Le 16ème Régiment d'Infanterie Légère

1800-1815

 

Avertissement et remerciements : Cet article nous a été adressé par notre collègue du Bivouac, Didier Davin, que nous remercions tout particulièrement pour sa disponibilité et son érudition.

 

La 16ème demi-brigade légère de deuxième formation a été formée en 1796 (arrêté du 18 nivôse an IV) à partir des unités suivantes :

 - 12ème demi-brigade légère de première formation,

- 23ème demi-brigade légère de première formation,

- 3ème bataillon de la 204ème demi-brigade de première formation.

Elle a servi aux armées du Rhin, d'Allemagne, d'Helvétie, de Naples et d'Italie.

 

I/ 1800-1805 UNE PAIX EPHEMERE

16e Léger 1802
Fig. 1 le 16e Léger en 1802 d'après L. de Beaufort

Le 11 février 1800 (22 pluviôse an 8), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... Faites-moi connaître où sont les 3e bataillons des 16e ... légères ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 4963).

Le 14 février 1800 (25 pluviôse an 8), la même demande est adressée au Général Berthier (Correspondance générale, t.3, lettre 4982).

Par arrêté des consuls du 9 fructidor an 8 (27 août 1800), la 16e demi-brigade légère est réduite à deux bataillons.

Le 5 septembre 1800 (18 fructidor an 8), Bonaparte écrit depuis Paris, à Carnot, Ministre de la Guerre : "... Donnez l'ordre à la 16e légère qui est à Toulouse de former ses trois compagnies de carabiniers en les complétant chacune à 80 hommes. Elle les fera partir en toute diligence pour Dijon, où elles resteront jusqu'à nouvel ordre ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 5630).

Le 9 novembre 1800 (18 brumaire an 9), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Lacuée, Ministre de la Guerre par intérim : "... Je vous prie également de me faire connaître où se trouvent en ce moment les carabiniers des 16e, 23e demi-brigades et les grenadiers de la 47e demi-brigade ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 5756).

Le 20 novembre 1800 (29 brumaire an 9), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous prie, citoyen ministre, de donner l'ordre au général Murat de faire partir le 4 frimaire pour se rendre à Chambéry en toute diligence et par le plus court chemein la 1re demi-brigade de sa division; elle sera composée :
3° D'une compagnie de grenadiers composée des carabiniers des 16e et 23e légères et des grenadiers de la 47e de ligne ...
Vous me ferez connaître le jour où la 1re brigade arrivera à Chambéry, afin qu'on puisse ordonner sa marche ultérieure ...
" (Correspondance générale, t.3, lettre 5791).

Le 29 novembre 1800 (8 frimaire an 9), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... La 16e légère qui est à Toulouse ... ainsi que les différents corps qui sont à l'armée de l'Ouest sont destinés à recevoir des conscrits et dès lors on peut d'avance prendre des mesures pour leur donner des draps comme si elles [sic] étaient au complet ... Par ces dispositions, nous nous trouvons avoir, indépendamment de l'armée de l'Ouest, 9 demi-brigades qui peuvent recevoir plus de 20000 conscrits, et les magasins centraux, les marchés pour habits confectionnés deviennent inutiles et le service se trouverait assuré" (Correspondance générale, t.3, lettre 5806).

Au début de 1801, la Paix ayant été signée avec l'Autriche, la République se tourne contre le Portugal, fidèle allié de l'Angleterre, contre laquelle nous sommes toujours en guerre. Dès le 12 Janvier, il est prévu de former autour de Bordeaux un Corps d'Observation de la Gironde. Le Premier Consul le confia à son beau-frère : le général Leclerc, mari de sa sœur Pauline.

Le 16 janvier 1801 (25 nivôse an 9), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous prie, Citoyen Ministre, de donner l'ordre :
... 5° De compléter à 700 hommes, compris les officiers, le premier bataillon de la 16e légère, qui est à Toulouse, et de le tenir prêt à entrer en campagne
" (Correspondance de Napoléon, t.6, lettre 5297).

L'Espagne, notre alliée, devait soutenir notre marche vers le Portugal et participer à son occupation. Godoy le très puissant premier ministre espagnol s'en portait garant. Pour former le Corps d'Observation, on amalgame des unités en fort mauvais état depuis les dernières campagnes de 1800 et il faut plusieurs mois pour que tout le monde arrive.

Le 13 avril 1801 (23 germinal an 9), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Vous donnerez l'ordre, citoyen ministre, ... Au bataillon de la 16e légère, qui est dans la 10e division militaire (Toulouse), de se rendre sur-le-champ à Bayonne pour faire partie du corps de la Gironde ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 6208). Le même jour, Bonaparte écrit depuis Paris au Général Leclerc, commandant du Corps d'Observation de la Gironde : "... Le bataillon de la 16e a ordre de se rendre à Bayonne; activez-en le départ de la 10e division : il n'a pas besoin d'attendre les troupes qui doivent le remplacer ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 6210).

Sur la fin Avril, Leclerc réunit à Bayonne tout ce qu'il a de disponible pour entrer en Espagne avec une brigade d'avant-garde sous les ordres du général Monnet. Le premier bataillon de la 16e DB Légère en fait partie. Par Irun, Tolosa, Burgos et Valladolid, l'avant-garde s' établit à Ciudad Rodrigo pour attendre le reste des troupes, mais au cours de la route l'accueil des Espagnols n'est pas ce que l'on espérait. Bonaparte envoit Gouvion Saint Cyr auprès des Espagnols comme conseiller militaire.

Une deuxième brigade de 4000 hommes, sous le général Dumoulin entre en Espagne le 2 Mai. C'est alors que Godoy décidait d'attaquer le Portugal avec ses propres troupes avant la montée en puissance des Français qui se résolvent à protéger Ciudad Rodrigo. Puis rapidement la paix est signée entre le Portugal et l'Espagne. Une mascarade ...  

Les Français restent alors regroupés près de Ciudad Rodrigo, mais leurs renforts continuent à arriver. La Brigade Lamarque passait par Perpignan le 16 Mai, et gagnait Salamanque le 4 Juillet. Le 5 Juin, la brigade Thibault avec le 2e bataillon de la 16e Légère faisait son entrée dans la péninsule et ralliait aussi Salamanque. Leclerc rejoignait enfin son armée en Espagne. Enfin la brigade Gilly, fin Juin, retrouvait les deux précédentes.

La situation des troupes française devenait ubuesque. Elles n'avaient pas combattu et stationnaient dans un pays en paix, pour lutter contre un adversaire commun qui ne l'était plus ! Ce qui n'est pas le cas pour la population espagnole qui prenant les Français pour des envahisseurs commence à les harceler. Leclerc fait alors reculer son armée sur Salamanque et Valladolid, la cavalerie sur Zamora. Des épidémies frappent les troupes en raison des chaleurs. Au milieu de toutes ces difficultés, Leclerc réussit à maintenir la plus stricte discipline parmi ses hommes.

Les hommes restent stationnées ainsi jusqu'à mi Octobre, jusqu'à ce que Bonaparte furieux ratifie un traité de Paix avec le Portugal. Dans le même temps des préliminaires de Paix étaient signée avec l'Angleterre. Leclerc rentre en France et confie son armée au général Rivaud qui replie son artillerie sur Burgos fin Octobre. Les Espagnols supportent de moins en moins la présence des troupes françaises. Les incidents se multiplient.

Une nouvelle expédition se monte avec Leclerc à sa tête pour mater la révolte de Saint Domingue. Beaucoup de troupes du corps d'Observation de la Gironde vont en faire partie. Mais la 16e Légère doit être envoyée dans la 20e Division militaire (Périgueux) par un ordre du 1er Consul à Berthier (Lettre datée du 24 novembre 1801 (3 frimaire an 10), expédiée depuis Paris par Bonaparte au Général Berthier, Ministre de la Guerre - Correspondance générale, t.3, lettre 6654). Au début de 1802, elle est portée toujours en Espagne. L'Etat militaire de l'an X (1802) nous confirme son stationnement à Valladolid avec son dépôt à Saint Jean de Luz avec comme encadrement : Chef de brigade : Pinot; chefs de bataillons : Laborey, Tugnot et Lecouturier; Quartier maître trésorier : Bouyé; Adjudant–majors : Maronne et Levain; et officiers de santé : Duplan et Carrion.

La demi-brigade rentre en France en Février 1802. Le 21 mai 1802 (1er prairial an 10), Bonaparte demande à Berthier de transférer la demi-brigade d'Angoulême à la 12e Division militaire (lettre expédiée depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre - Correspondance générale, t.3, lettre 6896). Jean Isidore Harispe, le charismatique chef des chasseurs basques de la Révolution est porté à sa tête le 18 Mai 1802. L'unité doit bientôt repartir pour Rennes par ordre du Premier Consul, le 25 messidor (14 juillet 1802 - Lettre en date du 28 juin 1802 (9 messidor an 10), expédiée par Bonaparte écrit depuis la Malmaison au Général Berthier, Ministre de la Guerre - Correspondance générale, t.3, lettre 6965) ; "Tous ces mouvements ne se feront que dix jours après avoir reçu l'ordre.
Vous aurez soin que la veille du départ, il soit passé une revue de rigueur qui fasse bien connaître la situation des troupes que vous ferez partir. Vous aurez soin que tous les détachements soient bien réunis avant leur départ, et qu'ils marchent dans le plus grand ordre et par bataillon
".

Le 8 juillet 1802 (19 messidor an 10), Bonaparte écrit depuis la Malmaison au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Donnez l'ordre par un courrier extraordinaire à ... la 16e légère de se rendre à Pontivy dans le Morbihan et d'occuper les principaux arrondissements de justice de paix de Pontivy [et] Ploermel ... Demandez au général commandant la 13e division militaire qu'il vous fasse connaître les cantonnements qu'occuperont toutes les troupes; il faut qu'elles soient placées de manière à pouvoir soutenir la gendarmerie et délivrer enfin ce pays des brigands qui inquiètent encore les citoyens" (Correspondance générale, t.3, lettre 7006).

C'est à la grande parade du 14 Juillet 1802 (25 Messidor an 10) que les demi-brigades légères reçoivent de nouveaux drapeaux (un par bataillon). Au moment de la remise des drapeaux, le 1er Consul adresse une allocution aux détachements représentant l'infanterie légère : "Soldats de l'infanterie légère de l'armée française, voilà vos drapeaux ; ils vous serviront toujours de ralliement. Ils seront partout où le Peuple français aura des ennemis à combattre ; ils imprimeront la terreur aux ennemis du Gouvernement, quels qu'ils soient.
Soldats, vous défendrez vos drapeaux ; non, jamais ils ne tomberont au pouvoir des ennemis. Vous jurez d'être prêts à les défendre aux dépens de votre vie !
" (Correspondance de Napoléon, t.7, lettre 6182).Chaque chef de brigade, venu avec un détachement de son unité, jure alors de défendre son nouvel emblème au péril de sa vie.

Par ailleurs, à la suite du Traité d'Amiens, conclu avec la Grande-Bretagne, la ville de Pondichéry et les comptoirs français en Inde, occupés depuis 1794 par les Britanniques, doivent être remis à la France. Le 15 avril 1802, Bonaparte avise le Ministre de la Marine, Denis Decrès, que "nous devons prendre possession des Indes ... dans les six mois de la ratification du traité au plus tard" (Correspondance de Napoléon, t.7, lettre 6037). Un expédition est ainsi organisée pour hisser le drapeau tricolore sur Pondichéry et les comptoirs de l'Inde, sous la direction du Général de Division Charles Mathieu Isidore Decaen.

Le 18 juillet 1802 (29 messidor an 10), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous prie, Citoyen Ministre ... d'écrire également au général Decaen, pour qu'il donne l'ordre de former un bataillon d'infanterie légère à cinq compagnies, et fort seulement de 3oo hommes. Le chef de bataillon et les capitaines seront pris parmi les officiers des 3es bataillons d'infanterie légère qui ont été réformés en l'an VIII. Les 1re, 6e, 8e, 9e, 10e, 13e, 14e, 16e, 17e, 18e, 20e, 26e, 27e, 29e, 30e et 31e légères fourniront chacune 20 hommes de bonne volonté. Ce bataillon comptera dans l'armée comme 3e bataillon de la 18e légère. Par ce moyen, cette demi-brigade aura deux bataillons en France et un aux Indes ..." (Correspondance de Napoléon, t.7, lettre 6189; Correspondance générale, t.3, lettre 7026). C'est ainsi donc que 20 hommes de la 16e Demi-brigade légère se retrouvent détachés pour l'expédition.

Le 9 avril 1803 (19 germinal an 11), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Mon intention, Citoyen Ministre, est qu'on ne fasse aucun préparatif à Angers pour la 65e demi-brigade. Elle s'y reposera simplement deux jours; elle y recevra ordre de se rendre à Vannes, dans le département du Morbihan, d'où elle fournira un bataillon à Belle-Ile; moyennant quoi la 16e légère en sera retirée. Elle recevra ordre de se rendre à Brest pour y tenir garnison ..." (Correspondance de Napoléon, t.8, lettre 6666).

En 1803, par l'arrêté du 1er vendémiaire an XII (24 septembre 1803), la 16ème demi-brigade d'infanterie légère devient 16ème régiment d'infanterie légère et le chef de brigade : colonel. Il est porté à 4 bataillons par versement de la 29e Demi-brigade Légère.

Drapeau 1804 16e Léger
Fig. 2 : drapeau modèle 1804 par Rigo.

Le 28 novembre 1803 (6 frimaire an 12), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous prie, Citoyen Ministre, de me présenter un rapport sur la dissolution du camp de Bayonne et sur la formation de trois cantonnements ...
Le troisième cantonnement se réunira à Brest. Il sera composé des 7e et 16e régiments d'infanterie légère, des 3e, 26e, 37e et 65e de ligne, des 7e et 28e régiments de chasseurs, et du 1er de hussards.
L'artillerie sera composée de huit pièces de 4, de six pièces de 8, de six pièces de 12 et de six obusiers, avec un approvisionnement de 300 coups à tirer par pièce, 200 cartouches par homme, et un approvisionnement d'infanterie proportionné.
Ce cantonnement sera commandé par un général en chef, deux généraux de division, deux généraux de brigade et un général de cavalerie ...
Faites-moi un projet sur ces bases avant de rien exécuter
" (Correspondance de Napoléon, t.9, lettre 7331; Correspondance générale, t.4, lettre 8338).

Au début 1804, le régiment est appelé au camp de Brest, placé sous l'autorité du général Augereau, un des cantonnements de l'Armée des Côtes. Il s'agissait d'y réunir une nouvelle Armée d'Irlande.

Correspondance de Napoléon du 25 Février 1804 (5 ventôse an 12) :
"Au général Berthier.
Le département du Finistère, Citoyen Ministre, formera l'arrondissement de l'armée d'Irlande, et sera directement sous les ordres du général en chef Augereau.
Donnez l'ordre que deux bataillons des 7e et 16e régiments d'infanterie légère, deux du 37e, deux du 24e, un du 70e, un du 65e et un du 47e régiment de ligne, chaque bataillon complété à 800 hommes, officiers compris, se rendent sur-le-champ à Brest pour former le camp ...
Vous préviendrez le général Augereau qu'il cantonnera les troupes soit à Brest, soit dans les environs, de la manière qu'il jugera la plus convenable, ayant soin cependant de les réunir le plus possible et de les tenir nécessairement dans le département du Finistère
" (Lettre de Bonaparte écrite depuis Paris au Général Berthier; Correspondance de Napoléon, t.9, lettre 7566).

L'Etat militaire de l'an XII nous répartit ses bataillons : le premier et deuxième bataillons sont stationnés à Belle-Ile, le troisième sur l'Ile de Groix et le quatrième à Lorient dans la 13e Division Militaire.

Les compagnies de voltigeurs commencent à être formées dans chaque bataillon d'après un ordre du 13 Mars 1804.

Le 25 Mai 1804, Napoléon est proclamé Empereur et Augereau gagne un titre de maréchal.

Le 27 septembre 1804 (5 vendémiaire an 13), Napoléon écrit depuis Mayence au Maréchal Berthier, Ministre de la Guerre, Major général des camps : "Mon cousin, le camp de Brest, tel qu'il sera composé, sera fort de 18000 hommes tout compris, savir :
... 3 bataillons du 16e régiment d'infanterie légère de 2400 hommes ...
" (Correspondance générale, t.4, lettre 9247); Napoléon ajoute que les trois premiers bataillons du 16e Léger doivent se compléter et le 4e bataillon doit resterà Belle-Ile avec «tous les hommes dont on peut craindre la désertion» (sic).

A la fin de l'année, le régiment envoie une délégation avec son colonel recevoir le nouveau drapeau surmonté de l'Aigle Impériale. La cérémonie a lieu à Boulogne le 5 Décembre. Tandis que Napoléon songe toujours à une expédition en Irlande, à partir du camp de Brest.

En Juin 1805, les trois premiers bataillons sont à Brest et le 4e à Belle-Ile.

Parti de cette ville, le 2 septembre 1805, les trois premiers bataillons franchissent le Rhin à Huningue, le colonel à leur tête le 25 Octobre. Ils font désormais partie de la première brigade (Lapisse) de la 1ère division (Desjardins) du 7e Corps du maréchal Augereau, de la Grande Armée. Le régiment compte 2382 hommes et officiers.

 

II/ AUSTERLITZ ET LA CAMPAGNE CONTRE LA PRUSSE ET LA RUSSIE 1805-1807

Chasseur 16e Léger 1806
Fig. 3 : Chasseur du 16e Léger vers la fin 1806.

Le 7 Corps intervient peu dans les derniers mois de 1805.

Ulm capitule avec toute l'armée autrichienne du général Mack le 20 Octobre. Tandis que Murat poursuit l'armée russe qui reflue devant la nouvelle. Vienne tombe le 13 Novembre.

Après la capitulation du général autrichien JELLACHICH à Dornbird, le 15 novembre, le 7ème corps occupe Ulm et le 16ème rejoint les environs de Francfort.

En Décembre, le dépôt du régiment est porté sur le Rhin à Neuf Brisach tandis que le 4e bataillon est dans une réserve aux ordres du général Puthod.

Tandis que se déroule la victoire d'Austerlitz, le16e Léger est toujours dans ses positions, où il cantonne jusqu'au mois d'octobre 1806.

Pour la campagne de Prusse de 1806, toujours au 7ème corps, brigade Lapisse, division Desjardins, le 14 octobre, à Iéna, le 16ème se porte avec sa brigade en avant du plateau au-dessus de la ville. Au cours de cette journée, le 16ème prend 17 pièces de canons mais perd 5 officiers et 31 sous-officiers et soldats. Harispe est blessé à la jambe.

Après être passé par Weimar, le 7e corps marche sur Berlin où il entre le 27 Octobre avec l'Empereur.

Le 29, Napoléon passe en revue le7e Corps :
«Votre corps, est plus fort que tout ce qui reste au roi de Prusse, et vous ne composez pas le dixième de mon armée.»

Après avoir entièrement défait l'armée prussienne et avoir eu une période de repos, l'Armée et le 7e Corps se portent sur la Vistule au-devant des Russes. Le Corps quitte Berlin le 6 Novembre. Dirigé sur Custrin et Landsberg puis sur Bromberg, le 16 Novembre il était à Kutno. Au commencement de Décembre, le 7e Corps est à Utrata en face de Modlin et passe la Vistule.

Le 25 Décembre, le dégel transforme le sol en boue marécageuse. Le régiment s'illustre au passage de la Wkra. Puis Le 26 Décembre, Augereau atteint Golymin et s'en empare. Les Russes abandonnent leur artillerie et leurs bagages.

«Le général de brigade Lapisse avec le 16e Rgt d'infanterie légère enlevait à la baïonnette un village qui servait de point d'appui à l'ennemi» (Bulletin de la Grande Armée). Le régiment a des pertes.

L'état des routes oblige l'Armée française à prendre ses quartiers d'Hiver sur la Vistule. On manque de tout.

 

III/ LA CAMPAGNE DE 1807

En Janvier 1807 une compagnie de carabiniers et une compagnie de voltigeurs du régiment sont détachés au 6e régiment, 11e bataillon de la division des grenadiers réunis d'Oudinot.

Le 7 Février 1807, les Français viennent de s'emparer d'Eylau. Le 8 Février, vers 10 heures les divisions Heudelet et Desjardins (dont le 16e Léger) du 7e Corps sont rangées sur deux lignes entre le village de Rothenen et le cimetière d'Eylau, puis se déploient en bataille. Sous des rafales de neige, les deux divisions s'égarent et s'éloignent du corps de Soult qui devait les soutenir. Les Russes démasquent alors une batterie de 72 pièces qui tirent à mitraille et à boulets : c'est l'hécatombe. Les deux divisions sont exterminées, les deux divisionnaires sont atteints. Augereau lui-même est blessé. 35 officiers du 16e Léger sont mis hors de combat ainsi que la moitié de l'effectif. La bataille, même si les Français sont finalement restés maîtres du terrain, a été une boucherie.

Le 10 Février un nouveau colonel est nommé à la tête du régiment : de Jean Pierre Dellard.

Etats de service du colonel Jean Pierre Dellard avant sa prise de commandement
Originaire de Cahors en 1774, il commence sa carrière militaire dans une compagnie franche du Lot en Août 92, puis devient lieutenant dans le 23e bataillon de volontaires de la Réserve le 1er Octobre 92.
Sert aux armées du Nord et de Hollande en 1793. Se signale à la bataille de Tourcoing en 1794.
Passé à la 36e DB de Ligne en 1796. Sert à l'Armée de Sambre et Meuse en 1796-1797, puis à l'armée d'Helvétie en 1798-1799. S'illustre en passant la Linth à la nage avec un groupe de volontaires en Septembre 1799. Il est nommé alors chef de bataillon à titre provisoire sur le champs de bataille ; mais son grade n'est pas ratifié. En 1800, de nouveau fait chef de bataillon par Moreau à l'armée du Rhin où il sert brillamment à Stockach et divers autres combats. Mais son grade n'est confirmé qu'en 1801 pour prendre rang en septembre 1799.
Major du 40e de Ligne en novembre 1803, il sert en Autriche pendant la campagne de 1805 puis au camp de Boulogne en 1806.

 

Sapeur 16e Léger 1807
Fig. 4 : Sapeur du 16e Léger vu par Kolbe.

Les 3 superbes bataillons de la fin 1806 ont été réduits à deux. Le 7e Corps d'Armée a dû être dissout et ses régiments répartis ailleurs. C'est ainsi que le 16e Léger se retrouve au 1er Corps d'Armée de Bernadotte. Cela va lui permettre de se remplumer un peu.

Emplacement des troupes de l'Empire français à l'époque du 1er avril 1807
Infanterie légère
Numéros des Régiments, et noms des Colonels
Majors, Chefs de Bataillon et Quartiers-maîtres
Numéro des Bataillons
Emplacement, et conscription de l'an 1807
Division Militaire
16e Dellard

Mayot
Jouardet
Laborey
Obert
Darricau
Bouyé

Major
1er
2e
3e
4e
Quartier-maître





A Neuf-Brisach
Conscrits de la Haute-Vienne, de Parme, des Hautes-Alpes, de l'Isère, de la Doire et de la Drôme


2e Division, 1er Corps
2e Division, 1er Corps
2e Division, 1er Corps
5e

Mais il faut de nouveau faire face aux Russes et leurs auxiliaires prussiens. Bernadotte blessé le 5 Juin à Spanden est remplacé dans son commandement par Victor. La manœuvre de l'Empereur se déploie. A Heilsberg, le 10 Juin, Murat lance des charges folles de cavalerie, qui auraient pu être désastreuses, mais l'ennemi se retire. L'Armée française se retrouve devant Friedland, le 14 Juin 1807, jour anniversaire de Marengo. Les Russes vont se trouver pris dans une nasse, l'Alle dans leur dos. Le 1er Corps gardé longtemps en réserve a donné partiellement. Le 16e Léger n'a qu'un officier blessé : le sous- lieutenant Destouches.

En Juin 1807, 60 Carabiniers et 73 voltigeurs du régiment sont toujours détachés au 1er régiment de la Division Oudinot.

Le 16e Léger tient garnison pour la 2ème fois à Berlin à partir d'Août 1807 jusqu'au début 1808. C'est là que Kolbe dessinera ses uniformes remis à neuf dans le fameux manuscrit dit «d'Otto de Bade» montrant des troupes impériales en 1806-1807.

Extrait des Mémoires militaires du Général Baron Dellard

Nommé colonel du 16e Léger, le colonel Dellard rejoint ses troupes le 21 Avril 1807. Son unité lui fait grosse impression.
«Sa composition en hommes était excellente et son esprit encore plus précieux. Les pertes énormes qu'il avait faites à Iena et à Eylau où il avait laissé plus de 1000 soldats et 50 officiers, l'avaient plutôt enorgueilli qu'affecté et il en conservait un glorieux souvenir. Je pouvais me flatter d'avoir un des meilleurs régiments de l'armée».

Après Tilsitt, le régiment tiendra garnison à Berlin et ses environs.
«Mes trois bataillons comptaient 800 hommes dont la majeure partie était d'anciens soldats ayant fait 10 à 15 campagnes. Mes 6 compagnies d'élite étaient surtout remarquables par leur taille et leur attitude martiale. Mais mon régiment, tout excellent qu'il était pour la guerre, laissait beaucoup à désirer au niveau de l'instruction ... ».

Dellard fera donc reprendre les bases des manœuvres et du maniement d'arme à ses sous-officiers en donnant lui même l'exemple. Il s'intéressera aussi à la tenue de ses hommes.
«Je profitais de ce séjour pour inspecter toutes les parties de l'habillement et constater les besoins. Aussitôt que les états de perte furent dressés, je les fis partir pour le dépôt, afin que les effets qui m'étaient nécessaires pour restaurer et renouveler notre enveloppe fussent promptement expédiés. Un officier partit pour Berlin avec l'ordre et les moyens pour faire confectionner tous les objets et agréments qui nous manquaient, tels qu'épaulettes, plumets, dragonnes, cors de chasse, cordons de schakos, grenades, etc ...».

 

 

IV/ LA GUERRE D'ESPAGNE DES BATAILLONS DU 16E LEGER : DES DEBUTS ENCOURAGEANTS

En Espagne, dès la fin 1807, sous prétexte de la campagne au Portugal, les troupes françaises organisées en divers Corps d'Observation avaient largement pénétré chez leur allié et s'étaient emparées des points stratégiques, tandis que la monarchie espagnole se déchirait dans des querelles familiales. Le peuple espagnol et l'armée subissaient cela en rongeant leur frein.

Napoléon, croyant le pays mur pour un changement dynastique, força les souverains espagnols à l'abdication à Bayonne et décida de mettre son frère Joseph sur le trône, le 10 Mai.  Dès que cela fut connu, des révoltes éclatèrent simultanément sur tout le territoire (en préambule, il y eut les fameux 2 et 3 Mai à Madrid) et l'armée espagnole prit les armes contre les occupants français. Napoléon pensait que la prise de possession du trône espagnol serait une promenade militaire. Cela allait durer 6 ans !

Des détachements du dépôt du 16e Léger y ont été envoyés au sein de corps provisoire comme en témoigne la correspondance :
«Bayonne, 2 juillet 1808 
A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Bayonne
Envoyez l'ordre au général Cervoni, commandant la 8e division militaire, de faire partir sur-le-champ pour Perpignan une compagnie de 140 hommes, bien armés et bien habillés, de chacun des 1er et 62e de ligne et du 22e léger. Donnez l'ordre au général commandant la 18e division militaire de faire embarquer sur la Saône et sur le Rhône une compagnie du 16e léger de 140 hommes. Donnez ordre au général commandant à Lyon de faire embarquer sur le Rhône une compagnie du 24e de ligne de 140 hommes. Donnez ordre au commandant de la 7e division militaire de faire partir également une compagnie du 5e de ligne forte de 140 hommes. Ces six compagnies se réuniront à Perpignan, et formeront là un bataillon de 840 hommes
». 

Des pertes isolées sont donc comptées pour ces fractions du 16e Léger dès le mois de Juin.

Tambour-major 16e Léger 1807
Fig. 5 : Tambour-major du 16e Léger en 1807-1808.

Devant la mauvaise tournure de la situation militaire, Napoléon décide de rétablir ses affaires en Espagne en rameutant ses forces du centre Europe. Dès le mois d'Août 1808, le 3e bataillon ayant été reconstitué, le 16e Léger fait marche vers la péninsule ibérique qu'il atteint fin Octobre. En Novembre 1808, le 16ème Léger et ses 3 premiers bataillons (1739 hommes) fait partie du 1er corps de l'armée d'Espagne du maréchal Victor, brigade Maison , 2ème division Lapisse. Le 1er Corps, positionné à l'aile droite des forces françaises, est chargé de s'opposer à l'armée du général Blake en coopération avec le 4e Corps de Lefebvre.

Le 4 Novembre, Napoléon est à Tolosa, espérant écraser le centre des forces espagnoles et déborder leurs ailes. Au cours d'un combat de deux jours, le 1er Corps disperse l'armée de Blake. Le 10 novembre, le général Maison à la tête du 16ème gravit les pentes d'Espinosa sous un tir plongeant. Il ramasse alors le fusil d'un soldat tué et s'écrie au colonel Dellard du 16e : « sacré nom de Dieu, colonel nous nous trouvons dans une foutue position  !» et Dellard lui réplique « et bien mon général aux grands maux les grands remèdes  !» et il rameute son régiment, fait battre la charge et aborde les Espagnols à la baionette, tandis que d'autres brigades du 1er Corps repoussent aussi l'ennemi qui reflue en désordre. Dellard sera blessé d'une balle.

Victor marche alors sur Reinosa puis est rappelé sur Burgos. L'Armée de Blake était battue mais non détruite.

Tandis qu'avait lieu au centre la bataille de Gamonal et à l'aile gauche Tudela, Napoléon marche sur Madrid en passant par Somo Sierra, se demandant où sont les forces anglaises qui doivent soutenir les Espagnols. Le 16e Léger passe à son tour le défilé.

Le 2 décembre, Napoléon arrive en vue de Madrid qui refuse de se rendre. Le général Maison, la division Lapisse et le 16e Léger font leur apparition. L'Empereur décide d'attaquer les portes de la ville le lendemain. Le général Maison, soutenu par l'artillerie et le 16ème se rendent maître des faubourgs au bout d'un jour de combats ininterrompus. Le colonel Dellard sera de nouveau blessé lors de la bataille, en attaquant la caserne des Gardes du Corps, de même que le chef de bataillon Gheneser. Le lendemain, la ville capitule. Le colonel quittera son régiment quelques temps pour se soigner.

Entre temps, Soult aura réussi à chasser le corps expéditionnaires anglais jusqu'à la Corogne puis pénètrera au Portugal par le Nord et l'Empereur sera rentré en France, croyant la situation assurée.

Après sa victoire sur les Espagnols à Ucles le 13 Janvier, le maréchal Victor se rend en Extremadure avec son 1er Corps. La division Lapisse (et le 16e Léger) restant à Salamanque.

Le 1er Corps devait marcher sur le Portugal en enfonçant l'armée espagnole du général La Cuesta. Bien qu'ayant eu de premiers succès, Victor avance prudemment avec son armée de 20.000 hommes, affaiblie. C'est que les Anglais sont revenus au Portugal et Soult a dû se replier. Le colonel Dellard retrouve son unité stationnée à Tolède.

Le 11 Mai, Victor s'est porté sur Alcantara et a récupéré la division Lapisse. Il se replie devant le manque de subsistances sur Torremocha puis repasse sur la rive droite du Tage et se porte sur Talavera de la Reyna où il reste jusqu'à mi-juillet. C'est alors que les Anglo-espagnols lancent une offensive. Victor se replie prudemment, après 3 jours de légers accrochages entre les deux adversaires. Mais entretemps, il a reçu des renforts : le corps de Sebastiani et une réserve envoyée par le Roi Joseph. Une première attaque espagnole sérieuse est repoussée. Restent les Anglais de Wellington. Les Français passent à la contre-attaque et les font reculer le 27. Mais ils se rétablissent sur d'autres positions.

Carabinier et Voltigeur 16e Léger 1807
Fig. 6 : Carabinier et Voltigeur du 16e Léger en 1807-1808.

Le lendemain 28 juillet 1809, la résistance des Britanniques sera forte : la division Ruffin subit de lourdes pertes pour s'emparer d'une colline stratégique. Après une trêve les hostilités reprennent.

Après avoir franchi l'Albuerche, le 16ème et la division Lapisse, aidé de 4 bouches à feu, serre de près 6000 anglais. Avec l'aide des 45ème et 58ème régiments d'infanterie de ligne, il casse deux régiments anglais. Dans cette bataille, son colonel est blessé, tandis que près de 400 hommes et officiers sont mis hors de combat, et le général Lapisse est tué. A la suite de cette bataille meurtrière, les Français se replient.

 

V/ LA CAMPAGNE DE 1809 DU 4E BATAILLON : LA DIVISION OUDINOT

Le 4e bataillon était resté en Allemagne. Fin 1808, Napoléon ayant beaucoup de forces envoyées en Espagne réactive un corps d'armée formé de détachements «d'élite» de plusieurs régiments, réunis en demi-brigades, pour le général Oudinot.

Dès Février 1809, 4 compagnies de fusiliers et les grenadiers et voltigeurs du 4e bataillon se mettent en route de Macon au sein du 9e bataillon de marche pour gagner Augsbourg et entrer dans la nouvelle 3e demi-brigade légère, brigade Conroux, division Tharreau.

D'abord sous le commandement du maréchal Lannes et de son 2e Corps d'Armée, la grande partie du corps d'Oudinot combat à Bied et Ebesberg le 3 mai 1809.

Au moment de la bataille d'Essling, toujours dans la division Tharreau, les soldats d'Oudinot se couvent de gloire. Lannes mortellement blessé est alors remplacé directement par Oudinot. Puis passés à la 2e demi-brigade légère (colonel Morand), brigade Coehorn, 2e division Frère, les hommes du 16e Léger participent à la bataille de Wagram.

 

VI/ LA CAMPAGNE D'ESPAGNE DU 16E LEGER, SUITE : 1810-1811 ET L'INTERMINABLE SIEGE DE CADIX

16e Léger 1809 Cornet de Voltigeurs 16e Léger 1809
Fig. 7 : Les tenues du 16e Léger en 1809 vus par les collections alsaciennes.
Fig. 7bis : Cornet de Voltigeurs du 16e Léger, 1809-1810

A la suite de la bataille de Talavera (fin Juillet 1809), Wellesley apprend que Soult risque de le couper de ses bases portugaises. Il préfère prudemment refluer vers Badajoz et la frontière portugaise, sa base logistique. Apprenant cela, Victor réoccupe Talavera le 6 Août, remplacé par le 5e corps de Mortier, puis marche vers la Manche. Le 16e Léger voit le commandement de sa division prise par le général Darricau, à la suite du décès de Lapisse.

Après la bataille d'Ocana, le 19 Novembre 1809, qui élimine une armée espagnole venue d'Andalousie, le Roi Joseph décide de s'emparer de cette riche province. Soult, le nouveau commandant en chef en Espagne, avec les 3 corps d'armée de Victor, Sebastiani et Mortier est chargé de la besogne ...

Les deux premiers bataillons du 16e Léger sont à la 2e division du 1er Corps

Le 11 janvier 1810, l'Empereur écrit depuis Paris à Berthier, prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l'armée d'Espagne, à Paris : "Mon Cousin, vous donnerez sans délai les ordres suivants, que vous enverrez par un officier d'état-major :
... Donnez l'ordre au général Reynier de faire les changements suivants dans sa division ... Tout ce qui appartient aux 9e, 31e, 16e léger, 8e, 24e, 45e, 54e, 60e, 63e, 28e, 75e, 64e et 103e de ligne, se réunira à Saint-Sébastien, Tolosa et Vitoria, pour achever de mettre l'ordre et faire la police dans la Biscaye; ces détachements composeront la 3e brigade. Le général Reynier aura l'œil sur la Navarre et correspondra avec les commandants de Burgos et de Pampelune. Vous lui ferez connaître que je compte le laisser dans ces positions une partie de février, pour rallier et organiser son corps ...
" (Correspondance de Napoléon).

Vers le 15 Janvier, l'Armée est devant la Sierra Morena. Le 18 Janvier, le 1er Corps de Victor franchit la montagne par des chemins sinueux et disperse les forces espagnoles qui voulaient s'y opposer. Le 20 Janvier, les 3 corps français débouchent sur le Guadalquivir et Mortier entre dans Cordoue le 21. Le Roi Joseph pavoise ...

Pendant ce temps le gouvernement provisoire de l'Espagne, la Junte Insurrectionnelle, se réfugie à Cadix.

Le 29, les forces de Victor se présentent devant Séville qui se rend le 31. Joseph y fait son entrée le lendemain dans des rues vides, passe en revue le 1er Corps qui ensuite doit marcher sur Cadix. Cadix, construit sur une péninsule aisément défendable et fortifiée, protégée par une lagune, ravitaillée par la mer par la flotte anglaise et avec une garnison anglo-espagnole, est quasi inexpugnable. C'est le symbole absolu de la résistance espagnole depuis que la Junte s'y est installée.

Victor crée autour de la ville des camps retranchés et répartit ses division. Etablissant son quartier général à Port Sainte-Marie, il attend de l'artillerie de siège. Avant ses canons, il reçoit la visite du Roi Joseph.

Au bout de bientôt un mois et demi, le 23 mars, le fort de Matagorda tombe. Sa position permettra de pilonner la rade.

En mai 1810, des prisonniers français des pontons ancrés dans la rade réussissent une évasion et sont récupérés par leurs frères d'armes.

Tambour-major 16e Léger 1809-1811
Fig. 8 : Tambour-major du 16e Léger en Espagne, 1809-1811, d'après E. Fort.

Le siège s'éternise. La solde, les munitions pour l'Artillerie et le ravitaillement arrivent au compte-goutte. Les guérillas harcèlent les arrières. Comment faire un blocus dans ces conditions ? Et pourtant, les hommes du 1er Corps font face et perfectionnent leurs retranchements. Les mois passent et des troupes sont prélevées du siège pour d'autres opérations.

Le 30 Septembre 1810, au combat de Ubrique, le chirurgien major Manuel est blessé.

Le 16e Léger et son colonel stationnent dans les environs de Medina Sidonia. Le colonel Dellard quitte le régiment pour raisons de santé et sera remplacé par Morio de l'Isle en décembre 1810.

Le 4e bataillon du régiment est aussi entré en Espagne. Il fait partie de la 2ème division Conroux, du 9e Corps de Drouet d'Erlon qui a rejoint Masséna au Portugal fin Décembre.

Positions du régiment en Janvier 1811? à l'Armée d'Espagne
Colonel : Morio de Lisle ; Major : Mayot
1er bataillon : chef de bataillon Gheneser; 2e bataillon : chef de bataillon Rubellin; 3e bataillon : chef de bataillon Ruffat, au 5e Corps, 2ème division.
4ème bataillon : chef de bataillon Ringuelet, au 9e Corps, 2ème division.

Début 1811, tandis que Soult est allé assiéger Badajoz, une armée de renfort anglo-espagnole a débarqué à Algésiras et marche sur Cadix en venant du Sud vers Chiclana et la tour de Barossa. Cette attaque doit être combinée avec une sortie de la garnison de Cadix. Victor réussit à contenir les deux attaques. Les compagnies de carabiniers du 16e Léger participent à la bataille de Chiclana-Barossa au sein de 2 bataillons provisoires de grenadiers le 5 mars 1811. Le capitaine Puau du régiment y est blessé.

Le général Sébastiani vient renforcer Victor tandis que Soult pousse le siège de Badajoz et s'en empare, pour revenir ensuite sur l'Andalousie.

Après la bataille de Fuentes de Onoro en Mai 1811, où le 4e bataillon du 16e Léger a quelques pertes (corps de Drouet d'Erlon), les Français évacuent la garnison d'Almeida et les Anglais peuvent ré assiéger Badajoz défendue par l'héroïque Philippon.

Soult repart au secours de la garnison et rencontre les forces anglo-espagnoles près de la rivière Albuera le 16 Mai (le 16e Léger y sert aussi), il doit se replier puis il attend des renforts de Drouet d'Erlon et Massena. A la Palma, le même jour, le deuxième bataillon du 16e soutient l'assaut d'une division de 5000 hommes et 600 cavaliers.

La garnison de Badajoz est bientôt libérée. Mais Cadix n'est pas près de flancher.

À l'automne 1811, la marine britannique débarque à Algésiras une petite armée espagnole commandée par le général Ballesteros. Celui-ci mène  de nombreux coups de mains contre les positions françaises. Soult décide de l'éliminer. Il forme trois colonnes menées par les généraux Godinot, Barrois et Semellé.

Ballesteros, informé de l'approche des troupes françaises dans sa direction, s'enfuit au sud et s'enferme dans Gibraltar. Le 14 octobre, 10 000 soldats français se présentent sous les murs de la ville ; toutefois, dépourvus des moyens nécessaires à un siège, ils battent en retraite dès le lendemain.

Godinot,  délaissant Gibraltar, se dirige sur Tarifa pour  en faire le siège en longeant les côtes, mais il est alors pris à partie par la marine britannique et doit regagner Séville. Blâmé pour l'échec de l'opération, Godinot se suicide. Le 5 novembre, Ballesteros surprend la colonne du général Semellé à Bornos, cette dernière comprenant 1500 hommes du 16e léger et 800 soldats d'un bataillon espagnol josephiste, pour un total de 2300 hommes. Semellé à la tête du 16e léger se fraie un passage à la baïonnette et échappe à l'encerclement mais avec de nombreuses pertes. Puis le régiment reprend le siège de Tarifa en décembre.

 

 

VII/ 1812 -1813 L'ENLISEMENT ESPAGNOL

Chirurgien 16e Léger Espagne
Fig. 9 : Chirurgien du 16e Léger en Espagne, d'après E. Fort.

A la fin de 1811, le régiment participe au siège infructueux de Tarifa. Le 4e bataillon de l'unité a rejoint la France et le dépôt de Macon.

Le maréchal Victor a été lui aussi autorisé à rentrer en France en Décembre 1812. Il quitte son commandement en Février 1812.

En janvier 1812, l'armée du Portugal abandonne le Tage et est ramenée sur le Douro aux environs de Salamanque. Ce mouvement de retraite amène la perte de deux places importantes : Ciudad Rodrigo (en Janvier) et Badajoz (en Avril) qui tombent aux mains de Wellington.

Le commandement général de toutes les forces françaises a été hélas confié au Roi Joseph en Mars.

Suite à la défaite des Arapiles, le 22 Juillet 1812, au Sud-Est de Salamanque, le dispositif français en Espagne est désorganisé. Joseph fuit sur Valence alors que Wellington entre à Madrid le 12 Août.

Entre mai et Août 1812, les trois premiers bataillons du 16e Léger stationnent à Cordoue. Soult doit évacuer à contre coeur l'Andalousie .

Au 3 Octobre, un conseil de guerre réunit Joseph et les maréchaux Soult, Jourdan, et Suchet. Un nouveau plan de stabilisation de la situation militaire est adopté. Burgos tient toujours. Drouet d'Erlon, qui a pris le commandement de l'Armée du Centre, s'empare de Cuenca le 20 Octobre. En Octobre, c'est le cadre du 3e bataillon qui rentre en France après avoir versé ses effectifs dans les deux premiers qui font partie de la 2e division Barrois, brigade Cassagne de l'Armée du Midi.

Souham repart en avant et délivre Burgos le 28 Octobre puis entre à Valladolid. Le 2 Novembre, Joseph retrouve Madrid.

Les Armées françaises se réunissent à Medina del Campo mais ne peuvent empêcher une nouvelle fois Wellington de se replier à Alba de Tormes le 15 Novembre, sans pouvoir livrer une bataille décisive. Ce dernier prend ses quartiers d'Hiver à Ciudad Rodrigo. Les Français, eux, s'installent une nouvelle fois entre le Douero et le Tage. En Décembre 1812, le régiment de marche de l'Armée du Midi, qui doit apporter des renforts au 16e Léger, compte une compagnie du 5e bataillon de dépôt.

Le drapeau modèle 1812 du 16e Léger

Le régiment reçu en 1812 le nouveau modèle de drapeau tricolore, portant inscrit le nom des batailles où certains de ses bataillons se sont illustrés en présence de l'Empereur soit : IENA  EYLAU  FRIEDLAND  ESSLING  WAGRAM. Ce drapeau ne quittera pas le dépôt du régiment à Macon.

 

VIII/ 1813 LE PREMIER BATAILLON RESTE SEUL EN LIGNE EN ESPAGNE

Musicien 16e Léger Espagne 1810-1811
Fig. 10 : Musicien du 16e Léger en tenue de campagne en Espagne, 1810-1811, par Fort.

C'est au début Janvier 1813, que parvient à Madrid l'annonce du désastre de la campagne de Russie et les nouvelles instructions de l'Empereur. D'abord resserrer les lignes en se repliant sur le Nord de l'Espagne. Les 4 armées aux ordres de Joseph vont adopter de nouvelles positions : en mars, on évacue la Manche, l'Armée du Centre se place autour de Ségovie, celle du Midi vers la vallée du Douro, celle du Portugal en Vieille Castille. Joseph, quant à lui, évacue sa capitale et replie son gouvernement à Valladolid, laissant à Madrid une garnison avec le général Hugo. Pendant ce temps, au Portugal, Wellington, devenu généralissime de toutes les armées espagnoles et alliées, réorganise lui aussi ses troupes. C'est le 22 Mai que Wellington reprend l'offensive, réoccupe Salamanque, et continue sa progression.

Surpris par ce mouvement offensif des Anglais, les Français, se concentrent difficilement. La réunion des troupes ne put s'effectuer en effet qu'à Vittoria, le 19 juin. La bataille s'engagea le 21.

La division Cassagne, à laquelle appartient le 1er bataillon du 16e Léger, a été affectée à l'Armée du Centre sous les ordres de Drouet d'Erlon.

Mal engagée et mal terminée par la débâcle des forces françaises, la bataille de Vitoria est peu couteuse pour le 16e Léger puisque seul le capitaine Chassaigne est blessé. La division Cassagne, qui n'a pas beaucoup souffert le 21, relève l'Armée du Portugal à l'arrière garde puis se dirige sur Pampelune, poursuivie par les Alliés anglo-espagnols.

Exténué, le reste des Armées françaises repasse les Pyrénées, laissant deux fortes garnisons à Pampelune et San Sebastian. Le 12 Juillet, rappelé d'Allemagne, Soult vient reprendre le commandement en chef des toutes les forces sur la frontière. Joseph et Jourdan sont destitués.

Soult continue la réorganisation de ses forces en 10 divisions et 3 ailes. Les hommes sont assez déprimés, face désormais à des Alliés en supériorité numérique. Soult se met à fortifier la frontière, par tout un système de redoutes.

Des tentatives pour aller délivrer la garnison de Pampelune, le 24 Juillet, échouent. Le 25 Juillet, au combat du col de Maya, le chef de bataillon Forgeot sera blessé. Le 30 Juillet devant Pampelune, le sous lieutenant Millard est blessé. Les Français retournent sur leurs bases de départ derrière la Bidassoa.

Puis Soult essaie de secourir Saint Sébastien. La bataille de San Marcial, le 30 Août, est aussi infructueuse. La retraite qui s'effectue par le pont de Berra se fait sous le feu des Anglais. Au passage de la Bidassoa, le 31, les capitaines Genti, Herot et Hufty seront blessés.

Saint Sébastien succombera le 8 Septembre. Désormais, on va se battre sur le sol français. Les hommes sont complètement démoralisés, la solde n'a plus été versée depuis des mois.

Musicien 16e Léger Espagne 1812
Fig. 11 : Musiciens du 16e Léger en Espagne début 1812, par Rigo.

Au début Octobre, le bataillon du 16e Léger fait partie de la brigade Chassé, 2ème division Darmagnac de l'Armée des Pyrénées sur la Bidassoa.

Wellington reprend son offensive, le 7 Octobre. Les positions françaises sont grignotées et Wellington s'empare des hauteurs. Le chef de bataillon Forgeot du 16e Léger est tué devant Ascain, le 8 Octobre. Soult prévoit alors de se replier derrière la Nivelle. Wellington temporise, attendant la chute de Pampelune qui survient le 31 Octobre. Le 10 Novembre, il reprend sa marche en avant.

Au début Novembre, Soult stabilise son front entre Saint Jean de Luz et St Jean Pied de Port, s'appuyant sur la Nivelle et la Nive, des camps retranchés et de multiples redoutes. Se sachant en infériorité numérique, il en est réduit à une campagne défensive, mais étale trop ses troupes au lieu de former une masse de manœuvre pour des contre-offensives puissantes. Soult pense être attaqué sur son aile droite, mais Wellington va faire porter son offensive sur le centre de son front, le 10 Novembre.

L'offensive britannique est puissante autour de Sare. Les Anglais ralentis par des pluies abondantes se sont établis à Saint Jean de Luz.

Au début Décembre, les Français très démoralisés par les replis successifs sont sous Bayonne, protégés par la Nive. Bayonne est puissamment fortifiée et des renforts sont arrivés : conscrits mal dégrossis dont on ne pourra tirer grand-chose. On va se battre sur la Nive entre le 9 et le 14 Décembre. Les capitaines Chassaigne et Queillé du 16e y sont blessés.

A la fin de l'année, le bataillon du 16e Léger, réduit à presque rien, ne fait plus partie de l'Armée des Pyrénées.

 

IX/ 1812-1813 LE 16E LEGER EN ALLEMAGNE

1/ 1812

Avant de partir pour la Russie, Napoléon avait laissé des troupes en garnison dans les principales places fortes d'Allemagne, ainsi qu'un corps d'armée de réserve chargé d'assurer les arrières. Il s'agissait en Juillet 1812 du XIe Corps d'armée du maréchal Augereau. Sa 30e division d'infanterie comptait au 6e régiment provisoire : major Legros, les 4èmes bataillons des 16e, 21e et 28e Légers, et les 5èmes bataillons des 28e, 43e et 65e de Ligne. Ce corps stationne en Allemagne durant toute la campagne de Russie.

2/ 1813

A son retour à Paris, sa Grande Armée anéantie par le froid, les débris en occupant la Prusse Orientale, l'Empereur en organise une nouvelle pour s'opposer aux Russes. Il lève de nouveaux conscrits, réquisitionne les cohortes de Gardes Nationales et rameute progressivement de vieilles troupes d'Espagne dont les 2e et 3e bataillons du 16e Léger.

LA MOBILISATION DE L'INFANTERIE LEGERE EN JANVIER/ FEVRIER POUR LA CAMPAGNE DE 1813 EN ALLEMAGNE
(Source : correspondance de Napoléon )

Dès janvier 1813, Napoléon ordonne de réorganiser l'infanterie légère (et de Ligne) en prévision de la campagne qui ne saurait tarder sur le Front Est. Plusieurs mesures sont prises :

  1. Le rappel des cadres des 3e Bataillons des Régiments en Espagne :
de l'Armée du Midi : des 21e, 27e, 12e et 28e Légers
de l'Armée du Centre : du 2e Léger
de l'Armée d'Aragon : du 3e Léger

Suivi, pour arrivée prévue début mars, en Allemagne, des seconds Bataillons des 13e, 15e, 11e, 24e et 26e Légers

2. Formation systématique d'un 6e Bataillon pour les Régiments qui n'en auraient pas.

3. Formations de Régiments provisoires légers pour les Corps d'Observation du Rhin ou d'Italie avec des Bataillons disponibles :
2e provisoire : 3e Bataillon des 2e et 4e Légers
3e provisoire : 3e Bataillon des 3e et 8e Légers
4e provisoire : 4e Bataillon du 12e Léger, 1er du 29e Léger
5e provisoire : 7e Bataillon du 14e Léger, 4e du 18e Léger
6e provisoire : 3e Bataillon des 6e  et 25e Légers
8e provisoire : 4e Bataillon du 5e Léger, 4e Bataillon du 23e Léger
10e provisoire : 3e Bataillon du 16e Léger et 1er Bataillon du 28e Léger

4. Formation de Demi-brigades de réserve de 3 Bataillons sur les frontières de l'Empire :
1ère Demi- brigade : 6e Bataillon des 7e, 13e, 15e Légers pour Mayence
2e Demi-brigade : 6e Bataillon des 33e, 26e, 24e Légers pour Anvers
3e Demi-brigade : 4e Bataillon des 11e, 10e, 21e Légers venants d'Espagne pour Wesel
4e Demi-brigade : 4e Bataillon des 9e, 27e, 28e Légers venants d'Espagne pour Utrecht  
5e Demi-brigade : 6e Bataillon des 12e, 5e et 29e Légers pour Cherbourg
27e Demi-brigade, dont un Bataillon du 32e Léger pour Toulon
33e Demi-brigade, dont un Bataillon du 8e Léger en Italie
34e Demi-brigade : 6e Bataillon des 8e, 18e et 36e Légers en Italie

"Paris, 6 janvier 1813
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Vous verrez par la lettre que je vous ai écrite la formation de quatre corps : un corps d'observation de l'Elbe, un corps d'observation d'Italie et deux corps d'observation du Rhin.
Les 34 régiments provisoires seront formés de la manière suivante : 2e régiment provisoire : 3e bataillon du 2e d'infanterie légère, 3e du 4e; 3e régiment provisoire : 3e bataillon du 3e d'infanterie légère, 3e du 8e; 4e régiment provisoire : 4e bataillon du 12e d'infanterie légère, 1e du 29e; 5e régiment provisoire : 4 bataillon du l4e d'infanterie légère, 4e du 18e; 6e régiment provisoire : 2e bataillon du 6e d'infanterie légère, 3e du 25e; 8e régiment provisoire : 4e bataillon du 5e d'infanterie légère, 4e du 23e; 10e régiment provisoire : 3e bataillon du 16e d'infanterie légère , 1e du 28e ...
".

Sous-officier Chasseurs 16e Léger Espagne 1811-1812
Fig. 12 : Sous-officier de chasseurs du 16e Léger en Espagne, 1811-1812, par Fort.

"Paris, 14 janvier 1813.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, donnez des ordres pour réunir à Mayence, aussitôt que possible, deux bataillons du 22e de ligne, le 10e régiment provisoire, qui se compose des bataillons du 16e et du 28e léger ; le 6e provisoire, formé des bataillons du 6e et du 25e léger; le 14e provisoire, formé du 40e et du 34e de ligne; le 24e provisoire, formé du 88e et du 103e; le 21e provisoire, formé du 59e et du 69e; ce qui fera douze bataillons ou une division.
Vous donnerez ordre au général Souham d'aller en prendre le commandement. Le duc de Valmy sera chargé de bien armer et bien organiser ces régiments, dont chaque compagnie doit sortir de Mayence forte de 140 hommes. Vous nommerez sur-le-champ les majors qui doivent commander ces régiments. Vous ferez organiser, aussitôt que faire se pourra, deux batteries pour être attachées à cette division. Vous me ferez connaître quand elle pourra être réunie à Mayence et se porter en bon état sur Francfort, où elle complétera son organisation".

Cette division va devenir la 8e division d'infanterie du 3e Corps du maréchal Ney.

En Février, les troupes françaises évacuent la Pologne et se replient sur l'Oder tandis que les Prussiens à la fin du mois s'alliaient officiellement aux Russes contre la France.

Début mars, les Français quittaient Berlin et Dresde, tandis que Davout se maintient autour des villes hanséatiques, mais les Russes étaient entrés dans Hambourg.

Le 15 Avril, Napoléon quittait les Tuileries pour se mettre à la tête de ses forces. Il en composait deux groupes : l'Armée de l'Elbe sous Eugène et l'Armée du Main, officiellement sous Soult, mais en réalité sous sa main, dont le 3e Corps de Ney où nous retrouvons le 3e bataillon du 16e Léger (chef de bataillon Ruffat).

Les troupes françaises repartaient en avant. L'armée du Main marchait par Iena et Weissenfeld faire sa jonction au Nord Est avec les forces d Eugène. La division Souham à l'avant-garde du 3e Corps de Ney rencontra la cavalerie Russe à Weissenfeld. La plupart des hommes étant des conscrits se comporta comme de vieux troupiers en formant les carrés et en repoussant l'ennemi par des feux nourris.

Le 1er Mai, la marche de l'Armée du Main reprenait vers Leipzig tandis que l'Armée de l'Elbe convergeait aussi vers cette ville. Les coalisés s'étaient regroupés près de Lützen.

Le 2 mai 1813, pour la bataille de Lützen, le 3ème bataillon du 16e comprend 16 officiers et 691 hommes. Le capitaine Decheux y est tué. Battus et repoussés, les Coalisés se replient.

Le 3 mai, les Français entrent dans Leipzig mais Napoléon, quasi dépourvu de cavalerie, a perdu le contact avec ses adversaires. La Grande Armée est divisée en 2 colonnes : Napoléon marche sur Dresde avec la colonne principale (Bertrand, Marmont, Oudinot et Macdonald). Ney marche sur Berlin en recueillant à Torgau les Saxons de Reynier. A Luckau, il fait sa jonction avec Victor venant de Wittenberg. Entre les deux colonnes Lauriston reste en position intermédiaire.

Les Prusso-Russes sont restés groupés et préparent une bataille. Leur choix se porte sur Bautzen, à l'endroit où la Sprée coupe la route de Dresde à Breslau. Ils peuvent y couvrir la Silésie et y être au voisinage de l'Autriche dont on peut espérer l'entrée en guerre. Le 8 mai, Napoléon arrive à Dresde où le pont sur l'Elbe a été détruit. Le 10, la Grande Armée peut franchir le fleuve.

voltigeur 16e Léger Espagne 1812-1813
Fig. 12bis : Voltigeur du 16e Léger en Espagne, 1812-1813, par Fort.

Napoléon retrouve ses adversaires le 20 Mai. Le corps de Ney ayant rejoint à son aile gauche. Le bataillon aura encore quelques pertes mais les Coalisés seront encore battus. Les Prussiens et les Russes reculent rapidement.

Le 27 mai, l'Oder est atteinte et la forteresse de Glogau est débloquée. Oudinot, détaché du gros de l'armée, marche sur Berlin. Pendant ce temps, plus au Nord, Hambourg est reprise.

"Correspondance de Napoléon :
La ville de Hambourg a été reprise le 30 mai, de vive force. Le prince d'Eckmühl se loue spécialement de la conduite du général Vandamme. Hambourg avait été perdu, pendant la campagne précédente, par la pusillanimité du général Saint-Cyr : c'est à la vigueur qu'a déployée le général Vandamme, du moment de son arrivée dans la trente-deuxième division militaire, qu'on doit la conservation de Brême, et aujourd'hui la prise de Hambourg. On y a fait plusieurs centaines de prisonniers. On a trouvé dans la ville deux ou trois cents pièces de canon, dont quatre-vingts sur les remparts. On avait fait des travaux pour mettre la ville en état de défense.
Le Danemarck marche avec nous : le prince d'Eckmülh avait le projet de se porter sur Lubeck. Ainsi, la trente-deuxième division militaire et tout le territoire de l'empire sont entièrement délivrés de l'ennemi
".

Chez les Alliés, c'est le découragement. Certains jugent la situation si désespérée qu'ils pensent se retirer derrière la Vistule. C'est alors l'Autriche qui va sauver les vaincus et s'interposer pour proposer un armistice (dit de Pleiwitz). Napoléon va le ratifier le 7 Juin pour avoir le temps de se renforcer. Mais ses adversaires vont pouvoir faire de même.

Le 10 juin, Napoléon entre à Dresde; il y restera jusqu'au 15 août.

En Août, le 4e bataillon du 16e Léger se retrouve dans la 30e Division Heudelet du dixième Corps sous les ordres du général Rapp, formant la garnison de Dantzig.

Le 11 août, l'Autriche se joint aux Coalisés et déclare la guerre. La Suède de Bernadotte est aussi à leurs côtés. Et les états allemands faiblissent. Le 18 août, les hostilités reprennent.

Le rapport des forces est désormais défavorable à Napoléon. Il répartit ses corps d'armée. Face à l'armée de Silésie, Ney et Sébastiani, Macdonald, Marmont, Lauriston. Face à l'armée de Bohême, Poniatowski avec Victor derrière lui. Face à l'armée du Nord, une masse de 120.000 hommes, associant Davout (à Hambourg), Girard (à Magdebourg) et Oudinot (à Wittenberg) qui a pour premier objectif de prendre Berlin.

Dès le 16 août, soit deux jours avant la fin de la trève, Blücher attaque. Profitant de l'effet de surprise, il bouscule Ney et Macdonald. Napoléon court le repousser mais l'armée de Bohême, profitant de cette diversion marche sur Dresde tenue par Gouvion Saint Cyr et son XIVe Corps. Napoléon doit rétrograder à son secours.

Les 26 et 27 août 1813, pour la bataille de Dresde, le 2ème bataillon du 16ème Léger (21 officiers et 459 hommes) commandé par Bouvieu compose avec le 1er bataillon du 1er léger, la 34ème demi-brigade provisoire sous les ordres du major Chapsal dans la 44ème division d'infanterie (général Berthezene) du XIVe Corps.

L'Armée de Bohéme est repoussée mais non anéantie ... et Vandamme tombe dans le piège de Kulm les 29 et 30 Août. L'armée française s'épuise dans des offensives dans le vide tandis que les Coalisés, qui évitent les affrontements majeurs, ne cessent de recevoir des renforts. Leur but est de couper la retraite des forces françaises autour de Leipzig avec toutes leurs forces.

Le 4 octobre, Napoléon apprend que Blücher a rejoint Bernadotte. Il décide de se débarrasser de cette menace de l'Armée du Nord afin d'avoir ensuite les mains libres pour livrer une bataille décisive à l'armée de Bohême. Mais Blücher recule une nouvelle fois. Pendant ce temps, l'armée de Bohême de Schwarzemberg est arrivée devant Wachau à une vingtaine de kilomètres au sud de Leipzig. Murat, qui lui fait face, envoie à Napoléon des appels pressants de soutien.

Napoléon décide alors d'aller livrer bataille à Schwarzenberg sans avoir réussi à refouler l'armée du Nord. Le 12 octobre, il replie toutes ses forces sur Leipzig. La bataille des Nations va avoir lieu dans et autour de la ville entre les forces reunies de tous les Coalisés contre l'armée de l'Empereur entre le 16 et le 19 Octobre. Bataille gigantesque qui scelle la défaite de Napoléon en Allemagne, submergé par le nombre.

Les 2e et 3e bataillons du 16e Léger (856 hommes) y combattent au sein de la 8e division Brayer du IIIe Corps de Souham.

Après Leipzig, Napoléon fait retraiter son armée jusqu'à Erfurt et doit forcer le passage à Kösen le 21 Octobre. Alors qu'il arrive à Erfurt, il apprend la défection de la Bavière qui retourne ses troupes contre les Français. Il faut gagner les places fortes sur le Rhin. Pour cela, il faudra passer sur le corps des Bavarois qui bloquent le passage à Hanau.

Le 31 octobre 1813, à la deuxième journée de la bataille de Hanau, le 16ème et ses 2e et 3e bataillons sous les ordres de son nouveau colonel Louis Jean Baptiste Cornebize, fait partie de la 1ère brigade, la 8ème division Vergez, IIIème corps du général Souham. Mais les effectifs ne s'élèvent plus qu'à 369 hommes en tout.

Arrivés à Mayence, les 313 survivants du 16e Léger sont tous versés dans le 2e bataillon tandis que les cadres du 3e bataillon sont envoyés au dépôt. Le régiment fait toujours partie du IIIème corps d'armée.

L'invasion de la France allait bientôt commencer. Napoléon allait faire une nouvelle fois la preuve de son génie militaire mais en vain.

 

X/ LA CAMPAGNE DE FRANCE DU 16E LEGER, JANVIER A MARS 1814

Tambour de voltigeurs 16e Léger Espagne 1812-1813
Fig. 13 : Voltigeur du 16e Léger en Espagne, 1812-1813, par Fort.

La retraite sur le Rhin avait été tellement désastreuse qu'avec les débris de toute l'armée, on ne peut former que 3 grands corps dont les bataillons sont faméliques, pour ralentir l'avancée des Coalisés dès qu'ils franchiront le fleuve : un à Strasbourg donné à Victor, un 2e à Mayence confié à Marmont et un 3e à Mac Donald.

Le corps formé à Mayence sous le commandement de Marmont, prit le titre de 6e Corps d'Infanterie. Il devait défendre le Rhin de Strasbourg à Mayence et s'élevait à un effectif de 10000 baïonnettes et 1200 sabres. La division Ricard, dont faisait partie le 2e bataillon du 16e Léger, en comptait 2900 en associant les hommes de 14 régiments distincts !

Le Rhin ayant été franchi au-dessous de Strasbourg par les Alliés, Victor dut se replier de Strasbourg sur les Vosges qu'il défendit pied à pied pendant qu'on formait à Nancy un nouveau corps sous les ordres du prince de la Moscowa (Ney). Pendant ce temps, Marmont, avec le 6e Corps, se retirait de Mayence sur la Moselle. La division Ricard, dont faisait partie le bataillon du 16e Léger, prit position à Thiaucourt.

En janvier, les armées alliées étaient réunies sur la Meuse et la Marne, et les troupes françaises autour de Chalons-Vitry où Napoléon installe son QG. Il décide de vaincre séparément les deux armées de Bohème et de Silesie, disant que 50.000 hommes et lui faisaient 150.000 hommes ! Mais il n'en avait que 35.000.

Plus au Sud, à Macon, dépôt du 16e Léger, les habitants, qui n'ont aucune intention de résister, incitent les faibles troupes du régiment qui y restent sous les ordres d'un capitaine, à se rendre, et d'ailleurs les Autrichiens y entrent sans combattre. Ils seront chassés un temps par une contre-offensive des Gardes Nationaux de Tournus puis reviendront rapidement au bout de 11 jours.

Le 22 Janvier, un ordre de l'Empereur rapatriait de la frontière des Pyrénées la division du général Boyer ; parmi cette division, les restes du 1er bataillon du 16e Léger.

Le 28, Napoléon se porte sur Brienne et l'armée de Blucher. Celui-ci doit décrocher mais rejoint l'armée de Bohème. Le 31 Janvier, Marmont a de la difficulté pour rallier les forces de l'Empereur. Napoléon se replie sur la Rothière et doit accepter le combat. Le corps de Marmont, avec les 199 hommes du 16e Léger, est à l'aile gauche. A Champaubert et Montmirail, les 10 et 11 mars, les combats sont victorieux. Le chef de bataillon Bouvier du 16e Léger est blessé.

Le 8 Février, avec des renforts venus d'Espagne et de la Jeune Garde, l'Empereur a créé un 7e Corps d'Armée confié à Oudinot et qui sert de réserve entre la Seine et la Marne. La 9e division du général Pierre Boyer y compte les 14 officiers et 498 hommes du 1er bataillon du 16e Léger : vétérans d'Espagne encadrant de jeunes conscrits.

Le 14 Février, le combat de Vauchamps permet de refouler encore les forces prussiennes de Blücher. Mais l'Armée de Bohème en a profité pour avancer sur le flanc de l'Empereur. Il faut la contrecarrer et laisser un rideau défensif devant Blücher.

Le 18 Février, Napoléon s'empare du pont de Montereau. Le chef de bataillon Ruffat du 16e Léger est blessé.

Le 23 Février, la ville de Troyes est reprise.

Le 27 Février, c'est le combat de Bar sur Aube. Le chef de bataillon Vidal de Lauzun est blessé.

Napoléon cherche à tourner l'armée de Silésie de Blücher qui se retire devant ses forces : celles de Marmont et Mortier et les siennes. Malheureusement, les Coalisés réussissent à s'emparer de Soissons et de son pont sur l'Aisne qui leur permet de s'échapper. Napoléon doit foncer sur Berry au bac pour passer lui aussi sur l'autre rive et envoie Corbineau reprendre Reims, tandis que Marmont et Mortier doivent retenir Blücher autour de Soissons. La perte de Soissons a ruiné la manœuvre d'encerclement de l'Empereur. Il décide alors de pousser l'ennemi sur Laon en passant par Craonne où a lieu une bataille entre le 6 et 7 mars.Victoire française et Blücher se replie sur Laon où une 2ème bataille est livrée les 9 et 10 mars. Mais cette fois ci, les Coalisés résistent et Napoléon préfère replier ses troupes sur Reims que les Coalisés ont réussi à reprendre dans l'intervalle.

L'Empereur dispose alors de 4 masses aux ordres des maréchaux Mortier, Marmont Ney et Mac Donald, plus la vieille Garde et les Gardes d'Honneur. Le 13 mars Napoléon reprend la ville. Les hommes du 16e Léger au sein du 6e Corps de Marmont s'illustrent  par une charge à la baïonnette.

Pendant ce temps, les forces de Schwarzemberg repoussent celles d'Oudinot et Mac Donald entre Nogent et Provins pour pouvoir se porter plus au Nord sur Arcis sur Aube. Napoléon marche à leur rencontre. Les 20 et 21 mars, devant des forces très supérieures en nombre et après des combats acharnés, l'Empereur doit ordonner de se replier. Le capitaine Herot et le lieutenant Berty seront blessés lors des affrontements.

Le 23 Mars, Napoléon est à Saint Dizier tandis que les corps de Marmont et Mortier, Oudinot et Mac Donald sont loin de lui. Il compte encore se porter sur les arrières de l'armée de Bohème de Schwarzemberg. Marmont et Mortier sont alors sévèrement accrochés par l'adversaire à la Fère Champenoise le 25 Mars et décident de se replier sous les murs de Paris.


/ UNIFORMES ET DRAPEAUX

 
Fig. 14 :

Figure 1 : Le 16e Léger en 1802. Les régiments d'infanterie légère portent le shako à visière agrafé depuis 1798 avec plumet latéral, après avoir parfois porté un mirliton. Mais certains régiments ont encore le chapeau noir (voir la chronique Rovatti en Italie). Les tenues sont classiquement bleu passepoilées de blanc  avec le collet rouge. Les gilets sont bleu ou blancs. Les carabiniers ont plumet, cordons, épaulettes et grenades rouges sur les retroussis. Les plaques de shako feront peu à peu leur apparition sous le Consulat. Les boutons comme les plaques seront souvent en cuivre ou laiton. Les pantalons de route sont très variés. La culotte bleu doit rentrer dans des demi-guêtres noires.

Figure 2 : Drapeau modèle 1804 par Rigo. Réalisé par la maison Picot pour l'infanterie légère impériale, ce drapeau fait 0, 80 m de côté, ses ornements peints à l'or, et est surmonté de l'Aigle. Le régiment reçoit 4 Aigles et drapeaux, soit pour chaque bataillon qui est porté par un sergent major. Trois Aigles des trois premiers bataillons vont être emmenés en campagne entre 1805 et 1808. Au retour d'Allemagne, passant par Paris en fin Septembre 1808 pour aller en Espagne, le régiment recevra deux couronnes d'or à accrocher au cou de ses Aigles. Mais selon les ordres reçus, le régiment ne doit amener aucun emblème en Espagne et tous les Aigles et drapeaux seront stockés au dépôt du régiment en Alsace.

Figure 3 : Chasseur du 16e Léger vers la fin 1806. Ce dessin, colorisé postérieurement, est tiré du manuscrit de Zimmermann ou «Costumes des troupes françaises et de celles de l'alliance du Rhin qui ont été à Berlin depuis le 24 Octobre 1806». On remarquera le shako très primitif à visière agrafée et sans jugulaires et sans plaque, orné sur le devant d'une cocarde. Les cheveux sont encore noués en queue sur la nuque. On note le plumet, la dragonne et les épaulettes vertes des compagnies de chasseurs. Le reste de la tenue bleu passepoilée de blanc est classique pour l'infanterie légère française. Nous n'y reviendrons pas.

Figure 4 : Sapeur du 16e Léger vu par Kolbe. C'est vraisemblablement dans la période de tranquillité après Août 1807 que le régiment peut penser à son équipement et que le colonel va comme ses collègues se composer une belle tête de colonne pour les défilés, pour impressionner les bons Prussiens et faire tourner les têtes romantiques de la gente féminine. Nos sapeurs sont donc rhabillés «pour l'hiver» et cédant à la mode étrangère, le colonel décide de leur fournir une tenue, de coupe toute germanique. Tout d'abord le shako, qui finalement coiffe l'infanterie légère depuis longtemps, le portant déjà sous le Consulat. Celui-ci de facture primitive et sans jugulaires porte une visière agrafée ; et une plaque de métal blanc à soubassement du plus bel effet. Notre sapeur faisant partie de la compagnie de grenadiers a orné le fut d'un galon écarlate en haut et en bas qui s'harmonise avec le cordon et les raquettes et le plumet de la même couleur. Le plus extraordinaire reste l'habit veste et la culotte, de fond bleu comme il se doit, mais distingués de violet, avec des revers coupés en «écusson» faisant ressembler notre sapeur à un soldat wurtembergeois. Le collet et les retroussis violet sont ornés de grenades de couleur bleu. Tandis que la culotte voit ses coutures latérales ornées d'un feston violet. Elle entre classiquement dans des demi-guêtres noires. Le haut des bras est orné de haches et grenades en tissu violet. La buffleterie du tablier et des gants à crispin est noire mais celle des baudriers porte hache et porte sabre briquet reste blanche. N'ayant que peu de place pour les cartouches de son mousqueton notre sapeur porte aussi une petite giberne «à la Corse» sur le devant accrochée à un ceinturon et le tout de cuir verdâtre. Cette tenue va être portée jusqu'au départ du régiment pour l'Espagne, puisque l'iconographie nous montrera par la suite une tenue des sapeurs beaucoup plus réglementaire et avec le port d'un bonnet d'oursin.

Figure 5 : Tambour Major du 16e Léger en 1807-1808. Notre tambour Major Jean Saint-Sernan, décoré de la Légion d'Honneur, porte un surtout bleu largement soutaché d'argent à boutons de même. On note ses deux galons argent de sergent-major aux manches et ses trèfles argent sur les épaules. Le chapeau noir est gansé et floché d'argent et porte un grand plumet blanc à base rouge. Sa culotte de nankin entre dans des bottes noires galonnée d'argent. Attribut de sa fonction : la canne à pommeau argenté.

Figure 6 : Carabinier et voltigeur du 16e Léger en 1807-1808. On notera d'emblée le shako encore archaïque avec sa visière agrafée et le port d'une ganse latérale avec un petit bouton qui traduit le fait qu'on y portait autrefois le plumet sur le même coté dans ces deux compagnies d'élite. On comparera avec le shako de la figure 2. Nos hommes agrémentent leur coiffure d'une plaque frontale de métal blanc en forme de grenade pour le carabinier et d'Aigle à soubassement pour le voltigeur . Le plumet, cordon , et galon haut et bas du shako sont écarlates pour le carabinier, tandis que le voltigeur l'orne de cordons blancs, d'un galon chamois comme son collet et d'un plumet chamois et vert, comme la soutache de ses guêtres. On verra enfin sur le reste d'un uniforme classique d'infanterie légère des pattes de parements à 4 boutons au lieu de trois : écarlates pour le carabinier et chamois pour le voltigeur. On notera aussi le port de capotes marron sur les sacs.

Tambours de carabiniers 16e Léger Bardin 1814
Fig. 15 : Tambours de carabiniers; grande tenue et tenue de repos, d'après Bardin

Figure 7 : Les tenues du 16e Léger en 1809 vus par les collections alsaciennes. Ces dessins reprennent les descriptions des soldats du 4e bataillon restés alors sur le front Est Europe.
Carabinier et sapeur : Quand nos carabiniers et les sapeurs du régiments qui font partie de ces compagnies d'élite ont-ils pris le bonnet d'oursin alors qu'en 1807-1808, ils avaient encore le schako (voir figure 4) ? Vraisemblablement fin 1808 avant le départ des trois premiers bataillons pour l'Espagne puisque on retrouvera ce couvre-chef plus tard dans la péninsule ibérique. Les bonnets d'oursin sont garnis du plumet écarlate et d'un cordon et raquettes blanches . Les distinctive de la compagnie délite sont classiques, de même que les attributs du sapeur.
Le voltigeur : Porte lui aussi les marques de sa compagnie, le plumet, la dragonne du sabre briquet et les épaulettes verts et jaunes, le collet chamois passepoilé d'écarlate par fantaisie régimentaire. Le cordon du shako reste blanc. Le reste de la tenue est très réglementaire et le sabre briquet est porté par cette compagnie d'Elite.
Tambour de compagnie de chasseurs et musicien du régiment : Nous voici avec la tenue des musiciens dans l'espace de liberté laissé au chef de corps pour vêtir sa «tête de colonne». Le colonel a donc opté pour habiller ses musiciens en rouge et vert. Ce qui n'a pas été fait comme dans d'autres régiments aussi pour les sapeurs. Les tenues sont galonnées de blanc pour les tambours et sans doute d'argent pour les musiciens régimentaires qui portent aussi deux petits trèfles argent sur les épaules et à leur shako le plumet blanc de l'Etat-Major dont ils font partie. Rappelons que les musiciens régimentaires sont des professionnels gagistes engagés par le régiment, à la différence des tambours, fifres et cornets des compagnies.

Figure 7bis : Cornet de voltigeurs du 16e Léger en 1809-1810. On comparera avec la figure 13 plus tardive du tambour de voltigeurs vers 1812-1813, dans la répartition des couleurs distinctives de l'uniforme et le collet chamois des voltigeurs, qui n'est ici pas présent.

Figure 8 : Tambour Major du 16e Léger en 1809-1811 par Fort. Comme nous l'avons vu pour les musiciens et les tambours, la tête de colonne à partir de 1809 est habillée en rouge et vert. Le Tambour-major galonne et soutache son habit largement d'argent. Ses galons et ses deux épaulettes argent marquent son grade. On comparera l'évolution par rapport à la figure 5. Le plumet blanc émerge à présent de 3 petits plumets tricolores et la banderole porte sabre et les ceinturon sont cramoisis bordés d'argent. Le gilet chamois « à la hussarde» a boutons et ganses argent.

Figure 9 : Chirurgien du 16e Léger en Espagne par Fort. Notre chirurgien a adopté une tenue plus pratique que l'uniforme du régiment ou de sa tenue bleu barbeau brodée. Sur un gilet «à la hussarde» gansé de blanc, il porte une veste courte blanche distinguée de cramoisi (couleur de sa fonction au sein du service de santé) au collet et parements. Sa culotte bleu entre dans des bottes noires.

Figure 10 : Musicien du 16e Léger en tenue de campagne en Espagne, 1810-1811, par Fort. Notre musicien a revêtu sa capote marron et porte un pantalon de route large brun, resserré aux chevilles comme beaucoup de troupes dans la péninsule ibérique. Son sac est sur le dos et il a entouré son instrument de musique (sans doute une clarinette) d'un morceau de tissu bariolé pour le protéger de la poussière. Mais il n'a pas revêtu le couvre shako, ce qui permet d'admirer son couvre-chef au fût recouvert de feutre vert galonné en haut et en bas de blanc et décoré d'une plaque de métal blanc à Aigle et à soubassement et de cordons tressés blancs.

Figure 11 : Musiciens du 16e Léger en Espagne début 1812, par Rigo (revue britannique Tradition n°60). Nos musiciens ont enlevé leurs capotes, ce qui permet de voir le haut de leur uniforme par rapport à la figure 10. La tenue est entièrement verte avec les retroussis blancs, galonnée d'argent et passepoilée de rouge, au collet et revers. Ce qui est remarquable, ce sont les revers comme dans l'infanterie de Ligne : fantaisie du colonel ou utilisation d'un stock d'uniformes coupés pour une autre unité ? Le shako vert, que nous avons vu précédemment, est galonné de blanc ou d'argent et arbore le plumet blanc de l'Etat-Major.

Figure 12 : Sous-officier de chasseurs du 16e Léger en Espagne, 1811-1812, par Fort. L'uniforme de notre sous-officier blessé comporte certains éléments assez caractéristiques de la campagne d'Espagne : le couvre shako blanc et le pantalon de route large brun. Les 3 chevrons d'ancienneté témoignent de 20 ans de service. Mais ce qui est le plus remarquable restent les passepoils rouge qui bordent les revers, poches parements et même le gilet alors que réglementairement, ils devraient être blancs.

Figure 12b : Voltigeur du 16e Léger en Espagne, 1812-1813, par Fort. Fidèle à son habitude, Fort offre une variante de son chasseur en Espagne en changeant le collet dans la couleur chamois des voltigeurs. Mais on notera toujours les passepoils rouges au lieu de blancs sur l'uniforme d'infanterie légère. Cette silhouette a été reprise par Bueno et Rigo.

Figure 13 : Tambour de voltigeurs du 16e Léger, fin de la campagne d'Espagne, 1812-1813. Un tambour chez les voltigeurs, voilà qui est singulier puisque les compagnies de voltigeurs devraient avoir des cornets. Mais dans les faits, cet instrument, difficile à utiliser pour transmettre des ordres, fut souvent remplacé par des tambours. On remarquera ici aussi comme pour les musiciens d'Etat-major un habit entièrement vert, mais avec les revers en pointe de l'infanterie légère, galonné de blanc et collet chamois des compagnies de voltigeurs. Les retroussis sont à priori blancs comme chez les musiciens d'Etat Major, mais on peut concevoir qu'ils soient verts. On remarquera aussi le passepoil écarlate présenté dans plusieurs uniformes du 16e Léger (voir figures 12 et 12 bis) de cette période. Mais d'autres régiments d'infanterie légère présentent aussi cette particularité depuis 1809 (voir dessins du Bourgeois de Hambourg). Le shako est galonné en haut et en bas et orné de chevrons latéraux jaunes chamois : disposition adoptée pour les voltigeurs vers la fin de l'Empire, et s'orne d'un plumet entièrement vert.

Figure 14 : La tenue du 16e Léger en Allemagne début 1813. Les dessins réalisés sur l'Armée françaises (manuscrit de Dresde ou de Freiberg) montrent que jusqu'à la mi 1813, l'infanterie française porte encore largement les tenues antérieures au fameux règlement Bardin qui se mettait alors en place progressivement. Seuls les contingents de conscrits venant des dépôts et les cohortes de Gardes Nationales qui ralliaient le théâtre d'opération devait avoir des uniformes neufs à la nouvelle coupe. 

Figure 15 : La tenue du 16e Léger pendant la campagne de France, 1814 : Tambour de carabiniers grande tenue et tenue de repos. Les nouveaux soldats ont maintenant la tenue Bardin du règlement de 1812 avec les revers entièrement fermés. Les tambours et cornets régimentaires ont à présent une tenue verte galonnée à la livrée de l'Empereur. On remarque aussi la petite tenue d'un tambour entièrement verte avec le bonnet de police ayant pris la forme du pokalem. Le shako des carabiniers est galonné d'écarlate et porte la nouvelle plaque à l'Aigle à soubassement orné du numéro du régiment.