Le 5ème Régiment de Hussards

1793-1815

 

Accès à la liste des Officiers, cadres d'Etat major, Sous officiers et soldats du 5e Hussards

 

Avertissement et remerciements : La base de cette étude est constituée de l'Historique du 5e Régiment de Hussards, que nous avons reproduit intégralement, complété par les différentes sources dont nous disposons actuellement. Nous y avons notamment intégré les souvenirs militaires d'Hippolyte d'Espinchal, souvenirs qui parfois ne sont pas sans contradictions avec l'Historique régimentaire, voire même avec Martinien, au sujet des dates de blessure ou de mort de certains Officiers.

Un grand merci à Monsieur Jean-Yves Forthoffer pour nous avoir autoriser à utiliser et publier les travaux de son père, Monsieur Roger Forthoffer.
Un grand merci encore à Monsieur Peter Harrington, Conservateur de la "Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library", de nous avoir permis d'utiliser des documents issus de cette collection.
Un grand merci également à Monsieur Claude Achard, qui lui aussi, nous a gentiment autorisé à utiliser des documents issus de sa collection familiale.
Merci enfin à Monsieur Bertrand Malvaux de nous avoir autorisé à insérer dans notre historique les photos et son texte relatifs à la sabretache du citoyen Nicolas Omelin, époque Révolution, ainsi qu'un portrait miniature représentant peut être un Trompette du 5e Hussards à la fin de l'Empire

 

I/ Abrégé historique du Régiment des Hussards de Lauzun (par la suite 6e Hussards) depuis sa création jusqu'au 4 juin 1793

Le Duc de Lauzun Duc de Lauzun Officier de Lauzun Hussards 1783
Le Duc de Lauzun, Chef de Lauzun-Hussards (extrait de "Nos vieux Houzards" - collection de l'auteur)
Le Duc de Lauzun, Mestre de camp propriétaire de Hussards-Lauzun (in Choppin : Les Hussards)
Colonel des Hussards de Lauzun, d'après Nicolas Hoffmann; entre 1780 et 1788 (Copyright Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library - avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington)
Officier de Lauzun-Hussards, 1783, extrait de l'Historique régimentaire (collection de l'auteur)

 

Hussard de Lauzun 1786 1788 hussard de Lauzun hussard de Lauzun époque Louis XVI
Hussard de Lauzun, Réglement du 1er octobre 1786 (in Choppin : Les Hussards)
Hussards de Lauzun en 1788 (d'après Choppin, les Hussards
Hussard de Lauzun sous Louis XVI

La Légion de Lauzun se forme à Morlaix le 4 septembre 1778. Embarquée à Brest le 2 mai 1780, elle fait la campagne d'Amérique sous les ordres du Général de Rochambeau. Le Général Susane raconte :
"Cette cavalerie de la légion de Lauzun se composait de 2 compagnies de lanciers et de 2 compagnies de hussards, et ces 4 compagnies furent les seules troupes à cheval attachées au petit corps d'armée que le gouvernement français envoya en 1780, sous les ordres de ROCHAMBEAU, au secours des États-Unis d'Amérique. Si l'on se représente, à l'aide des descriptions de COOPER, ce que pouvait être, en 1780, un pareil terrain de guerre, on aura l'idée du service qu'eut à faire cette poignée de cavaliers. Nous ne pouvons songer à raconter ici les opérations de l'armée de ROCHAMBEAU. On en trouvera le récit très-détaillé et très-sympathique pour la France, dans un livre récemment publié par M. Thomas BALCH, sous ce titre : Les Français en Amérique. Contentons-nous de dire que les volontaires de Lauzun embarqués à Brest à la fin d'avril 1780, et partis le 2 mai, abordèrent la terre américaine au mois de juillet à Newport. Ils passèrent l'hiver au milieu des forêts du Connecticut. Ils reçurent, le 11 juillet 1781, la visite de WASHINGTON dans leur campement de Chatterton-Hill. Les Américains furent très-satisfaits de leur tenue. Dans la nuit du 17 au 18 juillet, le lieutenant NORDMANN fut tué dans une rencontre avec les dragons anglais. Le lieutenant KILMAINE se fit connaître dès cette époque par son intelligence dans la conduite des reconnaissances entre New-York et Philadelphie. La cavalerie de Lauzun livra un brillant combat le 3 octobre contre celle du général TARLETON qu'elle culbuta. 3 capitaines de la légion y furent blessés : BILLY , DILLON et DUTERTRE. C'était pendant l'investissement d'York, et peu de jours avant la capitulation de CORNWALLIS. Ce fut à M. de LAUZUN que ROCHAMBEAU confia la mission d'aller porter au roi cette grande nouvelle. Sa légion prit ses quartiers d'hiver à Hampton : ses détachements s'étendaient jusqu'aux frontières de la Caroline du Nord".

A la paix, une partie seulement est embarquée le 11 mai 1783 pour la France, où la Légion doit se reformer au moyen de contingents composés d'étrangers, d'Alsaciens et de Lorrains. Le Général Susane explique :
"La légion de Lauzun, laissée seule en Amérique après le départ de ROCHAMBEAU, demeura à Wilmington jusqu'au 11 mars 1783, arriva à Brest le 11 juin et fut envoyée à Hennebon. L'infanterie continua à compter parmi les troupes de la marine, et fut spécialement chargée du service du Sénégal".

Hussards Lauzun 1786
Bonnet de Hussards de Lauzun, 1786"
Hussard de Lauzun en 1786, d'après Lucien Rousselot (Carnet de la Sabretache N°5, 1970)

 

Uniforme 5e Hussards
Uniforme du 5e Hussards, d'après Vernet et Lami, "Collection des Uniformes, 1791-1814"

 

Officier de Lauzun 1788 Officier du 6e Hussards Lauzun 1789 Hoffmann
Officier de Lauzun selon de Réglement de 1788 (In Choppin : Les Hussards)
Officier des Hussards de Lauzun, 1789, d'après Nicolas Hoffmann; aquarelle de Schneider copiée sur le recueil de Darmstadt (avec l'aimable autorisation de Mr Bertrand Malvaux, www.bertrand-malvaux.fr)

Débarquée à Brest le 11 juin et dirigée d'abord sur Hennebont, cette fraction de l'ancienne Légion de Lauzun sert de noyau le 10 octobre de cette même année à la formation d'un nouveau Régiment de Hussards qui reçoit le nom de Hussards de Lauzun. Ce nouveau Corps prend le numéro 6 des Régiments de l'arme et va tenir garnison à Lauterbourg. Le Duc de Lauzun en est Colonel-propriétaire, et le Mestre de camp Comte Robert de Dillon, commande en second.

Le Général Susane donne les précisions suivantes : "Il a été créé par ordonnance du 14 septembre 1783, portant suppression du corps des volontaires étrangers de Lauzun et création d'un régiment de hussards pour le service de terre, sous le nom de Lauzun, qui sera le 6e. Il a été formé en même temps que Colonel général, par ordre du 15 décembre, avec la cavalerie de la légion de Lauzun, qui avait été, le 16 août 1778, levée pour le service de la marine et des colonies par le duc de LAUZUN, connu plus tard sous les noms de duc de BIRON et de général BIRON, et que la Convention a envoyé à l'échafaud". Et plus loin : "Le duc de LAUZUN obtint, et ce fut à peu près toute sa récompense, de garder ses cavaliers qui formèrent le 6e régiment de hussards, devenu 5e en 1792, après l'émigration du régiment de Saxe. Il avait été augmenté en 1788 d'un escadron tiré des régiments de Nassau, La Marche et Franche-Comté".

En décembre 1783, le Régiment est dirigé à Lauterbourg où il s'organise.

En 1783, le Régiment de Lauzun conserve l’uniforme, l’équipement, l’armement et le harnachement des deux Compagnies de Hussards supprimées des Volontaires étrangers de Lauzun, à l’exception du parement du dolman qui est blanc, la pelisse blanche bordée de noir, la sabretache ornée du chiffre du Roi. Quant au surplus de l’uniforme, il est conforme aux dispositions contenues dans le règlement du 11 février 1779 (Ordonnance du 14 septembre).

Etat-militaire en 1784 à Lauterbourg : Mestre de camp propriétaire : le Duc DE LAUZUN, Maréchal de camp; Mestre de camp commandant : le Comte de DILLON; Lieutenant-colonel HUGAU; Major BRISACK; Quartier-maître trésorier SIRJAQUES.

Le 1er août 1784, César-Pierre Comte de Pestalozzi est nommé Mestre de camp en second au Régiment des Hussards de Lauzun, en remplacement du Comte de Dillon.

Etat-militaire en 1785 : Mestre de camp propriétaire : le Duc DE LAUZUN, Maréchal de camp; Mestre de camp commandant : le Comte de DILLON; Mestre de camp en 2e : le comte DE PESTALOZZI; Major BRISACK; Quartier-maître trésorier SIRJAQUES.

En 1786, l'uniforme du Régiment est ainsi composé : Pelisse blanche bordée de peau noire, dolman bleu céleste avec parements blancs, tresses et galons jaune-citron. Culotte bleu céleste, boutons jaunes. Surtout et gilet bleu céleste. shako noir doublé de bleu céleste, bordé de noir et cordon blan, à galon et aigrette blanche. Manteau en drap vert. Echarpe en laine écarlate. Sabretache écarlate bordée d'un galon jaune-citron, ornée du chiffre du Roi, formé d'une ganse blanche sur fond citron. Porte—manteau bleu de roi, bordé d’un galon à la livrée de Lauzun. Schabraque en peau de mouton, festonnée de bleu céleste (Règlement du 1er octobre). Les aquarelles si exactes d’Hoffmann, dont un exemplaire se trouve à la Bibliothèque nationale, représentent un Officier de Lauzun avec la culotte écarlate voir ci-dessus). A la création, elle était citron et ne devint bleu céleste qu’en 1786. Mais la tenue de la Compagnie colonelle était alors : pelisse bleu céleste ainsi que le dolman, les galons et parements citrons, culotte écarlate. L’artiste est donc dans le vrai pour le cas particulier qu'il a choisi.

Etat-militaire en 1786 : Mestre de camp propriétaire : le Duc DE LAUZUN, Maréchal de camp; Mestre de camp commandant : le Comte Robert de DILLON; Mestre de camp en 2e : le comte DE PESTALOZZI; Lieutenant-colonel HUGAU; Major BRISACK; Quartier-maître trésorier SIRJAQUES.

Etat-militaire en 1787 : Mestre de camp propriétaire : le Duc DE LAUZUN, Maréchal de camp; Mestre de camp commandant : le Comte Robert de DILLON; Mestre de camp en 2e : le comte DE PESTALOZZI; Lieutenant-colonel HUGAU; Major BRISACK; Quartier-maître trésorier SIRJAQUES, rang de 1er Lieutenant.

Le Comte de Pestalozzi est le Colonel du Régiment le 7 octobre 1787. "Le comte de MAC-MAHON (Maurice-François), après avoir servi dans les cuirassiers du Roi, avait été nommé, le 7 octobre 1787, mestre de camp en second des hussards de Lauzun" (Général Susane).

Hussard du 5e Hussards (6e ex Lauzun), 1791
Hussard du 6e Hussards (ex Lauzun) en 1791, d'après René Louis, "Uniformes des régiments de hussards français.... I. - 1er-6e hussards"; Bibliothèque nationale de France, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945).

En 1788, le Régiment fait partie du camp de Montigny-lès-Metz où, sous les ordres du Maréchal de Broglie, les troupes sont exercées au service en campagne et appliquent les principes des règlements alors à l’étude. Le Régiment est formé le 17 mars 1788 à 4 escadrons de 2 Compagnies et reçoit le 1er escadron du Régiment de Cavalerie de la Marche, complété par des hommes des Régiments de Nassau et de Comté, réformés.

Etat-militaire en 1788 : Mestre de camp propriétaire : le Duc DE LAUZUN, Maréchal de camp; Mestre de camp commandant : le Comte DE PESTALOZZI; Lieutenant-colonel HUGAU; Major BRISACK; Major en 2e M...; Quartier-maître trésorier SIRJAQUES, rang de 1er Lieutenant.

En 1784, 1785, 1786, 1789, le Régiment est inspecté par le Maréchal de camp Baron Heymann, qui recommande tout particulièrement de soigner l’instruction des Officiers «pour l’amener à la perfection». Il rappelle que tous les commandements doivent se faire en allemand. Particularité liée au fait que pour le recrutement, il ne doit être admis que des étrangers ou des hommes nés dans la Lorraine allemande ou l’Alsace. Il en est de même à l’égard des Officiers qui doivent entrer dans la composition du Régiment.

En I789, il tient garnison à Nantes puis à Verdun. Etat-militaire en 1789 : Mestre de camp propriétaire : le Duc DE LAUZUN, Maréchal de camp; Mestre de camp commandant : le Comte DE PESTALOZZI; Lieutenant-colonel HUGAU; Major BRISACK; Major en 2e M...; Quartier-maître trésorier SIRJAQUES, rang de Capitaine; Chefs d'Escadrons le Vicomte de GUETPEL, de MIEZSZKOWSKY, DUTERTRE, BLONDEAU. Ch. Dillon, de Nansouty, y étaient Capitaines de remplacement en 1788-1789.

A la fête de la Fédération, 14 juillet 1790, le Régiment est représenté par : MM. Ruin Porte-étendard, 32 ans de service; Ch. Morena, dit Charlot, Maréchal des logis chef, 24 ans de service; Pierre Lapin, dit La Rose, Hussard, 29 ans de service; Nicolas Poïété, dit Nicle, hussard, 44 ans de service. Au mois d’août, il prend part à la répression des troubles de Nancy, perd un Capitaine, deux Lieutenants.

Etat-militaire en 1790 : Mestre de camp propriétaire : le Duc DE BIRON, Maréchal de camp; Mestre de camp commandant : le Comte DE PESTALOZZI; Lieutenant-colonel DE BADDA DE BADOSALVA; Major BRISACK; Major en 2e M...; Quartier-maître trésorier SIRJAQUES, rang de Capitaine; Chefs d'Escadrons le Vicomte de GUERPEL, DUTERTRE, BLONDEAU, d'ESTAN. Le Baron de Kilmaine y a servi comme Sous-lieutenant à la formation, comme Capitaine en 1789-1790.

Le Régiment se rend ensuite à Belfort. La mésintelligence existant entre la garnison et les habitants ayant pris des proportions inquiétantes, l’affaire est portée à Paris devant les pouvoirs constitués.

Le 1er janvier 1791, une loi fait disparaître toutes les traces de l’ancienne étiquette monarchique pour substituer dans les Régiments, aux désignations des Colonels propriétaires, des numéros qui placent les Corps dans l’ordre de leur véritable ancienneté. Le Régiment perd donc son nom de Lauzun et devient 6e Hussards d'après la date de sa formation (règlement du 1er avril 1791 - in La Giberne, 2e année, N°01, page 23).

"Ordonnance du Roy, relative aux régiments de Royal-Liégeois et de Lauzun, donnée à Paris, le 23 février 1791.
Louis, par la grâce de Dieu et par la loi constitutionnelle de l’État, Roi des Français;
A tous présens et à venir, salut.
L’Assemblée nationale a décrété et nous voulons et ordonnons ce qui suit.
Décret de 1'Assemblée nationale du 20 janvier 1791.
L’Assemblée nationale, après avoir ouï son comité des rapports,
Considérant que, information faite par les juges de Belfort, ensuite de son décret du 30 octobre dernier, on ne peut imputer les délits qui ont été commis le 21 octobre dans cette ville qu’à quelques individus et non aux régiments de Royal-Liégeois et de Lauzun, décrète que les deux régiments ci-dessus dénommés pourront, comme tous les autres corps de l’armée, être placés partout où le service public l’exigera, sans aucune distinction de départements frontières de ceux de l’intérieur, et que son président se retirera devers le Roi pour lui présenter le présent décret.
Mandons et ordonnons, etc.
Signé : LOUIS
".

Le Général Susane raconte "Lauzun-hussards se rendit d'Hennebon à Lauterbourg en décembre 1783, et c'est à Lauterbourg qu'il a été réellement organisé. On l'envoya au camp de Metz en 1788, et après ce camp à Verdun. Appelé à Mantes en juillet 1789, il retourne bientôt à Verdun, est rapproché de nouveau de Paris en octobre et placé à Troyes, et renvoyé définitivement à Verdun en 1790. Il fit partie cette année du petit corps réuni par M. de BOUILLÉ pour la répression des troubles de Nancy. Après cette affaire, il fut compromis à la suite de Royal-Liégeois-infanterie dans des démonstrations inopportunes ; il quitta Nancy pour aller à Toul, et de là à Saint-Avold, puis à l'armée du Nord".

Selon le règlement du 1er avril 1791, la composition théorique du Régiment est la suivante : "Chaque régiment sera formé de 4 escadrons et d'un état-major; l'escadron, de 2 compagnies ...

Composition de l'Etat-major
Composition d'une Compagnie
à pied
monté
à pied
monté
Colonel

1
Capitaine
1
Lieutenans-colonels
2
Lieutenant
1
Quartier-maître trésorier
1
Sous-lieutenans
2
Aumônier
1
Maréchal-des-logis en chef
1
Chirurgien-major
1
Maréchaux-des-logis
2
Adjudans
2
Brigadier-fourrier
1
Trompette-major
1
Brigadiers
4
Maître-maréchal
1
Appointés
4
Maître-sellier
1
Cavaliers (1)
50
Maître-armurier
1
Cavaliers
4
Maître-tailleur
1
Trompette
1
Maître-bottier
1
(1) parmi lesquel un maréchal-ferrant
Maître-culottier
1
 

 

Tableau de la formation d'un escadron

1re Division
Formée de la 1re compagnie
1 Capitaine

2e Division
Formée de la 2e compagnie
1 Capitaine

Subdivisions
Première
Seconde
Première
Seconde
 
1 Lieutenant
2 Sous -lieuten.
1 Lieutenant
2 Sous -lieuten.
 
1 Maréchal-des-logis en chef
1 Brigadier-fourrier
1 Maréchal-des-logis en chef
1 Brigadier-fourrier
 
1er Mar-des-logis
2e Mar-des-logis
1er Mar-des-logis
2e Mar-des-logis
 
Escouades
1re
2e
3e
4e
1re
2e
3e
4e
Brigadiers
Appointés
Cavaliers
le 1er
le 1er
14
le 3e
le 3e
13
le 2e
le 2e
14
le 4e
le 4e
13
le 1er
le 1er
14
le 3e
le 3e
13
le 2e
le 2e
14
le 4e
le 4e
13
Force de chaque escouade
16
15
16
15
16
15
16
15
Les cavaliers seront distribués dans les escouades de manière qu'elles soient également mêlées d'anciens et de nouveaux

... Le titre de bas-officier sera supprimé, et il y sera substitué celui de sous-officier; sous cette dernière dénomination, on comprendra à l'avenir les maréchaux-des-logis en chef, trompette-major, maréchaux-des-logis, brigadiers-fourriers et brigadiers.
...Le maître maréchal, le maître tailleur et le maître sellier auront le rang de maréchaux-des-logis. Les autres maîtres ouvriers auront celui de brigadiers et porteront les marques distinctives du grade qui leur est affecté" (in La Giberne, 2e année, N°01, page 23).

Officier 5e Hussards (ex 6e ex Lauzun) 1791
Officier de Hussards, attribué au 5e Régiment (ex Lauzun) - vente Drouot 1992. Communication P. Bourrilly

Par ailleurs, un Règlement additionnel, toujours en date du 1er avril, "porte que sur le pied de guerre il y aura 144 hussards montés, 8 à pied et 2 trompettes par escadron, ce qui portera les escouades à 18 brigadiers et hussards chacune" (in La Giberne, 2e année, N°01, page 26).

Le Marquis de Bouillé prend les dispositions nécessaires pour faire passer la frontière à la famille royale. Sous prétexte d’un mouvement des troupes ennemies sur le Rhin, il établit un camp à Montmédy, place des détachements sur la route que doit suivre le Roi pour lui servir d’escorte et, comme il faut un motif pour justifier cette disposition, il prend celui de protéger la caisse destinée au paiement du Corps qu’il commande. La famille royale est arrêtée à Varenne. Dans un instant, toutes les Gardes nationales sont sur pied. Les Officiers des détachements postés par M. de Bouillé veulent vainement délivrer le Roi; les Dragons et les Hussards refusent de les seconder.

Etat-militaire en 1791 du 6e Régiment Ex-Lauzun (Toul) : Colonel : le Comte DE PESTALOZZI; Lieutenants-colonels DE BADDA DE BADOSALVA, De MALZEN; Quartier-maître trésorier SIREJAQUES, rang de Capitaine; Capitaines de GUERPEL, DUTERTRE, BLONDEAU, d'ESLON, de HELLE, DROUOT, de SALOMON, d'HAMMERER; Lieutenants de Lusignan, de Douchet, Fondet, Pichon, Oberhoff, Scholtenins, de Walback, de Cremath; Sous-lieutenants de Vrigny, Ruin, Rohrig, de Haindel, de Betmont, Maurer, de Sansfort, de Huvé, de Martinville, Drouhot fils, de Spitzenberger, Schirme, de Ravenau, de Luey, de Florimont, Simon.

Le Comte de Pestalozzi, nommé Maréchal de camp le 6 février 1792, est remplacé ce même jour par le Colonel Antoine-Marie Paris d'Illins (5 février selon Suzanne).

A cette date, le Régiment est à l'Armée du Rhin, commandée par Lafayette, et fait partie de l'avant-garde sous les ordres du Général Lallemand. Ses 4 escadrons sont à Saint-Avold à l'effectif de 665 cavaliers; 25 hommes manquent au complet.

Etat-militaire en 1792 (Saint-Avold) : Colonel : de Pestalozzi, 12 juillet 1782; Lieutenants-colonels Badda de Badosalva, 13 octobre 1782, de Casenove, 13 octobre 1785; Quartier-maître trésorier Sirejaques, rang de Capitaine; Capitaines Dutertre, 1er novembre 1778, Blondeau -, de Helle, 8 février 1779, Drouot, 8 février 1779, de Salomon, 15 mai 1785, Hammerer, 10 août 1786; Lieutenants de Lusignan, de Douchet, Fondet, Pichon, Oberhoff, Scholténius, de Walbach, de Cremath; Sous-lieutenants de Vrigny, Ruin, de Bermont, Mauret, de Sanssfort, de Huvé, de Martinville, Drouhot fils, Rohrig, de Heindel, de Spitzemberger, Schirme, de Ravenau, de Luey, de Florimont, Simon.

Le 5 avril 1792, une Instruction provisoire porte qu'en entrant en campagne, "il sera fourni une tente par 8 cavaliers, et que chaque tente sera accompagnée d'une marmite avec son couvercle et son sac, une gamelle, un petit baril garni de sa banderole, et 4 outils garnis de leur étui, propres à être adaptés à la selle; savoir, une pelle, une pioche, une hache et une serpe; il sera fourni en outre par chaque tente, une faulx, sa pierre et son coffrin, un marteau et une petite enclume.
Il sera fourni de plus à chaque sous-officier ou cavalier, soit de compagnie ou de l'état-major, un petit bidon, et en outre, 3 bidons par compagnie pour contenir du vinaigre, lesquels seront portés, les jours de marche, par les maréchaux des logis.
Les cavaliers montés ayant leurs manteaux il ne leur sera pas délivré de couvertures; mais il en sera fourni une par deux hommes à pied (2 par compagnie); ces couvertures ne seront délivrées que dans l'arrière-saison.
Il sera fourni à la même époque, 5 couvertures pour les hommes non montés du petit état-major.
Il sera fourni à chaque cavalier deux cordes à fourrages.
Il sera de plus fourni par compagnie, deux cord à piquets pour attacher les chevaux; ces cordes auront chacune 42 toises de longueur et 9 lignes de grosseur, et un piquet ferré par chaque cheval, tant pour ceux des compagnies que ceux de l'état-major
" (in La Giberne, 2e année, N°01, page 27).

Officier 5e Hussards (ex 6e ex Lauzun) 1792
Officier du 5e Hussards (ex Lauzun) en 1792, d'après Maurice Toussaint, Editions militaires illustrées, carte 331 (collection de l'auteur)

Le Colonel Paris d'Illins est promu Maréchal de camp le 27 mai. Emmanuel Marquis de Grouchy, depuis Maréchal de France, Colonel depuis le 8 juillet 1792, le remplace de suite dans le commandement du Régiment.

"Au quartier-général de Moujon, le 1er septembre 1792.
Ordre pour la marche du 2 septembre au matin.
On devra de très bonne heure (cinq heures au moins), rompre le camp et charger immédiatement les bagages avec la plus grande promptitude. A cinq heures et demie les troupes les rassembleront sur la route de Beaumont, et ils partiront sous les ordres de M. Harville et des adjudants-généraux. Il faut qu'à sept heures les différentes troupes aient pris les armes et soient en bataille sur le terrain afin qu'elles puissent se mettre en marche à sept heures et demie... On se mettra en route dans l'ordre suivant :
... Le 3e et le 6e hussards couvriront le flanc gauche de la colonne ...
" (Souvenirs de la campagne de 1792, par James ["sic"] Money,... traduits de l'allemand par Paul Mérat,... , 1849).

"Ordre pour la marche du 4 septembre 1792.
... Le 6e hussards, qui est à Châtel, s'y rassemblera et escortera jusqu'à Florent, par Fleville, Varennes, Pierre, Croisée et Chalade, les bagages du camp et ceux des différents cantonnements préalablement réunis. Cent volontaires marcheront avec les équipages, cinquante hommes de chaque côté de la route ...
" ( Souvenirs de la campagne de 1792, par James ["sic"] Money,... traduits de l'allemand par Paul Mérat,... , 1849).

"Ordre de la marche pour le 5 septembre 1792.
Les bataillons d'infanterie se rassembleront à six heures sur la route de Sainte-Menehould et se formeront en colonne; ils prendront avec eux les bagages de l'arrière-garde et auront soin de ne laisser aucune voiture dans la ville. Le 11e régiment de chasseurs et le 6e hussards se joindront à eux ... Le 5e et le 6e hussards, le 12e chasseurs se trouveront auprès de l'avant-garde ...
" ( Souvenirs de la campagne de 1792, par James ["sic"] Money,... traduits de l'allemand par Paul Mérat,... , 1849).

Le 6 septembre, le 6e Hussards est à Panevent.

Le 6e Hussards se signale en septembre à Busancy où il s'empare d'un convoi prussien.

"2e DIVISION.
MASSES
RAPPORT
Du 16 septembre 1793,
l'an IIe de la République.
Les Représentants du peuple à l'armée du Nord adressent le mémoire du 71e régiment d'infanterie qui demande le payement de la somme de 32.000 livres pour la valeur de souliers, chemises, pantalons et culottes pris sur l'ennemi, estimés et versés dans les magasins de la République.

FAITS.

Le 28 septembre 1792, un détachement du 71e régiment (ci-devant Vivarais), un autre des volontaires du 4e bataillon des Fédérés, un autre de la section des Lombards et du 5e régiment de hussards (ci-devant 6e), ont rencontré vingt chariots ennemis escortés par cinquante-neuf fusiliers et vingt-quatre officiers; ils les ont fait prisonniers et les ont conduits à Sainte-Menehould avec ces prises; partie a été vendue sur-le-champ et le prix de la vente, montant à 5.852 liv. 10 s., a été réparti entre les corps qui composaient ce détachement.
Le restant a été estimé 32.000 livres, et les effets versés dans les magasins de la République.
Les soldats du 71e régiment d'infanterie demandent le payement de la somme de 32.000 livres.
Cette réclamation est fondée sur l'article 15 du titre XXVIII du règlement provisoire sur le service de l'infanterie en campagne du 5 avril 1792, mais cette somme n'appartient pas en totalité au 71e régiment d'infanterie; les volontaires du 4e bataillon des Fédérés, les volontaires du bataillon des Lombards et les hussards du 5e régiment doivent y participer
" (In : "Les Volontaires nationaux", tome 2; Archives administratives de la guerre. Infanterie, 71e régiment, 1791 an II).

Le 6e Hussard se trouve ensuite à la bataille de Valmy, passe dans le Corps de Dillon et combat avec lui le 1er octobre à Passavant.

Le Colonel de Grouchy est nommé Maréchal de camp le 12 octobre. Par le même décret, le Marquis de La Grange, Chef de Brigade du 6e Dragons, passe avec son grade au 6e Hussards.

Adélaïde Blaise François Lelièvre de la Grange

Fils aîné du lieutenant-général de ce nom, né le 21 décembre 1766 à Paris, décédé le 2 juillet 1833 dans son château de Viarmes (Seine-et-Oise, aujourd'hui Val d'Oise). Son frère, Armand Charles Louis Le Lièvre de La Grange (1783-1864), fut lui aussi général de cavalerie.
Il épousa le 17 février 1796 Adélaïde-Victorine Hall fille du peintre suédois Pierre-Adolphe Hall et veuve de François-Louis Suleau assassiné le 10 août 1792 qui avait laissé un fils post mortem Élysée de Suleau qu'il éleva.
De son mariage il laissa 5 enfants 3 filles et deux garçons.
Volontaire au bataillon d'Artois le 21 décembre 1781, il fut nommé lieutenant en second dans le même corps le 9 mai 1782, et passa comme sous-lieutenant dans les carabiniers le 4 août suivant. Devenu sous-lieutenant de remplacement le 20 juin 1784, il fut fait sous-lieutenant en pied dans le 2e régiment de l'arme le 1er  mai 1788; attaché comme capitaine au régiment de la Reine-Dragons le 8 novembre 1789, il entra comme capitaine en pied au 50e régiment d'infanterie, le 12 janvier 1792.
Employé comme aide-de-camp auprès du maréchal Luckner le 3 mars, il fut nommé lieutenant-colonel au 6e régiment de dragons le 15 juin, et obtint le grade de colonel du dit régiment le 8 septembre de la même année. C'est à la tête de ce corps qu'il combattit le 20 de ce mois à la bataille de Valmy, où il fut blessé d'un coup de feu au bras. Passé Chef de Brigade au 6e Hussards, devenu 5e l'année suivante, le 12 octobre suivant, il fit les campagnes de 1792 et 1793 à l'armée du Nord, avant d'être destitué de son commandement par le représentant du peuple Duquesnoy, comme noble le 28 octobre 1793 et d'être emprisonné à Arras jusqu'au 4 décembre 1793.
Employé à la suite du 24e régiment de chasseurs à cheval le 12 floréal an VIII, il fut attaché comme chef de brigade à l'état-major du général en chef Murat, fit la campagne de l'an VIII à l'armée d'Italie , et prit le commandement du 7e régiment de chasseurs à cheval le 19 pluviôse an IX. Il servit alors à l'armée de Batavie, fut employé à celle d' Angleterre pendant les ans XII et XIII, et fut nommé membre de la Légion d'honneur le 19 frimaire, et officier de la Légion d'honneur le 25 prairial an XII.
Il prit part aux opérations de la 2e division du corps de la Grande Armée pendant les guerres d'Autriche , de Russie et de Pologne, de l'an XIV à 1807. Blessé d'un coup de feu à la cuisse, le 10 juin de cette dernière année, à la bataille d'Heilsberg, il mérita, par sa bravoure, le grade de général de brigade qui lui fut conféré par décret impérial du 25 juin 1807.
Employé avec son nouveau grade à la 2e division de cavalerie de réserve du 2e corps de la Gironde le 28 novembre 1808, il fut créé comte de l'Empire vers cette époque, et retourna en 1809 à l'armée d'Allemagne où il eut un bras emporté par un boulet de canon le 21 à la bataille d'Essling. Promu au grade de général de division le 29 juin 1809, il fut nommé commandant de la province de la haute-Autriche le 24 août de la même année.
Appelé au commandement supérieur de la place d'Anvers le 30 avril 1811, il fut chargé de la surveillance des côtes, dans le Mecklembourg, le 4 mai 1812. Gouverneur supérieur de Wesel le 31 octobre 1813, il fut nommé commandant supérieur de la place de Metz le 1er  janvier 1814; mais il ne put prendre ce commandement, et fut chargé de celui de la levée en masse du département de Seine-et-Marne le 5 février suivant.
Après le retour des Bourbons , le général de Lagrange, qui reprit son titre de marquis, fut nommé capitaine-lieutenant de la 2e compagnie de mousquetaires le 15 juin, et chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis le 12 juin de la même année. Louis XVIII lui conféra la dignité de commandeur du même ordre le 3 janvier 1815. Il ne servit point pendant les Cent-Jours, et après le licenciement des mousquetaires il fut nommé gouverneur de la 20e division militaire le 7 septembre 1815.
Admis à la retraite le 6 octobre suivant, tout en conservant les fonctions de gouverneur, il passa en la même qualité à la 18e division militaire le 14 septembre 1819. Créé grand-croix de l'ordre de Saint-Louis le 17 août 1822, il fut fait commandeur de celui de la Légion d'honneur le 19 août 1824.
Le marquis de Lagrange a conservé son gouvernement jusqu'à la révolution de juillet 1830, et, à cette époque, il est rentré dans sa position de retraite.
Son nom figure sur l' arc de triomphe de l'Étoile, côté Est.

Sources : Georges Six, Dictionnaire biographique des généraux et des amiraux français de la Révolution et de l'Empire (1792-1814), Paris, Saffroy, 1934; «Adelaïde Blaise François Le Lièvre de La Grange», dans Charles Mullié , Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850  ; Archives nationales (CARAN) – Service Historique de l'Armée de Terre – Fort de Vincennes – Dossier S.H.A.T. Côte : 7 Yd 491.

Adelaïde Blaise François Le Lièvre de La Grange en tenue du 5e Hussards
Marquis de la Grange, Colonel du 5e Hussards
Ci-dessus, portrait du Marquis de la Grange (extrait de "Nos vieux Houzards" - collection de l'auteur)

 

Officier 5e Hussards, 1791 Officier 5e Hussards, 1793 Officier 5e Hussards (ex 6e ex Lauzun) 1791
Officier des Hussards de Lauzun (6e Hussards) en 1791; fac-similé d'un dessin de Hoffmann
Officier du 5e Hussards (ex Lauzun) en 1793; dessin de J. Domange d'après Hoffmann
Officier du 6e Hussards (ex Lauzun) en 1791, d'après Noirmont et Marbot, "Costumes Militaires Français de 1789 à 1815", volume 3

 

Officier 5e Hussards 1793
Officier du 5e Hussards en 1793; fac-similé d'un dessin de Valmont conservé au Cabinet des Estampes, BNF, Paris

 

Trompette, 5e Hussards, vers 1792 Trompette, 5e Hussards, vers 1792
Trompette sous la 1ère République, d'après René Louis, "Uniformes des régiments de hussards français.... I. - 1er-6e hussards"; Bibliothèque nationale de France, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945). La source indiquée est "Collection Dubois de l'Estang". René Louis Attribue ce Trompette au 1er Régiment
Trompette du 5e (?) Hussards sous la 1ère République, d'après Ernest Fort (1868-1938) : "Uniformes des hussards sous la 1ère République, le 1er Empire et la Restauration II - 5e à 13e hussards"; Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945), PETFOL-OA-490(1); ce dessin a pour source la Collection Dubois de l'Estang

 

Le Régiment prend part aux combats de Saint Ghislain et de Boussu. Il rejoint ensuite la Division Harville faisant le siège de Namur où il est placé aux avant-postes. Il enlève à Hug un poste ennemi auquel il fait une centaine de prisonniers.

En janvier 1793, le Régiment est à l'armée des Ardennes et cantonné entre Maubeuge et Givet. Il passe ensuite à l'armée combinée du Nord et des Ardennes et se trouve sous les ordres du Général Dampierre, qui tente de débloquer Condé.

Le 21 février 1793, les Régiments de Hussards sont portés à cinq Escadrons (in La Giberne, 2e année, N°01, page 32).

Par décret du 4 juin de la même année, le 4e Hussards (Saxe), qui a émigré, est rayé des contrôles de l'armée, et le 6e Hussards prend le numéro 5 des Régiments de même arme.

D'après l'Etat militaire de France pour l'année 1793 (Léon Hennet, 1903), le 6e Régiment, ci-devant Lauzun, est à l'Armée du Nord. Ses cadres sont constitués de la manière suivante :
- Etat major : Colonel La Grange (Adélaïde-Biaise-François Le Lièvre de); Lieutenants-Colonels Drouhot (Jacques), père et Kilmaine (Charles-Édouard-Saül Jennings); Quartier-maître-Trésorier N.
Capitaines : Kuppelmayer (Pierre), Simon (Nicolas), Fogt (Nicolas), Charlot (Charles Moreux, dit), Ruin (François), Viard (Pierre-Bernard), Scholtenius (Engelbert), Drouhot (Pierre-Nicolas), fils.
Lieutenants : Schill (Guillaume), Ressejac (Bertrand), Nick (Bernard), Kerbline (Jean), Schwab (Joseph), Rinck (Guillaume), Kauffmann (Philippe), Müller (Balthazar).
Sous-Lieutenants : Michel (Nicolas), Boucot (Joseph), Gresser (André), Salomon (Jean-Bapt.-Étienne-Ignace), Beaumont (Etienne-Joseph), Rollot (André-Louis).

A noter que dans le courant de l'année 1793, les Colonels prennent le titre de Chefs de Brigade.

 

Lieutenant 5e Hussards, 1793
Lieutenant Jacques Luc Barbier, plus connu sous le nom de Barbier-Walbonne (voir liste des Officiers). Sous-Lieutenant puis Lieutenant au 5e  Hussards en mars 1793. Il était élève du peintre DAVID et son portait en hussard fut réalisé par le peintre ISABEY et gravé par AUBERTIN, sous le titre «le fumeur».

 

II/ Historique du 5e Régiment de Hussards (ex Lauzun et ex 6e Hussards) du 4 juin 1793 à 1799

 

a/ Campagne de 1793 à l'Armée du Nord

Sous lieutenant 5e Hussards, 1793 Sous lieutenant 5e Hussards, 1793 Lieutenant, 5e Hussards, 1793
Sous lieutenant Maressal de la Houssaye, mort en 1793
Fac-similé du portrait paru dans le Carnet de la Sabretache en 1910 (Communication de Maurice Bottet)
Lieutenant au 6e Hussards (ex Lauzun), 1793, d'après Ernest Fort (1868-1938) : "Uniformes des hussards sous la Révolution et le 1er Empire"; Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945), PETFOL-OA-491; ce dessin a pour source un portrait en buste

 

Trompette, 5e Hussards, 1793 Trompette, 5e Hussards, 1793
Trompette du 5e Hussards, 1793, d'après René Louis, "Uniformes des régiments de hussards français.... I. - 1er-6e hussards"; Bibliothèque nationale de France, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945); source indiquée : Collection Dubois de l'Estang
Trompette du 5e Hussards, 1793, d'après Ernest Fort (1868-1938) : "Uniformes des hussards sous la 1ère République, le 1er Empire et la Restauration II - 5e à 13e hussards"; Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945), PETFOL-OA-490(1); ce dessin a pour source la Collection Dubois de l'Estang

Au mois de juin, le 5e Hussards est à l'Armée du Nord. Deux de ses escadrons passent à l'Armée des Ardennes qu'ils rejoignent à Charleville. Ils y sont conduits par le Chef de Brigade de la Grange, commandant le Régiment.

Le Lieutenant colonel Graillet commande les Escadrons restés à l'Armée du Nord. Surpris par le Duc d'York, qui a passé l'Escaut à Crèvecoeur, il se dégage rapidement et se porte sur Péronne. Le Colonel Graillet se trouve ensuite avec ses escadrons à la bataille et à la prise d'Ypres.

Le 5e Hussards a précédemment fourni aux flanqueurs de gauche de l'armée réunie sous Valenciennes et Condé un détachement de 5 Officiers et 115 hommes. Après la prise de Valenciennes, ce détachement revient au camp d'Arleux sous Douai, où le Lieutenant colonel Graillet et le Chef de Brigade de la Grange se sont déjà rendus, ramenant les escadrons sous leurs ordres.

Le 9 août 1793, le Général Houchard prend à Vitry en Artois le commandement en chef de l'Armée du Nord. Le 5e Hussards à cette date fait encore partie des Flanqueurs de gauche de l'Armée du Nord, pour un effectif de 107 hommes et 11 chevaux, mais passe ensuite à la Division d'Hédouville, Houchard ayant complètement achevé de réorganiser son armée le 12 août.

La situation à cette époque n'est guère brillante : une première masse ennemie (roi de Prusse), qui vient d'enlever Mayence, marche vers nos anciennes frontières ; une deuxième masse (ducs d'York et de Cobourg), qui vient d'enlever Condé, Valenciennes et le camp de César, enveloppe Cambrai de tous côtés, même par le sud, poussant des partis jusqu'aux portes de Saint-Quentin. A Paris, toutefois, on sous estime la menace; aussi, lorsque l'une de ces masses marche sur Dunkerque, c'est la surprise générale.

Le 18 août, le 5e Hussards, ci-devant Lauzun, se rend à Pallué, aux flanqueurs de gauche, sous les ordres du Général Collaud (Dupuis, Victor (Commandant) : "La campagne de 1793 à l'armée du Nord et des Ardennes,.... De Valenciennes à Hondtschoote"; R. Chapelot et Cie, Paris, 1906-1909).

Les mouvements de concentration des troupes françaises commencent dès le 31 août et durent jusqu'au 4 septembre; parmi elles figure la Division du Général Hédouville comprenant 14 Bataillons d'Infanterie, 6 Régiments de Cavalerie (dont le 5e Hussards provenant du camp d'Arleux) et 1 Compagnie d'Artillerie légère. Cette Division part du camp de Gavrelle et vient cantonner le 31 août à hauteur de Beaumont, le 1er septembre à Béthune, le 2 à Saint-Venant et le 3 à Cassel. Les troupes qui la composent proviennent de l'avant-garde ou des flanqueurs de gauche de l'armée stationnée au camp de Gavrelle, ou des premiers renforts envoyés par l'armée de la Moselle (Dupuis, Victor (Commandant) : "La campagne de 1793 à l'armée du Nord et des Ardennes,.... De Valenciennes à Hondtschoote"; R. Chapelot et Cie, Paris, 1906-1909).

La bataille d'Hondtschoote se déroule les 6, 7 et 8 septembre 1793. Dans le dispositif d'attaque établi les 4 et 5, il est prévu différentes colonnes d'attaques dont une Division commandée par le Général Dumesny , qui est rassemblée, dans la soirée du 5, en avant de Bailleul. Sa composition n'a pu être déterminée exactement, faute de documents ; cependant il est à peu près certain qu'elle a été constituée à l'aide de prélèvements effectués sur les troupes stationnées tant à Bailleul et Armentières qu'au camp de la Madeleine. Le 5e Régiment de Hussards a été rattaché à cette Division dont l'effectif a été évalué par tous les historiens à 9,000 hommes environ (Dupuis, Victor (Commandant) : "La campagne de 1793 à l'armée du Nord et des Ardennes,.... De Valenciennes à Hondtschoote"; R. Chapelot et Cie, Paris, 1906-1909).

Le Général Dumesny fait le rapport suivant des évènements du 8 au 10 septembre :
"NOTES DES OPÉRATIONS DE L'EXPÉDITION D'IPRES COMMANDÉE PAR LE GÉNÉRAL DUMESNY
Dimanche huit septembre, à cinq heures du matin, le général Dumesny s'est mis en marche pour se porter sur Ypres, en vertu des ordres du général Houchard. Comme le pays est couvert, la marche fut obligé de prendre des mesures pour éviter les embuscades. Il détacha le général Duquesnoy, à la hauteur de Lookeren pour le porter sur sa droite à Dieckebuck. Le général Dumesny marcha en même tems sur Reningelts et Poperinghes. Les ennemis ont abandonné précipitamment ces deux endroits à l'approche de nos troupes.
Le village de Vlamertingen, situé à une lieue d'Ipres, qui contenait un détachement de cavalerie mélée d'infanterie, fut enlevé dans notre marche avec beaucoup de vivacité, par des tirailleurs et une vingtaine de hussards du 5e régiment; l'ennemi fut vivement débusqué de tous ses points jusqu'à un quart de lieue d'Ipres où nous arrivâmes dans le plus grand ordre ; le terrain est généralement très couvert et ne permet d'autre espèce de combat que celui de tirailleurs; c'est par ces détachements que nous réussîmes à les chasser jusque sur Ipres. Les troupes ayant besoin de nourriture et de repos, le général leur fit prendre la position la plus avantageuse que le terrain put permettre...
" (Commandant Lévi : "La défense nationale dans le Nord en 1793 (Hondschoote)", 1910). Finalement, le Général Dumesny doit retraiter.

Le 9 septembre 1793, le Général de Brigade Monard, Inspecteur général des dépôts de la cavalerie des armées du Nord et des Ardennes, informe les Représentants du Peuple qu'il a "envoyé à Troyes le citoyen Rinck, chef d'escadron du 5e régiment de hussards, avec quatre sous-officiers, pour procéder au triage et à la répartition des 3.915 hommes qui doivent s'y réunir, d'après la loi du 22 juillet dernier, pour être incorporés dans la cavalerie de l'armée des Ardennes" (Commandant Lévi : "La défense nationale dans le Nord en 1793 (Hondschoote)", 1910).

Le 17 septembre 1793, d'Hédouville, qui commande l'avant-garde de l'armée du Nord, reçoit du Chef de l'Etat-major la lettre suivante : "Je vous adresse, citoyen Général, l'état des troupes qui resteront à vos ordres et qui formeront l'avant-garde de l'armée. Vous établirez votre quartier général à Monchy-le-Preux et vous disposerez vos troupes militairement; ... le 5e régiment de hussards est à Brebières ... Lorsque vous aurez fait vos rassemblements et disposé vos troupes, je vous prie d'ordonner qu'il me soit envoyé de suite l'état de situation des corps et des noms des cantonnements" (Le maréchal Mortier, duc de Trévise. T. 1).

Le 23 septembre, le général Hédouville est suspendu par les Représentants qui en rendent compte au Comité de Salut public; le général Balland est appelé à le remplacer dans le commandement de l'avant-garde qui, d'après une situation établie du 26 au 27 septembre, comprend 374 hommes du 5e Hussards (Le maréchal Mortier, duc de Trévise. T. 1). Le Général Houchard est à son tour arrêté le 24 septembre et guillotiné le 17 novembre.

Jourdan, à la tête de l'Armée du Nord, se porte au secours de la ville de Maubeuge assiégée. Le Général Fromentin, commandant l'avant-garde où se trouve le 5e Hussards, marche sur Etroeungt et Avesnes et fouille les bois environnants. Le Régiment a alors de fréquents engagements partiels où se produisent plusieurs traits de valeur individuelle : le Brigadier Muller et le Hussard Morand sont tués; le Capitaine Ressejac a un cheval tué sous lui et est lui-même blessé. Cet Officier vient de se signaler peu de temps avant à Sinay en dégageant le Sous lieutenant Vanot emmené prisonnier.

Le 8 octobre, le 5e Hussards, fort de 380 cavaliers, est à la Division Balland. L'État de situation des troupes de l'armée du Nord marchant sous les ordres du général en chef Jourdan au secours de Maubeuge à l'époque du 15 octobre 1793 (24 vendémiaire an II), nous indique que le 5e Hussards est à la Division Balland; son effectif à cette date est toujours de 380 cavaliers (extrait de Mémoires inédits, communiqués au Dépôt de la guerre par le maréchal Jourdan, in Dupuis, Victor (Commandant) : "La campagne de 1793 à l'armée du Nord et des Ardennes,.... D'Hondtschoote à Wattignies", R. Chapelot et Cie, Paris, 1906-1909).

Le Régiment prend part à la bataille de Wattignies (15-16 octobre 1793), qui a pour conséquence la levée du blocus de Maubeuge.

Uniforme, 5e Hussards, 1793
Uniforme du 5e Hussards, 1793, d'après R. Forthoffer, Fiche Documentaire 177 (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer)

A ce moment, le 5e Hussard perd son chef de Corps. Le Marquis de la Grange, malgré la façon remarquable dont il commande le Régiment, est, en sa qualité de noble, suspect aux représentants du peuple. Il est relevé de son commandement et remplacé, le 28 octobre 1793, par le Chef de Brigade François Ruin. Avec ce nouveau chef, l'ancien Lauzun Hussards va se signaler quelques jours plus tard dans deux brillants combats.

Le 5 novembre, Jourdan, craignant que l'ennemi vienne couper ses communications avec Guise donne l'ordre au général Fromentin de faire camper dans la journée sa division en arrière des camps des généraux Balland et Duquesnoy. Il partira le lendemain matin, 6 novembre, pour venir camper à Solre-Ie-Château et le surlendemain 8, il campera sur les hauteurs en arrière d'Avesnes où il restera jusqu'à nouvel ordre. Le quartier général de Jourdan est transféré à Maubeuge. Le général Duquesnoy est prévenu des ordres donnés au général Fromentin et du mouvement de la division des Ardennes qui est rentrée dans ses garnisons. «II fera donc, en conséquence, ses dispositions afin de garder le poste de Beaumont avec sa division et celle du général Balland, cette dernière étant sous ses ordres». Le général Balland reçoit l'ordre de faire partir sur-le-champ le 5e hussards qui couchera à Solre, le lendemain à Etrœungt et le surlendemain à Guise où il prendra les ordres du général Belair.

Le 6 novembre 1793 (16 brumaire an II) Jourdan soumet ses projets au Comité de Salut public qui le convoque à Paris. Le 8 (18 brumaire an II), Jourdan en informe le général Duquesnoy auque il laisse le commandement de l'armée pendant son absence. Le général Duquesnoy doit garder jusqu'à nouvel ordre la position qu'il occupe. Il peut faire agir au besoin la division Fromentin qui est campée derrière Avesnes; le 5e Hussards à Saint-Quentin (soutenu par le 12e Dragons à Guise) protège les convois.

Entre temps, le 7 novembre, le Prince de Wurtemberg ayant rassemblé près de 30000 hommes, attaque les Français sur tous les points, et notamment à hauteur de la Réunion sur Oise. La supériorité numérique de l'ennemi est écrasante. Néanmoins, notre infanterie lui fait tête vaillamment sur toute la ligne. La lutte fait rage pendant la journée entière. Toutefois, à la nuit tombante, les troupes françaises, épuisées, donnent des signes de lassitude. L'assaillant redouble ses efforts et l'issue du combat semble pencher du côté de l'adversaire. Tout à coup, dans les dernières lueurs du soleil couchant, les Français voient déboucher au galop un Régiment de cavalerie venant de l'arrière. A ses pelisses blanches, on le reconnait, c'est le 5e Hussards ! Secours inattendu, inespéré ! En effet, le Régiment était ce jour là détaché au loin, entre Péronne et Saint-Quentin, à escorter des convois. Il semblait donc perdu pour la bataille. Mais dès qu'il a entendu le canon, le Chef de Brigade Ruin n'a pas hésité à abandonner sa mission et, ralliant son monde, a marché aussitôt au combat.

A peine arrivé sur le terrain de l'action, il juge la gravité de la situation. D'un regard sûr, il détermine tout de suite le point où l'ennemi est prêt à enfoncer la ligne française. Aussitôt, il déploie ses escadrons et les précipite sur les bataillons surpris. Ceux-ci ont à peine le temps de lui faire face, déjà les Hussards sont sur eux et pénètrent dans leurs rangs comme une trombe. Les sabres s'abattent, les pointes trouent les poitrines; bientôt, sur cette partie du champ de bataille, les assaillant lâchent pied. Aussitôt, Ruin rallie ses escadrons, reprend du champ, et repart à la charge. A cette vue, les fantassins français sentent leur espoir renaître et déjà la chance change de camp. Coup sur coups, sans une minute de répit, Ruin recommence ses charges avec ses chevaux harassés. Cette fois, la victoire est à nous. L'ennemi décimé, découragé, lâche pied et s'échappe dans la nuit close.

Officier 5e Hussards (ex 6e ex Lauzun) 1794
Officier du 5e Hussards (ex Lauzun) en 1794 (in D. Smith : Uniforms of the Napoleonic Wars)

Ce jour là (17 brumaire an II - 7 novembre 1793), le Général Belair écrit depuis la Réunion sur Oise (Guise) au Comité de Salut Public :
"Analyse. - L'ennemi a attaqué le jour même sur tous les points, mais il a été repoussé, quoique bien supérieur en nombre. Le 5e régiment de hussards a parfaitement débuté. "Nous avons perdu quelques lâches, qui ont été sabrés par les uhlans, après avoir jeté leurs armes pour mieux s'enfuir. J'ai partout donné des ordres pour arrêter les fuyards, et mes mesures ont eu un bon succès." L'artillerie a fait des merveilles. Les aides de camp Galland et Gallois ont contribué à la victoire" (Étienne Charavay : "Correspondance générale de Carnot, publ. avec des notes historiques et biographiques. Tome 4", 1892-1907; Orig. aut., Arch. nat., C 378, 736. — Extrait, Arch. de la guerre, armée du Nord).

Les Représentants du Peuple, dans leur rapport à la Convention, adresseront un hommage mérité au brave 5e Hussards ainsi qu'à son chef et rendront compte que la victoire est due à leur intervention magnifique; le 5e Hussards est cité comme le Régiment s'étant le plus signalé et ayant le plus contribué à décider le succès. Le Sous-lieutenant Schitz est tué; le Sous-lieutenant Fagne a fait plusieurs prisonniers et contribué à la prise de 65 chevaux.

Quelques jours plus tard, le 5e Hussards se distingue encore aux environs du Cateau, à l'attaque des avant-postes autrichiens. A peine les a t-il contraints à abandonner leur position qu'apparait le Régiment des Hussards de l'Empereur, lequel prend ses formations pour le charger. Sans lui donner le temps de l'initiative, le Chef de Brigade Ruin se précipite sur lui avec tout son monde, le disperse à grands coups de sabre et ramène en trophée le propre Colonel du Régiment ennemi et cinquante des siens. Jamais encore les Hussards de Lauzun n'ont fait preuve de tant de courage et d'esprit offensif. Leur conduite, à cette affaire du Cateau frappe les Représentants du peuple et le Général Belair à un tel point que, fait presque unique dans les annales des guerres de la Révolution, ils signalent au Comité de Salut-Public pour leur belle conduite deux simples cavaliers, les Hussards Schwartz et Ketremann (ou Kaitremann). Ceux-ci ont accompli au cours de l'action cent traits de bravoure et finalement ont fait prisonnier un Capitaine hongrois.

Les Hussards Reiner, Bernard et Kiener ont été tués. Le Sous lieutenant Schmitt a reçu trois coups de sabre à Mézinguel.

"10 frimaire an II (30 novembre 1793). Le général Belair écrit, de Réunion-sur-Oise (Guise), pour donner des détails sur l'affaire qui a eu lieu le 7 frimaire (27 novembre) à Wassigny, où deux détachements du 12e dragons et du 5e hussards ont fait trente-six prisonniers, dont un capitaine hongrois, et se sont emparés de 50 chevaux. Il cite comme s'étant particulièrement distingués l'adjudant général Villet, son gendre, l'adjudant général Devaux, les deux adjoints à l'état-major Dubuc et Rochefort, et deux hussards du 5e régiment, âgés l'un et l'autre de vingt-deux ans, Schwartz et Reitremann, "qui firent prisonnier le capitaine hongrois et qui montrèrent en cette circonstance autant de magnanimité que de courage"." (Étienne Charavay : "Correspondance générale de Carnot, publ. avec des notes historiques et biographiques. Tome 4", 1892-1907; Orig., Arch. de la guerre, armée du Nord).

Le 5e Hussards est envoyé à Hesdin, où il arrive le 25 décembre. Il est question à cette époque de transférer le Dépôt de Verdun à Saint-Mihiel.

 

 

b/ Campagne de 1794 à l'Armée du Nord

5e Hussards, 1794 5e Hussards, période révolutionnaire
Hussard du 5e (ex Lauzun) en 1794, extrait de l'Historique régimentaire (collection de l'auteur)
Hussard, période révolutionnaire, d'après L. Rousselot (extrait de "Nos vieux Houzards" - collection de l'auteur)

Le 5e Hussards, très morcelé, se trouve en janvier à l'Armée du Nord commandée par Pichegru, sauf son dépôt et deux détachements qui font partie des troupes échelonnées sur la frontière de l'Est. La portion principale, placée à l'aile gauche commandée par les généraux Moreau et Souliam, est ainsi répartie : à Hesdin, 17 Officiers, 227 hommes et 244 chevaux, sous les ordres du Chef de Brigade Ruin, commandant le Régiment; à Amiens, 12 Officiers, 100 hommes et 114 chevaux, commandant Moreux; à Boulogne, 3 Officiers, 53 hommes et 57 chevaux; à Ardres, 4 hommes et 4 chevaux.

"Hussard alsacien", d'après les Archives du Ministère de la Guerre à La Haye; calque dessiné de Grangié ; collection P. Bourrilly, avec son aimable autorisation

Le Dépôt du Régiment, à l'effectif de 12 Officiers, 505 hommes et 475 chevaux, et sous les ordres du commandant Engelbert Sholtenius (ou Scholtenius), est à Saint-Mihiel. Il fait partie des troupes de garnison de l'Armée des Ardennes et se trouve plus particulièrement placé dans le commandement du Général Charbonnie.

A l'Est, un détachement de 32 hommes marche sur Thionville avec le Général Lefebvre, commandant l'avant-garde de l'armée de Jourdan, qui tente de forcer le passage de la Moselle.

Enfin, sur la Sarre, un second détachement de 2 Officiers, 28 cavaliers et 96 hommes à pied, fait partie de la garnison de la place Sarrelibre.

"Le 21e jour de nivôse, an second de la République Française (10 janvier), parait un décret concernant l'organisation de la cavalerie, lequel prescrit ce qu'il suit pour les hussards :
Les onze régiments de hussards sont compris sous la dénomination de cavalerie légère.
Ceux des régiments de hussards, où les cinquième et sixième escadrons ne sont pas encore formés en conformité de la loi du 21 février dernier, seront portés au nombre de six escadrons.
Chaque régiment sera par conséquent composé de six escadrons, divisés en douze compagnies.
Chaque compagnie sera composée d'un capitaine, un lieutenant, deux sous-lieutenants, un maréchal-des-logis en chef, quatre maréchaux-des-logis, un brigadier fourrier, huit brigadiers, deux trompettes et quatre-vingt-seize hussards, dont un maréchal-ferrant.
La force de chaque compagnie sera de cent seize hommes.
La réunion des deux compagnies formera un escadron.
L'état-major de chaque régiment sera composé d'un chef de brigade, trois chefs d'escadron, un quartier-maitre trésorier, un chirurgien-major, un aide-chirurgien, trois adjudants-sous-officiers, un artiste vétérinaire, un sellier, un armurier-éperonnier, un tailleur et un bottier.
Tout détachement composé de deux escadrons, sera commandé par un chef d'escadron; ceux composés d'un escadron
pourront être commandés par le plus ancien des deux capitaines ...
La force d'un régiment au complet, sera de quatorze cent dix hommes.
Chaque régiment sera porté au complet, suivant le mode ci-après décrété :
Tous les hussards seront montés.
Le sellier, l'armurier, le tailleur et le bottier seront à pied.
De la manière de complèter les régiments de Cavalerie Légère.
Article premier.
Les troupes à cheval des légions non enregimentées et qui n'ont pas pris rang dans les corps de cavalerie numérotés par décret, conformément à la loi du 21 février dernier, seront incorporées, tant dans les régiments de cavalerie, que de cavalerie légère.
II
Il en sera de même des escadrons ou compagnies connues sous le nom de compagnies franches ou détachées.

Tableau de la formation d'un escadron de cavalerie légère

1re Division
Formée de la 1re compagnie
1 Capitaine

2e Division
Formée de la 2e compagnie
1 Capitaine

Subdivisions
Première
Seconde
Première
Seconde
 
1 Lieutenant
2 Sous -lieuten.
1 Lieutenant
2 Sous -lieuten.
 
1 Maréchal-des-logis en chef
1 Brigadier-fourrier
1 Maréchal-des-logis en chef
1 Brigadier-fourrier
 
1er Mar-des-logis
Le 3e, idem
2e Mar-des-logis
Le 4e, idem
1er Mar-des-logis
Le 3e, idem
2e Mar-des-logis
Le 4e, idem
 
Escouades
1re
2e
3e
4e
1re
2e
3e
4e
Brigadiers
Cavaliers
le 1er et le 5e
24
le 3e et le 7e
24
le 2e et le 6e
24
le 4e et le 8e
24
le 1er et le 5e
24
le 3e et le 7e
24
le 2e et le 6e
24
le 4e et le 8e
24
Force de chaque escouade
26
26
26
26
26
26
26
26

Force des huits Escouades : 208
Maréchaux-des-logis et brigadiers : 12
Officiers : 8
Force d'un escadron : 228

Force d'un régiment de Cavalerie légère, de six escadrons
Etat-major
Officiers
Cavaliers
Chef de brigade
Chefs d'escadrons
Quartier-maître-trésorier
Porte-guidons

1
3
1
3

8
 
Chirurgien-major
Aide-chirurgien
2
2
 
Adjudants-sous-officiers (montés)
Maître-maréchal (monté)
Maître-sellier (à pied)
Maître-armurier-éperonnier (à pied)
Maître-tailleur (à pied)
Maître-bottier (à pied)
Trompettes (montés)

3
1
1
1
1
1
24

  32
Escadron
Etat-major
Officiers
Cavaliers

Capitaine
Lieutenants
Sous-lieutenants

2
2
4

8

48

 
Maréchaux-des-logis-en-chef
Maréchaux-des-logis
Brigadiers-fourriers
Brigadiers
Hussards, y compris deux maréchaux-ferrants
2
8
2
16
192
220
 
1320
Total de la force de l'escadron : 228 hommes, 220 chevaux de troupe
Totaux
58
1352
Complet d'un régiment en hommes : 1410; en chevaux : 1404 (56 d'officiers et 1348 de hussards)

(in La Giberne, 2e année, N°02, pages 60 à 62).

Le Chef de Brigade Ruin part du Régiment le 10 février. Le Colonel Sholtenius est nommé, à la date du 5 mars, Chef de Brigade du 5e Hussards.

Le 19 ventôse an II (9 mars 1794), depuis Guise, le Général Colaud écrit au général Bonnaud, à Douai :
"Tu demandes de la cavalerie, mais il faut en avoir. On en demande de tous côtés; et si nous en avions, où pourrait-on mieux la placer que dans la trouée entre Saint-Quentin et Cambrai et la partie de Péronne pour empêcher l'ennemi de faire tous les jours des incursions sur le territoire de la République. Je sais comme toi que le poste d'Arleux aurait besoin d'un renfort de cavalerie pour pouvoir faire des reconnaissances armées dans la partie d'Aliscon, d'Azincourt, de Monchecourt, Fressain et les environs de Denain, car je m'imagine que l'ennemi y est en force dans ce moment. Je vois avec peine que l'organisation de la cavalerie est totalement manquée, la répartition des chevaux s'est faite trop tard, ainsi que le complétement en hommes. J'ai prédit, il y a trois mois, au général Jourdan ce qui arrive aujourd'hui, et ce n'est point de ma faute si nous n'avons pas de cavalerie.
... Tu demandes le régiment de cavalerie de Lauzun, hussards. Tu ignores sans doute qu'il a été envoyé sur les derrières à cause de la désertion
" (H. Coutanceau : "La campagne de 1794 à l'armée du Nord", Tome 2, Partie 1; Publié sous la direction de la section historique de l'état-major de l'armée).

Dix jours plus tard, Liébert écrit à Villain, Commissaire des Guerres à Réunion-sur-Oise : "... Je te préviens aussi que je donne ordre aujourd'hui au 5e régiment d'hussards de partir d'Hesdin le 2 germinal pour se rendre à Douay; il passera par Saint-Pol, Arras, et de là à Douay" (H. Coutanceau : "La campagne de 1794 à l'armée du Nord", Tome 1; publié sous la direction de la section historique de l'état-major de l'armée).

Au mois d'avril, le Régiment, à l'effectif de 32 Officiers et 389 hommes, et sous les ordres du Lieutenant-colonel Graillet, arrive au camp d'Arleux, sous Douai, où il fait partie de la Brigade Pierquin. Il est engagé dans plusieurs combats où quelques Officiers et hussards se font remarquer par leur courage. Le Capitaine d'Osmann est tué d'un coup de boulet, le Capitaine Resséjac blessé, et le Maréchal-des-logis Dufeay a un cheval tué sous lui.

Pour satisfaire aux justes observations de Pichegru et de Bollet, Jourdeuil donne les instructions nécessaires, et consulte notamment le Chef de l'Etat-major de l'Armée des Ardennes sur la possibilité de rapprocher le dépôt du 5e Hussards de sa portion mobile située sur le territoire de l'armée du Nord. Le 24 germinal (13 avril), le Général Tharreau lui écrit :
"Au citoyen Jourdeuil, adjoint au Ministre de la guerre.
Le général en chef s'est abouché, Citoyen, avec le représentant du peuple Massieu pour conférer sur la demande du général Pichegru qui exprime la nécessite qu'il y a que le dépôt du 5e régiment d'hussards se rapproche des escadrons de guerre qui sont à l'armée du Nord. Ils n'ont trouvé l'un et l'autre aucun inconvénient à cette mesure, et ils me chargent de te prévenir que le Ministre peut ordonner le mouvement sans préjudicier à la chose publique
" (H. Coutanceau : "La campagne de 1794 à l'armée du Nord", Tome 2, Partie 1; Publié sous la direction de la section historique de l'état-major de l'armée).

Après quelques affaires de second ordre, le Régiment va, le 19 avril, écrire peut-être la plus belle page de son histoire, pourtant si chargée de gloire. Ce jour-là, le Chef de brigade Sholtenius étant absent, le 5e est commandé par son Major, le citoyen Graillet. Il s'agit d'attaquer les avant-postes ennemis couvrant le siège de Valenciennes. Ceux-ci, repoussés aux environs d'Abscon, se replient en désordre sur les troupes assiégeantes. Graillet se dispose à poursuivre son avantage lorsque le Général autrichien, commandant cette partie de la défense, lui oppose un Régiment de Dragons hessois fort de 800 hommes.

Colonel 5e Hussards 1795-1797
Colonel du 5e Hussards; figurine de la collection Boersch vendue en 1971
Colonel du 5e Hussards vers 1795-1797 d'après des notes prises sur la Collection Boersch en 1901 à Paris et copiées par H. Rommel (Collection H. et C. Achard)

Le 5e de Hussards ne compte à ce moment que 380 cavaliers. C'est donc à une troupe plus de deux fois supérieure à la sienne que le commandant du Régiment va avoir affaire. Graillet n'hésite pas. Ralliant aussitôt ses Escadrons dispersés, il les rassembla derrière lui et, appliquant cette maxime immuable que, quand deux troupes de cavalerie se trouvent en présence, celle qui attaque la première et à fond est certaine d'avoir l'avantage, il part à la charge à plein train, aborde, comme un bolide les Hessois déconcertés et en un rien de temps les met en complète déroute. Après une brève poursuite, le Régiment ramène prisonniers le propre Colonel ennemi, son Quartier-maître, le tiers de ses Officiers et 120 de ses Dragons. On ignore combien de cavaliers ennemis restèrent sur le terrain. Mais, fait tout à fait remarquable étant donné le résultat de cette charge, le Régiment n'a perdu que sept tués (dont le Brigadier Maréchal et les Hussards Hahn et Shoutz; les Hussards Blaise, Ziegler, Goujon et Lebisay meurent quant à eux de leurs blessures) et cinq blessés, dont deux Officiers : Lieutenant Corbineau, blessé d'un coup de feu à l'épaule droite; Lieutenant Fagne, coup de sabre à la tête; Maréchal-des-logis Misselet, coup de sabre à l'épaule droite; Hussard Pierre, coup de sabre au menton; Hussard Bosse, coup de feu au genou droit.

Cet épisode de l'histoire du 5e de Hussards montre jusqu'à l'évidence que, dans le combat à l'arme blanche, non seulement le succès revient au plus brave et au plus allant, mais que celui-ci l'obtient avec le minimum de pertes. Remarquons aussi que le 5e Hussards, déjà victorieux, triomphe encore d'un Régiment de cavalerie de ligne.

Le 24 avril, le Général Bonnaud fait part des succès de l'ennemi : "Il nous attaqua sur tous les points et jeta beaucoup de cavalerie sur notre droite qui, appuyée sur rien, fut d'abord forcée. L'infanterie mise en déroute, la cavalerie et surtout les carabiniers, le 13e de dragons, le 5e et le 6e de hussards firent bien leur devoir et réparèrent le peu d'énergie que nous montra l'infanterie. Nous fûmes obligés de revenir prendre la position de César, notre perte ne fut que de 100 hommes environ, l'ennemi en perdit davantage..." (Journal de la 5e division, par le général Bonnaud, in : H. Coutanceau : "La campagne de 1794 à l'armée du Nord", Tome 1; publié sous la direction de la section historique de l'état-major de l'armée).

Le Général de Division Debrun envoie, au mois de mai, le Dépôt du 5e Hussards, à l'effectif de 12 Officiers et 495 hommes, commandé par le Chef d'Escadron Moreux, de Saint-Mihiel à Châlons et ensuite à Reims, où il reste jusqu'à la fin de la campagne.

Les Escadrons actifs sont sous les ordres du Général Baillod, commandant la 1ère Brigade de la Division Bonnaud, et dans l'Armée de Pichegru, qui prend l'offensive et entre en Belgique. Il bat l'ennemi à Templeure, Menin, Werwick et Ypres, et le rejette sur Bruges et Anvers. Le Régiment se prodigue dans ces combats et acquiert beaucoup de gloire au prix de pertes cruelles : le Lieutenant Schaller est tué; le Lieutenant Diébold est tué d'un coup de boulet; les Hussards Hartmann, Spor, Stauss, Wietrich, Ruby, Biehl, Lander, Mercier, Robert, Le Roux et Martin sont tués; les Hussards Henriot, Birer, Houbert, Coudereau, Oval, Souhalter, Raton, Zimmermann et Cona sont tués ou pris; le Sous-lieutenants July est blessé d'un coup de sabre à la tête; le Sous lieutenant Chaput est blessé au cou; le Sous lieutenant Parquez est blessé d'un coup de feu à la jambe; le Hussard Chantesey est blessé.

Pendant ce temps, un détachement du 5e Hussards, composé d'un Officier et de 69 cavaliers montés, marche avec l'Armée de Sambre-et­Meuse, commandée par Jourdan, et se trouve avec elle à la prise de Charleroi et à la bataille de Fleurus.

Toutefois, le 5e Hussards n'est pas infaillible; le 21 floréal (10 mai), «la droite de Bonnaud fut forcée à Camphin. Le 13e régiment de chasseurs et le 5e d'hussards qui la soutenaient prirent la fuite; le 13e régiment de cavalerie qui était envoyé pour les soutenir suivit leur exemple» (Extrait du Journal de l'armée du Nord par l'adjudant général Reynier; in H. Coutanceau : "La campagne de 1794 à l'armée du Nord", Tome 1; publié sous la direction de la section historique de l'état-major de l'armée). A la suite de quoi Liébert écrit le 22 floréal (11 mai) au Général de Division Bonnaud, au camp de Sainghin : "Je te prie, Citoyen Général, de vouloir bien m'adresser aujourd'hui le résultat de la journée d'hier. Il est juste et nécessaire que l'on donne aux corps, qui se sont conduits avec bravoure, tous les éloges que mérite leur intrépidité. Il faut les faire connaître à toute l'armée par l'ordre du jour, comme je me propose d'y faire mettre aussi ceux qui, dans cette journée, se sont conduits avec lâcheté ou négligence. Il importe d'ailleurs de connaître les individus qui auraient occasionné de pareils désordres et de faire des recherches pour que les coupables mal intentionnés subissent une punition exemplaire".

Et dans une autre lettre, datée du même jour : "Le Général en chef me mande, mon cher camarade, qu'il est indispensable de changer partie des troupes de ta division et pour remplir efficacement son intention, il est convenable que tu me désignes les bataillons, demi-brigades ou escadrons que tu crois devoir être remplacés. Tu m'enverras le plus promptement possible l'état de ceux qui devront éprouver ce changement pour que je puisse donner des ordres nécessaires à cet effet".

Bien plus, le le 24 floréal (13 mai 1794), depuis Lille, les représentants du peuple auprès de l'armée du Nord, Richard et Choudieu, écrivent au Général en chef Pichegru : "Tu partages, Général, l'étonnement et l'indignation que nous inspire la conduite qu'ont tenue dans les dernières affaires plusieurs régiments de cavalerie et de cavalerie légère. Sans doute le peu de bravoure qu'ils ont montrée tient à des causes particulières et ne doit pas être attribuée à la masse de ces corps qui sont composés de bons républicains.
Nous t'invitons à prendre des renseignements sur cet objet et à nous mettre dans le cas de procurer à ces régiments l'occasion et les moyens de réparer leurs torts envers la République et de recouvrer l'estime des amis de la liberté. Ils ont chacun dans leur arme des exemples de dévouement et d'intrépidité qui ne peuvent pas être perdus pour eux.
S'il en était autrement, nous punirions avec la dernière sévérité des hommes que nous ne pourrions plus regarder que comme des ennemis de la Patrie
" (H. Coutanceau : "La campagne de 1794 à l'armée du Nord", Tome 1; publié sous la direction de la section historique de l'état-major de l'armée).

De pareilles pratiques amènent les corps qui se sentent coupables de défaillance, à prendre les devants et à jurer d'avance qu'à la première occasion ils sauront se montrer dignes de leurs camarades. Le Général en chef en prend alors acte par la voie de l'ordre :
"Dispositions et empressement du 5e régiment d'hussards de réparer, en se battant mieux, la faute qu'il a commise le 21 floréal. — Ordre du 26 au 27 floréal (15-16 mai).
Les officiers, sous-officiers et hussards du 5e régiment, désespérés de ne pas avoir servi la patrie à l'affaire du 21 floréal avec le zèle et la bravoure dont ils ont si souvent donné des preuves, jurent de réparer, à la première occasion, cette faute causée par quelques lâches indignes de servir la République et que la loi atteindra enfin. Le général s'empresse de faire connaître à toute l'armée les dispositions de leurs cœurs et le serment qu'ils renouvellent de vaincre ou de mourir en combattant les satellites des despotes
" (H. Coutanceau : "La campagne de 1794 à l'armée du Nord", Tome 1; publié sous la direction de la section historique de l'état-major de l'armée).

La loi de 1793 permettant de recruter les Adjoints à l'Etat major dans tous les grades, une lettre est adressée le 22 mai depuis Lesquielles par l'Adjudant général Bouhot à Liébert, afin de proposer le Maréchal des logis Gouri à cette fonction. Liébert répond à Bouhot le 12 prairial (31 mai) : "En réponse, Citoyen, à ta lettre du 3 prairial relative au citoyen Gouri, maréchal des logis au 5e régiment d'hussards, je ne puis satisfaire à ta demande, la loi n'accordant que des officiers pour adjoints ; mais fais cette demande aux représentants du peuple, et, s'ils y acquiescent, sois sûr que sa promotion n'éprouvera aucune difficulté de ma part" (H. Coutanceau : "La campagne de 1794 à l'armée du Nord", Tome 1; publié sous la direction de la section historique de l''état-major de l'armée).

Le 20 prairial (8 juin 1794), le Général Jean Proteau (né à Libourne en 1752, Général en 1793, Commandant de la Place de Cambrai, tué lors d'un combat le 15 juillet 1794), écrit du quartier général à Moucron (Belgique) au Citoyen Boquet , chef du 83ème Régiment au Haut Judas (Belgique) : "Il est ordonné au citoyen Boquet de donner aux trois compagnies de grenadiers de la demie brigade de se rendre à la redoute du moulin demain matin à une heure précise pour la découverte ordinaire. Et elles seront aux ordres du plus ancien de leurs capitaines, le 5ème régiment des hussards ne fournissant que 25 homme et un lieutenant" (lettre - collection privée).

Les Armées du Nord et de Sambre-et-Meuse, après des succès multipliés, font leur jonction au mois de juillet à Bruxelles. Elles se séparent presque immédiatement pour se porter, l'une sur Malines, l'autre sur Tirlemont. L'effectif du 5e Hussards est alors de 33 Officiers, 591 hommes, dont 415 présents, et 589 chevaux. Il fournit à la garnison française laissée à Bruxelles un détachement composé d'un Officier et de 69 cavaliers montés qui y reste jusqu'à la fin des opérations.

Le Régiment toujours à l'Armée du Nord, marche avec elle contre les Anglais. Le Duc d'York forcé d'évacuer Anvers, se retire à Bréda en Hollande. Pichegru le poursuit. Le 5e Hussards, Brigade Compère et division Bonnaud, se dirige au mois d'août sur Malines et Anvers, traverse le pays arrosé par les deux Nethes, bivouaque à Bevet et passe à Heyst, Moll, Diest, Herenthals, Turnhout et Weelde.

Au cours de son avance sur Malines et Anvers, le 5e Hussards va renouveler son exploit d'Abscon. Comme il approche de la ville de Tilburg, il se heurte aux avant-postes ennemis. Il se dispose à les attaquer quand il est pris à partie par le Régiment de Hussards de Homspesch chargé de la défense de la ville. Mais maintenant, nos braves savent comment on fait tourner bride à l'adversaire. Comme à l'affaire du 19 avril, l'ex-Lauzun ne donne pas à l'adversaire le temps de partir à la charge. Il se précipite sur lui avec furie, le bouscule sur les avant-postes et, dans un grand fracas de coups de feu et de coups de sabre, Hussards français, fantassins et Hussards ennemis mêlés se ruent dans la direction de la ville. Ainsi nos hommes y pénètrent sans peine et s'en rendent maîtres après y avoir fait un grand nombre de prisonniers.

André Joseph Deneck, 5e Hussards, 1795

Le même jour, une Compagnie du Régiment, commandée par le Capitaine Vogt, va, grâce à l'initiative de son chef, rendre un service signalé au Général en chef de l'Armée du Nord et détourner de lui un danger qui aurait pu compromettre le sort de toute la campagne. Pichegru, emporté par son désir de juger rapidement la situation, s'est risqué avec quelques cavaliers d'escorte loin en avant de son avant-garde. Soudain, il aperçoit un parti de plusieurs centaines de chevaux ennemis qui, s'étant glissé à la faveur d'un bois, a manoeuvré de telle sorte qu'il s'est interposé entre le Général en chef et la direction suivie par les têtes de colonnes françaises. Pichegru est perdu. Or, à ce moment, le Capitaine Vogt rentre d'une reconnaissance qu'il vient de faire avec les soixante hussards de sa Compagnie. De la position où il se trouve, il peut juger immédiatement le péril couru par le chef de l'Armée du Nord; il voit également que s'il se porte à son aide, il aura affaire à une troupe d'effectif dix fois supérieur au sien. C'est là une disproportion capable de faire hésiter tout autre qu'un Officier de Lauzun. Vogt se conforme à la tradition de son glorieux Régiment. Il charge. Sans doute, il ne parvient pas à culbuter la masse ennemie à laquelle il s'attaque. Mais celle-ci, impressionnée par la ruée de ces 60 braves qui arrivent sur elle le sabre haut et en hurlant, fait tout entière face à l'attaque et Pichegru en profita pour s'échapper au galop. C'est tout ce que veut Vogt. Après une brève mêlée, il rallie vivement son monde et va reprendre position à peu de distance, sa Compagnie déployée et prête à l'attaque. Sa fière contenance en impose à l'ennemi qui, voyant déboucher à courte distance les premiers éléments de l'avant­garde, juge plus opportun de se dérober. Pichegru félicite hautement le Capitaine Vogt.

La Brigade Compère se dirige vers Eyndhoven et Helmont, où elle campe quelques jours. Deux Hussards du Régiment, Kueffer et Rivière, envoyés en reconnaissance à quelques jours de distance pendant cette marche, remplissent leur mission avec hardiesse et se font tuer en approchant très près de l'ennemi; pour Kueffer, à Jamoigne.

En octobre, le 5e Hussards, avec la Brigade Compère dont il fait partie, est désigné pour faire partie d'un Corps détaché de l'Armée du Nord. Ce corps, commandé par Moreau, a pour mission de mettre le siège devant la place de Venlo. Moreau marche sur Venlo, qu'il investit. Le Général Compère, escorté de 12 cavaliers du 5e Hussards, va reconnaître, le 5 octobre, les abords du fort Saint-Michel, sous Venlo. Il tombe à l'improviste sur une troupe de 40 hommes d'infanterie hollandaise, lui tue 5 hommes, fait 23 prisonniers et poursuit le reste jusque sur le glacis.

Le 5e Hussards va, pour la troisième fois depuis le 19 avril, prouver l'ascendant formidable qu'il a pris sur la cavalerie ennemie. L'engagement a lieu dans les mêmes conditions qu'à Abscon et à Tilburg et a une issue identique. Moreau a pris ses dispositions pour réduire la place. Il envoie la Brigade Compère, en une seule colonne, passer la Meuse à Ruremonde et remonter par la rive droite à Venlo. L'effectif du Régiment est alors de 33 Officiers et 437 hommes présents. A peine le 5e a t'il franchi la Meuse qu'il est pris à partie par un Régiment de Dragons hollandais. Sans lui donner le temps de se reconnaître, le 5e de Hussards s'élance à la charge, culbute les Hollandais, en sabre un grand nombre et en ramène prisonniers une bonne partie, le reste refluant en désordre.

La Brigade Compère poursuit sa marche et s'établit à l'est de Venlo, sur la Niers. Le 5e Hussards fournit alors des pelotons de 25 cavaliers qui sont répartis derrière les troupes d'investissement échelonnées entre la route de Cologne et celle de Stralen. De fréquentes patrouilles fouillent au loin le pays et se relient vers Gueidres avec les troupes d'avant-garde de l'Armée de Sambre-et-Meuse.

Au mois de novembre et après la prise de Venlo, la Brigade Compère se porte sur Nimègue. Pendant l'investissement de cette place, elle prend d'abord position à Cranenburg et ensuite plus à l'Est, entre la Niers et le Wahal. A mentionner au Régiment pendant le blocus de Nimègue : le Capitaine Michel est tué d'un coup de feu; le Hussard Husson est blessés; le Hussard Bosse est blessé d'un coup de boulet à l'épuale gauche; le Hussard Groffaut a son cheval tué sous lui, il est ensuite blessé d'un coup de feu à la jambe droite.

L'effectif du 5e Hussards est, au mois de décembre, de 32 Officiers, 715 hommes dont 710 présents et 746 chevaux. Trois Escadrons sont à Kessen et deux à Trèves. Ils restent campés dans ces localités pendant dix jours.

 

c/ Campagne de 1795 à l'Armée du Nord

Hussard, 5e Hussards, 1795 Hussard 5e Hussards 1793 5e hussards 1795
Hussard, 1795, d'après Vernet et Lami, "Collection des Uniformes, 1791-1814"
Hussard du 5e Hussards en 1793; fac-similé d'un dessin de Valmont conservé au Cabinet des Estampes, BNF, Paris
Hussards ou Officier en 1795(?); document extrait de "Recueil. Uniformes militaires français, 1794-1891", suite de 6 volumes reliés en 3 tomes, In-4 320 x 230, 346 aquarelles; Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, 4-OA-397(1) - ancienne collection De Ridder, Gustave (1861-1945)

Au mois de janvier, le Dépôt est toujours à Reims. Son effectif est de 50 Officiers, 522 hommes présents et 104 chevaux. Il manque 245 chevaux au complet.

L'Armée du Nord marche sur Amsterdam. Le Régiment, Brigade Compère et Division Moreau, franchit le Wahal à Nimègue avec l'armée et prend part à la conquéte rapide de la Hollande. Le cavalier Ehrard du 5e Hussards se noie avec son cheval au passage du fleuve.

Deux jours après, le Régiment contribue à la prise d'Arnheim et se divise ensuite en deux colonnes. La première, composée de deux Escadrons sous les ordres du Lieutenant-colonel Graillet, marche sur La Haye et Amsterdam. La seconde, formée des deux autres Escadrons et dirigée par le commandant Viard, poursuit l'ennemi et fait beaucoup de prisonniers. Cette dernière colonne s'empare par surprise au château du Loo de 20 Hussards de Homspech.

Il ne reste plus, pour achever la conquête du pays, qu'à soumettre les places de la North-Hollande et à chasser les Anglais des provinces limitrophes du Hanovre. L'Armée du Nord marche sur l'Yssel. La Division Moreau occupe les lignes de la Greeb entre Wageningen et Amersfort, le 5e Hussards, à l'effectif de 745 cavaliers, est à Utrecht.

Dans les opérations qui ont lieu pour réduire les places de la Hollande septentrionale, le 5e Hussards va être mêlé à une action de guerre que l'on peut dire unique dans les fastes de la cavalerie. Il a été attaché, comme Cavalerie de corps, à un fort détachement d'armée confié au Général Salme, à ce moment dépourvu de cavalerie, qui doit marcher vers le nord pour soumettre les places de la Zélande. Le 19 janvier, le Général Salme est informé qu'une notable partie de la flotte de guerre hollandaise est bloquée par les glaces dans l'embouchure du Texel. Il décide de s'en rendre maître.

Le Général Salme envoie un détachement pris dans son avant-garde et composé des Escadrons du 5e Hussards, du 3e Bataillon de Chasseurs belges, commandé par le Chef de Bataillon Lahure, et deux pièces d'artillerie légère. Chaque cavalier prend en croupe un Chasseur et le Régiment se détache à vive allure. Aussitôt en vue de la flotte immobilisée, le 5e Hussards se déploie sur la glace et prend la formation de la charge, les vaisseaux étant sommés de se rendre. Il est bien clair qu'il ne songe nullement à se livrer sur des vaisseaux de ligne à une attaque aussi insensée, mais le prestige de notre cavalerie est tel qu'une menace aussi peu redoutable suffit à impressionner l'Amiral hollandais. Les vaisseaux amènent leur pavillon et leur équipage se rend à cette poignée de cavaliers sans aucune résistance. La petite colonne victorieuse, capture 12 navires de 32 à 72 canons et réalise ainsi un fait d'armes sans précédent : une flotte prise par de la cavalerie. Jamais pareille prouesse n'avait été accomplie par des hussards. Ceux du 5e renouvelleront onze ans plus tard un haut fait non moins surprenant en enlevant, avec la Brigade Lasalle dont il faisait partie, la place forte de Stettin défendue par une importante garnison à un nombre considérable de canons.

5e Hussards, période révolutionnaire
Le 5e Hussards s'empare de la flotille du Texel - 20 janvier 1795 - d'après une gouache de Marcel Fatio (extrait de "Nos vieux Houzards" - collection de l'auteur)

Le Régiment rejoint en février la Division Moreau qui se porte à Zuphten et à Deventer. Les Anglais se retirent derrière l'Ems.

Au mois de mars, Moreau se porte sur Bintheim. Pendant cette marche, le 5e Hussards entier cantonné à Hengelo est attaqué par une cavalerie nombreuse sous les ordres du Colonel Sombreuil. Le Régiment se barricade dans le village et le défend par un combat à pied jusqu'au moment où il est secouru par de l'infanterie. L'ennemi est enfin repoussé et perd 20 hommes faits prisonniers.

Le 5e Hussards prend ensuite une part active et se comporte encore de la façon la plus brillante à la bataille de Bintheim. En arrivant près de cette place et faisant partie de l'avant-garde, il capture à Gilhus deux postes ennemis et refoule les autres jusque sous les glacis. Il prend aussi dans ce premier engagement une pièce de canon. Moreau s'empare de Bintheim et de son château, fait 600 prisonniers, prend de l'artillerie et chasse l'ennemi des rives de la Dinckel.

Au cours de cette bataille, un simple Brigadier, nommé Pulmayer, va se distinguer par un exploit des plus remarquables. Il est envoyé en patrouille de reconnaissance sur une crête dominant à pic un ravin profond que doit suivre son Régiment pour aller occuper le village de Schuttorf. Soudain, il aperçoit un Bataillon ennemi embusqué dans le défilé. A un coude de la route, une pièce de canon servie par les Autrichiens enfile toute la partie du chemin que doit suivre notre avant-garde. Celle-ci s'avance sans méfiance car elle ne peut voir l'ennemi soigneusement dissimulé tandis que celui-ci ne perd rien de ses mouvements. Pulmayer voit le danger imminent couru par son Régiment et il se rend compte qu'il n'est plus temps d'en avertir le commandant de l'avant-garde. En effet, le chef du détachement ennemi, estimant le gros des Hussards à bonne portée d'artillerie, vient d'ordonner d'ouvrir le feu. Le Brigadier s'en rend compte aux mouvements des canonniers. Aussitôt, il s'élance au galop sur la pente presque verticale du ravin, la dégringole au risque de se rompre cent fois le col et tombe comme un boulet au milieu des servants frappés de stupeur. D'un coup de sabre, il tranche le poignet de l'Artilleur qui approche de la lumière le boutefeu, puis, se plaçant au milieu de la route de manière à être aperçu des siens, il hurle : "En avant, hussards, en avant  !"

A sa vue, à ses cris, l'Escadron d'avant-garde se précipite. Tout ceci s'est passé en quelques secondes. L'ennemi a été tellement surpris qu'il n'a pas tiré un coup de fusil et quand les Hussards surviennent, sabres hauts, ils ne trouvent devant eux que les dos des fantassins fuyant comme des perdus et la pièce abandonnée par ses servants. En récompense de sa conduite héroïque, le brave Pulmayer est nommé Sous-lieutenant.

A citer encore au 5e Hussards à la bataille de Bintheim : le Sous-lieutenant Domon qui se fait remarquer par un grand courage; le Lieutenant Corbineau et le Hussard Koher ont leurs chevaux tués sous eux. Ce dernier est en outre blessé. Les Hussards Carré, Schweitzer, Pierre, Valinot, Hutin et Shenck ont été tués ou pris; le Hussard Hartmann meurt de ses blessures et le Hussard Bertz est dangereusement blessé ! Le Fourrier Chardon est fait prisonnier.

L'ennemi ayant entièrement évacué le territoire des Provinces-Unies, l'Armée du Nord, commandée par Moreau qui a remplacé Pichegru, revient en avril à ses premiers cantonnements. Le quartier-général est à Utrecht. Le Régiment et la Brigade Compère restent quelques jours sur la Dinckel et reviennent à Zuphten. Le 5e Hussards, à l'effectif de 586 hommes, se trouve entièrement réuni d'abord à Utrecht où il fait partie de la Brigade Laurent, Division Macdonald dite des côtes de Hollande, puis successivement à Amsterdam, La Haye et Haarlem. Le Dépôt est encore à Reims.

Au mois d'octobre, le Régiment est divisé en deux parties égales. La première, placée dans le commandement du Général Champmorin, est à Rotterdam et dans l'île de Voorn. La seconde est à Breda et dans l'île de Valcheren.

Deux Escadrons , placés sous le commandement du chef d'Escadron Viard, et à l'effectif de 17 Officiers, 182 hommes et 273 chevaux, sont détachés en décembre à la Division Desjardins envoyée à l'Armée de Sambre-et-Meuse. Le reste du 5e Hussards sous les ordres du Chef de Brigade Sholtenius reste en Hollande. Deux Escadrons cantonnés à Zuphten font partie de la Division Souham qui garde la frontière de l'Est de la Frise au pays de Clèves. Les deux autres sont à Rotterdam et compris dans la Division, dite des côtes de Hollande, échelonnée de l'embouchure de la Meuse au Texel. Cette Division est commandée par le Général Compère promu divisionnaire.

 

d/ Campagne de 1796 à l'Armée du Nord

Hussard 5e Régiment 1795 Hussard 5e Régiment 1795
Hussard, 1795, d'après un document de la Collection Winkhuizen, Bibliothèque Publique de New-York, id=1237470
Autre exemplaire de cette estampe, d'après Dachery, éditée par Pillet au 19ème siècle. Rehaussée à la main à l'aquarelle pour les couleurs des différents régiments. Dimensions 31 x 23 cms. "Uniformes de tous les régiments de hussards sous la République, le Premier Empire, la Restauration, Louis-Philippe et Napoléon III (1792-1857). 50 planches coloriées d'après les dessins de Dachery. Paris, Léon Pillet, Libraire, 1889. 5 pages de titres et 50 planches coloriées d'après Dachery, 36,5 x 27, sous portefeuille d'éditeur".

Depuis le 23 janvier 1796, chaque Régiment ne comprend que 4 Escadrons et un Etat major (Rigo, Tradition N°66-67).

Les Escadrons du 5e Hussards, postés sur les frontières de la Hollande, restent dans leurs cantonnements jusqu'à la fin de février et se réunissent le 25 de ce mois à Zuphten. Les deux Escadrons détachés à l'Armée de Sambre-et-Meuse et commandés par le Chef d'Escadrons Viard y rejoignent le Régiment. Ils ont dans leur marche sur le Rhin de brillantes rencontres avec l'ennemi : le Brigadier Stampfer se signale par sa bravoure et sa décision. Entouré par cinq Hussards (ou Dragons ?) autrichiens et sommé de se rendre, il se précipite comme un furieux sur eux, tue les deux premiers, blesse le troisième et ramène les deux autres prisonniers.

Quelques jours plus tard, au château de Vuizberg, le Chef d'Escadrons Viard tombe à l'improviste avec sa petite troupe sur les Hussards de Barco et de Bussy, les met en fuite et ramène 50 prisonniers.

A Giessen, le Lieutenant Bertholet s'élance avec son seul peloton (25 hommes) sur une batterie autrichienne, en sabre les servants, puis, se précipitant sur le Bataillon de soutien, le met en panique, lui fait mettre bas les armes et le repousse comme un troupeau vers les lignes françaises, ramenant, avec ses deux douzaines de hussards, 450 prisonniers et 3 pièces de canon. Berthollet a un cheval tué sous lui. Ce fait d'armes extraordinaire donne la mesure de tout ce que peut l'audace du chef jointe à la valeur personnelle de ses hommes.

Enfin, à Mulheim, le Sous-lieutenant Pierre est blessé d'un coup de sabre, le Brigadier Chardon est blessé, le Trompette Yvernette est blessé d'un coup de feu à la cuisse droite, et les Hussards Brindre et Percevaux sont blessés.

Un Régiment qui inscrit dans son histoire le récit de tant de hauts faits peut se présenter sans crainte au jugement de la postérité. Il sera toujours offert en exemple comme l'un des corps de troupe les plus chargés de gloire.

Viard et ses Escadrons sont ensuite envoyés en Brabant, où ils poursuivirent des bandes de brigands sans réussir à les joindre.

L'Adjudant-général Dardenne, Chef d'Etat-major de la Division Souham, assisté du Commissaire des guerres Bazile, procède au mois de mars et en vertu de la loi du 12 octobre précèdent, à la réorganisation du Régiment. Le 5e Hussards est formé à quatre Escadrons de deux Compagnies et son effectif est de 39 Officiers, 904 hommes et 825 chevaux.

Au mois de mai, le Régiment fait partie de la Brigade Salme, Division Souham. Ses Escadrons sont réunis d'abord à Groningue, ensuite à Deventer.

Le Général Dupont-Chaumont passe en juillet dans cette dernière ville l'inspection du 5e Hussards. Le Régiment a alors trois Chefs de Brigade : Sholtenius en pied, Labassée à la suite commandant le Dépôt et Derneck adjoint. L'Inspecteur trouve la discipline exacte et l'esprit de corps excellent.

Le Dépôt, à l'effectif de 194 hommes, part pour Leyde où il fait partie de la Division commandée par le Général Reubel. Il remplace ensuite à Amsterdam un détachement du 3e Hussards et y reste jusqu'à la fin de l'année.

Les Escadrons actifs partent pour se rendre à l'Armée de Sambre­et-Meuse commandée par Jourdan et la rejoignent le 5 septembre à Cologne. Selon les Mémoires du Capitaine Duthilt (du 1er Léger), le 5e Hussards est sur la rive droite du Rhin, réparti au sein de différents villages.

Le 28 septembre, le 5e Hussards est détaché à la Division Lefebvre.

Le 5 octobre, le 5e Hussards rentre à la Division Macdonald, à laquelle il appartient. Ses Escadrons sont pendant trois mois, d'octobre à décembre, fractionnés en petits groupes sur les bords du Rhin et reviennent ensuite en Hollande.

A noter que dans son inspection faite en l'an IV, l'Inspecteur Dupont-Chaumont note concernant le 5e Hussards : "Assez bon, les têtes exaltées par les mouvements révolutionnaires se sont calmées par la sagesse du chef. Il reste peu à désirer sur cet objet" (Le Briquet 1994/04; article de Michel Galban).

 

e/ Campagne de 1797 à l'Armée du Nord

Uniforme du 5e Hussards de 1796 à 1803, d'après Rigo in Tradition N°66-67

Au mois de janvier, le 5e Hussards, à l'effectif de 595 hommes, est à Zwolle et à Kampen. Il fait partie de la Division Macdonald, Armée du Nord. Le Dépôt comprenant 303 hommes est resté à Amsterdam.

Le Régiment est envoyé à l'Armée de Sambre-et-Meuse, commandée par Hoche à partir du 23 février 1797. Le 7 mars 1797, le général Hoche écrit depuis Cologne au général Ney, au sujet de l'organisation d'une Division de hussards sur les bords de la Simmern :
«Je vous préviens, général, que mon intention étant de former, des diverses armes qui composent la cavalerie de l'armée de Sambre-et-Meuse, autant de divisions particulières, je vous ai donné le commandement de celle des hussards. Vous voudrez bien l'organiser sur les bords de la Simmern et distribuer les corps que le chef de l'état-major général a l'ordre de vous envoyer, dans les cantonnements que vous jugerez les plus convenables, sous les rapports des subsistances, de l'ordre militaire, et qui présenteront le plus de facilités pour opérer une réunion prompte, soit qu'il faille marcher à l'ennemi, soit qu'elle n'ait d'autre objet que l'instruction des régiments.
Le corps que vous commanderez sera composé des 2e, 3e, 4e et 5e régiments ...
Vous ne serez attaché à aucune division particulière. Vous recevrez des ordres directs du général d'Hautpoul commandant la cavalerie de l'armée, ou de moi.
Permettez-moi, général, de vous témoigner la satisfaction que j'éprouve de servir avec vous dont le mérite militaire est si généralement reconnu et estimé
» (H. Bonnal : "La vie militaire du Maréchal Ney", tome1).

Ney accuse réception de cette lettre le 15 mars. Mais au 15 avril, le Régiment n'a toujours pas rejoint la Division de Hussards, qui quitte la Simmern pour marcher à l'ennemi.

Le 5e Hussards passe successivement à Deventer, Zuphten, Arnheim et Nimègue où il passe douze jours. Il remonte ensuite le cours du Rhin. Les 2e et 3e Escadrons, laissés aux environs de Coblentz, prennent part le 18 avril à la bataille de Neuwied où Hoche force le passage du Rhin.

Pendant cette journée, le Lieutenant Bertholet trouve l'occasion de renouveler son brillant fait d'armes de Giessen et ne la laisse pas échapper. Lancé à la tête de son peloton de 25 Hussards sur une batterie autrichienne, il en disperse les canonniers, prend une pièce de canon, et fait mettre bas les armes à un Bataillon d'infanterie hongroise. Il parvient ensuite à ramener sa troupe sans accroc dans les lignes françaises.

Berthollet est un de ces Officiers comme il en existe quelquels-uns dans tous les Régiments et auxquels souvent manque seule l'occasion de se révéler. Il recherche sans cesse le danger et joint à une bravoure sans égale un sang-froid, une sûreté de coup d'oeil, une brutalité dans l'exécution qui lui permettent d'accomplir des prodiges. Il s'est déjà signalé l'année précédente, et également sur le Rhin, par un fait d'armes très remarquable; il donnera encore des preuves de son courage exceptionnel.

Les 1er et 4e Escadrons ont continué leur route jusqu'à Mayence où ils assistent au début des opérations du blocus de cette place dirigé par le Général Colaud. Ils y perdent le Hussard Kauffman tué en faisant un fourrage, le Brigadier Menckel également tué et le Hussard Sherer, qui meurt de ses blessures. Ces Escadrons ont un détachement à Mosbach dans la Division du Général Watrin dont le quartier-général est à Wiesbaden. Ils sont peu après relevés par des Escadrons du 2e Hussards.

Après les préliminaires de Léoben, le 5e Hussards descend le Rhin par Andernach et Cologne et se dirige par Nimègue et Arnheim sur Deventer. Il fait alors partie de la première Division de l'Armée du Nord et se trouve ainsi divisé : une fraction à Deventer avec le Lieutenant-colonel Graillet, une autre à Leuwarden avec le Chef d'Escadrons Moreux, et le reste du Régiment à Zwolle et à Kampen. Le Dépôt est toujours à Amsterdam.

Le 5e Hussards, composé de 4 Escadrons, est inspecté le 10 août par le Général Dupont-Chaumont. L'effectif était alors de 36 Officiers, non compris 20 auxiliaires, de 828 hommes et de 657 chevaux. Le Général constate, que les conditions du Régiment sont sensiblement les mêmes que lors de son inspection de l'année précédente, trouve assez bon le casernement du Dépôt à Amsterdam, et note, que les distributions sont irrégulières faute d'approvisionnements suffisants.

Le 5e Hussards part de Deventer le 22 septembre et marche sur le Rhin. Le 28, nos Hussards bivouaquent près de Schawen quand les petits postes, se repliant au galop, viennent annoncer l'approche d'un fort parti de cavalerie autrichienne. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, le Régiment est à cheval et massé derrière son Chef de Brigade. Dès que l'ennemi se présente, il est vigoureusement chargé et ramené à quelque distance, mais sa supériorité numérique ne permet pas au 5e Hussards de lui infliger une défaite totale. Il se regroupe sur une nouvelle position et attend l'attaque. C'est alors que reparait Bertholet.

Dans cette affaire, le Lieutenant Bertholet montre encore un courage indomptable et son penchant pour les actions chevaleresques. Sortant du rang au galop, il se porte sur le front d'un Régiment de Dragons autrichien et d'une voix claironnante demande s'il s'y trouve un Officier qui accepte de se mesurer avec lui en combat singulier. Un Capitaine s'avance. C'est, lui aussi, un brave et, qui plus est, un galant homme. Devant les deux troupes attentives, les adversaires se saluent d'abord du sabre, comme il sied dans une affaire d'honneur, et aussitôt se chargent. Dès la première passe, la lame de Bertholet se brise sur la coquille de celle de l'Autrichien. Chevaleresquement, celui-ci abaisse sa pointe et invite le Hussard à emprunter un autre sabre. Bertholet remercie, galope jusqu'à son peloton, prend le sabre d'un de ses cavaliers et revient se mettre en garde. Le combat reprend, farouche. Et soudain, le Capitaine de Dragons s'écroule, tué sur le coup. Le sabre de Bertholet lui est entré dans la poitrine jusqu'à la garde. Chose étrange, les deux partis ne se précipitent pas l'un sur l'autre. Il semble que les Autrichiens considèrent la défaite de leur champion comme le jugement de Dieu. Les Dragons ramassent le corps sanglant de leur Capitaine, puis toute leur Brigade fait demi-tour, laissant le terrain au vainqueur.

Le Lieutenant Epinger se distingue aussi à Schwaen.

Par Arrêté du Ministre de la guerre en date du 18 octobre, Louis Bonaparte, Aide-de-camp du Général en chef Bonaparte, est placé au 5e Hussards et mis à la suite.

Les quatre Escadrons du Régiment, à l'affectif de 32 Officiers, 529 hommes et 604 chevaux, font partie de la Brigade Salme et de la Division Macdonald, dont le quartier-général est à Cologne. Ils sont placés à l'aile gauche de l'Armée d'Allemagne.

Le 5e Hussards est au mois de novembre à l'Armée de Mayence où il fait partie de la Division de Hussards commandé par le Général Ney. Il est cantonné à Solingen et Ultfra. Le Dépôt est resté à Amsterdam.

Le 21 novembre, le Général Ney reçoit à Friedberg, une lettre du Général Lefebvre, datée de Wetzlar, accompagnant une plainte du baillif de Schotten contre le Lieutenant Corbineau du 5e Hussards. Cet Officier est accusé de se faire donner journellement, par cette localité, 12 francs pour frais de table, et en outre, d'exiger d'elle des fournitures destinées à sa Compagnie. Le Général Ney écrit, aussitôt, au Chef d'escadron commandant le 5e Hussards de prendre des informations, «puis, si le fait était constant, de faire retirer le lieutenant Corbineau de Schotten et de lui ordonner les arrêts forcés pendant deux décades». (H. Bonnal : "La vie militaire du Maréchal Ney", tome1).

Le 24 novembre, le Général Ney, reçoit une nouvelle lettre du Général Lefebvre, relative à l'affaire Corbineau et à de nouvelles plaintes formulées contre des Hussards du 5e Régiment. Ney répond, le 28 novembre, que le baillif de Schotten est un délateur dont les plaintes indécentes n'ont aucun fondement (H. Bonnal : "La vie militaire du Maréchal Ney", tome1).

Le 9 frimaire (29 novembre), une circulaire ministérielle rétablit les Régiments de Hussards à 4 Escadrons. La force et la composition d'un Régiment sont les suivantes (in La Giberne, 2e année, N°4, page 120) :

Etat-major
   
Escadron
Officiers
Cavaliers
  Officiers
Cavaliers
D'autre part
6
23
Chef de brigade
Chefs d'escadrons
Quartier-maître-trésorier

1
2
1

4
 

Capitaine
Lieutenants
Sous-lieutenants

2
2
4

8

23

 
Chirurgien-major
Aide-chirurgien
2
  Maréchaux-des-logis-en-chef
Maréchaux-des-logis
Brigadiers-fourriers
Brigadiers
Hussards, y compris deux maréchaux-ferrants
2
8
2
16
192
220
 
880
Adjudants-sous-officiers (montés)
Artiste vétérinaire (monté)

2
1

 
3
Total de la force de l'escadron : 228 hommes, 220 chevaux de troupe
Maître-sellier (à pied)
Maître-armurier-éperonnier (à pied)
Maître-tailleur (à pied)
Maître-bottier (à pied)
Trompettes dont 1 brigadier (montés)
1
1
1
1
16
 
20
Totaux
6
23
Totaux
38
903
Complet d'un régiment en hommes : 941; en chevaux : 935 (36 d'officiers et 899 de hussards)
Nota : Les porte étendards étant supprimés, les fonctions doivent être remplies, seulement lorsque le régiment est en bataille, par les maréchaux des logis en chef les plus anciens de grade, qui doivent rentrer ensuite dans leurs compagnies respectives.

"Dans une circulaire adressée aux chefs de chefs de corps, le 28 frimaire (18 décembre), le ministre de la guerre s'exprime ainsi :
Je suis informé que plusieurs fourriers demandent à être rangés dans la classe des maréchaux des logis. Ils se fondent sur ce que la loi du 23 floréal dernier (12 mai) sur la solde des troupes les assimile à ce grade pour la solde.
Je vous engage à leur faire connaître que l'intention du législateur, en leur donnant la même solde qu'aux maréchaux des logis, a été seulement de les dédommager, par cette solde, des peines qu'ils se donnent dans les fonctions qui leur sont attribuées; mais qu'ils ne peuvent se considérer, par cette raison, rangés dans le grade de maréchal des logis
" (in La Giberne, 2e année, N°4, page 121).

Une situation en date du 21 décembre indique que le 5e Hussards fait partie de la Brigade Ney, 1ère Division dite d'avant-garde de Lefebvre, au sein de l'Armée de Mayence commandée par le Général Hatry (Le maréchal Mortier, duc de Trévise. T. 1).

A noter que dans son inspection faite en l'an V, l'Inspecteur Dupont-Chaumont note, concernant le 5e Hussards : "Est assez bon, il s'est encore amélioré depuis la dernière revue. Les têtes se sont calmées" (Le Briquet 1994/04; article de Michel Galban).

Trompette 5e Hussards 1797
 
Trompette du 5e Hussards en 1797 d'après la collection Wurtz - notes de T. Carl copiées en 1956 par H. Rommel (Collection H. et C. Achard)
Trompette, 5e Hussards, vers 1792
Trompette du 5e Hussards (ex Lauzun) sous la 1ère République, d'après René Louis, "Uniformes des régiments de hussards français.... I. - 1er-6e hussards"; Bibliothèque nationale de France, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945).
Trompette des compagnies ordinaires du 5e hussards, période révolution, d'après Charles Brun, collection privée, sans précision de source (V. Bourgeot, Y. Martin : "Les Trompettes de cavalerie")

 

f/ 1798

Hussards, 5e Hussards, 1798
Hussards en 1798 d'après Langendijk, Jan Anthonie (1780-1818) : "Gevapende Burger en Militaire Uniformen" (Copyright Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library - avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington)

Le Général Hatry commande en chef l'Armée de Mayence. Le 5e Hussards, avec quatre Escadrons, fait partie au mois de janvier de la Division Championnet, dont le quartier-général est à Giessen.

Le Ministre de la guerre envoie au Régiment l'ordre de se rendre à Utrecht et d'y faire partie des troupes françaises, cantonnées dans la République batave, sous les ordres du Général Joubert qui a placé son quartier-général à La Haye.

Le Dépôt, à l'effectif de 21 Officiers, 177 hommes et 186 chevaux, est toujours à Amsterdam. Il est compris dans la Division Macdonald, qui occupe les provinces de Gueldres et d'Utrecht et une partie du Brabant batave. Les Escadrons actifs ne sont pas encore arrivés à la fin de janvier sur le territoire de la République.

Désigné pour l'armée d'Angleterre par ordre ministériel du 30 janvier 1798, le Général Ney part de Homburg le 15 février (H. Bonnal : "La vie militaire du Maréchal Ney", tome1).

Le 5e Hussards est lui aussi envoyé à l'Armée d'Angleterre commandée par le Général Kilmaine.

Ney atteint Amiens, le 4 mars, et Abbeville, sa résidence nouvelle, le 8. Il doit y attendre l'arrivée des 3e et 5e régiments de Hussards voyageant par étapes. Ces deux Régiments atteignent, le 11 mars, leurs cantonnements tracés aux environs d'Abbeville (H. Bonnal : "La vie militaire du Maréchal Ney", tome1).

Le 5e Hussards arrive à Rouen le 19 mars et à Falaise le 21. Il cantonne dans cette ville et ses environs et y séjourne près de deux mois.

La descente en Angleterre étant impossible, l'Armée est dissoute. Le Régiment, cantonné à Rennes, reçoit le 23 juillet l'ordre de se rendre à l'Armée d'Allemagne. Il arrive à Strasbourg, y reste tout le mois d'août et rejoint l'armée commandée par le Général Joubert, qui a son quartier-général à Friedberg. Le 5e Hussards, à l'effectif de 675 hommes, fait alors partie de la première Division, dite d'avant-garde, commandée par le Général Championnet qui place son quartier général à Hombourg. Les Escadrons cantonnent aux environs de cette ville.

Armée de Mayence

Avant-garde : Général de Division Championnet
2e Brigade : Général Leval, à Hochst
5e Régiment de Hussards

(H. Bonnal : "La vie militaire du Maréchal Ney", tome1).

Le Régiment descend le Rhin au mois d'octobre et passe à Epstein, Hotheim et Anspach. Le Dépôt réside successivement à Lauterbourg, Wissembourg et Landau. Son effectif dans cette dernière ville est de 181 hommes et 164 chevaux.

Le Général Jourdan prend le 15 décembre 1798 le commandement en chef de l'Armée d'Allemagne. Le 5e Hussards est au camp de Friedberg.

La Brigade Ney, dont fait partie le 5e Hussards, est affecté à la Division Bernadotte dont le Quartier général est à Landau (H. Bonnal : "La vie militaire du Maréchal Ney", tome1).

Le 24 décembre, Ney arrive à Neustadt, qui se trouve au nord et près de Landau. Un peu plus tard, les 8e Chasseurs et 5e Hussards, quand ils arrivent à Neustadt, sont cantonnés entre cette ville et Landau (H. Bonnal : "La vie militaire du Maréchal Ney", tome1).

 

g/ Campagne de 1799 aux Armées du Danube et du Rhin

Le Régiment quitte au mois de janvier ses cantonnements de Neudstadt, près de Hombourg, et passe dans la Division Bernadotte. Le Général Bernadotte étant allé à Paris dans le but de briguer une situation indépendante, le commandement de sa Division est exercé, à partir du 25 janvier 1799, par le Général Bastoul auquel succède bientôt le Général Levai. Celui-ci, dès sa prise de commandement, le 4 février, envoie l'ordre au Général Ney de se rendre à Strasbourg, en l'informant qu'il commandera la cavalerie légère d'avant-garde composée des 4e et 5e Hussards, ainsi que du 1er Chasseurs (H. Bonnal : "La vie militaire du Maréchal Ney", tome1).

Le Général Ney et ses trois Régiments, dont le 5e Hussards, se mettent en route le 9 février ; ils atteignent la ville les 19-20 février; l'Armée de Jourdan est rassemblée sur le Rhin, de Kehl à Bâle.

Le 21 février à 10 heures du matin, les troupes de Ney sont passées en revue, au polygone, par le nouveau chef de l'avant-garde, le Général Vandamme (H. Bonnal : "La vie militaire du Maréchal Ney", tome1).

Le 24 février, Ney est informé de son affectation à l'armée d'observation du Rhin, commandée par Bernadotte.

Armée Française de Mentz (sic) - 27 février 1799
Armée Française du Danube - 1er mars 1799
Commandant en Chef Jourdan

Avant-garde : Général de Division Vandamme (Lefebvre)
Brigades : Généraux de Brigade Soult, Laval
5e Régiment de Hussards (598)

Nafziger - 799BAB et 799CAD

Aux premiers jours de mars, Jourdan franchit le Rhin sur quatre points et marche sur le Danube, pour y faire sa jonction avec l'Armée d'Helvétie commandée par Masséna. Le 5e Hussards, à l'effectif de 598 hommes, fait partie avec le 4e Hussards et le 1er Chasseurs, de la Division d'avant-garde commandée par le Général Lefebvre. Cette Division passe le fleuve au pont de Kehl. Le Capitaine Duthilt (voir au 1er Léger), dans ses Mémoires, indique que ce passage a eu lieu le 1er mars, sous le commandement du Général Legrand.

Le Dépôt du Régiment, comprenant 11 Officiers, 325 hommes et 172 chevaux, est à Pont-à-Mousson.

Lefebvre franchit le Kintzig à Gegenbach. Le 5e Hussards est envoyé en reconnaissance à Villingen et arrive ensuite à Tuttlingen où il est placé à la droite de l'armée, qui prend le nom d'Armée du Danube, et s'étend de Tuttlingen à Rothweil.

Jourdan franchit ce fleuve et se porte sur Stockach. Le 19 mars, il prend position vis-à-vis de l'Archiduc Charles, et occupe une ligne s'étendant de Barendorf sur l'Aach à Sigmaringen. Le Régiment, avec la Division Lefebvre, est placé sur les hauteurs bordant la rive droite de la rivière de l'Ostrach. La Division se trouve là en pointe et complètement isolée du reste de l'armée. Cette situation n'échappe point au Général en chef autrichien qui, résolu à en tirer parti.

Dans un article consacré à l'Adjudant général Baron Fontaine, paru dans le Carnet de la Sabretache de 1911, on peut lire en page 710 :
"Le 30 ventôse an VII (20 mars 1799), il s'illustrait au combat d'Ostrach.
Le général Lefèvre lui avait donné le commandement d'une forte reconnaissance composée d'un bataillon de la 53e demi-brigade, de quatre compagnies de la 25e légère, de trois escadrons du 5e hussards, d'un escadron du 1er chasseurs et de deux escadrons du 17e dragons.
Ayant atteint Oskirch le 19, Fontaine recevait l'ordre de se replier le lendemain sur Ostrach. Le 3o au matin, il commença sa retraite en bon ordre, mais il se heurta à l'ennemi qui l'avait prévenu à l'entrée du village et qui, solidement établi, lui barrait la route. La situation était critique, et il était impossible de passer devant les Autrichiens, fort supérieurs en nombre, sans s'exposer à une destruction certaine. Très habilement, Fontaine profita du brouillard qui dérobait sa troupe à l'ennemi et, remontant l'Ostrach par la rive droite, il exécuta une longue marche pour aller chercher, à Riedhausen, un point de passage qui lui permit, après un nouveau combat, de rejoindre la 2e division.
L'opération avait été bien conduite et Jourdan lui-même ne ménagea point les éloges. «Cette retraite, à la fois difficile et dangereuse, qni exigeait un extrême sang-froid et beaucoup de courage, fait infiniment d'honneur à l'adjudant général Fontaine» (Rapport officier du général Jourdan sur l'affaire d'Ostrach)
".

L'armée autrichienne se concentre et marche le 21 sur l'Ostrach pour en forcer le passage au village de ce nom. La Division Lefebvre, seule sur ce point, ne peut résister à des forces si supérieures et est rejetée sur la rive gauche de la rivière. Le passage sur l'autre rive s'effectue avec de grosses difficultés et au prix de lourdes pertes.

Dès le début de l'action, le 5e Hussards est coupé de son infanterie et la Division Lefebvre est déjà sur l'autre rive, le pont sur l'Ostrach occupé, quand le Chef de Brigade Sholtenius s'aperçoit de sa situation désespérée. Il décide de se faire jour à tout prix. Prenant la tête de son Régiment, il le forme en colonne de pelotons et se jette avec furie sur les masses ennemies. Chaque Officier, chaque Hussard a compris que son propre sort est en jeu, aussi la charge est-elle menée par des hommes bien décidés à vaincre ou à mourir.

Le Chef de Brigade Sholtenius, sans se soucier des formations ennemies, pointe droit sur le pont. Il parvient à se frayer un passage jusqu'à lui, en culbute les défenseurs qui ne s'attendent pas à être pris à revers, traverse la rivière comme une trombe et tombe sur les Bataillons autrichiens déjà installés sur la rive gauche. Alors, n'ayant plus le souci de l'Ostrach à franchir, le Chef du 5e Hussards s'en donne à coeur joie. Il renouvelle plusieurs fois ses charges contre les unités qui, occupées à tirailler contre l'infanterie de Lefebvre, ne se gardent pas en arrière, et leur cause de fortes pertes. Finalement, il regagne les lignes françaises en ramenant une grande quantité de prisonniers.

Le 2e Escadron, plus particulièrement engagé, s'est signalé d'une façon exceptionnelle. Il fait à lui seul 300 prisonniers, le double de son effectif, et tue 70 Uhlans. La prudence et le sang-froid du Lieutenant-colonel Graillet dans cette journée périlleuse est très remarquée; cela lui vaut d'être cité, tout comme le Chef d'Escadron Evers. Le Général Lefebvre, blessé, est remplacé par le Général Soult dans le commandement de la Division qui bat en retraite par Pfullendorf.

"... L'artillerie légère et l'artillerie de position furent placées sur divers plateaux pour défendre le village d'Ostrach et prendre en flanc les troupes qui s'en approchaient. Le général Lefebvre comptait encore pour la défense de sa position sur un bataillon de la 53e demi-brigade, quatre compagnies de la 25e d'infanterie légère, trois escadrons du 5e de hussards, un escadron du 1er de chasseurs et deux escadrons du 17e de dragons ..." (Mémoires du maréchal-général Soult, duc de Dalmatie. Première partie, Histoire des guerres de la Révolution.... Partie 1, Tome 2 ).

La Division Soult, peu de jours après, va avoir à livrer un nouveau combat auquel le Régiment va prendre une part non moins glorieuse.

Jourdan ayant réuni son armée à Stockach afin d'attaquer l'Archiduc Charles. La Division Soult a pour mission d'enlever le village de Liptingen, lequel, tenu fortement par de l'infanterie, est défendu en outre par une nombreuse artillerie. Le Général Soult, avant de lancer ses colonnes d'assaut, prescrit au Chef de Brigade Sholtenius de charger les batteries ennemies. Le Régiment s'élance aussitôt avec sa bravoure et son entrain accoutumés. Soudain, les canons se taisent et entre les intervalles des pièces, on voit surgir une nuée de cavaliers ennemis. C'est tout le Régiment des Hussards de Meerfeld, lequel est placé en soutien de cette artillerie. Mais le 5e Hussards est lancé et l'intervention des Hussards de Meerfeld est trop tardive. En un clin d'oeil, ils sont balayés et une grande partie des hommes impitoyablement sabrés; 100 Hussards autrichiens sont faits prisonniers. Ayant fait place nette et sans ralentir, le Chef de Brigade Sholtenius tombe sur les pièces et en quelques instants les canonniers sont dispersés aux quatre vents et les batteries réduites au silence. Quelques instants après, la Division Soult prend pied dans Liptingen.

Au cours de ce splendide fait d'armes, les traits de courage individuel sont légion et il faudrait citer tous les Hussards du Régiment si l'on voulait les énumérer tous. Notons entre autres épisodes marquants celui du Lieutenant Epinger chargeant seul, s'emparant d'une pièce de canon et forçant ses propres servants à la ramener dans nos lignes; celui du Maréchal des logis Klein qui, apercevant une trentaine de fantassins autrichiens en train de se replier, se précipite seul sur eux, les somme de se rendre, leur fait jeter leurs armes et les repousse au pas de course vers l'infanterie française, prouvant ainsi que l'extrême audace d'un seul peut intimider toute une troupe. Le Lieutenant Lemir dégage le Lieutenant-colonel Sahne emmené par quatre Hussards ennemis; il en tue deux et ramène les deux autres prisonniers. On juge, par ces quelques exemples, de l'ascendant formidable que nos Hussards possédent sur l'ennemi.

Malheureusement, ce succès a été chèrement payé. Plusieurs des braves Officiers qui se sont signalés au cours des campagnes précédentes y ont trouvé la mort : le Lieutenant- colonel Graillet, les Chefs d'Escadron Viard et Grelé, le Sous-lieutenant Lehmann. Les Hussards Sonnet et Meunier ont également été tués. Les Hussards Not, Delbech, Hautebé, Ménager et Chaillot meurent de leurs blessures. Ce dernier, blessé à la poitrine de plusieurs coups de feu, a été laissé pour mort sur le champ de bataille.

D'autres sont grièvement blessés : le Capitaine Ressejac est blessé d'un coup de sabre au téton droit; le Sous-lieutenant Heitz est blessé par suite d'une chute de cheval; le Sous lieutenant Surcher est blessé d'un coup de sabre au bras droit; le Maréchal-des-logis Chardon est blessé d'un coup de feu au bras gauche; sont également blessés les Hussards Menage, Prout (deux coups de sabre à la tête), Poirier (plusieurs blessures à la tête) et Richardot (coup de feu à la jambe droite. Ce dernier est resté aux mains de l'ennemi.

"... la nuit mit fin à ce combat opiniâtre, et j'établis mes troupes ainsi qu'il suit : la 25e d'infanterie légère, soutenue par les 4e et 5e régiments de hussards, sous les prdres du général Mortier, en avant du village de Liebtingen..." (Mémoires du maréchal-général Soult, duc de Dalmatie. Première partie, Histoire des guerres de la Révolution.... Partie 1,Tome 2 ).

Jourdan, battu, se met en retraite sur le Rhin. Le 5e Hussards passe le 26 mars à Rothweil où un détachement de 200 hommes du Régiment Cobourg-Dragons inquiète sa marche. Le Lieutenant Vogt, commandant une arrière-garde de 35 hommes, s'entend pour l'attaquer avec le Capitaine Hentz commandant un Escadron du Régiment. Vogt se dérobe, laisse passer l'ennemi et l'attaque ensuite à revers. Hentz, ayant ralenti sa marche, fait face en arrière et le charge en même temps de front. Déconcertés par cette double attaque, les Dragons de Cobourg sont tous faits prisonniers. Le Maréchal-des-logis Bosse est blessé pendant l'action.

Hussard, 5e Régiment, 1798
Hussard, 5e Hussards, 1798, d'après R. Forthoffer, Fiche Documentaires 177 (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer)

"... Le 7 germinal (26 mars), l'avant-garde quitta la position qui est en arrière de Liebtingen et se replia sur Tüttlingen , où elle repassa le Danube et détruisit le pont; ensuite elle se dirigea sur Rothweil. L'ennemi ne fit poursuivre la division que par quelques escadrons des dragons de la Tour, qui cherchèrent à inquiéter la colonne dans sa marche. Le général Mortier, commandant l'arrière-garde, les ayant attendus au village de Weiler, sortit tout à coup de son embuscade, les chargea vivement avec le 5e régiment de hussards, il leur tua et blessa beaucoup de monde et leur fit trente prisonniers montés. Cette leçon rendit les autres plus circonspects, et nous continuâmes le mouvement, sans être de nouveau inquiétés..." (Mémoires du maréchal-général Soult, duc de Dalmatie. Première partie, Histoire des guerres de la Révolution.... Partie 1,Tome 2 ).

La Division Soult continue à battre en retraite, prend pendant quelques jours position sur la Kintzig et repasse le Rhin au pont de Kehl le 6 avril. Le 5e Hussards se dirige sur Strasbourg où il reçoit l'ordre d'occuper le Frichtal. Masséna prend le commandement des Armées du Rhin et d'Helvétie.

Le 22 avril, en vertu d'un ordre du Général Cherin, le nouveau Chef d'Etat-major de l'Armée du Danube, Ney prend le commandement de toute la cavalerie de l'aile droite; il doit être secondé par le Général Walter et l'Adjudant général Lorcet. Le lendemain, 23 avril, le titre de Général de Division est attribué à Ney dans l'ordre général de l'armée, portant cette date et signé "Cherin" (H. Bonnal : "La vie militaire du Maréchal Ney", tome1). Ney se trouve à la tête de treize Régiments, dont le 5e Hussards.

Le 5e Hussards repasse le Rhin le 25 avril à Bâle et est envoyé aux avant-postes qui couvrent le camp retranché de cette ville. Le 30 avril, le 5e Hussards n'est plus sous le commandement de Ney.

Le 4 mai 1799, le 5e Hussards est à l'Armée du Danube commandée par Masséna, aile de gauche, 1ère Division sous le Général Souham ; son effectif est alors de 223 hommes.

Armée française du Danube (après l'absorption de l'Armée d'Helvétie), 4 mai 1799 (Nafziger - 799EAP et 799EMA)

Commandant en chef : Général Masséna
Aile Gauche  
1ère Division : Général de Division Souham
5e Hussards : 223 hommes

Sources : Gachot, E., «Les Campagnes de 1799, Jourdan en Allemagne et Brune en Hollande», 1906, Paris, Perrin et Cie.
Miliutin, "Geschichte des krieges Russlands mit Frankreich under der Regierung Kaiser Paul's I. im Jahr 1799", Munich, 1856

A la date du 8 mai, les Chefs d'Escadrons à la suite Evers et Maignet sont mis en pied au Régiment et le Chef d'Escadron Moreux prend sa retraite. Le 5e Hussards fait toujours partie de la Division Soult, alors dite du centre. Elle est en effet à Bottstein et Steinhoffen, milieu de la ligne formée par l'Armée d'Helvétie échelonnée de Bâle au lac de Constance.

De juin à août, le Régiment, à l'effectif de 35 Officiers, 570 hommes et 601 chevaux, est à l'Est de Bâle à Altingen et à Creusach.

Armée du Danube, 1er messidor an 7 - 19 juin 1799 (Nafziger - 799FAU)

Commandant en chef : Général de Division Masséna

7e Division : Général de Division Souham
Cavalerie : 1er , 2e , 3e et 4e Escadrons du 5e Hussards

Source : Zurich, Masséna en Suisse

 

Armée française d'Italie, 27 thermidor an 7 - 16 juillet 1799 ? (Nafziger - 799GBA)

Commandant en Chef : Général de Division Joubert
Aile droite
2e Division : Général de Division Gouvion Saint-Cyr
Cavalerie : 5e Régiment de Hussards, 200 hommes

Source : Gachot

 

Armée du Danube, 27 thermidor an 7 - 14 août 1799 (Nafziger - 799FAU)

Commandant en chef : Général de Division Masséna

7e Division : Général de Division Souham
Cavalerie : 1er , 2e , 3e et 4e Escadrons du 5e Hussards

Source : Zurich, Masséna en Suisse

 

Le Chef d'Escadron Maignet donne alors un bel exemple d'audace et de ténacité. Parti en reconnaissance entre Kastelberg et Muhlen avec le Capitaine Schwab et 25 cavaliers, il aperçoit un détachement ennemi composé de 60 Hussards de Ferdinand. Au lieu de se dérober il décide d'attaquer cette troupe plus que double de la sienne. Il s'élance et la charge. L'abordage est terrible. Maignet s'en prend au chef des Autrichiens et l'abat de deux coups de sabre, mais il est alors entouré par une dizaine de cavaliers ennemis qui s'acharnent sur lui. Il reçoit sept coups de sabre sur la tête et sur les bras. Affaibli, couvert de sang, il ne se contente pas de se défendre, il attaque. Finalement, désespérant d'avoir raison de ces forcenés, les Hussards de Ferdinand lâchent pied, laissant entre les mains du Chef d'Escadron Maignet et du Capitaine Schwab, tous deux affreusement blessés, plusieurs prisonniers et des chevaux. Sont blessés le Capitaine Schwab (coup de feu à la jambe droite), le Brigadier Corvisy (coup de sabre sur la tête) et les Hussards Coltet et Hidel (coup de sabre).

Le Colonel Sholtenius est mis à la retraite le 3 septembre. Le Colonel François Xavier de Schwarz est nommé à cette date Chef de Brigade du 5e Hussards.

François Xavier Baron de Schwarz

(1762-1826)

Né à Herrenwiess (Grand-Duché de Bade), mort à Sainte Ruffine (Moselle).
Cadet gentillome à l'âge de 7 ans. N'émigra pas. Fit toutes les campagnes de la Révolution et de l'Empire de 1792 à 1810.
Chef de Brigade au 5e Hussards le 3 septembre 1799; Austerlitz en 1805, Stettin en 1806; Général de Brigade le 30 décembre 1806; Mont-Serrat en 1808, Monrésa en 1810. Retraité pendant les Cent Jours

A la même époque, Philippe René Girault, ex Musicien au Régiment du Perche et au 6e Bataillon de la Haute-Saône, entre dans le 5e Hussards. Il raconte :
"J'avais reçu des offres du 5e régiment de hussards qui était cantonné près de Bâle, je résolus d'aller m'y présenter. Tous mes camarades vinrent me faire la conduite, et ce n'est pas sans verser bien des larmes que j'abandonnai le régiment où j'étais entré le 6 mars 1791 et que je quittai le 2 septembre 1799.
Le 23 septembre 1799, je signai mon engagement dans le 5e hussards où j'avais été accepté sans difficulté, et me voilà de fantassin devenu cavalier. Je n'eus pas pour le moment à m'en plaindre; car durant tout l'hiver nous ne fîmes que courir de cantonnement en cantonnement, pendant que mon ancien régiment se battait contre les Russes et était rudement éprouvé. Le colonel fut fait prisonnier, et, comme c'était à lui que je devais de n'avoir pas été payé, je pus alors obtenir de toucher l'arriéré de ma solde. On me fit même la proposition de reprendre ma place dans la musique, mais je me trouvais bien où j'étais et j'y restai
" ("Mes Campagnes sous la République et l'Empire, 1791-1810, par Philippe-René Girault"; La Rochelle, 1884).

Armée française du Danube, 20 septembre 1799 (Nafziger - 799IBR)

8e Division : Général de Division Chabran
Brigade : Général de Brigade Walther  : 5e Régiment de Hussards, 642 hommes

Tandis que Masséna livre bataille à Zurich, Chabran, qui commande la gauche de l'Armée du Danube (7e et 8e Division - Rheinwald au général Chabran, Zürich, 4 vendémiaire (26 septembre); cité par Hennequin) ne reste pas inactif et fait tout pour attirer l'attention de la gauche autrichienne. C'est ainsi que le Général Walther, à la tête de 300 hommes de la 23e Demi-brigade et d'un détachement de même force du 5e Hussards, descend par la rive droite du Rhin sur Schliengen, om il se heurte à des avant-postes ennemis le 3 vendémiaire. Le lendemain, il regagne sa position initiale.

Forces françaises en Suisse, fin septembre 1799 (Nafziger - 799IMC)

8e Division : Chabran (à Basel)
Brigade Walther  
5e Régiment de Hussards, 642 hommes (Lörrach et Haltingen)

Miliutin, "Geschichte des krieges Russlands mit Frankreich under der Regierung Kaiser Paul's I. im Jahr 1799", Munich, 1856

Situation de l'Armée du Danube le 30 brumaire an VIII - 21 novembre 1799 (Nafziger - 799KBY)

7e Division : Généraux de Division Soult et Chabran
La droite au confluent de l'Aare
La gauche à Huningue

Brigades : Généraux de Brigade D'Aultanne, Walther, Jacopin, et Nouvion 
5e Régiment de Hussards, 630 hommes, 640 chevaux, à Haltingen

Source : Hennequin, Cpt, L. : "Zurich, Masséna en Suisse, Messidor an VII - Brumaire an VIII, juillet-octobre 1799"; 1911, Paris, Librairie Militaire Berger-Levrault

Armée d'Helvétie, 23 novembre 1799 (Nafziger - 799KCN)

Commandant : Masséna

7e Division : Général de Division Soult
Brigades : Généraux de Brigade Nouvion, Walter, Daultanne et Jacopin  
5e Régiment de Hussards , 632 hommes, 640 chevaux

Source : Gachot, E. La Campagne d'Helvetie (l799), Paris, 1924

Le Régiment conserve ses emplacements jusqu'à la fin de l'année. Il est attaché à l'Armée du Rhin et compris dans la Division de droite.

"Après avoir tenu garnison à Berne, on nous envoya cantonner dans le Haut-Rhin, à Rufack, lieu natal du général Lefebvre, depuis duc de Dantzig, où je fis connaissance avec la soeur du général qui tenait alors un petit café" ("Mes Campagnes sous la République et l'Empire, 1791-1810, par Philippe-René Girault"; La Rochelle, 1884).

Sont encore cités au 5e Hussards pendant la campagne de 1799 : Scholtenius et de Schwarz, Colonels. Sahne, Lieutenant-colonel. Moreux, Chef d'Escadron. Raveneau, Capitaine. La Grange, Lieutenant. Vanot et Metifiot, Sous-lieutenants.

"Le 25 décembre 1799, un arrêté des consuls institue les armes d'honneur pour les militaires des troupes à cheval qui se distingueront par une action d'éclat.
Ces armes d'honneur consistaient en mousquetons ou carabines garnis en argent. Aux trompettes, une trompette d'honneur en argent. Les sabres d'honneur n'étant donnés qu'aux officiers et aux soldats qui s'étaient distingués par des actions d'une valeur extraordinaire ou qui rendaient des services extrêmement importants. Les noms des militaires auxquels ces armes étaient données, étaient inscrits dessus ainsi que l'action pour laquelle ils les avaient obtenues
" (In la Giberne, 2e année, N°04, page 122).

Armée d'Helvétie franchissant le Rhin, fin de l'année 1799 (Nafziger - 799XCO)

Division : Général de Division Soult
5e Régiment de Hussards , 618 hommes

Source : Gachot, E. La Campagne d'Helvétie (l799), Paris, 1924

Armée française du Rhin, fin décembre 1799 (Nafziger - 799LCL)

Commandant : Général Moreau

Réserve : Général Moreau (dans Basel)
Division : Général de Division Richepanse
Brigades : Généraux de Brigade Digonnet et Durutte
5e Régiment de Hussards

 

III/ Historique du 5e Régiment de Hussards sous le Consulat et l'Empire

 

a/ Campagne de 1800 à l'Armée du Rhin

 

Trompette 5e Hussards, 1800-1801
Trompette 5e Hussards Trompette 5e Hussards
Trompette attribué au 5e Hussards entre 1800 et 1801, tiré d'une suite de dessins de jeunesse de Albrecht Adam (ici, dessin N°44). En réalité Hussards de Bonaparte (Hussards volontaires de la réserve)
Portrait d'un Sous officier trompette du 5e Hussards; collection privée - avec l'aimable autorisation de son propriétaire
Ci dessus et dessous : détails de ce portrait
Trompette 5e Hussards Trompette 5e Hussards Trompette 5e Hussards

Le Régiment conserve en janvier ses cantonnements sur le Rhin. Il les quitte le 9 février pour se rendre en Alsace au sud de Colmar. Le Dépôt, comprenant 8 Officiers, 258 hommes dont 116 présents et 206 chevaux, est toujours à Pont-à-Mousson.

Le Décret du 30 mars constitue une nouvelle Armée du Rhin sous les ordres de Moreau. Le 5e Hussards, à l'effectif de 615 hommes et 645 chevaux, est affecté à la Division Richepance, et fait partie de la Réserve de cavalerie composée de quatre Divisions et dont le Général en chef conserve le commandement direct. Cette réserve a son quartier-général à Bâle. Moreau tient tout le cours du Rhin; de la source du fleuve à Landau; et Kray, commandant en chef l'armée autrichienne, place son quartier-général à Donaueschingen.

"Au printemps de l'année 1800, nous entrions de nouveau en campagne. Notre régiment était incorporé dans l'armée du général Moreau, qui réunissait sous son commandement les armées du Danube et du Rhin. Nous faisions partie de la division Richepanse et du corps de réserve qui était sous le commandement direct du général en chef Moreau" ("Mes Campagnes sous la République et l'Empire, 1791-1810, par Philippe-René Girault"; La Rochelle, 1884).

Le 25 avril 1800, le 5e Hussards est à l'Armée de Réserve (Moreau), Réserve (Moreau), 3e Division Général de Division Lapoype pour un effectif de 468 hommes (Nafziger - 800DAI). Ce jour là, la réserve de cavalerie franchit le Rhin le 25 avril à Bâle, de même que toute l'armée, et suit la vallée de la Wiessen. Dans cette journée, le Régiment culbute un corps ennemi, lui fait trois mille prisonniers et prend en outre quatre canons. Ce résultat extraordinaire est en grande partie dû à la valeur des Hussards qui, par l'entrain et la vigueur de leur attaque, réussissent à terrifier et à démoraliser un corps si supérieur en nombre.

Deux jours après, la Division Richepance appuie dans sa marche sur la Wiessen le mouvement de Gouvion Saint-Cyr, commandant le centre de l'armée, sur Saint-Blaisien et celui des Divisions de réserve Delmas et Leclerc, sur la Wuttach.

Le Général Delmas trouve le 29 avril les Autrichiens fortement retranchés sur l'Alb; le 5e Hussards est envoyé avec trois Bataillons d'infanterie pour le soutenir. L'ennemi perd 200 hommes faits prisonniers et deux canons. L'attaque et la poursuite sont si vives que les Autrichiens, chassés de leurs ouvrages, n'ont que le temps de couper le pont de l'Alb et de se retirer derrière cette rivière. Pendant ce temps, le Général Richepance culbute à Saint-Blaisien quatre Bataillons ennemis et leur prend 150 hommes.

Le Bulletin de l'Armée du Rhin, rédigé par le Général de Division Dessoles, Chef de l'Etat-major de cette armée, et successivement adressé sous la forme de rapports partiels au Ministre de la Guerre, déclare :
"Rapport du 5 au 11 floréal an VIII (25 avril - 1er mai 1800).
Le 9, le général Delmas, avec un bataillon de la 14e, deux de la 50e et le 5e d'hussards, força la position de l'ennemi qui s'était fortement retranché sur l'Alb, et lui prit deux pièces de canon et 200 prisonniers
" (de Carrion-Nisas, Marquis, Campagne des Francais en Allemagne, Année 1800, Paris, 1829).

"Après avoir passé le Rhin à Bâle (25 avril 1800), nous fûmes d'abord employés à faire une fausse attaque sur la route de Fribourg; puis après avoir voltigé deux ou trois jours de côté et d'autre pour tromper l'ennemi, on nous fit rétrograder sur Bâle et prendre une route à travers les montagnes de la Forêt-Noire. C'était pénible pour la cavalerie, encore bien plus pour l'artillerie. Mais on avait prévu la difficulté et l'on avait réuni là tous les chevaux et paysans que l'on avait pu trouver dans les villages des environs. Avec leur aide, on put monter les pièces. On employa jusqu'à douze chevaux pour une pièce de quatre et seize pour une pièce de huit. A quatre heures du soir, nous arrivions sur le plateau où se trouvait l'abbaye de Saint-Biaise, où j'avais déjà fait un séjour qui m'avait laissé d'heureux souvenirs. Le couvent était occupé par quelques bataillons autrichiens qui durent nous céder la place après un combat opiniâtre. Ce premier combat coûta la vie à notre officier de musique, un bien brave homme qui eut été mieux à sa place dans une église que dans les hussards. C'était un ancien moine, et il fut enterré dans le couvent: c'était sa destinée.
Je ne passai pas une aussi bonne nuit que la première fois; il n'y eut que les généraux qui logèrent au couvent. Il fallut dormir au bivouac, dans les bois. A la pointe du jour, nous nous trouvions trente mille hommes sur le plateau; toute la nuit il était arrivé des troupes. Nous étions en force pour déboucher de nos montagnes. Dès le matin, on nous envoya à la découverte. L'ennemi s'était retiré devant nous et nous ne le trouvâmes en force que près du village de Stokach. Après un engagement d'avantgarde, il fallut nous replier au plus vite sur le gros de l'armée
" ("Mes Campagnes sous la République et l'Empire, 1791-1810, par Philippe-René Girault"; La Rochelle, 1884).

Le 1er mai 1800, le 5e Hussards est à l'Armée du Rhin, Réserve (Moreau), Division Général de Division Richepanse (Nafziger - 800EAQ). La réserve de cavalerie prend position sur la Wuttach et franchit cette rivière le même jour. Le Régiment est encore engagé au combat de Rothenhausen où les Lieutenants Vogt et Pulmayer, plusieurs fois cités à l'ordre de l'armée, sont tués. Le Hussard Groffant y a son cheval tué sous lui et le Lieutenant Corbineau est blessé (cuisse gauche traversée par une balle).

 

- Batailles d'Engen et de Moëskirch

Hussard 5e Hussards, 1800 Hussard 5e Hussards, 1800
Hussard du 5e Hussards à Marengo, 1800. Source : Capitaine ROZAT de MANDRES & Commandant SAUZEY, "La France en campagne. Un siècle de guerres (1800-1900)". Cent uniformes militaires. Paris, J. Leroy, 1906.
Hussard du 5e Hussards en 1800 d'après M. Galban (Le Briquet 1993/04), basé sur le type précédent; la source indiquée est Swebach.
Hussard du 5e Hussards en 1800, d'après Maurice Toussaint, Editions militaires illustrées (collection de l'auteur).

L'armée française termine sa concentration sur la rive gauche du Rhin. L'ennemi s'est retiré vers Stockach. Le Régiment est alors successivement engagé dans les batailles d'Engen et de Moëskirch.

"Le 2 mai, les deux armées restèrent en présence, se préparant à livrer bataille. Le lendemain 3, l'engagement fut général. L'effort se porta surtout sur les villages de Stokach et d'Engen. Les Autrichiens résistèrent jusqu'à dix heures du soir; mais ils profitèrent de la nuit pour battre en retraite, nous abandonnant plusieurs milliers de prisonniers, des canons et des magasins considérables où ils avaient amassé des provisions pour nourrir leur armée pendant trois mois.
Le lendemain, nous nous mettions en mouvement à la poursuite de l'ennemi ...
" ("Mes Campagnes sous la République et l'Empire, 1791-1810, par Philippe-René Girault"; La Rochelle, 1884).

"Le général Bontemps, commandant une brigade de la division Bastoul, se porta sur ce village avec la 67e demi-brigade, deux bataillons de la 10e légère et deux escadrons du 5e de hussards. Le général d'Hautpoul le suivit de près avec sa réserve de grosse cavalerie.
Marchant sous un feu d'enfer comme à la parade, les troupes de Bontemps ne s'arrêtèrent que devant le village d'Engen, qu'elles enlevèrent bravement; mais elles n'eurent pas le temps de s'y établir, les huit bataillons de grenadiers de réserve se précipitèrent dessus, les obligèrent à se découvrir et à recevoir une charge de toute la masse de la cavalerie autrichienne.
D'Hautpoul charge à son tour avec ses régiments; mais il est ramené dans la plaine et ne peut dégager le général Bontemps, qui est blessé grièvement et ne peut plus diriger le combat, ce qui aggrave encore la situation critique de ses hommes...
" (Colonel Rimbert : "Les gloires du drapeau", 1894; "Les gloires du drapeau : de Marengo à la paix de Tilsitt", 1897).

"Le général Moreau s'avança alors à la tête de quatre compagnies qui se conduisirent avec le plus grand dévouement, regagnèrent les avenues du village et rétablirent le combat sur ce point. Le but de ce mouvement était de dégager le général Richepance, dont le feu, qu'on apercevait sur la hauteur de Hohenhewen, était alors extrêmement vif. Ce général, en sortant de Blumenfeld, avait rencontré l'ennemi sur les routes de Watterdingen et Leipferdingen. Il envoya à gauche, sur Leipferdingen, le général Durut avec la 4e demi-brigade de ligne, le 5e de hussards , le 10e de cavalerie et une pièce d'artillerie; il marcha lui-même sur Watterdingen avec la 100e demi-brigade, le 3e bataillon de la 50e, les deux bataillons de grenadiers, le 17e de dragons et le reste de l'artillerie. L'ennemi fut forcé sur ce point, se retira promptement sur les hauteurs de Hohenhewen, où il s'établit et plaça du canon. La brigade de gauche avança de son côté avec rapidité; la 4e demi-brigade, entourée un moment par la cavalerie ennemie, se serra, tint ferme, fit feu de tous côtés, et ne tarda pas à se dégager.
La tête de la division de Baraguey-d'Hilliers avança dans ce moment, et le général Richepance, tranquille par sa gauche, retira de cette partie le 5e de hussards , le 13e de cavalerie, et marcha de nouveau pour chasser l'ennemi des positions où il venait de s'établir
" (Bulletin de l'Armée du Rhin, rédigé par le Général de Division Dessoles, Chef de l'Etat-major de cette armée, et successivement adressé sous la forme de rapports partiels au Ministre de la Guerre, Rapport du 12 au 13 floréal an VIII (2-3 mai 1800). Cité par le Marquis de Carrion-Nissas : "Campagne des Français en Allemagne, année 1800"; Mémoires pour servir à l'histoire militaire sous le Directoire, le Consulat et l'Empire, par le maréchal Gouvion Saint-Cyr.... Tome 2).

Des actes de hardiesse et de décision rapide sont à citer à Engen : le Colonel de Schwarz, charge à la tête du Régiment et reprend à l'ennemi trois pièces de canon que celui-ci vient de nous enlever. Au cours de la même bataille les actes d'héroïsme accomplis par nos hussards ne se comptent plus.

Le Lieutenant Brandmayer vient de charger avec son peloton un parti ennemi et ramène une vingtaine de prisonniers, quand il aperçoit un autre groupe qui enlève un obusier. Sans hésiter, il laisse les prisonniers à la garde de trois Hussards et avec les autres reprend l'obusier qu'il ramène à sa Compagnie d'artillerie.

Le Maréchal-des-logis Tschüpp, avec quelques cavaliers, parvient à enlever un caisson chargé de munitions et attelé de quatre chevaux. Le Hussard Perceveaux met à lui seul six hommes hors de combat. Les Hussards Barthelmy, Arson, Chaumont et Musch sont tués ; les hussards Bougrot et Spony meurent de leurs blessures ; sont blessés le Capitaine Muller (coup de sabre à l'épaule), le Lieutenant Schmitt (balle au bras) et le Brigadier Mittaine (coup de sabre à l'oeil et au nez).

Trois jours plus tard, à Moeskirch, le 5e Hussards se surpasse. Jamais il n'a montré encore autant de vigueur dans ses charges, autant d'initiative et de courage individuel chez ses cavaliers. Une de ses remarquables actions est l'objet d'un rapport spécial. Vers la fin de cette journée, le Maréchal-des-logis Bosse se signale brillamment ainsi qu'il est exposé dans le procès-verbal que nous reproduisons ci-dessous :
"5e RÉGIMENT DE HUSSARDS
Ce jourd'hui seize Floréal an huit de la République française, au bivouac sur les hauteurs en avant de Stockach, devant moi chef de brigade commandant le 5e régiment d'Hussards, s'est présenté le citoyen Evers, chef d'escadrons dans ce régiment, lequel m'a fait le rapport suivant :
Hier, quinze Floréal, se trouvant détaché avec deux escadrons par ordre du général Richepance, pour emporter les hauteurs à la gauche de la route de Stockach à Moëskirch, ce chef d'escadrons donne ordre au citoyen Bosse, maréchal-des-logis chef de la 4e compagnie, de flanquer avec un peloton, un bois qui se trouvait à la gauche des deux escadrons.
Aussitôt, ce sous-officier se porte sur le bois désigné et après l'avoir tourné y trouve une compagnie d'infanterie et quelques pelotons de cavalerie ennemie. L'infériorité de son monde et la vigoureuse résistance qu'il éprouve ne le déconcertent pas. Il charge sur les ennemis, parvient à forcer la totalité de la compagnie d'infanterie et six hussards du régiment de Ferdinand à se rendre prisonniers; en donne la conduite à une partie de son peloton qui les mène à Stockach et de suite sans s'arrêter, se porte avec le reste de son monde de l'autre côté du bois où les débris des ennemis battaient en retraite et se jetant sur une pièce de canon qu'ils voulaient sauver dans leur fuite, il s'en empare et la ramène.
Et aussitôt se sont présentés les officiers du régiment ci-après nommés, savoir : Kerblin, Schwab et Hentz, capitaines; Lemir et Drouard, lieutenants; July, Knepffer, Stauss et Steib, sous-lieutenants, qui ont dit qu'en certifiant l'exposé ci-dessus dont ils ont tous été témoins, ils se font un plaisir et un devoir de rendre justice aux talents militaires et à la bravoure du chef Bosse, dont il a donné une nouvelle preuve dans la mission qui lui a été confiée, et à son intelligence à laquelle seule peut être attribué le succès qui l'a couronnée.
En foi de quoi j'ai dressé le présent procès-verbal conformément à l'article 6 de l'arrêté des consuls du 4 Nivôse an 8, persuadé que le général en chef s'empressera de faire obtenir au chef Bosse la récompense honorable que le gouvernement accorde aux actions d'éclat et à laquelle il a droit d'après l'exposé ci-dessus.
Ce procès-verbal signé de moi, du chef d'escadrons Evers et des officiers susnommés, les jour, an et lieu que dessus.
JULY. KNEPFFER. HENTZ, capitaine. STAUSS. SCHWAB. SCHWARZ. LEMIR. DROUARD. STEIB. KERBLIN. EVERS.
Vu et certifié par nous, membres du conseil d'administration des escadrons de guerre du 5e régiment d'Hussards.
A Krumbach, ce 5 Prairial an 8 de la République française.
KNEPFFER. HENTZ. SCHAWB, capitaine. SCHWARZ, chef de brigade. LEMIR. RINCK, capitaine.
Vu par le général de division,
RICHEPANCE
".

Bosse est nommé le lendemain Sous-lieutenant par le Général en chef. Il l'a bien gagné.

"... Le 5, les deux armées se trouvaient de nouveau en présence près Moesskich. Envoyés en reconnaissance avec trois autres régiments de cavalerie, nous sommes bientôt arrêtés par des batteries ennemies qui nous barrent le passage. Nous ne pouvions, avec nos chevaux, gravir la colline où étaient établies les batteries et nous n'avions pas d'infanterie. Il fallut donc nour retirer dans un petit bois où nous étions à l'abri du canon. Dans cette position nous fûmes attaqués par un corps de l'armée autrichienne qui battait en retraite sur Moesskich et qui nous rencontrait par hasard sur sa route. Heureusement l'ennemi ne connaissait point notre petit nombre; car sans cela nous eussions tous été pris. Nous fîmes bonne contenance. Une batterie d'artillerie légère que nous avions avec nous fit feu de toutes pièces et seulement à mitraille, une partie des cavaliers fit le service de l'infanterie, et notre petite troupe parvint pendant deux heures à soutenir l'effort de forces considérables. On vint à notre secours, alors que nous allions succomber par le manque de munitions. L'engagement était devenu général et partout nous étions victorieux, mais la victoire avait été chèrement disputée et le combat avait duré jusqu'à la nuit" ("Mes Campagnes sous la République et l'Empire, 1791-1810, par Philippe-René Girault"; La Rochelle, 1884).

Vers le soir de cette même journée, quelques Hussards en tirailleurs prennent cent hommes et cinq Officiers; fait extraordinaire dû à la démoralisation de l'ennemi.

Le Maréchal-des-logis Rouilly charge avec quatre hommes sur une pièce de canon, blesse les Artilleurs qui se préparent à y mettre le feu et repousse en désordre la troupe de soutien. Il est chargé à son tour par deux pelotons de Hussards de Welsey et cerné par quatre d'entre eux. Quoique déjà légèrement blessé, il en met deux hors de combat et rejoint son Escadron.

Le Hussard Riss, avec deux de ses camarades, fait prisonniers beaucoup d'Autrichiens dont plusieurs Officiers. Les Hussards Grégon et Michel sont tués, les Hussards Jack et Haas meurent de leurs blessures, le Capitaine Kerblin est blessé d'un coup de feu à l'épaule gauche et le Lieutenant Lemir d'une balle au travers de la jambe.

Le 5e Hussards prend une part active à la poursuite de l'ennemi. Il le harcèle sans relâche, s'empare d'une grande quantité de bagages et fait de nombreux prisonniers.

 

- Combat de Biberach

Hussard, 5e Régiment 1802
Hussard en 1802 d'après Lienhart et Humbert, tome 4, planche 70

La réserve de cavalerie se dirige par Pfullendorf sur Biberach. Le Général Richepance, marchant vers Schweinhausen, rencontre le 9 mai un corps autrichien qui défend les approches de Biberach. Il le repousse vers cette ville et tout en combattant parvient sur les hauteurs qui la dominent. Il voit alors les troupes de Gouvion-Saint-Cyr qui se sont précipitées dans Biberach à la suite des Autrichiens débandés. Un corps ennemi considérable, appuyé par une nombreuse artillerie, occupe une hauteur en arrière de la ville. Richepance, pour l'attaquer, s'engage dans un ravin encaissé et marécageux formé par la Riess. Le 5e Hussards est le seul Régiment de sa cavalerie qui le suive au milieu des très grandes difficultés que présente le terrain. Richepance envoie ses autres troupes de cavalerie passer au pont de Biberach, pour prendre l'ennemi à revers, pendant que lui-même l'abordera de front. Cette double attaque, bien combinée, réussit complètement grâce à la valeur des troupes et malgré le feu violent qui assaille la tête de colonne au passage de la Riess.

Le Bulletin de l'Armée du Rhin, rédigé par le Général de Division Dessoles, Chef de l'Etat-major de cette armée, et successivement adressé sous la forme de rapports partiels au Ministre de la Guerre, déclare :
"IV. Rapport du 16 au 2o floréal an VIII (6-10 mai 1800).
BATAILLE DE BIBERACH.
Le général Richepanse, qui s'était dirigé par Schweinhausen, avait de son côté rencontré l'ennemi, qui défendait à deux lieues de distance la route de Biberach. Dès Ingoldingen, il fut obligé de déployer une partie de ses forces, et il s'avança en combattant. Au moment qu'il arrivait sur les hauteurs en deçà de Biberach, les troupes du général Saint-Cyr se précipitaient dans la ville. Il résolut alors d'attaquer le plateau en arrière, où l'ennemi avait un corps nombreux et beaucoup d'artillerie; et, laissant la ville à sa gauche , il descendit dans le ravin.
La Riss est, dans cette partie, encaissée et bourbeuse, et ses bords sont marécageux ; l'artillerie ennemie y faisait tomber une pluie de boulets et de mitraille ; rien n'arrêta nos troupes : la 4e demi-brigade, la 100e et le 3e bataillon de la 50e, et les deux bataillons de grenadiers, la traversèrent dans l'eau jusqu'à la ceinture; le 5e régiment de bussards les suivit avec peine ; le terrain était devenu si mouvant, que le général Richepanse ordonna au 13e de cavalerie et au 17e de dragons d'aller au galop traverser la Riss à Biberach, et de prendre ensuite le chemin de cette ville à Memmingen, sur lequel, par son mouvement, il se portait perpendiculairement.
Ces dispositions furent parfaitement exécutées; le général de brigade Digonet, à la tête de la brave 4e, le général de brigade Durut, à la tête des deux bataillons de grenadiers, gravirent la hauteur, baïonnette en avant. Le 17e de dragons et le 13e de cavalerie débouchèrent en même temps par la route Biberach à Memmingen, et, conduits par l'adjudant général Plausanne et les aides de camp du général Richepanse, se formèrent avec audace sur la droite de l'ennemi.
Toute cette division chargea alors les Autrichiens, qui abandonnèrent précipitamment le champ de bataille, couvert de morts et de blessés
...
Les 1re et 23e de ligne et le 5e de hussards se sont fait remarquer par la vigueur de leur attaque ...
Parmi les braves qui méritent de fixer les regards du Gouvernement, je vous citerai le citoyen Elbenisky, lieutenant au 5e régiment de hussards, qui a eu trois chevaux tués sous lui, et s'est toujours trouvé engagé dans la mêlée, dont il n'est sorti qu'avec dix coups de sabre sur le corps ;
Le citoyen Maseret, maréchal-des-logis d'artillerie légère, qui, ayant eu sa pièce démontée, a chargé, avec deux canonniers et quelques chasseurs du 5e régiment de hussards, une pièce qu'il a enlevée ...
" (de Carrion-Nisas, Marquis, Campagne des Francais en Allemagne, Année 1800, Paris, 1829).

Le Sous-lieutenant Abbénésius, du 5e Hussards, fait preuve à plusieurs reprises dans cette journée du courage le plus brillant et son Colonel adresse à son sujet au Général en chef le rapport que nous reproduisons ci-après :
"5e RÉGIMENT DE HUSSARDS
10 Mai 1800.
Ce jourd'hui vingt Floréal, an huitième de la République, au bivouac en arrière de l'abbaye d'Ochsenhausen.
Moi, Xavier Schwarz, chef-de-brigade du 5e régiment d'Hussards, pour rendre hommage à la vérité et en conformité de l'article 6 de l'arrêté des consuls du 4 Nivôse dernier, ai fait au général en chef le rapport suivant :
Hier, 19 Floréal, la division marchant sur Biberach et s'étant déjà emparée d'une partie des hauteurs de cette ville, le citoyen Abbénésius, sous-lieutenant au 5e régiment d'Hussards, compagnie n° 8, se trouvait de l'escadron de service et commandait le peloton de tirailleurs de cet escadron. Dans une première charge contre un corps de houlans, son cheval est blessé. N'écoutant que son courage il reconduit le cheval et rejoignant en un instant, avec un autre cheval du peloton sous ses ordres, il se remet à charger à sa tête les houlans avec une nouvelle vigueur, les culbute dans la rivière de la Riss, et sans consulter le danger auquel il s'expose ni donner aux ennemis le temps de se reconnaître, il se précipite lui-même dans la rivière au milieu des houlans dont il se trouve en un instant enveloppé. Leur grand nombre ne l'intimide pas, non plus que la perte de son second cheval qui est pris par eux ; il se défend longtemps seul à pied contre plus de dix ennemis et ne parvient à se débarrasser que par l'intrépidité et le sang-froid qu'il montre dans cette circonstance et par le secours que lui porte son peleton qui force l'ennemi à se retirer.
Cette action, qui a ouvert à l'escadron avec lequel se trouvait le sous-lieutenant Abbénésius le chemin de Biberach, et lui a procuré le double avantage d'entrer le premier dans cette ville et de faire un grand nombre de prisonniers, ne restera pas sans doute sans récompense, et dans la ferme confiance que le général en chef fera obtenir au citoyen Abbénésius celle à laquelle il a droit de prétendre aux termes de l'arrêté du 8 Nivôse, j'ai dressé le présent procès-verbal qui a été signé de moi, du chef d'escadrons Evers et des officiers du régiment ci-après nommés, savoir : Muller et Rinck, capitaines ; Brandmayer, lieutenant et Misselet, sous-lieutenant, tous témoins de la conduite du citoyen Abbénésius et de l'intrépidité qu'il a montrée dans cette circonstance importante pendant laquelle il a reçu au bras une blessure assez grave.
Fait au bivouac, les jour et an que dessus.
RINCK. MULLER. MISSELET. EVERS. BRANDMAYER.
SCHWARZ.
Vu et certifié par nous, membres du conseil d'administration des escadrons de guerre du 5e régiment d'Hussards,
A Krumbach, le 5 Prairial an 8e de la République française,
KNEPFFER. HENTZ. SCHWAB. RINCK. LEMIR. SCHWARZ.
Vu par le général de division,
RICHEPANCE
".

Plusieurs actions d'éclat sont encore à citer au Régiment dans ce combat : le Sous-lieutenant Ebenitzky a trois chevaux tués sous lui et ne quitte la mêlée qu'après avoir reçu dix coups de sabre. Le Maréchal-des-logis-chef Bourgeois charge sur plusieurs pièces de canon qui défendent le pont de Biberach et blesse plusieurs canonniers. Il est pendant l'action lui-même blessé.

Le Hussard Baradel est tué d'un coup de mitraille; le Capitaine Rockel est blessé d'un coup de lance au bras droit; sont également blessés les Hussards Dam (plusieurs coups de sabre) et Christmann (coup de lance à la main gauche).

"Les jours suivants, notre armée entra en Souabe à la suite des Autrichiens qui ne s'arrêtèrent qu'à Biberach, où ils espéraient défendre les immenses magasins qu'ils y avaient entassés. Nous étions d'avant-garde et comme depuis deux jours nous ne rencontrions plus d'ennemis, la musique marchait en tête du régiment. En sortant d'un grand village, le 9 au matin, nous fûmes accueillis par une vive fusillade. Ce n'était pas l'affaire des musiciens, aussi nous voilà bien vite à prendre notre poste derrière le régiment. Quelque temps après, le combat devenant général, nous nous retirions sur une hauteur d'où nous pouvions tout voir sans danger.
Le général Richepanse ordonna à notre régiment de feindre une charge sur un régiment de houlans qui occupait un plateau. La trompette sonne; voilà nos hussards partis, au trot, puis au galop : les houlans les attendent de pied ferme. Arrivés à portée de pistolets, nos trompettes sonnent la retraite et nos cavaliers tournent le dos aux houlans qui se mettent à leur poursuite. Mais le général avait fait passer une demi-brigade dans un petit bois près duquel ils sont entraînés. Là ils sont accueillis par une grêle de balles, les nôtres font volte face et les houlans sont presque tous tués ou faits prisonniers.
Tout l'effort de la bataille se portait sur un petit ruisseau dont l'ennemi disputait le passage. Pour enlever la position, un général, dont je ne me rappelle pas le nom et qui était borgne, forme un bataillon de grenadiers et jetant son chapeau de l'autre côté du ruisseau, il entre le premier dans l'eau en disant : — « Allons, grenadiers, allons chercher mon chapeau. » Tous le suivirent. Ils attaquèrent avec tant d'intrépidité les Autrichiens qui défendaient l'autre rive, que ceux-ci lâchèrent pied. Ce fut le signal d'une déroute générale, et le soir, au bivouac, les soldats répétaient : — « C'est un chapeau qui a gagné la bataille. »
" ("Mes Campagnes sous la République et l'Empire, 1791-1810, par Philippe-René Girault"; La Rochelle, 1884).

Le 10 mai 1800, le 5e Hussards est à l'Armée française en Allemagne (Moreau), Réserve (Moreau), 3e Division Général de Division Richepanse pour un effectif de 743 Hussards répartis en 4 Escadrons (Nafziger - 800ECC; source : de Carrion-Nisas, Marquis, "Campagne des Francais en Allemagne, Année 1800", Paris, 1829).

Ce jour là, le 5e Hussards poursuit l'ennemi jusque sous les murs d'Ulm.

"La victoire de Biberach et celle de Memmingen, remportée le lendemain, laissèrent en notre pouvoir des magasins immenses qui apportèrent pour longtemps l'abondance dans toute l'armée française. Les Autrichiens démoralisés n'étaient plus capables de nous arrêter; ils se retirèrent à Ulm, dans un camp retranché qui était entouré de formidables défenses. Toute l'armée française se réunit autour de cette ville, offrant la bataille à l'ennemi qui n'osa pas l'accepter" ("Mes Campagnes sous la République et l'Empire, 1791-1810, par Philippe-René Girault"; La Rochelle, 1884).

A la suite de ces opérations, de nombreux combats sont livrés par la cavalerie autour de la place d'Ulm. Il ne se passe pas de jour où le 5e de hussards n'accomplisse quelque prouesse. Ainsi, le Lieutenant Epinger se distingue : à la tête d'un détachement, il charge une troupe de manteaux rouges qui tirent dans Eckingen. Il traverse ce village sous une grèle de balles et en chasse l'ennemi très supérieur en nombre. Le Sous-lieutenant Abbénésius, toujours entraîné par son courage, est blessé à la cuisse à Sulzen; le Hussard Hartmann est blessé d'un coup de sabre au bras gauche.

Plusieurs changements s'effectuent dans la disposition des éléments de l'armée. La Division Richepance passe à l'aile gauche.

"Notre division fut placée en observation sur la rive gauche du Danube. A peine étions-nous arrivés dans le village qui nous était assigné comme cantonnement que l'on aperçut sur la route qui conduisait à Ulm un nuage de poussière. Croyant que c'était une tête de colonne, notre régiment fut envoyé à la découverte. C'était un convoi de quelques centaines de boeufs et moutons qui arrivaient pour ravitailler la place, conduits par des paysans et quelques cavaliers qui ignoraient notre présence et qui s'enfuirent à notre vue. Nos hussards coupèrent la retraite aux troupeaux et les chassèrent vers le camp pour qui ce fut une aubaine inattendue. Notre armée n'avait pas dans ce temps-là l'habitude de se faire suivre de bétail : on s'en procurait seulement par le maraudage. Aussi les pauvres paysans, supportaient tout le poids de la guerre, et il arrivait souvent qu'ils mouraient de faim, lorsque, chez eux, nous étions dans l'abondance.
Au bout de quelque temps, notre régiment fut détaché de l'armée pour faire la guerre de partisans. Nous parcourûmes tous les environs d'Ulm à une distance de dix à vingt lieues, ne restant pas trois heures dans un endroit, n'ayant de repos ni jour ni nuit. Nous ne voyions que peu de troupes, nous ne faisions la guerre qu'aux paysans, aussi nous vivions dans l'abondance, dans un pays riche qui n'avait pas encore été ravagé par la guerre. Dans une de ces expéditions, nous fîmes la rencontre d'une de nos divisions qui quittait notre armée pour aller faire partie de l'armée d'Italie et qui contribua au gain de la bataille de Marengo
" ("Mes Campagnes sous la République et l'Empire, 1791-1810, par Philippe-René Girault"; La Rochelle, 1884).

Moreau voulant déloger Kray de la forte position d'Ulm, entreprend de se porter sur les communications de l'armée autrichienne entre Augsbourg et Donauwerth. La droite de l'armée française s'avance jusqu'à Augsbourg, qui ouvre ses portes, tandis que sa gauche reste entre le Danube et l'Iller.

- Affaires de Guttenzel et de Kirchberg

Kray sort d'Ulm au commencement de juin et attaque vivement la gauche des Français à Guttenzel et à Kirchberg. Dans les nombreux combats qui suivirent, le Régiment a à s'énorgueillir d'un grand nombre de faits réellement merveilleux. Le Chef d'Escadrons Evers remporte tout d'abord une série de succès très remarquables : commandant par intérim le Régiment placé à l'avant-garde, Evers fait mettre pied à terre à trois Escadrons, barre avec eux en combattant à pied l'entrée d'un défilé à l'ennemi et lui reprend trois canons.

Peu après, il met en déroute un bataillon de Wallons, au village de Schwain.

Evers remporte enfin un véritable triomphe. Ayant reçu du Général Richepance l'ordre d'attaquer l'infanterie ennemie postée à l'abbaye de Guttenzel, il la charge avec trois Escadrons, la repousse et s'empare d'une grande partie des bagages des Divisions autrichiennes commandées par l'Archiduc Jean et le Général de Spong.

A la même minute, stimulé par cette gloire, le Capitaine Chardon obtient lui-même des résultats importants : il charge à la tête du 4e Escadron avec une grande vigueur un gros de 1200 hommes, bavarois ou autrichiens (selon Marcel Dupont, il y a un Bataillon autrichien et un Bataillon hongrois), et leur fait mettre bas les armes. Peu de jours après, un Escadron du Régiment, fortement entamé par l'ennemi, lui doit encore son salut.

Une petite troupe de moins de 20 hommes donne ensuite un bel exemple d'audace, de confiance en elle-même et de mépris du danger : le Maréchal-des-logis Daim, les Brigadiers Guyon et Morand et 16 Hussards, rejoignent leur Escadron quand ils rencontrent à l'entrée du village de Guttenzel le Régiment de Dragons de Cobourg. Pensant n'avoir devant lui qu'un détachement, le Maréchal-des-logis n'hésite pas à charger. Le Brigadier Morand blesse de plusieurs coups de sabre le Prince de Furstemberg, Colonel de ce Régiment ; mais mortellement blessé lui-même, reste aux mains de l'ennemi. Dalm et Guyon, blessés tous deux, parviennent à s'échapper et à ramener leur troupe à peu près intacte. Ils prennent même quelques bagages et font plusieurs prisonniers.

Le Hussard Jojot, par la suite l'objet d'une glorieuse récompense, réussit à prendre un Major à la tête de son Bataillon.

Quelques jours plus tard, le Capitaine Crabbé, un des plus réputés sabreurs de l'époque, va accomplir un de ces exploits individuels comme seuls en sont capables les géants de cette époque. Étant en reconnaissance avec sa Compagnie, il fait halte à la lisière d'un bois et observe les manoeuvres d'une Division autrichienne quand il aperçoit le commandant de cette Division, le Général Comte de Sporg, qui, s'élançant en avant de ses troupes, gagne une hauteur située en face du bois et se met à observer le pays à la lunette. Seuls son Etat-major et le peloton d'escorte l'ont suivi. Crabbé voit cette proie offerte. Il réfléchit une minute. S'il se porte à l'attaque de ce petit groupe de cavaliers avec tout son monde, il les verra s'envoler comme une volée de moineaux et regagner les têtes de colonne de la Division. La surprise seule peut lui assurer le succès et pour cela il lui faut agir seul, ou presque seul. Il appelle son Hussard favori, Bion, vieux Hussard à la poigne solide, au sang-froid imperturbable, au courage sans égal. En deux mots, il lui explique la manoeuvre à effectuer et tous deux mettent le sabre à la main, puis ils foncent comme l'éclair dans la direction du Général autrichien. En un clin d'oeil, ils se jettent entre son Etat-major et lui. Avant que les Aides de camp et les Officiers d'ordonnance se soient rendu compte de ce qui se passait, les deux cavaliers se rabattent sur l'infortuné Sporg et, avant qu'il ait pu faire un geste, frappant son cheval à coups de plat de sabre et l'encadrant de leurs deux montures, ils partent au grand galop vers le bois. Revenus de leur surprise, les Officiers de l'Etat-major s'élancent pour délivrer leur chef, mais à la vue des Hussards de Crabbé surgissant des broussailles, ils font demi-tour et prennent le large. Le Général de Division, Comte de Sporg, est ramené prisonnier dans les lignes françaises.

Le Bulletin de l'Armée du Rhin, rédigé par le Général de Division Dessoles, Chef de l'Etat-major de cette armée, et successivement adressé sous la forme de rapports partiels au Ministre de la Guerre, déclare :
"IX. Rapport du 16 prairial an VIII (5 juin 1800).
Le général Richepanse, qui avait toujours défendu avec opiniâtreté les positions de Guttenzell et d'Edelbeuren avec 2 bataillons de la 7e, 1 de la 48e, le 5e de hussards, le 10e de cavalerie, et partie du 13e de dragons, reprit alors l'offensive. Il chargea les Autrichiens, et fit de son côté environ 7 à 800 prisonniers, parmi lesquels se trouve le lieutenant-général comte de Sporck, que quelques hussards enlevèrent à trente pas de sa colonne
" (de Carrion-Nisas, Marquis, Campagne des Francais en Allemagne, Année 1800, Paris, 1829).

Le Maréchal-des-logis Oldeneil est nommé Sous-lieutenant par le Général en chef pour sa belle conduite.

Dans ces combats, les Hussards Malotet, Kerne et Franguin sont tués ; les Hussards Arson, Lemire et Haas meurent de leurs blessures; sont blessés le Capitaine Rinck (jambe traversée par un coup de feu au village de Rath), le Lieutenant de Marsy, ainsi que les Hussards Rich et Joly .

 

- Bourgrinden

Moreau continue à poursuivre Kray qui se retire précipitamment sur Neubourg et le Danube. Pendant ces marches le Capitaine Custine du 5e Hussards se signale très particulièrement au village de Bourgvinden. Il charge avec son Escadron un Bataillon ennemi qui se rend immédiatement. Mais presqu'aussitôt ce Bataillon, voyant l'Escadron rester isolé, reprend ses armes et ouvre un feu violent. Le Capitaine Custine a son cheval tué et est blessé lui-même. Il continue à combattre, à pied d'abord et ensuite sur le cheval de son Maréchal-des-logis-chef, qui le lui abandonne généreusement, et est enfin dégagé par quelques troupes de la Division Richepance qui surviennent et s'emparent du village. Le Sous-lieutenant July est blessé d'un coup de feu au bras gauche; le Hussard Groffaut est blessé de coups de sabre sur la main droite et sur le bras, et fait prisonnier.

Le 10 juin 1800, le 5e Hussards est à l'Armée française en Allemagne (Moreau), Flanqueurs de la gauche (Général de Division Richepanse) chargés de bloquer Ulm pour un effectif de 429 Hussards répartis en 4 Escadrons (Nafziger - 800FCE; source : de Carrion-Nisas, Marquis, "Campagne des Francais en Allemagne, Année 1800", Paris, 1829).

Au mois de juillet, les Autrichiens battus dans de nombreuses rencontres et enfin à Hochstedt, Oberhausen et Feldkirch, se mettent en retraite sur l'Inn. Pendant cette période le Régiment est attaché au corps de blocus de la place d'Ulm et employé à la garde des points de passage du Danube.

L'armistice de Parsdorf est signé le 15 juillet. A cette date, le 5e Hussards (4 Escadrons) est à l'Armée du Rhin, Division Général de Division Richepanse (Nafziger - 800GBA).

L'armistice permet au Régiment de réparer les lourdes pertes qu'il a subies au cours de cette rude campagne. La Division Richepance, d'août à octobre, est placée au centre de l'armée qui doit opérer en Allemagne. Le 5e Hussards, à l'effectif de 582 hommes et 647 chevaux (dont 74 d'Officiers), fait toujours partie de cette Division.

"Revenus au camp sous Ulm, nous restâmes à bloquer cette place jusqu'au 15 juillet, jour où fut signé (à Porsdorf près Munich) une suspension d'armes. L'espoir d'une paix prochaine causa une grande joie dans toute l'armée. On envoya notre régiment cantonner à Viebelengen, petite ville du Wurtemberg, à quatre lieues de Stuttgardt.
Je fus logé chez un vieil apothicaire, mari d'une jeune et jolie femme qui l'avait épousé contre son gré. Je fus très mal reçu de monsieur, un peu mieux de madame. Les bourgeois devaient nous nourrir, et je fus admis à la table de mon apothicaire. On y faisait si maigre chère que malgré les beaux yeux de ma jolie hôtesse, je résolus de n'y plus reparaître. Je prétextai les exigences du service qui m'empêchaient de me rendre à l'heure des repas, espérant qu'étant servi seul et par la femme, je serais mieux traité. Mais le vieux grigou préféra changer l'heure de ses repas, et, malgré mes réclamations, l'ordinaire ne fut pas changé et resta le même pour toute la famille. J'étais très mécontent. Un soir on nous servit à dîner une grande jatte de caillé avec de la farine, ce qui faisait une pâtée fort peu appétissante. Je n'en voulus pas manger et je demandai autre chose. On me répondit qu'il n'y avait rien et que du reste c'était assez bon pour un Français. A ce mot, je prends le plat et lui jette tout le contenu à la figure. Voilà un homme furieux : il se met à la fenêtre et appelle au secours. Notre colonel qui logeait en face, chez le bailli, entend le bruit et envoie l'adjudant pour s'informer de ce qui se passe. L'adjudant ne put s'empêcher de rire de l'état de mon hôte qui était couvert de lait de la tête aux pieds. Comme il était de mes amis, je n'eus pas de peine à le mettre dans mes intérêts. Il fit comprendre à mon hôte que j'avais droit à plus d'égards, que j'avais rang de sous-officier, que tout sous-officier comptait pour quatre soldats et que, si je sortais de chez lui, on me remplacerait par quatre hussards. Cela ne faisait pas le compte de mon apothicaire qui devint plus traitable. Il consentit à me faire servir dans ma chambre, et, grâce à la bonne volonté de sa charmante épouse, je fis de bons repas. Celle-ci venait souvent me tenir compagnie, et bientôt notre entente fut si complète que je n'avais plus rien à lui demander.
Un mois après nous recevions l'ordre de partir pour aller aux avant-postes de l'autre côté de Munich. L'armistice avait été dénoncé et la guerre allait recommencer. Nous nous dirigions sur Augsbourg. J'avais appris par un de mes pays qu'il y avait dans cette ville un prêtre de Poitiers. Comme nous ne devions que traverser la ville, je demandai à mon colonel la permission de m'y arrêter. Il me l'accorda, avec quelque difficulté. En entrant en ville, je vis un prêtre assez mal vêtu: c'était un émigré français. Je l'arrêtai et lui demandai s'il connaissait l'abbé Cherprennet, et s'il pouvait m'indiquer son logement. — « Je le connais beaucoup, me dit-il, et si je n'étais pas obligé d'aller dire ma messe, je me mettrais de suite à votre disposition pour vous conduire auprès de lui. Indiquez-moi un endroit où je pourrai vous retrouver, et, après ma messe, j'irai vous rejoindre. » Dans la rue où nous étions se trouvait un café qui avait pour enseigne Café des Emigrés; je lui dis que je l'attendrais là. J'allai mettre mon cheval à l'écurie et j'entrai dans le café. Il était rempli d'émigrés et d'officiers de tous grades qui en passant étaient venus embrasser des parents, des amis éloignés de France depuis bientôt dix ans. J'assistai tout ému à plus d'une scène attendrissante.
L'abbé ayant dit sa messe vint me chercher et je me dirigeai avec lui vers la pension des prêtres français où il espérait trouver celui que je cherchais. A notre arrivée, je fus entouré de plusieurs prêtres qui pensaient avoir par moi des nouvelles de leur pays. l'appris que l'abbé Cherprennet était parti depuis quelques jours pour la Suisse. Comme je voyais qu'on allait servir à dîner, je demandai si je pouvais, en payant, m'asseoir à leur table, pensant que c'était une table d'hôte. On me dit que la table n'était point commune, que chacun se faisait servir suivant ses ressources, que je pouvais demander ce que je voudrais, qu'on me le servirait. Je priai alors mon guide et deux de mes interlocuteurs de vouloir bien accepter de dîner avec moi. — « Je suis, leur dis-je, un ancien serviteur de l'Eglise, les prêtres ont nourri mon enfance, et je serais heureux de rendre à quelques-uns d'eux les bienfaits que j'en ai reçus. » Ils acceptèrent très volontiers; car la plupart de ceux qui fréquentaient cette pension faisaient pauvre chère, faute de ressources. Je fis servir un bon dîner maigre, car c'était un vendredi, et la conversation s'engagea. Naturellement il ne fut question que des malheurs de la révolution et de la persécution de l'Eglise. Je ne pouvais pas en dire grand'chose, car pendant toute la terreur j'avais été hors de France. Pendant notre conversation, je voyais que tous les prêtres qui entraient dans la salle venaient faire un grand salut à l'un de mes convives; l'un d'eux eut à lui parler et le traita de monseigneur. J'appris de cette manière que je traitais un évêque, et je crus devoir m'excuser de la familiarité de mes manières avec lui. Mais il n'accepta pas mes excuses et me dit qu'il était au contraire très touché de mes bons procédés envers de pauvres prêtres qui probablement n'auraient jamais occasion de me rendre la politesse que je leur faisais. — « On nous fait espérer, continua-t-il, que d'ici quelque temps la religion catholique sera rétablie en France, et que nous pourrons rentrer dans notre pays, alors si le hasard voulait que nous nous rencontrions, soyez assuré que ce serait un grand bonheur pour moi de vous recevoir à ma table, dans mon palais épiscopal. » Je le remerciai de ses bonnes paroles, et le dîner continua gaiement, arrosé de quelques bouteilles de vin de France. Ma bourse était bien garnie et je ne l'épargnai pas, aussi je laissai ces bons prêtres fort contents de moi, et moi enchanté de l'accueil que j'en avais reçu.
Au départ, monseigneur m'avait donné sa bénédiction. — « Vous allez être exposé à toutes les misères qu'entraîne à sa suite le fléau de la guerre, puisse la bénédiction d'un vieillard vous porter bonheur. » Ces paroles me revinrent en mémoire, lorsque, ayant rejoint mon régiment, j'appris qu'une nouvelle suspension d'armes de quarante-cinq jours venait d'être signée à Hohenlinden (20 septembre 1800). On nous renvoya dans nos cantonnements, et j'allai reprendre mon logement chez mon apothicaire, au grand déplaisir du mari, mais à la grande joie de la femme qui continua de m'accorder ses bonnes grâces
" ("Mes Campagnes sous la République et l'Empire, 1791-1810, par Philippe-René Girault"; La Rochelle, 1884).

Les négociations pour la paix n'ayant pu aboutir, l'armistice est rompu et les hostilités reprennent en novembre. Moreau reprend le commandement de l'armée et marche sur l'Inn contre les Autrichiens commandés par l'Archiduc Jean. Le Régiment, entièrement reconstitué, va écrire de nouvelles pages de gloire dans son histoire.

Une situation non datée indique que le 5e Hussards est à l'Armée du Rhin (Moreau), Réserve (Moreau), Division Général de Division Richepanse, Brigade Durutte (Nafziger - 800XAA et 800XAC; pour la 2e, la source indiquée est : Pascal, A. "Histoire de l'Armée et de tous les régiments", Paris). Une autre, également non datée, donne le 5e Hussards à la Division Lapoype (Nafziger - 800XAB).

En novembre 1800, le 5e Hussards est à l'Armée du Rhin, Centre (Moreau), Division de Réserve d'Hautpoul, Brigade Lorcet (Nafziger - 800KAP).

"Au mois de novembre, nous rentrions en campagne. Par un froid très vif, on nous envoya bivouaquer dans les bois sur la route du Tyrol" ("Mes Campagnes sous la République et l'Empire, 1791-1810, par Philippe-René Girault"; La Rochelle, 1884).

Entre le 22 novembre et le 1er décembre 1800, le 5e Hussards est à l'Armée du Rhin (Moreau), Centre (Moreau), 2e Division Général de Division Richepanse; l'effectif est de 596 hommes pour 4 Escadrons (Nafziger - 800EAQ - Source : Picard : "Hohenliden").

Une autre situation datée du 22 novembre 1800, indique que le 5e Hussards est à l'Armée du Rhin (Moreau), Centre (Moreau), 2e Division Général de Division Richepanse avec un effectif de 582 hommes pour 4 Escadrons (Nafziger - 800KCG - source : de Carrion-Nisas, Marquis, "Campagne des Francais en Allemagne", Année 1800, Paris, 1829).

L'Historique régimentaire indique que le 10 frimaire an IX (1er décembre 1800), le 5e Hussards est à l'Armée du Rhin commandée par Moreau; le Régiment est au centre, commandé par Moreau en personne, 2e Division Richepanse; l'effectif est de 582 hommes pour 4 Escadrons.

"Le Ier décembre, avant le jour, nous entendons gronder le canon sur notre gauche. Nous montons à cheval et nous restons jusqu'au grand jour attendant des ordres. Nous venions de mettre pied à terre, lorsqu'une ordonnance nous fit remettre en selle et nous dirigea au plus vite vers le lieu du combat. En une heure et demie nous fîmes quatre lieues. On nous plaça sur un mamelon pour arrêter l'ennemi qui avait surpris nos troupes et les avait forcées de battre en retraite. On laissa avancer un peu les Autrichiens, puis on les chargea au moment où ils s'y attendaient le moins, attendu que nous étions cachés par un petit bouquet de bois. Comme il n'y avait que de l'infanterie, il leur fallut au plus vite se replier. Pendant ce temps notre infanterie se reforma et on continua toute la journée à tirailler.
Pendant le combat, le général Moreau vint visiter notre position; il n'avait avec lui que deux aides de camp et un trompette. Pour mieux découvrir les positions de l'ennemi, il se plaça sur la plus haute éminence du mamelon que nous occupions d'où l'on découvrait toutes les péripéties du combat. Sa présence fut sans doute remarquée par l'ennemi; car on tira à toute volée sur le point qu'il occupait. Le trompette qui était près du général fut tué, mais celui-ci ne se dérangea pas et continua à écrire sur son chapeau appuyé sur sa selle.
Le soir, on nous envoya dans un grand village sur la grande route où il y avait bien dix mille hommes de cavalerie. Après avoir pris notre position au bivouac, nous pénétrons dans le village pour tâcher de trouver du fourrage. Nous entrons dans la première maison, et nous prenons le chemin du grenier, lorsque nous sommes arrêtés par un dragon qui faisait bouillir la marmite pour son escouade. Il laisse sa cuisine pour défendre son fourrage, mais pendant qu'il était au grenier avec nous, un de nos camarades s'empare de la marmite, l'emporte au bivouac sans être aperçu des dragons et la cache sous quelques bottes de paille. Qui fut penaud ce fut notre dragon qui n'avait pu défendre son fourrage et qui se voyait enlever sa marmite. Elle était fort bien garnie. Toute la basse-cour de la maison y avait passé : quatre poules, une oie, force lard. Aussi nous fûmes bien joyeux, lorsque notre camarade nous fit part de sa capture. Mais il nous fallut user de prudence : les dragons bivouaquaient à côté de nous, et ils étaient en quête de leur marmite. Nous allions, chacun à notre tour, tirer un morceau de la marmite, en passant notre bras à travers la paille. Nous fîmes ainsi un bon dîner aux dépens des dragons qui mangeaient leur pain sec.
Le lendemain nous changions de position et toute l'armée se mettait en marche. On nous posta dans un bois à une lieue de là, avec ordre de n'en pas bouger. Il fallut alors, pour la nourriture de nos chevaux, recourir au fourrage ficelé, et aux rations d'avoine que nous portions avec nous depuis que nous étions en cantonnements. Sur le tantôt, la neige tomba en grande abondance et ne cessa pas jusqu'à la nuit, et il nous fallut la recevoir sur le dos sans pouvoir faire de feu, afin de ne pas déceler notre présence. Du point culminant où nous nous trouvions, nous apercevions mille et mille feux de bivouacs, qui, au milieu de la neige, nous présentaient un coup-d'oeil admirable. C'était l'armée autrichienne et l'armée française qui, dans une circonférence d'une lieue, étaient massées l'une devant l'autre prêtes à s'entre-choquer dans les défilés de Hohenlinden
" ("Mes Campagnes sous la République et l'Empire, 1791-1810, par Philippe-René Girault"; La Rochelle, 1884).

 

- Hohenlinden (3 décembre)

La Division Richepance acquiert beaucoup de gloire le 3 décembre à la bataille de Hohenlinden et son action particulière et décisive assure la victoire.
Le Régiment ne s'épargne pas, charge plusieurs fois et contribue à la prise de 80 pièces de canon. Il poursuit l'ennemi jusqu'à Haag et fait prisonniers la presque totalité du Régiment de Hussards de Ferdinand. Les actes de bravoure individuels se chiffrent par dizaines.

Le Brigadier Jojot, déjà cité au mois de juin pour son audace et son brillant courage, ne dément pas sa réputation. Il charge avec impétuosité sur un peloton de Cuirassiers autrichiens et fait deux Officiers prisonniers.

D'autres actions d'éclat, tout aussi extraordinaires et qui sont par la suite récompensées par la plus haute distinction honorifique, sont encore à ajouter à l'actif du 5e Hussards dans cette bataille mémorable : le Brigadier-trompette Blumelin (ou Jumelin selon Marcel Dupont) s'élance sur une batterie ennemie, sabre deux Artilleurs et ramène une pièce de canon. Le Hussard Loevenbruck, d'une famille de Lorraine, encore actuellement représentée au Régiment, tue deux canonniers dans une charge contre une batterie d'artillerie et avec l'aide de deux de ses camarades s'empare de deux bouches à feu.

Le Hussard Séguin, étant engagé dans un combat de tirailleurs, fait beaucoup de prisonniers et s'empare d'un obusier et de son attelage. Le Hussard Perrault s'empare d'un drapeau dans une charge (Désiré Lacroix : "Histoire anecdotique du drapeau français (9e édition, contenant la liste des noms de batailles approuvés par le Ministre de la guerre, pour être inscrits sur les drapeaux et étendards des corps de troupe de l'armée)", 1882) et peu d'instants après prend une pièce de canon.

Le Chef d'Escadrons Baron et le Capitaine Crabbé sont félicités par le Général en chef pour leur brillante conduite pendant la bataille; l'Adjudant Dufeay s'y fait également remarquer par son courage. Le Capitaine Hug a un cheval tué sous lui.

"ARMÉE DU RHIN.
LE GÉNÉRAL DE DIVISION CHEF DE L'ÉTAT-MAJOR-GÉNÉRAL, AU MINISTRE DE LA GUERRE.
Au quartier-général de Steyer, le 5 nivôse an IX de la République française, une et indivisible.
AFFAIRE DE HOHENLINDEN.
... Le général Richepanse donne des éloges ... au chef-d'escadron Baron, au capitaine Crabé, du 5e de hussards ...
" (Les Bulletins de la Grande armée : précédés des rapports sur l'armée française, depuis Toulon jusqu'à Waterloo, extraits textuellement du Moniteur et des Annales de l'empire : histoire militaire du général Bonaparte et de l'empereur Napoléon, avec des notes historiques et biographiques sur chaque officier. Tome 2 / par Adrien Pascal; cité par : de Carrion-Nisas, Marquis, Campagne des Francais en Allemagne, Année 1800, Paris, 1829).

Pendant cette glorieuse journée, le Lieutenant Brandmayer et le Brigadier Cornu sont tués; sont blessés le Capitaine Rockel (coup de sabre), les Maréchaux-des­logis Gruger (au cours d'une reconnaissance) et Drouard (coup de sabre à la tête) ainsi que le Fourrier Terrier (coup de sabre à la main droite).

"Une heure avant jour nous étions à cheval, et c'était bien le cas de dire : à cheval cavalier, la selle mouille. La neige tombait toujours, et il nous fallut rester là une heure à grelotter, n'ayant pour nous réchauffer que le peu d'eau-de-vie qui restait dans nos gourdes.
Au point du jour, il nous arrive un général qui donne ses ordres à notre colonel, et au même instant nous entendons de toutes parts la fusillade et la canonnade. Notre régiment fut envoyé pour soutenir l'attaque d'un de nos régiments d'infanterie qui était aux prises avec deux bataillons hongrois. Ceux-ci lâchèrent pied, laissant entre nos mains une cinquantaine de prisonniers. Ces prisonniers furent les bienvenus, car ils nous tirèrent pour un moment du champ de bataille où nous autres musiciens n'avions que faire. On nous ordonna de les conduire au quartier-général. Notre mission remplie, nous nous mîmes en quête d'une auberge pour déjeuner et nous chauffer, en attendant le résultat de la bataille. Nous étions encore à table, quand nous vîmes passer le général Moreau et tout son état-major, suivi de la légion polonaise nouvellement formée.
Ce fut, dit-on, cette légion qui décida du sort de la bataille, en s'emparant d'une batterie qui commandait le passage du défilé. Comme beaucoup de Polonais servaient dans l'armée autrichienne, mais contraints et forcés, la légion polonaise avait à sa suite des fourgons chargés d'uniformes et les prisonniers ou les déserteurs polonais qui voulaient s'engager étaient immédiatement habillés, incorporés dans la légion et menés de suite au combat contre ceux avec lesquels ils avaient combattu le matin. C'étaient de bons soldats, mais de grands pillards. On me montra deux frères qui servaient l'un dans la légion, l'autre dans l'armée autrichienne et que les hasards du combat avaient mis aux prises. Ils étaient prêts à se sabrer, lorsqu'ils se reconnurent. Ils s'embrassent. — « Veux-tu servir la France, dit l'un. — Je ne demande pas mieux, dit l'autre. » On se rend au fourgon des bagages, l'échange d'uniforme est bientôt fait. Il enfourche un cheval dont le cavalier venait d'être tué et les deux frères rejoignant leur escadron se mettent à charger l'un à côté de l'autre. Ils se distinguèrent si bien dans cette journée que tous deux furent faits brigadiers sur le champ de bataille.
Pendant ce temps, notre régiment, que nous avions essayé de rejoindre, prenait une part active à l'action sous les ordres directs du général de division Richepanse. Bloqué dans un petit bois, pendant deux heures, il parvint à faire une trouée parmi les ennemis et à rejoindre la division Grenier. Dans cette journée notre régiment se couvrit de gloire. Par une charge vaillamment conduite, il amena la déroute de toute l'aile gauche des Autrichiens et contribua ainsi puissamment au gain de la bataille de Hohenlinden, une des plus grandes batailles auxquelles j'aie assisté et qui eut lieu le 3 décembre 1800.
Les Autrichiens en fuite laissèrent entre nos mains quinze mille prisonniers, tout leur parc d'artillerie, quatre-vingts pièces de canons et trois cents caissons et voitures. Le lendemain assez tard nous pûmes rejoindre notre régiment qui avait été lancé à la poursuite de l'ennemi. Les routes étaient encombrées de voitures dont une grande partie étaient renversées pour laisser passage à l'artillerie. On ramassait beaucoup de prisonniers et de déserteurs, que l'on ne se donnait plus la peine de conduire. On se contentait de leur indiquer la route qui devait les mener au quartier-général
" ("Mes Campagnes sous la République et l'Empire, 1791-1810, par Philippe-René Girault"; La Rochelle, 1884).

Nouvelle action d'éclat dans les environs de Trauenstein le 20 frimaire (11 décembre). Le Bulletin de l'Armée du Rhin, rédigé par le Général de Division Dessoles, Chef de l'Etat-major de cette armée, et successivement adressé sous la forme de rapports partiels au Ministre de la Guerre, déclare :
"III. Rapport du 18 au 24 frimaire an IX (9- 15 décembre 1800).
L'ennemi tenait de position en position; le chef de brigade Marulas, commandant l'avant-garde, ordonna quatre charges consécutives sur la cavalerie ennemie; elles furent parfaitement exécutées, et valurent environ 300 prisonniers, parmi lesquels 100 dragons ou hussards. Le 5e de hussards se distingua
" (: de Carrion-Nisas, Marquis, Campagne des Francais en Allemagne, Année 1800, Paris, 1829).

Et le 25 frimaire (16 décembre). Le Bulletin de l'Armée du Rhin, rédigé par le Général de Division Dessoles, Chef de l'Etat-major de cette armée, et successivement adressé sous la forme de rapports partiels au Ministre de la Guerre, déclare :
"IV. Rapport du 24 frimaire au 4 nivôse an IX ( 15-25 décembre 1800).
Le 25 , la division du général Richepanse, qui , la veille, avait fait douze lieues pour se porter de Laufen sur Heimdof, où elle avait pris position à portée de pistolet des postes de l'ennemi, l'attaqua à la pointe du jour ... La droite de l'ennemi fut dans l'instant culbutée par cette attaque impétueuse , et abandonna sa position.
Ce succès fut si prompt, que la brigade du général Sahuc, qui suivait la grande route, et celle du général Lorcet, qui s'était dirigée sur la droite, eurent beaucoup de peine, malgré la vélocité de leur déploiement et de leur marche, à atteindre l'ennemi, qui, voyant sa droite renversée, se retirait avec précipitation ; cependant, comme le courage donne sûrement plus de jambes que la peur, dit, dans son rapport, le général Richepanse, toutes les brigades de la division s'engagèrent. Celle du général Lorcet, composée de la 8e demi-brigade de ligne, du 5e régiment de hussards et de 5 bouches à feu d'artillerie légère, commandés par le chef d'escadron Rouget, fit essuyer une perte considérable à l'ennemi; elle s'empara de 3 pièces de canon ; 2 avaient été démontées par nos canonniers, dont on ne peut assez vanter l'adresse, qu'en disant qu'elle égale leur courage. Le général Sahuc suivit, de son côté ... la grande route, avec tant de rapidité, jusqu'au delà de Straswalchen, que ce qui avait échappé de la droite et de la gauche de l'ennemi ne put pas rejoindre ce corps d'armée, et se jeta dans les bois; le résultat de ce combat fut de près de 2,000 prisonniers et de 3 pièces d'artillerie enlevées à l'ennemi
" (: de Carrion-Nisas, Marquis, Campagne des Francais en Allemagne, Année 1800, Paris, 1829).

 

- Combat de Schwandstadt (18 décembre)

La Division Richepance, ayant avec elle deux Escadrons du Régiment, poursuit avec la plus grande vigueur les Autrichiens qui essaient de l'arrêter à Schwandstadt. Ils ont posté aux abords de cette ville, de nombreuses troupes d'infanterie dans des bosquets et des abris naturels, et placé plus en avant 4000 hommes de cavalerie ayant devant eux une plaine favorable à leur action. La Division, déployée en bataille et ayant à sa gauche les Escadrons du Régiment, s'avance sans répondre au feu de l'ennemi jusqu'à trois cents pas de ses lignes. Chargée vigoureusement par la nombreuse cavalerie adverse, elle résiste au choc, reprend l'avantage et reste maîtresse de la position.

"Richepance débouche dans la plaine; sans s'inquiéter du feu par lequel il est accueilli, il avance toujours; un des bataillons de la 48e suit la route, menaçant Schwanstadt, l'autre se dirige audacieusement sur le centre de la ligne ennemie; Richepance place le 5e de hussards à la gauche du 1er bataillon, le 20e de chasseurs entre ce bataillon et celui qui traversait la plaine; le 1er de chasseurs tient l'extrême droite et le 10e de cavalerie suit en bataille. On approche dans cet ordre, sans tirer, à trois cents pas de la ligne ennemie ; la cavalerie autrichienne s'ébranle pour charger; mais l'aspect de cette fière infanterie qui s'avance sur elle, baïonnette baissée, lui fait perdre contenance, elle hésite, et bientôt prend la fuite. Chargée alors par notre cavalerie, elle laisse mille ou douze cents hommes sur le champ de bataille ou aux mains des vainqueurs" ("Traditions et souvenirs, ou Mémoires touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert (1783-1809)", par N.-J. Colbert, Mis de Chabanais, son fils. Tome 3).

"Le 18, il le bat à nouveau à Vocklamarkt et atteint dans la soirée Schwanenstadt (33 kilomètres), où il trouve 4000 cavaliers autrichiens rangés en bataille au nord delà ville; bien appuyés par l'infanterie, les 4 régiments dont dispose Richepanse (5e hussards, 1er et 20e chasseurs, 10e de cavalerie) mettent bientôt les escadrons ennemis en fuite, avec perte de 1 200 hommes" (Maurice Dumolin : "Précis d'histoire militaire : Révolution et Empire". Fascicule 7-8; H. Barrère, Paris, 1901-1913).

Pendant ce combat important, les Escadrons du 5e Hussards et ceux du 1er Chasseurs chargent trois Régiments de Cuirassiers autrichiens et leur font 600 prisonniers, succès très remarquable de cavalerie légère contre de la grosse cavalerie et un ennemi supérieur en nombre.

Le Régiment charge encore le même jour sur des Cuirassiers et des Hussards, les culbute dans les fossés de Schwandstadt et leur fait plus de prisonniers qu'il ne compte d'hommes à l'effectif. Ce résultat extraordinaire prouve l'ascendant des armes et la supériorité morale pris depuis le matin sur l'ennemi par le 5e Hussards. Ici se place un fait d'armes très à l'honneur d'une petite troupe de sept hommes : le brigadier Guillion et les Hussards Mia, Raisin, Seguin, Drouin, Héchard et Chevronnet, mettent pied à terre pour rétablir le pont de la Weckel brûlé par l'ennemi et assurer le passage de la Division. Mia et Drouin sont tués.

Encore à citer au Régiment à Schwandstadt : les Lieutenants July et Schentzel et le Sous-lieutenant Knepffer se font remarquer dans le combat. Le Maréchal-des-logis Stamb tue un Porte-étendard du Régiment Mayland-Cuirassiers et enlève son drapeau. Le Maréchal-des-logis-chef Chaput fait prisonniers plusieurs Officiers. Il est contusionné par un éclat d'obus. Le Hussard Jeannet est blessé dans une charge.

"Le 18, combat de Schwanstadt : la 48e demi-brigade et le 5e de hussards s'y couvrirent de gloire" (Manuel des braves, ou Campagnes des armées françaises en Irlande, en Italie, en Suisse et en Allemagne (Supplément)... Par MM. Léon Thiessé, Eugène B*** [Balland] et plusieurs militaires... T. VII; 1823).

Le Bulletin de l'Armée du Rhin, rédigé par le Général de Division Dessoles, Chef de l'Etat-major de cette armée, et successivement adressé sous la forme de rapports partiels au Ministre de la Guerre, déclare :
"IV. Rapport du 24 frimaire au 4 nivôse an IX ( 15-25 décembre 1800).
La 48e, qui, commandée par le chef de bataillon Sarret, formait la tête de la colonne, n'attendit pas l'arrivée de toute notre cavalerie pour s'engager dans la plaine, appuyée seulement du 5e de hussards et du 20e de chasseurs, que commandait le chef de brigade Marigny, et qui, ensemble, avaient à peine, dans ce moment, 400 chevaux ; deux bataillons débouchèrent, se formant en colonne serrée. L'une suivit rapidement la grande route pour menacer, à Schwanenstadt, la retraite de l'ennemi, renouvelant ainsi la manoeuvre qui venait de réussir à Voecklabruck; l'autre se dirigea audacieusement sur le centre de l'énorme ligne de la cavalerie ennemie ; la nôtre arrivait en même temps. Le général Richepanse la disposa dans le moment; il place le 5e de hussards à la gauche du bataillon qui suit la grande route, le 20e de chasseurs entre ce bataillon et celui qui traverse la plaine; le 1er de chasseurs tient l'extrême droite, et le 10e de cavalerie suit en bataille notre infanterie.
On approche, dans cet ordre, à trois cents pas de la cavalerie ; nos troupes sont accueillies par un feu nourri, auquel elles ne répondent pas. A. deux cents pas, la cavalerie ennemie s'ébranle pour nous charger; on double le pas pour lui éviter la moitié du chemin ; elle approche à cent pas, et, épouvantée de la hardiesse de notre marche, et surtout de la contenance de notre infanterie, elle volte; notre cavalerie se précipite au même instant sur elle, et fait un horrible carnage. Notre infanterie veut la suivre, et ce n'est qu'avec une peine extrême que les officiers parviennent à tenir les colonnes formées. Elles arrivent, percent, l'arme au bras, la mêlée, et parviennent sur les bords de l'escarpement que forme la rivière qui traverse Schwanenstadt; c'était là que, par une faute inconcevable, la cavalerie ennemie s'était adossée. Elle y fut abimée, et perdit de 1,000 à 1,200 hommes, tués ou prisonniers ; un chasseur du 20e s'empara d'un étendard des cuirassiers de Lorraine
" (: de Carrion-Nisas, Marquis, Campagne des Francais en Allemagne, Année 1800, Paris, 1829).

 

- Affaire de Lembach (19 décembre)

L'ennemi continue sa retraite précipitée et son arrière-garde est atteinte à Lembach par la Division Richepance. Dans ce combat, le 5e Hussards continue à se signaler par de glorieux faits d'armes et par des actions d'éclat dignes des précédentes dans cette campagne. Le Régiment charge les Hussards de Mezahaus et entre avec eux et des Uhlans dans le village de Lembach où il s'empare de deux cents voitures et de plusieurs caissons d'obus.

Le Chef d'Escadrons Evers, à la tête du 4e Escadron du Régiment, charge l'ennemi et le culbute sur deux Bataillons de manteaux rouges. Pendant l'action, le Lieutenant Epinger charge avec un peloton sur une pièce de canon soutenue par des Hussards de Mezahaus, sabre tout ce qui s'oppose à la prise de cette pièce et fait beaucoup de prisonniers. Epinger prend encore dans Lembach, après un combat où il montre le courage le plus brillant, six Officiers de Uhlans et en blesse quatre autres.

Le Maréchal-des-logis-chef Chabert fait prisonnier le Général Metzery commandant une Division ennemie. Il est récompensé par le grade de Sous-lieutenant. Le Maréchal-des-logis Wagner s'empare d'une pièce de canon et fait plusieurs prisonniers.

Le Hussard Loevenbruck, déjà cité à Hohenlinden, fait prisonnier le Prince Lichtenstein, Colonel du 2e Régiment de Uhlans. Le Brigadier Weyner s'empare d'un obusier et de ses servants. Le Hussard Cousin contribue à la prise d'une pièce de canon.

Le Brigadier Casbois et les Hussards Schlussel, Metzinger, Kuhnemann et Clément sont tués ; le Lieutenant Schentzel, le Brigadier Fournival et le Hussard Quinsé meurent de leurs blessures ; le Chef d'Escadrons Evers a reçu trois blessures ; les Sous-lieutenants Quack, Uhlmann et Knepffer, le Brigadier Richier et les Hussards Prout, Nogeon, Dupont-Villereau et Paumard sont blessés.

Le 5e Hussards, poursuivant l'ennemi, s'empare de Kienmunster le 20 décembre, y prend 16 canons et fait de nombreux prisonniers.

La Division Richepance prend la ville de Steyer le lendemain. Elle y trouve un parc d'artillerie et fait mettre bas les armes à 4000 hommes.

"Nous étions constamment sur les talons de l'ennemi qui ne s'arrêtait que lorsqu'il pouvait mettre, entre nous et lui, une rivière. Il en défendait alors le passage, pour laisser le temps d'évacuer ses bagages; mais, il avait beau faire, il nous en restait toujours une bonne quantité dans les mains. Il fut même obligé de nous abandonner ses magasins de réserve en fourrages, pains, farine, etc. Mais le tout était de si mauvaise qualité qu'on fut obligé de presque tout détruire.
Nous étions toujours d'avant-garde et en avance de deux jours de marche sur notre armée qui suivait la route de Vienne. Arrivés à la hauteur de Krems-Munster, nous trouvâmes l'ennemi en force et il nous fallut attendre notre artillerie pour le déloger de ses positions. Ce fut bientôt fait et la poursuite allait recommencer, lorsqu'un trompette autrichien, avec un parlementaire, se présenta à nos avant-postes. Dès que notre général en fut informé, il fit cesser le feu. Le parlementaire, qui venait traiter d'une suspension d'armes, fut conduit au général en chef qui était à plus de trois lieues en arrière.
A trois heures de l'après-midi, nous recevions l'ordre de prendre nos cantonnements et notre division fut dispersée dans tous les environs. Le général, l'état-major et notre musique furent logés dans le fameux couvent de Krems-Munster. Le soir, on fit de la musique, puis on nous servit un bon souper à la table que les généraux venaient de quitter. Le vin ne manquait pas. Le dépensier du couvent avait reçu l'ordre de nous en donner à discrétion. Il y avait longtemps que nous nous étions trouvés à pareille fête. Nous fîmes asseoir à notre table les frères servants qui étaient en même temps les musiciens du couvent. Nous les fîmes si bien boire qu'ils étaient presque tous ivres, quand il fallut aller se coucher
" ("Mes Campagnes sous la République et l'Empire, 1791-1810, par Philippe-René Girault"; La Rochelle, 1884).

L'armistice de Steyer le 25 décembre arrête les hostilités. Le Régiment est cantonné sur l'Ens. Son Colonel et le Général Sourcier s'occupent de sa réorganisation.

Le 5e Hussards, Brigade Walther, Division Richepance est encore au mois de janvier à l'Armée du Rhin sous les ordres de Moreau. Son effectif est de 33 Officiers, 853 hommes dont 588 présents, 525 chevaux de troupe et 68 chevaux d'Officiers. Il est selon l'historique régimentaire cantonné aux environs de Steyer et y reste jusqu'au traité de Lunéville, 9 février 1801. Le Dépôt, comprenant 241 hommes, est quant à lui successivement à Shüberdingen et à Tubingen.

"Notre régiment ayant reçu l'ordre d'aller prendre ses cantonnements en Styrie, nous nous dirigeâmes d'abord sur la capitale. Une colonne d'Autrichiens nous précédait sur la même route et elle était si fatiguée que nous ne pouvions aller qu'à petites journées. En arrivant à Gratz, nous trouvons la dite colonne en travers de notre chemin, les soldats couchés par terre. On leur donna deux heures pour mettre la ville entre eux et nous, et comme ils ne bougeaient pas, étant sans ordres, on les déclara prisonniers de guerre. Ordre ayant été donné aux fourriers d'aller faire le logement en ville, comme c'était mon tour d'en remplir les fonctions, pour la musique, nous traversâmes la colonne autrichienne qui était à peu près de 3.000 hommes d'infanterie. A la municipalité de la ville, nous trouvâmes les chefs de la colonne qui se faisaient distribuer des billets de logement pour eux et leur troupe. Mais quand ils apprirent que leurs soldats étaient prisonniers et que le même sort leur était réservé, ils s'empressèrent de décamper, laissant entre nos mains leurs billets de logement.
Notre régiment étant arrivé sur la place, on fit la distribution des billets. Les habitants nous firent bon accueil. Nous étions quatre musiciens logés dans une riche brasserie, ce qui n'empêcha pas de nous servir de bon vin à nos repas. Il y avait dans la maison quatre demoiselles, toutes plus belles les unes que les autres, portant le costume styrien qui a beaucoup de rapport avec celui de la Suisse, hors le petit bonnet qui forme comme le nid d'hirondelle et qui ne leur cache que le haut de la tête. Ces bonnets sont ornés de bijoux d'or ou d'argent et coûtent quelquefois jusqu'à vingt louis. Ces bonnets allaient parfaitement à nos jolies hôtesses, ainsi que tout leur costume qui est fort joli : la jupe courte, un bas bien tiré, un soulier très découvert, une jambe faite au tour, un corset qui leur fait une taille admirable et relève une gorge bien garnie, voilà certes de quoi réveiller un hussard à l'agonie. Aussi étions-nous très empressés auprès de nos hôtesses qui étaient pour nous aussi aimables que possible. Après souper on proposa de valser, ce qui fut accepté. L'un de nous qui n'était pas valseur se chargea de la musique, et nous voilà partis. Jamais de ma vie, je n'ai valsé avec plus de plaisir et avec de meilleures valseuses. A minuit nous dansions encore, lorsque la mère vint nous dire qu'il était l'heure de se séparer. Cependant, sur notre demande, elle consentit à laisser ses filles danser une styrienne. C'était une danse que nous ne connaissions pas. Aussi il fallut céder nos danseuses à des jeunes gens du pays. Jamais nous n'avions vu danser avec tant de grâce et d'entrain. C'était un spectacle vraiment admirable de voir ces belles jeunes filles se livrer avec un bonheur extrême au plaisir de leur danse nationale. Le lendemain matin nous disions adieu à nos hôtes qui nous avaient comblés d'amitiés. Ils ne connaissaient pas encore les Français, ils ne s'attendaient pas à les garder trois mois dans le pays; ils ne se doutaient pas que cette occupation devait les ruiner.
On nous fit prendre nos cantonnements tout à fait dans la montagne, à Ischel, un gros bourg qui tenait une lieue de long et dont presque tous les habitants étaient des fabricants d'ustensiles en fer, casseroles, gamelles, pelles, outils d'agriculture, etc. Un tout petit ruisseau faisait tourner dans toute l'étendue du bourg plus de trois cents roues. Aussi du matin au soir c'était un joli vacarme. Nous étions nourris chez l'habitant et fort bien traités en commençant. Le pays n'avait pas encore éprouvé le fléau de la guerre, mais les contributions, les réquisitions de toute espèce amenèrent bientôt la ruine de beaucoup de familles. J'étais logé chez un assez riche fabricant qui au bout d'un mois me disait : — « Si vous restez encore un mois nous sommes tous ruinés. » Et nous ne sommes partis qu'au bout de trois mois.
Pendant notre séjour dans ce village, je fis une vaillantise dont je me ressentis longtemps. Non loin de là se trouvait la montagne la plus élevée du pays dont le sommet était couronné d'un seul arbre. Un de mes camarades et moi nous pariâmes d'aller graver notre nom sur cet arbre. Le pari n'était pas considérable : quatre bouteilles de vin; mais nous ne croyions pas trouver d'aussi grandes difficultés. Il faisait un temps superbe, quoique très froid, avec un beau soleil. Pour atteindre le pied de la montagne, il nous fallut bien une demi-heure. Nous commençâmes à monter par une partie très boisée et ça alla bien tant que nous pûmes nous aider des arbres. Mais à moitié côte il n'y avait plus que de chétifs arbrisseaux que nous craignions d'arracher en nous y accrochant. Cependant nous ne pouvions plus reculer : nous aurions eu plus de difficultés pour redescendre que nous en avions eu pour monter. Après avoir repris haleine, et déjà tout en nage, nous continuâmes notre ascension. Bientôt les broussailles même disparurent. Il nous fallut escalader de grosses pierres accumulées les unes sur les autres et menaçant de s'écrouler sous nos pieds. Mais nous voyions de là le sommet dont nous n'étions plus qu'à une douzaine de toises; cela nous donna courage et après bien des efforts, après avoir risqué vingt fois de nous casser le cou, nous arrivâmes enfin au sommet.
Nous fûmes récompensés de nos fatigues par le splendide spectacle qu'il nous fut donné de contempler. Nous apercevions d'un côté tout le cours du Danube, qui était cependant à près de vingt lieues de nous, et de l'autre les montagnes de la Styrie, s'étageant les unes au-dessus des autres à des hauteurs bien plus considérables que celle où nous nous trouvions. Il ne nous fut pas difficile de trouver l'arbre unique qui se trouvait sur le plateau. C'était un vénérable sycomore, vieux sans doute de plusieurs siècles, et à moitié pourri. Après avoir inscrit nos noms sur l'écorce, nous nous mîmes à tenir conseil sur les moyens d'effectuer notre descente. Il ne fallait point songer à prendre le même chemin. Nous fîmes le tour du plateau pour chercher le passage le plus favorable; mais les pentes les moins abruptes se dirigeaient toutes du côté opposé à notre cantonnement et étaient couvertes de neige. Ayant aperçu une petite ravine, dans la direction de notre village, nous résolûmes de l'atteindre, en traversant le banc de neige qui nous en séparait. Nous voilà en route. La neige était d'abord assez solide pour nous porter, mais bientôt nous y enfonçâmes jusqu'aux genoux. Il nous fallut alors, à chaque pas, tirer une jambe pour la porter plus avant. Tantôt nous trouvons le solide et nous faisons trois ou quatre pas, puis nous enfonçons de plus belle. Heureusement que l'action que nous nous donnions nous échauffait beaucoup, sans quoi nous aurions bien pu geler. Enfin, après un travail bien pénible de plus d'une heure, nous parvenons à la ravine par laquelle nous espérions opérer notre descente. Quelle ne fut pas notre déception, lorsque nous découvrîmes que ce prétendu chemin n'était qu'un glacier par où s'écoulaient les eaux des fontes de neige. Nous ne pouvions nous aventurer ni à droite ni à gauche, craignant de trouver quelque précipice caché sous la neige. Que nous restait-il à faire ? Mon camarade proposa de nous mettre sur notre derrière et de nous laisser glisser jusqu'au bas de la ravine, et, donnant l'exemple, il se lança courageusement et fut assez heureux pour arriver jusqu'en bas sans accident. Mais moi j'avais la tête moins solide, le vertige me prenait d'avance, et cependant comme il n'y avait pas d'autre parti à prendre, il fallut me décider. Me voilà lancé sur mon derrière, mais la tête me tourne aussitôt, je roule comme une boule, et j'arrive en bas la tête la première dans un état déplorable et ayant perdu connaissance. Mon camarade me crut mort. Il me fit revenir à moi en me frottant la figure avec de la neige. Il m'aida à m'asseoir et chercha à étancher le sang qui me couvrait la tête et la figure. Cependant, quelque faiblesse que je ressentisse, nous ne pouvions rester là. Il fallait nous remettre en route. Nous avions vu de la montagne une ferme qui devait se trouver à peu près en face de nous. C'est vers ce côté que nous nous dirigeâmes. Il nous fallait encore descendre un petit coteau sans chemin frayé; mais comme il n'y avait pas beaucoup de neige, mon camarade me soutenant, nous pûmes rejoindre un sentier que les bestiaux prenaient pour aller paître dans la montagne, puis nous suivîmes un chemin qui nous mena droit à la ferme.
Nous y trouvâmes un maréchal des logis et un hussard qui y étaient logés. Nous racontâmes notre aventure. On ne voulait pas y croire, jamais de mémoire d'homme on n'avait entendu dire dans le pays que quelqu'un fût monté au sommet de la montagne. On nous prodigua tous les soins possibles; on me bassina la figure et la tête et on me mit des compresses; puis on nous servit à dîner. Nous n'avions rien pris depuis notre départ, le matin à neuf heures; mais je ne pus manger et je ne demandais qu'à me coucher. On n'avait point de lit à nous offrir, et, comme nous n'étions qu'à une demi-lieue de notre village, le maréchal des logis fit seller deux chevaux et le hussard nous conduisit chez nous.
Tous nos camarades étaient fort inquiets, et nous les trouvâmes qui nous attendaient à mon logement, pour se faire raconter notre histoire. Je laissai ce soin à mon compagnon et je m'empressai d'aller me mettre au lit. Dès le lendemain matin ma chambre était envahie par une foule de visiteurs qui voulaient connaître par moi-même notre aventure. J'eus même dans l'après-midi la visite du colonel avec le grand bailli chez lequel il était logé. Après m'avoir tancé sur mon imprudence, il envoya chercher le chirurgien-major et me fit panser sous ses yeux. Les blessures n'étaient pas graves et au bout de huit jours il n'y paraissait plus. Mais la mémoire de notre ascension s'est conservée dans le pays et se répandit même au loin; car elle fut racontée par le gazetier de Salzbourg, sur une de ses feuilles que l'on me fit lire.
Nous passâmes gaiement le carnaval dans notre village. Nous avions accaparé toutes les filles que nous faisions danser, au grand déplaisir du curé qui monta en chaire pour leur défendre de partager nos divertissements. Quelques-unes obéirent, mais le plus grand nombre nous restèrent. Aussi après notre départ le curé eut-il à baptiser beaucoup de petits Français. C'est tout ce que nous laissâmes dans le pays que nous avions ruiné par les réquisitions et les contributions
" ("Mes Campagnes sous la République et l'Empire, 1791-1810, par Philippe-René Girault"; La Rochelle, 1884).

 

b/ Rentrée en France du Régiment.

Hussard, 5e Régiment 1802
5e Hussards, 1er vendémiaire an XII (24 septembre 1803) d'après Lienhart et Humbert, tome 4, planche 71

"Au mois de mars nous reçûmes l'ordre de rentrer en France. Quel bonheur de revoir notre pays ! Mais nous étions encore loin de la frontière ! Tout d'abord nous fîmes trente lieues d'une seule traite. Puis on nous fit rétrograder jusqu'à Wels. Le bruit de la reprise des hostilités commençait à courir, lorsque nous apprîmes que nous attendions une colonne de nos prisonniers de guerre qui nous étaient rendus et que nous devions protéger, puisque nous formions l'arrière-garde. Au bout de trois jours la colonne, composée de trois mille hommes, arriva. Quelques hussards de notre régiment qui se trouvaient dans les prisonniers rentrèrent dans les rangs bien contents. On nous fit suivre la colonne à travers la Bavière, à un jour de distance, jusqu'à Augsbourg. Là on nous fit cantonner pendant huit jours dans les villages aux environs de la ville, pour laisser passer toute l'infanterie, puis à notre tour nous nous mîmes en route à travers le Wurtemberg.
En passant à Ludwigsbourg, résidence d'été du roi, je fus logé chez une française émigrée qui s'était mariée avec un des premiers écuyers du roi. Elle me fit causer de la France et me parla de la Révolution et de l'émigration. Je lui racontai alors que l'année précédente j'avais favorisé la rentrée en France d'un émigré et de sa femme. Elle me demanda leur nom, et comme je le lui dis, elle m'apprit que c'était elle qui leur avait donné les moyens de gagner la frontière, chose qu'elle avait faite pour beaucoup d'autres émigrés. Cette dame fut enchantée, lorsque je lui dis que son protégé avait eu le bonheur de trouver dans notre colonel un de ses anciens camarades de collège et qu'il lui avait procuré toute facilité pour rentrer en France. Après une pareille confidence, je n'ai pas besoin de dire si je fus bien traité dans la maison. Comme son mari était absent, mon hôtesse voulut me faire elle-même les honneurs du château royal qu'elle me fit visiter dans toutes ses dépendances, ainsi que le parc et la ménagerie qui était fort curieuse. Le soir on me fit dîner en compagnie de femmes charmantes qui parlaient toutes en très bon français. Je crois qu'on me choisit le meilleur lit de la maison, car j'étais couché comme un prince. A mon lever, je trouvai un bon petit déjeuner tout prêt et je partis comblé d'honnêtetés par mon hôtesse et moi me confondant en remerciements
" ("Mes Campagnes sous la République et l'Empire, 1791-1810, par Philippe-René Girault"; La Rochelle, 1884).

Voici la composition théorique d'un Régiment de Hussards en avril 1801 (d'après Rigo, in Tradition N°66-67) :
- Etat-major : 1 Chef de Brigade, 3 Chefs d'Escadrons, 1 Quartier-maître trésorier, 2 Adjudants-majors, 1 Chirurgien-major, 1 Chirurgien aide-major, 2 Adjudants sous-officiers, 1 Brigadier-trompette et 4 Maîtres ouvriers (sellier, tailleur, armurier, bottier), sans oublier les enfants de troupe (L'arrêté des Consuls du 26 juillet 1800 accepte deux enfants de troupe par Compagnie, soit un total de 16 pour un Régiment de Hussards. Ils sont issus du mariage légitime d'une blanchisseuse ou d'une vivandière avec un militaire en activité. Agés au minimum de 2 ans, ils sont proposés par le Chef de Brigade et admis par l'Inspecteur aux revues. Leur instruction est dirigée par un Lieutenant, ou un Sous-lieutenant, assisté de 2 Maréchaux-des-logis et de 4 Brigadiers désignés par le Conseil d'administration. A l'âge de 16 ans, chaque enfant de troupe peut contracter un engagement. Ceux qui ont appris la musique peuvent entrer dans la fanfare du Régiment dès l'âge de 14 ans.).
- Chaque Escadron est composé de 2 Compagnies qui comprennent chacune : 1 Capitaine, 1 Lieutenant, 2 Sous-lieutenants, 1 Maréchal-des-logis-chef, 4 Maréchaux-des-logis, 1 Brigadier-fourrier, 8 Brigadiers, 2 Trompettes et 84 Hussards. Ce qui donne un effectif total de 43 Officiers et 807 hommes.

Ces chiffres seront rarement atteints : ainsi, en mai 1801, le 5e Hussards ne comprend que 427 hommes.

"Quelques jours après nous traversions le Rhin à Manheim (mai 1801), faisant des voeux pour ne plus le repasser, voeux qui ne furent pas exaucés pour le malheur des Allemands et pour le nôtre. Notre régiment fut envoyé en garnison à Bonn sur le Rhin, jolie petite ville, résidence de l'ex-électeur de Cologne. Les habitants nous firent d'abord un assez mauvais accueil: ils ne pouvaient nous pardonner d'avoir chassé l'électeur et sa cour qui les faisaient vivre. Mon camarade et moi nous étions logés chez le boucher du ci-devant électeur qui nous reçut fort mal. Mais si nous étions mal vus des hommes, il n'en était pas de même des femmes, et s'il me fallait raconter toutes les aventures galantes qui charmèrent le temps de notre garnison à Bonn, j'en aurais long à dire. Aussi ne faut-il pas trop s'étonner de la haine que nous portent les Allemands. Ils ne peuvent nous pardonner d'avoir pendant vingt ans caressé à leur barbe leurs femmes et leurs filles.
Pour comble de bonheur, on nous paya tout notre arriéré de solde et je me trouvai en possession d'une trentaine de louis. Je m'empressai de me nipper. J'achetai du linge et des habits bourgeois. Sous l'habit bourgeois j'étais plus libre, c'était moins compromettant pour les Allemandes qui voulaient bien m'accorder leurs faveurs. Pendant plusieurs mois, ce fut une bombance continuelle et pour ainsi dire sans bourse délier, ces dames faisant les frais de tous nos plaisirs. Aussi que de pleurs versés lorsqu'un ordre de départ vint interrompre nos aventures amoureuses. Je n'en fus pas trop fâché, car ma dernière liaison commençait à prendre un caractère trop sérieux. C'était une jolie boulangère, ayant un bon établissement, et il ne tenait qu'à moi d'entrer en possession de l'une et de l'autre, on m'y sollicitait. Pour consoler la belle, il fallut bien lui faire la promesse de revenir; mais je partis bien résolu à ne pas me mettre dans le pétrin. C'était à Metz que nous allions tenir garnison. Nous voilà donc en route pour la France, à ma grande joie, moi qui n'avais pas vu mon pays depuis sept ans.
Après quelques jours de marche, nous fûmes logés dans un village où je crus me souvenir d'avoir déjà passé. En arrivant à la maison que me désignait mon billet de logement, je reconnus en effet la chaumière où huit ans auparavant, comme je l'ai raconté, j'avais conduit une vache pour remplacer celle qui avait été prise. Comme il y avait déjà quelque temps que les habitants n'avaient logé de troupes, nous fûmes assez bien reçus, mon camarade et moi. On nous fit dîner à table avec toute la famille. Le repas fini, la conversation tomba sur les malheurs qu'ils avaient éprouvés pendant la guerre. — « Les Français nous ont bien fait du mal, nous dit le père, et nous les avons bien souvent maudits, à l'exception d'un brave homme à qui nous devons bien des obligations, mes petits enfants surtout, à qui il a certainement sauvé la vie. Les Français, en abandonnant notre pays, avaient reçu l'ordre d'emmener tout le bétail. Nous n'avions qu'une vache, qui était notre seule ressource pour élever nos enfants. Le brave Français qui logeait chez nous fit tout son possible pour nous la conserver; mais, malgré ses efforts, on nous l'enleva, et il nous quitta plongés dans le désespoir. Quelles ne furent pas notre surprise et notre joie, lorsque nous le vîmes revenir quelques instants après avec une vache qu'il conduisait par les cornes. — Tenez, mes braves gens, nous dit-il, voilà pour remplacer celle que l'on vous a prise. — Puis, sans nous laisser le temps de le remercier, il courut rejoindre son régiment. Nous pensons souvent à lui, et je raconte souvent à nos enfants l'histoire de la vache qui leur a conservé la vie, particulièrement à mon plus jeune qui n'avait que trois mois et que sa mère ne pouvait plus nourrir, son sein s'étant tari à la suite des émotions que lui avait causées l'invasion des Français. C'est en souvenir de notre sauveur que je vous fais aujourd'hui bon accueil, n'espérant jamais pouvoir lui témoigner à lui -même notre reconnaissance. »
Le récit du bonhomme m'avait émotionné et je sentais les larmes me monter aux yeux. Pour les dissimuler, je pris le plus jeune des enfants sur mes genoux et je l'embrassai de bien bon coeur. Mais cela ne fit qu'augmenter mon émotion et tout le monde s'aperçut de mes larmes. — « C'est lui, c'est lui, » s'écrie-t-on autour de moi, et c'est suffoqué par l'émotion que je puis leur dire: — « Oui, c'est moi, mes amis. » Ce fut alors une explosion de joie. Tout le monde vint m'embrasser. Je leur rappelai toutes les circonstances de l'événement. Chacun en raconta un épisode et comme mon récit et le leur concordaient parfaitement, ils furent bien convaincus qu'ils avaient devant eux celui qu'ils appelaient leur sauveur. Ces bonnes gens ne savaient comment me prouver leur joie et leur reconnaissance. Toute la famille se rassembla. On envoya chercher du vin de France, quoiqu'il fût fort cher, et l'on trinqua en me souhaitant toutes sortes de prospérités en récompense du service que je leur avais rendu.
Nous partions le lendemain matin de bonne heure; mais à notre lever nous trouvâmes servi un bon déjeuner où assista encore toute la famille. Puis on vint nous faire la conduite. Après s'être embrassés, au moment de se quitter, le chef de la famille me présenta une petite bourse, en me disant: — « Vous nous feriez grand plaisir, si vous vouliez accepter ce faible gage de notre amitié et de notre reconnaissance. » Je le remerciai en lui disant que je n'avais pas besoin d'argent, et je lui montrai ma ceinture qui était assez bien garnie. — « Je suis assez payé, lui dis-je, par toutes les amitiés que vous m'avez témoignées et c'est moi qui devrais vous remercier pour avoir mis dans ma vie un souvenir qui ne s'effacera jamais. » La trompette sonne. On s'embrasse une dernière fois. Je monte à cheval et vais prendre mon rang.
Mon histoire avait fait quelque bruit et était venue aux oreilles du colonel. A quelque distance du village, le colonel s'approche de la musique et demande : - « Quel est donc l'homme à la vache. » Tous mes camarades me désignent. — « Arrivez donc là me conter votre histoire. » Et me voilà à la tête du régiment, alignant mon cheval sur celui du colonel, et lui racontant l'événement dont j'avais été le héros. Après m'avoir félicité de ce qu'il voulut bien appeler ma bonne action, il me fit causer de mes campagnes. Il parut s'y intéresser vivement; car, pendant toute l'étape, il me garda près de lui. Il n'avait point fait les premières campagnes de la Révolution. Il m'interrogea sur beaucoup de choses que j'avais vues et sur les généraux que j'avais connus, et il ne se lassait pas de m'entendre.
- « Comment se fait-il, me dit mon colonel, puisque vous avez le goût de l'état militaire, que vous restiez simple musicien. Il y a dans l'armée beaucoup d'officiers qui n'ont pas plus d'intelligence et d'instruction que vous et qui ont beaucoup moins de bons états de service. Dès demain, si vous le voulez, je vous nomme sous-officier dans un escadron, et, à la première campagne, je vous garantis l'épaulette. — Je vous remercie, mon colonel, la même proposition m'a été déjà souvent faite. Beaucoup de mes camarades sont devenus officiers. Bien peu ont eu à s'en féliciter. La plupart ont mordu la poussière sur les champs de bataille. Parmi ceux qui restent, il en est qui envient mon sort. Je suis presque indépendant. Si je ne me plais pas dans un régiment, je puis en changer. Quant à la solde, j'ai plus de reste qu'un officier. Je suis sujet à moins de dépense et ma paye est aussi forte. En temps de guerre, l'officier sans fortune vit aux dépens de l'ennemi et économise son traitement, souvent par force, car il n'est pas toujours payé; mais en temps de paix, l'officier qui n'a que sa paye, ne peut être heureux. Il est astreint à trop de dépenses, surtout dans les hussards. Aussi s'il veut faire figure comme les autres, il fait des dettes, ou, s'il vit à l'écart, il passe pour un hibou. Je vous remercie bien, mon colonel, de vos bonnes intentions ; mais musicien je suis et musicien je resterai. — C'est votre affaire et soyez sûr que je ne vous en estime pas moins. » Sur ces paroles, le colonel me laissa pour se mettre à la tête du régiment qui arrivait à son gîte d'étape
" ("Mes Campagnes sous la République et l'Empire, 1791-1810, par Philippe-René Girault"; La Rochelle, 1884).

"Par arrêté du 26 juin 1801, les régiments de Hussards, à l'exception du 7me bis, ont 3 chefs d'escadrons au lieu de 2. L'un de ces trois chefs d'escadrons est chargé de la police et de la discipline, ainsi que de la surveillance de tout ce qui concerne l'habillement et l'équipement" (in La Giberne, 2e année, N°4, page 126).

Le Régiment revient en France et arrive le 31 juillet 1801 à Metz où il tient garnison.

"Quelques jours après nous arrivions à Metz, notre garnison, après avoir parcouru un pays dévasté par les premières guerres de la Révolution. On nous caserna au fort où logeaient aussi les officiers et même le colonel. On nous donna quatre chambres pour notre musique qui n'était pas nombreuse : nous n'étions que seize, quatre par chambre. Il nous fallait vivre maintenant à nos dépens. Heureux ceux qui avaient su se conserver quelques sous. Grâce au ciel, j'étais du nombre, mesdames les Allemandes m'ayant économisé bien des dépenses. Je trouvai établis à Metz.plusieurs de mes anciens camarades, et grâce à eux je fis quelques bonnes connaissances dans la meilleure société. Il y avait si longtemps que j'avais séjourné en France que je trouvais tout extraordinaire d'entendre parler tout le monde français, et pour la première fois je m'apercevais que l'on n'est heureux que dans son pays. J'en étais sorti si jeune que je n'avais plus aucune notion de la France. Les jours heureux et paisibles que je coulais à Metz réveillèrent mon patriotisme. Je songeais souvent à mes parents, à Poitiers, ma ville natale, que je n'avais pas vus depuis bientôt onze ans. Le désir de les revoir me hantait souvent. Un événement inattendu me mit à même de réaliser ce désir" ("Mes Campagnes sous la République et l'Empire, 1791-1810, par Philippe-René Girault"; La Rochelle, 1884).

A Metz, le 5e Hussards reçoit en septembre les armes d'honneur méritées pendant la dernière campagne et demandées au Ministre par le Chef de corps et le Général Inspecteur. Suivent les noms de ceux à qui cette distinction honorifique, unique à cette époque dans l'armée est donnée en récompense d'actions d'éclat :
Un sabre : Capitaine Crabbe, Lieutenant Epinger, Sous lieutenant Abbénésius, Sous-lieutenant Pernet, Sous lieutenant Chabert, Sous lieutenant Bosse, Maréchal-des-logis Richard, Maréchal-des-logis Fuchs, Maréchal-des-logis Wagner, Maréchal-des-logis Ricommann, Maréchal-des-logis Muller.
Un mousqueton : Brigadier Jojot, Hussard Loewenbuck, Hussard Bion, Hussard Perrault, Hussard Seguin.
Une trompette : Brigadier-trompette Blumelin, Trompette Mallinger.

En septembre 1801, chaque Régiment doit avoir un Artiste vétérinaire.

Le 10 octobre 1801 (18 vendémiaire an X), l'article 13 d'un Arrêté des Consuls établit la formation d'une Compagnies d'élite dans la cavalerie : "La 1re compagnie du 1er escadron de chaque régiment de cavalerie, dragons, chasseurs et hussards, prendra le nom de compagnie d'élite.
Cette compagnie sera formée d'hommes choisis dans tout le corps, conformément aux instructions que donnera le ministre de la Guerre
". Précisons que cette "compagnie d'élite (sera) composée des hommes les plus braves de chaque régiment. La première compagnie est dissoute. les autres seront mises sur le plan de paix à raison d'un maximum de soixante hommes, la moitié seulement sera montée, les musiques seront supprimées ... A vrai dire, elle n'ont jamais été règlementaires ! Le premier escadron sera composé de la compagnie d'élite et de la 5e compagnie. Le deuxième escadron comprendra la 2e et la 6e compagnie. Le troisième escadron sera formé des 3e et 7e compagnies et enfin, le quatrième escadron sera composé des 4e et 8e compagnies" (Rigo, in Tradition N°66-67). Chaque chef d'Escadrons commande 2 Escadrons (A. Pigeard in Tradition N°140).

En application de l'article 11 de l'Arrêté de l'An X, sur la nouvelle organisation de l'armée, les Compagnies de Hussards ont, y compris la Compagnie d'élite : 1 Capitaine, 1 Lieutenant, 2 Sous-lieutenants, 1 Maréchal-des-Iogis chef, 4 Maréchaux-des-logis, 1 Brigadier fourrier, 8 Brigadiers, 86 Hussards montés, 10 Hussards non montés, 2 Trompettes ; soit un total de 116 hommes. Les marques distinctives sont réglées en fonction de l'article 6 de l'Arrêté du 4 thermidor An X : après 10 ans de service révolu, haute-paie de 1 franc par mois et 1 chevron de laine rouge ; apres 15 ans, 1 franc 50 et 2 chevrons ; après 20 et jusqu'à 25, 2 francs et 3 chevrons. Après 25 ans de service effectif révolu, ces militaires sont, par le seul fait de la durée de leurs services, susceptibles d'être admis dans la Légion d'honneur. Les Arrêtés du 8 vendémiaire An X (article 15) et 20 vendémiaire An XI prévoient que les Sous-officiers et soldats composant les Compagnies d'élite auront droit à cinq centimes de haute paie par jour.

"Par ordre du premier consul, toutes les musiques de cavalerie furent réformées. Comme c'étaient les officiers seuls qui payaient la musique et qu'en garnison ils avaient besoin de toute leur paye, notre licenciement fut accepté avec joie par la majeure partie du corps d'officiers, composé d'Allemands sans fortune. D'après notre engagement, on ne pouvait nous renvoyer qu'après trois mois; mais, d'un commun accord, il fut convenu que nous partirions au bout d'un mois, c'est-à-dire au commencement de décembre. Le 8 décembre 1801, je reçus mon congé" ("Mes Campagnes sous la République et l'Empire, 1791-1810, par Philippe-René Girault"; La Rochelle, 1884).

Hussard 5e Hussards, 1804-1805
Hussard du 5e Hussards à la fin du Consulat, début de l'Empire, d'après Nicolas Hoffmann (Copyright Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library)

Le 5e Hussards forme Brigade au mois de janvier 1802 avec le 6e Hussards en garnison à Sarrelibre. Il est compris dans la troisième Division militaire dont le quartier-général est à Metz.

Le Général de Division Ney inspecte le Régiment le 6 février. L'effectif est alors de 28 Officiers, 638 hommes et 573 chevaux. L'Inspecteur constate le mauvais état de l'habillement et du harnachement. L'armement est incomplet, il manque des sabres. Le Général Ney ordonne la création d'une école de lecture, d'écriture et de calcul, ainsi que la rédaction d'un historique très détaillé du Régiment pendant la dernière campagne.

Le 5e Hussards se réorganise en novembre 1802 conformément à l'arrêté consulaire du 16 octobre 1801. Les cavaliers en excédant de l'effectif de paix sont rayés des contrôles et renvoyés dans leurs foyers. Le nombre des chevaux de troupe est augmenté et l'on s'efforce d'arriver au complet. Les chevaux d'Officiers en excédant ne reçoivent plus de rations. La musique est très réduite, suivant les termes de ce même arrêté. On lit même dans La Giberne, 2e année, N°5, page 155 : "Bonaparte supprime les musiques de cavalerie".

D'après l'Etat militaire de l'an X (1802), le 5e Hussards est à Metz. Les cadres du Régiment sont constitués de la manière suivante :

- Etat major : Chef de Brigade Schwarz; Chefs d'Escadrons Evers, Maignet, Domon, N; Quartier maître trésorier Andrieux; Officier de santé Liéger.
- Capitaines : Schwab, Muller, Ressejac, Kerblin, Mayer, Rinck, Custine, Crabbée.
- Lieutenants : Corbineau, Fague, Discher, Lemir, Drouard, July, Quack, N.
- Sous lieutenants : Siercher, Schultz, Steib, Dumoulin, Knopffer, Ville, Epinger, Misselet, Albenetine, Schmit, Thomas, Hutz, Moeser, Duplessis, Oldonneil.

Le Capitaine Vanot est Capitaine Adjoint à l'Etat-major de l'Armée.

Bonaparte prépare l'organisation de l'Ordre de la Légion d'honneur. Il avise à la date du 25 janvier le Chef d'Escadrons Evers et le Lieutenant Thézon, blessés en plusieurs circonstances, qu'ayant reçu pour eux une demande d'armes d'honneur, il a décidé qu'ils feraient partie de la première promotion du nouvel ordre dès que son organisation serait terminée.

Au mois de mai et au moment de la rupture de la paix d'Amiens, les trois premiers Escadrons du Régiment sont envoyés à l'Armée de Hanovre. Le 4e Escadron est détaché à l'Armée de Hollande à Breda. Cet Escadron composé de recrues, mal habillé et mal armé, est incapable, suivant le Général de Brigade Osten qui l'a inspecté, de prendre part à une opération de guerre. Le Dépôt reste à Metz.

c/ Expédition du Général Decaen en Inde (1802)

A la suite du Traité d'Amiens, conclu avec la Grande-Bretagne, la ville de Pondichéry et les comptoirs français en Inde, occupés depuis 1794 par les Britanniques, doivent être remis à la France. Le 15 avril 1802, Bonaparte avise le Ministre de la Marine, Denis Decrès, que "nous devons prendre possession des Indes ... dans les six mois de la ratification du traité au plus tard" (Correspondance de Napoléon, VII, 435). Un expédition est ainsi organisée pour isser le drapeau tricolore sur Pondichéry et les comptoirs de l'Inde, sous la direction du Général de Division Charles Mathieu Isidore Decaen. Parmi les troupes de cavalerie figurent, d'après un rapport d'inspection des hommes du 5e Hussards, détachés pour l'expédition, arrivant habillés et équipés (AG, Xi, 4, Inspecteur aux revues au citoyen Petit, 10 thermidor an 10 (28 juillet 1802); Mémoires et journaux du général Decaen, II, 266, 278; Correspondance de Napoléon, VII, 524).

d/ Le 5e Hussards en Hanovre

Colonel Schwarz, 5e Hussards, 1806 Hussards, 5e Hussards, début de l'Empire Colonel, 5e Hussards, 1799-1806
Fig. 1 François Xavier Baron de Schwarz, Colonel du 5e Hussards, 1799-1806 (extrait de "Nos vieux Houzards" - collection de l'auteur)
Extrait d'une oeuvre signée Neltner. Ecole allemande du 19e siècle. «Cavalerie françoise». Dessin à la plume, gouache et réhauts à l’or, représentant l’uniforme de la cavalerie française sous l’Empire (hussards). 15 x 11,5 cm. Ancienne collection du prince de Monaco, vendue le 16 novembre 2014. En arrière plan sont visibles des Hussards du 5e Hussards, avec la pelisse chaussée, coiffés d'un shako analogue à celui porté par le Hussard figurant sur le portrait du Colonel Schwarz
Portrait du Baron de Schwarz, d'après Ernest Fort (1868-1938) : "Uniformes des hussards sous la 1ère République, le 1er Empire et la Restauration II - 5e à 13e hussards"; Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945), PETFOL-OA-490(2); ce dessin a pour source le tableau de Revel se trouvant dans la salle d'honneur du Régiment, offert par le fils du Baron de Schwarz (Communication Bucquoy)
Colonel 5e Hussards Colonel 5e Hussards, 1803
Colonel Schwartz d'après M. D. Mac Carthy (Carnet de la Sabretache N° Spécial de 1971); la source indiquée est le tableau représentant le Baron de Schwartz Colonel, 5e Hussards, 1806, d'après Louis de Beaufort (Le Briquet 1973, N°1); la source indiquée est "Portrait du Baron de Schwarz, Colonel du 5ème Hussard de l799 à 1806" Colonel Schwarz en avant de Stettin; dessin de J. Girbal pour le docteur Hourtoulle (Soldats et Uniformes du Premier Empire, planche 11)

 

Hussard, 5e Régiment 1802 Officier 5e Hussards, 1803 Officier 5e Hussards, 1803 Officier 5e Hussards, 1803 Officier 5e Hussards, 1803
Officier du 5e Hussards, 1er vendémiaire an XII (24 septembre 1803) d'après Lienhart et Humbert, tome 4, planche 71
Officier du 5e Hussards, 1803, d'après le dessin 26 du Manuscrit d'Alsace. Document provenant de la Collection Knötel, à Rastatt; dessin signé en apparence W. D. mais en fait R. F. pour Roger Forthoffer (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer)
Officier du 5e Hussards, 1803, d'après le dessin 26 du Manuscrit d'Alsace. Copie de Klaus Tohsche sur la base d'un document signé W. D. (en fait R. F.) conservé dans la Collection Knötel, à Rastatt
Officier du 5e Hussards, 1803, fac similé du Manuscrit d'Alsace publié par H. Achard; avec l'aimable autorisation de Mr C. Achard
Le même, corrigé, fac similé du Manuscrit d'Alsace publié par H. Achard; avec l'aimable autorisation de Mr C. Achard

 

Hussard, 5e Hussards, 1804-1805
Officier du 5e Hussards au début de l'Empire; dessin de Maurice Orange

Les trois Escadrons de guerre rejoignent en juin à Gettensen l'Armée de Hanovre commandée par le Général Mortier. Ils sont cantonnés à Gehrden, Edagsen et Munden. Le Dépôt, comprenant 269 hommes et 32 chevaux, rejoint ces Escadrons en Hanovre le 25 juillet. Le 5e Hussards réuni, moins l'Escadron de Hollande, prend alors part à quelques engagements de cavalerie sur les bords de la Hunte. L'Armée Hanovrienne se retire derrière le Weser et recule ensuite sur l'Elbe où elle est licenciée après sa capitulation.

Au mois d'août, le Régiment se trouve dans le Nord du Hanovre à Celle et aux environs. Il y fait partie de la Division de cavalerie commandée par Kellermann.

Le Général de Division Beaumont passe l'inspection du 5e Hussards à Zelle, le 18 août. Le Régiment est ensuite compris avec les 2e et 4e Hussards dans la Division Nansouty. Son effectif est alors de 808 hommes et 637 chevaux. Le 1er Escadron est à Celle et Vatlingen, le 2e à Winsel et Brugel, le 3e à Memersheim et Vire et le 4e à Honingsen.

Par Décret du 24 septembre 1803 (1er vendémiaire an XII), les Officiers et les hommes de troupe ayant précédemment reçu des armes d'honneur, sont créés de droit Chevaliers de la Légion d'honneur en vertu des décrets d'organisation de l'Ordre. Sont ainsi nommés au 5e Hussards :
Major Martel, Hussards Perrault, Bion, décédés; Sous lieutenant Abbénésius, Brigadier Jojot, Hussards Loewenbuck, en retraite. Chevaliers de droit Capitaine Crabbé, Lieutenant Epinger, Sous lieutenants Chabert, Pernet, Bosse; Maréchaux des logis Richard, Fuchs, Ricommann, Muller; Brigadier-trompette Blumelin, Trompette Mallinger, Hussard Seguin.

Le 24 septembre 1803 toujours, le Premier Consul réorganise toute son armée : les Régiments sont de nouveau mis sur le pied de guerre et les Compagnies de Hussards doivent compter 4 Officiers et une centaine d'hommes. Le Chef de Brigade reprend l'ancien nom de Colonel supprimé sous la République. Les trois premiers Escadrons prendront le nom d'Escadrons de guerre, le quatrième restera au dépôt sous le commandement d'un Major dont le grade est rétabli. Chaque Régiment de Hussards comprend une Compagnie d'élite coiffée du colback, à qui est confiée la garde de l'étendard.

En décembre 1803, l'Etat-major de chaque Régiment de Hussards doit comprendre 4 Chirurgiens.

Le 5e Régiment, Brigade Maresy, Division Nansouty, est ainsi réparti au mois de décembre : l'Etat-major et le 1er Escadron à Stade et à Midelkirchen avec 276 hommes et 220 chevaux; le 2e Escadron à Steinkirchen et Hullen avec 191 hommes et 100 chevaux; le 3e Escadron à Grandeick avec 186 hommes et 106 chevaux; le 4e Escadron à York avec 189 hommes et 109 chevaux.

Selon Rigo, en décembre 1803, le 5e Hussards comprend 42 Officiers, 687 hommes et 504 chevaux.

Le Régiment conserve ses cantonnements en Hanovre jusqu'à la fin de l'année. Son effectif est de 635 hommes, dont 602 présents et 402 chevaux.

Le Lieutenant Epinger est nommé Officier de la Légion d'honneur et le Maréchal-des-logis Bresch Chevalier à la date du 14 juin 1804. Le Chef d'Escadrons Evers est, selon l'Historique du 5e Hussards, promu en même temps Colonel de la Légion hanovrienne, où le suivent les Lieutenants Oldenneil et Uhlmann et le Sous-lieutenant Schmitt. En fait, il a été nommé, à titre provisoire, Colonel du Régiment de Chasseurs à Cheval de la Légion Hanovrienne le 1er brumaire an XII (24 octobre 1803), nomination confirmée le 27 floréal suivant (17 mai 1804).

Le Général de Division Kellermann inspecte le 11 octobre le 5e Hussards à Stade.

Le 5e Hussards, à l'effectif de 39 Officiers, 727 hommes et 515 chevaux, reste en Hanovre dans ses cantonnements autour de Stolzuau.

Hussard, 5e Hussards, 1804-1805
Portrait présenté comme étant celui d'un Officier du 5e Hussards "avec sa pelisse accroché à ses épaules, tenant une lettre à la main . Très beau tableau sur ivoire, signé en bas à droite "Jean C. d' après Isabel (y)" . Dimensions 65 x 95 mm. Cadre de laiton avec passepartout bois. Plus probablement et sous réserve de confirmation, il s'agirait en fait d'un Trompette

 

Hussard, 5e Régiment 1802 Trompette, 5e Hussards, 1803 Trompette 5e Hussards 1803-1805 Trompette 5e Hussards 1803-1805
Trompette du 5e Hussards, 1er vendémiaire an XII (24 septembre 1803) d'après Lienhart et Humbert, tome 4, planche 71
Trompette du 5e Hussards, 1803, d'après Ernest Fort (1868-1938) : "Uniformes des trompettes de hussards français, 1787-1813"; Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945), PETFOL-OA-497
Trompette des compagnies ordinaires du 5e hussards, vers 1803-1805, d'après Charles Brun, collection privée (V. Bourgeot, Y. Martin : "Les Trompettes de cavalerie")
Trompette d'après Charmy qui donne comme date 1807-1810
Trompette, 5e Hussards, 1803 Trompette, 5e Hussards, 1803
Trompette 5e Hussards, 1805
 
Trompette, 5e Hussards, 1805, d'après R. Forthoffer, Fiche Documentaire 177 (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer)
Trompette, 5e Hussards, 1803-1805, d'après Louis de Beaufort (Le Briquet 1973, N°1); la source indiquée est "d'après une Aquarelle de Fort sans indication de source"
Trompette, 5e Hussards, Grande tenue, 1805, d'après Angus Mc Bride (MAA Napoleon's Hussars; texte de Emir Bukhari)
 

 

Trompette 5e Hussards 1803 Trompette 5e Hussards 1803 Trompette 5e Hussards, 1803 Trompette 5e Hussards, 1803
Trompette du 5e Hussards d'après une vignette éditée par le Chocolat Lombart (société dont l'existence s'achève en 1957)
Trompette du 5e Hussards, 1803, d'après le dessin 26a du Manuscrit d'Alsace. Document provenant de la Collection Knötel, à Rastatt; dessin signé en apparence W. D. mais en fait R. F. pour Roger Forthoffer (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer)
Trompette du 5e Hussards, 1803, d'après le dessin 26a du Manuscrit d'Alsace. Copie de Klaus Tohsche sur la base du document signé W. D. (en fait R. F.) conservé dans la Collection Knötel, à Rastatt
Trompette du 5e Hussards, 1803, fac similé du Manuscrit d'Alsace publié par H. Achard; avec l'aimable autorisation de Mr C. Achard
Trompette 5e Hussards 1803-1805 Trompette 5e Hussards 1803-1805 Trompette  5e Hussards, 1803
Schéma de synthèse d'après H. M. Brauer (Uniformbogen/Heere und Tradition N°92)
Trompette en 1803 d'après Rigo (Le Plumet, planche 185), qui indique comme sources les mémoires d'Espinschal et le tableau représentant le Colonel Schwarz
Schéma de synthèse de l'uniforme du Trompette en 1803, d'après Klaus Tohsche sans indication de source

 

5e Hussards, 1803
5e Hussards, 1803-1805
Schémas de synthèse des uniformes du 5e Hussards en 1803, d'après Klaus Tohsche sans indication de source
Schéma de synthèse donné par P. Schmidt in Tradition H. S. N°22

 

D'après l'Etat militaire de l'an XI (1803), le 5e Hussards est à Metz, 3e Division Militaire. Les cadres du Régiment sont constitués de la manière suivante :

Hussard, Compagnie d'élite, 5e Hussards, 1803
Hussard, Compagnie d'élite du 5e Hussards, 1803, d'après Bucquoy (La cavalerie légère)
Hussard, Compagnie d'élite du 5e Hussards, 1803, d'après S. Palatka; in Gloire et Empire N°15. Le dessin est visiblement inspiré de Bucquoy

- Etat major : Chef de Brigade Schwarz; Chefs d'Escadrons Evers, Maignet, Domon; Quartier maître trésorier Andrieu; Adjudants major Nicolle, Hug; Officier de santé Lieger.
- Capitaines : Schwab, Müller, Ressejac, Kerblin, Rinck, Mayer, Custine, Crabbée.
- Lieutenants : Fagne, Discher, Lemir, Drouard, July, Quack, Epinger, Uhlman.
- Sous lieutenants : Steib, Schultz, Dumoulin, Knepfler, Ville, Misselet, Albénésius, Schmitt, Thomas, Heitz, Moeser, Duplessis, Oldonneel, Chabert, Müller, Chardon.

Le Maréchal-des-logis Dam est nommé Chevalier de la Légion d'honneur par décret du 1er août.

D'après l'Etat militaire de l'an XII (1804), le 5e Hussards est à Stade (Hanovre). Les cadres du Régiment sont constitués de la manière suivante :

- Etat major : Chef de Brigade Schwarz; Major Bruyère; Chefs d'Escadrons Evers, Maignet; Quartier maître trésorier Andrieu; Adjudants major Nicolle, Hug; Officier de santé Liéger.
- Capitaines : Schwab, Müller, Ressejac, Kerblin, Rinck, Mayer, Custine, Fagne, Lemir.
- Lieutenants : Drouard, July, Quack, Epinger (arme d'honneur), Uhlmann, Dumoulin, Misselet, Oldonnelle.
- Sous lieutenants : Steib, Schultz, Knoepfler, Ville, Albénésius, Schmitt, Heitz, Moeser, Duplessis, Chabert, Müller, Chardon, Dufay, Chaput, Goubot, Mossant.

Rappelons que Rigo, dans sa planche Le plumet U4 consacrée au 2e Hussards, a donné l'effectif théorique d'un Régiment de Hussards entre 1803 et 1814 :

- Etat major : 1 Colonel, 1 Major, 3 Chefs d'Escadron, 2 Adjudants majors, 1 Quartier maître trésorier, 1 Chirurgien major, 1 Chirurgien Aide major, 2 Chirurgiens sous-aide-major, 1 Artiste vétérinaire, 1 Trompette major (ou Brigadier trompette), 4 Maîtres ouvriers (sellier, tailleur, armurier et bottier), des enfants de troupe.
- 4 Escadrons : chacun ayant deux Compagnies, composées de la manière suivante :
- Compagnies : 1 Capitaine, 1 Lieutenant, 2 Sous lieutenants, 1 Maréchal des logis chef, 4 Maréchaux des logis, 1 Brigadier fourrier, 8 Brigadiers, 2 Trompettes, 75 puis 94 Hussards (en 1809).

Dans la revue Tradition 66-67, Rigo ajoute à l'Etat major 2 Adjudants sous officiers et donne pour l'ensemble du Régiment un total de 672 Hussards (soit 84 Hussards par Compagnie); l'effectif total d'un Régiment serait alors de 43 Officiers et de 808 hommes.

Hussard, ordonnance du Colonel du 5e Hussards, 1803Pelisse 5e Hussards
Hussard 5e Hussards 1803
Hussard 5e Hussards, 1803
Ordonnance du Colonel Schwartz d'après Lucien Rousselot (L'Armée française, planche 9); la source indiquée est le portrait du Colonel peint en 1803. A côté, détail de la pelisse (L'Armée française, planche 22)
Ordonnance du Colonel Schwartz d'après M. D. Mac Carthy (Carnet de la Sabretache N° Spécial de 1971); la source indiquée est le tableau représentant le Baron de Schwartz
Hussard, 5e Hussards, 1803, d'après Louis de Beaufort (Le Briquet 1973, N°1); la source indiquée est "tableau représentant le Baron de Schwartz"
Shako 5e Hussards, 1803
Hussard, 5e Hussards, 1803-1804
Hussard 5e Régiment 1803
Shako du 5e Hussards, 1803, d'après R. Forthoffer, Fiche Documentaire 177 (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer)
Hussard en grande tenue vu en Allemagne en 1803 d'après Rigo, Le Plumet, planche U13
Hussards en avant de Stettin; dessin de J. Girbal pour le docteur Hourtoulle (Soldats et Uniformes du Premier Empire, planche 11)
Hussard 5e Régiment 1803
Hussard, 5e Hussards, 1803-1804
Hussard 5e Régiment 1803
Hussard en 1803 d'après D. Lordey, "Les uniformes des guerres napoléoniennes" T1
Hussard de la 2e Compagnie du 5e Régiment, tenue de parade en 1803-1804, d'après Rigo in Tradition N°66-67 (source : portrait du colonel Schwartz, document conservé dans les archives Raoul et Jean Brunon, musée de l'Empéri. Salon-de-Provence)
Notre dessin, dans le style des Soldats d'Alsace de Carl, réalisé en 1992 sur la base de l'étude de Rigo

 

Uniforme du 5e Hussards de 1804 à 1812, d'après Rigo in Tradition N°71; le galonnage de la culotte forme une pique renversée au 5e Hussards. Le dolman a 3 rangées de boutons

 

Trompettes 5e Hussards, 1806-1808
Uniforme de Hussards, du rang et d'élite, toujours d'après P. A. Leroux, pour Segom ; début de l'Empire ?

 

Major, 5e Hussards, 1804 Major 5e Hussards 1804 Major, 5e Hussards, 1804
Major du 5e Hussards, 1804, d'après le dessin 83 du Manuscrit d'Alsace. Document provenant de la Collection Knötel, à Rastatt; dessin signé en apparence W. D. mais en fait R. F. pour Roger Forthoffer (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer)
Copie du précédent, par Herbert Knötel (Copyright Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library - avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington)
Major, 5e Hussards, 1804, d'après Herbert Knötel, Uniformenkunde Neu Folge, Planche N°21/13; la source est le Manuscrit d'Alsace

 

Chef d'escadron 5e Hussards, 1804 Chef d'Escadron 5e Hussards 1804
Chef d'Escadron du 5e Hussards, 1804, d'après le dessin 84 du Manuscrit d'Alsace. Document provenant de la Collection Knötel, à Rastatt; dessin signé en apparence W. D. mais en fait R. F. pour Roger Forthoffer (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer)
Copie du précédent, par Herbert Knötel (Copyright Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library - avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington)

 

Capitaine 5e Hussards 1804 Capitaine 5e Hussards 1804 Capitaine, 5e Hussards, Compagnie d'élite, 1804
Capitaine, Compagnie d'élite du 5e Hussards, 1804, d'après le dessin 81 du Manuscrit d'Alsace. Document provenant de la Collection Knötel, à Rastatt; dessin signé en apparence W. D. mais en fait R. F. pour Roger Forthoffer (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer)
Copie du précédent, par Herbert Knötel (Copyright Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library - avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington)
Capitaine, 5e Hussards, 1804, d'après Herbert Knötel, Uniformenkunde Neu Folge, Planche N°21/14; la source est le Manuscrit d'Alsace

 

Porte étendard 5e Hussards 1804 Porte étendard 5e Hussards 1804 Porte étendard 5e Hussards, 1804
Porte étendard du 5e Hussards, 1804, d'après le dessin 80 du Manuscrit d'Alsace. Document provenant de la Collection Knötel, à Rastatt; dessin signé en apparence W. D. mais en fait R. F. pour Roger Forthoffer (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer)
Copie du précédent, par Herbert Knötel (Copyright Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library - avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington)
Porte étendard, 5e Hussards, 1804, d'après Herbert Knötel, Uniformenkunde Neu Folge, Planche N°21/13; la source est le Manuscrit d'Alsace
Porte étendard 5e Hussards, 1804
Document de la Collection H. Achard; avec l'aimable autorisation de Mr C. Achard - noter le commentaire : "Marckholsheim - Début de l'Empire mais vraisemblablement faux. De toute façon, l'étendard n'était jamais porté par un officier mais par un maréchal des logis chef". La mention Marckholsheim est une erreur manifeste, la source étant de toute évidence le manuscrit d'Alsace. Par ailleur, on notera les regrétables erreurs de mise en couleur de ce dessin, connu de nombreux collectionneurs, que nous ne donnons ici qu'à titre indicatif, afin qu'elles soient corrigées : colback blanc au lieu de noir, sabretache bleu céleste au lieu de rouge ...

 

Trompette, Compagnie d'élite, 5e Hussards, 1804 Trompette 5e Hussards 1804 Trompette 5e Hussards, 1804 Trompette Compagnie d'élite  5e Hussards, 1804
Trompette, Compagnie d'élite du 5e Hussards, 1804, d'après le dessin 82 du Manuscrit d'Alsace. Document provenant de la Collection Knötel, à Rastatt; dessin signé en apparence W. D. mais en fait R. F. pour Roger Forthoffer (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer)
Copie du précédent, par Herbert Knötel (Copyright Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library - avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington)
Trompette, Compagnie d'élite, 5e Hussards, 1804, d'après Herbert Knötel, Uniformenkunde Neu Folge, Planche N°21/15; la source est le Manuscrit d'Alsace
Trompette de la Compagnie d'élite du 5e Hussards 1804-1805, d'après H. Boisselier qui indique comme source : "Document de Collection d'Alsace" (ce document, donné par V. Bourgeot et Y. Martin : "Les Trompettes de cavalerie" se trouve au Musée de la Figurine Historique de Compiègne)
Trompette, Compagnie d'élite, d'après Klaus Tohsche; la source est le Manuscrit d'Alsace

 

 

e/ 3e Coalition. Grande-Armée

Hussard Compagnie d'élite, 5e Hussards, 1804 Hussard 5e Hussards 1804 Hussard, Cie d'élite, 5e Hussards, 1804 Hussard Compagnie d'élite  5e Hussards, 1804
Hussard, Compagnie d'élite du 5e Hussards, 1804, d'après le dessin 85 du Manuscrit d'Alsace. Document provenant de la Collection Knötel, à Rastatt; dessin signé en apparence W. D. mais en fait R. F. pour Roger Forthoffer (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer)
Copie du précédent, par Herbert Knötel (Copyright Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library - avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington)
Hussard, Compagnie d'élite, 5e Hussards, 1804, d'après Herbert Knötel, Uniformenkunde Neu Folge, Planche N°21/15; la source est le Manuscrit d'Alsace
Hussard, Compagnie d'élite, d'après Klaus Tohsche; la source est le Manuscrit d'Alsace

 

Bonnet de police 5e Hussards, 1804-1814 Bonnet de police 5e Hussards, 1804-1814
Bonnet de police du 5e Hussards de 1804 à 1814, d'après Funcken "L'uniforme et les armes des soldats du 1er Empire", I
Bonnet de police du 5e Hussards de 1804 à 1814, d'après Rigo in Tradition N°74

 

Officier 5e Hussards, début Empire
Officier du 5e Hussards au début de l'Empire; Collections du Musée Historique Lorrain à Nancy. Donné par B. Malvaux in Tradition N°76

Le 5 mai 1805, le 5e Hussards aligne 3 Escadrons totalisant 581 hommes et Officiers.

Une situation de l'Armée de Hanovre sous le Maréchal Bernadotte en date du 15 thermidor an XIII (3 août 1805) indique que le 5e Hussards est réparti entre la 2e Division sous le Général Rivaud (2 Escadrons, 375 présents, 10 aux hôpitaux; total 385 hommes et 236 chevaux) et la Division de Cavalerie sous le Général Kellermann (2 Escadrons à Stade et environs, pour un effectif de 391 présents, 7 détachés, 28 aux hôpitaux, soit 426 hommes et 279 chevaux). Une autre situation datée du 16 thermidor an XIII (4 août 1805) indique que les 1er et 2e Escadrons sont au Hanovre, 1ère Division; il y a 375 présents, 10 hommes aux hôpitaux; total 385 hommes et 236 chevaux. Les 3e et 4e Escadrons sont à la Division de cavalerie du Hanovre : ils ont 391 hommes présents, 7 en recrutement ou détachés, 28 aux hôpitaux; total : 426 hommes et 279 chevaux.

Une situation de la Collection Nafziger, en date du 4 août 1805, donne quelques précisions supplémentaires : 2 Escadrons (385 hommes) à la 2e Division Rivaud, Brigade Dumoulin; 2 Escadrons (426 hommes) à la Division de cavalerie du Général Kellerman, Brigade Picart (Nafziger 805HAC - source : Alombert et Colin).

Le 26 août 1805, le 5e Hussards (1er Corps Bernadotte, Division de Cavalerie Kellerman, Brigade van Marisy) a un effectif de 766 hommes (Nafziger 805HAH).

L'Angleterre, la Russie, la Suède et enfin l'Autriche, se coalisent au mois de septembre contre la France. Napoléon forme la Grande-Armée et la divise en sept corps. Le 5e Hussards, comme les autres troupes cantonnées en Hanovre, fait partie du 1er Corps d'armée commandé par Bernadotte. Il entre dans la composition de la Division de cavalerie légère Kellermann, affectée au Corps d'armée de Bernadotte, et fait partie de la Brigade Picard avec le 2e de l'arme, ex-Chamborant. L'autre Brigade comprend le 4e Hussards et le 5e Chasseurs et est placée sous le commandement du Général Marizy.

 

- Capitulation de Ulm

Officier 5e Hussards, début Empire
Officier du 5e Hussards au début de l'Empire; Musée de l'Empéri, Collections du Musée de l'Armée, anciennes collections Jean et Raoul Brunon, Salon de Provence. Donné par A. Pigeard in Tradition H.S. N°34

Les Autrichiens, sous les ordres du Général Mack, se retranchent à Ulm et sur le cours de l'Iller.

Napoléon porte son armée sur le Danube, en arrière de l'armée autrichienne, pour la couper de ses communications avec Vienne, l'isoler du secours des Russes et l'obliger à mettre bas les armes.

Les différents corps de la Grande-Armée, suivant des directions très diverses, marchent vers ce point de concentration. Le Corps Bernadotte se portant directement du nord au sud, part de Goettingue, traverse les principautés de Hesse et de Fulde et arrive à Wurzbourg le 27 septembre.

Le 8 vendémiaire an 14 (30 septembre 1805), le 1er Corps a passé le Rhin et est arrivé à Wurzburg. Le 5e Hussards aligne 3 Escadrons, pour un effectif de 355 hommes et 396 chevaux, Division de cavalerie du 1er Corps (Nafziger 805IAE).

Bernadotte passe le Danube à Ingolstadt et chasse devant lui le Général Kienmayer, commandant l'arrière-garde de l'armée autrichienne, a qui il fait mille prisonniers.

Le 11 octobre, le 5e Hussards, qui fait partie de la 2e Division Drouet du Corps de Bernadotte, compte 23 Officiers, 363 Hussards, 45 Chevaux d'Officiers et 363 de troupe (Nafziger 805JBD - source : Alombert et Colin).

Le Corps de Bernadotte entre le 12 octobre à Munich où l'Électeur de Bavière est rétabli dans ses États.

Vers la fin de ces marches, dans une affaire qui a lieu à Winterfeld, le Chef d'Escadron Maignet tue un Capitaine ennemi qui l'a blessé à la main gauche, et contribue au succès de cette rencontre où sont pris 60 hommes, 152 chevaux et 8 caissons. Le Capitaine Fagne se distingue également dans cette action.

Ulm ayant capitulé le 20 octobre, Napoléon marche sur l'armée coalisée commandée par Kutusof.

Le 26 octobre, le 5e Hussards, qui se trouve à la 2e Division (Drouet) du 1er Corps (Bernadotte) aligne l'effectif suivant : 23 Officiers et 315 hommes; 54 chevaux d'Officiers et 354 de Hussards. Une situation de la Collection Nafziger donne pour sa part à cette date 355 Hussards et 396 chevaux (Nafziger 805JXA - Archives françaises, Cartons C2-470, 480, 481).

Officier 5e Hussards
Autre Officier du 5e Hussards

Le corps Bernadotte passe à Salzbourg le 30, revient sur le Danube qu'il passe à Saint-Polten et reste sur la rive gauche du fleuve.

Le 15 novembre, le Capitaine Faigne est blessé au cours d'un combat d'avant-postes à Winterfeld (Martinien).

Le 29 novembre, le 5e Hussards est au 1er Corps Bernadotte, Division de cavalerie sans précision (Nafziger 805KCH - source : Alombert et Colin).

 

 

 

 

 

 

Trompette 5e Hussards, 1805-1806 Trompette 5e Hussards, 1805-1806 Trompette 5e Hussards, 1808 Trompette 5e Hussards, 1805-1806 Trompette 5e Hussards, 1805-1806
Trompette du 5e Hussards, Compagnies ordinaires, vers 1805-1806; Manuscrit de Marckolsheim «archétype», Anne S. K. Brown Military Collection, Providence, Rhode Island, USA (In V. Bourgeot et Y. Martin : "Les Trompettes de cavalerie")
Trompette du 5e Hussards donné par A. Bouteaud dans le Briquet N°2 de 1962. La source indiquée est un dessin de H. Boisselier d'après un dessin inédit de H. Knötel
Trompette du 5e Hussards, vers 1808, d'après H. Boisselier; la source indiquée est une aquarelle inédite de H. Knötel (N° 110). Collection H. Achard, avec l'aimable autorisation de Mr C. Achard
Trompette du 5e Hussards, 1805-1806, d'après la planche 110 du Manuscrit de Marckolsheim publié par R. Forthoffer (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer)
Notre dessin, réalisé en 1992, sur la base du précédent (D R)

 

- Bataille d'Austerlitz

Officier 1806, 5e Hussards
Officier 1806, 5e Hussards
Officier en tenue de campagne - Manequin du Musée de l'Empéri, Salon de Provence; document tiré de la A. S. K. Brown - avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington (donné également dans la revue La Figurine N°2 de 1975)
Officier en tenue de campagne - Manequin du Musée de l'Empéri, Salon de Provence; donné par A. Pigeard in Tradition H. S. N°34
Détails de la tenue
Officier 1806, 5e Hussards
Officier 1806, 5e Hussards
Officier, tenue de campagne, 5e Hussards, 1806, mis en scène devant le Musée de l'Empéri (photo extraite de l'ouvrage Napoléon et ses Soldats)
Officier, tenue de campagne, 5e Hussards, 1806, d'après R. Forthoffer, Fiche Documentaire 180 (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer)
Officier, tenue de campagne, 5e Hussards, 1806, d'après S. Palatka; in Gloire et Empire N°15. Le dessin est directement inspiré du mannequin de l'Empéri

 

Officier 5e Hussards, 1806
Officier en avant de Stettin; dessin de J. Girbal pour le docteur Hourtoulle (Soldats et Uniformes du Premier Empire, planche 11)

 

Hussard, 5e Hussards, 1807 Hussard, 5e Hussards, 1807 Hussard, 5e Hussards, 1807 Hussards 5e Hussards 1805-1807
Hussard du 5e Hussards en 1807, d'après Martinet, planche 11, type 1.
Hussard du 5e Hussards en 1807, d'après Martinet, planche 11, type 3.
Hussard du 5e Hussards en 1807, d'après Martinet, planche 11, type 2.
Hussard daté de 1805, d'après E. Titeux

Le 2 décembre 1805, le 5e Hussards est à la Division d'Avant garde Kellermann du 1er Corps (Bernadotte), avec un effectif théorique de 500 hommes répartis en 4 Escadrons.

Officier Cie d'élite 5e Hussards, 1806
Le 5e Hussards à Austerlitz; illustration de J. Girbal extraite de l'ouvrage de Henri Lachouque "2 décembre 1805 - Austerlitz" (Collection de l'Auteur); donné également dans Gloire et Empire N°27

Une autre situation de la Collection Nafziger indique que le 5e Hussards, le 2 décembre, est rattaché au 5e Corps (Lannes), Division Kellermann, Brigade ? avec un effectif de 342 hommes (Nafziger 805LCI - sources : Alombert & Colin, "Campagne de 1805 en Allemagne", Paris, 1904; "Histoire des Campagnes de l'Empereur Napoléon en 1805-1806 et 1807-1809", Tome 1, Campagne de 1805, en Bavière et en Autriche, Paris, 1845).

Le Gloire et Empire N°27 consacré à la bataille d'Austerlitz donne pour sa part la situation suivante, basée sur l'appel du 22 novembre 1805 : Division de cavalerie légère du 1er Corps de la Grande Armée, Général Kellermann, Brigade Picard, 5e Hussards, Colonel Schwarz, 487 hommes.

Enfin, dans le Quintin ayant pour source les situations de la Grande Armée conservées au SHAT à Vincennes sous la cote C2 606 (effectifs établis lors de l'appel du 22 novembre), il est indiqué 23 Officiers et 464 Hussards.

Le Colonel Corbinau, du 5e Chasseurs, raconte : "Le 2, à 6 heures du matin, toutes les colonnes s'ébranlèrent avec un ordre et un silence étonnants ; chacune se dirigea vers le point où elle devait combattre...
L'ennemi, vis-à-vis nous, était sur trois lignes, la 1re d'infanterie, la 2e de cavalerie, la 3e de cavalerie et d'infanterie mêlées (ces trois lignes ayant une nombreuse artillerie). Ayant porté ses forces à sa droite, il nous attaqua avec une vigueur prodigieuse par une charge de 4000 à 5000 hommes de cavalerie, qui attaquèrent la première ligne, composée des 2e et 5e hussards, de mon régiment et du 4e hussards ; ils se formèrent pour effectuer cette charge, le flanc gauche près la droite de notre deuxième ligne composée d'infanterie (sans s'inquiéter de son feu), et leur flanc droit appuyé à la gauche de leur infanterie, derrière laquelle ils avaient passé.
Le général Kellermann voulut faire un changement de front à droite sur le 1er peloton du 3e régiment (c'était le mien); les deux régiments de droite, 2e et 5e hussards furent culbutés; le mien, qui se formait en avant en bataille au galop, était au milieu des rangs ennemis en se formant, et le 4e hussards, qui marchait diagonalement pour se former à ma gauche, fut coupé d'avec le mien avant d'avoir pu effectuer sa formation; heureusement notre infanterie, ferme comme un rocher, au milieu de la plaine, fit sur la cavalerie russe un feu extraordinairement nourri et la chassa en lui abattant 500 ou 600 chevaux... Passant derrière le bataillon, le corps alla reprendre sa place dans la ligne qui venait de se reformer... Pendant que j'étais absent, les quatre régiments avaient été vigoureusement chargés; les 2e et 5e ayant découvert la droite de la brigade, le mien se retira aussi
".

Officier Cie d'élite 5e Hussards, 1806
Capitaine de la Compagnie d'élite en 1806, d'après J. Rouffet; dessin paru dans La Giberne, Année 03/03, page 071 J. Mentionné également dans l'ouvrage "Encyclopédie des uniformes napoléoniens".

Le Régiment prend une part glorieuse à la bataille d'Austerlitz. Il fait partie de la réserve qui est engagée sur le plateau de Pratzen à la fin de la journée. La brave Division Kellermann fournit dix charges successives au cours de la journée, et le 5e Hussards s'y taille largement sa part de gloire en accomplissant nombre de belles actions.

Le Colonel de Schwarz charge avec vigueur à la tête de son Régiment ; l'Empereur l'en récompense en le nommant Commandant de l'ordre de la Légion d'honneur. Ensuite un fait d'armes très glorieux d'une petite troupe de huit hommes dont les noms sont conservés : l'Adjudant Ferrier, le Maréchal-des-logis Drouard, le Brigadier Martin et les Hussards Ernst, Rothan, Fath, Manon et Lhomme, s'emparent après une charge vigoureuse de quatre canons et d'une partie de leurs servants ; Ferrier est récompensé peu après par la croix de la Légion d'honneur et le grade de Sous-lieutenant.

Encore un acte d'extrême audace : le Trompette Pincemaille blesse d'un coup de sabre et fait prisonnier le Général russe Incomelski à la tête des Uhlans Baron Meyer.

Le Capitaine Fagne, quoique blessé grièvement, se rend sur le champ de bataille et y combat toute la journée. Le Chef d'Escadrons Hirn contribue puissamment à la prise de plusieurs pièces de canon. Le Lieutenant Maignet a son cheval tué sous lui en chargeant  les cosaques. Il prend alors le cheval d'un Maréchal-des-logis qui vient d'être tué et continue à combattre. Le Lieutenant Epinger a son cheval tué sous lui. Le Hussard Bickelberger se fait remarquer par son courage.

Chose curieuse et qui montre bien l'ascendant que nos Hussards possèdent sur l'adversaire, malgré la violence des charges auxquelles prend part le Régiment, les pertes demeurent relativement faibles : deux Officiers et 9 hommes tués (les Lieutenants Dufeau - Dufay selon Martinien - et Duplessis, le Maréchal-des-logis-chef Villain, le Brigadier Waltz et les Hussards Chodé et Kobel; le Maréchal-des-logis-chef Muller meurt de ses blessures le lendemain), 4 Officiers et 15 hommes blessés (les Sous-lieutenants Chaput - Chapu selon Martinien, Danse et Dam - Dame selon Martinien (coup de lance à la main), l'Artiste vétérinaire Kœnig (coup de lance à la tête), les Maréchaux-des-logis Epinat (coup de lance à la cuisse gauche), Drouard (coup de feu à la tête), Vilette (coup de sabre sur le pied gauche) et Bayer (cuisse traversée par un éclat de boulet), les Brigadiers Nicolle (coup de sabre à l'avant bras droit), Wagner (coup de lance à la main droite), Beaumont (blessé à la tête) et Schaurer (coup de lance à la tête) et les Hussards Deroy (coup de lance), Clavier (plusieurs coups de sabre), Hamma (coup de feu), Hommel (coup de sabre au poignet), Dietch (coup de feu à l'épaule droite), Heckel (15 coups de sabre ou de lance), Billet (coup de sabre sur le pied) et le Trompette Mayer). A remarquer également la grosse proportion d'Officiers mis hors de combat : elle prouve que les chefs, au 5e Hussards, donnent vaillamment de leur personne et sont les premiers à fournir l'exemple de la bravoure et du sacrifice.

A noter que Martinien donne également blessé le Lieutenant Lombard.

Selon les travaux de D. et B. Quintin, le 5 e Hussards a eu à Austerlitz, 1 Officier tué et 1 Officier blessé mortellement, 4 Sous-officier et hommes de troupe tués, et 3 Sous-officiers et hommes de troupe mortellement blessés, soit au total 9 décédés dont 5 le jour même de la bataille.

Le 19 décembre, le Régiment est à Czernovitz. Il est toujours dans la 1ère Division du 1er Corps. Le 22, le 5e Hussards est à la Division de cavalerie du 1er Corps, fort de 3 Escadrons (Nafziger XLC - Source : Archives françaises, Carton C2 484).

Par ailleurs, dans la Collection Nafziger, se trouve une situation en date du 1er janvier 1806, qui indique qu'à l'Armée française du Hanovre, commandée par le Général de Division Barbon, se trouve 1 Officier et 101 Hussards du Régiment (Nafziger XAF - Source : Archives françaises, Carton C2 470).

 

f/ 1806. Grande-Armée

 

Hussard Cie d'élite 5e Hussards, 1806
Hussard, Compagnie d'élite, 1806, extrait de l'Historique régimentaire (collection de l'auteur)

Le 5e Hussards, à l'effectif de 24 Officiers et 778 hommes dont 430 présents, est à Prégarten au mois de janvier. Il a un détachement, de 123 hommes à Mayence, tandis que 4 Officiers et 41 hommes sont disséminés à Munich, à Augsbourg et en Moravie. Le Dépôt comprenant 1 Officier et 131 hommes est à Hameln.

Le Corps Bernadotte marche ensuite sur Eichstadt et cantonne dans la principauté d'Anspach.

Le Capitaine retraité Schwab, l'Adjudant Ferrier, le Maréchal-des­logis Drouard et le Brigadier Fath sont nommés Chevaliers de la Légion d'honneur par Décret du 14 mars.

En avril, le Régiment, Brigade Picart, est compris dans la Division de cavalerie légère commandée par le Général Tilly, dont le quartier-général est à Anspach. Son effectif total de 39 Officiers, 817 hommes dont 643 présents, et 621 chevaux, est ainsi décomposé : l'Etat-major et le 1er Escadron à Pottsmandorf avec 17 Officiers et 158 hommes; le 2e Escadron à Mundelsten avec 8 Officiers et 161 hommes; le 3e à Kamerstein avec 7 Officiers et 162 hommes; le 4e à Wertzzaurach avec le même effectif que le 3e. Un Officier et 11 hommes sont détachés, 22 hommes sont aux hôpitaux et un Hussard est prisonnier de guerre. Le Dépôt est à Hameln, Mayence et Nimègue.

Le 1er juin 1806, le 5e Hussards aligne 4 Escadrons totalisant 38 Officiers et 638 hommes.

Au mois de juillet, le 5e Hussards, toujours dans la même Brigade et la même Division, occupe les emplacements suivants : Etat-major avec le Colonel Schwarz à Steegaurach, 1er Escadron à Lichtenau, 2e avec le Chef-d'escadron Maignet à Frendsdorf, 3e à Susslingen, 4e avec le Chef d'escadron Hirn à Birchberg.

Le 18 juillet, le 5e Hussards est au 1er Corps Bernadotte, Division de cavalerie Tilly, Brigade ?; son effectif est de 673 hommes et 674 chevaux répartis en 4 Escadrons (Nafziger 806GXC - source : Archives françaises, carton C2 481,482,483).

Le 1er septembre 1806, le 5e Hussards se trouve au sein de la Réserve de cavalerie commandée par Murat, sous le Général Lasalle qui commande la cavalerie légère de cette Réserve.

A la date du 10 septembre, le 1er corps était ainsi réparti :
Quartier général : Anspach.
Brigades légères : Seehof (quartier général), Lichtenfels (4e hussards ), Stegaurach (5e hussards ), Schesslitz (2e hussards), Hochstadt (5e chasseurs) - (Général H. Bonnal : "La manoeuvre d'Iéna : étude sur la stratégie de Napoléon et sa psychologie militaire du 5 septembre au 14 octobre 1806", R. Chapelot et Cie, Paris, 1904).

Le 17 septembre 1806, depuis Munich, le Major général informe l'Empereur que 55 hommes à pied du 5e Hussards quittent la 25e Division Militaire (dépôt du corps) afin de rejoindre le Régiment où il seront destinés à remplacer au besoin les hommes qui seraient envoyés aux hôpitaux (P. Foucart : Campagne de Prusse (1806) : d'après les archives de la guerre. Iéna).

Le 20 septembre 1806, l'Empereur écrit au Major général, depuis Saint-Cloud : "... Il y aura à la réserve de cavalerie, sous les ordres du prince Murat, deux brigades de hussards et de chasseurs. Une sera commandée par le général Lasalle, et l'autre par le général Milhaud. Celle du général Lasalle sera composée des 5e et 7e de hussards" (P. Foucart : Campagne de Prusse (1806) : d'après les archives de la guerre. Iéna ; P. Foucart : La Cavalerie pendant la campagne de Prusse (7 octobre-7 novembre 1806), d'après les archives de la guerre; lettre également citée par le Général Bonnal).

Le 22 septembre, le Régiment (Cavalerie légère de la Réserve) présente la situation suivante :
- 1er Escadron : 17 Officiers et 193 hommes, 218 chevaux de troupe; 3 hommes aux hôpitaux.
- 2e Escadron : 9 Officiers, 196 hommes, 193 chevaux de troupe; 2 hommes aux hôpitaux.
- 3e Escadron : 9 Officiers, 190 hommes, 189 chevaux de troupe; 2 hommes aux hôpitaux.
Soit au total 35 Officiers et 579 hommes (situation également donnée par Nafziger 806IAL - source : Foucart, "Campagne de Prusse, 1806" et Nafziger 806JLB en date du 14 octobre - sources : Foucart, "Campagne de Prusse (1806), Operations du 3e Corps, 1806-1807, Rapport du Maréchal Davout, Duc d'Auerstaedt", 1896, Paris, Calmann Lévy).

Le 26 septembre, le Régiment (Cavalerie légère de la Réserve) présente la situation suivante :
- 1er Escadron : 17 Officiers et 203 hommes, 218 chevaux de troupe.
- 2e Escadron : 9 Officiers, 196 hommes, 193 chevaux de troupe.
- 3e Escadron : 9 Officiers, 160 hommes, 189 chevaux de troup.
Soit au total 35 Officiers, 579 hommes et 600 chevaux (P. Foucart : La Cavalerie pendant la campagne de Prusse (7 octobre-7 novembre 1806), d'après les archives de la guerre).

Hussard, compagnie d'élite, 5e Hussards, 1806
Hussard du 5e Hussards, Compagnie d'élite, 1806, d'après Bucquoy (La cavalerie légère)

 

 

g/ 1806 - 4e Coalition

Officier 5e Hussards, 1804-1805 Hussard 5e Hussards, 1804-1805 Hussard, 5e Hussards, 1804-1805
Officier du 5e Hussards, très certainement aux alentours de 1807; fac-similé d'un dessin de Nicolas Hoffmann conservé au Cabinet des Estampes, BNF, Paris
Hussard du 5e Hussards, très certainement aux alentours de 1807; fac-similé d'un dessin de Nicolas Hoffmann conservé au Cabinet des Estampes, BNF, Paris
Hussard du 5e Hussards, très certainement aux alentours de 1807; fac-similé d'un dessin de Valmont conservé au Cabinet des Estampes, BNF, Paris

 

Officier 5e Hussards, 1807-1808 Officier 1807-1808 5e Hussards Chef d'Escadron, 1807, 5e Hussards
Officier du 5e Hussards en 1807-1808 d'après L. Rousselot (Carnet de la Sabretache N° Spécial 1971)
Chef d'Escadron en 1807 d'après L. Rousselot (Carnet de la Sabretache N°38 de 1977)
Notre dessin, réalisé en 1992, sur la base du précédent (D R)

 

Maréchal des logis, compagnie d'élite, 5e Hussards, 1806
Maréchal des logis de la compagnie d'élite du 5e Hussards en grande tenue portant l'étendard du 1er escadron, 1806, d'après Rigo, in Tradition N°225

 

Notre dessin, réalisé en 1992, sur la base du précédent (D R)
 
Hussard, Compagnie d'élite du 5e Hussards entre 1806 et 1808, d'après la Suite dite de Otto de Bade (Copyright: Anne S.K. Brown Military Collection, Brown University Library; avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington)
Hussard, Compagnie d'élite du 5e Hussards entre 1806 et 1808. Exemplaire du Musée de l'Armée, donné dans la revue Uniformes N°62
 
Hussard, Compagnie d'élite, 5e Hussards, 1806-1808 Hussard, Compagnie d'élite, 5e Hussards, 1806-1808
Hussard, Compagnie d'élite, 5e Hussards, 1806-1808
Hussard, Compagnie d'élite du 5e Hussards entre 1806 et 1808. Fac-similé réalisé par L. Rousselot et publié en 1942-1943 par A. Depreaux
Notre dessin, réalisé en 1992, sur la base de l'exemplaire du Musée de l'Armée (D R)
Hussard, Compagnie d'élite du 5e Hussards entre 1806 et 1808, d'après Klaus Tohsche; la source est la Suite dite de Otto de Bade
 
Hussard de la Compagnie d'élite vu à Berlin en 1806-1807. Interprétation de Rigo ; Le Plumet, planche U 13
Détails de la tenue tels que donnés par Rigo in Tradition N°224
 

 

Trompette 5e Hussards 1808
Trompette daté 1808 d'après P. A. Leroux; Editions R. L. Source non mentionnée

 

Hussard, 5e Hussards, 1807
Hussard, 5e Hussards 1810
Hussard, 5e Hussards, 1807
Hussard, 5e Hussards, 1807
Hussard, 5e Hussard, 1807
Hussard du 5e Hussards en 1807, d'après Martinet, planche 11, type 1.
Hussard du 5e Hussards, 1810; fac-similé d'un dessin de Valmont conservé au Cabinet des Estampes, BNF, Paris
Hussard du 5e Hussards en 1807, d'après Richard Knötel, Uniformenkunde, Volume 11, planche 33 ; source indiquée : Martinet
Schéma tiré de la collection Knötel, Rastatt (le document est titré : "1804-1812 - Husaren - Czakos u. Säbeltaschen (nach Martinet)" et porte au bas la mention R. Knötel 31 März 1902")
Uniforme du 5e Hussards, 1807, d'après R. Forthoffer, Fiche Documentaire 177 (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer)
Hussard 5e Hussards 1810  
Trompette 5e Hussards, 1808
5e hussards
Hussard du 5e Hussards d'après Louis de Beaufort (Le Briquet, 1973-1); daté de 1810, le type a pour source Valmont
 
Hussard du 5e Hussards en 1807, d'après Klaus Tohsche; la source est R. Knötel
Hussard sans date; document extrait de "Recueil. Uniformes militaires français, 1794-1891", suite de 6 volumes reliés en 3 tomes, In-4 320 x 230, 346 aquarelles; Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, 4-OA-397(1) - ancienne collection De Ridder, Gustave (1861-1945)

 

Hussard, 5e Hussards, 1807 Hussard, 5e Hussards, 1807
Hussard en pelisse du 5e Hussards, 1807; dessin signé F. R.
Le même dessin noir et blanc; collection Claude Achard, avec son aimable autorisation

Au cours de cette campagne, le brave 5e Hussards donne toute la mesure de sa bravoure, de son allant et de sa magnifique endurance. Il faut dire qu'il va être mis entre les mains de celui qui peut être sans crainte classé comme le premier cavalier léger et le plus fameux entraîneur d'hommes qui fût jamais sur terre : nous avons nommé le célèbre Général Lasalle.

A l'occasion de la guerre contre la Prusse, le Régiment fait partie, avec le 7e Hussards, d'une des deux Brigades de cavalerie légère chargées d'éclairer la masse colossale de Dragons, de Carabiniers et de Cuirassiers formant la Réserve de cavalerie du Prince Murat. L'autre Brigade est la Brigade Milhaud. A partir de ce moment, l'histoire du 5e Hussards se fond étroitement avec celle de la Brigade Lasalle.

La quatrième coalition s'est secrètement formée contre la France. La Prusse jette le masque et envoie une armée en Saxe. Napoléon, informé des agissements de ses ennemis et d'avance préparé à la lutte, marche aussitôt contre l'armée prussienne. Le Corps Bernadotte passe le défilé de Cronach et arrive à Schleitz, où il livre un combat important. L'armée française étant entrée en Saxe prend ses positions en avant de l'armée prussienne. Bernadotte reçoit l'ordre de se placer à Dornbourg entre Iéna et Naumbourg. Il n'est pas sérieusement engagé lors des batailles d'Iéna et d'Auerstedt.

Plusieurs engagements ont lieu où il faut citer au 5e Hussards : le Capitaine Villate, blessé à Crevitz le 3 octobre, où il a trois chevaux tués sous lui; Martinien donne également pour le même combat le Lieutenant Epinger blessé et mort le 6 (à noter que selon l'Historique du 5e Hussards, le Lieutenant Epinger est tué à Prentzlow).

L'Adjudant Joyenval (coup de sabre à la tête) et les Hussards Schoffmann (coup de sabre), Chantebien (coup de sabre à la main gauche) et Canter (coup de sabre à la tête) sont blessés à Iénitz.

Le 5 octobre, Murat écrit à l'Empereur, depuis Bamberg :
"J'arrive à l'instant de Kronach. On a été obligé de disséminer les troupes légères des généraux Lasalle et Milhaud en tant d'endroits différents que, malgré que l'ordre de les réunir eût été donné hier soir, elles n'auraient pu l'être que demain dans la journée. J'ai donc dû revenir sans les voir; mais le général Lasalle et les colonels des 5e et 7e régiments de hussards m'ont assuré que ces deux corps ne manquaient de rien et portaient entrer sur-le-champ en campagne ; ils ont 500 chevaux chacun" (P. Foucart : Campagne de Prusse (1806) : d'après les archives de la guerre. Iéna).

Le 7 octobre à 10 heures du matin, le Major général écrit depuis Bamberg à Murat :
"L'intention de l'Empereur est que le grand-duc (prince Murat) se tienne en position, ayant en avant de lui la brigade du général Lasalle qu'il tiendra le plus réunie possible pour en former une réserve ; mais il enverra reconnaître la droite sur Hof, et comme le général Wathier qui se portera en avant avec un régiment en a trois, le grand-duc se trouvera avoir en masse quatre régiments et sera couvert vis-à-vis de lui par le général Wathier avec un régiment, à sa gauche par le général Milhaud, à sa droite par le général Lasalle".
Il faut savoir que le prince Murat avait le commandement de toute l'avant-garde de l'armée pour comprendre l'expression : «le grand-duc se tiendra en position».
Cela veut dire que le 1er corps occupera une position sur le revers oriental du Frankenwald pendant que s'exécuteront les reconnaissances de la cavalerie.
Le major général veut que la brigade Lasalle (5e et 7e hussards) forme avec deux des régiments de la brigade Wathier une réserve de quatre régiments et, d'autre part, il dit que le prince Murat sera couvert à sa droite par le général Lasalle.
La forme ambiguë de cette partie de l'instruction ne pouvait amener de la part du prince Murat que des mesures malencontreuses ; c'est ce qui eut lieu.
(...) Le major général, si médiocre traducteur qu'il soit des intentions de l'Empereur, se garde bien de dire : «La cavalerie, aux ordres du prince Murat, explorera le secteur : Hof-Schleiz-Saalfeld.»
Tout au contraire, le gros de la division de cavalerie, qui comprendra 4 régiments sur 6, doit marcher réuni, sur la chaussée de Leipzig, couvert, en avant, par un régiment de la brigade Wathier, à gauche, par l'unique régiment du général Milhaud, à droite, par un détachement de la brigade Lasalle.
Ces trois généraux de brigade sont chargés de diriger les reconnaissances sur les trois directions indiquées.
Continuons l'analyse de l'instruction.
«Ces trois généraux (Wathier, Milhaud, Lasalle) passeront le Main (sic) dès demain, à une ou deux lieues, chacun sur sa direction, ayant battu et éclairé le pays.»
Comment le major général a-t-il pu prescrire que les généraux Wathier, Milhaud et Lasalle passeraient le Main, le 8 au matin, alors que ces brigades étaient cantonnées depuis nombre de jours à plusieurs lieues au nord de cette rivière ?
D'ailleurs, la région de la rive droite du Main est très boisée, très montagneuse, et les brigades légères étaient bien empêchées de battre et d'éclairer le pays à deux lieues les unes des autres, chacune sur sa direction.
Le maréchal Berthier a-t-il commis un lapsus et a-t-il voulu dire la Saale ? Non, certes, puisque la brigade Milhaud est chargée de reconnaître Gräfenthal et Saalfeld, qui sont sur la rive gauche, pendant que la brigade Lasalle enverra reconnaître sur Hof, même rive.
Le major général suppose donc que les brigades légères cantonnent au sud du Main et qu'elles vont pouvoir chevaucher, à travers monts et vallées, comme en pays ouvert.
Jamais chef d'état-major n'a commis une pareille erreur
" (Général H. Bonnal : "La manoeuvre d'Iéna : étude sur la stratégie de Napoléon et sa psychologie militaire du 5 septembre au 14 octobre 1806", R. Chapelot et Cie, Paris, 1904).

Shako 5e Hussards, 1806
Shako attribué au 5e Hussards et conservé au Musée du Fort de Joux; la plaque est du modèle 1806 en usage jusqu'en 1810. Notons toutefois que selon C. Blondieau, le 5e Hussards n'a en principe pas touché de plaque

Le 8 octobre, le Général Bellliard écrit depuis Ebersdorf au Major général :
"Mon Prince, j'ai l'honneur de rendre compte à V. A. S. que ce matin l'avant-garde du corps d'armée de réserve s'est mise en mouvement à 3 heures du matin pour se porter sur Lobenstein ; arrivé sur ce point, le Prince a envoyé reconnaître Hof par le général Lasalle ...
Ce soir, ... Le 5e régiment de hussards, sous les ordres du général Lasalle, est à Lichtenberg ...
" (P. Foucart : Campagne de Prusse (1806) : d'après les archives de la guerre. Iéna ; P. Foucart : La Cavalerie pendant la campagne de Prusse (7 octobre-7 novembre 1806), d'après les archives de la guerre).

Le même jour, depuis Lichtenberg, Lasalle écrit à Murat :
"J'arrive à l'instant à Lichtenberg; il est deux heures. Un ordre avait été donné par le commandant de Hof de fournir des subsistances de Lichtenberg à Hof. Elles sont parties hier 7 de la première ville et arrivées à Hof vers minuit. Dans ce moment toutes les troupes en partaient à la hâte ; tous les chevaux ont été mis en réquisition pour évacuer les magasins vers Plauen, où ils se sont dirigés.
Le chef d'escadron Maignet est parti avec 100 chevaux pour Hof avec l'officier du génie. J'ai fait bivouaquer le 5e régiment et l'ai bien couvert de grand'gardes. Les chemins de Lobenstein ici sont pierreux, étroits, montueux, cependant pas assez mauvais pour n'y pas faire passer de l'artillerie. Je suis passé par le chemin le plus court par Arra. L'officier du génie retournera par Lichtenbrunn que l'on dit meilleur
" (P. Foucart : La Cavalerie pendant la campagne de Prusse (7 octobre-7 novembre 1806), d'après les archives de la guerre).

De son côté, le Chef d'Escadron Maignet, du 5e Hussards, écrit à 5 heures et demie du soir depuis Hof, au Général Lasalle :
"Les Prussiens sont partis à une heure du matin. Les avant-postes étaient à une lieue de la ville. L'ennemi se retire sur Plauen et Schleiz.
Munchberg est occupé par les Français.
Les habitants reçoivent les Français avec plaisir.
Je me suis saisi de la poste aux lettres et de tous les paquets. Je vous les adresse ...
Les chemins, sont très-praticables.
Je vais coucher à Naila, trois lieues d'ici. J'attends vos ordres.
D'Ebersdorf à Licbtenberg, 14 kilomètres; de Lichtenberg à Naila, 7 kilomètres; de Naila à Hof, 15 kilomètres
" (P. Foucart : La Cavalerie pendant la campagne de Prusse (7 octobre-7 novembre 1806), d'après les archives de la guerre).

Le 9 octobre 1806, à 5 heures du matin, le Maréchal Soult écrit depuis Münchberg à l'Empereur : "... La reconnaissance du 8e de hussards qui a été à Hof a rencontré comme elle entrait dans la ville un escadron du 5e de hussards venant de la colonne du centre; ainsi la communication est parfaitement établie ; ces deux troupes qui ne se reconnaissaient pas d'abord, ont manqué en venir aux mains ..." (P. Foucart : Campagne de Prusse (1806) : d'après les archives de la guerre. Iéna).

"La méprise s'explique moins par la diversité de couleur dans l'uniforme des régiments de hussards à cette époque que par l'étonnement qu'éprouvent toujours deux troupes à cheval quand elles s'aperçoivent tout à coup à faible distance" (Général H. Bonnal : "La manoeuvre d'Iéna : étude sur la stratégie de Napoléon et sa psychologie militaire du 5 septembre au 14 octobre 1806", R. Chapelot et Cie, Paris, 1904).

"Murat, qui marchait en avant, éclairant le corps de Bernadotte, traversa le défilé central avec la brigade du général Lasalle, composée des 5e et 7e hussards, la brigade Wathier (4e hussards et 5e chasseurs), et le 13e chasseurs, de la brigade Milhaud. Arrivé à Lobenstein, il envoya un régiment à droite vers Hof, un régiment à gauche vers Saalfeld, pour reconnaître et dégager au besoin les défilés par où allaient déboucher les autres corps de l'armée ; puis, après avoir attendu le 27e léger qui le suivait de près, conduit par le général Maison, il continua sa route vers Saalburg" (Colonel Rimbert : "Les gloires du drapeau", 1894).

A 6 heures du soir, le même jour, Soult écrit à l'Empereur, depuis Gross-Zöbern : "... Un rapport que je reçois à l'instant du commandant de l'escadron qui a été sur Schleiz, porte qu'il a communiqué à hauteur de Schillbach avec deux partis du 5e de hussards, dont l'un était conduit par le colonel qui se dirigeait sur Muhltruf ; ainsi la communication avec la colonne du centre est parfaitement établie, et d'après ce mouvement je considère comme indispensable celui sur Plauen, que j'ai l'honneur d'annoncer à V. M." (P. Foucart : Campagne de Prusse (1806) : d'après les archives de la guerre. Iéna). Et dans une autre adressée au Major général : "J'ai envoyé un escadron du 11e de chasseurs sur Schleiz, pour porter un rapport à Sa Majesté et lier communication avec la colonne du centre; ce dernier objet est rempli, car une lettre que je reçois dans l'instant du commandant de cet escadron m'instruit qu'il a rencontré deux partis du 5e de hussards qui se dirigeaient sur Muhltruff" (P. Foucart : La Cavalerie pendant la campagne de Prusse (7 octobre-7 novembre 1806), d'après les archives de la guerre).

Le 10 octobre 1806, à 2 heures du matin, Murat écrit depuis Schleiz à l'Empereur pour lui annoncer la prise de cette ville; il signale par ailleurs que son Aide de camp, le Chef d'Escadron Déry, a blessé le Colonel du Régiment saxon de Dragons rouges (sic) Prince Jean. Le même Déry lui annonce ensuite la prise d'une centaine de prisonniers (P. Foucart : Campagne de Prusse (1806) : d'après les archives de la guerre. Iéna ; P. Foucart : La Cavalerie pendant la campagne de Prusse (7 octobre-7 novembre 1806), d'après les archives de la guerre).

"Lasalle débuta dans cette campagne par un coup de maître. Joignant sur la route de Naumburg les bagages d'une division prussienne, il lâche ses hussards sur l'escorte, l'enlève en entier et se trouve devant trois cents caissons bien remplis. Parmi ceux-ci les voitures des quartiers-maîtres contenant l'or des approvisionnements et de la solde. Fameuse aubaine ! Sans perdre une minute et tout en poussant des partis de cavalerie sur la route de Leipzig, Lasalle, en un tournemain, fait mettre bas les sacs remplis d'espèces sonnantes et distribue leur contenu, en entier et par parts égales, à ses hommes. On devine leur allégresse et les vivats qu'ils poussent en garnissant leur ceinture. C'était droit de conquête».
Lasalle s'était acquis de la sorte la gratitude indestructible de ses troupes. Aussi allait-il pouvoir leur demander de gros efforts et parfois de sanglants sacrifices
" (Marcel Dupont : Les Grandes Vies aventureuses. Le général Lasalle, Paris, Berger-Levrault).

Le Général Bonnal écrit "Toute la brigade Lasalle fut détachée sur la droite pour établir la liaison dans la vallée de la Saale avec le maréchal Soult et, le 9, au combat de Schleiz, le prince Murat ne put disposer que de deux régiments, ce qui fit dire à l'Empereur, le 10 au matin :
"Il m'a paru que vous n'aviez pas sous la main assez de cavalerie réunie; en l'éparpillant toute, il ne vous restera rien. Vous avez 6 régiments ; je vous avais recommandé d'en avoir au moins 4 dans la main, je ne vous en ai vu hier que 2".
Assurément, la critique de l'Empereur était fondée, mais encore fallait-il que ses intentions transmises par le major général fussent claires et ne portassent pas que la droite du prince Murat dût être couverte par la brigade Lasalle
" (Général H. Bonnal : "La manoeuvre d'Iéna : étude sur la stratégie de Napoléon et sa psychologie militaire du 5 septembre au 14 octobre 1806", R. Chapelot et Cie, Paris, 1904).

Le 11 octobre 1806, Lasalle écrit à Murat depuis Wachholder-Baum, sur la route de Zeitz :
"J'espère que vous serez content de mes hussards, ils ont pris plus de 300 voitures ou caissons, fait 100 prisonniers, mais ils ont à se louer de votre bonté. Les équipages de 3 régiments, ceux des quartiers-maîtres, sont en notre pouvoir et ils sont déjà très riches.
M. Lagrange, aide de camp de V. A., est parti avec 50 chevaux pour Zeitz. Il pourra vous dire le tort énorme fait à l'ennemi. Les caissons sont chargés d'effets de campement, de souliers neufs, d'habillement, d'avoine, etc., et d'argent ou bancozettels.
Il serait à propos de tout faire réunir. Je n'ai pu le faire.
J'ai à vous rendre un compte flatteur de l'intelligence de M. Méda, du 7e de hussards, et de MM. Epinger et Quack, du 5e, qui ont été déjà proposés à V. Exe. pour le grade de capitaines (il n'y en a que 2 dans ce régiment). Ces officiers ont perpétuellement tenu la tête de la colonne
" (P. Foucart : Campagne de Prusse (1806) : d'après les archives de la guerre. Iéna).

Le 12 octobre, le 2e bulletin de la Grande Armée, établi à Auma, déclare : "Le 11, le grand-duc de Berg est arrivé à Géra. Le général de brigade Lasalle, de la cavalerie de la réserve, a culbuté l'escorte des bagages ennemis ; 500 caissons et voitures de bagages ont été pris par les hussards français ; notre cavalerie légère est couverte d'or. Les équipages de pont et plusieurs objets importants font partie du convoi. ...".

Murat écrit depuis Zeitz à l'Empereur :
"J'ai envoyé le général Lasalle avec ses deux régiments de hussards à Molsen; il aura un escadron à Weissenfels; cet escadron reconnaîtra demain matin Naumburg et jettera des coureurs sur Merseburg et Leipzig" (P. Foucart : La Cavalerie pendant la campagne de Prusse (7 octobre-7 novembre 1806), d'après les archives de la guerre).

Le même jour, le 5e Hussards fort de trois Escadrons fait partie de la Brigade de Cavalerie légère sous le Général Lasalle (Nafziger 806JAB - source : Bressonnet, P., "Etudes tactiques sur la campagne de 1806 (Saalfeld-Iéna-Auerstedt)", Librairie Militaire R. Chapelot et Cie, Paris, 1909).

Maurice de Tascher, alors Sous lieutenant au 8e Hussards, note dans son journal que le 12 octobre, "Le corps du maréchal Soult (qui est le nôtre) fait aujourd'hui sa jonction avec ceux du maréchal Bernadotte et de Murat, près de la petite ville de Géra. Celui du maréchal Ney est à une journée de nous. Quel regret lorsque j'ai reconnu les pelisses blanches du 5e hussards en songeant que Sainvilliers (note : Nom que Maurice réserve à son ami Saint-Hilaire ) n'était pas là.
L'Empereur vient d'arriver avec une partie de la Garde et nous a fait une proclamation. Voilà donc enfin la guerre ouverte, nous voilà en bataille et l'ennemi n'est pas loin. D'ici à peu de jours, il y aura du nouveau
" (M. de Tascher : Le journal de campagne d'un cousin de l'Impératrice, 1806-1813).

Toujours le 12 octobre 1806, le Capitaine Thérond, du 5e Hussards, Aide de camp du Général Lasalle, adresse à ce dernier depuis Pegau le message suivant :
"Nous sommes arrivés à Pegau à 9 heures, la ville est assez grande; M. Piré vient de partir pour une reconnaissance sur Leipzig. Le colonel se propose de le suivre de près ; il paraît que les renseignements que vous avez pris sur cette dernière ville sont vrais ; mais d'après ceux que le colonel a pris, les 800 hommes sont partis à midi ; nous vous dirons quelque chose de plus certain dans huit heures" (P. Foucart : Campagne de Prusse (1806) : d'après les archives de la guerre. Iéna).

Précisons que le Capitaine Piré mentionné ici est Marie-Guillaume de Rosugvineu (pour Rosnyvinen), comte de Piré, alors Capitain au 7e Hussards et futur Général de Brigade en 1809.

"Le général Thoumas cite la pointe audacieuse que Curely a poussée sur Leipzig, le 12 octobre 1806, deux jours avant la bataille d'Iéna, et que le général de Brack rappelle en ces termes : «En 1806, à vingt lieues en avant de notre armée et à la tête de 20 hussards du 7e, Curely avait porté la terreur dans Leipzig où se trouvaient 3.000 Prussiens.
Le détachement comprenait en fait cinquante chevaux (vingt-cinq de chacun des 5e et 7e Hussards) ; il resta en bataille sur une des places publiques pendant presque toute la nuit, et, lorsque le jour vint, il fallut quitter la ville, qui commençait à se remuer en voyant la faiblesse du détachement et rejoindre la brigade après avoir parcouru trente-cinq lieues en vingt-quatre heures
»." (Albert-H. Dupont : "Recherches sur les raids de cavalerie et les courses de fond"; S. Milon fils; Saumur; 1897).

A 11 heures et demie du soir; Lasalle écrit depuis Molsen à Murat :
"Monseigneur, le chef d'escadron Maignet que j'avais envoyé d'après vos ordres à Weissenfels, vient de rentrer avec son détachement qui a pris 25 à 30 hommes et 72 chevaux, 2 caissons chargés.
Ces chevaux étaient conduits par des pontonniers qui venaient de Naumburg sous le commandement d'un officier. Il a rencontré le commandant Maignet, qui a reçu de lui un coup de sabre sur la main, mais qui a tué l'officier. Le reste des 144 chevaux qui étaient à Weissenfels s'est évadé à la faveur de la nuit. Deux hussards ont reçu de légers coups de sabre. Le combat a eu lieu sur la grande place de Weissenfels. Je fais partir un autre chef d'escadron, M. Méda, avec 100 autres chevaux pour achever d'enlever ce qui y reste et couvrir ma gauche
" (P. Foucart : La Cavalerie pendant la campagne de Prusse (7 octobre-7 novembre 1806), d'après les archives de la guerre).

A minuit 30, Lasalle adresse depuis Molsen une nouvelle lettre à Murat :
"Monseigneur, j'ai l'honneur de vous adresser le maître de poste et un sac de lettres enlevés après l'affaire de Weissenfels par l'officier d'arrière-garde qu'y avait laissé le brave et intelligent commandant Maignet.
J'apprends qu'un quart d'heure avant que cet escadron entrât dans Weissenfels, 100 Saxons et Prussiens en étaient sortis.
Le chef d'escadron Méda est parti. Je n'ai point encore de nouvelles de Pegau.
Partout où je suis passé, les habitants nous ont pris pour des Saxons.
De Molsen à Weissenfels, 10 kilomètres
" (P. Foucart : La Cavalerie pendant la campagne de Prusse (7 octobre-7 novembre 1806), d'après les archives de la guerre).

Hussard, tenue d'écurie, 5e Hussards, vers 1805-1806 Hussard, tenue d'écurie, 5e Hussards, vers 1805-1806
Hussard en tenue d'écurie du 5e Hussards, sans date, d'après Ernest Fort (1868-1938) : "Uniformes des hussards sous la 1ère République, le 1er Empire et la Restauration II - 5e à 13e hussards"; Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945), PETFOL-OA-490(2)
Hussard en tenue d'écurie du 5e Hussards, sans date, d'après Ernest Fort (1868-1938) : "Uniformes des hussards sous la Révolution et le 1er Empire"; Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945), PETFOL-OA-491; ce dessin a pour source des fournitures faites au Régiment

Si l'on considère que les Hussards saxons portent une tenue bleu clair et blanche, la confusion avec le 5e Hussards français devient de ce fait tout à fait crédible.

Le 13 octobre, le Capitaine Piré écrit depuis Weissenfels au Général Belliard :
"J'ai l'honneur de vous rendre compte que, conformément, à vos ordres, je me suis séparé hier soir du chef d'escadron Mathis et que je me suis porté sur Leipzig, avec les 50 hommes sous mon commandement. Les renseignements que j'ai pris en route m'ont appris d'une manière certaine que le bataillon saxon de garnison en cette ville en était parti à 3 heures pour Dresde, et qu'il n'y avait plus dans la place qu'une cinquantaine de grenadiers de garde aux équipages échappés de la déroute de Géra, 20 hussards et 30 dragons. En conséquence, à 2 heures du matin, je me fis ouvrir la barrière avancée du faubourg et me portai rapidement sur la grand'garde. Au moment où la sentinelle criait Qui vive ! le maréchal-des-logis Dam du 5e de hussards se précipita sur elle, la désarma et ensuite se jeta sur les grenadiers ; il les força à coups de sabre à nous rendre les armes. MM. le capitaine Therond, aide de camp, Quack, lieutenant du 5e de hussards, et Curély, du 7e, m'ont rendu les plus grands services pour l'activité et le zèle qu'ils ont mis pour me seconder dans cette affaire, et à réunir les 60 prisonniers et les 8 officiers que j'ai envoyés au quartier général.
J'ai trouvé le corps municipal fort bien disposé pour le bien du service de S. M. La ville offre de grands secours de tout genre; il n'y a qu'un seul magasin à fourrages, de peu de conséquence, appartenant aux Saxons : aucun détachement prussien n'avait traversé la ville depuis plus de 15 jours; on n'y supposait pas l'armée prussienne très considérable et l'opinion paraissait fixée sur sa destination prochaine.
A 3 heures du matin, je suis parti emmenant nos prisonniers, une trentaine de voitures et 80 chevaux. Je n'ai pu m'emparer des lettres, ayant bravé de très-fortes oppositions ; j'ose vous prier, mon Général, de vous intéresser au brave maréchal-des-logis Dam, du 5e de hussards, qui a en outre toujours tenu une conduite distinguée dans son corps
" (P. Foucart : Campagne de Prusse (1806) : d'après les archives de la guerre. Iéna ; P. Foucart : La Cavalerie pendant la campagne de Prusse (7 octobre-7 novembre 1806), d'après les archives de la guerre).

De son côté, Lasalle écrit depuis Molsen à Murat :
"Le chef d'escadron Maignet, blessé hier dans l'attaque du convoi qu'il a pris à Weissenfels, se rend au quartier général de Votre Altesse, pour y faire la remise des 7 fourgons et 150 chevaux environ qu'il a pris et qui n'ont pu me rejoindre que ce matin. Vu la distance d'ici à Leipzig et de cette ville à Pegau, j'ai renvoyé mon aide de camp avec 25 chevaux frais à Pegau.
Je recommande à Votre Altesse le brave chef d'escadron Maignet qui, déjà blessé deux fois en Italie, n'en est que plus courageux, mais se trouve à plaindre, dit-il, d'être déjà blessé dès le commencement de la campagne; il mérite la croix d'officier de la Légion.
Permettez-moi, à cette occasion, de vous rappeler que le 5e régiment de hussards manque de 10 officiers aux escadrons de guerre et qu'il n'y en a point au dépôt. Il est instant de les remplacer.
Les équipages pris appartiennent à l'artillerie et aux pontonniers, et les chevaux haut le pied allaient en toute hâte rechercher des pièces pour remplacer celles des 3 batteries enlevées par M. le maréchal Lannes; jamais déroute semblable n'eut lieu après un seul combat. On dit que les Prussiens n'ont que 40,000 hommes en campagne et les Saxons 15,000, et toute l'armée est déjà en désordre
" (P. Foucart : La Cavalerie pendant la campagne de Prusse (7 octobre-7 novembre 1806), d'après les archives de la guerre).

A la suite de cette lettre, le Chef d'Escadron Maignet est employé au Dépôt de cavalerie de Potsdam.

Le même jour, à 4 heures de l'après midi, Murat écrit à l'Empereur, depuis Naumburg :
"Les hussards du 7e et du 5e régiments sont entrés ce matin dans Leipzig ; ils ont fait prisonnière la garde de la porte. Le général Lasalle me mande qu'il m'envoie l'avant-garde de ce qui a été pris aux portes, ce sont des officiers, la garde de la porte et quelques bagages ..." (P. Foucart : Campagne de Prusse (1806) : d'après les archives de la guerre. Iéna).

"La réserve de cavalerie ne fut engagée le 14 octobre ni à Iéna ni à Auerstaedt. A voir les décisions du destin on reste confondu. Non seulement ces deux immortelles victoires n'offrirent pas à Lasalle l'occasion de donner sa mesure, mais, par voie de conséquences, elles faillirent lui coûter l'honneur et même la vie. Étrange destinée du soldat où le hasard se complaît à détruire en un jour tout ce qu'a pu lui valoir une vie entière de dévouement et de sacrifices" (Marcel Dupont : Les Grandes Vies aventureuses. Le général Lasalle, Paris, Berger-Levrault).

Parquin dans ses souvenir note toutefois le 14 octobre : "Je me rappellerai toujours un maréchal des logis du 5e hussards, à la figure martiale, et dont la pelisse d'une couleur blanche était toute couverte de taches de sang. Il venait d'avoir le bras fracassé par un boulet, et cependant il ne cessait de dire aux chasseurs du régiment qui se croisaient avec lui et montaient le défilé : «Allez, allez, braves chasseurs, les Prussiens ne sont pas méchants !»".

Le Régiment doit avec la Brigade Lasalle et réserve de cavalerie sous Murat poursuivre l'ennemi avec une extrême vigueur. Une situation de Nafziger indique que le 5e Hussards poursuit les prussiens du 15 octobre au 15 novembre 1806 (Nafziger 806JAF).

"Les armées prusiennes fuyaient sur les routes de Saxe dans un désordre effroyable. Si la garde et les meilleurs régiments se serraient encore autour de leurs chefs, le reste n'était plus que cohue. La brigade de hussards donna tête baissée dans la débâcle, ramassant les prisonniers par paquets, prenant à peine le temps d'en expédier des milliers à l'arrière sous l'escorte goguenarde de deux ou trois briscards.
Cependant, le 17 octobre, la division de dragons Klein avait mis la main sur la place de Weissensee avant que le corps prussien de Blücher ait pu l'atteindre. C'était pour celui-ci la fin inévitable car il avait Lasalle à ses trousses et derrière - loin, il est vrai, mais susceptible d'arriver à temps s'il y avait bataille - Murat avec un gros de cuirassiers et de dragons. Or, pour Blücher, il fallait avant tout prendre du champ, gagner une position favorable où il pût marquer un temps d'arrêt, rassembler les fuyards et, peut-être, recevoir quelques renforts. Tout retard causait sa perte.
Plutôt que de forcer le passage, Blücher préfère employer la ruse. Au lieu d'attaquer, il parlemente. A Klein, bonasse, il donne par écrit sa parole qu'un armistice de trois semaines vient d'être conclu entre le Roi son maître et l'Empereur des Français. La Prusse s'avoue vaincue, elle veut traiter; son armée est écrasée ou prisonnière; les quelques milliers d'hommes groupés autour de lui sont tout ce qui a échappé au désastre; il a l'ordre de se replier sur Berlin pour assurer la paix dans le royaume et ainsi permettre de négocier vite et bien. En conséquence, il demande libre passage pour lui et pour ses troupes.
Le général Klein a la simplicité de croire en la parole du Prussien et s'efface.
C'était le moment où les éclaireurs de Lasalle prenaient contact avec l'arrière-garde de Blücher. Lasalle, prévenu, se porte en avant au galop. Il voit les lourds bataillons prussiens s'ébranler et pénétrer dans la ville. D'un coup d'oeil il estime la colonne ennemie à 8.000 baïonnettes et 6.000 cavaliers. L'arière-garde - 2.000 grenadiers et une batterie - a pris sa formation de combat face à lui. Que faire ? Va-t-il attaquer avec ses sept cents chevaux ? Ce serait vouer sa brigade à une destruction complète. Cette soi-disant tête brûlée a avant tout l'horreur du sang inutilement répandu. Il renonce.
Cependant, la rivière franchie par le dernier de ses grenadiers, Blücher se démasque et fait sauter les ponts.
Lasalle ayant repris sa chasse se trouvait le lendemain, à la tombée de la nuit, à une lieue de Magdebourg, attendant les comptes rendus des patrouilles envoyées pour tâter la place. Il causait paisiblement avec les officiers supérieurs de ses régiments, tandis que ses hussards, épuisés, dormaient à la tête de leurs chevaux.
Soudain apparaît un cavalier venant de l'arrière. Le poil de son cheval fume; il vient de fournir une longue course et à vive allure. C'est Lagrange, aide de camp de Murat. Lasalle se porte à sa rencontre. La main tendue. Il remarque la physionomie contrainte, l'attitude gênée de l'officier.
- Mon général, Son Altesse me charge de vous transmettre cet ordre de l'Empereur.
Lasalle, étonné, ouvre le pli et lit. Ses aides de camp, les deux colonels et quelques officiers se sont approchés, croyant à quelque mission nouvelle comme il en tombe souvent à la fin du jour. Mais ils voient leur chef blêmir tandis que dans sa main le papier tremble comme une feuille agitée par le vent. Qu'y a-t-il ? Quel coup imprévu peut produire un tel effet sur cet homme de fer.
En vérité Lasalle vient de lire son arrêt de mort :
L'Empereur témoigne son mécontentement au général de division Klein et au général de brigade Lasalle et Sa Majesté ordonne que cette marque de son mécontentement soit mise à l'ordre de l'armée, pour avoir laissé passer 2 colonnes ennemies qui étaient coupées, ayant l'un et l'autre l'extrême simplicité de croire ce que le général ennemi Blücher leur a dit et écrit. Depuis quand est-ce par le canal de l'ennemi que Sa Majesté fait passer ses ordres?
Être accusé par l'Empereur d'avoir failli à son devoir en présence de l'ennemi est pour Lasalle une souillure que rien ne saurait effacer, sinon la mort. Adieu les rêves, adieu les espoirs.
Sa vie de soldat est finie. Que lui importe, dès lors, sa vie tout court? Il est déshonoré. Dans sa tête mille pensées se heurtent en ronde vertigineuse. Toutes l'accablent. Toutes sont comme autant de béliers acharnés à faire écrouler le bel édifice de son passé.
Sans une protestation, sans un geste, sans une malédiction, il se dirige vers son cheval. Les officiers, glacés d'effroi, le suivent du regard. Ils le voient arracher des fontes un pistolet, l'armer, lever le canon vers sa tempe. Tous se précipitent. Le colonel de Schwarz lui saisit le bras, chacun s'empresse, le supplie de se calmer. Silencieux, les dents serrées, Lasalle lutte. Lagrange pressé de questions, expose la raison de ce désespoir et joint sa voix à celle des hussards : le Grand-Duc parlera à l'Empereur, il obtiendra qu'il revienne sur ce jugement injuste.
Mais Lasalle ne veut rien entendre. Si S. M. juge qu'il a démérité, si vraiment il a commis une faute à Weissensee, il est juste qu'il la paie de sa vie. Alors le colonel Marx s'autorisant de son âge, de son ancienneté, élève la voix et parle avec rudesse. Se tuer ? Mais ce serait reconnaître un tort inexistant, expier l'erreur d'un autre. Ce serait lâcher pied, abandonner ses fidèles en face des Prussiens. La meilleure façon de reconquérir la confiance de l'Empereur est de redoubler d'acharnement dans la poursuite.
Longtemps la lutte se prolonge entre le général et ses officiers. Enfin Lasalle se laisse enlever son arme.
- C'est bien, dit-il. Les Prussiens me paieront cela.
Et ils le payèrent en effet.
Mais auparavant Murat, mieux informé, fit appeler Lasalle et le conduisit à l'Empereur. Celui-ci l'écouta, puis lui tira l'oreille en riant.
- On m'avait trompé, dit-il. Soyez tranquille et continuez à me servir comme vous m'avez servi jusqu'ici
" (Marcel Dupont : Les Grandes Vies aventureuses. Le général Lasalle, Paris, Berger-Levrault).

Lasalle, dans son rapport adressé le soir même au Général Belliard, explique pourquoi il a laissé passer la colonne de Blücher :
"En sortant de Lutzensonnern, je voulais prendre la route de Frankenhausen, où l'on disait que l'ennemi se retirait, mais mes avant-postes, en sortant de Greussen aperçurent une colonne de plus de 3000 hommes de toutes armes; un ruisseau et un étroit défilé étaient derrière moi, je le passais d'abord et me mettais en bataille, dans une bonne position, lorsqu'on vint m'instruire qu'un parlementaire se présentait. C'était un officier prussien qui assura de la part du général Blücher, qui commandait la colonne, qu'un armistice avait eu lieu. Sans trop y ajouter foi, j'en ai profité pour venir prendre position à Gebesse, en arrière d'un ruisseau nommé Unstrut, j'y ai rassemblé mes prisonniers et mes chevaux de prise et j'y attends impatiemment vos ordres. Il est pénible pour moi d'avoir la crainte d'avoir fait quelque chose qui ne soit pas dans vos intentions, mais, Monseigneur, j'ai cru bien faire en faisant ce mouvement dont le résultat est à peu près satisfaisant" (in M. Molières : "La poursuite après Iéna, 1806", Gloire et Empire N°49).

Curelly de son côté affirme que Lasalle a attaqué et a été repoussé : "Le 17, le général Lasalle fut chargé de reconnaitre la marche du corps du général Blücher, qui se retirait en bon ordre dans la direction de Sonderhausen et, ayant attaqué avec ses éclaireurs la queue de la colonne prussienne, il fut forcé de faire un mouvement rétrograde qui faillit lui être funeste. L'ennemi avait 20000 hommes d'infanterie et 5000 chevaux; la brigade n'avait que 600 à 800 chevaux; Lasalle fit sa retraite en bon ordre et ne perdit pas un hommes, mais il fut blâmé par l'Empereur et mis à l'ordre de l'armée comme ayant fuit devant les Prussiens". Quant à Belliard, Chef d'Etat major de Murat, il écrit, dans son rapport adressé à Berthier : "... Le général Lasalle rencontra de même une colonne ennemie qui annonça l'armistice et demanda le passage. Lasalle, qui n'avait que ses deux régiments à opposer, ne fit pas de difficultés" (in M. Molières : "La poursuite après Iéna, 1806", Gloire et Empire N°49).

"Lasalle ne songeait plus qu'à se venger. Il n'était pas homme à laisser traîner les choses.
Il rejoint sa brigade près de Dessau.
Le plus important des corps prussiens, celui de Hohenlohe, s'est échappé vers le nord, cherchant à gagner la place forte de Stettin. Lasalle le prend en chasse. Faisant avec sa brigade des étapes de dix à douze lieues par jour, il cherche à le gagner de vitesse.
Le 25 octobre il flaire la proximité de l'ennemi et découple des coureurs à ses trousses.
Hohenlohe voudrait hâter la marche de ses troupes mais celles-ci, hallali, s'allongent démesurément sur les routes, semant sur leur passage traînards, caissons et bagages. Il lui faut à tout prix arrêter pendant une journée la poursuite de Murat afin de donner le temps à son infanterie de prendre du champ. La ruse n'ayant plus cours il ne reste que la force. Il emploiera l'élite de son armée : sa cavalerie.
Il a là 3.000 sabres, et des meilleurs : hussards noirs, ceux qu'on a surnommés : les «Bouchers de l'armée prussienne», «Dragons de la Reine» dont l'étendard a été brodé par les mains de la belle souveraine, «Gendarmes de la Garde Royale» dont les officiers, deux mois plus tôt, aiguisaient leur sabre sur les marches de l'ambassade de France à Berlin. Voilà une fameuse troupe et qui n'hésitera pas à se faire hacher pour assurer le salut de l'armée. Il place à leur tête le général Schimmelpenning, lui ordonne de faire front aux Français à Zehdenick, de les contenir coûte que coûte jusqu'à la tombée de la nuit.
Le reître s'incline. Il jure de rejeter dans la rivière tout ce qui se présentera. De fait il jouit d'une position admirable. La hauteur qui s'élève à l'est de Zehdenick descend en pente douce, tapissée de pâturage, jusqu'au Havel. En arrière sur une longueur de cinq kilomètres s'étend un bois épais que traverse la route de Zehdenick à Prentzlow. Schimmelpenning masse sa troupe en bataille devant la forêt, barrant l'entrée de la route. Il place les dragons en tête, puis les hussards noirs - dont il a détaché deux escadrons en grand'garde dans Zehdenick - enfin les Gendarmes. Alors, sûr de lui, il attend paisiblement en caressant le fourneau de sa pipe de porcelaine.
C'est à peine s'il retire celle-ci de ses lèvres quand, sur le coup de midi, il aperçoit les éclaireurs du 7e de hussards pointant dans les champs en deçà de la rivière.
Lasalle, lui, exulte, et sa joie gagne ses deux régiments. Ceux-ci ont partie liée avec leur général. Sa vengeance est la leur et ils poussent des vivats en voyant sur le fond roussâtre des bois s'aligner cette lourde troupe aux habits verts et bleus, aux cuirasses d'argent, aux dolmans noirs zébrés de blanc. Les sabres ont surgi des fourreaux comme d'eux-mêmes.
Mais Lasalle reste lucide. Il conserve le sourire mais garde sa lame dans sa gaine et apaise cet enthousiasme de la main. En somme la situation est loin d'être brillante. Il a derrière lui 400 hommes à peine; le reste est dispersé au diable en de multiples patrouilles; les chevaux, partis d'Oranienburg à l'aube, viennent de faire sept lieues sans souffler. Attaquer maintenant serait une insigne sottise alors que Murat marche dans son sillage et ne peut tarder à l'appuyer. Il envoie une estafette prier le grand-duc de forcer l'allure. Jusque-là il jouera au plus fin avec ces têtes de bois.
Avant tout il ne faut pas renouveler l'erreur de Weissensee. Il faut tenir sur l'autre rive les débouchés de Zehdenick et chasser de la localité les deux escadrons de hussards noirs.
- Chef d'escadron Méda !
L'ancien gendarme de la Convention accourt au galop et, raide et noueux comme un vieux cep de vigne, salue son chef. Il ne s'est pas contenté de la gloire acquise par le coup de pistolet lâché certain jour de thermidor dans la mâchoire de Robespierre. Il est devenu officier de hussards et a montré en mainte occasion une vigueur peu commune. C'est lui qui purgera Zehdenick de la vermine noire.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Méda, avec son escadron du 7e, pénètre au galop dans le bourg, culbute les trois cents Prussiens qui l'occupent, passe le pont et prend fièrement position de l'autre côté. Lasalle le rejoint sans délai et déploie ses 400 cavaliers en face des 3.000 hommes de Schimmelpenning.
Celui-ci éclate d'un gros rire : fort bien, Messieurs les Français, montez donc jusqu'ici, on vous attend; nous savons ce qu'il vous faut, c'est cette belle route dans la forêt pour courir sus à notre armée; vous serez reçus de belle façon. Et il se carre, massif.
Lasalle rit dans sa moustache. Si cette lourde machine se laissait crouler sur lui il n'aurait qu'à se dérober, et à toutes jambes. L'immobilité des Prussiens le comble d'aise. Tout en surveillant du coin de l'oeil la direction d'Oranienburg, il manœuvre et caracole, donnant à l'ennemi l'impression d'un homme disposé à l'attaque, cherchant le point et attendant l'instant propices. Collés à leurs bois, les escadrons de Schimmelpenning restent impavides.
Enfin, vers 3 heures, une haute poussière où brillent des éclairs de cuivre s'élève vers l'ouest. Ce sont les têtes de colonnes de la division de dragons Grouchy, laquelle arrive à toute bride. Alors Lasalle n'attend plus. D'un geste large il met au clair son sabre turc. Les 2 régiments sont secoués d'un frémissement.
Vive l'Empereur !
Justement Schimmelpenning s'inquiétait du grouillement perçu au delà de Zehdenick. Il haranguait ses troupes pour les exciter au combat. Son discours est coupé net. Il veut commander la charge mais déjà l'ouragan déchaîné par Lasalle est sur lui. Ah ! le bel abordage ! Culbutés, sabrés, hachés, les dragons de la Reine ne tentent aucune défense et ne songent qu'à gagner au plus vite le chemin de la forêt. Ils se précipitent en avalanche sur les régiments massés derrière eux et y sèment la panique. Et voilà toute la gendarmerie prussienne éperdue s'engouffrant dans le défilé, roulant comme un torrent sur la route de Templin. Fuite homérique.
Les 400 hussards de Lasalle semblent ne faire qu'un même régiment avec les dragons de la Reine, mais un régiment dont les hommes seraient divisés par une haine fratricide. Les sabres courbes se heurtent aux lames droites, les rangs mêlés se livrent de furieux combats. Cependant, malgré l'infériorité du nombre, la partie n'est pas égale tant est grand l'ascendant du poursuivant sur le fuyard. Bientôt même les hussards aux pelisses vertes et blanches atteignent les derniers hussards noirs et les Bouchers de l'armée prussienne sont eux-mêmes débités à grands coups de tranchant. Qui ne rend pas son sabre est abattu sur le champ. Par instant un houzard apparaît sur les flancs du défilé, parmi les pins, traînant par la bride un cheval sur lequel se tient un Prussien déconfit. Dès le début de la charge Schimmelpenning a reçu un mauvais coup sur le crâne et dort son dernier sommeil, le nez dans l'herbe, à l'orée du bois. Le colonel des dragons de la Reine est prisonnier, ainsi que le major des hussards noirs et le hussard Studer, du 7e, vient de s'emparer du fameux étendard brodé par la reine Louise.
Lasalle, tout en jouant du sabre, ne perd pas son sang-froid; il se rend compte du désordre où est sa brigade. Ses hommes sont noyés dans le flot des fuyards. Plus de cohésion, plus de rangs, plus d'unités constituées. Que trouvera-t-on à la sortie du bois ? Il ne peut songer cependant à arrêter ou à remonter le courant, mais il se tient prêt à tout événement.
A juste titre.
Au bout des cinq kilomètres de bois, la route s'étale dans un pays plat, dénudé, où le régiment des gendarmes, non entamé, s'est prestement ressaisi. Déjà son colonel a fait faire demi-tour à ses escadrons et va charger à son tour. D'un bond, Lasalle franchit le fossé et se jette à droite de la route.
- A moi, mes braves !
A sa voix les hussards tirent sur la bride, se dégagent, courent se ranger derrière leur général. Heureuse initiative. Derrière eux débouchait au galop la 1re brigade de la division Grouchy. Ce que voyant les gendarmes n'attendent pas et détalent. Promptement rejoints, ils sont, eux aussi, vigoureusement sabrés.
Ainsi prit fin l'affaire de Zehdenick.
Le soir même Murat écrivait à l'Empereur : «... Le général Lasalle a bien effacé la journée de Weissensee».
Ce n'était pas l'avis dudit Lasalle. Il lui restait un arriéré de compte et il était décidé à le régler
" (Marcel Dupont : Les Grandes Vies aventureuses. Le général Lasalle, Paris, Berger-Levrault).

Le 27 octobre, Lasalle écrit depuis Zehdenick à Murat :
"D'après les ordres de Votre Altesse, ma brigade partit d'Oranienburg, hier 26, à sept heures et demie du matin, pour marcher sur Zehdenick.
A la hauteur de Falkenthal, l'avant-garde rencontra l'ennemi qui passa le pont du Havel; le chef d'escadron Méda du 7e de hussards, commandant l'avant-garde, envoya 75 hommes à sa poursuite, hâta sa marche sur Zehdenick et rencontra 10 escadrons de hussards et de dragons ennemis, qui le forcèrent à repasser le pont qu'il avait fait rétablir. Plusieurs charges partielles eurent lieu, dans lesquelles le sous-lieutenant Kister, du 5e de hussards, fut remarqué par sa bravoure; il eut 2 chevaux tués sous lui ; cet officier est le fils du général Kister.
La tête de ma colonne arrivant alors, j'ordonnai que l'on chassât l'ennemi de la ville et que l'on tînt la tête du pont; ce qui fut exécuté avec beaucoup d'intelligence et de bravoure par M. Reinhartz, capitaine estimable du 7e de hussards, qui, soutenu de deux escadrons du 5e que commandait le colonel Schwarz, déboucha dans la plaine vers la route de Templin, point sur lequel les différentes colonnes ennemies se retiraient.
Le général fit bientôt suivre le 7e de hussards, et voyant arriver enfin, après trois heures, la division Grouchy, il se porta sur l'ennemi qui avait 14 escadrons qui couvraient le défilé. A dix pas de l'ennemi, sur lequel j'arrivai au pas avec 300 hussards au plus, je m'aperçus que l'ennemi faisait un mouvement pour charger ma troupe sur son flanc gauche; je profitai de cet instant et ordonnai la charge de pied ferme.
L'ennemi, culbuté sur ses deux ailes, se pressa pour rentrer dans le défilé, et fut chargé pendant une lieue. Le colonel du régiment de la Reine-Dragons, le major des hussards de Schimmelpfennig, presque tous les officiers et 500 hommes furent hachés et pris. Un étendard du régiment de la Reine tomba aussi au pouvoir de mes hussards ; il fut enlevé par le hussard Studer du 7e régiment ; l'adjudant du 7e M. Wilmuth a aussi coopéré à la prise de cet étendard ainsi que le sous-lieutenant Dam du 5e.
Les dragons de la division Grouchy arrivèrent enfin et se précipitèrent hors du bois au débouché duquel l'ennemi, rétabli en bon ordre, ne pouvait plus avoir rien à craindre de mes hussards trop dispersés.
La brigade a eu une soixantaine de blessés, mais peu de tués
" (P. Foucart : La Cavalerie pendant la campagne de Prusse (7 octobre-7 novembre 1806), d'après les archives de la guerre).

Dans la nuit du 27 au 28, le général Lasalle avec le 5e Hussards est à Hassleben (marche de 45 kilomètres), après être resté en position jusqu'à neuf heures sur la route de Prenzlow.

"Le lendemain, vers le petit jour, Lasalle se lance sur la piste d'Hohenlohe.
Dans l'armée prussienne règne la plus affreuse démoralisation. Un seul espoir soutient encore les chefs de la troupe : échapper ce jour-là une fois de plus aux Français, gagner Prentzlow avant eux et le lendemain trouver un salut, au moins momentané, derrière les murailles et les canons de Stettin. Les nouvelles apportées par les fuyards de Zehdenick avaient mis le comble à l'angoisse du prince et de ses généraux. L'arrivée pendant la nuit d'un renfort de cavalerie amené par le prince de Schwerin leur avait cependant rendu quelque espoir.
A la nuit tombante les Prussiens fourbus atteignent les faubourgs de Prentzlow par la route de Schönermarck au moment où les éclaireurs de Lasalle y arrivent par le sud. Mais Murat, avec le gros de la réserve, passe la nuit à Zehdenick, à douze lieues de là ...
Des collines dominant Prentzlow, les hussards comptent les milliers de feux allumés dans la plaine; partout leurs patrouilles se heurtent à de forts avant-postes d'infanterie. Pas de doute, l'armée prussienne est là. Demain elle passera Prentzlow et fera sauter les ponts de l'Ucker; le soir, en forçant l'étape, elle peut être à Stettin; comme Blücher, Hohenlohe aura glissé entre les mailles du filet.
Lasalle envoie à Murat estafette sur estafette, le supplie d'accourir pour saisir les Prussiens à l'aube. A l'appel de son commandant d'avant-garde, le grand-duc de Berg saute du lit, alerte les divisions de dragons Beaumont et Grouchy qu'il a sous la main et monte à cheval à 1 heure du matin. Dans la nuit, par les routes défoncées, il se hâte autant que le lui permet l'état des chevaux harassés par deux semaines de poursuite et de combats.
Lasalle de son côté compte les heures, calcule les chances. Par bonheur le jour est tardif en cette fin d'octobre et les Prussiens sont recrus de fatigue. Il se jure de retarder leur marche de tout son pouvoir.
Avant même que l'aurore ait teinté le ciel, il est à cheval à la tête de sa brigade. A ses pieds les feux brillent encore mais on entend les tambours et les fifres sonnant la diane, auxquels s'ajoutent les jurons des feldwebels s'efforçant à coups de canne de faire lever leurs hommes. Dans la grisaille de l'aube les compagnies se forment lentement, les attelages commencent à démarer. Et bientôt le mouvement s'accentue. Déjà une colonne de grosse cavalerie a pénétré dans la ville. L'infanterie s'ébranle en bon ordre. Et Murat n'arrive pas.
Lasalle, hors de lui, ordonne à un escadron de se déployer en tirailleurs et d'exécuter des feux sur la colonne. Piètre intervention mais qui détermine néanmoins quelque flottement dans le corps ennemi. Hohenlohe et son état-major s'inquiètent; on les voit virevolter dans la plaine, hâter la marche des uns, prescrire aux autres de faire face. Finalement six pièces sont mises en batterie et ouvrent le feu sur les hussards. Lasalle, impassible, ne s'écarte pas d'un sabot de cheval.
Enfin voici Murat. Il a devancé les dragons au galop et serre la main de Lasalle. Bravo, rien n'est perdu. Un tiers à peine de l'armée prusienne est entré dans la ville. Il va faire contourner celle-ci par Grouchy qui passera la rivière comme il pourra; lui- même attaquera avec la division Beaumont. Mais Lasalle ne l'entend pas ainsi. Pourquoi attendre ? Lui, Lasalle, doit être le premier à marcher, pour régler sa dette. Maintenant qu'il est sûr d'être appuyé, il va charger tout de suite sur la porte par où s'écoule la colonne prussienne. Murat approuve.
Aussitôt Lasalle lance le 7e de hussards sur la batterie ennemie et, se mettant à la tête du 5e, dévale en une charge folle, renverse l'infanterie teutonne qu'on lui oppose, aborde les bataillons en marche, les sabre et entre pêle-mêle avec eux dans la ville où continue le carnage.
Pris en queue par les chasseurs de Milhaud, coupé en deux par Lasalle, attaqué en tête par Grouchy et de flanc par Beaumont, Hohenlohe demande grâce.
Et devant les 16 régiments de cavalerie du grand duc de Berg l'armée vaincue défile, dépose ses armes. Les Princes de Hohenlohe, Auguste-Ferdinand, Tauezien, 16.000 fantassins, 6.000 cavaliers, 45 drapeaux, 60 pièces de canon, tel est le butin de la journée
" (Marcel Dupont : Les Grandes Vies aventureuses. Le général Lasalle, Paris, Berger-Levrault).

Depuis Prenzlow, Murat écrit le 28 octobre à l'Empereur :
"Sire, les ordres de Votre Majesté sont exécutés. Le prince de Hohenlohe est en mon pouvoir ainsi que son corps d'armée. Comme je l'avais prévu, il avait manœuvré par ma gauche, et s'était porté sur Prenzlow après avoir marché toute la nuit. Me doutant du mouvement, j'avais ordonné au général Lasalle de se rendre dans la nuit à Prenzlow; les deux têtes de colonne sont arrivées ensemble à cette ville ; les husssards ont dû faire les honneurs et laisser passer la colonne prussienne.
A six heures du matin, j'étais en marche avec toute la cavalerie pour appuyer le général Lasalle. Le général Milhaud suivait l'ennemi avec le 13e de chasseurs et le 9e de dragons; j'étais à deux heures de Prenzlow lorsque le général Lasalle m'a fait prévenir du mouvement de l'ennemi et de sa position; j'ai hâté ma marche et dès neuf heures je découvrais la marche de l'armée prussienne. J'ai ordonné au général Lasalle d'arriver sur le faubourg et d'attaquer. Je le faisais soutenir par 6 bouches à feu et par la division Grouchy et par trois régiments de la division Beaumont. Le général Beaumont, mon aide de camp, a eu ordre de passer le pont au village de Gollmitz avec une brigade de dragons de la division Beaumont, pour aller menacer et attaquer les derrières et le flanc de l'ennemi. Pendant ce temps, un parti reconnaissait si l'on pouvait se porter par ma droite de Zolchow sur Zeelche, afin de tourner la ville.
L'attaque a commencé ; la canonnade s'est engagée de part et d'autre d'une manière très-vive; l'artillerie de Votre Majesté a fait taire le feu de l'artillerie ennemie et l'a forcée de se retirer de position en position; nous étions arrivée auprès du faubourg ; voyant que la colonne était sur le point de m'échapper, j'ai fait passer à un gué la brigade du général Boussard et j'ai ordonné au général Grouchy de charger à la tête sur les ennemis, ce qu'il a exécuté avec une intrépidité inconcevable; il a culbuté l'infanterie, la cavalerie, a pris 18 pièces de canon, et allait entrer pêle-mêle dans la ville avec les Prussiens, lorsque l'on a fermé les portes ; tout ce qui se trouvait de ce côté a été pris. J'ai fait venir du canon, et envoyé le général Belliard pour sommer le prince Hohenlohe. Pendant ce temps, les dragons ont enfoncé la porte de Stettin et allaient déboucher sur l'ennemi lorsque ce prince a consenti à déposer les armes.
Le général Lasalle marche sur Löcknitz, où il couchera ce soir, pour couper la retraite au général Blücher ; le général Milhaud se porte sur Passewalk; demain, je serai sur Stettin
" (P. Foucart : La Cavalerie pendant la campagne de Prusse (7 octobre-7 novembre 1806), d'après les archives de la guerre).

A noter qu'à Prenzlow, le Régiment a encore le Maréchal-des-logis Nicolle blessé d'un coup de mitraille à la jambe gauche.

Toujours le 28 octobre, Lasalle écrit depuis Pégelz au Général Belliard :
"Mon avant-garde vient d'arrêter 5 hommes de 9 qui sont partis d'ici à une heure ; ces hommes étaient des traînards d'une colonne d'à peu près 2,000 hommes, tant infanterie que cavalerie, passée hier de quatre à sept heures du soir" (P. Foucart : La Cavalerie pendant la campagne de Prusse (7 octobre-7 novembre 1806), d'après les archives de la guerre).

Il adresse ensuite une 2e lettre au Général Belliard, cette fois depuis Berkholz :
"D'après l'ordre de Son Altesse le Grand-Duc, je m'établissais à Löcknitz, dont je reconnaissais les entours, lorsque les officiers envoyés en reconnaissance sur les routes de Stettin et de Passewalk me dirent avoir rencontré les hussards rouges et bleus, qui n'ont voulu écouter aucun parlementaire, n'étant pas, disaient-ils, de la colonne du prince de Hohenlohe; ils ont répondu à nouvelles sommations par des coups de pistolets. Comme le poste était mauvais, vu les marais et le contour en communication des routes qui reviennent sur elles-mêmes, j'ai fait évacuer de Löcknitz les 100 ou 200 Prussiens du corps de Hohenlohe qui étaient déjà arrivés dans cette ville. J'ai enlevé les lettres que je vous envoie et ordonné de couper le pont et me suis établi à Berkholz, qui est le point d'embranchement des routes de Stettin et de Passewalk.
Une reconnaissance poussée sur Passewalk a rencontré des voitures chargées d'une centaine de soldats du général Blücher; je les fais filer avec les autres sur Prenzlow ; je n'ai pu avoir d'eux aucun renseignement
" (P. Foucart : La Cavalerie pendant la campagne de Prusse (7 octobre-7 novembre 1806), d'après les archives de la guerre).

 

- La place de Stettin prise par Brigade de cavalerie légère

Colonel  5e Hussards, 1806 Colonel  5e Hussards, 1806
Colonel du 5e Hussards en tenue de gala, 1806, d'après Bucquoy (La cavalerie légère)
Le même d'après Charmy

 

Officier, 5e Hussards, tenue de gala, 1807
Officier du 5e Hussards en tenue de gala, 1807, d'après René Louis, "Uniformes des régiments de hussards français.... I. - 1er-6e hussards"; Bibliothèque nationale de France, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945)

 

Officier, 5e Hussards, 1808 Officier, 5e Hussards, 1808 Officier, 5e Hussards, 1808
Officier du 5e Hussards, d'après T. Goddard et J. Booth : "The Military Costume of Europe"; ouvrage paru à Londre en 1812
Officier du 5e Hussards, d'après T. Goddard et J. Booth; variante communiquée par un de nos correspondants
Officier du 5e Hussards, d'après T. Goddard et J. Booth; variante; photo de la collection de notre ami Edmund Wagner
Officier 5e Hussards, 1808 Officier 5e Hussards, 1808  
Officier du 5e Hussards, sans date, d'après Ernest Fort (1868-1938) : "Uniformes des hussards sous la 1ère République, le 1er Empire et la Restauration II - 5e à 13e hussards"; Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945), PETFOL-OA-490(2); ce dessin a pour source Booth
Officier du 5e Hussards, sans date, d'après Ernest Fort (1868-1938) : "Uniformes des hussards sous la Révolution et le 1er Empire"; Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945), PETFOL-OA-491; ce dessin a pour source Booth
 

 

Officier compagnie d'élite 5e Hussards, 1808
Officier, Compagnie d'élite, Revue du 5e Hussards par Junot, Duc d'Abrantès, Colonel général des Hussards, 1808, d'après René Louis, "Uniformes des régiments de hussards français.... I. - 1er-6e hussards"; Bibliothèque nationale de France, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945)

La Brigade Lasalle, que son audace et ses succès avait fait nommer l'Infernale, se détache désormais de la réserve et court à Stettin.

"Il ne suffit pas à Lasalle. Seuls de l'armée de Hohenlohe, quelques régiments de cavalerie, entrés les premiers dans Prentzlow ont pu s'échapper. Il les lui faut.
Il monte à cheval dans la nuit, et suivi de sa fidèle brigade, se jette à leur poursuite. Il les atteint à Locknitz et fait aussitôt déployer ses escadrons.
La colonne ennemie s'arrête et fait front. Outre le corps des cuirassiers du roi, il y a là les régiments comte de Henckel, comte de Halzendorff, comte de Boeting et le régiment de Hegseck, près de 4.000 cavaliers d'élite sous le commandement du colonel Poser. La brigade de Lasalle, éprouvée par les deux affaires précédentes, ne compte guère plus de 500 sabres.
Mais Lasalle paie d'audace. Il somme le colonel Poser de mettre bas les armes. Murat, affirme-t-il, le suit de près; s'il ne se rend pas, lui et ses hommes seront passés au fil de l'épée. L'abattement des Prussiens est tel qu'ils acceptent de capituler. Et les six magnifiques régiments défilent «en pleurant» devant les 500 hussards de France
.
La satisfaction de Lasalle n'est pas entière. A ses yeux, il est vrai, les résultats obtenus depuis Weissensee liquident sa dette envers l'Empereur, mais il a encore une affaire personnelle à régler, affaire d'honneur... Certes, il aurait grande liesse à la liquider sur le pré, l'épée ou le sabre à la main, mais la chose est interdite. Faute de mieux, il la portera sur un autre terrain. C'est son compte particulier avec Blücher.
Or Blücher, comme l'a tenté Hohenlohe, cherche à gagner la Poméranie orientale et, comme Hohenlohe également, il n'a plus qu'une porte de sortie sur l'Oder : Stettin. Il s'agit de la lui fermer. C'est d'ailleurs vers elle que Murat, appuyé par le corps d'armée de Lannes, dirige la réserve de cavalerie, mais cette lourde masse ne s'avance qu'avec lenteur. Lasalle, sans se soucier de rester collé à elle, prend son vol vers Stettin
" (Marcel Dupont : Les Grandes Vies aventureuses. Le général Lasalle, Paris, Berger-Levrault).

Le 29 octobre, à 8 heures du matin, Murat écrit depuis Prenzlow à l'Empereur :
"Sire, j'ai l'honneur de rendre compte à Votre Majesté du résultat de la journée d'hier, et du mouvement du général Lasalle sur Löcknitz ... Le général Lasalle est arrivé à Löcknitz vers 4 heures, en a fait rompre le pont; mais instruit qu'il avait des troupes derrière lui venant de Passewalk, il a cru devoir se retirer sur Berkholz, embranchement des deux routes. En étant instruit, je lui ai ordonné de reprendre Löcknitz; je m'y porte avec toute la division Grouchy et toute l'infanterie que M. le maréchal Lannes a pu me donner. J'espère fermer encore la route de Stettin au général Blücher, qui a dû coucher hier au soir aux environs de Passewalk, à moins qu'il ne soit parvenu à m'échapper pendant la nuit. Il commande un corps de 10 à 12,000 hommes, débris de l'armée de Wurtemberg. J'aurai l'honneur de rendre compte à Votre Majesté des renseignements que j'aurai pu recueillir à Löcknitz ...
P. -S. — Je reçois à l'instant une lettre que le général Lasalle m'écrit de Berkholz et dont je me hâte d'envoyer la copie à Votre Majesté
" (P. Foucart : La Cavalerie pendant la campagne de Prusse (7 octobre-7 novembre 1806), d'après les archives de la guerre).

Effectivement, Lasalle écrit le 29 octobre, depuis Berkholz, à Murat :
"J'envoie un escadron de ma brigade recevoir les 5 régiments de cavalerie qui vont mettre bas les armes. Ces régiments portent les noms suivants :
Le comte de Henkel;
Le comte de Halzendorff ;
Le comte de Boeinting ;
Le régiment des cuirassiers du Roi ;
Le régiment de Hegseck.
Ils ont passé la nuit à une demi-lieue en avant de Passewalk
" (P. Foucart : La Cavalerie pendant la campagne de Prusse (7 octobre-7 novembre 1806), d'après les archives de la guerre).

Toujours le 29 octobre, Lasalle écrit à 10h30 du matin, depuis Löcknitz, à Murat :
"Ma brigade est à Löcknitz et placée faisant face à la route de Passewalk. Plusieurs parlementaires sont allés recevoir la colonne commandée par M. le colonel Poser. J'ai envoyé une reconnaissance sur Stettin" (P. Foucart : La Cavalerie pendant la campagne de Prusse (7 octobre-7 novembre 1806), d'après les archives de la guerre).

Une heure plus tard, toujours depuis Löcknitz, Lasalle écrit à Murat :
"La reconnaissance envoyée sur Stettin a rencontré l'ennemi à Bismark, lui a pris 15 hussards et un officier qui se dit capitaine de l'Académie militaire; il dit que l'ennemi veut tenir à Stettin. Le général de Wurtemberg et le général Ramberg y commandent. Je place le 7e régiment sur cette route et le 5e sur celle de Passewalk; mais les 5 régiments doivent avoir mis bas les armes et je les attends. Il est instant d'occuper Löcknitz ; la reconnaissance ennemie devait s'y établir comme avant-poste" (P. Foucart : La Cavalerie pendant la campagne de Prusse (7 octobre-7 novembre 1806), d'après les archives de la guerre).

Le 29 au soir, les troupes étaient échelonnées sur la route de Prenzlow à Stettin; la Brigade Lasalle est à Mohringen, 6 kilomètres de Stettin (marche de 20 kilomètres).

Officier du 5e Hussards en pelisse Officier 5e Hussards, 1806-1807

Officier en pelisse; dessin de L. Rousselot pour H. M. Brauer (Uniformbogen/Heere und Tradition N°92)

Officier du 5e Hussards en 1806-1807, d'après P. Benigni; donné par A. Pigeard in Tradition N°140

"Le 30 octobre au crépuscule, il atteint les hauteurs dominant la place. Éclairée par le soleil couchant, elle semble illuminée pour une fête. Sur la rive gauche du fleuve, large comme un bras de mer, elle est un bloc de pourpre encastré dans sa ceinture de fortifications. Le château, l'arsenal, les églises dominent l'enchevêtrement des toits et, à l'est, on devine son port immense à la forêt des mâts où flotte le pavillon de la marine royale britannique, grande pourvoyeuse de l'armée prussienne. Après les longues chevauchées au travers d'un pays ravagé par les troupes en déroute, Stettin offre une impression de richesse, de force et de paix. A sa vue, les hussards poussent des vivats.
Lasalle s'est arrêté et, avec avidité, embrasse d'un seul regard tous les plans de ce vaste tableau. Quelle tentation ! Avoir à portée de la main ces portes, ces ponts, ce couloir vers l'est et ne pouvoir, faute de moyens, s'en constituer le gardien et tirer le verrou ! ... Si Blücher force sa marche il peut atteindre Stettin dans la nuit ou le lendemain matin. Les hussards français - gendarmes chargés de le prendre au collet - seront-ils réduits à lui rendre les honneurs et à regarder défiler devant eux les derniers bataillons de l'armée prusienne ? Car, enfin, ce n'est pas avec 500 cavaliers que l'on donne l'assaut à une place forte ni qu'on attaque un corps d'armée, comme celui de Blücher, comptant une vingtaine de mille hommes et 60 canons. Pendant quelque 24 heures cependant ils vont devoir attendre là, le sabre au fourreau, quoi qu'il arrive. Observer, et au besoin rendre compte, tel est le seul rôle qu'ils pourront jouer.
Déjà les colonels lâchent leurs fourriers à la recherche d'un campement pour les escadrons. Lasalle, immobile, ne peut détacher son regard de cette proie interdite.
Le soleil s'est couché derrière les collines; la ville s'évanouit dans l'ombre. Tout à coup de brefs éclairs brillent sur les remparts, l'air est coupé de sifflements et quelques boulets viennent éclater sur la pente descendant vers la ville, à quelques toises de la ligne des hussards. Des jurons courent les rangs, les chevaux dressent la tête, inquiets.
Lasalle est resté coi, mais la colère l'empoigne. Canonner les cavaliers de l'Empereur ! Ces faquins ont trop d'outrecuidance. Outrage insupportable. Une idée l'obsédait sans qu'il osât se la formuler nettement tant elle lui paraissait folle; elle prend consistance, s'impose à lui.
- Colonel Schwarz !
Le commandant du 5e de hussards accourt.
- Colonel Schwarz, prenez un officier et un trompette et rendez vous à Stettin. Sommez la place de se rendre. Ordre de S. A. le grand-duc de Berg.
L'officier interpellé demeure pantois. Son général a-t-il perdu la raison ? Comment prendre au sérieux une injonction pareille ? On ne fait pas capituler devant 2 régiments de cavaliers fourbus, anémiés, réduits aux deux tiers de leur effectif, une ville forte de vingt-cinq mille âmes, solidement bastionnée et palissadée et pourvue d'une formidable artillerie. Ce serait vouer au ridicule un lieutenant de l'Empereur.
Schwarz d'abord n'a pas bronché, mais il distingue soudain dans les yeux de Lasalle une étincelle étrange, un regard tellement transformé qu'il croirait y voir le fait d'une inspiration surnaturelle. Et aussitôt sa stupéfaction s'évanouit et l'acte qui lui paraissait insensé l'instant d'avant lui semble logique, inévitable; il est soulevé par cet enthousiasme qui empoigne le soldat impérial aux heures difficiles et lui fait réaliser l'impossible. Il est prêt.
- Partez, ordonne Lasalle.

Lieutenant porte étendard 5e Hussards, 1805
Lieutenant porte étendard du 5e Hussards en 1805, extrait de l'Historique régimentaire (collection de l'auteur)

Et il précise :
- Mêmes conditions qu'à Prentzlow. Accordez les honneurs de la guerre, mais la garnison sera envoyée en France et les officiers prisonniers sur parole. Si la place ne capitule pas sur le-champ, les conditions - prévenez-en le gouverneur - seront tout autres.
Et, devant la brigade hilare, le colonel de Schwarz descend lentement vers la ville accompagné d'un capitaine de son régiment. Devant lui un trompette sonne des appels à intervalles rapprochés. Les notes légères s'égrènent dans le crépuscule, la dernière s'allongeant, s'éteignant peu à peu.
Aussitôt Lasalle est pris d'une sorte de fièvre. Puisqu'il paie d'audace il faut jouer la comédie jusqu'au bout, improviser la mise en scène. Il n'a avec lui, pour tout équipage, qu'un caisson de cartouches. Il va l'utiliser pour figurer l'artillerie. Il donne l'ordre à un sous-officier de lui faire suivre au galop la ligne des crêtes, de disparaître ici pour reparaître un peu plus loin. Dans la nuit presque close l'essentiel est de faire beaucoup de bruit avec de la ferraille et des roues, quitte à crever les chevaux et à briser la voiture.
Quant à sa brigade, il lui fait faire demi-tour, la dissimule dans un pli de terrain et, là, distribue les rôles. Chaque chef d'escadron emmènera son unité sur un point du pourtour de la place, la fera profiler sur les hauteurs de manière à donner l'impression de nombreuses colonnes surgissant de toute part. Et surtout que les hommes, arrivés à portée de la voix, crient à pleins poumons : Vive l'Empereur !
Aussitôt la farce se déclenche et les hussards, prompts à comprendre la ruse, jouent leur rôle avec un entrain, une gaieté de grands enfants. Les officiers se multiplient. En peu de temps les hauteurs à l'ouest et au sud de Stettin ont véritablement l'air d'être couronnées de nombreuses troupes. Au loin, vers la ville, la trompette s'est tue.
Alors Lasalle, en compagnie de ses aides de camp et du colonel Marx, se retire à Möhringen, à une demi-lieue de Stettin, fait ouvrir la meilleure maison, s'y installe au coin du feu et fait apporter une jatte de punch. Les pipes s'allument, les cartes sortent des sabretaches et, pour tromper l'attente, cet insatiable joueur organise une partie de pharaon.
Cependant une frayeur panique régnait dans la ville. La journée de la veille avait déjà donné l'alarme. Dans les rues de Stettin étaient passés quelques rescapés de Prentzlow apportant la nouvelle du désastre et, en même temps, on avait vu des officiers de Blücher accourus à franc étrier, prescrire au gouverneur de repousser coûte que coûte les attaques des Français jusqu'à l'arrivée de l'armée prussienne. Les paisibles bourgeois poméraniens, pour la plupart commerçants ou armateurs, ne montraient qu'un piètre enthousiasme devant ces prémices de batailles. Sans doute leurs voeux allaient au salut de l'armée royale malgré la façon magistrale dont elle s'était fait battre, mais ils estimaient hors de saison que ce succès fût assuré aux dépens de leurs biens et qui sait ? de leur vie. Depuis un mois - ils ne l'ignoraient pas - toutes les places fortes devant lesquelles s'étaient présentés les Français, Leipzig, Dessau, Magdebourg, Spandau, n'avaient offert qu'une résistance éphémère et ils ne voyaient pas la nécessité de faire écraser leurs maisons et leurs entrepôts par l'artillerie et de subir les horreurs d'un assaut pour un résultat en somme problématique. Seuls les agents anglais, dont les magasins regorgeaient d'approvisionnements, réclamaient hautement une défense énergique.
La municipalité n'avait pas manqué de transmettre les doléances de la population à Son Excellence le général baron von Romberg, gouverneur de la place. Le vieux soudard l'accueillit de façon fort discourtoise. Capituler ? Jamais. Il préférerait s'ensevelir sous les décombres de la ville plutôt que de manquer à son serment.
Ceci dit, il alerta les 10.000 hommes de la garnison, fit charger les 160 canons de la place et doubla la garde des remparts.
Lorsque, à la chute du jour, les pièces des bastions ouest ouvrirent le feu, le général von Romberg donna l'ordre de battre la générale. Tandis que les troupes gagnaient leurs emplacements de combat, il fit sillonner la ville de multiples patrouilles afin d'assurer l'ordre et d'afficher sa volonté de résister à outrance.

Trompette compagnie d'élite 5e Hussards, 1808
Trompette (Compagnie d'élite ?) lors de la revue du 5e Hussards par Junot, Duc d'Abrantès, Colonel général des Hussards, 1808, d'après René Louis, "Uniformes des régiments de hussards français.... I. - 1er-6e hussards"; Bibliothèque nationale de France, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945)

Il n'eut pas longtemps à attendre. Le canon s'était tu depuis peu de temps quand le commandant du front de défense lui fit annoncer l'arrivée de deux parlementaires. Ceux-ci, les yeux bandés, attendaient ses ordres à l'avancée de la Porte de Berlin. C'était l'heure où les quinquets s'allumaient dans les rues étroites de la cité. La nouvelle se répandit aussitôt de bouche en bouche, semant partout la consternation.
Le baron von Romberg assembla aussitôt le conseil de défense. Il y avait là, assis autour d'une vaste table, le général-major von Knobelsdorf, commandant supérieur des troupes, le général von Raudem et son adjudant le major von Barum, le général commandant l'artillerie de la place et les généraux commandant les brigades. Ces messieurs avaient endossé la grande tenue et arboré toutes leurs décorations. Ils dressaient le col et bombaient le torse comme devaient le faire des soldats élevés à l'école du grand Frédéric. Leur superbe ne laissait pas cependant d'être tempérée par un certain émoi. Ces diables de Français ! Ne venaient-ils pas, en quelques semaines, de mettre à terre l'invincible armée prussienne ? Le conseil avait la sensation de se trouver tout à coup face à face avec un danger mystérieux et redoutable par ses origines sataniques.
Le colonel de Schwarz fut introduit. Grand, sec, bien pris dans la courte pelisse blanche passementée d'or, il entra d'un pas vif, faisant sonner ses éperons et son sabre. Le haut col de fourrure encadrait sa figure basanée coupée d'une moustache à longues pointes. Il s'arrêta à quelques pas du gouverneur et salua d'un geste hautain. Son regard toisa l'assistance. Invité à s'asseoir, il refusa. Sa mission était simple. 50.000 hommes de S. M. l'Empereur accouraient à marche forcée; l'avant-garde déjà encerclait la ville. Il venait au nom de S. A. le grand-duc de Berg, commandant l'armée, proposer une capitulation honorable dont il exposa les conditions brièvement. Cette capitulation, il l'exigeait immédiate, faute de quoi lesdites conditions seraient totalement modifiées, et ce, au grand dam de la population, des troupes et de leurs chefs.
Un lourd silence accueillit cette déclaration. Le gouverneur toussa, consulta ses généraux d'un regard circulaire, puis se dressa et, enflant la voix :
- Dites à celui qui vous envoie, dit-il, que, moi, général baron von Romberg, j'ai reçu cette place des mains de mon gracieux souverain et que je la défendrai jusqu'à la dernière goutte de mon sang. Allez, Monsieur.
Quand le colonel de Schwarz apporta cette réponse à Lasalle celui-ci contint sa colère et montra un visage impassible, mais ce fut entre ses dents serrées par la rage qu'il dit à son parlementaire :
- Retournez sur-le-champ à Stettin et dites ceci à votre vieille patraque de gouverneur : si demain matin, à 8 heures, la capitulation n'est pas exécutée, la ville sera bombardée, prise d'assaut, la garnison passée au fil de l'épée et la ville livrée au pillage pendant 24 heures. J'attends.
Et, sans se soucier de la façon dont il mettrait ses menaces à exécution, il fit apporter une nouvelle jatte de punch.
A 1 heure du matin le colonel de Schwarz était de retour. Le langage de Lasalle, fidèlement transmis, avait produit mieux que l'effet espéré. Les velléités belliqueuses du conseil s'étaient évanouies et le baron von Romberg avait signé tout ce que le chef du 5e hussards avait exigé. Un instant, sollicité par le général von Knobelsdorf, le gouverneur avait essayé d'obtenir que la garnison, au lieu d'être prisonnière de guerre, se retirât avec armes et bagages en Silésie ou dans la Prusse septentrionale.
D'un «non» sec, Schwarz avait arrêté toute discussion, tout marchandage. Les honneurs de la guerre étaient tout ce qu'il était autorisé à accorder. Les troupes défileraient le lendemain à partir de 8 heures du matin. Dès 6 heures des détachements français prendraient possession de la Porte de Berlin et du pont sur l'Oder.
Lasalle, ayant lu le texte signé de von Romberg, ajouta de sa main : «Avant le défilé, les pierres à feu des fusils seront retirées et remplacées par de fausses pierres en bois. Il signa et renvoya le colonel une troisième fois à Stettin pour régler les détails de l'opération.
En effet, Lasalle n'était pas sans inquiétude sur la fin de cette mirifique aventure. Quand les troupes défileraient devant ses 500 malheureux hussards, ne crieraient-elles pas à la trahison, leurs officiers ne les entraîneraient-elles pas à la révolte et tout ceci ne finirait-il pas par une nouvelle occupation de la ville ? Le risque à courir était d'importance. S'il échouait, son audace serait taxée de folie et sa tentative tournerait à sa honte.
Mais Lasalle n'eût plus été Lasalle s'il eût reculé devant une telle possibilité. Toutefois il voulait rassembler tous les atouts dans sa main. En hâte il envoya un message à Murat pour lui faire connaître l'issue inespérée des négociations et le supplier de lui faire parvenir de l'infanterie et de l'artillerie avant 8 heures du matin.

Uniforme de trompette 5e Hussards, vers 1807-1808
Uniforme de Trompette 5e Hussards, d'après René Louis, "Uniformes des régiments de hussards français.... I. - 1er-6e hussards"; Bibliothèque nationale de France, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945)

Le lendemain, bien avant le jour, les deux régiments sont à cheval et se rapprochent de la place. Aucun renfort n'est encore signalé et les hussards eux-mêmes, devant cette formidable gageure, ne sont pas sans éprouver quelque appréhension. Échouer au port, perdre le fruit d'une entreprise si audacieusement montée serait pour eux une humiliation sans pareille.
Lasalle, lui, a retrouvé son insouciance habituelle, sa bonne humeur quasi inextinguible. Il est sûr de la réussite et se rit des accrocs possibles. S'il faut cogner on cognera, mais quand il aura un pied dans la place, rien ne le fera reculer d'une semelle. Pourquoi craindre un sursaut de l'ennemi ? Un vrai houzard ne se soucie pas de si minces contingences.
A 6 heures, les deux compagnies d'élite se présentent devant la porte de Berlin où les attendent des officiers prussiens. La compagnie du 5e occupe la porte, celle du 7e se rend au pont de l'Oder et s'y installe sans opposition.
Le jour vient, un jour froid et gris dans lequel traîne la brume montant du fleuve. Lasalle, caracolant devant sa brigade, montre sa figure des meilleurs jours. Il fait ranger ses deux régiments en bataille sur une ligne perpendiculaire à celle des fortifications. Une fois encore il passe sur le front de ses compagnons, les interpellent, leur adressant des mots affectueux ou des plaisanteries à gros sel. Dans les regards il devine leurs coeurs simples, ardents et qui se donnent. Il tâte la solidité du lien qui les unit à lui, lien étroitement noué par la gloire acquise en commun, par les mille dangers affrontés botte à botte. Tout est bien.
Alors il met pied à terre, confie son cheval à son fidèle hussard d'ordonnance Rumeau, et, seul, à cinquante pas en avant du front de bataille, attend.
Les carillons de la ville sonnent 8 heures. Aussitôt un long roulement de tambour retentit de l'autre côté de l'enceinte. Les hussards se raidissent, splendides, la gueule hirsute, la face plaquée de crasse et de poussière, grandis par trente jours de victoires. Lasalle, appuyé sur son sabre, insouciant comme sur un mail de garnison, sifflote un air de chasse.
Maintenant, dans la ville, tambours, fifres et musique exécutent une marche militaire. Le bruit se rapproche. Peu à peu le soleil perce la brume. Lasalle s'est redressé. Grand, mince, formidable et charmant, il fixe l'ouverture béante de la voûte. Celle-ci peu à peu s'anime, s'emplit d'uniformes rutilants. Voici d'abord le vieux baron von Rornberg, à pied, soufflant et traînant la jambe. A ses côtés, à cheval, l'aide de camp de Lasalle envoyé à sa rencontre. Derrière, l'état-major du gouverneur - vastes chapeaux à plumets blancs, casques à aigrettes, talpacks de fourrure; puis la musique du 1er bataillon de grenadiers poméraniens. Les troupes suivent, magnifiques, dans un ordre parfait.
Le gouverneur s'approche, le chapeau à la main, se nomme et adresse au vainqueur un petit discours bien tourné; il rend la ville pour lui éviter les horreurs du bombardement et recommande la population à la générosité du très honoré général Lasalle; pour ce qui concerne la cérémonie des honneurs, il est à ses ordres.
Lasalle le remercie avec bonne grâce et le prie de se placer à sa droite. Le défilé commence, solennel, compassé.
A la vérité, en apercevant le nombre infime de troupes rangées derrière le général français, le vieux baron a un haut-le-corps. Mais il n'a pas protesté. La signature figure au bas de la capitulation et il n'a nulle envie de la renier. Dans son épaisse caboche il se remémore tous les désastres accumulés depuis un mois; la Patrie est à bas; à quoi serviraient d'autres hécatombes ? Résigné et bon enfant, il nomme à Lasalle, en les désignant de sa canne, les généraux et les chefs de corps passant devant eux.

Trompette 5e Hussards, 1809
A gauche, Trompette du 5e Hussards d'après le Fichier Carl, planche 15. A droite, le même extrait de l'Album Schmid. Avec l'aimable autorisation de Mr Claude Achard
Trompette du 5e Hussards, 1809 (?), d'après Carl; dessin de René Louis, "Uniformes des régiments de hussards français.... I. - 1er-6e hussards"; Bibliothèque nationale de France, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945)
Trompette 5e Hussards, 1807-1809
Trompette 5e Hussards, 1809
Trompette du 5e Hussards vers 1809 par Brun (collection privée); la source indiquée et Carl (In V. Bourgeot et Y. Martin : "Les Trompettes de cavalerie")
Trompette du 5e Hussards, 1809 (?), d'après Ernest Fort (1868-1938) : "Uniformes des trompettes de hussards français, 1787-1813"; Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945), PETFOL-OA-497
Trompette 5e Hussards, 1807-1809 Trompette 5e Hussards, 1807-1809
Trompette du 5e Hussards vers 1809 par Boisselier (collection privée), toujours d'après Carl (In V. Bourgeot et Y. Martin : "Les Trompettes de cavalerie")
Trompettes du 5e Hussards en 1809 (?), d'après Drexler, Collection de notre ami Edmund Wagner; la source indiquée est René Louis

 

Shako de Trompette, 5e Hussards, 1808
Trompettes 5e Hussards, 1806-1808
Shako de Trompette en 1808 d'après P. A. Leroux. Donné par R. Alazet ("Les Trompettes de Hussards vus par les illustrateurs", in Tradition N°207).
Tenue des Trompettes, du rang et d'élite, toujours d'après P. A. Leroux, pour Segom

 

Dès qu'un bataillon a défilé, chaque soldat jette son fusil à la gauche des hussards et la troupe désarmée, par un mouvement de flanc, va se ranger sur le glacis, face à la ligne française. Bientôt ces bataillons forment une masse considérable. Lasalle affecte la satisfaction la plus complète de ce spectacle de choix et du bout du pied accompagne la musique en cadence. De temps en temps il se penche vers le baron et lui adresse un compliment flatteur sur l'alignement de telle compagnie, sur la parfaite exécution du pas de parade. Mordieu ! Les belles troupes ! Et comme on doit être fier de commander à des mécaniques si bien réglées ! Le général von Romberg, le visage épanoui, s'incline galamment.
Mais à la dérobée, Lasalle lance des regards du côté de Möhringen. Que fait donc Murat ? Comment avec 500 cavaliers pourra-t-il tout à l'heure prendre possession de la place, et en même temps, garder une telle quantité de prisonniers ?
Déjà - il s'en rend compte - une agitation se produit parmi les troupes arrêtées en face de lui; bientôt il perçoit un ou deux cris partant de leurs rangs, puis ces cris se multiplient; des voix protestent et bientôt insultent; des officiers sont frappés par leurs hommes. Bigre ! les choses se gâtent ... Et soudain, comme poussés par un souffle gigantesque les 2.000 soldats réunis là s'élancent en poussant une immense clameur et courent vers les armes abandonnées.
Lasalle pas bronché. C'est à peine s'il se retourne vers le colonel du 7e et lui fait un geste imperceptible. Tous les hussards ont compris. Le régiment s'ébranle au galop, aborde de flanc la cohue et la renverse. Pas un Prussien ne tente de résister. La plaine se couvre de fuyards que les cavaliers encerclent comme un troupeau et rameutent vers leur point de départ. Quelques coups de sabre honnêtement répartis assagissent les plus récalcitrants. Les troupes en train de défiler ont marqué un instant d'hésitation ; les rangs ont oscillé, esquissé un mouvement de reflux, mais sous les regards des hommes du 5e de hussards, impassibles elles ont repris leur marche.
Le général gouverneur s'excuse avec de grands coups de chapeau. Lasalle sourit toujours et calme son indignation par des paroles remplies de bienveillance et de commisération. Il sourit même largement car il vient d'apercevoir sur la route de Möhringen les premières compagnies d'un régiment d'infanterie légère qui accourent au pas de charge. C'est la tête de colonne de la division Victor. Alertée par Murat, elle a marché toute la nuit, mais, ayant dix lieues à faire, elle n'a pu atteindre son but qu'au moment où le défilé touchait à sa fin.
Dès lors cette fastidieuse cérémonie excède Lasalle. Il a donné Stettin à l'Empereur. Vive l'Empereur ! Avec empressement il passe le commandement au général Victor et saute à cheval.
Il va s'éloigner avec sa brigade, mais le général von Romberg le retient d'un geste galant, accompagné d'un aimable sourire dans sa face au teint fleuri. Un mot encore :
- Monsieur le général, recevez l'expression de la haute admiration d'un vieux général prussien. Depuis tout à l'heure je comprends, par quelles vertus, vous avez, vous, Français, battu l'imbattable armée prussienne. M. le général, on m'a dit que vous étiez grand fumeur devant l'Éternel. Daignez accepter d'un de vos ennemis et d'un de vos admirateurs ce modeste souvenir.
Ce disant, il prend des mains d'un de ses officiers une colossale pipe en porcelaine enrichie de pierreries et la remet à Lasalle. Celui-ci accepte sans façon ni étonnement. Tout est possible de la part d'un si extraordinaire bonhomme. Il serre la main du vieux baron, le remercie en deux mots et se tourne vers sa brigade.
Ne perdons pas de temps, les enfants ... En route.
Et la course reprend, sans répit.
Le soir, à Falkenwald, il rédige son rapport à Murat : «... Il était temps que l'infanterie du général Victor arrivât. Aussitôt que j'ai été débarrassé de cette corvée, je me suis porté avec ma brigade à Damm ...»
" (Marcel Dupont : Les Grandes Vies aventureuses. Le général Lasalle, Paris, Berger-Levrault).

Le 30 octobre à 5 heures du matin, Murat, depuis Löcknitz, écrit à l'Empereur :
"Sire, tandis que le général Milhaud faisait mettre bas les armes à un corps de 6,000 hommes à Passewalk, le général Lasalle était aux portes de Stettin et sommait le gouverneur de se rendre; j'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté la capitulation. Les hussards de Votre Majesté prendront possession ce matin à six heures des portes de la place. J'ordonne au général Lasalle de se porter rapidement sur Damm et de chercher à s'emparer de la place qui, dit-on, est très-mauvaise ..." (P. Foucart : La Cavalerie pendant la campagne de Prusse (7 octobre-7 novembre 1806), d'après les archives de la guerre).

Le même jour dans la soirée, Lasalle écrit à Murat depuis Falkenwald :
"Un postillon revenant d'Anklam et qui en est parti hier à cinq heures du soir dit que, hors la porte, il y a beaucoup de fantassins, de cavaliers et surtout de bagages, que leur camp s'étend à une demi-lieue de ce côté-ci, vers Ukermünde. Il n'y a point de canon. On porte le nombre de ce corps à 6,000 hommes; il vient de Mecklemburg. Aujourd'hui, il n'y avait personne à Ukermünde ; les troupes qui s'y trouvaient se sont retirées sur Anklam. Le bruit courait qu'elles devaient faire leur retraite dans l'île de Rugen, l'eau qui sépare l'île de la terre n'a que 2 ou 4 pieds de profondeur; on la passe sur de très-grands chevaux.
Je reçois ce rapport, Monseigneur, en arrivant ici; il est sept heures du soir. J'arrête ici pour rafraîchir mes chevaux et les reposer; ils sont bridés depuis trois heures du matin. Les prisonniers de Stettin voulaient se révolter; ils ont menacé et frappé leurs officiers; il était temps que l'infanterie du général Victor arrivât ; aussitôt que j'ai été débarrassé de cette corvée, je me suis porté, avec ma brigade, à Damm, où en arrivant j'ai reçu les ordres du général Belliard que j'ai mis de suite à exécution. Demain à six heures, je me mettrai en marche pour Ukermünde qui est à 5 milles d'ici
" (P. Foucart : La Cavalerie pendant la campagne de Prusse (7 octobre-7 novembre 1806), d'après les archives de la guerre).

Brigadier, 5e Hussards, 1807 Brigadier, 5e Hussards, 1807 Brigadier, 5e Hussards, 1807 Brigadier, 5e Hussards, 1807
Brigadier du 5e Hussards en petite tenue, 1807, d'après René Louis, "Uniformes des régiments de hussards français.... I. - 1er-6e hussards"; Bibliothèque nationale de France, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945)
Brigadier du 5e Hussards en tenue de fantaisie, 1807, d'après Bucquoy (La cavalerie légère)
Brigadier du 5e Hussards, d'après la planche 146 de "L'armée française et ses Alliés en Espagne"; publication de H. Achard et de J. M. Bueno
Le même donné dans l'ouvrage de J. M. Bueno : "Los Franceses y sus Aliados en Espana, 1808-1814", volume 2

L'Empereur, faisant allusion à l'affaire de Stettin, écrit au Grand-Duc de Berg : "Si vos hussards prennent des places fortes, je n'ai plus qu'à licencier mon corps du génie et à faire fondre ma grosse artillerie". La Grande Armée entière est de cet avis et les soldats n'appellent plus désormais la Brigade de Lasalle que l'Infernale.

Le 1er novembre, le 5e Hussards aligne 3 Escadrons totalisant 16 Officiers et 318 hommes. La Brigade Lasalle est à Jarmen sur la Peene.

Le 2 novembre à 10 heures du matin, Murat écrit à l'Empereur depuis Demmin :
"Sire, je suis arrivé hier soir à Demmin, ainsi que je l'avais annoncé à Votre Majesté, après avoir fait 12 lieues, et conséquemment très-fatigué. J'eus connaissance que le prince de Ponte-Corvo marchait hier matin sur Wahren, où il comptait trouver l'ennemi, et je me décide à me porter sur ses derrières par Teterow, d'où je serai à même de lui couper sa retraite sur Rostock et de l'attaquer sur Gustrow avec le prince de Ponte-Corvo, s'il voulait s'aviser de défendre le Nebel. Je dirige le général Lasalle avec le 7e de hussards sur Rostock où il arrivera vraisemblablement dans la nuit et où il a ordre de détruire tous les moyens d'embarquement que l'ennemi aurait pu y faire préparer. Le reste du 5e régiment de hussards tiendra poste à Demmin pour observer le débouché de Malchin, recevoir tous les bagages qui nous arrivent encore dans ce moment-ci par cette route, pour soutenir l'escadron de dragons qui poursuit les bagages sur la rive gauche de la Peene, en Poméranie suédoise, et enfin pour escorter les prisonniers. J'espère que je serai lié ce soir avec le maréchal Bernadotte.
Des espions me rapportent que l'ennemi s'est retranché derrière la Peene, entre les deux lacs; si cela était, mon mouvement d'aujourd'hui me mettrait absolument sur ses derrières.
Il a passé hier par cette ville, pendant toute la journée, tous les équipages de l'armée escortés par environ 1,000 hommes; j'ai envoyé à leurs trousses mon aide camp Déry avec un escadron de dragons par le pont de Demmin, et un escadron de hussards par Jarmen sur Gützkow pour les prendre en flanc, tandis qu'un escadron de dragons arrêtera la tête sur Anklam. Le premier convoi ayant capitulé cette nuit à Anklam, j'ai lieu de penser que tout ce qui a passé la Pleene capitulera de même
" (P. Foucart : La Cavalerie pendant la campagne de Prusse (7 octobre-7 novembre 1806), d'après les archives de la guerre).

Finalement, Murat renonce à envoyer Lasalle à Rostock; il se porte le 2, avec toutes ses forces, sur Malchin où il s'arrête. La Brigade Lasalle, de Jarmen par Demmin à Loschentin, a marché 45 kilomètres.

Maréchal des Logis 5e Hussards, 1806
Maréchal des Logis en grande tenue du 5e Hussards, 1806, d'après Bucquoy (La cavalerie légère)

 

- Combats sous Lubeck

Hussard, 5e Hussards, 1806
Hussard du 5e Hussards en 1806, d'après Noirmont et Marbot, "Costumes Militaires Français de 1789 à 1815", volume 3

 

Hussard, 5e Hussards, d'après Carl
Hussard, 5e Hussards, d'après Carl
Hussard, 5e Hussards 1809
Hussard, 5e Hussards, d'après Wurtz
Hussard d'après le Fichier Carl, planche 8. Avec l'aimable autorisation de Mr Claude Achard
Hussard en 1809 d'après le Fichier Carl, planche 23. Avec l'aimable autorisation de Mr Claude Achard
Hussard en 1809 d'après L. de Beaufort
Hussard en 1810 d'après Wurtz - Musée de l'Armée
Uniforme 5e Hussards, 1808 5e Hussards, 1808 Hussard, 5e Hussards, 1808
Uniforme du 5e Hussards d'après René Louis, "Uniformes des régiments de hussards français.... I. - 1er-6e hussards"; Bibliothèque nationale de France, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945)
Revue du 5e Hussards par Junot, Duc d'Abrantès, Colonel général des Hussards, 1808, d'après René Louis, "Uniformes des régiments de hussards français.... I. - 1er-6e hussards"; Bibliothèque nationale de France, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945)
Hussards en 1808 d'après P. A. Leroux; Editions R. L.

 

Hussard, 5e Hussards, tenue d'été en dolman, 1807
Hussard en tenue d'été en dolman, 1807, d'après Lucien Rousselot (L'Armée française, planche 22)

Infatigable, la cavalerie de Murat rejoint en novembre Bernadotte et Soult marchant contre le Général Blucher.

Le 5 novembre, Murat écrit à 9 heures du soir à l'Empereur, depuis Ratzeburg :
"Je me suis mis en route ce matin dès sept heures ; les deux corps d'armée de MM. les maréchaux sont arrivés en même temps sur Gadebusch; le maréchal Soult a pris la route de Ratzeburg et le prince de Ponte-Corvo celle de Rehna, se dirigeant tous deux sur Lubeck, où tous les rapports annonçaient la retraite de Blücher par les deux points de Rehna et Ratzeburg. Le général Lasalle a reçu ordre de prendre la route de Ratzeburg ; les généraux d'Hautpoul et Grouchy couchent ce soir à la hauteur de Rehna; demain, tout se mettra en route à cinq heures du matin pour Lubeck, où se trouve réuni tout le corps de Blücher et où l'on croit qu'il a projet de s'embarquer; nous avons rencontré ici son arrière-garde ; elle a été chargée, on lui a pris 8 pièces de canon qui se sont trouvées coupées, et environ 300 hommes de cavalerie ont capitulé. Il n'a passé dans la ville qu'un bataillon d'infanterie qui, à notre approche, a coupé le pont, mais j'avais fait tourner le lac par le général Lasalle par le village de Schmilau, et ses hussards entraient dans la ville du côté de Lübeck tandis qu'on faisait raccommoder le pont sur la porte de Schwerin.
La grand'garde est à portée de pistolet de l'ennemi. J'espère que demain sera une journée décisive.
Toutes les troupes sont bien fatiguées ; je prendrai le parti de laisser à Lübeck les cuirassiers et les dragons de Grouchy, si l'ennemi continuait à fuir. Je me mettrai à ses trousses avec la division Sahuc et toute la cavalerie légère des maréchaux Soult et Bernadotte. Je les eusse laissés à Schwerin sans la certitude qu'on nous avait donnée que Blücher voulait livrer bataille sous Lübeck
" (P. Foucart : La Cavalerie pendant la campagne de Prusse (7 octobre-7 novembre 1806), d'après les archives de la guerre).

A la fin de la journée, la Brigade Lasalle, qui a parcouru 45 kilomètres, est à Einhaus.

Murat, Bernadotte et Soult s'emparent de vive force de Lubeck, dont ce Général a violé la neutralité, et le forcent à mettre bas les armes le 6 novembre. A citer au 5e Hussards lors de ce fait d'armes remarquable : le Capitaine Hug prend part à la prise de plusieurs pièces de canon et d'un grand nombre de prisonniers. Il a un cheval tué sous lui; le Maréchal-des-logis Belot et le Brigadier Muller sont tués d'un coup de mitraille; le Hussard Berg est également tué; sont blessés le Brigadier Osterberger (coup de mitraille) et les Hussards Huilier (coup de sabre) et Limmerle.

"Six jours plus tard il joignait enfin Blücher en avant de Lübeck, chargeait son arrière-garde et lui enlevait un guidon et 200 hommes. Le lendemain Blücher capitulait entre les mains de Murat" (Marcel Dupont : Les Grandes Vies aventureuses. Le général Lasalle, Paris, Berger-Levrault).

Le 8 novembre 1806, le 5e Hussards (Cavalerie légère de la Réserve) présente la situation suivante : 46 Officiers et 318 hommes, 338 chevaux de troupe; 3 hommes aux hôpitaux; 89 Officiers, 170 hommes et 223 chevaux sont détachés; 41 hommes sont aux hôpitaux; 5 sont portés prisonniers.

Une situation de la collection Nafziger (Nafziger 806KAM - Source : Foucart, "Campagne de Prusse, 1806") donne à la date du 8 novembre 1806 16 Officiers et 318 hommes (chiffres identiques à ceux du 1er novembre).

Le 15 novembre, le Régiment (Cavalerie légère de la Réserve) compte au total 23 Officiers, 405 hommes et 436 chevaux; à cette date, il a 141 hommes et 124 chevaux détachés dans les dépôts ou sur les derrières, presque tous blessés ou malades, et se trouve réduit de plus d'un quart (P. Foucart : La Cavalerie pendant la campagne de Prusse (7 octobre-7 novembre 1806), d'après les archives de la guerre).

La Prusse, soutenue par la Russie, refuse un armistice et continue la guerre. Napoléon porte son armée contre les Russes arrivant sur la Vistule au nombre de 120000 hommes.

Le 20 novembre, la situation du 5e Hussards est de 23 Officiers et 405 hommes (Cavalerie légère de la Réserve, Brigade Lasalle).

Le 28 novembre, le 5e Hussards, fort de trois Escadrons, aligne un effectif de 23 Officiers et 405 hommes au sein de la Brigade de cavalerie légère du Général Lasalle (Nafziger 806KJB).

La Brigade Lasalle, revenant de Lubeck à petites journées pour se remettre de fatigues exceptionnelles, arrive à Berlin dans les derniers jours de novembre et se dirige sur Varsovie par Francfurt et Posen. Pendant cette marche, le Lieutenant d'Espinchal du 5e Hussards, Officier d'ordonnance, est envoyé porter aux Fusiliers de la Garde l'ordre d'enlever le fort de Neugarten. Il s'élance avec eux et entre le troisième dans la place. Sa brillante conduite lui vaut la croix de la Légion d'honneur.

En traversant Berlin, Murat écrit au Colonel de Schwarz la lettre suivante :
"A Monsieur le Colonel du 5e Hussards, à son passage à Berlin;
Je vous ai proposé à l'Empereur, Monsieur le colonel, pour être général de brigade. J'espère que Sa Majesté récompensera en cette circonstance un officier qui a si bien servi pendant toute la guerre et particulièrement dans les deux dernières campagnes
".

Situation de la Cavalerie légère au 15 décembre : Brigade Lasalle (935 hommes), 3 Escadrons du 5e Hussards (Nafziger 806LAN).

Le 18 décembre, Ney écrit depuis Gollub à Berthier : "Le général Colbert est ce soir à Briesen et sera demain à Rehden pour observer Graudenz ; il a sous ses ordres quatre escadrons des 5e de hussards et 10e de chasseurs, et deux pièces de quatre; avec d'aussi faibles moyens il lui est impossible de rester à poste fixe, il sera obligé d'être toujours en alerte. Ce général aura l'honneur d'adresser à Son Altesse le prince de Ponte-Corvo un rapport journalier" ("Traditions et souvenirs, ou Mémoires touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert (1783-1809)", par N.-J. Colbert, Mis de Chabanais, son fils. Tome 4).

L'armée russe, commandée par Benningsen, a pris position au confluent de la Narew et de l'Ukra. Napoléon se prépare à l'attaquer. Le 22 décembre, la Brigade Lasalle passe la Vistule. Elle flanque le lendemain les troupes de Davout et du Général Morand qui, sous la direction de Napoléon, forcent le passage de l'Ukra.

La réserve de cavalerie repousse ensuite un détachement ennemi laissé à Burkewo pour garder ce point de passage de l'Ukra et le rejette sur Nasielsk, où se trouve une Division russe commandée par le Général Folstoy. Le Capitaine Quack, du Régiment, est tué dans cette action (Martinien donne le Capitaine Quarck, tué au cours de l'affaire de Tykoczin le 25 décembre).

Notons qu'une situation de la Collection Nafziger indique que le 25 décembre, le 5e Hussards, fort de trois Escadrons, aligne un effectif de 27 Officiers et 445 hommes au sein non pas de la Brigade de cavalerie légère du Général Lasalle mais de la Brigade de cavalerie légère du Général Tilly du 1er Corps, détachée au 2e Corps de Cavalerie commandé par le Maréchal Bessières (Nafziger 806KJB - pas de source indiquée). Y a t'il eu confusion avec le 5e Chasseur à cheval ? Ou le Régiment a t'il été effectivement affecté à cette Brigade pendant un temps ? Ce qui est curieux, c'est qu'une autre situation de la Collection Nafziger datée de novembre 1806 donne la situation suivante : 1er Corps Bernadotte, Corps de cavalerie Général de Division Tilly, Brigade X; 5e Hussards (Escadrons 1 à 4), 673 hommes et 674 chevaux; dans cette même Brigade figure également le 5e Chasseurs (Nafziger 806KXA - source : Archives françaises, carton C2-470). Signalons que cette situation a déjà été donnée par Nafziger, mais à la date du 18 juillet (Nafziger 806GXC - voir plus haut), époque à laquelle le Régiment était indiqué comme faisant effectivement partie des troupes sous le commandement du Général Tilly.

 

- Combats de Pulstuck et de Golymin

Hussard, 5e Hussards, 1806-1807
Le 5e Hussards au combat de Lopaczin, illustration de O. Gorchenkova in Gloire et Empire N°9

L'Empereur marche le 25 décembre sur Pulstuck et Golymin. Le Régiment charge l'ennemi, qui vient de passer le pont de la Sonna, et est très éprouvé dans cette affaire, où plusieurs de ses Officiers se signalent : le Capitaine Rockel se fait remarquer dans une charge contre les Dragons russes, il a son cheval tué sous lui.

"Pressé, Pahlen fit traverser la rivière à ses troupes sous la couverture du 21ème chasseurs; cependant, une surprise très désagréable l'attendait sur l'autre rive. En effet, Murat, qui avait vers ce temps-là cessé de poursuivre les soldats de Sacken, revint à Sonsk, pensant non sans raison que le reste des troupes russes allaient y tenter le passage. Comme nous l'avons vu, son intuition de cavalier ne l'avait point trompé. Les hussards de Soum qui venaient de traverser la rivière, furent chargés par le 5ème hussards français; pendant quelques minutes, le sort du combat vacilla, mais bientôt les cavaliers en pelisses grises tournèrent bride, poursuivis par les Français en pelisses blanches. La situation était critique : le détachement de Pahlen, en mauvaise posture, risquait d'être coupé des siens. Pahlen se rendait bien compte qu'une nouvelle tentative de passage ne pouvait avoir plus de succès; d'ailleurs, dans quelques instants, le 7ème hussards, de la brigade Lasalle, se joignit au 5ème devant Sonsk" (Gloire et Empire N°9, pages 56-57).

Le lendemain, c'est Golymin. "Jusqu'à midi, l'action se limita à un échange de coups de feu entre les lignes de flanqueurs à cheval à l'ouest de Golymin. Au début de l'accrochage, les 5ème et 7ème hussards de la brigade Lasalle avaient serré de près les hussards de Soum. Golytzyn leur envoya en soutien un détachement des cuirassiers de l'Ordre Militaire, ce qui fit refroidir l'ardeur belliqueuse des Français" (Gloire et Empire N°9, pages 62-63.

"Les plaines de la Narew ne sont plus qu'un océan de boue d'où les bois de pins émergent de loin en loin comme des îlots funèbre et noirs. Courbant le dos sous la pluie mêlée de grêle, les hussards grognent. Pardieu ! C'est trop de misère. A la lueur blafarde tombant de ce ciel de coton ocre - que le diable doit avoir emporté d'assaut - qui donc reconnaîtrait les brillants escadrons de Lasalle ? Ils sont matelassés de crotte; ils sont hâves, ruisselants, affamés. Les chevaux, eux-mêmes, prêts à crever, n'avancent que pas à pas, arrachant leurs sabots avec peine du marécage où ils enfoncent jusqu'aux jarrets. Au loin, pareil à des torches grésillant sous l'averse, des villages brûlent. Les Russes battent en retraite.
Derrière eux, le désert.
Ce désert, ils l'ont créé avec une sauvagerie asiatique. Tout ce qui ne fut pas brûlé ou détruit a été emporté par eux sur les sacs ou en croupe de leurs chevaux à taille de baudets, poilus comme des chèvres, durs comme le roc de l'Oural. Pour leur échapper les paysans polonais se sont enfuis dans les bois où ils se battent contre les loups, moins féroces que les cosaques. Plus un grain de froment dans les cabanes épargnées par l'incendie; plus une poignée de foin dans les greniers. Le vide, la faim, le froid, la pluie, voilà le lot des vainqueurs.
Qu'importe. Il faut poursuivre les vaincus, les joindre coûte que coûte. Ordre de l'Empereur. Le matin même, il a lancé à gauche Soult sur Ciechanov, Augereau sur Golymin, dirigé à droite Lannes sur Pultusk et Davout sur Strzegocin. Murat, avec la réserve de cavalerie, doit boucher la brèche entre Augereau et Davout. Il faut marcher. On marche, les dents serrées, le sang brûlant de fièvre, la peau ruisselante sous l'uniforme raidi et glacé.

Sous lieutenant Fesquet, 5e Hussards Sous lieutenant Fesquet, 5e Hussards
Portrait du Sous lieutenant Auguste Fesquet (In La Sabretache, 1895)
 

Lasalle, comme toujours, est à l'avant-garde. Pour une fois, sa bonne humeur s'est éteinte. Il peste, il sacre et maudit ciel et terre. Excès de souffrance ? Non pas ... Quand, comme lui, on est bâti tout en acier, la fureur des éléments n'est que désagrément passager dont on se débarrasse, après la tourmente, comme un chien secoue les gouttes au sortir du bain. Mais il enrage d'être englué au sol, de ne pouvoir forcer l'allure pour joindre le Russe et le châtier. Il a gardé dans les narines cette puanteur de viande grillée reniflée en traversant, sur la Passarge, ces villages où les Moscovites ont brûlé pêle-mêle des milliers de blessés du corps de Ney. On ne fait pas quartier à de tels bandits. Encore faut-il mettre la main sur eux et, à cette vitesse de tortue, comment y parvenir ?
Lasalle fait part de sa rancoeur au général Marulaz qui chevauche botte à botte avec lui. Les deux brigades se sont trouvées nez à nez tout à l'heure, en débouchant sur Gamovo. Maintenant elles se portent, soeurs de misère, en direction de Golymin.
Marulaz, commandant la cavalerie légère du corps de Davout, a trouvé Strzegocin évacué, mais une de ses reconnaissances lui a signalé la marche d'une très grosse colonne ennemie se dirigeant de Pultusk sur Golymin. Davout lui a prescrit de s'efforcer à la joindre vers ce dernier point. Pour appuyer sa cavalerie il aiguille dans son sillage les divisions Morand et Friant.
Fort bien. Les renseignements recueillis par Lasalle sont identiques. Murat lui a donné l'ordre d'accrocher l'ennemi par son flanc gauche, de tâcher de l'occuper, de le retarder jusqu'à l'arrivée d'Augereau et de la cavalerie de ligne. On devrait donc en découdre avant la nuit. Pourvu, justes dieux ! que ces mangeurs de chandelle ne nous glissent pas cette fois entre les doigts !
La grêle s'est arrêtée mais la neige la remplace, une neige légère et molle qui, sitôt tombée, se dissout, ajoute au cloaque. Il est près de midi et l'on avance dans une demi-obscurité à reflets de cuivre. C'est à peine si, à travers les flocons, on distingue les bois dont la masse obscure bouche l'horizon à l'est. Derrière eux doit être tapie Golymin. Chien de temps ! Comment se battre avec cette neige qui brûle les yeux, s'agrippe aux sourcils et aux moustaches, dégouline en ruisselets le long des joues, du cou, de l'échine.
Soudain surgissent des ombres de cavaliers, hussards du 7e et du 5e envoyés par les chefs de patrouilles. Haletants, ils annoncent :
- Là-bas, au delà des bois, devant Golymin, un gros de cavalerie en bataille - cuirassiers et dragons ...
- Et des pièces en batterie; douze ... ou quinze ... ou dix ... On ne sait pas.
- Sur la route, de l'infanterie, encore de l'infanterie des convoi , des cavaliers, par milliers. On n'en voit pas la fin ... Tout cela roule comme un torrent vers Golymin.
Lasalle s'est redressé. Sous le grand chapeau en bataille dont les cornes détrempées pendent piteusement, son regard a repris sa clarté, sa joie des heures de combat.
Tandis que Marulaz s'échappe pour rejoindre sa brigade, il lance ses aides de camp vers les colonels, fait former les deux régiments en colonne serrée et contourne à portée de canon la lisière des bois. Plus au nord, le village de Barkovo brûle encore. Derrière les ruines il masse sa troupe, l'arrête, et rejoint sa pointe d'avant-garde pour juger la situation.
Sous un ciel devenu couleur de suie et malgré les tourbillons de neige, il voit ceci : En avant de Golymin et à trois cents pas à peine de Barkovo une épaisse et longue ligne de cavaliers est arrêtée, pareille à un mur de pierre grise. Ce mur sert de masque et de rempart. Derrière lui, cependant, on aperçoit sur la route de Pultusk une troupe massive d'infanterie s'acheminant vers le bourg. Quelle longueur a cette colonne ? Nul ne pourrait le dire car elle se perd dans l'ombre de cet affreux jour d'hiver. Nombreuse, sans aucun doute, si l'on on juge par l'importance de la cavalerie qui la protège. De plus on distingue nettement à droite de cette cavalerie, une quinzaine de pièces braquées sur la plaine autour desquelles les servants s'agitent ? Rien à faire pour emporter une telle position ? Il faut attendre Murat, Augereau, Davout et se contenter de manoeuvrer pour inquiéter l'ennemi.
Revenu en tête de sa brigade, Lasale fait mettre le sabre à la main et déploie ses escadrons en bataille. Il avance lentement, puis fait halte, bien en vue mais hors de portée du canon. Si la cavalerie russe attaque il se portera à sa rencontre, mais dans ce cas-là seulement. Stoïques, les hussards courbent la tête sous les rafales de neige auxquelles se mêlent par instant des bourrasques de pluie. Chacun d'eux a l'atroce sensation de s'enfoncer peu à peu dans un tombeau de boue. Les Russes, en face, ne bougent pas.
Cependant à droite la fusillade éclate, des tambours battent la charge, on crie : Vive l'Empereur !... C'est la division Morand qui enlève les bois et passe au fil de la baïonnette les 4.000 grenadiers russes qui les occupaient. La brigade Marulaz peut se déployer à hauteur de la brigade Lasalle, la droite appuyée à ces bois.
Bientôt, un long clapotis, un bruissement d'acier font retourner les hussards et les chasseurs des deux brigades. Voici les têtes de colonne de la réserve de cavalerie, brigade légère de Milhaud, 1re brigade de dragons de la division Klein. Enfin Murat surgit, suivi de son innombrable état-major.
Le grand-duc de Berg est d'humeur massacrante. Malade à Varsovie il n'a pu supporter l'idée que les opérations fussent reprises sans lui et il a rejoint la veille, grelottant de fièvre, bras et jambes rompus. Ce baptême de neige et de pluie n'est pas fait pour lui redonner le sourire et son impatience d'en finir ajoute à son impétuosité coutumière. Il a jugé la situation d'un coup d'oeil et donne aussitôt ses ordres.
- Dites au général Marulaz de charger la cavalerie ... au général Lasalle d'enlever les pièces ... Tout de suite ! allez !.. Je les appuie avec Milhaud et Klein.
Sur la gauche on entend la fusillade du corps d'Augereau aux prises avec une seconde colonne russe venue du nord. Pas d'artillerie du côté français. Toutes les pièces sont restées embourbées. L'unique canon, amené au prix d'efforts surhumains par la division Klein, s'enlise à son tour. Impossible de le mettre en batterie. L'heure du sabre a sonné.
Or le front russe présente un aspect formidable. Son infanterie a fait front et tire furieusement pour arrêter la division Morand qui tente de déboucher des bois. A sa droite les canonniers attendent l'attaque pour la faucher à mitraille. C'est sur eux que va foncer Lasalle.
Un geste de son sabre et la ligne de bataille s'ébranle au galop. Alors se produit un phénomène extraordinaire, inexplicable.
Une voix anonyme a crié dans le rang :
- Halte !
Quelle raison a fait pousser ce cri ? Erreur ? Frayeur ? Affolement ? On ne sait et nul ne se le demande. Les cavaliers qui l'ont entendu tirent sur leurs rênes et répètent le commandement. Celui-ci s'égrène de bouche en bouche, fait ricochet d'une extrémité de la brigade à l'autre.
- Halte !... Halte !
La ligne oscille un instant, s'arrête. Officiers et hussards se regardent, glacés d'épouvante. Qu'avons-nous fait ? Qui a donné l'ordre ? Le prince Murat, peut-être ?... Or, dans cette effroyable minute, vingt escadrons de grosse cavalerie russes se précipitent sur la brigade Marulaz à droite, la culbutant.
Une sorte de folie s'empare de la brigade Lasalle. Ces régiments auréolés de gloire, accoutumés à lutter sans trembler un contre dix, ces régiments font demi-tour et fuient.
Au cri de halte, Lasalle s'est retourné. Il est seul, ou presque, en face des batteries russes dont les canonniers, le boutefeu levé, s'apprêtent à tirer. Derrière lui, il n'y a plus que la compagnie d'élite du 7e de hussards demeurée ferme, le sabre à l'épaule, et dont les officiers et cavaliers fixent leur chef de leurs yeux chargés d'angoisse.
Honte ! honte ! honte ! La Brigade Infernale a lâché pied devant l'ennemi ...
Lasalle demeure un instant frappé de stupeur, ne pouvant croire à tant d'infortune. Puis un effroyable juron sort de ses lèvres. D'une brusque saccade il fait pivoter son cheval sur les jarrets et le voilà parti, sacrant, crachant l'insulte, labourant de l'éperon le flanc de sa monture. Au passage il fait signe de l'attendre au capitaine de la compagnie d'élite, file au galop de charge entre deux escadrons de la brigade Férénols partant elle-même à la contre-attaque, les dépasse et s'élance dans ]a plaine. Celle-ci, sur un quart de lieue, est vide.
Là-bas, il distingue dans la demi-obscurité une masse confuse.
Il approche. C'est sa brigade que les officiers sent parvenus à rassembler et qu'ils reforment en bataille.
A cinquante pas d'elle, Lasalle s'arrête. Son regard d'acier la parcourt de la droite à la gauche. La ligne des escadrons est comme clouée au sol. Des colonels au dernier trompette, chacun baisse la tête; beaucoup pleurent; on entend quelques gémissements. Oh ! cette minute où tous les coeurs se figent, où toutes les âmes souhaitent la mort pour effacer une seconde d'égarement !
Lasalle ne parle pas.

5e Hussards, 1807
Lasalle et le 5e Hussards à Golymin, illustration de J. Girbal pour le docteur Hourtoulle (Soldats et Uniformes du 1er Empire)

Peu à peu les yeux des hommes se relèvent, cherchent à deviner la sentence qui va sortir des lèvres du général, serrées, crispées dans un visage plus pâle que la neige dont les flocons le fouaillent. Pourquoi ne dit-il rien ? Ce silence est pire que tout. Les injures, les reproches seraient une délivrance.
Mais Lasalle reste muet. Lentement, il fait face en avant, et maintenant, sans un ordre, sans un geste, il avance, au pas, comme à la parade. A sa suite, la ligne de bataille s'ébranle, le suit dans le bruissement mou des sept cents chevaux clapotant dans le marécage.
Vers Golymin maintenant, l'artillerie russe hurle, tirant à toute volée sur les brigades de la division Klein qui fournissent charge sur charge. On croise un groupe de dragons portant le corps déchiqueté du général Férénols tué au cours de la première attaque. Des chevaux sans cavalier, étriers ballants, errent à l'aventure et dans un galop désordonné. A gauche et à droite on entend les feux de files des fantassins d'Augereau et de Davout mêlés aux hurlements des cosaques. Lasalle, au petit pas, avance.
Les charges répétées de Klein, de Milhaud et de Rapp ont rejeté la cavalerie russe au delà de Golymin, mais le bourg lui- même, saturé de troupes, reste imprenable. Au sud, les bataillons ennemis empêchent par un feu nourri l'avance des colonnes de Morand et de Friant. Au nord les batteries tirent sans arrêt. La plaine est couverte de cadavres d'hommes et de chevaux. La­salle poursuit sa marche.
Direction : les canons !
La brigade ne forme qu'un seul corps, un immense corps aux nerfs crispés, aux entrailles tordues par la peur. Au nom du ciel, partons au galop !... Qu'attend-il ?... Nous voilà à portée des pièces. Charger n'est rien, mais s'avancer de la sorte, comme à la promenade, sur un terrain où la mort va tout à l'heure creuser dans les pelotons des trous hideux, quel supplice ! Aucun cri ne part des rangs, mais les âmes hurlent, les coeurs se brisent dans les poitrines.
- Escadrons... halte !
La voix de Lasalle a dominé le vacarme du combat. Les deux régiments se sont arrêtés, horrifiés. Dans les sept cents crânes passe un éclair de démence. Lentement le général se retourne sur sa selle, s'assure d'un regard droit que sa brigade est bien en ordre derrière lui. Alors, il commande :
- Remettez... Sabres !
Mettre le sabre au fourreau en plein champ de bataille !... C'est agir contre toute raison, c'est exposer la troupe au massacre... Eh, quoi ! Ne part-on pas à l'attaque de l'artillerie ?... Alors, que fait-on là, à portée de ses coups ?... Ces questions traversent les cervelles comme la foudre. Mais d'un seul geste, les lames sautent, s'inclinent, glissent dans les fourreaux.
Lasalle, pareil à une statue équestre, se dresse devant les escadrons. Lui aussi a remis le sabre au fourreau. Droit et svelte, le poing sur la cuisse, il reste immobile, la face tournée vers l'ennemi. Les canonniers russes, stupéfaits, ont arrêté leur feu un instant, puis, bien vite, ils ont braqué leurs pièces sur ce but si complaisamment offert. Les projectiles éclatent autour de Lasalle, le couvrent de fumée et de boue. D'autres tombent dans les rangs. Des chevaux, des hommes s'écroulent.
- Serrez les rangs !
Les hussards ont compris. Pas un murmure, pas un mot de révolte. Mâchoires serrées, doigts crispés sur les rênes, ils acceptent la mort comme une rédemption. Le chef, là-bas, ne leur montre t-il pas comment on fait front à la camarde ?
En arrière de la ligne, les vieux maréchaux des logis serre­files accomplissent leur devoir comme à une revue.
- Serrez les rangs !
- Les hommes du second rang, remplacez les hommes tombés au premier.
- Tête immobile. Levez le menton, sacrebleu !
- La main de bride à six pouces du corps.
Les hussards se redressent. Il convient que cette parade macabre soit splendide. Mourir, soit, mais en beauté - donc à l'ordonnance. Sur les flancs des régiments, les adjudants-majors rectifient l'alignement.
Soudain un frisson secoue la ligne et cent cris étouffés se fondent en une faible plainte. Lasalle vient de s'écrouler. Son cheval s'est abattu, le ventre ouvert; ses entrailles se répandent dans la boue. Déjà Lasalle est debout. Un long soupir soulage les poitrines. Le brigadier Heisser, du 7e, a sauté à terre et lui offre sa monture. Il veut retirer au cheval tué - pour la mettre sur le sien - la belle selle au tapis cramoisi brodé d'or, mais le général l'en empêche.
- Merci, Heisser.
D'un bond, il a sauté sur la selle de troupe à chabraque de peau de mouton et reprend sa place comme si rien ne s'était passé.
Dans la nuit tout à fait venue, la canonnade persiste. Le feu a pris aux premières maisons de Golymin et, à côté, le village de Kalinczim, tout entier est en flammes. La neige a cessé, la pluie tombe à torrents. A gauche et à droite, le corps d'Augereau, les divisions de Morand et de Friant attaquent et contre-attaquent. Lasalle est toujours là. On dirait que l'eau tombée du ciel l'a peu à peu changé en une effigie de pierre. Une deuxième fois son cheval est tué. Il prend celui d'un trompette et poursuit sa faction expiatoire.
Avec lui, la Brigade Infernale expie.
Enfin, à 8 heures du soir, l'infanterie prend pied dans Golymin. Les Busses ont enlevé leurs pièces et se retirent sur Makow.
- En avant !
La brigade mutilée frémit, puis se met en marche. Une brigade de fantômes aux nerfs rompus, suintants de pluie et raidis de froid, aux cerveaux douloureux. Grâce, Grâce...
Non. La brigade de Lasalle n'a pas combattu. Pis, elle a fui. A elle de veiller sur les vainqueurs harassés.
Et Lasalle dépasse Golymin, suit la retraite russe. Aux colonels accourus il donne ses ordres. Qu'ils envoient des patrouilles au contact et établissent en avant des campements la ligne de grand' gardes et de petits postes.
La pluie tombe.
Demain, peut-être, Lasalle aura oublié la panique de Golymin
" (Marcel Dupont : Les Grandes Vies aventureuses. Le général Lasalle, Paris, Berger-Levrault).

Au sujet de cet épisode relaté par Marcel Dupont, Rigo, dans son article consacré à la Brigade infernale, publié dans la revue Tradition N°224 ("Lasalle et sa Brigade infernale") s'interroge : "26 décembre. GOLYMIN ! ... énorme tache noire sur l'honneur de la "brigade infernale" ou légende ? Car, en réalité, on ne connaît presque rien de cette malheureuse histoire, si ce n'est la description qu'en a faite le lieutenant CURELY du 7ème hussards en prétendant que les deux régiments au commandement de «chargez» hurlé par LASALLE s'élancent sabre au clair derrière leur général, puis le cri de "halte!" est répété sur toute la ligne. Les deux régiments font alors demi-tour et s'enfuient vers leur position de départ... sauf la compagnie d'élite du 7ème où comme par hasard, figure notre ami CURELY. En se retournant quelques instants plus tard, LASALLE s'aperçoit que ses hussards ne le suivent plus. Fou de colère, il part à leur poursuite, les ramène sous le feu de l'ennemi et lui-même en tête, les maintient immobiles pendant toute la bataille. CURELY continue : «Il me suffira de dire que notre général eut deux chevaux tués sous lui. Des hommes et des chevaux tombaient à tout moment, personne ne bougea, et l'on n'entendit pas même un murmure». Le plus curieux est que MURAT, dans son rapport, spécifie : "L'ennemi a fait volte-face, la brigade LASALLE et celle du général MARULAZ ont été chargées vigoureusement et culbutées" ... alors que penser de cette célèbre soi-disant PANIQUE de GOLYMIN ?".

Tenue officier 5e Hussards Tenue officier 5e Hussards Tenue officier 5e Hussards
Habit frac de petite tenue d'Officier - bonnet de police "à la dragonne" d'Officier subalterne; document tiré de la A. S. K. Brown - avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington
Autre vue de l'ensemble; au pied, un shako rouleau
Détails tiré de l'ouvrage "Trésors de l'Empéri"

 

Officier, tenue de ville, 5e Hussards, vers 1806-1807
Officier 5e Hussards, 1809 Officier 5e Hussards, 1809 Officier 5e Hussards, 1807-1811
Officier du 5e Hussards en tenue de ville, 1806-1812, d'après R. Forthoffer, Fiche Documentaire 180 (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer)
Officier du 5e Hussards en tenue de ville, 1809, d'après la planche 152 du Manuscrit de Marckolsheim publié par R. Forthoffer (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer)
Officier du 5e Hussards en tenue de ville, vers 1809, d'après H. Boisselier; la source indiquée est un dessin inédit de H. Knötel (N° 149). Collection H. Achard, avec l'aimable autorisation de Mr C. Achard
Officier du 5e Hussards en tenue de ville, 2e version datée de la période 1807-1811, d'après H. Boisselier; la source indiquée est H. Knötel (N° 149). Collection H. Achard, avec l'aimable autorisation de Mr C. Achard
Officier, tenue de ville 5e Hussards Officier, tenue de ville 5e Hussards Lieutenant 5e Hussards, 1809 Officier, tenue de ville 5e Hussards
Officier du 5e Hussards en tenue de ville, d'après Lucien Rousselot (L'Armée française, planche 54)
Autre version de Lucien Rousselot
Lieutenant en surtout, 5e Hussards, 1809, d'après Louis de Beaufort (Le Briquet 1973, N°1); la source indiquée est "Manuscrit de Markolsheim et portrait du lieutenant Auguste Fesquet"
Officier du 5e Hussards en tenue de ville, d'après D. Lordey, "Les uniformes des guerres napoléoniennes" T1

Le Sous-lieutenant Fesquet se distingue d'une façon exceptionnelle et est récompensé par la croix de la Légion d'honneur, "à la suite d'un rapport du Général de Division Desjardins, conçu dans les termes suivants :
«Au quartier général à Voskowo, le 19 janvier 1807.
«Monsieur le Colonel,
«Je vous recommande M. Fesquet, sous-lieutenant à votre régiment. Cet officier, après avoir été démonté dans l'affaire de Golymin, entra dans la 3e compagnie de carabiniers du 16e régiment d'infanterie légère, faisant partie de ma division, où il resta jusqu'à la fin et se conduisit d'une manière distinguée. Il mérite des égards particuliers et s'est acquis dans cette journée des droits à la bienveillance du Gouvernement.
«J'apprendrai avec satisfaction que cet officier aura été noté par vous, Monsieur le Colonel, pour avoir la croix d'honneur».
Cette distinction lui fut en effet conférée par décret du 1er octobre 1807
" (Carnet de la Sabretache 1895, page 27).

Le Chirurgien-major Dugués fait acte de beaucoup de dévouement, reçoit plusieurs blessures et est également fait chevalier de la Légion d'honneur.

Sont tués le Lieutenant Goubot et les Hussards Balzinger (par un boulet), Bœcktel et le Trompette Peignet (par un boulet); sont blessés les Lieutenants Laborderie (deux coups de sabre au bras droit) et Kister (grièvement blessé de quatre coups de sabre et de deux coups de lance - Martinien le donne blessé au cours de l'affaire de Tykoczin le 25 décembre), les Sous-lieutenants Galois (coup de lance à l'épaule gauche) et Dam (un coup de sabre sur la tête et un autre sur le bras), les Maréchaux-des-logis-chefs Epinat (coup de sabre à la main gauche), Gonet (coup de boulet au cou) et Barat (blessé par un boulet), le Maréchal-des-logis Deleau, le Brigadier Beaumann (coup de feu à l'épaule) et les Hussards Pierre (blessé par un éclat d'obus), Baur (coup de sabre), Dupont (coup de boulet au bras) et Bayet (blessé par une balle). Le Lieutenant Kister reste aux mains de l'ennemi.

Selon Martinien, les pertes à Golymin le 26 décembre 1806 sont les suivantes : Lieutenant Goubaud, blessé et mort le 28; sont blessés le Chirurgien major Duguès, les Sous-lieutenants Gallois, Pierre, Rockel, Laborderie (Genty de Laborderie) et Dame.

Mr G. A. Massoni indique également que le 5e Hussards a noté dans ses registres matricules, à la date du 26, à Soldau, 1 blessé, et à Golymin 7 morts et 20 blessés dont 2 prisonniers, sans autres précisions (In Tradition Magazine N°229, page 37); pour Pultusk, il donne 3 morts et 4 blessés.

L'armée française prend ses quartiers d'hiver. La Brigade Lasalle cantonne le 29 décembre aux environs de Makow et de Golymin.

A la date du 30, Napoléon nomme le Colonel de Schwarz Général de Brigade, et l'admet en même temps à prendre la retraite de son nouveau grade. Le Colonel d'Héry est par ce même décret nommé Colonel du 5e Hussards. Le Colonel d'Héry, ancien Officier d'ordonnance de Murat, est le type accompli de l'Officier de Légère. Au cours des campagnes précédentes, il a reçu tellement de blessures que son corps ressemble à un vieux vêtement rapiécé. Ses états de service sont les plus beaux qui soient. Il est tout désigné pour être le chef du fameux 5e Hussards et sous ses ordres le Régiment ne peut que se montrer digne de son passé. C'est ce qui advint en effet.

Pierre César d'Héry (Baron)

Né le 2 février 1768 à la Martinique. Son nom est en réalité Déry mais Pierre César avait pris l'habitude d'abuser de la particule lorsqu'il était Aide de camp de Murat.
Le 16 mars 1793, à la bataille de Saint Tron, il prend deux caissons chargés de poudre et est blessé de deux coups de feu. En 1794, à la bataille de Fleurus, il est blessé de deux coups de sabre. Le 9 novembre 1794, à la bataille de Kreutznach, il prend deux pièces de canon, et contribue beaucoup à la prise de quatre autres et de 400 prisonniers. Le 10 mai 1800, en Souabe, il prend un convoi de 180 voitures escorté par un détachement très supérieur au sien. Dans la même année, à la bataille de Marengo, à la tête de 12 hommes seulement, il arrête à l'entrée d'un défilé, un gros de plus de 2000 hommes de cavalerie qui se dirigeait sur Tortone. Dans la même journée, il charge 10 fois l'ennemi et lui enlève dans une seule charge 7 Hussards hongrois. Il est à la fin de la bataille blessé d'un coup de feu.

Colonel du 5e Hussards le 30 décembre 1806. Le 8 février 1807, à la bataille d'Eylau, il est blessé d'un coup de lance en chargeant à la tête du 5e Hussards. Général le 20 septembre 1809, il part rejoindre Murat devenu Roi de Naples. En 1812, en Russie, il est blessé à Ostroweno.

Pierre César Déry

Ci-dessus : portrait de Pierre César Déry; communication d'un de nos correspondants

Le lendemain, le Général Latour-Maubourg remplace dans le commandement de sa Brigade le Général Lasalle, promu divisionnaire.

 

h/ 1807 - Grande Armée

En janvier, le Régiment est toujours dans la Brigade Latour-Maubourg, Division de cavalerie légère Lasalle, réserve de cavalerie. L'Etat major et les cadres sont composés de la manière suivante :

Colonel : Dery; Major-lieutenant-colonel : Martel; Chefs d'escadron : Perrin, Hirn; Capitaines-adjudants-majors : Otthenin, D'Espinchal (Hippolyte); Capitaine quartier-maître-trésorier : Andrieu.

Capitaines : Lemire, Drouard, Nicolle, Schawb, Moffart, Kister, Chardon, Chabert, Mexuer, Tirlemont, Laborderie, Muller (habillement).

Chirurgien major : Barrère; Aide major : Wagnette; Adjudants sous officiers : Bry D'Arcy, Vollet.

Lieutenants : Dam, Gougeon de la Thébaudière, Sep Dit Roegis, Gallois, Richardot, Scheglinsky, Chepy, Beaumont, Pierre, Ferquet, Robert de Conandre, Jacob, Oudinot, Roechel.

Sous-lieutenants : Laborie, Cristmance, Geoffroy,  Rivocet, Drouard, Desnoyers, Vicq, Joyenval (Officier payeur), Pettin, Guittel, Graffant, Duval de Beaulieu, Dubroca, Castelbajac, De Thermes, Gondoin, Nicolle, Barthelemy, Terriez, Koeler, Hartmann, Muller, Kauffer.

Le 12 janvier 1807, le Sous lieutenant Fesquet adresse à son père la lettre suivante (Glasser G. : "Deux portraits et une lettre d'un Officier de Hussards"; Carnet de la Sabretache, 1895) :
«Ottrolinka, le 12 janvier 1807.
«Mon très cher Père,
«Ma lettre datée de Varsovie fesait part à ma chère Maman de mon arrivée au régiment et de la réception amicale que j'avais reçue de Messieurs les officiers, ainsi que du colonel. Depuis lors nous n'avons pas cessé d'être en marche et en contremarche pour débusquer les Russes de leur forte position. Le 23, nous avons passé le Bruck moitié à la nage, moitié à gué après une légère canonade.
Ont suivies les affaires du 25 et 26 qui étaient un peu plus sérieuses. J'aurais désiré vous faire part de leur résultat et vous délivrer de toute crainte à mon sujet, mais couchant dans ces moments sur le champ de bataille, les moyens de vous écrire m'ont manqué.
«J'ai jusqu'aujourd'hui vainement attendu quelques moments de repos pour vous adresser une lettre, nous avons toujours fait le service des avant-postes sur les bords de la Néwa. Ce n'est que dans ce moment où, pour nous donner quelque repos, nous venons de prendre des cantonnements dans les environs de Plock jusqu'au 15 février, époque à laquelle nous nous reporterons en avant.
«Ma résidence est à Ottrolinka, où je commande un détachement. J'habite une méchante maison délaissée par le propriétaire, de sorte que c'est moi qui suis le bourgeois. Cette mauvaise baraque est cependant ce que l'on appelle en Pologne château.
«Le fait est que je m'y ennuierais passablement si je n'avais à penser à vous et aux autres personnes qui me sont chères. Je vais me dédommager de mon long silence en vous entretenant de détails que vous ne trouverez pas dans la gazette de la renommée. Je veux parler de ceux qui me concernent.
«Le 25, notre poste nous fut assigné près d'un moulin pour y garder un défilé, ce que nous avons fait malgré la vive canonnade. Le soir, l'ennemi se voyant presque coupé a abandonné sa position et nous l'avons poursuivi jusqu'à la nuit.
«Outre quelques hommes, nous avons eu à regretter la perte d'un brave officier (cet Officier est le Capitaine Rockel).
«Le 26 devait se faire l'attaque générale, et tout était si sagement combiné que s'il eût gelé fortement, l'armée russe était cernée et anéantie. Mais par un malheur inconcevable, les chemins étaient si impraticables que l'artillerie n'a pu suivre et les différents corps n'ont pu arriver à temps à leur destination. Je crois que l'on aurait labouré les terres pendant dix ans que jamais on aurait pu les rendre plus affreuses, enfin au point que plusieurs hommes sont morts dans la boue sans qu'il fût possible de leur prêter secours. Cependant, nous sommes arrivés les premiers sur le champ de bataille, et après avoir repoussé les cosaques nous avons eu à faire aux dragons russes. Ces Messieurs ont fait mine de vouloir nous charger, mais leur ayant fait face, ils ont pris la fuite. En les poursuivant, nous serions arrivés jusque sur leurs pièces, mais la plupart des chevaux restaient embourbés, en sorte qu'il a fallu se remettre en ligne et se voir canonné jusqu'à l'arrivée de l'infanterie. Au plus beau de l'affaire j'ai eu mon beau cheval tué sous moi. Un boulet l'a traversé, et sans un pas qu'il venait de faire j'avais la jambe emportée. Je suis un peu fataliste, et je vous assure que ce petit accident m'a rendu davantage ainsi et m'a confirmé dans cette intime persuasion où je suis qu'il ne peut rien m'arriver de fâcheux. Me voyant démonté et désirant savoir comment se passerait la journée, je me suis placé dans les carabiniers d'un régiment d'infanterie légère et me suis battu avec eux le reste de la journée. Le soir nous avons eu un engagement très vif avec l'infanterie russe. Comme je n'étais nullement obligé à cela, le général commandant cette division a désiré me voir et me parler. Après m'avoir témoigné son entière satisfaction, il a voulu prendre mon nom pour en écrire au colonel, quoique je l'aye prié instamment de laisser une chose si peu digne de son attention dans l'oubli. C'est par cela même que je me sens digne de faire quelques chose de méritoire lorsque l'occasion s'en présentera que je ne veux point me faire une réputation bâtie sur des riens.
«Lorsque j'ai rejoint le régiment deux jours après, j'ai trouvé un nouveau colonel, M. Schwartz ayant été fait général. Je suis charmé pour ma part de ce changement, quoique je n'aye qu'à me louer de l'autre. Le colonel, M. Déry (M. d'Héry et non Déry fut nommé colonel du 5e Hussards, le 30 décembre 1806), m'a donné en attendant le cheval d'un capitaine tué. C'est une obligation que je lui ai et que je ne saurais trop reconnaître.
«Cette lettre est seulement pour vous donner de mes nouvelles et vous prier de ne pas me laisser manquer des vôtres. Je n'ai encore reçu qu'une de vos lettres. Je vous avertirai autant que possible de ce qui se passe ici. Seulement soyez sans impatience si vous ne recevez pas régulièrement mes lettres. Elles sont souvent interceptées et ne passent que difficilement.
«Bien des choses à toute la famille; l'Empereur nous mènerait-il jusqu'en Sibérie que je ne cesserai de penser à des personnes qui me sont aussi chères et de les aimer. Veuillez recevoir aussi cette assurance et croire que je suis pour la vie
«Votre très obéissant fils.
«AUGUSTE.
«J'ai rencontré par hasard M. le général Guyot. Son adresse est au 4e corps
».

Le 17 janvier 1807, le 5e Hussards est toujours à la Réserve de Cavalerie légère, Brigade Lasalle; il aligne 3 Escadrons, pour un effectif total de 23 Officiers et 361 Hussards (situation également donnée dans la Collection Nafziger - Nafziger 807AAA - source : Foucart, P., "Campagne de Pologne (novembre-décembre 1806- Janvier 1807 (Pultusk et Golymin) d'après les Archives de la Guerre", Librairie Militaire Berger-Levrault & Cie , Paris, 1882. Donnée également par Quintin - Eylau d'après Livrets de situations de la Grande Armée conservés au SHD, Département Terre, sous la cote C2-483). Une situation donne par ailleurs au sein du 2e Corps de Cavalerie commandé par Bessières, 3 Escadrons du 5e Hussards mais il doit s'agir plutôt du 5e Chasseurs (Brigade de cavalerie légère sous le Général Tilly).

La Brigade Latour-Maubourg cantonne le 18 sur la Vistule, entre Wysogorod et Plock. Pendant ce séjour, le Chef d'Escadron Théron, du 5e Hussards, fait une reconnaissance sur Ostroljenka pour s'assurer de la présence des 1er, 2e et 12e Chasseurs sur ce point.

 

- Combat de Liebstadt

Benningsen se porte avec toute son armée sur l'Alle, à Heilsberg, pour attaquer la gauche des cantonnements français et les tourner. Napoléon marche à son tour contre les Russes et arrive à Oillemberg le 31 janvier.

Le 4 février, au cours du combat de Walherdorff, le Capitaine Remy est blessé (mort le 2 mars); le Colonel Dery, le Chef d'Escadron Théron et le Sous lieutenant Robert sont blessés (Martinien).

Le Régiment est engagé le 5 près de Oillemberg, à Liebstadt. Le Brigadier Petitgenay et les Hussards Bichet et Wandeville sont tués; sont blessés le Sous-lieutenant Galois - Gallois selon Martinien (coup de biscaïen au genou droit), le Brigadier Putscha (d'un coup de feu) et les Hussards Stehlin (deux coups de lance), Defries (en chargeant l'ennemi) et Coquereille (deux cous de lance).

 

- Bataille d'Eylau

Sous lieutenant Fesquet, 5e Hussards
Portrait du Sous lieutenant Auguste Fesquet (In La Sabretache, 1895)

A la bataille d'Eylau, 8 février, la réserve de cavalerie, entraînée par Murat, précipite ses 80 Escadrons sur les Russes qui prennent l'avantage et repoussent les Divisions d'Augereau. Cette charge colossale, héroïquement poussée, arrête l'ennemi et rétablit le combat. La Division Lasalle y est fort éprouvée. Le Régiment lui même est engagé presque sans discontinuer et fournit charge sur charge. Jusqu'à la nuit close, ses efforts se poursuivent, malgré les lourdes pertes qu'il subit. A citer au Régiment : le Sous-lieutenant Robert est blessé de deux coups de sabre et de deux coups de lance en chargeant à la tête de son peloton sur de l'artillerie. Il reste aux mains de l'ennemi. Le Colonel d'Héry est blessé d'un ou deux coups de lance en chargeant à la tête de son Régiment. Le Sous-lieutenant Fesquet a deux chevaux tués sous lui.

Le Capitaine Remy meurt de ses blessures. Le Sous-lieutenant Laborie a reçu un coup de sabre à la main droite; le Maréchal-des-logis-chef Epinat un léger coup de feu au bras gauche; le Maréchal-des-logis Schweiner un coup de sabre au bras et le Brigadier Vicq un coup de feu à l'épaule droite.

Martinien pour sa part donne pour Eylau : Lieutenant Kister, Sous lieutenants Laborie et Fesquet, blessés.

L'effectif du 5e de hussards, qui était au début de la campagne de 647 sabres tombe à 293 à la suite de cette bataille. Il est porté à 324 hommes présents et 337 chevaux, par suite de l'arrivée, le 14 février, de 31 hommes et de 30 chevaux, venus du Dépôt alors à Namur et d'un détachement laissé à Postdam.

 

- Marche sur la Pregel

Napoléon envoie dès le 9 Murat avec la réserve de cavalerie sur Koenigsberg pour précipiter la retraite de l'armée russe et la rejeter au delà de la Prégel. Pendant cette poursuite, le Sous-lieutenant Richardot, du 5e Hussards, se signale à la tête d'un détachement envoyé par le Colonel d'Héry en flanc-garde avec son peloton. Tout à coup, il aperçoit une masse considérable de Cosaques qui émerge d'une forêt de pins et avance, pareille à une avalanche, sur la blancheur de la neige. Elle va se précipiter dans le flanc de son Régiment ; le temps manque à l'Officier pour prévenir celui-ci. Du moins fera- t-il l'impossible pour retarder l'attaque et attirer l'attention de ses chefs. Richardot résiste longtemps, charge plusieurs fois et remplit ainsi glorieusement sa mission. Richardot déploie rapidement ses vingt hussards sur un rang et se précipite comme un forcené sur la tête de colonne ennemie en hurlant à pleins poumons, lui et ses hommes : Vive l'Empereur ! Chose à peine croyable, la charge désespérée de cette poignée de braves impressionne la horde à un tel point qu'elle hésite, tourbillonne et reflue lentement vers l'arrière. Richardot se garde de la poursuivre et prend seulement position de manière à l'empêcher de marcher contre son Régiment. Les Cosaques, aussitôt, repartent à l'attaque. Le Sous-lieutenant s'élance de nouveau à la charge et les force une fois de plus à faire demi-tour après en avoir sabré quelques-uns. A trois reprises la même manoeuvre se reproduit. Mais une lutte aussi disproportionnée ne peut se prolonger bien longtemps. A la quatrième tentative des Cosaques, l'infortuné peloton est complètement écrasé. Richardot, véritablement lardé de coups de lance, est laissé pour mort sur la neige rougie de son sang. Sont de plus blessés au 5e Hussards dans ce combat : le Maréchal-des-logis-chef Barthelmy (coup de lance au bras droit), le Maréchal­des-logis Collot (blessé de onze coups de lance) et les Hussards Commène (coup de sabre), Agnus (reçoit onze coups de lance) et François (blessé de seize coups de lance). Mais leur sacrifice n'a pas été vain : le Régiment est sauf et plus de cent cadavres de Cosaques jonchent la plaine autour d'eux. D'ailleurs, la bravoure du jeune Officier va être récompensée. Il ne meurt pas de ses effroyables blessures et peut rejoindre son Régiment au moment où la Réserve de cavalerie, après avoir tâté l'ennemi devant Koenigsberg, revient, en arrière pour reprendre ses quartiers d'hiver.

A noter que selon Martinien, Richardot a été blessé sur la Pregel le 24 février.

Murat et la réserve de cavalerie rejoignent le gros de l'armée et prennent leurs cantonnements. La Division Lasalle est partagée le 20 février en deux fractions dont la première, composée de la Brigade Latour-Maubourg, cantonne d'abord à Neidenburg et aux environs, et se réunit ensuite à la seconde à Elbing. Napoléon fait manoeuvrer dans cette localité pendant tout un jour les Régiments de cavalerie qui s'y trouvent rassemblés. Il témoigne hautement son admiration pour la précision de leurs mouvements, la beauté de leurs chevaux et leur aspect martial et superbe.

Général Pajol
Le Général Pajol (extrait de "Nos vieux Houzards" - collection de l'auteur)

Pendant cette période de demi-repos, le Général Latour-Maubourg est remplacé à la tête de la Brigade par le Général Pajol, un des meilleurs Officiers de cavalerie légère de l'épopée napoléonienne.

Le 1er mars 1807, le 5e Hussards aligne 3 Escadrons totalisant 18 Officiers et 360 hommes.

Au mois de mars, Benningsen quitte Koenigsberg et fait quelques démonstrations sur les cantonnements français. Napoléon fait franchir la Passarge aux Maréchaux Soult et Bernadotte pendant que le Maréchal Ney repousse rudement l'ennemi sur le cours supérieur de cette rivière, à Guttstadt (5 mars 1807). Le 5e Hussards y est envoyé en toute hâte pour l'appuyer, s'y comporte avec sa vigueur coutumière et perd le Lieutenant Bony, très grièvement blessé et mourant le 22 mai suivant à l'hôpital d'Elbing (Martinien le donne mort à la date du 24), et le Brigadier Cuisinier qui ne survit pas à ses blessures. Sont en outre blessés au Régiment dans ce combat : l'Adjudant-major Kauffer (coup de feu au côté gauche), le Maréchal-des­logis-chef Epinat (coup de feu au genou gauche), et les Brigadiers Weber (coup de feu à la jambe droite) et Franquin (coup de feu dans les reins).

Le 1er avril 1807, le 5e Hussards (Colonel Déry) fait partie de la Division de cavalerie légère de la Réserve de cavalerie, sous le Général de Division Lasalle; l'effectif est de 427 hommes répartis en 3 Escadrons.

"Par décret rendu au camp impérial de Finckenstein, le 14 avril 1807, Sa Majesté a nommé membres de la Légion-d'Honneur, les militaires ci-après désignés :
5e de hussards.
MM. Penier, Drouard, Chardon, capitaines; Chaput, lieutenant; Dam, Leguis, maréchaux-des-Iogis; Defrise, Tabar, hussards.
" (Les Bulletins de la Grande armée : précédés des rapports sur l'armée française, depuis Toulon jusqu'à Waterloo, extraits textuellement du Moniteur et des Annales de l'empire : histoire militaire du général Bonaparte et de l'empereur Napoléon, avec des notes historiques et biographiques sur chaque officier. Tome 4 / par Adrien Pascal).

Selon l'Historique régimentaire, ont été effectivement nommés chevaliers de la Légion d'honneur au 5e Hussards : Drouard, Chef d'Escadron, Lemir, Capitaine en retraite, Chardon, Capitaine, Chaput, Lieutenant, décédé, Dahm, Sous-lieutenant en retraite, Lequeux, Maréchal-des-logis, Defrise, Hussard et Tabar, Hussard, décédé.

"Le 21 avril, un décret impérial fixe la taille des conscrits et des enrôlés volontaires, à 1 m. 651 au moins pour l'arme des hussards" (in La Giberne, 2e année, N°6, page 190).

Le 14 mai, le Colonel d'Héry est nommé par Décret Officier de la Légion d'Honneur.

Le 1er juin, le 5e Hussards présente la situation suivante : 4e Division de Cavalerie légère Lasalle, Brigade Pajol (Nafziger 807FAQ - source : Cazalas, "Mémoires du Général Benningsen", Paris).

Benningsen se porte le 5 juin contre les cantonnements français établis sur la Passarge. Ney attaqué par la plus grande partie de l'armée russe, la contient à Deppen et donne à Napoléon le temps d'y réunir son armée. La Brigade Pajol part en toute hâte d'Elbing, passe à Holland et Sommerfeld et arrive à Deppen le 8. Attaqués à leur tour, les Russes descendent l'Alle et se retirent par Heilsberg sur Koenigsberg. La Division Lasalle franchit la Passarge et marche sur Guttstadt où elle rencontre Bagration, commandant l'avant-garde ennemie et couvrant le passage de l'Alle par l'armée russe. Murat, à la tête de la Division Lasalle, attaque Bagration et le repousse sur la rive droite de la rivière. La Brigade Pajol, aux prises avec l'infanterie, se signale dans ce combat. Elle se porte ensuite sur Altkirch.

Martinien donne à la date du 8 juin 1807 le Lieutenant Chapu, blessé au combat de Deppen et mort le 24 (l'Historique régimentaire donne le Lieutenant Chaput, tué par un boulet, le 5 mars 1807).

 

- Combat d'Heilsberg

Napoléon descend l'Alle par la rive gauche pendant que l'armée russe marche par la rive droite. Le 10 juin de grand matin, Pajol fait avec sa brigade une reconnaissance sur Freimark et ne rencontre pas l'ennemi. Benningsen, décidé à combattre, s'établit à Heilsberg sur les deux rives de l'Alle et y attend les Français. Napoléon le repousse après un combat acharné. Le 5e Hussards, très engagé, charge à plusieurs reprises avec une impétuosité magnifique et a une page glorieuse dans cette journée.

Le Capitaine Lemire a son cheval tué sous lui dans une charge. Il est lui-même grièvement blessé. Lasalle, qui est bon juge en la matière, tient à marquer sa satisfaction au Régiment en citant à l'ordre de la Division le valeureux Colonel d'Héry et le Chef d'Escadron Thévon.

Le Sous-lieutenant Dam se distingue particulièrement. II est blessé de deux coups de sabre et de deux coups de lance.

Sont également tués le Maréchal-des-logis-chef Humblet (par un boulet), le Maréchal-des-logis Frerejacques et le Hussard Rohner (par un boulet). Enfin sont blessés le Lieutenant-adjudant­major Othenin (contusionné au bas ventre par un éclat de biscaïen), le Lieutenant Laborderie (un coup de sabre au côté, un autre à l'épaule droite), le Sous-lieutenant Duval (un coup de lance à la cuisse, un autre au côté gauche), l'Adjudant Terrier (coup de feu au côté droit) et le Hussard Bickelberger.

Martinien donne le Colonel Dery, le Chef d'Escadron Thérond, le Capitaine Drouard et les Lieutenants Laborderie et Orthenin, blessés. Il ajoute par ailleurs le Capitaine Lemire, blessé en juin 1807 (sans autre précision) au cours de l'affaire de Wittenberg.

"LXXXIe BULLETIN.
Tilsitt, le 11 juin 1807.
A la journée d'Heilsberg, le grand-duc de Berg passa sur la ligne de la 3e division de cuirassiers, au moment où le 6e régiment de cuirassiers venait de faire une charge. Le colonel d'Avenay, commandant ce régiment, son sabre dégouttant de sang, lui dit : «Prince, faites la revue de mon régiment, vous verrez qu'il n'est aucun soldat dont le sabre ne soit comme le mien».
Les colonels Colbert, du 7e de hussards ; Lery, du 5e, se sont fait également remarquer par la plus brillante intrépidité
" (Les Bulletins de la Grande armée : précédés des rapports sur l'armée française, depuis Toulon jusqu'à Waterloo, extraits textuellement du Moniteur et des Annales de l'empire : histoire militaire du général Bonaparte et de l'empereur Napoléon, avec des notes historiques et biographiques sur chaque officier. Tome 4 / par Adrien Pascal).

 

- Koenigsberg

Le 11 juin, Benningsen continue sa retraite par la rive droite tandis que Napoléon appuie vers Eylau. La Brigade Pajol, en avant de l'armée, est le 12 à Schmoditten. Les Russes précipitent leur marche pour arriver à Friedland avant les Français, franchir l'Alle sur ce point et se porter sur Koenigsberg. Pajol, à l'avant-garde, rencontre le 13 la Division russe Kamenski marchant sur cette ville et cherchant à joindre le corps prussien commandé par le Général Lestocq. Kamenski évite le combat et Pajol poursuit quelques détachements de cavalerie sur la Frisching.

Un fait d'armes brillant est ensuite accompli par un détachement du Régiment. 50 cavaliers du 5e Hussards, sous les ordres du Chef d'Escadron Wattier, Aide-de-camp du Général Lasalle, et du Capitaine de la Chasse de Vérigny, s'emparent du pont de Gross-Lauth et rejettent l'ennemi sur Wittenberg. La Brigade Pajol occupe cette localité dans l'après-midi du même jour.

Pajol se porte sur Koenigsberg et atteint vers Gollau l'arrière-garde de Lestocq. Elle accepte le combat et fait volte-face. Le Régiment attaque la cavalerie ennemie et la rejette sur son infanterie. Le lendemain il charge plusieurs fois, en avant des lignes françaises, des partis ennemis restés à l'extérieur de Koenigsberg et les refoule dans la place. A citer dans ces combats au 5e Hussards : le Capitaine Meixner a son cheval tué sous lui et est blessé d'un coup de feu à la cuisse. Le Capitaine Lemir chargeant avec vigueur est grièvement blessé par une balle. Le Brigadier Steinmetz est tué, le Maréchal-des-logis Beaumont est blessé de cinq coups de lance au ventre et au dessus des hanches; le Brigadier Martini est blessé d'un coup de feu à la jambe gauche et d'un coup de lance à la cuisse droite; le Brigadier Wartel et le Hussard Jannot sont blessés. Ce dernier, gravement atteint, meurt de ses blessures à l'hôpital de Thorn.

Martinien donne à la date du 13 devant Koenigsberg, les Capitaines Lemire, Mexner et Dahm blessés.

Le 14 juin, le 5e Hussards présente la situation suivante : 4e Division de Cavalerie légère Lasalle, Brigade Pajol, 3 Escadrons (Nafziger 807FAE).

Murat reçoit de l'Empereur l'ordre de se rabattre sur Friedland. La Brigade Pajol marche par Weissenstein et Underwangen où elle apprend la victoire de Friedland. Elle se réunit à Wehlau aux deux autres Brigades de la Division Lasalle venant de ce champ de bataille avec le gros de l'armée.

Martinien donne le Sous lieutenant C. Drouard, blessé le 14 juin à Friedland.

Benningsen se replie sur le Niemen, la Division Lasalle le poursuit. Elle passe la Prégel, repousse les cosaques à Tacplaken et s'empare de ce village. La poursuite continue par Saalau, et Pajol, à l'avant­garde, repousse un gros de cosaques à Schirau et les culbute une seconde fois au passage de la Schilup. Le 5e Hussards se distingue alors dans de fréquents engagements avec les cosaques. Il réussit à les joindre malgré la vitesse de leurs chevaux et leur inflige de grandes pertes.

A noter que Martinien donne le Sous lieutenant Duval, blessé au cours de l'affaire de Labiau.

"LXXXe BULLETIN.
Tilsitt, le 19 juin.
Le grand-duc de Berg, à la tête de la plus grande partie de la cavalerie légère, des divisions de dragons et de cuirassiers, a mené battant l'ennemi ces trois jours derniers, et lui a fait beaucoup de mal. Le 5e régiment de hussards s'est distingué
" (Les Bulletins de la Grande armée : précédés des rapports sur l'armée française, depuis Toulon jusqu'à Waterloo, extraits textuellement du Moniteur et des Annales de l'empire : histoire militaire du général Bonaparte et de l'empereur Napoléon, avec des notes historiques et biographiques sur chaque officier. Tome 4 / par Adrien Pascal).

Benningsen franchit le Niemen à Tilsitt où un armistice arrête les hostilités.

"S. Exc. M. le grand-chancelier de la Légion-d'honneur, d'après l'ordre de S. M. I. et R., daté de Tilsitt, le 29 juin 1807, a adressé à MM. les officiers généraux, officiers supérieurs et autres officiers dont les noms suivent, l'autorisation nécessaire pour porter la décoration des ordres étranger indiqués ci-dessous ...
WURTEMBERG.
Ordre du Mérite militaire de Wurtemberg ...
Chevaliers,
... Le colonel d'Héry, officier de la Légion, commandant le 5e de hussards
" (Les Bulletins de la Grande armée : précédés des rapports sur l'armée française, depuis Toulon jusqu'à Waterloo, extraits textuellement du Moniteur et des Annales de l'empire : histoire militaire du général Bonaparte et de l'empereur Napoléon, avec des notes historiques et biographiques sur chaque officier. Tome 4 / par Adrien Pascal).

Sont nommés Chevaliers de la Légion d'honneur au titre du 5e Hussards par décret du 7 juillet : Meixner, Capitaine, Nicolle, Capitaine­adjudant-major en retraite, Galois, Pierre, Rockel et Joyenval, Sous-lieutenants, Graffaut et Vicq, Sous-lieutenants en retraite, Vollet et Nicolle, Maréchaux-des-logis et Collet, Hussard.

La Brigade Pajol est aux avant-postes en avant de Tilsitt.

Le 20 juillet, Hippolyte d'Espinchal, qui à l'époque appartenait encore aux Gendarmes d'ordonnance, rencontre "dans la jolie ville de Marienbourg l'officier payeur du 5e Hussards qui parvint, non sans peine, à nous loger dans une auberge" (Souvenirs militaires, Tome 1).

La Brigade Pajol se retire vers le sud avec le Corps de Davout qui évacue cette ville, arrive à Orstelburg le 1er août et y séjourne jusqu'au 17. Le Colonel d'Héry y établit l'état récapitulatif des pertes du Régiment pendant la campagne. Elles prouvent que le 5e Hussards ne s'est pas ménagé et se montent à 16 hommes tués, 74 blessés et 4 prisonniers.

Le 6 août, Hippolyte d'Espinchal arrive à Villembourg où dit il "je trouvai le général Pajol dont la brigade se composait des 5e et 7e hussards...
Le lendemain, 7 août, doit être compté comme un des jours heureux de ma carrière militaire, par la manière affectueuse dont je fus admis à faire partie de cette nouvelle famille de braves, et, par une circonstance non moins favorable, il fallut que, ce même jour de mon arrivée, le régiment disséminé dans ses cantonnements dut se trouver réuni pour une revue du commissaire des guerres.
Le colonel, prévenu par une lettre d'avis de l'état-major général de l'armée, m'accueillit d'une manière d'autant plus gracieuse qu'à cette lettre d'annonce était jointe une apostille signée du prince de Neuchâtel. Présenté au corps d'officiers, je fus peu d'instants après reconnu dans mon grade d'adjudant-major sur le front du régiment en bataille, et, le soir, un punch flamboyant, donné par le colonel, me mit bientôt en rapport avec mes nouveaux camarades.
Peu de .jours après, j'entrai en fonction de ma nouvelle position, genre de service très actif (il n'y a dans la cavalerie que deux adjudants-majors par régiment) et assez difficile, mais apprécié par l'Empereur qui le disait être la pépinière des meilleurs officiers.

Hussard cie d'élite 5e régiment 1807
Hussard de la Compagnie d'élite en 1807, d'après S. Palatka (in Gloire et Empire N°3); la source en est très certainement la description faite par H. d'Espinchal

Le 5e régiment de Hussards, qui venait d'être cité plusieurs fois dans cette dernière campagne où il avait perdu plus de 300 hommes, était un des plus beaux régiments de l'armée pour son élégant et magnifique uniforme, consistant dans une pelisse blanche avec galons, ganses, olives et tresse en laine jaune et fourrure noire, dolman et pantalon bleu de ciel garnis de galons, de tresses et de franges en laine jaune, gilet rouge avec ganse et galons jaunes, ceinture cramoisie à nœud en laine rouge, sabretache fond blanc avec un aigle en cuivre, bordée d'un large galon, et, au bas, le n° 5; sabre courbé à fourreau en cuivre, deux pistolets et une petite carabine, colback à flamme blanche avec jugulaire en chaînons de cuivre; le petit uniforme à la mamelouk avec tresse en laine. Même uniforme pour les officiers, seulement la passementerie et les ornements en or et la distinction du grade sur les manches et le pantalon. En grande tenue de gala, pantalon blanc et or, le dolman avec ceinture et bottines de maroquin rouge avec de très petits éperons. Le harnachement du cheval consistait dans une selle à la hussarde, garnie de cuivre à l'extrémité postérieure, schabraque bleu de ciel avec galon jaune, porte-manteau rond en drap bleu de ciel avec galon jaune aux extrémités; poitrail portant un cœur en cuivre, brides ornées de cuivre et mors sans bossette.
Le colonel, nommé Dery, était un créole de la Martinique, âgé de trente et un ans; destiné au barreau, il avait fait d'assez bonnes études, mais la Révolution lui ouvrant une carrière plus analogue à ses goûts, il s'engagea dans le 1er régiment de Chasseurs, devint le camarade de lit de Murat et obtint assez rapidement l'épaulette par plusieurs actions d'éclat. Sa tournure distinguée, son éducation et sa bravoure déterminèrent Murat à le prendre pour aide de camp à son retour d'Egypte, avec le grade de chef d'escadron, et il le fit nommer colonel au 5e Hussards après la bataille d'Iéna.
Sans vouloir entrer dans la politique, je dirai seulement que le traité de Tilsit stipulant des indemnités considérables, la création d'un royaume de Westphalie pour Jérôme Bonaparte et un remaniement de la Pologne, quatre corps d'armée durent occuper le pays conquis jusqu'à ce que toutes les conditions de ce traité eussent reçu leur pleine et entière exécution, et, a cet effet, les troupes furent reparties en Prusse, en Pologne, dans la Silésie et la Hesse
" (Souvenirs militaires, Tome 1).

Le 9 août 1807, l'Adjudant commandant chef d'Etat-major de la cavalerie légère, Petit-Pressigny, donne depuis le Quartier général à Ortelsburg, les ordres suivants :
"D'après les ordres de M. le général de division Lasalle, il est ordonné à M. Herbault, sous-lieutenant de la 7e compagnie du 5e régiment de hussards, de partir de suite d'Ortelsburg pour se rendre à Kalvarija auprès de M. le chef d'escadrons Barrelier, commandant un détachement de 100 hussards et chasseurs réunis, afin de lui remettre les ordres et instructions dont il est chargé de la part de M. le général Lasalle.
M. Herhault a pareillement ordre de remettre en passant à Augustowo des ordres à M. le chef d'escadrons Jacquinot. Il passera par : Schöndameran; Peitschendorf; Arys, Lyck; Augustowo.
Arrivé dans cette dernière ville, il se fera donner la route sûre pour se rendre à Kalvarija. Il suivra le chef d'escadrons Barrelier jusqu'à sa résidence à Ostrolonka, et lorsque ledit détachement de 175 hommes qui doivent se rendre à Mazowezk, Woischki et autres lieux y seront arrivés, il recevra du chef d'escadrons Barrelier l'ordre de se rendre à un des détachements pour y faire son service, comme faisant partie des officiers commandés pour ce détachement.
Il invitera les chefs d'escadrons Barrelier et Jacquinot d'accuser au général Lasalle les ordres qu'ils auront reçus.
M. Herbault se rendra dans les lieux qui lui sont indiqués aussi promptement qu'il le pourra; il se fera accompagner par deux ordonnances qui feront aussi partie du détachement dont il est question et qui resteront avec lui.
Jusqu'à l'arrivée du détachement, les vivres, fourrages et le logement lui seront fournis
" (In Carnet de la Sabretache 1899, "Le Général Lasalle à Varsovie", page 43.

On lit à la suite de cet ordre les deux notes ci-dessous :
"L'officier ci-contre dénommé a été amené avec un garde d'Augustowo à Kœnigsberg et avec un rapport d'arrestation d'un capitaine de dragons prussiens; il est arrivé a Kœnigsberg le 16 à 10h30 du soir, il en est reparti le 17, à 10 heures du matin; après avoir été élargi, muni d'un passeport du maréchal de Kalckreuth, d'une lettre du capitaine qui a fait l'arrestation, d'un onrdre de passer partout, avec une escorte au besoin, et d'un autre ordre, d'avoir quatre chevaux et voiture jusqu'à destination.
Kœnigsberg, le 17 août 1807.
Le Chef d'escadrons commandant le dépôt des Français
BIGEX
".

"Il est ordonné à M. Herbault, officier du 5e régiment de hussards, qui a été chargé de m'apporter des dépêches venant de M. le général de division Lasalle, de se rendre à Ostrolenka, où il rejoindra son détachement.
Il lui sera fourni de gîte en gîte une voiture attelée pour se rendre à sa destination.
Augustowo, le 21 août 1807.
Le Lieutenant-colonel
commandant la province de Neu-Ost-Preussen dans le duché de Varsovie
BARRELIER
".

"HERBAULT, SOUS-LIEUTENANT AU 5e REGIMENT DE HUSSARDS, A MONSIEUR LE GENERAL DE DIVISION LASALLE.
Mon général,
J'ai l'honneur de vous faire part qu'étant parti par vos ordres d'Ortelsburg pour me rendra auprès de M M. les chefs d'escadrons Barrelier et Jacquinot, afin de leur remettre les dépêches que vous aviez daigne me confier, surtout de mettre la plus grande célérité, je n'ai cru mieux faire que de partir en voiture, prenant une ordonnance avec moi, laissant l'autre avec mes chevaux, pour se rendre avec à Schöndamerau ; Peitschendorf ; Arys ; Lyck ; Augustowo.
J'ai bien continué ma route jusqu'à Lyck, ayant passe par les endroits ci-dessus. J'ai rencontré des Prussiens à Arys; ils n'ont fait aucune difficulté pour me laisser passer; je me suis même adressé à un colonel d'un régiment d'infanterie prussienne, qui m'a autorisé à demander des chevaux au bourguemestre. Me les ayant donnés, je suis arrive à Lyck le 11, à 7 heures du matin, ayant changé de chevaux à une lieue de là ; mon intention était de faire encore deux lieues et d'en prendre d'autres, mais cependant je voulais avoir l'ordre du bourguemestre. En conséquence, je me suis rendu chez lui, après lui avoir demandé les noms des villages par où je devais passer pour me rendre à Augustowo; je lui demandai un ordre pour avoir des chevaux au premier village. Me l'ayant refusé, je ne persistai pas davantage.
J'entrai dans une boutique où l'on vendait de l'eau-de-vie, pour en prendre un verre, et ensuite continuer ma route. Je menai même le conducteur de la voiture avec moi; mais pendant que j'étais entré, il partit sans me dire mot. J'ai attendu après lui pendant une demi-heure; voyant qu'il ne venait pas, je me suis décidé à continuer mon chemin, en disant au marchand chez lequel j'étais de dire au paysan de venir chercher ses chevaux au premier village sur la route d'Augustowo, et je suis parti, mon ordonnance me servant de conducteur.
Je ne suis pas sorti de la ville, que plus de vingt paysans sont accourus après moi avec des bâtons; un qui se trouvait, des premiers vint me menacer du sien. Je tire aussitôt mon sabre, et je saisis son bâton que je lui donne sur les épaules; je remets mon sabre et rentre en ville, dans l'intention de prier M. le commandant de la place de vouloir bien faire cesser ce tumulte. Mon hussard étant resté auprès de la voiture après avoir marché une centaine de pas, je vois arriver 7 à 8 dragons prussiens, le sabre à la main, dont un d'eux était à cheval sur un mauvais Konia (note : c'est le petit cheval de labour employé en Pologne); il me menaça de me frapper sur la tête. Je n'y fis pas attention. Mais réitérant une seconde fois, et me l'ayant présenté la pointe à la figure, j'ai cru que je ne devais pas me laisser sabrer sans me défendre. J'ai tiré mon sabre que j'ai porté au-devant du sien, que j'ai écarté de la main gauche, tout cela avant que les dragons à pied ne fussent arrivés. Je remis mon sabre dans le fourreau, et je continuai mon chemin pour aller chez le commandant de la place, demandant au dragon de m'y conduire. Enfin les autres dragons étant arrivés (c'était la garde de police), ils me demandèrent mon sabre. Je le leur donnai sans difficulté, croyant qu'ils me conduiraient tranquillement. Point du tout, ils me tenaient toujours des propos injurieux en me menaçant; un d'eux remet son sabre, je croyais que c'était fini. Je marchais parmi eux sans dire mot, lorsque je me sentis frapper d'un coup de poing à la joue gauche, et un autre me piquant le bras droit avec son sabre, qui ne m'a cependant pas blessé. Je veux prier des officiers devant lesquels je passais d'empêcher qu'on ne me maltraitasse, étant sans arme, mais au lieu d'avoir égard à ce que je pouvais leur dire, ils ont engagé leurs soldats à me traîner en prison. Je les ai suivis au corps de garde. Je fais demander de me-rendre chez le capitaine commandant; la première, deuxième et troisième fois, il me fait dire qu'il allait venir, et !a quatrième fois, qu'il n'avait pas d'explications à avoir avec moi: que je partirais le lendemain pour Königsberg, où je suis arrivé le 16, à 10 heures du soir. Le lendemain, j'ai écrit à M. le colonel Bigex, et lui ai détaillé tout ce qui s'était passé; je le priai en même temps de me faire élargir et de solliciter auprès de M. le général prussien de me procurer les moyens pour me rendre à ma destination le plus promptement possible; il a obtenu de M. le maréchal de Kalckreuth, gouverneur de la Vieille-Prusse, un passeport et en outre un sous-officier pour me servir de sauvegarde.
Daignez agréer les sentiments dans lesquels je suis, avec la plus parfaite considération; votre subordonné,
HERBAULT.
Augustowo le 24 août
" (In Carnet de la Sabretache 1899, "Le Général Lasalle à Varsovie", page 43 et suivantes).

Le 22 août, C. du Coetlosquet, Adjudant major, écrit au Général Lasalle : "On dit que Théron est colonel au 5e de housards. Si cela est, veuillez bien nous confirmer cette bonne nouvelle..." (In Carnet de la Sabretache 1899, "Le Général Lasalle à Varsovie", page 53). Fausse nouvelle puisque Thérond a été promu au grade de Major du 4e Dragons le 3 juillet 1807.

Hippolyte d'Espinchal écrit : "La brigade du général Pajol faisant partie du corps d'armée du maréchal Davout, nous reçûmes l'ordre de nous diriger sur Varsovie où nous arrivâmes le 23 août, après avoir traversé un pays sablonneux, misérable et complètement ruiné par la guerre. Le 5e Hussards resta seulement quarante-huit heures dans cette belle capitale, après lesquelles il fut réparti dans des cantonnements assez mauvais pour la troupe, mais où les officiers trouvèrent une bienveillante hospitalité dans les nombreux châteaux qui couvraient le pays. C'est dans cette partie de la Pologne qu'était situé le majorat de 200 000 livres de rente du maréchal Davout avec un magnifique château. Non loin de ce beau manoir se trouvait la Galicie autrichienne, en face de laquelle furent établis des postes d'observation bien que nous ne fussions pas en guerre avec cette puissance, mais sur l'avis que son armée se renforçait considérablement sur ses frontières" (Souvenirs militaires, Tome 1).

 

- Mouvements en Pologne

Officier 5e Hussards, vers 1807
Officier du 5e Hussards sans date d'après Ernest Fort (1868-1938) : "Uniformes des hussards sous la 1ère République, le 1er Empire et la Restauration II - 5e à 13e hussards"; Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945), PETFOL-OA-490(2); ce dessin a pour source un tableau de Lejeune : "La bataille du Mont Thabor"

La brigade Pajol fait partie du Corps de Davout qui établit ses cantonnements dans le Grand-Duché de Varsovie. Elle est cantonnée le 27 août le long des rives de la Pilica et le Régiment est ainsi fractionné : l'Etat-major à Pilica avec le Colonel d'Héry; le Chef d'Escadron Hirn avec 8 Officiers, 165 hommes et 159 chevaux à Gieblo; le Chef d'Escadron Perrin avec 7 Officiers, 167 hommes et 152 chevaux à Kremlow et le reste du Régiment à Szarca avec 7 Officiers, 153 hommes et 133 chevaux; 5 Officiers, 149 hommes et 152 chevaux sont détachés, 46 hommes sont dans les hôpitaux et 13 sont prisonniers de guerre. L'effectif total est de 730 hommes et 612 chevaux.

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"A peine étais-je établi depuis quelques jours au château de Czelemtziky chez le comte Wurschow, dont l'accueil me faisait présager un séjour agréable au milieu de sa famille, que je fus appelé près du colonel afin de recevoir ses instructions sur une mission que j'aurais à remplir très incessamment. Puis, cette affaire de service terminée, il me remit le brevet de chevalier de l'ordre de la Fidélité de Bade que venait de lui adresser pour moi le prince de Neuchâtel. Cette faveur, à laquelle je ne m'attendais nullement, me fut expliquée plus tard.
Lors de la paix de Tilsit, des croix étrangères furent données aux officiers de la Maison de l'Empereur et à la Garde impériale : le corps des Gendarmes d'ordonnance y fut naturellement compris pour deux, et je reçus la mienne comme ayant été décoré le premier de ce corps.
La mission dont je fus chargé avec l'autorisation du maréchal Mortier, dont le quartier général était à Breslau, fut de me rendre en cette ville à l'effet d'y établir, sous ma surveillance spéciale, des ateliers pour le régiment, y faire confectionner des effets d'équipement, remettre l'armement en état, et recevoir une remonte assez considérable dont nous avions un urgent besoin
" (Souvenirs militaires, Tome 1).

Le 9 septembre 1807, le Général Pajol écrit depuis Krumsin au Général de Division Lasalle à Varsovie :
"Sitôt votre dernière reçue, j'ai ordonné de nouveau au colonel Déry de compléter et de faire partir en entier un escadron pour la Nouvelle-Silésie, ce qu'il a exécute aujourd'hui.
Je crois devoir vous observer à cet égard, mon général, que le 5e housards est dans un état de misère difficile à décrire, et que si le colonel n'a envoyé primitivement que 50 bons chevaux en Silésie, ce n'était absolument que pour le bien du service, car, comme il me le dit par sa lettre de ce jour, il croyait inutile d'y envoyer des chevaux qui ne pourraient être utilisés.
Par les états de situation que je vous ai envoyés aussi exactement que possible pendant et après la route que nous venons de faire, et autant que le permet aujourd'hui la grande distance qui existe entre chaque colonne et moi, vous avez dû voir que le 5e housards n'a a l'effectif que 243 chevaux, non compris ce détachement ; que sur ces 243 chevaux, il y en a 150 blessés et hors d'état d'aucun service, et qu'il ne lui reste absolument que la compagnie d'élite. Il a donc été obligé d'envoyer à Perrin (note : le Chef d'Escafron Perrin, au cordon de cavalerie de Silésie) des hommes à pied conduisant en main leurs chevaux, qui lui deviendront inutiles. Voilà l'état où se trouve ce régiment. Les autres n'offrent guère une plus grande force, et si les détachements qu'ils ont sur la rive droite de la Vistule rentrent en aussi mauvais état, que l'on annonce qu'ils sont, la 1re brigade n'offrira pas aux Tudesques 400 chevaux, qui après quelques affaires seront réduits à 200 ; cela est dégoûtant.
Je vous envoie encore des états de situation; ils doivent plus que suffire pour donner au chef d'état-major la base des régiments et les matériaux pour établir les états qu'il doit envoyer aux généraux chefs d'état-major. J'ai aussi fait les fonctions de chef d'état-major, et cela d'une armée ; quand les états n'arrivaient pas à temps, je me servais des précédents. Le ministre ne s'en est jamais plaint, parce que la différence de 5 à 15 jours ne pouvait être sensible, surtout en temps de paix; la besogne était aussi bien; tout le monde était content et aucun colonel tracassé. Les pauvres diables sont assez malheureux d'avoir des régiments sans régiments.
Voilà encore Déry qu'on met aux arrêts. Que le diable m'emporte s'il a jamais su ce qu'on lui demandait, et s'il a jamais moins mérité cette punition.
Voila assez rabâché sur ces misérables états; j'enverrai tous ceux qu'on me fera passer; il faudra que Pressigny s'en contente, et qu'en homme d'esprit il supplée à ce qui pourra manquer. Je vais demander aux colonels l'état par hommes et villages des cantonnements qu'ils occupent. Je vous les ferai passer aussitôt reçus. Que de minuties !
Adieu, mon cher général, amusez-vous mieux que moi, autant que je le désire. Restez à Varsovie autant que possible, car nous mourrons dans ce pays où il n'y a pas seulement de gibier, et croyez à toute mon amitié comme à tout mon respect.
PAJOL.
J'ai appris avec infiniment de peine l'incommodité de Mme Lasalle. Veuillez, en l'assurant de mes respects, lui présenter mes hommages et combien je prends de part à son état, et combien mes désirs sont de la voir rendue à la santé.
Je suis ici comme un anachorète, ne recevant nouvelle de qui que ce soit. Veuillez donc, je vous prie, charger un de vos officiers de me faire envoyer mes lettres et de remettre à la poste celle que je prends la liberté de vous adresser
" (In Carnet de la Sabretache 1899, "Le Général Lasalle à Varsovie", page 53).

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"«A mon père,
Breslau, le 13 décembre 1807.
Lorsque ma dernière vous annonçait notre changement de position, j'ignorais, mon père, quel en serait le résultat, mais, aujourd'hui, je puis non seulement vous rassurer sur les craintes que cela vous causait, mais en même temps vous mettre à même d'apprécier tous les avantages que je puis retirer de ma situation présente. Le régiment auquel j'appartiens a beaucoup souffert dans cette dernière campagne, ayant toujours formé l'avant-garde de l'armée avec le 7e Hussards commandé par Edouard Colbert, mon camarade de pension ; ces pertes vont être promptement réparées au moyen de là conscription et de belles remontes fournies par le Meklembourg.
Le poste d'adjudant-major que j'occupe (il n'y en a que deux dans la cavalerie) demande de l'activité, de l'intelligence et de l'instruction militaire; cette dernière qualité laisse beaucoup à désirer, mais, avec un bon vouloir, l'aide de la théorie jointe à la pratique, je suis certain d'être avant peu parfaitement au courant; mais le difficile de mon emploi, c'est de savoir conserver la confiance du colonel et l'amitié des officiers avec lesquels il faut être à chaque instant dans des rapports de service plus ou moins agréables.
Jusqu'à présent, je n'ai rien à désirer à cet égard, mes nouveaux camarades ayant vu sans jalousie la place de faveur que j'ai obtenue; aussi ferai-je tout mon possible pour me maintenir dans ces bonnes dispositions. En ce moment je suis chargé ici, à Breslau, d'une mission assez importante qui demandera une grande surveillance; j'ai dû établir différents ateliers pour le régiment, tant pour la confection des équipements et la réparation de l'armement, et je dois aussi recevoir sous ma responsabilité une remonte considérable dont nous avons un besoin urgent.
Breslau est une fort belle ville, capitale de la Silésie prussienne, occupée par le maréchal Mortier, qui y a son quartier général, de nombreuses administrations et plusieurs généraux desquels j'ai reçu un accueil bienveillant, entre autres les généraux Suchet et Becker, ce dernier ayant des rapports avec l'Auvergne par son mariage avec la sœur de Desaix, le héros de Marengo. Breslau était avant cette dernière guerre la place la plus forte de la Silésie ce fut le corps d'armée de Jérôme Bonaparte composé de Saxons, de Wurtembergeois, de Bavarois et. quelques corps d'armée français qui en firent le siège; la défense des Prussiens fut vive; la place, entourée de fortifications garnies de 200 bouches à feu et 6000 hommes d'infanterie, résista assez longtemps, mais finit par capituler le 5 janvier 1807, ce qui entraîna la soumission de toute la Silésie et la complète destruction des fortifications qui furent entièrement rasées. La ville, située sur l'Oder, est grande, riche, commerçante et très populeuse; la haute société y est très nombreuse et fort accueillante ; aussi se passe-t-il peu de jours qui ne soient employés en concerts, bals ou soirées, dans lesquels les officiers français sont admis avec le plus grand empressement. C'est dans ces cercles, peuplés de femmes charmantes, que je termine assez régulièrement mes journées et j'y trouve d'amples dédommagements à mes ennuyeux travaux. Mais, ce qu'il y de plus remarquable, c'est un club féminin, offrant tous les agréments imaginables, dans lequel les patronnesses mettent autant de grâce que d'importance dans leurs fonctions, s'occupant sans cesse d'être agréables à tout le monde. Admis, par l'intervention de mon hôte, dans ce cercle où viennent aussi plusieurs généraux et officiers de l'état-major du maréchal, j'y ai trouvé deux Françaises ; l'une est la femme d'un général de division, l'autre la baronne d'A... qui jouit ici de la même réputation de beauté qu'à Paris, son mari occupant une des premières places administratives du pays conquis. Plusieurs salles élégamment meublées servent, les unes pour les jeux de commerce des dames et des hommes d'un certain âge; une autre, au milieu de laquelle se trouve une vaste table ronde, est couverte d'albums, de dessins, de gravures et de quantité de jolies corbeillés renfermant différents ouvrages à peine commencés pour ne finir peut-être jamais; puis, vient la salle de concert, où l'on entend de la musique parfaite, et enfin celle où l'on danse, presque toujours la mieux garnie et la plus habitée. Vous devez penser tout ce que peut offrir d'agréable une semblable réunion composée de femmes charmantes, gracieuses, aimables, où régnent la joie, le plaisir, la danse et les jeux unis au meilleur ton, sans en exclure certaines intrigues de cœur suivies de douces liaisons qu'on refuse rarement aux vainqueurs.
A ces détails, qui vous prouveront qu'on peut allier les plaisirs aux affaires, est venu se joindre un incident de la plus haute gravité et dans lequel je me suis trouvé jouer un rôle à la vérité fort secondaire, mais qui fut sur le point de troubler la bonne harmonie qui régnait entre nous et les habitants. Déjà plusieurs duels avaient eu lieu avec des officiers prussiens sans emploi, toujours provoqués par ces derniers, lorsque le 2 décembre, le maréchal Mortier, voulant célébrer l'anniversaire du sacre de Napoléon, donna un bal magnifique où furent invitées toutes les personnes marquantes de la ville. II faut croire que, dans ce nombre, peu d'hommes y vinrent par affection, mais, du moins, ils s'y conduisirent à peu près tous de la manière la plus convenable. Cependant un ex-colonel prussien, causant avec trois personnes, en allemand, tint des propos si injurieux sur l'Empereur que le capitaine d'artillerie Gourgaud, avec lequel je me trouvais, qui les entendit et qui parlait parfaitement cette langue, lui dit «Monsieur, si vous n'étiez pas ici, je vous donnerais une paire de soufflets, et si vous avez un reste d'honneur, je vous engage à les considérer comme les ayant reçus. – Parfaitement, répond le colonel, et j'espère demain vous mettre hors d'état d'en parler.» Tout ceci se passait d'une manière si froidement calme que nul, excepté les témoins, ne pouvait se douter qu'au milieu de la musique, des danses et de la joie, se préparait un horrible drame.
Quant à Gourgaud, d'un caractère chevaleresque, d'une bravoure remarquable et avec l'insouciance de ses vingt-trois ans, il me serra la main en me donnant rendez-vous chez lui pour le lendemain matin à 6 heures et s'en fut danser comme si de rien n'était. Seulement, il me dit bas à l'oreille, en me quittant, de tâcher de voir Le colonel pour lui demander quelle arme il choisissait; je ne tardai point à le joindre et il me dit «Le pistolet, c'est plus tôt fait;» nous nous quittâmes froidement. Cependant, appréciant toute la gravité de cette affaire, dans laquelle il fallait une victime par la manière dont elle était engagée, ma responsabilité de témoin me causait une telle anxiété que j'avais complètement oublié la danseuse qui m'avait accordé la valse qu'on jouait en ce moment, lorsque le général Suchet s'en apercevant «Eh bien ! me dit-il, la princesse Czerniskowa vous attend impatiemment et votre négligence pourrait vous faire perdre ses faveurs, car vous savez qu'elle est exigeante et jalouse. C'est vrai, mon général, répondis-je, je vais lui faire mes excuses et la prier de me laisser libre un moment, ayant à vous entretenir sur une chose fort importante et dans la crainte d'en perdre l'occasion. Mais c'est donc bien grave ? Excessivement. Eh bien ! allez vous dégager de votre mieux et venez me trouvez dans le cabinet du maréchal, nous y serons seuls.» En effet, la chose se fit ainsi, et j'informai le général de tout ce qui s'était passé : «C'est vrai que c'est très grave, me dit-il, ce colonel est le cousin germain du général Tauzin qui a été tué en défendant Breslau, il jouit ici d'une grande- considération, mais ce n'était point une raison pour injurier l'Empereur. J'approuve fort la conduite du capitaine Gourgaud pour lequel je forme des vœux bien sincères; vous avez bien fait de m'instruire de cette affaire et je me charge d'arranger cela avec le maréchal; seulement tâchez qu'on n'en parle pas dans le bal.» Je pus l'en assurer, et nous rentrâmes dans le salon, moi ayant la conscience de ce que je venais de faire dans l'intérêt de mon camarade. Peu après, je rentrai chez moi fort impressionné par ce qui devait se passer dans quelques heures.
Dès la pointe du jour du 2 décembre, un petit billet du commandant d'artillerie Fleuriot me prévenait qu'il viendrait dans la matinée me prendre avec une voiture. En effet, au coup de sept heures nous partîmes, Gourgaud, le commandant, un chirurgien-major et moi, emportant une boîte de pistolets et une épée de combat. Vingt minutes après nous étions sur le terrain choisi, où arrivèrent, presque en même temps, le colonel Tauzin avec ses deux témoins. «Messieurs, dit ce premier, dans le français le plus correct, il est inutile, je pense, d'entrer en explications sur le motif qui nous conduit ici; j'ai reçu l'insulte la plus grave qu'on puisse faire à un militaire, je veux donc en tirer vengeance vous laissant le soin d'en régler les conditions.» Après ces paroles, les pistolets visités furent chargés, deux épées plantées à trois pas de distance et les deux antagonistes placés à quinze pas avec la faculté de marcher et tirer à volonté, après trois coups frappés dans les mains.
Gourgaud m'avait chargé de dire qu'il consentait à recevoir le premier feu et demandait qu'après les quatre coups tirés sans résultat, on se battit à l'épée ; le colonel refusa noblement la première proposition et accepta la seconde. Cette affaire ainsi arrêtée avec le plus grand calme, le baron de Fretzingen fut chargé de donner le signal. Deux coups partirent en même temps et le colonel frappé en pleine poitrine s'affaissa en disant «Je suis mort.» Nous nous empressâmes tous autour de lui ; notre médecin lui donna les premiers soins et on le transporta dans sa voiture. Aussitôt rentré en ville, je fus rendre compte au général Suchet du résultat du combat; il en informa sur-le-champ M. le maréchal Mortier. Pendant dcux jours, on espéra sauver le blessé, mais il survint une hémorragie avec un redoublement de fièvre qui emporta le malheureux colonel.
Cette affaire mit un peu de froid dans la société. Gourgaud fut envoyé en mission, les Prussiens retinrent leur langue, et comme de toute chose, on n'y pensa plus (Note : C'est ce mêmc Gourgaud qui devint plus tard premier officier d'ordonnance de Napoléon, le suivit à Sainte Hélène, revint en France après son décès, en 1830 fut fait lieutenant général, aide de camp de Louis-Philippe et est mort pair de France).
Je me suis laissé entraîner à cet épisode, mon père, en vous donnant quelques détails sur mon séjour à Breslau; il faut me pardonner ce bavardage qui, au fait, doit être pour vous d'un bien faible intérêt; mais il en est parfois de la plume et de la pensée comme d'une partie de chasse dont souvent le but est détourné, mais auquel on revient; et c'est aussi ce que je vais faire en vous parlant de mon frère. Vous savez que nous sommes séparés et déjà bien éloignés l'un de l'autre sans savoir quand et comment nous pourrons nous revoir, n'ayant d'autre consolation que celle de nous écrire. Sa dernière lettre m'a fort affligé en m'annonçant la mort de mon brave et fidèle Bourbonnais que j'avais été contraint de laisser à l'hôpital de Kœnigsberg attaqué d'un espèce de typhus qui laissait peu d'espoir de le sauver, et je vous joins ici le faire-part qu'il vient de m'adresser sur le décès de ce fidèle serviteur :
«On ne revient jamais du rivage des morts.
Tu sauras, mon ami, qu'après de vains efforts,
Ton premier écuycr, de glorieuse mémoire,
A terminé ses jours, point au sein de la gloire,
Mais dans certain séjour, dans cet endroit fatal
Que pour trancher enfin nous nommons hôpital.
J'ignore maintenant si la pompe funèbre
A dû repondre en tout à cet homme célèbre;
Mais je crains qu'un cercueil simplement fabriqué
Ne contienne aujourd'hui ce corps inanimé.
Je le sens, je le vois, cette nouvelle affreuse
Devra faire à ton cœur une plaie douloureuse.
Mais enfin, mon ami, ce grand homme n'est plus !
Hornc donc tes chagrins, tes regrets superflus,
Accorde tes bienfaits au successeur modeste,
L'habitant du Niémen, aussi brave que leste,
Que Bourbonnais (Note : C'est ce brave serviteur qui, à l'affaire de Neutgarden en Poméranie, vint combattre près de moi, ainsi que je l'ai écrit dans le temps) forma, que lui-même il choisit,
Qu'il se plut à dresser en dirigeant Tilsitt (Note : Tilsit est le Cosaque prisonnier auquel je donnai ce nom en le prenant à mon service et dont la fidélité, ainsi qu'on le verra, n'a eu de terme que le jour où il eut, près de moi, la tête emportée par un boulet de canon).
Maintenant que j'ai su compatir à tes peines,
Permets que dans ton sein je verse aussi les miennes.
Tu sais combien l'amour a, sur mon confident,
De pouvoir et d'attraits ? Tu connais son penchant ?
Hélas ! Il payera cher tous ses plaisirs faciles,
Ces grossiers rendez-vous de filles inhabiles.
L'Esculape en ce jour veut traiter mon gaillard
Comme le fut jadis l'amoureux Abeilard.
Tu comprends son effroi ! ...»

Adjudant sous officier et trompette 5e Hussards, 1807 Adjudant sous-officier en grande tenue du 5e Hussards, 1807
Adjudant sous officier et Trompettes du 5e Hussards en grande tenue, 1807, d'après P. Benigni pour Bucquoy (Fanfares et Musiques des Troupes à cheval). La source indiquée est Berka et Collections Alsaciennes
Adjudant sous-officier en grande tenue, d'après Klaus Tohsche; la source est le dessin de P. Benigni
Détail du parement d'ajudant d'après P. A. Leroux pour Segom

Je suis surpris que mon frère ne vous ait point donné des détails sur son colonel, car cela vous eût rappelé que lors de notre émigration à Dusseldorf, il était avec d'Avaray et Le Pelletier de Morfontaine, un de mes amis intimes ; plus âgé que moi de deux ou trois ans, son physique agréable et ses talents remarquables comme musicien et peintre le faisaient fort rechercher dans la société. Plus tard, lorsque les Français vinrent sur les bords du Rhin, alors que, malgré mes quatorze ans, vous m'envoyiez à l'Armée de Condé, mon homonyme Hippolyte de Piré, dont le père était rentré en France, se mit dans une barque, traversa le fleuve et fut s'engager dans un régiment de hussards, où sa brillante conduite le fit promptement nommer officier. Plus tard, il vint à Paris où sa réputation de bravoure, son superbe physique joints à ses talents, lui méritèrent les faveurs d'une femme remarquable par sa beauté et dont la position la mit à même de faire obtenir de l'avancement à son protégé. De Piré devint chef d'escadron, aide de camp du prince de Neuchâtel, et, fait colonel de chasseurs à cheval dans la campagne de Tilsit, il eût désiré m'avoir dans son régiment; mais ayant été désigné spécialement par l'Empereur au grade d'adjudant-major au 5e régiment de Hussards, il dut renoncer pour le moment a ses bonnes dispositions à mon égard, lorsque, le hasard plaçant mon frère sous ses ordres, il lui fit l'accueil le plus empressé et m'écrivit qu'il avait souvent à la pensée le souvenir de nos jeunes années et combien il serait heureux de trouver l'occasion de m'en donner des preuves.
Adieu, mon père à bientôt
" (Souvenirs militaires, Tome 1).

Le 5e Hussards est envoyé à Landsberg au nord-ouest du Gouvernement de Davout. Il y arrive le 25 décembre par Breslau, Glogau, Zullichau et Mezevitz. Le Dépôt est resté à Namur, quartier Saint-Lambert.

Trompette compagnie d'élite 5e Hussards, 1807 Trompette compagnie d'élite 5e Hussards, 1807
Trompette de la Compagnie d'élite du 5e Hussards en grande tenue, 1807, d'après P. Benigni pour Bucquoy (Fanfares et Musiques des Troupes à cheval). La source indiquée est Berka et Collections Alsaciennes
Trompette de la Compagnie en grande tenue, d'après Klaus Tohsche; la source est le dessin de P. Benigni

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"Landsberg, 28 décembre 1807.
La date de cette lettre, cher frère, doit te faire penser que Breslau n'est plus pour moi qu'un souvenir, puisqu'en ce moment j'en suis éloigné de plus de 60 lieues. Cependant mes impressions sont encore trop vives pour ne pas t'en retracer une partie, laissant de côté celles dont il est inutile de t'entretenir et qui appartiennent à l'âge des passions. Tu sais que le motif de mon séjour dans cette ville, qui a été de trois mois, consistait dans la mission dont j'étais chargé; je l'ai remplie consciencieusement, surtout par l'envoi de 132 chevaux et le refus de 18 que vainement voulait m'imposer un major, chargé des remontes dont je veux oublier le nom. Il ne me restait donc plus qu'à rejoindre le 5e Hussards, lorsque je reçus une lettre fort aimable du colonel, m'annonçant le prochain départ du régiment et son passage par Breslau, et m'autorisant à l'y attendre; déjà même, je faisais mes adieux de devoir et de sentiment, lorsque cette nouvelle m'arriva et
c'est à cette circonstance que je dois d'avoir été témoin et acteur d'un événement dont le souvenir ne s'effacera jamais de ma mémoire et que je vais te raconter dans tous ses détails et la vérité la plus exacte. Mais, avant, je commencerai par te rendre compte d'un déjeuner peu moral auquel j'assistais, donné par le colonel de dragons Lamothe.
Il y avait les généraux Fournier, Lahoussaie, Auguste Colbert et Pajol, le colonel Laferrière-Lévêque du 3e Hussards, puis l'adjudant-major du Coëtlosquet avec pareil nombre de beautés prussiennes et polonaises. Un incident vint troubler momentanément notre gaieté bruyante, pour faire place à un spectacle qui m'eût semblé invraisemblable, si je n'en n'avais été témoin, et pour lequel je fus loin de partager l'admiration de plusieurs convives. On était au dessert ; le vin de Champagne coulait à flots et les têtes commençaient à s'échauffer, lorsque parut un dragon d'ordonnance, porteur d'un pli pour le général Fournier dont il demandait un reçu. «C'est juste, mon garçon, lui dit le général, je vais t'en dormer un qui ne s'effacera pas», et, lui remettant l'enveloppe à la main «Tiens, place-toi au bout de la salle, le bras tendu, si tu n'as pas peur. Je ne connais pas ce mot-là», répondit le dragon en se mettant en position sans témoigner la moindre émotion. Alors, le général, prenant un des pistolets du colonel Lamothe, vise, perce l'enveloppe d'une balle et donne 40 francs à l'ordonnance. Celui-ci en souriant se mit en position de nouveau en ajoutant «Mon général, si vous voulez y mettre votre paraphe, je suis tout prêt.» Fort heureusement cette épreuve ne se renouvela pas, et le dragon se retira après avoir avalé d'un trait une bouteille de vin.
J'avoue qu'il ne me fut pas possible de partager l'hilarité presque générale ; cette scène produisait sur moi une pénible émotion, et j'admirai beaucoup plus le courageux sang-froid du dragon que l'adresse du général. Le surlendemain, le chef de bataillon Do... attaché à l'état-major général, venant d'être nommé colonel d'infanterie avec injonction de partir sur-le-champ pour l'Espagne où se trouvait son régiment, voulut inaugurer sa nomination par un punch auquel furent invités plusieurs généraux et autres officiers de tous grades, dont je faisais partie. Une séance de ce genre ne pouvait guère avoir pour accessoires que le punch, la pipe et le jeu, aussi il en fut ainsi ; une boîte remplie de dés servit d'armes aux combattants et la lutte commença. Pendant quelque temps, les chances furent assez égales mais enfin elles tournèrent d'une manière tellement favorable au nouveau colonel qu'en peu d'instants il eut devant lui une masse d'or et d'argent considérable.
J'allais me retirer, lorsque Charles du Coïtlosquet, s'approchant de moi, exigea la promesse que nous sortirions ensemble. Peu à peu, tout le monde s'étant écoulé, nous restâmes seuls avec l'heureux amphytrion. «Monsieur le colonel», lui dit mon camarade en prenant négligemment sur la table les trois dés, cause de nos désastres communs, «il est minuit moins un quart, vous voudrez bien, j'espère, nous donner notre revanche jusqu'au moment où l'heure sonnera. - Qu'à cela ne tienne, lui répondit celui-ci, car je suis véritablement honteux de mon bonheur.» Je déclarai ne vouloir plus jouer, trouvant ma perte de douze frédérics d'or plus que suffisante pour ma bourse. «Sois tranquille, – me dit Charles, avec le plus grand sang-froid, j'en ai perdu quinze comptant, j'en dois trente-sept et tout cela s'arrangera. Monsieur le colonel me fera une déclaration écrite dans laquelle il stipulera n'avoir rien à me réclamer et en outre nous restituera l'argent comptant que nous avons perdu.»

Tête de colonne 5e Hussards
La tête de colone du 5e Hussards vers 1807-1809, d'après W. Kobell : "Tableau général de la cavallerie françoise" (Copyright Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library - avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington)
Tête de colonne 5e Hussards
La même planche, non mise en couleur (Copyright Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library - avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington)
Trompette 5e Hussards, vers 1808
Trompette 5e Hussards, vers 1808 Trompette 5e Hussards, vers 1808 Trompette 5e Hussards, 1809
Trompette du 5e Hussards, sans date, d'après Charles Brun; donné par A. Pigeard in Tradition H. S. N°34
Trompette, Compagnies ordinaires du 5e Hussards vers 1809-1810 par Brun (collection privée; In V. Bourgeot et Y. Martin : "Les Trompettes de cavalerie")
Trompette du 5e Hussards, sans date, d'après un dessin de la Collection Knötel à Rastatt; la source indiquée est une estampe allemande de Kobell représentant au premier plan un trompette. Au 2e plan timbalier portant même tenue, tablier de timbale invisible
Trompette du 5e Hussards, daté 1809, d'après P. Benigni (communication de notre ami P. Bourrilly - dessin provenant de l'ancienne collection Raoul et Jean Brunon, Musée de l'Empéri, Salon de Provence)
Trompette 5e Hussards, 1809 Trompette, 5e Hussards, 1807
Trompette 5e Hussards, 1808-1812
 
Trompette du 5e Hussards vers 1809-1810, par Boisselier (Musée de la figurine historique de Compiègne - In V. Bourgeot et Y. Martin : "Les Trompettes de cavalerie")
Trompette du 5e Hussards, 1807, d'après R. Forthoffer, Fiche Documentaire 177 (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer)
Trompette, 5e Hussards, tenue, de service, 1808-1812, d'après Angus Mc Bride (MAA Napoleon's Hussars; texte de Emir Bukhari)
 

Je croyais que le punch avait tourné la cervelle à mon camarade mais celui-ci, avec le même calme : «N'est-ce pas, Monsieur le colonel, lui dit-il, qu'avant le coup de minuit vous aurez satisfait au désir que je viens d'exprimer. - Je ne puis concevoir, repartit le colonel, la signification d'une mauvaise plaisanterie; je la trouve même aussi déplacée qu'impertinente et, n'était la distance des grades qui existe entre nous, je vous demanderais sur-le-champ la satisfaction de votre insolence.»
Stupéfait de tout ce que j'entendais sans y rien comprendre, sinon qu'un orage terrible et sanglant était sur le point d'éclater, je ne tardai point à être instruit de ce dont il s'agissait.
«Monsieur le colonel, lui dit Charles, le grade n'est pour rien dans toute cette affaire; je respecterais vos épaulettes, si vous en étiez digne mais une chose certaine c'est que Hippolyte et moi, qui ne sommes que capitaines, nous avons le droit de vous faire baisser les yeux. Cependant, comme homme, je suis tout prêt à vous donner satisfaction de l'insulte que vous croyez avoir reçue de moi; mais, en ce moment, il vous reste seulement cinq minutes pour exécuter mes volontés, et je vous déclare que, ce temps passé, c'est entre les mains de M M. le maréchal que seront déposés les dés pipés avec lesquels vous avez escroqué notre argent.»
Le colonel, pâle, tremblant de colère, dans un paroxysme effrayant, se lève brusquement, s'empare d'un pistolet, fait feu sur mon ami et le manque. Sautant aussitôt sur mon sabre pour en percer ce misérable, j'allais me jeter sur lui, lorsque deux soldats de planton, attirés par la détonation entrent dans la chambre «Retirez-vous, dit le colonel, je ne vous ai point appelés;» puis, reprenant son sang-froid : «Messieurs, nous dit-il, j'ai failli être un assassin, je suis à votre disposition, mais un semblable soupçon m'avait exaspéré; recevez mes excuses sur cet affreux emportement. - Non, Monsieur, lui répondis-je; le fait est vrai ou faux, et la réparation doit être éclatante; nous allons sur-le-champ envoyer chercher plusieurs des personnes qui ont passé la soirée ici et les dés seront brisés en présence de nous tous; voyez si vous y consentez ? Non, reprit avec fureur cet ignoble personnage, prenez tout l'or et l'argent qui est sur la table et je m'engage à ne jamais rien réclamer de ce qui m'est dû, mais rendez-moi les dés et que cette affaire soit oubliée, car, de quelque manière qu'elle tourne, le résultat en serait toujours affreux pour moi. Impossible, lui dit Charles qui n'avait pas bougé de dessus sa chaise et conservait un calme imperturbable, il me faut votre déclaration par écrit, ou je vous déshonore à la face de toute l'armée ainsi que vous le méritez.»
Cette terrible scène semblait ne pouvoir se terminer, lorsqu'il me survint une idée pour tâcher d'arranger cette épouvantable affaire.
Je proposai que le colonel reconnût par écrit, de la manière la plus simple, qu'il avait reçu de Charles l'argent que celui-ci devait, puis qu'à l'instant, nous nous emparerions de toutes les sommes gagnées pour les donner à une pauvre famille française, établie en ville depuis plusieurs années; que les dés seraient brisés et jetés au feu sans examen et qu'à ce prix nous nous engagions à garder le silence.

Trompette 5e Hussards Trompette 5e Hussards, vers 1805
Trompette du 5e Hussards; dessin de P. Benigni donné dans le Bivouac N°17 de 1985 et mis en couleur par notre ami P. Bourrilly. La source indiquée est Kolbe
Trompette du 5e Hussards. Notre dessin, réalisé en 1992, sur la base du précédent (D R)

Le billet fut écrit d'une main tremblante; Charles en fit froidement la lecture, le plia comme s'il voulait le conserver, puis le livra aux flammes avec les dés. Nous emportâmes 3 465 francs produits de l'escroquerie, pour en faire l'usage décidé, sans même en distraire notre perte, et, en quittant cet homme méprisable, nous lui signifiâmes de ne jamais nous parler si l'occasion de nous rencontrer se présentait.
Ainsi se termina cette dégoûtante et ignoble affaire.
A la pointe du jour, le colonel partit pour la Catalogne, emportant notre mépris et le regret de savoir des braves commandés par un chef aussi indigne (Note : Pour en finir sur ce sujet, je dirai que le colonel D... (il s'agit ici du général Donnadieu), maitre d'armes avant la Révolution, fut destitué sous l'Empire pour malversations, et lors de la Restauration se présentait comme une victime ; il devint maréchal de camp, puis lieutenant général avec une réputation militaire fort équivoque et ayant acquis une espèce de célébrité politique qui s'est éteinte pour faire place au mépris général. Quant à mon ami; sa carrière fut brillante et honorablement acquise ; la Restauration le trouva colonel de hussards; il devint lieutenant général dans la garde royale, directeur du personnel au ministère de la Guerre; donna sa démission à la Révolution de Juillet et vint comme Cincinnatus labourer ses champs et mourir en emportant le souvenir et les regrets de ses compagnons d'armes).
Trois jours après cet événement, le régiment arriva à Breslau que nous quittâmes le surlendemain. Notre marche, qui a duré huit jours par un froid excessif, n'a pas laissé que d'être très fatigante, le régiment étant tous les jours détaché dans les villages, moins le chef-lieu, habituellement occupé par l'état-major et la compagnie d'élite.
C'est ainsi que nous avons atteint Landsberg, fort jolie ville de la Prusse, située sur la Wartha, très populeuse, commerçante et habitée par des familles. considérables dont nous reçûmes le meilleur accueil. Logé chez le bourgmestre de l'endroit, ce digne magistrat m'a offert, avec toute sorte d'aménité, un bon gîte, une table appétissante toujours garnie d'excellents vins, et par-dessus tous ces avantages, la société de sa famille parmi laquelle se trouvait une charmante et aimable personne, parlant parfaitement le français, très bonne musicienne et d'un caractère peu farouche. Cet aperçu doit te prouver que nous sommes destinés à passer un agréable quartier d'hiver, si toutefois l'on veut bien nous y laisser, faisant des vœux bien sincères pour que ton gîte soit aussi confortable que celui dont je suis en possession en ce moment.
Adieu donc, cher frère; ne me laisse plus languir si longtemps à me donner de tes nouvelles, et quelles que soient tes distractions, fais-y trêve un moment en faveur de ton meilleur ami.

Trompette 5e Hussards, 1807 Trompette, 5e Hussards, 1809-1812 Trompette 5e Hussards, 1808 Trompette 5e Hussards, 1807
Trompette du 5e Hussards en grande tenue, 1807, d'après P. Benigni pour Bucquoy (Fanfares et Musiques des Troupes à cheval). La source indiquée est Berka et Collections Alsaciennes
Trompette du 5e Hussards, 1809-1812, d'après R. Forthoffer, Fiche Documentaire 179 (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer)
Trompette, 1808, d'après Herbert Knötel, Napoleonic Uniforms
Trompette en grande tenue, d'après Klaus Tohsche; la source est le dessin de P. Benigni

A Charles de la Bédoyère à Milan.
Je ne puis t'exprimer, mon ami, tout le plaisir que m'a fait éprouver ta bonne et aimable missive. Ce souvenir de ta part était la meilleure preuve de ton constant attachement payé d'un retour bien sincère; j'eusse pris même cette initiative, mais ayant appris que tu avais quitté le 11e Chasseurs sans connaître ta nouvelle destination, j'attendais fort impatiemment que tu m'en informasses.
Te voilà donc aide de camp du prince Eugène; tu ne pouvais certes avoir un meilleur patron, tant par sa haute position et ses talents militaires que par ses qualités personnelles que je puis d'autant mieux apprécier qu'il n'a point oublié l'intimité qui existait entre nos deux familles avant la Révolution et les premières impressions de notre enfance.
Tout ce que tu me dis sur la cour de la Vice-reine, son entourage, cette belle ville de Milan et les fêtes qui s'y donnent, est rempli d'intérêt et ne fait qu'augmenter ma satisfaction de te voir placé dans une sphère si analogue à ton caractère ; aussi je ne doute nullement de tes succès et du brillant avenir qui t'est réservé.
Il paraît, au reste, que la fortune sourit aux Gendarmes d'ordonnance, en voyant le comte de Montmorency attaché à la Maison militaire de l'Empereur, D'Arberg chambellan, Carion de Nisas colonel de dragons, Sourdis chef d'escadron des mameluks, d'Albuquerque aide de camp du maréchal Lannes, De Vence attaché à Murat, d'Aremberg officier d'ordonnance de l'Empereur, d'Albignac colonel aide de camp du roi de Westphalie, Norvins de Montbreton qui a quitté le sabre et est maintenant magistrat, et tant d'autres plus ou moins avantageusement placés. Quant à moi, j'ai cru devoir, quoique bien à regret, remercier le général Suchet de l'honneur qu'il me faisait en me proposant d'être son aide de camp, lui objectant que la manière spéciale dont l'Empereur m'avait nommé si publiquement adjudant-major au 5e régiment de Hussards m'imposait le devoir d'en remplir l'emploi. C'est aussi ce que je fais avec zèle et entraînement, ce dont mon colonel parait satisfait par les marques de bienveillance dont je suis l'objet. Ce poste, comme tu sais, demande beaucoup d'activité et une certaine réserve; jusqu'à présent, j'ai lieu de croire avoir réussi par l'affection que me témoignent mes camarades.
La ville que nous occupons en ce moment est si bien habitée, que les fêtes s'y succèdent, malgré les charges imposées au pays qui ne doit être évacué qu'après le payement intégral des subsides de guerre ; il est vrai de dire que l'Empereur, par une décision bienveillante, vient d'ordonner que tout ce qui serait fourni en nature ou en argent compterait en défalcation. En conséquence de cette décision, des états bien en règle, visés par les chefs de corps et approuvés par un commissaire des guerres, devenaient les pièces comptables des autorités civiles du pays. Une autre décision non moins importante, qui prouve combien l'Empereur s'occupe du bien-être de ses troupes, c'est la gratification accordée à chaque gradé pendant tout le temps que nous séjournerons en Prusse (toujours en défalcation de ce que doit payer cette puissance), ce qui double nos appointements et nous permet de vivre d'une manière tout fait luxueuse et profitable au commerce du pays.
Je pourrais te donner quelques détails sur une fête que les officiers du régiment ont donnée aux dames de la ville et qui a duré quarante-huit heures; mais je craindrais de ta part un sourire dédaigneux en pensant que tu es au milieu d'une population où les passions sont toujours en ébullition et le plaisir de tous les instants. Mais, je préfère te donner une idée des jouissances refusées aux douceurs du climat de l'Italie et dont nous usons amplement : ce sont les courses en traîneaux, la chasse aux loups et aux sangliers que nous faisons en grands seigneurs, c'est-à-dire avec des meutes superbes et l'assistance des paysans.
Le résultat de notre dernière excursion a été deux sangliers, trois loups, un renard et deux lièvres. Cette belle journée, dirigée par le jeune comte de Mohlendorff, s'est terminée par un banquet vraiment royal, offert dans sa belle résidence, où se trouvaient réunies bon nombre de femmes remarquables par leur beauté, leur élégance et surtout leurs gracieuses manières, ce qui prouve que chaque pays a ses spécialités et que tout git dans la manière de les apprécier.
Certes, lorsque nous combattions les armées prussiennes, prétendues invincibles, nous étions loin de prévoir d'aussi heureux résultats, bien que la victoire nous fût assurée par le génie qui nous guidait; mais, trouver chez le vaincu l'aménité et toutes les douceurs de l'hospitalité, c'est une surabondance de vertus qui fait l'éloge des Prussiens, si toutefois la crainte n'en est pas le mobile. Au reste, quoi qu'il en soit, le mieux est de jouir du présent sans s'occuper de l'avenir, et, à cet égard, nous pouvons nous flatter de remplir dignement cette mission.
Ton ami de cœur.

Trompette 5e Hussards, 1807-1809
Trompette 5e Hussards, 1808
Trompette 5e Hussards, 1807-1809
Reconstitution de l'uniforme de Trompette entre 1807-1809 d'après Rigo, Le Plumet, planche 9
Schémas de synthèse de l'uniforme des Trompettes du 5e Hussards en 1808, d'après Klaus Tohsche sans indication de source
Trompette d'après S. Palatka, visiblement basé sur la planche de Rigo

 

17e année 04 page 111
Habit de Trompette, 5e Hussards
Habit de Trompette du 5e Hussards; in Le Passepoil N°4 de la 17e année, page 111
Dessin de la Collection Knötel à Rastatt, tiré de l'article du Passepoil
Trompette reconstitué par Rigo, qui s'appuie sur l'habit précédent (Le Plumet, planche 185)
Habit trompette 5e Hussards Habit trompette 5e Hussards Habit trompette 5e Hussards
Le même habit aujourd'hui (communication d'un de nos correspondants)
Détails
Habit trompette 5e Hussards
Habit trompette 5e Hussards
Habit trompette 5e Hussards
Habit trompette 5e Hussards
Habit de face (Encyclopédie des Uniformes Napoléoniens)...
... Et de dos
Bonnet de police et détail du parement
Détail du collet
Habit trompette 5e Hussards Habit trompette 5e Hussards Habit trompette 5e Hussards Habit trompette 5e Hussards
Parement en pointe Poche en long d'intérieur de basques Poches à la Soubise Retroussis de l'habit

Trompette 5e Hussards 1808-1812
Trompette 5e Hussards, 1808-1809
Trompette 5e Hussards, 1808-1809
Trompette 5e Hussards, 1807-1808
Trompette du 5e Hussards, 1808-1812, d'après R. Forthoffer, Fiche Documentaire 179 (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer)
Trompette du 5e Hussards en 1808-1809, d'après la planche 154 du Manuscrit de Marckolsheim publié par R. Forthoffer (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer)
Notre dessin, réalisé en 1992, sur la base du précédent (D R)
Trompette du 5e Hussards, petite tenue, 1807-1808, d'après H. Boisselier; la source indiquée est H. Knötel (N° 151). Collection H. Achard, avec l'aimable autorisation de Mr C. Achard
Trompette 5e Hussards, 1808
Trompette 5e Hussards, 1808
Trompette 5e Hussards, 1808 Trompette 5e Hussards, 1809
Trompette des compagnies ordinaires du 5e Hussards vers 1808-1809 par Boisselier, Musée de la figurine historique de Compiègne (In : "Trompettes de cavalerie")
Trompette du 5e Hussards en 1808-1809, d'après la planche 154 du Manuscrit de Marckolsheim publié par R. Forthoffer, version allemande (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer)
Trompette du 5e Hussards en 1808-1809, d'après Klaus Tohsche; la source est Forthoffer
Trompette, petite tenue, 1809, d'après Herbert Knötel, Napoleonic Uniforms

 

Officier 5e Hussards
Officier 5e Hussards
Officier (?) du 5e Hussards vers 1807-1809, d'après W. Kobell : "Tableau général de la cavallerie françoise"; à côté, la même planche, non mise en couleur (Copyright Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library - avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington)

 

Compagnie d'élite 5e Hussards
Compagnie d'élite 5e Hussards
Compagnie d'élite du 5e Hussards vers 1807-1809, d'après W. Kobell : "Tableau général de la cavallerie françoise"; à côté, la même planche, non mise en couleur (Copyright Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library - avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington)
Compagnie d'élite 5e Hussards
Compagnie d'élite 5e Hussards

 

Compagnie d'élite 5e Hussards
Compagnie d'élite (?) du 5e Hussards vers 1807-1809, d'après W. Kobell : "Tableau général de la cavallerie françoise"; à côté, la même planche, non mise en couleur (Copyright Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library - avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington)

Compagnie d'élite 5e Hussards

Officier Cie d'élite 5e Hussards, 1806
Officier 5e Hussards, 1807
Officier, Compagnie d'élite, 1806, d'après Louis Vallet (1856-1940) : "Le chic à cheval : histoire pittoresque de l'équitation"; Bibliothèque nationale de France, département Sciences et techniques, FOL-V-2504 (1)
Officier du 5e Hussards en tenue de campagne, 1807, d'après Bucquoy (La cavalerie légère)

 

5e Hussards
Hussard du 5e Hussards vers 1808-1809, d'après W. Kobell : "Tableau général de la cavallerie françoise" Musée de l'Armée
Autre vue de cette même planche

 

Maréchal des Logis chef porte aigle, 5e Hussards, 1807 Sous officier 5e Hussards, 1808-1812
Maréchal des Logis chef porte aigle, 1807, d'après L. Rousselot, "Soldats d'autrefois", série 2. Collection de l'auteur.
Sous officier du 5e Hussards, 1808-1812, d'après R. Forthoffer, Fiche Documentaire 177 (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer)

Le colonel Dery, cité pour plusieurs actions d'éclat, jouissait à l'armée d'une brillante réputation et joignait à cela une véritable passion pour son régiment, avec un désintéressement et une loyauté peu commune. Fier de la réputation qu'il avait acquise dans cette dernière campagne, il n'avait qu'un but, qu'une pensée de tous les instants : c'était de faire du 5e Hussards le plus beau corps de l'armée, bien qu'il en fût déjà le plus élégant par son brillant uniforme, et, à cet effet, il voulait employer les 40000 francs dont l'avait gratifié l'Empereur, et y joindre aussi les économies consiérables qu'il était parvenu à réaliser pendant la campagne, où les réquisitions s'étaient faites dans l'armée d'une manière peu morale.
Depuis la paix, des ordres très sévères avaient fait cesser ces profits illicites dont plusieurs généraux avaient largement profité.
L'Empereur, ainsi que je l'ai dit, avait, sur les subsides de guerre, accordé un supplément de solde aux officiers, mais aussi déterminé des gratifications aux régiments qui avaient le plus souffert. De ce nombre était la brigade du général
Pajol qui fut désignée pour 80000 francs; déjà le 7e Hussards avait touché son indemnité, lorsque le colonel Dery réclama celle de son régiment; on ne lui envoya qu'un bon de 25 000 francs. Surpris de ce mécompte, il refusa de recevoir cette somme, et, sans avoir égard à ses justes réclamations, deux mois s'écoulèrent sans entendre parler de rien; puis, survint notre départ pour quitter le corps d'armée dont nous faisions partie. Ce fut alors que le colonel prit la détermination de m'envoyer à Berlin, près de M. Daru, trésorier général de l'armée. J'en reçus un accueil d'autant meilleur qu'avant mon entrée au service, lorsque j'étais à Paris, j'allais fort assidûment aux soirées dansantes que donnait son épouse.
En prenant lecture de la lettre du colonel, je m'aperçus non seulement de sa surprise, mais aussi de son mécontentement.. «Avez-vous, me dit-il, le bon de 25000 francs ? Le voilà, Monsieur, lui dis-je, en le lui présentant. Veuillez me le confier et surtout gardez le silence sur la gravité de cette affaire; je vous assure d'avance le payement intégral des 40000 francs; mais, auparavant, il faut que j'écrive au payeur divisionnaire de Breslau ; vous resterez ici jusqu'au retour de sa réponse. Je vous présenterai au maréchal Victor afin que vous assistiez aux fêtes qui doivent avoir lieu pour l'arrivée de son épouse, et je vous prie de vous rappeler que, pendant votre séjour, votre couvert sera toujours mis à la table de Mme Daru qui sera charmée de vous revoir.»
En effet, pendant le temps que je restai à Berlin, j'eus aussi l'honneur de diner chez M. le maréchal et j'assistai comme témoin fort actif aux trois bals magnifiques qui furent donnés l'un par lui, un autre par Mme Daru et le troisième par le comte de Moltke, un des plus grands seigneurs de ce pays, où se trouvèrent réunies tout ce que Berlin renfermait de personnes les plus marquantes de cette belle capitale. Le dixième jour, je me remis en route pour le régiment avec les 40000 francs, et nous apprîmes peu après que le payeur avait été suspendu. Lorsque je fus prendre congé du maréchal Victor, il m'annonça que le 5e Hussards avait été sur le point d'aller en Espagne, mais que, par une nouvelle disposition, il devait très incessamment retourner en Silésie. Cette nouvelle attrista beaucoup le régiment et peut-être encore davantage les habitants avec lesquels nous avions été pendant près de deux mois dans des rapports tellement intimes qu'il ne se passait pas de semaine sans bals ou soirées des plus animés, et que la Légion polonaise, qui devait nous remplacer, était loin d'offrir les mêmes sympathies
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

A noter qu'en 1807, un 5e Escadron est crée à titre de Dépôt dans chaque Régiment.

Uniformes, 5e Hussards, 1808
Uniformes du 5e Hussards en 1808, d'après Lucien Rousselot (L'Armée française, planche 57)
Uniformes du 5e Hussards en 1808, d'après Klaus Tohsche; la source est Rousselot
Uniformes du 5e Hussards en 1808, d'après Klaus Tohsche; type basé en partie sur les fiches documentaires de R. Forthoffer

- Espagne (1807)

Le 16 octobre 1807, l'Empereur écrit depuis Fontaineblau au Général Clarke, Ministre de la Guerre :
"ORDRES CONCERNANT LA FORMATION D'UNE RÉSERVE GÉNÉRALE DE CAVALERIE.
Monsieur le Général Clarke, vous donnerez des ordres pour qu'il soit formé une réserve générale de cavalerie, composée de régiments provisoires.
Elle sera organisée de la manière suivante :
(...) 4° Une brigade de hussards, commandée par un général de brigade et composée de la même manière que les précédentes;
1er régiment : 120 hommes de chacun des 2e, 3e, 4e et 5e de hussards; total, 480 hommes; 2e régiment : 120 hommes des 7e, 8°, 9e et 10e hussards ; total, 480 hommes.
Cette brigade de hussards se réunira à Compiègne.
Vous donnerez des ordres pour que, sans délai, les compagnies qui doivent former chaque régiment soient organisées et mises en marche. Vous choisirez vous-même les majors qui doivent commander les régiments provisoires. Le procès-verbal de formation de chacun des détachements vous sera envoyé, et vingt-quatre heures après ces détachements seront en marche.
S'il est des corps qui ne puissent pas fournir les détachements aussi forts que je les demande, ils les feront partir sur-le-champ aussi forts qu'ils pourront les fournir; il ne faut pas cependant qu'ils soient moindres de 80 hommes, et vous donnerez des ordres, après vous être concerté avec le ministre Dejean, pour que ces régiments soient mis à même d'acheter des chevaux et des selles pour compléter promptement leur nombre.
NAPOLÉON
" (Correspondance militaire de Napoléon 1er, extraite de la Correspondance générale et publiée par ordre du ministre de la guerre. Tome 5. Lettre 949. D'après la copie. Dépôt de la guerre; Correspondance de Napoléon Ier. Tome 16, lettre 13259). L'organisation prévue par l'Empereur est la suivante : "Chaque régiment sera commandé par un major de l'un des régiments, par un adjudant-major et deux adjudants sous-officiers, choisis de manière que deux officiers ne soient pas fournis par un même régiment; le détachement fourni par chaque régiment sera composé d'un capitaine, d'un lieutenant, de deux sous-lieutenants, d'un maréchal des logis chef, de quatre maréchaux des logis, de six brigadiers, de deux trompettes, d'un maréchal ferrant, et le reste de soldats" (même source - donné également par le capitaine A. Grasset : La guerre d'Espagne (1807-1813). Tome 1).

Le 5 novembre, l'Empereur ordonne la création d'un Corps d'Observation des Côtes de l'Océan, qui doit englober la Division de réserve de cavalerie. De là, ce Corps devient l'Armée des Côtes de l'Océan, où doivent se concentrer les différentes unités.

Le 11 novembre 1807, l'Empereur écrit depuis Fontainebleau au Général Clarke : "... Vous donnerez également l'ordre, par courrier extraordinaire, aux quatre brigades de cavalerie de réserve, cuirassiers, dragons, chasseurs et hussards, de se mettre en marche par la route la plus droite sur Bordeaux; là, ces quatre brigades seront formées, au lieu de l'être à Orléans, Tours, etc. Vous ne leur accorderez pas de séjours; vous leur recommanderez d'activer leur marche le plus possible. Le général Grouchy et les autres généraux qui commandent ces brigades se rendront à Bordeaux pour les y former ..." (Correspondance de Napoléon Ier. Tome 16, lettre 13344).

D'après l'intinéraire de l'Armée des Côtes de l'Océan, le 1er Régiment Provisoire de Hussards qui comprend 1 Compagnie du 5e Hussards, forte de 80 hommes, doit être réuni à Compiègne pour le 20 novembre, et être rendu à Bordeaux le 12 décembre (capitaine A. Grasset : La guerre d'Espagne (1807-1813). Tome 1).

Le 6 décembre, l'Empereur écrit depuis Venise au Général Clarke, Ministre de la Guerre :
"... La brigade de dragons et la brigade de hussards feront partie du corps d'observation des côtes de l'Océan...
Le maréchal Moncey aura le commandement en chef du corps d'observation des côtes de l'Océan; cela sera tenu secret aussi longtemps que possible ...
" (Correspondance militaire de Napoléon 1er, extraite de la Correspondance générale et publiée par ordre du ministre de la guerre. Tome 5. Lettre 965; Correspondance de Napoléon Ier. Tome 16, lettre 13378).

Guy Demoulin donne l'effectif des deux Régiments provisoires de Hussards en décembre 1807, destinés à l'occupation "pacifique" de l'Espagne. Le premier totalise 10 Officiers et 358 hommes provenant des dépôts des 1er, 3e, 4e et 5e Hussards. Ces deux corps provisoires seront peu à peu amalgamés dans les Régiments de Hussards "classiques" qui passeront la frontière afin de se battre dans la péninsule.

Le 21 décembre 1807, Maurice de Tascher, Lieutenant au 12e Chasseurs, note dans son journal : "Goûté le bonheur si pur, si désiré de revoir Sainvilliers, lieutenant au 5e hussards. Son coeur est resté le même. Que je suis heureux d'avoir un ami ! Il vient de Namur, va en Portugal (note : Armée de Junot de 20000 hommes. Nous avions envahi le Portugal avec les troupes de l'Espagne, notre alliée) et a obtenu de gagner quelques jours sur la route pour voir ses parents. Que de choses deux amis ont à se dire ! Passé ensemble depuis 6 heures du soir jusqu'à 4 heures du matin. A 4 heures, il part pour Orléans d'où il doit rejoindre son régiment à Tours" (M. de Tascher : Le journal de campagne d'un cousin de l'Impératrice, 1806-1813).

 

Officier, cie d'élite, 5e Hussards 1808 Cie d'élite 5e Hussards 1808
Officier, Compagnie d'élite du 5e Hussards en 1808, d'après Collections Alsaciennes; collection Claude Achard, avec son aimable autorisation
Hussard, Compagnie d'élite du 5e Hussards en 1808, d'après Collections Alsaciennes; collection Claude Achard, avec son aimable autorisation

 

i/ 1808 - Grande Armée

 

- 3e Régiment provisoire de Hussards

Le 12 janvier 1808, l'Empereur ordonne "la formation d'une division de réserve de cavalerie qui doit être réunie à Poitiers le 1er février 1808.
Cette division sera composée de deux brigades, chacune de deux régiments ...
La 2e brigade sera composée d'un régiment provisoire de chasseurs et d'un régiment provisoire de hussards ...
Le régiment de hussards sera composé de six compagnies qui seront tirées, par détachements, des 1er, 4e, 2e, 3e, 5e, 7e, 8e, 10e et 9e régiments de hussards
" (E. Picard, L. Tuetey : Correspondance inédite de Napoléon Ier, conservée aux Archives de la guerre. T. II. 1808-1809; lettre 1516).

Dans un 2e document daté du 12 janvier 1808 :
"COMPOSITION DE LA DIVISION DE RÉSERVE DE CAVALERIE QU SE RÉUNIT A POITIERS LE 1er FÉVRIER PROCHAIN.
Cette division sera composée de deux brigades, chacune de deux régiments : ...
La 2e brigade, d'un régiment provisoire de chasseurs et d'un régiment provisoire de hussards ...
Le régiment de hussards sera composé de six compagnies, savoir : ...
4e compagnie : un détachement de 100 hommes du 5e de hussards et un de 40 hommes du 7e ...
Total de ce régiment provisoire 810 hommes
" (E. Picard, L. Tuetey : Correspondance inédite de Napoléon Ier, conservée aux Archives de la guerre. T. II. 1808-1809; lettre 1517).

Dans la Giberne (2e année, N°6, page 191), il est indiqué : "le 13 janvier parait un décret portant création d'un 3e régiment de hussards provisoire. par ordonnance du 10 mars suivant, ce régiment fut formé à Saint-Omer, et composé de 680 hommes tirés des 1e, 2e, 3e, 4e, 7e, 8e, 9e et 10e régiments de hussards". Remarquons que le 5e ne figure pas dans la liste des Régiments prévus pour l'organisation du 3e Provisoire. Est-ce un oubli de L. Fallou ou bien un changement par rapport à ce qui était initialement prévu ? L. Fallou ajoute ensuite : "Il resta attaché au camp de Boulogne jusqu'en 1812, époque à laquelle il fut licencié et ses compagnies réparties entre les régiments de l'armée".

- Cantonnements en Silésie

L'Empereur envoie en janvier à la Brigade Pajol l'ordre de se rendre en Silésie dans le commandement du Maréchal Mortier.

Le Général de Division Fauconnet passe le 5 février à Namur l'inspection du Dépôt du 5e Hussards. L'effectif du Régiment est alors de 43 Officiers, 937 hommes et 1086 chevaux. Les Escadrons de guerre comptent 31 Officiers, 712 hommes et 801 chevaux. L'inspecteur admire la beauté des chevaux du Dépôt et trouve la caisse du Corps bien pourvue d'argent. Il réforme les vieux sabres. Le Major Martel est félicité par lui pour la bonne direction imprimée au Dépôt.

 

- Armée du Rhin à Erfurth

Hussard, 5e Hussards, 1808
Hussard, 5e Hussards, 1808
Hussard du 5e Hussards (sans date mais après 1807), d'après Martinet, planche 11, type 3.

Hussard du 5e Hussards (sans date mais après 1807), d'après Martinet, planche 11, type 3 (donné par G. Dempsey; Collection A. S. K. Brown).

Hussard du 5e Hussards en 1808, d'après Richard Knötel, Uniformenkunde, Volume 11, planche 33 ; source indiquée : Martinet
Hussard, 5e Hussards, 1808 Hussard, 5e Hussards, 1808
Hussard du 5e Hussards (sans date mais après 1807), d'après Martinet, planche 11, type 2. (Copyright Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library - avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington)
Hussard du 5e Hussards (sans date mais après 1807), d'après Martinet, planche 11, type 2. Collection privée. Donné dans Gloire et Empire N°40
Schéma tiré de la collection Knötel, Rastatt (le document est titré : "1804-1812 - Husaren - Czakos u. Säbeltaschen (nach Martinet)" et porte au bas la mention R. Knötel 31 März 1902")
Hussard, 5e Hussards, 1808-1812 Hussard, 5e Hussards, 1808-1812
Schéma de synthèse d'après H. M. Brauer (Uniformbogen/Heere und Tradition N°92)
Hussard du 5e Hussards (sans date mais après 1807), d'après Martinet, planche 11, type 3.
Hussard du 5e Hussards, 1808-1812, d'après R. Forthoffer, Fiche Documentaire 178 (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer)

Le 5e Hussards et la Brigade Pajol partent le 19 février de Landsberg.

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"L'avant-veille de notre départ, nous fîmes nos adieux à la ville en donnant un dernier bal aux beautés qu'elle renfermait, bien certains qu'il y aurait quelques larmes amères répandues en souvenir de la pelisse blanche.
Dès la pointe du jour du 19 février 1808, nos trompettes firent entendre le signal du départ. Une cavalcade des habitants de la ville nous accompagna pendant quatre lieues jusqu'à une superbe verrerie, où nous trouvâmes un splendide déjeuner, dernier témoignage de l'affection que la bonne conduite du régiment s'était attirée.
Tel fut le terme de nos relations avec cette bienveillante population, au milieu de laquelle nous venions de passer deux mois d'une manière bien certainement plus agréable que dans la meilleure garnison de France.
Le second jour de notre marche fut marqué par un incident dont je crois devoir retracer le principe comme souvenir historique. Il est peu de régiments qui n'aient àtransmettre des antécédents plus ou moins intéressants qui deviennent ordinairement le sujet des conversations des corps de garde et des bivouacs et, de cette manière, se perpétue aussi bien que s'écrit l'histoire.
L'on sait, par exemple, que les hussards datent du règne de Louis XV et que les trois premiers régiments furent crées par les comtes de Bcrcheny, de Chamboran et le prince d'Esterhazy, seigneurs hongrois qui les formèrent à leurs frais et dont les hommes furent pris dans leurs seigneuries auxquels ils donnèrent le costume national de leur pays; plus tard, les autres furent assez généralement composés d'Alsaciens et de Lorrains. Le 5e formé peu de temps avant la Révolution par le duc de Lauzun, prit le nom de son fondateur et dut à l'infortunée Marie-Antoinette son brillant uniforme qu'il conserva jusqu'à la Restauration. Mais, sous l'Empire, il fut ordonné, au grand mécontentement des hussards, de supprimer la queue et les cadenettes, coiffure à laquelle ils tenaient essentiellement et dont on n'obtint que difficilement la suppression par la résistance des colonels qui regardaient cet ornement comme inhérent à la tenue. Le 5e Hussards fut le dernier régiment qui fut contraint de se soumettre. Plusieurs fois, sur le point de faire exécuter cet ordre, le colonel avait cédé au chagrin de la troupe; mais une dernière injonction formelle du ministre de la Guerre ne permettant plus de différer davantage, il fallut céder à la nécessité, et à cet effet, je proposai au colonel d'en finir tout d'un coup sans laisser aux hussards le temps de la réflexion ; il adopta mon idée qui eut un plein succès. Ordinairement notre marche était partagée par une halte plus ou moins longue pour laisser reposer les chevaux et les ressangler : ce fut ce moment-la qui fut choisi.
Le régiment, pied à terre, la bride dans le bras gauche, reçut le commandement de mettre le sabre à la main et de faire par le flanc droit; puis, dans cette position, l'ordre fut donné à chacun de couper la queue de son chef de file ; cette exécution se fit spontanément et d'une manière si prompte et si inattendue qu'en moins de quelques minutes, huit cents queues restèrent sur le terrain que nous abandonnâmes aussitôt sans laisser aux hussards la faculté de faire leurs adieux à un ornement auquel ils tenaient tant. Le soir ils n'y pensaient plus, et la coiffure à la Titus devint pour toujours celle des hussards du régiment
.
Deux jours après, nous arrivâmes à la petite ville de Gurhau occupée par le 3e Hussards, sous les ordres du colonel Laferrière-Lévêque. Le soir, les deux régiments fraternisèrent avec tout l'abandon de frères d'armes heureux de se rencontrer. Accaparé par mes collègues, les deux adjudants-majors et le capitaine Lantivy, un de mes amis, ils parvinrent à me faire déroger à mes habitudes en me faisant boire outre mesure, par suite des nombreux toasts auxquels il fallait répondre et qui finirent par me faire succomber. Reconduit dans mon gîte, déshabillé et mis dans un lit, un sommeil léthargique s'ensuivit, jusqu'à la pointe du jour, qui fut troublé par un mouvement saccadé, au pied de mon lit, dont je ne pouvais me rendre compte; inquiet et conservant la conscience de ma soirée bachique, dans laquelle cependant je n'avais pas tout à fait perdu la raison, je sentais que mon lit s'agitait par une cause extraordinaire ; alors, m'empressant d'écarter les rideaux, quelles ne furent pas ma surprise et ma stupéfaction de voir un corps humain suspendu à un piton dans le plafond, qui se balançait en raison des mouvements que l'agitation du vin me faisait faire sur ma couche. Enfin, ne pouvant plus douter d'un fait aussi inexplicable, allongeant la main jusqu'au pied du lit, j'acquiers la convictionqu'un corps est là, suspendu sans vie : je crie, j'appelle mon hussard qui recule d'effroi en voyant mon compagnon de nuit.
Cependant la maison est bientôt en l'air et remplie par les voisins qui témoignent leur douleur, mais non leur surprise, de ce fatal événement qui devient aussitôt public. Ce malheureux était le pasteur de l'endroit, chez lequel je logeais. Attaqué d'une maladie chronique, il avait tenté plusieurs fois de se détruire, mais la surveillance avait jusqu'alors mis obstacle à ses funestes projets.
Il paraît constant que, pendant la nuit, profitant d'un moment favorable à ses desseins, il avait pensé que ma chambre était le lieu le plus convenable, et peut-être même ayant été témoin de ma rentrée, avait-il jugé qu'il ne trouverait aucune opposition de ma part puisque j'étais complètement étourdi par le vin; tant est que ce malheureux était passé de vie à trépas; une corde en forme de nœud coulant était autour de son col; il avait dû monter sur mon lit pour la passer dans le piton placé au plafond, et se laissant pendre de tout son poids, il avait été étouffé aussitôt. Je fus sur-le-champ chez le commandant de place lui faire le récit de cette funeste catastrophe; un procès-verbal fut dressé et l'affaire terminée, mais j'emportai un souvenir ineffaçable de cette lugubre et terrible aventure. Le surlendemain, en arrivant à Breslau, j'accompagnai le colonel chez le maréchal Mortier, afin de connaître les nouveaux cantonnements qui nous étaient destinés mais, ne pouvant nous-y établir avant qu'ils ne fussent évacués par les troupes qui les occupaient, nous dûmes séjourner en ville, fâcheuse circonstance, ainsi qu'on va le voir, et qu'on aurait pu éviter en nous faisant rester à Wolhau où nous avions couché la veille.
Ce séjour fut malheureusement marqué par une rixe de cabaret dont les résultats furent des plus funestes et sur le point de l'être encore davantage : quatre grenadiers furent tués, trois portés à l'hôpital dans le plus triste état, ainsi qu'un pontonnier et un artilleur; six hussards furent aussi blessés très grièvement et un tué.
Lorsque j'arrivai sur le lieu de cette scène déplorable, le combat était près de recommencer avec d'autant plus d'acharnement qu'il arrivait des soldats de différents régiments et que plus de cinquante hussards étaient accourus. Enfin, avec l'aide de plusieurs officiers, nous parvînmes à faire rentrer chacun dans ses quartiers et de fortes patrouilles circulèrent pour maintenir l'ordre et la tranquillité.
Mais, pendant cet événement et par une véritable fatalité, il s'en passait un autre non moins funeste, qui pouvait avoir les suites les plus désastreuses. Un officier de dragons, jouant au billard avec le lieutenant Pierre, de la compagnie d'élite du 5e Hussards, lui ayant tenu un propos insultant sur la discussion d'un coup, celui-ci en exigea sur-le-champ une satisfaction dans le café même ou la dispute avait eu lieu. L'officier de dragons, percé de part en part d'un coup de pointe, expira sur-le-champ; quatre de ses camarades voulurent le venger et défièrent les officiers du régiment : les sabres furent aussitôt tirés et les adversaires se placèrent vis-à-vis les uns des autres en travers du billard, déjà même ils se portaient des coups qui n'eussent pas tardé à devenir funestes, lorsqu'un détachement d'infanterie qu'on avait été chercher, vint séparer les combattants; presque en même temps, le général Lahoussaie et les colonels Dery et Lamothe qui se promenaient sur la place, informés de ce triste et malheureux événement, se transportèrent aussitôt au café où leur présence produisit le meilleur effet.
Des explications eurent lieu à la suite desquelles les officiers de dragons eux-mêmes furent obligés de reconnaître que leur infortuné camarade avait été l'agresseur.
La paix fut faite et l'on emporta le corps sanglant et inanimé de ce malheureux jeune homme qui s'était attiré cette terrible punition.
Dans la nuit même, partit le régiment afin d'éviter de nouvelles collisions
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

Hussard, 5e Hussards, 1806
Hussard du 5e Hussards en manteau, 1806, d'après Bucquoy (La cavalerie légère)

Le 5e Hussards et la Brigade Pajol arrivent à Glogau le 25 et s'y arrêtent deux jours.

Le 5e Hussards et la Brigade Pajol continuent leur route par Polkevitz et Parchwitz et arrivent à Breslau. Le Général Félix Dumay, Gouverneur de la Silésie, passe le 11 mars dans cette ville une revue des quatre Régiments de la Brigade Pajol. Il écrit au Ministre de la guerre qu'il a trouvé cette Brigade si magnifique qu'il l'aurait jugée plutôt sur le point d'entrer en campagne que venant de faire la guerre et de subir les fatigues de longues marches.

Le 17 mars, l'Empereur est informé que "Des militaires isolés de la légion du Nord, passée au service du grand-duché de Varsovie, se sont présentes, à Landsberg, au colonel du 5e régiment de hussards, et lui ont demandé à entrer dans ce corps, se fondant sur ce qu'étant nés Français ils devaient jouir de la faculté laissée à leurs officiers de reprendre du service en France", ce que Napoléon accorde (E. Picard, L. Tuetey : Correspondance inédite de Napoléon Ier, conservée aux Archives de la guerre. T. II. 1808-1809; lettre 1718).

La Brigade part de Breslau et se dirige par Olau et Brieg sur Oppeln d'où ses Régiments sont dirigés sur leur destination définitive. Le 5e Hussards a un Escadron cantonné à Gross-Strelitz où se trouve le quartier général de la Brigade, un second à Leschnitz et les autres à Ujest.

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"Grosstrelitz, 20 mars.
Si vous voulez bien, mon père, jeter un coup d'œil sur la carte de Prusse, vous y verrez, par la date de ma lettre, que nous avons quitté notre agréable séjour de Landsberg pour nous enfoncer dans la Silésie où vient de m'arriver une aventure incroyable, bizarre et vraiment extraordinaire et dans laquelle, ce qui va vous surprendre, vous vous êtes trouvé jouer le rôle principal.
Peu de jours après notre arrivée dans nos nouveaux quartiers, envoyé par le colonel pour inspecter les cantonments, je me trouvai logé chez le curé d'Oberglogau. Ce digne pasteur en apprenant mon nom s'empressa de me faire l'accueil le plus cordial et me demanda si j'étais parent ou fils du comte d'EspinchaI, jadis colonel de dragons. Sur ma réponse affirmative : «Soyez le bienvenu, me dit-il ; votre présence ici me cause d'autant plus de satisfaction que je conserve à votre père l'affection la plus vraie, et vous-même, ne m'êtes point étranger, car je vois bien que c'est de vous dont un de mes enfants, qui paraît vous être fort attaché, me parlait dans plusieurs de ses lettres, notamment la dernière datée de Berlin.
Fort intrigué de ce que j'entendais, mes oreilles et mes yeux n'y pouvaient rien comprendre, et cette perplexité eût pu durer, si le bon curé ne s'était empressé de me donner la clé de cette énigme. «Je suis, me dit-il, le marquis de Bombelles. Élevé avec votre père au collège d'Harcourt, nous contractâmes, dès cette époque, une de ces liaisons d'enfance qui pouvait d'autant moins s'effacer qu'il existait entre nos familles les relations les plus intimes.
Nous avons été faits colonels le même jour, en nous mariant, et, au moment de la Révolution, j'étais ambassadeur à Venise. Je donnai ma démission et me retirai à Berlin avec ma famille, sous la protection du roi dont les bontés et les égards ne se sont jamais démentis. Je supportai avec résignation la perte d'une fortune considérable; mais la mort de ma femme, qui me fut enlevée presque subitement, me fut un coup d'autant plus affreux, que je restais avec trois garçons et une fille, sans aucun avenir pour mes malheureux enfants. La religion vint à mon secours ; j'entrai dans les ordres, et la cure où je suis me fut donnée par le roi qui daigna y ajouter une pension de 6000 francs. Mes enfants sont aujourd'hui au service d'Autriche. Louis, l'aîné que vous avez vu à Berlin chargé d'affaires de cette cour, s'est trouvé en rapport avec Napoléon qui lui a donné des marques non équivoques de son estime, en lui proposant pour moi un évêché en France, ce que je n'ai pas cru devoir accepter, préférant finir mes jours au milieu de cette population reconnaissante du peu de bien que j'ai pu lui faire.
Maintenant, mon enfant, ajouta ce respectable pasteur, lorsque vous écrirez à votre père, dites-lui que son vieil ami ne l'oubliera jamais et qu'il vient d'éprouver en ce jour un véritable bonheur.»
Cette rencontre, aussi imprévue qu'extraordinaire, et les détails que je vous en donne vous causeront certainement un bien grand étonnement, mais ce qu'il y a de vraiment intéressant, c'est de voir la gaieté, l'amabilité, l'esprit et la douce piété du bon curé qui jouit dans cette contrée de la plus grande considération.
Contraint de quitter ce toit hospitalier après une résidence de trois jours, je ne voulus pas me séparer de votre digne et respectable ami sans assister aux prières qu'il adresse au dispensateur de toute chose. Cet hommage qui me fut inspiré par le spectacle de ses vertus m'attira de sa part un sourire bienveillant, lorsqu'il m'aperçut dans l'église, après avoir terminé le saint sacrifice de la messe, et, au moment où je pris congé de lui, voulant lui baiser la main, il me serra contre sa poitrine en me donnant sa bénédiction comme il l'eût fait pour son fils.
II me serait difficile de vous dire le temps que nous sommes destinés à passer dans ce pays; ce qu'il y a de certain, c'est que l'Autriche augmentant son armée et semblant faire des préparatifs qui n'ont rien de bienveillant pour nous, il pourrait fort bien arriver qu'une nouvelle lutte s'engageat. Du moins cette pensée est assez générale parmi nos gros bonnets; surtout pour que l'Empereur laisse des forces aussi imposantes en Prusse, il faut croire qu'il n'ait pas une foi bien robuste dans la paix faite avec l'empereur d'Autriche. Quant à moi, je serais charmé de voir rompre la monotonie de notre vie tranquille.
Adieu, mon père; à bientôt.
Près de deux mois s'étaient écoulés dans la vie monotone des cantonnements, lorsque le colonel Dery, réclamant vainement des effets d'habillement et d'équipement d'absolue nécessité, fut informé confidentiellement de la mauvaise administration du dépôt établi à Namur. Il vint en parler au maréchal Mortier qui écrivit aussitôt au ministre de la Guerre pour solliciter l'autorisation d'envoyer un officier avec une mission spéciale à cet égard. La réponse ne se fit point attendre, et ce fut sur moi que le colonel daigna jeter les yeux pour mener à bonne fin cette importante et délicate affaire, à laquelle se joignit celle de faire confectionner à Metz toutes les passementeries nécessaires aux officiers.

Pantalon d'écurie 5e Hussards, 1805-1808
Pantalon d'écurie du 5e Hussards de 1805 à 1808, d'après Rigo in Tradition N°71

Ce fut le 1er mai que je quittai le régiment pour me rendre d'abord à Breslau, où le payeur général, en vertu de l'ordre dont j'étais porteur, solda mes frais de poste pour l'aller et le retour. Je fus ensuite chez le maréchal Mortier qui me remit un volumineux paquet pour le prince de Neuchâtel, m'ajoutant qu'il n'était pas très pressé, ce qui me fit présumer que le service militaire devait entrer pour peu de chose dans cette mission, surtout lorsque la duchesse de Trévise m'en fit une recommandation particulière. Il en résulta cela d'avantageux pour moi qu'un ordre me fut remis pour faire fournir des chevaux de réquisition jusque sur les bords du Rhin, ce qui me fit mettre en poche les frais de poste destinés à un emploi plus agréable. En arrivant à Berlin, un heureux hasard me fit acheter à très bon compte une petite calèche légère et solide, vendue, à l'encan à la mort d'un fournisseur, et par suite de ce même bonheur je rencontrai un de mes anciens camarades des Gendarmes d'ordonnance, le capitaine Montulé, du 2e Chasseurs, se rendant à Liège, à qui j'offris une place. Cette circonstance était d'autant plus singulière que nous avions quitté ensemble la France, en 1806, pour prendre du service.
Sur le siège de la voiture, se trouvait mon hussard de confiance, chargé de faire fournir les chevaux et activer leur course.
Six jours après avoir quitté Berlin, nous arrivâmes à Mayence; et, le 2 juin, j'étais rendu à Namur où ma présence tout à fait inattendue et l'ordre impératif dont j'étais porteur furent très pénibles au major commandant le dépôt. Nous fûmes cependant d'accord en peu d'instants, bien que les termes de la mission du ministre de la Guerre m'aient placé dans une position exceptionnelle mais ce brave et digne officier, peu actif par suite de ses nombreuses blessures et souvent malade, n'avait cependant rien de plus à cœur que de prouver sa sollicitude pour les intérêts du régiment. Il n'en fut pas de même du capitaine d'habillement, et les doutes du colonel n'étaient que trop bien fondés; il avait abusé de la confiance et de la bonne foi du major, car je trouvai un grand désordre et un déficit considérable dans les magasins, et ses livres étaient tenus avec une négligence coupable, qui ne prouvait que trop dilapidation ou incurie impardonnable. Cependant, la répugnance que j'avais à dénoncer un camarade me fit adopter le plan du major, qui lui-même pouvait se trouver compromis par son manque de surveillance. Il m'engagea sa parole qu'il me ferait livrer les effets d'habillement et d'équipement qui devaient être transportés au régiment, dans deux mois, à l'époque de mon retour de Metz et de Paris où j'avais des affaires à terminer. Tout en me rendant à cette promesse, je ne pus dissimuler l'obligation où j'étais de faire un rapport au colonel, promettant cependant de le présenter sous le jour le moins défavorable; mais j'exigeai impérativement l'état réel des magasins au moment de mon arrivée au dépôt, me réservant de le détruire si tout ce que je devais recevoir à mon retour m'était livré et si la tenue des livres était en règle.

Sous lieutenant 5e Hussards, 1808
Sous-lieutenant du 5e Hussards, grande tenue, 1808 (lavis rehaussé d'aquarelle d'Horace Vernet) - In Tradition N°71

"Namur, 5 juin 1808.
Mon colonel,
Je ne vous donnerai pas l'itinéraire de ma route, la manière dont je voyageais ne me laissant guère le temps de faire des observations; je vous dirai seulement, que, grâce aux avantages résultant de la guerre, je me suis trouvé avoir fait 255 lieues, trainé, alimenté, couché, sans autres déboursés que quelque menue monnaie aux postillons pour presser l'action de leurs chevaux et aux servantes des gîtes où je recevais l'hospitalité.
Cela prouve les progrès de la civilisation qui place chacun à la hauteur des circonstances.
Mon entrée à Namur s'est faite le 2 de ce mois, à la pointe du jour. Une heure après, mon apparition subite et si peu prévue par le major produisit l'effet d'une bombe au milieu d'un bivouac, surtout lorsqu'il prit connaissance du rescrit dont j'étais porteur.
J'ai résisté comme de juste à ses pressantes sollicitations d'accepter un appartement chez lui, mais il m'a fallu pour cela une grande force de caractère dont vous apprécierez, j'espère, tout le mérite lorsque vous saurez que j'avais devant moi une femme charmante, tiède encore de la chaleur du lit qu'elle venait de quitter, coiffée d'un madras coquettement posé, d'une tournure leste et dégagée, enveloppée d'une robe de chambre indiscrète qui semblait provoquer les plus vifs désirs. Maintenant, joignez à cette séduisante désinvolture, un regard charmant, vif, mutin, une bouche ravissante appuyant avec les plus vives instances l'offre de son mari. Eh bien ! mon colonel, toutes ces séductions se sont évanouies devant le devoir, bien que la réponse de mes regards démentît celle de mes paroles. Mais, toujours ferme dans mon refus et surmontant les effets de mon admiration, je priai le major de me faire conduire incontinent dans les magasins du régiment.
Je ne puis vous dissimuler que l'ordre aurait pu y être mieux établi, et les confections des différents objets en plus grande quantité. Sur mon observation au capitaine d'habillement, celui-ci me répondit qu'il ne cessait de réclamer du ministre-directeur l'envoi des fournitures arriérées, qu'il attendait plusieurs colis annoncés, et qu'aussitôt reçus, les ouvriers seraient mis à l'œuvre de manière a pouvoir me livrer dans un bref délai les demandes faites en votre nom.
Le capitaine Muller est ce que nous appelons communément une culotte de peau renforcée, dont les moustaches grises prouvent une ancienneté de service fort respectable ; il doit le jour à la cohabitation d'un maréchal des logis et d'une vivandière des hussards de Lauzun.
Comment est-il parvenu au grade qu'il occupe ? C'est une chose complètement inconnue, car sa tournure et ses manières feraient difficilement reconnaitre un officier de hussards, n'était l'uniforme dont il est revêtu; du reste, fort bon homme, de mœurs douces et tranquilles, ayant une femme dont les allures ne laissent aucun doute sur ses antécédents lors de son entrée dans ce monde, et possédant six enfants de la légitimité la moins incontestable, qui grandissent sous la protection de nos étendards.
Loin de moi de vouloir accuser ce vieux troupier de dilapidation, concussion ou mauvaise foi; je l'en crois incapable, même par sa nature; mais il y a négligence et incurie.
L'effet qu'a produit sur lui la connaissance des instructions dont vous m'aviez chargé à son égard et que j'ai cru devoir lui faire connaître, vous assure pour l'avenir un officier d'habillement modèle. Veuillez donc lui conserver son emploi; la crainte de le perdre était la meilleure leçon qu'il pût recevoir, et vous prendrez, j'ose l'espérer, en considération les dix années d'inspection qu'il exerce dans les bottes et la couture. Du reste, je puis vous assurer la plus complète exactitude dans l'ordre dont je suis porteur : toutes vos commandes seront intégralement fournies; d'ailleurs le zèle du brave major en est une garantie qui doit vous rassurer, joint à la ferme volonté de répondre à la confiance dont vous m'avez honoré. Deux mois est l'époque à laquelle je dois recevoir toutes les livraisons qui seront escortées par un détachement de vingt hussards, montés et équipés, avec lequel je rejoindrai le régiment. D'ici là, j'irai à Metz remplir la mission dont vous m'avez chargé, et ensuite à Paris d'où je repartirai aussitôt l'avis du major.
Quant aux autres détails sur le dépôt, vous saurez qu'il y a 250 hussards présents y compris les ouvriers, que la prochaine conscription doit en fournir 415 et qu'avant un mois 380 chevaux de remonte doivent arriver ici; ce qui formera un total de 400 hussards montés, destinés à joindre les escadrons de guerre; ainsi vous aurez, dans quelques mois, plus de 1200 pelisses blanches, avec lesquelles, j'espère, nous ferons de la bonne besogne, si, comme il faut le croire, l'occasion s'en présente.
L'instruction des hommes n'est point en souffrance; leur tenue est parfaite, mais ce qui nuit au bien du service, c'est le séjour dans cette ville de trois dépôts de cavalerie; car, bien que la ville soit grande, les quartiers deviennent insuffisants lorsque les remontes arrivent.
Aussitôt mon arrivée à Paris, j'aurai l'honneur de me présenter chez le ministre de la Guerre ainsi que vous me l'avez prescrit, et j'irai voir le chef d'escadron Perrin dont l'état parait désespéré, ainsi que me l'a dit le major. Je n'oublierai, comme vous devez le penser, aucune de vos commissions vous priant en échange de vouloir bien me rappeler au souvenir de Mme de Schemmichow et de la jolie petite comtesse Tinzin, à qui je n'oublierai pas d'apporter une collection de souliers pour ses petits pieds mignons.
Veuillez aussi avoir l'extrême obligeance de dire à mon collègue Othenin que je lui recommande particulièrement la surveillance de mes chevaux, et qu'avant peu de jours je serai au-milieu de sa famille, qu'il me tarde beaucoup de connaître. Je vous prie aussi d'assurer le général Pajol que je ne manquerai certainement pas de remettre en main propre la lettre qu'il m'a donnée pour sa femme et que je rapporterai à Édouard Colbert ses uniformes si toutefois son tailleur les a confectionnés.
Sur ce, mon colonel, veuillez recevoir la nouvelle assurance de l'attachement et du dévouement que je vous ai voués pour la vie.
HIPPOLYTE D'ESPINCHAL.
PS : J'oubliais de vous dire qu'à mon passage à Breslau j'avais été chargé d'un paquet de la duchesse de Trévise pour Mme de Visconti, fort heureusement adressé au prince de Neuchâtel avec la griffe du maréchal, ce qui a inspiré le respect de la douane".

Huit jours après le départ de ma lettre, j'arrivai à Metz ou je passai cinq jours à faire les commandes relatives à la brillante tenue des officiers, qui durent m'être livrées dans un temps prescrit; puis je m'empressai d'aller rendre visite au général Schwartz auquel avait succédé le colonel Dery, et, bien que n'ayant pas l'honneur d'être connu de lui, j'en reçus l'accueil le plus empressé et il m'entretint fort longtemps sur le régiment qu'il avait commandé pendant cinq ans. Peu de jours après, j'étais à Nancy, reçu dans la famille de mon camarade comme si j'en eusse fait partie, mais, ne pouvant y rester que quarante-huit heures, je pris l'engagement d'y revenir en partant pour l'Allemagne.
Je fis le voyage pour Paris avec d'autant plus d'agrément qu'ayant fait la connaissance du Dr Tissier (de Nancy), homme fort instruit et aimable, il voulut bien, des affaires l'appelant dans la capitale, accepter une place dans ma calèche
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

En juin, le Régiment conserve ses cantonnements sauf l'Escadron placé à Gros-Strelitz qui est porté à Visoka. Le Général Pajol, en congé depuis le commencement de l'année, reprend à la fin de ce mois le commandement de sa Brigade. Il se décide, par suite de la difficulté de faire vivre les hommes et les chevaux, à porter à Sakrau l'Escadron de Visoka et à Klodnitz celui d'Ujest.

Officier, tenue d'été, 5e Hussards,
Officier, tenue d'été, 5e Hussards, 1808
Officier 5e Hussards en Espagne, 1808
Officier, tenue d'été; mannequin du Musée de l'Empéri, Salon de Provence; document tiré de la A. S. K. Brown - avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington (donné également dans la revue La Figurine N°2 de 1975)
Officier, tenue d'été, 5e Hussards, 1806-1812, d'après R. Forthoffer, Fiche Documentaire 180 (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer)
Officier en Espagne, 1808, d'après le dessin 18 du Manuscrit d'Alsace. Document provenant de la Collection Knötel, à Rastatt; dessin signé en apparence W. D. mais en fait R. F. pour Roger Forthoffer (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer)
Officier 5e Hussards en Espagne, 1808
Officier 5e Hussards
Officier en Espagne, 1808, d'après Herbert Knötel, Napoleonic Uniforms
Officier, tenue de ville (été) de fantaisie, d'après Charmy (sans date)
Confederatka d'Officier, 5e Hussards, d'après Louis de Beaufort (Le Briquet 1973, N°1)

Le 23 juin 1808, l'Empereur écrit au Général Clarke pour que ce dernier lui fasse un rapport sur la possibilité de former un Régiment de marche de Hussards, composé de 4 Escadrons de 250 à 300 hommes, tirés des Corps de la Grande Armée (E. Picard, L. Tuetey : Correspondance inédite de Napoléon Ier, conservée aux Archives de la guerre. T. II. 1808-1809; lettre 2035). S'en suit un projet de création d'un Régiment de marche de Hussards sur la base de 425 hommes; le 5e Hussards qui se trouve à la Réserve générale de Cavalerie doit fournir 75 hommes; les renseignements à l'appui du projet indiquent qu'il manque au complet 165 hommes; que le dépôt comprend 89 hommes et 102 chevaux; et que 27 conscrits de 1809 ont été reçus (E. Picard, L. Tuetey : Correspondance inédite Napoléon Ier, conservée aux Archives de la guerre. T. II. 1808-1809; lettre 2037).

Hippolyte d'Espinchal pour sa part arrive à Paris le 25 juin. Il écrit :
"Peu de jours après mon arrivée à Paris, lisant un Journal de l'Empire en déjeunant au café Tortoni, quelle ne fut pas ma surprise de voir ma nomination de chevalier du Mérite militaire de Bavière. Le comte de Lacépède, grand chancelier de la Légion d'honneur, chez lequel je me rendis aussitôt me confirma cette faveur avec l'autorisation de l'Empereur et eut l'obligeance de m'en faire expédier sur- le-champ le brevet.
Le roi de Bavière (Maximilien-Joseph), colonel d'infanterie française avant la Révolution, sous le nom de prince Max des Deux-Ponts, était l'ami particulier de mon père avec lequel il n'avait jamais cessé de correspondre et auquel il avait donné des marques non équivoques de son attachement en plusieurs circonstances. Lorsqu'il apprit que mon frère et moi étions au service, il s'empressa, pour donner à mon père une nouvelle preuve de son affection, de nous honorer tous deux de son ordre militaire
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

Le 11 juillet 1808, l'Empereur écrit au Général Clarke : "Il sera formé une brigade de marche de hussards, composée de deux régiments, savoir :
1er régiment : ... 1 compagnie du 5e régiment de hussards, de 120 hommes .... total du régiment de hussards 540 hommes ...
Ces quatre brigades, faisant ensemble 5.200 hommes, ne partiront qu'après avoir reçu de nouveaux ordres.
Vous enverrez aux dépôts l'ordre de former ces régiments et de les tenir prêts à partir pour leurs dépôts respectifs au 10 août, de manière à être arrivés dans le comté de Hanau ou en Hanovre, selon les lieux où on les réunira, au commencement de septembre.
Le ministre de la guerre, en m'envoyant l'état de ce que ces dépôts peuvent fournir, me fera connaître le nombre de journées de marches que ces compagnies auront à faire pour arriver à Hanau ou en Hanovre
" (E. Picard, L. Tuetey : Correspondance inédite Napoléon Ier, conservée aux Archives de la guerre. T. II. 1808-1809; lettre 2097).

Hippolyte d'Espinchal écrit : "Paris, 14 juillet.
Vous serez bien surpris, mon père, en apprenant que je suis à Paris, rien n'est pourtant plus certain; mais ce qui affaiblit la satisfaction de me trouver dans la capitale, c'est l'impossibilité où je suis d'aller vous voir. J'en ai vainement sollicité la permission près du ministre de la Guerre; il m'a répondu qu'étant dans le cas de recevoir d'un moment à l'autre un ordre subit de départ puisque je ne devais la faveur de mon séjour qu'à la tolérance du prince de Neuchâtel, je ne quitterais donc Paris que pour aller à Metz et Namur, ma mission étant spéciale. Cette contrariété m'est d'autant plus pénible que, probablement, de longtemps, je ne trouverai une circonstance aussi favorable. Ma mission, qui n'a d'autre but que les affaires du régiment, présentait un côté qui me donnait un cauchemar de tous les instants, étant porteur de sommes considérables en billets du Trésor pour effectuer les payements que je dois faire; mais heureusement que M. Récamier m'en a soulagé au moyen d'une lettre de crédit.
Mon arrivée ici a été marquée par un événement tout a fait inattendu et dont, je pense, vous aurez été prévenu avant moi par le roi de Bavière lui-même, puisque c'est à l'affection qu'il vous porte que je me trouve être décoré de son ordre militaire. Cette dernière faveur, jointe à celles dont je suis comblé depuis si peu de temps, me fait supposer qu'en venant au monde, nous sommes sous l'influence d'une bonne ou mauvaise étoile, et qu'à cet effet je pourrais bien avoir fixé la première, surtout en pensant qu'il y a vingt mois j'étais un pauvre garçon battant le pavé, courant les châteaux et les bals, lisant des romans, inutile à moi-même ainsi qu'aux autres et que, depuis cette époque, admis dans la grande famille militaire, je me trouve aujourd'hui avec un grade honorable et trois croix à ma boutonnière. C'est, faut-il l'avouer, un bonheur auquel j'eusse refusé de croire du chiromancien le plus savant, en voyant surtout autour de moi tant de braves et dignes militaires poursuivis par une influence contraire.
Vous devez bien penser que, tout en employant une partie de mon temps aux affaires, j'en réserve une autre au plaisir dont je ne suis pas encore tout à fait assez rassasié pour m'en priver; aussi vais-je beaucoup dans le monde; mais ce qui m'amuse, c'est la surprise d'anciennes connaissances en voyant ma figure ombragée d'une paire de moustaches et mon corps revêtu d'une pelisse éclatante de blancheur, toute resplendissante d'or et embellie par trois décorations ; elles ne se doutent nullement que j'ai parcouru une partie de l'Allemagne avec de valeureux compagnons et que les balles et la mitraille me sont aussi familières qu'une partie de billard. Il y a peu de jours, me trouvant invité à dîner chez l'archichancelier Cambacérès, en compagnie d'une quarantaine de personnes, je me trouvai placé à la gauche du cardinal Maury, aujourd'hui archevêque de Paris, qui me fit toute sorte de prévenances, en se rappelant la courte visite que je lui avais rendue à Monte-Fiascone, en compagnie de Louis de Périgord et Achille de Dampierre. Il parut surpris et me fit compliment sur ma position; mais je puis dire aussi de mon côté que si mon costume tout brodé d'or contrastait singulièrement avec la soutane violette du cardinal, ses manières beaucoup plus cavalières que les miennes produisaient le même effet. J'étais surtout émerveillé de la complaisance de l'estomac de Son Éminence et de la dextérité avec laquelle il engloutissait les vins de toutes espèces, mettant une grande persévérance à vouloir que je l'imitasse, et trouvant fort plaisant qu'un capitaine de hussards rendît les armes à son intempérance. S'apercevant de mon admiration pour ses éminentes qualités, il me dit avec négligence : «Vous trouvez, n'est-ce pas, que j'ai bon appétit et sais faire honneur au succulent repas de l'Archichancelier ? - Ma foi oui, Monseigneur», lui répliquai-je, en riant; il me répondit : «Un bon repas réjouit le cœur, et rappelez-vous toujours que l'homme rassasié vaut mieux que celui qui est à jeun.» Cette sentence, qui m'en promettait d'autres du même genre si l'on ne se fût pas levé de table en ce moment, me fit penser combien il était dommage que le prélat ait adopté le service des burettes au lieu d'un bonnet de grenadier si analogue à ses goûts.
En sortant de chez Cambacérès, je fus à l'Opéra (à cette époque les officiers allaient aux grands spectacles assez souvent en uniforme), et une aventure assez plaisante m'y attendait. C'était une représentation extraordinaire ; toutes les loges étaient garnies des plus jolies femmes de Paris, toutes couvertes de pierreries et de fleurs. Placé à l'avant-scène, je parcourais du regard ce tableau magique, lorsque mes yeux s'arrêtèrent sur une des loges des premières de côté où se trouvaient deux jeunes femmes de la tournure la plus gracieuse et d'une élégance remarquable, accompagnées de deux cavaliers. Ma persévérance à les fixer attira leurs regards et je m'aperçus, avec une véritable satisfaction, que les lorgnettes de ces dames entraient en pourparlers avec la mienne, sans penser que mon costume pouvait bien être le motif d'une simple curiosité. Cependant le sourire qu'on semblait m'adresser, joint aux impressions produites par les suites du succulent diner que je venais de faire, me persuadèrent que je pouvais tâcher sans inconvénient d'exprimer mon admiration pour deux femmes charmantes dont les qualités me semblaient un peu équivoques.
Pendant l'entr'acte, les voyant seules, je ne balançai point à entrer dans leur loge avec l'assurance produite par mon habit et toujours sous l'influence de ma croyance. Mais bientôt s'engagea une conversation dans laquelle on me répondit avec grâce et esprit, n'eussent été certains sourires malicieux.
Le retour des deux cavaliers devenant le signal de ma retraite, j'allais me retirer, lorsque la plus jolie des deux dames m'engagea par mon nom à rester dans sa loge. Fort surpris d'être si bien connu, je commençai à craindre de m'être fourvoyé; mais, bientôt, rassuré par le charmant caquetage de mes deux inconnues et les formes honnêtes de ces deux messieurs, je ne tardai point à reprendre mon aplomb, surtout aux paroles encourageantes qui m'étaient adressées.
Le spectacle terminé, au moment où je faisais mes salutations, on prend mon bras, et nous voilà descendus à la sortie de l'Opéra, sans pouvoir deviner le genre d'équipage que ces dames pouvaient attendre; je n'étais pas cependant sans une espèce d'embarras, en voyant le nombre de salutations respectueuses adressées plus particulièrement à la personne que je tenais sous le bras. Enfin, apparaît un beau et superbe chasseur, tout chamarré d'or, annonçant à Madame la duchesse l'approche de sa voiture. J'eusse volontiers fait retraite et préféré cent fois être en face de l'ennemi à l'étreinte de cette petite main appuyée sur mon bras, qui me faisait l'effet d'un joli crampon de fer; mon anxiété était extrême, mes jambes prêtes à s'affaisser sous moi, lorsque cette beauté que, dans mon for intérieur, j'envoyais bien loin, prenant en pitié ma pauvre figure, me dit avec toute la grâce imaginable : «J'espère, Monsieur, que vous viendrez voir votre colonel général, il vous recevra demain avec le plus grand plaisir.» Puis, me saluant d'un geste gracieux, elle monta en voiture et partit rapidement.
Je venais fort étourdiment d'avoir affaire à la duchesse d'Abrantès et son amie, la femme du général Lallemand. Pétrifié de la petite mystification que je m'étais attirée, mais bien décidé à n'en pas perdre les fruits, le lendemain, je me présentai rue des Champs-Elysées, à l'hôtel du gouvernement de Paris ; je fus d'abord introduit auprès de la duchesse d'Abrantès, qui me plaisanta beaucoup et avec cet esprit qui la distinguait, sur la manière un peu cavalière dont je l'avais abordée la veille, m'engageant à venir à ses charmantes soirées et à garder le silence sur le début de notre connaissance. Puis, me conduisant près de son mari, elle me présenta comme une connaissance de sa mère : celui-ci, avec cette rondeur et cette franchise qui lui étaient familières, me fit le meilleur accueil et me retint à dîner, en me disant que les hussards étaient toujours les bienvenus chez lui. Maintenant, me voilà lancé dans une des plus agréables maisons de Paris, et près d'une femme brillante par son esprit, sa beauté, sa haute position sociale et le beau nom de Comnène qu'elle tient de ses pères.
J'espérais aller présenter mes respectueux hommages à l'Impératrice, mais malheureusement, elle est à Bayonne. La reine Hortense a eu l'extrême bonté de m'admettre à ses soirées qui finissent presque toujours par la danse, où, comme a Mayence, je suis un de ses valseurs. Je vais aussi chez la princesse Borghèse, dont la beauté est remarquable, et qui aime le plaisir comme une Italienne : aussi ses soirées sont-elles un peu décolletées et d'un genre tout à fait différent de celles chez la reine.
Je ne sais si vous vous rappelez une certaine duchesse, notre cousine, qui m'éconduisit de chez elle lors de mon entrée au service; eh bien aujourd'hui, par un revirement d'idées, son fils, revêtu de l'habit de chambellan, témoin de ma position dans le salon de sa princesse, a cru devoir en informer sa mère de qui j'ai reçu un billet que Mme de Sévigné n'eût pas mieux écrit, pour me complimenter sur mes succès et m'engager à venir reprendre ma place à sa table dont elle m'avait exclu si brusquement. Je me suis empressé de me rendre à son invitation, afin de me convaincre que la chère cousine savait faire concorder sa religion avec l'adoration du veau d'or. Au reste, il en est à peu près de même dans une grande partie du Faubourg Saint-Germain, dont les noms historiques ne dédaignent pas de s'affubler du costume de chambellan et d'écuyer, ce qui me semble bien différent de l'habit militaire, signe bien certain que l'on sert sa patrie. Au reste, Paris est en ce moment un lieu d'entraînement par les fêtes de tous genres qui se succèdent; cependant, au milieu de tant de prestige, l'horizon semble s'obscurcir dans des discussions diplomatiques avec l'Autriche, et il ne serait pas surprenant que l'Empereur, pour les débrouiller, ne fût obligé d'avoir recours aux grands moyens. Pour ma part, fort peu partisan de cet astucieux cabinet et très désireux que nous nous mesurions avec les Autrichiens, cela me procurerait probablement l'occasion de visiter leur capitale.
Au moment où j'allais terminer ma lettre, je reçois une invitation à dîner chez M. de Talleyrand; vous devez bien penser qu'il n'est nullement question d'affaire politique entre un aussi grand personnage et un capitaine de hussards; mais, l'ayant rencontré il y a quelques jours dans les salons de la reine de Hollande, il a bien voulu vaincre sa froide causticité pour me demander de vos nouvelles et m'engager à venir aux soirées de son épouse.
Adieu, mon père je vous embrasse bien tendrement, mais avec tristesse de ne pouvoir le faire autrement.»
Toujours dans la crainte de recevoir l'ordre de partir, bien que ma présence ne fût point encore nécessaire à Namur, la protection du prince de Neuchatel me venant en aide, j'en usais comme le joueur réduit à son dernier enjeu, surtout avec le chagrin de voir rompre une douce liaison que mon état pouvait rendre peu durable. C'est au milieu de cette perplexité que je reçus du Grand chancelier de la Légion d'honneur l'invitation de me rendre chez lui.
Son Excellence me reçut avec sa bienveillance habituelle en me disant qu'il avait soumis à l'Empereur non seulement ma demande, mais aussi celle de trois officiers dans la même position, pour être autorisés à porter la décoration de Saint-Jean de Russie, reçue lors de notre émigration. Sa Majesté, en prenant connaissance de nos diplômes et probablement en raison des sympathies qui existaient entre les deux cours, avait accordé cette faveur sur laquelle j'avais fondé peu d'espérance
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

Napoléon, préoccupé des armements de l'Autriche, remanie en juillet les commandements de Prusse, de Silésie et de Pologne. Par suite de ces changements, la Brigade Pajol rentre dans le commandement de Davout et est envoyée aux frontières autrichiennes sur l'Oder. Le 5e Hussards cantonne à Leobschutz, Katscher et Deutch-Neukirch. Le quartier général de la Brigade est à Ober-Glogau.

Le 24 août, l'Empereur écrit au Général Clarke : "... Pour la cavalerie, il faudrait, indépendamment des escadrons de marche qui doivent rejoindre, me présenter un projet d'ordre pour faire partir du dépôt de Saint-Omer ou de Kadzand, où sont ... et les 5e et 7e de hussards, un millier de chevaux, afin de compléter au corps du maréchal Davout ... son armée serait de 70.000 hommes" (E. Picard, L. Tuetey : Correspondance inédite Napoléon Ier, conservée aux Archives de la guerre. T. II. 1808-1809; lettre 2211).

Trompette 5e Hussards
Trompette attribué au 5e Hussards, sans date, d'après une Collection Alsacienne (Musée historique de la ville de Strasbourg); donné par V. Bourgeot et Y. Martin in "Trompette de Cavalerie"

Hippolyte d'Espinchal demeure à Paris jusqu'à la mi-août; il repart ensuite pour Metz, où il demeure deux jours pour régler ses affaires, puis retourne à Namur afin de régulariser la mission dont il est chargé. Il écrit :
"Namur, 24 août 1808.
Mon colonel,
Une lettre pressante du major Martel m'ayant fait partir de Paris sur-le-champ, j'espérais en arrivant ici n'avoir plus qu'à me mettre en route pour le régiment. Mais bien des tribulations m'étaient encore réservées; tout ce que j'espérais trouver étant loin d'être confectionné, j'en témoignai ma surprise avec d'autant plus de raison que j'avais acquis la conviction dans les bureaux de l'administration de la Guerre, des envois faits au dépôt du régiment depuis plus de six semaines.
Le major lui-même, fort mécontent de la négligence du capitaine d'habillement et d'autres méfaits de cet officier, s'est trouvé, ainsi qu'il vous en a informé, dans la nécessité de le suspendre de ses fonctions jusqu'à plus ample informé de sa conduite.
Le capitaine Nicolle, chargé de réparer les fautes de son prédécesseur, a mis tant de zèle et d'activité que je puis vous annoncer aujourd'hui la complète exécution de vos ordres. Il n'a fallu rien moins que la juste sévérité du major pour obtenir ce résultat, car, de la manière dont cela marchait lorsque je suis arrivé ici, j'eusse fort bien pu y prendre mon quartier d'hiver. Demain, un détachement composé de deux maréchaux des logis, quatre brigadiers et vingt hussards, parfaitement montés, part pour Mayence où il attendra l'arrivée du convoi que l'on embarquera jusqu'à cette ville. Cette manière étant la plus économique, puisque les transports en France ne sont qu'à prix défendus, tous les objets (dont l'état ci-joint) sont bien emballés et à l'abri de toute avarie, de même que deux énormes caisses renfermant tous les galons, torsades, broderies, fourrure, pelleterie, etc., etc., des officiers dont j'espère que vous aurez lieu d'être satisfait. Cette dernière fourniture est entièrement payée et acquittée avec toutes les formalités prescrites, et je vous dirai même que sur votre aperçu de dépense, il y aura un boni de 8565 francs que je vous remettrai.
J'ai tout lieu d'espérer que vous serez satisfait, ayant mis les soins les plus minutieux à cette opération dans laquelle le brave général Schwartz m'a été d'un grand secours. Je partirai de Namur de manière à me trouver au débarquement du convoi, et, une fois en marche, je ne le quitterai plus jusqu'au régiment. Vous pouvez donc être certain que j'arriverai vers les premiers jours d'octobre, à moins d'événements tout à fait imprévus dont je m'empresserai de donner avis.
Toutes vos commissions de Paris sont faites, moins une dont l'inexécution vous affligera profondément. J'espé0ais, comme vous le désiriez, déterminer le chef d'escadron Perrin à partir avec moi ; il était même convenu entre nous, lors de mon arrivée à Paris, qu'il profiterait de ma voiture, pensant que le voyage par journées d'étapes et le changement d'air produiraient un effet salutaire sur sa santé; mais, depuis un mois des symptômes alarmants sont venus détruire ses espérances; ses médecins, que j'ai consultés avant de quitter Paris, m'ont déclaré que le malade était arrivé au dernier degré de la phtisie pulmonaire et qu'il n'en n'avait pas pour trois semaines; ce qu'il y a d'affreux, c'est que ce malheureux connaît sa position et qu'il ne se fait aucune illusion sur son état. Lorsque je l'ai quitté la veille de mon départ, il me disait en me serrant la main : «Mon cher capitaine, vous porterez mon dernier souvenir au régiment»; et, m'embrassant avec mélancolie, «Vous donnerez ce baiser au colonel en lui disant que je regretterais moins la vie si je la perdais en combattant à ses côtés, car il est bien cruel pour un hussard de mourir dans son lit.»
J'ai quitté ce digne officier, navré de douleur, avec la triste conviction de ne plus le revoir, et n'ai pu retenir mes larmes lorsque son regard semblait m'adresser un éternel adieu.
Une autre nouvelle qui vous causera une vive contrariété est relative au régiment.
Le jour où je fus chez le ministre de la Guerre pour prendre ses ordres, il me dit que la brigade du général Pajol avait été désignée pour aller en Espagne, mais qu'une autre détermination de l'Empereur avait prescrit définitivement qu'elle resterait en Allemagne, faisant partie du corps d'armée du maréchal Davout. Il ajouta que l'escadron qui se formait au dépôt serait amalgamé avec plusieurs autres pour former un régiment provisoire qui devait être dirigé sur la Catalogne, et qu'incessamment, vous en recevriez l'avis.
Je pris la liberté d'observer que le régiment avait beaucoup perdu dans la dernière campagne, et que la suppression de cet escadron serait très préjudiciable au régiment. «Dites à votre colonel, me répondit-il, que telle est la volonté de l'Empereur; au reste, cet escadron appartiendra toujours au régiment, et, avant quatre ou cinq mois, il recevra la même quantité d'hommes dont on le prive en ce moment.»
J'avais, comme vous pensez, peu d'observations à faire au ministre, qui d'ailleurs ne m'en laissa pas le temps, car il ajouta : «Passez au bureau des mouvements où l'on vous délivrera un ordre pour le maréchal Kellermann, afin qu'il vous laisse continuer votre route; autrement il eût arrêté votre convoi», et, me souhaitant un bon voyage avec un signe bienveillant de la main, il me tourna le dos.
Il me reste maintenant, mon colonel, après vous avoir entretenu des intérêts du régiment, à vous apprendre une espèce de guet-apens féminin dans lequel j'ai failli tomber, car il ne s'agissait rien moins que de me marier.
Mme Martel qui est une véritable folle, remplie d'esprit et d'originalité, s'était tellement mis ce projet en tête qu'à mon insu, et sans me consulter, elle avait, pendant mon absence, commencé toutes les démarches préliminaires près de la baronne de la Rouverie, fort respectable femme de cette ville, possédant une fortune considérable et une fille unique de dix-huit ans, innocente et modeste, dont le cœur candide et la tournure agréable étaient bien faits pour inspirer le désir de lui plaire. Ce complot, sorti du cerveau de la femme du major, acquérait d'autant plus d'autorité qu'elle avait dit à la baronne chez qui, par parenthèse, j'allais tous les soirs sans me douter de rien, être chargée du début des négociations. Aussi, jugez quel dut être mon étonnement en apprenant un matin tout ce qui était fait et qui restait à faire : c'est-à-dire me déclarer ostensiblement comme aspirant à l'honneur de devenir l'époux de Mlle Félicie de la Rouverie.
Mes remerciements furent accompagnés d'un fou rire, immodéré, au milieu duquel je fis à mon ambassadrice supposée deux observations assez judicieuses : la première, mon manque de vocation pour contracter un lien légitime; la seconde, mon peu de fortune par rapport à celle que devait avoir un jour la jeune personne. "Cet article est prévu, me répondit-elle, la mère raffole de vous et la fille n'en est pas loin; mais une seule condition vous est imposée, c'est de quitter le service et vous pouvez d'autant mieux le faire que nous avons la paix. - Alors, répondis-je, veuillez recevoir l'assurance de toute ma reconnaissance sur l'intérêt que vous avez bien voulu me porter, vous engageant à rejeter sur un autre vos bienveillantes idées matrimoniales ; ma pelisse est ma maîtresse, mon sabre est mon ami; j'aurai pour eux une fidélité inébranlable, que les yeux les plus tendres et la cassette la mieux garnie ne sauraient me faire abandonner de sitôt". Enfin, que vous dirai-je ? j'ai soutenu l'attaque la plus vive, résisté aux séductions et aux arguments les plus captieux, et suis resté avec ma virginité maître du champ de bataille, en m'abstenant de retourner chez la baronne, au risque de passer pour un original. Aussi me tarde-t-il de quitter promptement cette ville, surtout en pensant que ce sera pour me rapprocher de ma famille militaire et vous renouveler de vive voix, mon colonel, que je vous suis dévoué à la vie, à la mort.

La veille de mon départ de Namur, Mme Martel, qui avait si complètement échoué dans ses projets de mariage, obtint de ma part une plus large concession en me demandant de prendre dans ma voiture, pour la conduire à Mayence, la plus gracieuse soubrette peut-être de tout le département du Mont-Tonnerre, avec la charge de la remettre entre les mains de sa mère qui la réclamait. Je mis trois jours à faire ce court trajet qui ne demandait pas vingt-quatre heures, et nous eussions même, selon toute apparence, continué ensemble notre voyage indéfiniment, si les parents, prévenus d'avance de son arrivée, et peu jaloux de la laisser voyager, n'étaient venus me l'enlever, à son grand regret comme au mien.
Mon premier soin, après cette séparation, fut d'aller présenter mes respects au maréchal Kellermann, avec d'autant plus d'empressement que je ne pouvais oublier ses bontés lors de mon entrée au service. Sa réception fut remplie de bienveillance; il me retint et m'annonça avoir reçu du Ministre de la Guerre l'injonction de ne point arrêter ma marche, le régiment restant en Allemagne au lieu d'aller en Espagne.
La ville était encombrée de troupes par l'arrivée successive de deux corps d'armée qui venaient de quitter la Prusse pour se rendre dans la péninsule, où, disait-on, l'Empereur devait aller pour mettre la couronne de ce royaume sur la tête de son frère Joseph. Toutes ces troupes prenaient cette direction avec d'autant plus de plaisir qu'elles devaient traverser une partie de la France et que rien encore n'indiquait une rupture avec l'Autriche.
Je restai deux jours à Mayence et à Francfort, où je trouvai le détachement, et me rendis le 13 septembre à Hanau pour assister au débarquement des équipages et m'occuper aussitôt de l'organisation du convoi qui consistait en dix-huit voitures de réquisition sous l'escorte de deux sous-officiers et de vingt-neuf hussards.
Le désagrément de cette marche était l'obligation de changer de voiture à chaque étape; un des sous-officiers avec huit hussards devait précéder notre marche d'un jour, pour faire les logements et commander les voitures de réquisition nécessaires au transport et deux chevaux pour ma calèche, ayant aussi donné l'ordre de doubler les étapes lorsqu'il y aurait possibilité. Le 14, au moment de quitter la ville, une altercation assez vive fut sur le point de m'y faire séjourner. Le commandant du poste de la garde bourgeoise, sur la grande place de cette ville, ayant reconnu, parmi les voitures de réquisition, une qui lui appartenait, voulut s'opposer à son départ bien qu'elle eût été désignée par l'autorité civile. Au moment où j'arrivai sur la place, la confusion commençait à se mettre dans le
convoi. L'officier bourgeois, l'épée à la main, à la tête d'une partie de son poste, faisait jeter les ballots par terre, malgré la résistance de deux hussards, et d'autres semblaient vouloir imiter cet exemple.
J'ordonnai aussitôt de charger le poste et de le désarmer, ce qui fut fait dans un tour de main; je fis conduire les prisonniers, l'officier en tête, devant le bourgmestre et je dressai à l'instant un procès-verbal avec l'intention de le faire parvenir au maréchal Kellermann, dont la sévérité devait faire craindre aux habitants une assez vive répression. Aussi s'empressa-t-on de me donner la plus complète satifaction, et mon départ se fit avec ordre et tranquillité dans la persuasion que cette affaire était terminée.
Cependant, deux heures après mon arrivée à Gelnhausen, lieu de l'étape, je reçus la visite de l'officier de la garde bourgeoise. Cet homme, officier au service de la Prusse avant la guerre, paraissait outré d'avoir été désarmé en présence de toute la population; son exaspération était au comble et il venait me demander satisfaction de l'injure qu'il avait reçue. La manière impertinente dont il se présenta lui attira de ma part une admonestation sévère sur la conduite qu'il avait tenue, en provoquant une révolte qui pouvait avoir les résultats les plus fâcheux, et je ne lui laissai point ignorer que j'allais adresser au maréchal Kellermann mon rapport dans lequel je le désignerais comme le provocateur des troubles qui avaient eu lieu, et qu'il devait s'attendre à la juste punition qu'il s'était attirée. Je terminai mes réflexions en ajoutant que j'étais tout prêt à lui donner la satisfaction qu'il demandait; en effet, peu d'instants après, nous fûmes en présence le sabre à la main. Le combat fut promptement terminé; mon adversaire, animé par la colère, se découvrit si imprudemment en m'attaquant que, du même coup, je lui fis une forte entaille sur la figure et à la cuisse; cette dernière blessure large et profonde saignait avec une telle violence que son témoin et mon sous-officier le soutinrent au moment où il perdait connaissance. Transporté dans l'auberge où il était descendu, un chirurgien arriva aussitôt; sa déclaration ne fut rien moins que rassurante sur la crainte d'une hémorragie difficile à arrêter. Cependant, vers le milieu de la nuit, le sang cessant de couler, le blessé revint à lui et nous eûmes la conviction que le danger avait disparu. En me voyant auprès de son lit, il me tendit la main en me priant de recevoir ses excuses sur la conduite inconsidérée dont il se reconnaissait coupable et se trouvait justement puni. Je lui témoignai tous mes regrets de cette malheureuse affaire, en déchirant mon rapport, et lui exprimai, en le quittant, tous les vœux que je formais pour son prompt rétablissement.
Nous continuâmes notre route sans trouble, bien que la trouvant encombrée par la marche des troupes se rendant en Espagne. Cependant il nous fut impossible de coucher à Erfurt, cette ville étant dans la plus grande combustion par les préparatifs qu'on y faisait pour l'entrevue des deux empereurs de France et de Russie, dont pourtant l'époque n'était point encore fixée. Le 21, nous couchâmes à Leipzig, ville célèbre par son université, fondée en 1409, et ses foires très renommées. Lorsque nous y arrivâmes, on préparait un arc de triomphe pour l'empereur Alexandre et le roi de Saxe. Le 24, voulant aller de ma personne à Dresde, je partis avant le jour afin de gagner deux étapes et passer ce temps-la dans la belle capitale de la Saxe.
Le lendemain de mon arrivée, je fus rendre visite à Mme la baronne de Bourgoing, épouse de l'ambassadeur, que j'avais beaucoup connue à Paris, et qui me fit l'accueil le plus gracieux. Le 29, au moment où j'allais quitter la petite ville d'Haynau, le 7e Chasseurs, dans lequel se trouvait mon frère, y entrait. J'eus la douce satisfaction de l'embrasser et de passer quelques heures avec lui; il m'apprit qu'il venait d'être nommé adjudant-major au 3e de la même arme.
Le 30, nous arrivâmes à Breslau, ayant fait 16 lieues dans la journée faute de trouver gîte, par l'encombrement des troupes allant prendre des quartiers d'hiver. Je ne pus voir le maréchal Mortier qui en était parti la veille ; heureusement j'y rencontrai son aide de camp, le chef d'escadron de Montchoisy, auquel je remis une caisse dont j'étais porteur pour la duchesse de Trévise
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

Le 4 septembre, l'Empereur écrit au Général Clarke : "... Il sera réuni dans le pays de Hanau une colonne de marche qui portera le nom de 2e colonne de cavalerie de marche du 3e corps de la Grande Armée, qui sera composée de la manière suivante : ... un détachement du 5e hussards 20 hommes ... Ce qui portera à 8.000 chevaux les trente-neuf escadrons de cavalerie légère du corps du maréchal Davout.
Ces détachements seront réunis à Hanau, avant le 25
" (E. Picard, L. Tuetey : Correspondance inédite Napoléon Ier, conservée aux Archives de la guerre. T. II. 1808-1809; lettre 2256).

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"Le 3 octobre, pressé d'atteindre le terme de mes tribulations et de me voir soulagé de l'ennuyeux fardeau dont j'étais chargé, je laissai le convoi derrière moi afin de le précéder d'un jour au régiment; mais cette précipitation faillit me faire échouer au port. Quatre lieues avant d'arriver à Léobschutz, me trouvant dans un chemin épouvantable par une nuit obscure, ma voiture me laissa dans la boue, sans secours ni moyen d'en avoir, n'ayant d'autre ressource pour sortir de cette désagréable situation que de monter à poil sur un des chevaux de trait, accompagné du postillon, laissant mes bagages sous la garde de mon hussard.
Enfin, à 10 heures du soir, j'arrivai chez le colonel dont le bon accueil me fit oublier bientôt mes fatigues et mes ennuis.
Des hommes furent envoyés avec des chevaux pour conduire à la ville ma malheureuse voiture, complètement disloquée et hors d'état de pouvoir servir davantage, ce qui m'importait peu, ayant atteint le terme de la mission qui m'avait été confiée.
Deux jours après mon arrivée au régiment, le colonel voulant me donner une marque non équivoque de sa satisfaction, me fit cadeau d'un superbe cheval arabe qu'il tenait du roi de Naples. Ce cheval, bien que fort âgé puisqu'il avait été amené d'Egypte, conservait encore une ardeur et une force musculaire extraordinaires. Sa robe d'un gris pommelé et sa tournure distinguée en faisaient un animal d'une remarquable beauté; mais, comme tous les chevaux de cette race, d'une ardeur dangereuse lorsqu'il était animé par l'odeur de la poudre et le bruit du canon. Je fus on ne peut plus sensible à ce brillant présent du colonel, qui devenait pour moi une nouvelle preuve de son amitié.
Je trouvai le régiment établi dans d'excellents quartiers sur l'extrême frontière de la Moravie, non loin de la petite ville de Ratibor occupée par les hussards hongrois de Wittchay (précédemment Ferdinand), avec lesquels nous fraternisions journellement, en attendant probablement l'instant peu éloigné d'échanger quelques bons coups de sabre, les bruits de guerre entre la France et l'Autriche prenant tous les jours plus de consistance, surtout depuis la concentration des troupes. En attendant cet événement qui souriait assez à nos désirs, les préparatifs du Congrès se continuaient et l'on attendait d'un moment à l'autre l'arrivée de Napoléon, lorsque nous reçûmes l'ordre de quitter nos cantonnements pour nous rendre à Erfurt.
Dans toute autre circonstance nous eussions vivement regretté de quitter nos bons quartiers de Léobschutz où nous étions si bien accueillis par les sympathies des habitants, mais l'espoir de nous rapprocher de l'Empereur était un motif trop puissant pour ne pas recevoir l'ordre de notre départ avec joie; en mon particulier j'en éprouvai une véritable satisfaction, car, bien que je ne fusse dans ce pays que depuis une vingtaine de jours, j'y avais contracté une liaison qu'il me tardait de rompre bien qu'elle fût douce et agréable, mais des circonstances particulières rendaient la rupture nécessaire
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

Entre temps, après l'entrevue d'Erfurth, au mois de septembre, l'Empereur a décrété le 12 octobre la dissolution de l'Armée d'Allemagne et constitué l'Armée du Rhin sous les ordres de Davout. La Brigade Pajol comprenant les 5e et 7e Hussards en fait partie (Correspondance militaire de Napoléon 1er, extraite de la Correspondance générale et publiée par ordre du ministre de la guerre. Tome 5. Lettre 1070).

Selon l'historique régimentaire, le Régiment, resté en Silésie après le départ de Davout qui s'est porté en Saxe et en Franconie, part de Leobschutz le 21 novembre et se dirige sur ses nouveaux cantonnements. Il passe à Neisse, Schweidnitz , Gorlitz, Bautzen, Dresde, Leipsick et arrive le 12 décembre à Erfurth où la majeure partie du Régiment s'installe dans la ville même. Le reste forme deux détachements, l'un à Bussleben et l'autre à Udestedt. Le quartier général de l'armée est à Erfurth et celui de la Brigade Pajol à Achersleben.

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"Nous quittâmes Léobschutz le 19 novembre, et arrivâmes six jours après à Breslau, formant l'arrière-garde du corps d'armée du maréchal Davout, les troupes françaises devant évacuer définitivemcnt la Silésie en vertu du traité de paix de Tilsit passé, avec la Prusse.
La concentration des armées dut se faire dans le Hanovre et les pays formant la Confédération du Rhin, jusqu'à ce que les discussions politiques qui se traitaient alors entre la France et l'Autriche, au sujet de l'Illyrie et de la Carinthie, eussent reçu une solution, de paix ou de guerre. Continuant notre marche, nous arrivâmes le 3 décembre à Dresde pour y prendre un séjour de quarante-huit heures, pendant lequel le 5e Hussards eut l'honneur d'être passé en revue par S. A. R. le prince de Saxe. Le régiment, fort de 960 hussards dans leur brillant costume, la pelisse pendante, défila sous les yeux de la cour, malgré un froid excessif. Le soir, le général Pajol, le colonel et son état-major, assistèrent au cercle de la cour, où un brillant concert vint rompre la monotonie et l'étiquette aussi bien que la raideur des princes et des princesses. Deux jours après, nous arrivâmes a Leipzig où, pour délassement, nous participâmes à un superbe bal. Le jour suivant, peu avant d'arriver à Weissenfels, nous fîmes une halte en dehors de la petite ville de Lutzen si célèbre par la bataille que le roi de Suède Gustave-Aldoplie livra aux Impériaux le 18 décembre 1633, et dans laquelle il trouva la mort. Il était enterré, disait-on, sur le lieu même où il avait été frappé : plusieurs peupliers formaient l'enceinte d'un tombeau fort simple placé sur le bord de la route. Plusieurs fois, les Suédois avaient tenté d'y construire un mausolée digne du plus grand homme de son siècle, mais les catholiques, dont ce prince voulait détruire la religion, s'y étaient toujours opposés, ce qui n'empêchera pas la célébrité de ce modeste monument et du héros qui l'occupe.
Le 11, nous arrivâmes à Erfurt. La ville était alors occupée par le maréchal Davout, un état-major nombreux, un train d'artillerie considérable, un régiment d'infanterie et une nuée d'employés qui durent nous céder une partie des bons quartiers dont ils s'étaient emparés. Deux jours après, arriva du dépôt un détachement de quarante hussards et l'annonce prochaine d'un nouvel escadron. Ces dispositions, qui étaient généralesdans l'armée, nous confirmèrent dans l'idée que la guerre avec l'Autriche pourrait bien avoir lieu au printemps, ce qui nous combla de joie.
Je n'entrerai point dans les détails du fameux congrès d'Erfurt, si souvent décrit et que tout le monde connaît; je dirai seulement que Napoléon, assisté de la princesse Stéphanie de Bade, fit à l'empereur Alexandre l'accueil le plus amical et que tous les souverains de la Confédération aussi bien que le roi de Prusse y accoururent avec le plus grand empressement
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

Le 15 décembre le Sous-lieutenant de Castelbajac est nommé Chevalier de la Légion d'honneur.

Pendant le courant de l'année, le Général de Schwarz, Baron du Saint-Empire, Colonel du Régiment deux ans auparavant, a été nommé Baron au titre français par Napoléon.

- Espagne (1808)

 

Officier 5e Hussards, 1808 Officier 5e Hussards, 1808 Officier 5e Hussards, 1808
Officier du 5e Hussards, Aide de camp du Maréchal Soult, d'après la planche 122 de "L'armée française et ses Alliés en Espagne"; publication de H. Achard et de J. M. Bueno. Avec l'aimable autorisation de Mr Claude Achard
Le même donné dans l'ouvrage de J. M. Bueno : "Los Franceses y sus Aliados en Espana, 1808-1814", volume 1
Officier du 5e Hussards, Aide de camp du Maréchal Soult, d'après la couverture de l'ouvrage de J. M. Bueno : "Los Franceses y sus Aliados en Espana, 1808-1814", volume 1

En 1808, le 5e Hussards a toujours des éléments en Espagne. Ainsi, le 1er janvier 1808, figurent au Corps des Côtes de l'Océan, Brigade de Hussards Wathier, 2e Régiment provisoire de Hussards, 3 Officiers, 72 Hussards et 75 chevaux; 3 hommes et 5 chevaux sont restés en arrière; 2 hommes sont aux hôpitaux; effectif total : 80 hommes et 80 chevaux. A noter que ces troupes sont alors réunies à Auch (Grasset, la Guerre d'Espagne, tome 1).

A. Pigeard indique qu'un détachement d'une quarantaine de Hussards du 5e est parti en février 1808 pour l'Armée du Portugal; il est entré dans la composition du 2e Escadron de marche.

Le 1er avril 1808, le Corps d'Observation des Côtes de l'Océan est commandé par le Maréchal Moncey; les éléments du 5e Hussards (3 Officiers et 60 hommes) font maintenant partie du 1er Régiment provisoire de Hussards (Major Lanougarede) stationné à Aranjuez, 1ère Brigade Wathier de la Division de troupes à cheval sous le Général Grouchy.

Antoine Valentin Comte de La Nougarède

Né à Ganat (Allier) le 14 novembre 1767. Il entre au service au Régiment d'Esterhazy-Hussards en 1780. Major du 2e de l'arme en 1803. Il est appelé au commandement du 1er provisoire le 28 octobre 1807 et est envoyé en Espagne. Colonel le 15 novembre 1808, il est désigner pour commander le 3e Régiment de marche de Cuirassiers en 1809. Il fait la campagne de Russie et décède à Andé (Eure) en 1853.

A. Pigeard indique que d'autres détachements ont rejoint le 8e puis le 10e Escadron de marche en juillet.

Hippolyte d'Espinchal écrit le 24 août 1808 (voir plus haut) : "l'escadron qui se formait au dépôt serait amalgamé avec plusieurs autres pour former un régiment provisoire qui devait être dirigé sur la Catalogne").

Le 1er octobre 1808, le Corps d'Observation des Côtes de l'Océan comprend une Brigade de Réserve sous le Général Watier ; les éléments du 5e Hussards (3 Officiers et 58 hommes) font toujours partie du 1er Régiment provisoire de Hussards (Colonel Lanougarede) stationné à Olite.

Entre temps, l'Empereur a réorganisé l'Armée d'Espagne; le 1er Régiment provisoire de Hussards fait désormais partie du 3e Corps commandé par Moncey.

Le 15 novembre 1808, le 1er Régiment provisoire de Hussards (Major Lanougarède) est à Peralta au sein de la Division de Cavalerie du 3e Corps (Moncey) commandée par le Général Wathier; il comprend 12 Officiers et 65 Hussards sous le Chef d'Escadron Labiffe.

Notons que selon A. Pigeard, le Major Nougarède (sic) a été nommé Colonel du 1er Provisoire par décret du 19 novembre 1808. Il indique également que figurent au 1er Provisoire le Capitaine Schwab, les Lieutenants Jacobs et Provensal, ainsi que les Sous-lieutenants Castelbajac et Laborie.

Martinien donne le Sous lieutenant Laborie, blessé à la bataille de Tudela le 23 novembre 1808.

Fin 1808, a lieu le 2e siège de Saragosse; le 3e Corps, commandé par Junot, y figure, mais le Général Wathier est envoyé à Alcanix avec 1100 hommes d'Infanterie et 700 de cavalerie, dont le 1er provisoire de Hussards. Martinien donne toutefois le Sous lieutenant Castelbajac, blessé le 22 février 1809 au cours du siège de Saragosse, et le Lieutenant Kister, blessé le 19 mars au cours d'une affaire en avant de Saragosse.

 

j/ Campagne de 1809

Le 1er janvier 1809, le 5e Hussards est à l’Armée du Rhin ; il fait partie de la 2e Brigade pajol de la Cavalerie légère (situation également donnée par Nafziger 809AAC sur le pied de 4 Escadrons). Ses 1er, 2e et 3e Escadrons, sous le Colonel d'Hery, sont cantonnés à Erfurt. Selon l'historique régimentaire, le Régiment demeure dans ses cantonnements aux environs d'Erfurth tout le mois de janvier. Son effectif est de 640 hommes et 666 chevaux.

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"Ce fut le 10 janvier 1809 que nous quittâmes Erfurt emportant des souvenirs ineffaçables.
Notre premier gîte fut Gotha, fort jolie petite ville dont la célébrité consiste dans l'almanach héraldique de tous les souverains de l'Europe; elle est la résidence du prince de Saxe, souverain de ce petit Etat...
Le contingent fourni à la grande nation consistait en soixante fantassins et vingt dragons, participant alors à l'occupation de l'Espagne, avec tous les contingents des différents princes de Saxe...
Notre séjour dans cette petite souveraineté ne dura que vingt-quatre heures et fut marqué par un beau bal à la cour qui dura jusqu'au jour.
Nous nous séparâmes fort satisfaits les uns des autres pour aller nous établir dans une principauté semblable, chez le prince de Saxe-Meiningen, cantonnement d'hiver qui venait de nous être assigné.
La principauté de Saxe-Meiningen est une petite souveraineté faisant aussi partie de la Confédération, dont le chef-lieu est Meiningen, situé sur la rivière de la Ware. La ville est jolie, bien bâtie et bien habitée; à son entrée, est un grand et vaste château, sans extérieur, mais commode, bien distribué, meublé avec le plus grand luxe et servant de résidence au souverain du pays.
Lorsque nous y arrivâmes, la cour se composait alors de la princesse douairière régente, d'un jeune duc âgé de neuf ans et des deux ravissantes princesses Amélie, l'ainée ayant dix-sept ans, et la seconde, Ida, quinze...
Le matériel de l'armée se composait de deux bataillons d'infanterie, cinquante dragons et trois pièces d'artillerie, dont le tiers devait former le contingent de la Confédération du Rhin...
L'arrivée d'un régiment de hussards français dans cet Eldorado produisit d'abord une espèce de crainte que nous ne tardâmes point à dissiper par la discipline et la bonne conduite de nos hommes ; il en résulta pour nous un bien-être et un agrément qui ne se sont jamais démentis.... ; le jeune prince m'avait pris dans une véritable affection et aimait tellement nos hussards qu'il voulut porter l'uniforme du régiment.
Plusieurs de nos jeunes officiers venaient aux soirées du château qui se passaient en petits jeux, en musique, danse et plaisirs...
Vers la fin du troisième mois de séjour dans cet excellent quartier, nous eûmes l'avis que nous devions très incessamment le quitter. Plusieurs retraites furent données à d'anciens officiers, des promotions s'ensuivirent, ainsi qu'une revue minutieuse des hommes et des chevaux en état d'entrer en campagne. Ainsi, plus de doute, nous allions avoir la guerre dont nous acceptions toutes les conséquences avec autant de confiance que de satisfaction.
Le 13 mars, veille de notre départ, je vins prendre congé de la duchesse et la remercier des bontés dont elle m'avait comblé
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

Le tableau de la situation des 17 régiments de cavalerie légère employés aux armées en Allemagne ... daté du 1er mars 1809, indique que le 5e Hussards est à l'Armée d'Allemagne, et qu'il est prévu par l'Empereur de le porter à 1000 hommes et 1000 chevaux. Sont déjà présents en Allemagne 647 hommes et 664 chevaux; 100 hommes et 100 chevaux sont en route pour Strasbourg et Augsbourg. Par ailleurs, 80 hommes et 80 chevaux du 10e Hussards sont en route pour être incorporés dans le 5e Hussards (Nafziger donne un détachement de 120 Hussards du 10e; Nafziger 809CBV - source : Saski, "Campagne de 1809 en Allemagne et en Autriche", Paris, 1902 - Alain Pigeard mentionne dans le Tradition Hors Série N°34 le décret impérial du 8 mars qui parle également de 120 Hussards du 10e plus 50 hommes supplémentaires, apparemment tirés du 1er Régiment provisoire de Hussards se trouvant en Espagne, qui a été dissous par décision de l'Empereur en date du 4 mars 1809); et l'on se propose d'y incorporer également 7 hommes et 7 chevaux du Dépôt du 10e Hussards encore disponible, ce qui doit porter l'effectif du 5e à 834 hommes et 851 chevaux. Là dessus, pour parvenir au complet de 1000 hommes et 1000 chevaux, il est prévu d'incorporer 138 hommes et 144 chevaux du 1er Hussards, et 26 hommes et 26 chevaux du 2e. Le tableau de situation note qu'une fois la réception de tous les détachements faite, il manquera encore pour parvenir au complet 2 hommes. Après le départ de tous les détachements, le fond du dépôt devrait comprendre 50 hommes et 148 chevaux. Le 1er mars, le dépôt devrait recevoir 468 conscrits de 1810 et 40 chevaux, ce qui porterait l'effectif du dépôt à 518 hommes et 188 chevaux; de là, les 2 hommes manquants pour le complet pourraient être expédiés à l'Armée; une fois toutes ces opérations achevées, le dépôt devrait comprendre 516 hommes et 188 chevaux.

Début mars (5 mars), le 5e Hussards est à l'Armée du Rhin commandée par Davout, au sein de la Division de Cavalerie légère commandée par Montbrun, Brigade Pajol; le Régiment, fort de 3 Escadrons, comprend 639 hommes et 666 chevaux. La Brigade doit se réunir au 20 mars à Bamberg.

Une situation extraite de la Collection Nafziger donne également la situation de l'Armée française du Rhin du 5 au 28 mars : Division de Cavalerie légère, Général de division Montbrun, Brigade Pajol, 3 Escadrons, 639 hommes (Nafziger 809CBT - source : Saski, "Campagne de 1809 en Allemagne et en Autriche", Paris, 1902).

Par ailleurs, le Général Marulaz doit former à l'aide de divers détachements constitués de tous les hommes disponibles aux dépôts, et dès leur arrivée à Strasbourg, deux Régiments de marche, dont un de Hussards. Parmi ces détachements, l'un est issu du dépôt du 5e Hussards; il quitte Namur le 22 mars et doit être à Strasbourg le 7 avril (donné également par Nafziger 809CBV - source : Saski, "Campagne de 1809 en Allemagne et en Autriche", Paris, 1902). Le cadre du 4e Escadron doit partir de Namur le 27 mars pour être à Strasbourg le 12 avril.

Le 8 mars 1809 l'Empereur adresse depuis Paris au Général Clarke, Comte d'Hunebourg, Ministre de la Guerre à Paris, la lettre suivante :
"ORDRES CONCERNANT L'EFFECTIF QUE DOIT PRÉSENTER LA CAVALERIE EN ALLEMAGNE.
Monsieur le Général Clarke, j'ai au delà du Rhin dix-sept régiments de cavalerie légère; mon intention est de prendre tous les moyens pour porter chacun de ces régiments à une force d'environ 900 ou 1,000 hommes. Pour cela, il y a deux moyens :
d'abord, envoyer aux dépôts de ces dix-sept régiments l'ordre de diriger sans délai tout ce qu'ils ont de disponible sur Strasbourg, où les détachements seront organisés en escadrons de marche pour rejoindre les escadrons de guerre; le deuxième moyen, c'est de prendre dans les dépôts des régiments de chasseurs et de hussards qui sont en Espagne tout ce qui est disponible, pour renforcer les régiments des armées d'Allemagne et les y incorporer.
Pour le premier moyen, il suffit d'un simple ordre, que vous expédierez aux dépôts des 5e (...) de hussards (...) et (...) de chasseurs, d'envoyer à Strasbourg tout ce qu'ils ont de disponible. Faites-moi connaître combien ces treize régiments pourront envoyer à Strasbourg.
Vous recommanderez au général chargé d'organiser les escadrons de marche d'avoir bien soin de se conformer, pour cette formation, à celle des brigades de cavalerie légère de l'armée du Rhin. En conséquence, il réunira les différents détachements et escadrons de marche, de la manière suivante, savoir : (...) 2e escadron, des détachements des 5e, 7e de hussards et 11e de chasseurs (...).
Quant au deuxième moyen, qui est de tirer des dépôts de cavalerie légère de l'armée d'Espagne, j'y ai pourvu par le décret qui vous sera adressé.
Lorsque toutes ces opérations seront terminées, je désire que vous me fassiez connaître quel sera l'effectif de mes dix-sept régiments de cavalerie légère en Allemagne.
Je désirerais avoir en Allemagne 14,000 chasseurs ou hussards, 13,000 cuirassiers et 3,000 dragons; total, 30000 hommes de cavalerie
" (Correspondance militaire de Napoléon 1er, extraite de la Correspondance générale et publiée par ordre du ministre de la guerre. Tome 6. Lettre 1102).

Officier du 5e Hussards en tenue de ville 1809
Officier du 5e Hussards en tenue de ville, 1809, d'après Bucquoy (La cavalerie légère)

Le 9 mars 1809, la guerre avec l'Autriche étant imminente, Napoléon ordonne la création d'une 9e Compagnie, dite «de dépôt» dans chaque régiment de hussards de rendre le 4e Escadron opérationnel.

Napoléon ordonne également au Maréchal Davout de concentrer l'Armée du Rhin vers Ratisbonne pour fermer aux Autrichiens les défilés de la Bohême. La Brigade Pajol, momentanément comprise dans la Division Saint-Hilaire, part de Birschleben le 14 mars, passe à Coburg et à Cronach et se place aux avant-postes à Amberg, Rosenberg et Sulzbach. Elle détache des reconnaissances sur les rivières la Fils et la Naab.

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"Le 14, nous vînmes coucher à la ville d'Hildbourghausen, résidence encore d'un autre prince de Saxe, qui vint au-devant du régiment jusqu'aux frontières de ses États dont la modeste étendue ne lui permettait de fournir que peu d'hommes à la Confédération. Le duc, beau-frère du roi de Prusse, paraissait un excellent homme, aux manières franches et rondes; sa fortune était immense comme particulier, mais bien certainement il était un des plus petits souverains de l'Allemagne. Son château, d'un aspect remarquable, meublé avec un luxe extraordinaire, était entouré d'un parc magnifique; mais ce qui offrait un grand intérêt, c'était une écurie d'un luxe inconcevable, renfermant bon nombre de chevaux de prix.
Le colonel en ayant admiré un plus particulièrement, il le lui envoya, une heure après, avec une lettre charmante à laquelle était jointe une paire de pistolets d'un fort beau travail qu'il me priait d'accepter; puis, il invita à diner l'état-major du régiment, et le bordeaux, le chambertin et le champagne coulèrent à flots.
Le soir, il conduisit le colonel et moi chez son premier ministre, le baron de Baumbach. Nous y trouvâmes deux femmes fort agréables, de la plus grande élégance, dont l'une avait été et l'autre était la maîtresse du prince qui affectait au petit pied les mœurs de la Régence; il était fastueux, d'une générosité extraordinaire, s'occupant peu de sa femme que l'on disait fort belle et que son absence nous priva de voir; du reste il était adoré de son peuple avec d'autant plus de raison que ses mains étaient toujours ouvertes pour faire des largesses; je crois que, si nous fussions restés chez lui deux jours de plus, il nous eût peut-être donné ses équipages et sa maîtresse.
Le 15, nous rencontrâmes dans la journée le 17e d'Infanterie légère, avec lequel nous fimes notre entrée dans la ville de Cobourg, dont le prince vint au-devant de nous, passa les troupes en revue, et invita l'état-major des deux corps à dîner avec lui.
Le colonel, à la tête de tous ses officiers, s'empressa de faire une visite au vieux et respectable feld-maréchal, prince de Cobourg, si célèbre dans le commencement de la Révolution mais, malheureusement, sa santé ne lui permit pas de nous recevoir et il nous en fit exprimer tous ses regrets.
A trois heures, un banquet superbe, dont la duchesse mère fit les honneurs, nous fut donné...
La principauté de Cobourg, qui a seize lieues de longueur sur huit de largeur, fournissait à la Confédération 400 hommes de belle troupe, bien équipés, qui venaient de partir pour se joindre au contingent général. La ville capitale de ce duché est assez grande, bien bâtie, située sur la rivière de Jetz, dominée par un fort qui fut construit, en 1597, par Jean-Casimir de Saxe. Le palais, d'une construction ancienne et de mauvais goût, placé au centre de la ville, est très vaste et était assez mesquinement meublé.
Nous continuâmes notre marche le lendemain, par une pluie épouvantable et des chemins affreux qui nous conduisirent à la petite ville de Kronach, appartenant à la Bavière, où nous restâmes quelques jours et où nous apprîmes que nous allions incessamment entrer en campagne, ce qui fut accueilli avec une joie délirante. Pendant notre séjour à Kronach, des corps nombreux et plusieurs batteries d'artillerie traversèrent la ville pour joindre les corps d'armée auxquels ils appartenaient. Nous fûmes désignés, avec le 7e Hussards formant la brigade du général Pajol, comme faisant partie de celui du maréchal Davout, et dès ce moment nous établîmes nos postes militairement afin d'être prêts à tout événement.
Nous apprimes les mouvements qui s'opéraient par les troupes autrichiennes, dont la pins grande partie des forces se dirigeaient sur la Bavière, espérant par cette manœuvre porter sur ce pays le théâtre de la guerre et nous contraindre à nous replier sur le Rhin, surtout avec des forces numériques d'un grand tiers plus considérables que les nôtres. Mais l'attitude de l'armée française devait bientôt détromper l'archiduc Charles et il ne tarda point à devenir victime de sa fausse entreprise.

Officier 5e Hussards, 1809 Officier 5e Hussards, 1809 Officier 5e Hussards, 1809 Officier, 5e Hussards, 1809-1810
Officier du 5e Hussards vers 1809, d'après Berka "L'Armée française représentée en 18 feuilles... Die Französische Armee..."; ancienne Bibliothèque Raoul et Jean Brunon, Musée de l'Empéri, Salon de Provence
Officier du 5e Hussards vers 1809 d'après J. Berka : "L'Armée française représentée en 18 feuilles... Die Französische Armee..."; Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, 4-OA-403; collection de Ridder, Gustave (1861-1945)
Officier du 5e Hussards, sans date, d'après Ernest Fort (1868-1938) : "Uniformes des hussards sous la 1ère République, le 1er Empire et la Restauration II - 5e à 13e hussards"; Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945), PETFOL-OA-490(2); ce dessin a pour source Berka
Officier du 5e Hussards, d'après un dessin donné par A. Pigeard in Tradition H. S. N°34. La légende indique qu'il s'agit d'un Lieutenant de la Compagnie d'élite. Source : Berka.

"Kronach, 20 mars.
Je me hâte de vous écrire, mon père, pour vous annoncer notre prochaine entrée en campagne, car bien que la guerre ne soit pas encore déclarée, elle est inévitable et les hostilités seraient déjà même commencées si l'Empereur, par une raison politique, n'en avait laisse l'initiative aux Autrichiens. Aussi avons-nous reçu les ordres les plus précis à cet égard, c'est-à-dire, que nous sommes destinés à recevoir les premiers coups, que nous rendrons, je vous assure, avec usure. Nos hussards sont dans les meilleures dispositions ; il serait vraiment dommage d'être déçu dans notre espérance, car nous allons au-devant de l'ennemi avec une joie et un entraînement difficiles à décrire. Les troupes appellent de tous leurs vœux la présence du grand donneur de batailles, et le jour de son arrivée parmi nous sera bien certainement marqué par une victoire.
En attendant, les dispositions stratégiques s'exécutent avec la plus grande précision; les routes sont sillonnées par les troupes avec un semblant de confusion rempli d'ordre, et, dans peu de jours, chacun occupera le poste assigné par la volonté d'un seul. L'ensemble de ces mouvements dans leur exécution offre quelque chose de fort imposant qui inspire la confiance, et sans nous s'occuper du nombre d'ennemis qu'il nous faudra combattre, il nous suffit de savoir que nous devons vaincre : c'est à quoi nous allons travailler de notre mieux. II parait, au reste, que la grande lutte qui va s'ouvrir était préparée de longue main par le cabinet autrichien appuyé des subsides de l'Angleterre.
L'embarras présumé dans lequel la guerre d'Espagne pouvait avoir mis la France a déterminé la rupture d'une paix que la campagne d'Austerlitz semblait devoir assurer. Les préparatifs de l'Autriche sont immenses, et s'il faut en croire les feuilles allemandes, nous aurons affaire à 350000 hommes avec 800 bouches à feu, sans compter une landwehr de 250000 hommes, n'ayant à opposer à toutes ces forces que 250000 hommes, tant en Allemagne qu'en Italie, et 18000 en Pologne, avec un total de 425 bouches à feu. Malgré tout cela, nous sommes convaincus que Napoléon, dès qu'il en trouvera l'occasion, livrera bataille et qu'il conduira son. armée triomphante à Vienne. Cette idée est tellement générale parmi nous, que nul n'oserait admettre le contraire, malgré la valeur des troupes autrichiennes et le mérite incontestable de l'archiduc Charles, leur généralissime, car nous avons pour nous le génie des victoires qui ne nous faillira pas dans une circonstance aussi solennelle.
Vous devez penser qu'une fois les événements commencés, ils marcheront avec rapidité : il nous sera donc assez difficile de correspondre mais j'en saisirai toutes les occasions, ne fût-ce que pour vous tranquilliser sur mon sort qui, du reste, m'inquiète d'autant moins que j'ai comme toujours la plus grande confiance dans mon étoile.
Adieu, mon père; les bulletins vous feront bientôt connaître les succès qui nous attendent; l'enthousiasme et l'ardeur de notre brillante armée sont un augure incontestable qui doit rassurer la France sur des résultats qui nous semblent infaillibles".

Le 22 mars, je reçus l'ordre de me rendre à Bayreuth afin de m'entendre avec les magistrats de cette ville pour le placement du régiment qui devait y arriver le lendemain. J'y trouvai le général de division Friant, dont les troupes, qui occupaient les environs, étaient sur le point de se mettre en marche. M. de Tournon, mon parent, intendant général de la province, chez qui je fus dîner, s'occupait alors de faire emballer ses archives dans la présomption de l'approche des Autrichiens, crainte d'autant mieux fondée que, peu de jours après notre passage, un parti l'enleva avec tous ses équipages, avant même le commencement des hostilités.
Le 23, nous vînmes prendre position en avant du bourg de Bezenstein occupé par le 17e léger. Le lendemain nous fîmes dix lieues dans la journée pour arriver à la petite ville de Hersbruch, ayant suivi une route impraticable pour l'artillerie à travers des bois et des montagnes couvertes de neige. Deux jours après, le régiment prit ses quartiers à Hohenstadt que nous quittâmes le lendemain, à la pointe du jour, pour nous rendre à Sulzbach, où furent établis plusieurs postes d'observation sur la frontière de la Bohême, tandis que le régiment prenait, deux lieues plus loin, ses quartiers dans la ville de Amberg, où nous restâmes quelques jours en attendant que les Autrichiens commençassent les hostilités
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

Le 26 mars, le 5e Hussards a 2 Escadrons à Amberg, et 1 à Hartmansdorf. Fin mars, le 5e Hussards fait partie de la Réserve de cavalerie sous le Maréchal Duc d'Istrie, 1ère Division de cavalerie légère Montbrun, 1ère Brigade Pajol.

Le 1er avril, le 5e Hussards aligne 3 Escadrons pour un effectif total de 30 Officiers et 555 hommes (situation également donnée par Nafziger - Nafziger 809DAE).

Le 6 avril, depuis Paris, l'Empereur écrit au Maréchal Berthier :
"Mon Cousin (...). Faites partir le plus tôt possible les escadrons de marche qui sont formés, les (...) 92 hommes du 10e de hussards qui doivent être incorporés dans le 5e, les soldats seulement, car les officiers et sous-officiers doivent retourner à leurs dépots, après avoir remis leurs hommes. Donnez l'ordre que ces incorporations se fassent par procès-verbal (...)" (E. Picard, L. Tuetey : "Correspondance inédite de Napoléon 1er, conservée aux Archives de la guerre. T. III. 1809-1810" - Lettre 3089).

L'armée française concentrée sur le Danube prend en avril le nom d'Armée d'Allemagne. A ce moment, un fort peloton du 5e Hussards, envoyé en reconnaissance sur Schwartzenfeld et Schwandorf, détruit les ponts de la Naab. Il a rallié dans sa marche les postes de Waldmunchen et d'Erslau.

Le 9 avril, le 5e Hussards est à Burglengenfeld, et a 1 Escadron à Amberg; la Brigade Pajol est chargée de garder le haut Palatinat.

Le Colonel Delorme, commandant le département de Sambre-et­Meuse, et le Commissaire des guerres Marion, procèdent le 12 avril à Namur, en vertu du Décret du 9 mars précédent, à la formation d'une 9e Compagnie affectée au Dépôt.

 

- L'Archiduc Charles prend l'offensive

Trompette 5e Hussards, 1809 Hussard 5e Hussards, 1809 Trompette 5e Hussards, 1809
Trompette (et non Hussard) en dolman vers 1809-1810, d'après Berka "L'Armée française représentée en 18 feuilles... Die Französische Armee..."; ancienne Bibliothèque Raoul et Jean Brunon, Musée de l'Empéri, Salon de Provence
Trompette du 5e Hussards vers 1809 d'après J. Berka : "L'Armée française représentée en 18 feuilles... Die Französische Armee..."; Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, 4-OA-403; collection de Ridder, Gustave (1861-1945)
Hussard du 5e Hussards, sans date, d'après Ernest Fort (1868-1938) : "Uniformes des hussards sous la 1ère République, le 1er Empire et la Restauration II - 5e à 13e hussards"; Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945), PETFOL-OA-490(2); ce dessin a pour source Berka
Notre dessin, réalisé en 1992, sur la base de l'exemplaire de l'Empéri (D R)

L'Archiduc Charles, Généralissime des armées autrichiennes, prend l'offensive. Il passe avec sa principale armée l'Inn entre Wasserburg et Passau, franchit l'Isar à Landshut et marche sur le Danube. Combinant ses mouvements avec le Général de Bellegarde qui débouche des montagnes de la Bohême sur Ratisbonne, l'Archiduc tente de couper en deux l'Armée française échelonnée entre cette ville et Augsbourg.

Hussards 5e Hussards, 1809
Hussard en 1809 d'après un dessin de Albrecht Adam, publié dans la revue Uniformes N°92

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"Ce fut le 10 avril, dans la matinée, que le capitaine Daubenton, aide de camp du général Pajol, vint prévenir officiellement le colonel Dery que le comte de Bellegarde, commandant une division autrichienne, venait de signifier, au nom de l'empereur son maître, qu'il traiterait en ennemi quiconque s'opposerait à sa marche. L'annonce de cette nouvelle fut accueillie par le régiment aux cris répétés de Vive l'Empereur ! et, une heure après, les premiers coups de carabine de nos hussards furent le prélude de ce grand drame qui devait étonner toute l'Europe sous le nom de campagne de Wagram. Cette campagne fut bien certainement une des plus brillantes de l'Empire et Napoléon y donna de nouvelles preuves de cet immense génie qui le place au-dessus des plus grands capitaines des temps anciens et modernes.
La tranquillité indifférente avec laquelle l'Empereur avait laissé l'Autriche faire ses préparatifs de guerre avait inspiré une telle confiance à cette puissance, qu'elle se crut assurée dans la réussite du projet qu'elle avait conçu de chasser les Français de l'Allemagne et de l'Italie, et lorsqu'elle crut Napoléon embarrassé dans cette fatale guerre d'Espagne, elle ne balança point à rompre un traité qu'elle devait à sa magnanimité; mais celui-ci, trop clairvoyant pour se laisser surprendre, attendit son nouvel ennemi avec calme, assuré qu'il était de le faire repentir de sa téméraire entreprise. L'Empereur fit toutes les démarches possibles pour le maintien de la paix qu'il croyait nécessaire; mais, lorsqu'il vit qu'on attribuait à la crainte ce qui n'était que de la prudence, il n'hésita plus à accepter la lutte qu'on lui présentait et prouva de nouveau tout ce qu'on pouvait attendre des Français guidés par le génie, l'honneur national et le désir d'acquérir de la gloire.
Je ne retracerai de cette victorieuse campagne que les faits de la division de cavalerie légère du général Montbrun, et plus particulièrement ceux auxquels a participé le régiment dont j'avais l'honneur de faire partie en qualité de capitaine adjudant-major, et qui lui ont mérité plusieurs fois les éloges et les récompenses de l'Empereur. Je laisse à une plume plus savante de décrire les nombreux et sanglants combats qui ont illustré l'armée française dans cette courte période de quelques mois.
Ce fut donc, ainsi que je l'ai dit, dans la journée du 10 avril que la guerre fut dénoncée à notre général par un officier parlementaire et qu'aussitôt après commencèrent les hostilités. Ainsi le gant était jeté, ramassé, et la lice ouverte; il ne s'agissait donc plus que de combattre.
Le 11, j'accompagnai le colonel, dès la pointe du jour, dans l'inspection des postes avancés que j'avais placés la veille et qu'il trouva en règle.
Dans l'après-midi, le lieutenant Kister, envoyé en reconnaissance, rencontra un détachement considérable de hulans et d'infanterie devant lequel il crut prudent de se retirer sans se laisser entamer, mais en tiraillant jusqu'à la nuit en avant du village de Deblitz où une grand'garde vint le soutenir. Le lendemain, après avoir coupé un pont sur la Régen, nous fîmes notre jonction avec le 7e Hussards et le 11e Chasseurs formant la brigade du général Pajol. Nous laissâmes Ratisbonne à notre gauche et arrivâmes à neuf heures du soir au village de Bereshausen, où nous trouvâmes un bataillon d'infanterie, après avoir fait quinze lieues dans la journée. Le lendemain, nous joignîmes, au village de Daswang, le 13e léger avec lequel nous devions opérer. Nous y trouvâmes le général de division Montbrun, arrivant d'Espagne pour prendre le commandement de la division de cavalerie légère d'avant-garde, avec, pour aides de camp, les capitaines Guinard et Calon, et pour officcier d'ordonnance, le lieutenant Waldner, du 11e Chasseurs, beau jeune homme d'une grande famille d'Alsace. Nous fûmes d'autant plus satisfaits d'être sous les ordres de ce brave général qu'il jouissait à juste titre dans toute l'armée de la plus brillante réputation.
Il nous passa en revue et, se mettant à notre tête, il se dirigea sur Falzbourg où nous vînmes coucher avec le 13e léger.
Logé avec le colonel chez le curé de l'endroit, ce brave et digne homme déplorait les maux que la guerre allait entraîner, mais soumis aux décrets de la Providence, il nous offrit de bon cœur sa cave, sa basse-cour et sa cuisinière. Tous les habitants étant Bavarois, par conséquent nos alliés, nous accueillirent avec empressement, ne nous demandant autre chose que de ne pas laisser pénétrer l'ennemi dans leur pays. Mais malheureusement il n'en fut point ainsi par des raisons qui nous étaient inconnues alors et qui ne purent les garantir d'une courte invasion ; ce fut la nécessité où se trouvait l'armée française de faire une marche rétrograde afin de concentrer ses forces. Différents détachements envoyés en reconnaissance dans la journée annoncèrent la présence de l'ennemi et celle du prince Ferdinand dans la ville de Burglengenfcld que nous occupions la veille.
Dans la soirée, quelques coups de carabine ayant été échangés avec les Chasseurs du loup, excellents tireurs, deux de nos hussards furent tués et, près de Amberg, nous eûmes trois hussards tués et cinq blessés.
Le 15, le général Montbrun fit une reconnaissance sur Pfaffenhoffen avec le 5e Hussards. Un régiment de hulans en sortit aussitôt à l'approche du général Jacquinot, venant joindre la division avec le 1er et le 2e de Chasseurs; ces troupes avaient eu un engagement assez sérieux, la veille, contre des forces supérieures qui vainement avaient voulu empêcher notre jonction
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

Napoléon concentre son armée à Neudstadt. Le Maréchal Davout, flanqué sur sa gauche par la Division Montbrun, se porte de Ratisbonne sur Abensberg. Il est attaqué dans sa marche par une partie de l'armée ennemie. Ce jour-là, 19 avril, la Brigade Pajol se distingue entre Lukenpoint et Dizling où elle charge avec succès les Chevau-légers de Vincent et les Hussards de Stiptiz qu'elle bouscule. Elle est néanmoins forcée de se replier sur Pessing devant des forces très supérieures. Dans cette retraite, exécutée lentement et en bon ordre, le 5e Hussards perd les Hussards Giordanino et Micot, tués, et a comme blessés les Sous-lieutenants Richardot (coup de sabre à la main droite), Epinat (coup de feu qui lui fracasse la jambe gauche), Kauffer (coup de feu au côté gauche) et Gondouin (coup de sabre sur la tête et deux sur le bras), l'Adjudant Vollet (coup de sabre sur la tête et un autre sur la main droite; il a l'épaule démise et reste aux mains de l'ennemi) et le Hussard Acker (coup de sabre à la figure).

Martinien donne pour le combat devant Preissing, le Capitaine Kister, les Sous lieutenants Richardot, Epinat et Gondoin blessés.

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"Toutes ces marches et contre-marches avaient pour but de protéger les mouvements du maréchal Davout menacé par l'archiduc Charles qui, avec des forces très supérieures, venait de s'emparer de Ratisbonne et espérait refouler l'armée bavaroise de manière à empêcher sa jonction avec nos troupes. Cette situation assez critique demandait une prompte détermination. Sur les minuit, le chef d'escadron Hirn, du 5e Hussards, fut détaché avec cent chevaux et, dès la pointe du jour du 19, la division se mit en marche se dirigeant sur Abensberg. Peu d'heures après, en arrivant sur les hauteurs de Dislingen, nous vîmes déboucher l'ennemi avec des masses considérables ; la 5e compagnie du régiment fut aussitôt lancée en tirailleurs afin de laisser le temps au 7e léger de nous rejoindre. Aussitôt ce mouvement exécuté, le général, malgré la position désavantageuse dans laquelle il se trouvait et l'infériorité de ses troupes, nous fit manœuvrer avec le talent et l'intelligence qui lui était si familiers, afin de paralyser le plus possible les forces considérables que nous avions en face de nous. Mais l'ennemi, confiant dans sa supériorité, fit toutes ses dispositions d'attaque et commença par nous envoyer plusieurs boulets qui nous tuèrent quelques chevaux. Le 7e léger, aussitôt après nous avoir rejoints, marcha à la baïonnette droit aux batteries, aborda l'ennemi avec résolution et lui enleva deux pièces, tandis qu'un escadron du 7e Hussards fournissait une belle charge. Le général Montbrun, voyant alors que l'affaire allait devenir sérieuse et qu'il fallait en cette circonstance faire plus que son devoir pour tenir tête aux forces supérieures qui se développaient devant nous, vint à nos régiments, les passa en revue comme sur un champ de manœuvre malgré la mitraille et les boulets, et lança le 5e Hussards à la charge sur les hussards [.?] forts de près de 1200 chevaux ; la mêlée fut des-plus vives pendant quelques instants, mais, tournés par un régiment de hulans, nous fûmes obligés de nous replier sur notre brave infanterie qui rétablit bientôt le combat par ses décharges meurtrières. Une seconde charge que nous fîmes appuyer par le 11e Chasseurs fut terrible; nos hussards se battant avec la plus grande résolution, nous parvînmes à enfoncer nos adversaires que le 7e Hussards acheva de mettre dans la plus grande déroute en tuant beaucoup de monde dans sa poursuite.
Ce combat meurtrier eut le double avantage de tenir en échec un corps considérable qui se dirigeait sur Ratisbonne et de protéger la marche de flanc de la division Friant qui cherchait à faire sa jonction avec le maréchal Davout mais il coûta cher aux deux partis. Notre brave colonel y fut grièvement blessé, ainsi que cinq officiers et vingt-deux hussards, dont neuf restèrent sur place. De son côté, l'ennemi perdit beaucoup de monde et surtout dans la poursuite du 7e Hussards. Le général Montbrun déploya dans ce brillant combat une valeur et un talent qui lui méritèrent l'estime et l'admiration des troupes; il eut un cheval tué sous lui par un boulet, et le général Pajol, sabrant comme un simple hussard, reçut une légère blessure au bras.
Sur les quatre heures après midi, nous passâmes tranquillement un défilé par une pluie battante, ayant à notre tête le général Montbrun qui voulut fort galamment remplacer le colonel Dery transporté sur les derrières avec les autres blessés.
A la nuit tombante, le général prit position avec un bataillon du 7e léger au village de Peysing, et les trois régiments de cavalerie légère avec le reste du 7e léger se portèrent en avant sur la petite ville de Abbach, où nous nous établîmes militairement et passâmes une nuit fort tranquille
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

Le 20 avril, le Sous lieutenant Gallois est blessé au cours d'un combat près d'Eckmühl (Martinien).

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"Le 20, la division reprit, dès la pointe du jour, la position qu'elle occupait la veille afin de tenir en échec le corps du général Kollowrath pendant le mouvement du maréchal Davout sur Eckmühl où il voulait faire sa jonction avec l'armée bavaroise à la tête de laquelle l'Empereur venait de se mettre. Le plan de l'archiduc Charles, deviné aussitôt par Napoléon, consistait à couper notre armée afin d'écraser d'abord le maréchal Davout et détruire ensuite le second corps; il se croyait d'autant plus certain de pouvoir exécuter ce projet que ses forces étaient beaucoup supérieures aux nôtres et que Ratisbonne avait été obligé de capituler; c'est pourquoi l'Empereur avait fait dire au général Montbrun de tenir ferme dans sa position tandis qu'il allait attaquer l'ennemi pour empêcher sa jonction.
Tous ces mouvements exécutés avec une admirable précision devaient avoir pour résultat le brillant combat d'Eckmühl.
Des déserteurs qui arrivèrent à nos postes avancés nous apprirent qu'au village de Peysing nous avions combattu l'avant-garde d'un corps d'armée de 30000 hommes et 40 bouches à feu, dont l'intention était de se joindre à l'archiduc ; mais le général, sentant l'importance d'entraver ce mouvement, ne cessa pas de harceler l'ennemi. Nous eûmes dans la journée la triste nouvelle que le détachement sous les ordres du commandant Hirn, chargé de communiquer avec le maréchal Davout, avait éprouvé de grandes pertes et que son brave chef avait été tué par un boulet. Cette perte, nous fut d'autant plus sensible que l'absence du colonel allait laisser le régiment sous les ordres d'un chef d'escadron tout nouvellement arrivé au corps et qui, dans le combat de Peysing, avait montré une telle pusillanimité que tout le corps d'officiers l'avait déclaré unanimement indigne de le commander; le général Pajol, partageant cette opinion, déclara qu'il commanderait le régiment jusqu'au retour du colonel dont l'absence ne pouvait être longue, ayant fait dire qu'il espérait bientôt nous rejoindre, bien que forcé d'avoir le bras en écharpe.
Quant au chef d'escadron, il fut aussitôt dirigé sur le dépôt de France, sous prétexte d'organiser les renforts qui devaient nous arriver; mais, avant son départ, ce fut un sous-lieutenant du régiment qui lui signifia, au nom de tous les officiers, que s'il ne quittait pas la pelisse blanche il serait dénoncé à l'Empereur, et nous n'en entendimes plus parler
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

 

- Bataille d'Eckmühl

Le 22 avril, la situation du 5e Hussards est la suivante : Division de Cavalerie légère sous le Général Montbrun, Brigade Pajol, 5e Hussards : 3 Escadrons (Nafziger 809DAA - source : Buat, E., "Etude Critique d'Histoire Militaire, 1809, de Ratisbonne à Zanïm", Librairie Militaire R. Chapelot et Cie, Paris, 1909). Ce jour là a lieu la bataille d'Eckmühl; le Régiment avec la cavalerie de Montbrun, charge sur la chaussée d'Aback les Autrichiens en retraite sur Ratisbonne. Dans cette bataille, plusieurs brillants faits d'armes sont à l'actif du 5e Hussards : le Maréchal-des-logis Hartmann prend à l'ennemi un canon, 22 hommes et 6 chevaux.

Un Escadron du Régiment, soutenu par un autre du 11e Chasseurs et un troisième du 8e Hussards, charge les Dragons de Hohenlohe et les repousse.

Aux portes de Ratisbonne, la Brigade Pajol refoule les avant-postes autrichiens et fait charger les Uhlans de Meerfeld par deux Escadrons du 5e Hussards, qui entrent pêle-mêle avec eux dans la ville. Le Sous-lieutenant Galois est blessé dans ce combat.

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"Dans la journée du 22, nous fûmes renforcés par la brigade d'infanterie Boudet; ce renfort permit au général Montbrun de tenir en échec, par de fausses attaques, le corps du général Kollowrath, afin que l'Empereur pût exécuter ses grands mouvements.
Le 23, bataille de Ratisbonne ! Dès quatre heures du matin, la division se mit en mouvement en colonnes d'attaque, se dirigeant sur une belle position occupée par l'ennemi.
Nous tardâmes peu à nous trouver en présence d'une ligne de cavalerie qui semblait nous attendre avec résolution, mais, au moment de l'aborder, elle tourna bride avec le plus grand calme pour protéger le tardif mouvement du général Kollowrath cherchant à faire sa jonction avec l'archiduc Charles.
La mission du général Montbrun ayant eu un plein succès, il se dirigea aussitôt sur Ratisbonne dont nous approchâmes à une lieue de distance vers les neuf heures du matin, marchant dans une plaine immense, en colonnes par escadron; mais, découvrant bientôt une masse considérable qui venait à nous avec beaucoup d'ordre et de sang-froid, notre brigade fut mise aussitôt en ligne par régiment. Le général Pajol, à la tête du 5e Hussards et soutenu par le 7e, chargea avec une véritable fureur; pendant quelques instants, la mêlée fut des plus vives et nous parvînmes enfin à rompre l'ennemi; mais nous fûmes arrêtés dans notre poursuite par la vue d'une masse imposante débouchant dans le fond de la plaine, dont les ailes se déployaient pour nous envelopper. Nous crûmes un moment avoir affaire à toute la cavalerie autrichienne; mais cette incertitude fut de courte durée c'était Napoléon opérant sa jonction à la tête de l'armée bavaroise. Alors, le combat devint général dans cette plaine immense où l'apparition subite de l'Empereur produisit un effet électrique dans toute l'armée, saluée par les plus vives acclamations et accompagnée du bruit des canons et des feux de l'infanterie ; ce fut alors que commença véritablement la bataille dans laquelle notre division n'avait que préludé, car nous avions un général auquel son ardeur, sa bravoure et son audace ne permettaient pas de rester inactif dans un moment semblable.
L'ennemi, appuyé à Ratisbonne dont il était maitre, protégé par les hauteurs garnies de plusieurs batteries, présentait un front imposant, couvert par une ligne de cavalerie d'une grande étendue dont nous avions été à même d'apprécier la valeur une heure avant. Cependant, le général Montbrun ne balança pas de l'attaquer, encore bien qu'elle fut considérablement renforcée, car il sentait trop bien l'importance de ce mouvement qui devait protéger le déploiement des masses de l'Empereur.
Le général Pajol, toujours à la tête du 5e Hussards, nous conduisit à la charge en brandissant son sabre et arrivant le premier; nous culbutâmes tout ce qui offrit résistance, tandis qu'à notre gauche le 11e Chasseurs et le 7e Hussards, guidés par le général Montbrun, faisaient merveille. Poursuivant sans rélâche cette cavalerie en désordre, notre cavalerie ne s'arrêta qu'à un demi-quart de lieue de Ratisbonne, plusieurs décharges d'artillerie ayant ralenti notre ardeur. (Ce fut en ce moment qu'il m'arriva un fait que je citerai plus tard afin de ne point interrompre la marche de l'action générale.) L'Empereur, voulant profiter de l'enthousiasme que sa présence inspirait à l'armée, et de l'avantage qu'il avait obtenu en coupant en deux l'armée de l'archiduc par les charges réitérées de la cavalerie, ordonna au maréchal Lannes d'enlever la ville de Ratisbonne, malgré ses murailles fortifiées et une contrescarpe présentant de grands moyens de défense. Le maréchal, ayant connaissance qu'une brèche existait entre les deux portes, se mit à la tête d'un bataillon et, descendant dans le fossé, sous le feu meurtrier de l'ennemi, aborda la brèche, pénétra dans la ville et fit ouvrir la porte dite de Straubing.
La troupe surprise et démoralisée par une action aussi audacieuse, mit bas les armes; une nombreuse artillerie fut prise mais ce qu'il y eut de plus satisfaisant pour le maréchal, ce fut la délivrance du 65e de ligne qui avait été obligé de capituler dans les premiers événements de la campagne, commandé alors par le brave colonel Coutard, lequel cependant était parvenu à soustraire ses aigles.
Ainsi, en peu de jours et par les savantes manœuvres de l'Empereur, nous étions parvenus à réparer les débuts fâcheux de cette campagne, gagner les batailles de Tann, d'Abensberg et d'Eckmühl, vaincre dans les combats de Peysing, de Landshut et de Ratisbonne, démoraliser une armée de 180000 hommes avec moitié moins de forces, prendre 100 pièces de canon, 40 drapeaux, 50000 prisonniers, 3 équipages de pont, 3000 voitures attelées portant des bagages et toutes les caisses des régiments.
Ainsi cette armée qui comptait nous anéantir se trouvait réduite à défendre son territoire, malgré quelques succès passagers qu'elle payait ainsi fort cher.
Le soir de ce brillant combat, la cavalerie, harassée de fatigue, fut envoyée dans des villages. L'état-major du régiment, en venant prendre possession de la maison du curé, y trouva le général Saint-Sulpice qui nous permit de passer la nuit avec lui. Je fus fort heureux d'y rencontrer un vétérinaire qui pansa mon cheval de deux coups de sabre sur la tête, et d'y trouver pour nos chevaux des fourrages en abondance.
La ville de Ratisbonne, dont nous étions à un quart de lieue, offrait un spectacle horrible et aussi effrayant pour la troupe que pour les habitants. Les flammes s'étendaient dans différents quartiers, gagnant une place sur laquelle se trouvait un parc d'artillerie abandonné par les Autrichiens ; on était dans le plus grand effroi craignant à tout instant une explosion qui eût anéanti une partie de la ville.
Fort heureusement, la troupe parvint à éteindre le feu; mais une autre calamité vint se joindre à tant d'inquiétudes, ce fut le pillage avec toutes les horreurs d'une ville prise d'assaut : les cris des blessés, ceux des habitants dont on enfonçait les portes, le désespoir des malheureuses femmes livrées aux brutalités des soldats ivres, enfin une épouvantable confusion offrant un spectacle affreux que la nuit rendait encore plus horrible.
Nous apprîmes dans la soirée que l'Empereur avait été blessé d'une balle morte à la jambe, ce qui ne l'empêcha pas de monter à cheval pour parcourir le champ de bataille.
Le régiment eut dans cette journée deux officiers tués et cinq blessés; 74 hussards furent tués et 32 blessés plus ou moins grièvement; nos pertes provinrent surtout des décharges à mitraille près de la ville.
C'est ici le moment de retracer l'événement qui m'arriva dans la journée au moment de la confusion des charges successives que nous fîmes.
Plusieurs pelotons de cuirassiers et de chevau-légers autrichiens, s'étant jetés avec fureur sur le régiment, parvinrent à rompre notre ligne; je m'en trouvai séparé un instant, n'ayant près de moi que 5 à 6 hussards, et enveloppé par une trentaine de cavaliers ennemis, lorsque fort heureusement plusieurs tirailleurs du 7e léger se réunissant firent une décharge à bout portant qui abattit plusieurs hommes et mit les autres en fuite; alors, franchissant un ravin suivi de mes hussards, nous atteignîmes deux officiers qui se rendirent après quelques coups de sabre échangés ; un était blessé assez grièvement.
Je m'occupais de rassurer les deux prisonniers, lorsque le général de division N..., arrivant à nous, ordonna aux tirailleurs du 7e de les fusiller ; mon étonnement et mon indignation prouvèrent au général ma surprise d'un aussi affreux procédé. Je lui observai que ces prisonniers m'appartenaient, que ce serait manquer à toutes les lois de la guerre de les assassiner ainsi et que l'honneur me faisait un devoir de m'y opposer; les tirailleurs de leur côté semblaient répugner à une action aussi barbare; mais le général renouvela impérativement son ordre, reconnaissant, disait-il, ces deux officiers pour l'avoir vivement poursuivi dans l'intention de le tuer et n'ayant trouvé son salut que dans la fuite (il avait même perdu son chapeau); il m'enjoignit de me retirer sous peine de me faire sévèrement punir.
J'éprouvais la plus vive indignation et mon exaspération était au comble en présence d'un attentat aussi abominable.que la discipline m'imposait de laisser commettre, et je vis en m'éloignant ces deux malheureux tomber frappés de plusieurs balles. Sous l'impression de cet horrible événement, j'en rendis compte au général Montbrun en présence du général Lebrun, aide de camp de l'Empereur, qui m'engagèrent prudemment au silence sur un fait qu'ils sentaient aussi bien que moi être une infamie, mais la qualité du personnage était telle qu'ils eussent été très fâchés s'il avait eu connaissance de mon rapport.
Cependant, sur les quatre heures du soir, le combat étant terminé, le général Pajol me fit accompagner sur le terrain où cette affreuse scène avait eu lieu, par le capitaine Vérigny, son aide de camp; nous y trouvâmes ces malheureux officiers mourants que les tirailleurs du 7e léger avaient laissés sans les dépouiller. Nous nous empressâmes de les transporter dans un vaste couvent dont on avait fait une ambulance ; je les fis panser devant moi et j'eus la satisfaction d'en être reconnu; mais ils purent à peine exprimer leur reconnaissance des soins que je leur prodiguais. Je leur laissai quelques pièces d'or et les recommandai aux soins d'un chirurgien, les quittant avec le vif regret
de n'avoir pu leur éviter un sort si cruel. Un d'eux, moins grièvement blessé, m'apprit qu'il se nommait le comte de Wratizlaw, frère d'un aide de camp de l'archiduc Charles, et son camarade le baron de Frank, tous deux officiers aux chevau-légers de Klenau.
Au moment où j'allais quitter ces malheureuses victimes un de mes amis particuliers, le capitaine Trobriant, aide de camp du maréchal Davout, arrivait pour organiser l'ambulance ; il me promit toute sa sollicitude envers ces infortunés dont l'un, Frank, succomba quelques jours après et l'autre échappa miraculeusement à la mort
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

 

- Poursuite sur Vienne

Montbrun continue la poursuite. La Brigade Pajol se porte sur Lapperstorf et Regenstauf et s'empare de Nittenau après un combat acharné contre l'arrière-garde de l'armée autrichienne, qui brûle le pont de la Regen après l'avoir traversé. Pendant le rétablissement du pont, Pajol passe la rivière à gué, tombe sur les traînards ennemis et fait des prisonniers.

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"Le 24, la division de cavalerie légère traversa Ratisbonne à la pointe du jour, se portant en avant, au delà du pont du Danube où elle prit position en attendant les ordres que je fus chargé d'aller chercher près le prince de Neuchâtel. Ce fut l'Empereur lui-même, causant avec le prince sur un petit mamelon, qui me les donna :
«Partez sur-le-champ, me dit-il, avec deux hussards, remontez la rive droite de la Régen jusqu'à ce que vous ayez des renseignements positifs sur la marche de l'ennemi, pour en donner avis au général Montbrun qui agira d'après votre rapport, et surtout qu'il soit de la plus parfaite exactitude.»
Telles furent les expressions de l'Empereur. Il les accompagna d'un petit signe de tête bienveillant, qui me combla de joie en me prouvant qu'il m'avait reconnu.
Je vins rendre compte au général de l'ordre dont j'étais porteur et partis aussitôt avec mes deux hussards remontant au galop les bords de la Régen jusqu'à la hauteur de la ville de Regenstauff, placée sur l'autre rive, dont le pont était rompu. Deux pelotons de Chasseurs du loup, placés près des maisons, nous saluèrent de plusieurs coups de carabine et partirent; j'envoyai aussitôt un hussard donner avis au général que l'ennemi se retirait dans la direction de la Bohême et me fis envoyer une barque par les habitants; la crainte les fit obtempérer à mon ordre. Presque au même moment arrivait le général avec une escorte de 25 hussards, quatre passèrent avec moi dans la barque : le bourgmestre, avec la municipalité et nombre d'habitants, nous attendait sur le bord du fleuve avec des démonstrations craintives, mais tout prêts à subir les conséquences de leur position. Je signifiai au nom du général de réparer le pont, ce qui fut exécuté avec promptitude; pendant ce temps, j'interrogeais trois fantassins restés dans un cabaret et qui se disaient déserteurs; ils m'apprirent que l'archiduc Charles, avec une partie de l'armée et beaucoup d'équipages, se retirait sur Wittenau, dans la direction de la Bohême.
Aussitôt la division arrivée, le général disposa la cavalerie au bivouac en avant de la ville où vint s'établir le 13e léger qui avait remplacé le 7e. Plusieurs détachements furent à la suite de l'ennemi et ramassèrent un assez grand nombre de traînards et plusieurs voitures d'équipage. Le général me fit partir le lendemain, à la pointe du jour, pour faire au prince de Neuchâtel le rapport des détails qu'il avait sur la marche de l'ennemi et recevoir les ordres de l'Empereur qui ne me furent expédiés que dans la journée. Le soir j'arrivai à Kirn où devait s'arrêter la division, mais notre infatigable général, jaloux de joindre l'ennemi, l'avait atteint à Nittenau et avait enlevé, malgré sa vive résistance, une assez belle position dans laquelle l'arrière-garde s'était retranchée; je m'établis pour la nuit dans le château de Kirn avec mon ordonnance ; une aimable baronne m'y donna l'hospitalité et n'osa pas me refuser de coucher dans le lit où s'était reposé l'archiduc Charles l'avant-veille.
Le 26, au moment où je rejoignais la division, le général Montbrun se portait sur Pruk; mais l'ennemi était tellement en force pour protéger sa nombreuse artillerie et ses gros équipages, que le général fut obligé d'attendre l'arrivée de son infanterie. Le soir, nous trouvâmes la ville évacuée et le général me garda près de lui, ayant à me donner des instructions sur une mission que je devais remplir.
Le 28, je me mis en marche avec 50 chasseurs du 11e, 50 hussards du régiment et 120 hommes du 13e léger, avec l'ordre de ne jamais perdre l'ennemi de vue, le talonner continuellement, sans cependant m'engager trop, puisque je pouvais me trouver à une distance assez considérable de la division, bien qu'elle dût appuyer mes mouvements. Cette honorable mission devait appartenir à un officier supérieur, mais le général, rempli de bienveillance à mon égard, profita de la circonstance où le régiment était sans chef d'escadron pour m'en faire remplir les fonctions, bien convaincu que je répondrais de mon mieux à cette marque de confiance. Nous nous dirigeâmes d'abord sur la petite ville de Rœting, baignée par la Régen ; deux escadrons de chevau-légers et à peu près 300 hommes d'infanterie étaient au bivouac en avant de la ville; bientôt sous les armes, cette troupe se mit en position de s'opposer à notre entrée; cependant les tirailleurs seuls s'engagèrent pendant plus d'une heure. Enfin, sur les cinq heures du soir, l'ennemi effectuant sa retraite, nous le chargeâmes dans la ville, le harcelant pendant près d'une lieue; deux chasseurs et trois fantassins furent blessés. A la nuit, nos postes établis près le village de Falkenstein et nos vedettes placées à une portée de pistolet, nous restâmes sur pied, sans feu, par une pluie continuelle.
A minuit, le lieutenant Pierre, à la tête de dix hussards et 25 fantassins, enleva deux postes entiers avec la plus grande audace et par la surprise la plus hardie. J'envoyai au général deux officiers, 23 prisonniers, une cantinière et, lui rendant compte de ma journée, je le prévenais que probablement nous éprouverions de la résistance au passage de la rivière.
Le lendemain, tous les postes relevés à quatre heures du matin, nous nous mîmes en marche à la suite de l'ennemi qui ne s'attendait pas à nous trouver si matinals; aussi ramassâmes-nous quelques traînards qui m'apprirent qu'il y avait de la confusion dans la marche des voitures d'équipages.
Deux chevau-légers déserteurs m'affirmèrent l'évacuation de la ville de Cham, sur laquelle nous nous portâmes aussitôt; un pont rompu fut à l'instant réparé par les habitants et nous y rafraîchîmes une heure pour nous mettre à la suite de l'ennemi dans la direction de Furth et Neumarck, où nous l'atteignîmes une lieue en avant de ce dernier endroit, dans une position momentanée, derrière un marais d'où il nous envoya une grêle de coups de fusil.
Quarante hommes du 13e léger, appuyés de 25 chevaux, les débusquèrent au prix de deux hussards et de quatre fantassins. Le lieutenant Scheglinsky, du 5e Hussards, tua de sa main trois chasseurs du loup et en prit huit. Cette troupe se retirant en désordre nous laissa maîtres de 4 voitures d'équipage dont nous nous emparâmes sans la moindre résistance. Peu de temps après ce petit combat, un officier supérieur autrichien se présenta comme parlementaire, se disant porteur d'une lettre de l'archiduc Charles pour le général commandant l'avant-garde; je lui fis dire qu'il eût à se retirer ou que j'allais le faire prisonnier mais, sur de nouvelles instances et sa parole d'honneur que sous le pli de la lettre du général, il y en avait une pour l'Empereur, je jugeai la chose assez importante, pour me faire conduire l'officier les yeux bandés. Il parlait parfaitement le français, s'exprimant dans les meilleurs termes. Il me réitéra ce qu'il m'avait fait dire, et ajouta qu'il avait l'ordre de son chef de remettre à l'Empereur même une autre lettre particulière dont il était porteur et qu'il me montra. J'en conclus que l'archiduc croyait toute l'armée à sa poursuite et qu'il était loin de prévoir le grand mouvement opéré par Napoléon, mais que, dans cette incertitude, il voulait, sous le prétexte d'un parlementaire, connaître la vérité. Dans tous les cas comme je n'étais pas à l'avant-garde pour parler mais agir, je signifiai à l'officier autrichien que j'allais le faire conduire près de notre général, en l'assurant que, puisqu'il devait remettre sa missive à l'Empereur, il ne reviendrait pas de si tôt, ce qui parut le contrarier beaucoup. En effet, un brigadier et quatre hommes l'escortèrent sur les derrières et, aussitôt après ce petit accident nous continuàmes notre mouvement.
Sur les quatre heures après midi, nous eûmes un nouvel engagement avec un escadron de hussards hongrois et une cinquantaine de tirailleurs du loup; la mêlée fut assez vive : un officier hongrois y fùt tué par un maréchal des logis du régiment, cinq de mes hommes y furent blessés, ainsi que mon cheval; nous poursuivîmes l'ennemi jusqu'à un petit hameau à l'entrée duquel se trouvait masqué un escadron de hulans qui nous chargea avec d'autant plus d'avantage que nous étions désunis. Entouré par trois hulans qui cherchaient à m'entraîner, je me serais difficilement tiré d'affaire, sans le lieutenant Scheglinsky qui, arrivant ventre à terre avec le reste de la troupe qui était en réserve, me sortit de la mauvaise position où je me trouvais. L'ennemi, croyant qu'une masse de cavalerie allait fondre sur lui, tourna bride, abandonnant ses tirailleurs du loup qui se réfugièrent dans les maisons du hameau où nous les ramassâmes tous. A cette nouvelle échauffourée j'eus deux hommes tués et trois blessés; quatre hulans furent pris et grièvement blessés. Nos bivouacs furent établis en avant du village où nous passâmes tranquillement la nuit.
Le 30, à peine le jour commençait à paraître, que deux coups de carabine tirés des vedettes nous donnèrent l'éveil. Un hussard vint m'annoncer que nous allions être attaqués par une colonne d'infanterie qui marchait sur nous. Je fis aussitôt mes dispositions non seulement pour lui faire une bonne réception, mais pour aller au-devant ; déjà deux pelotons de cavalerie étaient prêts à entrer en charge, lorsqu'on me prévint que cette colonne se composait de 300 Autrichiens désertant avec armes et bagages, lesquels nous apprirent que l'archiduc Charles se dirigeait sur Vienne avec 40000 hommes, n'ayant laissé pour nous tenir tête qu'un corps de 5 ou 6000 hommes. Je dirigeai de suite ces déserteurs sur le derrière, en faisant connaître au général les renseignements qui venaient d'être donnés et nous nous remîmes en marche. Sur les midi, je me trouvai en face de trois bataillons hongrois, deux escadrons de hulans et deux pièces de canon occupant une belle position à cheval sur la grande route, un marais à droite et un bois taillis assez épais sur la gauche, probablement garni de troupes; une plaine assez étendue nous séparait sans qu'il me vînt à l'idée de la franchir, me trouvant hors d'état de pouvoir attaquer des forces aussi supérieures, me contentant de laisser apercevoir quelques détachements, tout en nous tenant sur la défensive, jusqu'à ce que le général, que j'avais prévenu, m'eût envoyé des renforts ou m'eut fait connaître ses intentions.
Nous restâmes ainsi en position jusqu'à six heures du soir sans tirer un coup de carabine; mais alors arrivèrent, pour me relever, le général Pajol avec le 7e Hussards, deux bataillons du 13e léger et deux pièces de campagne. Cette force se mit aussitôt en devoir d'attaquer en me laissant en réserve avec ma troupe.
Une heure après, l'ennemi complètement repoussé, le général Pajol me donna l'ordre de me rendre au quartier général de la division où j'arrivai avant la nuit.
Le général Montbrun, attendant des renseignements sur les mouvements de l'Empereur, garda sa position, tandis que le maréchal Davout exécutait une manœuvre de flanc sur notre droite pour dégager la rive droite du Danube
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

Selon l'Historique régimentaire, un Sous-officier du 5e Hussards se distingue également d'une façon exceptionnelle. Un Escadron du Régiment, lancé sur la route de Burglenfeld, a détaché un peloton commandé par le Maréchal-des-logis Beaumont. Ce peloton charge un détachement ennemi composé de 60 Chasseurs à pied sous les ordres d'un Officier, en fait tous les hommes prisonniers et les ramène au Régiment.

Le 1er mai, Maurice de Tascher, du 12e Chasseurs, note dans son journal : "Nous avons aujourd'hui passé la revue du général de division Montbrun et manoeuvré devant lui près de Cham. La division est composée des 5e et 7e hussards, des 11e et 12e chasseurs" (M. de Tascher : Le journal de campagne d'un cousin de l'Impératrice, 1806-1813).

Pour cette période, Martinien donne le Chef d'Escadron Hirn, blessé le 3 mai 1809 au combat d'Abensberg et mort le 11 (Espinchal le donne mort bien avant ! L'Historique régimentaire le donne mort à Ebersberg - voir plus bas !).

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"Le 2 avril (plus certainement le 2 mai), le général Montbrun fit un rapport à l'Empereur sur les mouvements de sa division et ceux de l'ennemi, l'informant que, par les instructions du maréchal Davout qu'il venait de recevoir, il allait marcher sur Regen pour ensuite balayer la rive droite du Danube, laissant en observation un bataillon du 13e léger avec le 11e Chasseurs. Il demandait à la suite de son rapport plusieurs récompenses et me fit voir qu'il me désignait pour la croix d'officier de la Légion d'honneur, me chargeant en outre d'être le porteur de ses dépêches et de celles que je devais d'abord remettre au maréchal Davout, en passant à son quartier général établi à Passaw, cette môme ville où huit ans auparavant, n'ayant que seize ans et pauvre émigré, j'allais avec l'Armée de Condé dans la Pologne, ainsi qu'on a pu le voir dans la première partie de cet ouvrage. Cette double faveur me donna la conviction de l'intérêt que le général voulait me porter et dont il ne cessait de me donner des preuves depuis qu'il était à notre tête.
Voici la copie textuelle de ma mission, pièce jointe à mes brevets.

ÉTAT-MAJOR GÉNÉRAL Division de cavalerie légère.
Armée d'Allemagne.
3e CORPS

Il est ordonné à M. d'Espinchal, capitaine au 5e Hussards, de partir sur-le-champ pour se rendre au grand quartier général impérial porteur de dépêches très pressées pour S. M. l'Empereur et Roy.
Les autorités civiles et militaires sont invitées à lui faire donner des chevaux nécessaires et à le protéger de manière à ce qu'il n'éprouve aucun retard dans la mission dont il est chargé.
Le présent ordre lui servira pour aller et son retour.
Au quartier général à Chacub, 3 mai 1809.
Le général de division,
Signé : L. Cte MONTBRUN.

Je remis au maréchal Davout les dépêches qui le concernaient. Il me fit le meilleur accueil, me promit d'appuyer la demande du général, m'engagea à déjeuner et, aussitôt après, me donna pour compagnon de voyage le capitaine Mieroslawski, un de ses aides de camp, porteur aussi de dépêches pour Sa Majesté Impériale.
Nous traversâmes la ville de Scharding entièrement consumée et fumante encore, à la suite d'un combat sanglant dans lequel les Autrichiens avaient fait la plus vigoureuse résistance, en se défendant plusieurs heures dans les rues. Nous rencontrâmes aussi dans la journée les divisions d'infanterie Friant et Morand se dirigeant sur Lintz.
Entre minuit et une heure du matin, il nous arriva une alerte assez vive dont nous manquâmes d'être victimes : nous cheminions tranquillement sur une chaussée superbe, resserrée entre le Danube et une montagne, et nous n'étions plus qu'à une demi-lieue de Lintz, lorsque, tout à coup, au tournant de la route, nous fumes tirés d'une espèce d'assoupissement dans lequel nous étions plongés par une sentinelle qui cria «Wer da ? » (qui vive ?). Son costume, sa langue et l'introduction de sa carabine dans notre calèche ne nous laissèrent aucun doute qu'un petit poste tyrolien eût passé le fleuve dans une barque.
Mon camarade, fort, vigoureux et doué d'un admirable sang-froid, saisit l'arme par le canon pour la détourner, tandis que, sautant à bas de la voiture par la portière opposée, je pris l'homme à la gorge en le menaçant de lui passer mon sabre au travers du corps s'il prononçait un mot; tout cela fut exécuté aussi rapidement que la pensée, mais notre postillon, saisi de frayeur, fouetta ses chevaux nous laissant sur la grand'route avec la carabine que le soldat avait abandonnée en nous échappant, n'ayant d'autre ressource, pour éviter le sort qui nous attendait, que de gravir la montagne bordant la route et de nous blottir dans un trou pour attendre le jour. Ce petit poste, qui effectivement avait traversé le fleuve, se composait de six hommes : il passa au-dessous de nous, cherchant à nous découvrir, mais, dans la crainte d'être surpris lui-même par l'éveil que pouvait avoir donné notre postillon en approchant de la ville, il ne tarda point à s'embarquer, ce que nous reconnûmes par le bruit des rames; alors, mon compagnon de voyage faisant feu de la carabine qu'il tenait, nous sautâmes sur la route où, peu d'instants après, nous fûmes rejoints par un poste français attiré par le bruit de l'explosion, fort satisfaits d'en avoir été quittes pour la peur. Nous trouvâmes notre voiture arrêtée aux portes de la ville sans que le conducteur eût rendu compte de l'événement, ce qui lui valut une bonne volée de coups de bâton pour prix de sa fuite et de son silence puis, nous fûmes à la poste changer d'équipage et repartîmes aussitôt pour continuer notre route. En traversant la ville d'Ebersberg, nous eûmes un horrible spectacle, plus de 2000 cadavres gisaient dans les rues, presque tous brûlés et rôtis par le feu, un combat sanglant et terrible ayant été livré l'avant-veille par le général Claparède au passage de la Traun, à la suite duquel s'était joint un affreux incendie. Nous nous empressâmes de quitter cet horrible théâtre de carnage pour arriver au quartier impérial où je remis aussitôt mes dépêches au prince de Neuchâtel. Peu de minutes après, il me fit entrer dans une chambre où se trouvait l'Empereur assis à côté d'une table sur laquelle se trouvait une grande carte déployée. «Eh bien ! me dit-il, le général Montbrun prétend que l'archiduc marche en personne sur la Bohême et le parlementaire qu'il vient de m'envoyer assure qu'il est à Vienne; que dois-je croire ? - J'aurai l'honneur d'affirmer à Votre Majesté, répondis-je, que l'assertion du général est de la plus parfaite exactitude, car je l'ai remplacé dans son lit au château de Kirn, et que, chargé de suivre son arrière-garde, les prisonniers disaient tous qu'il était toujours à la tête de l'armée. Alors, il veut jouer au fin, dit l'Empereur, en regardant le prince de Neuchâtel, mais je ne serai point sa dupe. C'est bien, vous attendrez mes dépêches», et il me fit un signe de tête m'indiquant que j'eusse à me retirer. Le prince, sortant avec moi, me dit d'aller manger avec ses aides de camp; parmi eux, je trouvai Edmond de Périgord qui, en bon parent, m'offrit de partager son gite; il m'apprit que mon frère avait été blessé de plusieurs coups de sabre non dangereux et que, transporté à Augsbourg pour y être soigné, le roi de Bavière, qui s'y trouvait, l'avait accueilli avec toutes sortes de bontés.
A la table de la maison du prince, se trouvait l'aide de camp de l'archiduc Charles dont avait parlé l'Empereur; ses manières franches, son ton parfait et ses expressions remplies de cordialité nous mirent bientôt en rapport. Sur ma demande s'il connaissait un jeune officier des chevau-légers de Klénau du nom de Wratizlaw : «Hélas ! me répondit-il, c'était mon frère que j'ai eu le malheur de perdre à Ratisbonne. Rassurez-vous, lui répondis-je, il n'est que blessé et en voie de guérison; ayant été assez heureux pour lui être utile, je l'ai recommandé aux soins particuliers de l'administration de l'ambulance établie dans un couvent prés de Ratisbonne; si vous désirez lui écrire, je m'engage à lui faire parvenir votre lettre.» Il est facile de concevoir le bonheur éprouvé par le comte qui croyait son frère perdu. Sa reconnaissance était aussi expressive que bien sentie, et nous nous séparâmes le soir, pénétrés l'un pour l'autre d'une estime réciproque.
Sur les dix heures, je reçus les dépêches du prince de Neuchâtel, parmi lesquelles se trouvait une lettre de l'Empereur pour le maréchal Davout qui m'apprit, lorsque je la lui remis, que je trouverais la division de cavalerie légère au bivouac près de l'abbaye de Saint-Floréan.
En effet, je rejoignis le général Montbrun dans ce magnifique monastère, où il m'ordonna de rester près de lui, prétendant avec sa bonté habituelle que ma présence lui était nécessaire. Il est vrai de dire que ses deux aides de camp ne pouvaient guère lui être utiles sous beaucoup de rapports (et qu'à cette époque il n'y avait pas d'école d'état-major). L'un était fils d'une bonne fermière qui avait été la nourrice du général; frappé par la conscription, il devait son avancement à la protection de son frère de lait qui lui portait un véritable attachement, malgré que son éducation laissât beaucoup à désirer, mais il la remplaçait par un dévouement sans borne.
Le second, maréchal des logis de chasseurs, avait sauvé la vie de son colonel au prix de plusieurs blessures dont il avait failli mourir, et, en reconnaissance, le général l'avait assuré qu'il ne se séparerait jamais de lui ; c'était la loyauté personnifiée, la bravoure incarnée ; son sabre l'avait aussi bien protégé que la reconnaissance de son chef, mais il était peu propre à remplir certaines fonctions d'aide de camp, hormis celles du champ de bataille où son intrépidité était au-dessus de tout éloge.
Le général passa la journée du 8 dans cette magnifique abbaye, où, malgré la quantité de troupes qui y avaient passé et les contributions un peu forcées qu'on en avait retirées, nous fûmes traités de la manière la plus splendide.
Nous visitâmes ce riche couvent renfermant une église de la plus grande beauté, une bibliothèque superbe dans laquelle se trouvaient de précieux manuscrits ; une galerie de tableaux fort estimés et une pharmacie remarquable.
Ces bons moines, encore tout émus de ce qu'ils voyaient et avaient éprouvé, nous dirent que le jour du combat d'Ebersberg, quinze chasseurs avaient emporté plus de 100000 écus en or ou en pierreries.
A six heures du soir, la division reçut l'ordre de se porter sur Mölk pour y prendre position ; il nous fallut marcher toute la nuit au milieu de l'intanterie se dirigeant sur Saint-Polten, où les Autrichiens, disait-on, voulaient livrer bataille afin de donner le temps à l'archiduc de venir défendre Vienne. Mais l'activité de Napoléon et l'ardeur de nos troupes déjouèrent ce projet, et, lorsque le prince se présenta, la capitale était au pouvoir des Français.
Le 9, le général Montbrun, en vertu des instructions particulières de l'Empereur apprenant la retraite précipité des Autrichiens, me fit partir avec 25 hussards pour disposer les bivouacs de sa division dans la position qui lui était assignée et établir son quartier général dans l'abbaye de Mölk.
Je trouvai cet endroit encombré par les équipages de plusieurs généraux, quantité d'employés et de nombreux parasites suivant l'armée; je fis tout évacuer en vertu de l'ordre dont j'étais porteur et, laissant 20 hussards avec un lieutenant en garde de cette position, je vins trouver le général au château de Schwalbourg où il devait passer la journée. Ce beau manoir, appartenant au comte Tintiz, offrait un spectacle de dévastation épouvantable ; plus de 500 fantassins de la division Molitor y étaient établis, pillant, bouleversant tout, brisant et enfonçant portes et fenêtres, enfin, saccageant de la manière la plus affreuse cet endroit naguère si beau, si riche et si gracieux.
Ce fut avec toutes les peines imaginables que le général put parvenir à chasser ces misérables, indignes du nom de Français. Son aide de camp, le capitaine Guinard, éprouvant une résistance offensive de la part d'un groupe de ces malheureux, en tua un d'un coup de sabre, en blessa deux et précipita le quatrième d'un balcon à la hauteur de trente pieds tandis que, dans ce même moment, le général Pajol, surprenant un soldat qui venait de voler un crucifix d'argent dans la chapelle du château, le faisait fusiller, ce qui détermina sur-le-champ la retraite des autres. Pendant la nuit, un officier d'ordonnance de l'Empereur vint changer les premières dispositions du général en lui prescrivant de se porter sur Mautern, rive droite du Danube, afin de couvrir la gauche de l'armée pendant le mouvement du centre qui marchait sur Vienne.
Le 10, à huit heures du matin, nous occupions ce poste important d'où le duc de Rovigo venait de chasser l'ennemi en le contraignant à passer sur la rive gauche du fleuve.
Le 5e Hussards fut placé au bivouac près et en avant de la petite ville de Furth; le 7e Hussards à Ballol, le 13e léger à Mautern avec l'artillerie, et le quartier général dans la magnifique abbaye de Gottveig dominant le Danube, dont elle est séparée par une plaine d'une lieue de largeur.
La position de la division avait le double avantage, non seulement de protéger les mouvements de l'armée, mais encore de maintenir en face de nous des forces considérables dans la crainte que nous ne franchissions le Danube.
Ce même jour arriva de France un chef d'escadron avec 85 hussards et nous eûmes aussi des nouvelles de notre brave colonel, donnant l'espoir de nous rejoindre bientôt avec trois officiers, ses compagnons d'infortune, les deux autres ayant succombé à leurs blessures.
Le couvent de Gottveig n'ayant pas été visité par nos troupes, nous y trouvâmes d'abondantes ressources, surtout en vin et en fourrage, amassées pour approvisionner l'armée autrichienne et que l'attaque vive du duc de Rovigo avait empêché de faire évacuer de l'autre côté du fleuve
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

Martinien donne le Lieutenant Laborderue, blessé le 12 mai au cours d'un combat devant Vienne.

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"Dans la matinée du 12, le général fit des démonstrations d'attaque pour passer le Danube ; plusieurs pièces de canon placées en face de Stein et Krems sur la rive gauche firent quelques décharges suivies de la sommation de nous envoyer toutes les barques qui étaient sur cette rive; mais, pour réponse, elles furent en partie incendiées par les habitants, but que voulait atteindre le général, qui apprit dans la soirée qu'un simple corps d'observation venait d'être laissé en face de nous, les Autrichiens concentrant toutes leurs forces vis a-vis de Vienne.
Le 13, notre infanterie légère fut relevée par la brigade Leclerc qui tirailla toute la nuit avec l'ennemi, sur une alerte que produisirent une grande quantité de poutres et de madriers détachés d'un pont en construction, et trois grands bateaux voguant seuls; nous parvinmes à en saisir deux, et l'ennemi s'empara du troisième.
Le 14, le général Montbrun reçut l'ordre de se rendre de sa personne près de l'Empereur, laissant le commandement de sa division au général Pajol.
Le 16, le maréchal Davout vint visiter notre position qu'il renforça du 15e d'infanterie et de six pièces de canon, sur l'avis qu'un corps de 7 à 8000 hommes venait de s'établir en face de nous.
Pendant cette même nuit, l'ennemi fit un débarquement vis-a-vis les postes du 7e Hussards, aux villages de Zwenterdorff et Pischastoff. Le capitaine Bro, qui commandait cette ligne, repoussa vivement cette attaque, tua plusieurs hommes et fit une quinzaine de prisonniers. Dans ce même instant, 300 Autrichiens débarquaient à gauche, au village de Arnsdorff. Un chef de bataillon et un capitaine du 7e de ligne, occupés à frapper une réquisition de pain chez le bourgmestre, furent enlevés, ainsi qu'un aide de camp du général Leclerc et une douzaine d'hommes qui les accompagnaient. Ce même jour nous apprîmes que le général Montbrun prenait momentanément le commandement d'une division qui était à Brug avec la mission d'opérer la jonction de l'Armée d'Italie qui était en marche.
Le lendemain, envoyé en parlementaire à Stein, de l'autrc côté du Danube, les officiers autrichiens me reçurent avec toutes sorte d'égards et d'honnêtetés; je remis au commandant des troupes, le comte de Salens, une somme de 1200 francs pour les officiers pris dans la nuit du 17.
Vainement je tâchai de pénétrer dans la position des Autrichiens pour connaître approximativement leurs forces ; ils paraissaient trop bien sur leurs gardes, et je dus me retirer, ma mission remplie.
Dans la soirée, le général Pajol reçut l'ordre de se diriger le lendemain sur Vienne, avec le 11e Chasseurs, le 7e Hussards, deux escadrons du 5e, et le 7e d'infanterie légère, laissant le reste des troupes en observation sur le point que nous abandonnions
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

Le 20 mai, la Brigade Pajol fait partie du 3e Corps (Davout) et se trouve sur le Danube, près de Vienne. A cette époque, la Brigade Pajol est la seule cavalerie dont dispose le 3e Corps.

"Le 21, nous arrivâmes sur les midi à Tulbing, ayant fait huit lieues.
Au moment de notre entrée dans cet endroit peu éloigné du Danube, nous nous trouvâmes, par une coïncidence extraordinaire, en face d'un corps autrichien de 300 hommes qui, ignorant notre marche, venait de faire un débarquement. En moins de dix minutes, ils furent tous enlevés sans qu'un seul pût passer sur l'autre rive pour annoncer cette nouvelle. Nous reçûmes ce même jour des nouvelles d'un escadron du régiment commandé par le capitaine Mexmer détaché, avec d'autres troupes, sous les ordres du major Ameil, pour opérer en partisan sur la rive gauche du Danube.
Ce corps avait eu plusieurs affaires assez chaudes, dans l'une desquelles un de mes amis particuliers, le lieutenant Laborderie, avait été fait prisonnier et grièvement blessé.
Le 22. - Bataille d'Essling. Le 7e léger, dont la marche ne pouvait être aussi rapide que la nôtre, quitta Tulbing à la petite pointe du jour, se dirigeant sur l'ile de Lobau afin de participer, ainsi que nous, au combat qui devait avoir lieu.
Ce mouvement que nous devions suivre quelques heures après, devait nous conduire au village de Neusdorff sur le Danube, où de nouveaux ordres devaient nous être donnés pour passer le fleuve et entrer en ligne.
Arrivés la hauteur de Klosterneubourg, obligés de changer de direction pour éviter le feu de l'artillerie ennemie qui foudroyait la route que nous suivions, nous gravîmes une montagne au sommet de laquelle nous eûmes le magnifique coup d'œil des deux armées en présence, combattant avec un acharnement remarquable. Nous suivions avec anxiété les marches et contremarches des troupes, le développement des masses d'infanterie, les positions prises et reprises, les charges de cavalerie, les effroyables détonations de l'artillerie. Enfin, tous les détails de cet horrible drame de sang et de carnage offrirent à nos regards, pendant les deux heures de repos que nous prîmes, l'aspect vivant de ce panorama épouvantable.
L'armée autrichienne, sous les ordres de l'archiduc Charles, avait un total de 90000 hommes avec 228 pièces de canon. Napoléon n'avait que 35000 combattants en ligne, tandis que le reste de ses troupes défilait avec lenteur et que la plus grande partie de son artillerie était encore dans l'ile de Lobau. Les colonnes ennemies débouchèrent dans la plaine vers quatre heures du soir et l'action commença par une attaque vigoureuse sur la gauche, afin de couper les communications et intercepter le passage du Danube.
Trois fois les Autrichiens essayèrent d'emporter le village d'Aspern et trois fois ils furent repoussés. On se battait avec acharnement dans les rues, dans les maisons, dans les granges; nous eûmes un régiment de cavalerie entièrement détruit.
Il est difficile de pouvoir dépeindre un spectacle aussi majestueusement affreux, dont les effets nous étaient présents comme si nous eussions assisté à une représentation de Franconi. Nous restâmes ainsi jusqu'à la nuit tombante; nous redescendîmes alors la montagne ou force nous fut de reprendre la route sur les bords du Danube. Nous fûmes aussitôt salués par plusieurs boulets; un hussard, trois pas en arrière du général, eut le bras emporté; trois chevaux furent tués; le malheureux paysan servant de guide coupé en deux; tout cela pendant les quelques instants que nous restâmes exposés aux coups de l'ennemi sans pouvoir riposter.
En arrivant au village de Neusdorff situé tout à fait sur le bord du fleuve, nous reçûmes deux décharges de mitraille qui tuèrent cinq hommes et plusieurs chevaux, au nombre desquels celui du général qui, de sa personne, n'eut aucun mal.
Cette position, intenable pour la cavalerie, fut occupée par un bataillon du 25e de ligne qui se réfugia dans les maisons, tandis que la cavalerie établissait ses bivouacs en avant du village de Kretzling, attendant à tout instant l'ordre de passer sur la rive gauche pour y prendre sa part du combat. Le 23, envoyé par le général Pajol, dès la pointe du jour, pour connaître les dispositions relatives à la division, ce ne fut qu'avec la plus grande difficulté que je parvins dans l'île de Lobau, auprès du maréchal Davout, dont l'infanterie attendait les réparations des ponts pour passer le fleuve et entrer en ligne. Il m'ordonna de dire au général de suivre son mouvement et qu'aussitôt le passage effectué, la cavalerie eût à se porter rapidement sur la gauche de l'ennemi afin d'inquiéter ses mouvements. Mais une force majeure devait mettre obstacle à ses dispositions.
Pendant la nuit du 22 au 23, la division Saint-Hilaire du corps Oudinot, une partie de la Vieille Garde, la seconde brigade des cuirassiers Nansouty, deux brigades de cavalerie légère, le train d'artillerie étaient entrés en ligne, ce qui portait l'armée à 48000 combattants.
Dès la pointe du jour, le prince Charles avait fait ses dispositions pour renouveler l'attaque de la veille et l'engagement commença aussitôt. Gross-Aspern fut pris et repris quatre fois, et Essling huit, par les Fusiliers de la Carde et les Tirailleurs sous les ordres des généraux Mouton et Curial. L'intrépide Lannes, à la tête de trois divisions, perça le centre de l'ennemi. La victoire paraissait assurée à 48000 hommes contre 90000, lorsque l'Empereur apprit que les ponts jetés sur le Danube étaient emportés par des bateaux chargés de pierres et lancés des iles du fleuve au-dessus de Lobau.
Des ce moment, l'Empereur se voit privé de ses ressources : 40000 hommes, les pièces d'artillerie et les munitions qui allaient les renforcer sont arrêtés, et il reste exposé à toute la furie d'un ennemi qui, voyant la retraite coupée, recommence le combat avec acharnement. Mais l'Empereur, sans montrer la moindre altération, impassible et avec un calme admirable, placé sur une petite élévation d'où il observait tout avec son coup d'œil d'aigle, fait replier le maréchal Lannes (qui dans ce moment a les deux jambes emportées par le ricochet d'un boulet), réunit toutes ses masses et les maintient toute la journée dans ses positions, jusqu'à neuf heures du soir que cessa cette lutte sanglante.
Les Autrichiens bivouaquèrent où ils se trouvaient, ayant tiré, de leur propre aveu, 40000 coups de canon.
Les deux armées venaient d'éprouver des pertes à peu près égales, 15 à 20000 hommes avaient été tués ou blessés de part et d'autre. Parmi les blessés ennemis se trouvaient 4 feld-maréchaux, 8 généraux, 663 officiers, 1500 prisonniers et 4 drapeaux. Nous eûmes à regretter 16 généraux parmi lesquels on citait : d'Espagne, Saint-Hilaire tués; Lagrange, Piré, blessés; un nombre considérable d'officiers, parmi lesquels se trouvait un de mes amis particuliers, ancien officier des Gendarmes d'ordonnance, d'Albuquerque, aide de camp du maréchal Lannes, qui eut la tête emportée par un boulet.
Toutes les troupes qui attendaient sur les bords du fleuve l'instant de le passer, furent envoyées, sur les derrières, dans les environs de Vienne, et notre division garda sa position. Dès l'instant que les officiers du génie virent les désastres occasionnés par les bateaux chargés de pierres, ils s'étaient occupés de les réparer, tandis que l'armée continuait à se battre. Le soir et pendant toute la nuit, on parvint à faire évacuer d'abord les blessés au nombre de 12000 ; l'armée exécuta ensuite son mouveme
nt rétrograde, et le passage du pont se fit avec un ordre admirable en présence de l'Empereur, sans que l'ennemi osât y apporter le moindre obstacle" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

Le 24, la Brigade Pajol est sur le Danube près de Vienne.

"Le 24, à 4 heures du matin, toutes les troupes et l'artillerie étaient dans l'île et les ponts repliés. Ce même jour, un escadron du régiment ayant été désigné pour faire provisoirement le service de la place, je dus m'occuper de son établissement, et ce fut pendant ce travail que j'eus le bonheur de rencontrer mon frère, arrivé la veille au soir complètement guéri de ses blessures et fort heureux de ne s'être pas trouvé aux deux désastreuses journées dans lesquelles son régiment avait beaucoup souffert. Sept officiers avaient été tués et 41 blessés, entre autres le colonel, d'une manière extrêmement grave, 95 chasseurs étaient restés sur le champ de bataille et 120 blessés plus ou moins grièvement.
En rentrant le soir au bivouac, j'appris que le 7e Hussards allait rejoindre le général Montbrun en Hongrie, d'où il devait revenir incessamment nous rejoindre, cette mission ayant pour but de protéger la jonction de l'Armée d'Italie sous les ordres du prince Eugène.
Le lendemain fut un véritable jour de fête pour notre régiment, par le retour de notre brave et digne colonel qui nous arriva, non pas tout à fait guéri, mais en état de se mettre à la tête du corps dont il était justement chéri. Il avait avec lui ses compagnons d'infortune, officiers et hussards, fort désireux de prendre une revanche
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

Le 1er juin 1809, le 5e Hussards aligne 3 Escadrons totalisant 640 hommes et Officiers.

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"Siegharskirchen, à une demi-lieue de Vienne, 10 juin 1809.
Je vous adresse, mon père, le récit du premier acte de ce grand drame dont on ne peut encore prévoir la fin et dans lequel j'ai rempli mon petit rôle du mieux qu'il m'a été possible, grâce a l'affection des généraux Montbrun et Pajol qui n'ont cessé jusqu'à ce jour de m'en donner des marques, en m'employant dès que l'occasion s'en présente.
Les détails que vous lirez ne sont pas relatifs à ma position, mais non sans intérêt, puisqu'ils se rattachent aux faits généraux qui fixent en ce moment tous les regards de l'Europe. Les combats sanglants qui se sont livrés jusqu'à ce jour sont loin d'avoir terminé la question. Mais cependant, lorsque l'on occupe la capitale de l'empire avec lequel on est en guerre, c'est un grand acheminement pour arriver à un heureux résultat; peu s'en est fallu qu'il ait été atteint le jour de cette sanglante bataille d'Essling, où, comme vous le verrez, mon régiment n'a pu prendre aucune part en raison des événements qui ont forcé les combattants à suspendre momentanément la lutte.
II est indubitable qu'elle se renouvellera bientôt et, si l'on doit en juger par les préparatifs qui se font, elle sera terrible et décisive. En attendant ce moment, nous réparons nos désastres occasionnés par les débuts de cette active campagne.
Le régiment, toujours à l'avant-garde, ne laisse pas que d'avoir essuyé des pertes assez sensibles, mais la sollicitude de notre colonel et les bienfaits de l'Empereur auront bientôt réparé nos désastres, car on doit aller en Hongrie incessamment pour y recevoir une remonte considérable ce qui nous rendra présentables comme pour un jour de fête. Les détails dont je suis chargé nécessitant ma présence continuelle à Vienne, j'ai obtenu la permission d'y avoir un logement que le hasard m'a procuré aussi agréable que possible.
Je suis établi, place Neumark, chez la baronne de Zoès, excellente femme, mère de deux charmantes demoiselles, nullement effarouchées d'avoir pour protecteur un officier de hussards qui, par la couleur de sa pelisse, est bien fait pour inspirer la confiance. Aussi les soins dont je suis l'objet, me faisant presque croire que je fais partie de la famille, m'ont déterminé à faire mon établissement dans cette hospitalière maison, comme si je ne devais jamais la quitter.
Une fort jolie petite calèche attelée de deux chevaux de peu de valeur, prise aux avant-postes dans ma poursuite, achetée à mes hussards pour la modique somme de 140 francs, vient d'y être mise en dépôt avec ce que j'ai d'argent et de valeurs, et j'ai l'intention de les y laisser lorsque les hostilités recommenceront, ce qui me tranquillisera sur le sort de mon mobilier.
Je me dispenserai de vous donner des détails minutieux sur Vienne; il est si facile de se les procurer; les faubourgs y sont superbes, les promenades admirables et le château impérial, peu remarquable, est, sans aucun doute, une des plus vilaines résidences royales qui existent. Le grand théâtre, sans être vaste, est parfaitement coupé. Une troupe italienne fort bonne attire beaucoup de beau monde, que la présence des Français est loin d'effrayer.
Dans une de mes courses, j'ai rencontré mon frère par hasard et par le bonheur le plus inespéré. Il était arrivé de la veille et guéri de ses blessures; nous avons passé trois jours ensemble, heureux de nous revoir après les vives inquiétudes que nous avions l'un de l'antre. Il doit vous écrire aussitôt qu'il aura rejoint son malheureux régiment, à peu près anéanti dans la journée du 23. Rien ne peut déterminer encore l'époque de notre rentrée en campagne; à l'Empereur seul appartient de le savoir, puisque tout est soumis à sa volonté avec d'autant plus de raison que l'ennemi se tient sur la défensive. Mais il est présumable qu'aussitôt terminés les immenses travaux pour assurer notre passage, nous irons le chercher derrière ses formidables retranchements, d'où il faut espérer que nos baïonnettes le délogeront; en attendant ce moment, nous offrons à la capitale le spectacle de 200000 combattants tranquillement en présence les uns des autres jusqu'au jour qui décidera du sort de ses habitants.
Adieu, mon père; probablement les grandes marionnettes joueront lorsque vous recevrez cette lettre
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

Selon l'Historique régimentaire, le 30 juin, le 5e Hussards est à Cham. Il se rabat alors sur le Danube, à la suite de l'armée autrichienne en retraite sur Lintz et Vienne, et passe la Regen et l'Enns. Pendant ces marches, dit cet Historique, le Lieutenant de Laborderie, défendant pied à pied un défilé, reçoit deux coups de sabre sur les épaules, et un coup de baïonnette au cou; il reste aux mains de l'ennemi (voir au 12 mai la version d'Hippolyte d'Espinchal et le relevé de Martinien).

Toujours selon l'Historique régimentaiure, le Chef d'Escadron Hirn est tué à Ebersberg (voir plus haut), le Sous-lieutenant Crozet à Essling par un boulet, et le Hussard Verniet, très grièvement blessé, meurt à Vienne le 23 juin suivant. Le Hussard Raymond est blessé.

Le 5e Hussards et le 7e Chasseurs ont des détachements échelonnés le long du Danube pour la garde des gués. Le Régiment, avec le Général Lhuilier, fait une démonstration sur Mautern. Il cantonne ensuite à Krems, à Grinzing, et arrive aux environs de Schonbrun et de Vienne. Napoléon passe, le 25 juin, une grande revue à Vienne, et la Brigade Pajol s'y présente au grand complet et dans une magnifique tenue.

Le 1er juillet, le 5e Hussards est rattaché au 3e Corps Davout, Division de Cavalerie Pajol; il aligne 681 hommes répartis en 4 Escadrons (Nafziger 809GCC).

Les 5 et 6 juillet, le 5e Hussards a 3 Escadrons au sein de la Brigade Pajol, Corps de cavalerie Montbrun, du 3e Corps Davout (Nafziger 809GCE - sources : M. Rauschensteiner, "Die Schlacht bei Deutsch-Wagram am 5. und 6. Juli 1809"; Litre, E. F., "Les Régiments d'artillerie à pied de la Garde", Paris, 1895; Buat, E., "Etude Critique d'Histoire Militaire, 1809, de Ratisbonne à Znaïm", Librairie Militaire R. Chapelot et Cie, Paris, 1909).

 

- Bataille de Wagram

Le Régiment, à l'effectif de 36 Officiers, 617 hommes, 81 chevaux d'Officier et 687 chevaux de troupe, est sérieusement engagé à la bataille de Wagram. Il y prend part, toujours dans la Brigade Pajol qui tient tête à un gros de cavalerie autrichienne sous les ordres de Wartensleben et de Cobourg, ainsi qu'aux Dragons d'Oreilly. Le 5e Hussards se prodigue dans cette bataille.

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"Depuis la bataille d'EssIing, les deux armées étaient en présence, mais inactives, et se préparaient à cette grande lutte qui devait surgir d'un moment à l'autre et être décisive, les Autrichiens étant persuadés que leurs terribles retranchements seraient le tombeau de l'armée française et Napoléon, dans la conscience de son génie et de ses troupes, disant qu'il n'y avait plus de Danube pour les Français et attendant l'instant de le prouver. Ce fleuve de 400 toises de largeur avait été dompté par les admirables travaux du général Bertrand; un libre et commode passage était assuré désormais et présentait une entière sécurité pour les opérations que l'Empereur projetait sur l'une et l'autre rive. Une grande partie de l'armée était dans l'île de Lobau et la cavalerie dans ses environs. Cette île, qui a deux lieues de superficie, devint une espèce de place forte au moyen de tous les ouvrages qui y furent construits : trois ponts parallèles, de 600 pas de longueur et sur l'un desquels pouvaient passer trois voitures de front, liaient le terrain de tête à celui de la rive droite et assuraient les communications avec Vienne ; cent vingt pièces de canon en position défendaient les redoutes et les têtes de ponts. Un mois avait suffi pour l'achèvement de ces magnifiques travaux, et, au 1er juillet, l'armée était forte de 150000 hommes. Enfin tout annonçait que nous touchions au dénouement de ce grand drame. Les troupes étaient dans les meilleures dispositions; l'enthousiasme et l'ardeur étaient arrivés à un point d'exaltation qui promettait les plus heureux succès.
J'annonçai à ma bonne hôtesse et à ses deux aimables filles que, probablement, je ne les reverrais qu'après les événements qui allaient avoir lieu, si toutefois j'en revenais, ce qui m'inquiétait assez peu. Je leur confiai mes équipages, mon argent et ce que je pouvais avoir de précieux, leur laissant un paquet cacheté renfermant mes dispositions, l'adresse de mon père et les indications nécessaires pour trouver mon frère; puis je me séparai de cette admirable famille dont les larmes me prouvèrent l'attachement qu'elle me portait et je fus rejoindre le régiment qui devait quitter ses quartiers le lendemain. Le 28, 40000 hommes et 100 pièces de canon réunis sur un vaste terrain en face du château de Schœnbrunn furent passés en revue par l'Empereur. Les Autrichiens séparés de nous par le fleuve purent assister à cette majestueuse parade et être témoins de l'enthousiasme des troupes.
Dans la journée, nous apprimes la jonction de l'Armée d'Italie à la suite d'une victoire remportée par le prince Eugène à Raab. Charles de Labédoyère, son aide de camp, mon ancien camarade des Gendarmes d'ordonnance, venait d'en apporter la nouvelle et vint m'embrasser.
Le 29, le 5e Hussards fut s'établir dans un superbe village, très près de l'île de Lobau, où nous ne trouvâmes ni habitants, ni ressources.
Le 30, la brigade reçut l'ordre de se porter sur Ebersdorff, tandis que de nombreux corps d'mfanterie entraient dans l'ile de Lobau.
Le 1er juillet, nous fûmes relevés dans la journée par les Saxons. Au moment où nous nous mettions en mouvement, le prince Eugène, quittant l'Empereur pour aller rejoindre son corps d'armée, passa près du régiment et eut l'extrême bonté de me faire appeler en me témoignant la satisfaction qu'il éprouvait de me revoir, m'ajournant à venir le visiter à Vienne après la bataille qui allait se livrer «où j'espère, ajouta-t-il en riant, tu n'auras pas la maladresse de te faire tuer». Le même jour, l'Empereur vint fixer son quartier général dans l'île de Lobau au milieu des joyeuses acclamations de l'armée. Le 4, toute l'infanterie et une partie de la cavalerie étaient réunies dans l'île de Lobau.
A dix heures du soir, un débarquement de 1500 voltigeurs eut lieu sur la rive gauche; à onze heures, une terrible canonnade s'engagea sur une partie du front des retranchements autrichiens; le feu des batteries était particulièrement dirigé sur Enzersdorf où s'appuyait la gauche des retranchements ennemis. Tous les vents semblaient déchaînés, la pluie tombait par torrents, les coups de canon et les coups de tonnerre se succédaient avec une telle rapidité qu'il était presque impossible de les distinguer : le terrain des iles du Danube était inondé. Le colonel Sainte-Croix, aide de camp du maréchal Masséna, à la tête de 2500 hommes, traversa dans des barques, enleva à la baïonnette Enzersdorff; il y fut grièvement blessé. Cette brave infanterie, toujours au pas de charge, semblait marcher sous une voûte d'obus et de boulets qui partant des deux rives se croisait sur sa tête. Notre brigade, entrée dans l'île à neuf heures du soir, fut assaillie pendant une partie de la nuit par les boulets et les obus pleuvant au milieu de nous; mais, fort heureusement abrités par un petit bois et protégés par l'obscurité, nous en fûmes quittes pour deux hussards et cinq chevaux.
Dans le fond de File se trouvaient deux grandes baraques en bois, placées au milieu de la Garde impériale, garanties autant que possible contre l'effet du boulet. L'une était occupée par l'Empereur, l'autre par le prince de Neuchâtel.
Envoyé à minuit pour connaître l'heure à laquelles nous devions effectuer le passage et la direction que nous aurions à suivre, je ne trouvai que les aides de camp du prince et quelques officiers venus comme moi en mission, fort occupés à jouer au passe-dix, pendant que leur patron travaillait avec l'Empereur; forcé d'attendre son retour, je voulus prendre part à ce genre de combat dans lequel je ne pouvais éprouver de grandes pertes, n'ayant sur moi que six napoléons d'or et quelques pièces d'argent.
Les dés m'arrivèrent, et la fortune me fut tellement favorable, qu'en peu d'instants je me vis en possession d'une somme assez ronde; vainement j'offris de quitter le cornet, mes adversaires, tous riches, habitués à jouer gros jeu et espérant se rattraper, stimulaient mon amour-propre pour me forcer à continuer. J'eusse infailliblement fini par succomber lorsque, fort heureusement, on annonça la présence du prince, ce qui me donna à peine le temps de remplir ma sabretache et mon colback des bénéfices qu'on espérait m'arracher.
Peu d'instants après, muni de l'ordre que j'attendais, je revins au bivouac du régiment, étalant mon trésor aux yeux du colonel dont la joie était presque aussi grande que la mienne; en résultat, je me trouvais avoir gagné 14300 francs, presque tout en or et en billets de banque de Vienne, nonobstant des sommes assez considérables à crédit que je me rappelais à peine et que je laissais sur la conscience de mes débiteurs.
Cet heureux événement me parut de bon augure pour le lendemain, mais sentant peu la nécessité d'avoir autant d'argent dans un pareil moment; j'obtins du colonel la permission d'envoyer sur-le-champ mon hussard à Vienne pour remettre mon trésor entre les mains de mon excellente hôtesse.
Le 5, nous passâmes le pont à quatre heures du matin, non loin du village de Muhleiten, protégé contre les boulets par un petit coude que faisait le Danube en cet endroit.
Le passage effectué, le régiment se forma en bataille comme tête de colonne de la division, et l'ordre fut donné aux hussards de rouler leurs manteaux pour les placer en bandoulière ; peu d'instants après, arriva le général Montbrun avec le 7e Hussards; il venait reprendre le commandement de la division. En nous passant en revue, s'apercevant que les manteaux étaient en bandoulière : "Allons, braves hussards du 5e, dit-il, montrez à l'ennemi toute la blancheur de votre belle pelisse, et placez-moi vos manteaux sur les fontes des pistolets"; puis, nous formant en colonnes par escadrons, il nous mit en mouvement, débordant l'aile gauche de l'ennemi et nous écartant des retranchements sur lesquels notre infanterie marchait de front. Ces redoutes étaient défendues chacune par trois hauteurs de batteries, foudroyant l'infanterie qui les attaqua au pas de charge et en enleva deux sur-le-champ.
Une troisième offrit beaucoup de résistance, portant la mort dans les rangs de nos braves régiments; mais, l'Empereur était là, dirigeant tout avec un calme incroyable, sans faire attention aux boulets qui tombaient autour de lui.
Les redoutes ennemies s'étendaient depuis Enzersdorf jusque Essling, leur droite au Danube. Le maréchal Masséna, avec son corps d'armée, vint renforcer ce point d'attaque. Malade et hors d'état de pouvoir monter à cheval, il se faisait conduire dans un petite voiture découverte à la tête des troupes auxquelles il savait si bien assurer le succès, ce qui lui avait mérité le surnom d' "Enfant chéri de la Victoire". La cavalerie, pendant les vives attaques du centre, continuait son mouvement en décrivant une courbe et arriva en ligne sur trois divisions de profondeur.
A midi, par un ciel magnifique, nous vimes se déployer la cavalerie ennemie, beaucoup plus forte que la nôtre, se préparant à nous aborder. Le général Montbrun fit aussitôt ses dispositions, plaçant six régiments de front sur trois lignes dont la seconde se composait de dragons et la troisième de cuirassiers, marchant, au-devant de l'ennemi, avec 12 pièces de canon sur nos flancs.
Deux escadrons du 5e Hussards furent jetés en tirailleurs, mais l'ennemi se replia en bon ordre sans vouloir attendre notre charge, et nous le suivîmes ainsi pondant trois heures, nos tirailleurs seuls se battant avec acharnement; plusieurs furent tués; le sous-lieutenant Dubroca, dont le cheval s'abattit, fut pris. A six heures du soir, on n'était point encore parvenu a enlever la troisième redoute : la mitraille, les obus, les boulets ennemis faisaient des ravages épouvantables, plusieurs généraux avaient été tués, la résistance était terrible. Plusieurs blessés de la division de cavalerie Marulaz du corps d'armée de Masséna, passant prés de nous, m'apprirent que mon frère avait été frappé par un boulet. Cette nouvelle m'était d'autant plus affreuse que, forcé de rester à mon poste, je ne pouvais lui porter aucun secours. Cependant, le général eut l'obligeance de permettre qu'un hussard allât sur les lieux pour savoir ce qu'il en était. Il revint peu après et m'apprit qu'en effet mon frère avait eu la jambe froissée par un boulet, mais qu'on l'avait aussitôt transporté de l'autre côté du Danube. Cette nouvelle me rassura un peu, bien que mon inquiétude fût grande, ne connaissant point au juste la gravité de la blessure.
La contenance ferme des Autrichiens sur leur droite et le centre rendit tout à coup du courage à leur gauche que nous avions poussée jusqu'alors devant nous; toute leur masse de cavalerie, s'ébranlant résolument, marcha sur nous en chassant nos tirailleurs. Le régiment reçut l'ordre de charger, ce que nous fîmes franchement en abordant un régiment de hussards hongrois qui cherchait à tourner notre batterie de droite. La mêlée fut vive, acharnée, pendant quelques instants, nous battant corps à corps mais la valeur, le courage et l'adresse de nos hussards triomphèrent et nous poursuivîmes l'ennemi en désordre, tandis que les autres régiments de la division, débordant la ligne ennemie, la forçaient à se retirer à l'aspect des dragons et des cuirassiers tout prêts à charger. Nous eûmes dans cet engagement cinq hussards tués et 17 blessés; l'ennemi en perdit davantage, et nous lui primes un colonel, quatre officiers et 22 hussards.
La nuit mit fin au combat à neuf heures du soir; les deux armées restèrent dans leur position, bien décidées à recommencer le lendemain.
Nous étions accablés de fatigue et, pour comble de disgrâce, forcés de rester dans une terre labourée sans vivres, ni fourrage; seulement tous les hommes avaient une demi-ration d'avoine qui devint la ressource de nos pauvres chevaux. Notre bivouac, placé près d'un petit ruisseau rempli de vase et de boue, était le seul obstacle qui nous séparât de l'ennemi, à une distance d'à peu près 400 pas, ce qui ne m'empêcha pas de dormir d'un bon somme en attendant le moment d'un nouveau combat qui, selon toute apparence, devait être décisif.
Nos forces réunies le matin se montaient à 150000 hommes et 500 pièces de canon, sans compter l'armée du prince Eugène qui tenait en échec l'archiduc Jean à Raab.
L'ennemi était un peu plus fort que nous en infanterie, mais sa cavalerie était beaucoup plus considérable que la nôtre et occupait des positions qu'il fallait enlever, défendues par des retranchements couverts d'une immense artillerie
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

Non loin du 5e Hussards se trouvent les bivouacs autrichiens; dès le 5 au soir, les Dragons Archiduc Johann N°1 occupent la position de Markgraf-Neusiedel, l'un de leurs Escadrons servant de couverture aux pièces d'artillerie. L'avancé matinale de l'ennemi forcent le 5e Hussards à se retirer précipitamment.

"Le 6. - Bataille de Wagram. Nous fûmes réveillés dès la petite pointe du jour par des cris affreux et une décharge à mitraille de toutes les batteries ennemies. Les Autrichiens; protégés par elles, prenaient l'initiative du combat en marchant en colonnes serrées, la baïonnette en avant.
Le 5e Hussards eut à peine le temps de monter à cheval, de se former en bataille et se replier sur les masses de cavalerie pour éviter d'être écrasé par cette avalanche d'hommes, au-devant de laquelle notre infanterie marcha résolument. Le combat devint terrible, surtout auprès du village de Wagram, pris et repris plusieurs fois et qui enfin resta aux Français.
La cavalerie formant l'extrême droite de l'armée, manœuvra comme la veille et, en peu d'instants, se trouva en face de celle de l'ennemi, appuyée de quelques bataillons hongrois, refusant toujours le combat en attendant les résultats du centre pour agir
..." (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

A 7 heures du matin, Grouchy et Montbrun reçoivent les instructions de Davout, selon lesquelles ils doivent harceler l'ennemi, appuyer l'infanterie et l'artillerie du Corps d'armée. Le 5e Hussards, avec les 11e et 12e CHasseurs, et le 23e Dragons, protègent les pièce.

"... mais l'Empereur, sentant combien il était important d'entamer cette masse de cavalerie afin de pouvoir tourner l'ennemi, envoya un officier d'ordonnance au général Montbrun avec l'ordre de l'attaquer et de le vaincre.
Le terrain sur lequel les deux armées étaient en présence avait deux lieues d'étendue. Les troupes les plus rapprochées du Danube n'étaient qu'à 200 toises de Vienne, de sorte que la nombreuse population de cette capitale, couvrant les tours, les clochers, les toits des maisons les plus élevées et dominant ainsi toute la plaine d'Enzersdorf, allait assister au spectacle imposant et terrible qui se préparait et juger de ses propres yeux si les défenseurs de la monarchie autrichienne étaient dignes de la cause confiée à leur valeur.
La gauche de notre armée avait été vivement poussée par le prince Charles, le village de Gros-Aspern emporté par l'ennemi, les Saxons, les Bavarois culbutés et mis en déroute. L'archiduc, poursuivant ce premier succès, précipite sa marche et, débordant le flanc des Français de plus d'une lieue, il pousse des partis jusqu'auprès des ponts. L'épouvante se répand sur les derrières et cette foule de non-combattants fuit en toute hâte dans l'île de Lobau en disant que la bataille est perdue.
Il était alors neuf heures du matin. L'Empereur, prévenu de tous ces mouvements, ordonna au maréchal Davout de s'emparer du village de Nieusiedel, ce qu'il exécuta sans balancer. L'archiduc Charles ayant envoyé, pendant la nuit, ordre à son frère, l'archiduc Jean, de marcher de toute vitesse avec son corps d'armée, afin d'attaquer nos derrières et écraser la droite, les Autrichiens, attendant toujours ce renfort, refusaient nos charges, tout en nous attirant à eux pour nous éloigner de l'infanterie du maréchal Davout. C'est alors que l'Empereur, prévoyant ce mouvement, sentit qu'il ne pouvait assurer la victoire que par la droite, et que l'ordre nous fut donné de joindre l'ennemi et de le forcer à combattre. Voyant qu'il ne pouvait plus nous éviter, toute sa première ligne arriva à la charge sur le 7e Hussards et le 1er Chasseurs qui tinrent tête à six régiments et finirent cependant par être culbutés jusque sur nos pièces
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

La poussée autrichienne est terrible; seule la 2e Brigade (11e et 12e Chasseurs, et 5e Hussards) conserve son ordre de bataille.

"Le général Montbrun fit alors marcher le 5e Hussards et le 11e Chasseurs, soutenus par la belle division de dragons du général de Pully.
Notre brave colonel Dery, dix pas en avant du régiment, agitant son sabre avec énergie : «A nous maintenant, hussards du 5e, dit-il, Allons, mes enfants ! Frappons ferme ! En avant ! Vive l'Empereur !» Et nous entrons avec fureur dans une ligne de cuirassiers
(Cuirassiers de Hohenzollern N°8 d'après Dimitri Gorchkov) qui fut aussitôt enfoncée et poursuivie le sabre dans les reins plus d'une demi-lieue.
Alors, se présente à nous une masse de grenadiers hongrois formant un carré imposant, derrière lequel viennent se rallier les cuirassiers que nous poursuivions. Le général
(Pajol), sentant la position critique dans laquelle nous étions, m'ordonne à l'instant de charger à la tête du 1er escadron dont le chef (il s'agit probablement du Capitaine Chardon) venait d'être grièvement blessé, appuyant ce mouvement par les autres escadrons du régiment, tandis que lui-même, conduisant le 11e Chasseurs, aborde de nouveau les cuirassiers avec une véritable furie.
Je lance ma troupe sur cette masse compacte dont les deux derniers rangs font pleuvoir sur nous une grêle de balles, tandis que le premier nous attend la baïonnette en avant. Je montais alors l'arabe dont le colonel m'avait fait cadeau; cet animal, bien que vieux, avait une ardeur incroyable : l'odeur de la poudre, le bruit des armes et de l'artillerie lui donnaient des vertiges et, devenant fougueux, aucun frein ne pouvait le retenir; tous mes efforts pour le maintenir à la tête et près de la troupe furent inutiles; en trois sauts il me précipite dans le carré, tombe percé de plus de dix coups de baïonnette, me couvrant en partie de son corps, tandis que j'agitais mon sabre pour éviter d'être touché. Heureusement, j'étais suivi de près par les hussards; leur impulsion fut tellement rapide et terrible qu'ils enfoncèrent le carré, et, grâce à l'appui des escadrons conduits par le colonel, les Hongrois sabrés impitoyablement furent contraints de mettre bas les armes, ils étaient 800. Je me relevai couvert du sang de mon pauvre cheval, mes habits percés de plusieurs coups de baïonnette, dont un seul m'avait fait une légère entaille à la cuisse, que je comprimai avec mon mouchoir.
Un cheval me fut aussitôt amené et je me remis en selle. Pendant ce mouvement, le général Montbrun était aux prises avec la seconde ligne de cavalerie ennemie, à la tête du 7e Hussards et du 1er Chasseurs soutenus par les dragons. Ce fut alors un pêle-mêle épouvantable dans lequel l'ennemi, enfoncé sur tous les points, fuyait dans toutes les directions pour échapper au tranchant de nos sabres, tandis que son infanterie commençait son mouvement rétrograde.
L'Empereur avait bien jugé de l'effet que devait produire l'attaque de sa cavalerie de droite; sa gauche fut à l'instant dégagée et le succès de la journée assuré, d'autant que l'Armée d'Italie vint y mettre la dernière main, en arrivant sur le champ de bataille assez à temps pour y prendre sa part de gloire. Le prince Eugène attaqua le centre avec une véritable furie ; la victoire fut décisive ; toute l'armée rivalisa d'ardeur, aux prises sur tous les points, partout obtenant du succès. L'archiduc Charles fut obligé de se retirer sans espoir de pouvoir renouveler le combat, laissant 4000 tués, 9000 blessés, 18000 prisonniers, 40 pièces de canon, 18 drapeaux et quantité de fourgons et d'équipages qui devinrent la proie de la cavalerie légère, enfin bon nombre d'officiers généraux tués et blessés.
De notre côté nous eûmes 3000 morts et plus de 6900 blessés; nous avions à regretter plusieurs colonels et généraux, entre autres le brave général Lasalle, le premier officier de cavalerie légère de l'armée.
Napoléon s'était exposé au milieu du feu le plus terrible; dès le matin, il avait parcouru les différentes lignes, encourageant les troupes par sa présence et son éloquence incitante ; les boulets tuèrent et blessèrent plusieurs personnes autour de lui. Le maréchal Bessières eut son cheval tué sous lui.
S. M. fit complimenter sur-le-champ le maréchal Davout sur la belle conduite de son corps d'armée qu'il vint visiter plus tard. En arrivant à la cavalerie légère, il lui adressa les éloges les plus flatteurs et accordant plusieurs récompenses il en promit d'autres. Je fus appelé prés de S. M. par le général Montbrun, il daigna me nommer officier de la Légion d'honneur en disant au prince de Neuchâtel d'inscrire le régiment pour dix croix données sur le champ de bataille; puis, en nous quittant, l'Empereur ajouta au général : "Je vais vous envoyer à la curée".
La bataille de Wagram ne laissa pas que de coûter cher au régiment, puisque nous eûmes, en tués : un capitaine, deux lieutenants et 16 hussards et en blessés huit officiers et 63 hussards, dont la plus grande partie dans l'escadron que je commandais en abordant le carré.
A la nuit tombante, nous établîmes nos bivouacs dans la plaine, près de deux superbes fermes où nous trouvâmes fort heureusement des fourrages et de l'eau dont nos chevaux avaient le plus grand besoin, ainsi que d'un peu de repos
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

Selon l'historique du Régiment, les Hussards Lesourd et Lirabeau meurent de leurs blessures; le Sous-lieutenant Robert est grièvement blessé (sur la main gauche, et il en reste estropié); sont également blessés le Capitaine Chardon (coup de sabre à la main gauche), le Lieutenant Pierre (coup de feu au bras droit), le Lieutenant Dam (trois coups de sabre sur la tête et la main droite; il fait une chute de cheval en chargeant l'ennemi et se fracture la jambe droite), les Sous-lieutenants Barthelmy (balle à la cuisse gauche), Desnoyers (coup de lance à l'aisselle), Dubroca (trois coup de sabre sur la tête et à la main droite; il est fait prisonnier le 5), de Castelbajac (coup de sabre au bras droit) et de Partz de Courtray (coup de feu à la jambe droite); le Maréchal des logis Beaumont (blessé à la main droite; selon Dimitri Gorchkov : "d'un coup de lance à l'affaire de Wagram"), et les Hussards Geistel et Etienne.

Martinien donne à la date du 6 juillet 1809 à Wagram les Officiers suivants : Capitaine Chardon; Lieutenants Robert et Pierre; Sous lieutenants Dubroca, de Castelbajac, Tenier, Nicolle, Desnoyers, Gougeon de la Thibaudière et Dahm.

L'état des pertes de la Division Montbrun en date du 7 juillet indique pour le 5e Hussards 10 hommes et 117 chevaux tués.

Le lendemain, la cavalerie de Montbrun poursuit l'ennemi sur la route de Brunn. Précédant l'armée, elle franchit la Thaya et s'avance vers Znayn, où le gros de l'armée autrichienne est concentré. Le Régiment est engagé; sont blessés le Chef d'Escadron Drouard (coup de boulet au côté gauche) et le Capitaine Otthenin (coup de feu). Martinien donne pour sa part le Sous lieutenant J. Drouard, blessé le 9 juillet au cours d'un combat à Hollabrünn, et le Capitaine Adjudant major Otthenin, blessé le 11 au cours de la bataille de Znaïm.

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"Le 7, le jour vint éclairer le spectacle affreux d'un champ de bataille couvert de morts et de mourants; les récoltes, prêtes à être moissonnées, incendiées et fumantes encore, enfin le prestige de la gloire faisant place à tout ce que la guerre peut offrir de plus horrible. L'Empereur sortit de la tente qu'on lui avait dressée non loin de notre bivouac, se promenant à pied, sans chapeau, sans épée, les mains derrière le dos, s'entretenant familièrement avec les Chasseurs de la Garde ; sa figure exprimait la satisfaction et la confiance ; ce fut peu d'instants après qu'il embrassa Macdonald en le créant maréchal d'Empire, ainsi que le général Oudinot.
Sur les dix heures le général Montbrun eut une courte entrevue avec S. M., à la suite de laquelle la division se mit en marche afin de poursuivre l'ennemi et l'inquiéter dans sa retraite sur Znaïm.
Après avoir marché pendant six heures, ramassant quelques trainards et des voitures de blessés, nous joignimes une arrière-garde de 15000 hommes, commandés par le général Rosemberg, qui venait de quitter le village de OEn-Rupersdorf où nous fûmes obligés de passer la nuit, contraints par la fatigue de nos chevaux, la profonde obscurité, et la nécessité de donner le temps à notre infanterie légère de nous rejoindre. Sur les neuf heures, le général Montbrun me fit venir près de lui; il venait de recevoir de nouvelles instructions et m'apprit qu'on lui donnait l'avis que, dans le bulletin de l'armée, en citant avantageusement sa division, on me citait au nombre des officiers qui s'étaient plus particulièrement distingués et que j'avais succombé au milieu d'un carré. Très flatté de ce premier paragraphe et fâché de l'effet que produirait le second, lorsque mon père et ma mère apprendraient cette nouvelle que je ne pouvais démentir en ce moment, il me permit d'en écrire au prince de Neuchâtel pour faire rectifier cette erreur puisqu'il avait été témoin de la récompense qui m'avait été accordée, et il me garda à souper avec lui. Puis il me dit que cette victoire avait été achetée au prix de pertes dont, bien certainement, les bulletins diminueraient le chiffre. Le lendemain, dans la journée, nous atteignimes l'ennemi près de la ville de Lana où notre avant-garde ramassa quantité de fantassins exténués de fatigue; mais la confection d'un pont qu'il fallut rétablir nous empêcha d'enlever un convoi considérable d'artillerie que nous savions peu distant de nous.
Le 10, le général Montbrun, qui avait à cœur de combattre l'ennemi, le joignit dans la matinée posté une lieue en avant de Znaïm. Obligés d'attendre l'arrivée de notre infanterie pour le débusquer de cette position, le combat ne commença que sur les midi et fut d'autant plus opiniâtre, que l'ennemi défendait cette position afin de protéger la marche de l'empereur François, de l'impératrice, de l'archiduc Antoine et une suite de plus de 200 voitures de la cour et autres, enfoncées dans un bois au milieu d'un chemin abîmé par les boues.
Cependant, trois grands fourgons remplis d'argenterie devinrent la proie de nos hussards, qui se les partagèrent avec une rapidité incroyable; quatre voitures lourdes, massives, de forme antique, très riches, contenant dix dames, dont six jeunes et très jolies, tombèrent entre nos mains, ainsi que deux calèches contenant trois personnages âgés, en habits de cour, avec plaques et grands cordons, dix voitures d'équipage et seize chevaux des écuries de l'empereur d'Autriche; mais, au milieu de ce riche butin qu'eût suivi la prise des fourgons si nos généraux ne s'y fussent opposés, survint un petit drame dont nous ne pûmes connaître que le premier acte.
Un jeune cavalier d'une tournure charmante, vêtu avec la plus grande élégance, monté sur un cheval remarquablement beau qu'il maniait avec grâce et adresse, cherchait à fuir. Un hussard, voulant l'arrêter, reçoit en pleine poitrine un coup de pistolet qui l'abat. Le général Pajol, témoin de cette action, fonce sur le cavalier pour le sabrer, mais une voix craintive et douce lui demande grâce, et il reconnaît, dans ce brave et gentil champion, une jeune femme de dix-huit à vingt ans, ravissante de beauté, dont il fait sa prisonnière.
Cependant, sur les deux heures après midi, notre infanterie enleva un beau et large plateau dominant la ville, d'où nous aperçûmes alors toute l'armée ennemie dans une position superbe, ayant une attitude tellement imposante que nous fûmes contraints d'attendre l'arrivée du corps d'armée du maréchal Marmont, destiné à nous soutenir.
Il arriva vers les quatre heures, et le combat recommença aussitôt avec le plus grand acharnement. Le 7e Hussards et le 1er Chasseurs entamèrent une charge brillante sur une ligne de hulans et de cuirassiers; mais, ramenés à leur tour par des forces imposantes, le 5e Hussards et le 11e Chasseurs allaient entrer en charge, lorsque le général, jugeant ce mouvement imprudent, nous arrêta tout court. Alors commença le feu des batteries qui dura près de deux heures et nous fit beaucoup de mal par l'obligation ou nous étions de protéger les mouvements de l'infanterie et le jeu de nos pièces.
En peu d'instants, nous eûmes plusieurs hussards et chevaux tués; un officier eut la tête emportée par un boulet ; l'adjudant-major Othenin, mon collègue, fut couvert de pierres par un éclat d'obus qui tomba à côté de lui; il avait la tête dans un état affreux, mais, heureusement, sans danger de mort.
Le 11e Chasseurs, placé en arrière de nous, souffrit encore davantage par le ricochet des boulets qui passaient par-dessus nos têtes.
Cette position, bien que très mauvaise, était indispensable et nous dûmes la garder jusqu'au moment où un bataillon fut déloger l'ennemi d'un petit village touchant presque la ville. Enfin, le feu cessa à la nuit tombante, sans avoir obtenu d'autre résultat que d'arrêter, avec 20000 hommes que nous étions, 60000 Autrichiens, tandis que l'Empereur faisait manœuvrer sur leurs derrières et arrivait à nous avec toute la Garde impériale, dans l'intention de livrer une seconde bataille.
Sur les huit heures du soir, deux officiers parlementaires arrivèrent à nos avant-postes, porteurs, l'un d'une lettre pour l'Empereur et l'autre d'une pour le duc de Raguse, à qui le prince Charles proposait un armistice; le maréchal, pour toute réponse, fit dire qu'il attaquerait le lendemain de grand matin. En effet, dès que le jour parut, la cavalerie légère reprit ses positions de là veille et nos tirailleurs rentrèrent en ligne.
Nous nous aperçûmes que l'ennemi s'était considérablement renforcé dans ses positions, ce qui pouvait faire présumer son intention d'accepter le combat : il avait sa droite appuyée à la ville de Znaïm, la gauche, près d'un village, protégée par un ravin large et profond et par des bois qui lui assuraient une tranquille retraite, du moins il le croyait ainsi; mais Napoléon avait déjà tout prévu : plusieurs corps tournaient l'ennemi par un circuit étendu, c'est pourquoi l'attaque de la veille avait été tout à coup suspendue.
Le 11, l'Empereur arriva à midi avec toute la Garde, une forte division d'infanterie et plusieurs batteries ; nous le reçûmes par les plus vives acclamations lorsqu'il parcourut le front de nos postes malgré le feu incessant de l'artillerie ennemie, ce qui ne l'empêcha point d'étudier froidement la position et de faire des dispositions d'attaque qui ne laissaient aucun doute sur l'intention qu'il avait de livrer le lendemain une bataille décisive.
Il défendit aux troupes de trop s'engager, voulant avant tout s'emparer de toutes les hauteurs dominant la ville, ce qui fut exécuté en peu d'instants.
Les manœuvres de l'Empereur furent terminées dans la journée avec une telle précision que le corps d'armée du maréchal Davout et celui de Masséna avaient complètement tourné la position de l'archiduc Charles, qui n'avait plus d'autres ressources que de mettre bas les armes ou d'accepter le combat avec les chances les plus défavorables.
Le feu de nos batteries commença avec violence, tandis que nos troupes s'ébranlaient en masse sur un front étendu, protégées par les mouvements de la cavalerie légère du général Montbrun qui avait reçu l'ordre de franchir le ravin séparant les deux armées et de charger sur une batterie de douze pièces qu'il fallait enlever. Toutes ces dispositions s'exécutaient avec un ordre parfait, comme sur un champ de manœuvres, lorsqu'un parlementaire arriva près de l'Empereur, avec des propositions de paix et d'un armistice provisoire.
Aussitôt, comme par enchantement, le feu cessa sur toute la ligne, chacun rentra dans sa position respective et les pourparlers commencèrent. Le prince de Neuchâtel vint à nos postes avancés où il resta deux heures, tandis que le général Montbrun et le prince de Lichstenstein arrêtaient des conventions préparatoires. Le soir, les deux armées firent chacune un mouvement rétrograde, notre bivouac fut placé le long d'un bois, sans fourrages ni aucun moyen de s'en procurer.
L'Empereur établit son quartier général sur le plateau enlevé le matin, entouré de sa garde et de l'artillerie toute prête à agir au premier moment; enfin, plus de 100000 combattants étaient en présence sur un terrain de deux lieues; une pensée, un mot, un geste pouvait les mettre aux prises et faire couler des flots de sang.
Le 12, nous apprimes, dans la matinée, qu'il y avait un armistice d'un mois et que l'armée autrichienne évacuerait sur-le-champ la ville de Presbourg et la citadelle de Gratz, le Tyrol, le Vorarlberg et le fort de Sachsenburg et le cercle de Brünn.
A cinq heures, la brigade reçut l'ordre de se diriger sur Brünn
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

Le Régiment se dirige sur Brunn, où il arrive le 13 juillet, et cantonne à Konigsfeld (Historique régimentaire).

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"Le lendemain, continuant notre mouvement, nous trouvâmes, en avant de la petite ville de Reigern, des postes autrichiens nullement instruits des événements qui venaient de se passer et des conventions faites entre les deux souverains, paraissant non seulement peu disposés à nous laisser continuer notre marche, mais même tout prêts à agir contre nous, dans la persuasion que, Napoléon ayant été battu, nous étions un corps égaré. Le général Pajol voyant qu'il ne ne pouvait détromper le général autrichien malgré l'assurance formelle qu'il lui donnait de l'armistice conclu, lui fit dire par le capitaine Vérigny, son aide de camp, qu'il le rendait responsable des événements et qu'ayant reçu l'ordre d'occuper Brünn sur-le-champ, il allait se mettre en mesure de l'exécuter; en conséquence, le 5e Hussards, formant tête de colonne, se mit en mesure d'attaquer, tandis que le 7e et le 11e Chasseurs tournaient la ville.
Le général autrichien demanda deux heures, dans l'espoir de savoir quelquc chose de positif par le retour d'un officier qu'il avait envoyé : il lui fut accordé un quart d'heure, et, déjà, nos tirailleurs venaient de commencer l'attaque, lorsque nous vîmes les Autrichiens se retirer sans offrir aucune résistance. Ils venaient probablement de connaître l'exactitude des faits, et nous les suivîmes de telle manière et à si peu de distance que nous entrâmes dans la ville de Brünn avant qu'ils l'eussent complètement évacuée.
Deux jours après, l'infanterie du maréchal Davout vint s'y établir, et la division de cavalerie légère prit ses quartiers en avant, dans les environs
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

Sont nommés Chevaliers de la Légion d'honneur au titre du 5e Hussards, par Décret du 17 juillet : Robert, Lieutenant en retraite, Christmann, Sous-lieutenant, Beaumont et Hartmann, Maréchaux-des­logis (Historique régimentaire). Dimitri Gorchkov mentionne également les Sous lieutenant Richardot (blessé d'un coup de sabre le 19 août 1809) et Robert de Conandre.

Dans le Carnet de la Sabretache de 1909, en page 436, il est également fait mention de Jean Barère, "chirurgien-major du 5e hussards. – Habile en son art. Ayant fait preuve, pendant la campagne, d'une activité et d'un zèle infatigables. Il a souvent fait abnégation de lui-même pour secourir et panser les blessés sous le feu du canon".

Le 21 juillet 1809, l'Empereur écrit depuis Schoenbrunn : "Il y aura dix brigades de cavalerie légère, qui seront organisées de la manière suivante.
5e brigade. Le 5e de hussards, le 11e et le 12e de chasseurs formeront la 5e brigade, qui sera commandée par le général Pajol
" (Correspondance de Napoléon Ier. Tome 19 ; 15574; Correspondance militaire de Napoléon 1er, extraite de la Correspondance générale et publiée par ordre du ministre de la guerre. Tome 6. Lettre 1173).

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"Le 25, je reçus l'ordre de prendre le commandement de la ligne d'observation en face des Autrichiens avec 100 chevaux, tandis que le 5e Hussards allait s'établir à Auspitz et aux environs.
Le 26, le colonel Dery me fit parvenir mon brevet d'officier de la Légion d'honneur, avec une lettre du prince de Neuchâtel ainsi conçue :
"A M. d'Espinchal (Hippolyte), capitaine au 5e Hussards.
J'ai l'honneur de vous prévenir que S. M. l'Empereur et Roi, satisfait de votre conduite à la bataille du 6, vous a nommé officier de la Légion d'honneur et qu'il vous a honorablement cité à l'ordre de l'Armée.
Cette flatteuse récompense vous est si justement acquise que je profite de cette circonstance pour vous en témoigner ma satisfaction ainsi que des sentiments distingués avec lesquels j'ai l'honneur de vous saluer.
LE PRINCE DE NEUCHÂTEL".

Deux jours après, le général Montbrun, toujours bon et obligeant pour moi, pensant combien devait être grande mon inquiétude sur le sort de mon frère, me fit relever sur la ligne et m'envoya à Vienne porteur de dépêches, avec l'autorisation d'y rester jusqu'à nouvel ordre.
Je trouvai mon frère dans un village assez près de la capitale, marchant à l'aide de béquilles ; le boulet, en tuant son cheval, lui avait effleuré le mollet sans attaquer les nerfs, ce qui ne présentait aucun danger, mais pouvait cependant être long à guérir; je le fis transporter à Vienne afin d'y recevoir des soins plus actifs qu'à l'ambulance d'un village.
Mon apparition chez là baronne de Zoès fut un véritable coup de théâtre. Elle me croyait si bien mort qu'elle faisait depuis quelques jours des démarches pour savoir où était mon frère, ne voulant point envoyer à mon père ce dont elle était chargée avant de l'avoir vu; sa joie fut d'autant plus vive que cette digne et respectable femme croyait ne pouvoir douter de cette fatale nouvelle ; au moment où je tombais sous mon cheval, un de mes parents, officier au 5e Hussards (le jeune Robert de Conandre), ayant été blessé
près de moi, avait été transporté sur les derrières, puis à Vienne; il avait répandu le bruit de ma mort à laquelle ma bonne hôtesse croyait d'autant mieux devoir ajouter foi, qu'ayant été voir mon camarade, celui-ci lui avait confirmé cette triste vérité.
Peu de jours après notre arrivée à Vienne, mon frère se fit conduire à Schœnbrunn au moment où l'Empereur allait passer une revue de la Garde. Il était appuyé contre une balustrade en dehors du palais, lorsque Napoléon, apercevant un officier soutenu par deux béquilles, s'approcha en s'informant avec intérêt de sa blessure et lui accorda aussitôt la croix. Mon frère, enhardi par tant de bienveillance, demanda l'autorisation de porter l'ordre du Mérite militaire de Bavière que le roi lui avait donné àAugsbourg, ce qui fut accordé sur-le-champ. «Sire, ajouta-t'il, en remerciant humblement Votre Majesté, j'ai une autre faveur à lui demander; c'est la radiation définitive de mon père compris sur une liste d'émigrés maintenus dans la proscription.»
L'Empereur, d'abord surpris de cette persistance à solliciter, écouta avec attention et bonté en se rappelant tout à coup que mon frère était officier des Gendarmes d'ordonnance dans la campagne de Tilsit. «Oui, certes, je vous accorde ce que vous demandez», dit-il, et se tournant vers le prince de Neuchâtel il lui prescrivit d'en faire expédier immédiatement son décret impérial, ce qui fut exécuté avec une telle célérité que mon père reçut cette nouvelle officiellement avant les lettres que nous lui écrivîmes ce même jour.
Ce petit épisode fit une certaine sensation; on s'en entretint au quartier général et à Vienne; plus tard il fut répété dans le Journal de l'Empire avec des accessoires on ne peut plus flatteurs, mais tout à fait inexacts.

A mon père.
Vienne, 4 août 1809.
C'est réunis dans un appartement des plus confortables, mon frère et moi, que nous vous écrivons en personne afin de vous rassurer complètement sur notre sort. Henri vous donnera lui-même des détails sur ce qui le concerne. Sa jambe, quelque peu mutilée, vous prouvera qu'il n'est pas heureux au jeu de la guerre, car les trois coups de sabre reçus dès le début de cette campagne auraient dû paraître suffisants; il doit encore cette fois-ci un beau cierge à son patron, si c'est lui qui l'a préservé des mauvaises intentions de ce malencontreux boulet.
Qui sait où doivent nous conduire les victoires successives que nous avons remportées; car si l'Empereur continue de nous mener ainsi, il nous faudra peu de temps pour parcourir l'Europe. Le second acte de cette guerre vient de se terminer avec une telle rapidité qu'à peine avons-nous eu le loisir d'y penser, tout cela, en moins de huit jours; c'est le cas de dire comme certaine princesse : courte et bonne.
Mon journal ci-joint vous fera connaître les détails de cette étonnante campagne et vous prouvera tout ce qu'on peut attendre des troupes françaises conduites par le génie. Aussi doit-on penser que l'Autriche ne balancera pas à transformer le court armistice qui doit avoir lieu, en une belle et bonne paix, plus durable que la dernière.
Dans tous les cas, nous sommes toujours prêts et je ne serais pas fâché pour ma part que nous continuassions encore quelque temps un jeu dont je me tire assez bien. Cette croix d'or, que je dois au mauvais caractère de mon cheval, est un véhicule qui me donne de l'appétit, car ce n'est qu'au milieu des pétarades guerrières que l'on peut parvenir promptement au but que je voudrais atteindre. En attendant, me voici de retour à Vienne, jouissant délicieusement du bonheur d'être près de mon frère, et me livrant au plaisir avec la même ardeur que j'en mets à remplir mes devoirs.
Je pourrais à cet égard faire aussi un journal qui servirait à l'éducation de la jeunesse, n'était la crainte de porter trop de scandale à la sévérité de vos mœurs.
J'ai été voir hier le prince Eugène, que je n'avais entrevu qu'un moment, l'avant-veille de notre entrée dans l'île de Lobau. Sa réception a été d'autant plus gracieuse qu'il a daigné se rappeler notre liaison d'enfance et j'y ai répondu ainsi que l'exigent aujourd'hui nos positions respectives, ce qu'avec son tact admirable il aura bien certainement apprécié si j'en dois juger par l'affectation qu'il mettait à me traiter familièrement; il m'a témoigné surtout la satisfaction qu'il avait éprouvée en voyant mon nom cité à l'ordre de l'armée et la récompense dont j'avais été honoré. Sa sollicitude sur l'état de mon frère était vraiment touchante : aussi l'ai-je quitté pénétré de reconnaissance, me promettant d'user quelquefois de l'empressement qu'il a mis à m'engager à venir déjeuner chez lui le matin. Je vois beaucoup Bondy et Canisy, l'un chambellan et l'autre écuyer de l'Empereur. Le prince de Neuchâtel chez qui je me suis présenté m'a fait le meilleur accueil; cependant, un petit déboire est venu troubler tant de satisfaction.
Présenté par le général Piré comme chef d'escadron au 16e de Chasseurs, l'Empereur a répondu que j'avais été assez brillamment récompensé pour attendre une autre occasion. Ce petit échec à mon ambition m'a affecté un moment, mais j'espère le réparer avant peu, si Dieu me prête vie.
Vienne est en ce moment un séjour de plaisirs et de fêtes. La victoire semble nous avoir fait ouvrir toutes les portes des palais, et si les beautés qu'ils renferment n'ont pas une sympathie très robuste pour les conquérants, l'illusion est tellement complète que nous pouvons nous en contenter.
J'ai assisté, il y a trois jours, à une magnifique soirée chez la princesse Potocka; cette belle Polonaise, passionnée pour les Français, avait réuni chez elle plus de 300 personnes ; l'élégance des toilettes, la gracieuseté des femmes, la somptuosité du local, le luxe des décors et une musique entratnante donnaient une animation difficile à décrire à cette fête qui ne s'est terminée qu'à cinq heures du matin. Plusieurs autres soirées sont annoncées, dans lesquelles, ainsi que vous devez le penser, je dois prendre ma bonne part. Je vous joins ici un état exact et textuel des pertes faites par les Autrichiens, les 5 et 6 juillet, que m'a donné le colonel Lejeune, aide de camp du prince de Neuchâtel :

TUÉS
BLESSÉS
PRISONNIERS
Généraux. 4 Généraux. 12  
Officiers. 120 Officiers. 616 Officiers. 511
Soldats 5507 Soldats. 17490 Soldats. 7474
PERTE TOTALE.
Généraux. 17 Officiers 1243 Soldats 30471 Chevaux. 5600

Sur ce, mon père, je vous embrasse du plus profond de mon cœur" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

Le 6 août 1809, l'Empeeur écrit depuis Schœnbrunn au Général Clarke, Ministre de la Guerre, à Paris :
"Donnez ordre que l'officier du 5e de hussards qui a fait l'achat des chevaux soit arrêté. On me dépense beaucoup d'argent sans utilité; des chevaux de quatre ans ne servent de rien; des chevaux borgnes et aveugles ne servent de rien. Prenez des mesures pour qu'à Strasbourg on donne des sommes aux détachements de cavalerie pour le ferrage pendant la route. Désormais ne laissez plus partir de détachements de Strasbourg qu'ils n'aient un capitaine ou un lieutenant pour les commander" (Correspondance de Napoléon Ier. Tome 19 ; 15618).

Sont nommés Chevaliers de la Légion d'honneur au titre du 5e Hussards, par Décret du 13 août : le Chef d'Escadron de Saint-Pern et le Sous-lieutenant Kauffer (Dimitri Gorchkov lui donne le grade de Maréchal des logis chef).

Croyant à une reprise des hostilités à l'expiration de l'armistice conclu le 11 juillet précédent, Napoléon porte une partie de son armée sur Olmütz et Hradisch. Le Régiment est en août aux avant-postes sur la Morawa et en septembre à Kostel, à Auspitz et à Ludenbourg.

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"Mon séjour à Vienne ne fut pas aussi long que je l'espérais, le colonel m'ayant écrit de passer l'inspection de 200 hussards et 300 chevaux, qui arrivaient du grand dépôt de Namur, et m'ordonnant de les conduire à Auspitz pour en faire la répartition dans les compagnies. Ce renfort, si impatiemment attendu, porta l'effectif du régiment à 860 hussards, non compris les blessés qui rentraient journellement.
Cette époque fut aussi celle de la fête de l'Empereur, que l'armée célébrait toujours avec autant de magnificence que d'entraînement, et, à cet effet, le général Montbrun, dont le quartier général était à Austerlitz, prescrivit à tous les chefs de corps de s'y rendre, accompagnés d'un officier de chaque grade, quatre sous-officiers et huit soldats, tous décorés, désignés pour faire partie de la représentation du 5e Hussards. Ce ne fut, pendant deux jours, que bombance et fêtes, tir à la cible, mât de cocagne, courses à pied et à cheval, pugilat, enfin tous les amusements analogues aux circonstances et à la localité.
Les officiers furent invités un banquet vraiment splendide, présidé par le général de division et dont la comtesse de Montbrun, venue de Paris depuis quelques jours, fit les honneurs, avec autant de grâce que d'amabilité. Mais un des ornements les plus remarquables de cette fête fut la présence du père du général, qui avait abandonné momentanément la culture de ses champs pour venir jouir de la gloire et des honneurs dont son fils était si justement entouré. La belle figure de ce vénérable vieillard avait une expression de bonheur qui attirait tous les regards et inspirait un tel respect qu'il n'était pas un de nous, malgré nos manières étourdies et évaporées, qui n'eût ambitionné le bonheur de recevoir sa bénédiction. Mais, au moment où les nombreux convives se levèrent pour lui porter un toast et lui exprimer le bonheur que nous éprouvions de le voir au milieu de nous, l'émotion de ce digne et respectable père fut si vive qu'il retomba sur sa chaise, les yeux remplis de larmes; alors, son fils, pour faire cesser cette scène attendrissante, porta la santé de l'Empereur, qui fut accompagnée de la décharge de toutes les pièces d'artillerie de la division et suivie d'un magnifique feu d'artifice.
Le surlendemain de cette belle journée, je reçus l'ordre du général de parcourir la ligne de nos avant-postes, et de me rendre près du général autrichien Hardey, afin de lui demander compte des démonstrations hostiles de ses troupes. J'en fus reçu avec toutes sortes de prévenances; il donna plusieurs prétextes aux mouvements qu'il avait ordonnés, mais, en définitive, acquiesça à toutes les observations que j'étais chargé de lui faire, conformément aux conventions de l'armistice.
J'acceptai son souper qu'il me fit partager avec sa charmante épouse, et je le quittai à minuit, malgré toutes ses instances pour me garder jusqu'au jour. Une escorte de dix hussards hongrois me fut donnée jusqu'aux avant-postes français, d'où je me dirigeai sur le quartier du général Montbrun pour lui rendre compte de ma mission
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

Leopold de Beaumont, 5e Hussards
Leopold de Beaumont, Officier au 5e Hussards de septembre 1809 à 1812

Le 18 septembre 1809, l'Empereur passe en revue les Régiments de la Division Montbrun devant le château de Goding. Maurice de Tascher, du 12e Chasseurs, note dans son journal : "Un mot de l'Empereur au colonel Dery nous a paru plaisant. Remarquant que les shakos des autres régiments étaient garnis de gourmettes et non ceux du 5e, il en fit l'observation en disant qu'un coup de sabre pouvait aisément faire tomber le shako et qu'alors la tête se trouvait nue. "- Sire, dit le Colonel Dery, mes Hussards préviennent toujours le coup de l'ennemi, ainsi ils ne sont jamais frappés". "Ah, dit l'Empereur en souriant, si j'avais seulement autant de mille livres de rentes !". (M. de Tascher : Le journal de campagne d'un cousin de l'Impératrice, 1806-1813).

Cette particularité du shako du 5e Hussards est visible sur le tableau de Lecomte "Reddition de Mantoue le 2 février 1797", peint en 1809, où l'on remarque un Adjoint à l'Etat major et un Major du 5e Hussards en tenue de 1810 et arborant les shakos de ce modèle.

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"Peu de jours après, les conférences diplomatiques semblèrent faire préjuger la prochaine rupture de l'armistice : les troupes se concentrèrent et tout portait à croire qu'une nouvelle lutte allait s'engager, lorsque la division reçut l'ordre de se porter près de la ville de Gœtting pour y passer la revue de l'Empereur.
L'arrivée de Napoléon au milieu de nous produisit un enthousiasme difficile à décrire, surtout lorsqu'il renouvela sa satisfaction sur la brillante conduite de la division dans les journées des 5 et 6 juillet. Il passa dans nos rangs, accordant nombre de récompenses. En arrivant au régiment, il aperçut un maréchal des logis de la compagnie d'élite décoré, à la moustache grise et dont le bras était orné de plusieurs chevrons : «Il y a longtemps que tu sers ? lui dit l'Empereur. - Je suis de la première réquisition et j'ai fait toutes les campagnes avec vous, mon empereur.» L'Empereur le regarda avec attention pendant quelques instants : «Tu as été décoré au combat de Schleitz ? - Mon empereur, interrompit le maréchal des logis, suffoqué de joie, pour l'affaire de la redoute, vous savez bien ? Mêmement que le prince Murat voulait entrer avant moi et que je lui en ai sauvé d'une belle.» L'Empereur sourit : «Oui, c'est vrai, mais tu sais bien aussi pourquoi tu n'es pas officier ?» Le pauvre maréchal des logis baissa la tête. «Voyons, ajouta l'Empereur avec bonté, me promets-tu de renoncer à la bouteille ? - Foi de hussard, mon empereur, je ne vous ferai plus de peine, c'est fini à partir d'aujourd'hui, dit-il en se frappant la poitrine. - Allons, je te crois sur parole et je te fais sous-lieutenant.» Deux grosses larmes tombant sur cette vieille moustache furent la réponse de ce brave militaire.
Plusieurs autres nominations eurent lieu et la dernière fut celle du chef d'escadron Meuziau, du 11e Chasseurs, nommé colonel au 5e Hussards, en remplacement de notre brave et digne chef fait général.
L'Empereur en quittant le régiment fit un signe de la main en disant : «Adieu, mes pelisses blanches, à bientôt !» Alors, de frénétiques acclamations et des cris de : Vive l'Empereur ! l'accompagnèrent longtemps.
La récompense justement méritée que venait d'obtenir le colonel Dery produisit une douloureuse impression dans le régiment dont il était aimé et chéri. En mon particulier, je regrettais en lui non seulement un bon chef, mais un ami véritable qui n'avait jamais cessé de me donner des preuves d'une affection sincère. Le soir, il me montra une lettre du roi de Naples qui le nommait son premier aide de camp et commandant général de la cavalerie légère de sa garde. Sa Majesté lui mandait aussi que, si la paix se faisait, il accueillerait avec plaisir les officiers de cavalerie qui voudraient passer à son service, qu'il en avait l'autorisation de l'Empereur et qu'un grade supérieur leur serait accordé dans sa garde. Le général Dery me proposa d'entrer chef d'escadron dans les hussards de la Garde avec la promesse d'un avancement rapide, ce dont je ne pouvais douter; mais, bien que cette offre fût assez séduisante et qu'elle offrit à mon amour-propre la satisfaction de revenir avec des honneurs et des distinctions dans cette même ville où naguère on m'avait connu pauvre exilé, je ne pus me déterminer à quitter le service de France.
Je remerciai donc mon brave colonel de cette nouvelle marque de bienveillance et, peu de jours après, j'eus le chagrin de me séparer de lui en le voyant partir pour Naples.
Apès la revue de l'Empereur, nous apprimes avec effroi et indignation qu'on avait tenté de l'assassiner au moment où il allait passer la revue de la Garde : tous les détails ont été trop souvent reproduits pour que je les rappelle. Peu après cet événement, l'Autriche ayant accepté les conditions qui lui étaient imposées, Napoléon quitta Schœnbrunn pour retourner à Paris
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

Le Colonel d'Héry est nommé Général de Brigade le 21 septembre, le Colonel Meuziau, venu du 11e Chasseurs, est nommé Colonel du 5e Hussards. II vient d'être promu Officier de la Légion d'honneur par Décret du 17 juillet précédent.

Charles Claude Meuziau

Bourguignon né à Buxy le 16 février 1771. Le 9 novembre 1790, il commence sa longue carrière en souscrivant un engagement aux Chasseurs à cheval de Normandie, devenu en 1791 le 11e Régiment de Chasseurs. Simple cavalier, il grimpe un à un tous les échelons de la hiérarchie militaire. En 1796, à l'affaire de Messenheim, il est chargé par le Général Treillard de rallier trois Compagnies de la 9e Demi-brigade d'Infanterie légère dont la valeur a cédé au nombre et qui ont abandonné leur poste. Il met pied à terre, se place à la tête de ces Compagnies, reprend le poste et arrête l'ennemi qui menace de couper l'avant garde.
Le 5 brumaire an 5, il délivre le Général Treillard des mains de l'ennemi et fait prisonnier le commandant du poste dans lequel le Général est tombé.
Le 29 mars 1800, il touche l'épaulette de Lieutenant, et est affecté au 4e de Dragons.
Le 25 brumaire an 9 (16 novembre 1800), à la bataille de Neukirchen, le Général Duchesne lui donne le commandement de trois Compagnies de Carabiniers de la 29e Légère et le charge d'entrer dans le village de Neukirchen pour en chasser l'ennemi. L'occupation du poste, nécessaire au salut de la Division, est faite sous les yeux du Général Duchesne qui récompense Meuziau par le grade de Capitaine sur le champ de bataille (Rigo indique qu'il est Capitaine en décembre 1800).
Le 13 mars 1802, il revient au 11e Chasseurs avec le grade d'Adjudant major. Il combat à Austerlitz en décembre 1805, à Iéna et Halle en octobre 1806, à Allenstein en février 1807. Chevalier de la Légion d'Honneur en juillet 1807, Chevalier d'Empire le 25 février 1809, puis Chef d'Escadron le 10 juin 1809. Combat à Heilsberg en juin 1809 et à Wagram en juillet. Officier de la Légion d'Honneur en septembre 1809.
Colonel du 5e Hussards le 21 septembre 1809. Baron d'Empire le 23 juin 1809.
Le 7 septembre 1812, à la Moskowa, il est blessé par un biscaïen au pied gauche. Il combat ensuite à Mojaisk. Le 18 octobre 1812, en avant de Moscou, il est blessé d'un coup de lance à l'épaule gauche (Winkowo). Passage de la Bérésina en novembre 1812.
Commandant de la Légion d'Honneur en mars 1813. Il est nommé par l'Empereur le 14 mai 1813 Colonel-major puis Général de Brigade aux Chasseurs à cheval de la Garde. Combat de Dresde en août, Leipzig, Hanau en octobre.
Montmirail, Montereau en février 1814, Craonne et Courtrai en mars 1814. La campagne de France terminée, il est Inspecteur de la Cavalerie de la nouvelle armée royale. Rallié pendant les Cent-Jours, il se bat en Alsace (Strasbourg en juin 1815). Mis en disponibilité lors du retour de Louis XVIII, il est réintégré en juillet 1816 et admis à la retraite le 1er décembre 1824. Grand Officier de la Légion d'Honneur en juin 1831. Lieutenant général honoraire, il meurt à Strasbourg le 16 septembre 1834 à l'âge de 63 ans.

Figure . Ci-contre en haut : A gauche, portrait du Colonel Meuziau, peint par Barbara Steiner Krafft; à droite, une autre version (copie, original ?) qui diffère par quelques détails mineurs, notamment la posture du Colonel Meuziau, dont le visage est davantage tourné vers le chien sur le tableau de droite; ce même chien ayant le museau pointé bien plus haut vers son maître.

Figure . Ci contre, en bas, reconstitution de la tenue du Colonel Meuziau, d'après Rigo. La source indiquée est "portrait du colonel Meuziau, collection particulière".

Colonel Meuziau 1809-1813
Colonel Meuziau , 5e Hussards, 1810

La paix ayant été signée, l'armée française commence en octobre son mouvement d'évacuation des provinces autrichiennes. Le Régiment quitte le cercle de Brunn le 4 novembre, suit la Morawa et arrive aux environs de Vienne.

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"Le 16 novembre de nombreuses salves d'artillerie annoncèrent que la paix était définitivement signée, et l'armée fut prévenue que l'évacuation de l'Autriche allait s'ensuivre. La cavalerie légère du maréchal Davout étant chargée de fermer la marche de l'armée, nous quittâmes nos cantonnements de la Moravie pour nous rapprocher de la capitale et, en protéger la tranquille évacuation.
Une fièvre assez violente me prit en arrivant au village de Pitzlach où nous devions rester quelques jours; elle fut provoquée par un abcès survenu à la cuisse droite, où j'avais négligé la blessure reçue Wagram. Depuis quelque temps je ressentais parfois des douleurs aiguës que j'attribuais à la fatigue, mais, vaincu par le mal, le chirurgien-major du régiment, craignant un épanchement, avait cru nécessaire de faire une profonde incision pour arrêter le mal.
J'étais dans cette triste position lorsque le général Montbrun, traversant notre village et apprenant mon infortune, eut la bonté de venir me voir et m'autorisa à aller à Vienne pour y rester jusqu'à son évacuation, espérant que j'aurais le temps de me guérir. Je m'y rendis aussitôt, bien certain d'y recevoir avec empressement des soins de cette excellente baronne de Zoès; mais, malheureusement, elle avait quitté la ville depuis quelques jours, et il y avait un tel encombrement que je parvins, non sans peine, à obtenir un gite dans un faubourg chez le comte de Hardegg, père du général chez lequel j'avais été envoyé en mission aux avant-postes. Cette heureuse circonstance ne contribua pas peu au bon accueil que je reçus de Mme de Mintzastres, jeune et jolie femme dont les fonctions me furent bientôt connues; elle paraissait avoir un pouvoir absolu, aussi bien sur le cœur du vieux comte que sur toute la maison, et il n'y eut sorte d'attention dont je ne fusse l'objet pendant les douze jours que je passai sous ce toit hospitalier
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

Le Régiment marche ensuite sur l'Inn avec le Corps d'armée de Davout et cantonne à Enns.

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"Lorsque la division du général Montbrun arriva pour terminer l'entière évacuation de Vienne, ma plaie était à peu près fermée et la fièvre m'avait quitté, mais il s'en était suivi une extrême faiblesse qui ne me permettait pas de monter à cheval. Fort heureusement, toujours possesseur de la petite calèche achetée à mes hussards, j'obtins la permission de voyager dedans avec des chevaux de réquisition et, par conséquent, j'ai évité le désagrément de la charrette qui eût été ma seule ressource.
La division se mit en marche par un temps froid et mauvais, pour aller prendre gîte dans les environs de Saint-Polten où nous n'obtinmes d'autres ressources que celles que nous pûmes nous procurer dans les montagnes, non seulement à prix d'argent, mais en employant la violence.
Le lendemain, nous prîmes des cantonnements à dix lieues de la capitale, afin de protéger la marche des troupes, les quipages et les retardataires. Un des articles du traité de paix stipulant que l'entière évacuation de l'Autriche devait être terminée le 1er janvier 1810, il en résulta que nous restâmes vingt-quatre jours dans nos quartiers, ce qui me donna le temps de me rétablir complètement et de reprendre le commandement de mon escadron.
Nous nous remimes en marche le 6 décembre avec l'assurance qu'il ne restait derrière nous rien de ce qui appartenait à l'armée française. Nos étapes furent Pyrha, Kull, Burgstal, Auspach et Steyer. Peu d'instants avant d'arriver au bourg de Wegestelten, lieu destiné pour le quartier de mon escadron, ne sachant à quoi attribuer le bruit des cloches, quelques coups de fusil tirés çà et là, des hommes postés sur des hauteurs et des cris dont je ne pouvais apprécier les motifs, je formai aussitôt ma troupe en colonnes par pelotons et envoyai quelques tirailleurs en avant qui, aussitôt aperçus par les habitants, reçurent une décharge d'une quinzaine de coups de fusil. Ne doutant plus qu'il fallût conquérir notre gîte avec le tranchant de nos sabres, et placé dans les conditions d'une légitime défense, je faisais mes dispositions pour entrer dans cet endroit à l'appui de nos forces; mais, en arrivant près d'une vaste place, quelle ne fut notre suprise en voyant prés de 200 femmes de tout âge, dans leur costume de fête, rangées en ligne et accueillant avec des cris de joie l'approche du premier peloton, tandis que deux groupes considérables d'hommes endimanchés nous saluaient par des décharges continuelles et des hourras en l'honneur des pelisses blanches.
Bientôt nous fut expliquée cette ovation inattendue qui m'avait induit en erreur : ces braves gens, prévenus la veille qu'un escadron de hussards français devait passer quarante-huit heures dans leur endroit, eurent l'idée de transformer en façon de petite guerre les réjouissances du mariage d'un des plus riches habitants du pays, qui, justement, avait lieu le jour de notre arrivée. Il est facile de concevoir la satisfaction des hussards et combien fut agréable notre séjour au milieu d'une population aussi bienveillante. Ce ne fut que galas, danses et plaisirs où bien certainement la noce du riche cultivateur ne fut pas la seule consommée. Mais, ce qui ajouta au bonheur de cet événement, c'est que dans la nuit qui devait précéder notre départ, arriva au colonel l'ordre de garder les cantonnements de son régiment jusqu'au 31 décembre
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

Officier 5e Hussards, début Empire
Officier du 5e Hussards, d'après Jacques François Joseph Swebach, dit Swebach-Desfontaines (Metz, 1769 ; Paris 1823) : "Charge de Hussards sous l'Empire". Huile sur toile 0,71 x 0,69 cm, conservée au Musée des Beaux Arts de Lyon. Cette toile, acquise en 1875 par don de Bernard Jacques, est apparemment aujourd'hui disparue. Il apparait en 1912 dans l'ouvrage de Paul Dissard "Le Musée de Lyon, les Peintures" (à gauche).
Officier 5e Hussards, vers 1809-1810
Officier 5e Hussards, vers 1809-1810 Officier, 5e Hussards, 1809-1810
Officier du 5e Hussards, sans date, d'après Ernest Fort (1868-1938) : "Uniformes des hussards sous la 1ère République, le 1er Empire et la Restauration II - 5e à 13e hussards"; Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945), PETFOL-OA-490(2); ce dessin a pour source un portrait du Musée de l'Armée
Officier du 5e Hussards, sans date, d'après Ernest Fort (1868-1938) : "Uniformes des hussards sous la Révolution et le 1er Empire"; Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, Collection de Ridder, Gustave (1861-1945), PETFOL-OA-491; ce dessin a pour source un portrait du Musée de l'Armée
Officier du 5e Hussards, d'après un dessin donné par A. Pigeard in Tradition H. S. N°34. La légende indique qu'il s'agit d'un Officier de la Compagnie d'élite. Le type est visiblement inspiré de Fort

 

Officier, 5e Hussards, 1807-1810
Officier de la Compagnie d'élite du 5e Hussards (sans date mais peut être vers 1810), d'après Basset, planche 66 (Copyright Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library - avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington)

- Espagne (1809)

En Espagne, à la date du 8 mars 1809, figurent au sein du 4e Corps, sous le Général de Brigade Wathier (en expédition à Alcaniz), 12 Officiers et 80 Hussards du 5e Régiment; ces hommes, commandés par le Chef d'Escadron Labiffe, font toujours partie du 1er Régiment provisoire de Hussards sous les ordres du Colonel (sic) Lanougarède.

Signalons aussi que dans une situation en date du 10 décembre 1809, on trouve encore à l'Armée du Nord, commandée par le Maréchal Bessières, un 1er Régiment provisoire de Hussards, commandé par le Colonel Simon, dans lequel figure un détachement du 5e Hussards (alors que le 1er Régiment provisoire de Hussards a été en théorie dissous par Décret impérial en date du 4 mars 1809).

k/ 1810

Aux premiers jours de janvier, Davoût continuant l'évacuation de son Corps d'armée, cantonne ses troupes d'infanterie dans le pays de Salzburg. Sa cavalerie suit ce mouvement. Le 5e Hussards, Brigade Pajol, Division Montbrun, a quatre Escadrons de guerre à l'effectif total de 41 Officiers, 947 hommes et 1043 chevaux présents, 47 hommes sont aux hôpitaux et l'effectif total comprend 1220 hommes 1166 chevaux.

Le Régiment est à Voklabruck.

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"Le 1er janvier 1810, la division de cavalerie légère se dirigea sur le pays de Salzbourg, province bavaroise; nous fûmes d'abord à Swenstadt, frontière du Tyrol, et à Mondsée, charmante petite ville près d'un lac superbe, où le régiment dut s'établir jusqu'à l'écoulement du corps d'armée du maréchal Davout. Ce fut de cet endroit que le général Montbrun m'appela près de lui, à son quartier général de Woklabruck, pour me charger de la rédaction du rapport des opérations de sa division pendant la dernière campagne.
Ce travail long, minutieux, surtout fort minutieux, qui devait être adressé au ministère de la Guerre, m'occupa plus de deux mois, rien que pour préparer et classer les matériaux que les différents corps de la division devaient faire parvenir. Cette fatigante occupation fut adoucie par toutes les bontés du général et les recherches qu'il mettait à m'être agréable. Il me dit un jour qu'il avait reçu l'avis positif que le 5e Hussards prendrait ses quartiers d'hiver sur les bords du Rhin pour aller ensuite tenir garnison en France. Cette perspective, si peu analogue à mes goûts, me fit réclamer de lui sa protection, auprès du ministre de la Guerre, pour être envoyé en Espagne, seul pays où nous fissions la guerre. Il me promit d'appuyer ma demande, ajoutant que lui-même comptait réclamer cette faveur. En effet, trois semaines après, le ministre lui répondit que nombre de demandes semblables à la mienne lui avaient été faites par des officiers de tous grades, mais qu'il aurait égard à celle qui me concernait, et que, pour preuve de son bon vouloir il m'autoriserait à venir à Paris lorsque je lui en ferais la demande, afin d'y attendre la réalisation de mes désirs. Cependant, très reconnaissant de la faveur que le général venait d'obtenir pour moi, je pris avec lui l'engagement de ne profiter de la bienveillance du ministre qu'après l'entière confection de travail dont j'étais chargé
" (Hippolyte d'Espinchal, Souvenirs militaires, Tome 1).

Officier 5e Hussards 1810
Officier, 5e Hussards, 1807-1810
Officier, 5e Hussards, 1810
Officier supérieur du 5e Hussards (sans date mais peut être vers 1810), d'après Martinet, planche 134, type 4.
Officier de la Compagnie d'élite du 5e Hussards (sans date mais peut être vers 1810), d'après Martinet, planche 134, type 4
Officier de la Compagnie d'élite du 5e Hussards (sans date mais peut être vers 1810), d'après Martinet, planche 134, type 4 (Copyright Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library - avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington)
Officier 5e Hussards 1810 Officier 5e Hussards 1810 Officier, 5e Hussards, 1810
Officier de la Compagnie d'élite du 5e Hussards (sans date mais peut être vers 1810), d'après Martinet, planche 134, type 4
Officier supérieur du 5e Hussards (sans date mais peut être vers 1810), d'après Martinet, planche 134, type 4.
Officier, 5e Hussards, 1810, d'après R. Forthoffer, Fiche Documentaire 180 (avec l'aimable autorisation de Mr Jean-Yves Forthoffer) . Source mentionnée : Martinet
Officier, 5e Hussards, 1807-1810
Officier 5e hussards
Officier, 5e Hussards, 1810
Officier, 5e Hussards, 1807-1810, d'après Lalaisse (Copyright Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library - avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington)
Officier du 5e Hussards sans date; document extrait de "Recueil. Uniformes militaires français, 1794-1891", suite de 6 volumes reliés en 3 tomes, In-4 320 x 230, 346 aquarelles; Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, 4-OA-397(1) - ancienne collection De Ridder, Gustave (1861-1945)
Officier en grande tenue d'après Charmy qui donne comme date 1804-1810
Officier, 5e Hussards, 1810    
Officier de Compagnie d'élite en grande tenue d'après Charmy qui donne comme date 1810    

"Le 18 janvier, une circulaire ministérielle dissout les 9es compagnies ou compagnies de dépôt des régiments de hussards, et prescrit que pendant 1810, les régiments seront maintenus au complet de 4 escadrons en officiers; chaque escadron au complet de 240 hommes, trompettes et sous-officiers compris, et 200 chevaux; au total 960 hommes et 800 chevaux par régiment, non compris les chevaux d'officiers" (in La Giberne, 2e année, N°7, page 221).

Le 7 février 1810, "On propose à Sa Majesté de nommer à l'emploi de major du 5e régiment de hussards le sieur Hollosy, chef d'escadron au 3e régiment de même arme" ; l'Empereur répond "Rejeté, proposer un autre sujet" (E. Picard, L. Tuetey : "Correspondance inédite de Napoléon 1er, conservée aux Archives de la guerre. T. III. 1809-1810" - lettre 4000; sans signature ni date; extraite du «Travail du ministre de la guerre avec S. M. l'Empereur et Roi, daté du 7 février 1810»).

Le Régiment se porte sur Braunau où il forme la haie le 16 mars pour la réception de Marie-Louise, qu'il escorte le même jour jusqu'à Augsbourg. Il revient dans ses cantonnements qui sont ainsi répartis : deux Escadrons à Salzbourg, un à Scharding et un entre Ried et Braunau.

Hippolyte d'Espinchal écrit :
"A mon père.
Woklabruck, 18 mars 1810.
Voici donc une paix qui semblerait solidement cimentéé avec l'Autriche par le mariage de l'archiduchesse Marie-Louise, venant partager la couche impériale de Napoléon; cet événement n'est pas le moins extraordinaire de la vie de cet homme étonnant, dont l'alliance est regardée aujourd'hui par la maison de Lorraine comme un véritable bienfait.
J'ai vu de mes yeux ce fait incroyable, dont je puis d'autant mieux vous retracer tous les détails que mon régiment s'y trouvait appelé par son service et, grâce à l'obligeance du général Montbrun près duquel je suis constamment resté, rien ne m'est échappé.
La petite ville de Braunau, frontière de l'Autriche et de la Bavière, située sur l'Inn, près de laquelle le 5e Hussards était en quartier, fut choisie pour la courte résidence que devait y faire l'Impératrice, aussitôt après la cérémonie de sa remise mais, comme il n'y avait aucune maison convenable pour établir le palais, on fut obligé d'en louer plusieurs attenant l'une à l'autre, dont on perça les murailles pour y construire des portes, d'étage en étage, agrandir ainsi lès appartements et faciliter les communications ; tout ce travail fut fait en peu de jours; le palais improvisé et meublé avec un luxe extraordinaire; la corbeille et les présents de noce dont la magnificence était admirable furent étalés et disposés dans un des premiers salons de l'Impératrice.
Tout ce que le luxe le mieux entendu, le bon goût et la richesse peuvent offrir d'élégant et de recherché fut déployé avec ordre. Tous les vêtements, le linge, etc., etc., avaient été faits à Paris d'après les propres modèles à l'usage habituel de Sa Majesté; mais, au milieu de tant de belles choses, ce qui nous frappa le plus, ce fut la petitesse du pied, à en juger par les souliers qui avaient été faits d'après des chaussures envoyées de Vienne.
A une petite lieue de la ville, sur l'extrême limite des deux frontières, déclarée neutre pour la circonstance, il avait été construit une baraque en bois, divisée en trois salons : un du côté de la France, un autre du côté de l'Autriche, et celui du milieu plus grand que les deux autres. Ce dernier salon devait servir pour la cérémonie de remise.
Du côté de l'Autriche, il avait été élevé un dais magnifique sous lequel était un fauteuil de drap d'or.
Ce trône faisait face à la porte d'entrée de France. Deux portes latérales étaient disposées de ce même côté. Sur la droite du trône, était une table ronde recouverte d'un tapis d'une grande richesse, sur laquelle devaient se faire les signatures des procès-verbaux de remise. Une vaste enceinte était destinée, de chaque côté de la baraque, pour le placement des voitures des deux cortèges; de belles avenues d'arbres verts avaient été plantées et aboutissaient à la grande route, tant du côté de l'Autriche que du côté de la France.
Le 16 mars au matin, le cortège autrichien arriva à Altheim, petite ville à une lieue de la baraque ; l'Impératrice s'y arrêta pour quitter ses habits de voyage et faire sa toilette. A midi, elle entra dans le salon autrichien suivie de son cortège; elle s'y reposa un instant et vint ensuite dans le grand salon, précédée par le maître des cérémonies d'Autriche, se plaça sur son trône, tous les personnages de sa cour à droite et à gauche, sélon leur rang; la dernière ligne étant formée par les plus beaux officiers de la garde noble hongroise, dont l'uniforme est si riche et si beau.
L'Impératrice étant debout sur son trône, sa taille elevée était parfaite, ses cheveux étaient blonds et ses yeux bleus fort doux, son visage respirait la fraîcheur, mais sa physionomie était peu expressive et froide.
Elle avait une robe de brocart d'or, brochée de grandes fleurs de couleurs naturelles, qui par sa pesanteur devait la fatiguer beaucoup.
Elle portait, suspendu à son cou, le portrait de Napoléon, enrichi de plusieurs magnifiques solitaires, que l'on disait valoir plus de 500 000 francs.
La cérémonie de la remise se fit avec toutes les prescriptions qu'en avaient reçues les commissaires des deux nations et, après les procès-verbaux signés, Marie-Louise, accompagnée du prince de Neuchâtel, fut introduite dans le salon français où l'attendait la reine de Naples qu'elle embrassa et qui lui présenta nominativement les dames et les officiers de sa maison ; toutes les formalités remplies, le prince de Trauttmansdorff demanda à Sa Majesté la permission de lui baiser la main en prenant congé d'elle. Le cortège autrichien vint ensuite, selon le rang des personnes, baiser la main de la princesse : tous les serviteurs même du rang le plus inférieur furent admis à porter à ses pieds l'hommage de leur respect, de leurs regrets et de leurs voeux pour son bonheur.
Les yeux de la princesse étaient mouillés de larmes et elle paraissait fort affectée de cette séparation. Après un moment de repos, l'Impératrice monta en voiture pour se rendre à Braunau; la division d'infanterie du général Friant, celle de cavalerie légère du général Montbrun et l'artillerie, étaient en bataille, près de la route. Sa Majesté passa au milieu des lignes sans témoigner aucun sentiment de satisfaction, ni de bienveillance; un détachement du beau 7e Hussards remplaça l'escorte hongroise qui l'accompagnait, le général Montbrun se plaça près la portière de droite, un écuyer de l'Empereur à celle de gauche; la princesse fit arrêter un moment la voiture pour faire ses adieux à ses compatriotes elle agita plusieurs fois son mouchoir et se retira précipitamment dans le fond de la voiture.
En arrivant en ville, le général Pajol vint au-devant de l'Impératrice, avec l'état-major de la division, pour l'escorter jusqu'au palais en passant sur le front du 5e Hussards, fort de 1000 chevaux, les officiers tout resplendissants d'or avec la pelisse blanche pendante, le dolman bleu de ciel et la ceinture cramoisie, l'étendard se baissa pour la saluer et trois salves de toute l'artillerie furent faites au moment où elle entrait dans sa résidence.
Le colonel du régiment, à la tête du premier escadron, vint aussitôt prendre le service au palais; peu après, le prince de Neuchâtel présenta tous les officiers appartenant aux corps présents à Braunau. Le soir, il y eut un banquet pour les sous-officiers et soldats des deux divisions et les officiers furent invités chez les généraux.
L'Impératrice parcourut en calèche les lieux où les tables étaient établies, et une illumination de la plus grande beauté termina cette journée remarquable. Le lendemain, l'Impératrice, escortée par différents détachements de mon escadron échelonné à des distances de 4 lieues, quitta Braunau pour aller à Munich où l'attendait le roi de Bavière.
Le colonel Meuziau, moi et le lieutenant Victor Oudinot, fils du maréchal, nous accompagnâmes Sa Majesté deux relais; le cortège se composait de 83 voitures ou fourgons, 454 chevaux de trait et huit de selle, qui devaient être employés à chaque relais.
Tel est le détail exact de cet événement mémorable dont je suis charmé d'avoir été le témoin par la place qu'il doit occuper un jour dans l'histoire, formant le vœu qu'il ne devienne pas aussi désastreux que l'alliance de cette infortunée Marie-Antoinette, dont la présence aussi promettait à la France des jours de bonheur et de prospérité...
Il parait que nous allons bientôt nous acheminer vers le Rhin pour aller ensuite tenir garnison en France; cette perspective, si contraire à mes goûts, m'a fait faire des démarches pour obtenir d'aller en Espagne, comme étant le seul lieu en ce moment où l'on puisse attraper des coups et de l'avancement; si je réussis dans mes désirs, ainsi que j'ai tout lieu de l'espérer, j'aurai la douce satisfaction
de vous embrasser avant de passer les Pyrénées; cette idée réjouit mon cœur et j'en devance la pensée comme une espérance de bonheur. »

Officier, tenue de campagne, 5e Hussards, 1810-1812
Chef d'Escadron 5e Hussards, 1810-1812
Officier du 5e Hussards en tenue de campagne, 1810-1812, d'après Lucien Rousselot (L'Armée française, planche 54)
Chef d'Escadron, 5e Hussards, tenue de campagne, 1810-1812, d'après Angus Mc Bride (MAA Napoleon's Hussars; texte de Emir Bukhari). La source indiquée est Rousselot.

Dix jours après le passage de l'Impératrice, la division reçut l'ordre de se diriger sur Augsbourg où le quartier général devait s'établir avec les troupes en cantonnement dans les environs, tandis que le 5e Hussards occuperait l'Invertel jusqu'à la prise de possession de ce pays par la Bavière à qui le traité l'avait concédé. Quant à moi, je dus suivre le général afin de continuer mon travail. Nous vînmes coucher à Landshut le 30, et le lendemain, à la petite ville de Freising, peu distante de Munich, ce qui engagea le général à aller présenter ses hommages au roi de Bavière; il m'emmena avec lui. Nous arrivâmes d'assez bonne heure dans cette belle capitale qui m'était déjà si bien connue, et, le soir même une audience du roi fut accordée pour le lendemain matin, le général ayant eu l'obligeance de solliciter pour moi cette même faveur.
Introduits dans son cabinet, nous le trouvâmes seul; sa réception fut bienveillante et tout à fait familière : après avoir témoigné au général Montbrun toute son admiration sur sa brillante conduite dans cette dernière campagne, Sa Majesté daigna me parler de mon père et de l'attachement qu'elle lui conservait, attachement dont les preuves n'étaient point équivoques, puisque c'était à ce sentiment que je devais l'honneur d'être décoré de son ordre militaire. Elle s'informa avec le plus grand intérêt de mon frère et de ses blessures : «Sire, lui dis-je, mon cœur est aussi reconnaissant qu'il y a neuf ans, et le souvenir des bontés dont Votre Majesté comblait ma mère dans son exil et sa misère ne s'effacera jamais de mon cœur.» Le roi me donna une petite tape sur la joue avec un sourire paternel et se tournant vers le général : «J'espère, lui dit-il, que vous resterez au moins deux jours et que ma table sera la vôtre»; puis me faisant un signe qui prouvait qu'il me comprenait dans cette invitation, il ajouta : «Commençons par déjeuner en petit comité», en se dirigant vers une salle où le service était dressé; mais quelle ne fut pas la surprise du général, en déployant sa serviette, d'y trouver la plaque et le grand cordon de l'ordre militaire de Bavière.
Il était impossible de voir plus de bonté et de simplicité dans les manières de cet excellent prince, jointes à beaucoup de rondeur et de gaieté dans l'esprit; il aimait surtout à rappeler l'époque où il était en France en qualité de colonel (sous le r&e