Le 33ème Régiment d'Infanterie de Ligne

1796-1815

 

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Avertissement : La base de cette étude est constituée de l'Historique régimentaire abrégé du 33e, que nous avons reproduit intégralement, complété par les différentes sources dont nous disposons actuellement.
Un grand merci à Monsieur Peter Harrington, Conservateur de la "Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library", de nous avoir permis d'utiliser des dessins de Pierre Albert Leroux.
Un très grand merci également à Monsieur Daniel Ferre pour nous avoir autorisé à insérer dans cette page les dessins de H. Boisselier provenant de l'ancienne collection Bouteaud, dont il est aujourd'hui l'heureux propriétaire; ces dessins nous permettent avec bonheur d'avoir une vision plus complète du 33e pour la période du Consulat

 

I/ Origines du 33e de Ligne

bouton 33e de ligne bouton 33e de ligne
Boutons de la 33e Demi-brigade, communiqués par un de nos correspondants. Selon Fallou ("Le Bouton uniforme français", 1915), ce type de bouton, de couleur jaune, a été en usage au sein des Demi-brigades du 21 février 1793 à 1803. Pour le Capitaine Maurice Bottet ("Le Bouton de l'Armée Française", 1908), celui-ci n'aurait été en usage qu'à partir de 1796.
Boutons 33e de Ligne

Boutons de la 33e Demi-brigade trouvés en Italie. Celui de gauche a été trouvé sur le mont Mucchio di Pietre. Sur cette colline au-dessus du village de Cartari (Province d'Imperia) et le col de S. Bartolomeo a été menée une bataille le 6 mai 1800 (l'historique régimentaire a fait un mélange des deux en parlant de "san Bartolomeo di Pierre". Les deux autres ont été trouvés sur la crête de la montagne entre Torre d'Ubaga et Monte Sprandega, non loin du terrain de Mucchio di Pietre. Communication de Mr B. C.

L'Historique régimentaire nous explique en avant propos que "jusqu'en 1790, les Régiments furent désignés, soit par le nom de leur mestre de camp ou colonel, soit par le nom d'une province. A partir de cette époque, ils le furent par un numéro, et c'est ainsi que le Régiment de Touraine prit le numéro 33.

L'organisation de 1790 dura peu. A la fin de l'année 1793 et au commencement de 1794, la nécessité d'encadrer un grand nombre d'hommes amena la cration des Demi-brigades de bataille, uniformément composées d'un des deux Bataillons d'un Régiment d'Infanterie, et de deux Bataillons de volontaires.

La 33e Demi-brigade de Bataille fut formée de cette manière du 1er Bataillon du 17e Régiment d'Infanterie, du 10e Bataillon de Seine et Oise et du 2e Bataillon de la Nièvre.

Une nouvelle organisation succéda à celle ci en 1796 et la réunion des 10e et 90e Demi-brigades de Bataille au 5e Bataillon de la Sarthe et au 1er Bataillon colonial de Port au Prince constitua la 33e Demi-brigade de Ligne, qui devint en 1803 le 33e Régiment d'Infanterie de Ligne".

- TOURAINE créé en 1625. Formé avec une vieille Compagnie appartenant au Baron du Plessis-Joigny et neuf Compagnies de nouvelle levée; Colonel, Baron du Plessis-Joigny. Dénommé Régiment de Touraine en 1636. Devenu 33e Régiment d'infanterie en 1791.
Mestres de camp ou colonels : Baron du PLESSIS-JOIGNY en 1625; Baron de SAINTE-OFFANGE en 1632; Marquis de la FRÉZELIÈRE en 1635; D'AMBOISE (Antoine) en 1639; D'AMBOISE (Charles-Jules) en 1650; Comte de MERCADO en 1653; De CHAMBELLAY en 1654; Marquis de MONTAIGUT en 1667; Marquis de la FRÉZELlÈRE en 1673; Chevalier de la FRÉZELIÈRE en 1675; Marquis de la FRÉZELIÈRE en 1677; Marquis d'USSON en 1680; Comte d'IGNY en 1697; Comte de MAILLEBOIS en 1703; Duc de LUXEMBOURG en 1718; Prince de TINGRY en 1738; Duc d'OLONNE en 1744; Duc de MONTMORENCY en 1749; Comte de MONTMORENCY-LOGNY en 1761; Marquis de LAVAL en 1770; MARQUIS de SAINT-SIMON-Maubléru en 1775; Vicomte de Poudeux en 1780; Vicomte de MIRABEAU en 1788; De MAILLON en 1791; D'HAUDOIRE-D'AIGREVILLE en 1792; CHARLOT en 1792.

Brevet de Sous-lieutenant du 2e Bataillon du 33e Régiment d'Infanterie Vacant, Révolution. Brevet imprimé en noir, signé par Carnot à Paris le 11 prairial an 4, avec signature du Secrétaire général du Directoire exécutif et du Ministre de la Guerre (timbre à sec). H 47 x L 35.

Campagnes, batailles et sièges principaux auxquels le Corps a pris part :
Siège de La Rochelle, 1627-1628; Défense de Candie, 1669; Palatinat, 1689; Fleurus, 1690; La Marsaille, 1693; Cassano, 1705; Calcinato, 1706; Malplaquet, 1709; Dettingen, 1743; Tournai, 1745; Fontenoy, 1745; Raucoux, 1746; Lawfeld, 1747; Berg-op-Zoom, 1747; Hastembeck, 1757; Créfeld, 1758; Minden, 1759; Amérique, 1779-1783.
A la fin de 1790, le Régiment prend le numéro 33, par suite du licenciement du Régiment du Roi. En 1792, le 1er Bataillon contribue à l'occupation du pays de Porentruy, et, plus tard, quand les Prussiens entrent en France, ce Bataillon, dans lequel Hoche sert alors comme Lieutenant, se rend à Thionville et prend part à la défense de cette place.
En 1793, Touraine fait partie de l'Armée du Rhin. Il se distingue à la prise des lignes de Wissembourg, au combat de Kayserslautern, à l'attaque des retranchements de Bischweiler et à la levée du blocus de Landau.
Les deux Bataillons sont séparés en 1794. Le 1er reste à l'Armée de Rhin et Moselle et est versé, le 2 juin, dans la 65e Demi-brigade.
Le 2e Bataillon est envoyé à l'Armée de Sambre et Meuse, combat à Fleurus, contribue à la prise de Charleroi et de Namur et devient le noyau de la 66e Demi-brigade le 2 janvier 1795.

- 33e Demi-brigade (1793-1795) :
Formée du 1er Bataillon du 17e Régiment d'Infanterie, du 10e Bataillon de Seine-et-Oise et du 2e Bataillon de la Nièvre; Chef de Brigade, Bord.
Campagnes de 1793 à 1795 aux Armées de Sambre-et-Meuse et de Rhin-et-Moselle.

Caporal de Fusiliers 33e de Ligne 1800-1802 Caporal de Fusiliers 33e de Ligne 1800-1802
Fusilier 33e de Ligne 1801
Fig. 1 Caporal de Fusiliers en tenue ordinaire d'été, 1800-1802 d'après les Mémoires du Général Roguet ; dessin de H. Boisselier (ancienne collection Bouteaud - avec l'aimable autorisation de Mr D. FERRE - DR)
Le même paru dans une revue associative
Fig. 1a Fusilier en 1801, d'après Rigo (Tradition N°35)

- 33e Demi-brigade d'infanterie de ligne (1796) :
Formée à Grenoble le 4 janvier 1797 des 10e (2e Bataillon du 5e Régiment d'Infanterie ex Royal-Navarre, du 1er Bataillon de volontaires d'Indre-et-Loire et du 2e Bataillon des Volontaires d'Indre-et-Loire) et 90e Demi-brigade de Bataille (2e Bataillon du 45e Régiment d'Infanterie La Couronne, 8e Bataillon des Volontaires des Fédérés et 4e Bataillon de Volontaires du Nord dit de Lille), du 5e Bataillon de Volontaires de la Sarthe et du 1er Bataillon colonial du Port-au-Prince (une autre source indique le 1er Bataillon du 110e régiment créé en 1792). Devient en 1803 le 33e Régiment d'infanterie de ligne.

Alors qu'il se trouve à Flessingue, le Régiment Royal-Navarre a été amalgamé pour former en partie la 10e Demi-brigade de bataille. Les 10e et 90e Demi-brigades de Bataille ont d'abord servi sous Pichegru et Moreau. Plus tard, elles ont été envoyées dans l'ouest.

Après la pacification de ce pays par le Général Hoche, elles sont dirigées sur l'Italie. En passant à Grenoble, elles se réunissent au 5e Bataillon de la Sarthe et au 1er Bataillon colonial de Port au Prince, qui vient également de Vendée, et c'est ainsi que ces quatre Corps affaiblis forment la 33e Demi-brigade de Ligne, sous le Chef de Brigade Almain, qui commandait la 10e avant la fusion. La 33e compte dans ses rangs de «vieux» soldats des «cy-devants» Régiments de Navarre et de La Couronne (Rigo).

Dans l'ouvrage de Belhomme, "Histoire de l'Infanterie en France", tome IV, on peut lire : "Le 5e bataillon de la Sarthe fut incorporé le 13 août (1796) à Lyon dans la 33e de ligne". Et plus loin : "Les demi-brigades suivantes furent formées au mois de janvier (1797) : La 33e de ligne, formée le 4, à Grenoble, avec les 10e et 90e de bataille et le 5e bataillon de la Sarthe".

Note : Dans son livre "Drapeaux et étendards de la Révolution et de l'Empire", Pierre Charrié donne comme date de formation le 21 août 1796 (4 fructidor an IV). Cette différence de date peut s'expliquer, selon Rigo, par le fait que chaque Demi-brigade une fois formée, devait tirer au sort un des numéros attribués à l'Armée dont elle faisait partie : ainsi l'Armée des Alpes avait reçu en partage les numéros 5, 12, 19, 26 et 33. On peut donc penser que la Demi-brigade, formée le 21 août 1796, n'a pu tirer au sort le numéro 33 que le 4 janvier 1797.

Signalons par ailleurs qu'en l'an VI, le 1er Bataillon de la 11e Légère a été incorporé dans la 33e de Ligne. D'après les Etats Militaires de l'An X (1802), il s'agit de l'ancien 2e Bataillon de la 11e Légère nouvelle, provenant elle même du 3e Bataillon de Chasseurs, du 2e Bataillon de Chasseurs révolutionnaires, du 1er de Chasseurs des Alpes, et du Bataillon des Chasseurs des Hautes Alpes.

filiation 33e de ligne
Organigramme résumant la filiation de la 33e à partir du 45e La Couronne de l'Ancien Régime (article de R. Thomas, in Le briquet 1989/4 page 23 - notons que cet auteur indique que la 90e de Bataille est versée dans la 33e nouvelle le 8 janvier 1796 au moment de son passage dans l'armée des Alpes)

- 1er Bataillon d'Indre-et-Loire

L'essentiel de ce qui suit est tiré de l'ouvrage "Bataillons de volontaires nationaux, Cadres et historiques", de G. Dumont.

Composé de 570 volontaires des divers districts, rassemblés à Tours le 3 octobre 1791, formés aussitôt en Compagnies et organisés en Bataillon par les Commissaires du département, dont Bégu. Le 1er Bataillon d'Indre-et-Loire est passé en revue probablement le 6 (on n'a pas le procès-verbal).

Etat des cadres à la formation (6 octobre 1791). Un astérisque (*) placé à la suite du nom indique que l'officier a servi soit dans les troupes de ligne, soit dans les troupes provinciales.
1er Lieutenant-Colonel Isambert* (Augustin-Joseph), d'Orléans, 58 ans, décoré de l'ordre de Saint-Louis.
2e Lieutenant-Colonel Bégu (Louis-César), de Tours, 44 ans.
Quartier-Maître Trésorier Desmée (Charles-Florentin), d'Amboise, 29 ans.
Adjudant-Major Forty* (Pierre-Joseph), de Cannes, 40 ans.
Adjudant-Sous-Officier Caruel* (Pierre), de Maubert-Fontaine, 27 ans.
Chirurgien-Major N...
Grenadiers : Capitaine Amyot (Antoine-Grégoire), d'Amboise, 23 ans. Lieutenant Millet (Augustin), de Châtellerault (Vienne), 20 ans. Sous-Lieutenant Rondeau (Claude-Louis), de Château-Renault, 25 ans.
1ère Compagnie (d'Amboise) : Capitaine Dumarais* (Jean-Baptiste), de Tours, 38 ans. Lieutenant Masson (Pierre-Grégoire), d'Amboise, 24 ans. Sous-Lieutenant Charenton (Gérôme), de Château-Gontier.
2e Compagnie (de Chinon) : Capitaine Archambault (Louis), de Chinon, 26 ans. Lieutenant Raguit (Urbain), de Chinon, 19 ans. Sous-Lieutenant Lemaitre (Charles), de Chinon, 26 ans.
3e Compagnie (de Chinon) : Capitaine Jahan (Jean), de Sainte-Maure, 28 ans. Lieutenant Cesvet (Xavier), de Sainte-Maure, 21 ans. Sous-Lieutenant Goyet (René-Pierre), de Preuilly, 23 ans.
4e Compagnie (de Tours) : Capitaine Galaup* (François), de Monbalen (Lot-et-Garonne), 45 ans. Lieutenant Glassier* (Maurice), de Tours, 20 ans. Sous-Lieutenant Enjourbeau (Noël-Jacques), de Tours, 21 ans.
5e Compagnie (de Loches) : Capitaine Tripsé* (Blaise), de Genillé, 53 ans. Lieutenant Dupont (Louis), de Loches, 31 ans. Sous-Lieutenant Maillet (François), de Saint-Georges, 24 ans.
6e Compagnie (de Bléré) : Capitaine Bouin (Paul-Joseph), de Paris. Lieutenant Noiret (Jacques), d'Amboise, 22 ans. Sous-Lieutenant Dugenet (François), de Bléré, 25 ans.
7e Compagnie (de Tours) : Capitaine Bodin (Marc-Dauphin), de Tours, 32 ans. Lieutenant Egron (Louis), de Tours. Sous-Lieutenant Gaudron (Jacques), de Tours.
8e Compagnie (de Langeais et Château-Renault) : Capitaine Pierre (Auguste), de Bourgueil, 23 ans. Lieutenant Thierry (Joseph-Alexandre), de La Chapelle-Blanche, 20 ans. Sous-Lieutenant Bougault* (René-Victor), de Tours, 22 ans.

Le Bataillon délègue ses Officiers pour se présenter au Directoire du département le 19 et se met en route le 22, moins 51 hommes qui refusent de partir; il passe par Amboise, Blois, Orléans et vient tenir garnison à Soissons, où il compte à la réserve, sous Vietinghoff.

En 1792, le Bataillon est affecté à l'armée du Nord lors de la déclaration de guerre; il quitte Soissons le 29 avril, cantonne à Bermerain le 3 mai, à Aulnoye le 4, puis se trouve, le 17, à Guise, le 1er mai (530 présents) au camp de Famars et le 30 à Condé, où il s'y constitue, le 17 septembre, une Compagnie de canonniers, et fait partie de la garnison, jusqu'en octobre, se distinguant par sa discipline et sa bonne tenue. Il rejoint, en novembre, l'armée de Belgique par Tournay, laissant son Dépôt à Condé; il prend part à la marche sur Liège et s'établit au camp d'Auze (457 présents). Il rentre en campagne; entre à Aix-la-Chapelle, avec Desforest, le 15 décembre et y prend ses quartiers d'hiver.

Le 1er mars 1793, il est entraîné dans la retraite de l'armée qu'il protège avec les flanqueurs de gauche; il est à la bataille de Neerwinden le 18, à l'affaire du 22 et rentre en France. Après la défection de Dumouriez, le Bataillon est dirigé sur Valenciennes le 6 avril, occupe le faubourg d'Anzin et cantonne à Notre-Dame-des-Bois le 15. Il fournit, le 8 mai, une Compagnie au 1er Bataillon de la formation d'Orléans (Capitaine Glassier, Lieutenant Enjourbeau et Sous-lieutenant Goyet). Le Bataillon se rend en juin, avec la Division des Ardennes, à Arleux (444 présents) et y reçoit, le 6 juillet, 160 recrues de Clermont (Oise), qu'il envoie à son Dépôt à Bapaume. Il ne quitte le camp d'Arleux que pour se porter au secours de Dunkerque ; le 5 septembre, le Bataillon fait partie de la Division Landrin sur la montagne de Cassel. Il prend part à l'attaque de Wormhoudt le 6 et à l'entrée dans ce village et dans Esquelbecq le 7; il marche sur Bergues le 8 et sur Dunkerque le 9, sans pouvoir contribuer à la victoire d'Hondschoote. Il demeure jusqu'à la fin de l'année aux environs de Cassel, puis à Rosbrugghe (350 présents).

Le 1er janvier 1794, le Bataillon compte à la Division Ferrand et cantonne à Houtem, avec son Dépôt à Péronne; il reçoit du Général Gigaux, le 3 janvier, 386 réquisitionnaires du 3e Bataillon de Béthune, puis, le 20 avril, 293 autres du district de Rouen, et passe le 23, à Hondschoote, la revue de nouvelle formation du Commissaire des guerres Boudeille. Il fait partie, le 19 avril, de la Division Micheau, campe près de Furnes le 20 mai et, le 3 juin, à Rosbrugghe. Il est embrigadé le 12 septembre, à Caprick, avec le 2e Bataillon du 5e Régiment et le 2e d'Indre-et-Loire, pour former la 10e Demi-brigade (amalgamée le 21 mars 1795, à Flessingue, et entrée, le 4 janvier 1797, dans la composition de la 33e nouvelle).

Etat des cadres au moment de l'embrigadement.
Chef : Tripsé* (B.). Quartier-maître : Desmée (C.-F.). Adjudant-Major : Alome* (J.). Chirurgien : Masclet (P.-A.-J.). Adjudant Sous-Officier : Gittard (P.).
Grenadiers : Capitaine Millet (A.). Lieutenant Clément (F. B.). Sous-lieutenant Creyaen (T.).
1e Compagnie : Capitaine Masson (P. G.). Lieutenant Garnier (L.). Sous-lieutenant Coislier* (L. M.).
2e Compagnie : Capitaine Archambault (L.). Lieutenant Lemaitre (C). Sous-lieutenant Labarre (P.).
3e Compagnie : Capitaine Jahan (J.). Lieutenant Mercier (L.). Sous-lieutenant Baudineau* (N.).
4e Compagnie : Capitaine Rondeau (C. L.). Lieutenant Bertin (J.). Sous-lieutenant Héron (A.).
5e Compagnie : Capitaine Caruel* (P.). Lieutenant Prévost (R. A.). Sous-lieutenant Goulard (R.).
6e Compagnie : Capitaine Bouin (P. J.). Lieutenant Noiret (J.). Sous-lieutenant Berrue.
7e Compagnie : Capitaine Riverin* (P.). Lieutenant Maillet (F.). Sous-lieutenant Robin (L. F.).
8e Compagnie : Capitaine Pierre (A.). Lieutenant Thierry (J. A.). Sous-lieutenant Bougault* (R. V.).
Canonniers : Capitaine Defrance* (F.). Lieutenant Chevrier (L.). Sous-lieutenant Robert (G.).

II/ Historique à partir de 1796

 

a/Campagnes de 1796 et 1797 en Italie

Chef de Bataillon 33e de Ligne 1801
Fig. 2 Chef de Brigade François Roguet en 1801, d'après Rigo (source : Tradition N°35)

Selon l'Historique abrégé, à son arrivée en Italie, la 33e est placée à la Division Serrurier, avec laquelle elle prend part au siège de Mantoue. Après Arcole, elle passe à la 2e Brigade de la Division Joubert. Il n'y a pas d'autres précisions.

Si l'on se réfère à l'ouvrage de Fabry "Rapports historiques des Régiments de l'Armée d'Italie pendant la campagne de 1796-1797", nous trouvons des informations complémentaires fort utiles, tirées du Rapport du Chef de Brigade Laval ("Epoques et notes sur les différentes marches de la 33e demi-brigade, et les différentes affaires où elle s'est trouvée depuis son arrivée en Italie" - établi d'après l'original (AG) fonds Brahaut). Cet ouvrage peut être mis en parallèle avec l'"Histoire Régimentaire et Divisionnaire de l'Armée d'Italie commandée par le Général Bonaparte" qui présente les faits d'une manière un peu différente. Voici le contenu de ces deux ouvrages pour 1796 et 1797, recoupé par les informations de l'Abrégé du 33e :

"An IV. Fructidor. — Le 20 de fructidor de l'an IV (6 septembre 1796), la Demi-brigade arrive à Milan. Le 25 du même mois, le premier bataillon partit de Milan et se rendit, moitié à Plaisance et moitié à Pavie.
Le 27, le troisième bataillon partit, vers le soir, pour Vérone et arriva le lendemain à Chiari ; ce fut dans les environs de cette ville que quelques bandits tirèrent sur le chef de brigade Almain et blessèrent légèrement deux volontaires
" (Fabry - Rapports Historiques).

La mention du Chef de brigade Almain est ici essentielle ; elle confirme qu'il s'agit bien ici de notre corps qui est présent en Italie à cette époque, peut être au travers de la 10e Demi-brigade. A moins que l'amalgame ait été effectué avant janvier 1797 ?

"La 33e demi-brigade de bataille arriva à Milan le 6 septembre 1796. Elle se divisa presque aussitôt; son 1er bataillon se rendit, partie à Pavie, partie à Plaisance; le 3e gagna Chiari, Brescia, Peschiera et Vérone, où il fut joint par le 2e, avec lequel il se porta le soir même à Saint-Martin" (Histoire Régimentaire ... Bonaparte).

Officier de fusiliers, 33e de ligne, vers 1804-1805
Fig. 2a Officier de Fusiliers en tenue hors de service, sans date, d'après les Mémoires du Général Roguet ; dessin de H. Boisselier (ancienne collection Bouteaud - avec l'aimable autorisation de Mr D. FERRE - DR)

"Le 29 du même mois, le Bataillon, arriva à Brescia. Le 30 ; il y resta bivouaqué. Le premier complémentaire, il se rendit à Peschiera, vint à Vérone le lendemain, et y bivouaqua jusqu'au 4 vendémiaire de la cinquième année qu'il partit pour Marcaria. Il arriva le lendemain et fut joint par le second bataillon qui arrivait de Milan ; on se rendit, le même soir à Saint-Martin où l'on resta jusqu'au 7.
Ve, année. Vendémiaire - Les deux bataillons vinrent le 7 (28 septembre 1796) bivouaquer à Castellucchio, d'où ils partirent le 8, pour aller enlever les redoutes du pont de Curlatone, sous les ordres des généraux de division Dallemagne et Kilmaine et des généraux de brigade Lebley et Pelletier ; l'ennemi évacua les redoutes, et nos tirailleurs conduits par le capitaine Délibes, le poursuivirent avec une telle impétuosité qu'un escadron de cavalerie ne put rentrer dans Mantoue et se retira à Reggio où il fut désarmé par les habitants. Les volontaires qui s'étaient portés près de la ville, essuyèrent une décharge de mitraille dont furent tués Puchol et Louis Botenel, volontaires et Nigot, tambour, un autre volontaire fut dangereusement blessé.
Toute la nuit du 8 au 9 et toute la journée du 9, nous restâmes à portée de fusil des murailles.
Le 10, nous primes position à trois cents toises de la ville, la droite des deux bataillons vers la grande route de Montanara et la gauche vers le lac.
Le 11, on rétrograda de cent toises.
Le 13, le citoyen Tournant, sergent-major, fut dangereusement blessé d'un coup de feu.
Le 26, le premier bataillon arriva de Milan; nous perdimes, le lendemain, le citoyen Colpaert victime de son intrépide curiosité; enfin jusqu'au 7 de brumaire, nous restâmes assez tranquillement baraqués, et tout se réduisit dans cet intervalle à quelques tiraillements de factionnaires
" (Fabry - Rapports Historiques).

"Rendus à Castelachio, le 28, les deux bataillons marchèrent, le 29, sur les redoutes du pont de Tortone, que l'ennemi abandonna à leur approche. Les tirailleurs, conduits par le capitaine Delibas, le poussèrent si vivement qu'un de ses escadrons fut coupé et obligé de se retirer sur Meggio, où il fut désarmé par la population. Les volontaires, emportés par leur courage, s'approchèrent trop de Mantoue; une décharge de mitraille leur tua 3 hommes.
La demi-brigade passa toute la journée du 30 à portée de fusil des murailles. Le 1er octobre, elle s'établit un peu en arrière, la droite à la grande route de Montanara, la gauche au lac. Jointe, le 17, par son 3e bataillon , elle resta d'abord paisible
" (Histoire Régimentaire ... Bonaparte).

"Brumaire. - Le 7 de brumaire (28 octobre 1796), toutes les batteries de la ville vers le village de Saint-Lazard firent un feu très vif dès le point du jour : la demi-brigade prit les armes, se mit en bataille, et attendit l'ennemi qui paraissait vouloir tenter une sortie, mais la bonne contenance de nos troupes le tint en échec. Le premier bataillon ne fit aucune perte ; dans le second furent tués Nicolas Tournemine, Pierre Viser, Florent Ducroq, et Alexis Roger ; furent blessés Bougault lieutenant des grenadiers et Pierre Andrieux. Dans le troisième, fut tué Aumont, grenadier, et blessé Ouvret, volontaire.
Le nommé Chaulois, volontaire de la cinquième compagnie du troisième bataillon, donna dans cette circonstance l'exemple d'une intrépidité peu commune ; au plus fort du feu, plusieurs de ses camarades employés, comme lui, aux travaux du siège, avaient abandonné les ouvrages ; il les rappelle en disant : craignez-vous les obus ? A l'instant même, un obus tombe assez près de lui ; il se précipite et l'empêche d'éclater en arrachant la mèche : «Voilà, dit-il ; comme il faut faire» ! Ce trait ranime les fuyards qui revinrent sur-le-champ à leur poste. Le fait est constant et demeura sans récompense, quoiqu'il puisse être attesté par le général Lebley en présence de qui il a eu lieu.
Il ne se passa rien de remarquable jusqu'au 19 du même mois, que le général Lebley, vers minuit, conduisit au château de Virgiliana les premier et troisième bataillons.
Cette marche était nécessaire, car l'ennemi s'était aperçu que nous avions très peu de monde de la porte Cerese à celle de Saint-Georges ; en conséquence il avait débarqué des forces par le lac et tentait une vigoureuse sortie ; nous déjouâmes donc ses projets en faisant des patrouilles de l'une à l'autre de ces deux portes, et il se vit forcé de rembarquer la nuit même de notre arrivée à Virgiliana
" (Fabry - Rapports Historiques).

Lettre du Chef de Bataillon Courvoisier, Commandant militaire à Padoue, datée du 30 nivose an ? : "J'espère citoyen que vous ne me metterez pas amême de reitere pour la troizieme fois la demande que je vous ai fait hier, qui est des chandelles pour les postes autrement jen ferois prendre chez les marchands sur votre compte"

"Mais le 28 (octobre) toutes les batteries qui donnent sur le village de Saint-Lazare se réveillèrent inopinément; elle courut aux armes, et attendit que les ennemis parussent. Sa bonne contenance les tint en échec; elle n'eut que quelques hommes hors de combat. Le volontaire Chaulois donna dans cette circonstance l'exemple d'une intrépidité peu commune. Plusieurs de ses camarades, employés comme lui aux travaux du siége , avaient abandonné les ouvrages. Il les appelle, les sermonne, leur demande si la mort leur fait peu. Pendant qu'il parle un obus tombe à ses pieds; il le saisit, arrache la mèche, et, la leur montrant : - Tenez, leur dit-il, voilà comme il faut faire. Les fuyards se pénètrent de son audace, et reviennent à leur poste.
Le 9 novembre, le général Lebley conduisit le 1 et le 3e bataillon au château de Virgiliana. L'ennemi, venu par le lac dans l'espérance de surprendre la demi-brigade, fut obligé de se rembarquer. Le 3e bataillon retourna au camp le 11, et ne laissa que les grenadiers au château
" (Histoire Régimentaire ... Bonaparte).

"Le 21, presque tout le troisième bataillon revint au camp, il n'en resta que les grenadiers avec le premier.
Le 22, le premier et le troisième bataillon quittèrent le blocus, et vinrent à Rivoli par Vérone et Bussolongo.
Le 24, on revint à Vérone, où l'on resta les deux jours suivants et l'on en partit le 27.
Le 27, on partit de Vérone et l'on vint à Ronco où l'on n'arriva que le soir à neuf heures : à trois heures du matin on revint à Vérone où l'on bivouaqua dans le portique.
Le 29, l'on vint camper à Villafranca, le 30 à Sandria.
Et enfin le ler frimaire, à Rivoli.
L'ennemi était dans le village ; à notre arrivée, nos tirailleurs l'en chassèrent et lui firent à peu près cinq cents prisonniers
.
Frimaire. - Le 2 (22 novembre 1796), on prit position au-dessus de Rivoli, et l'on y resta jusqu'au 10, que le deuxième bataillon vint joindre les deux autres ; ce même bataillon, trois jours après, fut cantonné à Pazzon où il resta quinze jours" (Fabry - Rapports Historiques).

"Le 12 (novembre), le 1er et le 3e bataillon quittèrent le blocus. Ils gagnèrent Vérone, Bussolengo, et prirent position à Rivoli. Ils usèrent les jours suivants en marches, en contre-marches, et revinrent le 1er décembre sur cette position. Ils y trouvèrent les Autrichiens, les chassèrent, après leur avoir fait 500 prisonniers; puis ils s'établirent au-dessus du village, où ils restèrent jusqu'au 10. Le 2e bataillon alla bivouaquer au Passon" (Histoire Régimentaire ... Bonaparte).

"Le 20, le premier bataillon se rendit à Castion et lieux circonvoisins, le deuxième revint alors, de Pazzon, à Pezera et le troisième à Lobiaja ; les choses restèrent en cet état à la bataille de Rivoli. L'ennemi, ayant reçu tous ses renforts, se disposait à débloquer Mantoue avec une force d'environ quarante mille hommes; son projet était de tourner tous nos cantonnements et leur couper toute communication ; l'armée devait étre cernée et détruite par parties, et les troupes du blocus abandonnées à elles mêmes" (Fabry - Rapports Historiques).

Le 5 décembre 1796, le Sous-lieutenant Drouault, qui se trouve à Rivoli, écrit la lettre suivante :
"Au citoyen Clément de Ris, Beauvais-sur-Cher (Indre-et-Loire), par Tours.
Rivoli, le 15 frimaire, Ve année républicaine (5 décembre 1796).
Citoyen,
Je viens de recevoir la lettre que vous m'avez fait l'amitié de m'écrire. Le 15 dernier (5 novembre), vous me dites de vous adresser directement mes lettres. Il a toujours été pour moi un vrai plaisir de correspondre avec les vrais amis de la République. Comme je crois que vous en êtes un, c'est pourquoi je vous réponds avec beaucoup de plaisir, et j'espère qu'une paix prochaine me rapprochera bientôt de vous et que l'aurai l'honneur de faire votre connaissance.
Comme les lettres sont si longtemps à me parvenir, soit à cause de l'éloignement ou de la circonstance du temps, soit à cause des montagnes qui ne sont pas praticables, dorénavant je n'attendrai pas vos réponses pour vous écrire ; si tôt qu'il y aura quelque chose de nouveau à l'armée, je vous écrirai de suite.
Vous avez connaissance de la dernière affaire, les journaux vous en auront instruit, mais comme vous êtes si bien d'accord avec la géographie je m'en vais vous en faire un petit détail. L'Empereur a fait un dernier effort pour Mantoue ; il avait ramassé vingt-cinq mille hommes, qu'il envoyait pour faire lever le blocus. Ils ont attaqué nos premiers postes en avant de Trente. Aussitôt, Bonaparte donna ordre d'évacuer Trente (note de E. Picard : Bonaparte n'avait point donné ordre d'évacuer Trente, Vaubois y fut contraint par Davidovich) et fit rassembler son armée sur le bord de l'Adige, depuis Rivoli jusqu'à Vérone, et deux divisions qui étaient dans Peschiera.
Les Autrichiens, qui ne trouvaient plus rien devant eux, poussèrent plus avant et entrèrent dans Trente, et le lendemain se disposèrent à marcher sur Mantoue. Ils attaquèrent nos avant-postes, qui étaient alors à la Corona, où ils ont pris quatre cents hommes pour commencer. Les autres postes de la gorge de Rivoli et de Caprino ont évacué. L'ennemi est sorti de la gorge, marchant sur Castelnuovo, qui est le chemin le plus court pour arriver à la porte de Saint-Antoine de Mantoue. Là, ils ont trouvé l'armée, qui les a empêchés de passer. Pendant ce temps, les deux divisions de Peschiera et les deux de Vérone ont reçu l'ordre de monter sur la montagne en appuyant l'une à droite, l'autre à gauche, et ont fait leur jonction dans la gorge qui vient de Trente à Rivoli. Dès qu'ils se furent emparés des points les plus importants, le signal fut donné, on battit la charge, toute l'armée fond sur l'ennemi, nous le forçons à la retraite. Alors nos quatre divisions les attendaient à l'entrée de la gorge de Rivoli . Ils se voient entourés ! 10.000 hommes mettent bas les armes, le reste se sauve à travers les montagnes. La moitié est obligée de revenir ne pouvant passer; à cause de la neige, ils seraient morts de faim. Cette affaire coûte à peu près une douzaine de mille hommes à l'Empereur. Je ne me rappelle pas combien on leur a pris de canons et de drapeaux. Les journaux vous l'auront dit sûrement. Pendant l'action, la garnison de Mantoue a fait une vigoureuse sortie par la porte Saint-Antoine, croyant faire diversion à notre armée, mais elle n'a pas mieux réussi que les 25.000 hommes. La sortie nous a coûté à peu près 300 hommes et au moins autant à l'ennemi, qui a été obligé de rentrer en ville plus vite qu'il n'en était sorti. La ville est toujours bloquée de toutes parts. Jusqu'à ce jour on n'a tiré que quelques obus sur la ville, mais les travaux de batterie se poursuivent et on va bientôt la bombarder si elle n'est pas rendue sous peu de temps.
Notre demi-brigade n'est plus au blocus; nous en sommes partis avant la dernière affaire pour aller renforcer l'arrière; depuis cette affaire, nous restons à l'armée, aux avant-postes. Comme nous venons d'être réorganisés, nous avons changé de numéro; nous avons actuellement le n° 33 Vous mettrez mon adresse : au citoyen Drouault, officier à la 33e demi-brigade, au camp de Rivoli, armée d'Italie; à Rivoli.
Au sujet des désertions, tranquilisez-vous ! Il y a bien eu quelques lâches, en effet, mais le nombre en est bien petit et encore ils sont en France. L'armée est en très bon état et tout un chacun se bat en déterminé. Le bruit court que l'Empereur a encore envoyé des troupes de ce côte-ci et que nous devons être attaqués bientôt; mais, comme j'ai eu l'honneur de vous [le] dire, s'il y a quelque chose de nouveau, je vous écrirai.
Citoyen, je suis en attendant votre réponse, avec respect. Salut et amitiés,
Drouault
" (Picard : "Au service de la Nation, lettres de Volontaires, 1792-1798"; note de E. Picard : Les détails sur les combats autour de Rivoli auxquels Drouault ne prit point part sont vagues et inexacts. Après la victoire d'Arcole, les divisions Vaubois et Masséna avaient été envoyées à Castelnovo et Augereau à Ala pour arrêter le mouvement offensif de Davidovich. Le 21 novembre, l'avant-garde de Masséna entoura prés de Campara un corps d'arrière-garde ennemie, lui fit de 1.200 à 1500 prisonniers sans qu'il y ait eu de bataille décisive. La sortie de la garnison de Mantoue, à laquelle il est fait allusion au cours de la lettre, eut lieu le 23 novembre).

Le 13 décembre 1796 (23 frimaire an V), Bonaparte écrit depuis son Quartier général de Milan, au Général Berthier : "... Les 100 hommes de la 12e d'infanterie légère qui sont au parc rejoindront leur demi-brigade, et seront remplacés par 100 hommes de la 40e qui était à Peschiera, et, si la garnison de Peschiera a déjà rejoint la demi-brigade, par 100 hommes de la 33e, qui est de la division du général Joubert ..." (Correspondance de Napoléon, t.1, lettre 1280; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 1152).

Le 21 décembre1796 (1er nivôse an v), Bonaparte écrit depuis Vérone au Général Joubert : "… Faites-moi passer l'état que je vous avais demandé de trois chefs de bataillon distingués par leur bravoure et leurs connaissances militaires pour être promus au grade de chef de brigade, et de six capitaines, également braves et instruits, pour être promus au grade de chef de bataillon ; l'état des demi-brigades auxquelles j'ai donné des officiers étrangers au corps, mais d'une valeur à toute épreuve, telle que la 33e.
... Faites-moi passer, par le retour de l'ordonnance, vos observations sur ce travail, en me faisant connaître les officiers qui n'y sont pas portés et que vous croyez avoir droit à de l'avancement, et en me désignant ceux auxquels j'ai donné de l'avancement et sur lesquels vous auriez des observations à faire. Votre réponse m'est nécessaire pour que je puisse donner ordre de faire reconnaître ces officiers. Ainsi, je vous prie de la faire partir d'assez bonne heure pour qu'elle me parvienne demain avant midi
" (Correspondance de Napoléon, t.1, lettre 1303 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 1191).

Grenadier 33e de Ligne 1800
Grenadier 33e de Ligne 1803
Fig. 3 Grenadier en 1799-1800 d'après Rigo (source : Tradition N°35)
Fig. 3a Bonnet de Grenadiers en 1799-1801 d'après Rigo (source : Tradition N°35)
Fig. 3b Grenadier en grande tenue en 1803 d'après Rigo (source : Figurines N°24)
Détails du Grenadier en 1803 d'après Rigo (Figurines N°24)

Le 21 décembre 1796 (1er nivôse an V), Bonaparte écrit depuis son Quartier général de Vérone, au Général Berthier : "Vous voudrez bien donner l'ordre au général Joubert de faire reconnaître les officiers suivants aux différentes demi-brigades de sa division, et prévenir chacun de ces officiers en particulier que j'ai demandé pour eux des brevets au Directoir exécutif.
33e Demi-brigade de bataille.
Almain, chef de brigade, commandant.
Faivre, chef de brigade, commandant en second, sorti de la 29e d'infanterie légère.
Darluc, capitaine à la 22e, Sauvau, capitaine à la 25e, Roguet, adjuant-major à la 32e, chefs de bataillon, commandant les trois bataillons.
Courvoisier, chef de bataillon chargé du détail de l'administration.
Prévenir les citoyens Alex, Bouglet, Blanchard et Poitou, qu'ils aillent se rendre à leur dépôt, à Milan, pour être nommés à des commandements de place
..." (Correspondance de Napoléon, t.1, lettre 1304; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 1185).

"Nivôse. - Le 2 nivôse (22 décembre 1796), le citoyen Laval, chef de brigade, reçut l'ordre de réunir le second et le troisième bataillons: trois compagnies du premier furent conduites par le citoyen Pierre, capitaine, au poste de la Corolla, car depuis le lac de Garda jusqu'à Caprino, nous n'avions que nos grenadiers et six compagnies du premier bataillon. La gauche se trouvait donc découverte et l'ennemi paraissait y porter la plus grande force. Ces compagnies se mirent en marche, peu après, pour la gorge de Caprino, y trouvèrent l'ennemi, le repoussèrent et lui firent environ quatre-vingts prisonniers ; mais les vainqueurs s'étant trop engagés à sa poursuite se trouvèrent assaillis par une force supérieure, et firent une retraite précipitée sur Castelnovo, où ils restèrent jusqu'au lendemain matin, qu'ils se rendirent à Rivoli, au moment où la division du général Joubert était cernée" (Fabry - Rapports Historiques).

Le 23 décembre 1796 (3 nivôse an v), Bonaparte écrit depuis Milan au Général Berthier, Chef de l'Etat-major de l'Armée d'Italie : "Vous nommerez, citoyen général, le chef de brigade Laval, nommé à la suite de la 18e, pour commander en chef la 32e (il y a là erreur de transcription dans la copie d'expédition; il s'agit en fait de la 33e demi-brigade) dont le commandement se trouve vacant par la démission du citoyen Almain auquel sa santé ne permet plus de servir" (Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 1193).

Le 28 décembre 1796 (8 nivôse an 5), le Général Bonaparte écrit depuis le Quartier général à Milan au Directoire exécutif que l'Armée d'Italie a été renforcée de la 33e Demi-brigade venant de la Vendée (Correspondance inédite et confidentielle de Napoléon Bonaparte, t.2 Italie).

Le 1er janvier 1797 (12 nivôse an V), le Général Bonaparte, à Milan, écrit au Général Berthier, Chef de l'Etat-major général : "Vous voudrez bien ordonner au citoyen Poitou, chef de bataillon de la 33e, de se rendre à Tortone pour y commander le fort ..." (Correspondance générale de Napoléon, lettre 1239).

Le 6 janvier 1797, la 2e Brigade, sous les ordres du Général Monnier, est à San Marco. Le 12, les Autrichiens dirigent une opération d'ensemble contre la ligne française. Masséna à Saint Michel, Joubert à Montebaldo, les repoussent. Cette action est le prélude de la bataille de Rivoli.

Une forte colonne, sous le Général Alvinzi, cherche à tourner, vers le lac de Garde, par Caprino et Montagno, la gauche de Joubert. Masséna reçoit l'ordre de se diriger en toute hâte sur Rivoli, et, sans l'attendre, Bonaparte enjoint à Joubert de reprendre la position importante de San-Marco.

Le 14 janvier, au point du jour, l'attaque commence. La 33e, conduite par Joubert en personne, se conduit brillamment; mais la supériorité numérique des Autrichiens l'oblige, néanmoins, à céder du terrain.

Profitant aussitôt de ce premier succès, l'ennemi s'avance résolument contre le centre de la ligne française; heureusement, Masséna vient d'arriver, et son intervention, à la tête de la 32e Demi-brigade, conjure le danger.

Les Autrichiens tentent alors un dernier effort. Une grosse colonne débouche du fond de la vallée de l'Adige et se porte sur le plateau pour enfoncer la droite française. Joubert, comprenant que tout est perdu si cette manoeuvre réussit, se met à la tête de la 33e et, l'entrainant dans un élan superbe, rejette les Autrichiens dans la vallée. Joubert et la 33e Demi-brigade ont la plus large part dans le succès de cette brillante journée.

Tandis que la Division Masséna reprend la route de Mantoue pour se porter contre le Général Provera, Joubert s'empare des hauteurs de la Corona, et établit son quartier général à Caprino.

"Le 25 (14 janvier 1797) vers quatre heures du matin, toute la division du général Joubert se retira de la Corona sur les hauteurs de Rivoli pour y garder la défensive. La demi-brigade y resta jusqu'au point du jour, qu'elle recut, l'ordre de monter à Saint-Marc où l'ennemi se trouvait, en grand nombre ; elle y prit deux drapeaux, de concert avec la 29e d'infanterie légère, et fit plusieurs prisonnniers. Le citoyen Martin, adjudant-major, se distingua dans cette circonstance, en rétablissant, autant qu'il pouvait, l'ordre parmi nos troupes : comme il conduisait un nombre de soldats par un défilé, il tomba dans les mains de l'ennemi dont il eut pourtant le courage et l'adresse de se débarrasser; il tomba, quelques moments après dans un pas plus périlleux, et fut pris une seconde fois, comme il était sur le point d'enlever un drapeau aux Autrichiens, et il resta dans leurs mains jusqu'à l'échange.
Vers onze heures, l'ennemi nous avait repoussés jusqu'au milieu de la montagne de Saint-Marc ; le citoyen Thiby sergent-majour, fut pris avec le drapeau du second bataillon ; un fourrier se précipite, arrache le drapeau, et est terrassé d'un coup de feu, comme il le rapportait dans nos rangs.

Sergent de Grenadiers, 33e de Ligne, 1800-1804
Sergent de Grenadiers, 33e de Ligne, 1800-1804
Fig. 3d Sergent de Grenadiers, tenue de ville hiver, 1800-1804, d'après les Mémoires du Général Roguet ; dessin de H. Boisselier (ancienne collection Bouteaud - avec l'aimable autorisation de Mr D. FERRE - DR)
Le même paru dans une revue associative

Le citoyen Masson, capitaine, commandant le deuxième bataillon, enleva le drapeau; mais ce trait lui coûta la vie, et le drapeau resta à l'ennemi qui se précipita pour le lui arracher ; l'éloge que nous avons fait du citoyen Masson, dans le rapport particulier de cette affaire, atteste qu'il est digne de nos regrets, autant pour la douceur de ses moeurs que pour ses qualités militaires.
Un trait de bravoure qu'on ne doit point omettre ici est celui des nommés Gransard et Filesse grenadiers au deuxième bataillon ; comme dans la retraite de Saint-Marc, ces deux Francais voyaient une douzaine de leurs camarades conduits par trois Autrichiens : ils s'écrièrent : Verrons-nous prendre tout ce monde et le désarmer par trois coquins ? Ils courent à l'instant ; l'un d'eux prend au collet l'un des trois ennemis ; mais l'Autrichien qui ne pouvait se servir de son arme le prend au corps et le terrasse ; il lui allonge plusieurs coups de crosse que le grenadier pare avec le pied ; alors arrive l'autre grenadier qui tire sur l'Autrichien tellement à bout portant que la balle lui traverse le corps et va blesser un second qui venait le renforcer ; il ne restait alors qu'un Autrichien des trois, il se rendit, et les volontaires furent ramenés avec lui.
A midi, le citoyen Pierre, capitaine, commandant le premier bataillon, reçut l'ordre du général en chef de se porter avec sa troupe au village de Saint-Martin, dont l'ennemi s'était emparé ; nos soldats y entrèrent au pas de charge, et chassèrent les Autrichiens sans tirer un coup de fusil.
Un rapport sur l'affaire de Rivoli attribue cette dernière expédition à l'un des bataillons de la 14e de bataille. Nous avons réclamé, dans le temps, cette petite portion de gloire dont on voulait nous frustrer. Si cette réclamation est venue jusqu'à la 14e, les braves qui la composent n'ont pu que la trouver d'autant plus juste, qu'ils ne restent point en arrière dans le même rapport, et qu'il a dû paraître inutile de leur supposer des exploits.
Vers une heure après-midi, comme toute la demi-brigade se trouvait en tirailleurs, le citoyen Laval en rassembla le plus de monde qu'il put, et, descendit au plateau avec les capitaines Bonnet, Poton et Janssogne ; nos troupes, de concert avec la 14e, y prirent deux pièces et deux caissons et chassèrent l'ennemi de ce poste important
" (Fabry - Rapports Historiques).

"On était au 20 janvier 1797 (cette date ne correspond pas avec celle donnée dans le rapport publié par Fabry). L'ennemi, revenant à la charge, commençait à déboucher; les deux derniers bataillons, et 3 compagnies du 1er se mirent en marche pour la Corona. Du lac de Garda à Caprino, il n'y avait que les grenadiers et 6 compagnies du 1er bataillon. La Gauche se trouvait découverte, et l'ennemi paraissait résolu d'attaquer. Ces compagnies se portèrent sur la gorge de Caprino. Elles y trouvèrent les Autrichiens, et leur firent une centaine de prisonniers; mais se laissant emporter, elles donnèrent au milieu de leurs colonnes, et furent rejetées sur Rivoli. La division Joubert ne tarda pas à s'y retirer elle-même.
La demi-brigade monta à Saint-Marc, où étaient déjà les masses autrichiennes. Elle les chargea, et, soutenue par la 29e légère elle leur prit deux drapeaux. L'adjudant-major Martin fit preuve de courage dans ces circonstances difficiles: pris avec quelques soldats qu'il conduisait à travers une gorge étroite, il réussit à se dégager, veut enlever un drapeau, est fait prisonnier une deuxième fois et reste dans les mains de l'ennemi.
Le feu devenait toujours plus vif; il était midi. Le 2e bataillon fut refoulé sur la montagne de Saint-Marc, et le sergent-major Tibi fut enlevé avec le drapeau. Témoin de cette perte, un fourrier s'élance au milieu des Autrichiens et leur arrache la bannière qu'ils ont saisie. Il tombe percé de coups. Le capitaine Masson le remplace, mais il est lui-même étendu sans vie, et le drapeau reste à l'ennemi. Au même moment les grenadiers Gransard et Selosse aperçoivent une douzaine de leurs camarades conduits par trois Allemands: - Comment, s'écrient-ils, trois coquins emmèneront tant de monde! En prononçant ces paroles, ils fondent sur les Autrichiens. Gransard en prend un au collet; mais son adversaire plus fort, plus vigoureux le saisit à bras le corps. Selosse accourt, et le tire de si près qu'après l'avoir traversé, sa balle va blesser le second; le troisième met bas les armes et suit les volontaires délivrés.
Le capitaine Pierre, qui commande le 1er bataillon, se porte avec sa troupe au village de Saint-Martin encore occupé par l'ennemi; il y entre au pas de charge et s'en rend maître sans tirer un coup de feu. La 33e se trouvait tout entière en tirailleurs, et cependant l'ennemi se groupait sur un plateau. Le chef de brigade Leval rassemble quelques hommes à la hâte; il se précipite avec eux sur les Autrichiennes, et, soutenu par la 14e, s'empare de deux bouches à feu ...
" (Histoire Régimentaire ... Bonaparte).

Dans sa lettre adressée au Directoire exécutif, écrite depuis le Quartier général à Vérone, le 18 janvier 1797 (29 nivôse an V), le Général en chef Bonaparte écrit : "... A la pointe du jour, notre aile droite et l'aile gauche de l'ennemi se montrèrent sur les hauteurs de San-Marco. Le combat fut terrible et opiniâtre. Le général Joubert, à la tête de la 33e, soutenait son infanterie légère que commandait le général Vial ..." (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1399 ; Correspondance générale, lettre 1300).

"Le lendemain, 26 (15 janvier 1797), les grenadiers du second bataillon, prirent une pièce de canon près Saint-Martin, et Armand Masselin, sergent-major, en prit une autre, le même jour ; tel est le resumé des faits qui concernent particulièrement la demi-brigade pour ces deux sanglantes journées : ce sont au moins ceux qui sont venus à notre connaissance, car nous ne doutons point que la modestie et le désintéressement de la plupart de nos braves ne nous en laissent ignorer beaucoup dignes à la fois d'éloge et de récompense.
La demi-brigade ayant pleinement chassé l'ennemi de Saint-Marc, se divisa, le 27
(16 janvier 1797), en plusieurs postes ; le premier bataillon resta à la chapelle de Saint-Marc; le deuxième bataillon se retira à Pazzon et le troisième à la Corona.
Nos soldats furent chargés de faire inhumer les cadavres et relever les blessés restés sur le champ de bataille
" (Fabry - Rapports Historiques).

Grenadier 33e de Ligne 1800-1804
Grenadier 33e de Ligne 1800-1804
Fig. 3e Grenadier, Armée de débarquement en Angleterre, tenue d'embarquement, 1800-1804, d'après les Mémoires du Général Roguet ; dessin de H. Boisselier (ancienne collection Bouteaud - avec l'aimable autorisation de Mr D. FERRE - DR)
Le même paru dans une revue associative

"... Une vingtaine de grenadiers en prennent une autre, le sergent-major Masselin en enlève une quatrième.
La 33e fit halte après ces deux sanglantes journées. Chargée de garder le champ de bataille, d'enterrer les morts , elle ne rentre en opérations que le 27 janvier
" (Histoire Régimentaire ... Bonaparte).

Remarquons que dans le Rapport publié par Fabry, le nom du Chef de brigade Laval est mentionné à plusieurs reprises; l'historique abrégé nous indique effectivement que la 33e est passée sous le commandement du Chef de Brigade Laval dans le courant de l'année 1796, sans autres précisions. A noter que certaines sources indiquent que la 33e a également combattu en 1796 à Cembra.

Le 17 janvier 1797 (28 nivôse an V), le Général en chef Bonaparte écrit depuis Vérone au Général Berthier : "... La division du général Joubert sera composée des 4e demi-brigade d'infanterie légère, 17e idem, 22e idem, 29e idem, 14e demi-brigade de bataille (sic), 33e idem, 39e idem, 85e idem, 24e régiment de chasseurs à cheval, 12 pièces d'artillerie à pied, 3 pièces d'artillerie de montagne.
Elle doit se tenir prête à marcher le 1er du mois ...
" (Correspondance de Napoléon, t.1, lettre 1397 ; Correspondance générale, lettre 1292).

"Le 29 (18 janvier 1797), le premier et le deuxième bataillons revinrent à Pezera ; le troisième, qu'un plus grand nombre de cadavres à inhumer retint un jour de plus à Corona, revint le 30 à son ancien cantonnement de Lobiaja, et l'on ne fit aucun mouvement jusqu'au 8 du mois suivant" (Fabry - Rapports Historiques).

Les opérations sont reprises le 26. Joubert, ayant reçu l'ordre de pénétrer dans le Tyrol, bat le jour même les Autrichiens à Airo et à Brentonnio, et leur enlève Roveredo. Le lendemain, il les chasse des défilés de Calanio et de Trente. Enfin, il termine cette campagne d'hiver en battant de nouveau Alvinzi, le 28, et en le poursuivant jusqu'à Saint-Michel. La Division Joubert s'établit ensuite sur Lavis (bourg du Tyrol, district de Trente en Autriche) avec le Quartier général à Trente, le 30 janvier selon E. Picard ("Au service de la Nation, lettres de Volontaires, 1792-1798"). La 33e Demi-brigade, placée en réserve à Gardole, en arrière du Lavis. La 33e Demi-brigade est sous les ordres du Général Mayer et fait partie de la Division Joubert.

Fusilier 33e de Ligne grande tenue 1800
Fusilier 33e de Ligne grande tenue 1800
Fig. 3c Fusilier en grande tenue, 1800-1802 d'après les Mémoires du Général Roguet ; dessin de H. Boisselier (ancienne collection Bouteaud - avec l'aimable autorisation de Mr D. FERRE - DR)
Le même paru dans une revue associative

"Pluviôse. - Le 8 de pluviôse (27 janvier 1797), le premier bataillon partit pour Montagna, vint le lendemain à Malsesena, le 10 (29 janvier 1797), franchit le Monte­ Baldo et vint le même, jour à Nago et à Torbole ; le 11 (30 janvier 1797), il marcha. sur Arco et le même jour revint à Nago ; la nuit suivante, il se rendit à Mori.
Les deux autres bataillons étaient partis de Pezera le 8 de pluviôse et restés à Rivoli jusqu'au lendemain, ils s'étaient alors portés à sept milles en avant sur la rive droite de l'Adige ; ils y avaient trouvé l'ennemi, l'avaient chassé et lui avaient fait environ cent quatre-vingts prisonniers; à deux milles au dessus on avait bivouaqué, et le lendemain, on était allé directement à l'ennemi qui se trouvait retranché en face d'Ala.
En vain essaya-t-on de le débusquer, la redoute bien pourvue d'artillerie paraissait inapprochable, nous eûmes plusieurs volontaires tués et blessés. Comme le jour finissait, le général Joubert remit au lendemain l'assaut de la redoute; mais l'ennemi l'évacua pendant la nuit, et le lendemain, on n'eut qu'à le poursuivre ; nous perdîmes en cette affaire le capitaine des grenadiers du second bataillon; l'on fit une centaine de prisonniers et l'on se rendit à Mori ; les trois bataillons se réunirent le lendemain ; la nuit du 12 au 13
(31 janvier - 1er février 1797), on partit de Mori et l'on vint sous les murs de Trente par Roveredo ; le 14 (2 février 1797), on vint bivouaquer en avant de la ville sur la route de Lavis ; enfin le 16 (4 février 1797), on prit cantonnement à Gardol, et l'on y resta jusqu'au 29 de ventôse (19 mars 1797)" (Fabry - Rapports Historiques).

"Le 1er bataillon gagna Montagna, Montebaldo, Torbole, et arriva le 31 (janvier) à Mori. Les deux autres se portèrent sur la rive droite de l'Adige, joignirent l'ennemi, lui enlevèrent 200 hommes, et le refoulèrent sur Alla. Ils essayèrent d'enlever la position; mais elle était retranchée, couverte d'artillerie, ils ne purent la forcer; néanmoins, dès que la nuit fut close, l'ennemi s'éloigna" (Histoire Régimentaire ... Bonaparte).

Le 3 février 1797, le Sous-lieutenant Drouault, qui se trouve au bivouac devant Trente, écrit la lettre suivante :
"Au citoyen Clément de Ris,
Beauvais-sur-Cher (Indre-et-Loire), par Tours.
Au bivouac devant Trente, le 15 pluviôse Ve année républicaine [février 1797].
Remis à Beauvais-sur-Cher le 8 ventôse [26 février].
Encore double, victoire à vous annoncer, cher citoyen. Après quelques jours de repos, après les grands combats des 24, 25 et 26
(note : pendant ces journées (13, 14, 15 janvier), Bonaparte a livré la série des combats qui constituent la glorieuse victoire de Rivoli), toute l'armée se met en mouvement et marche sur Trente. Les Autrichiens avaient, depuis la gorge de Rivoli, au moins dix positions pour nous arrêter avant notre arrivée à Trente. Heureusement, rien ne nous arrête; nous avons enlevé tous les ouvrages de l'ennemi à la baïonnette et nous les avons battus sur tous les points. Je n'en saurais même pas faire le détail de cette affaire car elle est trop étendue, même pour vous dire le nombre des prisonniers que nous avons faits.
Notre demi-brigade était de la colonne qui a passé le long de la rive droite de l'Adige. Je crois que de notre côté nous avons bien fait deux mille et quelques cents prisonniers, sans compter tués et blessés. Ainsi vous voyez la division du général Joubert était dirigée sur trois points : la 1re colonne le long de la rive gauche de l'Adige, la 2e le long de la rive droite, la 3e a passé par Montagna, a tourné le Monte Baido, le long du lac de Garda, a repassé les montagnes pour forcer les Autrichiens à abandonner plusieurs positions. Ils ont fait ainsi un grand nombre de prisonniers ainsi que les autres colonnes.
Masséna, général de division, et Augereau sont passés du côté de Vicence et ont fait beaucoup de prisonniers (note de E. Picard : Masséna et Augereau s'étaient dirigés l'un sur Vicence, l'autre sur Pado
ue pour gagner ensuite Cittadella). Nous avons eu un succès heureux sur toute la ligne. Le même jour, c'était le 8 [27 janvier], nous les avons attaqués, ils ont été mis en déroute, nous les avons poursuivis jusqu'à Trente et même deux lieues plus loin sans les lâcher.
Toute l'armée avait des vivres pour quatre jours. Vous devez voir que nous étions bien fatigués, ayant le pain et les munitions de guerre sur le dos. Nous les avons culbutés et pris les mômes positions que l'autre fois.
Les Autrichiens complètement battus, le lendemain de notre arrivée à Trente nous arriva la nouvelle heureuse de la prise de Mantoue. Je n'ai pas de plus heureuse nouvelle à vous donner : Mantoue rendue, l'armée autrichienne complètement battue, je crois que le grand effort de l'armée française pourra donner la paix à l'Europe. Vive la République !
Sur ma dernière lettre, je vous avais désigné les montagnes Saint-Ambroise comme faisant partie des affaires des 24, 25 et 26 ; je me suis trompé ; ce sont les montagnes Saint-Marc. Pour les prisonniers, je vous ai dit 12 à 13.000; la division seule a fait ce chiffre ; c'est 25.000 sur toute la hgne (y compris Mantoue). Vous voyez que ce sont des victoires complètes.
Cher citoyen, vous direz à ma famille que je suis en bonne santé et que je n'ai aucune blessure.
Salut et respect,
Drouault,
officier
" (E. Picard : "Au service de la Nation, lettres de Volontaires, 1792-1798").

Le 4 février, le Général Victor défait les troupes papales. Le 9 février, Victor prend Ancône. Pie VI signe la paix avec Bonaparte le 19 février (1er ventôse an V).

La 33e reste à Gardole jusqu'à l'ouverture de la campagne suivante. Dans celle-ci, les forces autrichiennes sont commandées par l'Archiduc Charles, qui est arrivé le 7 février à Innsbruck pour prendre le commandement de l'armée d'Italie. Il repart ensuite pour Vienne et ne revient dans le Frioul que peu de temps avant l'ouverture des hostilités. A ce moment, l'armée autrichienne ne peut compter plus de 20.000 hommes (Clausewitz, La campagne de 1796 en Italie, traduction Colin, p. 298).

De son côté, le 21 février 1797, le Sous-lieutenant Drouault, qui se trouve à Lavis en avant de Trente, écrit la lettre suivante :
"Au citoyen Clément de Ris,
Beauvais-sur-Cher (Indre-et-Loire).
Lavis, en avant de Trente, 3 ventôse Ve année de la République française
[21 février 1797].
Citoyen,
D'après les rapports des généraux, je m'empresse de vous apprendre l'arrivée du prince Charles à l'armée d'Italie. Il est arrivé à Trieste, il y a deux jours, avec 11.000 hommes de renfort.
Il se propose d'attaquer l'armée française sous peu de jours. C'est ce qui me donne occasion de vous écrire, car je vois que nous avons de nouveaux lauriers à cueillir et qu'une fois le bal commencé il durera plus d'un jour. Je serai peut-être longtemps sans pouvoir vous écrire; il pourrrait bien se faire que des renforts du prince Charles nous envoient à Vienne. Mantoue rendue et les renforts qui nous arrivent nous donnent au moins le double des forces que nous n'étions aux affaires des 24, 25 et 26 et, dans tous les cas, une belle retraite, au lieu qu'avant nous n'en avions aucune.
Les généraux de division, hier et aujourd'hui, ont passé la revue de leur division. J'ai vu avec plaisir que chaque soldat désire faire un dernier effort et brûle de fondre sur l'armée du prince Charles, comme ils ont fait sur celle d'Alvinzi
(note : le Général autrichien Alvinczy a été complètemet battu par Bonaparte à Arcole et Rivoli), et je crois qu'il faut encore un coup de l'armée d'Italie pour forcer le cruel Empereur à la paix. Je vous assure que je suis bien las de la guerre ; d'ailleurs, tous les amis de l'humanité désirent la paix, mais il est certain que si nous retombons encore une fois sur les débris de l'armée autrichienne, je crois que ce sera la dernière : nous emmèrons le reste en France, car ils sont si las de se battre qu'au premier coup de fusil ils mettent bas les armes.
Il y a trois jours, allant à la découverte, nous poussâmes la découverte un peu plus loin qu'à l'ordinaire; je rencontrai une grand'garde de 80 hommes autrichiens, que je ramenai avec moi ; après une vingtaine de coups de fusil, ils ont mis bas les armes : je n'avais que 30 grenadiers.
L'expédition contre le pape va on ne peut mieux ; la division du général Victor, qui est en marche sur Rome, n'en était plus qu'à 30 lieues le 29 pluviôse et avait déjà fait beaucoup de prisonniers, pris beaucoup de canons en bronze, un million de numéraire d'un trésor qu'ils n'ont pas eu le coeur de sauver. Les journaux vous apprendront ce brillant succès.
Rien autre chose à vous marquer pour le présent que nous attendons un mouvement général au premier moment.
Salut et respects,
Drouault,
officier,

Voici la 4e lettre que je vous envoie, je n'ai pas encore eu de vos nouvelles ; je vous prie de me faire réponse et de me dire si vous avez reçu mes lettres. Je n'ai pu savoir de nouvelles de France que par vous. Si vous savez quelque chose d'intéressant, je vous prie de m'en faire part.
Vous aurez la complaisance de dire à ma mère que je suis en bonne santé, et je l'embrasse ainsi que toute ma famille et tous les amis du pays.
Drouault, officier de grenadiers, 33e demi-brigade d'infanterie de bataille. Division du général Joubert. Armée d'Italie. Lavis, près Trente.
" (E. Picard : "Au service de la Nation, lettres de Volontaires, 1792-1798").

Le 22 février, le Général autrichien Laudon est battu par Belliard et Dumas et se retire auprès de Meran, chef-lieu de district du Tyrol autrichien.

Bonaparte, que la paix avec Rome et la prise de Mantoue ont délivré de gros soucis au sujet de ses communications, s'est rendu à Vérone pour préparer les opérations qu'il projette sur la Piave et dans le Tyrol. Il renforce Joubert des Divisions Delmas et Baraguay-d'Hilliers, réunies sur le Lavis, et, dans la deuxième quinzaine de mars, lui donne l'ordre de se porter en avant afin de repousser les Autrichiens au delà du Brenner.

Joubert, pour se conformer aux ordres de Bonaparte, se met aussitôt en mouvement. Le 20, il attaque, avec ses trois Divisions, la position de Saint-Michel et s'en empare. De son côté, Bonaparte attaque dans le Frioul l'Archiduc Charles, qui bat en retraite devant lui, ce qui va permettre d'ouvrir la route de Vienne aux armées françaises ; grâce à ses succès, Joubert pourra efficacement protéger la gauche de Bonaparte.

"Ventôse. - La nuit du 29 au 30 ventôse (19-20 mars 1797), la demi-brigade partit de Gardol pour attaquer l'ennemi près de Lavis à Saint-Michel et au mont Corona ; l'attaque commença avec le jour ; nos grenadiers gravirent le mont Corona sans tirer un coup de fusil et emportèrent le retranchement à la baïonnette, les bataillons les suivirent de près et les aidèrent à culbuter l'ennemi ; nous perdimes dans cette affaire un sergent ; deux caporaux, trois volontaires et un tambour furent blessés.
Les citoyens Briva, lieutenant ; Drouault et Genty, sous-lieutenant des grenadiers, ce dernier mourut de sa blessure ; deux sergents- majors, un sergent, six caporaux, deux grenadiers, un fourrier, onze volontaires et un tambour furent aussi blessés.
Les citoyens Drouault et Noyoberne, officiers, donnèrent en cette circonstance, l'exemple d'un courage et d'un sang-froid admirables ; le citoyen Martin, adjudant-major, nouvellement rendu par échange, soutint la réputation qu'il s'était acquise à Rivoli, et, à la tête de quatre compagnies, sauta le premier dans les retranchements. Parmi les sous-officiers, se distinguèrent particulièrement les citoyens Lebrun et Renard, sergents-majors : ce dernier fait prisonnier à Rivoli, mais rendu depuis, fut blessé, ce jour-ci, d'un coup de feu ; il se fit promptement panser à l'ambulance et reparut bientôt sur le champ de bataille.
Germinal. - Le lendemain, 1er de germinal
(21 mars 1797), la demi-brigade bivouaqua sur les hauteurs de Salurn" (Fabry - Rapports Historiques)

"Les trois bataillons était de nouveau réunis , la demi-brigade se mit en marche. Elle dépassa Roveredo, Trente, Gardole, et atteignit les Autrichiens à Saint-Michel. Ses grenadiers gravirent la montagne sans tirer un coup de fusil; les bataillons suivirent; en un clin d'oeil tout fut enlevé.
L'adjudant-major Martin, qui venait d'être échangé, sauta dans les retranchements. Le sergent-major Ménard, blessé d'un coup de feu, refusa de quitter le champ de bataille. Le soldat exalté par tant de bravoure ne connaissait pas d'obstacles
" (Histoire Régimentaire ... Bonaparte).

Dans sa lettre adressée au Directoire exécutif, expédiée du Quartier général de Leoben et datée du 16 avril 1797 (27 germinal an V), le Général en chef Bonaparte écrit : "... Vous trouverez ci-jointe une note des officiers qui se sont particulièrement distingués dans les affaires du Tyrol.
En général, je suis très-content de la bravoure de toutes les troupes; dans toutes les affaires où elles se sont trouvées, elles ont toujours donné avec l'intrépidité naturelle à l'armée d'Italie
" (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1732). Suit la note en question dans laquelle on peut lire : "Martin, adjudant-major au 2e bataillon de la 33e demi-bigade de bataille. Dans la journée du 30 ventôse, il s'est élancé le premier dans les retranchements ennemis, à la tête de quatre compagnies. Ses talents militaires et une conduite soutenue le font considérer comme un excellent officier ...
Renard, sergent-major de grenadiers au 2e bataillon de la 33e demi-brigade de bataille. Ce militaire, dans la journée du 30 ventôse, reçoit deux coups de feu, va se faire panser et retourne au combat; il était déjà connu par d'autres traits de bravoure, et s'était surtout distingué dans la journée du 25 nivôse ...
Le chef de brigade Laval, de la 33e, s'est également comporté avec bravoure et distinction dans toutes les affaires ...
" (Correspondance de Napoléon, t.2, annexe à la lettre 1732 ; Correspondance générale, lettre 1512).

Le 22, Joubert force l'ennemi à évacuer la position de Salurn, sur la rive gauche de l'Eisach. Le 1er Bataillon de la 33e, chargé de poursuivre les Autrichiens, enlève la position de Neumarkt.

Joubert se porta ensuite contre les hauteurs de Clausen, que le Général Kerpen occupe fortement. Cette position, quoique vigoureusement défendue, est enlevée, et Brixen tombe au pouvoir des Français.

"Combat de Clausen. - Entrée à Brixen. Cette position était avantageuse pour l'ennemi, en ce que la route de Botzen à Brixen, où se trouve le bourg de Clausen, est resserrée entre l'Eisach et des montagnes inaccessibles. Les Autrichiens étaient en bataille en arrière de ce défilé, protégés par de l'artillerie placée sur les hauteurs. Joubert les attaqua le 22 mars. Le combat fut des plus acharnés et était encore indécis à la chute du jour lorsqu'une demi-brigade française, ayant tourné la droite de l'ennemi, parvint, avec des peines incroyables, sur les rochers qui le dominaient, et fit rouler sur lui d'énormes blocs de pierre qui renversaient les files les unes sur les autres. Joubert s'avança alors, avec les 12e et 33e en colonnes serrées, contre le centre des Autrichiens, qui, ne pouvant résister à cet effort combiné, opérèrent leur retraite en désordre avec perte de 1,500 hommes tués ou prisonniers. Les Français entrèrent le lendemain dans Brixen, où ils trouvèrent aussi des magasins considérables" (France militaire : histoire des armées françaises de terre et de mer de 1792 à 1837. Tome 2).

"Le 2 (germinal, soit le 22 mars), quatre compagnies du troisième bataillon commandées par le chef Roguet allèrent attaquer l'ennemi au pont de Spitemberg comme cette troupe fut chargée par la cavalerie, elle fut obligée de battre en retraite en attendant une demi-brigade qu'envoyait le général Veaux. Le citoyen Thierry, capitaine, eut alors deux doigts coupés d'un coup de sabre, nous eûmes deux volontaires de blessés ; on coucha le lendemain près de Botzen" (Fabry - Rapports Historiques).

Dans son Rapport au Directoire exécutif, daté du 1er avril 1797 (12 germinal an V), et expédié depuis le Quartier général de Klagenfurt, le Général en chef Bonaparte écrit :
"... Nous sommes entrés dans la ville de Botzen : le général Joubert ne s'y arrèta pas; il y laissa une force suffisante pour suivre le général Landon, et marcha droit à Klausen. L'ennemi, profitant de la défense qu'offrait le pays, avait fait les meilleurs dispositions. L'attaque fut vive et bien concertée, et le succès longtemps incertain. L'infanterie légère grimpa des rochers inaccessibles; les 11e et 33e demi-brigades d'infanterie de bataille (sic), en colonne serrée et commandées par le général Joubert en personne, surmontèrent tous les obstacles. L'ennemi, percé par le centre, a été obligé de céder, et la déroute est devenue général. Nous avons fait à l'ennemi 1500 prisonniers ..." (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1666; Correspondance générale, lettre 1486).

Joubert entre à Brixen (Tyrol autrichien) le 24 mars.

"Le 4 (germinal soit le 24 mars), nous marchâmes sur Clausen où l'on se battit encore ; nous fîmes environ huit cents prisonniers ; le même jour, nous allâmes bivouaquer au-dessus de Brixen et y restâmes jusqu'au 7 que nous retournâmes à Botzen, où nous arrivâmes le 9 (29 mars)" (Fabry - Rapports Historiques).

"La demi-brigade poussa sur Clausen; elle joignit l'ennemi devant cette ville, et lui fit 800 prisonniers" (Histoire Régimentaire ... Bonaparte).

Le 28, après cinq heures d'un combat opiniâtre, Joubert reste maitre des hauteurs de Mulbach et de Shalders, et tient ainsi les débouchés de la Drave.

"En arrivant à Botzen (29 mars), nous trouvons la garnison aux prises avec l'ennemi qui était descendu des montagnes l'affaire se passait dans un des faubourgs de la ville; nous nous y portâmes sur le champ, fîmes quelques prisonniers et forçâmes l'ennemi à battre en retraite ; les grenadiers le poursuivirent sur les montagnes. Le citoyen Lescuyer, sous-lieutenant des grenadiers, y eut la cuisse cassée d'un coup de feu ; nous eûmes en outre onze blessés et quatre tués" (Fabry - Rapports Historiques).

"Revenue quelques jours après à Bolzano, elle trouva la garnison aux prises avec les paysans, les mit en fuite, et leur enleva même quelques prisonniers. Ils ne se tinrent pas néanmoins pour battus. Le lendemain ils revinrent intrépidement à la charge, fondirent sur la 33e, la poussèrent dans le faubourg, et réussirent à bloquer trois compagnies, qui furent dégagées la nuit suivante par le 3e bataillon" (Histoire Régimentaire ... Bonaparte).

"Le lendemain 10 (germinal soit le 30 mars), l'ennemi vint nous attaquer et nous poussa jusque dans le faubourg ; comme il se trouvait en force, il parvint sans peine, à bloquer trois compagnies de grenadiers de la demi-brigade; mais, la nuit suivante, vers trois heures, notre troisième bataillon alla les dégager ; cette expédition se fit avec tant d'ordre et de silence, que nos troupes passèrent dans les bivouacs ennemis sans être aperçues, et les grenadiers furent ramenés sans coup férir" (Fabry - Rapports Historiques).

Le 30 mars 1797, le Sous-lieutenant Drouault écrit depuis Bolzano (Bozen, chef-lieu de district du Tyrol autrichien) la lettre suivante :
"Au citoyen Clément de Ris,
Beauvais-sur-Cher (Indre-et-Loire), par Tours.
Bolzano par Trente, 10 germinal an V [30 mars 1797].
Citoyen,
Il m'a été impossible de vous donner de mes nouvelles plus tôt. Nous avons attaqué l'armée ennemie le 30 dernier [20 mars] au point du jour. Il occupait les hauteurs de Zova Lanave, San-Michele et, de l'autre côté de l'Adige, celle de Zambana (note de E. Picard : Nous ne pouvons établir l'emplacement exact des hauteurs de «Zova Lanave». Celles de «Jelonzano» peuvent sans doute être identifiées avec les sommets de Segonzarw - 1.540 m.). Les 3 divisions aux ordres du général Joubert ont attaqué au même instant. Notre demi-brigade tenait la droite; nous avons monté à droite de Lavis avec trois compagnies de grenadiers. Après que nous avons eu enlevé les deux premières lignes de l'ennemi et mis en déroute au moins 2,000 Autrichiens, nous arrivons aux hauteurs de Jelonzano, montagne inaccessible. Vous verrez par la carte que ces montagnes forment une espèce de couronne où les Autrichiens étaient retranchés. Nous étions un peu trop en avant de la colonne ; l'ennenii nous laisse approcher à cent pas de sa ligne ; alors un feu roulant de quatre régiments ennemis, qui étaient dans la redoute, se fait sur nous, qui n'étions que trois compagnies : la colonne était bien à un quart de lieue derrière. Il nous a fallu subir ce feu jusqu'à l'arrivée de la colonne. La première décharge tua cinq à six hommes et en blessa davantage. Moi, il me passa quatre balles dans mon habit sans que je sois blessé. Les deux autres compagnies perdirent davantage au premier coup de feu. La charge bat : les trois compagnies courent pour enlever la redoute à la baïonnette. L'ennemi fait une seconde décharge ; je reçois une balle dans le côté gauche, je tombe par terre. Les grenadiers me voient tomber; malgré la grêle de projectiles, deux sortent du rang et m'emportent. J'étais seul officier : la compagnie se trouve alors commandée par le sergent-major. Ils ont enlevé la redoute et fait un grand nombre de prisonniers. On m'emporte à Lavis, on m'a mis un premier appareil, Il est étonnant que j'existe encore, car, de l'endroit où je fus blessé à Lavis, il y a deux lieues. Le sang sortait de ma plaie à ne pouvoir l'empêcher ; je ne peux pas vous dire le sang que j'ai perdu dans ces deux lieues. Enfin, le premier appareil est posé. Le chef de brigade m'envoie son domestique, qui ne m'a pas quitté un instant.
Je suis resté dans une maison bourgeoise jusqu'au 8 de ce mois, jour où le général Meunier (note de E. Picard : le Général Monnier a le commandement supérieur de la 33e Demi-brigade) a eu la complaisance de m'envoyer sa voiture avec une lettre on ne peut pas plus honnête, qui ni'engage à me rapprocher de lui si je peux supporter la voiture. J'arrive à Bolzano où j'ai vu avec plaisir ce brave général ainsi que notre chef de brigade, qui emploient tous leurs soins après moi. Ma blessure va on ne peut mieux; ce qui me console, c'est que je ne serai aucunement estropié, et j'espère que dans un mois je serai à même de rejoindre ma compagnie. Je vous assure, cher citoyen, que je me trouve bien heureux d'être blessé aussi légèrement quand cinq à six balles ont traversé et emporté mon habit de tous côtés. Vous voudrez bien faire savoir à ma mère que j'ai été blessé légèrement au côté gauche, et que ma blessure n'est pas dangereuse. L'ami Gautron m'a écrit. Il est guéri et va rejoindre dans quelques jours ; il vous prie de le faire savoir à sa femme.
Je ne veux pas vous faire un détail de tous les accès que nous avons remportés. Tout ce que je veux vous dire, nous avons bien fait 6.000 prisonniers le long de l'Adige. Je ne sais ce que Bonaparte a fait du côté de Trieste ; il en a fait au moins autant. Le général Joubert a établi son quartier général à Brixen; l'armée a pris position à cinq lieues en avant; il paraît se fixer là pour quelques jours, il aurait pu pousser jusqu'à Innsbruck, mais la position que nous occupons est très avantageuse. Je crois que c'est pour reposer ses troupes quelques jours avant d'entrer en Bavière. Les paysans du Tyrol sont armés ; ils sont comme des sauvages sur les montagnes. Dès qu'ils voient les Français ils jettent leurs armes. Cela ne peut avoir aucune suite. Rien autre chose pour le moment. Salut et respect, ainsi qu'à votre famille.
Drouault,
officier,
33e demi-brigade d'infanterie de bataille.
Division Joubert. Armée d'Italie.

Hier 9 [29 mars 1797], le général autrichien Laudon est venu par la gorge de Meran avec 2.000 hommes d'infanterie, 200 cavaliers et deux pièces de canon pour faire diversion à notre armée. Comme il allait faire son attaque sur les portes de la ville, arrivent deux demi-brigades venant de Brixen, qui ont chaîné M. Laudon, ses 2.000 hommes, et lui ont fait 300 prisonniers. Il avait espéré que les paysans se battraient ; ils n'ont pas voulu, disant qu'ils n'ont pas pris les armes contre les Français, qu'ils ne les ont pris que contre ceux qui violent les filles" (E. Picard : "Au service de la Nation, lettres de Volontaires, 1792-1798").

Les troupes restent sur leurs positions jusqu'au 31, tandis que les Autrichiens se retirent par la route d'lnsprück.

Porte drapeau 33e de Ligne 1801
Fig. 4 Sergent-major d'une Compagnie de Fusiliers portant le drapeau du 1er Bataillon en 1801, d'après Rigo (source : Tradition N°35)
Fig. 4a Habit de Sergent-major de Fusiliers d'après Rigo (source : Tradition N°35)

Le 1er avril, les troupes se portent sur Villach, remontent la Rienz jusqu'à sa source et suivent la vallée de la Drave en passant par Lienz et Spital. C'est alors que Loudon va forcer Joubert à se replier de Bozen sur Brixen.

"Le 12 (germinal - 1er avril 1797), on se battit toute la journée ; nous perdîmes cinq volontaires et eûmes six blessés; les grenadiers des deuxième et troisième bataillons se signalèrent par leur intrépidité peu commune, et secoururent vivement les volontaires.
Le nommé Melville, volontaire du deuxième bataillon, se distingua par un trait de désintéressement assez rare, pour la circonstance; comme son bataillon allait s'emparer des hauteurs qu'occupaient les paysans armés, Melville entre dans une métairie, avec plusieurs de ses camarades, pour y faire la recherche des armes. Une bourse assez forte lui tombe sous la main, il la trouve remplie d'or et d'argent ; alors, s'adressant à ses camarades, il leur dit : «Mes amis, faisons notre devoir cherchons, prenons les armes s'il s'en trouve ; voici de l'or, je le rends à cette femme que je me reproche déjà d'avoir fait pleurer».
Un tambour, âgé de quinze ans, battait la charge à la tête des tirailleurs ; un coup de feu le blesse à la main droite et lui casse la baguette, sa blessure ne le ralentit point, il court en battant de la gauche et criant : «Courage ! En avant!». Toute la nuit, du 12 au 13, nous restâmes au pont en observation, et celle du 13 au 14, nous évacuâmes Botzen et nous nous retirâmes sur Brixen : nous ne laissâmes dans la retraite que deux vaguemestres qu'on ne put avertir du départ ; nous bivouaquâmes à Clausen ...
" (Fabry - Rapports Historiques).

"L'action recommença de nouveau, et se soutint encore toute une journée. Les grenadiers, à leur ordinaire, déployèrent une valeur peu commune. L'un d'entre eux, appelé Melville, se distingua surtout par son désintéressement. Entré dans une métairie pour la fouiller, il trouve, au lieu d'armes, une bourse pleine d'or : - Mes amis, dit-il à ses camarades, ce n'est pas là ce que nous cherchons; prenons les carabines, nous en avons le droit; mais ceci appartient à cette femme, je le lui rends.
La demi-brigade évacua Bolzano la nuit suivante, et se retira sur Brixen
" (Histoire Régimentaire ... Bonaparte).

Le 3 avril 1797 (14 germinal an V), une lettre est adressée depuis le Quartier de Friesach au Général Joubert, sur ordre du Général en Chef :
"... Si le général en chef se résout à réunir votre division aux quatre autres qu'il a déjà, pour se diriger dtoit sur Vienne, il désirerait que vous eussiez les demi-brigades ci-après : 24e et 29e d'infanterie légère, 14e, 33e, 85e et 93e de bataille (sic) ..." (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1681).

Le 4 avril, Joubert a replié tous les postes du Tyrol. Il se met alors en communication avec l'armée de Bonaparte, par Villach, où Masséna est arrivé. Il lui est ordonné de se tenir prêt à se joindre au mouvement sur Vienne des quatre autres Divisions de l'Armée d'Italie. Il doit d'abord se porter à Lienz, sur la Drave, et se relier avec le poste de Spital.

"... et nous nous rendîmes à Brixen le lendemain; nous n'y restâmes que jusqu'à deux heures de jour, et continuâmes notre route sur Villach, en Carinthie ..." (Fabry - Rapports Historiques).

Signalons que le Tyrol, en pleine insurrection, met Joubert dans une situation très délicate. Il doit traversé un pays révolter pour parvenir à gagner Villach, où il entre le 8 avril 1797.

De son côté, l'Autriche, effrayée par les progrès rapides de Bonaparte sur la route de Vienne, conclut le 7 avril un armistice de cinq jours.

Le 11 avril, Joubert, qui vient de prendre position sur le dernier point qui lui a été assigné, apprend qu'une suspension d'armes a été conclue entre Bonaparte et les plénipotentiaires autrichiens.

Le 13 avril, la suspension des hostilités est prolongée par un délai de cinq jours.

Le 18 avril, les préliminaires de la paix sont signés à Leoben. La campagne est terminée. La 33e Demi-brigade séjourne en Tyrol et en Carinthie jusqu'au 28 avril.

Cependant, à la suite du massacre des Français à Vérone, connu sous le nom de «Pâques Véronaises» (17 avril 1797), et de la Révolution qui a éclaté à Venise, Bonaparte décide de ramener ses troupes sur le territoire vénitien. Les Etats de la République vont être partagés en 8 cercles dans lesquels l'armée française va être répartie.

Fusilier 33e de Ligne 1804
Fig. 5 Fusilier en tenue d'exercice d'été en 1804, d'après Rigo (Figurines N°24)
Détails

"La demi-brigade ... entra ensuite en Carinthie, et gagna Villach, où elle reçut la nouvelle des préliminaires de Leoben.
Le chef de brigade,
LEVAL
" (Histoire Régimentaire ... Bonaparte).

"... où nous reçûmes les premières nouvelles de paix; nous y restâmes jusqu'au 8 de floréal (27 avril 1797) que nous vîmes à Bassano et définitivement à Vérone.
Nous donnons ci-après les noms des hommes morts et le nombre des blessés, dans les différentes affaires.

Etat des officiers, sous-officiers et volontaires tués et blessés dans les différentes affaires
Puchot, volontaire ; Botenel, volontaire ; Migot, tambour. Tués sous Mantoue le 7 vendémiaire.
Un sergent-major, blessé le 15 vendémiaire;
Colpaert, lieutenant, tué sous Mantoue le 27 vendémiaire.
Nicolas Tournemine, Pierre Viser, Florent Ducroq, Alexis Roger, Aumont Grenadier. Tués sous Mantoue le 7 brumaire.
Bougault, lieutenant des grenadiers; Deux volontaires. Blessés le 7 brumaire.
Joseph Sérito, grenadier; Berthaut, grenadier; Cas. Rouselle, grenadier; Feuillet, sergent; Masson, capitaine; Delahaye, capitaine; Henriot, lieutenant; Alexandre, sous-lieutenant ; Louis Narbonneur, fusilier ; Nicolas Bodineau, sergent. Tués le 25 nivôse à l'affaire de Rivoli.
Jean Carvayot, caporal; Mathieu Bordet, volontaire; Jean-Albert Vanegre, volontaire; Constantin Caux, grenadier; Jean Debout, volontaire; François Guilloux, volontaire; Pierre Fromant, volontaire; Philippe Pomart, volontaire; André Venin, caporal; Marin Martoleau, caporal; André Bouvier, volontaire; François Desurmont, sergent-major; Jean-Baptiste Dubois, caporal. Tués le 25 nivôse à l'affaire de Rivoli.
Joseph Rame, volontaire; Gervais Giroult, volontaire; Jaque Blosier, volontaire; François Malcotte, volontaire; Fram:ois Donneau, volontaire; Louis Bussey, volontaire. Tués le 25 nivôse à l'affaire de Rivoli.
Faivre, chef de brigade; Le Roy, adjudant-major; Vallès, capitaine de grenadiers; Pierre, capitaine de grenadiers; Chavel, capitaine de grenadiers. Officiers blessés à l'affaire de Rivoli le 25 nivôse.
Hugot, capitaine; Labeaume capitaine; Gavroy, lieutenant des grenadiers; Cesvet, lieutenant; Mahiet, lieutenant; Cesary, lieutenant; Simonet,lieutenant; Coclier, sous-lieutenant; Vaudelay, sous-lieutenant; Morisson, sous-lieutenant; Bussy, sous-lieutenant; Piot, sous-lieutenant; Latouche, sous-lieutenant; Tonnelier, sous-lieutenant. Officiers blessés à l'affaire de Rivoli le 25 nivôse.
Martin, adjudant-major; Michaux, capitaine; Nortier, capitaine; Ackerman, lieutenant; Gavrois, lieutenant; Daviet, lieutenant; Périn, sous-lieutenant; Plasson, adjudant-sous-lieutenant. Officiers prisonniers de guerre à l'affaire de Rivoli le 25 nivôse.

Récapitulation

Voltigeur 33e de Ligne vers 1804-1805
Fig. 5a Voltigeur, sans date d'après les Mémoires du Général Roguet ; dessin de H. Boisselier (ancienne collection Bouteaud - avec l'aimable autorisation de Mr D. FERRE - DR)

Officiers tués : quatre; Officiers blessés : dix-neuf; Prisonniers de guerre : huit. Trente et un.
Sous-officiers et volontaires tués : ving-six. Blessés : deux cent quatre-vingt-onze; Prisonniers de guerre : quatre-vingt-trois; Perdu, sans nouvelles : un. Quatre cent un.
Total des hommes tués, blessés, prisonniers de guerre, à l'affaire de Rivoli, le 25 nivôse : quatre cent trente-deux hommes.

Chavel, capitaine; François Nel, grenadier. Tués le 10 pluviôse sur la rive droite de l'Adige en face d'Ala.
Six grenadiers blessés, le 10 pluviôse, sur la rive droite de l'Adige, en face d'Ala.
François Houdart, volontaire, tué le 12 pluviôse : un volontaire blessé le 12 ventôse.
Charlet Baillet, sergent; Jacques Soldé, caporal; François Grenin, tambour; Jacques Bisson, grenadier; Louis Baudot, volontaire; Jean Ramouleur, volontaire; François Frépot, volontaire. Tués le 30 ventôse.
Brion, sous-lieutenant; Drouault, sous-lieutenant des grenadiers. Blessés le 30 ventôse.
Genty, sous-lieutenant des grenadiers, blessé le 30 ventôse, est mort de sa blessure le 2 germinal.
Vingt-six sous-officiers et volontaires blessés le 30 ventôse.
Thierry, capitaine, blessé le 2 germinal.
Deux volontaires blessés le 2 germinal.
François Le Claq, tué le 4 germinal.
Prieur, caporal des grenadiers; Jean-Baptiste Antime, grenadier; Jean Landrière, grenadier; Borelle, grenadier; Bellemont, volontaire; J. Labalisca, volontaire. Tués les 9, 10, 11, 12 et 13 germinal à Botzen.
Lescuyer, sous-lieutenant de grenadiers, blessé le 9 germinal, à Botzen.
Six sous-officiers et volontaires blessés les 9, 10, 11, 12 et 13 germinal à Botzen ; deux sous-officiers prisonniers de guerre.

Récapitulation générale des officiers, sous officiers et volontaires tués et blessés, faits prisonniers et perdus, sans nouvelles, depuis le 7 vendémiaire jusqu'au 14 germinal.

Officiers tués : six ; Officiers blessés : vingt-cinq; Officiers prisonniers : huit. Trente-neuf.
Sous-officiers et volontaires tués : cinquante; Sous-officiers et volontaires blessés : trois cent trente-cinq; Sous-officiers et volontaires prisonniers : quatre-vingt-cinq; Sous-officiers et volontaires perdus, sans nouvelles : un. quatre cents soixante-onze.
Total général : cinq cent dix hommes.

Certifié véritable par moi, chef de la dite demi-brigade, Signé : LAVAL." (Fabry - Rapports Historiques).

Le 19 avril 1797, le Sous-lieutenant Drouault écrit depuis Villach (chef-lieu de district de Carinthie) la lettre suivante :
"Au citoyen Clément de Ris,
à Beauvais-sur-Cher (Indre-et-Loire).
Villach (Carinthie), le 30 germinal an V [19 avril 1797].
Il est enfin arrivé mon cher concitoyen, le jour si désiré de tous les humains. Au moment où j'écris votre lettre, nous apprenons que la paix est faite avec l'Empereur. Enfin, je suis si joyeux de cette heureuse nouvelle que, dès que je l'ai apprise, je vous l'écris de suite. Sans en connaître les articles du traité, je désire que ce fût moi qui vous apprenne cette nouvelle si importante.
Nous avons, comme vous me le dites fort bien, vaincu la 6e armée de l'Empereur et, s'il avait voulu nous arrêter, il lui en aurait bien fallu une 7e et 8e. Je vous avais écrit ma dernière lettre de Bolzano. Suivant toute apparence, les trois divisions de Joubert, dont deux avaient déjà passé Brixen, devaient rejoindre en Bavière l'armée de Bonaparte, ce qui a fait perdre la tête aux généraux autrichiens.
Le général Laudon, comme je vous l'avais dit, tenait son quartier général à Meran ; il avait reçu 2.000 hommes de renfort le 12. Le 14 [3 avril], il attaqua la division Delmas, restée à Bolzano pour défendre cette gorge. L'affaire dura toute la journée. M. Laudon n'eut aucun succès ; on lui fit encore cent prisonniers. Les Français sont restés dans leurs positions. 4.000 hommes de troupes de ligne et au moins 10.000 paysans n'ont pas pu ébranler trois demi-brigades françaises. Le 15, à deux heures du matin, Bolzano fut évacué par les Français, qui, au lieu de se retirer sur Trente comme les Autrichiens le pensaient, marchèrent sur Brixen, ouvrant aux Autrichiens la route d'Italie et laissant Laudon dans un cruel embarras. Il n'osait ni marcher sur Trente ni nous suivre. Il craignait en marchant sur Trente que nous fissions contre-marche ; en nous suivant, être suivi par une division, qui, venue de Vérone, marcherait après lui ; enfin, notre mouvement a surpris tout le monde. Au lieu de marcher sur Innsbruck, nous avons fait par file à droite en sortant de Brixen, dans une gorge assez belle, et nous sommes venus, les trois divisions de Joubert, rejoindre l'arrière-garde de Bonaparte en Carinthie, pnivince d'Allemagne (note de E. Picard : les renseigenements fournis par le Lieutenant Drouault sur les opérations militaires de Joubert ne sont pas entièrement exacts). Nous devions faire notre jonction avec la grande armée; mais, en arrivant à Villach, où nous sommes, un courrier arrive, apporte la nouvelle que l'avant-garde de l'armée n'était qu'à dix lieues de Vienne et que l'Empereur avait arrêté la marche de nos armées en demandant un armistice de six jours en attendant que l'on traitât de la paix. Le général Joubert reçut l'ordre d'arrêter la marche et de rester où il se trouve ; il y avait six jours que ses trois divisions marchaient à grandes journées ; tout le monde tombait de fatigue ; c'était le 20 du mois : on avait eu le temps de traiter dans les six jours. On a prolongé l'armistice de cinq autres jours, et aujourd'hui, dernier jour, arrive un courrier de l'armée annonçant que la paix a dû se traiter. Nous ne devons plus en douter. Ce courrier porte le traité au général Masséna pour qu'il le porte lui-même au gouvernement français pour le ratifier. Ainsi, mon cher citoyen, nous sommes donc à la fin de nos maux et, après des affaires aussi sérieuses que celles que nous avons eues, celui qui en est quitte pour une petite blessure doit se trouver bien heureux. Ma blessure va on ne peut mieux; encore une quinzaine [et] je serai parfaitement guéri ; j'ai cependant bien souffert dans les six jours de marche que nous venons de faire, malgré tous les soins que le brave général Meunier ainsi que notre chef de brigade ont pris de moi, en me laissant en route le choix d'une voiture ou d'un cheval. Enfin le brave général, comme c'était lui qui m'avait fait venir à Bolzano, ne s'attendant pas que l'on quitterait cette ville, souffrait je crois plus que moi de me voir faire route dans l'état où j'étais. Si j'étais resté à Bolzano au pouvoir des Autrichiens j'aurais été toujours susceptible d'éprouver des souffrances ; je préférais avoir suivi que d'être resté au pouvoir des ennemis, quoi que l'on dise que j'aie commis une imprudence.
Je suis charmé que vous ayez bien voulu prendre la peine de rendre visite à ma mère ; j'en suis très satisfait, et il me tarde beaucoup d'être rendu au pays pour pouvoir vous en témoigner mes reconnaissances et en même temps vous prouver l'agrément que j'aurai d'être connu d'un homme aussi respectable que vous, ainsi que de la citoyenne votre épouse et de votre aimable famille, à qui je vous prie de dire mille choses respectueuses et honnêtes pour moi.
Je suis, en attendant le plaisir de vous voir, avec des sentiments d'estime et d'attachement inviolable, votre très affectionné serviteur, Drouault.
Je suis bien tâché de ne pouvoir vous donner des nouvelles du brave général Mayer; je sais bien qu'il fut blessé le 25 nivôse à Rivoli. Comme nous sommes à présent éloignés d'Italie, il m'est impossible de vous en donner aucune nouvelle (note de E. Picard : Le Général de Brigade Mayer fut fait prisonnier par les Autrichiens et emmené en captivité en Hongrie. Après sa libération, il fut mêlé aux expéditions d'Egypte, puis de Saint-Domingue, où il mourut).
J'écris à ma mère en même temps qu'à vous ; je la charge de dire à la femme de l'ami Gautron qu'il est parfaitement guéri; il est même en route à présent pour rejoindre sa demi-brigade. J'ai été bien peiné de l'avoir oublié sur la dernière lettre que vous avez reçue de moi
" (E. Picard : "Au service de la Nation, lettres de Volontaires, 1792-1798").

Dans un premier temps, la 33e, qui s'est remise en route le 28 avril 1797, va cantonner à Vicence.

Signalons que dans l'ouvrage de Belhomme consacré à l'Histoire de l'Infanterie française, il est indiqué le fait suivant : "Les patriotes piémontais commencèrent au mois d'avril une agitation pour provoquer la réunion du Piémont à la France. Ils organisèrent des bandes armées sur plusieurs points et pour grossir leur effectif offrirent une solde de 30 sous par jour aux soldats français, dont beaucoup désertèrent : la 33e de ligne, en garnison à Tortonne, eut 200 déserteurs en 8 jours". Toujours d'après Belhomme, "Il y eut au mois de mai, à Rome, une insurrection militaire causée par le manque de solde et les malversations commises par les états-majors et les administrations; le corps le plus compromis fut la 11e légère, qui fut supprimée et incorporée au mois de juin : le 1er bataillon dans la 5e de ligne, le 2e dans la 12e légère et le 3e dans la 33e de ligne".

Le 14 juin 1797 (26 prairial an 5), le Général en chef Bonaparte écrit depuis Monbello au Général Berthier : "... Vous ordonnerez que l'on forme les brigades de la manière suivante :
... 5e Division ...
... La 33e de ligne et la 85e, 10e Brigade : Monnier } Joubert
..." (Correspondance de Napoléon, t.3, lettre 1919; correspondance générale, t.1, lettre 1674).

Toujours le 14 juin 1797 (26 prairial an 5), le Général en chef Bonaparte écrit depuis Monbello au Général Berthier : "Vous voudrez bien ordonner de prendre les mesures pour l'organisation prompte du personnel de l'artillerie de l'armée, ainsi qu'il suit :
Il y a dans ce moment-ci 76 compagnies d'artillerie de demi-brigade, desquelles vous ne devez former seulement que 30 compagnie d'artillerie de brigade, chaque demi-brigade de ligne devant avoir sa compagnie de canonniers.
... 33e demi-Brigade : - La compagnie du 7e bataillon de la Haute-Garonne, capitaine Laurien, sera amalgamée avec la 33e demi-brigade, capitaine Defrance ...
" (Correspondance de Napoléon, t.3, lettre 1921; correspondance générale, t.1, lettre 1677).

Le 10 juillet 1797, le Sous-lieutenant Drouault écrit depuis Vicence la lettre suivante :
"Au citoyen Clément de Ris,
Beauvais-Sur-Cher (Indre-et-Loire).
Vicence, le 22 messidor an Ve de la République française [10 juillet 1797].
Citoyen,
Je suis dans la plus grande inquiétude : je n'ai pas reçu de vos nouvelles depuis avant notre départ de Trente, où j'ai reçu celle que vous m'avez écrite le 2 germinal. Je n'en ai pas reçu d'autres depuis; je vous fis réponse de suite, et lorsque je fus blessé je vous écrivis de Bolzano. Ma dernière est de Villach, en Carinthie ; je n'ai eu réponse ni de l'une ni de l'autre.
On vient de nous annoncer qu'il y a eu deux ou trois courriers d'arrêtés, dont les paquets ont été perdus ; il peut se faire que les réponses que vous m'avez faites se soient trouvées dans ces mêmes courriers, car je suis loin de croire que vous négligeriez de me répondre.
Ce qui m'étonne le plus, c'est que ma mère me fait dire, par la lettre du caporal Bulot, qu'elle ne reçoit point de mes nouvelles et qu'elle est bien en peine de moi. Cela me prouve assez que vous n'avez pas reçu mes lettres, car vous m'avez toujours fait le plaisir de lui faire part de celles que je vous écris. Si cela devenait gênant pour vous, je vous prie de me le dire ; je vous assure que, depuis cinq ans, voilà le premier reproche que je reçois de ma mère ; je veux tâcher de n'en pas mériter d'autres.
Mille choses aimables à la citoyenne votre épouse, ainsi qu'à votre famille.
Citoyen, je suis, en attendant votre réponse, votre affectionné serviteur,
Drouault.
Je vous serai obligé, si vous avez quelque occasion, de faire dire à ma mère que je suis en bonne santé et parfaitement rétabli du coup de feu que j'ai reçu. Je l'embrasse ainsi que toute ma famille ; elle me fait dire que mon frère est malade, elle me dit point le nom. Je serais bien aise de savoir quelle maladie et qu'il me donne de ses nouvelles le plus souvent possible.
L'ami Gautron est en bonne santé à présent ; dernièrement, sa plaie s'était rouverte, mais actuellement le voilà guéri ; il dit bien des choses à sa femme et à toute sa famille
" (E. Picard : "Au service de la Nation, lettres de Volontaires, 1792-1798").

Le 17 août 1797, le Sous-lieutenant Drouault écrit depuis Vicence la lettre suivante :
"Au citoyen Clément de Ris, Beauvais-sur-Cher
(Indre-et-Loire), par Tours.
Vicence, le 30 thermidor de la 5e année de la République [17 août 1797].
Je viens de recevoir votre lettre, mon cher citoyen, qui m'a fait bien du plaisir de savoir que vous jouissez d'une bonne santé, ainsi que toute votre famille et la mienne. Tous mes camarades sont comme moi; personne ne peut recevoir de lettres, nous ne savons pas d'où cela vient ! j'espère qu'à présent elles nous viendront plus facilement et que je ne serai plus si longtemps sans recevoir de vos chères nouvelles.
Vous me demandez des nouvelles de l'armée ; elles ne sont pas fort intéressantes. Depuis notre retour d'Allemagne, nous occupons toute la Vénétie et comme pays conquis. Je ne vous ferai aucun détail sur la manière dont nous nous en sommes emparés ; les journaux vous en auront donné connaissance.
Voilà les positions de l'armée ; nous occupons Trévise et nous bordons toute la rive droite de la Piave ; toutes les routes d'Allemagne sont gardées par les deux partis. A Rivoli, nous occupons nos positions ordinaires à La Corona et Monte Baldo. Les Autrichiens sont en face de nous sur tous les points ; ainsi voilà notre position depuis quatre mois, sans être certains de la paix. Les Autrichiens sont comme nous ; ils ne peuvent pas plus pénétrer dans les vues de leur Gouvernement que nous du nôtre. Les officiers viennent souvent nous voir et nous de même ; je crois que nous sommes mieux ensemble que si nous n'avions jamais fait la guerre les uns contre les autres. Ils désirent comme nous et croient que la paix sera bientôt conclue. Nous venons de passer quatre mois dans la plus grande tranquillité. Si nous sommes encore dans cette cruelle alternative lorsque vous recevrez ma lettre, je vous prie de me dire votre manière de penser à ce sujet.
Je ne me rappelle pas du contenu de la dernière que je vous ai écrite ; impatient de ne recevoir aucune nouvelle, il y avait près de cinq mois que je n'en avais pas reçu, je crains bien qu'un sentiment trop grand ne m'ait pas laissé observer toute la délicatesse que je dois à un homme aussi respectable que vous ; mais si j'étais tombé dans une erreur comme celle-là, je vous prie, mon cher ami, de vouloir bien me la pardonner et de croire que les sentiments d'estime, d'attachement et de respect ne s'effaceront jamais.
Drouault.
Je vous prie d'assurer la citoyenne votre épouse, ainsi que votre respectable famille, que je suis très reconnaissant de tant d'honnêteté et d'amitiés qu'il (sic) me marque sur toutes vos lettres et de leur dire que je désire leur témoigner les mêmes sentiments près deux.
L'ami Gautron est en bonne sanlé ; il vous assure de son respect, il vous prie d'en faire part à sa famille. Je vous prie de dire à ma famille que je suis en bonne santé et que je les embrasse tous
" (E. Picard : "Au service de la Nation, lettres de Volontaires, 1792-1798").

Le 28 août 1797 (11 fructidor an 5), le Général en chef Bonaparte écrit depuis le Quartier général de Passariano au Général Berthier, Chef de l'Etat-major général de l'Armée d'Italie : "Il avait été ordonné, citoyen général, que la 11e demi-brigade (sic) commandée par le général de brigade Gardanne serait composée de la 33e et 45e, vous ordonnerez que l'on place la 13e ..." (correspondance générale, t.1, lettre 1944).

Le 31 août, Bonaparte entame, à Udine, les conférences pour le traité définitif.

Le 13 septembre 1797, le Sous-lieutenant Drouault écrit depuis Vicence la lettre suivante :
"Au citoyen Clément de Ris,
Beauvais-sur-Cher (Indre-et-Loire).
Vicence, le 27 fructidor an V [13 septembre 1797].
Mon cher ami,
Je vous écris au moment où tout annonce la guerre. Déjà les ordres sont donnés à toutes les divisions Irançaises de se tenir prêtes à entrer en campagne, le 2 du mois prochain [23 septembre]. Il est arrivé aujourd'hui ici une division cisalpine qui vient de Milan. Toutes les troupes cisalpines et polonaises nouvellement formées en Italie ont reçu ordre de partir pour les avant-postes. Nous apprenons aussi aujourd'hui que les 25.000 hommes que doit fournir le roi de Sardaigne sont arrivés à Milan. Vous voyez d'après cela que sous peu de jours nous aurons des nouvelles définitives.
J'ai eu envie de vous écrire lorsque le général Bonaparte passa ici pour se rendre à Udine, mais comme j'espérais que, sous peu de jours, nous aurions quelque chose d'intéressant, c'est pourquoi j'ai différé. Comme je vois aujourd'hui que nous touchons à l'une ou l'autre, c'est pourquoi je vous en préviens : toute l'armée est cruellement fatiguée de l'alternative où nous étions. Ils désirent tous la paix, mais, disent-ils, si l'Empereur ne se rend pas traitable, nous ne voulons plus user de cartouches; par la vertu de nos baïonnettes, Vienne nous ouvrira ses portes avant deux mois ; plus de grâce pour lui ! La paix ou bas la couronne !
C'est toujours maintenant que nous faisons de grands préparatifs que tout le monde croit à la paix ! Pour moi, je désire toujours et crois encore à la paix. Ainsi, mon cher citoyen, je me crois rendu à ma famille sous peu de jours. Les serments que nous fimes avant notre départ sont remplis ; j'espère que le Gouvernement laissera libre celui qui a fait son devoir et qu'il pourra se retirer du service, si nous avons le bonheur de voir notre pays délivré de nos ennemis.
Les 1er et 2e bataillons d'Indre-et-Loire, faisant partie aujourd'hui de la 33e demi-brigade, officiers et soldats de ces deux bataillons ont fait une adresse à l'administration de leur département, qui doit partir demain. Ils lui témoignent leur mécontentement de la manière que les anciens administrateurs ont écrit au Conseil des Cinq-Cents concernant les six pétitions que l'armée lui adressa à l'intérieur. Cette adresse lui arrivera aussitôt que ma lettre.
Je vous prie de dire à ma chère mère, ainsi qu'à la femme de Gautron, que nous sommes en bonne santé; nous les embrassons tous. Je n'ai pas reçu réponse à la dernière lettre que je vous ai écrite. Je n'ai pas besoin de vous donner d'autre adresse, vous connaissez mon nom, le numéro de ma demi-brigade, division Joubert, armée d'Italie. Il n'est pas besoin de mettre la place où nous sommes. Mon cher ami, je vous prie d'assurer de mes très humbles respects la citoyenne votre épouse, ainsi que votre aimable famille.
Et vous, croyez que je serai toute ma vie avec les sentiments du plus pur attachement, votre affectionné serviteur,
Drouault
" (E. Picard : "Au service de la Nation, lettres de Volontaires, 1792-1798").

Le17 octobre 1797, est signé le traité de Campo-Formio; celui-ci livre Venise aux Impériaux.

Le 20 octobre 1797 (29 vendémiaire an 6), le Général en chef Bonaparte écrit depuis son Quartier général de Passariano, au Général Dessolle : "... Vous préviendrez le général Joubert que la 63e et la 85e demi-brigade formeront une brigade, et la 11e et la 33e formeront l'autre ... " (Correspondance de Napoléon, t.3, lettre 2311).

Le 6 novembre, la 33e cesse de faire partie de la Division Joubert. Elle doit être envoyée à Venise. L'historique régimentaire indique qu'elle y arrive le 9 et qu'elle compte, à dater de ce jour, à la Division Serrurier, qui forme la garnison de cette place.

En réalité, elle partira plus tard : le 9 novembre 1797 (19 brumaire an 6), par ordre du Général en chef Bonaparte, une lettre est expédiée depuis le Quartier général de Milan, au Général Vignolle, dans laquelle il est dit : "... La 33e se rendra à Venise, pour faire partie de la division du général Serurier ...
Lorsque tous ces mouvements seront effectués, l'armée se trouvera donc placée de la manière suivante :
... 6e division, Serurier, à Venise 12e d'infanterie légère, 12e de ligne, 64e idem, 33e idem, 93e idem, 15e régiment de chasseurs ...
" (Correspondance de Napoléon, t.3, lettre 2332).

L'Etat des Demi-brigades, établi le même jour, précise que la 33e, qui est à la solde de la République cisalpine, comprend 1800 hommes (Correspondance de Napoléon, t. 3, lettre 2335).

Le 11 novembre 1797, le Sous-lieutenant Drouault écrit depuis Vicence la lettre suivante, dans laquelle il confirme le départ retardé de la 33e, tout en formulant de nombreuses critiques vis à vis de la situation politique en Italie, mais aussi vis à vis de l'armée elle-même :
"Au citoyen Clément de Ris, cultivateur,
à Beauvais-sur-Cher (Indre-et-Loire), par Tours.
Armée d'Italie. Vicence, le 21 brumaire, VIe année de la République [11 novembre 1797].
Voilà, mon cher citoyen, ce que je voulais vous dire au sujet de l'ancienne république de Venise. Par le traité, l'Empereur s'en empare. Les habitants de ce pays sont indignés contre nous, et avec raison ; nous y sommes rentrés comme amis ; depuis l'affaire de Vérone, nous nous en sommes rendus maîtres, nous avons détruit leur Gouvernement et regardé leur pays comme conquis ; de plus, nous avons promis au peuple de lui en donner un démocratique; ils ont fait tous les sacrifices pour nous ; ils ont avancé des sommes immenses pour l'armée française; d'un autre côté, nous avons pris toute l'argenterie des églises. Pour récompense, nous leur donnons un roi !
Depuis qu'ils ont appris cette nouvelle, ils nous abhorrent, ils nous regardent comme des scélérats. Les patriotes y sont en grand nombre, ceux qui sont riches se disposent à suivre l'armée ; mais les malheureux qui n'ont pas assez de fortune sont obligés de baisser la tête et de recevoir le joug. On parle beaucoup de notre départ ; je le désire de tout mon coeur, car je n'ose plus paraître devant les honnêtes gens à qui j'avais coutume de parler.
Comme vous êtes un homme en qui j'ai pleine confiance, je vais vous faire une confidence : je suis totalement dégoûté du service ! Je ne sais pas, quand je serai rentré en France, si l'injustice et l'arbitraire s'exerceront comme on fait aujourd'hui sous le règne de nos généraux ! En Italie, nous n'avons ni loi ni gouvernement ! Ils sont souverains ! Si le faste qu'ils étalent est plus brillant et plus insolent que celui d'aucun souverain, nos officiers subalternes n'ont pas reçu un liard depuis trois mois, nos soldats depuis deux mois! Voyez quelle différence! L'avancement n'est que pour les flatteurs ! celui qui ne connaît que son devoir n'a pas lieu d'être content. Nous sommes 7 ou 8 officiers à la demi-brigade qui, depuis le commencement de la guerre, n'avons jamais quitté le corps un seul instant et dans toutes les affaires les plus chaudes y avons commandé des compagnies ! Pendant toute la terrible guerre que nous venons de faire en Italie, j'ai eu l'honneur de commander une compagnie de grenadiers ; j'étais seul au danger, aujourd'hui je ne suis plus seul. Ceux qui faisaient les beaux-bras à Milan et dans les autre villes d'Italie dormaient bien tranquilles pendant que nous couchions sur la neige dans les montagnes du Tyrol et que nous nous battions tous les jours ! Si tôt que la paix a été faite, ils sont rentrés et il faut que nous obéissions à ces hommes ! Ils ont payé des chirurgiens pour qu'ils leur donnent des certificats ! Nous n'étions alors qu'un officier au plus par compagnie, aujourd'hui nous sommes quatre et cinq !
Je vous le répète, il bien dur de se voir commandé par des hommes qui n'ont jamais eu le coeur d'exposer leur vie une seule fois, ni pour leur Patrie, ni pour le grade qu'ils occupent !
Oh, état ingrat ! je désire de tout mon coeur notre rentrée en France ! si j'ai le plus petit moyen de m'en tirer, je l'aurai bientôt quitté ! mais malheureusement je n'ai guère d'espoir; je suis né sans fortune et, si je quitte mon état d'officier, je me trouverai sans emploi et par conséquent sans ressources.
Mon cher ami, je me recommande à vous ; s'il était en votre pouvoir de me faire avoir un emploi quelconque pourvu que je sois en cas de le remplir, vous me rendriez un grand service.
Mes serments sont remplis ; je crois que mes concitoyens n'auront rien à me reprocher en quittant l'état militaire.
Ainsi, mon cher républicain, je vous supplie de faire ce que vous pourrez pour un jeune homme qui va se trouver malheureux après avoir passé les plus beaux jours de sa vie au service de sa Patrie.
Obligez-moi, je vous serai toute ma vie reconnaissant.
Votre affectionné serviteur,
Drouault.
Mille choses honnêtes à la citoyenne votre épouse, ainsi qu'à toute votre famille.
Dites à ma chère mère que je l'embrasse et que je suis en bonne santé ainsi qu'à l'ami Gautron.
Je vous engage à la plus grande discrétion.
Comme je suis près de fermer ma lettre on vient ni'apporter l'ordre de départ pour Venise même. Là nous prendrons de nouveaux ordres; je crois que nous allons changer de division. Vous pouvez tout de même m'écrire à la même adresse
" (E. Picard : "Au service de la Nation, lettres de Volontaires, 1792-1798").

Il importe de noter que les sentiments du Lieutenant Drouault sur la conduite de Bonaparte à l'égard de Venise sont partagés par Lallement et Villetard, représentants de la France auprès de la sérénissime République. Ces diplomates s'étaient appliqués, en effet, à sauvegarder l'indépendance vénitienne et à rendre sympathique la domination française (E. Picard : "Au service de la Nation, lettres de Volontaires, 1792-1798").

Avant de continuer, signalons pour anecdote qu'un Capitaine surnuméraire de la 33e Demi-brigade nommé Georges Grisel, avait infiltré la conspiration menée par Gracchus Baboeuf et informait le Directoire (ce fait est mentionné dans l'ouvrage de Ludovic Sciout : le Directoire, Tome I page 587). Cependant, d'autres sources indiquent que Georges Grisel faisait partie de la 38e et non de la 33e.

Le 17 janvier 1798, la 33e Demi-brigade quitte Venise. Elle doit se rendre à Bologne; mais, arrivée à Legnago, elle est cantonnée sur le Mincio, à Montzambano et à Villafranca. De là, elle va tenir garnison à Mantoue. Puis, le 10 mars, le 1er Bataillon est envoyé à Sanguinetto, et les 2e et 3e à Isola et Goïto.

Le 1er avril, toute la Demi-brigade est réunie à Goïto pour se rendre en Piémont. Le 20, le 1er Bataillon occupe la citadelle d'Alexandrie. L'Etat-major et les deux autres Bataillons tiennent garnison à Tortone. Enfin, le 25 mai, la Demi-brigade tout entière va occuper Milan, où elle reste jusqu'à la fin de l'année.

Le 15 janvier 1799, elle arrive à Bergame et y séjourne jusqu'à la reprise des hostilités.

Armée française d'Italie, 19 mars 1799 (Nafziger - 799CMB)

Commandant : Général Scherer
Division de Réserve : Général Hatry
Brigade Frescia : 33e Demi-brigade, 1900 hommes

Source : Miliutin, “Geschichte des krieges Russlands mit Frankreich under der Regierung Kaiser Paul's I. im Jahr 1799”, Munich: 1856.

Armée française d'Italie dans la République Cisalpine, 1er Germinal an VII - 21 mars 1799 (Nafziger - 799CAI et CAK)

Général commandant : Général de Division Scherer
Division de Réserve : Général Hatry
33e de Ligne, 2140 hommes (ou 2173) pour CAI et 2132 pour CAK

Source : Gachot, Les Campagnes de 1799, Souvarow en Italie, Paris, 1903

Armée Française fin mars 1799

Division de Réserve : Général de Division Hatry
33e Demi-brigade

Nafziger - 799CAG

Le 11 juin 1799, le Général Moreau confie le commandement de la 33e à François Roguet, qui, à la tête d'un de ses Bataillons, s'est battu comme un lion. Beau commandement en fait ! La 33e de Ligne est réduite à une poignée d'hommes répartie dans deux Bataillons ; le troisième, qui fait partie de la garnison d'Alexandrie (Italie), capitulera devant les Autrichiens le 22 juillet suivant. Belhomme : "Les 3es bataillons des 24e, 33e et 39e de ligne, furent faits prisonniers le 22 juillet à Alexandrie et furent conduits en captivité en Autriche ; cette condition leur fut imposée à cause de la mauvaise défense de la place". A la suite de quoi, toujours d'après Belhomme : "Le 3e bataillon de la 33e fut réformé le 18 août, au dépôt du corps, à Chambéry et fut envoyé au Mont-Cenis".

François Roguet

Troisième enfant d'un modeste serrurier, François Roguet est né à Toulouse le 12 novembre 1770. Il commence sa carrière militaire à l'âge de 19 ans en s'engageant comme simple Fusilier dans le Régiment de Guyenne et la termine le 4 décembre 1846 en décédant à Paris, à l'âge de 76 ans, en tant qu'Inspecteur général d'Infanterie, Pair de France et Grand Croix de la Légion d'Honneur. Roguet, nommé Général de Brigade, quitte la 33e Demi-brigade le 29 août 1803. Sous l'Empire, entre autres commandements, il remplace le Général Friant à la tête des Grenadiers à pied de la Garde Impériale et se retire un des derniers du champ de bataille du Mont-Saint-Jean (Waterloo).

 

b/ Campagne de 1799 en Italie

Cachet 33e Demi-brigade de Ligne 1801
Cachet 33e Demi-brigade de Ligne 1801
Cachet de la 33e Demi-brigade, Armée de l'Intérieur, an IX (extrait de l'ouvrage du Lieutenant E. Cheutin : "Vignettes et Sceaux des Papiers Militaires pendant la Révolution Française"; 1911).
Cachet de la 33e Demi-brigade, Paris, 12 Prairial an IX (extrait de l'ouvrage du Lieutenant E. Cheutin : "Vignettes et Sceaux des Papiers Militaires pendant la Révolution Française"; 1911).

Schérer, nommé Commandant en chef de l'Armée d'Italie, a formé sept Divisions. La 33e Demi-brigade compte à la Division Hatri. Elle rencontre l'ennemi pour la première fois le 2 juillet. Le 3e Bataillon, qui se porte sur Ormea, s'empare des hauteurs de Spinardo et de la Planetta, après un combat de trois heures.

Le 24, Joubert, qui vient de reprendre le commandement en chef, envoie la 33e occuper Acqui. Elle s'y trouve encore quand est livrée la bataille de Novi.

Armée française d'Italie à la bataille de Novi, 15 août 1799 (Nafziger - 799HBD et 799HBE)

Général Commandant : Général de Division Joubert
Troupes non comprises : Vallée de la Bormida
33e et 41e Demi-brigades, 2400 hommes

Après la perte de cette bataille, dans laquelle Joubert est tué, Moreau prend le commandement. Il charge la 33e Demi-brigade de couvrir la gauche de l'armée en défendant la vallée du Haut-Tanaro et celle d'Oneille. Elle conserve ces positions jusqu'à la fin de septembre.

L'armée se remet alors en mouvement. La 33e, qui forme l'avant-garde de la Division Victor, se porta par Frabone et Santane. La façon dont la Division opère pendant cette marche est très pénible pour la 33e Demi-brigade, presque toujours aventurée au milieu de l'ennemi. Les 3 et 15 octobre, elle fait des pertes considérables, croyant ses attaques appuyées, tandis qu'elle est laissée seule aux prises avec l'ennemi.

Le nouveau 3e Bataillon de la 33e de Ligne est fait prisonnier le 10 octobre dans la vallée de la Stura (Belhomme).

Armée française d'Italie, 17 octobre 1799 (Nafziger 799JBX)
Général Commandant : Général Championnet
Division : Général de Division Victor
Brigades : Généraux de Brigade Grandjean, Poinsot et Josnet-Laviolais
33e Demi-brigade de Ligne : 754 hommes

Le 4 novembre, la bataille de Fossano est perdue et la retraite décidée. Les troupes doivent reprendre les positions qu'elles occupaient à la fin de septembre. Pour protéger ce mouvement et empêcher que les Autrichiens n'inquiètent la marche des Divisions Lemoine et Victor, en se portant sur les redoutes de Ceva, Championnet y envoie la 33e Demi-brigade en toute hâte. Le 2e Bataillon passe par la hauteur de Bouchina, franchit le ruisseau de Cevetta et se porte à la redoute de Pedagiera. Il détache ensuite 300 hommes pour s'emparer des redoutes de Testanero et Faya.

bouton 33e de Ligne
Ci-dessus, à gauche, bouton donné dans la Giberne, 13e année, N°08; à droite, bouton de soldat, donné dans Tradition N°98
Boutons petit module 15 mm
bouton 33e de lignebouton 33e de ligne
Ci-contre : bouton vu de face et de dos
boutons 33e de lignebouton 33e de lignebouton 33e de ligne
Divers boutons du 33e; le dernier à gauche est un petit module
boutons 33e de ligne
boutons 33e de ligne
bouton 33e de Ligne
Boutons d'Officier du 33e
Bouton trouvé en Lituanie
 

Dans le même temps, quatre Compagnies du Bataillon se sont rendues à Nolcetto. Une Compagnie se porte sur le château, y place une grand'garde et continue de longer les hauteurs de la rive gauche du Tanaro, par le chemin de Lesegno. Dès qu'elle voit en position les troupes qui marchent sur la grand'route de Ceva et sur la tive droite, elle s'établit et s'éclaire en avant et sur son flanc gauche.

Les trois autres Compagnies laissent 50 hommes au pont de Nolcetto, pour surveiller la gorge à droite de la route de Malpetrino, continuent leur marche et prennent position sur la hauteur qui, à droite, domine le chemin de Ceva au point où la gorge du Tanaro se rétrécit. 50 hommes sont envoyés dans une métairie située à l'embranchement des chemins de Morea et de Ceva. Cette grand'garde a des petits postes sur la route de Ceva à Morea. Des reconnaissances sont poussées aussi près que possible de Ceva, mais sans les compromettre.

La 33e conserve ces positions jusqu'au 17, puis elle va s'établir au camp de San-Bernard de Garessio.

Notons que certaines sources indiquent que la 33e a combattu à Pastrengo, Verona et Magnano.

 

c/ Campagne de 1800 en Italie

La fin de la campagne de 1799 a été, pour l'Armée d'Italie, une suite de désastres. Après sa défaite, le 15 août, à Novi, elle a été refoulée sur les crêtes des Appenins, où elle souffre du manque de vivres, ce qui détermine une grande désertion. Comme les fusils manquent, toutes les armes de chasse du pays sont requises pour armer les troupes. Les soldats et les officiers sont dans l'état le plus malbeureux. Les soldats n'ont pour abris que de mauvaises huttes en branchages ou en mottes de terre et il y a bientôt un grand nombre de malades, qui ne reçoivent aucuns soins à cause du dénuement des hôpitaux. La révolution du 18 Brumaire est mal accueillie par cette armée, qui espère un soulagement à ses souffrances et comprend qu'un nouveau gouvernement a, au milieu des embarras d'une installation, peu de loisirs pour songer à ses besoins. L'indiscipline s'accroit d'autant plus que la situation des vivres devient plus précaire : les distributions régulières ont cessé et les troupes ne trouvent plus aucune ressource dans un pays épuisé par une longue occupation. La 33e de Ligne ne reçoit, le 7 décembre, qu'un pain pour 6 hommes; la distribution suivante n'a lieu que le 14 et consiste en un pain pour 4 hommes ; dans les camps, on trouve, sous les huttes, des soldats morts de froid et de faim. La proclamation que Bonaparte adresse à l'armée fait peu d'effet sur ces troupes découragées.

Hausse col 33e de Ligne
Fig. 6 Hausse col d'Officier de la 33e Demi-brigade (sic); ornement en argent (La Giberne, 6e année, n°5)
Détail de l'ornement de hausse-col, en argent (Les Uniformes des Guerres Napoléoniennes)

Une loi du 2 juillet 1799 a prescrit la formation de Bataillons auxiliaires. Huit de ces Bataillons forment, pour l'Armée d'Italie, un premier contingent à répartir entre les Corps qui ont le plus souffert. C'est ainsi que le Bataillon de l'Aude est incorporé dans la 33e Demi-brigade, mais des 1600 hommes qu'il devait lui amener, 68 seulement rejoignent. Après avoir perdu 3000 hommes dans la campagne, elle se trouve réduite à 397 soldats.

Du camp de San Bernard de Garessio, la 33e Demi-brigade est d'abord envoyée à Albenga. Elle occupe ensuite successivement Ponte-Passio et San-Remo. Elle en part le 27 mars pour se rendre à Zucarello et défendre les débouchés du Tanaro en avant de Rocco-Barbena, Garessio et Alto.

Le 28, la Demi-brigade est à Lingueilla. Le 31, les 175 hommes que compte le 1er Bataillon sont placés à Nolino. Ce Bataillon établit un poste pour garder les communications avec Capranna et le reste surveille les débouchés du Tanaro vers San Bartholomeo et Ormea. Le 2e Bataillon occupe Zucarello.

Pendant ce temps, l'ennemi se réunit dans la vallée de la Bormida et dans celle du Tanora vers Ceva et Mondovi.

Situation de l'Armée d'Italie le 16 germinal an VIII - 6 avril 1800 (Nafziger 800DAG)
Commandant en chef : Général Masséna
Centre : Général de Division Suchet
Division: Général de Division Pouget
Brigade : Général de Brigade Jablonowski
33e Demi-Brigade de ligne : 397 hommes

Au 15 avril 1800, la Demi-brigade, qui fait partie de la Division Garnier du Corps de Suchet (Armée d'Italie - Masséna), ne compte plus que 487 hommes (Rigo).

Le 16 avril, la 33e abandonne ses positions et rejoint sa Division (4e) pour descendre dans la vallée de la Bormida. Elle bivouaque le soir à Bordinetto et, le 17, est chargée d'attaquer, conjointement avec la 11e, les retranchements de Murialdo. La 33e, forte de 400 hommes, suit la Bormida jusqu'à Cavagna, monte à Jovetti où l'ennemi a des postes et poursuit sa marche, en longeant les hauteurs vers Saint-Jean-de-Murialdo. Dans ce mouvement, elle met successivement en fuite les divers détachements établis sur les hauteurs et les oblige à se réfugier dans la grande redoute de Saint-Jean·de-Murialdo qu'elle enlève ensuite à la baïonnette. La perte de ce poste important oblige les Austro-Piémontais à se retirer dans le plus grand désordre, partie vers Millésimo, partie vers Castelnovo. La Demi-brigade bivouaque sur les retranchements conquis.

Le lendemain, les Grenadiers et le 1er Bataillon descendent à Murialdo; le 2e reste dans la redoute.

Le 19, toute la Demi-brigade se porte à l'attaque des retranchements de Ronchi-di-Maglia. La position est bien défendue, néanmoins elle est enlevée.

habit 33e de Ligne 1806 Habit de Fusiliers 33e de Ligne 1806-1807 habiit 33e de ligne 1806
Fig. 7 Habit en 1806-1807 (Les Uniformes des Guerres Napoléoniennes)
Fig. 7a Habit en 1806-1807 d'après Charmy
Fig. 7b Habit en 1806-1807 d'après Peter Bunde pour Soldats Napoléoniens N°11

Le 20, les Grenadiers et le 1er Bataillon partent à 1 heure du matin pour se porter sur Mallare que l'ennemi occupe. La colonne franchit la Bormida à Calcisnaja, traverse Mallare que l'ennemi vient d'évacuer et se dirige vers les hauteurs de Saint·Jacques pour cerner les Autrichiens. Malheureusement, le Général Suchet étant obligé de battre précipitamment en retraite, ce mouvement doit être abandonné. La colonne repasse la Bormida et va bivouaquer à Settepani.

Le 23, un détachement continue d'occuper ce point et le reste de la Demi-brigade se porte sur Melogno. Enfin le 3 mai, la 33e se rend tout entière à Albenga et s'établit le lendemain à Torre di Vellego. Torre di Vellego, plus connu sous le nom de Torre di Ubaga, est sans aucun doute l'emplacement des ruines d'un ancien chateau médiéval qui se trouve sur une crête escarpée entre les villages de Ubaga et Vellego, tous les deux situés dans la province de Imperia (communication de Mr B. C.).

Le 6, la 4e Division ayant reçu l'ordre de se porter en toute hâte à san Bartholoméo di Pierre, la 33e en est détachée de nouveau pour appuyer la gauche du mouvement. Elle réussit d'abord à arrêter la marche d'un Corps d'environ 6000 hommes qui cherche à gagner Torie ; mais le lendemain ce Corps se divise en deux colonnes et manoeuvre pour envelopper la Demi-brigade qui est complètement isolée par suite du départ de la Division dont elle n'a pas été instruite. Livrée à elle-même, la 33e combat pendant plusieurs heures avec un tel hacharnement qu'elle parvient à se dégager et à rejoindre la Division à Capagio. Elle a perdu, dans cette terrible lutte, la moitié de son effectif, environ 250 hommes.

Le 8, elle se porte sur Menton, le 9, sur Nice et arrive, le 10, à Saint-Laurent-du-Var, où elle passe à la 7e Division (Grenier). Signalons qu'à cette date, le Chef de Bataillon Merlin, de la 33e, est attaché à l'Etat-major de la 3e Division (Général Richepanse) de la Réserve de l'Armée d'Allemagne, toutes deux commandées par le Général Moreau (de Carrion-Nisas, Marquis, Campagne des Francais en Allemagne, Année 1800, Paris, 1829).

Le 5 juin, elle cesse de faire partie de l'Armée d'Italie. Selon Rigo, la 33e est rentrée en France en juin; effectivement, e lle reste à Nice jusqu'au 23 juin.

Le 23 juin, l'Armée de Réserve est supprimée et réunie à l'Armée d'Italie :
"Bonaparte, Premier Consul de la République, arrête :
Milan, le 4 messidor an 8 (23 juin 1800).
ART. 1er. – L'armée d'Italie sera composée des demi-brigades et régiments ci-après, savoir (...)
ART. 2. – Les (...) 33e (...) de ligne (...) retourneront à l'armée de réserve à Dijon et se rendront dans les places qui seront indiquées par le général en chef de ladite armée.
ART. 5. – Le Ministre de la guerre est chargé de l'exécution du présent arrêté.
BONAPARTE
" (Campagne de l'Armée de Réserve en 1800).

De Nice, la 33e est dirigée sur Coni.

Le 3 juillet 1800 (14 messidor an 8), Bonaparte écrit depuis Paris, à Carnot, Ministre de la Guerre : "L'arrêté que j'ai pris à Milan le 5 messidor, citoyen ministre, porte art. 2, que 13 demi-brigade de ligne et 3 légères qui sont dignes [sic] se rendront à Dijon pour faire partie de l'armée de réserve.
Voici la destination que je désire leur donner.
... les {33e et 39e de ligne {à Paris ...
" (Correspondance générale, t.3, lettre 5481).

Enfin, le 13 juillet, la 33e arrive à Salmes, en repart, le 24, passe le Petit-Saint-Bernard.

Notons que selon Rigo, la 33e reconstitue son troisième Bataillon à Paris, le 10 août 1800.

Le 21 août 1800 (3 fructidor an 8 - note : Une copie portant la date du 23 août est conservée au S.H.D., département de l'Armée de Terre, 17C285), Bonaparte écrit depuis Paris, à Carnot, Ministre de la Guerre : "... Vous donnerez l'ordre à la 39e demi-brigade et à la 33e qui sont à Paris de compléter leurs compagnies de grenadiers à 80 hommes par compagnie. Vous passerez la revue de ces compagnies le 6 fructidor et vous ferez compléter leur armement et leur habillement afin qu'elles puissent partir le 11 pour le camp d'Amiens ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 5615).

Le 7 septembre, la 33e entre à Paris.

Le 29 novembre 1800 (8 frimaire an 9), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... Les 33e, 39e et 64e qui sont à Paris seront complétées avec les conscrits de l'an IX. Il faut leur fournir des draps comme s'ils étaient au complet ... Par ces dispositions, nous nous trouvons avoir, indépendamment de l'armée de l'Ouest, 9 demi-brigades qui peuvent recevoir plus de 20000 conscrits, et les magasins centraux, les marchés pour habits confectionnés deviennent inutiles et le service se trouverait assuré" (Correspondance générale, t.3, lettre 5806).

Le 20 décembre 1800 (29 frimaire an 9), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... Chacune des 26e, 33e, 39e, 64e, 63e demi-brigades fourniront une compagnie de 90 hommes, la 90e en fournira 100 pour composer les troupes qui doivent s'embarquer au Havre. Le bataillon composé de 6 compagnies sera commandé par un chef de bataillon et sera sous les ordres du général de brigade Lannecy ...
Il faut charger un commissaire des guerres de passer la revue au Havre, faire compléter leur habillement, leur armement et la solde jusqu'au 1er ventôse, ayant cependant soin de ne les payer qu'à mesure
" (Correspondance générale, t.3, lettre 5848).

Au 1er janvier 1801, la 33e tient garnison à Paris.

"En février 1801, la 33e Demi-brigade de ligne reçoit un renfort de 800 conscrits... ce qui occasionne des nuits blanches au malheureux maître-tailleur qui n'a pas assez de drap bleu pour les habiller ! En revanche, il reste une grande quantité de tricot blanc en magasin. Roguet donne alors l'ordre de confectionner des vestes dans cette matière et d'habiller ainsi tous les soldats du premier bataillon, réservant le drap bleu pour les deux autres... Et c'est ainsi que, le 5 avril 1801, au cours de la parade de la garnison de Paris, les soldats vêtus de blanc défilent dans la cour d'honneur des Tuileries devant un Premier Consul médusé. Bien entendu, Bonaparte demanda quelques explications à Roguet et il faut croire qu'elles lui donnèrent satisfaction car il donna l'ordre de délivrer immédiatement suffisamment de drap bleu pour habiller toute la Demi-brigade et Roguet termine en disant : «... par autorisation de l'Empereur (sic) la 33e fut le premier corps de l'armée qui, depuis la révolution, adopta en été l'usage de la veste blanche...»" (Rigo) .

"En mai 1801, à Paris, la 33e demi-brigade est organisée suivant l'arrêté des Consuls du 27 août 1800... arrêté d'ailleurs parfaitement optimiste puisqu'il prévoit un total de 3120 hommes pour les trois bataillons alors que ceux-ci ne peuvent en aligner que 1765. La demi-brigade comprend un état-major composé comme suit : un chef de brigade, quatre chefs de bataillon (dont un chargé de l'administration), un quartier-maître trésorier, trois adjudants-majors, trois officiers de santé, trois adjudants sous-officiers, un tambour-major, huit musiciens (dont un chef) et quatre maîtres-ouvriers (tailleur, guêtrier, cordonnier et armurier). Elle est formée de trois bataillons dont chacun totalise huit compagnies de fusiliers et une compagnie de grenadiers chacune sous les ordres d'un capitaine, un lieutenant et un sous-lieutenant. Le nombre de soldats par compagnie oscille entre 50 et 57 hommes ce qui est très peu par rapport aux chiffres officiels. L'encadrement se compose d'un sergent-major, de quatre sergents, d'un caporal-fourrier et de huit caporaux avec un ou deux tambours. En outre, on trouve onze enfants de troupe alors que l'arrêté des Consuls du 26 juillet 1800 en accepte deux par compagnie, soit cinquante-quatre au total. Un officier, désigné par le conseil d'administration, a la direction des enfants ; il est secondé par deux sergents et quatre caporaux chargés de leur apprendre la lecture, l'écriture, le calcul, la gymnastique, la natation et, évidemment, les exercices militaires. Ceux qui ont appris à jouer d'un instrument peuvent entrer dans la musique dès l'âge de 14 ans. Mais il leur faut attendre d'avoir 16 ans révolus pour être tambour ou pour s'engager comme soldat dans le régiment. Chaque chef-ouvrier doit avoir au moins deux enfants de troupe employés comme apprentis. Enfm, l'arrêté spécifie qu'à l'avenir il aurait plus que quatre femmes par bataillon, employées comme vivandières ou blanchisseuses.
Le conseil d'administration de la 33e demi-brigade de ligne est régi par l'arrêté du 28 avril 1800. Il se compose de sept membres : le chef de brigade qui préside les séances, trois capitaines, un lieutenant, un sous-lieutenant et un sous-officier. Mis à part le président, tous sont annuellement renouvelables. Le quartier-maître trésorier (
En principe le quartier-maître trésorier avait le grade de capitaine) est automatiquement secrétaire mais il n'a pas le droit de voter lors des délibérations. Le conseil s'assemble tous les dix jours. Le trésor du régiment est déposé dans un coffre à trois clefs : l'une est confiée au chef de brigade, l'autre au plus ancien des trois capitaines et enfin la dernière, au quartier-maître trésorier." (Rigo).

Le 29 août 1801 (11 fructidor an 9), Bonaparte écrit depuis la Malmaison à Gaudin, Ministre des finances : "Je vous prie, citoyen ministre, de donner des ordres de faire solder aux 33e, 39e et 64e brigades ce qui leur est dû pour soldes arriérées de l'an VII et de l'an VIII.
Recommander au payeur de ces soldes que l'on ait des pièces bien en règle
" (Correspondance générale, t.3, lettre 6452).

D'après l'Etat militaire de l'an X (1802), la 33e Demi-brigade était à Paris. Les cadres du Régiment sont constitués de la manière suivante :

- Etat major : Chef de Brigade Roguet; Chefs de Bataillon Poitou, Legrand, N, Cartier; Quartier maître trésorier Capitaine Vandevoorde; Vaguemestre Noiset; Adjudants majors Leroi, Schubart, Thierry; Officiers de santé Darras, Leger, Alex.
- Capitaines : Allome, Bonnet (avec rang de Chef de Bataillon), Brisset, Demarle, Archambault, Malignon, Cocq, Carrère, Desbordes, Defrance, Philipi, Michaux, Poton, Faivre, Lyon, Moreau, Nortier, Tronc, Labaume, Testu, Dubois, Cesvet, Hubert, Vannier, Hennon, Delaporte, Belin.
- Lieutenants : Bertrand, Bertin, Amaury, Robert, Jaureche, Noyoberne, Pillet (avec rang de Capitaine), Gavray, Rolin (avec rang de Capitaine), Barcelle (avec rang de Capitaine), Berrier, Fister, Daviet (avec rang de Capitaine), Levergeois, Devillas, Laville, Jacquel (avec rang de Capitaine), Morisson, Mirelle, Drouault, Moret, Lebrun (avec rang de Capitaine), Baudin, Hervieux, Grelet, Hains, Bellanger.
- Sous lieutenants : Decasteker, Dupré, Dumas, Simon, Werguin, Plasson, Latouche, Masson (avec rang de Lieutenant), Nadon (avec rang de Lieutenant), Lastie, Nadeau, Mazza, Froment, Testevuide, Cormery, Vincent, Lieutaud, Léonard, Masselin, Hoschtuhl, Marchant, Tondut, Merlette, Delaunoy, Tournant, Gamelin, Métras.
- Sergents majors avec rang de Sous lieutenant : Jacot, Crouzet, Mercier, Testu.

L'année 1802 se passe calmement. Depuis dix ans, la France accède enfin à la paix. Seul évènement notable : le 15 novembre 1802, le 3e Bataillon de la 33e est embarqué à Toulon pour Saint Domingue.

La paix va être de courte durée et la guerre reprend bientôt contre l'Angleterre.

D'après l'Etat militaire de l'an XI (1802-1803), la 33e Demi-brigade est à Paris et fait partie de la 1ère Division militaire. Les cadres du Régiment sont constitués de la manière suivante :

- Etat major : Chef de Brigade Roguet; Chefs de Bataillon Berton, Poitou, Legrand, Cartier; Quartier maître trésorier Capitaine Vandevoorde; Adjudants majors Leroy, Schubart, Thierry; Officiers de santé Lefort, Larmet, N.
- Capitaines : Allome, Bonnet, Demarle, Archambault, Malignon, Cocq, Carrere, Tronc, Defrance, Philippi, Michaux, Poton, Faivre, Lion, Nortier, Labaume, Testu, Dubois, Cesvet, Hubert, Vannier, Hennon, Delaporte, Belin, Lebrun, Bertrand, Gournay.
- Lieutenants : Bertin, Robert, Amaury, Jaureche, Noyoberne, Pillet (avec rang de Capitaine), Gavroy, Rollin (avec rang de Capitaine), Barcelle (avec rang de Capitaine), Berrier, Devillas, Laville, Jacquel (avec rang de Capitaine), Morisson, Mirel, Moret, Baudin, Hervieux, Grellet, Hains, Masson, Naudon, Decasteker, Latouche, Simon.
- Sous lieutenants : Werguin, Plasson, Nadeau, Mazza, Testevuide, Cormery, Vincent, Lieutaud, Leonard, Masselin, Hochtuhl, Tondut, Merlette, Delannoy, Tournant, Gamelin, Métras, Jacot, Mercier, Crouzet, Testu, Cheffent, Esselin, Contour, N, N, N.

Le 10 janvier 1803, Bonaparte adresse à Dejean, à Paris, une lettre concernant la situation financière de la 33e Demi-brigade (Correspondance générale, t.4, lettre mentionnée sans texte).

Le 17 avril 1803 (27 germinal an 11), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... Donnez ordre à la 33e de ligne de se rendre à Tournay pour y tenir garnison. Le 1er bataillon partira le 2 floréal; le second le 4; et le troisième le 6 ..." (Correspondance générale, t.4, lettre 7584).

Le 25 avril 1803, la 33e quitte Paris; elle est alors envoyée à Tournai.

Le 14 juin 1803 (25 prairial an 11), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous renvoie, Citoyen Ministre, les projets que vous aviez rédigés pour le camp de Saint-Omer. Voici définitivement les bases auxquelles je me suis arrêté :
Six camps seront formés, lesquels, destinés à ne composer qu'une seule armée, seront commandés par six lieutenants généraux commandant en chef. Ils auront chacun un parc d'artillerie commandé par un général d'artillerie et par un colonel diiecteur du parc. Les six parcs seront tous soumis à un général commandant en chef l'artillerie et à un général de brigade directeur général des parcs des six camps. Chacun de ces camps aura un ordonnateur, lequel correspondra avec un ordonnateur en chef des six camps.
Ces six camps seront : un en Hollande, un à Gand, un à Saint-Omer, un à Compiègne, un à Saint-Malo, un à Bayonne ...
Pour le camp de Gand, les 6e et 13e légères; 12e, 33e,51e, 108e, 14e, 36e, 61e, 85e de ligne; le 2e régiment de chasseurs, le 7e de hussards, les 4e, 14e, 16e et 17e de dragons ...
Chacune des demi-brigades ci-dessus ne fournira que ses 1er et 2e bataillons, lesquels seront complétés à 1,000 hommes. Il est donc nécessaire que ces corps soient prévenus sur-le-champ que leurs deux premiers bataillons doivent marcher vers la fin de l'été, afin qu'ils activent l'instruction, l'habillement, etc ...
" (Correspondance de Napoléon, t.8, lettre 6814; Correspondance générale, t.4, lettre 7722).

Le 17 juillet 1803 (28 messidor an 11), Bonaparte écrit depuis Gand au Général Dejean, Ministre directeur de l'administration de la Guerre : "La 57edemi-brigade, Citoyen Ministre, n'a reçu ni l'habillement de l'an X, ni celui de l'an XI.
Les 46e, 33e et 51e sont mieux, et ont déjà reçu une partie du drap de l'an XI.
Par l'état que vous m'avez envoyé, je vois qu'en général l'habillement est très-retardé. Un grand nombre de ces corps va recevoir un nouveau supplément de conscrits, et ils seront fort embarrassés. Il serait essentiel de prendre des mesures efficaces pour que le drap de l'an XI fût fourni dans les trois premiers mois; sans quoi, nous n'aurons jamais une armée équipée.
Le mois de vendémiaire s'approche. Je ne suis point en peine pour les vivres ... Je pense que vous prenez des mesures pour les fourrages et surtout pour la viande. La viande est dans ce pays-ci beaucoup moins chère qu'à Paris
" (Correspondance de Napoléon, t.8, lettre 6921; Correspondance générale, t.4, lettre 7835).

Le 24 juillet 1803 (5 thermidor an 11), Bonaparte écrit depuis Bruxelles au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous prie, citoyen ministre, de faire donner une gratification d'un mois de solde aux 33e, 36e et 108e demi-brigades (arrivées à Gand peu de temps avant), officiers et soldats ... pour les indemniser des dépenses que leur a occasionné leur déplacement" (Correspondance générale, t.4, lettre 7855).

Le 14 août 1803 (26 thermidor an 11), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... Donnez l'ordre à deux bataillons de la 33e qui est à Tournay de se compléter à 700 hommes pour le moment et de se rendre à Ostende. Le 3e bataillon et le dépôt continueront à rester à Tournay. Ce mouvement s'effectuera au 10 fructidor ..." (Correspondance générale, t.4, lettre 7932).

Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud, le 21 août 1803 (3 fructidor an XI) à Berthier, Ministre de la Guerre :
"... Donnez l'ordre à la 33e demi-brigade de ligne de former chacun de ses deux premiers bataillons à 750 hommes et de se rendre à Dunkerque; le dépôt et le 3e bataillon resteront à Tournay.
Les ordres doivent être expédiés sur-le-champ pour les corps auxquels on a désigné des chaloupes pour en fournir les garnisons ...
" (Correspondance de Napoléon, t.8, lettre 7022; Correspondance générale, t.4, lettre 7945).

Le 28 août 1803 (10 fructidor an 11), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous envoie, citoyen ministre, les dispositions que j'ai arrêtées pour l'organisation de quatre camps faisant partie des six qui vont être formés sur les côtes de l'Océan.
... Camp de Bruges
Le général Davout est nommé commandant en chef du camp de Bruges
... Le camp de Bruges sera composé de trois divisions
... La 2e division sera commandée par le général Durutte ayant à ses ordres les généraux de brigade :
Heudelet,
Reille.
La 2e division sera composée des :
21e légère,
33e de ligne,
108e id,
111e id,
... Le ministre de la Guerre et celui de l'Administration feront former sur-le-champdeux camps en baraques à Ostende sur la droite et sur la gauche du port pour qu'au 1er vendémiaire, la 1re et la 2e division puissent s'y baraquer ...
Le général Davout établira son quartier à Bruges et partira le 16 fructidor ...
" (Correspondance générale, t.4, lettre 7972).

Le 29 août 1803, la 33e se rend au camp d'Ostende. Le même jour, Roguet, nommé Général de Brigade, quitte sa chère Demi-brigade qui passe sous le commandement du Chef de Brigade puis Colonel Saint-Raymond (Jean). Le 24 septembre 1803, la 33e Demi· brigade devient le 33e Régiment d'Infanterie de ligne. Elle est cette année là à l'Armée des Côtes de l'Océan, sous les ordres de Davout. Les troupes attendent en vain un débarquement sur les côtes anglaises qui n'aura jamais lieu.

D'après l'Etat militaire de l'an XII (1803-1804), les 1er et 2e Bataillons du 33e de Ligne sont au camp de Bruges et font partie de la 16e Division militaire; le 3e est à Tournai, 24e Division militaire. Les cadres du Régiment sont constitués de la manière suivante :

- Etat major : Colonel Saint Remond; Major N.; Chefs de Bataillon Berton, Poitou, Legrand, Cartier; Quartier maître trésorier Capitaine Vandevoorde; Adjudants majors Capitaines Leroy, Schubart, Thierry; Chirurgien major Lefort.
- Capitaines : Allaume, Demarle, Archambault, Malignon, Cocq, Carrere, Tronc, Defrance, Philippi, Michaux, Gournay, Poton, Faivre, Lion, Nortier, Testu, Dubois, Cesvet, Hubert, Vannier, Hennon, Delaporte, Belin, Bertrand, Bertin, N. N..
- Lieutenants : Robert, Amaury, Jaureche, Gavroy, Berrier, Devillas, Laville, Morisson, Mirel, Moret, Hervieux, Grellet, Naudon, Latouche, Simon, Boveri, Werquin, Plasson, Leonard, Nadeau, Cormery, Vincent, Hochtuhl, Lieutaud, N., N., N.
- Sous lieutenants : Masselin, Tondut, Merlette, Delannoy, Gamelin, Métras, Jacot, Mercier, Crouzet, Testu, Esselin, Contour, Leger, Filangieri, Alex, Lacette, Darras, Calais, Noiret, Arnaud, Hedelin, N., N, N, N, N, N.

Jean Louis Renous, Grenadier au 2e Bataillon, est embarqué sur une flotille batave à Dunkerque le 25 janvier 1805. Marin improvisé, il narre à sa mère ses déconvenues : "... je suis embarqué du 1er pluviose à Dunkerque pour 2 mois et nous sommes bien mal reçus. Le grand froid que nous endurons dans les bateaux plats de la république batave et nous sommes 20 grenadiers dans la bordée, un officier et les bateaux portent 3 pièces de canon, 1 de 24 et 2 de 8 ... Vous me demandez le nom de commandant et de mon capitaine. Le commandant c'est Cartier, le capitaine Dulion ..." (in Pierre Charrié : "lettres de guerre, 1792-1815").

sabre d'honneur 33e de ligne

Sabre d'honneur et son brevet décernés par le premier consul au citoyen Thierry, Adjudant major à la 33e 1/2 brigade de Ligne, le 4 pluviôse an XI. Modèle d'Officier d'Infanterie, fabriqué par la Manufacture de Versailles. Garde à une branche en argent poinçonné, oreillons gravés, quillon en forme de palmette, calotte ovale gravée de toiles d'araignée, fusée en bois recouverte de cuir à double filigrane d'argent ; lame polie blanc à simple pan creux, se terminant en langue de carpe, à double tranchant ; fourreau en acier à dos plat, à deux larges bracelets de bélières en argent, plats, se terminant par deux bourrelets et gravés de trophées; le haut du fourreau porte, sur le devant, l'inscription : "Le 1er Consul - au Cen Thierry - adjant Mor - à la 33e. 1/2 Bde - de Ligne" et, à l'arrière, la signature : "Mfture - à Verslles"; dard en forme de bouton mouluré; longueur 95 cm. POINÇONS DE LA GARDE, les bracelets de bélières n'étant jamais poinçonnés : - orfèvre : "J M" surmonté d'une étoile, non identifié, probablement un orfèvre de Rouen ; - garantie : tête de vieillard avec numéro : "88", pour le département de la Seine Inférieure (Rouen) ; - titre : poinçon non visible, se trouvant probablement sous la fusée, il s'agit du coq 1er titre des départements, 1798/1809 ; - "B Y", poinçon du 1er contrôleur de la Manufacture de Versailles, Denis BROUILLY.

PROVENANCE : vente Hôtel Drouot, Me Dominique VINCENT, 10 mai 1967, n° 106.

brevet 33e de ligne
Brevet d'honneur. Parchemin en partie imprimé avec vignette représentant la République, cachet à sec ; signé par le premier consul : “Bonaparte”, le secrétaire d'état : “Hugues Maret” et le ministre de la Guerre : “Alex. Berthier”.
Citation : Bonaparte, premier consul de la République, d'après le compte qui lui a été rendu de la conduite distinguée et de la bravoure éclatante du Cen “Joseph Thierry, Adjudant Major, dans la 33ème 1/2 Brigade d'Infanterie de Ligne” à l'affaire “qui eut lieu le 2 germinal, An 5, au Pont de Neuf Mark où cet officier s'est élancé Seul Sur une Pièce d'Artillerie dont il s'est emparé...”. Donné à Paris, le quatre pluviôse an onze de la République française. 34,5 x 43,5 cm.
Brevet d'adjudant major. Parchemin en partie imprimé avec vignette représentant la République, signé par le premier consul : “Bonaparte”, le secrétaire d'état : “Hugues Maret” et le ministre de la Guerre : “Alex. Berthier”. Entête de la 33e 1/2 brigade de ligne, nomination d'Adjudant major pour le citoyen Thierry Joseph Alexandre, donnée à Saint-Cloud le vingt-six floréal an onze.
33,5 x 24 cm.

A noter qu'un certain nombre de récompenses ont été accordées à la 33e de Ligne :
Attin (Nicolas) - Grenadier : Fusil d'Honneur le 28 mars 1801
Audray (Germain) - Sergent : Fusil d'Honneur le 28 mai 1794 (?)
Blac (René) - Caporal : Fusil d'Honneur; 15 septembre 1802
Herbault (Francois) - Sergent : Fusil d'Honneur; 15 septembre 1802
Jouveau (Antoine) - Sergent : Fusil d'Honneur; 15 septembre 1802
Lefevre (Etienne-Geogres) - Sergent : Fusil d'Honneur; 15 septembre 1802
Thierry (Joseph-Alexandre) - Sabre d'Honneur; 15 septembre 1802

 

Etat des conscrits que chaque département doit fournir sur les classes de l'an XI (1803) et de l'an XII (1804)
Eure
648

 

d/ Campagne de 1805

Tambour major 33e de Ligne 1806 Tambour major 1806-1807 33e de LigneHabit de Tambour major 1806-1807 33e de Ligne Tambour major 1806-1807 33e de Ligne
Fig. 8 Tambour major en grande tenue, 1806-1807, d'après H. Feist pour Bucquoy (source : Collections Alsaciennes)
Fig. 8a Tambour major en grande tenue, 1806-1807, d'après Rigo (source : Musée Historique de Strasbourg) ; à côté, détail de l'habit
Fig. 8b Tambour major en grande tenue, 1806-1807 (revue anglaise Tradition N°24)

Au 23 juillet 1805, les 1er et 2e Bataillons sont à l'Armée des Côtes, Corps de droite, et comptent 1677 hommes. Le 3e Bataillon est à son Dépôt de Tournay, 24e Division Militaire, avec 517 hommes. Au premier août, le Corps de droite est commandé par le Maréchal Davout, et le 33e Régiment d'Infanterie de Ligne, commandé par le Colonel Saint Raimon (ou Raymond), et les Chefs de Bataillon Cartier et Legrand, est affecté à la 2e Division Friant, Brigade Heudelet. Les deux premiers Bataillons comptent 1561 hommes.

Situation de l'Armée des Côtes de l'Océan le 1er fructidor an XIII - 19 août 1805 (Nafziger 805HAD)
Commandant en chef : Maréchal Berthier
Aile droite : Maréchal Davout
2e Division : Général de Division Friant
Brigade : Général de Brigade Heudelet
33e de Ligne : 2 Bataillons, 1561 hommes

Sources : Alombert et Colin

Le Régiment fait partie de l'Armée des Côtes jusqu'au mois d'août 1805. Un Décret du 24 août organise la Grande Armée; le 33e fait partie du 3e Corps de Davout (camp d'Ambleteuse). A partir de cette époque, il forme, avec le 15e Léger, la Brigade Heudelet, de la Division Friant, du 3e Corps de la Grande Armée. Par ailleurs, un Bataillon du 33e est disponible à Mayenne.

Situation de l'Armée française le 26 août 1805 (Nafziger 805HAH)
Commandant en chef : Napoléon
3e Corps : Maréchal Davout
2e Division : Général de Division Friant
Brigade : Général de Brigade Heudelet
33e de Ligne : 2 Bataillons, 1609 hommes

 

Musicien 33e de Ligne 1806 Musicien 1806-1807 33e de LigneHabit de Musicien 1806-1807 33e de Ligne Musicen 33e de Ligne, 1806-1807
Fig. 9 Musicien en grande tenue, 1806-1807, d'après H. Feist pour Bucquoy (source : Collections Alsaciennes)
Fig. 9a Musicien en grande tenue d'après Rigo (source : Musée Historique de Strasbourg); à côté, détail de l'habit
Fig. 9b Musicien en grande tenue, 1806-1807 (revue anglaise Tradition N°24)
Musicen 33e de Ligne, 1806-1807Musicen 33e de Ligne, 1806-1807
Fig. 9c Musiciens en grande tenue, 1806-1807 d'après Pierre Albert Leroux; documents originaux conservés à la Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library (avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington, Conservateur de la Bibliothèque). Merci de respecter la propriété de ce document.

Le 3e Corps, sous les ordres du Maréchal Davoust, part d'Ambleteuse le 29 août. Il est dirigé sur Manheim, où il passe le Rhin le 30 septembre, fort de 1689 hommes, et de là sur Heidelberg, Ingelfingen et OEttingen. Il atteint ce dernier point le 6 octobre, passe le Danube à Neubourg le 8, et se porte à Aichach, sur la route de Munich, poussant devant lui le Général Kienmayer et couvrant les masses de la Grande Armée qui s'accumulent autour d'Ulm.

Après la capitulation de l'armée autrichienne acculée à cette place, la Grande Armée prend la direction de Vienne. Le 3e Corps suit la ligne Freisingen, Dorfen, Neu-OEttingen, y franchit l'Inn le 28, puis se dirige sur Vels, sur la Traun. Après avoir franchi l'Ens, le 3e Corps se dirige par Waldhofen et Saint-Gaming sur Lilienfeld pour tourner la position de Saint Polten que l'ennemi pourrait être tenté d'occuper.

Situation du 3e Corps le 23 octobre 1805 (Nafziger 805JBI)
Commandant : Maréchal Davout
2e Division : Général de Division Friant
33e de Ligne : 59 Officiers, 1620 hommes

Souces : Archives françaises

Situation de la Grande Armée le 26 octobre 1805 (Nafziger 805JXA)
3e Corps : Maréchal Davout
2e Division : Général de Division Friant
Brigade : Général de Brigade Heudelet
33e de Ligne : 2 Bataillons, 1689 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2-470,480,481

Tandis que le Maréchal Davoust exécute ce mouvement, sa tête de colonne vient tomber, près de Mariazel sur le Corps du Général Merfeld qui, suivi de près par Marmont, rétrograde sur Vienne sur la route de Leoben. C'est un combat de montagnes dans lequel l'ennemi perd 4000 hommes.

Le 3e Corps descend ensuite sur Vienne, qu'il occupe, et la Division Friant est établie dans la direction de Presbourg pour observer les débouchés de la Hongrie, couvrant ainsi le mouvement de la Grande Armée sur la Moravie.

Notons que Martinien donne à la date du 6 novembre le Capitaine Gournay, blessé aux avants-postes.

A l'appel du 22 novembre, le 33e de Ligne comprend 1214 hommes (Gloire et Empire N°27 - Austerlitz).

Situation de la Grande Armée le 6 brumaire an XIV - 29 novembre 1805 (Nafziger 805KCH)
3e Corps : Maréchal Davout
2e Division : Général de Division Friant
Brigade : Général de Brigade Heudelet
33e de Ligne : 2 Bataillons

Sources : Alombert et Colin

Le 1er décembre, celle-ci se trouve en présence de l'armée austro-russe, Napoléon prend position, ce jour même, entre Brunn et Austerlitz, la gauche appuyée aux montagnes de Moravie, la droite aux villages de Sokolnitz et de Telnitz. Il laisse ainsi, entre la droite et les étangs de Satschau et de Menitz, un espace à peine gardé qui doit donner à l'ennemi la tentation de s'y engager. Si cette opération réussit, en effet, elle aura pour conséquence de le couper de la route de Vienne. Mais elle n'est possible qu'à la condition de dégarnir le plateau de Pratzen, clef de la position occupée par les alliés, et Napoléon se propose de l'aborder alors directement avec le Corps de Soult, soutenu au besoin par toute la Garde.

Le plateau de Pratzen conquis, l'armée austro-russe est coupée en deux et la gauche, acculée aux étangs, est infailliblement perdue.

Ainsi qu'on l'a vu plus haut, le Corps de Davoust est resté autour de Vienne. Napoléon, décidé à livrer une bataille décisive, lui a ordonné de porter les Divisions Friant et Gudin vers Gross-Raigern, sur la route de Vienne à Brünn, à hauteur des étangs. Le Général Friant seul a pu être averti à temps. Il se met immédiatement en marche et, le 1er décembre au soir, sa Division atteint le point assigné après avoir fait trente-six lieues en 8 heures.

A l'époque d'Austerlitz, le 33e de Ligne totalise 1214 hommes répartis dans deux Bataillons de guerre, commandés par le Colonel Saint-Raymond. Le Corps fait partie de la Brigade Kister, Division Friant, 3e Corps d'armée sous les ordres du Maréchal Davout (Rigo).

Ordre de bataille de la Grande Armée à Austerlitz, le 2 décembre 1805 (Nafziger 805LCI)
3e Corps : Maréchal Davout
Division : Général de Division Friant
Brigade : Général de Brigade Kister
33e de Ligne : 1214 hommes

Sources :
- Alombert et Colin, Campagne de 1805 en Allemagne, Paris, 1904
- Histoire des Campagnes de l'Empereur Napoléon en 1805-1806 et 1807-1809, Tome l, Campagne de 1805, en Bavière et en Autriche, Paris, 1845

Ordre de Bataille français à Austerltiz - 2 décembre 1805 (Quintin - Austerlitz)
3e Corps : Davout
2e Division Friant
Brigade Kister : 33e de Ligne, 49 Officiers et 1165 hommes

Source : Situations de la Grande Armée conservées au SHAT à Vincennes sous la cote C2 606 (effectifs établis lors de l'appel du 22 novembre)

 

Cymbalier  33e de Ligne 1806 Cymbalier  33e de Ligne 1806 Chapeau chinois 33e de Ligne 1806-1807
Fig. 10 Chapeau chinois (Cymbalier) en grande tenue, 1806-1807, d'après H. Feist pour Bucquoy (source : Collections Alsaciennes) Fig. 10a Chapeau chinois (Cymbalier) en grande tenue, 1806, d'après H. Knötel
Fig. 10b Chapeau chinois en grande tenue, 1806-1807 (revue anglaise Tradition N°24)

Le 2 décembre, dès 7 heures du matin, trois colonnes russes commandées par les Généraux Doctoroff, Langeron et Pribyschewski, se mettent en mouvement pour attaquer les villages de Telnitz et de Sokolnitz. La colonne Doctoroff, formant l'extrême gauche, précède les deux autres. Forte de 24 Bataillons, elle vient appuyer l'avant-garde autrichienne de Kienmayer qui attaque Telnitz depuis plus d'une heure et s'en empare. Les Russes et les Autrichiens franchissent aussitôt le lit du Goldbach, et Kienmayer lance ses 14 Escadrons contre la cavalerie du Général Margaron qui couvre la droite de la Division Legrand, du Corps de Soult.

La cavalerie française soutient brillamment plusieurs charges, mais ne peut tenir contre des forces aussi supérieures. La Division Friant, en route de Gross-Reigern sur Telnitz, n'est pas encore arrivée, et la droite de Napoléon se trouve ainsi entièrement débordée. Fort heureusement, la 2e colonne russe, sous les ordres du Général Langeron, a perdu du temps et elle n'attaque Sokolnitz qu'au moment où la Division Friant fait elle-même son apparition sur le champ de bataille. Elle comprend trois Brigades d'Infanterie et six Régiments de Dragons.

Le 1er Régiment de Dragons est dirigé au trot sur Telnitz, charge les Austro-Russes qui ont dépassé le Golsbach et les rejette dans le village. Puis, la Brigade Heudelet (108e et 15e Léger) enlève Telnitz à la baïonnette et reste maîtresse du terrain. Malheureusement, le brouillard qui règne encore sur ce point amène une funeste méprise. Le 26e Léger, de la Division Legrand, venu au secours des premiers défenseurs de Telnitz, aperçoit confusément des troupes dans le lit du ruisseau. Il fait feu sur le 108e qui, se croyant tourné se replie. Les Russes et les Autrichiens reprennent aussitôt l'offensive avec vingt-neuf Bataillons, et Telnitz retombe en leur pouvoir tandis que Langeron, avec douze Bataillons russes, pénètre dans le village de Sokolnitz.

Les deux colonnes ennemies commencent alors à déboucher des villages pendant que la troisième se porte à leur hauteur. La situation devient critique. Le Général Friant lance ses six Régiments de Dragons contre la colonne qui débouche de Telnitz. Les Dragons ne parviennent pas à la rompre, mais, grâce à leur aide, la Brigade Heudelet l'empêche de se déployer.

Le Général Friant se porte ensuite, à la tête de la Brigade Lochet (48e et 111e), contre la colonne Langeron, la rejette dans Sokolnitz, y entre avec elle, et l'oblige à repasser le Goldbach.

Sokolnitz repris, le Général Friant se met à la tête de sa dernière Brigade (Kister 33e et 15e), qui arrive à ce moment pour chasser du château de Sokolnitz les troupes de Pribyschewski. Cette opération réussit encore, mais pendant ce temps Langeron, réattaquant le village, est sur le point de l'enlever. Friant revient sur ce point en toute hâte et parvient à conjurer le danger.

Friant, dans son rapport daté du 3 décembre, écrit : "Je crus qu'il fallait alors frapper un coup décisif, je ralliai le 15e et le fis marcher de nouveau en avant; je ralliai ensuite le 33e, lui fis faire un changement de front et l'élevai sur le flanc gauche de l'ennemi; de là il marcha aux Russes avec fureur, baïonnette croisée, les renversa en en faisant un carnage affreux. De toute part on battit la charge; l'ennemi pour cette fois est mis en déroute sans retour et sans qu’il lui soit donné un seul moment de reprise" (Gloire et Empire N°27 - Austerlitz).

Pendant que ce combat acharné retient toute l'aile gauche de l'armée ennemie sur le ruisseau de Goldbach, Napoléon aborde le plateau de Pratzen, occupé par le centre des alliés. A une heure de l'après-midi, cette importante position est définitivement conquise et le Corps de Soult, tournant à droite, prend à revers les trois colonnes russes que Friant tient toujours sur les bords du Goldbach. Les Russes, assaillis de toutes parts, mettent bas les armes ou se jettent en désordre sur les étangs glacés. La glace se rompt sous leurs poids et plusieurs milliers périssent engloutis.

"L'ennemi (...) rentra dans Sokolnitz. Mais pendant ce temps, le général Friant avait fait avancer la seconde brigade, commandée par le général Hochet. Cette brigade arriva au pas de charge. Le 48e régiment, qui marchait en tête et la baïonnette en avant, culbuta tout ce qui voulut s'opposer à son passage et parvint à se rendre maître de la partie droite du village. Il prit deux pièces de canon, deux drapeaux et plusieurs caissons. Le 111e, voyant, par suite des progrès du 48e, l'ennemi déborder la gauche du village, envoya contre lui de nombreux tirailleurs, et s'avança de ce côté. Les Russes furent repoussés et culbutés sur un autre corps qui s'avançait en ce moment pour couper la 2e brigade du général Friant de la 3e, commandée par le général Kister. Celle-ci arrivait sur le terrain, où elle se déploya ensuite. Le général Friant, qui marchait avec elle, ordonna aux 15e léger et 33e de ligne qui la composaient de charger l'ennemi l'attaque fut des plus vigoureuses; le corps russe fut poussé sur Sokolnitz où le 15e léger entra pêle-mêle avec lui.
Cette lutte de 5 à 6,000 Français contre des forces quadruples, durait depuis trois heures avec des chances variées, lorsque le général Friant fit marcher simultanément ses trois brigades à la baïonnette contre le village et les hauteurs qui le couronnent. Les Russes ne purent tenir contre cette nouvelle attaque; ils furent mis dans la déroute la plus complète; le village, les hauteurs, tout leur fut enlevé en peu d'instants. Les deux colonnes, dispersées, se retirèrent en partie et dans le plus grand désordre vers un vaste étang alors glacé et couvert de neige, situé entre Kobelnitz et Sokolnitz, et cherchèrent à le passer sur la glace. Pendant ce temps, le château de Sokolnitz, à un quart de lieue du village du même nom, était attaqué par la brigade du général Thiébault et enlevé après une vive résistance. L'ennemi fut poussé jusqu'à l'étang de Sokolnitz, où étaient déjà les troupes culbutées par la division Friant. Quelques bataillons réussirent à passer, mais la glace céda sous le poids des autres, et un grand nombre s'y noyèrent. On dit que les boulets des batteries françaises contribuèrent beaucoup à cet effroyable désastre des Russes
" (France militaire : histoire des armées françaises de terre et de mer de 1792 à 1837. Tome 3).

Signalons l'anecdote qui concerne l'Aigle du 33e. Celle-ci est sauvé par Putigny, au nez et à la barbe des soldats russes du Général Buxhowden. En effet, menacé un instant d'être tourné, le 33e de Ligne est obligé de se replier. En sautant par dessus un fossé large et profond, l'Aigle se détache de la hampe et tombe dans l'eau boueuse et nauséabonde. Resté seul en arrière, Putigny descend dans le fossé et, avec de l'eau jusqu'à la ceinture, cherche à tâtons le symbole de l'Empire pendant que les russes lui tirent dessus. Finalement il retrouve son Aigle, s'enfuit sous le feu ennemi en courant comme un dératé et rejoint ses camarades qui les croyaient perdus, lui et «l'oiseau» (sic). Le soir au bivouac, il termine de faire sécher son uniforme maculé de boue noirâtre quand un Aide de camp vient lui dire que l'Empereur le demande. Vêtu de sa redingote grise, il est là, un peu plus loin, en train de discuter avec le Général Friant qui lui a conté l'héroïque anecdote. Putigny s'approche, Napoléon lui saisit l'oreille et lui dit : «Alors, il paraît que tu vas à la pêche avec ton drapeau ? Rassure-toi, il est encore plus beau qu'avant. Tu es un brave, je te donne l'étoile de ma Légion d'Honneur ! ».

Notons par ailleurs que le Général Adolenko (Aigles de Napoléon contre drapeaux du Tsar", indique que le Caporal Villain, du 33e de Ligne, aurait pris un drapeau russe à Austerlitz; il sera décoré de la Croix de la Légion d'Honneur.

Friant se montre élogieux pour le colonel du 33e : « le colonel Saint-Raymond, toujours sage dans les conseils et intrépide dans les combats, se faisant toujours remarquer ». Cela vaut à Saint-Raymond d’être fait Commandant de la Légion d’honneur le 25 décembre.

Selon Martinien, le 33e a eu à la bataille d'Austerlitz le Chef de Bataillon Cartier; les Capitaines Faivre, Belin, Schubart, Defrance, Lion, Leroy; le Lieutenant Adjudant major Philippe; les Sous lieutenants Darras, Durand, Crouzet, Gleisolle, Caillez, Hermant, et Canu, tous blessés.

Selon les travaux de D. et B. Quintin, le 33e a eu à Austerlitz, 17 Sous-officiers et hommes de troupe tués, et 25 Sous-officiers et hommes de troupe mortellement blessés, soit au total 42 décédés dont 17 le jour même de la bataille.

Tableau des cas incertains de tués au 33e de Ligne d'après les travaux de D. et B. Quintin - Austerlitz

Morts de blessures après Austerlitz, ne figurant pas au contrôle de l'unité
Rayés des contrôles et présumés morts de leurs blessures à Austerlitz
Rayés des contrôles sans nouvelle après blessuree à Austerlitz
Morts des suites de blessures après le 02/12/1805 sans autres précisions
3
3
5

Jean Marie Putigny

Né en Bresse, à Saillenard, le 9 juin 1774, de Claude Putigny et de Marie Monjet. Il s'engage le 3 avril 1792 et se retrouve incorporé au 2e Bataillon du Régiment de Navarre-Infanterie, futur 50e de Ligne, qui est en garnison à Valenciennes.
Avec son Régiment, il est affecté à l'Armée du Nord qui aura pour chefs les Généraux Rochambeau, Luckner, Dumouriez, Dampierre et Custine. Le 31 août 1792, il participe au combat du camp de Maulde, sur la route de Condé, à Tournai, puis à l'attaque du village de Ramegy. Sa première grande bataille rangée va être celle de Jemmapes. Après être entré à Bruxelles, il se retrouve à Liège, fin 1792. C'est alors le siège de Maestricht en février 1793, le combat de Valenciennes et la prise de Fumes le 21 octobre 1793. Sa belle conduite dans ces différents combats lui vaut d'être nommé Caporal le 16 avril 1794. Il passe alors à la 10e Demi-brigade, toujours à l'Armée du Nord et participe au siège d'Ypres qui capitule fin août 1794. Il participe ensuite à la guerre en France, où il lutte en Normandie contre les Chouans. Il est blessé d'un coup de feu à la jambe droite à l'affaire du château de Bousset, dit Bois Roulant près d'Avranches. Il passe un mois à l'hôpital. De France en Italie, il est à Milan et le 14 janvier 1797, sur le plateau de Rivoli, il voit pour la première fois le Général Bonaparte.
En 1797, il passe à la 33e Demi-brigade qui deviendra le 33e de Ligne sous le Consulat il ne quittera plus ce Régiment où il y combattra pendant près de vingt ans! En 1798, il est en garnison à Mantoue, puis à Alexandrie et enfin à Milan Le 13 août 1799, il est nommé Sergent et combat contre les Autrichiens dans les Appennins et vers Cuneo. En 1800 il est envoyé à Nice, puis retourne en Italie et en août 1800, il a le plaisir de prendre garnison à Paris. Nouvelle promotion le 9 juillet 1801 où il passe Sergent-major.
Un grand honneur lui est fait pour la cérémonie du sacre de l'Empereur et pour celle du Champ de Mai, car il assiste au deux en qualité de Porte-drapeau, puis il reçoit l'Aigle du Régiment, qu'il s'empresse d'aller montrer à son Colonel qui était malade et n'avait pu assister à cet événement.
1805. La France entre à nouveau en guerre contre l'Europe pour dix ans. Son Régiment fait partie du 3e Corps de l'Armée d'Allemagne, qui va devenir la "Grande Armée" par le décret du 6 octobre 1805. Il fait partie de cette fameuse Division Friant qui va accuser tout le choc de ce début de la bataille d'Austerlitz, non sans avoir fait au préalable 36 lieues en 36 heures pour arriver sur le champ de bataille ! A Austerlitz, il sauve l'Aigle du Régiment tombée dans l'eau : cette belle action lui vaudra la Légion d'Honneur remise par l'Empereur lui-même ! Le 3 avril 1806 il est nommé Sous-lieutenant en récompense de sa conduite à Austerlitz. Quelques jours auparavant, le 14 mars, il avait reçu son brevet de Chevalier de la Légion d'Honneur. Son régiment est cantonné en Souabe et se trouve rapidement envoyé en Saxe où la guerre reprend avec la Prusse. Il participe à la fameuse victoire d'Auerstaedt sous les ordres du Maréchal Davout.
La Prusse vaincue, c'est la Russie qui prend le relais. Cette fois la guerre est terrible et l'hiver fait des ravages dans les armée : les boues de Pologne resteront tristement célèbres ! Il participe à la terrible bataille d'Eylau, d'où il sort sans une égratignure et évite celle de Friedland. A cette époque, il est affecté à la lre Compagnie de Grenadiers du 33e de Ligne et cesse de porter le drapeau du Régiment. Il contemple le majestueux spectacle de la rencontre de Tilsitt, puis va en garnison en Pologne, à Bromberg.
L'année 1808 s'écoule agréablement pour notre Officier qui courtise çà et là les belles Polonaises.
Nouvelle promotion au début de l'année 1809. Le 7 avril, il est nommé Lieutenant. Il participe aux opérations en Bavière sous les ordres de l'Empereur et se signale à Eckhmül et surtout à l'assaut de Ratisbonne. Au soir de la prise de cette ville il est nommé Baron d'Empire par l'Empereur ... lui, le petit paysan bressan. Les terribles batailles d'Essling et de Wagram ne lui causeront pas la moindre blessure et il peut retourner en cantonnement chez ses bons bourgeois viennois.
La paix avec l'Autriche étant signée, il revient en France, puis séjourne à Aschaffenburg. Il a le plaisir d'obtenir les épaulettes de Capitaine de Grenadier au 33e de Ligne le 22 juin 1811. Son nouveau Corps se nomme l'Armée d'Observation de l'Elbe toujours sous les ordres de Davout.
1812. Les bruits de guerre avec la Russie circulent dans toute l'armée. De sa garnison, en Poméranie suédoise, il se dirige vers la Russie. Le 16 août, il est blessé à la bataille de Smolensk : on l'envoie alors prendre le commandement du Dépôt de Dantzig. Cette blessure "arrivée à temps" lui évitera la catastrophique retraite de Russie. Fin 1812, il retrouve son ancienne Division et plus particulièrement sa Compagnie qui comptait 136 hommes au départ et n'en comporte plus maintenant que 4 ! Sa blessure ayant du mal à guérir, il est envoyé à Francfort, puis à Mayence et de là, il va prendre les eaux à Bourbonne. Sa guérison obtenue, il est affecté à la défense de Luxembourg.
1815. Putigny est maintenant au 3e Corps de l'Armée du Nord sous les ordres de Vandamme. Le 16 juin, il est blessé à Fleurus et le 17, il reçoit la Croix d'Officier de la Légion d'Honneur des mains de Napoléon, comme dix ans plus tôt à Austerlitz ! Il assiste aux combats de Wawre, Limai et Namur et le 3 juillet il fera le coup de feu à Vaugirard et Montrouge.
Après le licenciement du 33e, notre Capitaine se retire dans son département, à Mâcon et épouse, le 21 novembre 1821, la jeune Adélaïde Bide. De Mâcon le couple va s'installer à Tournus sur les bords de la Saône. Il connaîtra sa dernière grande émotion de "grognard" le 15 décembre 1840, au moment du retour des Cendres de son Empereur bien-aimé. Malgré le grand froid, comme bon nombre d'anciens de la Grande Armée, il assiste à cette cérémonie grandiose. A partir de ce moment, il ne quittera plus la ville de Tournus et c'est là qu'il s'éteindra, en 1849, à la date du 5 mai... comme son Empereur.

Accès au dossier de Légionnaire de Jean-Marie Putigny (LH/2240/62) : http://www.culture.gouv.fr/LH/LH184/PG/FRDAFAN83_OL2240062V001.htm

Putigny 33e de ligne
Portrait à l'huile du Baron Putigny, daté de 1828.
Les armoiries du Baron Putigny
Couverts de campagne pliables en argent. La cuillère porte le blason de Jean-Marie Putigny, Baron d'Empire et la petite fourchette est à manche de nacre.
Trois statuettes de l'Empereur ayant appartenues à Jean-Marie Putigny. Ces figurines sont exposées devant l'édition de 1817 de "Victoires et conquêtes des Français".
Pipe en bois avec un Napoléon caricaturé sur le fourneau.
Un pistolet anglais non réglementaire trouvé par Putigny à Ostende en 1803. Cette arme, très plate, restera la propriété du Baron et l'accompagnera durant toutes les guerres de l'Empire.
La collection de tabatières de Putigny. Elles sont toutes à sujet impérial.
La montre de Putigny portant l'effigie de l'Empereur. Le baron l'arrêta à l'heure où mourut Napoléon. Notre héros s'est en fait trompé d'une heure : en effet, l'Empereur est mort le 5 mai 1821 à 17 h 51.
Couvercle de boîte représentant un Grenadier de la Garde en manteau. Ce type d'objet en bois noir est caractéristique de la période du retour des Cendres.
Sabre d'Officier de Grenadiers d'Infanterie de Ligne; c'est le modèle réglementaire classique. Voici comment Jean-Marie Putigny parle de cette arme dans ses mémoires: "Ce dernier eut l'honneur de clore la liste des 242 ennemis tués de ma main sur le champ de bataille..."


Dès le lendemain, le 33e prend part, avec le reste de la Division, à la poursuite des Russes qui se retirent en toute hâte vers la Hongrie. Le 4 au matin, il arrive à Goeding où la nouvelle de la conclusion d'un armistice l'arrête. Le traité de Presbourg est signé quelques jours après.

Situation de la Grande Armée le 22 décembre 1805 (Nafziger 805LXC)
3e Corps : Maréchal Davout (comme au 13 décembre)
2e Division :
33e de Ligne : 59 Officier, 1630 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

Le 26, l'armée reprend la route par laquelle elle est venue. Le 33e, avec le reste du 3e Corps, s'arrête d'abord en Bavière, puis, en février 1806, va s'installer définitivement dans la principauté d'OEttingen.

Le 3 avril 1806, Putigny est nommé Sous-lieutenant.

Par ailleurs, un Décret du 9 novembre a fait former deux Divisions avec des détachements tirés des troisièmes bataillons de la Grande Armée, qui ont fourni chacun leur Compagnie de Grenadiers et les lère et 2e de Fusiliers, toutes complétées à 100 hommes. Les 6 Compagnies fournies par 2 Bataillons différents forment un Bataillon de marche. La Division Lorges, formée à Juliers, compte 9 Bataillons; l'un des est organisé à partir des 33e et 111 de Ligne. Ces deux Divisions ne sont dissoutes que le 11 juillet 1806; chaque détachement verse ses hommes dans les Bataillons de guerre de son Régiment, puis les cadres retournent au Dépôt.

Situation de la Grande Armée le 18 juillet 1806 (Nafziger 806GXC)
3e Corps : Maréchal Davout
Division Friant
33e de Ligne : 1er et 2e Bataillons, 1323 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

 

Fifre de Grenadiers  33e de Ligne 1806 Fifre de Grenadiers  33e de Ligne 1806 Fifre de Grenadiers 1806-1807 33e de LigneHabit de Fifre de Grenadiers 1806-1807 33e de Ligne
Fig. 11 Fifre de Grenadiers en grande tenue, 1806-1807, d'après H. Feist pour Bucquoy (source : Collections Alsaciennes)
Fig. 11a Fifre de Grenadiers, 1806-1807, d'après Forthoffer (source : Collections Alsaciennes)
Fig. 11b Fifre de Grenadiers, grande tenue, 1806-1807, d'après Rigo (source : Musée Historique de Strasbourg); à côté, détail de l'habit
fifre 33e de Ligne 1806-1807
Fifre de Grenadiers 1806-1807 33e de Ligne
Fig. 11c Fifre et étui de fifre d'après Rigo (source : Réglement de Bardin et Musée des instruments anciens du Conservatoire Nationale de Musique de Paris)
Fig. 11d Fifre de Grenadiers en grande tenue, 1806-1807 (revue anglaise Tradition N°26)

 

e/ Campagne de 1806

Tambour de Grenadiers 33e de Ligne 1806-1807
Fig. 12 Tambour de Grenadiers en grande tenue, 1806-1807 (revue anglaise Tradition N°26)

Au mois de septembre 1806, le 33e Régiment d'Infanterie occupe encore, dans la principauté d'OEttingen, les cantonnements qu'il a pris à la fin de la campagne précédente. Le reste du 3e Corps est établi, partie dans cette principauté, partie dans celle de Hohenlohe, dans le Royaume de Wurtemberg. Depuis le 1er septembre, le Général Kister remplace le Général Heudelet.

Le 16, le Régiment est en position à Gaildorf.

Un ordre du 18 septembre prescrit d'organiser à Mayence 4 Bataillons d'élite et 4 Bataillons de Dragons à pied, qui forment la Brigade Dorsenne attachée à là Garde. Les Bataillons de Dépôt, en garnison à Mayence ou à proximité, fournissent leurs Compagnies de Grenadiers et de Voltigeurs pour former les Bataillons d'élite : 3e Bataillon : Compagnies des 3es Bataillons des 22e, 33e, 39e de ligne. Les compagnies sont de 100 hommes.

Un ordre du 22 septembre fixe la composition de la Grande Armée : 3e Corps : Davout : 26 bataillons (dont 2 du 33e de Ligne).

La situation est devenue menaçante devant l'attitude de la monarchie prussienne dont toutes les forces s'acheminent vers le Mayn. Dès le 28 septembre, Davout réunit tout son Corps d'armée dans la principauté d'OEttingen. La 2e Division (Friant), dont le 33e fait toujours partie, occupe les villages des deux rives de la Regnitz. Précisons que notre Régiment, au sein de la Brigade Kister, aligne 2186 soldats et 60 Officiers.

Le 1er octobre, le Régiment a au 1er Bataillon 27 Officiers et 826 hommes; au 2e, 27 Officiers et 832 hommes, tandis que les Grenadiers et les Voltigeurs du 3e Bataillon comptent 6 Officiers et 204 hommes. L'Etat major quant à lui comprend 9 Officiers et 14 hommes de troupe.

Ordre de bataille français, septembre-octobre 1806 (Nafziger 806IAL)
3e Corps : Maréchal Davout (1er octobre)
2e Division : Friant
33e de Ligne
Etat major : 9 Officiers, 14 hommes.
1er Bataillon : 27 Officiers, 826 hommes.
2e Bataillon : 27 Officiers, 832 hommes
3e Bataillon (Grenadiers et Voltigeurs) : 6 Officiers, 204 hommes

Sources : Foucart, Campagne de Prusse (1806)

Quelques jours après, toute la Grande Armée est en mouvement.

Situation du 3e Corps le 5 octobre 1806 (Nafziger 806JAE et 806JBI pour le 14 octobre)
3e Corps : Maréchal Davout
2e Division Friant
Brigade Kister
33e de Ligne :
Etat major : 9 Officiers, 14 hommes.
1er Bataillon : 27 Officiers, 826 hommes
2e Bataillon : 27 Officiers, 832 hommes
3e Bataillon :
- Grenadiers : 3 Officiers, 100 hommes
- Voltigeurs : 3 Officiers, 104 hommes
- 16 Officiers et 324 hommes à Mayence

Sources : Archives françaises (806JAE)
Foucart, Campagne de Prusse (1806) et Opérations du 3e Corps, 1806-1807, Rapport du Maréchal Davout, Duc d'Auerstaedt, 1896, Paris, Calmann Lévy (806JBI)

Le 8 octobre, la 2e Division arrive sous Kronach. Le 10, sur les hauteurs de Schleiz et, le 12, elle poursuit sa marche dans la direction de Nauembourg. Le Duc de Brunswick, commandant en chef des forces prussiennes divisées en deux armées, a alors son quartier général à Erfürt. Son intention est d'aller à la rencontre de l'armée française avec ses forces aussi concentrées que possible et de livrer une bataille décisive. Il ne doute pas que sa supériorité numérique et surtout le nombre et la valeur de ses cavaliers ne lui procurent un entier succès. Napoléon ne va pas lui laisser le temps de mettre ce plan à exécution.

Situation de la Grande Armée le 12 octobre 1806 (Nafziger 806JAB)
3e Corps : Maréchal Davout
Division Friant
33e de Ligne : 1er et 2e Bataillons

Sources :
- Foucart, Campagne de Prusse (1806)
- Bressonnet, P., Etudes tactiques sur la campagne de 1806 (Saalfeld- Iéna-Auerstedt), Librairie Militaire R. Chapelot et Cie, Paris, 1909.

Situation du 3e Corps le 14 octobre 1806 (Nafziger 806JAE et 806JBI pour le 14 octobre)
3e Corps : Maréchal Davout
2e Division Friant
Brigade Kister
33e de Ligne : Colonel Cartier; 2 Bataillons, 20148 hommes

Sources : Auerstaedt 1806, Socomer Editions 1988. Musée de l'Armée, Paris.

Le 14, les deux armées prussiennes ne sont pas encore réunies et, dans la nuit précédente, Davout a reçu l'ordre de se porter sur Apolda. Le 14, dès 4 heures du matin, celui ci se met en mouvement et, à la pointe du jour, sa tête de colonne vient butter contre la 3e Division prussienne (Schmettau) qui est en ligne en arrière de Hassenhausen. Celle-ci dispose d'une immense cavalerie, et Blücher, à la tête de vingt-cinq Escadrons vient s'établir sur les derrières du 3e Corps pendant que l'infanterie prussienne réunit tous ses efforts contre le 25e Régiment d'Infanterie, le premier en ligne.

L'attaque de Blücher échoue complètement. Tous ses efforts viennent se briser contre les carrés et la cavalerie, fort maltraitée, se retire dans le plus complet désordre jusqu'à Echartsberg.

De son côté, le 25e, soutenu par les troupes qui entrent peu à peu en ligne, se maintient. A 8 heures 1/2, le Général Friant, à la tête de la 2e Division en colonne serrée par Bataillon, débouche à son tour sur le plateau d'Hossenhausen. A ce moment, le Prince Henri de Prusse menace de tourner la droite de la ligne française. Davout recommande à Friant de ne pas se laisser déborder, et celui-ci fait marcher aussitôt les 33e et 48e sous les ordres du Général Kister, sur la droite de Spilberg, de façon à tourner l'ennemi en s'avançant entre Spilberg et Zichau. Avec le reste de sa Division, Friant se porte contre Spilberg et, après une lutte longue et acharnée, s'en empare. Maitre de ce point important, il dirige le Général Lochet avec le 108e sur Popel.

Tambour de Voltigeurs 1806-1808 33e de Ligne
Tambour de Voltigeurs 33e de Ligne 1806-1807
Cornet de Voltigeurs 33e de Ligne, 1806-1807
Fig. 13 Tambour de Voltigeurs en grande tenue, 1806-1807 d'après Ragaz (?); Rasttat
Fig. 13a Tambour de Voltigeurs en grande tenue, 1806-1807 (revue anglaise Tradition N°26)
Fig. 13b Cornet de Voltigeurs en grande tenue, 1806-1807 (revue anglaise Tradition N°26)

Tandis que la 2e Division tourne ainsi l'aile gauche prussienne, la Division Morand, à l'extrémité du plateau, en face du moulin d'Emsen, déborde son aile droite.

A midi et demi, les Prussiens commencent à plier. A 1 heure, ils évacuent les hauteurs d'Hassenhausen et leur déroute se serait changée en un complet désastre si Kalkreuth ne s'était présenté avec ce qui lui reste de la réserve. Il s'avance sur les hauteurs en arrière de Tauchnitz et de Rehehausen, ayant devant lui le ruisseau qui coule de Popel à Rehehausen.

Débordé sur sa droite par Morand, foudroyé sur sa gauche par l'artillerie de Friant, il revient prendre position en arrière de Gunstadt. Là, attaqué vigoureusement sur sa gauche par la 2e Division qui s'avance au delà de Popel, il ne peut tenir et est obligé de prendre une troisième position sur les hauteurs d'Ekartsberg où se terminent, vers 4 heures 1/2, les opérations de cette mémorable journée.

Telle fut la bataille d'Auerstaedt, une des plus brillantes que l'armée française ait livrées.

Selon Martinien, le Chef de Bataillon Cartier, le Capitaine Adjudant major Schubart, le Capitaine Archambault ont été tués; le Capitaine Nadeau, le Lieutenant Werquin, et les Sous lieutenants Voisin, Froger et Valmalette de Coustel ont été blessés.

Le Roi de Prusse indique Weimar comme rendez-vous général. Davout, avec un Corps de trois Divisions d'Infanterie et de trois faibles Régiments de Chasseurs à cheval dans lesquels ne se trouve pas un homme qui n'ait pris part au combat, ne peut poursuivre, aussi vigoureusement qu'il le désire, une armée encore trois fois plus nombreuse que la sienne. L'Infanterie bivouaque sur les positions conquises tandis que les trois Régiments de Chasseurs continuent à suivre l'ennemi.

Le 15, la marche est reprise par toute l'armée. Le 3e Corps arrive ce même jour à Freyberg, puis à Leipzig le 18, à Wittemberg le 21 et le 25 entre le premier à Berlin en récompense de sa belle conduite à la journée d'Auerstaedt. Le magnifique 33e de Ligne de l'Empire, vêtu de blanc et de violet, défila ainsi le premier dans Berlin. C'est l'occasion d'un certain nombre de promotions :

"Au quartier-général, à Berlin, le 28 octobre 1806
Hubert, capitaine, est nommé chef de bataillon; Simond, lieutenant : capitaine; Latouche, idem : idem; Delanoy, idem :idem; Hedel, sous-lieutenant : lieutenant; Magoulez : idem : idem; Gaux, idem : idem; Binet, adjudant-sous-officier : sous-lieutenant; Maublanc : idem : idem
" (source : Le Moniteur Universel du 7 décembre 1806).

La poursuite est à peine interrompue par cette entrée dans la capitale prussienne. Le 31, le 3e Corps est à Francfort, et de là se porte vers la Pologne, à la rencontre de l'armée russe. Le 10, il entre à Posen, y séjourne jusqu'au 15 et atteint Varsovie à la fin du mois.

A la date du 12 novembre, le 33e ne compte plus que 52 Officiers et 1473 hommes.

Situation du 3e Corps le 12 novembre 1806 (Nafziger 806KAB, 806KAM, 806KBJ, 806LAN)
3e Corps : Maréchal Davout
2e Division Friant
Brigade Kister
33e de Ligne : 1er et 2e Bataillons; 52 Officiers, 1473 hommes

8e Corps Mortier novembre-décembre 1806 (Nafziger 806KBJ)
Division de Grenadiers : Général de Division Oudinot
lère Brigade : Général de Brigade Laplanche-Mortiers
2e Régiment provisoire (2 Bataillons)
4e Bataillon :
33e de Ligne : 2 Compagnies

Sources : Foucart, Campagne de Prusse, 1806 (806KAM)
Archives françaises, carton C2-470 (806LAN)

Situation de la Grande Armée en novembre 1806 (Nafziger 806KXA)
3e Corps : Maréchal Davout
Division Friant
33e de Ligne : 1er et 2e Bataillons ; 1323 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2-470

Situation de la Grande Armée le 20 novembre 1806
3e Corps : Maréchal Davout
2e Division Friant
33e de Ligne : Colonel Raymond
1er et 2e Bataillons ; 51 Officiers, 1473 hommes

Le 1er décembre, le 3e Corps séjourne à Varsovie. Le 2, l'ennemi ayant évacué Praga, deux Régiments passent la Vistule le même jour dans des barques. Les jours suivants, le reste du 3e Corps effectue également ce passage qui s'opère très lentement par suite des faibles moyens dont on dispose.

Tambour de Fusiliers 33e de Ligne 1806-1807
Fifre de Fusiliers 33e de Ligne, 1806-1807
Fig. 14 Tambour de Fusiliers en grande tenue, 1806-1807 (revue anglaise Tradition N°24)
Fig. 14a Fifre de Fusiliers en grande tenue, 1806-1807 (revue anglaise Tradition N°24)

On s'empresse ensuite de franchir le Bug, et, le 24, le 3e Corps se met en marche sur Nazielsk. La Division Friant, en tête, est précédée de deux Divisions de Dragons et de la Cavalerie légère du Corps d'armée. Cette cavalerie rencontre l'ennemi à Nazielsk. Il est fort de plusieurs Régiments d'Infanterie et de plusieurs milliers de chevaux. Une canonnade assez vive est engagée de part et d'autre lorsque la Division déhouche. Elle trouve l'ennemi occupant les hauteurs en avant d'un bois situé en face de Nazielsk.

Le 33e et les Voltigeurs de la Division sont dirigés de manière à se porter sur le flanc droit de l'ennemi. Ce mouvement est exécuté avec autant de vigueur que de rapidité et a un plein succès. Le 33e enlève trois pièces de canon.

"Friant réunit les compagnie de voltigeurs de sa division; conduites par le chef de bataillon Toulouse du 33ème de ligne, elles abordèrent l'ennemi à la baïonnette et le chassèrent des bois. Après une résistance opiniâtre, les avants-postes russes se replièrent sur le gros de leurs forces, laissant trois canons aux mains des Français" (Gloire et Empire N°9, page 49).

La 2e Division traverse ensuite la forêt. L'ennemi s'est reformé au débouché. Friant l'aborde immédiatement et après une courte lutte le met en fuite dans un complet désordre.

Selon Martinien, le Major Pouchelon, et les Capitaines Vannier et Nortier ont été blessés.

Cette action est la dernière de l'année 1806. La Division prend des cantonnements sur la Narew jusqu'au 27 janvier 1807.

Situation de la Grande Armée en janvier 1807 (Nafziger 807AAA; 807AAH)
3e Corps : Maréchal Davout (20 janvier 1807)
2e Division Friant
Brigade Lochet
33e de Ligne : 1er et 2e Bataillons ; 48 Officier, 1352 hommes

Sources : Foucart, P., Campagne de Pologne (novembre-décembre 1806- Janvier 1807 (Pultusk et Golymin) d'après les Archives de la Guerre, Librairie Militaire Berger-Levrault & Cie, Paris, 1882.

Précisons que le 11 décembre 1806, le Colonel Saint Raymond est décédé à Varsovie.

Certaines sources indiquent que le 33e a combattu à Czarnowo.

Entre temps, le 21 octobre, l'Empereur a ordonné la formation, à Berlin, de la Division de Grenadiers Oudinot, pour faire venir à l'armée les Compagnies d'élite des Bataillons de Dépôt; le Maréchal Kellermann doit faire partir toutes ces Compagnies, complétées à 100 hommes. Au mois de décembre, avec les 4 Bataillons d'élite et les Compagnies venant de France, il est organisé 17 Bataillons formant 7 Régiments. Chaque Bataillon a 6 Compagnies (3 de Grenadiers et 3 de Voltigeurs), excepté 5 qui en ont 8. Le 2e Régiment comprend : 1er Bataillon, Compagnies des 9e Léger, 32e, 96e; 2e Bataillon, Compagnies des 30e, 51e, 61e; 3e Bataillon, Compagnies des 25e Léger, 33e, 48e.

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 10 janvier 1807 (Nafziger - 807AXB)
Commandant : Oudinot
1ère Brigade : Général de Brigade Ruffin
2e Régiment :
4e Bataillon : Chef de Bataillon Chabert (19 Officiers, 520 hommes)
3e Compagnie, Grenadiers 33e de Ligne
4e Compagnie, Voltigeurs 33e de Ligne

Source : Archives françaises, Carton C2 481

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 20 janvier 1807 (Nafziger - 807AXD)
Commandant : Oudinot
1ère Brigade : Général de Brigade Ruffin
2e Régiment :
4e Bataillon : Chef de Bataillon Chabert (19 Officiers, 507 hommes)
3e Compagnie, Grenadiers 33e de Ligne
4e Compagnie, Voltigeurs 33e de Ligne

Source : Archives françaises, Carton C2 481

Par ailleurs, les conscrits de 1806 étant arrivés dans les Dépôts, l'Empereur décide de les employer sur la ligne de communication en attendant le moment de leur incorporation dans les Bataillons de guerre. Il ordonne le 10 novembre au Maréchal Kellermann de prendre une Compagnie de 140 hommes dans chaque Dépôt et d'en former 4 Régiments provisoires à 2 Bataillons : un Major commande un Régiment, un Chef de Bataillon et un Adjudant-major chaque Bataillon. Il suffit que les conscrits soint habillés et armés ; leur instruction doit se faire dans les places. Après l'incorporation des soldats, les cadres doivent retourner en poste au Dépôt. Le 3e Régiment provisoire a son 1er Bataillon formé avec 5 Compagnies des 27e, 30e, 33e, 51e, 62e et son 2e avec 6 des 25e, 28e légers, 12e, 21e (2 Compagnies) et 111e. Fort de 1560 hommes, il part le 25 novembre pour Cassel, va le 20 décembre à Magdebourg et le 20 février 1807 à Berlin; envoyé le 20 mars à Posen, il en part le 24 avril pour Thorn, où il est incorporé le 27.

 

f/ Campagnes de 1807

 

- Pologne

Vers cette époque ces cantonnements sont l'objet d'attaques fréquentes de la part des Russes. Dans une de ces attaques, le 26, à Altducknel, la Compagnie des Voltigeurs du 2e Bataillon se comporte d'une façon remarquable. Assaillie, vers 8 heures du matin, par 800 Cosaques et 200 hommes d'infanterie, elle est cernée de toutes parts. Elle résiste pendant trois heures à des forces aussi supérieures et lorsqu'on vient à son secours, l'ennemi a déjà pris la fuite. La belle attitude de cette Compagnie commandée par le Capitaine Maret est mise à l'ordre du jour de l'armée.

Situation du 3e Corps - 1er février 1807 (Quintin - Eylau)

Commandant : Davout

2e Division : Friant

33e de Ligne(Pouchelon) : 1er et 2e Bataillons : 48 Officiers et 1352 hommes.

Source : Livrets de situations de la Grande Armée conservés au SHD, Département Terre, sous la cote C2-476

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 2 février 1807 (Nafziger - 807BXB)
Commandant : Oudinot
1ère Brigade : Général de Brigade Ruffin
2e Régiment :
4e Bataillon : Chef de Bataillon Chabert (19 Officiers, 502 hommes)
1ère Compagnie, Grenadiers 33e de Ligne
2e Compagnie, Voltigeurs 33e de Ligne

Source : Archives françaises, Carton C2 481

La proximité de l'armée russe détermine Napoléon à se porter contre elle malgré la rigueur de la saison et le mauvais état des voies de communication. Le lendemain, le 3e Corps se met en marche, se dirigeant sur Preusch-Eylau. Le 6 février, l'ennemi est en retraite sur Eylau et la Division Friant est chargée de l'inquiéter dans son mouvement. L'ayant joint à Jegothen, ce Général le fait poursuivre par le 33e qui, soutenu par de l'artillerie, met le désordre dans ses rangs et enlève à la baïonnette le village de Schwolmen.

Caporal Sapeur  33e de Ligne 1806 Caporal Sapeur 33e de Ligne 1806 Caporal sapeur 33e de Ligne 1806-1807
Fig. 15 Caporal Sapeur en grande tenue, 1806-1807, d'après H. Feist pour Bucquoy (source : Collections Alsaciennes)
Fig. 15a Caporal Sapeur en 1806-1807 d'après R. Forthoffer (source : collection Knötel)
Fig. 15b Caporal Sapeur en grande tenue, 1806-1807 (revue anglaise Tradition N°24)

Enfin, dans la nuit du 7 au 8, l'ordre est donné au 3e Corps de se mettre en route, avant le jour, pour faire sa jonction, à Eylau, avec le 4e, et attaquer l'ennemi. La Division Friant, qui marche en tête, se porte de bonne heure sur Serpallen, sur le flanc gauche de Russes. Il ne fait pas jour quand elle rencontre les Cosaques et, peu après, elle est en bataille sur les hauteurs en deçà de Serpallen, occupant le village avec quelques Compagnies du 48e.

A ce moment, la lutte est déjà engagée par le 4e Corps, la Garde et la cavalerie de Murat. Le Général Lochet, à la tête du 33e, et suivi du reste de la Division, s'avance alors dans la direction de Kleinsausgarten. Il repousse d'abord un gros de cavalerie qui se porte sur sa droite, mais celle-ci reparait bientôt, soutenue par un Corps de 8 à 10000 hommes d'infanterie qui viennent de Kleinsausgarten. L'engagement est long et meurtrier; enfin, les 33e, 48e et 108e Régiments d'infanterie restent maîtres du terrain.

Ce résultat atteint, Friant ordonne au Général Lochet d'enlever Kleinsausgarten avec un Bataillon du 33e. L'artillerie russe, qui a pris position près ce village, dirige de là un feu très vif sur la 2e Division, et il devient indispensable de l'en déloger. Le Bataillon du 33e attaque le village avec une telle vigneur qu'il l'emporte en fort peu de temps; mais il ne peut s'y maintenir pendant plus d'une demi-heure. Attaqué sur la droite par une colonne d'environ 5000 hommes, il doit se replier sur le gros de la Division.

Pendant que le Bataillon du 33e effectue ce mouvement, la Cavalerie russe se précipite sur le 33e et le 48e, mais elle ne parvient pas à les entamer. A peine délivrés de cette attaque, ces deux Régiments se trouvent en présence d'un nouvel ennemi, Le Corps d'Infanterie qui a repris Kleinsausgarten, renforcé de 2000 hommes, continue à gagner du terrain et les assaille bientôt avec la plus grande énergie. Le 33e et le 48e, appuyés sur la droite par la Cavalerie légère, reçoivent le choc avec leur calme habituel; puis, prenant à leur tour l'offensive, ressaisissent définitivement l'avantage.

Malheureusement, ce triomphe est payé de la vie du Général Lochet qui tombe mortellement frappé au moment où l'ennemi, rompu, fuit en désordre.

C'est le dernier épisode de cette rude journée; la Division réoccupe Kleinsausgarten et y passe la nuit.

Selon Martinien, ont été tués à Eylau : Capitaines Bertin, Guéroult, Guizard, Moret, Robert; Lieutenants Gleisolle, Magoulèse, Metras; Sous lieutenant Cotteret; sont morts des suites de leurs blessures les Capitaines Amaury (mort le 19), Gavroy (mort le 12) et Simon (mort le 1er mars). Ont également été blessés le Chef de Bataillon Toulouse, les Capitaines Hennon, Jaurèche, Léonard, Lion, Faivre; les Lieutenants Bovery, Gamelin, Peyrusse; les Sous lieutenants Delpech, Caillez, Durand.

D. et B. Quintin notent au total pour le Régiment 9 Officiers tués (8 tués, 1 blessé mortellement), 96 Sous-officiers et soldats morts (89 tués, et 7 mortellement blessés), soit 108 morts; auxquels ils ajoutent 3 cas incertains, rayés des contrôles car sans nouvelle après blessure à Eylau, et 4 cas, morts après le 8 février 1807 par suite de blessures sans autre précision.

Jusqu'au 16, l'armée reste autour d'Eylau. La saison ne permet pas de poursuivre les opérations, et Napoléon la ramène sur la Passarge, où elle prend ses quartiers d'hiver.

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 20 février 1807 (Nafziger - 807BXA)
Commandant : Oudinot
1ère Brigade : Général de Brigade Ruffin
2e Régiment :
4e Bataillon : Chef de Bataillon Chabert (17 Officiers, 386 hommes)
3e Compagnie, Grenadiers 33e de Ligne
4e Compagnie, Voltigeurs 33e de Ligne

Source : Archives françaises, Carton C2 481

 

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 19 mars 1807 (Nafziger - 807CXB)
Commandant : Oudinot
1ère Brigade : Général de Brigade Ruffin
2e Régiment :
4e Bataillon : Chef de Bataillon Chabert
3e Compagnie, Grenadiers 33e de Ligne : 3 Officiers, 69 hommes
4e Compagnie, Voltigeurs 33e de Ligne : 3 Officiers, 63 hommes

Source : Archives françaises, Carton C2 481

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 30 mars 1807 (Nafziger - 807CXC)
Commandant : Oudinot
1ère Brigade : Général de Brigade Ruffin
2e Régiment :
4e Bataillon : Chef de Bataillon Chabert
3e Compagnie, Grenadiers 33e de Ligne : 3 Officiers, 67 hommes
4e Compagnie, Voltigeurs 33e de Ligne : 3 Officiers, 69 hommes

Source : Archives françaises, Carton C2 481

Au 1er avril, Lochet est remplacé par Gilly. A cette date, le 33e est au 3e Corps Davout, 2e Division Friant, Brigade Gilly; son effectif est de 1355 hommes répartis en 2 Bataillons.

Emplacement des troupes de l'Empire français à l'époque du 1er avril 1807
Numéros des Régiments, et noms des Colonels
Majors, Chefs de Bataillon et Quartiers-maîtres
Numéro des Bataillons
Emplacement, et conscription de l'an 1807
Division Militaire
33e Ponchelon

Duperroux
Toulouse
Hubert
Berton
Vandevoorde

Major
1er
2e
3e
Quartier-maître


2e Division 3e Corps
2e Division 3e Corps
à Mayence
Conscrits de l'Eure et du Finistère




26e

"Par décret rendu au camp impérial de Finckenstein, le 14 avril 1807, Sa Majesté a nommé membres de la Légion-d'Honneur, les militaires ci-après désignés :
33e régiment d'infanterie de ligne.
MM. Demarle, Nortier, Delaporte, Malignon, Jaurèche, Nadeau, capitaines; Eslin, Valmalette, lieutenans; Letuat, aide-major; Liobart, Lefort, sergens-majors; Lardent, Cotteret, Bergens; Gachot, caporal; Dubois, fusilier; Lucas, grenadier; Hure, Livet, voltigeurs
" (Les Bulletins de la Grande armée : précédés des rapports sur l'armée française, depuis Toulon jusqu'à Waterloo, extraits textuellement du Moniteur et des Annales de l'empire : histoire militaire du général Bonaparte et de l'empereur Napoléon, avec des notes historiques et biographiques sur chaque officier. Tome 4 / par Adrien Pascal).

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 15 avril 1807 (Nafziger - 807DXB)
Commandant : Oudinot
1ère Brigade : Général de Brigade Ruffin
2e Régiment :
4e Bataillon : Chef de Bataillon Chabert
3e Compagnie, Grenadiers 33e de Ligne : 3 Officiers, 85 hommes
4e Compagnie, Voltigeurs 33e de Ligne : 2 Officiers, 76 hommes

Source : Archives françaises, Carton C2 481

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 30 avril 1807 (Nafziger - 807DXC)
Commandant : Oudinot
1ère Brigade : Général de Brigade Ruffin
2e Régiment :
4e Bataillon : Chef de Bataillon Chabert
3e Compagnie, Grenadiers 33e de Ligne : 3 Officiers, 87 hommes
4e Compagnie, Voltigeurs 33e de Ligne : 2 Officiers, 79 hommes

Source : Archives françaises, Carton C2 481

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 15 mai 1807 (Nafziger - 807EXC)
Commandant : Oudinot
1ère Brigade : Général de Brigade Ruffin
2e Régiment :
3e Bataillon : Chef de Bataillon Fondousse
3e Compagnie, Grenadiers 33e de Ligne : 3 Officiers, 86 hommes
4e Bataillon : Chef de Bataillon Chabert
3e Compagnie, Voltigeurs 33e de Ligne : 3 Officiers, 76 hommes

Source : Archives françaises, Carton C2 481

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 1er juin 1807 (Nafziger - 807FXC)
Commandant : Oudinot
1ère Brigade : Général de Brigade Ruffin
2e Régiment :
3e Bataillon : Chef de Bataillon Fondousse
3e Compagnie, Grenadiers 33e de Ligne : 3 Officiers, 88 hommes
4e Bataillon : Chef de Bataillon Chabert
3e Compagnie, Voltigeurs 33e de Ligne : 3 Officiers, 77 hommes

Source : Archives françaises, Carton C2 481

Au 1er juin 1807, il y a au sein de la Division Oudinot, 1ère Brigade Ruffin, 3 Officiers et 77 Voltigeurs du 33e de Ligne, qui constituent la 3e Compagnie du 4e Bataillon (Chabert) du 2e Régiment.

Au 8 juin, la Grande armée comprend le 3e Corps du Maréchal Davout, fort de 32 Bataillons dont deux du 33e de Ligne. La campagne d'été est courte et brillante. Commencée dans les premiers jours de juin, elle se termine, le 14, à Friedland. Le 33e, selon l'historique abrégé, ne prend pas part à cette grande bataille. Martinien indique toutefois que les Lieutenants Cormery et Hedelin, et le Sous lieutenant Lebleu ont été blessés. Ils appartiennent très certainement au Corps d'Oudinot.

Ordre de bataille français le 14 juin 1807 (Nafziger - 807FAE)
Centre gauche
Réserve de l'Armée : Lannes
Division Oudinot
1ère Brigade : Général de Brigade Ruffin
2e Régiment provisoire
4e Bataillon :
33e de Ligne

Notons que le 7 janvier 1807, le 33e est passé sous le commandement du Colonel Etienne Francois Raymond Pouchelon.

Pouchelon Etienne François Raymond (Baron)

Officier général, né à Romans, le 25 septembre 1770, d'Etienne Pouchelon, notaire, et de Madeleine Fayolle, se préparait à être notaire à son tour, quand, cédant à l'entraînement général, il s'engagea dans un Bataillon de Volontaires de la Drôme, où il fut élu Sergent-major (12 octobre 1791), et avec lequel il fit campagne à l'Armée des Alpes. Devenu Quartier-maître trésorier d'une Compagnie de Canonniers volontaires, le 29 juin 1793, il passa, le 19 janvier suivant, dans la 118e Demi-brigade, faisant alors partie de l'Armée d'Italie, ce qui le mit à même de combattre à Montenotte, à Lodi, à Rivoli et sur le Tagliamento, puis de faire partie de l'expédition d'Egypte. Dans le cours de cette dernière campagne, il assista à la prise de Malte, à celle d'Alexandrie où il fut fait Capitaine (7 juillet 1797), à la bataille des Pyramides et au siège de St-Jean-d'Acre ; enfin, blessé d'un coup de feu, le 30 mars 1798, sa conduite devant Alexandrie lui fit donner le grade de Chef de bataillon, le 28 mars 1800.
Revenu en France peu de temps après, Pouchelon obtint, le 8 décembre 1802, le grade de Major avec lequel on l'envoya au camp d'Ostende ; chargé ensuite de commander un Régiment provisoire de Dragons, à la tête duquel il combattit à léna (14 oct. 1806), il passa au commandement du 33e de Ligne, dont il devint Colonel en titre le 7 janvier 1807, cette nomination étant la récompense de sa belle conduite à Nazielsk en Pologne, où il avait été blessé quatorze jours auparavant. Six mois plus tard (7 juillet 1807), la rosette d'Officier de la Légion d'Honneur était le prix de la bravoure dont il fit preuve à la bataille de Friedland, de même que les étoiles de Général de Brigade, qu'il reçut le 8 octobre 1812, furent celui des services rendus par lui à Eckmühl, à Wagram et pendant la campagne de Russie.
Baron de l'Empire le 26 octobre 1808 ou le 19 mars 1809.
Ayant ensuite fait la campagne de Saxe, le nouveau Général fut blessé à Leipzig, le 18 octobre 1813, ce qui l'obligea à prendre quelque repos, mais ne l'empêcha pas de commander bientôt après une Brigade de la Division Musnier. Retraité, quand même, par le gouvernement de la Restauration, le 7 octobre 1816, il obtint de celui de Louis-Philippe le commandement du département de la Drôme, le 6 décembre 1830, et même fut rappelé tout à fait à l'activité le 22 mars 1831 ; mais il mourut à Romans, le 3 septembre de la même année.
Biogr. Dauph., II, 291. — Arch. mun. de
Romans. — Arch. de la Guerre. — Etc.

In : "Dictionnaire biographique et biblio-iconographique de la Drôme : contenant des notices sur toutes les personnes de ce département qui se sont fait remarquer par leurs actions ou leurs travaux, avec l'indication de leurs ouvrages et de leurs portraits", Tome II. H-Z /
Auteur : Brun-Durand, Justin (1836-1910); Éditeur : H. Falque et F. Perrin (Grenoble), 1900-1901

Un ordre du 11 novembre 1807 dissout le Corps de Réserve et la Division Oudinot reste à Dantzig et passe sous les ordres de Davout. La Division Oudinot est réorganisée par ordre du 8 janvier : elle reste composée de 17 Bataillons, groupés en 8 Régiments. Chaque Bataillon a 6 Compagnies, soit les 2 Compagnies d'élite de 3 Bataillons différents; 8e Régiment, 1er Bataillon : Compagnies des 3es Bataillons des 25e léger, 33e, 48e, 108e ; 2e Bataillon : Compagnies des 40e, 64e, 88e.

En 1808, le 33e de Ligne est à Danzig.

Un projet, sans doute daté du 23 juin 1808 (Picard et Tuetey : Correspondance inédite de Napoléon 1er, conservée aux Archives de la guerre. T. II. 1808-1809. 2037) prévoit les dispositions suivantes :
"4° Grande Armée
Projet de formation de régiment de marche
Infanterie (...)
2e ... 3.920
(...) Projet de décret
Article premier. Il sera formé six régiments de marche de la Grande Armée ils seront organisés conformément au tableau ci-annexé.
Art. 2. Toutes les troupes qui doivent composer ces régiments seront bien habillées, bien armées, enfin mises en bon état et prêtes à partir de leur garnison le 1er août prochain.
Art. 3. (...) Le 2e (régiment de marche) se réunira à Hanau.
décret.
Art. 4. Nos ministres de la guerre, de l'administartion de la guerre et du Trésor public, sont chargés de l'exécution du présent décret.
6° . 2e régiment de marche ou régiment de marche du 3e corps.
(...) 2e bataillon (7 compagnies) ... trois compagnies, chacune de 140 hommes, de Mayence, 33e de ligne ... 420 hommes
".

Colonel  33e de Ligne 1806 Colonel 33e de ligne, 1806-1807
Fig. 16 Colonel en grande tenue, 1806-1807, d'après H. Feist pour Bucquoy (source : Collections Alsaciennes)
Fig. 16a Colonel en grande tenue, 1806-1807 (revue anglaise Tradition N°24)

 

- Péninsule ibérique

En parallèle, signalons la situation au Portugal et en Espagne. Déjà, le 28 octobre 1807, une lettre de Clarke à l'Empereur nous apprend qu'un détachement du 33e, soit quatre Compagnies stationnées à Mayence, est désigné pour rejoindre l'Armée des Côtes de l'Océan. "Les détachements désignés de ces corps se rendront par ordre du ministre du 29 octobre 1807, à Nancy, Sedan et Mézières où ils constitueront des régiments provisoires. Ces régiments provisoires ainsi formés de détachements de plusieurs corps n'auront pas de conseil d'administration. Les compagnies détachées conserveront la correspondance avec leur régiment pour la comptabilité et l'administration" (Archives Nationales, A.F. IV, 1604).

Les troupes espagnoles n'étant pas entrées en Portugal avec le Corps de Junot et l'attitude de ce gouvernement faisant craindre pour les communications de l'Armée du Portugal, l'Empereur ordonne, le 5 novembre, la création du Corps d'armée de l'Océan, commandé par le Maréchal Moncey et destiné à entrer en Espagne pour appuyer les Corps de Junot et de Dupont. Il est composé de 3 Divisions, qui doivent se rassembler à Metz, à Nancy et à Sedan. Pour former ce Corps, il est créé 12 Régiments provisoires d'Infanterie ayant chacun 4 Bataillons de 4 Compagnies de 150 Fusiliers prises à un 3e Bataillon. Un Colonel en second commande chacun de ces Régiments. Le développement donné aux formations provisoires et de marche menaçant de désorganiser le commandement de tous les Dépôts, l'Empereur a prescrit la nomination de Colonels en second et de Majors en second, en nombre variable suivant les besoins et à la disposition du Ministre pour commander toutes les formations éventuelles. Les 1er, 2e, 3e et 4e Régiments provisoires doivent se former à Metz (1re Division); les 5e, 6e, 7e, 8e à Nancy (2e Division); les 9e, 10e à Sedan et les 11e, 12e à Mézières (3e Division). Le détachement de chaque Régiment s'administre comme s'il était isolé, le Régiment provisoire ne doit avoir ni conseil, ni administration particulière. Le 12e Provisoire est formé avec 4 Compagnies des 21e, 29e, 33e, 76e.

Tous ces 3es Bataillons appartiennent aux Régiments de la Grande Armée : beaucoup d'entre eux ont leurs 2 Compagnies d'élite, à la Division Oudinot et il ne reste que 3 Compagnies de Fusiliers pour former le Dépôt des Régiments. Les Divisions doivent être dirigées sur Bayonne dès que leur formation sera achevée; pour accélérer ce mouvement, 3 routes avec relais de voitures sont établies de Nancy, de Metz et de Sedan à Bordeaux. De nouveaux ordres ayant prescrit de commencer le transport dès le 15 novembre, les Bataillons sont mis en route au fur et à mesure de leur arrivée aux points de rassemblements ; il en résulte que les Régiments, les Brigades et les Divisions ne peuvent s'organiser qu'à Bordeaux. Les Divisions se rendent de Bordeaux à Bayonne par étapes, chaque Régiment formant une colonne.

L'itinéraire de l'Armée des Côtes de l'Océan (annexe à une lettre de Clarke à l'Empereur - Archives Nationales, A.F. IV, 1604) nous apprends que 4 Compagnies du 33e de Ligne soit 600 hommes font partie de la 3e Division, 5e Colonne, 1er Bataillon provisoire; elles doivent être à Mézières le 28 novembre, et à Orléans le 13 décembre.

Dans une lettre datée de Milan le 23 décembre, l'Empereur ordonne que le Corps de l'Océan entre en Espagne de manière à être concentré à Vitoria du 5 au 12 janvier 1812.

Selon Belhomme, le peu de temps laissé pour l'exécution des ordres a fait que les Compagnies n'ont pu partir avec le complet fixé. En outre, un certain nombre d'hommes sont restés en arrière et sont rassemblés à Orléans, à Bordeaux et à Bayonne. Les détachements de complément sont dirigés sur Orléans et y sont organisés en 14 Bataillons de marche, qui comptent le 21 décembre 104 Officiers et 5465 hommes. Ces Bataillons forment 2 Brigades, commandées chacune par un Major, et une Division de réserve. Elle part en 4 colonnes du 20 décembre au 2 janvier, recueille les trainards à son passage à Bordeaux et à Bayonne et rejoint le Corps Moncey à Vittoria : les Bataillons de marche sont dissous et les hommes rallient leurs Bataillons dans les Régiments provisoires.

Dans une deuxième lettre datée de Milan le 23 décembre, Napoléon prescrit effectivement à la Division de réserve restée à Orléans de rallier Bayonne. La 4e colonne comprend 4 Compagnies du 33e de Ligne soit 11 Officiers et 417 hommes. Cette colonne doit théoriquement arriver à Bayonne le 1er février.

En fait, le 1er janvier 1808, selon Belhomme, ce sont 13 Officiers et 385 hommes qui sont amalgamés avec des hommes du 21e de Ligne pour former le 12e Régiment provisoire, au sein de la Brigade Ruby, 3e Division.

Le 1er janvier 1808, au sein du Corps des Côtes de l'Océan commandé par Moncey, 3e Division Morlot, 2e Brigade Ruby, le 33e a au sein du 12e Régiment provisoire 13 Officier et 385 hommes (d'après Grasset, A., La Guerre d'Espagne (1807-1813), Paris, 1914 - donné par Nafziger 808ASCB.pdf).

Dans un ordre de l'Empereur daté du 12 janvier, il est indiqué : "L'Empereur a ordonné la formation d'une division de réserve d'infanterie qui sera réunie à Orléans le 1er février 1808.
Cette division sera composée de trois brigades, chaque brigade de deux régiments provisoires et chaque régiment de trois bataillons. La 1re brigade sera composée des 13e et 14e régiments provisoires (...)
Les trois bataillons du 14e régiment provisoire doivent être composés de quatre compagnies chacun, tirées des 4e, 8e, 3e, 18e, 21e, 22e, 24e, 27e, 30e, 33e et 34e régiments de ligne (...)
Le général de division Verdier commandera cette division de réserve, le général Schramm y sera employé
" ("Correspondance inédite de Napoléon 1er, conservée aux Archives de la guerre. T. II. 1808-1809. - 1912 / publiée par Ernest Picard,... et Louis Tuetey,... ; 1511).

Le 1er avril, le Corps d'Observation des Côtes de l'Océan est commandé par Moncey, la 3e Division par Morlot, et Ruby a été remplacé par Lefebvre. Il y a encore 11 Officiers et 310 hommes au détachement du 33e de Ligne.

Nous n'avons pas trouvé de trace de ce détachement après la réorganisation des Armées d'Espagne par l'Empereur en septembre et octobre 1808. Et pour cause. En effet, les Régiments provisoires manquant de cohésion et ne rendant pas de grands services, l'Empereur décide de les transformer en Régiments définitifs et un Décret du 1er juillet 1808 en forme les 114e, 115e, 116e, 117e, 118e, 119e et 120e de Ligne et le 33e léger. En raison des opérations auxquelles les Corps provisoires prennent part, cette organisation ne peut se faire que le 10 septembre, mais elle est préparée dès le mois de juillet par les mouvements suivants : Le 12e Provisoire est disloqué et ses Bataillons remplacent dans les autres Régiments les Bataillons qui rejoignent leurs Corps. Ainsi, le 3e Provisoire, à la place des Bataillons du 51e, reçoit le Bataillon du 33e (12e Provisoire).

L'organisation des nouveaux Régiments se fait de la manière suivante : le 115e est formé avec les 3e et 4e Régiments provisoires.

Par ailleurs, dans une lettre adressée à Berthier le 17 novembre 1808, l'Empereur écrit : "Mon Cousin (...) Les détachements (...) de 40 hommes du 33e (...) rejoindront le 118e lorsque ce régiment arrivera à Burgos" (Picard et Tuetey : Correspondance inédite de Napoléon 1er, conservée aux Archives de la guerre. T. II. 1808-1809. 2465).

 

g/ Campagne de 1809

Officier de Fusiliers 33e de Ligne 1806 Officier de Fusilier 33e de Ligne, 1806-1807
Fig. 17 Officier de Fusiliers, d'après Noirmont et Marbot
Fig. 17a Capitaine de Fusiliers en grande tenue, 1806-1807 (revue anglaise Tradition N°24)

 

- Autriche

Un Décret du 12 octobre 1808 prononce la dissolution de la Grande Armée. Il restait en Allemagne entre autres l'Armée du Rhin, commandée par le Maréchal Davoust et composée de 101 Bataillons (parmi lesquels ceux du 33e, auxquels il faut ajouter les éléments au sein du Corps d'Oudinot et le 4e Bataillon du 33e).

Les troupes qui restent en Pologne et en Silésie et celles qui sont maintenues au delà du Rhin, dans les pays de Bayreuth, d'Erfurt, Fulda, Hanovre, Magdebourg, sont donc organisées, en une même armée, sous la dénomination d'Armée du Rhin. Le commandement de cette armée est confié au Maréchal Davoust.

Dans les premiers jours de 1809, la 2e Division (Friant) qui comprend les 15e Léger, 33e, 48e, 108e et 111e d'Infanterie, est établie dans le pays de Bayreuth et les autres Corps répartis autour de cette ville de façon à pouvoir être rassemblés en trois heures au point de la concentration de la Division qui est sur la route de Hof entre Bayreuth et Berneck. Au 1er janvier 1809, le 33e de Ligne a ses trois premiers Bataillons à la 1ère Brigade Hervo de la 2e Division Friant de l'Armée du Rhin commandée par le Maréchal Davout (Nafziger 809AAC).

L'Autriche fait des préparatifs de guerre dont on n'a eu d'exemple à aucune époque, et les journaux d'Allemagne préparent les esprits à une nouvelle guerre contre la France. Vers le milieu de mars, les mouvements des forces autrichiennes prennent un caractère si décisif qu'il n'est plus permis de douter que le territoire de la Confédération du Rhin est sérieusement menacé. L'Armée du Rhin reçoit, en conséquence, l'ordre de se concentrer, le plus promptement possible, entre Bamberg et Bayreuth. En cas d'événements, tous les Corps doivent se réunir entre Ingolstadt et Donauwerth, de façon que l'armée soit couverte, sur la droite du Danube, par le Leck, et, sur la gauche, par la Rednitz.

Le 5 mars 1809, au sein de l'Armée du Rhin, la Division Friant est réunie à Bayreuth. Le 33e, qui compte 3 Bataillons ainsi que les Grenadiers et les Voltigeurs du 4e Bataillon, aligne 2351 hommes, toujours sous les ordres du Colonel Pouchelon. Il doit par ailleurs recevoir 200 hommes en provenance de son Dépôt. Fait intéressant, ces hommes devaient se trouver à Strasbourg le 31 mars.

Une situation extraite de la Collection Nafziger donne également la situation de l'Armée française du Rhin du 5 au 28 mars : 2e Division, Général de division Friant, ler, 2e, 3e Bataillons du 33e (+ Grenadiers et Voltigeurs du 4e Bataillon), 2351 hommes, + détachement du Dépôt de 200 hommes (Nafziger 809CBT - source : Saski, "Campagne de 1809 en Allemagne et en Autriche", Paris, 1902).

Le 3 mars, l'Empereur prescrit au Général Clarke d'étudier la formation d'un Corps de Réserve en utilisant les 5e Bataillons en tout ou en partie.

Dans une lettre adressée depuis Paris à Clarke et datée du 3 mars, l'Empereur écrit par ailleurs : "Monsieur le général Clarke, donnez l'ordre qu'une ou deux compagnies de fusiliers, complétées à 140 hommes, des 4e bataillons des (...) 33e (...) partent sans délai pour Strasbourg.
On formera de ces compagnies autant de bataillons de marche qu'il y aura de fois six compagnies, en ayant soin de mettre ensemble les compagnies des régiments qui appartiennent à l'armée du Rhin.
On appellera ces bataillons bataillons de marche des 4es bataillons de l'armée du Rhin; ainsi, il y aura à Strasbourg trois espèces de bataillons de marche :
Les bataillons de marche du corps d'Oudinot;
Les bataillons de marche de l'armée du Rhin;
Les bataillons de marche des 4es bataillons de l'armée du Rhin;
Je crois avoir compris dans ce nombre toutes les compagnies des 4es bataillons, qui ont leurs grenadiers et voltigeurs à l'armée du Rhin; s'il m'était échappé quelque corps, faites-le moi connaître.
Napoléon
" (Picard et Tuetey : Correspondance inédite de Napoléon 1er, conservée aux Archives de la guerre. T. II. 1808-1809. 2849).

Sur la proposition du Ministre, l'Empereur décrète le 13 mars, la formation de 18 Demi-brigades provisoires commandées chacune par un Colonel en second et dont toutes les Compagnies doivent avoir de 140 à 160 hommes.

- 10e Demi-brigade à Mayence : 3 Bataillons (3 Compagnies des 5e Bataillons des 27e, 30e, 33e, 61e, 40e et 111e).
- 11e Demi-brigade à Strasbourg : 3 Bataillons (3 Compagnies des 5e Bataillons des 3e, 4e, 18e, 33e, 2 des 24e, 57e, 64e; ce Corps doit entrer dans la 4e Brigade).
- 14e Demi-brigade à Milan : 3 Bataillons (2 Compagnies des 5e Bataillons des 33e, 53e, 106e, 9e, 84e, 92e, 1er Léger, 13e, 42e; ce Corps doit entrer dans la 6e Brigade).

Nafziger donne également dans une de ses situations 2 Compagnies indépendantes du 33e (280 hommes), destinées à intégrer un Bataillon de marche pour l'armée du Rhin (Nafziger 809CBV - source : Saski, "Campagne de 1809 en Allemagne et en Autriche", Paris, 1902).

Le 31 mars, l'Armée d'Allemagne est organisée de la manière suivante : 3e Corps : Maréchal Davout : 70 Bataillons dont 3 du 33e de Ligne (Division Friant, Brigade Grandeau).

Les hostilités commencent le 9 avril. Ce jour là, la Division s'est concentrée à Bayreuth, à cheval sur la route d'Amberg, le 33e à Trumbach.

Une situation de la Collection Nafziger indique à la date du 9 avril : 1er, 2e et 3e Bataillons du 33e de Ligne, Brigade Gilly, 2e Division Friant; le 4e Bataillon se trouve au sein de la 2e Brigade de la Division Demont, en formation à Anspach (Nafziger 809DBO - source : Saski, "Campagne de 1809 en Allemagne et en Autriche", Paris, 1902).

Le 10, le Général Friant ayant reçu notification de l'ouverture des hostilités et comprenant le danger de sa situation, fait venir sa cavalerie sur Bayreuth et envoie un Escadron du 1er Chasseurs avec deux Compagnies de Voltigeurs pour éclairer sur le flanc que la Division prête à l'ennemi. Craignant, en outre, que celui-ci ne cherche à lui couper la route vers Hampach, il ordonne au Général Gilly de dépasser ce point et d'occuper Amberg avec le 15e Léger. Le 33e va occuper Hampach et envoie un Bataillon à Gobenback pour soutenir le 1er Régiment de Chasseurs qui forme les avant-postes.

Ce Régiment est bientôt attaqué (le 11) et obligé de se retirer sur Hirschau. Les Autrichiens l'y suivent, et il doit encore abandonner ce point et gagner Gobenback. Le 33e l'y recueille, et ces deux Corps réunis reprennent Kirschau.

Officier de Grenadiers 33e de Ligne, 1806-1807
Fig. 18 Lieutenant de Grenadiers en grande tenue, 1806-1807 (revue anglaise Tradition N°26)
Fig. 18a Officier de Grenadiers, 1806-1807, d'après Charmy

Pendant ce temps, les trois autres Régiments de la Division entrent à Amberg. En trois jours, le Général Friant a exécuté, en présence de l'ennemi, une marche de flanc de dix neuf lieues. Bien que celui-ci a l'initiative du mouvement et la supériorité numérique, il n'est pas parvenu à le prévenir à Amberg dont il n'est cependant pas plus éloigné que son adversaire.

Le lendemain, 12, Friant reçoit l'ordre de repasser la Wils, d'en détruire les ponts et de se porter à Neumarck, où il opère sa jonction avec le reste de l'Armée du Rhin.

La Division pousse, le 14, une forte reconnaissance sur Amberg. A son approche, les Autrichiens se replient.

Le 15 avril, le Régiment aligne 2138 hommes et Officiers. Une situation de la Collection Nafziger nous permet de préciser les choses : 3e Corps Davout, 2e Division Friant, Brigade Gilly : 62 Officiers et 2076 hommes (Nafziger 809DAE). A la même époque, le 4e Bataillon, fort de 6 Officiers et 217 hommes, est à la Division de Réserve sous le Général Demont (Nafziger 809DAE).

Le 16, l'Armée du Rhin continue son mouvement de concentration autour de Ratisbonne; la Division vient à Tassevanz.

A partir de ce moment, l'Armée française devient l'Armée d'Allemagne et celle du Rhin en forme le 3e Corps.

Dans la nuit du 17, il est enjoint au Maréchal Davoust de se porter sur Abensberg en masquant son mouvement. C'est une marche de flanc à exécuter en présence de forces supérieures placées entre lui et le Danube sur lequel il ne possède pas de communication. Le 3e Corps est divisé en trois colonnes marchant sur trois routes. A la Division est assignée la direction Burgweisting, Weylohe, Salhaupten et Oberfacking. Le point de concours des trois Divisions est Abensberg.

Le mouvement commence le 19, et, le même jour, est livré le combat de Tengen (appelé aussi Thann ou Taun), le premier et peut·être le plus important de toute la campagne en raison des suites fâcheuses qu'aurait pu entraîner un revers, non seulement pour le 3e Corps, qui aurait pu être infailliblement détruit, mais encore pour le plan de campagne qui aurait dû être abandonné.

La 2e Division, marchant à la suite de la 3e, débouche, vers 9 heures, de la forêt en arrière de Schmithort. La Division Saint-Hilaire est déjà aux prises avec l'ennemi posté sur les hauteurs, à l'est du village de Tengen. Au delà de Schmithort, descendent de la forêt des Tirailleurs du 7e Léger repoussés par les Autrichiens embusqués dans les bois. Le 15e Léger va les débusquer de cette position pendant que le reste de la Division se porte par échelons sur le village de Tengen en longeant la lisière des bois en face du front de l'ennemi. Le 48e reçoit l'ordre de traverser le vallon qui se trouve entre Schmithort et Tengen; les Compagnies de Voltigeurs du 108e sont lancées dans les bois. Puis, la masse des Tirailleurs étant devenue considérable, le Général Friant les fait soutenir par un Régiment.

La gauche de l'ordre de bataille de la Division se tient au bois et la droite se prolonge dans la plaine. Le 33e forme échelon pour appuyer cette ligne et deux Bataillons du 108e ainsi qu'un autre du 111e sont portés en réserve sur un plateau un peu en arrière.

Le Général Gilly avec le 15e Léger est inquiété par des gros de Tirailleurs qui débouchent sur son flanc gauche en descendant de la forêt. Alors se livre un combat opiniâtre. Le Général Friant fait avancer le Bataillou du 111e et les Cuirassiers tenus en réserve. A leur arrivée, les Autrichiens ralentissent leur attaque, mais ils reviennent bientôt à la charge, débordant la ligne française pendant qu'une colonne profonde, serrée en masse, débouche du bois et se porte également au pas de charge contre le Général Gilly. Celui-ci se met aussitôt à la tête de ses Compagnies de Grenadiers et les entraîne, à la baïonnette, contre cette colonne. Les Autrichiens, redoutant le choc, rentrent dans les bois, et leur retraite met fin au combat.

Officier de Voltigeurs 33e de Ligne, 1806-1807
Fig. 19 Lieutenant de Voltigeurs en grande tenue, 1806-1807 (revue anglaise Tradition N°26)

Selon Martinien, le Capitaine Thiéry, le Lieutenant Maublanc et le Sous lieutenant Mathieu ont été tués; le Capitaine Baudin et le Lieutenant Blanchard ont été blessés.

Le 20, la Division se concentre sur les hauteurs de Tengen. Le 21, c'est la bataille de Landshut; la Division se remet en marche à 5 heures du matin, précédée de la Division Saint Hilaire. L'ennemi occupe les hauteurs à droite de Paring, sa droite et sa gauche protégées par des bois garnis de Tirailleurs. La Division est chargée de culbuter les Tirailleurs qui couvrent son front. Les Voltigeurs des cinq Régiments y sont employés et ils restent bientôt maîtres du terrain.

Le 111e, soutenu par le 33e, se porte alors contre la droite autrichienne et s'empare de Paring. La perte de ce village décide l'ennemi à abandonner toutes ses positions.

Le Général Friant prend aussitôt ses dispositions pour le poursuivre. Il dispose ses Bataillons en échelons et fait obliquer le 33e de manière à déborder la droite ennemie. Ce Régiment s'empare des hauteurs au nord de Schierling que les Autrichiens, malgré tous leurs efforts, ne parviennent pas à reprendre. Vers 8 heures du soir, ils abandonnent définitivement la lutte.

Selon Martinien, les Capitaines Hennon et Peyroux; les Sous lieutenants Ducros, Masson et Canu ont été blessés.

Le lendemain est livrée la bataille d'Eckmühl. La situation du 33e de Ligne est ce jour là la suivante : Corps du Maréchal Davout, 2e Division/3e Corps : Général de division Friant, 2e Brigade : Général de brigade Gilly, 1er, 2e et 3e Bataillons du 33e de Ligne. Le 4e Bataillon est à la Division de Réserve sous le Général Demont, Brigade Dessailly (Nafziger 809DAA - source : Buat, E., "Etude Critique d'Histoire Militaire, 1809, de Ratisbonne à Zanïm", Librairie Militaire R. Chapelot et Cie, Paris, 1909).

Le Général Friant, qui a appris par des reconnaissances que pendant la nuit, l'ennemi a fait des mouvements sur sa droite, a établi les 33e et 15e le long de la lisière des bois de ce côté. Un peu après midi, il reçoit l'ordre de se porter, à travers la forêt, sur le village d'Obersautling. Il débouche en arrière du village menaçant ainsi l'extrême droite des Autrichiens qui battent en retraite. La Division poursuivit alors son mouvement, dépasse Obersautling, le 33e formant échelon offensif à droite. L'ennemi lance contre lui quelques Escadrons, mais sans succès, et se retire définitivement. Selon Martinien, le Sous lieutenant Bouchet a été tué.

Le 23, vers midi, la Division arrive à Ratisbonne. Le Capitaine Bovery et le Sous lieutenant Neumann sont blessés (Martinien). Le lendemain, elle prend position sur les hauteurs, en arrière de la ville, pour protéger les ponts du Danube et de la Regen, et le 25 se dirige sur Vienne avec le reste de l'Armée.

Le 15 mai, le 33e a 1664 hommes au sein de la Brigade Gilly, Division Friant (Nafziger 809EBE - sources : Gachot, "1809, Napoleon en Allemagne" ; Saski, "Campagne de 1809 en Allemagne et Autriche"). La Division Friant arrive à Vienne le 19 mai.

Parallèlement, le 3 mai, la Division de Réserve sous le Général Demont et donc le 4e Bataillon du 33e de Ligne, prend part à la bataille de Ebersberg (Nafziger 809EBA - source : R. W. Litschel, "Das Gefecht bei Ebelsberg am 3. Mai 1809"). Le 21 mai, ce 4e Bataillon combat à Aspern et le lendemain, il est à la sanglante bataille d'Essling où le Maréchal Lannes, qui s'y couvre de gloire, est mortellement blessé (Nafziger 809EBI - sources : M. Rauschensteiner, "Die Schlacht bei Aspern am 21. und 22. May 1809"; Saski, "Campagne de 1809 en Allemagne et en Autriche", Paris, 1902).

Le 25 mai, le 4e Bataillon (Division de Réserve sous le Général Demont) compte 11 Officiers et 300 hommes (Nafziger 809ECO - source : Saski, "Campagne de 1809 en Allemagne et en Autriche", Paris, 1902)

Notons par ailleurs qu'une situation de la Collection Nafziger, en date du 31 mai 1809, donne au sein du 10e Corps Westphalien, Division Bergo-française, un détachement du 33e de Ligne (Nafziger 809ECA - source : Buat, E., "Etude Critique d'Histoire Militaire, 1809, de Ratisbonne à Znaïm", Librairie Militaire R. Chapelot et Cie, Paris, 1909).

Le 33e de son côté est établi au faubourg de Rassau. Il n'y reste qu'un jour. Il est envoyé à Rusdorf, où des troupes de Landwehr viennent d'être débarquées. Deux Compagnies longent le Danube, tandis que le reste du Régiment prend par Tobling et Heiligstadt pour s'emparer des hauteurs en arrière de Rusdorf. On aperçoit bientôt quelques Tirailleurs qui se replient sur ce village. Une Compagnie de Grenadiers marche contre eux et les poursuit jusqu'au lieu même de l'embarquement, mais sans pouvoir les empêcher de traverser le fleuve. Le Régiment revient à Vienne qu'il est chargé de garder avec le 48e, pendant que le reste de la Division se dirige sur Ebersdorf.

Le 1er juillet, le Régiment, qui est toujours au 3e Corps, 2e Division Friand, ne compte plus que 1717 hommes; le 4e Bataillon est à la 4e Division Puthod et compte 512 hommes (Nafziger 809GCC). Par ailleurs, au sein du 10e Corps Westphalien se trouve un détachement du 33e de Ligne faisant partie d'un Régiment de Marche intégré dans la Brigade du Général Michaud stationnée à Magdeburg (Nafziger 809GCC).

Les 5 et 6 juillet, le 33e de Ligne a 3 Bataillons au sein de la Brigade Gilly, 2e Division Friant, du 3e Corps Davout; son 4e Bataillon se trouve dans la Brigade Desailly de la 4e Division Puthod du 3e Corps (Nafziger 809GCE - sources : M. Rauschensteiner, "Die Schlacht bei Deutsch-Wagram am 5. und 6. Juli 1809"; Litre, E. F., "Les Régiments d'artillerie à pied de la Garde", Paris, 1895; Buat, E., "Etude Critique d'Histoire Militaire, 1809, de Ratisbonne à Znaïm", Librairie Militaire R. Chapelot et Cie, Paris, 1909).

Enfin, le 5 juillet, la Division, qui a rejoint l'Armée, passe sur la rive gauche du Danube, se porte d'abord vers Stadt Enzersdorf, puis vers la droite, au delà du village de Bründel, dont le château est occupé par quelques centaines d'hommes qui capitulent.

La Division se déploie ensuite, vers 9 heures du matin, parallèlement à la ligne ennemie, pour protéger le mouvement des troupes qui passent le Danube.

Sergent major de Grenadiers 33e de Ligne 1806
Sergent major de Grenadiers 33e de Ligne 1806 Sergent major de Grenadiers 33e de Ligne 1806-1807 Sergent major de Grenadiers 33e de Ligne 1806-1807
Fig. 20 Sergent major de Grenadiers en grande tenue, 1806-1807, d'après H. Feist pour Bucquoy (source : Collections Alsaciennes)
Fig. 20a Sergent major de Grenadiers en grande tenue, 1807, d'après J. C. Scott (source : Collections Alsaciennes)
Fig. 20b Sergent major de Grenadiers en grande tenue, 1806-1807 (revue anglaise Tradition N°26)
Fig. 20c Sergent major de Grenadiers en grande tenue, 1806-1807 d'après L. et F. Funcken

 

Grenadiers 1806-1807 33e de Ligne
Grenadiers 33e de Ligne 1806-1807
Fig. 21 Grenadiers en grande tenue, 1807, d'après J. C. Scott (source : Collections Alsaciennes)
Fig. 21a Grenadiers en grande tenue, 1806-1807 (revue anglaise Tradition N°26)

Un peu plus tard, les Autrichiens, menaçant la gauche française, Friant se porte en avant, prenant pour direction le village de Kinzendorf. A son approche, l'ennemi se replie sur Grossenneusiedel, dont il ne peut être délogé. La 2e Division prend alors position face à ce village, la gauche appuyée à Grosshafen.

Le 6, toute l'armée ayant franchi le Danube, Napoléon livre la grande bataille de Wagram. La Division Friant est chargée d'appuyer l'attaque du Général Morand contre la gauche ennemie. Il dispose ses troupes en échelons, par Bataillon, et porte en avant les 15e et 33e qui attaquent avec leur vigueur accoutumée. Mais la position autrichienne est très forte et ces deux Régiments n'avancent que péniblement. Le Général, enlevant alors la Division entière au pas de charge, aborde l'ennemi à la baïonnette et le met en pleine déroute.

Maîtresse de la position, la Division couronne les hauteurs, puis, de concert avec la 3e, se porte en avant. Le sort de la journée est décidé, l'ennemi n'oppose plus de résistance.

Selon Martinien, le 33e a eu : le Capitaine Contour, blessé et mort le 23, le Lieutenant Devals, blessé et mort, et le Lieutenant Burgez, blessé et mort le 27. Le Chef de Bataillon Nadeau, le Capitaine Bovery, les Lieutenantq Durand et Lebleu, les Sous lieutenants Morançais, Ducros, Argenton, Jacqueneaux, Richard et Garbe sont blessés.

Après la victoire de Wagram, les Autrichiens n'ont plus qu'à demander la paix.

En raison des pertes faites à Wagram, un ordre du 10 juillet prescrit d'incorporer les hommes, et de renvoyer au Dépôt en France, les cadres des 4es Bataillons dont celui du 33e.

Le 15 juillet, Napoléon écrit au Général Clarke : "Mon intention est de supprimer (...) la 10e demi-brigade provisoire. Ainsi, les compagnies des (...) 33e (...) qui en font partie, se rendront sans délai à Vienne" (Picard et Tuetey : Correspondance inédite de Napoléon 1er, conservée aux Archives de la guerre. T. III. 3308).

Le 18, le 33e s'installe au camp de Kritzchen, et, au mois d'octobre, va tenir garnison à Vienne.

Notons que certaines sources indiquent (pour 1809-1810) Thann, Gospic, et Stettin.

 

 

- Espagne

Du côté de l'Espagne, un ordre a été donné de former 12 Bataillons auxiliaires d'Espagne, mais 6 seulement sont organisés à Versailles. Les 5 premiers forment avec 4 Régiments de marche la Division Dufour, qui arrive à Pampelune au mois de février 1810. Parmi les 6 Bataillons auxiliaires, on trouve au sein du 1er 6 Compagnies formées avec des détachements notamment du 33e de Ligne. Même chose au sein du 6e Bataillon.

 

gbis/ Période de paix, 1809-1812

Du 1er janvier 1810 au 31 janvier 1812, se trouve à Stetin dont le Gouverneur est le Général Liebert, une Compagnie du 33e de Ligne.

Le 18 août 1810, depuis Saint Cloud, à la demande qui lui est faite : "Proposition d'accorder un congé de convalescence de trois mois à M. Pouchelon, colonel du 33e régiment d'infanterie de ligne, pour se rendre aux eaux thermales", l'Empereur répond "Approuvé" (Picard et Tuetey : Correspondance inédite de Napoléon 1er, conservée aux Archives de la guerre. T. III. 4511).

Le 21 décembre 1810, depuis Paris, à la demande qui lui est faite : "On soumet à Sa Majesté la demande faite par le conseil d'administration du 33e régiment de ligne d'admettre comme enfant de troupe le fils de M. Schmidt, chirurgien-major de ce régiment, père de six enfants, et dont les services sont recommandables", l'Empereur répond "Approuvé" (Picard et Tuetey : Correspondance inédite de Napoléon 1er, conservée aux Archives de la guerre. T. III. 4925).

Le 7 mars 1811, l'Empereur écrit depuis Paris au Général Clarke de donner l'ordre que tout ce qui est disponible dans le dépôt du 33e soit versé dans le 4e Bataillon (Picard et Tuetey : Correspondance inédite de Napoléon 1er, conservée aux Archives de la guerre. T. IV. 5136).

Le 21 mars 1811, à la demande qui lui est faite "Le maréchal Davout propose d'incorporer dans le 108e de ligne, à Stettin, un détachement du 33e de ligne", l'Empereur depuis Paris répond : "Il n'est pas possible d'incorporer cette compagnie dans le 108e, il faut la laisser comme elle est" (Picard et Tuetey : Correspondance inédite de Napoléon 1er, conservée aux Archives de la guerre. T. IV. 5221)

Un ordre du 12 avril 1811 crée un 6e Bataillon dans 25 Régiments et ajoute un Major en second à leur Etat-major. Le 5e Bataillon reste Dépôt ; le 6e Bataillon est un Bataillon de guerre et est composé provisoirement de 6 Compagnies de Fusiliers ; ce n'est qu'en mars 1812 que 2 Compagnies sont, dans chaque Bataillon, transformées en Compagnies d'élite. Les 6es Bataillons sont organisés au Dépôt de leur Régiment, savoir en France pour le 33e.

Un ordre du 24 mai 1811, prescrit de mettre en marche les Dépôts des 6es Bataillons du Corps Davout, de manière qu'ils soient rendus le 1er juillet : à Cologne pour celui du 33e. Dans chaque ville, un Général de Brigade surveille l'instruction de ces Bataillons, qui doivent partir le 1er août pour rejoindre leurs Régiments en Allemagne. Ses anciens Régiments ayant alors 5 Bataillons présents, et le 33e Léger (qui tout comme le 33e de Ligne, fait partie du Corps de Davout) seulement 4, Davout reçoit l'ordre de les répartir en 5 Divisions.

Tandis qu'en vue de la future campagne de Russie, on organise les différents Bataillons, d'autres problèmes se posent tels que celui de la solde : "Je réponds à votre rapport du 17. Il est vrai que le 33e de ligne s'est rendu à l'armée d'Allemagne; indépendamment des fonds fixes pour la solde de cette armée, vous devez faire payer celle du 33e de ligne, et celle de tous les régiments et bataillons qui arriveront; quant aux corps d'artillerie, de sapeurs et de mineurs qui sont également arrivés, ce sont des détails dont il ne faut pas lenir compte. Sur ce, etc. A Paris, 19 avril 1811. Signé NAPOLÉON" (lettre adressée au Ministre du trésor Public).

Le 31 juillet 1811, l'Empereur écrit au Général Clarke depuis Saint Cloud "Monsieur le duc de Feltre, la 6e compagnie du 6e bataillon des (...) 33e (...) ont dû partir le 17 juillet de l'île de Walcheren, et successivement les autres des quinze compagnies appartenant au corps de l'Elbe remplis par des conscrits réfractaires. Ces compagnies sont-elles parties le 17, le 20 et le 28 juillet ? Faites-moi connaître ce qui en est" (Picard et Tuetey : Correspondance inédite de Napoléon 1er, conservée aux Archives de la guerre. T. IV. 5884).

Le 22 août 1811, depuis Saint Cloud, l'Empereur écrit au Général Clarke "Monsieur le duc de Feltre, donnez les ordres suivants pour la répartition des compagnies destinées à former les garnisons de vaisseaux.
Escadre de l'Escaut.
Vous ferez également former à Anvers la 2e compagnie du 5e bataillon des (...) 33e (...). Les bataillons de guerre du corps d'observation de l'Elbe enverront, par chaque régiment, 30 hommes ayant quatre ans de service. Le surplus sera fourni par la conscription, avec la condition principale que ce soient des hommes des départements de l'ancienne France. Ces compagnies seront placées, savoir celle du 33e sur le Danzig
" (Picard et Tuetey : Correspondance inédite de Napoléon 1er, conservée aux Archives de la guerre. T. IV. 6042).

A cette date, la situation du 33e est la suivante (d'après le tableau de répartition dans les régiments d'infanterie du corps d'observation de l'Elbe, des conscrits réfractaires et condamnés graciés, qui se rassemblent à Wesel et à Strasbourg) :
- Force après l'arrivée des détachements de Walcheren, Gorée et Schouwen, et des 4e et 6e Bataillons : 3965 hommes.
- Manquant au complet de 4200, c'est à dire 140 hommes par Compagnie : 235 hommes.
- Conscrits de Wesel : 150 hommes.
- Conscrits de Strasbourgs : 300 hommes.
- Conscrits graciés : 40 hommes.
- Effectif après l'incorporation : 4455.

A Wesel, les conditions de détention sont toujours aussi lamentables; Henri Joseph Maréchal, originaire de Chevron (Ourthe) déserteur du 33e enfermé à Wésel, écrit : "Notre route ne nous a pas réussi comme nous le croyions, car nous avons beaucoup souffert dans les mauvaises prisons. Nous croyions, quand nous sommes partis de Liège, que nous serions dans le détachement de Liège. Mais quand nous avons arrivés à Maestricht, pour partir nous avons été à 180. Vous pouvez bien considérer que cela n'a pas contribué à nous rendre contents, parce que tous les jours, quand nous découchions le matin, on en trouvait des morts à côté de nous. A présent, je suis content de mon sort, parce qu'il le faut bien. Je suis logé chez le bourgeois" (E. Fairon et H. Heuse : "Lettres de grognards", 1936; lettre N°897).

Le 1er octobre 1811, l'Empereur nomme par Décret François Ottenin (voir biographie dans la liste des Officiers du 33e) Chef de Bataillon au 33e Régiment de ligne. Dans une lettre datée de Rostock le 12 novembre 1811, François Ottenin mentionne simplement à sa famille son changement de position.

Une lettre, adressée à son frère le 15 décembre suivant, contient beaucoup de détails intéressants, elle est également remarquable par le bon sens pratique et l'habileté du rédacteur, vis-à-vis d'un père de famille. Quoiqu'il ait réussi dans la carrière des armes, il conseille à l'un de ses neveux de rester ouvrier, considérant cette position comme plus utile pour lui.

"Au camp de Rostock, le 13 septembre 1811.
Mon frère,
Il y a à peu près un mois que je yous ai écrit; en terminant ma lettre je vous ai promis de vous écrire de nouveau; me voilà. Je crois que l'âge de la conscription arrive bientôt pour mon neveu. Quand il devra partir ou tirer, voici mon avis : ce serait de lui faire contracter un engagement pour le corps des ouvriers militaires de la marine où il sera d'Anvers, mieux que dans un régiment quelconque : 1° il travaillera de son état du matin au soir; dans tous les temps de l'année la besogne est la même; 2° il couchera dans son lit, sera bien habillé et ne fera pas campagne. Il y a plus, Otenin pourra sans peine obtenir un grade beaucoup plus facilement que dans un régiment de ligne où l'on doit servir deux ans avant de pouvoir être caporal, ensuite servir quatre ans comme sergent avant de passer sous-lieutenant. En six ans il se passe bien des choses, et un jeune homme qui reste sept à huit ans sans travailler en perd l'habitude, devient vagabond, joueur, etc. Dans le corps des ouvriers militaires, c'est autre chose : comme il n'est question que de se servir de la scie et de la hache, on ne tient pas à l'ancienneté de service; de plus, lorsqu'on sait lire, écrire et que l'on est sage, on est à même d'apprendre bien des choses, telles que le dessin, le toisé, on jouit de la considération et de l'estime de tout le monde ; quoique ce corps soit un corps d'élite, il y a néanmoins des mauvais sujets comme ailleurs.
Le conseil que je vous donne est celui d'un frère; je ne vous parle pas au hasard, il y a plus de huit ans que j'ai pensé à cela pour la première fois, et c'est d'après bien des observations que je me suis arrêté à ce dernier parti. Tous les jeunes gens qui savent travailler le bois, le fer, le cuivre, les cordiers, etc., ne peuvent pas mieux faire que de s'engager pour ce corps , où ils seront bien reçus. Le dépôt du régiment que j'ai quitté est à Anvers; je recommanderai mon neveu à des personnes qui le protégeront.
Dans ma dernière lettre, je vous ai mandé que j'avais changé de régiment. Je ne sais pas si ma lettre vous est parvenue, il peut se faire que non : c'est le sort d'une partie des lettres qu'on affranchit. Nous sommes au camp, où il fait passablement froid. Il parait que nous y passerons l'hiver, et je ne sais pourquoi, car on ne parle de rien...
".

Après une phrase consacrée à la famille, il termine ainsi :
"Voici bientôt le jour de l'an ; c'est une époque à laquelle chacun s'empresse de renouveler à ses bons amis les souhaits qu'on forme pour leur conservation et prospérité. Recevez donc les voeux que je ne cesse d'adresser au Très-Haut, pour qu'il vous comble de ses biens et vous accable tous d'une santé qui ne vous laisse rien à désirer.
Votre frère, OTENIN,
Chef de bataillon au 33e régiment de ligne, armée d'Allemagne
".

 

h/ Campagne de 1812

 

- En Russie

Le 1er janvier 1812, le 33e de Ligne est à Rostock; le 5e Bataillon est dans les provinces Rhénanes. Le 4e Bataillon est sur la frontière des Pyrénées.

Le 1er février 1812, l'armée d'occupation, dénommée Armée de l'Elbe, forme le 1er Corps de la Grande Armée destinée à opérer contre les Russes. Ce Corps est placé sous les ordres du Maréchal Davoust. La 2e Division (Friant) du 1er Corps, compte toujours le 33e.

Un Décret du 3 mars organise la Grande Armée. Le 33e a 5 Bataillons au 1er Corps, 2e Division.

Les opérations commencent dans les premiers jours de juin. Au 15 juin, l'effectif du 33e est de 4252 hommes répartis en 5 Bataillons.

Le 18 juin, Napoléon étant à Gumbinnen (Prusse), passe en revue le 33e de Ligne; le Chef de Bataillon Otenin, reçoit des mains de l'Empereur la croix de Chevalier de la Légion-d'Honneur. Le lendemain, Berthier l'avise par écrit de cette nomination.

Au 25 juin, la situation est la suivante : 1er, 2e, 3e, 4e et 6e Bataillons plus l'Artillerie régimentaire sous le Colonel Pouchelon, 110 Officiers et 3359 hommes, 36 chevaux d'Officiers, 104 chevaux du Train.

Après le passage du Niémen, la 2e Division est temporairement détachée à l'avant-garde sous les ordres de Murat. Elle remonte la Duna, passa devant Polosk, à Ula, Bechenkonitz et arrive sur le champ de bataille du Witepsk pendant l'action. Elle est aussitôt placée à l'extrême gauche de la ligne, mais n'est pas engagée.

Entre temps, une lettre de Clarke à Kellermann, datée de Paris le 1er juillet (Archives de la Guerre) donne les informations suivantes : "J'ai eu l'honneur de faire connaître à votre excellence, par ma lettre du 30 mai dernier, les ordres que j'avais donnés pour l'envoi des détachements destinés à compléter soit à Wesel, soit à Mayence, divers cadres de régiments de l'île de Ré, de Belle-Ile, de Walcheren et 2e de la Méditerranée.
Il résulte des rapports qui me sont parvenus sur l'exécution de ces mouvements : ...
Que le 3e bataillon de l'île de Ré doit avoir reçu à Mayence, 166 fusiliers du 25e de ligne, 84 du 17e, 150 du 30e, 140 du 33e et 121 du 18e de même arme ; ce qui, avec les 90 hommes du cadre, fera environ 750 hommes ...
Ces six bataillons se trouvant dès lors en état de se mettre en marche sur Spandau et Berlin conformément aux dispositions de ma lettre du 30 mai, je prie votre excellence : ...
2° de faire partir de Mayence le deuxième bataillon de Belle-Ile le 6 juillet, les troisième et quatrième bataillons de l'île de Ré le 8 juillet, et le deuxième bataillon de l'île de Ré le 10 juillet; le bataillon de Belle-Ile pour Spandau et les trois autres pour Berlin suivant l'itinéraire que je joins pareillement ici.
Je prie, en même temps, votre excellence de me faire connaître le départ de ces troupes pour leur destination respective, de m'adresser leur situation détaillée sur les imprimés ci-joints, de faire donner sur les routes les avis nécessaires à qui de droit, et de donner avis de la marche de ces bataillons à son altesse sérénissime le prince de Neufchâtel ainsi qu'au général Durutte, chargé à Berlin du commandement de la 4e division de réserve dont ils doivent faire partie
" (Campagne de Russie (1812), par L. G. F. [Gabriel Fabry.].... Opérations militaires , 1er-10 août).

Le 12 juillet, Clarke écrit depuis Paris à Kellermann (Archives de la Guerre) : "J'ai reçu la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire le 4 juillet en réponse à la mienne du 1er du même mois, relative au mouvement des huit bataillons de la 4e division de réserve sur Spandau et Berlin.
Je vois, par la faiblesse du 3e bataillon du régiment de l'île de Ré que votre excellence n'a point compris les détachements disponibles des dépôts des 30e et 33e de ligne, quoique cela fût indiqué dans la composition de ce bataillon par ma lettre du 1er juillet; ce qui même (vu la force de 192 hommes et de 175 hommes de ces deux détachements), l'aurait porté à plus de 750 hommes.
J'ai mandé à Votre Excellence, le 7 juillet, que si les deux détachements dont il s'agit n'avaient point été versés dans le 3e bataillon de l'île de Ré, il faudrait les comprendre dans le 1er du 2e régiment de la Méditerranée.
Cependant, vu la faiblesse de ce 3e bataillon de l'ile de Ré, je pense qu'il vaudrait mieux que Votre Excellence les lui envoyât le plus promptement possible sur Berlin, afin de le renforcer.
Quant aux itinéraires à faire suivre à ces bataillons, je vous invite, monsieur le maréchal, à vous conformer à ceux que vous a donnés Son Altesse Sérénissime le prince de Neufchâtel.
Je dois, monsieur le maréchal, faire une autre recommandation à Votre Excellence ; c'est de porter sur les états de situation de ces bataillons le détail de chaque détachement dont ils sont composés, quand plusieurs corps ont concouru à leur formation ; et de donner le même détail à Son Altesse le prince de Neufchâtel, afin qu'il puisse reconnaître facilement à quels régiments il faudra envoyer ces détachements, lesquels ne sont pas destinés à rester toujours dans les cadres de l'île de Ré, de Belle-Ile, de Walcheren et de la Méditerranée, qui ne les reçoivent que pour les conduire plus militairement à l'armée
" (Campagne de Russie (1812), par L. G. F. [Gabriel Fabry.].... Opérations militaires , 1er-10 août).

Par ailleurs, le Livret de l'Empereur nous donne la composition de la 1ère Division de Réserve commandée par le Général Lagrange; nous y trouvons 2 Compagnies du 5e Bataillon du 33e de Ligne, au sein du 2e Bataillon de la 2e Demi-brigade de marche commandée par le Major Dambrujac (Campagne de Russie (1812), par L. G. F. [Gabriel Fabry.].... Opérations militaires , 1er-10 août).

Le 15 juillet, à 10 heures 30 du matin, Davout écrit lghoumen à Barbanègre :
"Je vois que vous êtes occupé avec beaucoup d'activité à mettre en exécution les instructions que je vous ai laissées, que les postes s'organisent, et que l'hôpital est bien soigné ; faites-en de fréquentes inspections. Faites envoyer à force des subsistances à Borisov pour les hommes et chevaux. Faites partir demain pour Borisov les pièces de 12 et la réserve d'artillerie.
Je vous ai recommandé de faire réunir dans les emplacements voisins les différents dépôts de cavalerie qui vous sont laissés. Faites faire de fréquents appels, enfin mettez l'ordre partout ; vous avez pour cela le 33e.
... Le 33e ni les officiers ne doivent loger en ville, mais dans des granges avec de la paille et les officiers à côté, de manière qu'au premier coup de feu tout soit réuni
" (Campagne de Russie (1812), par L. G. F. [Gabriel Fabry.].... Opérations militaires - 24 juin-19 juillet).

Le lendemain, à 1 heure de l'après midi, Davout écrit depuis Ighoumen à Bronikowski : "Le général Barbanègre reçoit l'ordre de partir avec un bataillon du 33e et deux pièces d'artillerie pour la garde de Borisov ; il vous laissera les trois autres pour la police du pays et la colonne mobile. Vous pouvez garder les membres de la commission prévôtale jusqu'à ce qu'il y en ait une autre d'organisée ; quant au major Mickalowski, il est nécessaire à son régiment, d'ailleurs il ne fait point partie du corps d'armée" (Campagne de Russie (1812), par L. G. F. [Gabriel Fabry.].... Opérations militaires -24 juin-19 juillet).

A l'appel du 3 août, il y a encore au Régiment 106 Officiers et 2699 hommes.

Sergent major de Voltigeurs 33e de Ligne 1806-1807
Fig. 22 Sergent de Voltigeurs en grande tenue, 1806-1807 (revue anglaise Tradition N°26)

Le Régiment combat à Smolensk le 17 août (Sous lieutenant Berry, blessé). Le 18, après le passage du Dnieper, la Division Friant cesse de compter à l'avant-garde et rejoint le 1er Corps à Smolensk (Lieutenant Desroches, blessé le 18 à la bataille de Smolensk). Elle suit alors le mouvement général sur la grande route de Moscou. Ce jour là est blessé le Capitaine Bouvier (mort le 30 octobre).

Ottenin parle de la bataille de Smolensk, dans une lettre adressée à son frère :
"Au bivouacque, à trente-six lieues de Moscou, le 2 septembre 1812 (à Ghjath).
Mon frère,
Je vous écris à la hâte, parce que depuis trois mois nous marchons ; notre régiment n'a encore paru à l'ennemi que devant Smolensk, dix-huit hommes de mon bataillon ont été mis hors de combat, dont trois morts ; nous nous attendons d'un jour à l'autre à une bataille générale que nous gagnerons. Tous les soldats la désirent. Vous apprendrez sans doute avec plaisir que j'ai été fait chevalier de l'Empire (Légion-d'Honneur) ; le 18 juin dernier l'Empereur m'a fait ce don sur ma bonne vieille mine ...
Je vous écrirai de Moscou avant quinze jours...
".

Le 5 septembre, l'Armée en marche a en tête la cavalerie, la 5e Division du 1er Corps, puis vient la 4e, et enfin la 2e. Arrivée à hauteur d'une abbaye située en avant de la Moskowa, la tête de colonne se trouve en présence de l'armée russe établie sur une position qu'elle a fortifiée, particulièrement au nord de la grande route de Mojaïsk.

La marche est suspendue pendant que la cavalerie opère une grande reconnaissance, et, vers trois heures de l'après-midi, l'Empereur ordonne un mouvement général pour se rapprocher des deux premières redoutes que la 5e Division aborde résolument et emporte. Dans le même temps, la 2e Division va se placer à la gauche de la 5e en passant par les intervalles de la 4e, afin de manoeuvrer sur le flanc de l'ennemi qui fait de grands efforts pour reprendre les redoutes. La Division arrive ainsi en arrière du village de Mojaïsk, rangée en bataille. La 2e Compagnie de Voltigeurs du 33e est alors envoyée dans les jardins du village. Elle y trouve un Régiment assez maltraité par les cuirassiers russes qui, à la faveur de l'obscurité, se sont donnés comme alliés. Elle aide ce Régiment à se rallier et à repousser les Cuirassiers.

D'autres Régiments de cavalerie russe tentant encore plusieurs charges, malgré l'heure avancée, les 1er et 2e Bataillons du 33e sont portés dans l'intervalle compris entre le village et les redoutes, et s'y forment en carrés. En outre, des postes de Voltigeurs sont poussés en avant et la nuit se passe dans cet ordre sans nouvel incident.

Le 6, à 5 heures du matin, la ligne ennemie et les ouvrages qui la détendent ayant été l'objet d'une reconnaissance minutieuse, une forte batterie de 12 est établie sur l'emplacement qu'occupent les 1er et 2e Bataillons, et ceux-ci se forment à sa gauche pour lui servir de soutien. Les autres Bataillons du 33e sont placés dans les jardins à l'est du village et au nord des redoutes pour protéger une batterie masquée.

La journée entière se passe sans que le 33e ait à modifer ses dispositions. Il forme la 1re ligne de la 2e Division, et le reste de l'armée se prépare pour la bataille décisive qui doit être livrée le lendemain.

Une anecdote est mentionnée par L. E. Nolan, concernant les Voltigeurs du 33e à Mojaïsk : "Dans la campagne de Russie, en 1812, cinquante voltigeurs du 33e de Ligne (Français) gravissaient une hauteur dont le sommet était occupé par de la cavalerie et de l'infanterie ennemies. L'armée française, arrêtée sous les murs de Mojaïck, regardait avec étonnement cette poignée d'hommes, qui, dispersés, à, découvert sur la pente battue par les Russes, tiraillaient contre leur cavalerie. La conséquence qu'on pouvait craindre arriva : plusieurs escadrons s'avancèrent et bientôt entourèrent ces braves gens. Ils formèrent immédiatement le carré ; mais ils étaient si peu qu'en un instant ils disparurent aux, yeux de leurs compatriotes. Une légère fumée qui cependant s'éleva du point où ils se trouvaient enfermés prolongea l'incertitude. L'anxiété la plus grande dura quelques moments, lorsque tout à coup, on vit la cavalerie s'ouvrir, puis se sauver à toute bride sous le feu de ce petit nombre de héros" ("Histoire et tactique de la cavalerie" par L. E. Nolan,... ; traduit de l'anglais, avec notes, par Bonneau du Martray,... ; Paris, A. Leneveu; 1854).

Le 7, à 4 heures du matin, la Division prend ses dernières dispositions. Le 33e, formant la 1re ligne, à 200 mètres en avant de la batterie de 12 et des Divisions de la Garde, reste plusieurs heures immobile, attendant que le brouillard soit dissipé. Dès que l'horizon s'éclaircit un peu (vers huit heures), l'attaque est commencée vers la gauche par la 1re Division, soutenue par le 3e Corps. Les différentes redoutes sont conquises; celle du centre, qui est adossée à un village fraisé et palissadé, est prise et reprise plusieurs fois.

Voltigeur 33e de Ligne 1806 Voltigeur  33e de Ligne 1806
Voltigeurs 33e de Ligne 1803-1807
Fig. 23 Voltigeur en grande tenue, 1806-1807, d'après H. Feist pour Bucquoy (source : Collections Alsaciennes) Fig. 23a Voltigeur, 1806-1807, d'après Forthoffer (source : Collections Alsaciennes)
Fig. 23b Voltigeurs en grande tenue, 1806-1807 (revue anglaise Tradition N°26)
Voltigeur 33e de Ligne vers 1807Voltigeur 33e de Ligne vers 1807
Caporal de Voltigeurs 33e de Ligne 1807
Fig. 23c A droite, Voltigeur d'après Hahlo (original publié par Thomas Hemmann) ; au centre, fac-similé d'après R. Forthoffer; à droite, dessin de notre ami Edmund Wagner d'après Forthoffer
Fig. 23d Caporal de Voltigeurs en 1807, d'après H. Knötel

Pour soutenir les troupes qui n'ont cessé de lutter pour l'attaque comme pour la défense de ce point capital, la grosse cavalerie se porte en ligne et la 2e Division s'avance pour appuyer son mouvement. Celle ci se forme d'abord en colonne le long du bois de Lotzoma, en deçà d'un ravin d'où elle part pour gagner du terrain à gauche et se porter ensuite en rase campagne en se formant sur la droite en bataille.

Sergent de Fusiliers 1806-1807 33e de Ligne
Fig. 24 Sergent de Fusiliers en grande tenue, 1806-1807 (revue anglaise Tradition N°24)

Le 33e, formant la 1re ligne, exécute cette manoeuvre sous un feu très vif de mitraille. Après être resté dans cette position difficile pendant trois quarts d'heure environ, il rompt par la droite pour changer de direction à gauche sur le terrain où l'a précédé la 5e Division, et s'y forme en bataille derrière la première redoute.

Une demi-heure plus tard, sur l'ordre du Maréchal Davoust, les deux premiers Bataillons font un changement de front en arrière sur la gauche du 2e, ce qui les place perpendiculairement aux trois autres. Cette position est conservée pendant une heure sous le feu du canon. A ce moment, Murat, jugeant nécessaire de renforcer la redoute et le village palissadé, dont la possession a une importance capitale, ordonne au 33e de s'y porter pour venir en aide au 15e.

Le mouvement s'effectue en colonne, dans le plus grand ordre, malgré un feu terrible de mitraille qui laboure son flanc. Le Régiment atteint le village et se forme en arrière, en colonnes serrées, prêt à soutenir les trois Bataillons du 15e qui l'occupent. Les deux autres Bataillons de ce Régiment sont en avant en Tirailleurs.

Le 33e ne reste pas longtemps sur ce nouvel emplacement. L'ennemi devenant de plus en plus pressant, Friant ordonne au Colonel de se porter en avant, lui laissant toute latitude pour agir. Il s'est à peine ébranlé lorsque Murat intervient de nouveau et ordonne de former les carrés pour recevoir la cavalerie qui fait mine de s'avancer.

Le 4e Bataillon se porte aussitôt à l'est du village et s'y forme en carré. Les trois premiers forment un carré long un peu en arrière de la gauche du 4e, de manière à présenter les grandes faces sur les flancs, et le 5e reste en bataille, en arrière des carrés, devant le 48e en colonne. Enfin, les Compagnies de Voltigeurs du 33e se portent en avant pour répondre au feu des Tirailleurs ennemis.

Toutes ces dispositions sont prises rapidement, avec ordre, sous un feu très vif de mitraille et de mousqueterie. L'ennemi, cependant, ne se laisse pas arrêter par cette attitude imposante. Sous la protection de leur artillerie, les Cuirassiers russes s'élancent sur les carrés avec la plus grande intrépidité et fournissent cinq charges consécutives. Mais ils ne parviennent pas à en rompre un seul et doivent abandonner définitivement cette partie du champ de bataille.

Vers 6 heures du soir, on peut constater que les Russes commencent leur retraite. Le 33e se forme en Tirailleurs et les poursuit jusqu'à un bois devant lequel il s'arrête pour ne pas s'exposer à tomber dans une embuscade. A la nuit, il se forme de nouveau en carrés pour résister, au besoin, aux attaques de la cavalerie.

Cette journée de la Moskowa, si glorieuse pour le Régiment, lui a coûté de grandes pertes : 1000 hommes environ ont été mis hors de combat. Martinien indique :
- Officiers tués : Capitaine Gatté, Lieutenants Gatté et Meynardie-Sejournas; Sous lieutenants Autard et Poulin.
- Officiers mort des suites de leurs blessures : Capitaine Courandeau, mort le 30; Capitaine Domingon, mort le 13; Lieutenant Devals, mort; Lieutenant Jandoin, mort le 30.
- Officiers blessés : Major Maire; Chefs de Bataillon De Goux et Tondu; Capitaines Cauchois, Neumann, Peyrusse, Calais, Peyroux; Lieutenants Bouchez, Deshayes, Ducros, Fournelle, Gatinais, Sallot; Sous lieutenants François, Toquoy, Deissaux, Hardel, Leboeuf, Gaulet.

Caporal de Fusiliers 1806-1807 33e de Ligne
Fig. 25 Caporal de Fusiliers en grande tenue, 1806-1807 d'après Rigo (Figurines N°27)
Fig. 25a Détail de l'habit

A partir du lendemain, la Division est de nouveau détachée à l'avant-garde, sous Murat. Elle se met en marche vers midi, et, après avoir traversé Moscou, elle va prendre position au delà de la route de Vladimir.

Le 9 septembre, le Capitaine Peyrusse est blessé lors de la prise de Mojaïsk (Martinien). Le même jour, le Capitaine Choppy est blessé près de Moscou (Martinien). Le 13, c'est au tour du Sous lieutenant Leboeuf d'être blessé au cours d'un combat près de Moscou (Martinien).

Le 16, l'avant-garde suit quelque temps la route de Vladimir, puis quitte cette direction, et, par une marche de flanc, se porte sur la route de Kalouga.

Le 1er octobre, le Chef de Bataillon Ottenin adresse depuis Moscou la lettre suivante :
"Mon frère,
Le trois ou quatre du mois dernier, je vous ai écrit que nous devions incessamment gagner une bataille, cela a eu lieu comme je l'avais prévu, et c'est le 7 septembre qu'elle fut gagnée. Je vous aurais bien écrit plus tôt, mais la blessure que j'ai reçue m'en a empêché. Voici ce qui m'est arrivé à cette bataille : A dix heures du matin , après avoir pris deux redoutes, notre régiment se trouva au centre de la ligne ennemie, formant une pointe par bataillon carré et par échelon. Ainsi disposés nous fîmes feu de toutes parts ; enfin, après avoir reçu trois balles dans mes habits, je reçus un biscaïen au côté gauche, qui ne laissa qu'une faible marque; au même moment je fus atteint par une balle qui me frappa derrière l'oreille droite et fit jaillir quelques gouttes de sang. Jusque là tout allait bien; mais, vers trois heures après midi, je fus enfin frappé par une balle à la hanche droite ; il me fallut alors quitter le champ de bataille; il résulte de cette blessure que je marche
avec des béquilles ; la plaie va bien, mais la balle n'est pas sortie; l'on me fait espérer que cela ne m'empêchera pas de marcher, c'est ce que je désire
".

Après avoir consacré une demi-page au neveu dont il a été précédemment question, il poursuit ainsi :
"Il y a loin d'ici à Beauzée, c'est pourquoi il faut écrire fin et bien serré lorsque vous me répondrez ; dites-moi du nouveau, car je ne me souviens presque plus de Beauzée, je crois que je ne retrouverai plus le chemin lorsque j'y retournerai. Donnez-moi des nouvelles de toute la famille en général, grands et petits, de tous nos amis, etc., etc.".

Il parle ensuite d'un ami André, qu'il a revu après dix sept années de séparation, quelques instants avant la bataille :
"Je commence à me faire vieux, mon frère, dit-il ensuite, et pense plus que jamais à la retraite; me voilà dans ma quarante-troisième année d'âge et ma vingt-deuxième de service. Je sens que je n'ai plus le sang si chaud qu'à vingt-cinq ans. Avant de me déterminer définitivement au retour dans mes pénates, il faut que je sache si je pourrai loger convenablement chez vous, vous savez qu'un officier supérieur doit garder un certain décorum. Plus tard, nous parlerons de cela, car à la guerre il n'est question que de brevet de mort subite et non de brevet de retraite. Jusqu'au revoir, mon frère, je vous embrasse ainsi que etc., etc : ils ont part à tous les voeux que je forme au Très-Haut, pour la conservation et la prospérité de toute la famille".

Il est intéressant de noter avec quel calme le brave Otenin se préoccupe des nécessités de la vie civile, alors que la désastreuse retraite de Russie approche.

Le 4 octobre a lieu le premier combat de Vinkovo; celui-ci débute vers 9 heures du matin. Au coucher du soleil, Murat fait une dernière tentative pour venir à bout de la résistance de l'ennemi. Le commandant Michel, Aide de camp du chef de la 2e Division d'infanterie, écrit en 1817 dans son récit du premier combat de Vinkovo : "Il était 6 heures du soir, et notre bivouac tracé, quand le roi ordonna de marcher en avant. On fit former les 33e et les 48e régiments de ligne en masse serrée, et toute la ligne s'ébranla; la cavalerie, à gauche, fit rompre celle de l'ennemi et le canon seul au centre détruisit toute résistance. Cependant, l'ennemi, qui s'était formé en ligne dans les clairières des bois situés entre Korsakovo et Kourilovo, attendit de pied ferme les masses de ces deux régiments d'infanterie et les reçut par une décharge de tout son front". La cavalerie russe fit une charge, mais fut culbutée par la cavalerie française. Cependant, ne pouvant briser la résistance des troupes russes, les régiments de Murat finirent par se replier sur leur position initiale (V. Bessonov, I. Parkhomenko : Napoléon en Russie - 1812 : de Moscou à Maloïaroslavets, Gloire et Empire N°46).

Selon Martinien, le Capitaine Fauvo est tué au cours d'un combat près de Moscou; les Capitaines Choppy, Minard, le Lieutenant Adjudant major Mathieu et les Sous lieutenants Bléhée et Cousin sont blessés. Martinien donne également le Sous lieutenant Hauterehu de Bruyères, blessé le même jour aux avant-postes en avant de Moscou.

Le 6 octobre, le Lieutenant Hamel est blessé au cours d'un combat près de Moscou (Martinien). Le 10, le Sous lieutenant Aubry est blessé au cours d'un combat près de Moscou (Martinien).

Le 14 octobre, le Maréchal Victor écrit, depuis Smolensk, au Commissaire Albitte : "Vous trouverez ci-joint le décret du 6 de ce mois par lequel Sa Majesté prescrit de donner de nouvelles dénominations aux compagnies des 5e bataillons qui composent les quatre demi-brigades de marche dont trois, les 1re, 2e et 4e, arrivent à Smolensk. Cette opération devant être faite régulièrement et constatée par procès-verbal, je vous charge, M. le commissaire, de vous en occuper à fur et à mesure que ces troupes arriveront dans cette place, au moyen des dispositions que prescrit le décret précité. Les compagnies formant les 1re, 2e et 4e demi-brigades prendront les dénominations suivantes, savoir :
(...) 2e demi-brigade de marche :
(...) Les deux compagnies du 5e bataillon du 33e de ligne, la dénomination de 5e et 6e compagnies du 6e bataillon" (Gabriel Fabry : "Campagne de 1812 : documents relatifs à l'aile gauche, 20 août-4 décembre, IIe, VIe, IXe corps"; Paris; R. Chapelot; 1912).

Le 18 octobre, commence le mouvement rétrograde rendu nécessaire par l'incendie de Moscou. La Division protége la retraite pendant les deux premiers jours, puis va rejoindre le 1er Corps avec lequel elle fait sa jonction le 23, au delà de Kalouga.

Le 24, elle se remet en marche dans la matinée et prend le chemin de Malo-Jaroslavetz, d'où l'on entend déjà le canon du 4e Corps. Elle bivouaque à une lieue du champ de bataille.

Le 25, elle se porte rapidement sur la ligne dont elle occupe la droite, puis, le lendemain, la retraite continue, devenant de plus en plus pénible jusqu'à ce qu'enfin le froid et la neige la rendent désastreuse.

Le 18 novembre, à Krasnoë, les pertes du 33e sont les suivantes : Sous lieutenant Gatinois, tué; Capitaine Jacquin, blessé et mort le 20; sont également blessés le Chef de Bataillon Nadeau, les Capitaines Jorry, Calais et Lebleu, le Capitaine Adjudant major Ducros, le Lieutenant Adjudant major Bléhée, les Lieutenants Boudot (disparu le 15 décembre), Sallot; les Sous lieutenants Validier (mort le 29 décembre), Darminières, Leboeuf, Dessaux, Gatinois, Delanoy, Dubois (également disparu), Enion, Pellevillain, Cousin, Ponza, Guillermin.

Le 29 novembre, le Capitaine Couppon est tué au passage de la Bérésina. Le 6 décembre, le Lieutenant Sarmage est blessé et gelé sur la route de Wilna.

Enfin, la frontière russe est franchie vers le milieu de décembre. Le Lieutenant Morancé est blessé à Saint Lambert près de Danzig (pas de date précise); le Lieutenant Tiengou est blessé le 10 décembre au cours d'un combat près de Wilna.

"Une cantinière du 33e régiment était accouchée en Prusse, avant le commencement de la campagne; elle suivit jusqu'à Moscou son régiment, avec sa petite fille qui avait six mois au moment du départ de Moscou. Cette enfant vécut pendant la retraite d'une manière miraculeuse; sa mère ne la nourrissait qu'avec du boudin de sang de cheval; elle était enveloppée d'une fourrure prise à Moscou, et souvent nu-tête. Deux fois elle fut perdue; et on la retrouva, d'abord dans un champ, puis dans un village brûlé, couchée sur des matelas. Sa mère passa la Bérézina à cheval, ayant de l'eau jusqu'au cou, tenant d'une main la bride, et de l'autre son enfant sur sa tête. Ainsi, par une suite de prodiges, cette petite fille acheva la retraite sans accidents, et ne fut pas même enrhumée" (Colonel de Fézensac : "Journal de la campagne de Russie en 1812" - anecdote citée également dans Tradition N°269).

Davoust va réorgarniser son Corps d'armée à Thorn.

Notons que dans le courant de l'année 1812, le 33e passe sous le commandement du Colonel Maire (Claude-Augustin).

 

- Espagne

Parallèlement aux évènements de Russie, un ordre du 1er avril 1812 prescrit l'organisation à Bayonne de 4 Régiments provisoires à 2 Bataillons, commandés par des Majors en second : 3e à Bayonne : 3e Bataillon du 17e Léger et 4e du 33e de Ligne. Martinien indique que le Capitaine Clamens a été blessé près de Vittoria le 8 mai 1813 (mort le 9).

 

i/ Campagne de 1813

Le 1er janvier 1813, le 5e Bataillon du 33e de Ligne est à Mayence. Il doit faire partir le 10 février un détachement de 700 hommes pour Erfurt dont l'arrivée est prévue le 19.

De son côté, le 24 janvier 1813, le 1er Corps quitte Thorn pour se rendre à Posen, puis à Stettin ou se trouve déjà le Chef de Bataillon Ottenin, en convalescence. Celui ci écrit à son frère depuis Stettin le 24 janvier :
"Mon frère,
Je ne sais si vous avez reçu mes deux dernières lettres, la première était des premiers jours de septembre, dans laquelle je vous annonçais que la bataille devait se donner incessamment. La seconde était de Mosaïque (Mojaïsk), écrite vers le 15 ou 20 septembre, dans laquelle je vous annonçais que j'avais été blessé. Dans l'incertitude où je suis si vous avez reçu cette dernière ou non, je vous apprends que j'ai été blessé le 7 septembre à la bataille de Mosaïque (Moskowa) par une balle de fusil qui m'est entrée dans la hanche droite, où elle est encore, ce qui me rend boiteux et me prive de l'usage de la jambe droite. Je ne marche qu'avec des béquilles. Mon domestique est obligé de me mettre et de m'ôter mes pantalons et mes bas. Afin que vous n'ignoriez rien de ce qui m'est arrivé depuis le 7 septembre, je vais vous faire un récit qui vous mettra à même de juger de ma situation actuelle.
Le 5 septembre, la diarrhée me prit, maladie incommode et qui affaiblit singulièrement; après avoir été blessé, je suis resté sept jours, dans une mauvaise cassine, dans les environs du champ de bataille, après quoi, moi, ainsi que plusieurs officiers du régiment, nous avons été transportés dans la ville de Mosaïque, où je suis resté jusqu'au 26 septembre, jour de mon départ pour Moscou.
Je suis arrivé dans cette dernière ville le 30 septembre ; il y a vingt deux lieues de Mosaïque à Moscou, et j'y suis resté jusqu'au 10 octobre, jour que l'Empereur fixa pour une grande évacuation sous l'escorte de douze cents hornmes d'infanterie. Cette évacuation consistait en plus de vingt-cinq généraux, cinquante colonels, soixante-dix chefs de bataillon et cent cinquante officiers. De notre régiment étaient le colonel, le major, deux chefs de bataillon, moi compris, et quatre capitaines. J'ai donc voyagé depuis Moscou jusqu'à Wilna, deux cents lieues, avec la diarrhée, qui, à quatre reprises, est dégénérée en dyssenterie, et loin d'avoir des moyens pour me guérir, on n'en avait même pas pour me soulager. Lorsque je suis arrivé à Wilna, le 12 novembre, on était obligé de me porter lorsque je voulais changer de place, j'avais absolument perdu toutes mes forces. Dans les premiers jours de mon arrivée à Wilna, où je suis resté dix-huit jours, j'ai heureusement découvert un chirurgien de ma connaissance, qui, au bout de huit jours, m'a débarrassé de la mauvaise maladie qui me poursuivait depuis près de trois mois; le bon vin de Bordeaux à 12 fr. la bouteille a eu beaucoup de part à ma guérison.
Un peu remis de mes fatigues et après dis-huit jours de repos, je suis parti de Wilna le 1er décembre, par un froid de chien, et suis arrivé le 16 à Koenisberg. Le lendemain 17, la fièvre me prit et ne me quitta que le 29. Comme les Russes s'avançaient, il fallut penser à décamper, ce que je fis le 2 janvier, et fis très-bien, car le 4 l'ennemi prit possession de la ville. Comme il y avait un peu de désordre au moment de mon départ, je ne pus pas obtenir de moyen de transport, il me fallut payer cent cinquante francs pour me conduire à Elbing; la distance est de quarante lieues; mais que faire ? Il fallait payer quarante thalers ou être fait captif. D'Elbing à Stettin, il m'en a fallu payer à peu près autant. Il parait que ce n'est pas fini, car il y a deux jours que je devais partir pour Berlin ; je ne l'ai pu faute de chevaux. Il m'en est accordé deux sur ma feuille de route, mais les Commissaires des guerres ne se conforment pas toujours aux ordres. J'ai une petite chaise à moi dans laquelle je voyage très-commodément; il y a place pour mon petit et fidèle domestique. Je ne vous parle pas de mes chevaux. Un petit porte-manteau qui renfermait six chemises et quelques mouchoirs est ce qui me reste; toute ma bijouterie et tout le reste est perdu.
Je suis en route pour Mayence, où je dois attendre la saison des eaux. J'espère qu'elles me feront du bien. Au retour de ce traitement, c'est-à- dire au mois de septembre, je reviendrai à Mayence pour y demander ma retraite. Ainsi, l'hiver prochain je serai à Beauzée.
Maintenant ma santé n'est pas très-bonne, je suis extrêmement maigre et je fais des sueurs horribles toutes les nuits. Cependant je bois quotidiennement ma bouteille de vin : depuis Dantzick je ne la paye que 3 fr. 70 c, un thaler ; il n'est pas toujours bon, mais il faut en boire, autrement plus de Cavalier, Je n'ai pas du tout souffert du froid, une bonne pelisse m'en garantit. Lorsque je serai arrivé à Mayence je vous écrirai de nouveau; vous pouvez en attendant m'écrire et m'y adresser votre lettre.
Que faites-vous, ainsi que votre épouse et vos enfants ? Dites-moi cela dans votre lettre. En attendant le bonheur de vous revoir tous, croyez-moi pour toujours votre frère.
OTENIN,
Chef du 4e bataillon du 33e régiment de ligne
".

Pour désencombrer Erfurth, l'Empereur prescrit le 27 janvier de placer à Wittemberg le 2e Bataillon (entre autres) du 33e.

L'Empereur espérait qu'à Erfurt devait se trouver avant le 1er mars un certain nombre de Bataillon, dont un du 33e; ces Bataillons devaient être conduits par un Général du 1er Corps à Wittemberg du 1er au 5 mars, après les avoir pourvus de chaussures et d'effets à Leipzig. Il espérait également qu'entre le 8 et le 12 mars, d'autres Bataillons seraient rassemblés à Erfurt, dont un du 33e, qu'un Général de Brigade du 1er Corps devait mener à Dessau.

Cependant, il s'avère que reconstituer les Bataillons est plus difficile que prévu par manque de cadre. Un rapport du Général Doucet à Erfurt, daté du 4 février, indique que pour le 33e, il ne dispose que de 3 Officiers et 4 Sous officiers.

L'Empereur donne, le 2 mars, des ordres pour le rétablissement des ler et 2e Corps de la Grande-Armée. Le Maréchal Davout conserve le commandement du 1er Corps, formé avec ses 16 anciens Régiments. La lère Division du 1er Corps doit se réunir à Wittemberg et est formée avec les 16 2es Bataillons en organisation à Erfurth et aux environs : ces Bataillons sont groupés 2 par 2 en 8 Régiments provisoires. La 2e Division doit être formée sur le Rhin avec les 4es BatailIons, groupés 2 par 2 en 8 Régiments provisoires portant des numéros bis. La 3e Division doit être formée avec les 1ers Bataillons dès qu'ils pourront marcher : ils forment 8 Régiments provisoires avec des numéros ter.

1re Division : 32e Provisoire (2e des 33e, 48e).

Fusilier 33e de Ligne 1806
Fusilier 33e de Ligne 1806 Fusilier 33e de Ligne 1806
Fig. 26 Fusilier en grande tenue, 1806-1807, d'après H. Feist pour Bucquoy (source : Collections Alsaciennes)
Fig. 26a Fusilier, 1806-1807, d'après Forthoffer (source : Collections Alsaciennes)
Fig. 26b 1806-1807 (Les Uniformes des Guerres Napoléoniennes)
Fusiliers 33e de Ligne 1806-1807 Fusilier 33e de Ligne 1806-1807
Fig. 26c Fusiliers en grande tenue, 1806-1807 (revue anglaise Tradition N°24)
Fig. 26d Fusilier en grande tenue, 1806-1807 (d'après Charmy)
 

C'est aussi à ce moment que l'Empereur arrête la composition des Demi-brigades provisoires qui doivent être formées avec les conscrits de 1814. L'organisation de mars 1813 comprend les Demi-brigades provisoires suivantes : la 1ère bis (3 Bataillons des 25e, 30e, 33e).

Plaque de shako 33e de Ligne 1810
plaque de shako 33e de ligne 1810
Fig. 27 Plaque de shako réglementaire modèle 1810 , en cuivre jaune. Numéros découpés à jour. Dimensions 112 x 100
Fig. 27a Plaque modèle 1810; Musée de l'Armée (Gb423d). Numéro découpé à jour.
Fig. 27aa Plaque trouvée à Mojaïsk (1812). Numéro découpé à jour.
Fig. 27ab Ci contre : plaque trouvée à Krasnoée (1812)
  Plaque de shako 33e de Ligne 1810
 
Fig. 27b Plaque trouvée à Taroutino (1812)
Fig. 27c Plaque de shako modèle 1810 (Les Uniformes des Guerres Napoléoniennes). Numéro découpé à jour.

Le 21 avril 1813, le Chef de Bataillon Otenin se voit conférer par Décret le grade de Major au 136e de Ligne; le même jour, il est également nommé Officier de la Légion d'Honneur. L'avis de cette promotion est signé de la main du Comte de Lacepède, alors grand chancelier. Toutefois, Ottenin l'ignore au 22 mai 1813, jour où, de Mayence, il écrit à son frère. Après avoir exprimé le regret qu'il a eu d'apprendre que son neveu a été dirigé sur l'arsenal de Gênes, avoir parlé de différentes personnes et notamment de son camarade Baptiste André, dont il n'a toujours pas de nouvelles, il est probable qu'il est resté sur le champ de bataille de la Moskova :
"J'ai quitté mes béquilles; je marche à l'aide d'un bâton; je puis déjà faire une promenade d'une heure, mais ce n'est pas sans fatigue. Enfin , cela va mieux; j'espère que ma plaie sera fermée dans quelques semaines; il en est sorti un petit os et deux morceaux de drap de mon pantalon. Depuis ce temps, cela va de mieux en mieux. Ma santé est on ne peut pas meilleure, je suis gras comme un chanoine.
Vous ne serez peut être pas fâché d'apprendre que S. M. l'Empereur vient de me nommer major. Je ne sais pas encore à quel régiment je serai envoyé; aussitôt que j'en saurai quelque chose je m'empresserai de vous l'apprendre
".

La famille du Major n'étant pas satisfaite des détails qu'il donne sur sa santé, elle charge alors le père de son domestique de lui faire connaître la position exacte de ce dernier. Cette démarche insolite le blesse, et dans une lettre, datée de Mayence le 4 mai 1813, il laisse éclater son mécontentement :
"Mon frère, c'est avec une surprise extrême que je viens d'apprendre par mon domestique que vous avez chargé son père de prendre auprès de lui des renseignements sur ma maladie. Vous pouviez vous éviter cette peine et vous en tenir à ce que je vous ai écrit. Je vais vous le répéter puisque vous l'avez oublié.
Je ne suis pas malade : je bois, mange, et dors autant qu'un homme de quarante-trois ans peut faire lors qu'il jouit comme moi d'une bonne santé. J'ai quitté mes béquilles, je marche à l'aide d'un bâton, ma blessure n'est pas encore fermée... Si tout cela ne vous satisfait pas, dites-moi ce que vous souhaitez de plus, je tâcherai d'y satisfaire
".

Le Major Otenin ne rejoint pas immédiatement le nouveau Corps auquel il vient d'être attaché. Nous le trouvons encore à Mayence au mois de juin, époque où il demande un congé de six mois. Le certificat du médecin joint à sa pétition, est délivré le 12 juin 1813, par le Chirurgien-major de son ancien régiment le 33e près duquel il a été maintenu provisoirement. Il écrit le même jour à son frère :
"Les suites de ma blessure ainsi que ma santé vont beaucoup mieux que je n'avais lieu de l'espérer. Cependant comme je ne peux pas encore servir activement, j'ai pensé que je ne saurais mieux faire , vu l'état actuel des choses, que de demander un congé de six mois que je me propose d'aller passer à Beauzée. Je viens d'adresser ma demande au ministre, et je ne doute pas quelle soit favorablement accueillie; dès que l'autorisation me sera parvenue, je vous manderai pour vous dire à peu près le jour de mon arrivée, je pense que cela tardera quatre ou cinq semaines. En attendant je vais faire mes dispositions de départ, c'est à-dire me faire habiller, car il est bon de vous dire que je n'ai pour tout vêtement qu'une mauvaise capote. Ces vilains vagabonds de Cosaques m'ont dévalisé.
La dernière lettre que je vous ai écrite et qui n'était pas longue a dû vous paraître un peu originale. Je n'étais pas content, je l'avoue.
Si vous avez été mécontent à voire tour, ne vous en prenez qu'à vous; car enfin pourquoi demander aux étrangers des choses que l'on peut obtenir de ses proches ? cela marquait un peu de défiance de votre part, et très certainement cela était hors de saison. Allons, pas de rancune, en attendant que nous arrangions tout cela en buvant un verre de vin du Grolier ou de la Morisette Vous savez sans doute qu'il y a une suspension d'armes, tout porte à croire que cela nous amènera la paix. Dieu en soit loué ! Il serait temps que cela finisse pour le bien commun et plus particulièrement pour notre belle patrie, car combien n'avons nous pas de bons Français à regretter !
Signé : OTENIN,
major au 33e de ligne, à Mayence
".

Toujours le vif désir de revoir la patrie si longtemps absente. Ce désir ne sera que momentanément réalisé. Après avoir été maintenu quelques mois comme Major auprès du 33e, il est plus tard dirigé sur le 136e alors à Sedan, auquel il a été primitivement attaché. C'est avec le Dépôt de ce Régiment que nous le retrouvons au mois de janvier 1814, à Compiègne dont il assurera la défense.

Les déserteurs, nombreux en Allemagne en 1813, sont envoyés à Wesel, dépôt des réfractaires et des déserteurs parmi les plus mal notés. A l'époque, cette prison regorgait d'hommes, et Henri Joseph Maréchal, originaire de Chevron (Ourthe) déserteur du 33e enfermé à Wésel, dénonce le triste état sanitaire de sa prison : "... nous ne sommes pas bien. Nous sommes passés le Rhin, le temps est mauvais. Il en tombe beaucoup tous les jours de maladie. Cela prend par le mal de gorge. Il y en a beaucoup qui n'ont pas d'argent et il faut qu'ils boivent de l'eau et c'est cela qui nous fait tomber malade ..." (E. Fairon et H. Heuse : "Lettres de grognards", 1936; lettre N°897 - citée également par Pierre Charrié : "lettres de guerre, 1792-1815").

Signalons qu'entre temps, Martinien indique que le 13 mai 1813, au moment du passage de l'Elbe, le Capitaine Choppy, le Lieutenant Hardel, et les Sous lieutenants Monoire et Rouquette sont blessés.

Le maréchal Davout ayant occupé Hambourg, un ordre du 15 juin organise ses troupes. La Division de garnison d'Hambourg prend le n°50. Le Maréchal doit diriger sur Magdebourg la 5e Division qui rejoint le 2e Corps. Il a à Hambourg les 2e, 3e et 3e bis Divisions, tandis que la 1re est toujours à W'ittemberg.

Toujours le 15 juin, dans le département de l'Ourthe, le directeur de la conscription se plaint vivement du mauvais vouloir des conscrits du département... Dans les détachements des conscrits appelés aux armes par le sénatus-consulte du 9 octobre, la désertion est considérable. Ainsi, le dépôt du 30e de Ligne ne reçoit que 248 conscrits de 1813 sur les 350 prévus (un peu plus loin, il est aussi indiqué 491 conscrits de 1813) (E. Fairon et H. Heuse : "Lettres de grognards", 1936).

Afin de réunir ensemble les Bataillons des Régiments du 1er Corps, l'Empereur prescrit le 18 juin, que les lre et 2e Divisions soient sous les ordres du Général Vandamme et se forment, la 1ère à Wittemberg ; et la 2e à Magdebourg avec les 1er, 2e, 4e bataillons notamment du 33e.

Correspondance du Maréchal Davout, tome 4 : "L'Empereur au major général. «Dresde, 18 juin 1813. Mon cousin, vous donnerez ordre au général Vandamme de partir de Hambourg le 25 pour se rendre à Magdebourg, où il établira son quartier général. Il mènera avec lui (...) 3° les 1ers et 4es bataillons des régiments qui composent la 1re division; les 1ers et 4es bataillons des régiments qui composent la 2e division.
2e division. (...) 33e (...) de ligne.
La 2e division se réunira à Magdehourg, la 1re à Wittenberg; le quartier général sera à Magdebourg. En conséquence, les 2e bataillons qui sont à Wittenberg des (...) 33e (...) de ligne, se rendront à Magdebourg pour y attendre les 1ers et 4es bataillons de ces mêmes régiments et former la 2e division.
(...) Il y aura donc à Hambourg :
1° La 50e division ou division de Hambourg, qui est aujourd'hui de 6,000 hommes;
2° La 3e division (...);
3° La division bis composée (...) des 3es bataillons des 33e (...) de ligne, qui formeront une 2e brigade.
Le prince d'Eckmühl formera la 3e division, qui se trouvera ainsi à trois brigades. En conséquence, il aura sous ses ordres, à Hambourg, la division de Hambourg, qui, après l'incorporation des bataillons de marche, doit être, comme je l'ai dit plus haut, de 5,000 hommes; la 3e division, c'est-à-dire vingt bataillons ou 12,000 hommes; la 3e division bis, dix bataillons ou 6,000 hommes; total 23,000 hommes (...).
Le général Vandamme aura à Magdebourg la 1re division, quinze bataillons; la 3e division, quinze bataillons. La division Teste tiendra garnison à Magdebourg jusqu'à nouvel ordre (...).
Ce corps sera appelé corps du général Vandamme; mais il fera toujours partie du ler corps (...).
Vous prendrez les mesures nécessaires pour que ces ordres s'exécutent avec la plus grande activité» (Correspondance de Napoléon, t. XXV, p. 398.)
"

Le 19 juin, Berthier écrit depuis Dresde à Davout : "L'Empereur ordonne, prince, que vous fassiez partir le général Vandamme de Hambourg le 25 de ce mois, pour se rendre à Magdebourg où il établira son quartier général.
Vous donnerez des ordres pour que le général Vandamme mène avec lui (...) les 1er et 4e bataillons des cinq régiments composant la 1re division et les 1er et 4e bataillons des cinq régiments composant la 2e division, savoir : (...) 2e division (...) 33e régiment d'infanterie de ligne, 1er et 4e bataillons.
(...) Ce qui forme vingt bataillons. La 2e division se réunira à Magdebourg et la 1re division à Wittenberg le quartier général du général Vandamme sera à Magdebourg.
La division du général Philippon, composée des seconds bataillons de vos 16 régiments, a reçu l'ordre de s'arrêter à Vittemberg; les seconds bataillons des (...) 33e (...) qui en font partie, se rendent à Magdebourg pour y attendre les 1er et 4e bataillons de ces régiments qu'amènera le général Vandamme et former avec eux la 2e division.
Vous aurez ainsi à Hambourg, prince, (...) La 3e division bis qui restera composée (...) des troisièmes bataillons (...) 33e (...) de ligne, dont vous formerez une seconde brigade.
En conséquence, vous aurez sous vos ordres à Hambourg (...) La 3e division bis, de dix bataillons ... 6.000 (hommes).
Quant au général Vandamme, il aura à Magdebourg et Wittemberg (...) la 2e division de 15 bataillons.
(...) Ce corps, prince, sera appelé corps du général Vandamme; mais il fera toujours partie du 1er corps d'armée.
(...) Ne perdez pas un instant, prince, pour faire exécuter ponctuellement toutes les dispositions ci-dessus, et envoyez-moi sur cela des rapports très détaillés, afin que j'en rende compte à l'Empereur.
L'intention de l'Empereur est que vous réunissiez à Hambourg et à Haarburg toute la division de Hambourg, que vous réunissiez la 3e division de vingt bataillons en avant de Hambourg, et que vous réunissiez la 3e division bis à Lunebourg, en laissant deux bataillons sur la côte; bordez ainsi toute la rive gauche de l'Elbe. L'intention de l'Empereur est qu'avec ce corps d'armée et les Danois, vous puissiez prendre l'offensive dans le Mecklembourg, aussitôt que l'armistice viendrait à être rompu.
(...) Comme la 3e division va se trouver de 20 bataillons, l'Empereur vous laisse la liberté d'en donner le commandement au général Loison, si vous le jugez convenable, en donnant celui de la 3e division bis au général Thiébault.
Sa Majesté vous laisse maître également de scinder la 3e division, de manière à avoir trois divisions de dix bataillons chacune, mais ce ne serait que pour le service et non pour l'organisation ou bien vous pouvez mettre quatre bataillons de la 3e division avec la 3e division bis, de manière que la 3e division se trouve être de 16 bataillons et la 3e bis de 14.
Je joins ici des ordres pour le général Vandamme; remettez-les lui en lui donnant les vôtres pour son mouvement.
Envoyez au-devant des six bataillons de la division actuelle du général Philippon qui vont vous rejoindre, ou faites connaître au gouverneur de Magdebourg, la direction que vous jugez à propos qu'il leur donne
" (Registre d'ordres du maréchal Berthier pendant la campagne de 1813 - Du 29 mars au 31 juillet).

Suit la lettre de Berthier à Vandamme : "L'Empereur ordonne, monsieur le général Vandamme, que vous partiez de Hambourg le 25 de ce mois pour vous rendre à Magdebourg où vous établirez votre quartier général.
Vous mènerez avec vous (...) les 1er et 4e bataillons des cinq régiments composant la 2e division, savoir (...) 33e régiment d'infanterie de ligne, 1er et 4e bataillons (...) Ce qui forme 20 bataillons. La 2e division se réunira à Magdebourg (...) et votre quartier général restera à Magdebourg. La division que commande actuellement le général Philippon, se rendait au 1er corps, mais je lui ai donné l'ordre de s'arrêter à Wittenberg ; elle est composée des seconds bataillons des 16 régiments du 1er corps. D'après les ordres que je lui donne, les seconds bataillons des (...) 33e (...) de ligne vont se rendre à Magdebourg pour y attendre les 1er et 4e bataillons de ces régiments que vous amenez et que, de Magdebourg, vous dirigerez sur Wittenberg pour former avec eux la 2e division.
(...) Ce corps, général, sera appelé corps du général Vandamme, mais il fera toujours partie du 1er corps d'armée.
Prenez sur-le-champ les ordres de M. le maréchal prince d'Eckmuhl, afin qu'il mette sous vos ordres tout ce que vous devez amener et que vous puissiez vous mettre en mouvement le 25, conformément aux intentions de l'Empereur. Envoyez-moi le plus tôt possible un état de situation de vos troupes avec la copie de leur itinéraire, de manière à ce que l'Empereur puisse bien connaitre leur marche jour par jour
" (Registre d'ordres du maréchal Berthier pendant la campagne de 1813 - Du 29 mars au 31 juillet).

Suit enfin une lettre au Général Philippon : "Je vous préviens, monsieur le général Philippon, que M. le comte Vandamme part de Hambourg le 25 de ce mois avec les premiers et quatrièmes bataillons des cinq régiments qui, suivant la nouvelle organisation, doivent composer la 1re division d'infanterie et les premiers et quatrièmes bataillons des cinq régiments qui doivent composer la 2e division (...).
La (...) 2e division et le quartier général du général Vandamme resteront à Magdebourg.
Au moyen de ces dispositions, voici la destination que vous devez donner aux bataillons composant votre division actuelle qui sont les seconds bataillons des 16 régiments du 1er corps. Dirigez de suite sur Magdebourg les seconds bataillons du 13e léger, des 25e, 83e et 57e de ligne, ces quatre bataillons avec le second bataillon du 33e de ligne qui est déja à Magdebourg, attendront dans cette place les premiers et quatrièmes bataillons de ces régiments qu'amène le général Vandamme pour former avec eux la 2e division.
(...) Instruisez-moi, général, par un rapport détaillé, de l'exécution de ces dispositions
" (Registre d'ordres du maréchal Berthier pendant la campagne de 1813 - Du 29 mars au 31 juillet).

Des lettres analogues sont envoyées au Général Jouffroy, et au Général commandant la 24e Division Militaire (Registre d'ordres du maréchal Berthier pendant la campagne de 1813 - Du 29 mars au 31 juillet).

Au mois de juin, donc, le 33e garde la ligne de l'Elbe, sous les ordres de Vandamme; la Division (Teste), à laquelle appartient le 33e, est à Magdebourg.

Le 1er juillet, Berthier écrit depuis Dresde à Davout "Je vous envoie, prince, ampliation d'un ordre de l'Empereur daté d'aujourd'hui qui règle la nouvelle formation du 1er corps d'armée que commandera le général Vandamme et du XIIIe corps d'armée dont Sa Majesté vous donne le commandement. Vous y verrez la composition que vous devez donner à la 3e division et à la 40e division ainsi qu'à la 50e. Faites dissoudre la 3e division bis et veillez à ce que les bataillons qui la composent se rendent sans délai à leur destination respective, savoir les troisièmes bataillons des (...) 33e (...) de ligne sur Magdebourg pour y rejoindre les 1re, 2e et 23e divisions (...).
Prescrivez toutes les dispositions nécessaires pour l'exécution de l'ordre de l'Empereur.
(...) Ayez le plus grand soin, prince, que chaque troupe suive bien exactement et sans délai la destination que lui assigne l'ordre de l'Empereur et instruisez-moi de toutes les dispositions que vous ferez pour remplir à cet égard les intentions de Sa Majesté; correspondez à cet effet avec le général commandant à Wesel
" (Registre d'ordres du maréchal Berthier pendant la campagne de 1813).

A la fin de juillet, en prévision des opérations prochaines, la Division Teste quitte Magdebourg pour se rapprocher de Dessau.

A la reprise des hostilités, le Corps de Vandamme est désigné pour servir sous les ordres directs de l'Empereur. En conséquence, ordre lui est donné, le 12 août, de se rapprocher de Dresde. Il s'établit à Bautzen de façon à pouvoir se porter en quelques heures, si le besoin s'en fait sentir, sur Zittau, au débouché des montagnes, sur Dresde ou sur Koenigstein.

Le 15 août, le 33e fait partie de la 2e Division Dumonceau du Corps de Vandamme.

Il conserve cette position jusqu'au 22; ce jour là, le Sous lieutenant Dumolard est blessé au cours du combat de Pirna en Saxe.

Puis, sur l'ordre de l'Empereur, Vandamme se rapproche de Dresde; mais avant d'atteindre cette ville, il lui est enjoint de se porter par Pirna sur Hellendorf et de s'établir ainsi fortement sur la ligne de retraite du Prince de Schwartzenberg en pleine opération sur Dresde. Vandamme commence son mouvement le 26, et, le 27, enlève Pirna de vive force malgré la résistance du Général russe Ostermann et du Prince de Wurtemberg.

Le même jour, l'Empereur a gagné la bataille décisive de Dresde.

Notons que Martinien indique que le 26 août, à la bataille de Dresde, ont été blessés : le Chef de Bataillon de Goux, les Capitaines Hénard, Calais, Toquoy, les Sous lieutenants Bousquet (le 28), Dumoncel, Paris et Pellevillain. Martinien donne également le Sous lieutenant Dumolard, blessé le 29 août au combat de Pirna, en escortant les bagages du Régiment.

Napoléon prescrit à Vandamme de se diriger immédiatement sur Peterswald, d'entrer en Bohême et de culbuter le Prince de Wurtemberg. Mais celui-ci, ainsi que le Général Ostermann peuvent gagner Peterswald avant le 1er Corps et le devancer sur la route de Kulm à Toeplitz. Vandamme se lance aussitôt à leur poursuite, culbute les Russes près d'Hellendorf, franchit les montagnes et marche résolument sur Toeplitz.

Grenadier 33e de Ligne 1812
Fig. 28 Grenadier en 1812 - reconstitution (avec l'aimable autorisation de l'auteur de ce dessin - "Vanderhoff 15 leger")

L'Empereur Alexandre, effrayé par ce mouvement, ordonne à Ostermann et au Prince de Wurtemberg de tenir à tout prix devant Kulm. Vandamme les y attaque, enlève Kulm, et se trouve alors en présence d'une forte position sur laquelle les alliés se sont reformés. Le front de la position est protégé par un ravin difficile à franchir. L'ennemi a son centre au village de Priesten, qui domine la route de Kulm à Toeplitz, sa droite appuyée à des marais et sa gauche aux montagnes. Vandamme l'attaque vainement avec la plus grande énergie ; toutes ses tentatives échouent. Il se replie sur les hauteurs de Kulm et s'y fortifie, résolu à s'y maintenir en attendant des renforts. Mais le 30, le Corps prussien de Kleist qui, coupé de l'armée alliée et placé entre les corps de Saint-Cyr et de Vandamme a cherché son salut en se jetant dans des sentiers affreux, débouche tout à coup en arrière du 1er Corps. Le hasard seul l'a conduit sur les derrières de Vandamme; mais, s'apercevant que celui-ci est en présence d'une armée de 100000 hommes, Kleist l'attaque immédiatement à revers avec ses 30000 hommes.

Dans cette situation terrible, les Français font des efforts extraordinaires pour gagner Hellendorff ; mais n'y pouvant réussir, ils se jettent dans les montagnes laissant à l'ennemi toute leur artillerie et leur Général en chef.

Martinien indique pour Culm : Chef de Bataillon Mercier et Capitaine Dumont, tués; Capitaine Schneider, disparu; Capitaine Bonniol, blessé et mort le 7 septembre; Capitaine Lequoeux, blessé et mort le 20 septembre; Lieutenant Joanny, blessé et mort le 8 septembre; le Major Barthélemy, le Chef de Bataillon Caillez, le Capitaine Caillaux, le Lieutenant Adjudant major Bléhée, les Lieutenants Albert, Eymard, Forest, le Sous lieutenant porte aigle Delorieux, les Sous lieutenants Boilet, Dumoncel, Paris, Rey et Itam sont blessés.

Environ 15000 hommes regagnent Dresde. L'Empereur fait verser dans ces débris 5 Bataillons de marche qui arrivent de Mayence ainsi que 3 venant de Leipzig, et réorganise ainsi le 1er Corps, sous les ordres du Général Lobau : la 3e Division, confiée au Général Teste, comprend les ler, 2e, 3e, 4e Bataillons du 33e de Ligne.

Martinien indique également pour le combat de Peterswald, le Chef de Bataillon De Goux, les Capitaines Bisson et Fournelle, et le Sous lieutenant Desprez, blessés.

Le 18 septembre, le Sous lieutenant Brunet est blessé au cours d'un combat près de Leipzig (Martinien). Ce jour là, l'aigle du 33e de Ligne tombe au main des Autrichiens; elle est prise par le soldat Jononscher du 54e R. I. autrichien. Jononscher sera décoré de la croix de Saint Georges ; à cette occasion, les Autrichiens déclarent avoir pris l'aigle du 33e le 30 août (Adolenko ; notons que cet auteur indique que le 33e ne figurait pas à Kulm, ce qui est faux).

Fin septembre (vers le 24), le 1er Corps comprend au sein de la 23e Division (Teste) 4 Bataillons des 21e, 33e et 85e de Ligne.

Le 9 octobre, le Capitaine Toquoy et le Lieutenant Lambertin sont blessés au cours d'un combat près de Leipzig; le lendemain, toujours près de Leipzig, est également blessé le Capitaine Delpech. Enfin, le 13, le Capitaine Bourrée est blessé (mort le 31).

Du 16 au 18 a lieu la bataille de Leipzig. Martinien indique :
- 16 octobre : Colonel Maire, Chef de Bataillon Berthelot, Lieutenant Adjudant major Bléhée.
- 18 octobre : Lieutenant Constant, Sous lieutenants Dumocel, Faravelli, Martin.
- 19 octobre : Sous lieutenant Dejean.

Le 11 novembre 1813, des élèments du 33e sont enfermés dans Dresde. Le 17, l'Empereur ordonne de former les 6e et 7e Bataillons d'un certain nombre de Régiments, restés enfermés à Dresde, dont ceux du 33e. Ces Bataillons doivent, leur formation achevée, être dirigés sur Utrecht pour y former le 1er Corps bis.

En vertu d'une capitulation signée à Dresde, les 1er et 14e Corps devaient rentrer en France : mais les alliés violent cette capitulation et les troupes sont désarmées et envoyées en Bohème comme prisonnières de guerre. L'Empereur, qui comptait sur leur retour, donne de nouveaux ordres pour la formation de l'armée qui comprend notamment : 1er Corps, à Anvers (Général Maisons) : 3e Division (Carra St-Cyr) : tous les Bataillons fournis par les Dépôts des 21e, 30e, 33e, 55e, 64e, 75e, 76e, 85e, 88e, 94e, 100e.

A noter que Martinien indique également pour octobre 1813, le Sous lieutenant Dubois, blessé au cours du blocus de Stettin en Prusse.

 

Voltigeur  33e de Ligne 1812
Voltigeurs 33e de Ligne 1812
Fig. 29 Voltigeur en 1812 (Les Uniformes des Guerres Napoléoniennes)
Fig. 29a Sergent de Voltigeurs et Voltigeur en 1812 - reconstitution (avec l'aimable autorisation de l'auteur de ce dessin - "Vanderhoff 15 leger")

 

j/ Campagne de 1814

Fusilier 33e de Ligne 1812
Fig. 30 Fusilier en 1812 - reconstitution (avec l'aimable autorisation de l'auteur de ce dessin - "Vanderhoff 15 leger")

Au 1er janvier 1814, la situation du 33e est la suivante : 5e Bataillon à Mayence; 6e, 7e en formation à Mayence. 1er, 2e, 3e, 4e, disparus.

Le 33e qui occupe Luxembourg, ne prend point part aux opérations actives de cette campagne. Il prend cependant part à la défense de la ville. Le Bataillon de Putigny est à la caserne du Grund. Le Régiment est sous les ordres du Général Vineux. La place de Luxembourg est assiégée par les Hessois en ce début d'année 1814.

Martinien indique pour la défense de Luxembourg, que les Sous lieutenants Cossard, Desprez et Gauthier ont été blessés le 15 février, et que le Lieutenant Fressange a été tué en mars.

En avril, Napoléon abdique et part pour l'île d'Elbe. L'Armée est alors réorganisée quand le Régiment se trouve à Verdun. L'ancien 33e de Ligne est amalgamé avec des éléments de la Jeune Garde (1er Bataillon du 9e Tirailleurs) et la 57e Cohorte de la Garde nationale (Pigeard) et les 1er et 2e Bataillons du 137e de Ligne (Belhomme) pour former le 32e d'Infanterie.

 

k/ Campagne de 1815

L'Empereur est de retour en France. La guerre reprend aussitôt contre l'Europe coalisée. Le 31 mars, le 33e de Ligne quitte Verdun en direction de la frontière belge.

Dans les premiers jours de juin, le 33e fait partie de l'Armée du Nord; il forme avec la 36e la 2e Brigade (Lagarde) de la 11e Division (Berthèzène) du 3e Corps (Vandamme) qui se réunit entre Rocroy et Philippeville. Le Régiment a complété son organisation et se tient prêt à entrer de nouveau en campagne. Le 7 juin, à Chimay, a lieu la remise de l'Aigle.

Le Capitaine Putigny raconte :
"Le 7 juin, notre députation revient du Champ de Mai, apportant l’aigle. Très solennellement, devant le château de Chimay, nous recevons notre cher "oiseau" des mains du Général Vandamme commandant le 3e Corps.
Nous sommes prêts; les hommes pleins d’ardeur ne demandent qu’à se battre. Je trompe mon attente en jouant avec un épagneul soyeux et aux yeux tendres; il aime se vautrer dans l’eau et venir s’ébrouer sur mes culottes blanches; mes hommes s’en amusent et l’appellent "Canard".
Il ne me quitte jamais sauf pendant l’exercice car il a la terreur des coups de feu, bien gênant défaut pour un chien de chasse élevé par des Grenadiers

Le 14 juin; nous traversons la forêt pour nous établir près de Beaumont, où se concentre toute la Grande Armée. Je suis de grand’garde cette nuit, une paix divine plane. Et tout autour de moi ces hommes qui vont donner la mort dorment dans des poses d’enfant : anges exterminateurs".

Le centre de l'armée s'ébranle le 15 juin. Le 3e Corps passe la Sambre à Charleroi et vers 3 heures de l'après-midi se trouve, avec le Corps de Grouchy, en présence de 25000 Prussiens (Corps Zieten), couverts par un ravin et adossés à des bois. Cet ennemi est rapidement culbuté et le 3e Corps s'établit au bivouac dans les bois, entre Fleurus et Charleroi.

Le Capitaine Putigny raconte :
"Le lendemain à trois heures de l’après-midi, courant presque, nous arrivons à Charleroi. L’Empereur s’y trouve avec sa garde à cheval. Ordre de repartir immédiatement. J’ai l’estomac dans mes bottes; je charge Nicolas, mon ordonnance, de m’acheter en ville du pain, du saucisson, du vin et lui recommande de veiller sur "Canard" et de le rejoindre au plus vite.
Nous nous arrêtons à Gilly devant le bois de Fleurus où sont les Autrichiens. L’Empereur vient lui-même reconnaître la position.
Nous les débusquons puis allumons nos feux de bivouac en bordure de la forêt de Lambusart dans un champ de blés verts.
Il est très tard, mes deux commissionnaires ne sont pas encore là et j’ai une faim d’ogre.
Soudain, je reconnais la voix de Nicolas et il semble bien inquiet :
- Ah ! c’est vous les gars, où est le Capitaine ? Je comprends qu’on me désigne.
- je le réveillerai bien assez tôt pour moi. Voilà qu’à c’t’heure j’ai perdu son chien.
- Tu es sûr d’avoir ton savon; comment as-tu fait idiot ?
- Ben, l’envie me prend de m’arrêter contre un arbre. J’attache la laisse à ma jambe et, comme je suis en train, ces fichus artilleurs font pétarader leurs pièces. "Canard" détale, et me v’la le cul par terre ! En remontant ma culotte, je cours après lui jusqu’à Charleroi. Au retour, bon dieu, les provisions que j’avais laissées au pied de l’arbre avaient disparu elles aussi !

J’ai perdu un chien, mais j’ai gagné un homme" dira, un peu plus tard, Putigny et il y gagnera la fidélité de son serviteur Nicolas.

Le lendemain, Vandamme, renforcé de la Division Gérard, forme l'extrême gauche de l'armée française en face des Prussiens établis sur la ligne de Sombref-Bussy. Vandamme commence l'attaque, vers 3 heures, en se portant contre le village de SaintAmand. Arrivé à portée de ce village, il est reçu par le feu de douze pièces. Les trois Bataillons qui le défendent n'en sont pas moins culbutés; mais lorsqu'il s'agit de déboucher, les colonnes sont criblées par un feu de mitraille tellement violent et une fusillade si nourrie qu'elles battent en retraite. Les Prussiens rentrent à leur suite dans le village, mais une nouvelle attaque les en chasse.

Blücher, cependant, veut garder Saint Amand à tout prix. Sa possession, en effet, assure le débouché du Corps de Bulow et, en conséquence, il ordonne au commandant de son 2e Corps (Pirch) de tenter un nouvel effort sur ce point.

Deux Brigades prussiennes sont aussitôt mises en mouvement : l'une, abordant la position de front, tandis que l'autre soutient son flanc gauche. L'attaque est vive, mais elle est reçue avec une telle vigueur qu'elle s'arrête net. Blücher ne se décourage pas; il en tente une nouvelle, et cette fois, il finit par s'emparer du village et du cimetière. Mais, pendant cette lutte qui est longue, la Vieille Garde s'est avancée pour servir de réserve au 3e Corps. Soutenu par elle, il rentre de nouveau dans Saint-Amand dont il reste le maître ainsi que des hauteurs qui le couronnent. La position est définitivement conquise; le 3e Corps s'y s'établit au bivouac.

Le 33e, au cours de la journée, n'a perdu que 16 blessés, preuve qu'il a été conservé en réserve.

Le lendemain de cette bataille (Ligny), la droite de l'Armée française passe aux ordres de Grouchy. Elle est chargée de la poursuite et le soir s'établit à Gembloux.

33e de ligne plaque de shako modèle 1812
Fig. 31 Plaque de shako du modèle de 1812 appartenant aux Fusiliers.

Le 18, Grouchy atteint les Prussiens à Wavres. Vandamme et Exelmans les attaquent aussitôt et, à 11 heures du soir, la Dyle est passée à Limale.

Le 19 au matin, Grouchy ignore encore le résultat de la bataille livré la veille par Napoléon, dont il a entendu le canon toute l'après-midi sans se décider à le rejoindre. Il décide de pousser vivement l'ennemi et de se rabattre vers l'Empereur s'il ne reçoit pas d'instructions. Mais, vers 11 heures, il apprend la nouvelle du désastre de Waterloo. Il donne aussitôt ses ordres pour la retraite, qui s'effectue par Namur le 20; le Chef de Bataillon De Goux est blessé (mort le 29 juillet), le Sous lieutenant Rousseauville est blessé (et présumés mort); sont également blessés les Capitaines Lebleu, Hénard, Neumann, Testu, Chopy, les Lieutenants Roudolphie, Tatareau, Gerson, les Sous lieutenants Nicolas, Bourelle, Dumolard, Girardier, Delucci et Gachot.

A Namur, le 33e de Ligne est le dernier Régiment à rentrer dans la ville, pour se mettre à l'abri de ses remparts, après avoir résister à l'ennemi; après avoir franchi la porte de Bruxelles, le Régiment accueille les tirailleurs prussiens par une dernière volée. Dans ses carnets de route, Jean Marie Putigny, Capitaine au 33e de Ligne en 1815, raconte au sujet de la défense de Namur :
"Mon bataillon fait face à l'extrême arrière-garde dans un chemin resserré entre les murs des jardins du faubourg. Les Anglais chargent avec opiniâtreté.
Le chef de bataillon est blessé à mort, le capitaine le plus ancien aussitôt après lui. Je prends donc le commandement que je conserve jusqu'à la fin. Une balle morte me frappe à la jambe droite. Boitant, le bras gauche en écharpe, je suis isolé par la charge, coincé dans un renforcement de muraille où je m'escrime contre deux habits rouges. Impossible de rompre. Je pare et me couvre rageusement. Le plus grand, un lieutenant des Gardes, ricane, sa botte me manque de peu; je fais appel à toute mon énergie et d'un coup de pointe au visage relègue cet insolet sujet de sa Gracieuse Majesté au paradis des "Goddem". Il devait avoir l'honneur de clore la liste des 242 ennemis tués de ma main, à l'arme blanche sur le champ de bataille.
Mes grenadiers me dégagent, et nous fermons la lourde grille des remparts de Namur au nez des assaillants en les gratifiant à travers les barreaux, d'une dernière salve qui brise net leur élan
" (P. Meganck: Gloire et Empire N°17, "Dans l'ombre de Waterloo, la bataille de Wavre et la retraite").

Paul Méganck fait remarquer qu'il "est pour le moins curieux d'entendre parler un des participants à ces combats de troupes anglaises alors que tous les auteurs s'accordent à dire que seuls des Prussiens ont participé à la poursuite de Grouchy. Le capitaine Putigny parle bien d'habits rouges, et pourtant aucune unité prussienne ne portait de tenue rouge. On pourrait croire que la mémoire lui a fait défaut ou qu'il a voulu enjoliver son histoire, mais un autre élément vient encore épaissir quelque peu le mystère. En 1903, au cours des travaux de construction d'une maison le long de la chaussée de Bruxelles, on met à jour des ossements reconnus comme étant ceux d'un soldat du 13e régiment d'infanterie britannique grâce à ses boutons qui sont reconnus comme authentiques. Mais le 13e n'est pas sur le continent en 1815. Un troisième élément vient peut-être apporter un peu de clarté à cet embroglio ou du moins permettre d'avancer une hypothèse. Le lieutenant-général Berthezène parle dans ses mémoires de troupes hanovriennes qui seraient venues appuyer les Prussiens de von Pirch durant la poursuite de Grouchy. Les bataillons de ligne hanovriens portent la tenue rouge de l'infanterie britannique, de même d'ailleurs que les bataillons de la King's German Legion également constituée de Hanovriens. Reste le cas du boutons du 13e. On peut envisager une erreur de distribution de l'administration. Peut-être le capitaine Putigny a-t-il alors bien tué un officier vêtu de rouge, mais ce derneir devait alors parler Allemand et non Anglais".

La retraite se poursuit par Rocroy, Rethel et Reims.

Cette fois-ci, c'est la fin, l'épopée est terminée. Le Régiment est envoyé au-delà de la Loire, à Mirabeau, pour y être licencié le 15 août; il est alors dirigé sur la 39e Légion d'Infanterie (Légion du Puy de Dôme).

De 1804 à 1815, le 33e a eu 31 Officiers tués, 17 Officiers morts de leurs blessures, et 163 Officiers blessés.

 

III/ Uniformes

 

"«Rien ne m'a jamais paru plus propre à établir la discipline et l'esprit de corps qu'un uniforme particulier pour chaque demi-brigade». Cette phrase, que l'on devrait graver en lettres d'or au fronton du Panthéon de l'uniformologie, est extraite des mémoires du général Roguet, alors chef de brigade (colonel) de la 33e demi-brigade d'infanterie de ligne. Et Roguet poursuit :
«... afin de concilier l'esprit du règlement à mes idées, j'adaptais au collet de l'habit des officiers, sous-officiers et soldats, une patte bleue liserée de blanc avec un petit bouton à l'extrémité. Lorsque le collet était agrafé, cet ornement semblait en être la boucle. Le soldat avait également au collet bleu de sa veste une patte rouge liserée de blanc. Ainsi je reconnaissais partout les militaires de la 33e et eux mêmes étaient satisfaits de leur marque distinctive... »
" (Rigo, in Tradition N°35 page 32).

Ces citations sont extraites des Mémoires de Roguet ; voici l'intégralité du passage : "A cette époque, la tenue des troupes manquait de régularité ; l'habillement était fourni par des entrepreneurs; la coupe, la confection, la qualité des étoffes laissaient également à désirer, ainsi que cela arrive toutes les fois qu'on s'adresse à des entreprises ; les distributions n'avaient pas lieu aux époques fixées, et les mililaires étaient presque toujours en haillons; toute la sollicitude des chefs s'exerçait à trouver les moyens de couvrir ces malheureux ; on voyait dans les demi-brigades une bigarrure tout à fait désagréable dont les soldats étaient victimes, les habits n'étaient pas faits sur mesure. Il n'existait aucune espèce d'unifomité : pour quelques-uns les basques touchaient presque par terre et ramassaient la boue ; les officiers, par un caprice inconcevable avaient généralement adopté cette forme d'habits. L'infanterie de bataille portait l'uniforme décrété par l'Assemblée nationale : habit bleu, revers et doublures blancs, liserés rouges; parements et collets rouges, liseré blanc; boutons jaunes, veste et culotte blanches, guêtres noires, chapeau à trois cornes, ganse et boutons jaunes; la cocarde aux trois couleurs. A dater du 23 septembre 1800, le Premier consul supprima l'administration générale de l'habillement et fit distribuer aux corps les étoffes nécessaires; le conseil d'administration fut chargé de surveiller les confections. L'ordonnance de 1786, sur la coupe, n'était pas remplacée, j'en profitai pour régulariser l'habillement; l'homme étant à genoux, la basque devait être à trois pouces de terre ; cette prescription fut exêctée dans la 33e ; la mesure déplut aux chefs des autres régiments ; ensuite tous m'imitèrent. Rien ne m'a jamais paru plus propre à établir la discipline et l'esprit de corps qu'un uniforme particulier pour chaque demi-brigade ; mais l'habit national était celui de l'infanterie de bataillle. Pour concilier l'esprit du règlement à mes idées, j'adaptais au collet de l'habit des officiers, sous-officiers et soldats, une patte bleue liserée de blanc, avec un petit bouton à chacune des extrémités. Cet ornement, lorsque le collet était agrafé, semblait en être la boucle. Le soldat avait aussi, au collet de la veste, une patte rouge liserée de blanc; je reconnaissais partout les militaires de la 33e ; eux mêmes étaient satisfaits de leur marque distinctive. Les officiers, sous-officiers et soldats appréciaient tellement cette addition à la tenue que, malgré les ordres donnés depuis à diverses reprises pour la supprimer, elle fut conservée jusqu'à l'époque du licenciement de l'armée en 1815. Les adjudants avaient, en tout, la tenue des officiers sous les armes, même les bottes anglaises avec retrousis jaunes. Dans chaque compagnie, deux volontaires tailleurs en pied et deux surnuméraires étaient à la disposition du capitaine d'habillement (...)l
La mise des officiers de l'armée était en rapport avec celle de leur troupe; quelques-uns avaient adopté ces fracs de fantaisie à grandes bavaroises doublées de blanc ou de rouge, selon leur caprice; d'autres portaient, sous l'habit uniforme, des gilets rouges ou jaunes; presque tous se présentaient
devant la troupe avec des lévites bourgeoises; c'était une bigarrure tout à fait déagréable. je défendis aux officiers de faire usage de fracs; ceppendant, c'était trop exiger d'eux de les obliger à être toujours en strict uniforme; le costume national porté avec recherche et propreté était aussi dispendieux qu'élégant; je fis adopter, en dehors du service, aux officiers un frac plus simple dont l'inconvénient paraissait inévitable. La tenue était annoncée à l'ordre; de sorte qu'en tout temps l'uniforme des officiers de la 33e avait constamment la plus grande régularité. Ce costume fut adopté, quelques temps après, par la garde des consuls, qui substitua, pour les fracs, la doublure rouge à la doublure bleue, et beaucoup plus tard par la majeure partie des corps de l'armée
" (Mémoires, T2, pages 337-340 et 347-348; et Curiosité Militaire 1893-1894, page 159).

Sergent de grenadiers 33e de Ligne 1812
Fig. 31a Sergent de Grenadiers en 1812 d'après H. Boisselier

Roguet indique également avec précision qu'elle est l'uniforme de la 33e : "Officiers. Dans 1es grandes parades, les officiers portaient l'habit national, semblable à celui de la troupe, mais plus élégamment taillé ; la guêtre blanche et la dragonne d'or de leur grade. En hiver, ils avaient veste et culotte de drap blanc; en été, veste et culotte de basin. De service, ils portaient en hiver, veste et culotte blanche en drap; bottes à l'anglaise avec retroussis jaunes, dragonne en fil blanc. Dans le monde, en été, on leur voyait : veste, culotte, bas de coton, souliers et boucles uniformes, dragonne en or; en hiver, la même tenue, mais avec la veste et culotte de drap blanc. En petite tenue journalière, ils avaient : l'habit frac comme celui en usage depuis 1802 pour l'état major de l'armée, fermant au moyen de douze gros boutons; parement et col bleu ainsi que la doublure; le collet agrafé sur toute sa hauteur avait la patte rouge liserée de blanc et les deux petits boutons. Avec cet habit, ils portaient : l'hiver, pantalon bleu et bottes russes ou culottes et bas noirs, souliers et boucles d'argent uniformes, dragonne de fil à l'épée. L'été, pantalon de nankin avec bottes russes ou culotte de nankin, bas de coton blanc, souliers et boucles uniformes, dragonne de fil blanc à l'épée.
Sous officiers - En grande parade, les sous officiers portaient veste de drap et guêtres blanches. Dans le service ordinaire, habit, veste, culotte de drap et guêtres noires d'estamet (sic). Hors de service, les sergents major, sergents et fourriers avaient veste et culotte de toile de coton, bas de fil ou coton, avec boucles de cuivre uniformes, les sergents majors étaient autorisés à porter des boucles d'argent. En hivers, les sous officiers, soit en grande tenue de parade, soit dans le service ordinaire, avaient la même tenue qu'en été. Hors du service, ils portaient culottes et bas noirs avec les boucles uniformes
" (Roguet, T2, page 618).

Nous donnons en figure 1 un Caporal de Fusiliers en tenue ordinaire d'été, 1800-1802 d'après les Mémoires du Général Roguet ; dessin de H. Boisselier (ancienne collection Bouteaud - avec l'aimable autorisation de Mr D. FERRE. Chapeau avec ganse de cocarde en V jaune; pompon aurore; veste blanche à collet et parement bleu foncé; patte écarlate passepoilée de blanc sur le collet; petit bouton jaune dans la pointe. Pattes d'épaules blanche à bouton jaune. Galons de caporal bleu foncé. Sabre briquet sans dragonne. Culotte et bas blancs; soulier à boucle jaune. Nous donnons à côté le même type en fac-similé paru dans une revue associative; remarquons les galons devenus rouges.

En figure 1a, Fusilier en 1801. Il est extrait de l'article de Rigo paru dans Tradition n°35 : "Un uniforme à pattes". Voici ce que dit l'auteur au sujet de ce Fusilier : "... nous voyons un jeune conscrit de l'une des huit compagnies de fusiliers du premier bataillon vêtu de la veste de tricot blanc. Sur le collet bleu foncé se détache la patte de drap écarlate passepoilée de blanc issue de l'imagination du chef de brigade Roguet. Comme tous les simples fusiliers il ne porte pas de sabre-briquet et son fourreau porte-baïonnette est fixé à la banderole de buffle blanchi qui soutient la giberne.
Remarquez que, quoiqu'en prétende le général Roguet, il n'est pas le premier a avoir eu l'idée d'habiller ses hommes en gilet ou en veste blanche : il y avait déjà un précédent en juin 1800. Après Marengo. la 59e demi-brigade d'infanterie de ligne est dans un tel dénuement que, de son quartier général de Crémone, le général Duhesme lui fait délivrer des vestes blanches « récupérées » dans les magasins autrichiens. Quelques semaines plus tard. le général Brune (
Le général Brune commandait l'armée de réserve depuis le 10 juin 1800. Le 22 août suivant, il fut nommé commandant en chef de l'armée d'Italie. Rappelons, d'autre part, que la 59e de ligne faisait partie de la division Boudet à qui Bonaparte doit la victoire de Marengo) voyant la demi-brigade ainsi vêtue et craignant une sanglante méprise un jour de bataille, lui fait immédiatement délivrer 1700 habits bleu. Les vestes autrichiennes sont remisées dans le magasin de la 59e où elles seront vendues quelques mois plus tard par le chef de brigade Magnier qui mettra l'argent dans la poche de ses basques (Ancien chef de brigade de la 22e légère, Magnier commande provisoirement la 59e de ligne lors de la bataille de Maringo (sic), commandement confirmé le 22 novembre 1800. Magnifique soldat, Magnier est parfaitement tyrannique et dépourvu de tout sens moral. Ouvertement accusé de malversations par ses officiers il leur déclare «qu'il se fout des lois et qui fera toujours ce qu'il voudra») !"

En figure 2, toujours d'après Rigo, voici "le chef de brigade François Roguet. Ses cheveux de tempes sont frisés au petit fer et ses cheveux liés sur la nuque sont délicatement poudrés, ce qui a le grand mérite de laisser de longues traînées blanches sur le dos de l'uniforme quand la pluie se mêle de gâcher la parade ! Taillé dans le drap le plus fin, son bel uniforme bleu distingué de blanc et d'écarlate est impeccable. Sur son collet il a fait rajouter la patte de drap dont il se montre si fier. Ainsi qu'il l'a exigé pour tout le régiment, les basques sont raccourcies et arrivent à trois pouces du sol (environ 8 cm) «dans la position du tireur à genoux». Sa culotte, non réglementaire, est taillée dans une soie beige clair, serrée sur des bas de soie ou de laine blanche. Les bottes de cuir noirci ont des revers fauves. Étant sous les armes, notre chef de brigade arbore le hausse-col doré, une épée à monture de laiton dorée, une dragonne dorée et un fourreau de cuir noirci garni de laiton doré. Baudrier de buffle blanchi".

Fig. 32 Jean-Marie Putigny; la légende de ce portrait indique "en 1806 dans son uniforme de Lieutenant du 33e Régiment d'infanterie de Ligne", ce qui parait peu probable compte tenu de la coupe de l'habit

A noter que cet Officier a également été donné dans un article de Rigo paru dans Tradition N°161, page 31.

Figure 2a, Officier de Fusiliers en tenue hors de service, sans date, d'après les Mémoires du Général Roguet ; dessin de H. Boisselier (ancienne collection Bouteaud - avec l'aimable autorisation de Mr D. FERRE). Il est coiffé du bicorne classique à ganse de cocarde dorée, pompon rouge. Habit entièrement bleu foncé, culotte de même; patte de collet rouge passepoilée de blanc au collet, un bouton jaune dans la pointe. Le reste est classique.

En figure 3, toujours d'après Rigo, voici "un grenadier vêtu de l'habit en usage à la 33e demi-brigade avant la prise de commandement de François Roguet. D'après ses mémoires, les soldats et les officiers portent des habits étrangement longs descendant presque jusqu'à terre. Après avoir fait modifier la longueur des basques comme nous l'avons indiqué plus haut, Roguet déclare : «... les autres chefs de brigade trouvèrent cette mesure déplaisante, mais tous ensuite m'imitèrent...». Il prétend également avoir introduit le frac (ou surtout) pour les officiers d'infanterie. Taillé dans du drap bleu et doublé de serge bleue «...la Garde des Consuls l'adopta peu après en substituant la doublure rouge à la doublure bleue...». Après tout pourquoi pas ? Celà est très possible puisque les états de magasin des Grenadiers à Pied ne signalent le surtout qu'à partir de 1802".

En figure 3a, toujours d'après Rigo, voici un bonnet de Grenadiers "Par les mémoires du général Roguet, nous savons que les grenadiers de la 33e avaient un bonnet d'oursin dont la plaque de laiton portait une grenade. Le fond ou «cul de singe» est de drap rouge coupé d'une croisette de galon blanc. Les extrémités du long cordon de fil blanc passent sous l'épaulette de laine écarlate afin d'éviter la perte de la coiffure. En parade, ou en tenue de sortie, il est natté et fixé sur la droite de la coiffure. Sur le côté gauche un gousset, dissimulé par une cocarde tricolore, pouvait recevoir un haut plumet écarlate".

En figure 3b, toujours d'après Rigo, voici un Grenadier en grande tenue en 1803; "1. Bonnet à poils. Sa silhouette générale n'a guère varié depuis la fin du règne de Louis XVI. Formée de morceaux de cuir fort, sa carcasse est recouverte d'une peau d'oursin. Au sommet l'on a ménagé un cercle sur lequel est fixé un fond de drap écarlate que traverse une croisette en galon de fil blanc. Un long cordon natte de fil blanc est fixé sur la droite de la coiffure. A gauche, planté dans un gousse de cuir que décore une cocarde tricolore, figure un plumet écarlate. Le devant s'orne d'une plaque de laiton estampée portant une grenade enflammée. Après 1805, le haut de la coiffure s'arrondit et l'on rajoute souvent une visière de cuir noirci. Livré avec un cordon natté de fils blancs ou écarlates, chaque modèle revient à 24 francs alors qu'il n'en coûtait que 18 en septembre 1797.
2. Détails du cordon natté. Le nattage des cordons des Sous officiers est souvent mélangé de fils de laine et d'or.
3. Habit. Institué en février 1793 pour les demi-brigades d'infanterie de ligne, ses pans sont très longs. Lorsque Roguet prend le commandement de la 33e, il ordonne qu'à l'avenir les basques devront arriver à huit poucces du sol, lorsque l'homme sera dans la position du tireur à genoux.
4. Epinglette. Délivrée en même temps que le fusil, gare au soldat qui a égaré la sienne. Indispensable pour déboucher la lumière, souvent encrassée par la poudre brûlée, elle se compose d'une tige de métal fixée après une chainette de laiton dont la seconde extrémité est attachée à une tige d'acier recourbée que le fantassin accroche après le second ou le troisième bouton du revers droit de son habit. Il existe également des épinglettes ornées d'une grenade, d'un cor de chasse ou d'un aigle que l'on pouvait fixer sur la queue des catogans des troupes d'élite. Ceci va peut-être paraître ridicule, mais il y avait des revues d'épinglettes.
5. Sabre briquet, baïonnette et baudrier. De buffle blanchi, ce dernier soutient le sabre et la baïonnette depuis l'ordonnance de 1786. En réalité, l'instruction provisoire de 1791 exigeait que le porte baïonnette soit fixé après la banderole porte-giberne, à l'image de simples fusiliers. Bien entendu, cette réforme ne fut pas appliquée par tous ceux qui portaient un sabre et les beaux maniements d'armes en pâtirent au grand dam des inspecteurs généraux. Le fourreau porte baïonnette est, lui même, taillé dans un cuir naturel et cousu. Il est fixé après le baudrier à l'aide d'une languette de buffle blanchi enchapée sur le haut du fourreau. La baïonnette à douille, modèle an IX a une longueur totale de 465 mm, la douille de fixation elle même mesure 60 mm. Nommé "briquet" par dérision, ce sabre court mis au point en l'an XI, s'inspire directement du modèle distribué aux grenadiers, sous officiers et tambours à partir de 1765. D'une longueur totale de 0,70m, sa monture est de laiton fondu. Sur la chape de laiton enserrant le fourreau de cuir noirci est cousu un tirant de buffle blanchi qui se boucle après le gousset du baudrier. En principe. après le 7 octobre 1807, les voltigeurs doivent rendre leur sabre mais la plupart du temps, le décret resta lettre morte. En général, les grenadiers ornent leur sabre briquet d'une dragonne de fils écarlates que les sous officiers mélangent de fils d'or. Les voltigeurs ont une dragonne de fils vert et jaune.

épinglette 33e de Ligne
Epinglettes du 33e de Ligne retrouvée au camp de Boulogne; objet fabriqué au niveau des Bataillons et des Compagnies

6. Giberne. Fixée après une banderole de buffle blanchi, formée par un coffret de bois enchapé et recouvert de cuir noirci, elle porte au dos une courte martingale de buffle blanchi que le soldat attache après un des boutons de taille. Leux sanglons de buffle bouclés de laiton maintiennent le bonnet de police en place. Estampé dans du laiton, le numéro du régiment est souvent agrafé sur la pattelette de cuir noirci.
7. Fusil muni de sa baïonnette. Mis au point en 1777 sous la direction du génial Gribeauval, légèrement modifié dans quelques détails en l'an IX, il fut fabriqué à plus de deux millions d'exemplaires et fut l'arme d'épaule de tous les pousse cailloux de la révolution et de l'empire. D'une longueur totale d'1,51 m, toutes ses garnitures sont en fer. Sa bretelle ou "grenadière" de buffle blanchi est longue de trois pieds (0,97 m) et se règle à l'aide d'une boucle à ardillon de laiton. Seuls les tambours, musiciens et sapeurs n'ont pas de fusil. Les voltigeurs ont une arme de dragons. Rappelons que, contrairement à la troupe, les sous officiers portent leur fusil à droite
".

Figure 3d : Sergent de Grenadiers, tenue de ville hiver, 1800-1804, d'après les Mémoires du Général Roguet ; dessin de H. Boisselier (ancienne collection Bouteaud - avec l'aimable autorisation de Mr D. FERRE). Habit analogue à celui donné par Rigo, en dehors de la patte de parement. Galon de Sergent doré. Chapeau à pompon carotte rouge. Remarquons la culotte, gris foncé, tout comme les bas, et les souliers à boucle jaune. Nous donnons à côté à titre indicatif le même reproduit en fac-similé dans une revue associative; de nombreuses erreurs ont été commises dans la mise en couleur du personnage (collet, galons, retroussis).

Figure 3e : Grenadier, Armée de débarquement en Angleterre, tenue d'embarquement, 1800-1804, d'après les Mémoires du Général Roguet ; dessin de H. Boisselier (ancienne collection Bouteaud - avec l'aimable autorisation de Mr D. FERRE). Tenue analogue à celle des autres types en tenue blanche. Nous donnons à côté à titre indicatif le même reproduit en fac-similé dans une revue associative; quelques erreurs ont été commises dans la mise en couleur du personnage (dragonne, sangles du manteau roulé sur le havresac).

Figure 3c : Fusilier en grande tenue, 1800-1802 d'après les Mémoires du Général Roguet ; dessin de H. Boisselier (ancienne collection Bouteaud - avec l'aimable autorisation de Mr D. FERRE. C'est sensiblement la tenue du Grenadier précédent, mais avec des pattes d'épaules bleues passepoilées de rouge, à la place des épaulettes; remarquons le pompon catotte bleu foncé, et la patte de parement, légèrement différente de celle donnée par Rigo. Boisselier a doté son Fusilier d'un sabre briquet; aurait il voulu représenter un Sous officier, auquel il aurait omis de placer ses galons sur la manche ? Nous donnons à côté à titre indicatif le même reproduit en fac-similé dans une revue associative; des erreurs ont été commises dans la mise en couleur du personnage (pompon, retroussis).

En figure 4, toujours d'après Rigo, voici un Sergent major de Fusiliers, portant le drapeau du 1er Bataillon; plus précisément "Avers du drapeau du 1er ou 3e bataillon, 1801 : en fait, il s'agit ici de l'emblème du 1er bataillon puisque nous avons représenté le sergent-major d'une compagnie de fusiliers portant la surprenante veste blanche instaurée par le chef de brigade Boguet. Conformément à sa fonction il ne porte que son sabre-briquet et son havresac. Nous savons qu'il s'agit du célèbre Claude Putigny ou encore Patigny, ainsi que l'orthographie le scribe de la 33e demi-brigade chargé de tenir à jour le contrôle troupe.
Nous avons donné l'emplacement des compagnies dans notre article «J'étais Marengo», à la page 40 du numéro 4 de Tradition. Grâce aux états de service de Putigny, sergent major à la 19e compagnie (6e peloton), on voit ainsi parfaitement que ce n'est pas automatiquement le sergent-major de la 16e compagnie (4e peloton) qui porte le drapeau du 1er bataillon
".

En figure 4a, toujours d'après Rigo, voici la "Veste d'un sergent-major de fusiliers : Réalisée en tricot blanc suivant les ordres du chef de brigade Roguet, elle arbore la curieuse patte écarlate passepoilée de blanc. Le collet et les parements sont de drap bleu ; les deux galons dorés de grade sont fixés sur un morceau de drap bleu et cousus en place. Boutons de laiton avec chiffre 33".

En figure 5, toujours d'après Rigo, voici enfin un Fusilier en tenue d'exercice d'été en 1804; "8. Bonnet de police. Taillé "à la dragonne" dans d'anciens uniformes, sa flamme de drap bleu passepoilé de rouge se termine en pointe et porte un gland à franges. Son turban ou bandeau, également de drap bleu, est passepoilé ou quelquefois galonné d'écarlate comme sur notre dessin. Pour les sous officiers, le galon est d'or faux. Sur le devant figure souvent le chiffre du régiment sans oublier la grenade ou le cor de chasse pour les compagnies d'élite.
9. Veste. Tout d'abord taillée dans du tricot blanc puis dans du drap après avril 1806, la veste doublée de toile porte des parements et un collet de drap bleu foncé, ce demier ayant 15 mm de moins que celui de l'habit. Au 33e de ligne le dit collet s'orne d'une patte d'oie de drap rouge passepoilé de blanc, ainsi que l'a ordonné le chef de brigade Roguet. Coupés droit sur la poitrine, les pans ferment à l'aide de dix petits boutons de laiton, en outre un bouton de tissu est cousu au bas du dos afin de maintenir la giberne en place. Une patte de drap blanc terminée en écusson et passepoilée de bleu foncé est cousue en haut de l'emmanchure et remplacée par une bride d'épaulette de fils rouge pour les grenadiers ou vert pour les voltigeurs. Des deux poches taillées sur le devant, seule celle de gauche est utilisable, enfin, dans la plupart des cas !
10. Giberne et porte-baïonnette. Comme les soldats des compagnies d'élite sont les seuls à être armés d'un sabre (fig. 5), le fourreau porte baïonnette des compagnies de fusiliers est fixé après la banderole porte-giberne. En ce qui concerne les caporaux, sergents et sergents majors de fusiliers qui tous sont armés d'un sabre, ce dernier est fixé à un simple baudrier de buffle blanchi, le porte-baïonnette étant toujours maintenu après le porte-giberne
".

L'attention du Chef de Brigade Roguet ne s'est pas limité à l'uniforme. En 1801, il veille au problème des cheveux dans son unité : "Des motifs de propreté avaient fait exiger que les sous-officiers et soldats défissent la queue de leur coiffure avant de se coucher ; il était fait des visites de nuit pour s'assurer de l'exécution de cet ordre. Aux inspections du dimanche, les sous-officiers et soldats avaient les cheveux coupés suivant un modèle donné ; les capitaines qui n'avaient pas de perruquiers assez adroits recouraient à ceux d'autres compagnies. Les citoyens officiers étaient coiffés comme la troupe ; ceux d'entre eux qui désiraient conserver leurs faces étaient autorisés à les joindre à la queue par le moyen d'une tresse; mais le devant de l'oreille devait être entièrement dégagé" (Roguet, T2, page 401).

En figure 5a, Voltigeur en grande tenue, sans date, d'après les Mémoires du Général Roguet ; dessin de H. Boisselier (ancienne collection Bouteaud - avec l'aimable autorisation de Mr D. FERRE). Ici, le chapeau est surmonté d'un plumet vert à sommet jaune; le collet et les parements sont jaunes; passepoil rouge au collet, blanc au parement. Patte de collet bleu foncé passepoilée de blanc au collet, avec un bouton dans la pointe; patte de parement bleu foncé passepoilée rouge. Le reste de la tenue est classique. Dragonne verte au sabre briquet.

Passons maintenant à l'aspect sous l'Empire. Pour commencer, nous donnons en figure 6 le détail du hausse col des Officiers sous l'Empire; celui de gauche est extrait de la Giberne; la légende indique "33e Demi-brigade", mais il est évident qu'il s'agit ici d'une erreur. Celui de droite est extrait des "Uniformes des guerres napoléoniennes". Les deux dessins sont identiques.

En figures 7, 7a, et 7b, voici maintenant le détail de l'habit blanc, porté au 33e de Ligne. A partir de 1806, en effet, le 33e fait partie des Régiments désignés pour adopter l'habit blanc; il se voit attribuer comme couleur distinctive le violet, conformément au Décret du 25 avril 1806 qui le désigne comme faisant partie des Régiments devant porter ce nouvel habit dès les remplacements de 1807. Une circulaire du Ministère de la Guerre datant de Paris le 12 mai 1806 confirme le fait. Il est important de signaler ici que la seule représentation véritablement contemporaine du 33e de Ligne en habit blanc nous vient du Manuscrit de Hahlo; mais il est également donné par les Collections Alsaciennes. Nous reviendrons là dessus.

D'après les textes officiels, le 33e de Ligne appartient à la 1ère série ; il doit donc porter les boutons jaunes, avoir les revers, parements, collet et liserés de la couleur distinctive et enfin les poches en travers. La couleur du passepoil de la patte de parement n'est pas spécifiée. Les différents schémas nous permettent d'avoir un aperçu de la tenue à cette époque, mais aussi des différentes interprétations possibles.

Devis de l'habillement des Régiments composant la lère série
HABIT
VESTE
REDINGOTE EN DRAP
BEIGE OU TRICOT GRIS
DRAP BLANC de 119/100 pour dessus
1m659
DRAP BLANC de 119/100 pour dessus
1m19
DRAP BEIGE
DE 119/100
TRICOT GRIS DE 69/100
DRAP DE COULEUR DE 119/100
Revers : 0m12
Parements : 0m05
Collet : 0m03
Liserés : 0m07
DRAP DE COULEUR de 119/100
Collet : 0m0205
Parements : 0m0305
TOTAL DU DRAP de la couleur distinctive
0m27
TOTAL DU DRAP de la couleur distinctive
0m051
2m5
4m31
CADIS BLANC de 50/100 pour doublure
3m27
CADIS BLANC de 50/100 pour doublure
2m97

Pierre Juhel (Soldats Napoléonien N°11) précise par ailleurs que "Pour le 33e, si on trouve dans les archives du corps une pièce donnant le prix des matières et façons mentionnant le prix du drap violet, la couleur distinctive du régiment, l'inspection faite à Mayence le 22 novembre 1807 par l'inspecteur général d'infanterie Schauenburg ne révèle aucun habit blanc, non plus qu'aucune étoffe de couleur violette au magasin. L'état de l'habillement en service indique que sur 3226 habits d'une durée de trois ans (la durée légale de l'habit blanc), il faudrait en remplacer 1075. Ces maigres indices tirés des archives paraissent ainsi, néanmoins, confirmer les leçons iconographiques des collections alsaciennes. D'ailleurs, l'habillement est noté "très beau" par l'inspecteur, ce qui renforce l'impression de soldats récemment habillés" (sources : SHD [Service historique de la Défense] XB 413 [33e de ligne (an XII-1808)]).

Mais revenons à nos schémas. Celui reproduit en figure 7 nous est donné par B. Coppens dans l'ouvrage "Les Uniformes des Guerres Napoléoniennes"; le col, les revers et les parements sont de la couleurs distinctive, couleur que l'on retrouve aux passepoils de la patte de parement, des retroussis (qui par ailleurs sont blancs) et à la poche placée horizontalement. On est donc dans l'application du réglement. Remarquons que B. Coppens donne le collet, les revers et les parements passepoilés de blanc, et que la patte de parement est pour sa part blanche passepoilée de violet. Peter Bunde en figure 7b (pour Soldats Napoléoniens N°11) est assez d'accord avec B. Coppens; on rermarquera tout de même l'absence des passepoils blancs au collet, revers, parements.

Pour Charmy (figure 7a), le schéma est légèrement différent. En effet, si le col et les revers n'ont pas de passepoils blancs, par contre il y en a bien un sur le parement, et par ailleurs, la patte de parement est donnée violette passepoilée de blanc.

Remarquons que ces trois auteurs sont d'accords sur un point : les retroussis, blancs passepoilés de violet.

Compliquons un peu les choses avec Lienhart et Humbert ; dans leurs schémas de la planche 39 du tome III des "Uniformes de l'Armée française", ces deux auteurs donnent le col, les revers, les parements, la patte de parement et les retroussis de la couleur distinctive sans passepoil; la patte d'épaule (pour les Fusiliers) et la poche en travers sont passepoilées de la couleur distinctive.

Ces détails infimes en apparence sont cependant importants. Ces différences sont liées sans doute au manque de précision du Règlement; manque de précision qui a du laisser bien des possibilités d'interprétations aux Maîtres tailleurs de l'époque.

C'est là que nous en arrivons à nos Collections Alsaciennes. Celles ci en effet donnent le 33e en habit blanc. Le premier a avoir repris cette source, c'est Bucquoy (Tome 4, "L'Infanterie"). Ce dernier a en effet consacré une étude au 33e, étude qu'il introduit de la manière suivante : "Pour cette série, nous avons voulu étudier à fond un des régiments qui fut doté de l'habit blanc, le 33ème de Ligne. La couleur distinctive est assez curieuse ; une collection alsacienne nous a fourni tous les détails. Naturellement, comme dans presque tous les documents alsaciens, la tête de colonne tient une assez large place.
C'est Monsieur Feist qui avait bien voulu se charger de ces planches, qu'il a exécutées, avec l'élégante précision que nous lui connaissons
".

Il n'y a pas d'autres commentaires, en dehors d'un rapide historique du Régiment. Remarquons que Bucquoy ne précise pas exactement quelle Collection Alsacienne a servi de base à cette étude. Et qu'il semble s'étonner de la couleur distinctive, tout en notant la place que tient la tête de colonne dans les Collections Alsaciennes.

Commençons donc par le Tambour major (figure 8). Celui-ci est tout d'abord coiffé d'un volumineux chapeau bordé d'un galon festonné or; pompons dans les cornes, tirants et ganse de cocarde sont également dorés. Par dessus le chapeau, un plumet blanc fiché dans trois plumes d'autruche, ces dernière bleu/rouge/bleu. L'habit a le col, les revers, les parements, les pattes de parements, les retroussis et l'intérieur des basques violet (conformément au schéma de Lienhart et Humbert), le tout bordé d'un galon doré. L'habit, le gilet et la culotte sont blancs. Epaulettes dorés, galons de grade or sur l'habit. Galon doré au gilet. Pour la culotte, noeud hongrois et galon latéral dorés. Gants blancs, bordés sur les crispins d'un galon doré. Ceinturon rouge galonné d'or, à plaque dorée sans motif visible. Banderole rouge galonnée d'or; sabre à garniture et dragonne or; petites bottes à franges dorées. Canne à pommeau, cordelettes et bout argent. Ce Tambour major (donné également par guy Démoulin d'après Bucquoy - Le Bivouac 1989/1 page 36) porte une tenue des plus luxueuses !

Rigo a repris ce type, dans sa planche 111 de la série "Le Plumet" (planche qui a par ailleurs été publiée dans la revue Tradition N°203), en indiquant comme source "Musée Historique de Strasbourg". Ce Tambour major, que nous donnons en figure 8a, s'appelle Pierre Hubert. Rigo l'a également donné dans un article paru dans la revue Uniformes N°27 intitulé "Où les musiciens en voient de toutes les couleurs". Il précise dans cet article la source : Collection Alsacienne, d'après Boeswilwald. Nous avons donc un nom précis de Collection ! Pour le reste, Rigo est en ce qui concerne l'aspect général de ce personnage, en accord avec Bucquoy/Feist. La seule différence se trouve dans la plaque de ceinturon, que Rigo dote d'une grenade. Il donne également une possible reconstitution de l'habit, auquel il attribue des poches en travers galonnées d'or avec un passepoil violet; des broderies à l'arrière de la taille; et des grenades dorées sur les retroussis. Remarquons que pour Rigo, la patte de parement est simplement passepoilée de blanc. Galon de grade quant à lui passepoilé de la couleur distinctive.

Le même Tambour major a été donné dans l'excellente revue anglaise Tradition N°24 (figure 8b), revue que les collectionneurs avertis ne manquent certainement pas de connaître. Le type est absolument analogue aux deux précédents, avec cependant une infime différence : la plaque de ceinturon, frappée d'un N. Et une autre plus curieuse : la présence de trois boutons sous le revers gauche, à peine visibles car en partie masqués par la banderole porte sabre. Précisons de suite que tous les types tirés de cette revue (N°24 et N°26) présentent cette caractéristique.

Passons maintenant aux Musiciens. Selon Bucquoy et Feist (figure 9), le Musicien est coiffé du shako; ce dernier, surmonté d'un plumet blanc, a son pourtour supérieur doré. Il est également doté d'une plaque en losange modèle 1806, de jugulaires, d'un cordon natté blanc, et d'une cocarde sans ganse visible. L'habit est assez semblable à celui du Tambour major, mais les épaulettes sont remplacées par des trêfles dorés. Pour le reste, gilet, culottes, guêtres (tenue d'été), gants (sans crispins) et banderole porte épée de couleur blanche. Epée à garniture et dragonne dorées.

Rigo (figure 9a; mêmes sources que pour le Tambour major), donne le même type, mais dote le shako d'une petite ganse dorée. Le détail de l'habit montre que les poches sont simplement passepoilée de violet; et qu'il n'y a plus de boutonnière dorée sur l'arrière. La patte de parement est également passepoilée de blanc. Dans le texte qui accompagne sa planche, Rigo nous explique qu'il s'agit d'un "Musicien jouant du "serpent", le nombre de Musiciens est extrêmement variable il oscille entre le chiffre officiel de huit et plus d'une vingtaine entre 1808 et 1812. Sur l'inventaire de licenciement du 46ème de Ligne en 1815 on trouve 14 instruments dont un serpent, c'est sur ce dernier chiffre que l'on peut se baser.
Chaque Musicien était "gagiste" c'est à dire qu'il signait un contrat avec le Conseil d'Administration du Régiment, pour une durée déterminée. Celui-ci écoulé il pouvait quitter le régiment même en pleine guerre, sans pouvoir être accusé de désertion. Leur rôle consistait à entrainer les soldats lors des traversées des villes, les parades, défilés et au cours des combats. Après la bataille ils participaient au ramassage des blessés et à la récupération des boulets et équipement divers
".

Le Musicien donné dans la revue Tradition N°24 (figure 9b) est en accord avec celui de Rigo, mais l'auteur a rajouté un pompon blanc sous le plumet.

Dans la Collection Brown (Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library - avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington, Conservateur de la Bibliothèque) se trouvent également deux représentations de Musiciens, toutes deux réalisées par Pierre Albert Leroux (figure 9c). Là encore, les types sont assez analogues à ceux présentés précédemment; remarquons cependant le cercle de visière doré et le galon doré à la patte de parement, sur les deux types.

Après le Musicien, voici le Cymbalier (sic) ou plus précisément le Chapeau chinois (figure 10), d'après Bucquoy/Feist. Ce Musicien est coiffé à la turque; turban blanc agrafé sur le devant à l'aide d'une broche dorée; calotte blanche dont le bas est découpé en dents de scie violettes. L'habit est violet avec col, nids d'hirondelles et parement violet bordés de galons dorés; revers en pointe blancs galonnés avec galons et tresses d'or; manches blanches. Gilet violet avec galons et tresses dorés. Culottes blanches ornée de noeuds dorés sur les ponts. Petite bottes à la turque noires. Banderole blanche. Sabre à l'orientale; instrument en cuivre, manche noir. Le type donné par Herbert Knötel (figure 10a) est absolument identique à celui de Bucquoy; celui tiré de la revue Tradition N°24 (figure 10b) a les parements en pointe, avec galon et noeud doré. Signalons que le détail de la coiffure est donné dans la CFFH 2/1982 page 50.

En figure 11, nous avons le Fifre de Grenadiers d'après Bucquoy/Feist. Celui-ci est coiffé du shako, dont le pourtour supérieur est rouge. Plumet, cordon et raquettes également rouges. Jugulaires, plaque en losange et cercle de visière jaune. Pas de ganse de cocarde. En ce qui concerne l'habit, le col, les revers, les parements, les pattes de parements, les retroussis (et l'intérieur des basques toujours violet) sont bordés d'un galon aurore. Sur les manches, il y a six chevrons aurores. L'habit, le gilet et la culotte sont blancs, de même que les guêtres (tenue d'été). Epaulettes rouges. Banderole blanche; sabre briquet à dragonne rouge.

Pour Forthoffer (Soldats d'Autrefois, planche 59 - figure 11a), qui donne comme source les Collections Alsaciennes sans autre précision, le shako est doté d'un pompon rond rouge, et d'une petite ganse blanche. Il y a sept chevrons sur la manche; on remarquera aussi le bas des retroussis, retroussis qui sont ornés de grenades rouges.

Rigo a repris le type de Bucquoy, dans sa planche 111 de la série "Le Plumet" (planche donnée dans la revue Tradition N°203; type également donné dans dans la revue Uniformes N°27 - d'après Boeswilwald), en indiquant comme source "Musée Historique de Strasbourg" (figure 11b). Comme Bucquoy, il place six chevrons sur les manches, mais comme Forthoffer, il dote le shako (qui n'a pas de cercle de visière) d'une ganse mais de couleur jaune. Le détail de l'habit met aussi en évidence l'absence de galon à la patte de parement, qui est simplement passepoilée de blanc, mais aussi le galonnage aurore des poches et des boutons au dos (à la taille); remarquons aussi la forme du bas des retroussis, là encore dotés de grenades rouges.

Dans le texte qui accompagne sa planche 111, Rigo nous explique que "On trouve des fifres dans l'armée française depuis 1534, François 1er à l'imitation des Suisses, dont il admire beaucoup la discipline et le courage en autorise un par bande (200 à 500 fantassins). Leur nombre ne cesse d'augmenter avec le temps et la République continue la tradition.
En septembre 1805, ce nombre qui souvent atteint une vingtaine, privant ainsi le régiment d'autant de combattants, est réduit à deux maximum par bataillon de guerre. Il est d'ailleurs réservé aux enfants de troupe âgés d'au moins 14 ans. Affectés en général dans les compagnies de Grenadiers, ils en portent les distinctions...
".

Par ailleurs, en ce qui concerne le détail de la tenue, il ajoute : "Shako du fifre. Un état d'inspection fait au dépôt de Mayence le 23 octobre 1807 nous révèle que depuis juin 1806, 547 shakos seulement ont été distribués contre 2479 chapeaux, ce qui nous fait croire que seules les compagnies d'élite du 33ème de Ligne touchèrent cette coiffure à l'époque qui nous intéresse".

Figure 11c, "E) Etui de fifre conforme à la description du Major Bardin (1813). G) Fifre conservé au Musée des Instruments anciens du Conservatoire Nationale de Musique de Paris. D'une hauteur totale de 35 cm, il se démonte en deux parties".

Le Fifre de Grenadiers est également donné dans la revue anglaise Tradition N°26 (figure 11d). Le shako est doté d'un pompon rond rouge, avec ganse de cocarde et cercle de visière jaune; pattes de parements passepoilées aurore. Ici, le personnage est doté d'un havresac et d'une capote grise roulée par dessus.

Remarquons en ce qui concerne la couleur aurore, que pour Bucquoy/Feist, il s'agit d'un orange foncé presque rouge; pour Forthoffer, on est dans l'orange; pour Rigo, c'est un orange très pâle; enfin, dans la revue Tradition, on est dans le jaune d'or.

En figure 12, nous avons le Tambour de Grenadiers tel que donné par la revue anglaise Tradition N°26. Celui-ci porte la même tenue que le Fifre tiré de la même source. On retrouve donc les mêmes caractéristiques que celles déjà signalées : shako doté d'un pompon rond rouge, avec ganse de cocarde et cercle de visière jaunes; pattes de parements passepoilées aurore (remarque : les parements et les pattes de parements sont blanches; il s'agit visiblement d'une erreur dans la mise en couleur de la planche), haversac et manteau gris. Remarquons les cercles de tambour peints de bandes obliques bleu/blanc/rouge.

Il semble que le Régiment ait eu également des Tambours de Voltigeurs. Nous disposons tout d'abord d'une représentation trouvée en Allemagne, chez notre ami Edmund Wagner (figure 13); il s'agit d'un dessin signé Ragaz ou Ragag, qui nous montre un Tambour de Voltigeurs en 1806-1807 en grande tenue "d'après les Collections Alsaciennes" (sic). Ce Tambour porte en premier lieu un shako à plumet, pompon, cordons, raquettes, plaque jaunes (cette dernière frappée de l'aigle), mais sans jugulaires, ni cercle de visière ou ganse de cocarde. En ce qui concerne son habit, remarquons tout d'abord que le col, les revers, les parements et leur patte ne semblent être bordés d'aucun galon ni passepoil (la patte de parement semble être blanche). Il y a pourtant bien six chevrons aurore sur chaque bras; autre particularité étonnante : des pattes d'épaules blanches placées sur des nids d'hirondelles violets galonnés de jaune (or ?). Pour le reste, la tenue est identique à celle du Tambour de Grenadiers. En ce qui concerne l'instrument, les cercles sont ici peint en bleu. En conclusion, ce Tambour n'est pas issu de la même collection qui a servi à établir les types précédents; certaines caractéristiques telles que les pattes d'épaules blanches, nous laissent à penser que ce type pourrait être de Carl.

Revenons à une tenue plus classique avec le Tambour de Voltigeurs de la Revue anglaise Tradition N°26 (figure 13a). Celui-ci porte la même tenue que son homologue des Grenadiers, mais tout ce qui est rouge pour le Tambour de Grenadiers, est ici jaune (plumet, pourtour supérieur, cordons et raquettes du shako; épaulettes). On retrouve donc les mêmes caractéristiques que celles déjà signalées précédemment : shako doté d'un pompon rond (ici jaune), avec ganse de cocarde et cercle de visière jaunes; pattes de parements passepoilées aurore, haversac et manteau gris; cercles de la caisse peints de bandes obliques bleu/blanc/rouge.

Toujours dans la revue anglaise Tradition N°26, nous avons également le Cornet de Voltigeurs (figure 13b). Sa tenue est absolument identique à celle portée par le Tambour de Voltigeurs; le Cornet ne s'en distingue que par son intrument, dont les cordons et les glands sont jaunes, et le port du fusil. Remarquons aussi la dragonne, complètement jaune.

Passons maintenant aux Tambours de Fusiliers. Ils nous sont encore une fois donnés par la revue anglaise Tradition N°24 (figure 14). Celui-ci porte la même tenue que ses homologues des Compagnies d'élite, mais avec les caractéristiques suivantes : shako à pompon rouges; cordons, glands, raquettes blancs; pattes d'épaules blanches passepoilées de violet. On retrouve par ailleurs les mêmes caractéristiques que celles déjà signalées précédemment : shako à ganse de cocarde et cercle de visière jaunes; pattes de parements passepoilées aurore, haversac et manteau gris; cercles de la caisse peints de bandes obliques bleu/blanc/rouge.

La même source nous donne également le Fifre de Fusiliers (figure 14a). Il a exactement la même tenue que celle portée par le Tambour de Fusiliers. Remarquons simplement la dragonne blanche de son sabre briquet.

Nous en arrivons maintenant aux Sapeurs, représentés au travers d'un Caporal sapeur (figure 15), donné par H. Feist pour Bucquoy. Ce Caporal sapeur en grande tenue d'été est coiffé d'un bonnet à poil à cordon, raquettes, glands blancs; sur le côté gauche une cocarde sur laquelle est fiché un plumet rouge. Notre homme se distingue par ailleurs par des épaulettes rouges à tournante jaune; par des haches croisées surmontées d'une grenade, le tout de couleur violette, sur le haut de chaque bras; par des chevrons d'ancienneté rouges (sur le haut du bras gauche seulement); par des galons de grade aurores (ici plutôt orange). Par ailleurs, on remarquera sa volumineuse barbe, sa bufletterie croisée, les deux pistolets passés dans le ceinturon fermé par une plaque en cuivre frappée d'une grenade; les gants à crispins blancs, et pour finir, le sabre à tête de coq.

Roger Forthoffer (Soldats d'Autrefois, planche 59) a également donné le Caporal sapeur, en indiquant comme source la Collection Knötel (figure 15a). Par rapport au type de Bucquoy, il y a quelques divergences : absence de cocarde sur le bonnet; épaulettes écarlates à corps cuivre; chevrons rouges sous lesquels on a des haches et grenade violettes; galons de grade aurore sur fond rouge. Pour le reste, Forthoffer donne un habit sans passepoils au col, revers et retroussis. Ces derniers, ainsi que les parements et leurs pattes, et le passepoils des poches, sont violet, un violet assez clair précise Forthoffer. Passepoil des parements et de leurs pattes blancs. Remarquons la dragonne rouge sur le côté du personnage, qui laisse supposer que ce dernier est armé du sabre briquet.

Le Caporal Sapeur en grande tenue, 1806-1807 donné dans la revue anglaise Tradition N°24 (figure 15b) est pour sa part conforme au type de Bucquoy. Il ne nécessite donc pas de commentaires particuliers.

Après la tête de colonne, voici maintenant le Colonel (figure 16) du Régiment en grande tenue, tel que donné par H. Feist pour Bucquoy. S'agit il du Colonel Saint Raymond, décédé à Varsovie le 11 décembre 1806, ou du Colonel Pouchelon nommé à la tête du Régiment le 7 janvier 1807 ? Nous l'ignorons; mais ce dont nous somme certain, c'est qu'il a fier allure dans son uniforme blanc à distinctivre violette, distinctive que nous retrouvons pas ailleurs sur les chaperons et le tapis de selle. Mais entrons dans le détail de sa tenue. Le shako est surmonté d'un plumet blanc, à base rouge, fichée dans un pompon tulipe doré. Le double cordon du pourtour supérieur, la plaque, les cordons et jugulaires sont dorés. L'habit ne comporte en apparence aucun passepoil blanc (mais peut être que ces derniers ne sont pas perceptibles, compte tenue de la taille de ce dessin). Les poches en travers sont quant à elles passepoilées de violet. Remarquons les retroussis, analogues à ceux que donne Forthoffer, ornés de grenades dorées. Le reste de la tenue est par ailleurs assez classique. Terminons par l'équipage : un large galon doré, puis un plus mince, borde chaperons et tapis de selle. Dans l'angle inférieur arrière se trouve une grenade dorée. Notons pour finir que notre Colonel porte la Légion d'Honneur.

Le Colonel est également donné dans la revue anglaise Tradition N°24 (figure 16a); dans les grandes lignes, il est identique au précédent. On remarquera cependant que l'auteur de ce dessin a figuré des passepoils blancs sur le col, les revers et les retroussis. En ce qui concerne la selle, et la bride sous le ventre du cheval, elles sont blanches, mais il s'agit visiblement d'une erreur dans la mise en couleur de ce dessin.

Dans Noirmont et Marbot ("Costumes militaires français depuis 1789 jusqu'en 1814", planche 96), se trouve en arrière plan un Officier de Fusiliers (figure 17). Ce dernier, daté de 1806, porte le shako surmonté d'un pompon blanc. Le pourtour supérieur, le cordon, la plaque en losange et les jugulaires sont dorés. La taille du personnage est petite et ne permet pas de distinguer tous les détails. Il semble cependant qu'aucun passepoil blanc ne soit figuré. Pour le reste, on remarquera que Noirmont donne la patte de parement violette, de même que les retroussis; il a donc peut être servi de base aux Collections alsaciennes. Le reste de la tenue est par ailleurs des plus classiques.

L'Officier de Fusiliers est également donné dans la revue anglaise Tradition N°24 (figure 17a); dans les grandes lignes, il est identique au précédent. On remarquera cependant que l'auteur de ce dessin donne le pompon de couleur rouge, que le shako n'a pas de galon doré sur son pourtour supérieur; il a par ailleurs figuré des passepoils blancs sur le col, les revers, les parements et leur patte, et sur les retroussis.

Dans la revue anglaise Tradition N°26, nous avons également un Officier de Grenadiers (figure 18); il est identique à l'Officier de Fusiliers précédent, dont il ne se distingue que par son shako, surmonté d'un pompon et d'un plumet rouges, et bordé d'un galon doré.

Charmy (Splendeur des Uniformes) donne également un Officier de Grenadiers (figure 18a) mais coiffé cette fois d'un bonnet à poil. Celui-ci est doté d'un cordon à glands et raquettes dorés; sur le côté, une cocarde, et un plumet rouge. Si l'on en croit Pierre Charrié ("Répertoire régimentaire des bonnets à poil 1804-1815" in Carnet de la Sabretache N°26/1975), qui se base sur le Général Roguet, les Grenadiers ont en 1805 le bonnet avec plaque ornée d'une grenade, cordons et glands blancs. Et en 1809, le shako à plumet rouge. Le type de Charmy, même s'il donne une plaque différente, nous parait donc tout à fait plausible, d'autant plus que la tenue représentée ici semble assez analogue à celle que nous voyons chez Noirmont et Marbot (en dehors de l'intérieur des basques, qui est blanc; cela confirme le schéma de cet auteur, qui donne des retroussis blancs à passepoil violet).

Toujours dans la revue anglaise Tradition N°26, nous trouvons également un Officier de Voltigeurs (figure 19); il est identique à l'Officier de Grenadiers tiré de la même source, dont il ne se distingue que par son le pompon et le plumet jaunes du shako.

Passons maintenant aux Sous offiers, et en premier lieu, aux Sous officiers de Grenadiers.

H. Feist pour Bucquoy donne un Sergent major de Grenadiers en grande tenue (figure 20). Celui-ci est coiffé d'un shako au pourtour supérieur doré; le cordon est rouge mélé de fil d'or. Jugulaires, plaque et cercle de visière en cuivre. L'habit ne semble pas avoir de passepoils blanc, sauf au collet. Sur le haut du bras gauche, notre Sergent major a trois chevrons d'ancienneté dorés. Il a également sur chaque avant bras un double galon doré. Ses épaulettes sont rouges, à tournante et passant dorés. Pour finir, la dragonne est enièrement rouge; les guêtres sont noires.

Ce Sergent major a été repris par Jack Cassin Scott dans son ouvrage "Uniforms of the Napoleonic Wars, 1796-1814" (figure 20a). Le type représenté est quasi identique à celui donné dans Bucquoy; on retrouve notamment le passepoil blanc au collet. Quelques différences cependant à souligner : la taille du plumet, un peu petite; la ganse de cocarde jaune; le cordon or; les deux boutons ssous le revers gauche; enfin, les guêtres, blanches.

Nous le retrouvons également dans la revue anglaise Tradition N°26 (figure 20b); son shako est identique à celui du Sergent major de J. C. Scott; le reste est conforme à Bucquoy, mais avec les caractiristiques déjà signalées pour cette source (passepoils et boutons sous le revers gauche).

La dernière représentation de Sergent major nous est donnée par L. et F. Funcken (figure 20c) ; le type est ici quasi analogue à celui de Bucquoy, ces deux auteurs ayant toutefois ajouté des passepoils blancs aux revers, aux parements et à leur patte.

Bucquoy ne donne pas les Grenadiers; mais ceux ci ont toutefois été représentés par deux des sources que nous venons de mentionner. Commençons par les Grenadiers de J. C. Scott (figure 21). Leur aspect est assez semblable à celui du Sergent major de Bucquoy, distinctives de grade mises à part. On notera que l'auteur a représenté son Grenadier de face et de dos; cela nous permet notamment de constater la forme du bas des retroussis, ornés de grenades rouges, ou la présence du bonnet de police (gland rouge) sous la giberne, cette dernière étant ornée d'une grenade.

La revue anglaise Tradition N°26 donne également ces Grenadiers (figure 21a); ils sont presque identiques aux précédents, mais toujours avec les caractéristiques de cette source (passepoils blancs).

Toujours dans la même source, vient ensuite le Sergent de Voltigeurs (figure 22). Ce personnage reprend toutes les caractéristiques du Sergent major de Grenadiers cité précédemment, mais avec le pourtour supérieur du shako, le pompon, le plumet, le cordon, les raquettes et leurs glands, les épaulettes et la dragonne jaunes. Galon de grade or. Bien entendu, tous les passepoils sont blancs, et il y a trois boutons sous le revers gauche.

Henri Feist pour Bucquoy nous donne le Voltigeur (figure 23). Le shako est identique à celui du Sergent précédent (mais n'a pas de ganse de cocarde). L'habit est celui du Sergent major de Grenadiers donné par Bucquoy, mais avec deux différences : un passepoil blanc sous le revers droit; et un cor de chasse jaune sur le retroussis.

Forthoffer (Soldats d'autrefois, planche 59 - figure 23a), qui indique comme source "Collections Alsaciennes", donne le shako avec ganse de cocarde, et l'habit sans passepoils blancs; il donne également la dragonne, entièrement jaune.

Les Voltigeurs sont également donnés dans la revue anglaise Tradition N°26 (figure 23b), de face et de dos; le type est classique, avec les caractéristiques habituelles de cette source. Le Voltigeur representé de dos nous permet de constater la présence d'un cor de chasse sur sa giberne, en dessous de laquelle est roulé le bonnet de police (gland jaune); on distingue également les ornements de retroussis (cors de chasse jaunes). Le cordon à l'arrière du shako est blanc, mais il s'agit là d'une erreur dans la mise en couleur de la planche d'origine.

Toujours pour les Voltigeurs, voici maintenant deux représentations très éloignées de ce que nous voyons dans les Collections Alsaciennes.

En premier lieu, nous avons tout d'abord le seul type véritablement contemporain, savoir le Voltigeur donné par le Manuscrit de Hahlo (figure 23c - à droite). Thomas Hemmann a récemment publié l'intégralité de ce Manuscrit (aujourd'ui conservé à la Bibliothèque universitaire de Kassel), ce qui nous permet de disposer du dessin original de Hahlo. Samuel Hahlo est un jeune soldat d'origine juive, qui a servi dans l'armée du Royaume de Westphalie à partir de 1807, au sein de l'Artillerie. Il a laissé un Mansucrit très intéressant couvrant la période 1807-1808 représentant 56 types différents de divers états. Le 27e feuillet de son Manuscrit porte le titre de "Westphalen Artillerie 7tes Regimt" (pour un soldat indiqué comme faisant partie de l'Artillerie de Westphalie, et un autre faisant partie du 7e d'Infanterie de Westphalie).

Selon Forthoffer, le titre "7e régiment westphalien" est érroné. En fait, selon toute vraisemblance d'un Voltigeur du 33e de Ligne, faisant partie d'une des Compagnie d'élite servant sous doute au sein du Corps d'Oudinot. On notera que ce Voltigeur tient dans sa main une baïonnette. Sur le shako, on remarque nettement la plaque, réglementaire, frappée de l'Aigle, avec en dessous le chiffre 33. Il semble donc évident que la couleur distinctive noire, qui caractérise ce personnage, est en fait un violet qui s'est altéré au fil du temps. Le col jaune est ici non réglementaire par rapport aux schémas officiels, mais confirmé par d'autres sources.

Forthoffer a au début des années 70 publié un fac-similé de ce Manuscrit, en noir et blanc, avec texte descriptif (figure 23c - au centre). Dans ce dernier, il donne les variantes et altérations connues, postérieures au Manuscrit et résultat de copies successives. Voici le texte concernant le Voltigeur du 33e : "Shako à plaque de cuivre et jugulaires de même, cocarde tricolore, ganse jaune, pompon jaune à houppette rouge. Habit blanc à retroussis de même; collet jonquille, revers, parements et cors des retroussis violets, passepoils rouges, boutons jaunes; épaulettes vertes à tournantes rouges. Veste blanche à boutons de cuivre. Culotte blanche. Guêtres à boutons cuivre. Cuirs blancs.
Variante : Le violet remplacé par le noir. Titre erroné "7e régiment westphalien". Donné comme tel par V. HUEN dans "Le PASSEPOIL" 9e année complètement dénaturé par de nombreuses modifications".

Nous donnons également le dessin de notre ami Edmund Wagner, établi d'après la copie de Forthoffer (figure 23c - à gauche). Il résulte de ce dessin que le travail de Forthoffer peut lui même induire en erreur; en effet, si l'on constate bien la présence d'un "liseré" rouge le long du revers et du parement gauches du personnage original, ce n'est par contre pas évident pour le reste de l'uniforme qui paraît être non passepoilé. Forthoffer a de toute évidence extrapôlé, tout comme il a modifié les basques sur lesquelles n'apparaissent pas de poches (on notera que ces dernières sont en long et non en travers); quant aux ornements de retroussis, ils sont loin de ressembler à des cors. Dernière remarque : Forthoffer a également modifié l'aspect général du gilet, en réduisant le nombre de boutons sur le devant. Conclusion : en voulant moderniser le manuscrit, dont les dessins naïfs auraient pu ne pas plaire au public, et sous couvert de rétablir le véritable aspect de ce dernier, R. Forthoffer a à son tour introduit des erreurs qui ont ainsi indirectemet altéré le document source. Nous avons donc là la preuve manifeste que seul le document source fait véritablement foi, d'autant plus s'il est contemporain, et qu'une copie, pour être fiable, doit être absolument fidèle à son original.

Pour en terminer avec les Voltigeurs, Herbert Knötel (pour Elting) a représenté un Caporal de Voltigeurs en 1807 (figure 23d), qui a un point commun avec le Voltigeur de Hahlo, son collet jaune. Le problème, c'est qu'ici, H. Knötel ne mentionne pas sa source. Quoi qu'il en soit, ce Caporal est coiffé du même shako que celui donné par Hahlo, mais ce shako a en plus un cordon, des glands et raquettes jaunes, et le pompon est surmonté d'une houpette verte. En qui concerne l'habit, il reprend la disposition des couleur donnée par les Collections Alsaciennes (pas de passepoils, sauf au collet passepoilé de blanc). Le galon de grade est violet. Les épaulettes sont verte comme chez Hahlo, mais à tournante jaune; le jaune étant également la couleur de la dragonne. Si l'on tient ce type pour absolument fiable, ce Caporal de Voltigeur pourrait peut être appartenir à une Compagnie d'un Bataillon différent de celui donné par Hahlo.

Nous en arrivons maintenant aux Compagnies de Fusiliers. En premier lieu, tiré de la revue anglaise Tradition N°24, nous avons un Sergent de Fusiliers (figure 24). Ce personnage reprend toutes les caractéristiques des autres soldats tirés de la même source, et ne nécessite donc pas de commentaires particuliers. Remarquons simplement la dragonne blanche. Galon de grade or. Bien entendu, tous les passepoils sont blancs, et il y a trois boutons sous le revers gauche.

Nous avons ensuite un Caporal de Fusiliers en grande tenue (figure 25), d'après Rigo (revue Figurine N°27). Il y a quelques différences notable telles que la couleur du pompon (bleu), et l'absence de passepoils au collet, revers et retroussis. Remarquons aussi les ornements de retroussis (étoiles blanches) donnés par Rigo. "Habit. Le 25 avril 1806, le 33e de ligne et dix-neuf autres régiments sont désignés pour porter le nouvel habit de drap blanc que distinguent quatorze couleurs différentes dont les emplacements sont mis au point le 24 juillet suivant. Le 33e a reçu le violet et l'on peut dire que le maitre tailleur du régiment a suivi l'ordonnance... enfin presque car il a remplacé la doublure de cadis blanc par du violet, formant ainsi des retroussis sur lesquels se détachent les étoiles de drap blanc des fusiliers. Combien de soldats furent-ils habillés ainsi ? Nul ne peut le savoir, si ce n'est le maréchal Davout qui déclare dans une lettre datée du 5 octobre 1806 "les régiments du 3e corps sont presque tous habillés de neuf". Ajoutons pour ceux qui pourraient s'étonner de voir un fusilier porter un sabre briquet qu'il s'agit là d'une chose normale à partir du grade de caporal. En résumé, outre la giberne de cuir noirci dont la banderole s'orne d'un porte-baïonnette, les caporaux, fourriers, sergents et sergents-majors des compagnies de fusiliers sont armés d'un sabre briquet suspendu à un simple baudrier de buffle blanchi, ce qui n'empêche nullement les caporaux de porter leur fusil au coté gauche, alors que les sous-officiers le portent à droite. Simple non? Le shako de notre caporal est ... avec une plaque de laiton en losange portant le numéro du régiment. Le cordon natté de fils blancs ... L'équipement porté par tous les caporaux et sous-officiers des compagnies de fusiliers consiste en une giberne et un fourreau porte-baïonnette fixés après le porte-giberne de buffle blanchi et un sabre briquet porté à un simple baudrier, également de buffle blanchi. Bonnet de police de drap blanc passepoilé de violet, ... fixé sous le coffret de la giberne... havresac ... Fusil ... Contrairement aux fourriers, sergents et sergents majors, les caporaux portent leur arme sur l'épaule gauche".

H. Feist a pour sa part représenté pour Bucquoy le simple Fusilier en grande tenue d'été (figure 26). Dans les grandes lignes, c'est le Fusilier donné dans la revue anglaise Tradition N°24; en effet, il semble qu'ici, H. Feist ait doté l'habit de passepoils blancs au collet, mais aussi aux revers, parements, pattes de parements et retroussis. Remarquons également le port de gants blancs (assez inhabituels pour de simples Fusiliers).

Forthoffer donne également le Fusilier (figure 26a) d'après les Collections Alsaciennes. Ici, le pompon du shako est vert; l'habit n'a aucun passepoil blanc. Forthoffer dote comme Rigo les retroussis d'étoiles blancs (le bas des retroussis est cependant taillé différemment).

Enfin, B. Coppens a lui aussi donné un Fusilier du 33e (figure 26b- Les Uniformes des Guerres Napoléoniennes). C'est le Fusilier de la revue anglaise Tradition N°24 (figure 26c), mais avec un pompon de shako curieusement blanc. Le reste est conforme à ce que nous connaissons.

Le Fusilier de la revue anglaise Tradition N°24 (figure 26c) est représenté de face et dos; celà nous permet de constater que la giberne n'a aucun ornement, qu'en dessous pend un gland rouge (?) du bonnet de police; on distingue également les ornements de retroussis qui ici consistent en de petit coeurs et on en étoiles.

Pour finir, nous donnons également le Fusilier d'après Charmy (figure 26d) qui ne nécessite pas de commentaires particuliers.

Nous en avons donc terminé avec la période de l'habit blanc; passons maintenant à l'examen de l'uniforme du 33e de Ligne après 1808. Les sources sont beaucoup plus fragmentaires, et ne nous permettent pas de dire avec précision à quel moment l'uniforme blanc a été définitivement abandonné; sans doute après 1808, voire peut être aux alentours de 1809-1810.

Pour commencer, nous disposons de plaques modèle 1810. La première (figure 27) est extraite du Hors Série N°04 de Uniformes (C. Blondiau). Cette plaque est en cuivre jaune; le numéro est découpé à jour; dimensions 112 x 100. Même chose pour la plaque du Musée de l'Armée (figure 27a). Nous donnons à côté une plaque découverte à Mojaïsk (figure 27aa) datant de 1812; elle est analogue aux deux précédentes. Une autre trouvée à à Krasnoé (figure 27ab) et une à Taroutino (figure 27b), datant de 1812; le numéro est ici estampé. Enfin, la plaque modèle 1810 donnée par B. Coppens pour "Les Uniformes des Guerres Napoléoniennes" (figure 27c); le numéro est découpé à jour.

Rappelons qu'une circulaire du 9 novembre 1810 prescrit que la plaque de shako aura la forme d'un losange, avec le numéro du Corps, estampé ou évidé, et supprime le plumet et le cordon de shako, ornement devenu inutile depuis l'adoption des jugulaires, mais qui continue à être porté dans quelques Régiments.

Quel pouvait être l'aspect des hommes du 33e de Ligne pendant la campagne de Russie ? Nous en avons un premier aperçu au travers d'un dessin russe (avec l'aimable autorisation de l'auteur de ce dessin - "Vanderhoff 15 leger"), qui représente un Grenadier en 1812 (figure 28). Contrairement aux prescriptions de la circulaire mentionnée ci-dessus, ce Grenadier est coiffé d'un shako surmonté d'un pompon et d'un plumet, mais il n'a par contre pas de cordons. Le pourtour du shako ainsi que la bourdalou sont rouges, tout comme les chevrons sur le côté. Notons que ce shajo est dotée d'une plaque à aigle et soubassement. Notre homme porte par ailleurs l'habit bleu à revers blancs; la patte de parement est bleue à passepoil blanc. Le reste est classique.

Nous avons également des reconstitutions de Voltigeurs en 1812. Le premier (figure 29) nous est donné par B. Coppens ("Les Uniformes des Guerres Napoléoniennes"). Le shako est doté d'un pompon, d'un plumet et de cordons, raquettes et glands jaunes; là encore, pourtours supérieur et inférieur jaunes; ganse de cocarde blanche; sur le devant, une plaque en losange, modèle 1810. Notre Voltigeur porte lui aussi l'habit bleu; son collet est jaune, sans passepoil; la patte de parement est blanche passepoilée de rouge; épaulettes entièrement jaunes. Remarquons l'épinglettes, qui pend sur le revers droit, attachée à un bouton. Sur la giberne, se trouve un cor en cuivre. Notre homme porte également les pantalons longs blancs; et des guêtres visiblement grises.

Un autre dessin, d'origine russe, nous donne une autre visions des Voltigeurs (figure 29a - avec l'aimable autorisation de l'auteur de ce dessin - "Vanderhoff 15 leger"). Le shako est celui donné par B. Coppens, mais sans cordon ni ganse de cocarde; l'habit est également identique, tout comme les épaulettes. Par contre, ces Votligeurs portent un pantalon bleu; enfin, leurs guêtres sont blanches. Le Voltigeur de gauche est un Sergent.

Un troisième dessin, d'origine russe, nous propose par ailleurs une reconstitution de Fusilier en 1812 (figure 30 - avec l'aimable autorisation de l'auteur de ce dessin - "Vanderhoff 15 leger"). Ce Fusilier est coiffé d'un shako sur lequel se trouve une plaque à aigle et soubassement. Cordon, raquettes et glands blancs. Habit identique à celui du Grenadier tiré de la même source, mais avec patte d'épaule bleue passepoilée de rouge. Guêtres noires. Noton sur le havresac le manteau roulé dans un étui bleu rayé de blanc. Le reste est classique.

Nous disposons aussi d'une plaque modèle 1812 (figure 31); il s'agit ici d'une plaque de Fusiliers. Celle ci a sans aucun doute été portée en 1813, lors de la reconstitution du Régiment, qui a été durement éprouvé en Russie.

Cela nous amène au Sergent de Grenadiers donné par H. Boisselier (figure 31a) sans indication de source. Daté de 1812, il porte en fait la tenue du Réglement de Bardin, en usage très certainement à partir de 1813. Sur le shako, il n'y a pas de pompon, mais un plumet rouge; pourtours supérieur et inférieur, ainsi que les chevrons latéraux rouges. L'habit a les revers droits, passepoilés de rouge. Parements rouges passepoilés de blanc; patte de parement bleue passepoilée de rouge. Le collet est rouge; sur ce dernier, on retrouve la fameuse patte, mise en vigueur par Roguet; cette dernière confirme le propos de Roguet, qui expliquait qu'elle avait été en usage jusqu'à la fin de l'Empire. Le reste de a tenue est assez classique (noton le galon de Sergent, or passepoilé de rouge; et la dragonne rouge à gland or).

Pour terminer, nous donnons un portrait de Jean marie Putignyé (figure 32) tiré de la revue Tradition; cet Officier porte lui aussi la tenue de 1813, bien que la légende de ce portrait donne comme date l'année 1806.

 

IV/ Drapeaux

 

Drapeaux modèle 1794

Drapeau modèle 1794 : Rappelons que sur l'avers de ces drapeaux, figure la mention "république Française", et sur le revers, la mention "Obéissance et soumission aux lois militaires", avec le bonnet phrygien tourné du côté du flottant, le faisceau des licteurs et une couronne de lauriers sur les deux côtés. Le drapeau du 2e Bataillon est identique pour toutes les Demi-brigades, au contraire des 1er et 3e Bataillons.

Drapeau 1 de la 76e Demi-brigade
Avers du drapeau commun à toutes les Demi-brigades et arboré au second Bataillon ou Bataillon du centre (reproduction d'après Challiot)
Modèle réglementaire du drapeau des 1er et 3e Bataillons, 1794-1804 (reproduction d'après Challiot)

 

Drapeaux en usage lors du deuxième amalgame

Nous avons donné dans notre étude sur le 4e de Ligne les grandes lignes concernant les drapeaux de cette période. Nous renvoyons donc le lecteur à cette étude. On peut supposer qu'à cette époque, la nouvelle 33e a fait usage provisoirement des drapeaux de la 10e ancienne dont elle est pour l'essentiel issue. A t'elle ensuite reçu les drapeaux du modèle 1794 tels que prévus pour la 33e ? Ou bien les lui a t'on attribué directement dès sa formation ? Nous n'avons pour l'instant aucune information sur ce point.

 

Drapeaux de l'Armée d'Italie (1797)

La 33e, nous l'avons vu, est en Italie en 1796-1797. Elle est donc concernée par l'attribution de nouveaux drapeaux décidée par Bonaparte (voir l'étude du 4e de Ligne).

Le 16 juin 1797 (28 prairial an 5), depuis le Quartier général de Milan, le Général Berthier écrit au Général Joubert, sur ordre du Général en chef : "Le général en chef vous autorise, Général, à faire mettre l'inscription suivante sur les drapeaux des demi-brigades, savoir :
Pour les 14e et 33e, SORTIE DE MANTOUE ...
" (Correspondance de Napoléon, t.3, lettre 1931).

Le 18 juin 1797, Berthier écrit depuis Milan au Général Joubert : "...Quant aux réclamations des corps pour l'inscription de leurs drapeaux, le général en chef vous autorise de faire inscrire, savoir : 1° Pour les 14e et 33e, Sortie de Mantoue" (H. Hollander - Carnet de la Sabretache 1904, page 269).

Le Musée impérial et royal de l'Armée à Vienne, conservait 18 drapeaux de Demi-brigades de l'Armée d'Italie. Parmi eux figure un drapeau du 2e Bataillon de la 33e. Voici ce qu'indiquait H. Hollander (Carnet de la Sabretache 1904, page 335) :
"Face : faisceau avec bonnet écarlate. Inscriptions réglementaires. Aux angles : TME BON alternant avec le numéro 33.
Revers : courone de chêne vert. Sur la bordure, les inscriptions qui suivent :

 
1RE ET 2ME BATAILLE DE RIVOLI
 
SORTIE DE   MANTOUE
 

PASSAGE DU TIROL

 

La 33e Demi-brigade de bataille (sic) reçut ses nouveaux drapeaux à Vicence (Division Joubert). Le 3e Bataillon de la 33e Demi-brigade faisait partie de la garnison d'Alexandrie. Le drapeau de ce Bataillon fut très vraisemblement (sic) livré aux Autrichiens lors de la capitulation de cette place, le 22 juillet 1799, et le Bataillon en question fut conduit en captivité en Autriche. (Il ne saurait s'agir ici du drapeau du nouveau 3e Bataillon de la 33e, reconstitué au dépôt du corps à Chambéry, le 18 août 1800, et fait prisonnier dans la vallée de la Stura, le 10 octobre 1800)".

Avant de continuer, signalons que les drapeaux de la 33e reçus en Italie ont été également décrits dans un petit article de G. d'Ambert, paru dans la revue Le Briquet (1969/1 page 17).

Revers du drapeau du 1er ou 3e Bataillon; Avers du drapeau du 2e Bataillon (Rigo - Tradition N°35)

Selon Rigo, "en 1799-1800, les drapeaux de la 33e, institués en Italie par Bonaparte, portent en lettres d'or le nom des victoires de RIVOLI, de MANTOUE et PASSAGE DU TIROL (sic)". Mais "Des trois drapeaux type «Armée d'Italie», distribués à Vicence le 14 juillet 1797, aucun ne subsiste à l'époque où François Roguet prend le commandement et ce ne sera qu'à la fin de l'année 1799 que la 33e demi-brigade de ligne recevra trois drapeaux du type 1794, conformes à la disposition réalisée par le peintre Chaillot.
Les premier et troisième bataillons reçoivent le modèle représenté sur notre planche en A
(ci-contre) et C (figure 4), tandis que le second bataillon arbore l'emblème dessiné en B (ci-contre). Notons cependant qu'à l'époque de la réception, le troisième bataillon est prisonnier de guerre et qu'il faudra attendre le 10 août 1800 pour que celui-ci soit reconstitué. Il est donc plus que probable que le drapeau tout neuf resta roulé dans sa gaine en attendant des jours meilleurs.
A. Revers du drapeau du 1er ou 3e bataillon : L'étoffe est taillée dans un taffetas blanc mesurant en moyenne cinq pieds de côté (soit 1,62 m). Peints à l'or moulu, soulignés de noir en faux relief, les chiffres et les inscriptions sont dessinés à part sur des bandes ou des morceaux de taffetas que l'on colle ensuite sur le fond. Les motifs géométriques de taffetas rouge ou bleu sont cousus. L'attribut central (le faisceau de licteur sommé d'un bonnet phrygien) est peint à l'huile «au naturel».
La pique en cuivre ou en laiton doré surmonte une hampe, peinte en bleu foncé ou en noir, d'une hauteur de 9 pieds 6 pouces (3,06 m environ). La cravate, formée de trois bandes de taffetas tricolore cousues ensemble, a une longueur totale de 1,70 m. Repliée en deux, elle est fixée après la hampe à l'aide d'une cordelière longue de 0,80 m tressée de fils d'argent et de soie rouge et bleue.
Pour plus de détails concernant les modèles 1794 nous ne saurions trop vous conseiller de vous reporter aux numéros 4 et 27 de la revue Tradition.
B. Avers du drapeau du 2e bataillon (figure
4) : C'est le modèle général commun à toutes les demi-brigades et arboré dans chacun des seconds bataillons. Le revers est absolument semblable et comporte les inscriptions DISCIPLINE ET SOUMISSION / AUX LOIX MILITAIRES. Les mensurations et les détails de fabrication sont les mêmes que précédemment".

Aigle supposée du 33e de Ligne; Musée de Vienne (Autriche) - communication d'un de nos correspodants

Le Général Adolenko, dans son ouvrage "Aigles de Napoléon contre drapeaux du Tsar", émet l'hypothèse que la 33e ait pu perdre un drapeau à Bergame en 1799. Il indique également que selon Hollander, la 33e a perdu ses trois drapeaux au cours de l'année 1799. Un peu plus loin, il indique "Hollander situe à Vienne 2 drapeaux, livrés à Alexandrie, ceux des 3es bataillons des 33e et 39e demi-brigades. Il se trompe en ce qui concerne la 33e, qui quitta Alexandrie pour Valence en mai".

Encore plus loin : "Hollander cite quelques demi-brigades qui reçurent fin 1799 de nouveaux drapeaux en remplacement de ceux perdus : ... 33e (3)"; et "(...) 33e : Sur les trois drapeaux perdus, seul celui du 3e bataillon tomba en 1799 entre les mains des Autrichiens. Nous ignorons le sort des autres".

 

Drapeaux modèle 1804

Le 33e de Ligne reçut 3 Aigles et drapeaux du modèle 1804 Challiot à la fin de l'année.

 

L'aigle du Régiment en Russie (1812) et en Allemagne (1813)

En mai 1812, deux Aigles sont renvoyées et il ne reste plus qu'une Aigle en service accompagnant un drapeau du modèle 1812 portant les noms de bataille suivants : AUSTERLITZ / IENA / EYLAU / ECKMUHL / WAGRAM. L' Aigle est conservée durant la retraite de Russie.

Le 18 Septembre 1813, l'Aigle et le drapeau sont pris à Kulm par une unité autrichienne. L'Aigle est actuellement conservée à Vienne.

 

Drapeaux modèle 1815

En 1815, une nouvelle Aigle et un nouveau drapeau modèle 1815 sont confectionnés.

 



V/ Sources

 

- Sources bibliographiques

- Belhomme (Lt col) : "Histoire de l'Infanterie en France", tome IV; Lavauzelle.

- Charrié P.

- Fabry G. "Rapports Historiques des Régiments de l'Armée d'Italie, pendant la campagne de 1796-1797"; Paris, Chapelot, 1905.

- "Historique du 33e Régiment d'Infanterie"; Petite Bibliothèque de l'Armée Française, Lavauzelle 1890.

- Pigeard A. : "Souvenirs d'un Officier de la Grande Armée, Jean Marie Putignyé, Grognard de l'Empereur"; Tradition N°44.

- Rigo : "Un uniforme à pattes"; Tradition N°35.

 

Ressources numériques en ligne

- "Histoire Régimentaire et Divisionnaire de l'Armée d'Italie commandée par le Général Bonaparte"; http://www.simmonsgames.com/research/authors/SpectateurMilitaire/HistoireRegimentaireItalie/TOCFrench.html

- Cugnac (Capitaine de) : "Campagne de l'Armée de Réserve en 1800"; http://www.simmonsgames.com/research/authors/Cugnac/ArmeeReserve

- Site de R. Darnault : http://darnault-mil.com/Militaires/regiments/infanterie_ligne.php

- Collection de situations Nafziger : http://www.cgsc.edu/carl/nafziger/index.asp

- Ressources du site The Napoleon Series : http://www.napoleon-series.org/index.html

 

 

 

pour le site, penser à Charrié, Regnault, Hollander, Situations plus celles de Nafziger.