Le Régiment d'Illyrie

1810-1813

Texte Frédéric Berjaud ; Illustrations : Collection de l'auteur

Accès à la liste des Officiers, cadres d'Etat major, Sous officiers et Soldats du Régiment d'Illyrie

I/ Historique

fig. 1

En janvier 1810, près de six mois après la fin des hostilités, Napoléon avait encore en France des centaines de prisonniers autrichiens sous la main. Le 1er janvier, il décida d'organiser trois bataillons de prisonniers originaires d'Illyrie, afin de les renvoyer dans leur patrie ; selon Fieffé, ils furent ensuite incorporés dans les 6 Régiments croates. A la même époque, il semble que d'autres prisonniers illyriens sollicitèrent la permission d'entrer au service de la France. Afin de répondre à leur demande, l'Empereur donna l'ordre de constituer deux Bataillons supplémentaires, l'un à Dole, l'autre à Besançon, forts chacun de six compagnies, désignés sous le nom de 1er et 2ème Bataillon illyrien. Dès leur formation, ils furent envoyés dans l'ancienne forteresse piémontaise de Alexandrie.

Les deux Bataillons illyriens demeurèrent en Italie jusqu'à la fin de l'année 1810, jusqu'à ce que Napoléon décide de les utiliser d'une meilleure manière.

Dans un premier temps, l'Empereur écrit, le 16 octobre 1810, depuis Fontainebleau, au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris : "Monsieur le Duc de Feltre, faites-moi connaître combien de régiments les provinces illyriennes fournissaient à l'Autriche. Il me paraît convenable de disposer de tous les soldats qui se trouvent dans ces pays, pour en former des régiments à mon service, et de leur donner des officiers et sous-officiers des provinces de Carniole, de Goritz et de Laybach.
Il faudrait également tirer parti de l'Istrie et de la Dalmatie. Comme le royaume d'Italie a déjà un régiment dalmate, on pourrait le compléter aussi haut qu'il doit l'être, et former un nouveau corps du reste. On pourrait organiser trois régiments, dont l'un comprendrait les hommes des provinces de la Carniole et de Villach ; un autre serait formé d'hommes de l'Istrie et du comté de Goritz ; le troisième serait fourni par la Croatie civile ; on emploierait les hommes de la Croatie à recruter le régiment italien.
L'état-major d'un de ces régiments pourrait être placé à Gênes, un autre à Florence, et l'autre dans le Piémont ; ils seraient la assez près et assez loin, et l'on ôterait à l'Autriche beaucoup de soldats. Faites-moi un rapport sur cet objet.
La population des provinces illyriennes étant de 1,500,000 âmes, elles doivent fournir 18,000 hommes. Il faut en ôter la Dalmatie, dont le recrutement est réservé au régiment dalmate, qui est à la solde du royaume d'Italie, sauf à prendre par la suite ce régiment à la solde de la France. Il faut en ôter la Croatie militaire. Il restera encore un million d'habitants qui doivent fournir un effectif de 12,000 hommes, avec lesquels on pourrait former trois ou quatre régiments. Il faudrait conserver la conscription, telle qu'elle était sous la maison d'Autriche, puisque ces peuples y sont accoutumés
" (Correspondance de Napoléon, t.21, lettre 17049 ; Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 24945).

Mais après réflexion, il apparut aux yeux de l'Empereur que la meilleure solution était d'utiliser ces Bataillons comme base pour la création d'un nouveau Régiment illyrien, composé de quatre Bataillons et d'un Dépôt. Ainsi, le 15 novembre 1810, depuis Fontainebleau, Napoléon écrit au Duc de Feltre : "Je reçois votre rapport du […] Je ne veux point créer trois régiments des provinces illyriennes ; ce serait trop. Les bataillons autrichiens sont de 8 compagnies. Ainsi, 4 bataillons formeraient 32 compagnies ; ce serait donc la même chose qu'un régiment français au grand complet. Vous recevrez un décret par lequel je forme un régiment ayant la même organisation que les régiments français. Ainsi, pour les provinces de Villach, de Goritz, de Trieste et pour la Croatie civile, je ne demande qu'un régiment de cinq bataillons. Je crois devoir le réunir à Alexandrie. Prenez sur le champ toutes les mesures pour son organisation. Veillez bien à ce que parmi les officiers qui seront proposés, il n'y en ait aucun qui appartienne à une famille du pays, ayant de la considération et des revenus, afin que ce régiment ne soit pas composé d'aventuriers comme ceux d'Isembourg et de La Tour d'Auvergne, et qu'il nous attache une partie du pays1".

Le lendemain est promulgué à Fontainebleau le Décret de création du Régiment d'Illyrie, sur le pied de cinq Bataillons, selon le modèle des Régiments d'Infanterie légère français. Le décret précise par ailleurs que "la solde, les masses et l'administration seront les mêmes que dans les régiments français". Fieffé nous apprend par ailleurs que le mode de recrutement était celui usité à l'époque autrichienne ; il "consistait à demander à chaque bailli le nombre d'hommes que devait fournir chaque seigneurie à raison de sa population". Et que Marmont d'autre part avait "pris soin de supprimer les exemptions connues sous le nom d'honoré, qui étaient le privilège d'une classe de bourgeois fort nombreuse ; mais il maintint celle des hommes d'art, à cause de l'importance des fabriques dans certaines parties du pays, et du retard de l'industrie dans quelques autres". Devaient être incorporés des hommes âgés de 18 à 40 ans, nés en Illyrie, Istrie, Fiume…Les Officiers, on le verra au travers des différentes lettres de l'Empereur, devaient être français pour un tiers, les deux autres tiers étant composés de belges issus du service autrichien et tirés du dépôt de Passau. En 1811, sur les 51 Officiers présents, il y a 32 Dalmates, Illyriens et Croates ; 3 Français, 2 Italiens, et des Génois, Bohémiens, Belges, Suisses, Hongrois. Parmi eux, 28 ont précédemment servi l'Autriche.

Bouton du Régiment d'Illyrie

Le Régiment est en fait organisé à Laybach (Ljubljana) à partir de la fin de l'année 1810, sous la responsabilité du Général Louis Baillet de Latour (lui-même issu du service autrichien), assisté d'Alexis Louis Barré, Chef de Bataillon à l'Etat major de l'Armée d'Illyrie, qui reste en fonction jusqu'au 1er mai 1811.

Le 2 janvier 1811, l'Empereur écrit au Général Clarke : "Monsieur le duc de Feltre, faites moi connaître où en est le régiment que j'ai ordonné qu'on organisât en Illyrie ; à quelle époque pourrai-je compter sur ce régiment ?...2".

Le 11 janvier, l'Empereur écrit à nouveau à Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le duc de Feltre, je reçois votre lettre du 9 sur le régiment illyrien. Il est indispensable que vous me présentiez la nomination du colonel, du major, du quartier maître, de l'adjudant major et des 4 chefs de bataillon ; que vous autorisiez le duc de Raguse à nommer provisoirement 12 capitaines, 12 lieutenants, 12 sous lieutenants, 12 sergents-majors, et enfin à organiser les cadres des deux premiers bataillons. Mon intention est que les caporaux fourriers soient français : on peut les prendre dans les lycées ou dans les régiments qui sont en Illyrie. Il faudrait prendre des jeunes gens des départements de la Roër ou du Rhin qui parlent allemand ; ces deux bataillons se formeront à Göritz.
Le ministre de l'administration de la guerre doit prendre ses moyens d'habillement dans les provinces illyriennes, même s'il y en a. Vous prescrirez l'uniforme que doit porter le régiment. Aussitôt que le 1er bataillon sera formé et complété, vous le ferez diriger sur Alexandrie ; on procédera ensuite à la formation du 2e ; aussitôt que le 3e sera formé, on procédera à la formation du 4e.
Vous ferez connaître au duc de Raguse que mon intention est qu'au mois d'avril ce régiment soit entièrement formé et puisse entrer en campagne. Il faut avoir soin que le colonel, le major, les chefs de bataillon, le quartier maître et les adjudants majors que vous me proposerez, parlent parfaitement la langue
3".

Le 22 janvier, l'existence du Régiment est effective ; il n'y a cependant que 29 Sous officiers présents, issus de différentes unités. Selon les minutes du Régiment, les Bataillons doivent avoir une Compagnie de Grenadiers et une de Voltigeurs. La levée des hommes peut alors commencer. Comme l'indique la lettre du 11 janvier, le Régiment doit être organisé pour avril. L'Empereur a par ailleurs donné l'ordre "qu'on distribue les fusils étrangers en notre possession", fusils qui semblent bien ne pas exister.

Le 2 mars, le Colonel Nicolas Schmidt (11 avril 1768 ; Général de brigade le 16 juin 1813 ; Officier de la Légion d'Honneur depuis le 7 novembre 1804 ; décédé le 8 janvier 1851) est nommé à la tête du Régiment. Le lendemain, depuis Paris, l'Empereur rappelle au Général Clarke que dans le Régiment illyrien, les 2/3 des Officiers doivent être du pays, les autres devant être français4.

fig. 2

Le 13 mars, 4000 hommes déjà levés sont rassemblés à Gorizia ; le commandement provisoire est assumé par le Chef de Bataillon Barré. Se posent alors les problèmes du logement de la troupe et de la désertion. Dans le même temps, l'Empereur est informé que "Le maréchal Marmont propose d'envoyer provisoirement à Palmanova, au lieu d'Alexandrie, les deux premiers bataillons du régiment Illyrien, qui ne sont point encore armés ni habillés" ; l'Empereur répond le 15 mars depuis Paris "Approuvé, mais faites en sorte qu'ils soient promptement habillés5".

Le 24 mars 1811, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris : "Monsieur le Duc de Feltre ... Mon intention est également que les deux premiers bataillons de chacun des trois régiments qui s'organisent à Hambourg soient joints au corps du prince d’Eckmühl. On y joindra également deux bataillons du régiment d'Illyrie ; ce qui fera que chaque division de l'armée d'Allemagne sera composée de vingt bataillons ... M'avez-vous soumis la nomination des colonels et majors des corps qui s’organisent à Hambourg, du régiment de cavalerie et du régiment illyrien ?" (Correspondance de Napoléon, t.21, lettre 17512).

Le même jour, 24 mars 1811, l'Empereur adresse, depuis Paris, une 2e lettre au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris : "Monsieur le Duc de Feltre, je désire que vous me renvoyiez un état de la formation de l'armée d'Allemagne, avec les changements que je vous ai indiqués dans mes différentes lettres de ce jour : 1° pour le génie ; 2° en ajoutant les bataillons suisses, les bataillons des trois régiments qui se forment et les deux bataillons d'Illyrie, ainsi que le général de brigade qui devra être porté de plus dans chaque division. Cet état devra présenter deux colonnes ; l'une contiendra la situation telle qu'elle sera en avril ; l'autre, la situation telle qu'elle sera en juin. Dans cette dernière on portera les 4es bataillons, les deux bataillons illyriens, les bataillons des trois régiments qui se forment et les lanciers" (Correspondance de Napoléon, t.21, lettre 17513).

Enfin, toujours le 24 mars 1811, l'Empereur écrit, cette fois-ci, depuis Paris, au Maréchal Davout, Prince d'Eckmühl, Commandant en chef l'Armée d'Allemagne, Gouverneur des villes hanséatiques, à Hambourg : "Mon Cousin ... Deux bataillons du régiment qu'on forme en Illyrie seront attachés à la division Dessaix ..." (Correspondance de Napoléon, t.21, lettre 17516 ; Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 26380).

Le 25 mars, les 1er et 2ème Bataillons sont prêts, mais "au cours de la revue du régiment par le sous inspecteur aux revues, les conscrits du centre du IIIe ont renversé le fonctionnaire, enfoncé la porte, et se sont sauvés dans les rues ; 170 ont été repris, 7 se seraient noyés en passant par l'Isonzo. Un conscrit caporal en a ramassé plusieurs ; il est fait sergent sur le champ. Au total, 40 hommes manquent à l'appel".

Le 28 mars 1811, l'Empereur, à qui "On fait connaître (…) la situation de la levée du régiment d'Illyrie", écrit au Ministre "Faites moi connaître si j'ai nommé les colonels et officiers qui doivent commander ce régiment, combien il y a d'anciens sergents et soldats, et quand ce régiment sera disponible 6".

Au 1er avril, l'effectif est le suivant :

- Etat major : 6 hommes.

- 1er Bataillon : 18 Officiers, 793 hommes (plus 27 hospitalisés).

- 2ème Bataillon : 16 Officiers et 795 hommes (plus 25 hospitalisés).

Le 3 avril 1811, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris : "Envoyez le général Baillet de Latour en Illyrie. Il aura le commandement du régiment qui s'organise dans ces provinces. Il se chargera des détails et dirigera sur Alexandrie les bataillons, au fur et à mesure qu'ils seront organisés et armés" (Brotonne (L. de) : « Dernières Lettres inédites de Napoléon 1er, collationnées sur les textes et publiées », Paris, 1903, t. 2, lettre 1339). Et dans une autre lettre à Clarke, datée du même jour : "... Envoyez le général Latour en Illyrie ; il aura le commandement du régiment illyrien, se chargera du détail de sa formation et à mesure que les bataillons seront organisés et armés, il les dirigera sur Alexandrie7".

Le 4 avril 1811, les deux premiers Bataillons, qui viennent de recevoir 1600 capotes et "quantité d'autres effets d'habillement" en provenance de Gorizia, se mettent en route pour Palmanova, conduits par le Chef de Bataillon Baudissan du 3ème Croate et le Lieutenant Jacot. Le 3ème Bataillon doit suivre lorsqu'il sera prêt.

Le 8 avril 1811, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Duc de Feltre : "Je vous ai mandé d'envoyer le général Latour pour organiser les régiments en Illyrie.
Envoyez le général Wedel pour organiser les trois régiments de Hambourg ; il vous rendra compte tous les jours des progrès de celle formation
" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.2, lettre 1746).

Le 11 avril, l'Empereur révoque ses ordres du 4 et du 8 : "Le général Wedel8 a reçu l'ordre de se rendre à l'Armée d'Illyrie. Cela étant, le charger alors de la formation du régiment d'Illyrie ...9". Cette décision est motivée par le fait que la formation du Régiment avance beaucoup trop lentement. D'ailleurs, le 12 avril 1811, l'Empereur Au Général Clarke, Ministre de la Guerre, à Paris : "Monsieur le duc de Feltre ... Je ne vois pas encore où en est le régiment illyrien" (Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 26638). Preuve s'il en est de l'impatience impériale.

Le 12 avril 1811, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Maréchal Davout, commandant en chef de l'Armée d'Allemange et Gouverneur général des villes hanséatiques : "Mon cousin ... mon intention est de créer un 6e bataillon dans tous vos régiments ... et je porterai votre corps d'armée à 6 divisions ; chaque division sera composée de 4 brigades et chaque brigade sera composée d'un régiment et chaque régiment de 5 bataillons ... Les 6 bataillons suisses et les 4 bataillons illyriens et les 9 bataillons que vous formez pourront composer ces 4 brigades, et qu'avec quelques autres bataillons, cela vous fera 6 divisions ou 24 brigades et 120 bataillons ...
Votre armée pourra recevoir cette nouvelle organisation au mois de novembre ...
" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1912, t.4, lettre 5549; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 26647).

Le 21 avril 1811, l'Empereur, depuis Saint Cloud, écrit de nouveau au Général Clarke, Ministre de la Guerre10 : "Monsieur le duc de Feltre, faites-moi un rapport sur le régiment d'Illyrie. Les hommes sont ils armés ? Les officiers sont ils nommés ? Quelle est sa situation ?". Le Général Clarke lui adresse alors un rapport sur l'organisation des deux premiers Bataillons du Régiment, et l'Empereur répond le 26 avril11 : "Ne pas laisser de régiment étranger dans mes places fortes. Diriger ces deux premiers bataillons sur Trévise".

Le 27 avril 1811, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le duc de Feltre, j'ai reçu l'état de la formation du corps d'observation d'Italie ... Mon intention est que 3 bataillons du régiment d'Illyrie fassent partie de la 1re division et soient dirigés sur Trente ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 26855).

Le 2 mai 1811, à Saint-Cloud, on soumet à l'Empereur un "Rapport sur le bon effet qu’ont produit les dispositions ordonnées par l’Empereur à l'égard des officiers démissionnaires du service d'Autriche et désireux d’entrer au service de France"; ce dernier répond : "... Le ministre pourrait également les placer dans le régiment illyrien ..." (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.3, lettre 4563).

Le 2 mai 1811 encore, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Lacuée, Ministre de l'Administration de la Guerre : "Monsieur le comte de Cessac, je réponds à votre lettre du bureau des étapes, convois et équipages ...
Au corps d'observation d'Italie, les Espagnols et les Illyriens n'auront pas de caissons ...
" (Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 26946).

Soldats du Régiment d'Illyrie 1810-1811 d'après Carl et collection Knötel
fig. 3
fig. 3a (Collections du Musée Historique de la Ville de Strasbourg)

Le 6 ou le 7 mai 1811, nouvelle lettre de l'Empereur au Général Clarke, expédiée depuis Saint-Cloud 12 : "Monsieur le duc de Feltre, je reçois votre rapport du 4 sur le régiment illyrien. Mon intention est que le tiers des officiers soient Français, et le reste Belges, Français officiers au service d'Autriche venant du dépôt de Passau. Aucun officier français qui n'a point servi avec nous dans nos guerres ne doit être employé dans nos régiments français. Vous devez tous les employer dans le régiment illyrien et dans les 127e, 128e et 129e régiments. Ne me proposez jamais de passer dans les régiments français ni avancement dans les états-majors, pour ces officiers, sans me l'avoir auparavant fait observer. Laissez le général Delzons maître de diriger sur Trévise les 3e et 4e bataillons du régiment illyrien. Ce régiment sera bien placé à Trévise pour se former entièrement. Je crois avoir nommé un général allemand pour en diriger l'instruction, le général Wedel ou le général Latour. Je suppose que le colonel et les premiers officiers sont arrivés".

Le 8 mai, les quatre Bataillons sont enfin organisés ; "la composition de ces gens pris par la force les entraîne à tous les moyens possibles pour se procurer la liberté". Un complot de 26 hommes, pour déserter, a été découvert ; 2 sont fusillés, 6 autres envoyés aux travaux publics.

Le 9 mai 1811, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris : "Je reçois votre lettre du 7 sur les régiments illyriens. Tous ces officiers sont-ils brevetés par moi ? Soumettez à ma nomination ceux qui ne le seraient pas" (Brotonne (L. de) : « Dernières Lettres inédites de Napoléon 1er, collationnées sur les textes et publiées », Paris, 1903, t. 2, lettre 1407 ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 27014 - dans cette dernière, il est écrit : "sur le régiment illyrien").

Le 12 mai, les 3 premiers Bataillons sont à Palmanova, les 4ème et 5ème à Gorizia. On les habille mais la "bonté des draps" pose problème, surtout en ce qui concerne la couleur.

On prévoit alors de rattacher les 1er et 2ème Bataillons à la Division Vandamme qui s'organise à Boulogne, le reste à la 3e Division du Corps d'Observation d'Italie.

Le 24 mai 1811, l'Empereur écrit, depuis Caen, au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris : "Je vous envoie cinq états pour vous servir de direction dans un rapport que vous me ferez au 15 juin, pour donner une nouvelle organisation, au 1er juillet, aux différents corps d'observation ...
CORPS D'OBSERVATION DU RHIN. — Au 1er juillet, ce corps prendra le titre de Corps d'observation des Cotes de l'Océan. Il sera formé, comme le porte l'état n° 2, par la réunion de tous les conscrits et de tous les bataillons ...
CORPS D'OBSERVATION D'ITALIE. — Ce corps conservera la même dénomination, mais il sera organisé comme il est porté au n° 3 ...
Je n'ai pas besoin de vous dire que vous ne devez donner aucun ordre, faire aucun mouvement en conséquence de ces états, mais que vous devez vous borner à me faire un rapport général au 15 juin, époque à laquelle vous me demanderez en même temps mes ordres ...
Je n'ai pas besoin de vous dire que vous ne devez donner aucun ordre, faire aucun mouvement en conséquence de ces états, mais que vous devez vous borner à me faire un rapport général au 15 juin, époque à laquelle vous me demanderez en même temps mes ordres ...
CORPS D'OBSERVATION DU RHIN.
L'organisation des régiments d'élite existera jusqu'au 1er juillet. Les régiments d'élite qui font partie des corps d'observation du Rhin et d'Italie seront alors dissous.
Le corps d'observation du Rhin sera composé de quatre divisions, organisées de la manière suivante :
... 2e Division. — 1re brigade : quatre bataillons du 26e léger, quatre du 72e de ligne ; 2e brigade : quatre bataillons du 46e de ligne, quatre du 126e ; 3e brigade : deux bataillons portugais, deux du régiment illyrien ...
Chaque division ayant trois brigades, il y aura en tout douze brigades ; chaque division étant de vingt bataillons, le total du corps d'observation du Rhin sera de quatre-vingts bataillons.
Chaque régiment aura ses deux pièces d'artillerie, ce qui fera huit pièces par division, hormis que la 4e division n'en aura que six ; au total, trente pièces régimentaires ...
MODE D'EXÉCUTION. — Au 1er juillet tous les conscrits seront arrivés aux régiments.
La 1re division sera organisée au camp de Boulogne ... Les 4es bataillons de ces régiments et tous les conscrits des dépôts partiront, du 1er au 15 juillet, de Metz, Nancy, Douai et Berg-op-Zoom, pour aller compléter les régiments au camp de Boulogne. Aussitôt après leur arrivée le tiercement aura lieu, de sorte que les bataillons soient égaux en hommes anciens et aient la même consistance.
La 2e division se réunira au camp de Boulogne et sera organisée de la même manière ...
Ainsi, à cette époque, le corps d'observation du Rhin aura deux divisions au camp de Boulogne et deux en Hollande. Il changera alors de dénomination et prendra celle de Corps d'observation des cotes de l'Océan.
Les 4es compagnies de voltigeurs et de grenadiers des bataillons d'élite passeront dans les 4es bataillons, qui céderont deux de leurs compagnies aux bataillons d'où ces compagnies d'élite seront tirées, de sorte que tous les bataillons seront égaux, de six compagnies, dont une de grenadiers et une de voltigeurs ...
ma pensée secrète est que le corps d'observation des côtes de l'Océan puisse devenir un corps de l'armée d'Allemagne, et, en faisant volte-face sur Mayence ou Wesel, trouver son artillerie à Mayence, à Wesel ou à Maëstricht ...
La 1re division sera commandée par le général Legrand, la 2e division par le général Vandamme ...
CORPS D'OBSERVATION D'ITALIE.
Le corps d'observation d’Italie recevra au 1er juillet, conformément au rapport que nous fera le ministre de la guerre le 15 juin, l'organisation suivante :
... 3e Division. — Trois bataillons du 35e, deux bataillons espagnols, deux bataillons d'élite du 29e, deux du 112e, deux bataillons illyriens : total, 11 bataillons ...
NOTE.
D'ici au 1er juillet, le corps d'observation d'Italie conservera son organisation telle qu'elle a été établie par le dernier rapport du ministre, afin que, si d'ici au 1er juillet j'avais besoin de le mettre en mouvement, il pût marcher selon ladite organisation ...
" (Correspondance de Napoléon, t.22, lettre 17247 ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 27150).

Par ailleurs, "On propose de tirer de l'école de Fontainebleau dix sujets pour être employés en qualité de sous officiers dans le régiment d'Illyrie, savoir : six en qualité de sergents majors, et quatre en qualité de caporaux fourriers" ; l'Empereur répond le 20 juin 181113 : "Accordé, en prenant des sujets qui parlent allemand".

Le 24 juin 1811, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Comte Bertrand, Gouverneur général des Provinces illyriennes, à Trieste : "Monsieur le Comte Bertrand ... Faites-moi connaître quelle est la situation des régiments illyriens et ce qu'a produit la conscription ..." (Correspondance de Napoléon, t.22, lettre 17851 ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 27426).

D'autre part, l'Empereur, à Saint-Cloud, est informé que "On a fait connaître à M. de Tromelin, conformément aux intentions de l'Empereur, qu'il ne pouvait conserver l'emploi de colonel du régiment Illyrien que le maréchal duc de Raguse lui avait conféré, mais voici ce qu'il expose. Après avoir quitté le service de l'Angleterre où il était parvenu au grade de lieutenant colonel, il se retira dans sa famille en Bretagne et il ne prit de l'emploi dans l'armée française que sur l'invitation du ministre de la police générale. Tous les renseignements fournis par le duc de Raguse et par des officiers supérieurs le présentent comme un homme recommandable par son activité et par les ressources de son esprit. Si néanmoins Sa Majesté n'accorde pas sa confiance à M. de Tromelin, on propose pour le commandement du régiment Illyrien M. Vandaële, chef de bataillon au 18e léger, qui est avantageusement noté, qui a de bons et anciens services, qui parle avec facilité plusieurs langues étrangères". Napoléon répond le 3 juillet 1811 : "Si le ministre croit que cet homme mérite confiance, je le laisse maître de le conserver dans cette place ; ce qui paraît sans difficulté, après son exposé14".

fig. 4 (Collections du Musée Historique de la Ville de Strasbourg)

Dans le même temps, le Général Wedel ayant fait son compte rendu "de la situation du régiment d'Illyrie au 28 juin", l'Empereur décide, le 19 juillet, de "donner ordre de réunir ce régiment à Turin15".

Le 29 juillet, Napoléon écrit encore, depuis Saint-Cloud, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le duc de Feltre, j'ai donné ordre que le régiment d'infanterie légère illyrien fût réuni à Turin. Envoyez l'ordre au 5e bataillon de ce régiment de se réunir également à Turin. Je vous envoie un rapport du général Bertrand sur ce régiment. Il paraît que les effets d'habillement sont mauvais ...16".

Dans la même journée, 29 juillet 1811, l'Empereur écrit également, depuis Saint-Cloud, au Général Bertrand, Gouverneur général des Provinces Illyriennes : "Monsieur le comte Bertrand, j'ai réuni le régiment illyrien à Turin. Dirigez le 5e bataillon sur cette ville. Je vois que le nombre des déserteurs des régiments illyriens est de 976. Faites former des colonnes mobiles, et envoyez des garnisaires chez les parents, jusqu'à ce que les déserteurs rejoignent. Il faut aussi penser à lever des matelots pour l'équipage du Mont-Saint-Bernard à Venise. Ce sont 500 bons matelots qu'il faut avoir. Faites-moi connaître comment la conscription s'est faite en Illyrie cette année ? Il est convenable d'y établir un système de conscription régulier" (Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 27859).

Le Général Bertrand de son côté "demande quelle réponse il doit faire à des officiers illyriens au service d'Autriche, qui ont offert de rentrer pour être employés avec leurs grades" ; Napoléon répond le 2 août17 : "Je ne veux pas les admettre dans les régiments croates, mais je les admettrai dans les régiments illyriens (sic) . Il peut les recevoir pourvu qu'ils soient de bons sujets".

Le 16 août 1811, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Mathieu Dumas, Directeur des Revues et de la Conscription : "Monsieur le comte Dumas, je réponds à votre lettre du 15 ...
Quant à l'Illyrie, mon intention est de lever 3.300 hommes et de ne point accorder de ménagements. L'Illyrie est une province d'Autriche qui était accoutumée à fournir beaucoup de troupes. Au lieu de 181l même, je voudrais remonter à 1808, et lever pour les années 1808, 1809 et 1810, 3.300 hommes chaque année, ce qui ferait 9.900 hommes, de n'en prendre que le tiers pour 1’actif et les deux tiers pour la réserve, qu'on laisserait dans le pays. On prendrait ensuite, plus tard, celte de 1811. Mais il faut déduire le régiment d'Illyrie, fort de 4.000 hommes, qui est à Turin. Il faudrait vous entendre avec le général Bertrand pour savoir comment cette opération doit se faire. Correspondez activement avec ce général, afin de me présenter un projet ...
" (Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 28195).

Le 25 août 1811, l'Empereur écrit, depuis Trianon, à Borghèse, Gouverneur général des départements au-delà des Alpes : "Mon cousin, le régiment d'Illyrie doit être arrivé à Turin. Faites-moi connaître quelle est sa situation, officiers, sous-officiers, soldats, insturction, armement, habillement" (Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 28368).

Le 6 septembre 1811, l'Empereur écrit, depuis Compiègne, au Général Lacuée, Comte de Cessac, Ministre dircteur de l'Administration de la Guerre, à Paris : "Un rapport que je reçois de Turin me fait connaître que l'habillement du régiment d'Illyrie est dans le plus mauvais état. On me mande que les habits n'ont pu être mis en service parce qu'ils sont trop petits, trop courts, trop étroits, mal cousus, mal faits, mal teints; que beaucoup de boutonnières ne sont faites que par un simple coup de ciseaux ; que le devant des habits n'a que six pouces de hauteur; qu'au lieu d'un galon de fil blanc pour arrêter l'épaulière on n'a mis qu'une simple bordure de toile; que les manches et le dos des vestes ne sont pas doublés; que les capotes sont tellement étroites que, loin de pouvoir être portées sur l'habit, elles gênent les mouvements des hommes qui n'ont pas même de gilet dessous; que beaucoup de ces capotes sont de mauvais drap; que les pantalons sont également de mauvaise qualité, trop courts et trop étroits, que les bonnets de police sont de draps mal teint et de toutes les couleurs; que les havresacs sont de mauvaise qualité et si étroits que le soldat ne saurait y faire entrer la moitée de ses effets; que les chemises sont sont si étroites et si courtes qu'un enfant de 10 à 12 ans lui conviendrait à peine; que les guêtres sont trop courtes et de mauvaise qualité, etc.
Je désire que vous me fassiez un rapport sur tout cela.
Ce régiment me coûte beaucoup d'argent, et je ne puis pas m'en servir. Il est actuellement à Turin; quand pourrai-je l'employer ?
" (Correspondance de Napoléon, t.22, lettre 18118).

Le même 6 septembre 1811, l'Empereur écrit, depuis au Prince Camille Borghèse, Gouverneur général des départements français au delà des Alpes, à Turin : "Je reçois votre lettre sur la situation du régiment illyrien. Je vois qu'il n'est que de 2.800 hommes. Je le croyais fort de 3.400. Rendez-moi compte du nombre de déserteurs, s'ils ont déserté avec fusils et habits, quand ils ont déserté, et ayez une correspondance avec le général Bertrand pour qu'il fasse rentrer les déserteurs. Portez une grande attention sur ce régiment" (Brotonne (L. de) : « Dernières Lettres inédites de Napoléon 1er, collationnées sur les textes et publiées », Paris, 1903, t. 2, lettre 1594; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 28524). Compte tenue de la situation, le même jour, une nouvelle levée de 1000 hommes est décidée, pour compléter le Régiment ; le nombre de déserteurs est alors de 1234, sur lesquels on espère en récupérer 600.

Les Bataillons gagnent successivement Turin. Cependant, le service de garnison dans un pays étranger ne plaît guère aux hommes, et la désertion devient un véritable problème, comme le prouve une "Note du prince Borghèse faisant connaître que le régiment illyrien se réduit de jour en jour par la désertion", à laquelle l'Empereur répond le 10 septembre18 : "Renvoyé au ministre de la guerre pour donner des ordres que tous ces conscrits soient arrêtés en Illyrie".

Le même jour, 10 septembre 1811, l'Empereur écrit, depuis Compiègne, au Général Lacuée, Comte de Cessac, Ministre Directeur de l'Administration de la Guerre, à Paris : "Monsieur le Comte de Cessac ... S'il est possible au chef de la division de l'habillement de donner des renseignements sur cela, je vous prie de l'envoyer à Compiègne avec un rapport ... sur le régiment d'Illyrie, sur les dépôts de Strasbourg et de Wesel, sur ce que confectionne le dépôt de Bordeaux pour Bayonne sur ce qui se fait au dépôt de Paris et enfin sur le service de l'habillement. Il pourra s'adresser en arrivant à mon ministre secrétaire d'Etat" (Brotonne (L. de) : « Dernières Lettres inédites de Napoléon 1er, collationnées sur les textes et publiées », Paris, 1903, t. 2, lettre 1598 ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 28575).

Toujours le 10 septembre 1811, l'Empereur écrit encore, depuis Compiègne, au Général Lacuée 19 : "Monsieur le comte de Cessac, je ne puis qu'être mécontent de votre rapport du 8 septembre sur l'habillement du régiment d'Illyrie. Je vous envoie le rapport fait par le général de brigade Porson, chef de l'état-major, qui est un officier distingué. J'avais fait transcrire les plaintes qui m'étaient portées ; en réponse, le bureau fait un rapport qui contient des choses vagues. Vous verrez par celui du général Porson que les habits destinés aux trois premiers bataillons n'ont pu être mis en service, parce qu'ils sont trop petits, mal faits, et que le drap n'a pu être décati. Le dos et les manches ne sont pas doublés. Qui a fait confectionner ces habits ? Pourquoi le drap n'a t'il pas été décati ? Pourquoi sont-ils trop étroits ? Pourquoi les boutonnières ne sont elles faîtes que par un coup de ciseau ? Vous verrez dans le rapport que les chemises sont trop courtes pour les hommes, que les souliers ne sont d'aucun usage et ont une semelle de carton ; que les havresacs sont trop petits et de mauvaise qualité ; qu'enfin, il manque à ce régiment la moitié des shakos qu'il devrait avoir".

Le 18 septembre 1811, depuis Compiègne, l'Empereur écrit encore au Général Comte Mathieu Dumas, Conseiller d'État, Directeur général des Revues et de la Conscription militaire, à Paris20 : "Monsieur le comte Dumas, je vous envoie une note sur le régiment illyrien. Vous y verrez combien il est important de mettre en règle la conscription de ce pays. On sera alors certain d'avoir un ou deux très bons régiments".

Le même 18 septembre 1811, l'Empereur écrit, depuis Compiègne, à Borghèse, Gouverneur général des départements au-delà des Alpes : "Mon cousin, le régiment d'Illyrie est-il assez habillé pour que je puisse le faire entrer en France ? Je laisserai à Turin trois cadres de compagnies pour recevoir les conscrits qui viendraient d'Illyrie" (Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 28688).

Soldats du Régiment d'Illyrie 1810-1811 d'après Carl et collection Knötel
fig. 5 (Collections du Musée Historique de la Ville de Strasbourg)
fig. 5a (Collections du Musée Historique de la Ville de Strasbourg)
fig. 5b (Collections du Musée Historique de la Ville de Strasbourg)

fig. 6 (Collections du Musée Historique de la Ville de Strasbourg)
fig. 6a A gauche, fanion du 1er (Ieme ?) Bataillon du 3e Régiment de Chasseurs Illyriens (conservé à Vienne); au centre, dessin de D. Davin pour le 2e Bataillon du 3e Régiment de Chasseurs Illyriens; à droite, fanion du 1er Bataillon du Régiment Illyrien, basé sur des notes prises à partir des Collections alsaciennes (communication de Didier Davin)

En octobre, le Régiment est enfin concentré à Turin, ce qui ne solutionne en rien les problèmes puisque le 3 octobre 1811, l'Empereur écrit, depuis Anvers, au Général Lacuée, Comte de Cessac, Ministre-Directeur de l'Administration de la Guerre, à Paris : "Je vous envoie une note du gouverneur général de Turin. Vous y verrez les horribles dilapidations qui se sont commises au régiment d'Illyrie. Faites-moi connaître ce que vous avez fait là-dessus, les personnes que vous avez fait arrêter et les mesures que vous avez prises pour mettre les intérêts pécuniaires de l'Etat à couvert. Il est impossible d'abuser plus impudemment de votre confiance qu'on ne l'a fait dans cette circonstance" (Brotonne (L. de) : « Lettres inédites de Napoléon 1er », Paris, 1898, lettre 929; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 28775).

Puis, le 12 ou le 13 octobre, l'Empereur, qui est à Amsterdam, écrit à nouveau au Général Lacuée21 : "Monsieur le comte de Cessac, je reçois votre lettre du 8. Je n'y vois pas que vous ayez pris des mesures relativement au régiment illyrien. J'y vois seulement que j'ai dépensé inutilement 400000 francs, que ce régiment est nu, et que depuis un an, il ne peut me servir à rien". Ce qui n'est pas tout à fait exact puisque, le 30 octobre, l'Empereur écrit, depuis Nimègue, au Maréchal Davout, Prince d'Eckmühl, commandant le Corps d'Observation de l'Elbe, à Hambourg : "Mon Cousin ... Mon intention est de vous donner une 9e division, qui sera composée de quatre bataillons illyriens, qui sont à Turin et qu'on me dit très-beaux, et de douze bataillons suisses ; ce qui mettra votre armée tout à fait sur un pied respectable ..." (Correspondance de Napoléon, t.22, lettre 18220; ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 28957).

Le 31 octobre 1811, Napoléon en informe le Duc de Feltre : "Il sera formé au corps d'observation de l'Elbe (…) une 9e division qui se réunira également à Munster. Elle sera composée de douze bataillons Suisses et de quatre bataillons Illyriens ...22".

Cependant, là encore, les choses traînent, et le 27 novembre, depuis Saint Cloud, l'Empereur écrit au Général Clarke : " Monsieur le duc de Feltre, ... Faites moi connaître quand le régiment d'Illyrie, bien habillé et bien armé, pourra quitter Turin pour se rendre d'abord à Besançon, en passant par le Simplon, et de là, à Nimègue. La 9e division se trouverait ainsi formée, dès le premier moment, à dix bataillons, indépendamment des renforts des 3e bataillons, ce qui ferait déjà une belle division. Mon intention est que les régiments suisses et le régiment d'Illyrie n'aient pas d'artillerie régimentaire. Selon la force de la division, au moment où elle entrera en campagne, on augmentera l'artillerie de ligne ... 23".

Le même jour, dans un ordre de l'Empereur promulgué à Saint Cloud, il est dit et confirmé : "Mon intention est que les régiments suisses et le régiment d'Illyrie (qui doivent former la 9e division du corps d'observation de l'Elbe, à Nimègue), n'aient pas d'artillerie régimentaire. Selon la force de la division, au moment où elle entrera en campagne, on augmentera l'artillerie de ligne24" ; à Nimègue donc, et non Munster, ce qui est confirmé par une autre lettre dans laquelle l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Duc de Feltre25 : "Par votre lettre du 14, vous me présentez un projet d'itinéraire pour les corps qui doivent former la 9e division du corps d'observation de l'Elbe (les quatre régiments suisses et le régiment d'Illyrie). Il faut désigner un bon général de brigade pour se rendre à Nimègue où cette division doit se réunir, et prendre le commandement de cette division. Vous lui recommanderez d'avoir un soin particulier de ces troupes. Il est nécessaire que vous me proposiez, pour commander cette division, un général qui parle allemand".

fig. 7 (Collections du Musée Historique de la Ville de Strasbourg)

Le 9 décembre, depuis Paris, l'Empereur informe Berthier, Major général de l'Armée d'Espagne : "J'ai trois divisions à donner au corps d'observation de l'Ebre, la 6e , la 8e et la 9e . La 6e et la 9e doivent être composées de troupes qui parlent allemand … La 9e division sera composée de 8 bataillons suisses et du régiment d'Illyrie ; cette division serait bien, je pense, sous les ordres du général Legrand ; ce général parle t'il allemand ?26".

Le même jour, l'Empereur écrit également, depuis Paris, au Général Clarke27 : "Monsieur le duc de Feltre ... Donnez ordre que le régiment illyrien qui est à Turin en parte pour se rendre à Besançon. On le fera marcher par bataillon. Je suppose que ce régiment est bien habillé et bien équipé, qu'il a ses capotes et tout ce qui est nécessaire. Le 5e bataillon versera tout ce qu'il a de disponible dans les quatre premiers bataillons, et le cadre de ce 5e bataillon restera à Turin pour recevoir les conscrits.
Par ce moyen, la 9e division du corps d'observation de l'Elbe sera composée de quatre bataillons du régiment illyrien et de huit bataillons suisses, total douze bataillons ou 8 à 9000 hommes ...
".

On voit donc, au travers de ces documents, qu'il y a certaines hésitations quant à l'affectation de la 9ème Division. Ce qui n'empêche pas l'Empereur, sur proposition qui lui en est faite, de nommer le 14 décembre, le Général de Brigade Amey pour prendre le commandement de la 9ème Division du Corps d'Observation de L'Elbe28. Celui ci, âgé de 44 ans, est né en Suisse et parle fort bien l'allemand. Il a commandé la Division des Princes au sein de l'Armée de Catalogne. Entre temps, il a été finalement décidé de doter les Bataillons de leur Train, savoir 2 canons, 3 caissons de munitions et 2 caissons d'artillerie, 1 caisson d'ambulance et 2 de vivres. On note également qu'il "faudra les habiller sans délai à Meudon et à Fontainebleau".

Le 16 décembre 1811, l'Empereur écrit, depuis Paris, à Eugène Napoléon, Vice-Roi d'Italie, à Milan : "Mon Fils, voici l'organisation que je désirerais donner au corps d'observation d'Italie ...
On laisserait en Italie les régiments suivants :
RÉGIMENTS FRANÇAIS. — 22e d'infanterie légère, six bataillons ; 6e de ligne, trois ; 14e léger, trois ; 112e de ligne, cinq ; 13e, cinq ; 23e, deux ; les 5es bataillons des six régiments français composant les 13e et 14e divisions, six bataillons ; 10e de ligne, deux bataillons ; 20e, deux ; 7e, un ; 12e, un ; 1er léger, deux ; 3e, un ; 67e de ligne, un ; régiment illyrien, un ; 52e de ligne, cinq ; 102e, deux ; ce qui ferait en deçà des Alpes quarante-huit bataillons français, formant 30,000 hommes d'infanterie, lesquels seront complétés par la levée de la conscription qui va être faite, celle de 1812 ...
" (Correspondance de Napoléon, t.23, lettre 18340; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 29370).

Le 19 décembre, l'Empereur écrit à nouveau, depuis Paris, au Ministre de la Guerre pour compléter ses ordres du 9 : "Monsieur le duc de Feltre, je vois, par la lettre ci jointe, que je vous renvoie, que les quatre bataillons illyriens ne pourraient pas partir avant le 1er février, attendu qu'il leur manquerait 1200 habits, 200 vestes et 1800 capotes. Chargez le prince Borghèse de prendre des mesures pour faire confectionner partie de ces objets, de manière que deux bataillons de ce régiment, bien habillés et bien équipés, partent le 1er janvier, le troisième bataillon le 10 janvier et le quatrième le 15. Faites comprendre au prince Borghèse que les effets manquants doivent être confectionnés avant cette époque, et qu'il doit prendre pour cela des mesures extraordinaires. Les fusils leur seront fournis à Besançon. Enfin, s'il y avait des hommes qui n'aient pu être habillés, on les laisserait au 5e bataillon avec quelques officiers et on les ferait partir en compagnies de marche ; mais, en général, il faut qu'on évite cette mesure et que tous les hommes soient habillés pour les époques déterminées29".

Le 23 décembre 1811, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Général Lacuée, Ministre de l'Administration de la Guerre : "... Voici comment sera composée l'armée :
5 bataillons de chasseurs des régiments du corps d'observation de l'Elbe, hormis le 33e 1éger qui n'en aura que 4 ...
4 du régiment illyrien ...
Je désire que tous ces bataillons aient un caisson de transport ...
Il est nécessaire que chaque régiment ait sa forge de campagne et son caisson d’ambulance ...
" (Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 29440).

Finalement, le 1er Bataillon quitte Turin le 30 décembre, et le lendemain, le Ministre de la Guerre écrit : "j'ai ordonné le remplacement de toutes les fournitures qui avaient été faites à ce corps en Illyrie et que le commissaire de Turin a rejetées pour défaut de qualité". Le 1er janvier 1812, c'est au tour du 2ème Bataillon de quitter Turin ; il est considéré comme parfaitement armé, habillé et équipé, et compte 1 Chef de Bataillon, 1 Adjudant major, 1 Chirurgien sous aide major, 5 Capitaines, 5 Lieutenants, 2 Sous lieutenants, 1 Adjudant sous officier, 1 Tambour major, 8 Musiciens, 715 Sous officiers et Chasseurs (plus 8 hommes retardataires du 1er Bataillon).

Le 2 janvier 1812, l'Empereur adresse au Comte de Cessac ses hypothèses de travail : "Monsieur le Comte de Cessac, je vous envoie pour votre gouvernement l’organisation de la Grande Armée. Le corps de l’Elbe formera deux corps. Il est nécessaire d’envoyer un ordonnateur à chaque corps et tout le personnel d’administration qui est indispensable. Présentez-moi un objet d’organisation. Comme je n’ai pas encore organisé en deux corps le corps d’observation de l’Elbe, envoyez-y tout double.
NOTE SUR L’ORGANISATION DE LA GRANDE ARMÉE.
La Grande Armée sera partagée en quatre corps : le corps d’observation de l’Elbe en fera deux ; le corps d’observation de l’Océan en fera un ; le corps d’observation d’Italie en fera un autre.
La Grande Armée sera organisée, en 15 divisions d’infanterie.
CORPS D’OBSERVATION DE L’OCÉAN.
... 11e division (le lieu de réunion n’est pas encore fixé) : régiment illyrien, 4 bataillons ; 4e léger, 4 bataillons ; 18e léger, 4 bataillons ; 93e de ligne, 5 bataillons ; 2e régiment portugais, 2 bataillons ; total, 19 bataillons ...
" (Correspondance de Napoléon, t.23, lettre 18410 ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 29642).

fig. 8

Le 5 janvier, Napoléon écrit, depuis Paris, au Duc de Feltre : "Monsieur le duc de Feltre, écrivez au général Bertrand d'envoyer un millier d'hommes à Turin pour compléter le régiment illyrien et servir à alimenter les quatre bataillons qui sont passés en France30".

Le 9 janvier 1812, l'Empereur écrit à nouveau, depuis Paris, au Général Clarke : "Monsieur le duc de Feltre, les neuf divisions du corps d'observation de l'Elbe seront toutes sur la droite du Rhin dans le courant de février.
Le corps d'observation d'Italie sera placé, en février, aux limites du royaume, dans le Tyrol.
Il ne reste plus d'ordres à donner que pour le corps d'observation de l'Océan ...
La 11e division (la seconde du corps d'observation de l'Océan), se réunira à Düsseldorf au 15 février.
Vous donnerez ordre au général Partouneaux d'être rendu à la même époque à Düsseldorf pour prendre le commandement de cette division.
Les quatre bataillons du régiment illyrien s'embarqueront à Strasbourg, pour être rendus le 15 février à Düsseldorf ...
Deux généraux de brigade et un adjudant commandant seront employés dans cette division. Ils seront rendus à Düsseldorf pour la même époque. L'artillerie nécessaire à cette division se trouvera indifféremment à Mayence et à Düsseldorf ...
Au 1er mars, le corps d'observation de l'Océan aura deux divisions la 10e, composée de quinze bataillons, et la 11e, composée de dix-neuf bataillons ...
31". Le lendemain, le 3ème Bataillon quitte Turin ; le 4ème se met en route le 15, après avoir touché 39 réfractaires.

Le 16, le Général Clarke soumet à l'Empereur une demande de congé d'un mois de la part du Colonel Schmidt qui désire se rendre à Paris pour s'y marier. Le Général précise dans le même temps que le Régiment est en route pour Besançon. L'Empereur répond simplement "Qui sera chargé alors de la conduite de ce régiment ?32".

Le 19, alors que le Régiment est en route, son artillerie ne lui a pas encore été fournie (sur le papier, le nombre de voitures a été augmenté de 2 caissons de vivres et 1 de comptabilité).

Le 28, l'Empereur écrit depuis Paris au Général Clarke : "Monsieur le duc de Feltre, ... le régiment illyrien arrive à Strasbourg du 6 au 22 février. Je pense qu'il faut réunir tout ce régiment à Strasbourg, sans lui donner la peine de se rendre à Düsseldorf. Quand la division qui est à Düsseldorf marchera en Allemagne, ce régiment la rejoindra alors. Cela évitera beaucoup de fatigues aux hommes et de l'encombrement à Düsseldorf ...33". A cette époque, le Régiment a subi peu de pertes durant le trajet.

Le 3 février, ordre est donné de lever en Illyrie 1000 à 1200 hommes pour le Régiment. Le 13, l'Empereur écrit au Général Comte Mathieu Dumas, Directeur général de la Conscription à Paris : "Monsieur le Comte Dumas, où en est la conscription des provinces illyriennes ? Je n'en entends pas parler. 1500000 âmes devraient me donner 4500 hommes par an34".

Le 21 février, l'Empereur écrit depuis Paris au Général Clarke : "... Recommandez que les quatre bataillons illyriens aient leurs caissons et leur artillerie. Ces six bataillons35,avec leurs caissons et leur artillerie, se tiendront prêts à partir le 1er mars, pour se rendre en droite ligne sur l'Elbe. Il est nécessaire qu'un général français soit chargé de leur conduite. A cet effet, vous donnerez l'ordre au duc d'Elchingen d'envoyer un général, tiré de son corps, pour prendre le commandement de ces six bataillons et les conduire sur l'Elbe. Arrivés sur l'Elbe, les Suisses rejoindront la division Belliard, et les Illyriens joindront la 1ère division. Vous instruirez de cela le prince de Neuchâtel, qui sera chargé de leur donner l'ordre de mouvement de Strasbourg. Donnez l'ordre qu'on passe la revue de ces bataillons, de leur artillerie, etc., et qu'on me fasse connaître leur état36".

Carabinier du Régiment d'Illyrie d'après L. de Beaufort
fig. 9

Le 22 février 1812, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Maréchal Berthier : "Mon Cousin, donnez ordre au régiment suisse, qui est à Strasbourg, et au régiment illyrien, formant en tout six bataillons, de partir sous les ordres d'un général de brigade que désignera le duc d'Elchingen. Ce général arrivera le 26 à Strasbourg, prendra le commandement de cette brigade et se mettra en route le 28 pour se diriger sur Wurzburg, d'où il continuera sa route sur Leipzig. Vous me ferez connaître quel jour ces bataillons arriveront à Leipzig. Le régiment illyrien se réunira à Leipzig à sa division. Le régiment suisse rejoindra la division Belliard lors de son passage à Magdebourg. Vous prescrirez que chaque homme ait une paire de souliers aux pieds, deux dans le sac et une paire portée à la suite du bataillon dans des voitures; que tous les hommes aient leur capote, leurs trente cartouches, leurs pierres à fusil, leur armement et équipement en bon état, et que les bataillons aient leurs caissons et leur artillerie. Il y a à Magdebourg en artillerie et en objets d'armement et d'équipement des moyens de mettre parfaitement en état ces bataillons37".

Le 1er mars, à Paris, l'Empereur est informé que le Régiment d'Illyrie, à Strasbourg, est prêt à se mettre en marche38. Le 21, le Régiment présente la situation suivante :

Officiers :

- Etat-major : 1 Colonel, 4 Chefs de Bataillon, 4 Adjudants majors, 1 Officier payeur (détaché hors division), 1 Chirurgien major, 4 Chirurgiens sous aides majors (dont 1 détaché hors division), 6 Capitaines de 1ère classe (dont 1détaché hors division), 6 Capitaines de 2ème classe, 5 Capitaine de 3ème classe, 9 Lieutenants de 1ère classe (dont 2 détachés hors division), 10 Lieutenants de 2ème classe (dont 4 détachés hors division), 21 Sous lieutenants (dont 3 détachés hors division) ; total : 72 Officiers dont 12 détachés, et 23 chevaux.

Troupe :

- Petit Etat-major : 5 Adjudants sous officiers, 1 Vaguemestre, 1 Tambour major, 1 Maître ouvrier, 8 Musiciens ; total : 16 hommes.

- 1er, 2ème, 3ème, 4ème Bataillon : 23 Sergents majors (dont 2 aux hôpitaux), 92 Sergents (dont 8 aux hôpitaux et 15 détachés hors division), 23 Fourriers (dont 2 aux hôpitaux), 185 Caporaux (dont 11 aux hôpitaux et 22 détachés hors division), 47 Tambours (dont 1 aux hôpitaux et 1 détaché hors division), 2573 hommes (dont 240 aux hôpitaux, 5 détachés hors division, 5 en jugement et 6 restés en arrière) ; total : 2943 hommes, dont 264 hospitalisés, 43 détachés, 5 jugés et 6 en arrière).

- Compagnie d'Artillerie : 3 Sergents, 1 Caporal, et 57 hommes (dont 12 détachés hors division) ; total : 61 hommes (dont 12 détachés) et 74 Chevaux.

Total général de la troupe : 3020 hommes et Sous officiers dont 2690 effectivement présents. L'effectif total est donc de 2750 hommes présents.

Le 28 mars 1812, à Paris, on informe l'Empereur de la "Marche d’une colonne composée du bataillon de marche de Strasbourg, du 3e bataillon de marche du 3e corps d’armée et d’un détachement d'hommes sortis des hôpitaux et appartenant au 1er régiment suisse et au régiment illyrien"; celui-ci répond : "Me faire connaître l’itinéraire de ces bataillons pour voir si l’on ne pourrait pas les faire diriger, par une route plus courte, sur le lieu où sont les régiments, sans les faire passer par Magdebourg" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.3, lettre 5045).

Le Régiment d'Illyrie en effet doit traverser l'Allemagne, par le Grand Duché de Bade, Wurzburg, Saxe Meiningen, Gotha, Weimar … Le tout se passe presque sans pertes, mais à partir du cantonnement de Delisch, près de Leipzig, les désertions reprennent, notamment au 4ème Bataillon, qui avait incorporé 84 réfractaires. Lors de l'entrée en Prusse, 85 hommes désertent en un mois ! Le gros du Régiment, quant à lui, continue d'avancer : de Kalvary, en Prusse, il gagne le Niemen à marches forcées, perdant un grand nombre d'hommes. "Quelques un ont rejoint, volontairement ou non, mais 245 n'ont pas reparu". Le 30 juin, on signale 800 traînards au Régiment ; son Colonel, Schmidt, explique les désertions : "Tous les hommes devaient être des provinces illyriennes. En fait, on y a incorporé des étrangers, vagabonds incorrigibles…vidé les prisons de Trieste … On y a incorporé une compagnie de réserve qui existait à la formation du régiment d'Illyrie : mauvais sujets, déserteurs ...".

Entre temps, au commencement d'avril, le Capitaine Hendsch, futur Général, est nommé au Régiment d'Illyrie, qu'il doit rejoindre à Strasbourg. Dans ces mémoires, cet Officier raconte que "arrivé à Strasbourg, il fallut attendre deux compagnie du régiment d'Illyrie qui étaient en route de Turin pour rejoindre le régiment à l'armée de Russie, en passant par Strasbourg ; au bout d'un mois, elles arrivèrent et nous embarquâmes sur le Rhin pour nous rendre à Mayence. Dans cette dernière ville, il fallut encore attendre la formation d'un bataillon de marche. Au bout de quinze jours, nous nous mîmes donc en route pour Posen, où nous devions recevoir de nouveaux ordres. Pendant la route, je voyais des hommes manquant absolument de moralité et de discipline, enfin un ramassis de tous les pays ; j'étais découragé de servi dans ce corps et j'aurais voulu en sortir à tout prix39". Les compagnies en question sont les 3ème et 4ème du 5ème Bataillon, parties pour l'Armée le 30 avril.

Le 1er juillet à Vilna, l'Empereur est informé que "Le maréchal duc d'Elchingen demande qu'on lui ôte le 129e régiment et le régiment d'Illyrie qui ont trop de déserteurs et de traînards" ; il ordonne alors de les faire venir en garnison à Vilna40. Puis, le 9 juillet, il écrit au Major général : "... La garnison de Kowno sera formée du régiment d'Illyrie qui s'y réunira en entier...41".

Le 24 juillet, le Régiment semble avoir rejoint la 2ème Brigade (Compère) de la 11ème Division du Général Razout, 3ème Corps du Maréchal Ney. Le lendemain, les Illyriens combattent pour la première fois à Ostrowno. Le 1er août 1812, le Régiment est porté à l'effectif de 65 Officiers et 2505 hommes. Le 19, une partie au moins du Régiment combat à Valoutina Gora (Lubino).

Le 24 août 1812, dans un ordre du jour dicté à Smolensk, l'Empereur autorise le Régiment à incorporer dans ses rangs 500 recrues lithuaniennes42. Cette décision est motivée par le fait que le service de garnison à Kowno a entraîné de nombreuses pertes. Le 26, depuis Dorogobouge, il écrit à Berthier qu'il a donné l'ordre que le Régiment se rende à Minsk43. Le lendemain, depuis Slavkovo, il lui demande d'écrire au Gouverneur de Minsk afin de lui annoncer l'arrivé du Régiment44. Et le 2 septembre, depuis Ghjatsk, il lui demande cette fois ci d'informer le Gouverneur de Minsk de l'arrivée du Régiment Illyrien, et que, au cas ou celui ci ne lui serait pas indispensable, de l'envoyer à Smolensk45.

Le 9 septembre 1812, l'Empereur écrit, depuis Mojaïsk, au Prince de Neuchâtel et de Wagram, Major général de la Grande Armée, à Mojaïsk : "Mon Cousin ... Donnez ordre que le régiment illyrien et le 129e se rendent à Smolensk. Le régiment illyrien laissera le cadre d’un bataillon à Minsk, et le 129e un dépôt ...".

Le 24 septembre 1812, à Moscou, l'Empereur est informé que "Un bataillon de marche étranger, venant de Thorn, arrivera le 30 septembre à Minsk"; il répond : "Retenir ce bataillon à Vilna, l'y faire reposer, après cela assurer sa subsistance et le diriger sur Vidzy pour de là l'envoyer au 2e corps à Polotsk, en exceptant les 250 Illyriens qu'on dirigera sur Smolensk" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.2, lettre 2467). Ce Bataillon est effectivement composé de quatre détachements des quatre Régiments suisses et d'un détachement du Régiment Illyrien, en tout 30 Officiers et 1111 hommes.

Le 4 octobre, l'Empereur écrit depuis Moscou à Berthier46: "Répondez au duc de Bellune que j'approuve que le régiment Illyrien et le 129e restent jusqu'à nouvel ordre à Smolensk, surtout pour y réunir tous leurs détachements ...".

Le 9 octobre 1812, l'Empereur, qui projette de former à Smolensk une Division, écrit, depuis Moscou, à Berthier : "... Je vois déjà qu’il y a : 1° les trois demi-brigades de marche formant 6000 hommes. 2° les 1er et 3e et 6e régiments de marche d’infanterie, formés à Koenigsberg, formant environ 6000 hommes. 3° deux bataillons formés d'hommes sortant des hôpitaux de Vitebsk et de Smolensk qu'on peut évaluer à 2000 hommes.
Indépendamment de cela, je verrai s'il convient d'y joindre deux bataillons du 129e et du régiment Illyrien. Ces corps, avec les détachements, doivent former plus de 15.000 hommes d’infanterie ...
" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.2, lettre 2543)

Le 21, les 3ème et 4ème Compagnies du 5ème Bataillon rejoignent à Smolensk ; elles ne comptent plus que 143 hommes (plus 75 aux hôpitaux le long du trajet) ; 180 hommes se sont volatilisés, et la responsabilité du Lieutenant Jellassig, apparemment capturé par les russes, est engagée car il "maltraite le soldat, fait courir des bruits".

Le 12 novembre, les 1ère et 2ème Compagnies du 5ème Bataillon quittent Turin pour Vérone puis l'Allemagne. Elles alignent 641 hommes commandés par le Capitaine Siskovich. Pendant ce temps, le Régiment fond dans la tourmente de la retraite de Russie. Il combat à Krasnoë le 18 novembre (au cours de cette seule journée, 9 Officiers sont tués et 23 autres blessés ; le Colonel Schmidt est donné blessé le 19), Borissow le 22, et à la Bérésina le 28. Il est également signalé dans de nombreux combats autour de Wilna entre le 29 novembre et le 11 décembre. Il donne enfin à Kovno les 1er et 13 décembre.

Au 1er janvier 1813, il y a au Corps, Artillerie comprise, le Colonel Schmidt, le Major Muller (commandant du dépôt), les Chefs de Bataillon Comolli, Aubert, Molter et Pauly, et seulement 6 Capitaines.

Entre temps, le 24 octobre, le Major en second Louis Mattutinovich reçoit l'ordre de prendre le commandement de deux Bataillons sous les ordres du Colonel Schmidt. Arrivé à Berlin, il apprend la retraite de l'armée. Il poursuit alors sa route et rejoint le Q. G à Marienwerder puis le suit à Posen. Un ordre l'expédie alors à la recherche des restes du Régiment à Custrin où il ne trouve personne. On lui conseille alors de se rendre à Spandau, où se rassemblent les restes du 3ème Corps. Il n'y trouve que 40 hommes avec un Officier. Poursuivant sa recherche, il gagne alors Wittemberg, puis Leipzig, et de là Gotha où il découvre enfin un Bataillon fort de 74 hommes : 1 Chef de bataillon, 1 Adjudant major, 1 Officier de santé, 1 Officier payeur, 5 Capitaines, 6 Lieutenants, 7 Sous lieutenants, 2 Adjudants, 3 Sergents majors, 18 Sergents, 22 Caporaux, et 5 Chasseurs (plus 2 à l'hôpital).

Au 10 janvier 1813, le Dépôt à Turin comprend 2 Officiers et 10 Sous officiers ou Caporaux. On attend 1870 conscrits, dont 614 pour le dépôt, " qui n'a à sa disposition ni étoffe ni argent ". Le 20 janvier, on compte au Dépôt le Major Muller, 1 Aide major, 1 Capitaine, 1 Lieutenant, 1 Adjudant sous officier, 1 Sergent major, 5 Sergents, 10 Caporaux, 694 Chasseurs (et 300 attendus, en route).

Le 26 janvier 1813, à Fontainebleau, "On prie S. M. d approuver les ordres donnés par le prince de Neuchâtel à M. Hendisch, capitaine au régiment d'Illyrie, pour servir comme aide-de-camp auprès du général Durutte"; l'Empereur répond : "Puisque c'est une chose faite, je l'approuve" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.3, lettre 5186).

Le 29 janvier 1813, le Duc de Feltre écrit, depuis Paris, au Prince Eugène : "Sa Majesté me charge de donner connaissance à Votre Altesse Impériale des bases qu'elle a déterminées pour la formation de la Grande-Armée, afin qu'elles servent de régulateur pour l'emploi des généraux, de l'artillerie, du génie, et des administrations ...
Le 2e corps est réuni avec le 3e corps sous le titre de 2e corps. Il sera formé en deux divisions. Chaque division comprendra six régiments. Chaque régiment sera fort de deux bataillons et indépendamment des Illyriens et des Suisses, mais y compris le 123e et le 124e régiments de ligne ...
Les garnisons de Stettin, Custrin et Glogau seront formées par les 1er, 2e et 4e corps.
Conformément à l'ordre de l'Empereur, en date du 23 janvier, tous les hommes disponibles seront réunis dans les 1ers bataillons de leurs régiments : ce qui fera dix-huit bataillons pour le 1er corps, quatorze pour le 2e, et huit pour le 4e, indépendamment des Suisses, des Illyriens, des Croates et des Italiens ...
" (Chuquet A. : « Inédits napoléoniens », Paris, 1913, t.2, lettre 2051).

Le 6 février arrivent à Spandau les 1ère et 2ème Compagnies du 5ème Bataillon ; elles sont réduites à 385 hommes (plus 15 malades) ; 245 hommes ont déserté.

Le 10 février, le dépôt compte 1260 hommes. A cette date, les rescapés de Russie sont incorporés dans la 15ème Demi-brigade (11ème Corps de Gouvion Saint Cyr, 36ème Division Charpentier, 3ème Brigade Meunier).

La réorganisation du Corps à Turin se poursuit. On met sur pied deux Compagnies (3ème et 4ème du 5ème Bataillon) de 350 hommes chacune. Le reste du dépôt compte au 1er mars Muller, un Etat major de 7 Officiers et soldats, 6 Sergents, 1 Caporal, 3 Tambours, 586 Chasseurs et 3 enfants de troupe. Les deux Compagnies organisées quittent Turin pour Strasbourg le 13 mars.

Le 16 mars, ordre est donné de refondre totalement le Régiment ; il doit comprendre 2 Bataillons de guerre à 6 Compagnies (1 de Grenadiers, 1 de Voltigeurs, 4 de Fusiliers), et 1 dépôt à 4 Compagnies. Le 1er Bataillon doit être formé à la grande armée (Compagnies 1, 2, 3) avec une Compagnie existant alors au 2ème Corps, peut être celle se trouvant à Spandau, et les 1ère et 2ème Compagnies du 5ème Bataillon qui, entre temps, avaient été incluses dans la 15ème Demi-brigade provisoire (35ème Division Grenier). A Turin, les Compagnies 4, 5 et 6 destinées à rejoindre le Bataillon en Allemagne sont en préparation.

Le 2ème Bataillon s'organise à Strasbourg le 23 avril, sous le commandement du Major Mattutinovich et du Chef de bataillon Pauly. Il regroupe les cadres et hommes restants du Régiment (ex 1er , 2ème , 3ème et 4ème Bataillons) et les 3ème et 4ème Compagnies envoyées de Turin le 13 mars. Prévu pour 7 Officiers et 6 Compagnies de 140 hommes, il manque en fait 107 hommes.

A Turin enfin, le dépôt se réorganise à 4 Compagnies et reçoit le 27 mars 107 conscrits illyriens du dépôt de réfractaires de Gênes.

Entre le 1er mars 1812, et le 24 mars 1813, 615 déserteurs ont été recensés, dont 93 rentrés. Une liste compte 539 noms.

Zone de Texte:  Fusilier en tenue de campagne, 1811
fig. 10

Pour la campagne en préparation, le Régiment doit être affecté au Corps du Maréchal Oudinot. Il ne semble cependant pas avoir pris part à une action au cours de cette période.

Le 1er mai, les 1ère et 2ème Compagnies parties de Turin en novembre sont à Custrin, en attente des autres Compagnies du Bataillon (4, 5, et 6 qui sont alors constituées au dépôt à 143, 142, et 139 hommes). Les 4 Compagnies du dépôt pour leur part comptent 57, 53, 62 et 67 hommes.

A l'armée, le 2ème Bataillon franchit le Rhin le 29 avril. Le 18 mai, il est à Dresde, fort de 578 hommes. Le 23 mai, depuis Gorlitz, l'Empereur donne l'ordre que ce 2ème Bataillon parte pour Gorlitz.

Entre temps, le 6 mai, le Colonel Schmidt écrit au Ministre de la Guerre : " Messieurs Martin, Lochmann, Vitte, Candido et Randon ayant été nommés lieutenants par Décret du 1er de ce mois, ils laissent cinq emplois de sous lieutenants vacants au régiment que je commande, n'ayant plus de sujets propres à proposer pour ce grade, j'ose supplier votre Excellence de nous donner des élèves des provinces illyriennes qui sont à l'école de la Flèche".

Le 6 juin au soir, l'Empereur écrit depuis Liegnitz à Alexandre Berthier, Prince de Neuchâtel et de Wagram, Major Général de la Grande Armée 47 : "Ecrivez au général Durosnel qu'il ne faut pas faire partir le bataillon d'Illyrie, que cependant il n'en faut pas donner contre ordre si ce bataillon est déjà parti".

Le 14 juillet arrivent à Turin un certain nombre de rescapés de Russie, probablement en vue de réforme.

Le 1er août, le Colonel Jean Muller (1771-1835), Major au Corps depuis 1811, prend le commandement du Régiment. Le même jour, les 4ème , 5ème et 6ème Compagnies du 1er Bataillon quittent Turin et prennent la route de Mayence pour la grande Armée. Schmidt, Aubert, Muller et Comolli sont au dépôt.

A la fin de l'armistice, le Régiment est affecté à la Division du général Brun de Villeret. Le 2ème Bataillon (Mattutinovich et Pauly) prend part le 6 septembre à la bataille de Juterbock. Le Régiment combat aussi à Gross Beeren et à Dennewitz, où le Chef de Bataillon Mattutinovich est pris de panique et fait mine de s'enfuir au grand galop ; le Général Brun le menace alors de le pourfendre avec son sabre s'il ne prend pas la tête de ses hommes. Au cours de la bataille, 8 Officiers sont blessés, dont Mattutinovich.

Le 15 octobre, un nouveau détachement du 3ème Bataillon part pour Mayence, via Besançon.

fig. 11

Le Régiment a énormément souffert au cours de la campagne, à la fois de désertion et sous les coups de l'ennemi. Cela ne l'empêche pas de prendre part à la bataille de Leipzig au sein du 7ème Corps Reynier, Brigade Lejeune. Cinq Officiers sont blessés dont le Chef de Bataillon Aubert. Il semble par ailleurs qu'ils étaient commandés à ce moment là par le Colonel de Tromelin (le commandant du 2ème Banat Régiment de Chasseurs illyriens). Renforcé par les 4ème , 5ème et 6ème Compagnies arrivées d'Italie, il se bat encore à Hanau le 30 octobre, avant de regagner la France. Les Compagnies parvenues à Custrin, devenues 1ère, 2ème et 3ème du 1er Bataillon, sont enfermées dans la place et vont participer à sa défense.

En novembre, la décision de dissoudre les Régiments étrangers est prise ; elle est notifiée le 16, et le Décret officiel est signé le 25 novembre. Sans compter les éléments bloqués dans Custrin, un groupe de 16 Officiers et de 85 hommes, tout ce qui reste du 2ème Bataillon, est à Hochheim, rattaché au 4ème Bataillon du 1er Léger, et l'on attend un détachement de 3 Officiers et 164 hommes en route pour Mayence. La première intention était de tout faire retirer sur le dépôt pour dissolution et versement aux Compagnies de pionniers. Finalement, la dissolution a lieu à Mayence le 17 décembre (Général Guilleminot).

On reprend d'abord les fusils inutiles pour se diriger sur paris (en fait, on prévoit d'envoyer les hommes à Oléron). Le décompte donne 1 Major dalmate, 8 Officiers dont 1 Italien, et 224 hommes et Sous officiers ; 7 Officiers et 223 hommes sont mis en route vers l'intérieur de la France dans le plus grand dénuement (il manque 222 paires de souliers, 58 pantalons, 56 paires de guêtres).

La dissolution du dépôt s'effectue à Turin dans des conditions à peu près identiques, sous les ordres de du Sous inspecteur aux revues A. Berger (faisant fonction d'Inspecteur aux revues de la 27ème Division Militaire). Sont portés présents au dépôt 19 Officiers (le Colonel, le Major Foullon de Doué, le Chef de bataillon Aubert, 1 Capitaine Quartier maître, 1 Chirurgien major, 1 Capitaine, 5 Lieutenants, 8 Sous lieutenants), dont un détaché (le Colonel Muller) et 3 aux hôpitaux, et 241 hommes (dont 24 hospitalisés), soit 1 Adjudant sous officier, 1 Caporal tambour, 3 Maîtres ouvriers, 4 Sergents majors, 16 Sergents, 2 Fourriers, 26 Caporaux, 5 Tambours, 180 Chasseurs et 3 Enfants de Troupe. L'on fait d'abord sortir des rangs "les Français, Irlandais, Polonais, Suisses et Italiens, ainsi que ceux des Illyriens qui ont été élevés aux frais du gouvernement dans les Lycées et ont été placés dans le corps par ordre de S. M.", au total 15 Officiers dont le Colonel Muller, le Major Foullon de Doué, le Chef de bataillon Aubert, le Capitaine Quartier maître Carlier, le Chirurgien major Cirlot, 2 Lieutenants et 8 Sous lieutenants) et 21 soldats. Puis on extrait les invalides à réformer et les ouvriers employés sur place (5 hommes seront employés à la confection de l'habillement de la troupe), soit 22 hommes, dont 3 sont aux hôpitaux. Il reste alors 4 Officiers, 2 Sergents majors, 9 Sergents, 23 Caporaux, 4 Tambours et 160 Chasseurs. Ce détachement est confié au Capitaine Battaglini, chargé de le conduire à Gênes. De là, ils doivent passer en Corse dans le 2ème Bataillon colonial. Fieffé indique cependant que "la plupart des hommes n'avaient pas de chaussures et ne purent se rendre à leur destination" ; celles ci avaient été perdues au cours du voyage de même que les vêtements. On signale pourtant des éléments à Gênes le 5 mai.

Les revues du matériel accompagnant la dissolution mentionnait : pas d'étoffe, capotes, habits, gilets, shakos, et 823 houppettes de chasseurs neuves.

Le 20 mars, Custrin capitulait, et ce qui subsistait des trois premières Compagnies du 1er Bataillon accompagnait en captivité le reste de la garnison. Enfin, le 14 avril, les derniers hommes du dépôt de Turin, les derniers malades étaient licenciés, apportant un point final à l'histoire du Régiment illyrien qui, entre 1811 et 1813, a eu 28 Officiers tués, 9 Officiers morts des suites de leurs blessures, et 43 Officiers blessés.

II/ Uniformes

Chuquet A. : Selon Fieffé, "consulté sur l'uniforme à donner, Marmont, alors gouverneur général des Provinces Illyriennes, proposa celui de l'infanterie légère française, "persuadé, dit il, que c'est un moyen efficace d'honorer les Illyriens que de les assimiler en tout aux troupes françaises". L'Empereur approuva cette proposition ; mais il voulut cependant "qu'une légère distinction se fit connaître au premier coup d'oeil que ce régiment était étranger. Cette distinction, ajouta t'il, consistera dans une épaulière tombant de deux pouces sur la moitié antérieure du haut des bras, fixée sur l'habit et terminée par un petit galon de fil blanc. En outre, le bouton de métal blanc portera autour ces mots : Empire français et au milieu ceux ci : Régiment d'Illyrie".

Prenons maintenant les différentes sources dans l'ordre chronologique. Vient en tout premier lieu une planche de Noirmont et Marbot1 ("Costumes Militaires Français de 1789 jusqu'à 1814" ; ouvrage publié entre 1830 et 1860), sur laquelle nous trouvons un soldat daté de 1810. Celui ci porte tout d'abord un shako entièrement noir sans cordon, avec sur le devant une plaque en losange blanche (selon C. Blondiau, celle ci aurait pu comporter un cor de chasse). Ce shako est surmonté d'un plumet rouge, mais ne semble avoir ni cocarde, ni jugulaires. L'habit est bleu foncé, à revers de même. Le col, les parements et les retroussis (qui n'ont pas d'ornement) sont rouges, sans passepoils. Nids d'hirondelles rouges à galon blanc. Gilet bleu foncé. Culotte bleu foncé. Guêtres courtes noires fermées par une rangée de boutons blancs. Buffleterie blanche. Manteau roulé gris sur le havresac. Giberne noire. Bonnet de police bleu foncé. Sabre briquet à poignée de laiton, fourreau noir, bout cuivre, dragonne rouge à gland blanc.

Le soldat tiré de l'ouvrage de Fieffé1 devrait en théorie être placé en deuxième position, puisque l'ouvrage en question a été publié en 1854. Il présente de nombreuses similitudes avec le type de Noirmont et Marbot, tels que le shako, qui s'est cependant complété d'un pompon rouge et comporte une cocarde rouge (bleu à l'intérieur ?), ainsi que des jugulaires blanches ; l'habit, dont les retroussis sont cependant bleus. Sur les basques apparaissent trois boutons, à peine visibles. Col, parements et nids d'hirondelles demeurent rouges, sans galons ni passepoils. La culotte a sur le côté un passepoil blanc. Les guêtres, apparemment découpées en coeur, sont maintenant dotées d'un gland blanc.

En parallèle devrait se trouver la Collection Wurtz ; selon Bucquoy, Wurtz aurait réalisé l'essentiel de sa collection avant 1850. Bucquoy estimait qu'il s'agissait de la plus complète et de la plus documentée. Wurtz est mort en 1899 et sa collection a été donnée par sa veuve au Musée de l'Armée. Dans le fichier Wurtz, que nous possédons, nous trouvons la description de l'uniforme de la troupe, qui dans les faits, correspond à peu de choses près à ce que nous trouvons dans l'ouvrage de Fieffé (qui constitue sans doute la source de base de Wurtz), savoir :

- Troupe : Shako noir. Plaque en losange et jugulaires en métal blanc. Plumet et olive rouges. Pas de cordon. Habit bleu foncé. Collet et parements en pointe rouges liserés de blanc. Revers en pointe et retroussis bleu foncé liserés de blanc. Nids d'hirondelles aux épaules rouges galonnés de blanc. Boutons blancs. Veste et culotte bleu foncé. Petites guêtres noires à galonnage et gland blanc. Buffleterie blanche, sabre. (on notera sur l'image que les pattes d'épaules sont rouges; observer également la cocarde, qui n'a pas de ganse).

- Officiers : Même shako, garnitures argent. Habit avec épaulettes d'argent. Hausse col doré. Pas de nids d'hirondelles. Bottes hongroises à galonnage et glands argent. Sabre avec ceinturon blanc sous le pont de la culotte.

- Tambours : Tenue comme la troupe. Un galon jaune (ou de livrée jaune et vert) borde le collet et forme six chevrons sur les bras. Les nids d'hirondelles rouges bordés du même galon. Caisse à cercles bleus.

Notons que la photo du site de la RMN donne également un Sous officier (Sergent) qui ne se distingue que par le port de galons argent.

Vient en quatrième lieu le type donné par H. Boisselier, d'après un dessin de Victor conservé au Cabinet des Estampes de la B. N. à Paris2. Nous ignorons à quelle époque a été réalisé le type. Le shako noir est pourvu de jugulaires et d'une plaque en métal blanc sur laquelle est estampé l'Aigle impériale ; le cordon, le pompon, le plumet, le pourtour supérieur et inférieur du shako sont rouges. Habit bleu foncé à revers et retroussis de même ; passepoil blanc aux revers, parements et retroussis. Nids d'hirondelles bleu foncé à galon blanc. Boutons blancs. Gilet bleu foncé passepoilé de blanc (y compris les poches). Culotte bleu foncé à passepoil latéral blanc. Guêtres blanches à galon et gland rouges. Buffleterie blanche. Sac de peau. Capote gris bleuté. Sabre briquet à poignée de laiton, fourreau noir, bout cuivre, dragonne rouge. Fusil garni de fer.

Passons maintenant aux types de Théodore Carl (1837-1904) dont l'essentiel de la collection de petits soldats a été réalisé après 1880. Nous en connaissons trois versions ; la première est tirée de l'ouvrage de Jean Pierre Klein, intitulé "Les Petits Soldats de Strasbourg". Il s'agit d'un des Soldats de papier conservés au Musée Historique de Strasbourg. Le type représenté3 est daté de 1811. Celui ci porte le shako surmonté d'un pompon et d'un plumet rouges, sans cordon, mais avec plaque à l'aigle, jugulaires et cercle de visière en métal blanc. Ganse de cocarde blanche ; cocarde bleu au centre puis rouge puis blanche. L'habit bleu foncé, a des passepoils blancs aux revers, parements en pointe (comportant un bouton) et collet ; ce dernier est rouge. Pattes d'épaules bleues à passepoil blanc, par dessus des nids d'hirondelles à galon blanc. Le gilet est également bordé de passepoils blancs, que l'on retrouve également aux poches. La culotte a sur le côté une bande blanche. Guêtres courtes découpées en coeur, avec galon et gland blancs. Epinglette jaune. Sabre à dragonne rouge. Buffleterie croisée blanche. Capote grise. Fusil garni de fer.

La similitude de ce personnage avec celui que nous avons trouvé dans la Collection Knötel à Rastatt3 est évidente. Le type de la Collection Knötel, daté de 1810, ne diffère de celui de Carl que par les parements qui sont rouges, et le fusil garni de cuivre.

La seconde représentation3 est tirée du Fichier Carl, planche 20 (ce fameux fichier pour sa partie Empire décrit des uniformes tirés de la Collection Boersch). Voici la description de ce personnage : " Shako noir à pompon et plumet rouges, plaque en losange, etc ... en fer. Habit, revers en pointe, veste et culotte bleu foncé ; collet, nids d'hirondelle et dragonne rouges ; passepoil blanc aux revers (sauf à la base du collet) aux parements et aux coutures extérieures de la culotte. Guêtres découpées en coeur, liseré et gland blancs. Capote gris bleu ; galon blanc bordant les nids d'hirondelle ; pattes d'épaules rouges sans liseré. Boutons blancs. Fusil garni en fer ". On notera en parallèle de cette description, que ce personnage n'a pas de passepoil au col, au gilet, aux poches du gilet, et que son épinglette a disparu.

Enfin, dans le Fichier Wurtz, nous trouvons une description datée de l'année 1810, avec pour mention "notes de Carl". La tenue est celle apparemment celle que l'on trouve dans le fichier Carl, mais le shako est donné bleu foncé, et la description mentionne des "tresses blanches à la culotte" (sans doute les galons latéraux).

Le hasard faisant bien les choses, nous pouvons aujourd'hui compléter les types de Carl, grâce à l'exposition : "RÉGIMENTS DE PAPIER AU MUSéE HISTORIQUE ET DANS LES AUTRES MUSÉES DE STRASBOURG, 15 OCTOBRE 2016 / 24 FÉVRIER 2017". Nous avons été, à notre plus grande joie, autorisés à publier les différents types du Régiment d'Illyrie sur notre site (un très grand merci pour cette autorisation !); les voici donc et que de surprises !

Commençons tout d'abord par le Soldat3a qui est en tous points identique à celui publié dans l'ouvrage de Jean-Pierre Klein; il ne nécessite donc aucun commentaire. Vient ensuite un Fourrier4, qui se caratérise par le port de galons obliques argent sur le haut des bras; en tant que Sous-officier, il porte son arme du côté droit.

Continuons avec les Officiers (figures 5) : ils sont au nombre de quatre, dont un Chef de Bataillon (à gauche). Celui-ci, dans la vitrine, est placé en arrière mais on peut en distinguer les éléments essentiels. Le shako, dont la garniture est en argent, surmonté d'un plumet blanc fiché dans une tulipe dorée. L'habit est celui de la troupe, mais à bouton argent. Il porte une épaulette sur l'épaule gauche, et une contre épaulette sur la droite, toutes deux apparement entièrement en argent. Hausse col doré à ornement argent. Légion d'honneur. Tapis de selle et chaperons de fontes bleu foncé garnis d'argent. Sangle de la selle en buffle clair. Le bout de l'étui à pistolet est doré. Cheval blanc; arnachement de cuir noir.

Vient ensuite sans doute un Capitaine (au centre), qui porte la même tenue que le Chef de Bataillon. Il est également décoré de la Légion d'Honneur. Bottes d'infanterie légère découpées en coeur sur le devant, avec galon et gland argent. Le sabre, dont la poignée est dorée, a une dragonne également dorée. Le fourreau de sabre est également garni d'or. A ses côtés (à droite), sans doute un simple Lieutenant, dont la tenue est analogue à celle de l'Officier précédent, mais sans la Légion d'Honneur. Notons que tous les Officiers portent des gants en buffle, sans crispins.

Continuons avec un Adjudant major (figure 5a), identique à l'Officier précédent, mais avec l'épaulette sur l'épaule droite, la contre-épaulette sur la gauche, ce qui est conforme à son grade. Remarquons que le corps de ces deux dernière est parcouru de raies obliques rouges.

A ses côté figure un Adjudant Sous-officier (figure 5b). Remarquons tout d'abord le shako de notre Adjudant : c'est celui de la troupe, mais à garniture argent (bourdalou supérieur notamment); ce shako est surmonté d'un pompon et d'un plumet blanc (appartenance à l'Etat major). La tenue est celle de la troupe également, mais elle est complétée par le port d'un sabre dont la poignée et l'embout du fourreau sont dorés, la dragonne est rouge. Banderole blanche. Bottes identiques à celles des Officiers. Pour terminer, gants en buffle sans crispins, et canne dont le bout est revêtu de fer.

Passons maintenant à ce qui constitue sans aucun doute l'élément le plus surprenant de cette suite : le Sous-officier porte fanion de Bataillon (figure 6), car il ne peut s'agir ici d'un drapeau, le Régiment n'en ayant jamais eu (selon Pierre Charrié). Il s'agit ici d'un Sergent, comme l'indique le galon de grade, qui dépasse des gants à crispins blancs. Tout le reste de la tenue étant absolument identique à celle de la troupe. Le fanion en question, porté à l'aide d'une banderole blanche, est fiché sur une hampe en bois brun foncé, surmontée d'une pique dorée. Le fond de ce fanion est jaune, bordé de franges dorées, et parcouru sur son pourtour extérieur, d'une raie également dorée, entourant les mots suivants, placés en oblique : "Régt / D'Illyrie / Ier Bon". A notre connaissance, ce fanion n'a jamais été mentionné nulle part, dans aucune des sources auxquelles nous avons pu accèder jusqu'à ce jour (octobre 2016). Il s'agit donc là véritablement d'une trouvaille de premier plan. Maintenant, reste à vérifier la validité de ce fanion, car nous ignorons totalement qu'elles ont été les bases de T. Carl pour l'établir. Notons par ailleurs que la couleur jaune correspond théoriquement à un fanion du 6e Bataillon (voir l'article de notre ami D. Davin consacré au 25e Léger).

Commentaires sur le fanion du régiment Illyrien de notre ami Didier Davin : Les collections alsaciennes nous présentent un magnifique fanion du Régiment Illyrien . On ne peut s'empêcher de faire le rapprochement avec un autre fanion, blanc celui ci : celui du 2ème Bataillon du 3ème Chasseurs illyriens ou d'Illyrie (figure 6a), qui adopte la même disposition et typographie. Influence réelle contemporaine ou extrapolations ultérieures ? Rappelons que les Chasseurs d'Illyrie ne sont autres que la nouvelle dénomination en 1810 des Régiments territoriaux croates passés au service français lors de l'annexion de la Croatie militaire, qui jointe à la Dalmatie, la Carniole, l'Istrie et la Carinthie, forme désormais les Provinces Illyriennes de l'Empire. On en formera par la suite des Régiments provisoires croates.

Passons maintenant à la tête de colonne (figures 7) : celle-ci est constituée de Tambours (à gauche) et de Fifres (à droite). Le seul élément qui les distingue de la troupe, est le port de nids d'hirondelles rouges. Le reste est absolument classique.

Nous en avons fini avec les types de Carl. Enchaînons maitenant avec les autres sources.

La particularité du shako bleu, que nous trouvons dans le Fichier Wurtz paraît étonnante ; pourtant, nous la retrouvons dans deux autre sources, postérieures à Wurtz. La première est Lienhart et Humbert (tome 4 publié en 1902). Dans leur texte, ces deux auteurs disent " uniforme semblable à celui de l'infanterie légère française, avec épaulière en drap écarlate (en forme de nid d'hirondelle), couvrant la partie supérieure du bras et bordée d'un galon de fil banc. Sur les boutons, la légende : "Empire français" et au centre "régiment d'Illyrie". Le shako a la garniture blanche, plaque et jugulaires ". Le schéma (figures 8) par ailleurs donne des poches en long, passepoilées de blanc, et un bonnet de police bleu foncé, également passepoilé de blanc. Le Sergent de Grenadiers (figures 8), que nous trouvons sur la planche 75 de l'ouvrage reprend en partie les caractéristiques du schéma, mais en diverge sur un certain nombre de points. Le shako, entièrement noir, est pourvu d'un cercle de visière, de jugulaires et d'une plaque jaunes. Sur la plaque est estampée l'Aigle impériale. Cordon, plumet, pourtour supérieur du shako sont rouges. Habit bleu foncé à revers et retroussis de même ; passepoil blanc aux revers (mais pas sous le col), parements et retroussis. Nids d'hirondelles rouges à galon blanc. Boutons blancs. Gilet bleu foncé passepoilé de blanc (y compris les poches). Culotte bleu foncé. Guêtres noires à galon et gland rouges. Buffleterie blanche. Sac de peau. Capote gris bleuté. Sabre à bout cuivre. Fusil garni de cuivre. La source est peut être en partie le dessin de Victor.

La deuxième est un dessin de H. Knötel (Napoleonic Uniforms), qui représente un Caporal de Fusiliers daté de 1811 (figures 8). Le shako, surmonté d'un pompon bleu ciel, est pourvu d'une plaque en losange blanche estampée d'un cor de chasse. L'habit a les retroussis bleu foncé ; passepoils blancs aux revers, parements et retroussis. Nids d'hirondelles bleu foncé à galon blanc. Gilet bleu foncé passepoilé de blanc (y compris les poches). Culotte bleu foncé à passepoil latéral blanc. Guêtres blanches à galon et gland blancs. Buffleterie blanche. Sac de peau. Capote grise. Sabre briquet, fourreau noir, bout cuivre, dragonne blanche. Fusil garni de fer. C'est le type de Victor, version Fusilier.

L. de Beaufort nous donne également un Carabinier en 1812 (figure 9). Le shako est doté d'un plumet et de cordons et raquettes rouges, d'une plaque et de jugulaires blanches. L'habit a les parements bleus, et les nids d'hirondelles ainsi que les retroussis rouges. Il n'y a pas de passepoils au gilet, ni à la culotte. Les guêtres sont bordées d'un galon et de glands rouges. Enfin, la dragonne est blanche à tirant et gland rouge.

Terminons cette étude par des représentations modernes que nous trouvons notamment dans des ouvrages parus chez Osprey. Il va de soit que ces représentations sont des interprétations, et ne peuvent donc pas être considérées comme des sources primaires. Elles viennent cependant compléter agréablement notre panorama des tenues du Régiment Illyrien. Vient en premier lieu le volume consacré aux troupes italiennes et napolitaines, dans lequel nous trouvons un Fusilier daté de 1811 (figure 10), qui est en fait largement inspirée de Wurtz. L'homme est en campagne. Son shako, surmonté d'un pompon blanc, est recouvert d'un couvre shako marron. Autour du cou, il a noué une écharpe verte. L'habit et la culotte sont usés ; d'où la présence pièces marrons aux genoux et aux coudes. L'auteur a sans aucun doute voulu monter l'état de dénuement dans lequel se trouvait le Régiment, dés sa formation.

Dans l'ouvrage " Napoleon's Balkan Troops ", nous trouvons deux autres représentations. La première nous présente un Chasseur en Allemagne en 1813 (figures 11). Il est relativement proche du type daté de 1811. Le personnage porte un shako surmonté d'un pompon vert ; il a sur le devant une plaque blanche, frappée d'un cor de chasse. La deuxième représentation est celle d'un Lieutenant de Voltigeurs en Russie en 1812 (figures 11). L'homme est en tenue de campagne, coiffé d'un chapeau surmonté d'un pompon jaune, avec floches argent. L'habit est un surtout bleu fermé sur le devant par une rangée de boutons (dont le nombre est indéterminé). Le collet est rouge ; les parements bleus sont passepoilés de rouge, passepoil que l'on retrouve sur le bas de l'habit et le long des retroussis. Sous l'habit, un gilet blanc. Culottes bleues sans passepoil. Bottes découpées en coeur avec galon et gland argent. Sabre garni de fer. Ceinturon blanc fermé sur le devant par une plaque argent, estampée d'un motif indéterminé or. Gants blancs.

Rappelons pour terminer notre étude, que selon Pierre Charrié, le Régiment Illyrien n'a reçu aucun drapeau ni Aigle.

III/ Notes et Sources

Notes

1Correspondance de Napoléon, t.21, lettre 17136; Chuquet A. : "Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815)", Tome III, Paris, Librairie Honoré Champion, 1911. Lettre 4362; Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 25250. La date est celle inscrite sur la minute (Archives nationales, AF IV 887, novembre 1810, n° 144) puisque la copie d'expédition (S.H.O., Guerre, 17 C 323) n'en comporte pas.[…] Lacune sur la copie d'expédition (S.H.D., Guerre, 17 C 323).

2 Picard E. et Tuetey L. : "Correspondance inédite de Napoléon 1er, conservée au Archives de la Guerre", Tome IV, Paris, Lavauzelle, 1913, 4944. Chuquet, Tome III, 4415; Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 25614.

3 Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 4964; Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 25677

4Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.3, lettre 4479; Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 5119; Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 26072

5Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.3, lettre 4506; Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 5192. Chuquet, Tome III, 4506.

6 Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 5245.

7 Chuquet A. : "Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815)", Tome II, Paris, Librairie Honoré Champion, 1911. Lettre 1742 ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 26496

8 Erhard Gustave Wedel.

9 Chuquet A. : "Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815)", Tome I, Paris, Librairie Honoré Champion, 1911. Lettre 918.

10 Chuquet, Tome III, 4550 ; Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 5379; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 26790.

11 Chuquet, Tome III, 4557; Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 5399.

12 Correspondance de Napoléon, t.22, lettre 17698 (la date est le 7 mai), Chuquet, Tome III, 4566 (la date est le 6 mai); Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 5448; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 26982.

13 Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 5641. Chuquet, Tome III, 4627.

14 Chuquet A. : "Inédits napoléoniens", Tome I, Paris, Fontemoing, 1913. Lettre 469.

15 Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 5811.

16 Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.3, lettre 4680; Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 5865.

17 Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 5898; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 27861.

18 Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.3, lettre 4743; Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 6145.

19 Chuquet, Tome III, 4741 ; Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 6149. Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 28577.

20 Brotonne (L. de) : « Dernières Lettres inédites de Napoléon 1er, collationnées sur les textes et publiées », Paris, 1903, t. 2, lettre 1606 ; Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 6202; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 28699.

21 Brotonne (L. de) : "Lettres inédites de Napoléon 1er ", Paris, Honoré Champion, 1898, lettre 934 (la date indiquée est le 12 octobre); Chuquet, Tome III, 4771 (la date indiquée est le 13 octobre); Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 6251.

22 Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.2, lettre 1790 (lettre publiée partiellement) ; Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 4, lettre 6318 ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 28962.

23 Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 4, lettre 6423 ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 29209. Cette lettre est publiée partiellement par A. Chuquet, Lettres et Apostilles de Napoléon, t. II, p. 208.

24 Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 4, lettre 6424.

25 Chuquet A. : "Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815)", Tome II, Paris, Librairie Honoré Champion, 1911. Lettre 1798.

26 Du Casse : « Supplément à la correspondance de Napoléon 1er », Paris, Dentu, 1887, p. 156 ; L. Lecestre : « Lettres inédites de Napoléon 1er », Paris, 1897, t. 2, lettre 910 ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 29287

27 Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 4, lettre 6464 ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 29295.

28 Chuquet : "Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815)", Tome II, Paris, Librairie Honoré Champion, 1911. Lettre 1803.

29 Margueron (Cdt) : "Campagne de Russie", Tome III. Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 4, lettre 6505 ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 29397

30 Chuquet A. : "Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815)", Tome II, Paris, Librairie Honoré Champion, 1911. Lettre 1815 ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 29667.

31Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 4, lettre 6618 ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 29705.

32 Picard E. et Tuetey L., Tome V, 6656.

33 Chuquet, Tome III, 4901; Picard E. et Tuetey L., Tome V, 6705.

34 Brotonne (L. de) : "Lettres inédites de Napoléon 1er ", Paris, Honoré Champion, 1898, lettre 997.

35 Cette lettre concerne également le 1er Régiment suisse.

36 Picard E. et Tuetey L., Tome V, 6816.

37 Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1912, t.4, lettre 5761; Picard E. et Tuetey L., Tome V, 6818.

38 Chuquet A., Tome III, 4970.

39 Le Général Hendsch (1779-1861) ; Carnet de la Sabretache 1911, page 418.

40 Chuquet A. : "Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815)", Tome II, Paris, Librairie Honoré Champion, 1911. Lettre 2159.

41 Picard E. et Tuetey L., Tome V, 7429.

42 Chuquet A. : "Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815)", Tome II, Paris, Librairie Honoré Champion, 1911. Lettre 2376; Picard E. et Tuetey L., Tome V, 7537.

43 Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Tome II, Paris, Librairie Honoré Champion, 1911. Lettre 2385.

44 Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Tome II, Paris, Librairie Honoré Champion, 1911. Lettre 2390.

45 Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Tome II, Paris, Librairie Honoré Champion, 1911. Lettre 2408.

46 Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Tome II, Paris, Librairie Honoré Champion, 1911. Lettre 2501.

47 Brotonne (L. de) : « Lettres inédites de Napoléon 1er », Paris, 1898, lettre 1139.

Sources

- Archives du SHAT, communiquées par notre collègue P. Quentin.

- Brnardic V. : "Napoleon's Balkan Troops " ; Men At Arms ; Osprey, 2004.

- Elting et Knötel H. : "Napoleonic Uniforms", volume 2.

- Fichiers Carl, Wurtz.

- Lienhart et Humbert : "Les uniformes de l'Armée française" ; volume 4 ; planches 72 et 75.

- Magnan Claude : "Le régiment illyrien, 1810-1813" ; le Bivouac 1988, N°3.

- Noirmont et Marbot : "Costumes Militaires Français de 1789 à 1815".

- Pivka O. (von), Chappell M. : "Napoleon's Italian and Neapolitan Troops" ; Men At Arms, Osprey.

- "Souvenirs du Général Hendsch" ; Carnet de la Sabretache 1911, page 418.

- Tranié et Carmigniani : "La campagne de Russie" ; planche de Louis de Beaufort.

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