Le Régiment d'Illyrie

1810-1813

Texte Frédéric Berjaud ; Illustrations : Collection de l'auteur

Accès à la liste des Officiers, cadres d'Etat major, Sous officiers et Soldats du Régiment d'Illyrie

 

I/ Historique

fig. 1

En janvier 1810, près de six mois après la fin des hostilités, Napoléon avait encore en France des centaines de prisonniers autrichiens sous la main. Le 1er janvier, il décida d'organiser trois bataillons de prisonniers originaires d'Illyrie, afin de les renvoyer dans leur patrie ; selon Fieffé, ils furent ensuite incorporés dans les 6 régiments croates. A la même époque, il semble que d'autres prisonniers illyriens sollicitèrent la permission d'entrer au service de la France. Afin de répondre à leur demande, l'Empereur donna l'ordre de constituer deux Bataillons supplémentaires, l'un à Dole, l'autre à Besançon, forts chacun de six compagnies, désignés sous le nom de 1er et 2ème Bataillon illyrien. Dès leur formation, ils furent envoyés dans l'ancienne forteresse piémontaise de Alexandrie.

Les deux Bataillons illyriens demeurèrent en Italie jusqu'à la fin de l'année 1810, jusqu'à ce que Napoléon décide de les utiliser d'une meilleure manière. La solution était de les utiliser comme base pour la création d'un nouveau Régiment illyrien, composé de quatre Bataillons et d'un dépôt. Le 15 novembre 1810, depuis Fontainebleau, l'Empereur écrit donc au Duc de Feltre : «Je reçois votre rapport du…Je ne veux point créer trois régiments des provinces illyriennes ; ce serait trop. Les bataillons autrichiens sont de 8 compagnies. Ainsi, 4 bataillons formeraient 32 compagnies ; ce serait donc la même chose qu'un régiment français au grand complet. Vous recevrez un décret par lequel je forme un régiment ayant la même organisation que les régiments français. Ainsi, pour les provinces de Villach, de Goritz, de Trieste et pour la Croatie civile, je ne demande qu'un régiment de cinq bataillons. Je crois devoir le réunir à Alexandrie. Prenez sur le champ toutes les mesures pour son organisation. Veillez bien à ce que parmi les officiers qui seront proposés, il n'y en ait aucun qui appartienne à une famille du pays, ayant de la considération et des revenus, afin que ce régiment ne soit pas composé d'aventuriers comme ceux d'Isembourg et de La Tour d'Auvergne, et qu'il nous attache une partie du pays1».

Le lendemain est promulgué à Fontainebleau le Décret de création du Régiment d'Illyrie, sur le pied de cinq Bataillons, selon le modèle des Régiments d'Infanterie légère français. Le décret précise par ailleurs que «la solde, les masses et l'administration seront les mêmes que dans les régiments français». Fieffé nous apprend par ailleurs que le mode de recrutement était celui usité à l'époque autrichienne ; il «consistait à demander à chaque bailli le nombre d'hommes que devait fournir chaque seigneurie à raison de sa population». Et que Marmont d'autre part avait «pris soin de supprimer les exemptions connues sous le nom d'honoré, qui étaient le privilège d'une classe de bourgeois fort nombreuse ; mais il maintint celle des hommes d'art, à cause de l'importance des fabriques dans certaines parties du pays, et du retard de l'industrie dans quelques autres». Devaient être incorporés des hommes âgés de 18 à 40 ans, nés en Illyrie, Istrie, Fiume…Les Officiers, on le verra au travers des différentes lettres de l'Empereur, devaient être français pour un tiers, les deux autres tiers étant composés de belges issus du service autrichien et tirés du dépôt de Passau. En 1811, sur les 51 Officiers présents, il y a 32 Dalmates, Illyriens et Croates ; 3 Français, 2 Italiens, et des Génois, Bohémiens, Belges, Suisses, Hongrois. Parmi eux, 28 ont précédemment servi l'Autriche.

Bouton du Régiment d'Illyrie

Le Régiment est en fait organisé à Laybach (Ljubljana) à partir de la fin de l'année 1810, sous la responsabilité du Général Louis Baillet de Latour (lui-même issu du service autrichien), assisté d'Alexis Louis Barré, Chef de Bataillon à l'Etat major de l'Armée d'Illyrie, qui reste en fonction jusqu'au 1er mai 1811.

Le 2 janvier 1811, l'Empereur écrit au Général Clarke : «Monsieur le duc de Feltre, faites moi connaître où en est le régiment que j'ai ordonné qu'on organisât en Illyrie ; à quelle époque pourrai-je compter sur ce régiment ?...2».

Le 11 janvier, l'Empereur écrit à nouveau à Clarke : «Monsieur le duc de Feltre, je reçois votre lettre du 9 sur le régiment illyrien. Il est indispensable que vous me présentiez la nomination du colonel, du major, du quartier maître, de l'adjudant major et des 4 chefs de bataillon ; que vous autorisiez le duc de Raguse à nommer provisoirement 12 capitaines, 12 lieutenants, 12 sous lieutenants, 12 sergents-majors, et enfin à organiser les cadres des deux premiers bataillons. Mon intention est que les caporaux fourriers soient français : on peut les prendre dans les lycées ou dans les régiments qui sont en Illyrie. Il faudrait prendre des jeunes gens des départements de la Roër ou du Rhin qui parlent allemand ; ces deux bataillons se formeront à Göritz. Le ministre de l'administration de la guerre doit prendre ses moyens d'habillement dans les provinces illyriennes, même s'il y en a. Vous prescrirez l'uniforme que doit porter le régiment. Aussitôt que le 1er bataillon sera formé et complété, vous le ferez diriger sur Alexandrie ; on procédera ensuite à la formation du 2e  ; aussitôt que le 3e sera formé, on procédera à la formation du 4e. Vous ferez connaître au duc de Raguse que mon intention est qu'au mois d'avril ce régiment soit entièrement formé et puisse entrer en campagne. Il faut avoir soin que le colonel, le major, les chefs de bataillon, le quartier maître et les adjudants majors que vous me proposerez, parlent parfaitement la langue3».

Le 22 janvier, l'existence du Régiment est effective ; il n'y a cependant que 29 Sous officiers présents, issus de différentes unités. Selon les minutes du Régiment, les Bataillons doivent avoir une Compagnie de Grenadiers et une de Voltigeurs. La levée des hommes peut alors commencer. Comme l'indique la lettre du 11 janvier, le Régiment doit être organisé pour avril. L'Empereur a par ailleurs donné l'ordre «qu'on distribue les fusils étrangers en notre possession», fusils qui semblent bien ne pas exister.

Le 2 mars, le Colonel Nicolas Schmidt ( 11 avril 1768 ; Général de brigade le 16 juin 1813 ; Officier de la Légion d'Honneur depuis le 7 novembre 1804 ; décédé le 8 janvier 1851) est nommé à la tête du Régiment. Le lendemain, depuis Paris, l'Empereur rappelle au Général Clarke que dans le Régiment illyrien, les 2/3 des Officiers doivent être du pays, les autres devant être français4.

fig. 2

Le 13 mars, 4000 hommes déjà levés sont rassemblés à Gorizia ; le commandement provisoire est assumé par le Chef de Bataillon Barré. Se posent alors les problèmes du logement de la troupe et de la désertion. Dans le même temps, l'Empereur est informé que «Le maréchal Marmont propose d'envoyer provisoirement à Palmanova, au lieu d'Alexandrie, les deux premiers bataillons du régiment Illyrien, qui ne sont point encore armés ni habillés» ; l'Empereur répond le 15 mars depuis Paris «Approuvé, mais faites en sorte qu'ils soient promptement habillés5». Le 25, les 1er et 2ème Bataillons sont prêts, mais «au cours de la revue du régiment par le sous inspecteur aux revues, les conscrits du centre du IIIe ont renversé le fonctionnaire, enfoncé la porte, et se sont sauvés dans les rues ; 170 ont été repris, 7 se seraient noyés en passant par l'Isonzo. Un conscrit caporal en a ramassé plusieurs ; il est fait sergent sur le champ. Au total, 40 hommes manquent à l'appel».

Le 28 mars 1811, l'Empereur, à qui «On fait connaître (…) la situation de la levée du régiment d'Illyrie», écrit au Ministre «Faites moi connaître si j'ai nommé les colonels et officiers qui doivent commander ce régiment, combien il y a d'anciens sergents et soldats, et quand ce régiment sera disponible 6».

Au 1er avril, l'effectif est le suivant :

- Etat major : 6 hommes.

- 1er Bataillon : 18 Officiers, 793 hommes (plus 27 hospitalisés).

- 2ème Bataillon : 16 Officiers et 795 hommes (plus 25 hospitalisés).

Le 4 avril, depuis Paris, l'Empereur écrit au Duc de Feltre : «Envoyez le général Latour en Illyrie ; il aura le commandement du régiment illyrien, se chargera du détail de sa formation, et, à mesure que les bataillons seront organisés et armés, il les dirigera sur Alexandrie7». Le même jour, les deux premiers Bataillons, qui viennent de recevoir 1600 capotes et «quantité d'autres effets d'habillement» en provenance de Gorizia, se mettent en route pour Palmanova, conduits par le Chef de Bataillon Baudissan du 3ème Croate et le Lieutenant Jacot. Le 3ème Bataillon doit suivre lorsqu'il sera prêt.

Le 11 avril, l'Empereur révoque son ordre du 4 : «Le général Wedel8 a reçu l'ordre de se rendre à l'Armée d'Illyrie. Cela étant, le charger alors de la formation du régiment d'Illyrie...9». Cette décision est motivée par le fait que la formation du Régiment avance beaucoup trop lentement. Le 21, l'Empereur, depuis Saint Cloud, écrit de nouveau au Général Clarke10 : «Monsieur le duc de Feltre, faites-moi un rapport sur le régiment d'Illyrie. Les hommes sont ils armés ? Les officiers sont ils nommés ? Quelle est sa situation ?». Le Général Clarke lui adresse alors un rapport sur l'organisation des deux premiers bataillons du régiment, et l'Empereur répond le 26 avril11 : «Ne pas laisser de régiment étranger dans mes places fortes. Diriger ces deux premiers bataillons sur Trévise».

Soldats du Régiment d'Illyrie 1810-1811 d'aprčs Carl et collection Knötel
fig. 3
fig. 3a (Collections du Musée Historique de la Ville de Strasbourg)

Le 6 mai, nouvelle lettre de l'Empereur au Général Clarke12 : «Monsieur le duc de Feltre, je reçois votre rapport du 4 sur le régiment illyrien. Mon intention est que le tiers des officiers soient Français, et le reste Belges, Français officiers au service d'Autriche venant du dépôt de Passau. Aucun officier français qui n'a point servi avec nous dans nos guerres ne doit être employé dans nos régiments français. Vous devez tous les employer dans le régiment illyrien et dans les 127e, 128e et 129e régiments. Ne me proposez jamais de passer dans les régiments français ni avancement dans les états-majors, pour ces officiers, sans me l'avoir auparavant fait observer. Laissez le général Delzons maître de diriger sur Trévise les 3e et 4e bataillons du régiment illyrien. Ce régiment sera bien placé à Trévise pour se former entièrement. Je crois avoir nommé un général allemand pour en diriger l'instruction, le général Wedel ou le général Latour. Je suppose que le colonel et les premiers officiers sont arrivés».

Le 8 mai, les quatre Bataillons sont enfin organisés ; «la composition de ces gens pris par la force les entraîne à tous les moyens possibles pour se procurer la liberté». Un complot de 26 hommes, pour déserter, a été découvert ; 2 sont fusillés, 6 autres envoyés aux travaux publics.

Le 12 mai, les 3 premiers Bataillons sont à Palmanova, les 4ème et 5ème à Gorizia. On les habille mais la «bonté des draps» pose problème, surtout en ce qui concerne la couleur. On prévoit alors de rattacher les 1er et 2ème Bataillons à la Division Vandamme qui s'organise à Boulogne, le reste à la 1ère Division du Corps d'Observation d'Italie.

Par ailleurs, «On propose de tirer de l'école de Fontainebleau dix sujets pour être employés en qualité de sous officiers dans le régiment d'Illyrie, savoir : six en qualité de sergents majors, et quatre en qualité de caporaux fourriers» ; l'Empereur répond le 20 juin 181113 : «Accordé, en prenant des sujets qui parlent allemand».

D'autre part, l'Empereur est informé que «On a fait connaître à M. de Tromelin, conformément aux intentions de l'Empereur, qu'il ne pouvait conserver l'emploi de colonel du régiment Illyrien que le maréchal duc de Raguse lui avait conféré, mais voici ce qu'il expose. Après avoir quitté le service de l'Angleterre où il était parvenu au grade de lieutenant colonel, il se retira dans sa famille en Bretagne et il ne prit de l'emploi dans l'armée française que sur l'invitation du ministre de la police générale. Tous les renseignements fournis par le duc de Raguse et par des officiers supérieurs le présentent comme un homme recommandable par son activité et par les ressources de son esprit. Si néanmoins Sa Majesté n'accorde pas sa confiance à M. de Tromelin, on propose pour le commandement du régiment Illyrien M. Vandaële, chef de bataillon au 18e léger, qui est avantageusement noté, qui a de bons et anciens services, qui parle avec facilité plusieurs langues étrangères». Napoléon répond le 3 juillet14 : «Si le ministre croit que cet homme mérite confiance, je le laisse maître de le conserver dans cette place ; ce qui paraît sans difficulté, après son exposé».

fig. 4 (Collections du Musée Historique de la Ville de Strasbourg)

Dans le même temps, le Général Wedel ayant fait son compte rendu «de la situation du régiment d'Illyrie au 28 juin», L'Empereur décide le 19 juillet de «donner ordre de réunir ce régiment à Turin15». Le 29, il écrit encore au Général Clarke16 : «Monsieur le duc de Feltre, j'ai donné ordre que le régiment d'infanterie légère illyrien fût réuni à Turin. Envoyez l'ordre au 5e bataillon de ce régiment de se réunir également à Turin. Je vous envoie un rapport du général Bertrand sur ce régiment. Il paraît que les effets d'habillement sont mauvais».

Le Général Bertrand de son côté «demande quelle réponse il doit faire à des officiers illyriens au service d'Autriche, qui ont offert de rentrer pour être employés avec leurs grades» ; Napoléon répond le 2 août17 : «Je ne veux pas les admettre dans les régiments croates, mais je les admettrai dans les régiments illyriens (sic) . Il peut les recevoir pourvu qu'ils soient de bons sujets».

Le 6 septembre, une nouvelle levée de 1000 hommes est décidée, pour compléter le Régiment ; le nombre de déserteurs est alors de 1234, sur lesquels on espère en récupérer 600. Les Bataillons gagnent successivement Turin. Cependant, le service de garnison dans un pays étranger ne plaît guère aux hommes, et la désertion devient un véritable problème, comme le prouve une «Note du prince Borghèse faisant connaître que le régiment illyrien se réduit de jour en jour par la désertion», à laquelle l'Empereur répond le 10 septembre18 : «Renvoyé au ministre de la guerre pour donner des ordres que tous ces conscrits soient arrêtés en Illyrie» . Le même jour, l'Empereur écrit également Général Lacuée19 : «Monsieur le comte de Cessac, je ne puis qu'être mécontent de votre rapport du 8 septembre sur l'habillement du régiment d'Illyrie. Je vous envoie le rapport fait par le général de brigade Porson, chef de l'état-major, qui est un officier distingué. J'avais fait transcrire les plaintes qui m'étaient portées ; en réponse, le bureau fait un rapport qui contient des choses vagues. Vous verrez par celui du général Porson que les habits destinés aux trois premiers bataillons n'ont pu être mis en service, parce qu'ils sont trop petits, mal faits, et que le drap n'a pu être décati. Le dos et les manches ne sont pas doublés. Qui a fait confectionner ces habits ? Pourquoi le drap n'a t'il pas été décati ? Pourquoi sont-ils trop étroits ? Pourquoi les boutonnières ne sont elles faîtes que par un coup de ciseau ? Vous verrez dans le rapport que les chemises sont trop courtes pour les hommes, que les souliers ne sont d'aucun usage et ont une semelle de carton ; que les havresacs sont trop petits et de mauvaise qualité ; qu'enfin, il manque à ce régiment la moitié des shakos qu'il devrait avoir».

Le 18, depuis Compiègne, l'Empereur écrit encore au Général Dumas20 : «Monsieur le comte Dumas, je vous envoie une note sur le régiment illyrien. Vous y verrez combien il est important de mettre en règle la conscription de ce pays. On sera alors certain d'avoir un ou deux très bons régiments».

Soldats du Régiment d'Illyrie 1810-1811 d'après Carl et collection Knötel
fig. 5 (Collections du Musée Historique de la Ville de Strasbourg)
fig. 5a (Collections du Musée Historique de la Ville de Strasbourg)
fig. 5b (Collections du Musée Historique de la Ville de Strasbourg)

 

fig. 6 (Collections du Musée Historique de la Ville de Strasbourg)
fig. 6a A gauche, fanion du 1er (Ieme ?) Bataillon du 3e Régiment de Chasseurs Illyriens (conservé à Vienne); au centre, dessin de D. Davin pour le 2e Bataillon du 3e Régiment de Chasseurs Illyriens; à droite, fanion du 1er Bataillon du Régiment Illyrien, basé sur des notes prises à partir des Collections alsaciennes (communication de Didier Davin)

En octobre, le Régiment est enfin concentré à Turin, ce qui ne solutionne en rien les problèmes puisque le 13 octobre, l'Empereur, qui est à Amsterdam, écrit au Général Lacuée21 : «Monsieur le comte de Cessac, je reçois votre lettre du 8. Je n'y vois pas que vous ayez pris des mesures relativement au régiment illyrien. J'y vois seulement que j'ai dépensé inutilement 400000 francs, que ce régiment est nu, et que depuis un an, il ne peut me servir à rien». Ce qui n'est pas tout à fait exact puisque le 31, Napoléon informe le Duc de Feltre que «Il sera formé au corps d'observation de l'Elbe (…) une 9e division qui se réunira également à Munster. Elle sera composée de douze bataillons Suisses et de quatre bataillons Illyriens...22». Cependant, là encore, les choses traînent, et le 27 novembre, depuis Saint Cloud, l'Empereur écrit au Général Clarke : «...Faites moi connaître quand le régiment d'Illyrie, bien habillé et bien armé, pourra quitter Turin pour se rendre d'abord à Besançon, en passant par le Simplon, et de là, à Nimègue. La 9e division se trouverait ainsi formée, dès le premier moment, à dix bataillons, indépendamment des renforts des 3e bataillons, ce qui ferait déjà une belle division. Mon intention est que les régiments suisses et le régiment d'Illyrie n'aient pas d'artillerie régimentaire. Selon la force de la division, au moment où elle entrera en campagne, on augmentera l'artillerie de ligne 23». Le même jour, dans un ordre de l'Empereur promulgué à Saint Cloud, il est dit que le Régiment d'Illyrie doit faire partie de la 9ème Division du Corps d'Observation de l'Elbe à Nimègue et non Munster24, ce qui est confirmé par une autre lettre dans laquelle l'Empereur écrit au Duc de Feltre25 : «Par votre lettre du 14, vous me présentez un projet d'itinéraire pour les corps qui doivent former la 9e division du corps d'observation de l'Elbe (les quatre régiments suisses et le régiment d'Illyrie). Il faut désigner un bon général de brigade pour se rendre à Nimègue où cette division doit se réunir, et prendre le commandement de cette division. Vous lui recommanderez d'avoir un soin particulier de ces troupes. Il est nécessaire que vous me proposiez, pour commander cette division, un général qui parle allemand».

fig. 7 (Collections du Musée Historique de la Ville de Strasbourg)

Le 9 décembre, depuis Paris, l'Empereur informe Berthier, Major général de l'Armée d'Espagne : «J'ai trois divisions à donner au corps d'observation de l'Ebre, la 6e , la 8e et la 9e . La 6e et la 9e doivent être composées de troupes qui parlent allemand…La 9e division sera composée de 8 bataillons suisses et du régiment d'Illyrie ; cette division serait bien, je pense, sous les ordres du général Legrand ; ce général parle t'il allemand ?26» Le même jour, l'Empereur écrit également au Général Clarke27 : «...Donnez ordre que le régiment illyrien qui est à Turin en parte pour se rendre à Besançon. On le fera marcher par bataillon. Je suppose que ce régiment est bien habillé et bien équipé, qu'il a ses capotes et tout ce qui est nécessaire. Le 5e bataillon versera tout ce qu'il a de disponible dans les quatre premiers bataillons, et le cadre de ce 5e bataillon restera à Turin pour recevoir les conscrits. Par ce moyen, la 9e division du corps d'observation de l'Elbe sera composée de quatre bataillons du régiment illyrien et de huit bataillons suisses, total douze bataillons ou 8 à 9000 hommes...».

On voit donc, au travers de ces documents, qu'il y a certaines hésitations quant à l'affectation de la 9ème Division. Ce qui n'empêche pas l'Empereur, sur proposition qui lui en est faite, de nommer le 14 décembre, le Général de Brigade Amey pour prendre le commandement de la 9ème Division du Corps d'Observation de L'Elbe28. Celui ci, âgé de 44 ans, est né en Suisse et parle fort bien l'allemand. Il a commandé la Division des Princes au sein de l'Armée de Catalogne. Entre temps, il a été finalement décidé de doter les Bataillons de leur Train, savoir 2 canons, 3 caissons de munitions et 2 caissons d'artillerie, 1 caisson d'ambulance et 2 de vivres. On note également qu'il «faudra les habiller sans délai à Meudon et à Fontainebleau».

Le 19 décembre, l'Empereur écrit à nouveau au Ministre de la Guerre pour compléter ses ordres du 9 : «Monsieur le duc de Feltre, je vois, par la lettre ci jointe, que je vous renvoie, que les quatre bataillons illyriens ne pourraient pas partir avant le 1er février, attendu qu'il leur manquerait 1200 habits, 200 vestes et 1800 capotes. Chargez le prince Borghèse de prendre des mesures pour faire confectionner partie de ces objets, de manière que deux bataillons de ce régiment, bien habillés et bien équipés, partent le 1er janvier, le troisième bataillon le 10 janvier et le quatrième le 15. Faites comprendre au prince Borghèse que les effets manquants doivent être confectionnés avant cette époque, et qu'il doit prendre pour cela des mesures extraordinaires. Les fusils leur seront fournis à Besançon. Enfin, s'il y avait des hommes qui n'aient pu être habillés, on les laisserait au 5e bataillon avec quelques officiers et on les ferait partir en compagnies de marche ; mais, en général, il faut qu'on évite cette mesure et que tous les hommes soient habillés pour les époques déterminées29». Finalement, le 1er Bataillon quitte Turin le 30 décembre, et le lendemain, le Ministre de la Guerre écrit : «j'ai ordonné le remplacement de toutes les fournitures qui avaient été faites à ce corps en Illyrie et que le commissaire de Turin a rejetées pour défaut de qualité». Le 1er janvier 1812, c'est au tour du 2ème Bataillon de quitter Turin ; il est considéré comme parfaitement armé, habillé et équipé, et compte 1 Chef de Bataillon, 1 Adjudant major, 1 Chirurgien sous aide major, 5 Capitaines, 5 Lieutenants, 2 Sous lieutenants, 1 Adjudant sous officier, 1 Tambour major, 8 Musiciens, 715 Sous officiers et Chasseurs (plus 8 hommes retardataires du 1er Bataillon).

fig. 8

Le 5 janvier, Napoléon écrit depuis Paris au Duc de Feltre : «Ecrivez au général Bertrand d'envoyer un millier d'hommes à Turin pour compléter le régiment illyrien et servir à alimenter les quatre bataillons qui sont passés en France30». Le 9, il lui adresse un nouveau courrier dans lequel que : «...La 11e division (la seconde du corps d'observation de l'Océan), se réunira à Düsseldorf au 15 février... Les quatre bataillons du régiment illyrien s'embarqueront à Strasbourg, pour être rendus le 15 février à Düsseldorf...31». Le lendemain, le 3ème Bataillon quitte Turin ; le 4ème se met en route le 15, après avoir touché 39 réfractaires.

Le 16, le Général Clarke soumet à l'Empereur une demande de congé d'un mois de la part du Colonel Schmidt qui désire se rendre à Paris pour s'y marier. Le Général précise dans le même temps que le Régiment est en route pour Besançon. L'Empereur répond simplement «Qui sera chargé alors de la conduite de ce régiment ?32».

Le 19, alors que le Régiment est en route, son artillerie ne lui a pas encore été fournie (sur le papier, le nombre de voitures a été augmenté de 2 caissons de vivres et 1 de comptabilité).

Le 28, l'Empereur écrit depuis Paris au Général Clarke : «Monsieur le duc de Feltre, le régiment illyrien arrive à Strasbourg du 6 au 22 février. Je pense qu'il faut réunir tout ce régiment à Strasbourg, sans lui donner la peine de se rendre à Düsseldorf. Quand la division qui est à Düsseldorf marchera en Allemagne, ce régiment la rejoindra alors. Cela évitera beaucoup de fatigues aux hommes et de l'encombrement à Düsseldorf...33». A cette époque, le Régiment a subi peu de pertes durant le trajet.

Le 3 février, ordre est donné de lever en Illyrie 1000 à 1200 hommes pour le Régiment. Le 13, l'Empereur écrit au Général Comte Mathieu Dumas, Directeur général de la Conscription à Paris : «Monsieur le Comte Dumas, où en est la conscription des provinces illyriennes ? Je n'en entends pas parler. 1500000 âmes devraient me donner 4500 hommes par an34».

Le 21 février, l'Empereur écrit depuis Paris au Général Clarke : «... Recommandez que les quatre bataillons illyriens aient leurs caissons et leur artillerie. Ces six bataillons35,avec leurs caissons et leur artillerie, se tiendront prêts à partir le 1er mars, pour se rendre en droite ligne sur l'Elbe. Il est nécessaire qu'un général français soit chargé de leur conduite. A cet effet, vous donnerez l'ordre au duc d'Elchingen d'envoyer un général, tiré de son corps, pour prendre le commandement de ces six bataillons et les conduire sur l'Elbe. Arrivés sur l'Elbe, les Suisses rejoindront la division Belliard, et les Illyriens joindront la 1ère division. Vous instruirez de cela le prince de Neuchâtel, qui sera chargé de leur donner l'ordre de mouvement de Strasbourg. Donnez l'ordre qu'on passe la revue de ces bataillons, de leur artillerie, etc., et qu'on me fasse connaître leur état36».

Carabinier du Régiment d'Illyrie d'après L. de Beaufort
fig. 9

Le Général Clarke reçoit le lendemain une nouvelle lettre de l'Empereur : «Mon Cousin, donnez ordre au régiment suisse, qui est à Strasbourg, et au régiment illyrien, formant en tout six bataillons, de partir sous les ordres d'un général de brigade que désignera le duc d'Elchingen. Ce général arrivera le 26 à Strasbourg, prendra le commandement de cette brigade et se mettra en route le 28 pour se diriger sur Wurzburg, d'où il continuera sa route sur Leipzig. Vous me ferez connaître quel jour ces bataillons arriveront à Leipzig. Le régiment illyrien se réunira à Leipzig à sa division. Le régiment suisse rejoindra la division Belliard lors de son passage à Magdebourg. Vous prescrirez que chaque homme ait une paire de souliers aux pieds, deux dans le sac et une paire portée à la suite du bataillon dans des voitures; que tous les hommes aient leur capote, leurs trente cartouches, leurs pierres à fusil, leur armement et équipement en bon état, et que les bataillons aient leurs caissons et leur artillerie. Il y a à Magdebourg en artillerie et en objets d'armement et d'équipement des moyens de mettre parfaitement en état ces bataillons37».

Le 1er mars, à Paris, l'Empereur est informé que le Régiment d'Illyrie, à Strasbourg, est prêt à se mettre en marche38. Le 21, le Régiment présente la situation suivante :

Officiers  :

- Etat-major : 1 Colonel, 4 Chefs de Bataillon, 4 Adjudants majors, 1 Officier payeur (détaché hors division), 1 Chirurgien major, 4 Chirurgiens sous aides majors (dont 1 détaché hors division), 6 Capitaines de 1ère classe (dont 1détaché hors division), 6 Capitaines de 2ème classe, 5 Capitaine de 3ème classe, 9 Lieutenants de 1ère classe (dont 2 détachés hors division), 10 Lieutenants de 2ème classe (dont 4 détachés hors division), 21 Sous lieutenants (dont 3 détachés hors division) ; total : 72 Officiers dont 12 détachés, et 23 chevaux.

Troupe  :

- Petit Etat-major : 5 Adjudants sous officiers, 1 Vaguemestre, 1 Tambour major, 1 Maître ouvrier, 8 Musiciens ; total : 16 hommes.

- 1er, 2ème, 3ème, 4ème Bataillon : 23 Sergents majors (dont 2 aux hôpitaux), 92 Sergents (dont 8 aux hôpitaux et 15 détachés hors division), 23 Fourriers (dont 2 aux hôpitaux), 185 Caporaux (dont 11 aux hôpitaux et 22 détachés hors division), 47 Tambours (dont 1 aux hôpitaux et 1 détaché hors division), 2573 hommes (dont 240 aux hôpitaux, 5 détachés hors division, 5 en jugement et 6 restés en arrière) ; total : 2943 hommes, dont 264 hospitalisés, 43 détachés, 5 jugés et 6 en arrière).

- Compagnie d'Artillerie : 3 Sergents, 1 Caporal, et 57 hommes (dont 12 détachés hors division) ; total : 61 hommes (dont 12 détachés) et 74 Chevaux.

Total général de la troupe : 3020 hommes et Sous officiers dont 2690 effectivement présents. L'effectif total est donc de 2750 hommes présents.

Le Régiment doit traverser l'Allemagne, par le Grand Duché de Bade, Wurzburg, Saxe Meiningen, Gotha, Weimar… Le tout se passe presque sans pertes, mais à partir du cantonnement de Delisch, près de Leipzig, les désertions reprennent, notamment au 4ème Bataillon, qui avait incorporé 84 réfractaires. Lors de l'entrée en Prusse, 85 hommes désertent en un mois ! Le gros du Régiment, quant à lui, continue d'avancer : de Kalvary, en Prusse, il gagne le Niemen à marches forcées, perdant un grand nombre d'hommes. «Quelques un ont rejoint, volontairement ou non, mais 245 n'ont pas reparu». Le 30 juin, on signale 800 traînards au Régiment ; son Colonel, Schmidt, explique les désertions : «Tous les hommes devaient être des provinces illyriennes. En fait, on y a incorporé des étrangers, vagabonds incorrigibles…vidé les prisons de Trieste…On y a incorporé une compagnie de réserve qui existait à la formation du régiment d'Illyrie : mauvais sujets, déserteurs...».

Entre temps, au commencement d'avril, le Capitaine Hendsch, futur Général, est nommé au Régiment d'Illyrie, qu'il doit rejoindre à Strasbourg. Dans ces mémoires, cet Officier raconte que «arrivé à Strasbourg, il fallut attendre deux compagnie du régiment d'Illyrie qui étaient en route de Turin pour rejoindre le régiment à l'armée de Russie, en passant par Strasbourg ; au bout d'un mois, elles arrivèrent et nous embarquâmes sur le Rhin pour nous rendre à Mayence. Dans cette dernière ville, il fallut encore attendre la formation d'un bataillon de marche. Au bout de quinze jours, nous nous mîmes donc en route pour Posen, où nous devions recevoir de nouveaux ordres. Pendant la route, je voyais des hommes manquant absolument de moralité et de discipline, enfin un ramassis de tous les pays ; j'étais découragé de servi dans ce corps et j'aurais voulu en sortir à tout prix39». Les compagnies en question sont les 3ème et 4ème du 5ème Bataillon, parties pour l'Armée le 30 avril.

Le 1er juillet à Vilna, l'Empereur est informé que «Le maréchal duc d'Elchingen demande qu'on lui ôte le 129e régiment et le régiment d'Illyrie qui ont trop de déserteurs et de traînards» ; il ordonne alors de les faire venir en garnison à Vilna40. Puis, le 9 juillet, il écrit au Major général : «...La garnison de Kowno sera formée du régiment d'Illyrie qui s'y réunira en entier...41».

Le 24 juillet, le Régiment semble avoir rejoint la 2ème Brigade (Compère) de la 11ème Division du Général Razout, 3ème Corps du Maréchal Ney. Le lendemain, les Illyriens combattent pour la première fois à Ostrowno. Le 1er août 1812, le Régiment est porté à l'effectif de 65 Officiers et 2505 hommes. Le 19, une partie au moins du Régiment combat à Valoutina Gora (Lubino).

Le 24, dans un ordre du jour dicté à Smolensk, l'Empereur autorise le Régiment à incorporer dans ses rangs 500 recrues lithuaniennes42. Cette décision est motivée par le fait que le service de garnison à Kowno a entraîné de nombreuses pertes. Le 26, depuis Dorogobouge, il écrit à Berthier qu'il a donné l'ordre que le Régiment se rende à Minsk43. Le lendemain, depuis Slavkovo, il lui demande d'écrire au Gouverneur de Minsk afin de lui annoncer l'arrivé du Régiment44. Et le 2 septembre, depuis Ghjatsk, il lui demande cette fois ci d'informer le Gouverneur de Minsk de l'arrivée du Régiment Illyrien, et que, au cas ou celui ci ne lui serait pas indispensable, de l'envoyer à Smolensk45.

Le 4 octobre, l'Empereur écrit depuis Moscou à Berthier46: «Répondez au duc de Bellune que j'approuve que le régiment Illyrien et le 129e restent jusqu'à nouvel ordre à Smolensk, surtout pour y réunir tous leurs détachements...». Le 21, les 3ème et 4ème Compagnies du 5ème Bataillon rejoignent à Smolensk ; elles ne comptent plus que 143 hommes (plus 75 aux hôpitaux le long du trajet) ; 180 hommes se sont volatilisés, et la responsabilité du Lieutenant Jellassig, apparemment capturé par les russes, est engagée car il «maltraite le soldat, fait courir des bruits».

Le 12 novembre, les 1ère et 2ème Compagnies du 5ème Bataillon quittent Turin pour Vérone puis l'Allemagne. Elles alignent 641 hommes commandés par le Capitaine Siskovich. Pendant ce temps, le Régiment fond dans la tourmente de la retraite de Russie. Il combat à Krasnoë le 18 novembre (au cours de cette seule journée, 9 Officiers sont tués et 23 autres blessés ; le Colonel Schmidt est donné blessé le 19), Borissow le 22, et à la Bérésina le 28. Il est également signalé dans de nombreux combats autour de Wilna entre le 29 novembre et le 11 décembre. Il donne enfin à Kovno les 1er et 13 décembre.

Au 1er janvier 1813, il y a au Corps, Artillerie comprise, le Colonel Schmidt, le Major Muller (commandant du dépôt), les Chefs de Bataillon Comolli, Aubert, Molter et Pauly, et seulement 6 Capitaines.

Entre temps, le 24 octobre, le Major en second Louis Mattutinovich reçoit l'ordre de prendre le commandement de deux Bataillons sous les ordres du Colonel Schmidt. Arrivé à Berlin, il apprend la retraite de l'armée. Il poursuit alors sa route et rejoint le Q. G à Marienwerder puis le suit à Posen. Un ordre l'expédie alors à la recherche des restes du Régiment à Custrin où il ne trouve personne. On lui conseille alors de se rendre à Spandau, où se rassemblent les restes du 3ème Corps. Il n'y trouve que 40 hommes avec un Officier. Poursuivant sa recherche, il gagne alors Wittemberg, puis Leipzig, et de là Gotha où il découvre enfin un Bataillon fort de 74 hommes : 1 Chef de bataillon, 1 Adjudant major, 1 Officier de santé, 1 Officier payeur, 5 Capitaines, 6 Lieutenants, 7 Sous lieutenants, 2 Adjudants, 3 Sergents majors, 18 Sergents, 22 Caporaux, et 5 Chasseurs (plus 2 à l'hôpital).

Au 10 janvier 1813, le dépôt à Turin comprend 2 Officiers et 10 Sous officiers ou Caporaux. On attend 1870 conscrits, dont 614 pour le dépôt, « qui n'a à sa disposition ni étoffe ni argent ». Le 20 janvier, on compte au dépôt le Major Muller, 1 Aide major, 1 Capitaine, 1 Lieutenant, 1 Adjudant sous officier, 1 Sergent major, 5 Sergents, 10 Caporaux, 694 Chasseurs (et 300 attendus, en route).

Le 6 février arrivent à Spandau les 1ère et 2ème Compagnies du 5ème Bataillon ; elles sont réduites à 385 hommes (plus 15 malades) ; 245 hommes ont déserté.

Le 10 février, le dépôt compte 1260 hommes. A cette date, les rescapés de Russie sont incorporés dans la 15ème Demi-brigade (11ème Corps de Gouvion Saint Cyr, 36ème Division Charpentier, 3ème Brigade Meunier).

La réorganisation du Corps à Turin se poursuit. On met sur pied deux Compagnies (3ème et 4ème du 5ème Bataillon) de 350 hommes chacune. Le reste du dépôt compte au 1er mars Muller, un Etat major de 7 Officiers et soldats, 6 Sergents, 1 Caporal, 3 Tambours, 586 Chasseurs et 3 enfants de troupe. Les deux Compagnies organisées quittent Turin pour Strasbourg le 13 mars.

Le 16 mars, ordre est donné de refondre totalement le Régiment ; il doit comprendre 2 Bataillons de guerre à 6 Compagnies (1 de Grenadiers, 1 de Voltigeurs, 4 de Fusiliers), et 1 dépôt à 4 Compagnies. Le 1er Bataillon doit être formé à la grande armée (Compagnies 1, 2, 3) avec une Compagnie existant alors au 2ème Corps, peut être celle se trouvant à Spandau, et les 1ère et 2ème Compagnies du 5ème Bataillon qui, entre temps, avaient été incluses dans la 15ème Demi-brigade provisoire (35ème Division Grenier). A Turin, les Compagnies 4, 5 et 6 destinées à rejoindre le Bataillon en Allemagne sont en préparation.

Le 2ème Bataillon s'organise à Strasbourg le 23 avril, sous le commandement du Major Mattutinovich et du Chef de bataillon Pauly. Il regroupe les cadres et hommes restants du Régiment (ex 1er , 2ème , 3ème et 4ème Bataillons) et les 3ème et 4ème Compagnies envoyées de Turin le 13 mars. Prévu pour 7 Officiers et 6 Compagnies de 140 hommes, il manque en fait 107 hommes.

A Turin enfin, le dépôt se réorganise à 4 Compagnies et reçoit le 27 mars 107 conscrits illyriens du dépôt de réfractaires de Gênes.

Entre le 1er mars 1812, et le 24 mars 1813, 615 déserteurs ont été recensés, dont 93 rentrés. Une liste compte 539 noms.

Zone de Texte:  Fusilier en tenue de campagne, 1811
fig. 10

Pour la campagne en préparation, le Régiment doit être affecté au Corps du Maréchal Oudinot. Il ne semble cependant pas avoir pris part à une action au cours de cette période.

Le 1er mai, les 1ère et 2ème Compagnies parties de Turin en novembre sont à Custrin, en attente des autres Compagnies du Bataillon (4, 5, et 6 qui sont alors constituées au dépôt à 143, 142, et 139 hommes). Les 4 Compagnies du dépôt pour leur part comptent 57, 53, 62 et 67 hommes.

A l'armée, le 2ème Bataillon franchit le Rhin le 29 avril. Le 18 mai, il est à Dresde, fort de 578 hommes. Le 23 mai, depuis Gorlitz, l'Empereur donne l'ordre que ce 2ème Bataillon parte pour Gorlitz.

Entre temps, le 6 mai, le Colonel Schmidt écrit au Ministre de la Guerre : « Messieurs Martin, Lochmann, Vitte, Candido et Randon ayant été nommés lieutenants par Décret du 1er de ce mois, ils laissent cinq emplois de sous lieutenants vacants au régiment que je commande, n'ayant plus de sujets propres à proposer pour ce grade, j'ose supplier votre Excellence de nous donner des élèves des provinces illyriennes qui sont à l'école de la Flèche».

Le 6 juin au soir, l'Empereur écrit depuis Liegnitz à Berthier 47 : «Ecrivez au général Durosnel qu'il ne faut pas faire partir le bataillon d'Illyrie, que cependant il n'en faut pas donner contre ordre si ce bataillon est déjà parti».

Le 14 juillet arrivent à Turin un certain nombre de rescapés de Russie, probablement en vue de réforme.

Le 1er août, le Colonel Jean Muller (1771-1835), Major au Corps depuis 1811, prend le commandement du Régiment. Le même jour, les 4ème , 5ème et 6ème Compagnies du 1er Bataillon quittent Turin et prennent la route de Mayence pour la grande Armée. Schmidt, Aubert, Muller et Comolli sont au dépôt.

A la fin de l'armistice, le Régiment est affecté à la Division du général Brun de Villeret. Le 2ème Bataillon (Mattutinovich et Pauly) prend part le 6 septembre à la bataille de Juterbock. Le Régiment combat aussi à Gross Beeren et à Dennewitz, où le Chef de Bataillon Mattutinovich est pris de panique et fait mine de s'enfuir au grand galop ; le Général Brun le menace alors de le pourfendre avec son sabre s'il ne prend pas la tête de ses hommes. Au cours de la bataille, 8 Officiers sont blessés, dont Mattutinovich.

Le 15 octobre, un nouveau détachement du 3ème Bataillon part pour Mayence, via Besançon.

fig. 11

Le Régiment a énormément souffert au cours de la campagne, à la fois de désertion et sous les coups de l'ennemi. Cela ne l'empêche pas de prendre part à la bataille de Leipzig au sein du 7ème Corps Reynier, Brigade Lejeune. Cinq Officiers sont blessés dont le Chef de Bataillon Aubert. Il semble par ailleurs qu'ils étaient commandés à ce moment là par le Colonel de Tromelin (le commandant du 2ème Banat Régiment de Chasseurs illyriens). Renforcé par les 4ème , 5ème et 6ème Compagnies arrivées d'Italie, il se bat encore à Hanau le 30 octobre, avant de regagner la France. Les Compagnies parvenues à Custrin, devenues 1ère, 2ème et 3ème du 1er Bataillon, sont enfermées dans la place et vont participer à sa défense.

En novembre, la décision de dissoudre les Régiments étrangers est prise ; elle est notifiée le 16, et le Décret officiel est signé le 25 novembre. Sans compter les éléments bloqués dans Custrin, un groupe de 16 Officiers et de 85 hommes, tout ce qui reste du 2ème Bataillon, est à Hochheim, rattaché au 4ème Bataillon du 1er Léger, et l'on attend un détachement de 3 Officiers et 164 hommes en route pour Mayence. La première intention était de tout faire retirer sur le dépôt pour dissolution et versement aux Compagnies de pionniers. Finalement, la dissolution a lieu à Mayence le 17 décembre (Général Guilleminot).

On reprend d'abord les fusils inutiles pour se diriger sur paris (en fait, on prévoit d'envoyer les hommes à Oléron). Le décompte donne 1 Major dalmate, 8 Officiers dont 1 Italien, et 224 hommes et Sous officiers ; 7 Officiers et 223 hommes sont mis en route vers l'intérieur de la France dans le plus grand dénuement (il manque 222 paires de souliers, 58 pantalons, 56 paires de guêtres).

La dissolution du dépôt s'effectue à Turin dans des conditions à peu près identiques, sous les ordres de du Sous inspecteur aux revues A. Berger (faisant fonction d'Inspecteur aux revues de la 27ème Division Militaire). Sont portés présents au dépôt 19 Officiers (le Colonel, le Major Foullon de Doué, le Chef de bataillon Aubert, 1 Capitaine Quartier maître, 1 Chirurgien major, 1 Capitaine, 5 Lieutenants, 8 Sous lieutenants), dont un détaché (le Colonel Muller) et 3 aux hôpitaux, et 241 hommes (dont 24 hospitalisés), soit 1 Adjudant sous officier, 1 Caporal tambour, 3 Maîtres ouvriers, 4 Sergents majors, 16 Sergents, 2 Fourriers, 26 Caporaux, 5 Tambours, 180 Chasseurs et 3 Enfants de Troupe. L'on fait d'abord sortir des rangs «les Français, Irlandais, Polonais, Suisses et Italiens, ainsi que ceux des Illyriens qui ont été élevés aux frais du gouvernement dans les Lycées et ont été placés dans le corps par ordre de S. M.», au total 15 Officiers dont le Colonel Muller, le Major Foullon de Doué, le Chef de bataillon Aubert, le Capitaine Quartier maître Carlier, le Chirurgien major Cirlot, 2 Lieutenants et 8 Sous lieutenants) et 21 soldats. Puis on extrait les invalides à réformer et les ouvriers employés sur place (5 hommes seront employés à la confection de l'habillement de la troupe), soit 22 hommes, dont 3 sont aux hôpitaux. Il reste alors 4 Officiers, 2 Sergents majors, 9 Sergents, 23 Caporaux, 4 Tambours et 160 Chasseurs. Ce détachement est confié au Capitaine Battaglini, chargé de le conduire à Gênes. De là, ils doivent passer en Corse dans le 2ème Bataillon colonial. Fieffé indique cependant que «la plupart des hommes n'avaient pas de chaussures et ne purent se rendre à leur destination» ; celles ci avaient été perdues au cours du voyage de même que les vêtements. On signale pourtant des éléments à Gênes le 5 mai.

Les revues du matériel accompagnant la dissolution mentionnait : pas d'étoffe, capotes, habits, gilets, shakos, et 823 houppettes de chasseurs neuves.

Le 20 mars, Custrin capitulait, et ce qui subsistait des trois premières Compagnies du 1er Bataillon accompagnait en captivité le reste de la garnison. Enfin, le 14 avril, les derniers hommes du dépôt de Turin, les derniers malades étaient licenciés, apportant un point final à l'histoire du Régiment illyrien qui, entre 1811 et 1813, a eu 28 Officiers tués, 9 Officiers morts des suites de leurs blessures, et 43 Officiers blessés.

 

II/ Uniformes

Chuquet A. : Selon Fieffé, «consulté sur l'uniforme à donner, Marmont, alors gouverneur général des Provinces Illyriennes, proposa celui de l'infanterie légère française, «persuadé, dit il, que c'est un moyen efficace d'honorer les Illyriens que de les assimiler en tout aux troupes françaises». L'Empereur approuva cette proposition ; mais il voulut cependant «qu'une légère distinction se fit connaître au premier coup d'œil que ce régiment était étranger. Cette distinction, ajouta t'il, consistera dans une épaulière tombant de deux pouces sur la moitié antérieure du haut des bras, fixée sur l'habit et terminée par un petit galon de fil blanc. En outre, le bouton de métal blanc portera autour ces mots : Empire français et au milieu ceux ci : Régiment d'Illyrie».

Prenons maintenant les différentes sources dans l'ordre chronologique. Vient en tout premier lieu une planche de Noirmont et Marbot1Costumes Militaires Français de 1789 jusqu'à 1814»  ; ouvrage publié entre 1830 et 1860), sur laquelle nous trouvons un soldat daté de 1810. Celui ci porte tout d'abord un shako entièrement noir sans cordon, avec sur le devant une plaque en losange blanche (selon C. Blondiau, celle ci aurait pu comporter un cor de chasse). Ce shako est surmonté d'un plumet rouge, mais ne semble avoir ni cocarde, ni jugulaires. L'habit est bleu foncé, à revers de même. Le col, les parements et les retroussis (qui n'ont pas d'ornement) sont rouges, sans passepoils. Nids d'hirondelles rouges à galon blanc. Gilet bleu foncé. Culotte bleu foncé. Guêtres courtes noires fermées par une rangée de boutons blancs. Buffleterie blanche. Manteau roulé gris sur le havresac. Giberne noire. Bonnet de police bleu foncé. Sabre briquet à poignée de laiton, fourreau noir, bout cuivre, dragonne rouge à gland blanc.

Le soldat tiré de l'ouvrage de Fieffé1 devrait en théorie être placé en deuxième position, puisque l'ouvrage en question a été publié en 1854. Il présente de nombreuses similitudes avec le type de Noirmont et Marbot, tels que le shako, qui s'est cependant complété d'un pompon rouge et comporte une cocarde rouge (bleu à l'intérieur ?), ainsi que des jugulaires blanches ; l'habit, dont les retroussis sont cependant bleus. Sur les basques apparaissent trois boutons, à peine visibles. Col, parements et nids d'hirondelles demeurent rouges, sans galons ni passepoils. La culotte a sur le côté un passepoil blanc. Les guêtres, apparemment découpées en cœur, sont maintenant dotées d'un gland blanc.

En parallèle devrait se trouver la Collection Wurtz  ; selon Bucquoy, Wurtz aurait réalisé l'essentiel de sa collection avant 1850. Bucquoy estimait qu'il s'agissait de la plus complète et de la plus documentée. Wurtz est mort en 1899 et sa collection a été donnée par sa veuve au Musée de l'Armée. Dans le fichier Wurtz, que nous possédons, nous trouvons la description de l'uniforme de la troupe, qui dans les faits, correspond à peu de choses près à ce que nous trouvons dans l'ouvrage de Fieffé (qui constitue sans doute la source de base de Wurtz), savoir :

- Troupe  : Shako noir. Plaque en losange et jugulaires en métal blanc. Plumet et olive rouges. Pas de cordon. Habit bleu foncé. Collet et parements en pointe rouges liserés de blanc. Revers en pointe et retroussis bleu foncé liserés de blanc. Nids d'hirondelles aux épaules rouges galonnés de blanc. Boutons blancs. Veste et culotte bleu foncé. Petites guêtres noires à galonnage et gland blanc. Buffleterie blanche, sabre. (on notera sur l'image que les pattes d'épaules sont rouges; observer également la cocarde, qui n'a pas de ganse).

- Officiers  : Même shako, garnitures argent. Habit avec épaulettes d'argent. Hausse col doré. Pas de nids d'hirondelles. Bottes hongroises à galonnage et glands argent. Sabre avec ceinturon blanc sous le pont de la culotte.

- Tambours  : Tenue comme la troupe. Un galon jaune (ou de livrée jaune et vert) borde le collet et forme six chevrons sur les bras. Les nids d'hirondelles rouges bordés du même galon. Caisse à cercles bleus.

Notons que la photo du site de la RMN donne également un Sous officier (Sergent) qui ne se distingue que par le port de galons argent.

Vient en quatrième lieu le type donné par H. Boisselier, d'après un dessin de Victor conservé au Cabinet des Estampes de la B. N. à Paris2. Nous ignorons à quelle époque a été réalisé le type. Le shako noir est pourvu de jugulaires et d'une plaque en métal blanc sur laquelle est estampé l'Aigle impériale ; le cordon, le pompon, le plumet, le pourtour supérieur et inférieur du shako sont rouges. Habit bleu foncé à revers et retroussis de même ; passepoil blanc aux revers, parements et retroussis. Nids d'hirondelles bleu foncé à galon blanc. Boutons blancs. Gilet bleu foncé passepoilé de blanc (y compris les poches). Culotte bleu foncé à passepoil latéral blanc. Guêtres blanches à galon et gland rouges. Buffleterie blanche. Sac de peau. Capote gris bleuté. Sabre briquet à poignée de laiton, fourreau noir, bout cuivre, dragonne rouge. Fusil garni de fer.

Passons maintenant aux types de Théodore Carl (1837-1904) dont l'essentiel de la collection de petits soldats a été réalisé après 1880. Nous en connaissons trois versions ; la première est tirée de l'ouvrage de Jean Pierre Klein, intitulé «Les Petits Soldats de Strasbourg». Il s'agit d'un des Soldats de papier conservés au Musée Historique de Strasbourg. Le type représenté3 est daté de 1811. Celui ci porte le shako surmonté d'un pompon et d'un plumet rouges, sans cordon, mais avec plaque à l'aigle, jugulaires et cercle de visière en métal blanc. Ganse de cocarde blanche ; cocarde bleu au centre puis rouge puis blanche. L'habit bleu foncé, a des passepoils blancs aux revers, parements en pointe (comportant un bouton) et collet ; ce dernier est rouge. Pattes d'épaules bleues à passepoil blanc, par dessus des nids d'hirondelles à galon blanc. Le gilet est également bordé de passepoils blancs, que l'on retrouve également aux poches. La culotte a sur le côté une bande blanche. Guêtres courtes découpées en cœur, avec galon et gland blancs. Epinglette jaune. Sabre à dragonne rouge. Buffleterie croisée blanche. Capote grise. Fusil garni de fer.

La similitude de ce personnage avec celui que nous avons trouvé dans la Collection Knötel à Rastatt3 est évidente. Le type de la Collection Knötel, daté de 1810, ne diffère de celui de Carl que par les parements qui sont rouges, et le fusil garni de cuivre.

La seconde représentation3 est tirée du Fichier Carl, planche 20 (ce fameux fichier pour sa partie Empire décrit des uniformes tirés de la Collection Boersch). Voici la description de ce personnage : « Shako noir à pompon et plumet rouges, plaque en losange, etc… en fer. Habit, revers en pointe, veste et culotte bleu foncé ; collet, nids d'hirondelle et dragonne rouges ; passepoil blanc aux revers (sauf à la base du collet) aux parements et aux coutures extérieures de la culotte. Guêtres découpées en cœur, liseré et gland blancs. Capote gris bleu ; galon blanc bordant les nids d'hirondelle ; pattes d'épaules rouges sans liseré. Boutons blancs. Fusil garni en fer ». On notera en parallèle de cette description, que ce personnage n'a pas de passepoil au col, au gilet, aux poches du gilet, et que son épinglette a disparu.

Enfin, dans le Fichier Wurtz, nous trouvons une description datée de l'année 1810, avec pour mention «notes de Carl». La tenue est celle apparemment celle que l'on trouve dans le fichier Carl, mais le shako est donné bleu foncé, et la description mentionne des «tresses blanches à la culotte» (sans doute les galons latéraux).

Le hasard faisant bien les choses, nous pouvons aujourd'hui compléter les types de Carl, grâce à l'exposition : "RÉGIMENTS DE PAPIER AU MUSÉE HISTORIQUE ET DANS LES AUTRES MUSÉES DE STRASBOURG, 15 OCTOBRE 2016 / 24 FÉVRIER 2017". Nous avons été, à notre plus grande joie, autorisés à publier les différents types du Régiment d'Illyrie sur notre site (un très grand merci pour cette autorisation !); les voici donc et que de surprises !

Commençons tout d'abord par le Soldat3a qui est en tous points identique à celui publié dans l'ouvrage de Jean-Pierre Klein; il ne nécessite donc aucun commentaire. Vient ensuite un Fourrier4, qui se caratérise par le port de galons obliques argent sur le haut des bras; en tant que Sous-officier, il porte son arme du côté droit.

Continuons avec les Officiers (figures 5) : ils sont au nombre de quatre, dont un Chef de Bataillon (à gauche). Celui-ci, dans la vitrine, est placé en arrière mais on peut en distinguer les éléments essentiels. Le shako, dont la garniture est en argent, surmonté d'un plumet blanc fiché dans une tulipe dorée. L'habit est celui de la troupe, mais à bouton argent. Il porte une épaulette sur l'épaule gauche, et une contre épaulette sur la droite, toutes deux apparement entièrement en argent. Hausse col doré à ornement argent. Légion d'honneur. Tapis de selle et chaperons de fontes bleu foncé garnis d'argent. Sangle de la selle en buffle clair. Le bout de l'étui à pistolet est doré. Cheval blanc; arnachement de cuir noir.

Vient ensuite sans doute un Capitaine (au centre), qui porte la même tenue que le Chef de Bataillon. Il est également décoré de la Légion d'Honneur. Bottes d'infanterie légère découpées en coeur sur le devant, avec galon et gland argent. Le sabre, dont la poignée est dorée, a une dragonne également dorée. Le fourreau de sabre est également garni d'or. A ses côtés (à droite), sans doute un simple Lieutenant, dont la tenue est analogue à celle de l'Officier précédent, mais sans la Légion d'Honneur. Notons que tous les Officiers portent des gants en buffle, sans crispins.

Continuons avec un Adjudant major (figure 5a), identique à l'Officier précédent, mais avec l'épaulette sur l'épaule droite, la contre-épaulette sur la gauche, ce qui est conforme à son grade. Remarquons que le corps de ces deux dernière est parcouru de raies obliques rouges.

A ses côté figure un Adjudant Sous-officier (figure 5b). Remarquons tout d'abord le shako de notre Adjudant : c'est celui de la troupe, mais à garniture argent (bourdalou supérieur notamment); ce shako est surmonté d'un pompon et d'un plumet blanc (appartenance à l'Etat major). La tenue est celle de la troupe également, mais elle est complétée par le port d'un sabre dont la poignée et l'embout du fourreau sont dorés, la dragonne est rouge. Banderole blanche. Bottes identiques à celles des Officiers. Pour terminer, gants en buffle sans crispins, et canne dont le bout est revêtu de fer.

Passons maintenant à ce qui constitue sans aucun doute l'élément le plus surprenant de cette suite : le Sous-officier porte fanion de Bataillon (figure 6), car il ne peut s'agir ici d'un drapeau, le Régiment n'en ayant jamais eu (selon Pierre Charrié). Il s'agit ici d'un Sergent, comme l'indique le galon de grade, qui dépasse des gants à crispins blancs. Tout le reste de la tenue étant absolument identique à celle de la troupe. Le fanion en question, porté à l'aide d'une banderole blanche, est fiché sur une hampe en bois brun foncé, surmontée d'une pique dorée. Le fond de ce fanion est jaune, bordé de franges dorées, et parcouru sur son pourtour extérieur, d'une raie également dorée, entourant les mots suivants, placés en oblique : "Régt / D'Illyrie / Ier Bon". A notre connaissance, ce fanion n'a jamais été mentionné nulle part, dans aucune des sources auxquelles nous avons pu accèder jusqu'à ce jour (octobre 2016). Il s'agit donc là véritablement d'une trouvaille de premier plan. Maintenant, reste à vérifier la validité de ce fanion, car nous ignorons totalement qu'elles ont été les bases de T. Carl pour l'établir. Notons par ailleurs que la couleur jaune correspond théoriquement à un fanion du 6e Bataillon (voir l'article de notre ami D. Davin consacré au 25e Léger).

Commentaires sur le fanion du régiment Illyrien de notre ami Didier Davin : Les collections alsaciennes nous présentent un magnifique fanion du Régiment Illyrien . On ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec un autre fanion, blanc celui ci : celui du 2ème Bataillon du 3ème Chasseurs illyriens ou d’Illyrie (figure 6a), qui adopte la même disposition et typographie. Influence réelle contemporaine ou extrapolations ultérieures ? Rappelons que les Chasseurs d’Illyrie ne sont autres que la nouvelle dénomination en 1810 des Régiments territoriaux croates passés au service français lors de l’annexion  de la Croatie militaire, qui jointe à la Dalmatie, la Carniole, l’Istrie et la Carinthie, forme désormais les Provinces Illyriennes de l’Empire. On en formera par la suite des Régiments provisoires croates.

Passons maintenant à la tête de colonne (figures 7) : celle-ci est constituée de Tambours (à gauche) et de Fifres (à droite). Le seul élément qui les distingue de la troupe, est le port de nids d'hirondelles rouges. Le reste est absolument classique.

Nous en avons fini avec les types de Carl. Enchaînons maitenant avec les autres sources.

La particularité du shako bleu, que nous trouvons dans le Fichier Wurtz paraît étonnante ; pourtant, nous la retrouvons dans deux autre sources, postérieures à Wurtz. La première est Lienhart et Humbert (tome 4 publié en 1902). Dans leur texte, ces deux auteurs disent « uniforme semblable à celui de l'infanterie légère française, avec épaulière en drap écarlate (en forme de nid d'hirondelle), couvrant la partie supérieure du bras et bordée d'un galon de fil banc. Sur les boutons, la légende : «Empire français» et au centre «régiment d'Illyrie». Le shako a la garniture blanche, plaque et jugulaires ». Le schéma (figures 8) par ailleurs donne des poches en long, passepoilées de blanc, et un bonnet de police bleu foncé, également passepoilé de blanc. Le Sergent de Grenadiers (figures 8), que nous trouvons sur la planche 75 de l'ouvrage reprend en partie les caractéristiques du schéma, mais en diverge sur un certain nombre de points. Le shako, entièrement noir, est pourvu d'un cercle de visière, de jugulaires et d'une plaque jaunes. Sur la plaque est estampée l'Aigle impériale. Cordon, plumet, pourtour supérieur du shako sont rouges. Habit bleu foncé à revers et retroussis de même ; passepoil blanc aux revers (mais pas sous le col), parements et retroussis. Nids d'hirondelles rouges à galon blanc. Boutons blancs. Gilet bleu foncé passepoilé de blanc (y compris les poches). Culotte bleu foncé. Guêtres noires à galon et gland rouges. Buffleterie blanche. Sac de peau. Capote gris bleuté. Sabre à bout cuivre. Fusil garni de cuivre. La source est peut être en partie le dessin de Victor.

La deuxième est un dessin de H. Knötel (Napoleonic Uniforms), qui représente un Caporal de Fusiliers daté de 1811 (figures 8). Le shako, surmonté d'un pompon bleu ciel, est pourvu d'une plaque en losange blanche estampée d'un cor de chasse. L'habit a les retroussis bleu foncé ; passepoils blancs aux revers, parements et retroussis. Nids d'hirondelles bleu foncé à galon blanc. Gilet bleu foncé passepoilé de blanc (y compris les poches). Culotte bleu foncé à passepoil latéral blanc. Guêtres blanches à galon et gland blancs. Buffleterie blanche. Sac de peau. Capote grise. Sabre briquet, fourreau noir, bout cuivre, dragonne blanche. Fusil garni de fer. C'est le type de Victor, version Fusilier.

L. de Beaufort nous donne également un Carabinier en 1812 (figure 9). Le shako est doté d'un plumet et de cordons et raquettes rouges, d'une plaque et de jugulaires blanches. L'habit a les parements bleus, et les nids d'hirondelles ainsi que les retroussis rouges. Il n'y a pas de passepoils au gilet, ni à la culotte. Les guêtres sont bordées d'un galon et de glands rouges. Enfin, la dragonne est blanche à tirant et gland rouge.

Terminons cette étude par des représentations modernes que nous trouvons notamment dans des ouvrages parus chez Osprey. Il va de soit que ces représentations sont des interprétations, et ne peuvent donc pas être considérées comme des sources primaires. Elles viennent cependant compléter agréablement notre panorama des tenues du Régiment Illyrien. Vient en premier lieu le volume consacré aux troupes italiennes et napolitaines, dans lequel nous trouvons un Fusilier daté de 1811 (figure 10), qui est en fait largement inspirée de Wurtz. L'homme est en campagne. Son shako, surmonté d'un pompon blanc, est recouvert d'un couvre shako marron. Autour du cou, il a noué une écharpe verte. L'habit et la culotte sont usés ; d'où la présence pièces marrons aux genoux et aux coudes. L'auteur a sans aucun doute voulu monter l'état de dénuement dans lequel se trouvait le Régiment, dés sa formation.

Dans l'ouvrage « Napoleon's Balkan Troops », nous trouvons deux autres représentations. La première nous présente un Chasseur en Allemagne en 1813 (figures 11). Il est relativement proche du type daté de 1811. Le personnage porte un shako surmonté d'un pompon vert ; il a sur le devant une plaque blanche, frappée d'un cor de chasse. La deuxième représentation est celle d'un Lieutenant de Voltigeurs en Russie en 1812 (figures 11). L'homme est en tenue de campagne, coiffé d'un chapeau surmonté d'un pompon jaune, avec floches argent. L'habit est un surtout bleu fermé sur le devant par une rangée de boutons (dont le nombre est indéterminé). Le collet est rouge ; les parements bleus sont passepoilés de rouge, passepoil que l'on retrouve sur le bas de l'habit et le long des retroussis. Sous l'habit, un gilet blanc. Culottes bleues sans passepoil. Bottes découpées en cœur avec galon et gland argent. Sabre garni de fer. Ceinturon blanc fermé sur le devant par une plaque argent, estampée d'un motif indéterminé or. Gants blancs.

Rappelons pour terminer notre étude, que selon Pierre Charrié, le Régiment Illyrien n'a reçu aucun drapeau ni Aigle.

 

III/ Notes et Sources

Notes

1 Chuquet A. : «Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815)», Tome III, Paris, Librairie Honoré Champion, 1911. Lettre 4363.

2 Picard E. et Tuetey L. : «Correspondance inédite de Napoléon 1er , conservée au Archives de la Guerre», Tome IV, Paris, Lavauzelle, 1913, 4944. Chuquet, Tome III, 4415.

3 Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 4964.

4 Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 5119.

5 Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 5192. Chuquet, Tome III, 4506.

6 Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 5245.

7 Chuquet A. : «Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815)», Tome II, Paris, Librairie Honoré Champion, 1911. Lettre 1742.

8 Erhard Gustave Wedel.

9 Chuquet A. : «Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815)», Tome I, Paris, Librairie Honoré Champion, 1911. Lettre 917.

10 Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 5379. Chuquet, Tome III, 4550.

11 Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 5399. Chuquet, Tome III, 4557.

12 Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 5448. Chuquet, Tome III, 4566.

13 Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 5641. Chuquet, Tome III, 4627.

14 Chuquet A. : «Inédits napoléoniens», Tome I, Paris, Fontemoing, 1913. Lettre 469.

15 Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 5811.

16 Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 5865.

17 Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 5898.

18 Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 6145.

19 Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 6149. Chuquet, Tome III, 4741.

20 Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 6202.

21 Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 6251. Chuquet, Tome III, 4771. Brotonne (L. de) : «Lettres inédites de Napoléon 1 er », Paris, Honoré Champion, 1898  ; 934.

22 Chuquet A., Tome II, 1790.

23 Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 6423.

24 Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 6424.

25 Chuquet A., Tome II, 1798.

26 L. Lecestre : «Lettres inédites de Napoléon 1 er », tome II, 910.

27 Picard E. et Tuetey L., Tome IV, 6464.

28 Chuquet A., Tome II, 1803.

29 Margueron (Cdt) : «Campagne de Russie», Tome III.

30 Chuquet A., Tome II, 1815.

31 Picard E. et Tuetey L., Tome V, 6618.

32 Picard E. et Tuetey L., Tome V, 6656.

33 Picard E. et Tuetey L., Tome V, 6705. Chuquet, Tome III, 4901.

34 Brotonne (L. de) : «Lettres inédites de Napoléon 1 er »  ; 997.

35 Cette lettre concerne également le 1 er Régiment suisse.

36 Picard E. et Tuetey L., Tome V, 6816.

37 Picard E. et Tuetey L., Tome V, 6818.

38 Chuquet A., Tome III, 4970.

39 Le Général Hendsch (1779-1861) ; Carnet de la Sabretache 1911, page 418.

40 Chuquet A., Tome II, 2159.

41 Picard E. et Tuetey L., Tome V, 7429.

42 Picard E. et Tuetey L., Tome V, 7537.

43 Chuquet A., Tome II, 2385.

44 Chuquet A., Tome II, 2391.

45 Chuquet A., Tome II, 2408.

46 Chuquet A., Tome II, 2501.

47 Brotonne (L. de) : «Lettres inédites de Napoléon 1er »  ; 1139.

Sources

- Archives du SHAT, communiquées par notre collègue P. Quentin.

- Brnardic V. : «Napoleon's Balkan Troops » ; Men At Arms ; Osprey, 2004.

- Elting et Knötel H. : «Napoleonic Uniforms», volume 2.

- Fichiers Carl, Wurtz.

- Lienhart et Humbert : «Les uniformes de l'Armée française» ; volume 4 ; planches 72 et 75.

- Magnan Claude : «Le régiment illyrien, 1810-1813» ; le Bivouac 1988, N°3.

- Noirmont et Marbot : «Costumes Militaires Français de 1789 à 1815».

- Pivka O. (von), Chappell M. : «Napoleon's Italian and Neapolitan Troops» ; Men At Arms, Osprey.

- «Souvenirs du Général Hendsch» ; Carnet de la Sabretache 1911, page 418.

- Tranié et Carmigniani : «La campagne de Russie» ; planche de Louis de Beaufort.

 

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