaux à Venise (division Baraguey d'Hilliers).
A propos du drapeau du 2e bataillon de la 63e demi-brigade perdu en 1799, nous trouvons quelques renseignements nouveaux dans une notice historique rédigée par le Conseil d'administration du corps. Ce manuscrit, daté du 25 pluviôse an IX (14 février 1801), relate la perte de ce drapeau dans les termes que voici :
L'armée ayant pris position sur les bords de l'Adda, la 63e demi-brigade, faisant alors partie de la division Grenier, prit quelques jours haleine à Cassano jusqu'au 8 floréal an VII (27 avril 1799), où l'ennemi ayant à cette époque passé l'Adda dans la nuit, forma contre elle à Vaprio, une attaque très vive. La demi-brigade la soutint avec opiniâtreté depuis quatre heures jusqu'à onze, où la division entière vient à son secours. Malgré les pertes qu'elle avait éprouvées à cette heure, la demi-brigade continua le combat. L'ordre donné pour la retraite, ses chefs de bataillon Villaret et Cazalis avaient été blessés. 30 officiers et 400 soldats tués ou fait prisonniers par la cavalerie avec laquelle ils avaient été mêlés pendant près de deux heures et le drapeau du 2e bataillon, défendu par une poignée d'hommes échappés aux coups, leur fut enlevé, après qu'au péril de leur vie ils l'eurent mis en pièces pour soustraire les trophées dont il était orné, à la main de l'ennemi
".

A noter que G. d'Ambert donne un résumé de ces renseignements dans la revue du Briquet N°1 de 1969.

Pierre Charrié indique que le 2e Bataillon a bien perdu son drapeau à Cassano le 27 avril 1799; il confirme également que le 3e Bataillon a été autorisé par Souvarov à conserver son drapeau lors de la reddition de Tortone le 21 août 1799. Enfin, qu'une lettre du Major du 15 septembre 1805 stipule que l'on vient d'adresser au dépôt les 2 anciens drapeaux qui ont été remplacés par les aigles. Charrié indique également que se trouvait à Vienne le drapeau modèle Armée d'Italie du 2e bataillon. Et qu'à Berlin se trouvaient 2 drapeaux modèle 1794, l'un du 2e Bataillon, l'autre du 1er ou du 3e, pris par Blücher à Paris en 1815. Un de ces drapeaux est brûlé en 1908.

 

Drapeaux du Consulat (1800-1804)

Voici ce qu'indique l'Historique régimentaire pour les drapeaux sous le Consulat : "Un modèle uniforme de drapeau fut également adopté pour l'armée. Jusque-là, dans les Demi-brigades, chaque Bataillon avait son drapeau particulier; mais dans toutes, le Bataillon du centre avait le drapeau aux trois couleurs, verticalement placées : le bleu à la hampe, le blanc au milieu, le rouge flottant. Au centre de ce drapeau étaient deux branches de laurier vert, encadrant le numéro de la Demi-brigade. Dans le drapeau du modèle au XI, les trois couleurs étaient ainsi disposées : un carré blanc ayant ses angles au milieu des côtés du drapeau. Des quatre triangles ainsi formés dans les angles, deux étaient rouges et deux bleus. Dans le carré blanc, d'un côté du drapeau, était le chiffre R. F. accompagné de faisceaux et de branches de laurier; de 1'autre côté se trouvait un trophée assez compliqué". Il est clair que cette description est loin de correspondre à la réalité.

 

Drapeaux modèle 1804

Pour l'Empire, l'Historique régimentaire, parlant de la cérémonie du 15 décembre 1804, dit : "Le drapeau que le Colonel rapporta au Régiment était du modèle qui avait été adopté en l'an XI, que nous avons décrit, et modifié par l'Empereur. Les trois couleurs avaient la même disposition que dans le modèle précédent. Dans le carré blanc, d'on côté du drapeau, étaient des trophées d'armes avec les mots "Empire franćais". Sur l'autre côté se trouvait un disque d'azur, au centre d'une gloire en rayons d'or et entouré aux trois quarts par deux branches de laurier. Le disque portait : "Napoléon, Empereur des Français, au 63e régiment d'infanterie de ligne". Au-dessus du disque était l'aigle impériale, en or, appuyée sur un foudre et surmontée des mots : "Empire Français", au-dessus desquels était la couronne impériale. Au-dessous du disque et des branches de laurier se lisait la légende : "Valeur et discipline". Le drapeau était enfin environné de franges et de broderies d'or. La hampe était surmontée d'une aigle d'or aux ailes à demi déployées et tenant un foudre clans ses serres". Là encore, cette description ne correspond pas à la réalité. Le 63e de Ligne a reçu trois aigles et drapeaux modèle Challiot (celui du 3e Bataillon se trouvait à Berlin).

En 1812, les 3 aigles sont encore en service (2 sont renvoyés).

 

Drapeau modèle 1812

Le corps reçoit par la suite un drapeau modèle 1812, avec les inscriptions Iéna, Friedland, Essling et Wagram (d'après un état datant de l'année 1810, devait figurer sur le drapeau du 63e de ligne, modèle 1812, les batailles suivantes : Jéna, Eylau, Friedland, Essling, Wagram - O. Hollander).

Ce drapeau reste sans doute au Dépôt de Belfort, les Bataillons de guerre étant en Espagne. L'aigle est renvoyé d'Ainhoa le 8 août 1813 au Dépôt.

 

Drapeau modèle 1815

En 1815, le 63e a reçu 1 aigle et drapeau modèle 1815, qui seront ensuite détruits à Bourges.

IV/ Sources

 

- Principaux ouvrages consultés cités dans l'Historique régimentaire


Colonel BRAAULT. Notes. Ministère de la Guerre.
SICARD. Notes. Ministère de la Guerre.
NAPOLEON 1er- Correspondance générale.
Dépôt de la Guerre. Mémorial.
MATHIEU-DUMAS..Précis des événements militaires.
A. THIERS. Histoire de la République, du Consulat et de l'Empire.
LISKENNE. Bibliothèque historique et militaire.
NAPOLEON 1er. Commentaires.
Gouvion SAINT-CYR. Mémoires pour servir à l'histoire militaire sous le Directoire, le Consulat et l'Empire.
***. Victoires et conquêtes.
BELMAS. Journaux des sièges faits ou soutenus par les français dans la Péninsule, de 1807 à 1811.
THIEBAULT. Journal der opérations des sièges et blocus de Gênes.
JOMINI. Histoire des guerres de la République.
JOMINI. Vie de Napoléon.
***. Relations officielles des batailles d'Eylau et d'Espinosa.
DERODE. Nouvelle relation de la bataille de Friedland.
CHARRAS. - Histoire de la campagne de 1815.
LA TOUR D'AUVERGNE. Waterloo.
Mémoires divers.
Etc., etc.

 

- Sources complémentaires autres que celles citées dans le texte

- Boislecomte (Vicomte) : «Les souvenirs du Lieutenant colonel Boucquel de Beauval, 1804-1830», Carnet de la Sabretache , 1897.

- Durieux J. : "Soldats d'Eylau (7 et 8 février 1807"; Carnet de la Sabretache 1907.

- Hollander H. : "Les Drapeaux et Etendards de l'Armée d'Italie et de l'Armée d'Egypte, 1797-1801"; Carnet de la Sabretache, 1904.

- Smith D.  : «Napoleon's Regiments», Greenhill Books, Londres, 2000.

- Documentation personnelle de l'auteur.

 

Ressources numériques en ligne

- Site de R. Darnault : http://darnault-mil.com/Militaires/regiments/infanterie_ligne.php

- Collection de situations Nafziger : http://usacac.army.mil/cac2/CGSC/CARL/nafziger