Le Régiment de la Tour d’Auvergne

1803-1815

Accès à la liste des Officiers, cadres d'Etat major, Sous officiers et soldats du Régiment de la Tour d'Auvergne

Avertissement et remerciements : Cet article a été publié dans la Revue Soldats Napoléoniens N°3 et N°5; nous le reprenons ici et le complèterons au fur et à mesure de nos découvertes

Le 7 juillet 1803, Napoléon soumet à Berthier l’idée de créer un Corps composé d’hommes et d’Officiers ayant combattu avec les royalistes en Vendée (Correspondance de Napoléon, 6889), projet sans suite immédiate, mais repris le 28 août 1805 sous une forme différente, dans une lettre écrite depuis Boulogne à Fouché : "... il pourrait être utile de former un corps franc de volontaires de deux ou trois bataillons, et de donner ainsi de l’emploi à tous les chefs de bande qui ont fait la guerre civile et à d’autres individus qui ont servi dans l’armée de Condé. Il faut savoir quel homme, ayant de l’influence, serait assez sûr pour en être le colonel, et quels hommes conviendraient pour les trois bataillons, les quinze capitaines et les trente lieutenants et sous lieutenants. Il est bien entendu qu’on n’admettrait dans ce corps aucune personne de l’âge de la conscription, ni d’un âge inférieur" (Correspondance de Napoléon).

/ Organisation du Régiment

Strasbourg, 30 septembre 1805. Décret de création du Régiment. Il doit être le premier d’une formation dénommée Légion Allemande, ce qui n’aboutira pas. Le Décret précise : "... un régiment d’infanterie légère, composé de trois bataillons. Il portera le nom de La Tour d’Auvergne. Godefroy de La Tour d’Auvergne est nommé colonel commandant de ce corps ; le régiment sera organisé de la même manière que les unités régulières d’infanterie légère. La couleur de l’uniforme sera le vert et il sera conforme au modèle approuvé par l’administration du ministère de la guerre". Note : Godefroy Maurice Marie Joseph Comte de la Tour d’Auvergne (1770-1837); officiellement Colonel du Régiment jusqu’au 13 février 1809, il abandonne ses fonctions en mai 1808.

L’Empereur a choisi Godefroy de la Tour d’Auvergne car cet ancien émigré a des relations intimes avec les royalistes (ce qui peut lui permettre de convaincre Charrette, La Bourbonnais ou Montmorency de servir les aigles impériales), destinés à fournir les cadres, la troupe et les Sous-officiers devant être recrutés en Allemagne.

Le 17 octobre, le Ministre de la Police générale, chargé de pourvoir à tous les emplois d’Officiers, en arrête le premier état tandis que la Tour d’Auvergne confie l’organisation du Régiment à Charles Marie Robert d’Escorches de Sainte Croix (1782-1810 ; ex émigré, Chef du 1er Bataillon à partir du 7 décembre. Promu Général de Brigade le 21 juillet 1809, il est tué au Portugal, en 1810, alors qu’il servait sous Masséna.). Commencée fin 1805 à Strasbourg et Wissembourg, sous les auspices du Maréchal Kellermann et du Général Marulaz, elle va s’étaler jusqu’en 1806.

L’organisation théorique (27 Compagnies dont 3 de Carabiniers et 3 de Voltigeurs, réparties en 3 Bataillons) est fixée à Wissembourg le 18 novembre :

- Etat-major : 1 Colonel, 1 Major, 3 Chefs de Bataillon, 1 Quartier-maître trésorier, 3 Adjudants-majors, 1 Chirurgien-major, 1 Chirurgien aide-major, 1 Chirurgien sous-aide-major, 3 Adjudants sous-officiers, 1 Tambour-major, 8 Musiciens dont 1 Chef, 1 Caporal-tambour, 4 Maîtres ouvriers (tailleur, guêtrier, cordonnier, armurier).

- Compagnies : 1 Capitaine, 1 Lieutenant, 1 Sous-lieutenant, 1 Sergent-major, 4 Sergents, 1 Caporal fourrier, 8 Caporaux, 2 Tambour, et 104 hommes.

A cette époque, le Tambour-major n’est pas nommé, il n’y a aucun Musicien, et ne sont présents que 192 Carabiniers, 146 Voltigeurs, 1015 Chasseurs et 34 Officiers.

Le Colonel voulait également introduire le rang de Cadet gentilhomme dans son Régiment, mais l’Empereur, à qui l'on pose la question, "Sur le recrutement et l'organisation qui a eu lieu à Wissembourg, le 27 brumaire dernier, du régiment de La Tour d'Auvergne", rappelle de manière catégorique le 26 février 1806 à Paris, que "M. de La Tour d'Auvergne ne doit point établir de cadets, ni s’écarter en aucune manière de l’organisation des corps français" (Picard E. et Tuetey L. : “Correspondance inédite de Napoléon 1er, conservée au Archives de la Guerre”, Tome I, Paris, Lavauzelle, 1912, lettre 300. Chuquet A. : “Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815)”, Tome III, Paris, Librairie Honoré Champion, 1911. Lettre 3345).

Toujours le 26 février 1806, à Paris, "On propose de confirmer la nomination des officiers du 1er bataillon du régiment de La Tour d'Auvergne"; l'Empereur répond : "A renvoyer avec les états de service" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1912, t.3, lettre 3346).

La destination du Régiment pose assez vite problème comme le montre un rapport du Ministre de la Guerre, Berthier, adressé à l’Empereur. En effet, Kellermann, "commandant en chef le 3e corps d’armée de réserve, chargé de l’organisation de ce régiment, demande si ce corps doit appartenir à son armée ou s’il doit faire partie des troupes de l’intérieur, cette solution étant nécessaire pour déterminer si ce régiment doit être traité ou non sur le pied de guerre.
En attendant la décision de Sa Majesté à cet égard, j’ai donné des ordres pour que ce régiment, qui s’organise à Wissembourg, soit traité sur le pied de paix ; mais la garnison de Philippsburg ayant été primitivement fixée à ce corps et l’espèce d’hommes dont il doit se composer me laissant présumer que la première intention de l’Empereur était de le traiter sur le pied de guerre, je prie Sa Majesté de Vouloir bien me donner ses ordres a ce sujet
".

Napoléon, depuis Schönbrunn, répond le 21 décembre : "Ce régiment doit faire partie des troupes de l’intérieur" (P&T, I, 243 ; la décision est de la main de Berthier).

Le recrutement est cependant difficile, les anciens ennemis de la république ne se bousculant pas. Le Colonel fait donc une requête auprès de Berthier qui écrit alors à Napoléon pour lui demander l’autorisation de recruter parmi les prisonniers de la Grande Armée, et notamment les Russes, ce à quoi l’Empereur répond positivement depuis Paris le 12 février (O&A, III, 3344). Le recrutement sera donc des plus hétéroclites : anciens Chouans, Hongrois, Bohémiens, Prussiens, Suédois, Russes, Autrichiens, Polonais, Hanovriens, Saxons, Bavarois, Suisses, Belges, etc., l’essentiel de l’effectif provenant surtout de prisonniers de guerre autrichiens et russes concentrés dans les camps de Toul, de Nancy ou Dijon. Napoléon veut en fait employer ce corps loin des frontières, et un rapport secret daté du 20 mars 1806 précise "qu’on doit placer tous les militaires que des circonstances malheureuses avaient obligé à servir à l’étranger lors des tems d’anarchie et d’y appeler des hommes audacieux dont les séjours dans les contrées de l’ouest pourraient être nuisibles" (cité par Rigo).

/ Passage dans le Royaume d’Italie.

Tandis que le Corps s’organise, la Reine de Naples Marie Caroline de Lorraine Habsbourg entre dans la coalition contre la France. De Schönbrunn, Napoléon déclare que "la maison de Bourbon a cessé de régner à Naples !" et charge Masséna de renverser le trône des Deux Siciles (l’armée de Naples est en principe commandée par Joseph, mais l’Empereur se méfie de ses qualités guerrières). Depuis Bologne, Joseph et Masséna se mettent en route, bousculent les 50000 Napolitains du maréchal Rosenheim à San Germano et à Campo Tenese, s’emparent de Capoue et entrent dans Naples le 14 février. Mais la Reine et son époux, Ferdinand IV, se sont déjà réfugiés en Sicile auprès des Anglais qui se sont rembarqués à Castellamare. Cependant, Gaète, commandée par le Prince de Hesse Philippstadt, et assiégée depuis le 12 février par Reynier, et la Calabre, où a débarqué la Division britannique du Général Stuart, résistent.

Fin février, le 1er Bataillon est organisé grâce à l’activité de Sainte-Croix, qui, entre temps, est expédié à Paris par son Colonel afin d’obtenir l’envoi du Corps en Italie avant la formation des 2e et 3e Bataillons, et la confirmation des Officiers provisoirement agréés. Mission qui prouve toute la confiance que lui porte son supérieur qui, en 1808, écrira, parlant de Sainte-Croix et de ses capacités à commander les hommes : "pendant le peu de temps qu’il les avait commandés, il sut y établir un bon esprit et une discipline exacte". Celui ci, "officier rempli de talent", s’acquitte avec zèle de sa tâche, à la satisfaction de Fouché, heureux de l’avoir à ses côtés pour l’établissement des propositions restant à faire pour les places, ce qui lui vaut d’être proposé le 5 février par Kellermann au grade de Major du Régiment resté vacant, proposition appuyée par Fouché. Le Décret de nomination est signé d’autant plus facilement le 31 mars que Napoléon a reçu Sainte-Croix dès son arrivée à Paris et lui a déjà exprimé sa satisfaction pour tout ce qui a été fait pour l’organisation du Corps et la nomination des Officiers, parmi lesquels on trouve de grands noms de l’ancienne noblesse. Cela va tout à fait dans le sens de la volonté impériale qui, dans la décision du 23 mars, rappelle que seuls des sujets ayant servi en émigration en Vendée ou à l’étranger doivent être admis comme candidats Officiers dans le Régiment.

Le Corps est à cette époque pressenti pour servir dans le Royaume d’Italie. Le 28 février, Gouvion Saint-Cyr reçoit le commandement d’un Corps d’armée de la Pouille comprenant entre autres le Régiment de la Tour d’Auvergne. Le 11 mars, Napoléon écrit depuis Paris au Général Dejean, Ministre de la guerre : "le second régiment de La Tour d’Auvergne partira le 25 mars pour se rendre à Turin, d’où il ira rejoindre son 1er bataillon. Ce qui fait partie du 3e bataillon sera fondu dans le 2e qui sera envoyé en Suisse pour porter le 1er bataillon au complet, voulant que chaque bataillon soit de 1000 hommes" (P&T, I, 321. Il faut lire "second Bataillon", et non Régiment). En raison de cette fusion, les Compagnies des Bataillons de guerre sont portée à 120 hommes le 18. Le 31 mars, les trois Bataillons totalisent 74 Officiers et 2364 hommes.

Le 31 mars justement, Joseph devient Roi des Deux Siciles. Il a besoin de renforts mais l’envoi du Régiment à l’Armée de Naples lui est momentanément refusé : "Un bataillon du régiment de la Tour d’Auvergne est déjà passé à Turin ; mon intention est que vous le dirigiez sur Ancône, où il attendra de nouveaux ordres. Comme je ne pense pas que le prince Joseph en ait besoin, il servira à la garnison d’Ancône. Le deuxième bataillon suivra la même direction. Vous préviendrez le prince Joseph de la destination que j’ai donnée à ce régiment" (Du Casse : «Mémoires du Prince Eugène», Tome II. Lettre adressée à Eugène le 15 avril, depuis Saint-Cloud).

Le 2e Bataillon, qui a reçu l’ordre de se mettre en route le 25, est expédié le 27 depuis Lyon à Aix en Provence (P&T, I, 408 et 410). Entre temps, le 26, Napoléon écrit au prince Eugène : "si le bataillon de la Tour d’Auvergne n’a pas encore quitté les frontières de votre commandement, donnez lui l’ordre de s’arrêter, et rendez m’en compte" (Du Casse, II).

Le 30, le recrutement exclusivement allemand est rétabli. De ce fait, de passage à Turin, le Corps doit récupérer en Italie ceux se trouvant au Dépôt du 1er Régiment d’infanterie polonais. Le même jour, Napoléon demande à Dejean la date de départ du 3e Bataillon (P&T, I, 412 et 415 ; il s’agit sans doute du nouveau 3e Bataillon, en voie de reconstitution).

Début mai, on demande à l’Empereur si le Régiment doit recevoir "des drapeaux et aigles" ; il répond de "leur faire donner des aigles comme aux autres corps" (P&T, I, 430. De la main de Maret ; non datée, et non signée, extraite du "Travail du ministre directeur avec l’Empereur, du 7 mai 1806"). Pierre Charrié confirme qu’il a reçu à Gènes trois aigles et drapeaux fin 1806. Sur ce point, fin août 1807, on demande à l’Empereur "1° si les régiments étrangers qui, d’après sa décision du 20 juin dernier, doivent avoir des drapeaux sans aigles, les auront de l’ancien ou du nouveau modèle ; 2° dans le premier cas, quels en seront les ornements, la légende, la coupe ; 3° si cette décision sera applicable aux régiment suisses, irlandais, de La Tour d’Auvergne et d’Isenburg et au bataillon valaisan, qui ont reçu depuis longtemps des drapeaux surmontés d’aigles". Napoléon répond : "Donner des drapeaux dans l’ancienne forme à ceux qui n’en ont pas. Laisser les aigles à ceux qui en ont reçu" (P&T, I, 1267. Extraite du "Travail du ministre directeur avec l’Empereur, du 26 août 1807").

Le 6 mai, Napoléon adresse à Joseph une longue lettre pour clarifier sa position en Italie. Son Aide de camp, le Général Lemarois, reçoit "le commandement d’Ancône et des côtes de l’Adriatique, depuis Rimini jusqu’aux frontières du royaume de Naples, pour intercepter toute communication avec les escadres anglaises et russes et les îles de Corfou". Bien que devant correspondre avec Joseph, c’est avant tout de l’autorité du Vice-roi d’Italie qu’il dépend "parce que ce canal est plus naturel pour recevoir rapidement vos ordres". L’Empereur insiste donc sur l’importance de garder Ancône où doivent se trouver "environ 1,200 hommes. Le 1er bataillon du régiment de la Tour d’Auvergne doit y être. Je n’ai point de cavalerie à y envoyer ; vous en avez trop : envoyez y un régiment de dragons, qui est nécessaire pour la surveillance de cette côte". Et d’occuper Civita Vecchia, dont l’artillerie peut servir pour le siège de Gaète (Correspondance de Napoléon).

Le 1er Bataillon fait donc partie de la Division d’Ancône, devenue mi-juin 3e Division des Côtes de l’Adriatique de l’Armée d’Italie, commandée par le Général Lemarois (Du Casse, II. Le commandement de Lemarois dans les états du pape et la présence du 1er bataillon à Ancône sont confirmés dans une autre lettre datée du 16).

Parallèlement, le Ministre de la guerre annonce à l’Empereur que le 3e Bataillon "ne pourra se mettre en marche que le 10 juin". Napoléon lui répond le 15 mai : "Il faut donner des ordres pour que ce bataillon soit complété, en choisissant des hommes de bonne volonté parmi les prisonniers. On ordonnera qu’il en soit passé une revue au 25 mai. Le 5 juin, le ministre me rendra comte de la situation de ce bataillon, et je lui ferai passer en conséquence des ordres" (P&T, I, 430. De la main de Maret ; non datée, et non signée, extraite du "Travail du ministre directeur avec l’Empereur, du 7 mai 1806").

Le 16 mai, Napoléon écrit à Eugène pour lui confirmer que le Général Lemarois, envoyé à Ancône, a reçu le commandement des troupes "qui sont dans les Etats du Pape ; il est sous vos ordres. Ainsi le bataillon suisse et le bataillon du régiment de la Tour d’Auvergne qui sont à Ancône font partie de votre armée, et vous devez les comprendre dans vos états de situation" (Correspondance de Napoléon).

/ Scandale au Régiment

Malgré les apparences, le corps ne donne pas satisfaction à l’Empereur qui ordonne à Dejean de témoigner de son "mécontentement au colonel du régiment de La Tour d’Auvergne de la mauvaise tenue du bataillon de ce régiment qui est à Ancône. Donnez lui l’ordre de s’y rendre et d’y rester. Le major restera avec le second bataillon" (P&T, I, 467). Il y a en effet de sérieux problèmes de discipline, y compris parmi les Officiers. Surtout, courant 1806, une importante affaire éclate. Selon certaines rumeurs, le Colonel et son second, le Lieutenant colonel Louis Charles Sicaud de Mariole, ami et parent des Tascher, toucheraient des commissions pour nommer les Officiers. Un Cadet de l’Ecole militaire de Fontainebleau écrit ainsi à sa famille le 28 mai que les Officiers du Régiment achètent leur nomination. Ce qui est vrai ! En effet, la Tour d’Auvergne, qui n’a pas de fortune, et veut faciliter le recrutement, accepte des dons en argent de la part des candidats aux grades d’Officier. D’où agiotage au sein du Corps. Sous divers prétextes, on réclame des sommes considérables aux candidats, 5000, 10000 et même 15000 francs ! Au total, près de 80000 francs ont été versés ou promis.

Sicaud de Mariole, en tant qu’agent de la Tour d’Auvergne, s’occupe des tractations avec les candidats Officiers, et tient informé son supérieur ("ils ont tous pris avec moi les arrangements dont nous avions convenu avant votre départ. J’ai remis à M. de Flers leur engagement") dont il ne cesse en même temps, de vanter les mérites à une demoiselle Tascher, que le Colonel veut épouser.

Cependant, nommé provisoirement Chef du 3e Bataillon par son Colonel, Mariole, en raison de la décision du 23 mars 1806, ne peut plus faire partie du Régiment. Présenté sur un premier état pour être confirmé, il ne peut être porté sur le second et définitivement établi. Entre temps, l’affaire des fonds versés est devenue publique, ce qui n’arrange pas ses affaires. Par vengeance, il révèle alors l’agiotage dans ses détails, accusant de malversation Sainte-Croix qu’il pense responsable de son infortune (1er mai). Ce dernier provoque alors Mariole en duel et le tue, mais les partisans de Mariole affirment que Sainte-Croix, alors que son adversaire blessé était couché au sol, aurait tiré une seconde fois, ce qui le rend coupable de meurtre. Celui ci est immédiatement arrêté, ainsi que le témoin de Mariole, M. de Lasalle Seguin.

Le 7 mai 1806, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, à Fouché : "… J'entends beaucoup de tripotages sur le régiment de la Tour d'Auvergne. Prenez des renseignements et faites-moi connaître ce que cela veut dire. Rendez-moi aussi compte du duel qui a eu lieu" (Correspondance de Napoléon, t.12, lettres 10209 ; Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 12076).

Fouché, ami des Sainte-Croix, ordonne alors une enquête très serrée. Chaque Officier doit, sous serment, indiquer comment il a été nommé et avouer s’il a versé des subsides. Ceux qui l’ont effectivement fait déclarent tous les avoir versés à Mariole. Les Officiers présentés par sainte-Croix, au contraire, n’ont été admis que sur la base de leurs états de services, celui-ci ayant répondu à ceux qui tentaient de le soudoyer que "l’épaulette se donnait mais ne se payait pas".

Le procès verbal d’enquête du 3e Bataillon, envoyé le 22 mai, est transmis par Fouché le 1er juin au Ministre de la Guerre : "la déclaration des officiers explique d’une manière claire et précise les transactions pécuniaires qui ont eu malheureusement lieu lors de la nomination de quelques uns d’entre eux. Il ne paraît pas que le major se soit aucunement mêlé de ces affaires d’argent. Les déclarations que vont fournir les deux autres bataillons achèveront d’éclaircir cette affaire". En effet, celui du 2e Bataillon, envoyé le 4 juin, innocente Sainte-Croix. Au 1er Bataillon, organisé par le Major, aucun Officier n’a payé pour son grade. Sainte-Croix, qui a été libéré le 12 mai, est donc lavé de toute accusation, et le scandale est évité. Le 15 juin, il quitte Paris pour rejoindre son Corps.

Cette affaire explique sans doute la décision prise le 29 juillet 1806 : l’Empereur nommera directement les Officiers du Régiment et ceux-ci prendront "rang du jour de leur admission provisoire" dans ce Corps (O&A, III, 3512). Décision renouvelée le 16 septembre 1807 en précisant que "le mode d’avancement par ancienneté aurait des inconvénients" (O&A, III, 3701). Il est enfin décidé le 15 août 1806 que les Aides de camp ou Adjoints ne pourront "être pris parmi les Officiers de La Tour d’Auvergne et d’Isembourg" (O&A, III, 3538).

/ Passage progressif dans le Royaume de Naples

Mi-juin, le 1er Bataillon doit rejoindre la Division des côtes de la Méditerranée du Général Duhesme à Civita Vecchia. Le 24, Eugène informe Napoléon qu’il est encore à trois ou quatre jours de cette ville, et le lendemain, il lui écrit qu’il a ordonné à Duhesme de l’établir à Nosima pour fournir des détachements depuis Terracine jusqu’à Ostie. Le 1er Bataillon (et son Colonel), qui donne entière satisfaction à Duhesme (Du casse, III. Lettre de Eugène à l’Empereur datée du 5 juillet), arrive dans les derniers jours du siège de Gaète, qui capitule le 19 juillet. Mais, après la défaite de Reynier à Maida face aux Anglo-siciliens de Stuart, toute la Calabre entre en révolte. Joseph charge alors Masséna de la pacifier. De ce fait, le 31 juillet, Napoléon ordonne à Eugène de faire partir le 1er Bataillon pour Naples (Du Casse, III).

Le 20 juin, depuis Saint-Cloud, Napoléon écrit à Dejean que "le 3e bataillon du régiment de la Tour d’Auvergne qui, de Phalsbourg, se rend à Aix, restera à Avignon, jusqu’à nouvel ordre" (P&T, I, 496). Le 29 juillet, il donne l’ordre que les deux Bataillons stationnés en Provence se rendent par Nice à Gênes (P&T, I, 560). Le 20 août, le 2e Bataillon est envoyé à Sarzana, où il doit rester jusqu’à nouvel ordre (P&T, I, 594).

Le 3 septembre 1806, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Dejean, Ministre directeur de l'Administration de la Guerre : "Monsieur Dejean, donnez ordre au 3e bataillon du régiment de La Tour d’Auvergne de se rendre à Sarzana, et au 2e qui arrive le 4 septembre à Sarzana de se rendre à Naples pour rejoindre le 1er bataillon" (P&T, I, 617; Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 12850).

Enfin, le 12, il écrit à Dejean de faire partir immédiatement les Officiers du Régiment qui sont encore à Paris (Brotonne (L. de) : “Dernières lettres inédites de Napoléon 1er” ; Paris, Honoré Champion, 1903. Lettre 474, datée de Saint Cloud).

Fin septembre, les trois Bataillons (2300 hommes et Officiers) sont prêts à entrer au service de Naples, et à renforcer l’armée d’occupation, mais la discipline et le respect de la hiérarchie, ne sont toujours pas efficaces car parmi les ordres du Colonel en date du 24 novembre, on lit : "Monsieur de Sainte-Colombe gardera les arrêts pendant 24 heures pour avoir fait le rapport de son poste directement au Colonel. Je prie M.M. les officiers d’observer que tout ce qui est service ne doit lui être transmis que par la voie des officiers supérieurs.
M.M. les officiers de service enverrons tous les jours après la retraite le rapport de leur poste au corps de garde de la place. L’officier de garde y joindra son rapport et enverra le tout à la secrétairie. Ce rapport fait indépendamment du rapport de la place …
" (Roch Maurice d’Austry de Sainte-Colombe (20 mai 1772, 7 avril 1847) émigre le 15 février 1792 et rejoint l’Armée de Condé le 28 mai. Entré dans les Chasseurs nobles (9e Compagnie), il passe dans le Régiment de Hohenlohe Barstenstein devenu Durant le 21 novembre 1795. Lieutenant le 1er avril 1798. Licencié à son retour en France le 15 avril 1801, il entre le 1er mars 1806 comme Sergent au Régiment de la Tour d’Auvergne. Sous-lieutenant le 31 mars 1806. Lieutenant le 1er avril 1808. Capitaine le 8 janvier 1810. Passé au 3e Etranger le 1er janvier 1814, il émigre à nouveau et passe à Gand le 2 juin 1815. Il poursuit ensuite sa carrière militaire sous la monarchie. Promu Lieutenant-colonel employé à l’Etat-major des places le 19 septembre 1823, il est admis à la retraite le 24 septembre 1830). Dans le même temps, on rappelle que "la défense de porter du bois sur les habits est renouvelée".

Tout n’est pourtant pas négatif, car certains soldats du 2e Bataillon doivent recevoir la distinction honorifique des chevrons (ordre du 24 novembre). De même, les exercices et les revues suivent leur cours ; le 2e Bataillon est inspecté par le Colonel le 26 novembre ; les Carabiniers du 1er Bataillon par le Major le 27.

Fin 1806, servent dans le Corps : Colonel Godefroy de la Tour d’Auvergne ; Major d’Escorches de Sainte-Croix (parti en février comme Aide de camp de Masséna en Pologne, malgré l’interdiction de l’Empereur) ; Chefs de Bataillon Laville sur Illon, Foulon de Doué, Denis de Trobriand ; Adjudant-major Duprat ; Capitaine quartier-maître Hermand ; Capitaines Dolder, Hautz, Bergeret, Dettlingen, Keer, Hornholtz, Dehaupt, Salomon, Morlet, d’Equevilley, de Rosières, Talon, d’Aspert, Bouthier, Thilorier, Cueillet, Champenoy, Querellet (commandant du Dépôt de recrutement à Strasbourg), Ducolombier ; Lieutenants Malcomel, Schmelzer, Marco, Zweifel, Ubrick (commandant du Dépôt intermédiaire de recrutement de Turin), Futer, Bressler, de Roock, Komierowsky, de Gallemand, Ladoubée Duvivier, Richard de Condrecourt, Choiseul, Labourdonniage, Bonhote, Disjonval, Gugger, Stendack, Brissolliern, Thibaut, Dallerit, des Estangs (passé Aide de camp du Général César Berthier), Galabert (passé à l’Etat-major de l’Armée de Dalmatie) ; Sous-lieutenants Salmon Delabrosse, Gonnet Tassigny, Maine, Decker, Duhamel, Hemberger, Trailleur, d’Eperaux, Reissenbach, Hautz, Lequeu, Cottin, Gerente, Lebrun, Chevrier, Cyrisch, Gombert, Moutard, Sainte-Colombe, Leval, Decombes, Pebenesl, La Fage.

Le 7 janvier 1807, Napoléon ordonne depuis Varsovie que le 3e Bataillon, resté à Gênes, se rende à Naples pour y rejoindre les deux premiers (P&T, I, 863). A cette époque, le Régiment est souvent dispersé et engagé dans des actions meurtrières contre les loyalistes napolitains qui mènent une guerre de guérilla contre les Français ; 1129 des 2904 recrues ont déserté du Corps. Selon la biographie de Sainte-Croix, le Régiment n’a perdu aucun Officier. Cependant, le Capitaine Bergeret est blessé le 10 juin lors d’une reconnaissance en Calabre. Le Corps est alors dans un état de désolation insupportable (retard de soldes, manque de fournitures et d’habits, paludisme), alors que Godefroy de la Tour d’Auvergne mène grand train à Naples.

De son côté, l'Empereur reste intraitable sur la question de l'avancement au sein du Régiment; le 3 novembre 1807, il ordonne de "Ne proposer aucun avancement pour les régiments d'Isembourg et de La Tour d'Auvergne ..." (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1912, t.3, lettre 3756).

En décembre, le calme revient. Le 1er Bataillon est à Naples (Général Lamarque) ; le 2e en Calabre intérieure (Brigade Dufour, Division Saligny) ; le 3e occupe Gaète (Brigade Lanchantin sous les ordres du Maréchal Jourdan). Cependant, pour faciliter le recrutement de son Régiment, "le colonel demande l’autorisation de faire venir le 3e bataillon de ce corps, de Gaète à Turin" ; "Refusé. Donner ordre au major de se rendre au corps", répond Napoléon le 12 janvier 1808 (P&T, II, 1513).

Entre temps, Joseph, avant de partir pour l’Espagne, conscient de la situation du Corps, obtient le retour de Sainte-Croix afin de le reprendre en main (ordre de retour daté du 6 décembre 1807) ; l’ordre et la discipline sont rétablis mais la majorité des hommes ne comprennent pas le français. Pour y remédier, Sainte-Croix établit aux postes administratifs des français d’origine, ce qui provoque le mécontentement de l’administration militaire qui rappelle que le Corps, en dehors des Officiers, doit être composé exclusivement d’étrangers. Cependant, Clarke propose "de conserver à ce corps deux sous officiers Français d’origine, qui y sont nécessaires pour aider le quartier maître dans la tenue de la comptabilité, étant les seuls dans le régiment, par leur connaissance de la langue française, qui soient en état de coopérer à ce travail", ce que l’Empereur accepte (P&T, II, 2252).

Le Régiment reprend les combats en Calabre. Le 23 janvier 1808, les Chasseurs du 2e Bataillon poursuivent les bandes d’il Monaco et d’il Diaconato. En juin, les Compagnies d’élite des 1er et 2e Bataillons se battent contre les hommes de Malacarne de Lagonegro. Le 12 août, le Capitaine de Champenoit est blessé, alors qu’il est en colonne mobile.

Le 1er août, Murat devient Roi de Naples. Le 18 septembre, Napoléon, depuis Saint-Cloud, lui demande pourquoi le Régiment n’est toujours pas entièrement réuni (Brotonne, 779).

Le 17 octobre, jour de la prise de Capri, Clarke propose à l’Empereur d’appliquer au régiment "les dispositions du décret du 18 février 1808, relatif à la nouvelle organisation des régiments d’infanterie de ligne et légère". "On peut laisser les choses comme elles sont" répond Napoléon le 24 (P&T, II, 2403).

Malheureusement, la nature des combats dans lesquels le Corps est engagé ne permet pas à Sainte-Croix de résoudre tous les problèmes. En novembre, des hommes du Régiment sont assassinés près de Lagonegro. Murat ordonne une enquête, déclarant que le Régiment s’est si mal comporté qu’il ne serait pas étonnant qu’une partie des habitants de ce village se soient vengés. Pourtant, le Ministre de la Guerre napolitain note un mois plus tard que ce Régiment est remarquable et montre un bon état d’esprit. Et chose tout à fait curieuse, le 22 novembre, Murat le réclame à l’Empereur pour l’armée de Naples, car il dépend encore de la France.

Sa mission demeure cependant inchangée. Cette lutte incessante fatigue les hommes en loques, démoralisés par les embuscades, les coups de main, et dont la solde est rarement payée. Le 16 décembre, les Bataillons sont toujours autant dispersés ; le 1er est cantonné autour de Salernes (Brigade Valentin) ; le 2e réparti dans la région de Reggio de Calabre (Brigade Dufour de la Division Partouneaux) ; le 3e à Gaète avec Sainte-Croix qui assure l’intérim (du 1er mai 1808 au 1er avril 1809), en attendant l’arrivée du nouveau Colonel, Louis Pierre Milcolombe Drummond de Melfort (1760-1833 ; Maréchal de camp le 31 décembre 1814), nommé après la destitution de Godefroy de la Tour d’Auvergne.

L’usure et la désertion sont telles que Clarke propose de recruter "dans les dépôts des prisonniers de guerre espagnols", ce que l’Empereur, depuis Valladolid, accepte le 7 janvier 1809 (P&T, II, 2628). Malgré tout, le Régiment semble s’être focalisé sur l’enrôlement de prisonniers de guerre non espagnols.

Sainte-Croix, de son côté, n’ayant pas été promu pour ses efforts, décide finalement de rejoindre l’Etat-major de Masséna à la Grande Armée comme premier Aide de camp (nomination en date du 1er mars) dès l’arrivée du nouveau Colonel. Ce départ tombe mal, car très bientôt, d’autres problèmes vont surgir.

/ Les abus de Murat

Drummond de Melfort, le nouveau Colonel du Régiment, prend son commandement le 13 février. Il rassemble alors les Compagnies d’élite du Régiment pour assurer la garde du palais de Murat en attendant que la Garde de ce dernier soit organisée. Murat aime s’entourer d’Officiers à particule et la plupart des Officiers bien nés du Régiment prennent du galon comme Aides de camp ou Officiers supérieurs. Le Corps n’a bientôt presque plus rien de français. Les ordres sont donnés en allemand. Pour résoudre ce problème, Napoléon accepte le 10 mars d’admettre dans chaque Compagnie deux Français pour "être employés au détail de l’administration et d’y mettre, en outre, au fur et à mesure du remplacement, le nombre d’officiers français que le bien pourra exiger" (P&T, II, 2913).

Murat quant à lui veut accélérer l’organisation de sa Garde. Accusé de prélever directement des hommes du Régiment, il est invité par le Ministre de la Guerre, sur ordre de Napoléon, à s’abstenir à l’avenir de recruter son armée parmi les français. Le 7 septembre, Clarke lui écrit même que l’Empereur est informé que l’on incorpore des hommes du Régiment sans son autorisation dans les troupes napolitaines, et particulièrement dans la Garde ; "ces militaires sont excités à quitter leurs drapeaux par tous les moyens que l’on croit propres à les y déterminer ; la force même est employée … Un détachement du régiment de la Tour d’Auvergne était chargé d’escorter une somme assez considérable, dont le corps a le plus grand besoin. Il a été embauché en totalité, et l’officier commandant est resté seul, pour garder les fonds, en attendant une nouvelle escorte...". Napoléon exige leur retour immédiat dans leur corps d’origine. Drummond de Melfort doit remettre au Général Partouneaux la liste des débauchés "avec l’indication du corps dans lequel on présume qu’ils sont entrés, de se concerter ensuite avec le Ministre de la Guerre de Votre Majesté et le Commandant en chef de sa Garde, pour passer une revue exacte de ces corps, en se faisant accompagner des officiers et sous officiers qu’il jugera convenables d’appeler pour reconnaître les fuyards, qui devront aussitôt sortir des rangs et être mis à la disposition de leurs anciens chefs". L’Empereur espère bien que le fait ne se renouvellera pas et "compte que l’on y apportera toute la loyauté qui doit en assurer le succès". Le Ministre conclut : "J’ose me flatter, sire, que Votre Majesté est persuadée que rien ne pourrait m’être plus agréable que d’avoir à rendre à cet égard un compte satisfaisant …". On ne peut pas être plus clair !

Murat refuse pourtant d’obéir. Trois mois plus tard, il cherche encore à faire revenir l’Empereur sur sa décision, sans succès. Le 24 mars 1810, tentant une autre démarche, il écrit à Napoléon que les rapports qui lui sont faits sont exagérés, que s’il doit rendre les hommes entrés dans son armée, lui et sa famille se retrouveront isolés et en danger en terre étrangère, alors qu’une partie des troupes napolitaines est en Espagne, et enfin que l’Empereur l’a autorisé à prélever des hommes dans les Corps français. Murat minimise bien entendu le nombre de soldats entrés irrégulièrement dans ses troupes mais d’après l’enquête de Partouneaux, il doit restituer 977 hommes dont 132 du Régiment de la Tour d’Auvergne !

Napoléon exige finalement un état nominatif de tous les hommes enrôlés par Murat qui est autorisé à cette seule condition à les conserver, et stipule par décret que "les militaires ayant appartenu à des corps français ou étrangers au service de France, qui auraient passé, sans permission spéciale, dans les troupes de Sa Majesté le roi des Deux Siciles, sont autorisés à y rester (…) sans qu’ils puissent cependant rien réclamer de leurs anciens corps. A l’avenir, aucun militaire des troupes de France ne pourra être admis dans celles de Naples sans notre autorisation spéciale. Ceux qui contreviendraient à cette disposition seront poursuivis comme déserteurs. Tout soldat des régiments au service de France qui aurait pu être reçu dans les troupes de S. M. le Roi de Naples postérieurement au 20 avril 1810 devra également être rendu".

Pendant ce temps, le 1er avril 1809, le 3e Bataillon est à la Division d’observation de l’Adriatique (Général Mollis), le reste du Corps à l’Armée de Naples. La lutte en Calabre intérieure continue (Capitaine Morlet, Lieutenant D’Epenoux, blessés par des brigands le 3 mai). Le 4 juin, le Régiment est pris dans une embuscade près de San Marco de la Catola. Les Chasseurs du 1er Bataillon ont d’importantes pertes (Capitaine Ducolombier, Sous-lieutenant de Cheverry, blessés). Le 12 juin en revanche, ils rejettent à la mer les Anglais du 21e qui tentent de reprendre Scylla. Le 24 juillet, le Lieutenant Duhamel est blessé en Calabre. Le 2 août, c’est au tour du Capitaine Dellamara.

/ Le 4e Bataillon en Espagne

Le 7 juin 1809, Napoléon décrète la création à partir des prisonniers pris en Autriche, d’un 4e Bataillon organisé à Belfort dès le 22 août. Le 1er septembre, en attente de sa future destination, il ne compte qu’un seul Officier, le Capitaine Cavanac de Ségur. Le 10, Napoléon informe Clarke que ce Bataillon, qui est auprès du Duc de Valmy à Wesel, doit être envoyé le plus tôt possible en Italie car il ne rend aucun service dans le Nord, ordre renouvelé le 24 (P&T, III, 3510 et 3599). Finalement, Clarke ordonne "aux trois compagnies du 4e bataillon … qui sont à Maëstricht d’en partir pour se rendre à Plaisance" et demande si elles doivent continuer leur marche sur Florence, ce que l’Empereur confirme le 27 septembre (P&T, III, 3610). Mais, alors que le Bataillon se rend à Plaisance pour être dirigé soit sur Florence, soit sur Bologne, Napoléon demande à Clarke le 30 octobre de l’arrêter, de l’organiser et de le faire servir à Perpignan (P&T, III, 3698). Sa destination sera donc l’Espagne. Commandé par Bangalat de Monstence assisté d’un Adjudant major, il est d’abord destiné à la Division du Général Gorges Joseph Dufour (8e Corps de Junot), mais l’Empereur se ravise et écrit à Clarke le 20 novembre que depuis Perpignan "Il sera dirigé sur le 7e corps où il sera organisé en bataillon ou comme le voudra le duc de Castiglione" (P&T, III, 3750).

Entre le 15 octobre 1809 et le 1e mai 1810 servent au Bataillon :
- Carabiniers : Capitaines de la Jumelière (au 1/11/09), Berthelot (au 1/5/10) ; Lieutenant Gerardot ; Sous-lieutenant de Ville Nuque
- 1ère Compagnie : Capitaine de Casenave ; Lieutenant Frentz ; Sous-lieutenant Rocreuse
- Voltigeurs : Capitaine Duchattaud ; Lieutenant Strop (au 1/5/10) ; Sous-lieutenant Schadler
- 3e Compagnie : Capitaines de la Jumelière, de Cavenac (au 1/5/10) ; Lieutenant Valla (non porté au 1/5/10) ; Sous-lieutenant Piedoys
- 4e Compagnie : Capitaines Dupuits (3e cie le 28/12/09 ; non porté au 1/05/10), Girard (au 28/12/09 ; Capitaine au 1/5/10) ; Lieutenant Mauduit ; Sous lieutenant Sturm
- 5e Compagnie : Capitaines Pierreville (au 1/11, non porté au 28/12), Montbrun (au 1/5/10) ; Lieutenants d’Esclignac (non porté au 28/12/09), Nieff (au 28/12/09, 6e cie au 1/5/10)
- 6e Compagnie : Capitaines d’Averton (passé à la 5e cie le 28/12, non porté au 1/5/10), Léonard St Cyr (au 1/5/10) ; Lieutenant Strop (au 28/12/09, non porté au 1/5/10) ; Sous-lieutenant de la Corneillère (au 28/12)
- 7e Compagnie : Lieutenant Magalon (au 28/12/09, 5e cie au 1/5/10)
- 8e Compagnie : Capitaine Desroches ; Lieutenant Bonhomme (au 1/5/10) ; Sous-lieutenant d’Egmont

Le 28 décembre, le Bataillon, maintenant commandé par Banyuls de Monsferre assisté du Capitaine adjudant-major Vinzelles et de l’Adjudant sous-officier Kopp, est à la 1ère Division du 7e Corps, Brigade Allemande. Ce jour là, Banyuls de Monsferre écrit au Ministre de la guerre : "… Malgré tous les inconvénients que j’ai pu éprouver dans l’organisation de ce Bataillon, il y existe une force de plus de 700 hommes en état de marcher à l’ennemi.
Je ne fatiguerai pas Votre Excellence du récit des tracasseries que j’ai éprouvé (sic) jusqu’à ce jour, le temps dévoilera les intrigues des hommes corrompus qui veulent faire rejaillir sur moi leurs erreurs, ma sauvegarde est dans la justice de Sa Majesté Impériale, et dans mon dévouement pour son service, c’est par une suite de ce dévouement que je me décide à demander à Votre Excellence le remplacement des emplois vacants, et quelle que soit l’espèce des hommes que j’ai à commander, je suis persuadé que j’en tirerai parti, si je puis être secondé par des officiers dévoués à leur service
".

Le Bataillon connaît donc les mêmes problèmes que le reste du Corps, ce qui explique qu’au mois de mars 1810, les Capitaines Barera et Ducolombier demandent à servir en qualité d’Adjoints, respectivement à l’Etat-major de la 1ère Division d’arrière garde et à l’Etat-major de l’Armée d’Espagne, demandes qui sont bien entendu refusées (P&T, III, 4079 et 4081).

Le 15 avril, les 22 Officiers et 451 hommes du Bataillon sont à la Division Verdier (Armée de Catalogne sous Augereau), puis à la Division territoriale (Général Baraguey d’Hilliers) le 1er octobre (17 Officiers, 207 hommes). Le Bataillon combat à Valderas le 2 novembre (Capitaine Barera, blessé).

Le 10 mars 1811, Napoléon ordonne à Clarke d’envoyer le cadre du Bataillon à Avignon. De là, il doit se rendre à Naples et prendre en route des Conscrits. Les hommes quant à eux seront versés dans un Régiment désigné par Baraguey d’Hillier (P&T, IV, 5165). Clarke de son côté propose d’incorporer les Allemands dans le Bataillon valaisan et de diriger les cadres sur Turin où ils prendront des recrues qu’ils conduiront à Naples, ce qu’approuve Napoléon le 21 mars (P&T, IV, 5220). Le Bataillon (10 Officiers, 95 hommes au 15 mars, Armée de Catalogne, 2e Arrondissement territorial) est réorganisé sur le pied de six Compagnies le 1er mai ; les 3e et 4e forment le Dépôt à Strasbourg. Les autres Compagnies demeurent en Espagne jusqu’au licenciement le 1er juillet.

/ Le Régiment en Italie

En Italie, la vie suit son cours et le corps des Officiers s’étoffe progressivement.

Etat major
Colonel Drummond de Melfort ; Major Zimmer (absent) ; Chefs de Bataillon Trobriand, Laville sur Illon (parti au 15/10), Foulon de Doué et Banyuls de Monsferre (présents au 15/10) ; Adjudants-majors Bonhotte, Komierowsky, Malcomes, Chesnard de Viuzellas (au 15/10) ; Chirurgien-major Laurent ; Chirurgiens aides majors Gilles, Jaeger ; Chirurgiens sous aides majors Keutsch (parti au 15/10), Meyronis.
1er Bataillon
Capitaines
Lieutenants
Sous lieutenants

Carabiniers

1ère Compagnie

Voltigeurs

3e Compagnie

4e Compagnie

5e Compagnie

6e Compagnie

7e Compagnie

8e Compagnie

D'Aspect

Hautz Michel

Zornholz

Cendrecourt parti au 15/10

Bonin 4e cie au 1/11

Desrosières

Berthelot

Ducolombier

Gombert

Schmelzer parti au 15/10

Gallemant 1ère cie au 15/11

Keransques dès le 15/10

Gerente parti au 15/10

Duhasmel

Descombes

Bresler parti au 15/10

Cherrière

Hautz Jean

Maine

Lebrun

Despagnet

Scheighardt

Baudinot dès le 15/10

Lafuges

Mongelas

Praileur
2e Bataillon

Carabiniers

1ère Compagnie

Voltigeurs

3e Compagnie

4e Compagnie

5e Compagnie

6e Compagnie

7e Compagnie

8e Compagnie

Dequevilley

Bergeret François

Salomon

Dallerit

Debond

Brisollier

La Chevallerie

Cavagnac dès le 15/10

Orich dès le 15/10

Sainte Colombe

Cottin

Gonnet

La Brosse

Eyrisch

Lequeu dès le 15/10

Lequeu parti au 15/10

Castelnau

Francheteau

Saint Pons

Seberna puis Berga au 15/10

Bergeret Cie de gren. au 1/11

Cheverry

Descombes dès le 15/10
3e Bataillon

Carabiniers

1ère Compagnie

Voltigeurs

3e Compagnie

4e Compagnie

5e Compagnie

6e Compagnie

7e Compagnie

8e Compagnie

Talon

De Champenoy

Thilorier

Zweifel parti au 15/10

Dellamarre

Lyon

Morlet

Doraison

Dettlingen

Hemberger

Oriez puis Duvivier au 15/10

Pittaubert

Gugger

Duvivier puis Gerente au 15/10

Leval puis Deker au 15/10

Kerausquer puis Schmelzer au 15/10

Galiffe

Desestangs

Lagarenne

Montmorillon

Baillivy

Pouthier

Deker puis Bernier au 15/10

Lallemand

Greder

Villemejeanne

Beurriet parti au 15/10

Le 21 novembre, exceptionnellement, Napoléon autorise le Chef de Bataillon Delaville sur Illon à passer au service du Roi de Naples (P&T, III, 3760).

Le 1e janvier 1810, 869 hommes du 1er Bataillon sont à la 6e Division des Etats romains (Général Mollis) de l’Armée de Naples. Le 9, Napoléon ordonne que tous les détachements du Régiment qui sont à l’Armée d’Italie retournent à Naples, ordre confirmé le 2 février (O&A, III, 4000). De ce fait, les six Compagnies d’élite sont concentrées à Naples car Murat, qui veut en finir avec les Bourbons qui le narguent, concentre malgré les conseils de la plupart de ses Généraux une armée d’invasion de la Sicile de 10000 hommes répartis en deux Divisions. Les six Compagnies d’élite, sous le Général Cavaignac, premier Aide de camp de Murat, débarquent dans la baie de San Stéphano le 17 septembre. Les troupes franco-napolitaines parviennent brièvement à s’établir puis sont défaites par une contre attaque britannique qui les oblige à rembarquer, non sans pertes. Par ailleurs sont blessés en Calabre le 22 septembre le Capitaine Schmelzer, le Lieutenant Eyrich, et le Sous-lieutenant Laugier au cours d’une affaire près de Scylla, et le 27, le Lieutenant D’Esclignac qui participait à la poursuite de brigands.

Entre temps, un Décret du 4 août prévoit de créer avec des prisonniers espagnols les 5e et 6e Bataillons. Le 6 octobre, Napoléon précise à Clarke que chaque Bataillon aura 6 Compagnies dont une de Carabiniers et une de Voltigeurs, et qu’indépendamment du Colonel, il y aura un Colonel en second (P&T, III, 4721). Dès le 1er janvier 1811, le Général de Brigade Jalras se charge de réorganiser le Régiment sur la base suivante :
- Etat major : 1 Colonel, 1 Major, 1 Quartier-maître trésorier, 1 Officier payeur, 1 Chirurgien-major, 3 Chirurgiens aide-major, 4 Chirurgiens sous-aide-major, 1 Tambour-major, 8 Musiciens, 1 Caporal-tambour, 4 Maîtres ouvriers.
- Bataillons : Chaque Bataillon sous les ordres d’un Chef de Bataillon assisté d’un Adjudant-major et de deux Adjudants sous-officiers.
- Compagnies : 1 Capitaine, 1 Lieutenant, 1 Sous-lieutenant, 1 Sergent-major, 4 Sergents, 1 Fourrier, 8 Caporaux, 2 Tambour et 111 hommes.

Mais le Corps est tellement réduit qu’il ne peut constituer que trois Compagnies de Chasseurs par Bataillon. Le 6e Bataillon n’a pas de Compagnie d’élite. C’est pour cette raison que, sur ordre du 7 février 1811, un détachement de 73 hommes du 2e Régiment de Grenadiers à pied de la Garde, anciens de l’ex Garde hollandaise, est dirigé via le Simplon à Naples pour rejoindre le Dépôt du Régiment (P&T, IV, 5044).

En mars, les cinq premiers Bataillons (le 4e n’est en fait pas encore rentré) rassemblés à Montelevra (52 Officiers, 3368 hommes) font partie de la Division de Calabre du Général Pacthod, Brigade Lanchant. Le 6e Bataillon (8 Officiers, 827 hommes) occupe Salerne avec la Division Lamarque. Murat demande à plusieurs reprises de transférer à son service cette force impressionnante, tant en terme d’effectif qu’en terme de qualité. Déjà, en octobre 1810, Clarke informe l’Empereur du désir de Murat de faire passer le Régiment au service de Naples "sans avoir toutefois à subvenir aux frais nécessités par l’entretien de l’habillement et de l’armement", ce à quoi Napoléon répond le 3 qu’il doit rester à la solde de la France (P&T, III, 4649 ; O&A, III, 4306). Lorsque Murat propose de rembourser le prix de l’habillement et de l’armement, Napoléon refuse à nouveau, écrivant le 25 mars 1811 que Murat doit d’abord payer tout ce qu’il doit aux Corps français (P&T, IV, 5236 ; O&A, III, 4520). Trois mois plus tard, nouvelle demande et nouveau refus le 8 juin (P&T, IV, 5571 ; O&A, III, 4606).

En fait, l’Empereur a d’autres projets. Le 24 juin, l’armée française de Naples est remplacée par un Corps d’observation de l’Italie méridionale de trois Brigades. La 2e comprend les 6 Bataillons du Régiment. Ce Corps doit rester réuni en permanence, être commandé uniquement par des Officiers français et "ne sera employé, sur la demande du roi de Naples, qu’en cas de danger pour la sûreté de son royaume" (IN, I, 466). Le même jour, Napoléon écrit à Clarke de hâter le retour du 4e Bataillon afin que le Régiment "ait ses six bataillons en ligne, commandés par un colonel, un major et deux majors en second. Ce bataillon peut être complété, puisque le régiment à 5000 hommes" (P&T, IV, 5673).

Le 27 juillet 1811, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris : "Monsieur le Duc de Feltre, je désire ne plus recevoir d'étrangers dans les cinq régiments hollandais et n'y admettre que des conscrits des départements de Hollande. Il faut détruire le dépôt de Gorcum. Tous les hommes qu'on recrutera seront envoyés dans les régiments de Prusse, de la Tour d'Auvergne et d'Isembourg.
Le général de brigade Roussel sera employé au corps d'observation de l'Italie méridionale. Il commandera une brigade composée des régiments de la Tour d'Auvergne et d'Isembourg. Il me sera présenté. Il prêtera serment, après quoi il partira
" (Brotonne (L. de) : « Dernières Lettres inédites de Napoléon 1er, collationnées sur les textes et publiées », Paris, 1903, t. 2, lettre 1489; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 27820).

Le 3 août, le Corps devient 1er Régiment étranger. Destiné à défendre la Toscane et le royaume d’Italie, il ne peut plus incorporer d’Autrichiens, l’Autriche pouvant potentiellement attaquer l’Italie.

Le 11 août 1811, l'Empereur écrit, depuis Rambouillet, au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris : "Monsieur le Duc de Feltre, je désire que vous me fassiez un rapport sur les quatre régiments étrangers. Le premier est celui de la Tour d'Auvergne ... Quels sont les quatre colonels et les majors qui commandent ces régiments ? Où sont-ils ? Quels sont les chefs de bataillon, capitaines et lieutenants ? Indiquez-moi de quelle nation est chacun, et joignez-y des renseignements sur leurs services, afin que je connaisse bien la composition de ces régiments. Tous les officiers français qui ont servi en Autriche et en Prusse et que je rappelle, tous ceux qui ont émigré, tous ceux enfin qui n'ont pas fait leur avancement dans l'armée française, pourront être employés dans ces régiments, où il y aura un tour d'avancement distinct de celui de la ligne ; car vous ne devez pas perdre de vue le principe que ces officiers ne doivent pas avoir d'avancement dans la ligne, et que, s'il y a jamais quelque exception, ce ne peut être qu'en vertu d'un décret spécial de moi et d'après un rapport particulier sur chaque individu, où vous m'aurez bien fait connaître ce dont il s'agit et les services de l'officier ...
Les régiments de la Tour d'Auvergne et d'Isembourg sont destinés à garder la Toscane et l'Italie, et en conséquence, vous devez veiller à ce qu'on n'y envoie pas d'Autrichiens ...
" (Correspondance de Napoléon, t.22, lettre 18021 ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 28110).

De plus, pour prévenir la désertion, Napoléon accepte le 13 sur proposition de Clarke, le transfert du Dépôt de Strasbourg à Phalsbourg (P&T, IV, 5976). Par contre, le 12 novembre, il écrit au Ministre d’épurer les 127e, 128e et 129e de Ligne, en raison de leur mauvais état d’esprit et de transférer au 1er Etranger par détachements de 100 hommes "tout ce qui sera prussien, danois, suédois, mecklembourgois, russe". Napoléon se méfie de plus en plus des étrangers et le 20, il demande à Clarke d’un ton exaspéré de ne plus lui proposer d’Officiers sortant du Régiment pour passer dans les Etats-majors ou dans d’autres unités. Il ne veut accorder sa "confiance qu’à des officiers ayant fait toute la guerre en France" (Margueron (Cdt) : "Campagne de Russie", tome III. ; L. Lecestre : «Lettres inédites de Napoléon 1e», tome II, 897; Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1912, t.3, lettre 3538). Pour cette raison, le 28 mai 1812, il refuse que le neveu du Général de brigade Wedel serve en Saxe, ce qui l’oblige à servir au 1er Etranger (O&A, III, 5095).

La solde quant à elle est toujours aussi mal versée. Début 1812, le Colonel Melfort et le Major Zimmer sont accusés de fraude.

Le 26 février 1812, à Paris, l'Empereur est informé que : "On constate un déficit dans la caisse du régiment de La Tour d'Auvergne"; ce dernier répond :"Le colonel Melfort sera suspendu de ses fonctions. il sera mandé à Paris pour rendre compte de sa conduite et il sera nommé un autre colonel en remplacement" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.2, lettre 1879).

Un extrait du procès verbal de la séance du Conseil des Ministres du 26 février (P&T, V, 6840) présente effectivement à l’Empereur un déficit de 66404 fr. 05 existant dans la caisse du Régiment. La sanction est immédiate. Melfort, suspendu de ses fonctions, part à Paris pour rendre compte de sa conduite. Entre temps, le Régiment, dont le 6e Bataillon a enfin ses Compagnies d’élite, alors que le 4e n’a encore que ses deux d’élite et deux de Chasseurs, reçoit l’ordre en décembre de se rendre par petite étapes dans le nord de l’Italie pour rejoindre le Corps d’observation. Le 7 mars, les six Bataillons (3600 hommes) sont à la 4e Division d’observation (Grenier) entre Rome et Naples (Du casse, VIII). Le 23, Napoléon ordonne la formation d’une Compagnie d’artillerie régimentaire avec deux pièces de six. Celle ci, confiée au Lieutenant Schwerghaust, comprend 3 Sergents, 3 Caporaux et 56 Canonniers. Le 31, le commandement passe au Colonel en second Jean Baptiste Danlion (1770-1853).

Le 29 août, Napoléon ordonne que le Corps demeure en Toscane (P&T, V, 7540), décision qui est renouvelée le 3 septembre (O&A, III, 5134). Le 30, il est dans les environs de Florence et malgré le désastre de Russie, Napoléon ne veut pas l’employer à la Grande Armée. En attendant, il séjourne au printemps et dans l’été 1813 dans plusieurs villes de l’Italie septentrionale. Pendant que les Compagnies du centre y tiennent garnison, les douze Compagnies d’élite sont réunies sur ordre du Vice-Roi en date du 21 avril avec deux Compagnies du 2e Etranger au sein de deux Bataillons d’élite intégrés à la 7e Division de l’Armée d’Italie (créée par Décret du 18 juin 1812).

Melfort a entre temps été blanchi par une commission d’enquête. Reconduit dans sa fonction, il reprend son commandement le 8 avril, et Danlion passe au 18e Léger. D’autre part, "on propose d’accorder des porte-aigles aux trois premiers régiments étrangers qui ont des aigles". Napoléon répond favorablement le 10 avril (IN, I, 873). Cependant, selon Rigo, l’emploi de porte-aigle n’a jamais figuré dans les effectifs du Régiment. Pierre Charrié de son côté précise que, conformément au décret du 30 novembre 1811, le Régiment n’a gardé qu’une aigle et retourné les deux autres en 1812 pour recevoir un drapeau modèle 1812 sans inscription de bataille avec comme légende "L’EMPEREUR NAPOLEON/AU 1ER REGIMENT ETRANGER".

Le 15 juin, Napoléon écrit à Eugène qu’il ne faut rien changer aux Régiments étrangers et "les laisser tranquilles où ils se trouvent. Je ne crois pas qu’ils puissent être à l’armée d’aucune utilité. Celui qui est ici a perdu une grande quantité de monde par la désertion. Ecrivez en donc au ministre de la guerre. Il faut laisser ces régiments à Rome et en Toscane ; sans quoi ce sera autant de renfort pour l’ennemi" (IN, I, 969). Pour cette raison, il décide le 3 septembre la "suppression des petits dépôts intermédiaires établis à Turin pour les 1e et 2e régiments étrangers" (IN,II, 2470).

- La campagne de 1813-1814

Mais de son côté, l’armée autrichienne de Bellegarde s’engouffre dans les défilés des Dolomites, bousculant tout sur son passage. Le 15 juillet, les deux Bataillon d’élite du 1er Etranger sont réunis à Montechiaro au sein de la Division de réserve (Général Bonfanti) du Corps d’observation d’Italie. Le 19, cette Division, comme l’ensemble des troupes italiennes, commence son mouvement. Elle s’approche de Vérone pour défendre les passages du Tyrol (combat de Brunck le 17 août ; Capitaine d’Aspect, blessé et décédé le 31 octobre) et se positionne à Trente (12 septembre). Les Bataillons d’élite combattent à nouveau contre les Autrichiens dont l’extrême gauche menace Botzen. Une colonne ennemie oblige même une des Compagnies de Voltigeurs stationnée dans le fort de Muhlbach à se rendre après une courte résistance. Cette colonne descend ensuite sur l’Italie par Brixen. Eugène, informé de l’abandon de Trente, remplace alors Bonfanti par le Général Gifflenga, arrivé le 21 septembre. Le même jour, la Division se dirige sur Brixen occupé le 25 ; elle est à Botzen le 26. Le 2 octobre, Eugène écrit à Clarke que Gifflenca a repoussé l’ennemi qui s’était montré "au Tyrol dans le Pustertahl, et se porte à Prunecken" (Du casse, IX). Poursuivant les Autrichiens, les deux Bataillons combattent avec vigueur à Brixau le 3 octobre (Lieutenant Tasché, Sous-lieutenants Rungs et Maire blessés) contre l’avant-garde autrichienne qui est repoussée avec près de 400 tués ou blessés. Cependant, Gifflenca se méfie "des bataillons étrangers qui désertent beaucoup".

Nouveau combat à Muhlbach le 7 octobre. Mais le 11, les Autrichiens percent dans le Tyrol. Gifflenca résiste mais doit se replier sur Botzen, non sans pertes, une partie des hommes du Régiment étant passés à l’ennemi. Puis sur Trente et enfin Volano où il prend position le 15. Le lendemain, Eugène écrit à Clarke que les Régiments étrangers qui présentaient un effectif assez fort le 7 septembre sont presque entièrement passés à l’ennemi. Le 28 sont blessés à Saint-Marco (Tyrol) le Capitaine adjudant-major Bonhôte et les Sous-lieutenants Berger et Ange, ce dernier aux avant-postes. Le 31, Eugène reprend Basssano, pensant ainsi colmater la brèche de son dispositif de défense.

Le 10 novembre, le Chef de Bataillon De Pierreville, le Capitaine adjudant-major Cottin, le Capitaine Ollivier de La Blairie, le Lieutenant Piedoye, les Sous-lieutenants Hermand, Fornier, Ludière, Ernest Banyuls, Maire, Parmanns et le Chirurgien-major Rosano sont blessés à Alba.

Pendant ce temps, la situation se détériore. Les Bataillons laissés à l’arrière se trouvent eux aussi engagés dans la défense de la région face aux Austro-napolitains qui avancent depuis le sud. Le 26 octobre, le Sous-lieutenant Nostrowitzki est blessé au cours d’un combat devant Ferrare. Le 6 novembre, les quatre premiers Bataillons du Régiment sont à l’Armée d’Italie, 2e Lieutenance (Verdier), 2e Division (Rouyer), 2e Brigade (d’Arnaud). Le Bataillon d’élite se trouve au Corps détaché de droite (Adjudant commandant Montfalcon). Voici la situation de ces troupes au 20 novembre :
1ee Bataillon : 30 Officiers, 655 hommes (2 Officiers et 81 hommes sont aux hôpitaux);
2e Bataillon : 19 Officiers, 531 hommes (3 Officiers et 104 hommes aux hôpitaux);
3e Bataillon : 18 Officiers, 471 hommes (107 hommes aux hôpitaux);
4e Bataillon : 17 Officiers, 484 hommes (2 Officiers et 92 hommes aux hôpitaux).
Artillerie régimentaire : 2 Officiers, 67 hommes, 37 chevaux (3 hommes aux hôpitaux).

Le 15 novembre, Eugène remporte la bataille de Caldiero. Le 19, deux des quatre Bataillons du 1er Etranger affrontent et repoussent les Autrichiens à Saint-Michel (Capitaine Bonin blessé). Entre temps, Eugène apprend que le Général Nugent a débarqué avec 3000 hommes à l’embouchure du Pô et marche sur Ferrare. Le Major Merdier, détaché pour couvrir ou reprendre Ferrare avec un Bataillon du 42e de Ligne et un du 1er Etranger, affronte le 25 les Autrichiens qui restent d’abord maîtres de la ville (Capitaine Zornholtz tué, Chef de Bataillon Hautz blessé, décédé le lendemain) mais sont finalement repoussés le 27.

Les Compagnies du centre du 5e Bataillon, qui se trouvaient à Forli avec un Bataillon du 55e de Ligne, sont quant à elles détruites ou dispersées le jour de Noël (Lieutenant Banyuls blessé le 26 près de Forli).

Bien qu’engagé dans les combats, le Corps n’échappe pas au Décret impérial du 25 novembre 1813 qui ordonne d’extraire des Régiments étrangers les sujets des puissances coalisées, de les désarmer et d’en former des Bataillons de pionniers. Pour les unités servant en Italie ou dans les îles ioniennes, ces ordres furent exécutés dans la mesure où les opérations de guerre le permettaient. Le 1er janvier 1814, le Général Jean Montfalcun rassemble, sur ordre d’Eugène, les étrangers stationnés dans le Royaume d’Italie, désarme ceux des 3e au 6e Bataillons à Legnano (et non à Bologne comme le croyait le Ministre), en même temps que ceux des deux premiers Bataillons, pour les organiser en un 1er Bataillon de Pionniers d’environ 1200 hommes immédiatement mis en route pour Alexandrie. De là, ce Bataillon marche vers la France. Il arrive à Clermont Ferrand le 11 janvier. Le 6 avril, au moment où Napoléon abdique, ce Bataillon est dispersé par le Général Becker dans les villages du Puy-de-Dôme parce qu’il croit y remarquer des "principes de révolte".

Avec les éléments restés en armes, Montfalcun renforce les deux premiers Bataillons qui reçoivent également les restes des Compagnies d’élite et de la Compagnie d’artillerie du 2e Etranger demeurés à Legnano. Ils sont ainsi épargnés de l’indignité d’être désarmés et demeurent à l’armée d’Eugène. Au 1er janvier, ces éléments sont à la 2e Brigade (d’Arnaud) de la 2e Division Rouyer, 1ère Lieutenance (Lieutenant général Comte Grenier) de l’Armée d’Italie, totalisant 31 Officiers, 569 hommes pour le 1er Bataillon, 17 Officiers, 496 hommes pour le 2e, 2 Officiers, 63 hommes et 39 chevaux pour l’Artillerie régimentaire. La situation au 1er janvier donne également un 3e et 4e Bataillons réunis pour former un 3e Bataillon fort de 22 Officiers et 380 hommes.

Le 1er février, Eugène décide de se replier derrière le Mincio où les troupes combattent le 8 (Capitaine Hunault de la Chevallerie, Lieutenants Pietrequin et Caseneuve, Sous-lieutenant De Blois blessés, Lieutenant La Bruss de Ender blessé et décédé le 18). Le 11, les deux Bataillons sont regroupés en un Bataillon unique fort le 1er mars de 25 Officiers, 487 hommes et 4 chevaux, stationnés en avant de Plaisance (124 hommes absents, aux hôpitaux, en congé ou prisonniers). Les 23 et 24 février, le commandant du Bataillon Esbeck repousse avec ses Compagnies d’élite soutenues par des troupes des Généraux Gratien et d’Arnaud les Autrichiens derrière la Nura.

En avril, ce Bataillon n’apparaît plus sur les états de situation de l’Armée d’Italie. Pour cause, il est rapatrié en France au mois de mai. Il aligne encore 24 Officiers et 446 hommes après le 25 mai mais ce nombre diminue rapidement. Envoyé à Aix en Provence, il y est inspecté par le Général Grenier qui permet à 163 ressortissants des puissances alliées de rentrer chez eux. Les Français sont séparés, les étrangers restants demeurent à Aix. Après une mutinerie, le Roi décide de les diriger le 22 juillet sur Avesnes. Arrivés les 12 et 13 septembre, ils comptent selon un rapport du Général Bourke 39 Officiers, 132 hommes et 4 enfants commandés par le Major Banyuls de Montferré. On en forme autant de Compagnies qu’il y a de fois 72 gradés et hommes.

Les Bataillons d’élite, administrés à part et engagés dans la bataille, ne furent pas touchés par le Décret du 25 novembre. On les laissa même tranquille jusqu’à leur dissolution à Goïto le 20 mars 1814.

Après hésitations, le nouveau gouvernement décide finalement le 16 décembre de conserver trois Régiments étrangers, chacun à trois Bataillons et un Etat-major. Leur organisation doit démarrer le 1er janvier 1815. Dés décembre, les hommes sont réunis par le Général Bourke à Montreuil. Le 1er Régiment, commandé par le Major Montferré, doit se former à Pont-Esprit. Entre-temps, l’Ordonnance du 6 février établit que l’engagement sera de six ans, avec prime de 50 francs comme pour les Français. Par ailleurs, les nationalités doivent être mélangées.

Au retour de Napoléon, le 1er Etranger prend parti pour le duc d’Angoulême qui tente de soulever le midi de la France. Napoléon, rétabli sur le trône, décide de le dissoudre par Décret du 2 mai. Ses 90 Officiers et 375 hommes servent à renforcer les nouveaux Régiments étrangers créés par Napoléon. On ne peut donc pas véritablement considérer que le Régiment de La Tour d’Auvergne est devenu le nouveau 1er Régiment étranger de 1815, qui à l’origine devait être composé uniquement de piémontais, et qui, en raison des circonstances, fut transformé en 31e Régiment d’infanterie légère.

/ Uniformes

Les tenues du Régiment peuvent être partagés en trois périodes distinctes. De 1805 à 1807, pendant sa formation et au début de son séjour à Naples, le Corps a porté un habit à la française à pans courts. Entre 1808-1809 et jusqu’en 1812, c’est au contraire l’habit à pans longs qui est en faveur. Enfin, dès 1813, l’uniforme porté est basé sur le règlement de Bardin. Commençons tout d'abord par la première période et le début de la 2e période.

- Uniformes de 1805 à 1807

Voici tout d’abord un Sergent porte-fanion de Carabiniers (fig.1), suivi d’un Voltigeur (fig.2), et d’un Chasseur en tenue de route (fig.3), d’après Bucquoy, qui écrivait avoir "établi les uniformes du début grâce à des renseignements pris dans les papiers du baron Chrétien Léopold de Dettlingen", communiqués par le peintre Ganier Tanconville. D’emblée, on remarquera le parement vert et la patte de parement rouge. Or, Mr Roger Forthoffer, qui a aussi utilisé comme source Dettlingen, donne au Voltigeur et au Chasseur le parement rouge et la patte de parement verte (fig.2a). Doit on alors considérer que les deux ont existé, ou bien y a t’il erreur de la part d’un des deux auteurs ? Nous ne pouvons hélas trancher. Les Carabiniers ont la même tenue que le Sergent, sans galons de grade bien entendu. Le Voltigeur est coiffé du shako modèle 1801 ; sur le côté gauche, une cocarde tricolore maintenue par une ganse de fil vert. Les Tambours de Carabiniers (fig.4) ont la tenue de la Compagnie, avec comme distinction des galons rouges (ou peut être blancs d’après P. Bunde) au col, aux revers, aux retroussis et aux parements.

La tenue évolue assez rapidement. Les Carabiniers par exemple sont représentés avec des culottes de couleur crème (fig.5 d’après Roger Forthoffer et Tanconville). Pour Rigo et Domange, les cordons, raquettes et glands sont blancs, le cul de singe rouge à croix blanche, et la giberne a une grenade jaune.

Les Officiers de Chasseurs (fig.6 d’après Tanconville) ont le chapeau galonné d’argent, surmonté d’un plumet rouge et vert, des culottes bordées d’un passepoil blanc sur le coté, et des bottes à la hongroise, avec galon et gland argent. En tenue d’été, ils portent des culottes chamois, des guêtres avec galon et gland argent, et le chapeau sans plumet (fig.7 d’après Tanconville).

A Naples, la tenue est à nouveau modifiée. Ainsi, le Baron de Dettlingen, Adjudant-major au Corps, a en petite tenue le chapeau sans galon, avec un plumet vert, et des bottes à la hongroise (fig.8 d’après Bucquoy et Roger Forthoffer). Certains Officiers de Chasseurs, avec la généralisation du shako en 1806, ont même une tenue de fantaisie caractérisée notamment par une culotte agrémentée de nœuds hongrois argentés et un ceinturon vert et argent (fig.9 d’après Roger Forthoffer et Domange). Les Carabiniers quant à eux (fig.10) ont en tenue d’été la veste blanche à collet rouge (selon Bucquoy, blanc pour les Chasseurs, chamois pour les Voltigeurs). La grande nouveauté est la généralisation du shako, notamment celui du modèle 1806, distribué dans le courant de l’année 1807. Celui des Carabiniers est, à cette époque, doté d'une plaque à l’aigle jaune, et est agrémenté d’un cordon avec glands et raquettes, d’un pompon et d’un plumet rouges. Les Chasseurs quant à eux (fig.11 d’après Rigo) ont reçu des shakos avec plaque en losange jaune, cordons et raquettes blancs, pompon vert surmonté d’un plumet vert à la base et rouge au sommet. En ce qui concerne les Voltigeurs, Bucquoy donne un Caporal qui porte la tenue d’origine, mais avec le shako modèle 1806, pourvu d’une plaque en losange et de jugulaires blanches (fig.12). Rigo de son coté propose un Voltigeur (fig.13) dont la tenue est différente : shako du modèle 1801, avec le plumet placé cette fois ci sur le devant ; habit a col jaune (chamois) ; épaulettes entièrement jaunes, tout comme les ornements des guêtres ; et dragonne jaune à gland rouge. Il est fort possible que les deux types de tenues se soient côtoyées pendant un temps.

La Musique, formée courant 1806, porte une tenue à dominante rouge jusqu’en 1808. Roger Forthoffer et P. Bunde donnent tous deux le Tambour-major (fig.14) et le Musicien (fig.16) ; il y avait aussi un Tambour-maître (fig.15 d’après Roger Forthoffer).

A partir de 1807-1808, l’uniforme aurait du se stabiliser ; P. Bunde propose un certain nombre de types correspondant à cette période, que l’on peut en partie recouper avec d’autres sources. Il s’agit en fait de l’uniforme théorique qui aurait du être porté jusqu’en 1811. Vient en premier lieu un Sergent de chasseurs (fig.17) assez proche du Chasseur représenté en fig.11 ; à ses côté, la distinctive de grade d’un Sergent major (fig.17a), d’un Caporal fourrier (fig.17b) et d’un Caporal (fig.17c). Suivent un Chasseur (fig.18), un Tambour (fig.19) et un Officier de Chasseurs (fig.20). Nous avons également représenté un Officier de Chasseurs d’après Rigo (fig.20a) et de Voltigeurs d’après Roger Forthoffer et Boersch (fig.20b). P. Bunde donne également le Voltigeur (fig.21) que nous avons comparé à celui donné par Roger Forthoffer et Tanconville (fig.22 ; le pourtour supérieur du shako est jaune, et les couleurs du plumet sont inversées), et un Cornet (fig.23 ; tous les galons sont rouges, sauf la patte de parement qui est passepoilée de blanc), là encore comparé à celui donné par Roger Forthoffer d’après Carl (fig.24 ; plaque à l’aigle jaune au shako, et tous les galons sont blancs). Vient ensuite un Sapeur (fig.25).

La tête de colonne pour sa part a semble t’il adopté l’habit vert galonné d’argent. Le Tambour-major (fig.26), dont les retroussis sont rouges est tiré d’un document de la Collection Knötel à Rastatt ; P. Bunde, qui lui attribue les retroussis verts (fig.26a) donne également un Musicien (fig.27). Terminons enfin pour cette période avec le Colonel en grande tenue d’après Bucquoy (fig.28). Tout comme le Cornet attribué à Carl, il a au shako la plaque à l’aigle.

- Evolution de l’uniforme vers 1808 1809

A partir de cette période, l’habit a des pans longs ; ils le resteront jusqu’en 1812. Par ailleurs, plaques de shako en losange et plaques à l’aigle jaunes semblent se côtoyer. Les boutons sont devenus jaunes, et la tête de colonne est désormais galonnée d’or. Tout cela parait curieux, mais il est tout à fait possible que tout ou partie du Régiment ait cherché à se distinguer en adoptant vers 1808 ces caractéristiques, les variantes pouvant être le fait de Bataillons différents. Carl propose ainsi un Carabinier (fig.29), un Chasseur (fig. 29a) et un Voltigeur (fig.29b). Pour ces trois types, le lecteur remarquera les ganses de cocarde jaunes, l’absence de passepoil sous le collet (c’est une constante chez Carl), les retroussis rouges et les liserés blancs des guêtres. Le shako du Carabinier a le pourtour supérieur rouge ; celui du Voltigeur, vert. Le Chasseur a la garniture du shako, les épaulettes et la dragonne de couleur blanche ; pompon et plumet sont verts.

R. Knötel, de son côté, donne un Cornet de Voltigeurs (fig.30), un Carabinier (fig.31) et un Chasseur (fig.32) qui, malgré certaines analogies avec les types de Carl, présentent néanmoins des différences notables, dont la plus évidente est la plaque à l’aigle et les pourtours des shakos. Le Cornet a des galons rouges au col, aux revers et aux retroussis (fig30a : retroussis rouges d’après un document de la Collection Knötel, Rastatt) ; le Chasseur quant à lui a un pompon bleu qui nous conforte dans notre idée d’un Bataillon différent (plutôt que d’une Compagnie).

Toujours entre 1808 et 1809, voici maintenant un Chasseur, un Carabinier, un Voltigeur et un Cornet de Voltigeurs d’après des dessins de Tohsche (33 à 36). On retrouve les boutons jaunes caractéristiques de la période, la plaque en losange donnée par Carl. Le gilet vert passepoilé de blanc peut surprendre mais il est cité par Fieffé et Lienhart et Humbert. Toujours à classer dans cette période, un Sapeur et un Musicien (37 à 39), d’après un dessin anonyme conservé dans la collection Knötel à Rastatt. Le Musicien est largement galonné d’or et l’on retrouve au shako la plaque à l’aigle. Nous avons représenté à ses côté le Tambour-major (38) tel qu’il est donné par L. Merllié et par R. North, d’après Carl.

- Uniformes à partir de 1810-1811

Au moment où le Régiment est porté à six Bataillons, l’uniforme subit de nouvelles modifications. Wurtz donne toute une série de personnages, recoupés en partie par d’autres sources, dont la principale caractéristique est le retour au bouton blanc tout en conservant la plaque en losange jaune : Chasseur, Carabinier, Voltigeur, Sapeur, Sergent-sapeur (40 à 44). Le Caporal-sapeur (45) est donné par Tohsche, on remarquera que ses épaulettes et le cordon du bonnet sont mêlés d’argent, ce qui est curieux pour ce grade. Viennent ensuite le Tambour-major, le Tambour-maître, le Chef de Musique, le Tambour de Carabiniers (46 à 49). Selon Wurtz, les Officiers portent le shako avec pourtour supérieur, cordon, garniture et tulipe argent, plumet de la Compagnie, épaulettes argent, hausse col doré, bottes coupées en cœur, sabre ou épée avec ceinturon blanc sous le pont de la culotte. Le Major a au shako un double galon argent, le plumet blanc à tulipe argentée, l’épaulette argent à corps or, l’épée, et la schabraque écarlate à double galon d’argent. Les fanions de Compagnie enfin sont écarlate pour les Carabiniers, jonquille pour les Voltigeurs, avec pique de cuivre.

Remarque importante : les figurines de Wurtz ne permettent pas de vérifier la longueur des basques, sauf en ce qui concerne le Tambour-maître et le Tambour-major qui les ont longues. H. Knötel donne un Carabinier daté de 1812 identique à celui de Wurtz (avec un pompon rouge en plus) ; il les a longues. Bucquoy, Roger Forthoffer et un document de la collection P. Wacker donnent un Chasseur en 1811 (50) qui confirme le bouton blanc et les basques longues à cette époque. On remarquera qu’ici, la plaque de shako est à l’aigle, ce qui ne nous paraît pas étonnant car nous sommes persuadés que les deux modèles se sont côtoyés. H. Knötel donne le Caporal de Chasseurs (50a), un document de la collection P. Méganck le Caporal chef (50b).

Viennent ensuite deux versions du Sergent-major de Chasseurs en petite tenue d’été, la première (51) d’après Bucquoy, la seconde (52) d’après Roger Forthoffer et Domange (source Knötel). Bucquoy donne aussi le Sapeur, le Musicien et le Tambour de Chasseurs (53 à 55). Terminons enfin cette période par le curieux Chasseur tiré du manuscrit d’Alsace (56) : plaque de shako blanche, habit sans passepoils, parements passepoilés de rouge. Il peut s’agit d’un soldat issu du 4e Bataillon de retour d’Espagne (ce qui expliquerait l’uniforme simplifié) ou un homme des 5e et 6e Bataillons nouvellement créés ?

- Uniformes à partir de 1813

Encore un grand changement puisque désormais est portée la tenue issue du règlement de 1812 élaboré par Bardin, savoir l’habit à revers fermés, parements en pointe verts et basques courtes, la plaque à l’aigle blanche, le bouton blanc estampillé «Régiment Etranger» avec I au centre. Les shakos des Compagnies d’élite ont les pourtours supérieur et inférieur et les chevron rouges pour les Carabiniers (57 d’après Roger Forthoffer et le Règlement), jaunes pour les Voltigeurs (58 d’après Roger Forthoffer et Domange, 59 d’après Rigo). Les Chasseurs (60 d’après P. Bunde) n’ont plus le briquet. Les Tambours ont l’habit à la livrée impériale (61 d’après Roger Forthoffer, 62 d’après Bunde). Les Officiers quant à eux ont la garniture argent (63 d’après P. Bunde; 64 : Colonel d’après Roger Forthoffer).

Terminons ce panorama des uniformes par les tenues portées sous le nouveau gouvernement (65-66). Le premier type, daté de 1814, est donné par H. Knötel, le second, daté de 1815, par R. Forthoffer. La dominante de la tenue est le bleu céleste. La cocarde blanche est celle du nouveau régime. Les plaques de shako, sur lesquelles on a fait disparaître l’aigle impériale, sont caractéristiques de l’époque.

Abréviations :

O&A : Ordres et apostilles.

P&T : Picard et Tuetey.

IN : Inédits napoléoniens.

/ Sources :

- Archives du S.H.A.T., Vincennes, communication P. Quentin.

- Berjaud F. : Soldats de la Grande Armée, série 53.

- Carles (Lt colonel) : «Les derniers jours des régiments étrangers au service de Napoléon, 1813-1815».

- Carnet de la Sabretache, 1900, page 418 : «Les embauchages dans la garde du Roi Murat».

- Chuquet A. : «Inédits napoléoniens», Paris, Fontemoing. Et «Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815)», Paris, Honoré Champion, 1911.

- Dempsey Guy C. Jr : «Napoleon’s Mercenaries», Greenhill Books, 2002.

- Du Casse A. : «Mémoires et correspondance politique et militaire du prince Eugène», Paris, Lévy, 1858.

- Fichiers Carl et Wurtz

- Hennet L. : «La Mission d’Escorches de Sainte Croix … et les Sainte Croix», Carnet de la Sabretache, 1906, page 90.

- Knötel R. : Uniformenkunde, volume XII, planche 33.

- Martinien A. : «Tableaux par corps et par batailles des officiers tués et blessés pendant les guerres de l’Empire (1805-1815)».

- Picard E. et Tuetey L. : «Correspondance inédite de Napoléon 1e, conservée au Archives de la Guerre», Paris, Lavauzelle, 1912.

- Documentation personnelle de l’auteur (J. Domange, R. Forthoffer, Manuscrit d’Alsace, R. North, Rigo …).

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