Le Régiment de la Tour d’Auvergne

1803-1815

Accès à la liste des Officiers, cadres d'Etat major, Sous officiers et soldats du Régiment de la Tour d'Auvergne

Avertissement et remerciements : Cet article a été publié dans la Revue Soldats Napoléoniens N°3 et N°5; nous le reprenons ici et le complèterons au fur et à mesure de nos découvertes

Le 7 juillet 1803, Napoléon soumet à Berthier l’idée de créer un Corps composé d’hommes et d’Officiers ayant combattu avec les royalistes en Vendée (Correspondance de Napoléon, 6889), projet sans suite immédiate, mais repris le 28 août 1805 sous une forme différente, dans une lettre écrite depuis Boulogne à Fouché : "... il pourrait être utile de former un corps franc de volontaires de deux ou trois bataillons, et de donner ainsi de l’emploi à tous les chefs de bande qui ont fait la guerre civile et à d’autres individus qui ont servi dans l’armée de Condé. Il faut savoir quel homme, ayant de l’influence, serait assez sûr pour en être le colonel, et quels hommes conviendraient pour les trois bataillons, les quinze capitaines et les trente lieutenants et sous lieutenants. Il est bien entendu qu’on n’admettrait dans ce corps aucune personne de l’âge de la conscription, ni d’un âge inférieur" (Correspondance de Napoléon).

/ Organisation du Régiment

Strasbourg, 30 septembre 1805 (8 vendémiaire an 14). Décret de création du Régiment qui doit être le premier d’une formation dénommée Légion Allemande, ce qui n’aboutira pas. Le Décret précise : "I. Il sera levé un régiment d'infanterie légère composé de trois bataillons. Il portera le nom de La Tour d'Auvergne.
II. Le sieur Godefroy de La Tour d'Auvergne est nomme colonel-commandant de ce corps.
III. Ce régiment aura la même organisation que l'infanterie légère de ligne. Le fond de son uniforme sera vert et sous tous les rapports conforme au modèle qui sera approuvé par le ministre directeur de l'administration de la guerre.
IV. Aucun homme de la conscription ou faisant partie d'un corps de troupe ne sera admis dans ce régiment qui pourra recevoir des Allemands et autres étrangers.
V. Ce régiment formera le 1er corps d'une légion qui sera incessamment organisée et portera le nom de Légion allemande
" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1912, t.4, lettre 5349).

Note : Godefroy Maurice Marie Joseph Comte de la Tour d’Auvergne (1770-1837); officiellement Colonel du Régiment jusqu’au 13 février 1809, il abandonne ses fonctions en mai 1808.

L’Empereur a choisi Godefroy de la Tour d’Auvergne car cet ancien émigré a des relations intimes avec les royalistes (ce qui peut lui permettre de convaincre Charrette, La Bourbonnais ou Montmorency de servir les aigles impériales), destinés à fournir les cadres, la troupe et les Sous-officiers devant être recrutés en Allemagne.

Le 17 octobre, le Ministre de la Police générale, chargé de pourvoir à tous les emplois d’Officiers, en arrête le premier état tandis que la Tour d’Auvergne confie l’organisation du Régiment à Charles Marie Robert d’Escorches de Sainte Croix (1782-1810 ; ex émigré, Chef du 1er Bataillon à partir du 7 décembre. Promu Général de Brigade le 21 juillet 1809, il est tué au Portugal, en 1810, alors qu’il servait sous Masséna).

1er Bataillon en organisation en octobre 1805 : Carabiniers, Capitaine Dolder Jean, Lieutenant Duez Louis; 1ère Compagnie, Capitaine Petit Alexis; 2e Compagnie, Capitaine Bergeret Auguste, Lieutenant Marco François; Compagnie de Voltigeurs, Capitaine Dittlingen Chrétien; 3e Compagnie, Capitaine Hautz Michel; 4e Compagnie, Capitaine Salomon; 5e Compagnie, Capitaine de Rosières; 6e Compagnie, Capitaine Le Touneur Auguste; 7e Compagnie, Capitaine Girard François.

2e Bataillon en organisation en octobre 1805 : Carabiniers, Capitaine Poirier Joseph, Sous-lieutenant Bremmer; 1ère Compagnie, capitaine d'Equevilley Jules César, Lieutenant Frischer.

L'organisation du Corps, commencée fin 1805 à Strasbourg et Wissembourg, sous les auspices du Maréchal Kellermann et du Général Marulaz, va s’étaler jusqu’en 1806.

L’organisation théorique (27 Compagnies dont 3 de Carabiniers et 3 de Voltigeurs, réparties en 3 Bataillons) est fixée à Wissembourg le 18 novembre :

- Etat-major : 1 Colonel, 1 Major, 3 Chefs de Bataillon, 1 Quartier-maître trésorier, 3 Adjudants-majors, 1 Chirurgien-major, 1 Chirurgien aide-major, 1 Chirurgien sous-aide-major, 3 Adjudants sous-officiers, 1 Tambour-major, 8 Musiciens dont 1 Chef, 1 Caporal-tambour, 4 Maîtres ouvriers (tailleur, guêtrier, cordonnier, armurier).

- Compagnies : 1 Capitaine, 1 Lieutenant, 1 Sous-lieutenant, 1 Sergent-major, 4 Sergents, 1 Caporal fourrier, 8 Caporaux, 2 Tambour, et 104 hommes.

A cette époque, le Tambour-major n’est pas nommé, il n’y a aucun Musicien, et ne sont présents que 192 Carabiniers, 146 Voltigeurs, 1015 Chasseurs et 34 Officiers.

Le Colonel voulait également introduire le rang de Cadet gentilhomme dans son Régiment. Ainsi, le 15 janvier 1806, le Lieutenant-colonel de Mariole, commandant le 3e Bataillon du Régiment de la Tour d'Auvergne, et Aide de camp du Général de Division Nogues, écrit, depuis Paris, à Nicolas Gedeon François de Rossignac : "J'ai l'honneur de vous prévenir, monsieur, que j'ai reçu l'ordre du colonel de vous annoncer qu'il vous a nommé cadet au régiment de la Tour d'Auvergne. Veuillez en conséquence de cet avis vous tenir près à joindre votre régiment pour y exercer les fonctions de votre grade" (une copie de cette lettre a été certifiée conforme à l'original à Limoges le 1er novembre 1806 par le Général de Brigade Meunier, commandant le département de la Haute-Vienne).

Mais l’Empereur, à qui l'on pose la question, "Sur le recrutement et l'organisation qui a eu lieu à Wissembourg, le 27 brumaire dernier, du régiment de La Tour d'Auvergne", rappelle de manière catégorique le 26 février 1806 à Paris, que "M. de La Tour d'Auvergne ne doit point établir de cadets, ni s’écarter en aucune manière de l’organisation des corps français" (Picard E. et Tuetey L. : “Correspondance inédite de Napoléon 1er, conservée au Archives de la Guerre”, Tome I, Paris, Lavauzelle, 1912, lettre 300. Chuquet A. : “Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815)”, Tome III, Paris, Librairie Honoré Champion, 1911. Lettre 3345).

Toujours le 26 février 1806, à Paris, "On propose de confirmer la nomination des officiers du 1er bataillon du régiment de La Tour d'Auvergne"; l'Empereur répond : "A renvoyer avec les états de service" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1912, t.3, lettre 3346).

La destination du Régiment pose assez vite problème comme le montre un rapport du Ministre de la Guerre, Berthier, adressé à l’Empereur : "Sire,
Par un décret impérial rendu à Strasbourg le 8 vendemiaire, S. M. l'Empereur a ordonné la levée d'un régiment d'infanterie légère, composé de trois bataillons, qui portera le nom de régiment de La Tour d'Auvergne.
M. le maréchal Kellermann, commandant en chef le 3e corps d’armée de réserve, chargé de l’organisation de ce régiment, demande si ce corps doit appartenir à son armée ou s’il doit faire partie des troupes de l’intérieur, cette solution étant nécessaire pour déterminer si ce régiment doit être traité ou non sur le pied de guerre.
En attendant la décision de Sa Majesté à cet égard, j’ai donné des ordres pour que ce régiment, qui s’organise à Wissembourg, soit traité sur le pied de paix ; mais la garnison de Philippsburg ayant été primitivement fixée à ce corps et l’espèce d’hommes dont il doit se composer me laissant présumer que la première intention de l’Empereur était de le traiter sur le pied de guerre, je prie Sa Majesté de vouloir bien me donner ses ordres a ce sujet
"; Napoléon, depuis Schönbrunn, répond le 21 décembre 1805 (30 frimaire an 14) : "Ce régiment doit faire partie des troupes de l’intérieur" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 1, lettre 243 ; note : la décision est de la main de Berthier).

Le recrutement est cependant difficile, les anciens ennemis de la république ne se bousculant pas. Le Colonel fait donc une requête auprès de Berthier qui écrit alors à Napoléon pour lui demander l’autorisation de recruter parmi les prisonniers de la Grande Armée, et notamment les Russes, ce à quoi l’Empereur répond positivement depuis Paris le 12 février (O&A, III, 3344). Le recrutement sera donc des plus hétéroclites : anciens Chouans, Hongrois, Bohémiens, Prussiens, Suédois, Russes, Autrichiens, Polonais, Hanovriens, Saxons, Bavarois, Suisses, Belges, etc., l’essentiel de l’effectif provenant surtout de prisonniers de guerre autrichiens et russes concentrés dans les camps de Toul, de Nancy ou Dijon. Napoléon veut en fait employer ce corps loin des frontières, et un rapport secret daté du 20 mars 1806 précise "qu’on doit placer tous les militaires que des circonstances malheureuses avaient obligé à servir à l’étranger lors des tems d’anarchie et d’y appeler des hommes audacieux dont les séjours dans les contrées de l’ouest pourraient être nuisibles" (cité par Rigo).

/ Passage dans le Royaume d’Italie.

Tandis que le Corps s’organise, la Reine de Naples Marie Caroline de Lorraine Habsbourg entre dans la coalition contre la France. De Schönbrunn, Napoléon déclare que "la maison de Bourbon a cessé de régner à Naples !" et charge Masséna de renverser le trône des Deux Siciles (l’armée de Naples est en principe commandée par Joseph, mais l’Empereur se méfie de ses qualités guerrières). Depuis Bologne, Joseph et Masséna se mettent en route, bousculent les 50000 Napolitains du maréchal Rosenheim à San Germano et à Campo Tenese, s’emparent de Capoue et entrent dans Naples le 14 février. Mais la Reine et son époux, Ferdinand IV, se sont déjà réfugiés en Sicile auprès des Anglais qui se sont rembarqués à Castellamare. Cependant, Gaète, commandée par le Prince de Hesse Philippstadt, et assiégée depuis le 12 février par Reynier, et la Calabre, où a débarqué la Division britannique du Général Stuart, résistent.

Fin février, le 1er Bataillon est organisé grâce à l’activité de Sainte-Croix, qui, entre temps, est expédié à Paris par son Colonel afin d’obtenir l’envoi du Corps en Italie avant la formation des 2e et 3e Bataillons, et la confirmation des Officiers provisoirement agréés. Mission qui prouve toute la confiance que lui porte son supérieur qui, en 1808, écrira, parlant de Sainte-Croix et de ses capacités à commander les hommes : "pendant le peu de temps qu’il les avait commandés, il sut y établir un bon esprit et une discipline exacte". Celui ci, "officier rempli de talent", s’acquitte avec zèle de sa tâche, à la satisfaction de Fouché, heureux de l’avoir à ses côtés pour l’établissement des propositions restant à faire pour les places, ce qui lui vaut d’être proposé le 5 février par Kellermann au grade de Major du Régiment resté vacant, proposition appuyée par Fouché. Le Décret de nomination est signé d’autant plus facilement le 31 mars que Napoléon a reçu Sainte-Croix dès son arrivée à Paris et lui a déjà exprimé sa satisfaction pour tout ce qui a été fait pour l’organisation du Corps et la nomination des Officiers, parmi lesquels on trouve de grands noms de l’ancienne noblesse. Cela va tout à fait dans le sens de la volonté impériale qui, dans la décision du 23 mars, rappelle que seuls des sujets ayant servi en émigration en Vendée ou à l’étranger doivent être admis comme candidats Officiers dans le Régiment.

Le Corps est à cette époque pressenti pour servir dans le Royaume d’Italie. Le 28 février 1806, Gouvion Saint-Cyr reçoit le commandement d’un Corps d’armée de la Pouille comprenant entre autres le Régiment de la Tour d’Auvergne. Le 11 mars 1806, Napoléon écrit, depuis Paris, au Général Dejean, Ministre de la guerre : "le second bataillon du régiment de La Tour d’Auvergne partira le 25 mars pour se rendre à Turin, d’où il ira rejoindre son 1er bataillon. Ce qui fait partie du 3e bataillon sera fondu dans le 2e qui sera envoyé en Suisse pour porter le 1er bataillon au complet, voulant que chaque bataillon soit de 1000 hommes" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 1, lettre 320 ; Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 11652). En raison de cette fusion, les Compagnies des Bataillons de guerre sont portée à 120 hommes le 18. Le 31 mars, les trois Bataillons totalisent 74 Officiers et 2364 hommes.

Le 31 mars justement, Joseph devient Roi des Deux Siciles. Il a besoin de renforts mais l’envoi du Régiment à l’Armée de Naples lui est momentanément refusé : "Un bataillon du régiment de la Tour d’Auvergne est déjà passé à Turin ; mon intention est que vous le dirigiez sur Ancône, où il attendra de nouveaux ordres. Comme je ne pense pas que le prince Joseph en ait besoin, il servira à la garnison d’Ancône. Le deuxième bataillon suivra la même direction. Vous préviendrez le prince Joseph de la destination que j’ai donnée à ce régiment" (Du Casse : «Mémoires du Prince Eugène», Tome II. Lettre adressée à Eugène le 15 avril, depuis Saint-Cloud).

Le 25 avril 1806, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Dejean, Ministre directeur de l'Administration de la Guerre : "Monsieur Dejean, envoyez-moi ... l’ordre de route du 2e bataillon de La Tour d'Auvergne" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 1, lettre 408 ; Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 11964). Le 2e Bataillon se met donc en route, conformément à ses ordres.

Le 26 avril 1806, Napoléon écrit, depuis Saint-Cloud, au prince Eugène : "Mon fils, si le bataillon de la Tour d’Auvergne n’a pas encore quitté les frontières de votre commandement, donnez lui l’ordre de s’arrêter, et rendez moi compte ... " (Du Casse, II; Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 11978).

Le 27 avril 1806, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Dejean : "Monsieur Dejean, donnez ordre au 2e bataillon du régiment de La Tour d'Auvergne de continuer sa route depuis Lyon pour se rendre à Aix-en-Provence" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 1, lettre 410). Le 2e Bataillon prend donc la direction d'Aix en Provence.

Le 30 avril 1806, on soumet à l'Empereur un "Rapport du ministre de l'administration de la guerre tendant à ce que les régiments d'infanterie polonaise et le régiment de La Tour d'Auvergne se recrutent exclusivement : les premiers de Polonais, le deuxième d'Allenands, et que le 1er régiment d'infanterie polonaise verse les Allemands entretenus à son dépôt dans le régiment de La Tour d'Auvergne, de passage en Italie"; Napoléon répond : "La Tour d'Auvergne les prendra en passant" Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 1, lettre 412). Le recrutement devient donc exclusivement allemand. De ce fait, de passage à Turin, le Corps doit récupérer en Italie ceux se trouvant au Dépôt du 1er Régiment d’infanterie polonais.

Le même 30 avril 1806, depuis Saint-Cloud, l'Empereur écrit au Général Dejean, Ministre directeur de l'Administration de la Guerre : "Monsieur Dejean ... Faites-moi connaître quand le 3e bataillon du régiment de La Tour d’Auvergne sera dans le cas de partir" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 1, lettre 415; Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 12019). Il s’agit sans doute du nouveau 3e Bataillon, en voie de reconstitution.

Le 4 mai 1806, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Dejean, Ministre directeur de l'Administration de la Guerre : "Monsieur Dejean ... Faites-moi connaître quand le 3e bataillon de La Tour d'Auvergne sera prêt à partir" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 1, lettre 425 ; Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 12047).

Début mai, on demande à l’Empereur si le Régiment doit recevoir "des drapeaux et aigles" ; il répond de "leur faire donner des aigles comme aux autres corps" (P&T, I, 430. De la main de Maret ; non datée, et non signée, extraite du "Travail du ministre directeur avec l’Empereur, du 7 mai 1806"). Pierre Charrié confirme qu’il a reçu à Gènes trois aigles et drapeaux fin 1806. Sur ce point, fin août 1807, on demande à l’Empereur "1° si les régiments étrangers qui, d’après sa décision du 20 juin dernier, doivent avoir des drapeaux sans aigles, les auront de l’ancien ou du nouveau modèle ; 2° dans le premier cas, quels en seront les ornements, la légende, la coupe ; 3° si cette décision sera applicable aux régiment suisses, irlandais, de La Tour d’Auvergne et d’Isenburg et au bataillon valaisan, qui ont reçu depuis longtemps des drapeaux surmontés d’aigles". Napoléon répond : "Donner des drapeaux dans l’ancienne forme à ceux qui n’en ont pas. Laisser les aigles à ceux qui en ont reçu" (P&T, I, 1267. Extraite du "Travail du ministre directeur avec l’Empereur, du 26 août 1807").

Le 6 mai, Napoléon adresse à Joseph une longue lettre pour clarifier sa position en Italie. Son Aide de camp, le Général Lemarois, reçoit "le commandement d’Ancône et des côtes de l’Adriatique, depuis Rimini jusqu’aux frontières du royaume de Naples, pour intercepter toute communication avec les escadres anglaises et russes et les îles de Corfou". Bien que devant correspondre avec Joseph, c’est avant tout de l’autorité du Vice-roi d’Italie qu’il dépend "parce que ce canal est plus naturel pour recevoir rapidement vos ordres". L’Empereur insiste donc sur l’importance de garder Ancône où doivent se trouver "environ 1,200 hommes. Le 1er bataillon du régiment de la Tour d’Auvergne doit y être. Je n’ai point de cavalerie à y envoyer ; vous en avez trop : envoyez y un régiment de dragons, qui est nécessaire pour la surveillance de cette côte". Et d’occuper Civita Vecchia, dont l’artillerie peut servir pour le siège de Gaète (Correspondance de Napoléon, t.12, lettres 10203 ; Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 12071).

Le 1er Bataillon fait donc partie de la Division d’Ancône.

Parallèlement, le 15 mai 1806, à Saint-Cloud, "Le ministre de la guerre fait connaitre à l'Empereur la force actuelle du 3e bataillon du régiment de La Tour d'Auvergne. Ce bataillon ne pourra se mettre en marche que le 10 juin". Napoléon lui répond, : "Il faut donner des ordres pour que ce bataillon soit complété, en choisissant des hommes de bonne volonté parmi les prisonniers. On ordonnera qu’il en soit passé une revue au 25 mai. Le 5 juin, le ministre me rendra comte de la situation de ce bataillon, et je lui ferai passer en conséquence des ordres" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 1, lettre 444).

Mi-juin, la Division d'Ancône, dont fait partie le 1er Bataillon du Régiment de la Tour d'Auvergne, devient 3e Division des Côtes de l’Adriatique de l’Armée d’Italie, commandée par le Général Lemarois (Du Casse, II. Le commandement de Lemarois dans les états du pape et la présence du 1er bataillon à Ancône sont confirmés dans une autre lettre datée du 16).

Le 16 mai 1806, donc, Napoléon écrit à Eugène pour lui confirmer que le Général Lemarois, envoyé à Ancône, a reçu le commandement des troupes "qui sont dans les Etats du Pape ; il est sous vos ordres. Ainsi le bataillon suisse et le bataillon du régiment de la Tour d’Auvergne qui sont à Ancône font partie de votre armée, et vous devez les comprendre dans vos états de situation" (Correspondance de Napoléon).

/ Scandale au Régiment

Malgré les apparences, le corps ne donne pas satisfaction à l’Empereur. Celui-ci écrit, depuis Saint-Cloud, le 31 mai 1806, au Général Dejean, Ministre directeur de l'Administration de la Guerre : "Monsieur Dejean, témoignez mon mécontentement au colonel du régiment de La Tour d'Auvergne de la mauvaise tenue de ce régiment qui est à Ancône. Donnez-lui l’ordre de s'y rendre et d'y rester. Le major restera avec le second bataillon" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 1, lettre 467; Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 12202). Il y a en effet de sérieux problèmes de discipline, y compris parmi les Officiers.

Surtout, courant 1806, une importante affaire éclate. Selon certaines rumeurs, le Colonel et son second, le Lieutenant colonel Louis Charles Sicaud de Mariole, ami et parent des Tascher, toucheraient des commissions pour nommer les Officiers. Un Cadet de l’Ecole militaire de Fontainebleau écrit ainsi à sa famille le 28 mai que les Officiers du Régiment achètent leur nomination. Ce qui est vrai ! En effet, la Tour d’Auvergne, qui n’a pas de fortune, et veut faciliter le recrutement, accepte des dons en argent de la part des candidats aux grades d’Officier. D’où agiotage au sein du Corps. Sous divers prétextes, on réclame des sommes considérables aux candidats, 5000, 10000 et même 15000 francs ! Au total, près de 80000 francs ont été versés ou promis.

Sicaud de Mariole, en tant qu’agent de la Tour d’Auvergne, s’occupe des tractations avec les candidats Officiers, et tient informé son supérieur ("ils ont tous pris avec moi les arrangements dont nous avions convenu avant votre départ. J’ai remis à M. de Flers leur engagement") dont il ne cesse en même temps, de vanter les mérites à une demoiselle Tascher, que le Colonel veut épouser.

Cependant, nommé provisoirement Chef du 3e Bataillon par son Colonel, Mariole, en raison de la décision du 23 mars 1806, ne peut plus faire partie du Régiment. Présenté sur un premier état pour être confirmé, il ne peut être porté sur le second et définitivement établi. Entre temps, l’affaire des fonds versés est devenue publique, ce qui n’arrange pas ses affaires. Par vengeance, il révèle alors l’agiotage dans ses détails, accusant de malversation Sainte-Croix qu’il pense responsable de son infortune (1er mai). Ce dernier provoque alors Mariole en duel et le tue, mais les partisans de Mariole affirment que Sainte-Croix, alors que son adversaire blessé était couché au sol, aurait tiré une seconde fois, ce qui le rend coupable de meurtre. Celui ci est immédiatement arrêté, ainsi que le témoin de Mariole, M. de Lasalle Seguin.

Le 7 mai 1806, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, à Fouché : "… J'entends beaucoup de tripotages sur le régiment de la Tour d'Auvergne. Prenez des renseignements et faites-moi connaître ce que cela veut dire. Rendez-moi aussi compte du duel qui a eu lieu" (Correspondance de Napoléon, t.12, lettres 10209 ; Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 12076).

Fouché, ami des Sainte-Croix, ordonne alors une enquête très serrée. Chaque Officier doit, sous serment, indiquer comment il a été nommé et avouer s’il a versé des subsides. Ceux qui l’ont effectivement fait déclarent tous les avoir versés à Mariole. Les Officiers présentés par sainte-Croix, au contraire, n’ont été admis que sur la base de leurs états de services, celui-ci ayant répondu à ceux qui tentaient de le soudoyer que "l’épaulette se donnait mais ne se payait pas".

Le procès verbal d’enquête du 3e Bataillon, envoyé le 22 mai, est transmis par Fouché le 1er juin au Ministre de la Guerre : "la déclaration des officiers explique d’une manière claire et précise les transactions pécuniaires qui ont eu malheureusement lieu lors de la nomination de quelques uns d’entre eux. Il ne paraît pas que le major se soit aucunement mêlé de ces affaires d’argent. Les déclarations que vont fournir les deux autres bataillons achèveront d’éclaircir cette affaire". En effet, celui du 2e Bataillon, envoyé le 4 juin, innocente Sainte-Croix. Au 1er Bataillon, organisé par le Major, aucun Officier n’a payé pour son grade. Sainte-Croix, qui a été libéré le 12 mai, est donc lavé de toute accusation, et le scandale est évité. Le 15 juin, il quitte Paris pour rejoindre son Corps.

Cette affaire explique sans doute la décision prise le 29 juillet 1806 : l’Empereur nommera directement les Officiers du Régiment et ceux-ci prendront "rang du jour de leur admission provisoire" dans ce Corps (O&A, III, 3512). Décision renouvelée le 16 septembre 1807 en précisant que "le mode d’avancement par ancienneté aurait des inconvénients" (O&A, III, 3701). Il est enfin décidé le 15 août 1806 que les Aides de camp ou Adjoints ne pourront "être pris parmi les Officiers de La Tour d’Auvergne et d’Isembourg" (O&A, III, 3538).

/ Passage progressif dans le Royaume de Naples

Mi-juin, le 1er Bataillon doit rejoindre la Division des côtes de la Méditerranée du Général Duhesme à Civita Vecchia. Le 24, Eugène informe Napoléon qu’il est encore à trois ou quatre jours de cette ville, et le lendemain, il lui écrit qu’il a ordonné à Duhesme de l’établir à Nosima pour fournir des détachements depuis Terracine jusqu’à Ostie. Le 1er Bataillon (et son Colonel), qui donne entière satisfaction à Duhesme (Du casse, III. Lettre de Eugène à l’Empereur datée du 5 juillet), arrive dans les derniers jours du siège de Gaète, qui capitule le 19 juillet. Mais, après la défaite de Reynier à Maida face aux Anglo-siciliens de Stuart, toute la Calabre entre en révolte. Joseph charge alors Masséna de la pacifier. De ce fait, le 31 juillet, Napoléon ordonne à Eugène de faire partir le 1er Bataillon pour Naples (Du Casse, III).

Le 20 juin 1806, depuis Saint-Cloud, Napoléon écrit au Général Dejean, Ministre directeur de l'Administration de la Guerre : "Monsieur Dejean, ... le 3e bataillon du régiment de la Tour d’Auvergne qui, de Phalsbourg, se rend à Aix, restera à Avignon, jusqu’à nouvel ordre" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 1, lettre 496 ; Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 12324).

Le 29 juillet 1806, Napoléon, depuis Saint-Cloud, donne l’ordre que les deux Bataillons stationnés en Provence se rendent par Nice à Gênes (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 1, lettre 560 ; Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 12597).

Le 20 août 1806, l'Empereur écrit, depuis Rambouillet, au Général Dejean, Ministre directeur de l'Administration de la Guerre : "Monsieur Dejean, vous donnerez ordre au 2e bataillon du régiment de la Tour d'Auvergne de se rendre à Sarzane où il restera jusqu'à nouvel ordre" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 1, lettre 594; Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 12754).

Le 3 septembre 1806, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Dejean, Ministre directeur de l'Administration de la Guerre : "Monsieur Dejean, donnez ordre au 3e bataillon du régiment de La Tour d’Auvergne de se rendre à Sarzana, et au 2e qui arrive le 4 septembre à Sarzana de se rendre à Naples pour rejoindre le 1er bataillon" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 1, lettre 617; Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 12850).

Enfin, le 12, il écrit à Dejean de faire partir immédiatement les Officiers du Régiment qui sont encore à Paris (Brotonne (L. de) : “Dernières lettres inédites de Napoléon 1er” ; Paris, Honoré Champion, 1903. Lettre 474, datée de Saint Cloud).

Fin septembre, les trois Bataillons (2300 hommes et Officiers) sont prêts à entrer au service de Naples, et à renforcer l’armée d’occupation, mais la discipline et le respect de la hiérarchie, ne sont toujours pas efficaces car parmi les ordres du Colonel en date du 24 novembre, on lit : "Monsieur de Sainte-Colombe gardera les arrêts pendant 24 heures pour avoir fait le rapport de son poste directement au Colonel. Je prie M.M. les officiers d’observer que tout ce qui est service ne doit lui être transmis que par la voie des officiers supérieurs.
M.M. les officiers de service enverrons tous les jours après la retraite le rapport de leur poste au corps de garde de la place. L’officier de garde y joindra son rapport et enverra le tout à la secrétairie. Ce rapport fait indépendamment du rapport de la place …
" (Roch Maurice d’Austry de Sainte-Colombe (20 mai 1772, 7 avril 1847) émigre le 15 février 1792 et rejoint l’Armée de Condé le 28 mai. Entré dans les Chasseurs nobles (9e Compagnie), il passe dans le Régiment de Hohenlohe Barstenstein devenu Durant le 21 novembre 1795. Lieutenant le 1er avril 1798. Licencié à son retour en France le 15 avril 1801, il entre le 1er mars 1806 comme Sergent au Régiment de la Tour d’Auvergne. Sous-lieutenant le 31 mars 1806. Lieutenant le 1er avril 1808. Capitaine le 8 janvier 1810. Passé au 3e Etranger le 1er janvier 1814, il émigre à nouveau et passe à Gand le 2 juin 1815. Il poursuit ensuite sa carrière militaire sous la monarchie. Promu Lieutenant-colonel employé à l’Etat-major des places le 19 septembre 1823, il est admis à la retraite le 24 septembre 1830). Dans le même temps, on rappelle que "la défense de porter du bois sur les habits est renouvelée".

Tout n’est pourtant pas négatif, car certains soldats du 2e Bataillon doivent recevoir la distinction honorifique des chevrons (ordre du 24 novembre). De même, les exercices et les revues suivent leur cours ; le 2e Bataillon est inspecté par le Colonel le 26 novembre ; les Carabiniers du 1er Bataillon par le Major le 27.

Fin 1806, servent dans le Corps : Colonel Godefroy de la Tour d’Auvergne ; Major d’Escorches de Sainte-Croix (parti en février comme Aide de camp de Masséna en Pologne, malgré l’interdiction de l’Empereur) ; Chefs de Bataillon Laville sur Illon, Foulon de Doué, Denis de Trobriand ; Adjudant-major Duprat ; Capitaine quartier-maître Hermand ; Capitaines Dolder, Hautz, Bergeret, Dettlingen, Keer, Hornholtz, Dehaupt, Salomon, Morlet, d’Equevilley, de Rosières, Talon, d’Aspert, Bouthier, Thilorier, Cueillet, Champenoy, Querellet (commandant du Dépôt de recrutement à Strasbourg), Ducolombier ; Lieutenants Malcomel, Schmelzer, Marco, Zweifel, Ubrick (commandant du Dépôt intermédiaire de recrutement de Turin), Futer, Bressler, de Roock, Komierowsky, de Gallemand, Ladoubée Duvivier, Richard de Condrecourt, Choiseul, Labourdonniage, Bonhote, Disjonval, Gugger, Stendack, Brissolliern, Thibaut, Dallerit, des Estangs (passé Aide de camp du Général César Berthier), Galabert (passé à l’Etat-major de l’Armée de Dalmatie) ; Sous-lieutenants Salmon Delabrosse, Gonnet Tassigny, Maine, Decker, Duhamel, Hemberger, Trailleur, d’Eperaux, Reissenbach, Hautz, Lequeu, Cottin, Gerente, Lebrun, Chevrier, Cyrisch, Gombert, Moutard, Sainte-Colombe, Leval, Decombes, Pebenesl, La Fage.

Le 7 janvier 1807, Napoléon, écrit, depuis Varsovie, au Général Dejean : "Monsieur Dejean, donnez ordre au 3e bataillon du régiment de La Tour d'Auvergne, qui est à Gênes, de se rendre à Naples pour y rejoindre ses deux autres bataillons" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 1, lettre 863). A cette époque, le Régiment est souvent dispersé et engagé dans des actions meurtrières contre les loyalistes napolitains qui mènent une guerre de guérilla contre les Français ; 1129 des 2904 recrues ont déserté du Corps. Selon la biographie de Sainte-Croix, le Régiment n’a perdu aucun Officier. Cependant, le Capitaine Bergeret est blessé le 10 juin lors d’une reconnaissance en Calabre. Le Corps est alors dans un état de désolation insupportable (retard de soldes, manque de fournitures et d’habits, paludisme), alors que Godefroy de la Tour d’Auvergne mène grand train à Naples.

Le 16 août 1807, le Général Lamarque, Chef de l'Etat-major de l'Armée de Naples, écrit au Colonel de La Tour d'Auvergne : "S. M., à qui j'ai rendu comte, Monsieur le coloel, de l'intelligence et du courage qu'ont déployé MM. le capitaine Berthelot et le lieutenant Marco, de votre régiment, dans l'arrestation des chefs de brigands Palladini et Caracciolo, me charge de vous écrire qu'elle a été très satisfaite de la bonne conduite de ces deux officiers.
S. M. désire, monsieur le colonel, qu'on ne les oublie pas des les mémoires de proposition d'avancement. Elle verrait avec plaisir que vous fassiez quelque chose qui put être agréable et avantageux à MM. Berthelot et Marco
".

Le 25 octobre 1807, "Le ministre demande sur quelles bases doit être calculée la dépense de l'armée de Naples ; il demande, en outre, si le régiment de La Tour d'Auvergne, le régiment suisse et plusieurs corps italiens au service du roi de Naples doivent être compris dans le compte"; Napoléon répond : "Faire le calcul d'après les bases du royaume d'Italie. Les corps dont il s'agit dans le rapport doivent entrer dans le compte" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 1, lettre 1394; extraite du « Travail du ministre de la guerre avec l’Empereur »).

De son côté, l'Empereur reste intraitable sur la question de l'avancement au sein du Régiment; le 3 novembre 1807, à Fontainebleau, il ordonne de "Ne proposer aucun avancement pour les régiments d'Isembourg et de La Tour d'Auvergne ..." (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1912, t.3, lettre 3756; Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 1, lettre 1416).

En décembre, le calme revient. Le 1er Bataillon est à Naples (Général Lamarque) ; le 2e en Calabre intérieure (Brigade Dufour, Division Saligny) ; le 3e occupe Gaète (Brigade Lanchantin sous les ordres du Maréchal Jourdan). Cependant, pour faciliter le recrutement de son Régiment, "le colonel demande l’autorisation de faire venir le 3e bataillon de ce corps, de Gaète à Turin" ; "Refusé. Donner ordre au major de se rendre au corps", répond Napoléon le 12 janvier 1808 (P&T, II, 1513).

Entre temps, Joseph, avant de partir pour l’Espagne, conscient de la situation du Corps, obtient le retour de Sainte-Croix afin de le reprendre en main (ordre de retour daté du 6 décembre 1807) ; l’ordre et la discipline sont rétablis mais la majorité des hommes ne comprennent pas le français. Pour y remédier, Sainte-Croix établit aux postes administratifs des français d’origine, ce qui provoque le mécontentement de l’administration militaire qui rappelle que le Corps, en dehors des Officiers, doit être composé exclusivement d’étrangers.

Le Régiment reprend les combats en Calabre. Le 23 janvier 1808, les Chasseurs du 2e Bataillon poursuivent les bandes d’il Monaco et d’il Diaconato. En juin, les Compagnies d’élite des 1er et 2e Bataillons se battent contre les hommes de Malacarne de Lagonegro.

Le 20 juillet 1808, à Bayonne, on informe l'Empereur que "S. A. I. le prince vice-roi d'Italie désire attacher au 7e régiment italien M. Dolder, capitaine au régiment de la Tour d'Auvergne"; "Accordé", répond Napoléon (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 2, lettre 2139).

Le 1er août 1808, Murat devient Roi de Naples.

Le 12 août, le Capitaine de Champenoit est blessé, alors qu’il est en colonne mobile.

Le 3 septembre 1808, "Bien que le régiment de la Tour d'Auvergne ne doive être composé que d'étrangers, le général Clarke propose à l'Empereur de conserver à ce corps deux sous officiers Français d’origine, qui y sont nécessaires pour aider le quartier maître dans la tenue de la comptabilité, étant les seuls dans le régiment, par leur connaissance de la langue française, qui soient en état de coopérer à ce travail", ce que l’Empereur accepte (P&T, II, 2252).

Le 18 septembre 1808, Napoléon, depuis Saint-Cloud, demande au Roi de Naples pourquoi le Régiment n’est toujours pas entièrement réuni (Brotonne, 779).

Le 17 octobre, jour de la prise de Capri, Clarke propose à l’Empereur d’appliquer au régiment "les dispositions du décret du 18 février 1808, relatif à la nouvelle organisation des régiments d’infanterie de ligne et légère". "On peut laisser les choses comme elles sont" répond Napoléon le 24 (P&T, II, 2403).

Malheureusement, la nature des combats dans lesquels le Corps est engagé ne permet pas à Sainte-Croix de résoudre tous les problèmes. En novembre, des hommes du Régiment sont assassinés près de Lagonegro. Murat ordonne une enquête, déclarant que le Régiment s’est si mal comporté qu’il ne serait pas étonnant qu’une partie des habitants de ce village se soient vengés. Pourtant, le Ministre de la Guerre napolitain note un mois plus tard que ce Régiment est remarquable et montre un bon état d’esprit. Et chose tout à fait curieuse, le 22 novembre, Murat le réclame à l’Empereur pour l’armée de Naples, car il dépend encore de la France.

Sa mission demeure cependant inchangée. Cette lutte incessante fatigue les hommes en loques, démoralisés par les embuscades, les coups de main, et dont la solde est rarement payée.

Godefroy de La Tour d'Auvergne étant absent depuis plusieurs mois, l'Empereur excédé, écrit, le 8 décembre 1808, depuis Madrid (la minute est datée de Chamartin), au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le général Clarke … Le colonel du régiment de La Tour d'Auvergne est incapable de commander ce régiment, nommez un autre colonel ..." (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 2, lettre 2533 ; Correspondance générale de Napoléon, t.8, lettre 19463).

Le 16 décembre, les Bataillons sont toujours autant dispersés ; le 1er est cantonné autour de Salernes (Brigade Valentin) ; le 2e réparti dans la région de Reggio de Calabre (Brigade Dufour de la Division Partouneaux) ; le 3e à Gaète avec Sainte-Croix qui assure l’intérim (du 1er mai 1808 au 1er avril 1809), en attendant l’arrivée du nouveau Colonel, Louis Pierre Milcolombe Drummond de Melfort (1760-1833 ; Maréchal de camp le 31 décembre 1814), nommé après la destitution de Godefroy de la Tour d’Auvergne.

L’usure et la désertion sont telles que Clarke propose de recruter "dans les dépôts des prisonniers de guerre espagnols", ce que l’Empereur, depuis Valladolid, accepte le 7 janvier 1809 (P&T, II, 2628). Malgré tout, le Régiment semble s’être focalisé sur l’enrôlement de prisonniers de guerre non espagnols.

Sainte-Croix, de son côté, n’ayant pas été promu pour ses efforts, décide finalement de rejoindre l’Etat-major de Masséna à la Grande Armée comme premier Aide de camp (nomination en date du 1er mars) dès l’arrivée du nouveau Colonel. Ce départ tombe mal, car très bientôt, d’autres problèmes vont surgir.

/ Les abus de Murat

Louis Pierre Milcolombe Drummond de Melfort, le nouveau Colonel du Régiment, prend son commandement le 13 février. Il n'a pas servi depuis 1791.

Napoléon de son côté, réorganise les forces en Italie et donne ses ordres. Ainsi, il écrit depuis Paris, au Général Clarke, le 17 février 1809 : "Monsieur le général Clarke, vous ferez connaître au roi de Naples que, dans les circonstances actuelles, mon intention n’est pas qu’il ait toutes les troupes dans le fond de la Calabre, et que je désire qu’il les place de cette manière :
La division Partouneaux en Calabre composée des : 20e de ligne, quatre bataillons, 3 000 hommes ; 101e de ligne, trois bataillons, 2 200 hommes ; 22e légère, deux bataillons, 1 600 hommes ; Suisses, deux bataillons, 1 400 hommes ; régiment de La Tour d’Auvergne, un bataillon, 700 hommes ; régiment d’Isembourg, un bataillon, 700 hommes ; 2 escadrons du 4e régiment de chasseurs, 500 hommes. Total : 10 100 hommes.
Une autre division serait réunie à Naples et environs, composée des : 10e de ligne, 4 bataillons, 3 000 hommes ; 62e de ligne, 3 bataillons, 2 100 hommes ; 23e légère, 2 bataillons, 1 600 hommes ; Suisses, 2 bataillons, 1 400 hommes ; régiment de La Tour d’Auvergne, un bataillon, 800 hommes ; 2 escadrons de chasseurs, 500 hommes. Total : 9 400 hommes.
Cette division divisée en deux brigades devrait être placée à Naples et à trois marches de cette ville pour pouvoir se réunir et marcher sur Rome si les circonstances l’exigeaient. La division Partouneaux également divisée en deux brigades serait placée, une brigade au fond de la botte menaçant la Sicile, et l’autre à mi-chemin de Reggio à Naples. Il ne faut mettre dans les îles de Capri et d’Ischia que le nombre d’hommes absolument nécessaire. Je pense qu’il y a trop de monde. Il faut placer à Tarente et dans toute cette partie un bataillon d’Isembourg, un de La Tour d’Auvergne, un bataillon de troupes napolitaines et un régiment de chasseurs napolitains. Vous ferez connaître au roi que je vois avec peine que dans les circonstances où nous sommes, sa garde ait moins de chevaux ; que sa cavalerie n’est pas montée ; qu’il doit avoir dans son royaume des ressources pour mettre 1 200 hommes à cheval ; qu’il a trop peu de troupes et qu’elles ne sont pas au complet ; qu’il serait important qu’il établît la conscription et augmentât son armée
" (E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 2, lettre 2792 ; Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 20053).

Drummond de Melfort rassemble les Compagnies d’élite du Régiment pour assurer la garde du palais de Murat en attendant que la Garde de ce dernier soit organisée. Murat aime aussi s’entourer d’Officiers à particule et la plupart des Officiers bien nés du Régiment prennent du galon comme Aides de camp ou Officiers supérieurs.

Le 8 mars 1809, le Major Saint-Croix, commandant le Régiment de la Tour d'Auvergne, écrit, depuis Gaète, au Ministre de la Guerre, le Comte d'Hunebourg : "Monseigneur, j'ai l'honneur d'adresser à V. E. la demande du Lieutenant Bresler, hollandais d'origine, qui désire profiter du décret de S. M. le Roi de Hollande pour retourner dans sa patrie.
Je sollicite l'agréement de V. E. parce que le Lieutenant Bresler est un officier plus que médiocre, et qu'il s'est mis dans une position qui ne lui permet pas de rester avec honneur au régiment.
Il s'est marié, il y a 22 mois, sans aucune autorisation de ses chefs. Il a eu un enfant de la femme qu'il a épousée.
Je l'ai obligé à se séparer d'elle, puisque son mariage était illégitime devant la loi. Il est depuis cette époque nul pour le service, et constamment sous le poids de punitions militaires qui ne servent qu'à l'avilir sans le corriger
" (SHD - Vincennes).

Le Corps n’a bientôt presque plus rien de français. Les ordres sont donnés en allemand. Pour résoudre ce problème, Napoléon accepte le 10 mars 1809, d’admettre dans chaque Compagnie deux Français pour "être employés au détail de l’administration et d’y mettre, en outre, au fur et à mesure du remplacement, le nombre d’officiers français que le bien pourra exiger" (P&T, II, 2913).

Le 26 mars 1809, le Général de Division Charpentier, chef de l’état-major général, écrit depuis Milan, au Général de Division Grenier à Sacile : "Voici, mon cher général, la composition et l’emplacement de l’armée au 1er avril prochain :
... 6e division : Général de division Miollis à Rome ; généraux de brigade Salras, Herbino, adjudant commandant Garobuau, adjudant commandant Miollis.
4e bataillon du 14e léger à Rome, 3e et 4e bataillons du 23e idem en Toscane, 4e bataillon du 6e de ligne à Rome, 4e bataillon du 62e de ligne à Rome et Spoleto, 4e bataillon du 101e à Velletri, 17e compagnie du 2e régiment d’artillerie à pied italien à Rome, détachement du 7e bataillon principal du train à Rome, 10e compagnie du 1er régiment d’artillerie à pied italien à Cività-Vecchia.
Brigade du général Valentin, à Rome, venant de Naples.
2 bataillons du 23e léger, 3e bataillons du 62e de ligne, 1 bataillon du régiment de la Tour d’Auvergne, 1ère compagnie d’artillerie, 1 régiment napolitains, 2e escadrons cavalerie id, à Rome ...
" (Papiers du général Paul Grenier. V Papiers relatifs à l'armée d'Italie. 1768-1827, BNF, Paris. Doc 34. Page 78).

Murat quant à lui veut accélérer l’organisation de sa Garde. Accusé de prélever directement des hommes du Régiment, il est invité par le Ministre de la Guerre, sur ordre de Napoléon, à s’abstenir à l’avenir de recruter son armée parmi les français. Le 7 septembre, Clarke lui écrit même que l’Empereur est informé que l’on incorpore des hommes du Régiment sans son autorisation dans les troupes napolitaines, et particulièrement dans la Garde ; "ces militaires sont excités à quitter leurs drapeaux par tous les moyens que l’on croit propres à les y déterminer ; la force même est employée … Un détachement du régiment de la Tour d’Auvergne était chargé d’escorter une somme assez considérable, dont le corps a le plus grand besoin. Il a été embauché en totalité, et l’officier commandant est resté seul, pour garder les fonds, en attendant une nouvelle escorte...". Napoléon exige leur retour immédiat dans leur corps d’origine. Drummond de Melfort doit remettre au Général Partouneaux la liste des débauchés "avec l’indication du corps dans lequel on présume qu’ils sont entrés, de se concerter ensuite avec le Ministre de la Guerre de Votre Majesté et le Commandant en chef de sa Garde, pour passer une revue exacte de ces corps, en se faisant accompagner des officiers et sous officiers qu’il jugera convenables d’appeler pour reconnaître les fuyards, qui devront aussitôt sortir des rangs et être mis à la disposition de leurs anciens chefs". L’Empereur espère bien que le fait ne se renouvellera pas et "compte que l’on y apportera toute la loyauté qui doit en assurer le succès". Le Ministre conclut : "J’ose me flatter, sire, que Votre Majesté est persuadée que rien ne pourrait m’être plus agréable que d’avoir à rendre à cet égard un compte satisfaisant …". On ne peut pas être plus clair !

Murat refuse pourtant d’obéir. Trois mois plus tard, il cherche encore à faire revenir l’Empereur sur sa décision, sans succès. Le 24 mars 1810, tentant une autre démarche, il écrit à Napoléon que les rapports qui lui sont faits sont exagérés, que s’il doit rendre les hommes entrés dans son armée, lui et sa famille se retrouveront isolés et en danger en terre étrangère, alors qu’une partie des troupes napolitaines est en Espagne, et enfin que l’Empereur l’a autorisé à prélever des hommes dans les Corps français. Murat minimise bien entendu le nombre de soldats entrés irrégulièrement dans ses troupes mais d’après l’enquête de Partouneaux, il doit restituer 977 hommes dont 132 du Régiment de la Tour d’Auvergne !

Napoléon exige finalement un état nominatif de tous les hommes enrôlés par Murat qui est autorisé à cette seule condition à les conserver, et stipule par décret que "les militaires ayant appartenu à des corps français ou étrangers au service de France, qui auraient passé, sans permission spéciale, dans les troupes de Sa Majesté le roi des Deux Siciles, sont autorisés à y rester (…) sans qu’ils puissent cependant rien réclamer de leurs anciens corps. A l’avenir, aucun militaire des troupes de France ne pourra être admis dans celles de Naples sans notre autorisation spéciale. Ceux qui contreviendraient à cette disposition seront poursuivis comme déserteurs. Tout soldat des régiments au service de France qui aurait pu être reçu dans les troupes de S. M. le Roi de Naples postérieurement au 20 avril 1810 devra également être rendu".

/ Poursuite des opérations en Italie du Sud

Pendant ce temps, le 1er avril 1809, le 3e Bataillon est à la Division d’observation de l’Adriatique (Général Mollis), le reste du Corps à l’Armée de Naples.

Le 17 avril 1809, un Rapport sur "Mr Bresler, Lieutenant au Régiment de La Tour d'Auvergne" est adressé au Ministre de la Guerre par la 2e Division, Bureau de l'Infanterie : "Le Major du Régiment, M. Sainte-Croix, transmet la demande ci-jointe, que lui a remise M. Bresler, né en Hollande, par laquelle cet officier témoigne le désir qu'il a de retourner dans sa patrie.
Il invoque en sa faveur les dispositions d'un décret de S. M. le Roi de Hollande, qui invite les officiers hollandais à rentrer dans leurs foyers.
Le Major prie Son Excellence de vouloir bien accueillir la demande du lieutenant Bresler, qu'il présente comme un officier plus que médiocre et constamment sous le poids des punitions militaires, qui ne servent qu'à l'avilir, sans le corriger.
On a l'honneur de proposer à Son Excellence que cette demande soit soumise à Sa Majesté l'Empereur
" (SHD - Vincennes).

Le 25 avril 1809, l'Empereur écrit, depuis Ratisbonne, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le général Clarke ... On doit également recruter pour porter au grand complet les régiments d'Isembourg et de La Tour d'Auvergne" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1912, t.4, lettre 5458 ; Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 3, lettre 3119 ; Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 20892).

La lutte en Calabre intérieure continue (Capitaine Morlet, Lieutenant D’Epenoux, blessés par des brigands le 3 mai). Le 4 juin, le Régiment est pris dans une embuscade près de San Marco de la Catola. Les Chasseurs du 1er Bataillon ont d’importantes pertes (Capitaine Ducolombier, Sous-lieutenant de Cheverry, blessés). Le 12 juin en revanche, ils rejettent à la mer les Anglais du 21e qui tentent de reprendre Scylla. Le 24 juillet, le Lieutenant Duhamel est blessé en Calabre. Le 2 août, c’est au tour du Capitaine Dellamara.

Le 9 août 1809, "Le général Clarke rend compte que le lieutenant Bresler, du régiment de La Tour d'Auvergne, demande à retourner en Hollande, sa patrie"; "Accordé", répond l'Empereur (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 3, lettre 3416).

/ Le 4e Bataillon en Espagne

Le 7 juin 1809, Napoléon décrète la création à partir des prisonniers pris en Autriche, d’un 4e Bataillon organisé à Belfort dès le 22 août. Le 1er septembre, en attente de sa future destination, il ne compte qu’un seul Officier, le Capitaine Cavanac de Ségur.

Le 10 septembre 1809, Napoléon, depuis Schönbrunn, informe le Général Clarke, Ministre de la Guerre, que ce Bataillon, qui est auprès du Duc de Valmy à Wesel, doit être envoyé le plus tôt possible en Italie car, selon lui, "il ne rendra aucun service dans le Nord et désertera tout entier" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 3, lettre 3554 ; Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 22023).

Le 24 septembre 1809, Napoléon renouvelle ses ordres ; il écrit, depuis Schönbrunn, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le général Clarke, je réponds à votre lettre du 15 septembre où vous me faites connaitre que vous avez pris des mesures pour organiser l’armée du Nord conformément à mon ordre du 5. J’approuve fort ... que les bataillons des régiments de La Tour d’Auvergne et d’Isembourg soient envoyés en Italie (il faut que ces bataillons aillent rejoindre leurs corps) ..."(Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 3, lettre 3599 ; Correspondance générale de Napoléon, t.9, lettre 22166).

Le 27 septembre 1809, à Schönbrunn, "Le général Clarke rend compte qu'il a donné l'ordre aux trois compagnies du 4e bataillon du régiment de La Tour d'Auvergne qui sont à Maestricht d'en partir pour se rendre à Plaisance. Il demande si cette troupe, immédiatement après son arrivée à Plaisance, devra continuer sa marche sur Florence"; "Oui", répond l'Empereur (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 3, lettre 3610).

Mais, lorsque, le 30 octobre 1809, à Fontainebleau, "Le général Clarke rend compte du mouvement du 4e bataillon du régiment de la Tour d'Auvergne qui se rend à Plaisance, pour, de là, être dirigé soit sur Florence, soit sur Bologne", Napoléon lui répond : "Serait-il possible d’arrêter ce bataillon, de l’organiser et de le faire servir à Perpignan ?" (P&T, III, 3698). Sa destination sera donc l’Espagne.

Commandé par Bangalat de Monstence, assisté d’un Adjudant major, le Bataillon est d’abord destiné à la Division du Général Gorges Joseph Dufour (8e Corps de Junot), mais l’Empereur se ravise ensuite. Le 20 novembre 1809, à Perpignan, "Le général Clarke demande si le 4e bataillon du régiment de La Tour d'Auvergne devra, immédiatement après son arrivée à Perpignan, être dirigé sur le 7e corps de l'armée d'Espagne" ; l'Empereur lui répond : "Il sera dirigé sur le 7e corps où il sera organisé en bataillon ou comme le voudra le duc de Castiglione" (P&T, III, 3750).

Entre le 15 octobre 1809 et le 1er mai 1810 servent au Bataillon :
- Carabiniers : Capitaines de la Jumelière (au 1/11/09), Berthelot (au 1/5/10) ; Lieutenant Gerardot ; Sous-lieutenant de Ville Nuque
- 1ère Compagnie : Capitaine de Casenave ; Lieutenant Frentz ; Sous-lieutenant Rocreuse
- Voltigeurs : Capitaine Duchattaud ; Lieutenant Strop (au 1/5/10) ; Sous-lieutenant Schadler
- 3e Compagnie : Capitaines de la Jumelière, de Cavenac (au 1/5/10) ; Lieutenant Valla (non porté au 1/5/10) ; Sous-lieutenant Piedoys
- 4e Compagnie : Capitaines Dupuits (3e cie le 28/12/09 ; non porté au 1/05/10), Girard (au 28/12/09 ; Capitaine au 1/5/10) ; Lieutenant Mauduit ; Sous lieutenant Sturm
- 5e Compagnie : Capitaines Pierreville (au 1/11, non porté au 28/12), Montbrun (au 1/5/10) ; Lieutenants d’Esclignac (non porté au 28/12/09), Nieff (au 28/12/09, 6e cie au 1/5/10)
- 6e Compagnie : Capitaines d’Averton (passé à la 5e cie le 28/12, non porté au 1/5/10), Léonard St Cyr (au 1/5/10) ; Lieutenant Strop (au 28/12/09, non porté au 1/5/10) ; Sous-lieutenant de la Corneillère (au 28/12)
- 7e Compagnie : Lieutenant Magalon (au 28/12/09, 5e cie au 1/5/10)
- 8e Compagnie : Capitaine Desroches ; Lieutenant Bonhomme (au 1/5/10) ; Sous-lieutenant d’Egmont

Le 19 décembre 1809, on soumet à l'Empereur un "Rapport du général Durosnel au sujet des militaires proposés pour remplir divers emplois d'officiers dans les régiments de cavalerie de l’armée d'Espagne de nouvelle formation. Parmi les officiers proposés, il s'en trouve un qui est capitaine dans le régiment de La Tour d'Auvergne"; Napoléon répond : "Renvoyé au ministre de la guerre. J'ai déjà fait connaître plusieurs fois, que je ne voulais d'aucun homme, ni des régiments de la Tour d'Auvergne, ni d'Isembourg, ni des régiments Étrangers, qui n'aurait point servi pendant toute la Révolution dans mes armées, pour servir dans la ligne. Lors donc qu'il a de pareilles propositions à me faire, il doit le faire dans des rapports particuliers" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 3, lettre 3836).

Le 28 décembre, le Bataillon, maintenant commandé par Banyuls de Monsferre assisté du Capitaine adjudant-major Vinzelles et de l’Adjudant sous-officier Kopp, est à la 1ère Division du 7e Corps, Brigade Allemande. Ce jour là, Banyuls de Monsferre écrit au Ministre de la guerre : "… Malgré tous les inconvénients que j’ai pu éprouver dans l’organisation de ce Bataillon, il y existe une force de plus de 700 hommes en état de marcher à l’ennemi.
Je ne fatiguerai pas Votre Excellence du récit des tracasseries que j’ai éprouvé (sic) jusqu’à ce jour, le temps dévoilera les intrigues des hommes corrompus qui veulent faire rejaillir sur moi leurs erreurs, ma sauvegarde est dans la justice de Sa Majesté Impériale, et dans mon dévouement pour son service, c’est par une suite de ce dévouement que je me décide à demander à Votre Excellence le remplacement des emplois vacants, et quelle que soit l’espèce des hommes que j’ai à commander, je suis persuadé que j’en tirerai parti, si je puis être secondé par des officiers dévoués à leur service
".

Le Bataillon connaît donc les mêmes problèmes que le reste du Corps, ce qui explique qu’au mois de mars 1810, deux Officiers du Bataillon demandent à servir en qualité d'Adjoint d'Etat major. La première demande est présentée à l'Empereur sans doute le 7 mars 1810 : "Le général de brigade Seras demande que le sieur Barera, capitaine au régiment de La Tour d'Auvergne, soit employé en qualité d'adjoint à l’état-major de la 1re division d'arrière-garde.
On demande les ordres de Sa Majesté
"; "L'Empereur improuve cette passe et a décidé que M. Barera resterait employé où il est", fait répondre l'Empereur (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 3, lettre 4079 - Sans signature ni date ; extraite du « Travail du ministre de la guerre avec S M. l'Empereur et Roi, daté du 7 mars 1810 »).

La seconde demande est présentée à l'Empereur le 8 mars 1810 à Paris : "On met sous les yeux de Sa Majesté la demande que fait le sieur Ducolombier, capitaine au régiment de La Tour d'Auvergne, d'être employé en qualité d'adjoint à l'état-major de l'armée d'Espagne" ; "L'Empereur n'a point agréé cette proposition.
Comte de Lobau.
Sa Majesté veut que ces officiers restent jusqu'à nouvel ordre dans les régiments étrangers
" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 3, lettre 4081 - Série de décisions non signées, sauf trois ; extraites du « Travail du ministre de la guerre avec S. M. l'Empereur et Roi, daté du 14 février 1810 »).

Le 15 avril, les 22 Officiers et 451 hommes du Bataillon sont à la Division Verdier (Armée de Catalogne sous Augereau).

Le 25 avril 1810, à Compiègne, on informe l'Empereur que "Le capitaine Barera, du régiment de La Tour d'Auvergne, est demandé comme adjoint à l'état-major par le général Seras"; Napoléon répond : "Il restera employé où il est" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1912, t.3, lettre 4109).

Le 4e Bataillon est à la Division territoriale (Général Baraguey d’Hilliers) le 1er octobre (17 Officiers, 207 hommes). Le Bataillon combat à Valderas le 2 novembre (Capitaine Barera, blessé).

Le 29 novembre 1810, à Paris, "On soumet à Sa Majesté la demande que fait le général de division Seras pour obtenir que le sieur Barera, capitaine au régiment de la Tour d'Auvergne, soit placé sous ses ordres en qualité d'aide de camp"; "Approuvé", répond l'Empereur ; le Capitaine Barera devient enfin Aide de camp du Général Seras ! (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 3, lettre 4862 - Non signée ; extraite du « Travail du ministre de la guerre avec S. M. l'Empereur et Roi, daté du 28 novembre 1810 »)

Le 10 mars 1811, écrit, depuis Paris, au Général Clarke : "Monsieur le duc de Feltre ... Donnez ordre que le bataillon de La Tour d'Auvergne qui est en Catalogne verse également tout ce qu'il a de disponible dans un régiment que le général Baraguey d'Hilliers désignera, et que le cadre se rende à Avignon : mon intention est qu'il se rende à Naples mais, au lieu de n'y envoyer que le cadre, je désire qu'il y arrive avec des hommes. Vous me ferez connaître sur quel point il convient de le diriger pour qu'il prenne en route des conscrits et les conduise à Naples" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 4, lettre 5165).

Le Général Clarke de son côté "propose : 1° De faire incorporer les hommes du 4e bataillon du régiment de La Tour-d'Auvergne qui sont Allemands, dans le bataillon valaisan; 2° De faire diriger les cadres sur Turin, où ils prendront des recrues qu'ils conduiront à Naples", ce qu’approuve Napoléon le 21 mars 1811 (P&T, IV, 5220). Le Bataillon (10 Officiers, 95 hommes au 15 mars, Armée de Catalogne, 2e Arrondissement territorial) est réorganisé sur le pied de six Compagnies le 1er mai ; les 3e et 4e forment le Dépôt à Strasbourg. Les autres Compagnies demeurent en Espagne jusqu’au licenciement le 1er juillet.

/ Le Régiment en Italie

En Italie, la vie suit son cours et le corps des Officiers s’étoffe progressivement.

Etat major
Colonel Drummond de Melfort ; Major Zimmer (absent) ; Chefs de Bataillon Trobriand, Laville sur Illon (parti au 15/10), Foulon de Doué et Banyuls de Monsferre (présents au 15/10) ; Adjudants-majors Bonhotte, Komierowsky, Malcomes, Chesnard de Viuzellas (au 15/10) ; Chirurgien-major Laurent ; Chirurgiens aides majors Gilles, Jaeger ; Chirurgiens sous aides majors Keutsch (parti au 15/10), Meyronis.
1er Bataillon
Capitaines
Lieutenants
Sous lieutenants

Carabiniers

1ère Compagnie

Voltigeurs

3e Compagnie

4e Compagnie

5e Compagnie

6e Compagnie

7e Compagnie

8e Compagnie

D'Aspect

Hautz Michel

Zornholz

Cendrecourt parti au 15/10

Bonin 4e cie au 1/11

Desrosières

Berthelot

Ducolombier

Gombert

Schmelzer parti au 15/10

Gallemant 1ère cie au 15/11

Keransques dès le 15/10

Gerente parti au 15/10

Duhasmel

Descombes

Bresler parti au 15/10

Cherrière

Hautz Jean

Maine

Lebrun

Despagnet

Scheighardt

Baudinot dès le 15/10

Lafuges

Mongelas

Praileur
2e Bataillon

Carabiniers

1ère Compagnie

Voltigeurs

3e Compagnie

4e Compagnie

5e Compagnie

6e Compagnie

7e Compagnie

8e Compagnie

Dequevilley

Bergeret François

Salomon

Dallerit

Debond

Brisollier

La Chevallerie

Cavagnac dès le 15/10

Orich dès le 15/10

Sainte Colombe

Cottin

Gonnet

La Brosse

Eyrisch

Lequeu dès le 15/10

Lequeu parti au 15/10

Castelnau

Francheteau

Saint Pons

Seberna puis Berga au 15/10

Bergeret Cie de gren. au 1/11

Cheverry

Descombes dès le 15/10
3e Bataillon

Carabiniers

1ère Compagnie

Voltigeurs

3e Compagnie

4e Compagnie

5e Compagnie

6e Compagnie

7e Compagnie

8e Compagnie

Talon

De Champenoy

Thilorier

Zweifel parti au 15/10

Dellamarre

Lyon

Morlet

Doraison

Dettlingen

Hemberger

Oriez puis Duvivier au 15/10

Pittaubert

Gugger

Duvivier puis Gerente au 15/10

Leval puis Deker au 15/10

Kerausquer puis Schmelzer au 15/10

Galiffe

Desestangs

Lagarenne

Montmorillon

Baillivy

Pouthier

Deker puis Bernier au 15/10

Lallemand

Greder

Villemejeanne

Beurriet parti au 15/10

Le 21 novembre, exceptionnellement, Napoléon autorise le Chef de Bataillon Delaville sur Illon à passer au service du Roi de Naples (P&T, III, 3760).

Le 1er janvier 1810, 869 hommes du 1er Bataillon sont à la 6e Division des Etats romains (Général Mollis) de l’Armée de Naples. Le 9, Napoléon ordonne que tous les détachements du Régiment qui sont à l’Armée d’Italie retournent à Naples, ordre confirmé à Paris le 2 février 1810 : "Voulant pourvoir d’une manière fixe à l’entretien et aux dépenses de nos armées au-delà des Alpes, nous avons décrété et décrétons ce qui suit :
I. Les troupes napolitaines et les régiments d'Isembourg et de la Tour d’Auvergne rentreront, sans délai, dans le royaume de Naples ...
" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1912, t.3, lettre 4000).

De ce fait, les six Compagnies d’élite sont concentrées à Naples car Murat, qui veut en finir avec les Bourbons qui le narguent, concentre malgré les conseils de la plupart de ses Généraux une armée d’invasion de la Sicile de 10000 hommes répartis en deux Divisions.

Le 8 mars 1810, à Paris, l'Empereur décrète que "Les officiers des régiments étrangers doivent, jusqu'à nouvel ordre, rester et avancer dans ces régiments" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1912, t.3, lettre 4051), confirmant ainsi ses ordres antérieurs.

En mars, les cinq premiers Bataillons (le 4e n’est en fait pas encore rentré) rassemblés à Montelevra (52 Officiers, 3368 hommes) font partie de la Division de Calabre du Général Pacthod, Brigade Lanchant. Le 6e Bataillon (8 Officiers, 827 hommes) occupe Salerne avec la Division Lamarque. Murat va demander à plusieurs reprises de transférer à son service cette force impressionnante, tant en terme d’effectif qu’en terme de qualité.

Le 1er mai 1810, il est ordonné "... Aux six compagnies d’élite du régiment de la Tour d’Auvergne d’être rendues le 14 de ce mois à la Cava ...
Aperçu des premières opérations de S. M. le Roi de Naples, pour la réunion d’un corps d’armée en Calabres
Le corps d’armée se réunira entre Bagnara, Scilla et Reggio.
Corps d’armée ; il se compose :
2 divisions françaises : de 2 bataillons du 1er de ligne, 4 du 10e, 4 du 20e, 2 du 62e, 3 du 101e, 3 du 22e d’infanterie légère, 2 du 1er régiment suisse, 1 d’élite du régiment de la Tour d’Auvergne, et 4 escadrons de guerre des 4e et 9e chasseurs à cheval, formant ensemble deux divisions françaises non comprise l’artillerie et évaluées approximativement à 15000 hommes ...
" ("Journal des mouvements opérés dans le corps d’armée impérial, commandé par Sa Majesté le Roi de Naples, ensuite des dispositions qu’Elle a ordonnées. Du 1er au 8 mai", adressé de Naples le 10 mai 1810 au Ministre de la Guerre, par le Général Grenier - Papiers du général Paul Grenier. VI Pièces relatives à l'armée de Naples. 1768-1827, BNF, Paris. Doc 119. Page 246).

Le 10 mai 1810, le Général Grenier écrit, depuis Naples, au Ministre de la Guerre : "Monseigneur, j’ai l’honneur d’adresser à Votre Excellence le journal des mouvements opérés dans le corps de l’armée impériale du 1er au 8 de ce mois, en vertu des ordres de S. M. le Roi des Deux-Siciles. S. E. remarquera qu’à l’exception des compagnies du centre des trois bataillons de la Tour d’Auvergne, du 1er bataillon de dépôt d’Isembourg et des escadrons de dépôt du 4e régiment de chasseurs à cheval, destinés à rentrer dans l’intérieur du Royaume, l’armée française est établie par échelons dans les Calabres citérieure et ultérieure, et prête à exécuter les mouvements qui seront ordonnés par S. M. ..." (Papiers du général Paul Grenier. VI Pièces relatives à l'armée de Naples. 1768-1827, BNF, Paris. Doc 119. Page 246).

Le 21 juin 1810, à Saint-Cloud, on informe l'Empereur que "Le général de brigade Grandjean, employé dans la 6e division militaire, demande pour aide de camp M. Praileur, lieutenant au régiment de la Tour d'Auvergne"; "Approuvé", répond ce dernier (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 3, lettre 4305 - Non signée ; extraite du « Travail du ministre de la guerre avec S. M. l'Empereur et Roi, daté du 20 juin 1810 »).

Le 26 juin 1810, le Roi de Naples, Joachim napoléon, écrit, depuis Scilla, au Général Grenier, chef de l’état-major général : "M. Le chef de l’état-major général, envoyez l’ordre au général Pignatelli de se rendre dans le district de Rossano avec une colonne mobile forte de 200 hommes que vous composerez des compagnies du 3e régiment qui se trouve tant à Castrovillari que sur la côte, des gardes civiques et de quelques gendarmes afin de purger ce district des brigandages horribles qui le désolent ; vous lui écrirez que je compte absolument sur son zèle et sur son activité dans cette circonstance et qu’il ne doit pas perdre un instant afin que je puisse l’appeler à l’expédition. Vous donnerez le même ordre et les mêmes instructions au général de Gambs pour le district de Castrovillari. Ce général pourrait employer quelques compagnies de la Tour-d’Auvergne. Donnez le même ordre au général Amato contre les Brigands de la Sila ; ces trois généraux devront combiner leurs mouvements ; les deux derniers sont naturellement sous les ordres du général Amato qui commande la province. Vous ferez connaître à ces généraux l’importance de la mesure dont ils sont chargés dans un moment où les Calabres vont se trouver dépourvues de troupes. Vous témoignerez de ma part aux généraux Pignatelli et de Gambs toute ma satisfaction sur les services qu’ils ont rendus dans la mission qu’ils viennent de remplir. Le général Amato formera sa colonne mobile des troupes qu’il a sous sa main. Ces généraux doivent être constamment en mouvement et ne pas laisser respirer les brigands une fois qu’ils les auront rejoints. Ecrivez à ces trois généraux qu’aussitôt que la tranquillité sera rétablie dans leur province, je les appellerai auprès de moi" (Papiers du général Paul Grenier. VI Pièces relatives à l'armée de Naples. 1768-1827, BNF, Paris. Doc 21. Page 53).

Le 29 juin 1810, à Saint-Cloud, "On soumet à Sa Majesté la demande que fait le général de division Saint-Sulpice pour que M. Duchaffaut, capitaine au régiment de la Tour d'Auvergne, soit placé sous ses ordres en qualité d'aide de camp"; "Refusé", répond cette fois Napoléon (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1912, t.3, lettre 4198; Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 3, lettre 4345 - Non signée ; extraite du « Travail du ministre de la guerre avec S. M. l'Empereur et Roi, daté du 28 mai 1810 »).

Un Décret du 4 août prévoit de créer avec des prisonniers espagnols les 5e et 6e Bataillons.

Le 9 août 1810, à Trianon, le Ministre de la Guerre déclare : "Je rappelle à Sa Majesté qu'Elle m'a autorisé verbalement à lui soumettre des observations relativement aux retards qu'éprouvent dans les corps les nominations aux emplois vacants"; Napoléon répond : "Il faut simplifier la manière dont se fait aujourd'hui le travail du personnel ; le moyen est simple, il faut que le ministre me remette deux états, l'un où les avancements sont proposés selon les règles et dans les corps, soit à l'ancienneté, soit par le choix, l'autre par le choix dans les corps hors ligne pour passer dans les autres corps, tels que la Tour d'Auvergne, Isembourg et irlandais. Ceux-là seulement donnent lieu à des observations.
Les sous-lieutenants seraient présentés par le corps pour leurs sergents ou pris dans l'école militaire, ce qui est le canal de droit.
D'autres seraient présentés sur des renseignements particuliers du ministre.
Si le travail était fait ainsi, on n'éprouverait aucun retard et les décrets pourraient être signés de suite
" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 3, lettre 4485 - Non signée ; extraite du « Travail du ministre de la guerre avec S. M. l'Empereur et Roi, date du 8 août 1810 »).

Le 17 août 1810, le Ministre de la Guerre, le Duc de Feltre, écrit depuis Paris (Ministère de la Guerre - Bureau de l’Inspection) au Général Grenier, chef de l’Etat-major de l’armée française dans le Royaume de Naples : "Général, S. M. le Roi de Naples ayant manifesté le désir de prendre à son service, les régiments d’Isembourg et de la Tour d’Auvergne, l’Empereur m’a fait connaître qu’il était disposé à consentir à la cession de ces deux corps, sous la condition que le gouvernement napolitain rembourserait à la France, le prix de leur habillement et armement.
Je donne avis de cette disposition de Sa Majesté Impériale et Royale, au Ministre de la Guerre du Royaume de Naples et je l’invite à entrer avec vous en négociation, pour traiter de cette affaire après avoir pris les ordres de son souverain.
Outre le remboursement des effets des deux régiments, qui sera mentionné dans le projet de convention à établir, il devra si elle a lieu, y être stipulé qu’à l’avenir, le transport des recrues et les dépenses qu’occasionnent les dépôts de recrutement, qui pourront être établis sur les frontières de l’Empire, seront à la charge du gouvernement napolitain.
Je vous engage à me tenir exactement informé, du résultat des conférences que vous aurez eues avec le Ministre de la Guerre du Royaume de Naples, sur ces divers objets
" (Papiers du général Paul Grenier. VI Pièces relatives à l'armée de Naples. 1768-1827, BNF, Paris. Doc 38. Page 87).

Le 30 août 1810, le Roi de Naples, Joachim Napoléon, écrit, depuis le camp de Piale, au Général chef de l’état-major général : "Monsieur le général, j’ordonne que toute la division Lamarque soit embarquée demain ; le 20e devra être rendu à 5 heures du matin sous Villa S. Giovanni pour y être embarqué à bord des bâtiments de la gauche de la ligne d’embossage ; le 10e sera rendu à 8 heures sous Villa S. Giovanni pour être embarqué sur les barques qui suivront immédiatement après celles du 20e. Le 22e se trouvera à 10 heures sur la plage pour être embarqué de même sur les barques qui suivront immédiatement après celles du 10e. Les barques légères continueront à être destinées à l’embarquement des compagnies d’élite ; les barques destinées à ma garde continueront à être à sa disposition. Le bataillon de la Tour d’Auvergne, le 1er et 62e de ligne se tiendront prêts à descendre aux Canatelli pour y être embarqués. Tous les hommes disponibles devront être embarqués ; il n’y aura que les gardes de batteries qui pourront en être exemptés. Cet embarquement une fois exécuté, il ne sera plus permis, sous quelque prétexte que ce soit, de faire aucun changement ; les colonels des différents régiments en seront responsables ; ils devront à cet effet laisser des garnisons à bord de chaque barque et exiger l’appel des marins des barques destinées à l’embarquement de leur régiment ; j’assisterai moi-même à cet embarquement.
Toutes les cartouches qui se trouvent en magasin ainsi que le biscuit seront embarqués sur les barques qui arriveront demain de Nicotera ; on ne débarquera point les quatre pièces de siège qui arriveront cette nuit ou demain de Tropea le 101e et de faire relever par des Suisses tous les détachements qui se trouvent à Palmi, à Pietre Nere, etc., toute la division de ce général, aux Suisses près, doit être réunie à Scilla et au camp de la Malia. Le régiment suisse doit occuper Palmi et Bagnara.
Envoyez de suite l’ordre à l’adjudant commandant Montigny d’arriver à Reggio avec le régiment corse, toujours battant la campagne. Je donnerai demain des ordres ultérieurs ; donnez sur le champ les vôtres en conséquence des dispositions ci-dessus.
Ecrivez aux deux ordonnateurs de terre et de mer de faire partir, s’il est possible, les distributions de bonne heure
" (Papiers du général Paul Grenier. VI Pièces relatives à l'armée de Naples. 1768-1827, BNF, Paris. Doc 41. Page 93).

"... Le 5 [septembre] à 9 heures du matin, une corvette, trois bricks, toutes les bombardes et toutes les canonnières ennemies se mirent en mouvement pour venir attaquer notre ligne ; S. M. donna aussitôt l’ordre aux 5e et 6e divisions de la flottille de mettre à la voile pour engager l’action en plein cumul, afin d’éloigner le feu de l’ennemi, des transports qui couvraient la plage. Telle fut la bonne contenance de ces deux divisions et la bonne direction de leurs feux que l’ennemi, malgré l’extrême supériorité de ses forces, ne tarda pas à regagner la rive ; les bâtiments carrés furent les derniers à exécuter ce mouvement et profitant du vent de nord-ouest qui soufflait en poupe, ils longèrent de très près toute notre ligne en tirant sur les bâtiments de transport un nombre infini de bordées qui ne causèrent que très peu de mal. Deux bombes et quelques boulets atteignirent cependant le 101e et le bataillon d’élite de la Tour-d’Auvergne, qui ainsi que le surplus de la division Partouneaux, étaient arrivés pendant la nuit pour une épreuve générale de l’embarquement et n’avaient pu être placés qu’à environ 300 toises de la plage. Le 1er de ces régiments eut un officier et trois hommes tués, et huit blessés ; le second quatre hommes blessés ..." (Résumé Historique - Papiers du général Paul Grenier. VI Pièces relatives à l'armée de Naples. 1768-1827, BNF, Paris. Doc 82. Page 172 et suivantes).

Le 5 septembre 1810, "… la division Partouneaux étant arrivée pendant la nuit pour faire l’épreuve de son embarquement et ses troupes n’ayant pu être placées qu’à environ 300 toises de la plage, deux bombes et quelques boulets atteignirent le 101e régiment d’infanterie de ligne et le bataillon d’élite de la Tour d’Auvergne. Le premier eut trois hommes tués parmi lesquels un officier et huit blessés. Le second quatre hommes blessés …"(Papiers du général Paul Grenier. VI Pièces relatives à l'armée de Naples. 1768-1827, BNF, Paris. Doc 135. Page 279).

Les six Compagnies d’élite, sous le Général Cavaignac, premier Aide de camp de Murat, débarquent dans la baie de San Stéphano le 17 septembre. Les troupes franco-napolitaines parviennent brièvement à s’établir puis sont défaites par une contre attaque britannique qui les oblige à rembarquer, non sans pertes. Par ailleurs sont blessés en Calabre le 22 septembre le Capitaine Schmelzer, le Lieutenant Eyrich, et le Sous-lieutenant Laugier au cours d’une affaire près de Scylla, et le 27, le Lieutenant D’Esclignac qui participait à la poursuite de brigands.

Le 2 octobre 1810, à Fontainebleau, on informe l'Empereur que "Des déserteurs autrichiens et autres étrangers porteurs de congés du service d'Autriche ou de quelque prince de la Confédération du Rhin sollicitent la faveur de se rendre de Munich en France pour y être incorporés dans la légion de la Vistule.
Le ministre pense qu'on pourrait les envoyer à Strasbourg, au dépôt du régiment de la Tour d'Auvergne ou au régiment d'Isembourg
"; "Approuvé", répond l'Empereur (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 3, lettre 4644 - Non signée ; extraite du « Travail du ministre de la guerre avec S. M. l'Empereur et Roi, daté du 26 septembre 1810 »).

Le 2 octobre 1810, à Fontainebleau, le Général Clarke informe l’Empereur du désir de Murat de faire passer le Régiment (et celui d'Isembourg) au service de Naples "sans avoir toutefois à subvenir aux frais nécessités par l’entretien de l’habillement et de l’armement", ce à quoi Napoléon répond le 3 : "Renvoyé au ministre de la guerre. Ces régiments doivent rester à la solde de la France. Me rendre compte de l'organisation actuelle de ces régiments et y envoyer de bons colonels" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1912, t.3, lettre 4306; P&T, III, 4649).

Le 6 octobre 1810, Napoléon précise à Clarke que chaque Bataillon aura 6 Compagnies dont une de Carabiniers et une de Voltigeurs, et qu’indépendamment du Colonel, il y aura un Colonel en second (P&T, III, 4721).

Le 17 octobre 1810, l'Empereur écrit, depuis Fontainebleau, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le duc de Feltre, vous recevrez un décret par lequel j'organise les régiments d'Isembourg et de La Tour d'Auvergne à 6 bataillons de 6 compagnies chacun. Vous y verrez que j'ordonne qu'indépendamment du colonel, il y ait un colonel en second ..." (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 3, lettre 4721; Correspondance générale de Napoléon, t.10, lettre 24956).

- Nouvelle affaire au sein du Régiment de la Tour d'Auvergne

Le 9 octobre 1810, le Capitaine Delaune écrit au Général Grenier : "Mon général,
Je suis obligé de vous rendre compte que mon information est arrêtée, les questions relatives aux opérations du conseil d’administration, sont mot pour mot copiées sur les pièces et personne n’y peut répondre, pas même le président de ce conseil ; si je question Pierre, il renvoie à Paul à me répondre.
Je vois qu’il ne me reste pour en finir vite, qu’un moyen, qui est celui de réunir chez M. Le colonel, les quatre officiers qui sont aux arrêts, M. Zveifel, le capitaine d’habillement et un sergent aide de ce dernier ; si cette réunion ne peut me répondre, alors je ferai la clôture de mon procès-verbal et j’établirai mon rapport tant sur les pièces et les déclarations que j’ai, que sur les négations.
Mes questions sont si bien établies qu’il est impossible de n’y pas répondre, je pense bien qu’il est désagréable de découvrir le mystère, mais il faut avouer, ou nier et tel parti qu’on prenne on fera mal, ils le sentent bien, voilà pourquoi ils hésitent.
Je vais passer ma soirée à établir mes questions pour demain et aussitôt la réunion séparée, j’aurai l’honneur d’aller vous rendre compte
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 21 page 52).

Le 20 octobre 1810, le Génréal Grenier écrit au Ministre de la Guerre : "J’ai reçu la lettre que Votre Excellence m’a fait l’honneur de m’adresser en date du 3 de ce mois ainsi que les pièces qui y étaient jointes, relatives à MM. le colonel, major et autres officiers du régiment de la Tour d’Auvergne. Le major de ce régiment n’étant point encore de retour, j’ai cru devoir différer jusqu’à son arrivée l’exécution des ordres contenus dans la lettre de Votre Excellence afin d’y mettre de l’ensemble et toute la régularité possible. Aussitôt l’arrivée de cet officier supérieur, les dispositions prescrites seront ponctuellement exécutées et je m’empresserais d’en rendre compte à Votre Excellence" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Doc 1 page 11).

Le 27 octobre 1810, le Général Grenier écrit au Ministre de la Guerre : "Par une lettre du 20 de ce mois, j’ai eu l’honneur de vous accuser réception de celle de Votre Excellence en date du 3 ainsi que des pièces qu’elle renfermait relatives à MM. le colonel, le major et autres officiers du régiment de la Tour d’Auvergne.
J’annonçais en même temps à Votre Excellence que le major Zimmer n’étant point encore de retour à Naples, j’avais cru devoir différer jusqu’à son arrivée l’exécution des dispositions prescrites par Votre lettre ; et aussi ces cinq officiers.
J’ai l’honneur de vous informer aujourd’hui que ce major est arrivé le 23 au soir ; les ordres de Votre Excellence ont été exécutés le 24 pour ce qui concerne la mise aux arrêts et la suspension de ces cinq officiers. Je n’ai pu charger le capitaine rapporteur du conseil de guerre à prendre sur cette affaire tous les éclaircissements ordonnés par la lettre de Votre Excellence, attendu que par suite du défaut de troupes et officiers dans la ville de Naples en assez grand nombre pour former les deux conseils de guerre permanents voulus par la loi, pendant que l’armée se trouvait tout entière en Calabre, il n’existait à Naples qu’un seul conseil de guerre, dont le capitaine rapporteur adjoint à l’état-major, venait de recevoir de moi l’ordre de se rendre auprès de M. le général Pacthod, à Monteleone, pour être employé à son état-major. Cet officier, M. le capitaine Rubissas, convenait peu par ailleurs à l’instruction d’une affaire aussi compliquée qui exige des moyens supérieurs à ceux qu’aurait présenté ce rapporteur, lors même qu’il aurait encore conservé ses fonctions. J’ai donc dû faire choix d’un autre officier que je crusse capable de remplir cette mission délicate de parvenir à la vérité et de répondre ainsi à l’attente de Votre Excellence. C’est M. le capitaine Delaune, adjoint à l’état-major général, que j’ai cru devoir désigner ; sa moralité m’est parfaitement connue depuis longtemps, et je ne doute pas qu’il ne justifie ma confiance sous tous les rapports dans la manière juste et impartiale avec laquelle il s’acquittera de ce devoir.
Dès que cette information sera terminée, je m’empresserais d’en adresser le procès-verbal à Votre Excellence.
J’ai ordonné à M. l’inspecteur aux revues par mesure d’ordre et de précaution, de faire constater l’état de la caisse, au moment où le colonel ferait la remise au chef de bataillon Davertans (?) chargé de le remplacer dans le commandement du régiment
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Doc 1 page 11).

Le 3 novembre 1810, le Ministre de la Guerre Duc de Feltre, écrit, depuis le Bureau de la Police à Paris, au Général Grenier : "Mesures à prendre contre cinq officiers du régiment de la Tour d’Auvergne.
Général, en examinant les pièces que vous m’avez adressées ainsi que celles qui m’ont été envoyées directement par plusieurs officiers du régiment de la Tour d’Auvergne, relativement à des débats qui se sont élevés entre eux et notamment entre les deux chefs de ce corps, j’ai remarqué que MM. Zimmer Major et Drummond de Melfort colonel, s’étaient réciproquement accusés d’actions contraires aux principes d’honneur et de malversations dans l’administration du régiment ; qu’ensuite pour se tirer d’affaire l’un et l’autre ils auraient fait ensemble un accord qui aurait donné lieu à la rétractation du Major a condition par le colonel de chercher à arranger le tout à l’amiable ; qu’à cet effet ils auraient rejeté les torts sur le sous-lieutenant Bernier faisant provisoirement les fonctions de quartier-maître et le lieutenant de Gerente officier payeur, lesquels sont désignés par le Major et par le conseil d’administration comme des intrigants dont le but aurait été de faire renaître les orages et les déchirements auquel le corps avait été en proie, en animant les deux chefs l’un contre l’autre.
J’ai remarqué d’un autre côté que les sieurs Bernier et de Gerente après s’être plaints de quelques injustices du colonel relativement à leur avancement, ont attribué son animosité contre eux au zèle qui les a portés à dévoiler les concussion du Major et à blâmer un ordre qui tendait à exercer une retenue sur la solde pour augmenter une masse d’économie dont le colonel s’était constitué administrateur est sur laquelle le Major avait pris des sommes qu’il employait à ses dépenses personnelles, auxquelles sommes il avait proposé de faire participer le sous-lieutenant Bernier et le capitaine d’habillements d’Oraison. Ils ajoutent que le même zèle les ayant encore portés à signaler des abus résultant de plusieurs marchés de vivres et bois passés entre un fournisseur de Rome et les deux chefs du corps, ces différents motifs auraient excité contre eux l’animadversion du colonel qui leur aurait fait éprouver des persécutions, que d’ailleurs ils attribuent à la nécessité où ce chef s’est trouvé, pour épargner M. Le Major, de faire retomber sur eux tout l’odieux de leur conduite.
Mon intention, général, étant de mettre un terme à tous ces débats scandaleux, je vous prie de faire mettre aux arrêts et de suspendre de leurs fonctions MM. le colonel Drummond de Melfort, le Major zimmer, le lieutenant de Gerente, le sous-lieutenant Bernier et le quartier-maître Hermann, ce dernier est désigné par le Major comme l’affidé et même comme le complice du colonel. Ensuite vous ordonnerez à un des rapporteurs près du conseil de guerre de recevoir les déclarations des officiers ci-dessus désignés sur les faits dont ils se sont respectivement accusés, ainsi que celle des membres du conseil d’administration et des officiers qui pourraient donner des renseignements sur ces faits et leurs circonstances ; ce rapporteur formera de toutes ces déclarations un procès-verbal qui sera remis à un sous inspecteur aux revues avec ordre de vérifier la comptabilité du corps, et d’en examiner avec soin, surtout les parties qui ont donné lieu aux dissensions dont il s’agit.
Je vous invite à m’envoyer dans le plus bref délai le résultat de cette opération et à me faire connaître votre opinion sur le personnel des individus impliqués dans cette affaire.
Ci-joint 21 pièces avec les notes indicatives de leur contenu qui serviront de base à M. le rapporteur et que vous me renverrez avec copie de son procès-verbal, quand vous m’annoncerez l’exécution et les résultats des présentes dispositions.
Recevez, général, l’assurance de ma parfaite considération
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 22 page 54).

Le 6 novembre 1810, l'Adjudant sous-officier Ginter écrit, depuis Naples, au Chef de Bataillon d’Avertan, commandant provisoirement le Régiment de la Tour d’Auvergne, au Fort neuf : "Mon commandant
J’ai l’honneur de vous prévenir que d’après vos ordres, je me suis transporté avec deux chasseurs du régiment, dans les environs de Saint-Charles, où logent MM. Gerente et Bernier, pour m’assurer, si l’annonce que l’on m’a faite, qu’ils sortaient toujours de leurs arrêts, était vraie. Après avoir été près d’une heure, c'est-à-dire vers 8h00 du soir, près de leur logement, nous avons vu sortir ces deux messieurs allant dans une autre maison, qui était le quatrième de celle qu’ils occupent, suivi de leurs domestiques, lequel après quelques temps est revenu seul au logement.
Nous avons vu de plus dans la nuit du 3 courant M. Bernier conduisant une dame dans son logement dans la rue de Chiasa. M. Bernier ayant eu soin de se cacher la figure pour ne pas être reconnu, pourtant ne m’a pas empêché de le connaître.
J’ai l’honneur d’être avec respect, votre très dévoué subordonné.
Ps. J’ai pour témoins les nommés Déguide, chasseur de la 1ère du 3e et Schneider, chasseur de la 7e du 3e
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 25 page 60).

Le même 6 novembre 1810, le Chef de Bataillon d’Avertan, commandant provisoirement le Régiment de la Tour d’Auvergne, écrit, depuis Naples, au Général Grenier : "D’après les informations que j’ai dû prendre, sur les avis que j’ai eu, que MM. Bernier et Gerente ne respectaient pas davantage leurs arrêts actuels, qu’ils n’avaient coutume de le faire auparavant, il me paraît démontré que le fait est constant.
J’ai l’honneur de vous envoyer, mon général, le rapport qui m’a été remis ce matin, et pense que vous ne souffrirez pas que lorsque le chef du régiment se soumet par exemple et par devoir à la plus rigoureuse observance de la punition qu’il endure, que les deux mauvais sujets qui en sont cause, ribaudent toute la journée avec des officiers et des filles, et se rendent à la nuit tombante dans les mauvais lieux de leur voisinage.
Au demeurant mon devoir est rempli, et votre sagesse, mon général, fera le reste.
Recevez, mon général, l’assurance de mon respectueux dévouement
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 24 page 58).

Le 14 novembre 1810, le Capitaine Delaune écrit au Général de Division Comte Grenier, à Naples : "Mon général,
Je suis après à résumer mon opération, j’aurai l’honneur de me rendre ce soir près de vous, pour parler de mes idées.
On n’a nullement répondu à mes questions. Je suis maintenant persuadé et plus que persuadé que le colonel et le Major ont réuni leur cause et qu’ils espèrent un conseil de guerre, je répondrais qu’ils ont fait des démarches pour cela.
La sévérité de mes questions, a fait perdre tout espoir de déguiser la vérité, on a pris le parti de ne rien à répondre, on veut un conseil de guerre. Sans doute il y a plus d’espoir auprès de 9 juges qu’auprès d’un seul homme, cela est facile à concevoir, ce conseil est composé de trois colonels, et pour le Major de trois Major etc.
Son excellence a bien préjugé, quand elle dit que les deux chefs par la nécessité de s’épargner etc.
Je le répète ils ont réuni leur cause, car le colonel a une pièce terrible contre le Major et il ne la donne pas, et le Major désapprouve complaisamment tout ce qui est à la charge du colonel, cependant tout cela ne les tranquillise pas, ils demandent à me faire une confidence, pour me dire toute la vérité ; je ne pense pas que je puisse la recevoir, car sans doute il ne veulent la faire qu’à condition que je changerai quelque chose à mon procès et cela ne me paraît pas possible : pour moi, leur silence et leur négation, sont des actes, ils le sentent très bien, entre 7 ils n’ont pas pu répondre à une question et tous les 7 ne voulaient pas que j’écrive et personne n’a pu me répondre.
Le capitaine Sveifel, le Michel Morin du régiment, joue au fin avec moi, pourtant il n’est pas encore hors de mes mains.
Je suis avec respect
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 26 page 63).

Le 15 novembre 1810, le Capitaine Delaune écrit au Général de Division Comte Grenier, à Naples : "Mon général,
M. Le Major n’avait rien à me dire qui ne fut prouvé.
Il voulait m’avouer qu’il a pris 300 & et tant de francs pour acheter le collier à madame de Melfort, sur la masse d’économie.
Qu’il s’est fait rembourser sur cette même masse, 160 francs pour un dîner d’officiers et quelques petits autres bénéfices dans ce genre.
Il voulait me faire voir une lettre de M. Mouton aide de camp de l’empereur, qui le protège et puis me dire qu’il se recommande à moi pour lui donner des conseils, et comme étant père de famille etc. etc.
J’ai répondu peu de choses à M. le Major, car j’avais peu de chose à répondre.
Je vais continuer mon résumé et ne quitterais que pour vous le porter.
Je suis avec un profond respect
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 28 page 68).

Le 16 novembre 1812, le Capitaine Delaune écrit au Général Grenier : "M. le major zimmer a dénoncé M. le colonel Melfort pour s’être emparés d’une somme de 45000 francs et pour en avoir disposé à son gré.
M. le colonel questionné sur cet article m’a répondu : « que ces économies avaient été ordonnées avant son arrivée au corps, c’est-à-dire avant que les comptes de l’administration lui aient été rendus ». Comme par le rapport du major, le capitaine Sveifel est indiquée pour avoir réalisé les économies ci-dessus, j’ai mandé cet officier pour faire sa déclaration détaillée, une première fois il n’a voulu ne rien dire, une seconde il m’a dit que M. le major Sainte-Croix avait ordonné pour 42 ou 43000 francs d’économies qui ont été employés à des dépenses très légitimes, une troisième fois il n’a pas encore voulu entrer en détail ; j’ai lieu de présumer un refus résonné d’obéir aux ordres de Son Excellence le Ministre de la guerre, que je lui ai bien et dûment notifiés verbalement.
Des registres du temps de M. de Sainte-Croix doivent exister aux archives, puisque M. Sveifel a réalisé les économies, il doit savoir, avec quels marchands elles ont été faites et puisqu’il a écrit les recettes et les dépenses il doit en connaître les détails.
Comme M. le capitaine Sveifel se refuse d’obéir aux ordres de Son Excellence en refusant de me faire une déclaration claire et précise, et comme il a signé des délibérations prises à Sainte-Marie de Capoue, lui étant à Naples, je pense, mon général, que cet officier doit être mis aux arrêts de rigueur et interrogé sur les faits et articles.
J’ai l’honneur d’être avec un profond respect
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 30 page 72).

Le 17 novembre 1810, le Chef de Bataillon d’Avertan, commandant le Régiment de la Tour d’Auvergne, écrit, depuis Naples au Capitaine Delaune, rapporteur au palais de Sangro, Etat-major général de la place à Naples : "M. Le capitaine
J’ai l’honneur de vous prévenir que j’ai donné l’ordre à mon adjudant-major de prévenir M. le capitaine Sveifel de se rendre au fort de l’œuf un comme vous l’avez indiqué.
Je suis avec la plus parfaite considération
"; ce message est accompagné de la pièce suivante (écrite en italien) : "Je certifie que monsieur le capitaine Delaune s'est présenté ce jour, 17 novembre, à une heure après midi, et n'a pas trouvé le susdit capitaine Sveifel dans le fort de l’œuf, qui n’est pas encore arrivé dans le fort.
L’adjudant-major Dagommero
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 32 page 76).

Le 21 novembre 1810, le Général Grenier écrit : "A Son Excellence le Duc de Feltre. En réponse à la lettre de Votre Excellence en date du 3 de ce mois par laquelle elle me transmet un duplicata de sa première dépêche relative aux dissensions qui existent entre le colonel et le major du régiment de la Tour d’Auvergne ; en m’annonçant qu’elle n’avait encore reçu de moi aucune réponse à cet égard, j’ai l’honneur de vous adresser ci-joint les duplicata de deux lettres que j’ai eu l’honneur d’écrire à ce sujet à Votre Excellence, l’une en date du 28 octobre pour accuser réception de la première dépêche, et la seconde en date du 27 du même mois pour lui rendre compte des mesures prises en exécution de ses ordres.
Je dois observer à Votre Excellence que la première lettre relative à cet objet, et que j’ai reçu à Naples du 15 au 18 octobre porte la date du 3 septembre, ce qui m’a fait augurer qu’il y avait erreur dans la date, et que c’était sans doute le 3 octobre qu’elle avait été écrite puisqu’elle m’était parvenue du 15 au 18 de ce mois. Le duplicata de cette dépêche que Votre Excellence vient de m’adresser par sa lettre du 3 novembre porte la date du 3 septembre, ce qui me semble une nouvelle erreur des bureaux puisque le primata ne m’est arrivé que du 15 au 18 octobre daté par erreur du 3 novembre.
Je prie Votre Excellence d’être bien persuadé que j’apporte toujours la plus sévère exactitude dans l’exécution de ses ordres.
Le capitaine rapporteur chargé de prendre des renseignements sur cette affaire du régiment de la Tour d’Auvergne a terminé son rapport. Dès qu’il me l’aura transmis, je m’empresserai de l’adresser à Votre Excellence avec le procès-verbal et toutes les pièces qui pourront résulter de cette recherche
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Doc 2 page 13).

Le 14 décembre 1810, le Général Grenier écrit "A Son Excellence le Duc de Feltre. J’ai l’honneur d’adresser à Votre Excellence le procès-verbal interrogatoire qu’elle m’a chargé de faire former par un rapporteur sur les concussions et accusations qui ont eu lieu entre MM. de Melfort colonel, Zimmer major, Gerente lieutenant et Bernier sous-lieutenant et Herman quartier-maître. Votre Excellence trouvera à la suite de ces interrogatoires les 24 pièces qu’elle m’a fait l’honneur de m’adresser avec sa lettre du 3 septembre.
3° Les 29 autres pièces compris leur inventaire obtenu pendant le cours de l’information.
4° L’analyse des 24 pièces adressées par Votre Excellence mises en rapport avec les résultats de l’interrogatoire, les pièces acquises, afin de la mettre à même de connaître tous les faits dont il est question, sans qu’elle soit obligé de recourir en détail à chaque pièce.
5° 9 pièces compris leurs inventaire remises par MM. de Melfort et Zimmer et 12 officiers du régiment au rapporteur après la clôture du procès-verbal d’information, pièces qu’est-ce que j’ai l’honneur de transmettre à Votre Excellence sans aucune réflexion.
Votre Excellence remarquera que par suite des informations le sieur Zweifel capitaine au dit régiment a été reconnu le gérant des économies, particulièrement de celles de 45000 et de toutes les affaires contentieuses du régiment.
Pendant le cours de l’information le capitaine rapporteur m’a rendu compte que cet officier à l’interrogatoire avait avoué la recette de 42930,68 FRF provenant des économies faites pendant les 1807, 1008 et 1809, mais que ne pouvant en prouver l’emploi que d’une manière très équivoque comme Votre Excellence pourra elle-même en juger par le numéro 38 (bis) des pièces acquises, et qu’il est presque prouvé que de nouvelles économies ont été faites dans le courant de cette année, par des marchés doubles et en blanc sur des quantités de draps, cadis, tricot et capotes dont les prix ont été remplis au registre des délibérations pendant l’information. J’ai cru devoir ordonner provisoirement la détention de cet officier au fort de (…) espérant par ce moyen obtenir de lui des renseignements sur toutes ces turpitudes, ce à quoi cependant le rapporteur n’a pu parvenir.
J’attendrai les ordres ultérieurs de Votre Excellence pour sa mise en liberté s’il y a lieu.
Je vais adresser à l’inspecteur aux revues le procès-verbal de l’interrogatoire, avec copie de toutes les pièces relatives à la comptabilité, afin qu’elles puissent être examinées dans toutes ses parties, non seulement pour celles qui ont donné lieu aux dissensions dont il s’agit, mais encore pour celles qui paraissent évidentes pendant l’exercice de 1810.
Votre Excellence m’invite à lui faire connaître mon opinion sur le personnel des individus impliqués dans cette affaire. Le résumé de l’analyse fera connaître à Votre Excellence les fautes de chacun d’eux. Je me bornerai à lui dire que M. de Melfort a montré beaucoup de passion et d’emportement et que malgré tous ses mémoires justificatifs, il me parait très compromis puisqu’il n’a pas donné une bonne direction aux économies existantes lors de son arrivée au corps, en a laissé faire d’autres, y a contribué puisqu’il a signé tous les marchés et ordonné des retenues sur la solde dont on ignore la destination et sur lesquels il ne voulait donner des explications qu’en temps et lieu.
Que M. le Major est un homme faible et indécis qui peut avoir été à dessein dirigé de manière à le compromettre, puisqu’il est réellement prouvé qu’il a pris sur la masse d’économie environ 1200 francs pour couvrir des dépenses particulières telles qu’un collier donné à Mme de Melfort, un dîner aux officiers au retour du colonel, etc.
Que le sous-lieutenant Bernier peut avoir contribué au rapport du 20 mai par des notes particulières, qu’il est capable d’avoir donné un démenti au major en présence des officiers mais dans l’instant même de la scène scandaleuse et poussé à bout par les vexations et injures dont on l’abreuvait.
Que le lieutenant Gerente ne parait dans cette affaire que comme ami de Bernier et comme accusé d’avoir pris part à ce que ce dernier a écrit, le colonel témoigne par l’interrogatoire son étonnement de le voir figurer ; cependant il a été comme Bernier maltraité et trainé de prison en prison, ces deux officiers sont susceptibles de devenir de bons sujets si on les changeait de corps.
Que M. Herman a participé à la répartition des 45000, pour une somme de 300 ducats qui lui ont été donnés à titre d’indemnité, mais sans avoir la manutention des fonds qui restaient toujours entre les mains du sieur Zweifel.
Qu’il a reçu les appointements de capitaine de seconde classe mais qu’ils se croit autorisé à les percevoir.
Il ne paraît pas dans cette affaire avoir d’autres tords.
M. de Zweifel n’a pas été compris dans les premiers débats ; il doit cependant être connu comme ayant depuis plusieurs années la manutention de toutes les affaires du régiment, l’agiotage, l’échange des espèces et la réalisation de tous les faux marchés.
Il paraît que les fonds qui en proviennent sont déposés chez les banquiers et qu’il ne se tient à cet égard aucun registre au régiment, que les recettes et dépenses de ces produits ne sont inscrites que sur des feuilles volantes et que l’on supprime à volonté lors des inspections.
Je pense que Votre Excellence approuvera le travail de M. le capitaine adjoint Delaune, il est difficile d’y apporter plus de soin, d’intelligence et d’impartialité, votre approbation sera pour lui la récompense du travail fastidieux et dégoûtant qu’il a occupé pendant près de 40 jours.
Par le courrier prochain, j’aurais l’honneur d’adresser à Votre Excellence un rapport du sous inspecteur aux revues Guillien qui n’a été transmis par M. l’inspecteur aux revues de l’armée qui peut faire suite à l’interrogatoire et vous fera connaître combien la direction du régiment de la Tour d’Auvergne est vicieuse et combien il importe aux intérêts du gouvernement d’y rétablir l’ordre et la régularité ; cependant M. de Melfort dans ses notes justificatives dit y avoir établi.
J’aurais l’honneur de soumettre en même temps à Votre Excellence les ordres provisoires que je donnerai cet égard en attendant qu’Elle daigne me faire connaître ses ordres ultérieurs
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Doc 3 page 15).

"Etat des pièces acquises pendant l’instruction, lesquelles j’ai numérotées à la suite de celles adressées par Son Excellence le Ministre de la guerre, de manière que la première de ces pièces porte le numéro 23. La lettre de Son Excellence, déposée aux archives de l’état-major, porte le numéro 22. Cette lettre est sous la date du 3 septembre 1810.
N° 23. Cette pièce qui paraît être un acte du conseil d’administration n’est qu’une décision du Major zimmer, sans date, qui détermine les prix des linge et chaussures pour l’an 1810 et qui est porté à la différence suivante.
1809. la chemise 3,90 Frs ; 1810 à 4,50 Frs
Cols et boucles 1,50 Fr, 2 rabats ; 1,80 Frs
Paires de souliers 5,50 Frs ; 5,50 Frs
Guêtres grises à 1,80 Frs ; 1,90 Frs
Idem noires 3,96 Frs ; 4.50 Frs
Sacs de peau 6,20 Frs ; 8 Frs
Cocarde 15 c ; 15 c.
D’après cette situation, il est ordonné de faire un décompte scrupuleux de la différence de ces prix d’avec la véritable valeur des effets, laquelle sera tenu en réserve pour faire face aux dépenses imprévues, etc
Cet acte n’est point porté sur le registre du conseil d’administration.
N°24. Sont deux lettres d’un officier de la Tour d’Auvergne nommé Chevery, l’une sans date et l’autre datée de Capoue le 8 juin, la première m’a été remise par le lieutenant Bernier, pour me prouver qu’il n’a point violé ses arrêts et l’autre par le colonel Belfort, pour me faire connaître que Bernier et Gerente sont les auteurs des calomnies imaginées contre lui.
J’en réfère à la note que j’ai mise en marge d’une de ces lettres.
Voici la vérité
Le major ne pouvait pardonner au colonel de l’avoir exilé dans les Abruzzes, comme de l’avoir maltraité à Rome, il demanda à Cheverie, à Bernier, à de Gerente, et à d’autres jeunes gens, tous alors occupés comme payeurs et quartiers-maîtres des notes sur le colonel, avec lesquels il a fait son rapport du 20 mai.
N°25
Sont deux déclarations du fournisseur Rotti de Rome ; par la 1ère, il dit que pour 800 rations de bois, il fera une remise de 15 écus romains par mois, que c’est ainsi qu’il en est convenu avec le major du Régt.
Par la 2e, il dit que malgré que le contrat de vivres porte 22 e ½ par ration, il se contentera de 20, que c’est ainsi qu’il en est convenu avec le major.
N°26
Sont des notes, dont l’une m’a été remise par Bernier et l’autre par le colonel, mais toutes deux écrites de la main du 1er. Elles portent que le major avait l’air de prendre des acomptes sur ses appointements et quant il s’agissait de régler, il faisait jeter ces acomptes sur la masse d’économie. D’après le registre N°34, il a été tiré de cette masse :
1° 160 Frs 50
2° 18 Frs 19
3° 321 Frs
4° 392 Frs
Mr le major a paraphé au registre ces recettes.
Plus Mr le major s’est fait rendre 313 Frs 60 c pour le prix d’un collier dont il fit cadeau, etc.
Le surplus de la note remise par le colonel porte que le major avait le projet de faire une économie secrète sur les coiffes de shakos à raison de 3 baiocchi de bénéfice chaque.
Ce projet se portait aussi sur les couvre-gibernes.
N°27
Est une déclaration d’un sergent nommé Combrie, maintenant réformé, qui lorsqu’il était vaguemestre, reçut l’ordre du colonel d’intercepter les lettres de Bernier et de Gerente, pour les remettre à leur colonel.
N°28
Est une lettre du sous-inspecteur aux revues Privat qui prouve que le 1er août, le colonel Melfort était très content des comptes de Bernier, ce qui détruit toutes les expressions dictées par la chaleur dans la séance du 5 juin.
N° 29
Est un marché passé entre le conseil d’administration et un sieur Scotto, fabricant de Naples, pour :
1500 mètres de drap vert à …
400 de cadis
1500 de tricot
2400 capotes
Ce marché en blanc est ratifié par une délibération du 24 mars établie sur une feuille volante et signée par MM. Galiffe, Lieutenant ; Schmeltzer, Capitaine ; Morlet, idem ; Bergeret, idem ; Zimmer, major ; et Melfort, colonel.
N° 30
Un autre marché compris dans la même délibération du 24 mars, signé par les mêmes membres, avec le sieur Cataldo, pour :
600 shakos
200 paires d’épaulettes
1000 boucles de col
Ces deux marchés séparent la délibération du 24.
Pendant l’instruction, il a été impossible d’obtenir les marchés faits en double.
Renvoyé à l’analyse.
N°31
Est un marché passé à Turin, pour le compte du régiment, le 18 mars dernier, avec un nommé Charles Fin, fabricant de cette ville, pour :
1200 sacs de peau à 7.50 Frs
600 gibernes à 4.37 ½
600 p. gibernes à 4.37 ½
Et 3000 bretelles de fusils à 1.5
N°32
Est une note explicative de ce marché écrite de la main de Mr le chef de bataillon Thilorier.
Renvoyé page 69 de l’inspection pour voir la différence des prix de ce marché.
N°33
Est une feuille volante, sur laquelle sont 4 délibérations du conseil d’administration dont deux relatives aux marchés ci-dessus.
Renvoyé à l’analyse.
N° 34
Est un registre dit d’économie qui prouve les marchés faits au préjudice du soldat par les bénéfices qui en sont résulté et auxquels il n’a jamais participé.
Cette pièce est citée comme preuve tant dans l’instruction que dans l’analyse.
N°35
Est un décompte qui prouve une somme de 345 frs 65 d’économie, rayée de ce décompte, mais comprise au registre d’économie ci-dessus.
N°36
Est une lettre du capitaine Sveifel, qui prouve que Mr le colonel de Melfort a fait payer lors de sa réception à Florence, 144 frs aux soldats pour boire, mais comme l’observe Mr Sveifel, (pas de sa poche).
N°37
Lettre du même, au même (Bernier), par laquelle il parle encore des 144 frs payés aux compagnies par l’ordre du colonel.
Il parle des dégouts qu’on a d’administrer dans le régiment de la Tour d’Auvergne, etc. etc.
Cette lettre parle de la lettre que le 2e bataillon avait faite à Aix, voir pièce 38 (bis)
N° 38
Lettre du même au major, sous la date du 22 janvier 1809, par laquelle, en lui parlant des pertes sur le change des monnaies, lui dit « à moins que vous jugiez plus convenable de les faire supporter par la masse d’économie, il faudrait les faire constater par le sous-inspecteur, etc.
N°38(bis)
Est un état des économies faites par le capitaine d’habillement, pour subvenir aux dépenses extraordinaires du régiment montants à 42970 frs 68, mais réalisées par Mr le capitaine Sveifel, ainsi qu’il l’a déclaré dans l’information, et lequel m’a remis cette pièce écrite de sa main.
Sont attachés à cet état, cinq autres pièces, que Mr Sveifel m’a également remises pour justifier l’emploi de ces 42970 frs 68.
La recette est avouée, mais la dépense n’est pas très bien prouvée. N°39
Sont des notes explicatives sur un marché de shakos fait à Rome.
Ces notes renferment quatre pièces qui prouvent qu’il a été acheté du directeur de l’hôpital de Rome, des vieux shakos, des vieux habits, vieilles capotes, sacs de peau et autres effets, qui sont entrés au magasin d’habillement, le tout à vil prix, lesquels effets, c'est-à-dire les shakos, ont été la base d’un marché simulé qui a produit net 1602 frs de bénéfice (voir pièce 44).
N°40
Est une lettre de Mr le sous-inspecteur Bouvent, qui m’a été remise par Mr le colonel Melfort, laquelle blâme fort le rapport du 20 mai dernier.
N°41
Sont quatre lettres assez insignifiantes qui m’ont été remises par le colonel pour me prouver que Bernier et de Gerente sont deux intrigants ; deux de ces lettres sont écrites par un capitaine du 1er bataillon à Mr le colonel, la 1ère sous la date du 13 mars et l’autre sous celle du 16 juin. Par cette 1ère, ce capitaine reproche à son colonel de l’oublier dans la distribution de ses faveurs, et lui parle en général d’une manière peu convenable, et dans l’autre il dit qu’il lui adresse deux lettres de deux intrigants ; ces deux lettres sont de Gerente. Pourquoi, dit-il, ces deux intriguent ?
N°42
Sont trois lettres, deux de Mr le sous-inspecteur Privat, et une de Bernier, qui m’ont été remises par Mr le colonel Melfort, pour me prouver les torts de Bernier et de Gerente envers lui.
On remarque dans les deux lettres de Mr le sous-inspecteur, une tentative pour obtenir de Mrs Bernier et Gerente, un écrit ou rétractation des griefs compris dans les pièces qu’ils ont adressées au ministre, contre le colonel.
N°43
Un ordre du jour le 28 janvier dernier, qui prouve que Mr le colonel n’a point accueilli, comme le rapport du 20 mai le dit, les trois capitaines qui avaient divertis les deniers de leur troupe.
N°44
Est un marché simulé passé à Rome le 23 décembre dernier entre le conseil d’administration et un sieur Petrolli, capelier, pour 200 shakos, à raison de 9 frs pièce.
Ce marché a été signé par les membres du conseil comme toutes les autres opérations du conseil, avec confiance ; cet acte est l’œuvre du major et du capitaine d’habillement d’Oraison. Je n’ai jamais pu en obtenir une explication claire à cet égard.
On est autorisé à croire, que dans ce nombre de 200 shakos, on en a fait entrer des neufs, déjà payés et non livrés, pour lesquels on a fait paraitre des coûts dans la comptabilité du trimestre précédent. Mr le major dit qu’il a vu au magasin trois caisses de shakos neufs. Pour savoir la vérité, il faudrait interroger d’Oraison et son aide sur faits et articles (voir n° 38).
N° 45
Sont deux pièces, dont l’une sous la date du 18 février est un marché vrai passé entre le colonel Melfort et un Sieur Rotti, fournisseur à Rome, pour les vivres de la troupe et son bois.
L’autre est le simulacre de ce marché qui était destiné à tromper la vigilance du sous-inspecteur aux revues, par ce que le vrai marché porte des conditions, au préjudice du soldat.
N° 46
Sont trois pièces, ou notes explicatives du marché ci-dessus, une de ces pièces prouve, que le fournisseur Rotti a payé 211 frs 47 pour remises du marché, qui ont été portés au registre d’économie.
Une autre prouve que par ordre du colonel, il a été fait un décompte sur la solde du soldat, qui devait produire en bénéfice 78 frs 60 par jour, sur 3000 hommes.
N° 47
Sont des notes, et une copie de lettres du major au colonel, sous la date du 25 décembre dernier.
Ces notes portent que le colonel s’est fait rembourser, le 15 mars dernier, 50 piastres pour les frais d’un diné qu’il a donné aux officiers du 1er bataillon.
La lettre donne avis que la retenue pour les pantalons, n’est pas tolérée et pour mieux dire est abusive.
Mr le colonel a dit dans la procédure qu’il a donné des ordres contraires.
Cependant, la retenue existe toujours.
N° 48
Est une lettre du capitaine Sveifel, qui donne des instructions à Mr Laville sur les économies.
N°49
Est une lettre et un état d’économie, coupé d’un registre.
Pour découvrir la vérité de ce fait, il faudrait un procès en règle
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 9 à 15, pages 28 et suivantes).

"Fait qui peuvent être reprochés aux cinq officiers du régiment de la Tour d’Auvergne, compris dans la lettre de S. E. le Ministre de la Guerre, sous la date du 3 octobre dernier.
MM. de Melfort, Zimmer, de Gerente, Bernier et Hermand.
Le premier, Mr le colonel : 1° Pour avoir abandonné le dépôt de son régiment dans le plus déplorable état, étant à Rome vers la fin de l’année dernière.
2° Pour avoir ordonné une retenue sur la solde, dont il n’a point donné l’explication dans l’information.
3° Pour avoir toléré ou ordonné une masse noire dite économique.
4° Pour avoir laissé gaspiller une économie de 45000 francs faite sur des marchés d’habillement faits à Naples.
5° Pour n’avoir pas puni le major qui a quitté son poste de Chieti sans ordre, et pour n’en avoir pas rendu compte.
6° Pour n’avoir pas mis Bernier et d’Oraison en présence du major, quand ils lui ont dénoncé ses bénéfices.
7° Pour n’avoir pas fait disparaitre le marché simulé relatif aux 200 shakos ; compter au magasin ces shakos pour ce qu’ils avaient coûté ; supporté les deux écus donnés pour boire au chapelier qui a prêté son nom à celui qui les avait donnés et enfin, pour n’avoir pas empêché que 1602 francs, bénéfice illégitime que ces shakos ont procuré fussent portés à la masse d’économie.
8° Pour avoir passé un marché de vivres le 12 février dernier avec un Pierre Rotti, fournisseur à Rome, portant une retenue de 50 écus romains par mois et par chaque mille rations et pour avoir ordonné qu’on fit un simulacre de ce marché à l’effet de tromper la surveillance de l’inspecteur aux revues.
9° Pour s’être fait rembourser 50 piastres par la masse d’économie, pour les frais d’un diné qu’il a donné chez lui aux officiers du 1er bataillon.
10° Pour avoir fait donner aux six compagnies qui étaient à Florence, à la tête desquelles il s’est fait reconnaître, 144 francs qui ont été supportés par la masse d’économie.
11° Pour n’avoir pas fait tenir le registre des délibérations du conseil au courant.
12° Pour avoir, comme président du conseil, demander à dessein au sous-lieutenant Bernier, le registre de caisse quand il savait qu’il était entre les mains du capitaine Zveifel.
13° Pour n’avoir pas maintenu la caisse aux trois clefs, comme les règlements le prescrivent.
14° Pour avoir compromis sa dignité, en provoquant son subalterne en lui demandant sa démission.
15° Pour avoir par l’impétuosité de son caractère, provoqué une scène scandaleuse qu’il aurait pu empêcher par la prudence.
16° Pour avoir signé des délibérations auxquelles il n’a point pris part.
Pour avoir signé quatre sur une feuille volante, lesquelles sont en blanc, dont deux sont relatives à des marchés d’habillement et d’équipement.
Et enfin pour avoir également signé des marchés en blanc qui ont été passés à Naples où est le conseil d’administration.
17° Pour avoir mis aux arrêts de rigueur et en prison Bernier et de Gerente sur une déclaration que les pièces prouvent être une convention entre lui et le major.
Pièces 5,6, 7, 8, 9, 10, 13 et 17.
Le second Mr le major :
1° Pour avoir arbitrairement fixé les prix des effets de linge et chaussure pour l’an 1810.
2° Pour avoir quitté le commandement du 1er bataillon, qui était dans les Abruzzes, sans ordres.
3° Pour avoir fait des marchés de vivres et de bois au préjudice du soldat, avec un sieur Rotti fournisseur à Rome.
4° Pour avoir ordonné un marché de 200 shakos, marché simulé dont ni lui, ni le capitaine d’habillement n’ont pu donner le détail.
5° Pour avoir pris de diverses manières 1200 francs environ sur la masse d’économie.
Le troisième le sous-lieutenant Bernier
Pour avoir porté un démenti à son chef (au major) devant 15 ou 20 officiers.
Le quatrième le lieutenant de Gerente
Cet officier ami de Bernier, n’a pris part à tout ce que ce dernier a écrit, que parce qu’il a été puni avec lui, d’après la déclaration du major qu’il avait participé au rapport du 20 mai.
Le cinquième et dernier, le quartier-maître Hermand.
Qui est compris dans le rapport du 20 mai, comme ayant participé au gaspillage des 45000 francs, a avoué que Mr Sveifel lui a compté 300 ducats à titre de gratification, qu’il est prêt à restituer.
Qu’il a reçu les appointements de capitaine de 2e classe, mais il a montré une confirmation provisoire de ce grade sur la nomination de Mr le colonel de Latour d’Auvergne ; cet officier m’a paru en règle à cet égard.
Il est également vrai qu’il a prêté de l’argent au colonel.
Les conclusions qu’on peut prendre dans cette affaire sont que Mr le colonel de Melfort s’est compromis envers ses inférieurs en les approchant trop de lui, et en leur faisant des confidences, desquelles ils se sont servis pour lui faire la loi, autant pour redescendre à la distance qui leur était nécessaire, que pour exiger de lui les promesses qu’il leur avait faites. S’étant ennuyé de cette tyrannie subalterne, il a cru pouvoir la faire cesser en employant des moyens extrêmes ; il s’est trompé.
Maintenant je dois donner le détail des raisons qui ont fait comprendre Mr le capitaine Zveifel dans cette affaire.
M. Le capitaine Zveifel a été cité par le rapport du 20 mai, comme ayant reçu une partie des 45000 francs provenant des économies faites sur des marchés d’habillement.
Il m’a remis un bordereau écrit de sa main et reconnu par lui dans le procès-verbal, portant une recette de 42970 francs 68 centimes et une dépense de 42966 francs.
M. Le capitaine a déclaré au procès-verbal avoir réalisé ladite somme de 42970 francs 68 centimes sur des marchés d’habillements pour être mis en économie.
J’ai demandé à M. Zveifel s’il était possesseurs de cette somme pour le compte du régiment, il m’a montré qu’elle était dépensée moins 4 francs.
Je lui ai demandé les pièces qui avaient autorisé la dépense de cette somme, il m’a remis cinq feuilles volantes sans date, sans signatures et sans la moindre apparence valable.
De cet instant de mon information, j’ai jugé que M. Zveifel s’obstinait à vouloir taire une explication que lui seul pouvait faire.
J’ai rendu compte à M. le général comte Grenier de cette circonstance et j’ai demandé à ce que M. le capitaine Zveifel fut mis aux arrêts de rigueur jusqu’à ce qu’il lui plût de s’expliquer ; ce capitaine
a été mis au fort de l’œuf ou j’ai été le questionner.
Il m’a dit que sur les 42970 francs 68 centimes, 18715 francs 65 c avaient été par délibération du conseil, du 26 septembre 1809, mis à sa disposition pour couvrir des rejets de l’inspection. J’ai pris copie de cette délibération au procès-verbal, et j’ai reconnu qu’elle ne dit pas un mot de ce que M. Zveifel avance.
Je l’ai questionné à cet égard, et il m’a répondu qu’il a pu se tromper sur le sens de cette délibération, mais que pour certains c’est d’après elle qu’il a porté en recettes les 18715 francs.
M. Le capitaine Zveifel a réalisé une économie sur des marchés en tous genres montant à 42970 francs 68 centimes. Cette recette est avouée par lui et prouvée par l’information.
Les pièces qu’il produit pour justifier sa dépense sont-elles valables ?
Il est bon d’observer que depuis quatre années M. Zveifel est chargé de toutes les affaires du régiment, ainsi qu’il est détaillé par l’analyse, on peut voir par le procès-verbal, que M. Bergeret, membre du conseil d’administration dit, « que les marchés en blanc sous la date des 22 et 24 mars passés entre le conseil et les sieurs Scotto et Cattaldo, marchand de Naples, ont été signés à Sainte-Marie de Capoue pour être envoyés à Naples à M. Zveifel qui avait réglé ces marchés ».
M. Zveifel a nié ce fait au procès-verbal, il a également nié avoir eu connaissance du marché de Turin et enfin il a été impossible de le faire expliquer.
Les derniers marchés ont été simulés, on doit le supposer d’après la séance couchée au procès-verbal, pendant laquelle ni le colonel, ni le Major, ni le capitaine d’habillement, ni M. Zveifel, agent général du corps et ni les quartiers-maitres n’ont pu me répondre et encore moins me représenter les marchés faits doubles, signés de Scotto et Cattaldo, quand il est certain que ces marchés sont consommés. La conclusion que l’on peut prendre à l’égard de M. Zveifel, est que si la dépense des 421970 francs 68 c eut été légitime, malgré que la recette de l’était pas, il aurait pu l’avouer, et que le silence gardé dans la séance précitée est une preuve incontestable que les marchés des 22 et 24 mars ont servi à donner une économie, peut-être plus forte que la première, mais de laquelle on n’a pu trouver des preuves matérielles ni avoir le registre
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 16 page 42).

Le 20 décembre 1810, le Général Grenier écrit au Ministre de la Guerre : "En adressant à Votre Excellence avec ma lettre du 18 de ce mois les pièces relatives aux discussions qui ont eu lieu dans le régiment de la tour-d’auvergne, j’ai eu l’honneur de lui annoncer que je lui enverrai par le premier courrier le rapport fait par le sous inspecteur aux revue Guillien sur la situation administrative de ce régiment. Votre Excellence le trouvera ci-joint. J’ai ajouté en marge des notes sur quelques paragraphes de ce rapport qui m’ont particulièrement frappé et qui semblent liés aux différents détails obtenus par l’interrogatoire sur les abus existant dans la direction de ce régiment.
Comme j’ai eu l’honneur d’en rendre compte à Votre Excellence, j’ai, conformément à ses ordres, adressée à M. l’inspecteur aux revues de l’armée, le procès-verbal des déclarations qui ont été faites avec copie de toutes les pièces qui ont rapport à la comptabilité et qui peuvent l’éclairer sur les abus qui paraissent exister dans le régiment ; par ma lettres subséquente du 18, je fixe toute son attention sur les marchés simulés (bases de toutes les économies), sur les retenues exercées, et enfin sur leur emploi ; je lui enjoint d’envoyer de suite près de ce régiment un sous inspecteur aux revues qui ne devra le quitter que lorsque la gestion sera établie d’une manière régulière et afin que ce sous inspecteur soit constamment appuyé de l’autorité militaire, j’ai donné l’ordre au général Jalras de suivre toutes les opérations qui auront lieu, d’interposer son autorité toutes les fois qu’il sera nécessaire, et enfin de me rendre compte exactement des progrès d’amélioration qui résulteront des opérations de l’inspecteur.
Votre Excellence trouvera ci-joint encore copie de ma lettre à l’inspecteur aux revues plus des instructions que je donne sur le même objet au général Jalras.
J’ai l’honneur de mettre aussi sous les yeux de Votre Excellence une lettre que je viens de recevoir de l’hôpital de San Lorenzo della Padula de la part d’un nommé Dégudy, soldat au régiment de la Tour d’Auvergne. Elle n’a pas pour objet de faire connaître les plaintes de cet individu contre le colonel de Melfort parce qu’elles peuvent être supposées ou dictées par l’animosité, mais bien pour prendre les ordres de Votre Excellence sur cet individu qui avoue avoir été au service d’Espagne près de la Romana, fait prisonnier et ensuite déserté du dépôt des prisonniers ; en attendant qu’elle daigne me faire connaître ce qui aura été décidé à son égard, je vais donner les ordres nécessaires pour le faire arrêter et mettre en haut lieu de sûreté.
Ps. A l’instant où le régiment de la Tour d’Auvergne a reçu l’ordre de se rendre à Lagonegro, M. le colonel de Melfort s’en dit malade et a produit des certificats des officiers de santé ; comme le général Jalras et un sous inspecteur aux revues se rendent dans ce dernier endroit avec les instructions jointes à ma présente lettre pour y vérifier la comptabilité du régiment, j’ai renouvelé l’ordre à M. de Melfort de s’y rendre aussi à l’effet de pouvoir répondre aux question qui doivent lui être faites
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Doc 5 page 19).

Le 6 janvier 1811, le Général Comte de Lobau Mouton, Aide de camp de l’Empereur, écrit, depuis Paris au Général de Division Comte Grenier, Chef de l’Etat-major général de l’armée française dans le Royaume de Naples : "J’ai reçu, mon général, la note qui était jointe à votre lettre du 13 décembre dernier. Je vous remercie infiniment de la preuve d’obligeance que vous avez la bonté de me donner. Il est vrai, mon général, que je prends intérêt à M. le major Zimmer ; cet officier est de mon pays : ses services sont honorables ; il a reçu plusieurs blessures et je l’ai constamment cru un officier distingué ; sa conduite avait jusqu’ici justifié mon opinion, et il a fallu qu’il entra dans le corps où il sert aujourd’hui pour altérer sa réputation, et faire chanceler la bienveillance que je lui avais vouée depuis de longues années. En somme, le régiment dont il fait partie semble, sous les rapports administratifs, une espèce de pétaudière où beaucoup trop de gens sont répréhensibles. Il a fallu pour continuer à opérer d’après les bases établies, que ce malheureux major donnât en arrivant dans les pièges qui lui étaient présentés afin d’augmenter le nombre des coupables, et se trouver dans l’impossibilité de les signaler ainsi qu’il aurait dû le faire ; mais aujourd’hui sa probité a reçu une atteinte ; il me devient très difficile de me déclarer ostensiblement son défenseur, quoi que je le suppose toujours beaucoup plus faibles que vicieux. Au surplus Son Excellence le Ministre de la guerre qui a provoqué cette espèce de procédure la terminera comme il le croira opportun et si, en résultat, le major précité, éprouvait une forte lésion je ne pourrais en être affligé. Il est toujours vrai qu’il est malheureux de prendre part aux affaires d’une administration aussi mal dirigée.
S’il arrivait, mon général, que je vous fusse bon à quelque chose dans ma position je vous prie de disposer de moi, et d’agréer les sentiments distingués que j’ai l’honneur de vous présenter
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 34 page 80).

Le 17 janvier 1811, le Général Grenier écrit au Ministre de la Guerre, le Duc de Feltre : "J’ai l’honneur d’adresser à Votre Excellence copie conforme d’un règlement de travail fait par M. le sous-inspecteur Guillien chargé de la vérification de la comptabilité du régiment de la Tour d’Auvergne, pour servir à cette même vérification ; il m’a paru très convenable. M. l’inspecteur Ferrand a également adressé au bureau central de l’inspection copie de ce même règlement" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Doc 6 page 22).

Le 4 mars 1811, le Colonel de Melfort écrit au Général Grenier : "Persuadé que d’après les éclaircissements qui ont dû vous parvenir soit par M. le sous-inspecteur aux revues Guillien, soit par M. le général Saban, tout est de nature à me rendre votre estime, ayant tout lieu de me flatter, d’après les nouvelles que je reçois de Paris, que mon sort ne tardera point à être décidé d’une manière favorable, je vous prie de vouloir bien me permettre de me rendre à Naples pour soigner ma santé jusqu’à cette décision et y régler quelques affaires d’intérêt qui sont pour moi de toute urgence dans les circonstances où je me trouve.
J’ai l’honneur d’être avec respect
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 35 page 82).

Le 16 mars 1811, le Ministre de la Guerre, le Duc de Feltre, écrit, depuis le Ministère de la Guerre, Bureau de la police militaire à Paris, au Général Grenier, Chef de l’Etat-major général de l’Armée de Naples : "Général, j’ai reçu avec la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, la copie de l’enquête et les différentes pièces relatives aux désordres qui ont eu lieu dans l’administration du régiment de la Tour d’Auvergne et aux dissensions qui en ont été la suite, entre MM. de Melfort, colonel, Zimmer, Major, Gerente, Bernier et Hermann, lieutenant, sous-lieutenant et quartier-maître.
Je vous remercie de cet envoi et vous prie de presser le travail de l’inspecteur aux revues, que vous avez chargé de la vérification de la comptabilité de ce régiment, et de m’en adresser le résultat, afin de me mettre à portée de prononcer sur le parti ultérieur qu’il conviendra de prendre à l’égard de ces officiers.
Quant aux 1200 francs que M. Zimmer est accusé d’avoir pris dans la caisse d’économie pour couvrir des dépenses particulières telles qu’un collier donné à Mme de Melfort etc., je dois vous faire remarquer qu’il n’est pas à ma connaissance que M. de Melfort soit marié, si ce n’est avec lady Mackenzie, avec qui il est brouillé ou divorcé, et qui a dû retourner en Ecosse sa patrie.
D’un autre côté il m’est revenu que le désordre de la comptabilité de ce régiment n’a été réparé que par un travail forcé fait par M. de la Jumelière, pour sauver M. de Melfort de la crise où il se trouvait. Ce travail pouvant n’être qu’un tissu d’erreurs, il sera nécessaire qu’il soit examiné avec soin. Je vous prie de donner des ordres à ce sujet.
Recevez, général, l’assurance de ma parfaite considération.
Note dans la marge :
On le prie de presser la vérification et la comptabilité du régiment de la Tour d’Auvergne et de faire examiner avec soin le travail qui a été fait pour réparer le désordre de cette comptabilité.
Pour vous seul
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 36 page 84).

- Fin 1810-1811, au plan militaire

Le 27 décembre 1810, on informe l'Empereur que "Le roi de Naples acceptera volontiers les déserteurs étrangers qui lui seront envoyés d'Italie ; mais il aurait préféré le 1er régiment suisse et ceux d'Isembourg et de la Tour d'Auvergne.
Ses motifs pour cette préférence ne paraissent pas suffisants pour faire révoquer la décision qui conserve ces régiments au service de France ...
" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 3, lettre 4936 - Non signée ; extraite du « Travail du ministre de la guerre avec S. M. l'Empereur et Roi, daté du 26 décembre 1810 »).

Le même 27 décembre 1810, "Sa Majesté est priée de faire connaître ses intentions à l'égard de 97 hommes de l'infanterie et de l'artillerie de l'ex-garde hollandaise qui sont nés Allemands et qui ne sont dans aucun des cas prévus par le décret du 30 octobre 1810"; l'Empereur répond : "... 3 de la Poméranie suédoise, 2 de la Suède, 70 de la Confédération du Rhin à envoyer dans le régiment de la Tour d'Auvergne" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 3, lettre 4936 - Non signée ; extraite du « Travail du ministre de la guerre avec S. M. l'Empereur et Roi, daté du 26 décembre 1810 »).

Dès le 1er janvier 1811, le Général de Brigade Jalras se charge de réorganiser le Régiment sur la base suivante :
- Etat major : 1 Colonel, 1 Major, 1 Quartier-maître trésorier, 1 Officier payeur, 1 Chirurgien-major, 3 Chirurgiens aide-major, 4 Chirurgiens sous-aide-major, 1 Tambour-major, 8 Musiciens, 1 Caporal-tambour, 4 Maîtres ouvriers.
- Bataillons : Chaque Bataillon sous les ordres d’un Chef de Bataillon assisté d’un Adjudant-major et de deux Adjudants sous-officiers.
- Compagnies : 1 Capitaine, 1 Lieutenant, 1 Sous-lieutenant, 1 Sergent-major, 4 Sergents, 1 Fourrier, 8 Caporaux, 2 Tambour et 111 hommes.

Mais le Corps est tellement réduit qu’il ne peut constituer que trois Compagnies de Chasseurs par Bataillon. Le 6e Bataillon n’a pas de Compagnie d’élite. C’est pour cette raison que, le 7 février 1811, "On fait connaître à Sa Majesté que le détachement de 73 hommes du 2e régiment de grenadiers à pied de la garde, qui a été dirigé sur le dépôt du régiment de La Tour d'Auvergne à Strasbourg, était formé de militaires de l’ex-garde hollandaise que Sa Majesté a ordonné d'envoyer à ce régiment"; ce à quoi l'Empereur répond : "Aussitôt que possible, le faire passer par le Simplon à Naples" (P&T, IV, 5044 - Non signées ; extraites du « Travail du ministre de la guerre avec S. M. l’Empereur et Roi, daté du 6 février 1811 »).

Lorsque le Roi de Naples propose à nouveau de prendre à son service le Régiment de la Tour d'Auvergne (ainsi que le Régiment d'Isembourg et le 1er Suisse), et de rembourser le prix de l’habillement et de l’armement, Napoléon refuse encore une fois, écrivant le 25 mars 1811 que Murat doit d’abord payer tout ce qu’il doit aux Corps français (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.3, lettre 4520; P&T, IV, 5236 ; O&A, III, 4520).

Le 26 avril 1811, à Saint-Cloud, "On prend les ordres de Sa Majesté sur la demande d'un congé de six mois que fait le conseil d'administration du régiment de La Tour d'Auvergne, en faveur d'un sergent-major du 6e bataillon de ce corps" ; "Approuvé", répond l'Empereur (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 4, lettre 5396 - Non signée ; extraite du « Travail du ministre de la guerre avec S. M. l’Empereur et Roi, daté du 24 avril 1811 »).

Le 8 mai 1811, en première demande, "On met sous les yeux de Sa Majesté la demande que fait le général de brigade Sénécal, employé à l'armée de Naples, du sieur Gonnet-Tassigny, capitaine au régiment de La Tour d'Auvergne, pour aide de camp.
On demande les ordres de Sa Majesté sur cette demande
" ; "Refusé" répond l'Empereur. Et en 2e demande, "Sa Majesté est priée de faire connaître ses intentions sur la demande d'extradition faite par le gouvernement de Bade du nommé Goebel, déserteur du régiment de Hochberg, actuellement au dépôt du régiment de La Tour d'Auvergne"; "Accordé", répond Napoléon (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 4, lettre 5458 - Non signées ; extraites du « Travail du minière de la guerre avec S. M. l’Empereur et Roi, daté du 8 mai 1811 »).

En juin 1811, nouvelle demande de Murat de prendre à son service le Régiment de la Tour d'Auvergne, et nouveau refus le 8 juin (P&T, IV, 5571 ; O&A, III, 4606). Et, le 20 juin 1811, l'Empereur écrit même, depuis Saint-Cloud, au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris : "Ecrivez aux colonels des régiments de la Tour d’Auvergne et d'Isembourg qu'ils doivent toujours rester à mon service, que je suis loin de vouloir les céder au roi de Naples" (Brotonne (L. de) : « Dernières Lettres inédites de Napoléon 1er, collationnées sur les textes et publiées », Paris, 1903, t. 2, lettre 1443 ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 27361).

En fait, l’Empereur a d’autres projets. Le 24 juin 1811, Napoléon, depuis Saint-Cloud, décrète : "L'armée française de Naples est dissoute. Ses généraux, officiers d'états-majors, commissaires des guerres, employés d'administration sous quelques titres que ce soit, qui ne seront point compris dans l'organisation du corps d'observation de l'Italie méridionale, dont la composition est réglée par l'article suivant, se rendront à Rome.
Il sera formé un corps d'observation de l'Italie méridionale, qui sera composé de trois brigades : La 1re brigade sera composée de 5 bataillons du 22e régiment d'infanterie légère ; la 2e brigade, de 6 bataillons du régiment de La Tour d'Auvergne ; la 3e brigade, de 4 bataillons du régiment d'Isembourg. Deux compagnies d'artillerie à pied avec 12 pièces de canon attelées ct les caissons d’approvisionnements nécessaires seront attachées à ce corps. Ce corps d'observation restera toujours réuni ; il ne pourra être commandé que par des officiers français et ne sera employé, sur la demande du roi de Naples, qu'en cas de danger pour la sûreté de son royaume
" (Chuquet A. : « Inédits napoléoniens », Paris, 1913, t.1, lettre 466).

Le même 24 juin 1811, l’Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris : "Monsieur le duc de Feltre, vous recevrez un décret qui dissout l'armée de Naples et forme un corps d'observation de l'Italie méridionale. Ce corps sera commandé par le général Grenier et sera composé d'une division de trois brigades.
La 1re brigade sera composée des cinq bataillons du 22e régiment d'infanterie légère, et commandée par le général Sénécal ; la 2e brigade, des six bataillons du régiment de la Tour-d'Auvergne, et commandée par le général Lanchantin ; et la 3e brigade, de quatre bataillons du régiment d'Isembourg, et commandée par le général Decouz ...
Ce corps se réunira dans les lieux les plus sains entre Naples, Capoue et Gaète. Il sera exclusivement sous les ordres du général Grenier, qui correspondra directement avec vous et recevra vos ordres. Il ne sera point employé à la police du pays, et ne sera commandé par aucun officier au service du roi de Naples. Le général Grenier veillera à ce qu'aucun homme ne soit débauché. Il emploiera tout son temps à l'organisation de son corps, à mettre sa comptabilité en état, à former de bonnes troupes et à se mettre en état de se porter avec ces 8 ou 9,000 hommes sur quelque point de l'Italie que ce soit. Il pourvoira il ce qu'il ait ses ambulances et hôpitaux. Ce corps sera soldé, nourri et habillé par le roi de Naples et aura les vivres de campagne. Il y sera attaché un payeur divisionnaire qui rendra ses comptes au trésor. Comme c'est moi qui ai habillé ces régiments à Naples, le général Grenier réclamera tous les habillements fournis à mes troupes en 1810 et 1811.
Vous notifierez mon décret au roi de Naples. Vous lui ferez connaître qu'ayant besoin de réunir toutes mes troupes j'ai dissous l'armée de Naples et formé un corps d'observation sous les ordres du général Grenier ; que je laisserai ce corps suffisamment de temps dans le royaume de Naples pour être assuré qu'il peut s'en passer ; que, tout le temps qu'il restera dans ses états, il sera nourri, payé, entretenu et habillé par le trésor napolitain ; que, par le traité que j'ai fait avec lui, il doit me fournir un contingent; que je désire savoir la partie de ce contingent qui est prête à partir ; que j'y comprends les troupes napolitaines qui sont en Espagne.
Vous ordonnerez au général Grenier d'adresser des ordres aux différents régiments pour la prompte réunion de son corps, et de porter tous ses soins à la discipline, l'instruction et la bonne tenue des régiments. Vous lui écrirez que je compte que du 1er au 15 août ce corps sera disponible entre Naples et Gaète, prêt à se porter où il sera nécessaire
" (Correspondance de Napoléon, t.22, lettre 17849 ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 27429).

Le 24 juin 1811 encore, Napoléon écrit, toujours depuis Saint-Cloud, une seconde fois à Clarke : "Monsieur le duc de Feltre, donnez ordre au 4e bataillon du régiment de La Tour d'Auvergne qui a ordre de rentrer de Catalogne en France de continuer sa route sur Naples, de sorte que ce régiment ait ses six bataillons en ligne, commandés par un colonel, un major et deux majors en second. Ce bataillon peut être complété, puisque le régiment a 5000 hommes" (P&T, IV, 5673; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 27427).

Le 27 juin 1811, le Ministre de la Guerre Duc de Feltre écrit, depuis Paris (3e Division du Ministère de la Guerre; Bureau des opérations militaires) au Général de Division Grenier, Chef de l’Etat-major général de l’Armée de Naples : "Général, je vous adresse ci-joint, copie d’un décret impérial rendu par Sa Majesté le 24 de ce mois, qui dissout l’armée de Naples, et forme un corps d’observation de l’Italie méridionale, dont sa majesté vous confie le commandement.
Ce corps sera composé d’une division de trois brigades, de la manière suivante :
La 1re brigade composée de cinq bataillons du 22e régiment d’infanterie légère, sera commandée par le général Sénécal.
La 2e brigade, des 6 bataillons du régiment de la Tour d’Auvergne, sera commandée par le général Lanchantin ; le 4e bataillon de ce régiment a reçu l’ordre de quitter la Catalogne, pour rejoindre son corps.
Et la 3e brigade, des 4 bataillons du régiment d’Isembourg, sera commandée par le général Decouz.
Vous donnerez l’ordre au général Morgan de se rendre à Otrante, pour suivre la correspondance et l’approvisionnement de Corfou, et vous chargerez le général Decouz de lui donner toutes les instructions nécessaires pour remplir sa mission ; le général Morgan correspondre à cet effet, avec vous.
Quant au général Freyssinet, il demeurera à votre disposition, pour être employés selon les circonstances.
L’adjudant commandant Thomas sera le chef d’état-major de cette division.
Il sera attaché à cette division, deux compagnies d’artillerie à pied, à deux batteries de six pièces de canon chacune.
Tous les employés, commissaires des guerres, ordonnateurs, officiers du génie et artillerie, autre que ceux nécessaires pour le service de la division, rentreront en France.
Un commissaire des guerres restera à Otrante, pour être chargé des détails relatifs à l’approvisionnement de Corfou.
L’intention de sa majesté est, que les deux compagnies d’artillerie à pied, le train, tout le matériel de l’artillerie, et tout ce qui se trouve à Naples, appartenant la France qui ne serait pas employé dans le corps d’observation de l’Italie méridionale, soit dirigé sur Rome.
Ce corps se réunira dans les lieux les plus sains, entre Naples, Capoue et Gaète ; il sera exclusivement sous ordres ; il ne sera point employé à la police du pays, et ne sera commandé par aucun officier au service de Sa Majesté le Roi de Naples.
Vous ferez connaître aux colonels des régiments de la Tour d’Auvergne et d’Isembourg, que l’intention de l’Empereur et qu’ils restent toujours au service de France, et que Sa Majesté est bien loin de vouloir les céder à Sa Majesté le Roi de Naples.
Vous veillerez, générale, à ce qu’aucun homme ne soit débauché, vous emploierez tout votre temps, à organiser ce corps, à mettre la comptabilité des régiments en règle ; à former de bonnes troupes, et à vous tenir en mesure de vous porter avec elles, sur quelque point de l’Italie que ce soit. Vous pourvoirez aussi, à ce que le service des ambulances et des hôpitaux soit bien assuré.
Vous correspondrez directement avec moi, et vous recevrez de moi les ordres que l’Empereur me chargera de vous faire parvenir, pour tout ce qui aura rapport au service de ce corps.
Ce corps sera soldé, nourri et habillé par Sa Majesté le Roi de Naples, et recevra les vivres de campagne. Il y sera attaché un payeur divisionnaire qui rendra ses comptes au Trésor Impérial. Comme les trois régiments qui composent ce corps ont été habillés aux frais de l’Empereur, à Naples, l’intention de Sa Majesté et que vous réclamiez tous les habillements fournis à ses troupes, en 1810 et 1811.
Sa Majesté veut aussi, que vous adressiez des ordres aux divers régiments, pour la prompte réunion du corps d’observation de l’Italie méridionale, que vous portiez tous vos soins à la discipline, à l’instruction et à la bonne tenue des régiments, attendu que Sa Majesté compte que du 1er au 15 août, ce corps sera disponible entre Naples et Gaète, prêt à se porter où il sera nécessaire.
Je vous invite, général, à faire toutes les dispositions nécessaires pour remplir à cet égard les intentions de l’Empereur.
Vous remarquerez, général, que le 1er régiment Suisse n’est point compris dans l’organisation de ce corps, attendu qu’il reçoit l’ordre de quitter le royaume de Naples, pour se rendre à Rome.
Vous aurez soin de prendre les ordres de Sa Majesté le Roi de Naples, à qui j’adresse copie du Décret Impérial, pour que tous les mouvements se fassent avec le plus de diligence possible, afin que le corps d’observation soit organisé et mis en état de partir dans le courant du mois d’août, et que tout ce qui ne sera pas employé à ce corps, soit dirigé sur Rome.
Vous me rendrez exactement compte, général, de toutes ces mesures que vous aurez prises à ce sujet, et vous m’adresserez un état exact et détaillé de l’organisation du corps d’observation de l’Italie méridionale, en indiquant les noms des officiers généraux, supérieurs et autres ainsi que ceux de l’administration qui seront conservés. Vous y ajouterez un état détaillé de tout ce qui sera dirigée sur Rome, personnel et matériel, ainsi que leur itinéraire, afin de me mettre à portée d’en rendre compte à Sa Majesté
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 57 page 125).

Un "Etat approximatif des sommes nécessaires pour la solde et l’entretien, pendant un mois, des troupes du corps d’observation de l’Italie méridionale", en donne sa compostion fin Juin, début Juillet 1811 :
"… troupes : 22e d'infanterie légère, 1er régiment étranger, 2e régiment étranger, 3e compagnie d’artillerie à pied, 19e idem …" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 43 page 98).

Le 1er juillet, le Ministre de la Guerre, le Duc de Feltre écrit, depuis Paris (3e Division du Ministère de la Guerre; Bureau des opérations militaires) au Général de Division Grenier, Chef de l’Etat-major général de l’Armée de Naples : "Pour vous seul
Général, j’ai mis sous les yeux de l’empereur, la lettre que vous m’avez écrite le 16 juin, relativement à la désertion qui s’est manifestée dans le régiment de la Tour d’Auvergne, depuis que ce corps est employé dans les Calabres.
Sa Majesté une charge de vous faire connaître que le Décret Impérial du 24 juin, dont je vous ai adressé copie le 27 du même mois, qui dissout l’armée de Naples et ordonne la formation d’un corps d’observation de l’Italie méridionale, pourvoit à tout cela ; que la Calabre doit être gardée par les troupes napolitaines, et qu’à cet effet Sa Majesté le Roi de Naples doit y envoyer une partie de sa garde et 10 à 12000 hommes de ses troupes.
L’intention de l’empereur est, général, que vous occupiez à réunir sans délai entre Naples et Gaète, les troupes qui doivent former votre division ; que l’exécution de cet ordre ne doit éprouver aucun retard ; qu’étant directement sous mes ordres, vous ne devez obéir à Sa Majesté le Roi de Naples, qu’en cas d’attaque de la part de l’ennemi ; que vous devez sentir que la manière dont les troupes étaient traitées à Naples, a contribué à faire prendre cette résolution à Sa majesté ; que les troupes napolitaines augmentant en nombre, elles doivent garder leur pays, et les troupes françaises être tenues en réserve et entretenues.
Je vous invite, général, à vous conformer ponctuellement aux dispositions prescrites par mon instruction du 27 juin, et à m’instruire de toutes les mesures qui auront été prise pour l’exécution des ordres de Sa Majesté à cet égard
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 60 page 131).

Le 7 juillet 1811, le Ministre de la Guerre, le Duc de Feltre, écrit depuis Paris (Ministère de la Guerre), au Général de Division Comte Grenier, commandant en chef le Corps d’Observation de l’Italie méridionale : "Pour vous seul
Général, vous trouverez ci-joint les duplicatas dument certifiés des ordres donnés d’après l’intention de l’Empereur pour la dissolution de l’armée de Naples et la formation de corps d’observation sous vos ordres. La volonté formelle de l’empereur est que vous donniez sans le moindre délai, quelle que soit l’opposition du roi de Naples (si toutefois ce prince en apportait) des ordres à tous les français qui sont dans ce royaume et que vous réunissiez les troupes de l’Empereur entre Naples, Capoue et Gaète. Sa Majesté Impériale m’ordonne de vous dire que le roi de Naples parait se livrer aux suggestions des ennemis de la France et qu’elle lui a déjà témoigné combien cette conduite était folle. L’Empereur veut que vous fassiez connaître à tous les français qui sont à Naples et à tous ceux que font partie de la garde même du roi qu’ils sont toujours français ; que l’Empereur les considère comme tels et que par un décret de l’Empire les français sont citoyens de Naples. Vous devez vous concerter avec le ministre de l’Empereur à Naples et seconder ce ministre pour faire sortir le roi de la fausse position dans laquelle il est. L’Empereur me charge de vous mander que si le roi continuait à s’éloigner de ce que lui prescrivent la reconnaissance et ses premiers devoirs il y serait sévèrement rappelé.
Vous devez parler ferme, général ; vous n’est plus sous les ordres du roi de Naples ; vous commandez un corps des troupes de Sa Majesté Impériale. Vous cessez d’être à Naples un subordonné. Vous n’avez d’ordres à recevoir que de la part de l’Empereur et vous devez soutenir son ministre à Naples.
Evitez que toute correspondance importante de vous à moi, passe par des mans napolitaines. Il en doit être de même des estafettes du gouvernement. Il faut que les lettres que vous recevrez de France, aillent en droite ligne dans vos mains. J’écris à ce sujet de la part de l’Empereur au général Miollis qui s’entendra avec vous pour les dispositions à prendre à cet égard
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 53 page 117).

Le 21 juillet 1811, le Ministre directeur de l’Administration de la Guerre, Ministre d’Etat, écrit, depuis Paris (Administration de la Guerre, Division de l’habillement, 1er bureau, 2e subdivision, 1ère section) au Général Grenier à Naples : "M. Le général, Sa Majesté l’Empereur en rendant le décret du 24 juin qui dissout l’armée de Naples et crée celle d’observation de l’Italie méridionale a ordonné qu’on réclamât du gouvernement napolitain les habillements qui ont été fournis en 1810 et 1811 aux corps français et qui dans le cours de ces deux exercices ont été employés dans les états de Naples.
Au terme des traités le gouvernement napolitain devait payer la masse d’habillement des troupes françaises et c’est le payement de cette masse qui a éprouvé un arriéré considérable, qui doit faire l’objet de la demande que le ministre de la guerre vous a chargé de faire à Sa Majesté le Roi de Naples.
J’ai été informé par M. l’inspecteur aux revues des troupes françaises, que Sa Majesté le Roi de Naples avait fait les fonds nécessaires pour payer ce qui était dû à ces troupes, mais il est important de s’assurer si les payements ont été effectués et si les corps français ne sont pas encore créanciers du gouvernement napolitain, car dans ce cas l’intention de Sa Majesté est que ce qui peut être dû soit payé sans délai.
Les corps français et qui ont été à charge du royaume de Naples dans le cours des années 1810 et 1811 sont ceux-ci-après désignés : 10e régiment de ligne, 20e régiment idem, 62e régiment idem, 101e régiment idem, 22e régiment d’infanterie légère, 4e régiment de chasseurs à cheval, 9e régiment idem, régiment d’Isembourg et de la Tour d’Auvergne, un détachement du 2e régiment d’artillerie à pied. Je viens d’écrire à M. l’inspecteur aux revues français à Naples pour le charger de vous faire connaître, général, ceux des corps ci-dessus désignés envers lesquels le trésor napolitain peut encore être débiteur.
Je vous prierai lorsque ce renseignement vous aura été produit de faire les instances nécessaires pour que, conformément aux intentions de l’Empereur, tout ce qui sera dû soit payé sans délai.
Je vous serai obligé, général, de me faire connaître le résultat des mesures que vous aurez prises pour l’exécution des ordres de l’Empereur
"; en marge : "Je le prie de réclamer auprès du gouvernement napolitain le paiement de ce qu’il peut devoir aux corps français qui ont été à sa charge en 1810 et 1811.
La réclamation a été adressée au Roi le 12 août
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 64 page 139).

Le 27 juillet 1811, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris : "Monsieur le Duc de Feltre, je désire ne plus recevoir d'étrangers dans les cinq régiments hollandais et n'y admettre que des conscrits des départements de Hollande. Il faut détruire le dépôt de Gorcum. Tous les hommes qu'on recrutera seront envoyés dans les régiments de Prusse, de la Tour d'Auvergne et d'Isembourg.
Le général de brigade Roussel sera employé au corps d'observation de l'Italie méridionale. Il commandera une brigade composée des régiments de la Tour d'Auvergne et d'Isembourg. Il me sera présenté. Il prêtera serment, après quoi il partira
" (Brotonne (L. de) : « Dernières Lettres inédites de Napoléon 1er, collationnées sur les textes et publiées », Paris, 1903, t. 2, lettre 1489; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 27820).

Le 3 août, le Corps devient 1er Régiment étranger. Destiné à défendre la Toscane et le royaume d’Italie, il ne peut plus incorporer d’Autrichiens, l’Autriche pouvant potentiellement attaquer l’Italie.

Le 11 août 1811, l'Empereur écrit, depuis Rambouillet, au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris : "Monsieur le Duc de Feltre, je désire que vous me fassiez un rapport sur les quatre régiments étrangers. Le premier est celui de la Tour d'Auvergne ... Quels sont les quatre colonels et les majors qui commandent ces régiments ? Où sont-ils ? Quels sont les chefs de bataillon, capitaines et lieutenants ? Indiquez-moi de quelle nation est chacun, et joignez-y des renseignements sur leurs services, afin que je connaisse bien la composition de ces régiments. Tous les officiers français qui ont servi en Autriche et en Prusse et que je rappelle, tous ceux qui ont émigré, tous ceux enfin qui n'ont pas fait leur avancement dans l'armée française, pourront être employés dans ces régiments, où il y aura un tour d'avancement distinct de celui de la ligne ; car vous ne devez pas perdre de vue le principe que ces officiers ne doivent pas avoir d'avancement dans la ligne, et que, s'il y a jamais quelque exception, ce ne peut être qu'en vertu d'un décret spécial de moi et d'après un rapport particulier sur chaque individu, où vous m'aurez bien fait connaître ce dont il s'agit et les services de l'officier ...
Les régiments de la Tour d'Auvergne et d'Isembourg sont destinés à garder la Toscane et l'Italie, et en conséquence, vous devez veiller à ce qu'on n'y envoie pas d'Autrichiens ...
" (Correspondance de Napoléon, t.22, lettre 18021 ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 28110).

De plus, pour prévenir la désertion, "trop à craindre à Strasbourg", Napoléon accepte le 13 août 1811, sur proposition de Clarke, le transfert du Dépôt de Strasbourg à Phalsbourg (P&T, IV, 5976).

Le 21 août 1811, on informe l'Empereur que "Le général Roussel d'Hurbal demande pour aide de camp le capitaine Cherrier, du 1er régiment étranger.
Attendu la position particulière de cet officier général, on soumet cette demande à la décision de Sa Majesté
"; l'Empereur répond : "Il faut qu'il prenne des officiers qui aient fait toute la guerre avec l'armée française; cela donnera de la confiance aux soldats" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 4, lettre 6038 - Sans signature ni date; extraite du « Travail du ministre de la guerre avec S. M. l'Empereur el Roi, daté du 21 août 1811 »).

Le 22 août 1811, à Saint-Cloud, "Le généra] Clarke soumet à l'approbation de l'Empereur le Tableau des cantonnements assignés par le général Grenier aux troupes qui composent le corps d'observation d'Italie" ; l'Empereur répond : "Faire connaître que j'approuve tout cela, mais à condition que mes troupes soient placées dans des lieux très sains, exercées à la manœuvre et qu'on mettra de l'ordre dans la comptabilité des régiments de La Tour d'Auvergne et d'Isembourg. Le général Grenier fera les fonctions d’inspecteur de ces 4 régiments. Il enverra un bataillon occuper Terracine et Monte Circello que les ennemis inquiètent. Par ce moyen, le général Miollis fera rentrer le détachement qu'il a sur Monte Circello" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.3, lettre 4715 ; Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 4, lettre 6039).

Le 25 août 1811, le Ministre de la Guerre, le Duc de Feltre, écrit, depuis Paris (3e Division du Ministère de la Guerre, Bureau des opérations militaires), au Général de Division Grenier, commandant le Corps d’Observation de l’Italie méridionale, au Quartier général à Sessa : "Général, j’ai mis sous les yeux de l’Empereur, le tableau des cantonnements que vous avez assigné provisoirement aux troupes qui composent le corps d’observation de l’Italie méridionale, ainsi que la proposition que vous faites par votre lettre du 9 août, de former une nouvelle brigade sous le n°2 du 1er régiment Suisse qui est resté sous vos ordres et d’en confier le commandement au général de brigade Stedmann. Sa Majesté me charge de vous faire connaître, général, qu’elle approuve tout cela, mais à condition que ces troupes seront placées dans des lieux très sains ; qu’elles seront exercées aux manœuvres et que l’on mettra de l’ordre dans la comptabilité des régiments de la Tour d’Auvergne et d’Isembourg.
L’intention de Sa Majesté est en conséquence que vous remplissiez les fonctions d’inspecteur de ces quatre régiments.
Sa Majesté veut aussi que vous fassiez passer un des bataillons sous vos ordre, à Terracine et à Monte Circello que les ennemis inquiètent.
Je préviens le général Miollis de cette disposition pour qu’il fasse rentrer le détachement de sa garnison qui occupe en ce moment Monte Circello, aussitôt qu’il aura été relevé par les troupes sous vos ordres.
Vous voudrez bien, général, m’instruire des mesures que vous aurez prises pour remplir à cet égard les intentions de Sa Majesté, je vous recommande en même temps de porter une attention particulière sur les mouvements des anglais, du côté de Terracine et de Monte Circello, afin de défendre avec vigueur ce point important et les batteries qui y sont établies contre toutes entreprises de la part de l’ennemi.
Vous aurez soins aussi, général, de donner au général Miollis, avis de la marche des troupes qui se rendront à Monte Circello, afin qu’il puisse faire rentrer les détachements de sa garnison, aussitôt qu’ils auront été relevés
" ; noté en marge : "Répondu le 3 septembre
Ecrit encore le 5 pour cet objet
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 75 page 161).

Le 18 septembre 1811, le Ministre de la Guerre, le Duc de Feltre, écrit, depuis Paris (Ministère de la Guerre, Bureau de l’Inspection) au Général Grenier, commandant le Corps d’Observation de l’Italie méridionale : "Général, pour vous mettre à portée de remplir, conformément aux intentions de l’empereur, les fonctions d’inspecteur auprès des troupes qui composent le corps d’observation de l’Italie méridionale, je crois devoir vous adresser les instructions suivantes.
Les revues que vous aurez à passer ont pour but de débarrasser les corps des hommes que leurs infirmités rendent incapables de continuer leur service.
Vous préviendrez à l’avance les commandants de ces corps du jour que vous aurez choisi pour en passer la revue, afin qu’ils puissent disposer des différents états qui seront à fournir ...
En inspectant les régiments de la Tour d’Auvergne et d’Isembourg, vous vous ferez représenter les décrets relatifs à la masse de recrutement de ces corps et vous vous assurerez si l’on se conforme exactement aux dispositions qu’ils renferment …
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 87 page 185).

Le 1er novembre 1811, l'Empereur écrit, depuis Wesel, au Général Clarke : "Monsieur le duc de Feltre ... Faites-moi connaître si l'on a commencé à exécuter mon ordre qui veut que les déserteurs ou recrues provenant des pays de la Confédération du Rhin et de la Russie soient envoyés dans le 1er régiment étranger, et ce qui vient de la Prusse dans le 2e. Je n'entends pas dire que cette mesure s'exécute" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 4, lettre 6322 ; Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 28970).

Le 12 novembre 1811, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Clarke, Duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris, d’épurer les 127e, 128e et 129e de Ligne, en raison de leur mauvais état d’esprit : "... Il faut d'abord les séparer ... Le prince d'Eckmühl ... fera diriger par détachements de 100 hommes, sur les régiments de la Tour-d'Auvergne et d'Isembourg, les Prussiens, les Mecklembourgeois, Russes et Danois qui se trouvent dans ces régiments ... Les étrangers seront dirigés sur Wesel, avec des notes, pour que vous puissiez me proposer de leur donner de l'emploi ou de les placer dans les régiments étrangers. Ceux qui sont du pays, le prince d'Eckmühl en fera deux classes : les uns, qu'on essayera de garder dans les régiments jusqu'à nouvel ordre, et les autres, qu'on pourra envoyer en Italie et en Espagne dans les corps ... Tout ce qui sera prussien, danois, suédois, mecklembourgeois, russe, sera dirigé, par détachements de 100 hommes, sur les régiments d'Isembourg et de la Tour-d'Auvergne ..." (Correspondance de Napoléon, t.23, lettre 18253).

Le même jour, 12 novembre 1811, l'Empereur écrit encore, toujours depuis Saint-Cloud, au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le duc de Feltre ... tous les déserteurs ou autres individus ... qui viennent de la Prusse ou de la Westphalie ; ceux-ci doivent être réservés pour le 1er et le 2e régiment étranger qui sont à Naples ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.11, lettre 29043).

Napoléon par ailleurs se méfie de plus en plus des soldats étrangers et le 20 novembre 1811, il demande à Clarke d’un ton exaspéré de ne plus lui proposer d’Officiers sortant du Régiment pour passer dans les Etats-majors ou dans d’autres unités. Il ne veut accorder sa "confiance qu’à des officiers ayant fait toute la guerre en France" (Margueron (Cdt) : "Campagne de Russie", tome III. ; L. Lecestre : «Lettres inédites de Napoléon 1e», tome II, 897; Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1912, t.3, lettre 3538).

Le 18 décembre 1811, le Ministre de la Guerre, le Duc de Feltre, écrit depuis Paris (Ministère de la Guerre, Bureau de l’Inspection), au Général Grenier commandant le Corps d’Observation de l’Italie méridionale : "Général, vous m’exposez par votre lettre du 25 novembre, que le 4e bataillon du 1er régiment d’étrangers qui revient de l’armée d’Espagne, ne peut, à raison des pertes qu’il a faites, fournir les cadres qui doivent en être tirés, pour la formation des 4e et 5e compagnies du 6e bataillon. Vous m’informez en même temps, que vous avez donné des ordres, pour que les deux compagnies qui manquent à ce bataillon, dont les cadres ont pu être pris dans le 5e bataillon, y fussent créées.
J’approuve cette mesure qui complète les dispositions qui furent prescrite par le Décret du 16 octobre 1810, au sujet du 1er régiment étranger ci-devant de la Tour d’Auvergne
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 101 page 213).

Le 19 janvier 1812, à Paris, on informe l'Empereur que : "Il y a 1314 prisonniers espagnols, mais étrangers à l'Espagne, qui sont détenus en France et demandent à reprendre du service. On propose d'incorporer ... les Prussiens, Russes, Danois, Suédois dans les 1er et 2e régiments étrangers ..."; ce dernier répond : "Approuvé" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1912, t.4, lettre 5725).

Le 30 janvier 1812, le Ministre de la Guerre, le Duc de Feltre, écrit, depuis Paris (Ministère de la Guerre, Bureau de l’Inspection) au Général Grenier : "Général, vous m’avez demandé si les mesures à prendre pour faire rentrer dans les rangs tous les sous-officiers et caporaux n’ayant pas deux années de service, devaient être appliquées aux bataillons de guerre. Je réponds affirmativement à cette question qui ne peut être douteuse, la volonté de l’Empereur étant que tous les militaires, sans exception, soit soumis aux décisions qu’il a rendues à cet égard. Toutefois, les observations que vous m’avez présentées, relativement aux régiments étrangers, ne m’ayant pas paru dénuées de fondement, je vais en rendre compte à Sa Majesté, et la prier de me faire connaître ses instructions" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 123 page 257).

La solde quant à elle est toujours aussi mal versée. Début 1812, le Colonel Melfort et le Major Zimmer sont accusés de fraude.

Le 16 février 1812, l'Empereur écrit, depuis Paris, au Général Clarke, Ministre de la guerre : "Monsieur le duc de Feltre ... On dit que le colonel du 1er régiment étranger est bien mauvais" (Correspondance générale de Napoléon, t.12, lettre 29984).

Le 26 février 1812, à Paris, l'Empereur est informé que : "On constate un déficit dans la caisse du régiment de La Tour d'Auvergne"; ce dernier répond :"Le colonel Melfort sera suspendu de ses fonctions. il sera mandé à Paris pour rendre compte de sa conduite et il sera nommé un autre colonel en remplacement" (Chuquet A. : « Ordres et apostilles de Napoléon, 1799-1815 », Paris, 1911, t.2, lettre 1879).

Un extrait du procès verbal de la séance du Conseil des Ministres du 26 février (P&T, V, 6840) présente effectivement à l’Empereur un déficit de 66404 fr. 05 existant dans la caisse du Régiment. La sanction est immédiate. Melfort, suspendu de ses fonctions, part à Paris pour rendre compte de sa conduite. Entre temps, le Régiment, dont le 6e Bataillon a enfin ses Compagnies d’élite, alors que le 4e n’a encore que ses deux d’élite et deux de Chasseurs, reçoit l’ordre en décembre de se rendre par petite étapes dans le nord de l’Italie pour rejoindre le Corps d’observation. Le 7 mars, les six Bataillons (3600 hommes) sont à la 4e Division d’observation (Grenier) entre Rome et Naples (Du casse, VIII).

Le 4 mars 1812, le Ministre de la Guerre, le Duc de Feltre, écrit, depuis Paris (Ministère de la Guerre, Bureau de l’Inspection), au Général Grenier commandant le Corps d’Observation de l’Italie méridionale : "Général, afin de compléter les dispositions du décret du 25 décembre dernier, relatif aux nouveaux drapeaux, j’ai pris les décisions suivantes, au sujet des fanions que doivent avoir les bataillons des régiments d’infanterie.
1° Ces fanions seront confectionnés en étoffe de laine, de la couleur prescrite par le décret.
2° Ils auront 30 pouces, ou 813 millimètres en tous sens.
3° Ils seront garnis autour d’un galon de laine, de la même couleur que le fanion, afin qu’ils se conservent plus longtemps ; ils n’auront ni franges, ni cravate, ni aucune espèce d’ornement.
4° Ils seront supportés par un bâton de bois noirci, de la hauteur de 8 pieds ou 2 mètres 600 millimètre, et terminé en haut par une pointe de fer ou d’acier.
Je vous prie de communiquer ces dispositions aux divers régiments d’infanterie employés sous vos ordres, et de leur prescrire de faire confectionner, sans le moindre délai, les fanions qu’ils doivent avoir, et de les distribuer aux bataillons, l’intention de l’Empereur étant qu’ils en soient pourvus de suite.
Cet ordre ne doit point souffrir de retard ; je vous engage à en surveiller la prompte exécution, dont vous me rendrez compte
" ; noté en marge : "Ecrit à MM. Les généraux de brigade le 28. Demandé le décret le 2 avril" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 124 page 259).

Le 29 avril 1812, le Ministre de la Guerre, Duc de Feltre, écrit, depuis Paris (Ministère de la Guerre, Bureau de l’Inspection), au Général Grenier commandant le Corps d’Observation de l’Italie méridionale : "Général, en m’informant par votre lettre du 3 avril, des dispositions qui ont été faites pour la confection des fanions des divers bataillons d’infanterie, vous m’annoncez que vous n’avez point reçu le décret du 25 décembre relatif aux aigles.
Pour suppléer à l’envoi qui vous a été fait et qui ne vous est oint parvenu, je vous transmets ci-joint 8 exemplaires de ce décret, avec autant d’exemplaires de l’ordre du jour que j’ai fait imprimer à ce sujet, pour être envoyées corps qui se trouvent sous votre commandement et mis à l’ordre.
Je vous engage, général, à veiller à ce qu’on se conforme exactement à l’avenir, aux mesures indiquées, tant dans le décret, que dans l’ordre du jour, et à m’accuser réception de l’un et de l’autre
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 128 page 269).

Le 23 mai 1812, Napoléon ordonne, depuis Dresde, la formation d’une Compagnie d’artillerie régimentaire avec deux pièces de six. Il écrit au Général Clarke, Ministre de la Guerre : "Monsieur le duc de Feltre, le général Grenier n'a pas d'artillerie, et l'artillerie de ligne est dans une situation telle qu'elle ne peut lui rien fournir. Donnez des ordres sur-le-champ pour qu'une compagnie d'artillerie soit formée au régiment d'Isembourg et une compagnie du régiment de la Tour d'Auvergne et que chacun de ces régiments ait deux pièces de canon de 6, qu'une compagnie d'artillerie soit également formée au 22e régiment d'infanterie légère et qu'il y soit attaché deux pièces de canon ; par ce moyen, l'artillerie du corps du général Grenier sera composée de six pièces d'artillerie ; il y aura un caisson d'ambulance par régiment. Il n'y aura point de caissons des équipages militaires.
Envoyez un capitaine d'artillerie de la ligne, deux lieutenants en second et quatre instructeurs tirés du 2e ou 4e régiment à pied, qui seront chargés de ce qui est relatif à l'organisation de cette artillerie et à sa surveillance ; ainsi cette division de 8.000 hommes aura ce qui lui est le plus indispensable. Il faut que les attelages, le matériel, les harnais, soient procurés à Naples ou à Rome, ce qui n'est pas difficile ; car s'il fallait les tirer de plus loin, cela ne finirait jamais ; et mon intention est que cette artillerie existe et soit en état de servir à la fin de juin
" (Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 5, lettre 7259 ; Correspondance générale de Napoléon, t.12, lettre 30679). Celle ci, confiée au Lieutenant Schwerghaust, comprend 3 Sergents, 3 Caporaux et 56 Canonniers. Le 31, le commandement passe au Colonel en second Jean Baptiste Danlion (1770-1853).

Le 28 mai 1812, "On soumet à Sa Majesté une demande que fait le sieur A. de Vedel, neveu du général de brigade Vedel, pour obtenir la permission de solliciter du service en Saxe" ; l'Empereur, qui ne veut toujours pas d'Officiers étrangers à son service, rejette également cette demande, répondant : "L'employer dans le régiment de La Tour d'Auvergne" (O&A, III, 5095; Picard E. et Tuetey L. : « Correspondance inédite de Napoléon 1er conservée aux Archives de la Guerre », Paris, 1913, t. 5, lettre 7285 - Non signée ; extraite du « Travail du ministre de la guerre avec Sa Majesté l’Empereur et Roi daté du 20 mai 1812 »).

Le 30 mai 1812, le Ministre de la Guerre, le Duc de Feltre, écrit, depuis Paris (Ministère de la Guerre, 6e Division, Artillerie) au Général Grenier, commandant le Corps d’Observation de l’Italie méridionale, à Sessa (Royaume de Naples) : "Général, j’ai l’honneur de vous prévenir que Sa Majesté m’ordonne de former de suite une compagnie d’artillerie dans chacun des trois régiments d’infanterie ci-après désignés :
1er régiment étranger, 2e idem, 22e régiment d’infanterie légère.
Vous recevrez incessamment mes instructions pour procéder à l’organisation de ces compagnies (elles vous parviendront par le prochain courrier).
J’envoie à votre corps d’observation M. Le capitaine d’artillerie Fondard, deux lieutenants en second et 4 sous-officiers instructeurs du 2e régiment d’artillerie pour être chargés de l’instruction de ces compagnies.
J’ordonne à M. le directeur d’artillerie à Rome de tenir à votre disposition : 6 canons de 6 sur affûts et avant-train, 9 caissons à munitions de 6 et 6 caissons d’infanterie chargés.
Chaque compagnie devant avoir 2 canons de 6, 3 caissons de 6, 2 caissons d’infanterie.
Elles auront de plus chacune un caisson d’ambulance qui sera fourni par M. le Ministre Directeur de l’administration de la Guerre, ainsi que 40 chevaux harnachés par compagnie pour l’attelage de ces voitures.
L’intention de Sa Majesté est que ces compagnies existent et soient en état de servir à la fin du mois de juin.
Les instructions sur la formation de ces compagnies d’artillerie régimentaire feront connaître la force et la composition qu’elles devront avoir.
Il est essentiel de choisir pour canonniers des hommes forts et robustes, et pour soldats du train des hommes habitués à conduire et soigner des chevaux.
Les uns et les autres seront choisis dans leurs régiments respectifs
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 132 page 277).

Le 31 mai 1812, le Ministre de la Guerre, le Duc de Feltre, écrit, depuis Paris (Ministère de la Guerre, Bureau de l’Inspection), au Général Grenier, commandant le Corps d’Observation de l’Italie méridionale : "Général, l’intention de l’Empereur est qu’il soit formé une compagnie d’artillerie à chacun des 1er, 2e régiments étrangers et 22e d’infanterie légère qui sont sous votre commandement.
Ces compagnies devront être organisées de la manière prescrite par le Décret impérial du 9 juin 1809, dont vous trouverez une ampliation ci-jointe.
Je vous engage à former faire former ces compagnies aussitôt que vous aurez cette lettre. A cet effet, on choisira dans chaque régiment des officiers, sous-officiers et soldats les plus propres au service de l’artillerie.
La formation de chaque compagnie sera constatée par un procès-verbal rédigé par un inspecteur aux revues. Ces procès-verbaux seront soumis à votre approbation et il en sera fait autant d’expéditions, qu’il est prescrit par le règlement du 25 germinal an 13. Celle que je dois recevoir me sera envoyée par vous.
Vous y joindrez deux mémoires de proposition pour faire remplacer les deux officiers qui seront passés dans la compagnie d’artillerie. Les sous-officiers qui y auront été admis seront remplacés de suite dans les compagnies d’où ils auront été tirés.
Je donne des ordres pour faire fournir à ces compagnies leur matériel d’artillerie et je prie son excellence le Ministre Directeur de l’administration de la guerre, de faire de son côté les dispositions convenables, pour leur faire fournir les chevaux et les harnais nécessaires
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 136 page 285).

Le 14 juillet 1812, le Ministre de la Guerre, le Duc de Feltre, écrit, depuis Paris (Ministère de la Guerre, Bureau de l’Inspection), au Général Grenier, commandant le Corps d’Observation de l’Italie méridionale : "Général, par votre lettre du 20 du mois dernier, vous demandez qu’il soit accordé 12 francs sur la masse de recrutement, et à titre de rengagement, au sous-officiers et soldats du 1er régiment étranger, qui sont au service depuis l’an 14 et 1806, et que ces dépenses soient continuées d’année en année.
J’approuve cette proposition que l’on pourra étendre au 2e régiment étranger ; mais vous devez exiger que chaque militaire qui recevra la somme convenue, contracte un nouvel engagement, au moins pour un an
" ; note en marge : "Envoyé copie aux conseils d’administration des 1er et 2e étrangers le 30 juillet 1812" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 157 page 329).

Le 26 août 1812, le Ministre de la Guerre, le Duc de Feltre, écrit depuis Paris (Ministère de la Guerre, Bureau de l’Inspection), au Général Grenier, commandant en chef le Corps d’Observation de l’Italie méridionale : "Général, Sa Majesté n’ayant encore point résolu la question de savoir, si les dispositions du décret du 2 août, seront, ou non, appliquées aux sous-officiers des régiments étrangers qui sont au service de France, je ne puis répondre d’une manière positive, à votre lettre du 13 du mois dernier. J’adresse à cet égard un nouveau rapport à l’Empereur, et lorsque sa décision me sera connue, je vous la communiquerai" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 162 page 339).

Le 29 août 1812, Napoléon ordonne que le Corps demeure en Toscane (P&T, V, 7540), décision qui est renouvelée le 3 septembre (O&A, III, 5134).

Le 15 septembre 1812, le Ministre de la Guerre, le Duc de Feltre, écrit, depuis Paris (Ministère de la Guerre, 3e Division, Bureau du mouvement des troupes), au Général Grenier, commandant le Corps d’Observation de l’Italie méridionale à Sessa : "Général, l’Empereur voulant soulager les finances du royaume de Naples, qui a levé sa conscription et complété son armée, ordonne que le corps d’observation de l’Italie méridionale quitte ce royaume ; que le 2e régiment étranger restent dans la 30e division militaire, le 1er dans la Toscane ; et que le 22e d’infanterie légère soit dirigé sur Vérone, où il sera formé, sous vos ordres, une nouvelle division d’infanterie, composé des quatre bataillons de ce dernier régiment, de quatre bataillons du 112e et de deux bataillons de chacun des 6e de ligne et 14e léger ; ce qui fera une division de 12 bataillon.
En conséquence, vous voudrez bien, général, vous concerter avec le ministre de la guerre du royaume de Naples, pour faire relever par les troupes de ce royaume, celles qui composent le corps d’observation de l’Italie méridionale, sur les points de la côte où ce remplacement préalable sera nécessaire ; de manière que vous puissiez mettre vos troupes en marche, savoir :
1° les 4e, 5e et 6e bataillons du 1er régiment étranger de Sora, le 30 septembre, et les trois premiers bataillons avec la compagnie d’artillerie du même régiment, de San-Germano, le 2 octobre, pour se rendre tous six à Florence ...
Je joins les ordres de route nécessaires pour l’exécution de ces divers mouvements ...
Enfin vous veillerez à ce qu’il ne reste rien en arrière que les malades ; et vous prendrez des mesures, pour qu’alors sortis des hôpitaux, ces derniers soient dirigés sur leurs corps respectifs ...
Je donne connaissance de ces dispositions à Sa Majesté la Reine, et vous m’instruirez de leur exécution.
Il résulte de ces mêmes dispositions, que les troupes qui composent actuellement le corps d’observation de l’Italie méridionale, doivent cesser d’être à la solde du royaume de Naples, à dater du premier octobre ...
" (Papiers du général Paul Grenier. VII. 1768-1827, BNF, Paris. Docs 165 page 345).

Le 30, le Régiment de la Tour d'Auvergne est dans les environs de Florence.

Le 31 décembre 1812, Hermand, ex Quartier maître du Régiment de la Tour d'Auvergne, écrit au Ministre de la Guerre, le Duc de Feltre, à Paris : "Monseigneur, accusé de désobéissance aux ordres de M. le Colonel Danlion, commandant le 1er Régiment étranger, il est de mon honneur de me justifier aux yeux de Votre Excellence de cette accusation.
Aux arrêts, dans Naples, en vertu d'un ordre de Votre Excellence, en date du 27 décembre 1811, qui me fut transmis par M. le chef d'état-major du corps d'armée d'observation le 14 janvier 1812, pouvais-je, sans me rendre coupable d'infraction, quitter cette ville pour suivre un régiment où je suis remplacé depuis plus de deux ans ? La lettre originale ci-jointe est la seule que j'ai reçue au moment et depuis le départ du corps; je prie Votre Excellence d'examiner si elle pouvait être considérée comme un ordre positif de le rejoindre; quoiqu'il en soit, je crus devoir y répondre dans les termes suivants à Mon colonel; ce serait avec beaucoup de plaisir que je suivrais le Régiment si ma position devait y changer, mais S. E. ne déterminant rien sur mon sort, qui depuis deux ans est des plus affreux, et m'ayant assigné la ville de Naples pour lieu d'arrêts, je prie mon Colonel de permettre que je les y observe, puisque j'y trouve par mon travail des moyens d'existence que je n'ai pas à la suite du Corps.
Suspendu, interdit de toute fonction militaire depuis le 31 octobre 1810, j'ai dû chercher à pourvoir à mon existance et à celle de ma famille ; j'ai, de l'agrément de M. le Colonel Danlion, accepté un emploi dans les bureaux du ministre de la guerre du royaume de Naples le 1er janvier 1812; j'aurais secondé les opérations dont M; le commissaire ordonnateur Dufour reste chargé, sans l'ordre qui m'est donné, de la part de Votre Excellence, derejoindre un corps où je suis remplacé et où je suis d'autant moins utile que toute comptabilité durant ma gestion, pour laquelle je n'ai reçu que des éloges, se trouve réglée et arrêtée.
Votre Excellence sentira combien il est pénible pour un père de famille de se voir privé, non seulement de tout fonction depuis 26 mois, mais encore de perdre une place civile dont le traitement servait à son existence et à celle de sa famille.
J'ose donc supplier Votre Excellence de prendre en considération ma position, de vouloir bien lever mes arrêtes et suspension, et de me rendre à des fonction, non de Quartier maître, mais de Capitaine dans la ligne, d'où j'ai été retiré en l'an 14 180 pour passer au Régiment de La Tour d'Auvergne.
Victime des passions qui ont agité ce Régiment depuis son origine, il est douloureux pour moi, après 14 ans et demie de service, après avoir sacrifié mes veilles et ma santé, de me voir encore en butte à l'autorité.
Si Son Excellence ne daignait pas souscrire à mes voeux en m'envoyant comme Capitaine dans un Régiment de ligne français, d'où je suis sorti, je la supplie du moins de lever mes arrêts et de me laisser libre de ppourvoir à mon existence, par mon travail, en agréant ma démission.
Ma reconnaissance égalera le dévoûement et le profond respect avec lesquels je ne cesserai d'être,
De Votre Excellence, Monseigneur, le très humble et très obeissant serviteur
Ps. En attendant de nouveaux ordres de Votre Excellence, j'ai l'honneur de la prévenir que je me rends à mon corps
" (SHD - Vincennes).

Malgré le désastre de Russie, Napoléon ne veut pas l’employer à la Grande Armée. En attendant, il séjourne au printemps et dans l’été 1813 dans plusieurs villes de l’Italie septentrionale. Pendant que les Compagnies du centre y tiennent garnison, les douze Compagnies d’élite sont réunies sur ordre du Vice-Roi en date du 21 avril avec deux Compagnies du 2e Etranger au sein de deux Bataillons d’élite intégrés à la 7e Division de l’Armée d’Italie (créée par Décret du 18 juin 1812).

Melfort a entre temps été blanchi par une commission d’enquête. Reconduit dans sa fonction, il reprend son commandement le 8 avril, et Danlion passe au 18e Léger.

D’autre part, le 10 avril 1813, à Saint-Cloud, "on propose d’accorder des porte-aigles aux trois premiers régiments étrangers qui ont des aigles ...". Napoléon répond "Accordé" (Chuquet A. : « Inédits napoléoniens », Paris, 1913, t.1, lettre 873). Cependant, selon Rigo, l’emploi de porte-aigle n’a jamais figuré dans les effectifs du Régiment. Pierre Charrié de son côté précise que, conformément au décret du 30 novembre 1811, le Régiment n’a gardé qu’une aigle et retourné les deux autres en 1812 pour recevoir un drapeau modèle 1812 sans inscription de bataille avec comme légende "L’EMPEREUR NAPOLEON/AU 1ER REGIMENT ETRANGER".

Le 15 juin, Napoléon écrit à Eugène qu’il ne faut rien changer aux Régiments étrangers et "les laisser tranquilles où ils se trouvent. Je ne crois pas qu’ils puissent être à l’armée d’aucune utilité. Celui qui est ici a perdu une grande quantité de monde par la désertion. Ecrivez en donc au ministre de la guerre. Il faut laisser ces régiments à Rome et en Toscane ; sans quoi ce sera autant de renfort pour l’ennemi" (IN, I, 969). Pour cette raison, il décide le 3 septembre la "suppression des petits dépôts intermédiaires établis à Turin pour les 1e et 2e régiments étrangers" (IN,II, 2470).

- La campagne de 1813-1814

Mais de son côté, l’armée autrichienne de Bellegarde s’engouffre dans les défilés des Dolomites, bousculant tout sur son passage. Le 15 juillet, les deux Bataillon d’élite du 1er Etranger sont réunis à Montechiaro au sein de la Division de réserve (Général Bonfanti) du Corps d’observation d’Italie. Le 19, cette Division, comme l’ensemble des troupes italiennes, commence son mouvement. Elle s’approche de Vérone pour défendre les passages du Tyrol (combat de Brunck le 17 août ; Capitaine d’Aspect, blessé et décédé le 31 octobre).

Le 3 septembre 1813, à Dresde, l'Empereur prononce la "Suppression des petits dépôts intermédiaires établis à Turin pour les 1er et 2e régiments étrangers" (Chuquet A. : « Inédits napoléoniens », Paris, 1913, t.2, lettre 2470).

La Division de réserve se positionne à Trente le 12 septembre 1813. Les Bataillons d’élite combattent à nouveau contre les Autrichiens dont l’extrême gauche menace Botzen. Une colonne ennemie oblige même une des Compagnies de Voltigeurs stationnée dans le fort de Muhlbach à se rendre après une courte résistance. Cette colonne descend ensuite sur l’Italie par Brixen. Eugène, informé de l’abandon de Trente, remplace alors Bonfanti par le Général Gifflenga, arrivé le 21 septembre. Le même jour, la Division se dirige sur Brixen occupé le 25 ; elle est à Botzen le 26. Le 2 octobre, Eugène écrit à Clarke que Gifflenca a repoussé l’ennemi qui s’était montré "au Tyrol dans le Pustertahl, et se porte à Prunecken" (Du casse, IX). Poursuivant les Autrichiens, les deux Bataillons combattent avec vigueur à Brixau le 3 octobre (Lieutenant Tasché, Sous-lieutenants Rungs et Maire blessés) contre l’avant-garde autrichienne qui est repoussée avec près de 400 tués ou blessés. Cependant, Gifflenca se méfie "des bataillons étrangers qui désertent beaucoup".

Nouveau combat à Muhlbach le 7 octobre. Mais le 11, les Autrichiens percent dans le Tyrol. Gifflenca résiste mais doit se replier sur Botzen, non sans pertes, une partie des hommes du Régiment étant passés à l’ennemi. Puis sur Trente et enfin Volano où il prend position le 15. Le lendemain, Eugène écrit à Clarke que les Régiments étrangers qui présentaient un effectif assez fort le 7 septembre sont presque entièrement passés à l’ennemi. Le 28 sont blessés à Saint-Marco (Tyrol) le Capitaine adjudant-major Bonhôte et les Sous-lieutenants Berger et Ange, ce dernier aux avant-postes. Le 31, Eugène reprend Basssano, pensant ainsi colmater la brèche de son dispositif de défense.

Le 10 novembre, le Chef de Bataillon De Pierreville, le Capitaine adjudant-major Cottin, le Capitaine Ollivier de La Blairie, le Lieutenant Piedoye, les Sous-lieutenants Hermand, Fornier, Ludière, Ernest Banyuls, Maire, Parmanns et le Chirurgien-major Rosano sont blessés à Alba.

Pendant ce temps, la situation se détériore. Les Bataillons laissés à l’arrière se trouvent eux aussi engagés dans la défense de la région face aux Austro-napolitains qui avancent depuis le sud. Le 26 octobre, le Sous-lieutenant Nostrowitzki est blessé au cours d’un combat devant Ferrare. Le 6 novembre, les quatre premiers Bataillons du Régiment sont à l’Armée d’Italie, 2e Lieutenance (Verdier), 2e Division (Rouyer), 2e Brigade (d’Arnaud). Le Bataillon d’élite se trouve au Corps détaché de droite (Adjudant commandant Montfalcon). Voici la situation de ces troupes au 20 novembre :
1ee Bataillon : 30 Officiers, 655 hommes (2 Officiers et 81 hommes sont aux hôpitaux);
2e Bataillon : 19 Officiers, 531 hommes (3 Officiers et 104 hommes aux hôpitaux);
3e Bataillon : 18 Officiers, 471 hommes (107 hommes aux hôpitaux);
4e Bataillon : 17 Officiers, 484 hommes (2 Officiers et 92 hommes aux hôpitaux).
Artillerie régimentaire : 2 Officiers, 67 hommes, 37 chevaux (3 hommes aux hôpitaux).

Le 15 novembre, Eugène remporte la bataille de Caldiero. Le 19, deux des quatre Bataillons du 1er Etranger affrontent et repoussent les Autrichiens à Saint-Michel (Capitaine Bonin blessé). Entre temps, Eugène apprend que le Général Nugent a débarqué avec 3000 hommes à l’embouchure du Pô et marche sur Ferrare. Le Major Merdier, détaché pour couvrir ou reprendre Ferrare avec un Bataillon du 42e de Ligne et un du 1er Etranger, affronte le 25 les Autrichiens qui restent d’abord maîtres de la ville (Capitaine Zornholtz tué, Chef de Bataillon Hautz blessé, décédé le lendemain) mais sont finalement repoussés le 27.

Les Compagnies du centre du 5e Bataillon, qui se trouvaient à Forli avec un Bataillon du 55e de Ligne, sont quant à elles détruites ou dispersées le jour de Noël (Lieutenant Banyuls blessé le 26 près de Forli).

Bien qu’engagé dans les combats, le Corps n’échappe pas au Décret impérial du 25 novembre 1813 qui ordonne d’extraire des Régiments étrangers les sujets des puissances coalisées, de les désarmer et d’en former des Bataillons de pionniers. Pour les unités servant en Italie ou dans les îles ioniennes, ces ordres furent exécutés dans la mesure où les opérations de guerre le permettaient. Le 1er janvier 1814, le Général Jean Montfalcun rassemble, sur ordre d’Eugène, les étrangers stationnés dans le Royaume d’Italie, désarme ceux des 3e au 6e Bataillons à Legnano (et non à Bologne comme le croyait le Ministre), en même temps que ceux des deux premiers Bataillons, pour les organiser en un 1er Bataillon de Pionniers d’environ 1200 hommes immédiatement mis en route pour Alexandrie. De là, ce Bataillon marche vers la France. Il arrive à Clermont Ferrand le 11 janvier. Le 6 avril, au moment où Napoléon abdique, ce Bataillon est dispersé par le Général Becker dans les villages du Puy-de-Dôme parce qu’il croit y remarquer des "principes de révolte".

Avec les éléments restés en armes, Montfalcun renforce les deux premiers Bataillons qui reçoivent également les restes des Compagnies d’élite et de la Compagnie d’artillerie du 2e Etranger demeurés à Legnano. Ils sont ainsi épargnés de l’indignité d’être désarmés et demeurent à l’armée d’Eugène. Au 1er janvier, ces éléments sont à la 2e Brigade (d’Arnaud) de la 2e Division Rouyer, 1ère Lieutenance (Lieutenant général Comte Grenier) de l’Armée d’Italie, totalisant 31 Officiers, 569 hommes pour le 1er Bataillon, 17 Officiers, 496 hommes pour le 2e, 2 Officiers, 63 hommes et 39 chevaux pour l’Artillerie régimentaire. La situation au 1er janvier donne également un 3e et 4e Bataillons réunis pour former un 3e Bataillon fort de 22 Officiers et 380 hommes.

Le 1er février, Eugène décide de se replier derrière le Mincio où les troupes combattent le 8 (Capitaine Hunault de la Chevallerie, Lieutenants Pietrequin et Caseneuve, Sous-lieutenant De Blois blessés, Lieutenant La Bruss de Ender blessé et décédé le 18). Le 11, les deux Bataillons sont regroupés en un Bataillon unique fort le 1er mars de 25 Officiers, 487 hommes et 4 chevaux, stationnés en avant de Plaisance (124 hommes absents, aux hôpitaux, en congé ou prisonniers). Les 23 et 24 février, le commandant du Bataillon Esbeck repousse avec ses Compagnies d’élite soutenues par des troupes des Généraux Gratien et d’Arnaud les Autrichiens derrière la Nura.

En avril, ce Bataillon n’apparaît plus sur les états de situation de l’Armée d’Italie. Pour cause, il est rapatrié en France au mois de mai. Il aligne encore 24 Officiers et 446 hommes après le 25 mai mais ce nombre diminue rapidement. Envoyé à Aix en Provence, il y est inspecté par le Général Grenier qui permet à 163 ressortissants des puissances alliées de rentrer chez eux. Les Français sont séparés, les étrangers restants demeurent à Aix. Après une mutinerie, le Roi décide de les diriger le 22 juillet sur Avesnes. Arrivés les 12 et 13 septembre, ils comptent selon un rapport du Général Bourke 39 Officiers, 132 hommes et 4 enfants commandés par le Major Banyuls de Montferré. On en forme autant de Compagnies qu’il y a de fois 72 gradés et hommes.

Les Bataillons d’élite, administrés à part et engagés dans la bataille, ne furent pas touchés par le Décret du 25 novembre. On les laissa même tranquille jusqu’à leur dissolution à Goïto le 20 mars 1814.

Après hésitations, le nouveau gouvernement décide finalement le 16 décembre de conserver trois Régiments étrangers, chacun à trois Bataillons et un Etat-major. Leur organisation doit démarrer le 1er janvier 1815. Dés décembre, les hommes sont réunis par le Général Bourke à Montreuil. Le 1er Régiment, commandé par le Major Montferré, doit se former à Pont-Esprit. Entre-temps, l’Ordonnance du 6 février établit que l’engagement sera de six ans, avec prime de 50 francs comme pour les Français. Par ailleurs, les nationalités doivent être mélangées.

Au retour de Napoléon, le 1er Etranger prend parti pour le duc d’Angoulême qui tente de soulever le midi de la France. Napoléon, rétabli sur le trône, décide de le dissoudre par Décret du 2 mai. Ses 90 Officiers et 375 hommes servent à renforcer les nouveaux Régiments étrangers créés par Napoléon. On ne peut donc pas véritablement considérer que le Régiment de La Tour d’Auvergne est devenu le nouveau 1er Régiment étranger de 1815, qui à l’origine devait être composé uniquement de piémontais, et qui, en raison des circonstances, fut transformé en 31e Régiment d’infanterie légère.

/ Uniformes

Les tenues du Régiment peuvent être partagés en trois périodes distinctes. De 1805 à 1807, pendant sa formation et au début de son séjour à Naples, le Corps a porté un habit à la française à pans courts. Entre 1808-1809 et jusqu’en 1812, c’est au contraire l’habit à pans longs qui est en faveur. Enfin, dès 1813, l’uniforme porté est basé sur le règlement de Bardin. Commençons tout d'abord par la première période et le début de la 2e période.

- Uniformes de 1805 à 1807

Voici tout d’abord un Sergent porte-fanion de Carabiniers (fig.1), suivi d’un Voltigeur (fig.2), et d’un Chasseur en tenue de route (fig.3), d’après Bucquoy, qui écrivait avoir "établi les uniformes du début grâce à des renseignements pris dans les papiers du baron Chrétien Léopold de Dettlingen", communiqués par le peintre Ganier Tanconville. D’emblée, on remarquera le parement vert et la patte de parement rouge. Or, Mr Roger Forthoffer, qui a aussi utilisé comme source Dettlingen, donne au Voltigeur et au Chasseur le parement rouge et la patte de parement verte (fig.2a). Doit on alors considérer que les deux ont existé, ou bien y a t’il erreur de la part d’un des deux auteurs ? Nous ne pouvons hélas trancher. Les Carabiniers ont la même tenue que le Sergent, sans galons de grade bien entendu. Le Voltigeur est coiffé du shako modèle 1801 ; sur le côté gauche, une cocarde tricolore maintenue par une ganse de fil vert. Les Tambours de Carabiniers (fig.4) ont la tenue de la Compagnie, avec comme distinction des galons rouges (ou peut être blancs d’après P. Bunde) au col, aux revers, aux retroussis et aux parements.

La tenue évolue assez rapidement. Les Carabiniers par exemple sont représentés avec des culottes de couleur crème (fig.5 d’après Roger Forthoffer et Tanconville). Pour Rigo et Domange, les cordons, raquettes et glands sont blancs, le cul de singe rouge à croix blanche, et la giberne a une grenade jaune.

Les Officiers de Chasseurs (fig.6 d’après Tanconville) ont le chapeau galonné d’argent, surmonté d’un plumet rouge et vert, des culottes bordées d’un passepoil blanc sur le coté, et des bottes à la hongroise, avec galon et gland argent. En tenue d’été, ils portent des culottes chamois, des guêtres avec galon et gland argent, et le chapeau sans plumet (fig.7 d’après Tanconville).

A Naples, la tenue est à nouveau modifiée. Ainsi, le Baron de Dettlingen, Adjudant-major au Corps, a en petite tenue le chapeau sans galon, avec un plumet vert, et des bottes à la hongroise (fig.8 d’après Bucquoy et Roger Forthoffer). Certains Officiers de Chasseurs, avec la généralisation du shako en 1806, ont même une tenue de fantaisie caractérisée notamment par une culotte agrémentée de nœuds hongrois argentés et un ceinturon vert et argent (fig.9 d’après Roger Forthoffer et Domange). Les Carabiniers quant à eux (fig.10) ont en tenue d’été la veste blanche à collet rouge (selon Bucquoy, blanc pour les Chasseurs, chamois pour les Voltigeurs). La grande nouveauté est la généralisation du shako, notamment celui du modèle 1806, distribué dans le courant de l’année 1807. Celui des Carabiniers est, à cette époque, doté d'une plaque à l’aigle jaune, et est agrémenté d’un cordon avec glands et raquettes, d’un pompon et d’un plumet rouges. Les Chasseurs quant à eux (fig.11 d’après Rigo) ont reçu des shakos avec plaque en losange jaune, cordons et raquettes blancs, pompon vert surmonté d’un plumet vert à la base et rouge au sommet. En ce qui concerne les Voltigeurs, Bucquoy donne un Caporal qui porte la tenue d’origine, mais avec le shako modèle 1806, pourvu d’une plaque en losange et de jugulaires blanches (fig.12). Rigo de son coté propose un Voltigeur (fig.13) dont la tenue est différente : shako du modèle 1801, avec le plumet placé cette fois ci sur le devant ; habit a col jaune (chamois) ; épaulettes entièrement jaunes, tout comme les ornements des guêtres ; et dragonne jaune à gland rouge. Il est fort possible que les deux types de tenues se soient côtoyées pendant un temps.

La Musique, formée courant 1806, porte une tenue à dominante rouge jusqu’en 1808. Roger Forthoffer et P. Bunde donnent tous deux le Tambour-major (fig.14) et le Musicien (fig.16) ; il y avait aussi un Tambour-maître (fig.15 d’après Roger Forthoffer).

A partir de 1807-1808, l’uniforme aurait du se stabiliser ; P. Bunde propose un certain nombre de types correspondant à cette période, que l’on peut en partie recouper avec d’autres sources. Il s’agit en fait de l’uniforme théorique qui aurait du être porté jusqu’en 1811. Vient en premier lieu un Sergent de chasseurs (fig.17) assez proche du Chasseur représenté en fig.11 ; à ses côté, la distinctive de grade d’un Sergent major (fig.17a), d’un Caporal fourrier (fig.17b) et d’un Caporal (fig.17c). Suivent un Chasseur (fig.18), un Tambour (fig.19) et un Officier de Chasseurs (fig.20). Nous avons également représenté un Officier de Chasseurs d’après Rigo (fig.20a) et de Voltigeurs d’après Roger Forthoffer et Boersch (fig.20b). P. Bunde donne également le Voltigeur (fig.21) que nous avons comparé à celui donné par Roger Forthoffer et Tanconville (fig.22 ; le pourtour supérieur du shako est jaune, et les couleurs du plumet sont inversées), et un Cornet (fig.23 ; tous les galons sont rouges, sauf la patte de parement qui est passepoilée de blanc), là encore comparé à celui donné par Roger Forthoffer d’après Carl (fig.24 ; plaque à l’aigle jaune au shako, et tous les galons sont blancs). Vient ensuite un Sapeur (fig.25).

La tête de colonne pour sa part a semble t’il adopté l’habit vert galonné d’argent. Le Tambour-major (fig.26), dont les retroussis sont rouges est tiré d’un document de la Collection Knötel à Rastatt ; P. Bunde, qui lui attribue les retroussis verts (fig.26a) donne également un Musicien (fig.27). Terminons enfin pour cette période avec le Colonel en grande tenue d’après Bucquoy (fig.28). Tout comme le Cornet attribué à Carl, il a au shako la plaque à l’aigle.

- Evolution de l’uniforme vers 1808 1809

A partir de cette période, l’habit a des pans longs ; ils le resteront jusqu’en 1812. Par ailleurs, plaques de shako en losange et plaques à l’aigle jaunes semblent se côtoyer. Les boutons sont devenus jaunes, et la tête de colonne est désormais galonnée d’or. Tout cela parait curieux, mais il est tout à fait possible que tout ou partie du Régiment ait cherché à se distinguer en adoptant vers 1808 ces caractéristiques, les variantes pouvant être le fait de Bataillons différents. Carl propose ainsi un Carabinier (fig.29), un Chasseur (fig. 29a) et un Voltigeur (fig.29b). Pour ces trois types, le lecteur remarquera les ganses de cocarde jaunes, l’absence de passepoil sous le collet (c’est une constante chez Carl), les retroussis rouges et les liserés blancs des guêtres. Le shako du Carabinier a le pourtour supérieur rouge ; celui du Voltigeur, vert. Le Chasseur a la garniture du shako, les épaulettes et la dragonne de couleur blanche ; pompon et plumet sont verts.

R. Knötel, de son côté, donne un Cornet de Voltigeurs (fig.30), un Carabinier (fig.31) et un Chasseur (fig.32) qui, malgré certaines analogies avec les types de Carl, présentent néanmoins des différences notables, dont la plus évidente est la plaque à l’aigle et les pourtours des shakos. Le Cornet a des galons rouges au col, aux revers et aux retroussis (fig30a : retroussis rouges d’après un document de la Collection Knötel, Rastatt) ; le Chasseur quant à lui a un pompon bleu qui nous conforte dans notre idée d’un Bataillon différent (plutôt que d’une Compagnie).

Toujours entre 1808 et 1809, voici maintenant un Chasseur, un Carabinier, un Voltigeur et un Cornet de Voltigeurs d’après des dessins de Tohsche (33 à 36). On retrouve les boutons jaunes caractéristiques de la période, la plaque en losange donnée par Carl. Le gilet vert passepoilé de blanc peut surprendre mais il est cité par Fieffé et Lienhart et Humbert. Toujours à classer dans cette période, un Sapeur et un Musicien (37 à 39), d’après un dessin anonyme conservé dans la collection Knötel à Rastatt. Le Musicien est largement galonné d’or et l’on retrouve au shako la plaque à l’aigle. Nous avons représenté à ses côté le Tambour-major (38) tel qu’il est donné par L. Merllié et par R. North, d’après Carl.

- Uniformes à partir de 1810-1811

Au moment où le Régiment est porté à six Bataillons, l’uniforme subit de nouvelles modifications. Wurtz donne toute une série de personnages, recoupés en partie par d’autres sources, dont la principale caractéristique est le retour au bouton blanc tout en conservant la plaque en losange jaune : Chasseur, Carabinier, Voltigeur, Sapeur, Sergent-sapeur (40 à 44). Le Caporal-sapeur (45) est donné par Tohsche, on remarquera que ses épaulettes et le cordon du bonnet sont mêlés d’argent, ce qui est curieux pour ce grade. Viennent ensuite le Tambour-major, le Tambour-maître, le Chef de Musique, le Tambour de Carabiniers (46 à 49). Selon Wurtz, les Officiers portent le shako avec pourtour supérieur, cordon, garniture et tulipe argent, plumet de la Compagnie, épaulettes argent, hausse col doré, bottes coupées en cœur, sabre ou épée avec ceinturon blanc sous le pont de la culotte. Le Major a au shako un double galon argent, le plumet blanc à tulipe argentée, l’épaulette argent à corps or, l’épée, et la schabraque écarlate à double galon d’argent. Les fanions de Compagnie enfin sont écarlate pour les Carabiniers, jonquille pour les Voltigeurs, avec pique de cuivre.

Remarque importante : les figurines de Wurtz ne permettent pas de vérifier la longueur des basques, sauf en ce qui concerne le Tambour-maître et le Tambour-major qui les ont longues. H. Knötel donne un Carabinier daté de 1812 identique à celui de Wurtz (avec un pompon rouge en plus) ; il les a longues. Bucquoy, Roger Forthoffer et un document de la collection P. Wacker donnent un Chasseur en 1811 (50) qui confirme le bouton blanc et les basques longues à cette époque. On remarquera qu’ici, la plaque de shako est à l’aigle, ce qui ne nous paraît pas étonnant car nous sommes persuadés que les deux modèles se sont côtoyés. H. Knötel donne le Caporal de Chasseurs (50a), un document de la collection P. Méganck le Caporal chef (50b).

Viennent ensuite deux versions du Sergent-major de Chasseurs en petite tenue d’été, la première (51) d’après Bucquoy, la seconde (52) d’après Roger Forthoffer et Domange (source Knötel). Bucquoy donne aussi le Sapeur, le Musicien et le Tambour de Chasseurs (53 à 55). Terminons enfin cette période par le curieux Chasseur tiré du manuscrit d’Alsace (56) : plaque de shako blanche, habit sans passepoils, parements passepoilés de rouge. Il peut s’agit d’un soldat issu du 4e Bataillon de retour d’Espagne (ce qui expliquerait l’uniforme simplifié) ou un homme des 5e et 6e Bataillons nouvellement créés ?

- Uniformes à partir de 1813

Encore un grand changement puisque désormais est portée la tenue issue du règlement de 1812 élaboré par Bardin, savoir l’habit à revers fermés, parements en pointe verts et basques courtes, la plaque à l’aigle blanche, le bouton blanc estampillé «Régiment Etranger» avec I au centre. Les shakos des Compagnies d’élite ont les pourtours supérieur et inférieur et les chevron rouges pour les Carabiniers (57 d’après Roger Forthoffer et le Règlement), jaunes pour les Voltigeurs (58 d’après Roger Forthoffer et Domange, 59 d’après Rigo). Les Chasseurs (60 d’après P. Bunde) n’ont plus le briquet. Les Tambours ont l’habit à la livrée impériale (61 d’après Roger Forthoffer, 62 d’après Bunde). Les Officiers quant à eux ont la garniture argent (63 d’après P. Bunde; 64 : Colonel d’après Roger Forthoffer).

Terminons ce panorama des uniformes par les tenues portées sous le nouveau gouvernement (65-66). Le premier type, daté de 1814, est donné par H. Knötel, le second, daté de 1815, par R. Forthoffer. La dominante de la tenue est le bleu céleste. La cocarde blanche est celle du nouveau régime. Les plaques de shako, sur lesquelles on a fait disparaître l’aigle impériale, sont caractéristiques de l’époque.

Abréviations :

O&A : Ordres et apostilles.

P&T : Picard et Tuetey.

IN : Inédits napoléoniens.

/ Sources :

- Archives du S.H.A.T., Vincennes, communication P. Quentin.

- Berjaud F. : Soldats de la Grande Armée, série 53.

- Carles (Lt colonel) : «Les derniers jours des régiments étrangers au service de Napoléon, 1813-1815».

- Carnet de la Sabretache, 1900, page 418 : «Les embauchages dans la garde du Roi Murat».

- Chuquet A. : «Inédits napoléoniens», Paris, Fontemoing. Et «Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815)», Paris, Honoré Champion, 1911.

- Dempsey Guy C. Jr : «Napoleon’s Mercenaries», Greenhill Books, 2002.

- Du Casse A. : «Mémoires et correspondance politique et militaire du prince Eugène», Paris, Lévy, 1858.

- Fichiers Carl et Wurtz

- Hennet L. : «La Mission d’Escorches de Sainte Croix … et les Sainte Croix», Carnet de la Sabretache, 1906, page 90.

- Knötel R. : Uniformenkunde, volume XII, planche 33.

- Martinien A. : «Tableaux par corps et par batailles des officiers tués et blessés pendant les guerres de l’Empire (1805-1815)».

- Picard E. et Tuetey L. : «Correspondance inédite de Napoléon 1e, conservée au Archives de la Guerre», Paris, Lavauzelle, 1912.

- Documentation personnelle de l’auteur (J. Domange, R. Forthoffer, Manuscrit d’Alsace, R. North, Rigo …).

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