Le 9ème Régiment d'Infanterie Légère

1797-1815

 

Avertissement et remerciements : Cet article nous a été adressé par notre collègue du Bivouac, Didier Davin, que nous remercions tout particulièrement pour sa disponibilité et son érudition.

 

I/ LA PERIODE 1797-1800

Le 25 mai 1797 (6 prairial an 5), Bonaparte écrit depuis Montebello au Chef de l'Etat-major : "... Vous donnerez l'ordre à la onzième et à la neuvième demi-brigades d'infanterie légère de se rendre sur-le-champ à Mantoue pour y tenir garnison ..." (Correspondance inédite et confidentielle de Napoléon, t. 3, Venise).

 

II/ LA CAMPAGNE DE 1800 OU «L’INCOMPARABLE» 9EME LEGERE

9e Demi-brigade légère 1800-1801
Fig. 1 La 9e Demi-brigade légère en 1800-1801

Le début de l’année 1800 trouve les deux premiers bataillons de la 9e demi-brigade légère dans l’Ouest de la France, dans l’armée du même nom aux ordres du général Brune, à la 4ème division (Chabot). On y compte 1287 hommes et officiers. Les deux chefs des premiers bataillons sont Labassée et Verger. Le chef de brigade est Labassée. Le 3ème bataillon, aux ordres du chef de bataillon Kuhmann, est à l’armée du Rhin à Kehl.

Le plan de Bonaparte, Premier Consul, arrivé d’Egypte pour s’emparer du pouvoir et sauver la situation militaire face aux Autrichiens, sur la frontière italienne jusqu’à Gènes où Masséna est bloqué, et en Allemagne devant le général Moreau, est de déborder les Autrichiens en Italie du Nord grâce à une nouvelle armée formée de toutes pièces : l’armée de Réserve.

Le 25 janvier 1800 (5 pluviôse an 8), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Mon intention, Citoyen Ministre, est d'organiser une armée de réserve dont le commandement sera réservé au Premier Consul. Elle sera divisée en droite, centre et gauche. Chacun de ces trois grands corps sera commandé par un lieutenant du général en chef. Il y aura, en outre, une division de cavalerie, commandée également par un lieutenant du général en chef.
Chacun de ces grands corps sera partagé en deux divisions, commandées chacune par un général de division et par deux généraux de brigade, et chacun des grands corps aura en outre un officier supérieur d'artillerie.
Chaque lieutenant aura un général de brigade pour chef de son état-major; chaque général de division, un adjudant général.
Chacun de ces corps sera composé de 18 à 20,000 hommes, dont deux régiments de hussards ou chasseurs, et seize pièces d'artillerie, dont douze servies par des compagnies à pied, et quatre par des compagnies à cheval.
Les quatorze bataillons qui forment les dépôts de l'armée d'Orient, les 14e, 30e, 43e, 96e demi-brigades, qui sont dans la 17e division, la 9e et la 24e légère, qui sont à l'armée de l'Ouest, les 22e, 40e, 58e et 52e, qui sont aussi à cette armée, la 11e légère et la 66e, qui sont dans les neuf départements réunis, feront partie de l'armée de réserve.
Les 15e, 19e, 21e, 24e de chasseurs, les 5e, 8e, 9e et 19e de dragons, les 11e, 12e et 2e de hussards, les 1er, 2e, 3e, 5e et 18e de cavalerie, les sept escadrons de dépôt des corps à cheval de l'armée d'Orient, seront le noyau de l'armée de réserve.
La droite sera réunie à Lyon, le centre à Dijon, et la gauche à Châlons-sur-Marne.
Le général de division Saint-Remy fera les fonctions de commandant de l'artillerie de l'armée. Le chef de brigade Gassendi sera directeur général du parc. Le premier inspecteur du génie, Marescot, commandera cette arme. Il y aura un ordonnateur et quatre commissaires des guerres attachés à chacun des trois grands corps, et un ordonnateur en chef attaché à l'armée et résidant auprès du ministre de la guerre, qui fera les fonctions de chef de l'état-major.
Il est nécessaire d'appeler à Paris un membre du conseil d'administration de chacun des corps qui composeront l'armée, porteur de l'état de situation de l'armement, équipement et habillement. Ils s'assembleront à Paris le 15 février.
Vous donnerez des ordres pour compléter le plus promptement possible chaque bataillon à 1,000 hommes.
Vous me proposerez les officiers qui devront composer l'état-major de cette armée.
Vous tiendrez extrêmement secrète la formation de ladite armée, même dans vos bureaux, auxquels vous ne demanderez que les renseignements absolument nécessaires
" (Correspondance de Napoléon, t.6, lettre 4552; Correspondance générale, t.3, lettre 4903).

Revue d'inspection du bataillon de dépôt de la 9ème demi-brigade légère le 7 Ventôse An 8 (26 février 1800) par le général inspecteur Schauenburg
(d'après les papiers du général Schauenburg conservés à la  bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg)

Le 3ème bataillon est alors sous les ordres du chef de bataillon Kuhmann. Il obtient une opinion avantageuse du général inspecteur.
Le bataillon a reçu les compagnies de chasseurs des bataillons auxiliaires suivants : 2ème du Nord, 1er de la Seine, 1er de la Moselle, 1er de l'Eure, 1er de l'Ain.
«L'habillement est passable. Tous les chasseurs sont coiffés de shakos presque neufs, ceux des carabiniers sont très jolis. Les vestes et les culottes peuvent encore servir. La buffleterie est au 2/3 neuve ainsi que les havresacs. L'armement est en assez bon état.
Le chef de bataillon vient de recevoir de Paris, où était le dépôt de la 9e Légère, 600 paires de souliers, et une paire de guêtres pour chaque homme, 200 paires de culottes en avance.
Chaque homme est muni de deux chemises et en a une de réserve dans le magasin.
Le dépôt se tient à présent à Orléans ; Je demande qu' il soit dirigé sur Saverne (Alsace).
Je demande la réunion des bataillons qui composent ce corps afin qu'il puisse être réorganisé en bataillons de guerre
».

En mars, la 9eme légère stationne à Nantes, à l’aile droite de l’armée de l’Ouest sous le général Hédouville, quand elle est appelée à faire partie de l’Armée de Réserve en formation à Dijon et ses environs.

Le 12 mars 1800 (21 ventôse an 8), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Brune, Commandant en chef de l'Armée de l'Ouest : "... Vous aurez reçu l'ordre du ministre de la guerre de faire partir la 19e légère. Cependant, si les deux bataillons de la 9e légère étaient plus sous votre main, vous pourriez les faire partir en place ... " (Correspondance de Napoléon, t.6, lettre 4660 ; Correspondance générale, t.3, lettre 5087).

Le 20 mars 1800 (29 ventôse an 8), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Brune, Commandant en chef de l'Armée de l'Ouest : "... Je ne conçois pas comment vous n'avez pas encore reçu du ministre de la guerre d'ordre pour la 19e légère. Si vous ne l'avez pas encore reçu, faites partir pour l'armée de réserve les deux bataillons de la 9e, et alors vous appliquerez à cette demi-brigade l'ordre que vous recevriez du ministre de la guerre pour la 19e. Cette demi-brigade, avec les 22e et 60e, formerait la 3e division ... " (Correspondance de Napoléon, t.6, lettre 4687; Correspondance générale, t.3, lettre 5128).

Le 22 mars 1800 (1er germinal an 8), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... Le général Brune aura fourni de l'armée de l'ouest, pour l'armée de Réserve ... deux bataillons de la 9e d'infanterie légère ...
Vous donnerez l'ordre au général Lefebvre de faire partir pour Dijon le dépôt de la 9e légère, les dépôts ou détachements appartenant à ces différents corps qui pourraient se trouver dans les 14e, 15e, 17e divisions ...
Vous ferez connaître au général Moreau que le bataillon de la 9e légère qui est à son armée fait partie de l'armée de Réserve, qu'il est nécessaire qu'il le dirige sur Lausanne où il restera jusqu'à nouvel ordre ...
" (Correspondance générale, t.3, lettre 5141).

Le même jour (22 mars 1800 - 1er germinal an 8), Bonaparte établit depuis Paris le plan de campagne pour l'Armée du Rhin : "Le premier bataillon de la 9e d'infanterie légère fait partie de l'armée du Rhin; il recevra ordre de se rendre à Lausanne ..." (Correspondance de Napoléon, t.6, lettre 4694).

Le 23 mars (2 germinal), Berthier écrit depuis Paris au Général Dupont : "... Le général Brune aura fourni, de l'armée de l'Ouest à celle de réserve, ... deux bataillons de la 9e (le 3e bataillon de cette demi-brigade est avec Moreau, mais destiné à l'armée de réserve) ..." ("Extraits des mémoires inédits de Victor").

Situation des Corps de l'Armée de réserve arrivés dans leurs cantonnements le 26 germinal (16 avril).
Corps destinés pour l'Armée de réserve et non encore arrivés.
Infanterie légère, 9e, 2647
Signé : VIGNOLLE ("Extraits des mémoires inédits de Victor").

La 9e Légère arrive à l'Armée de Réserve le 20 avril, rejointe par son 3ème bataillon qui est passé par Lausanne et Vevey.

Situation de l'Armée de réserve au 25 avril 1800
BERTHIER, Général en chef
DUPONT, Général de Division, Chef de l'Etat-major général
DUHESME, Lieutenant du Général en chef
BOUDET, Général divisionnaire, Quartier général à Poligny
MUSNIER et GUENAND, Généraux de Brigade
DALTON, Adjudant général
9e Légère, à Poligny, 2542 hommes
30e de Bataille, à Nuits, 3070 hommes
59e de Bataille, à Mirebeau, 2196 hommes
7e Chasseurs à cheval à Plombières, 150 hommes.
Effectif total : 7958 hommes
Donnée dans : "Extraits des mémoires inédits de Victor". A noter qu'une autre situation (établie à Paris) donne la 30e à Dijon

Le 26 avril 1800 (6 floréal an 8), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Commandant en chef l'Armée de réserve, à Dijon : "... voici comment je vois votre armée : (...) La division Boudet, composée des 9e légère, 30e, 59e de ligne : 7 à 8,000 hommes (...). Ces quatre divisions disponibles et prêtes à marcher au 10 floréal (...). Ainsi, il me semble que, le 15 floréal, vous pourrez avoir à Genève, prêts à se porter où il sera nécessaire : (...) les quatre premières divisions ..." (Correspondance de Napoléon, t.6, lettre 4732; Correspondance générale, t.3, lettre 5202; donnée dans "Extraits des mémoires inédits de Victor").

Situation de l'Armée de réserve au 30 avril 1800 (10 floréal)
BERTHIER, Général en chef
DUPONT, Général de Division, Chef de l'Etat-major général
DUHESME, Lieutenant du Général en chef
BOUDET, Général divisionnaire
MUSNIER et GUENAND, Généraux de Brigade
Colin, Adjudant général
9e Légère, en marche pour Nyon, 2542 hommes
30e de Bataille, en marche pour Dijon, 2370 hommes
59e de Bataille, en marche pour Nyon, 2379 hommes
Effectif total : 7291 hommes
Observations : La 30e de Bataille arrive le 12 Floréal à Dijon, le Dépôt arrive le 22 Floréal; le 3e Bataillon est encore en Italie.

Incorporée dans la division Boudet (5ème division) avec la 59e et la 30e de Ligne, la 9eme légère franchit le St Bernard à la tête de sa division le 17 mai. Elle prend part à l’attaque du fort de Bard, le 19 mai, puis marche sur Ivrée d’où elle chasse les Autrichiens.

D’Ivrée, la demi-brigade est dirigée sur Sauthia et sur Varcelli, où elle disperse la cavalerie ennemie qui voulait s’opposer au passage de la Sésia. Une compagnie de nageurs, formée dans la demi-brigade, ayant à sa tête les lieutenants Douot et Viverio, contribue puissamment au passage de cette rivière, ainsi qu’à celui du Tessin.

Le 2 juin, au passage du Tessin, qui est vivement disputé par les troupes autrichiennes, le chirurgien aide major Vanderbach, voyant quelques carabiniers découragés ne pas suivre l’élan général et hésiter à tenter le passage de cette rivière, s’y précipite pour leur donner l’exemple. Il fut immédiatement suivi par les carabiniers et par toute la brigade. Ils arrivèrent à l’autre bord, sous la mitraille des Autrichiens, s’emparèrent des barques ennemies et fournirent un moyen de passage à toute la division. Vanderbach reçut une épée d’honneur pour ce trait mémorable. Pendant ce temps Bonaparte entrait dans Milan.

La demi-brigade se dirige ensuite sur Plaisance, après avoir pris Lodi, où elle arrive, en tête de la division, le 6. Le passage du Pô fut effectué dans la nuit du 9 au 10, par les mêmes nageurs qui avaient effectué ceux de la Sésia et du Tessin. Ils s’emparent d’un grand nombre de bateaux dont une partie, chargée de fagots et descendant la rivière, donna le change à l’ennemi, tandis que la brigade effectue son passage un peu plus loin. Le capitaine Cazeau, avec sa compagnie, s’empare de la tête de pont établie devant Plaisance, et y fait cent prisonniers. Les Autrichiens, surpris, furent chassés de la ville jusque dans la citadelle. La demi-brigade repousse plusieurs sorties, ainsi que les secours qu’on voulait y introduire. Dans la nuit suivante, elle passe sous les remparts de cette citadelle qui ne se rendit que plus tard. Le passage du Pô est plus lent que prévu pour le reste de l’armée.

La position françaises reste délicate si les Autrichiens contre attaquent. Lannes les repousse à Montebello le 9. Desaix rejoint l’armée et prend le commandement des divisions Boudet et Monnier. Il est envoyé à la recherche des Autrichiens. Il se trouve à 15 kilomètres de Marengo quand Bonaparte y trouve en face de lui l’armée autrichienne. Le début de la bataille se passe très mal pour les Français quand la division Desaix, rappelée en urgence, fait son entrée.

Mort du Général Desaix à Marengo
Mort du Général Desaix à la tête de la 9e Légère, bataille de Marengo

La 9ème demi-brigade s’avance dans la plaine de Marengo, par la chaussée de San-Guilano, et se place en avant de ce village.

Boudet a déjà fait ses dispositions: il a placé sa première brigade, la 9e légère, commandée par le général Guénau, sur la gauche de la grande route, partie déployée, partie en colonne serrée; sa deuxième brigade, composée de la 30e et de la 59e de ligne, sous le général Musnier, occupait la droite de cette route dans le même ordre; des haies et des vignes les cachaient l'une et l'autre à l'ennemi.

La 9e légère reçoit ordre de marcher en avant, elle l'exécute, et la voilà bientôt à portée de mousqueterie : jetant des tirailleurs sur tout son front, elle engage une vive fusillade pour retarder l'ennemi et donner le temps à la brigade de Musnier et à tous les autres corps d'arriver à sa hauteur : ils y arrivent; le mouvement s'arrête aussitôt sur toute la ligne; les bataillons en retraite sont disposés de nouveau en ordre d'attaque, et l'armée française se trouve rangée.

Au moment où le 1er consul parcourait la nouvelle ligne de bataille qu’il venait d’organiser et haranguait les divers corps, le Général DESAIX vient se mettre à la tête de la 9e Légère : "Rendez-vous à votre deuxième brigade, dit-il à Boudet, je me charge de celle-ci".

Peu après, une colonne de 15000 grenadiers Hongrois s’étant dirigée sur la division, le général DESAIX la conduit, au pas de charge à sa rencontre, en se mettant à la tête de la 9ème Légère ; puis, arrivé à une demi portée de canon de l’ennemi, il fait démasquer une batterie de 15 pièces, qui tire à mitraille et arrête la colonne ennemie. Alors, la brigade commence l’attaque, qui est suivie par les autres corps de la division. La fusillade était engagée, dans les vignes, par les tirailleurs. Le feu très vif de la 9e légère surprend les Autrichiens, sans pourtant les déconcerter.

Le Général DESAIX, s’étant approché des vignes pour reconnaître l’ennemi, reçoit une balle dans la poitrine et tombe au milieu des tirailleurs de la 9ème. Les soldats se précipitent alors avec furie sur les grenadiers autrichiens. Le combat continue, de part et d’autre, sans que la colonne autrichienne soit rompue, lorsque la brigade de cavalerie KELLERMANN charge, enveloppe la colonne ennemie, la culbute et décide de la victoire. Le Général de ZACK et ses grenadiers sont faits prisonniers. La 9ème se porte, ensuite, sur le village de Marengo, défendu par les Autrichiens avec la plus grande résolution. Mais ils doivent céder à l’ardeur des Français et Marengo est emporté.

Un peu avant cette dernière attaque, le Commandant KUMANN, obligé de former un carré avec le 2ème bataillon, soutint, sans s’ébranler, plusieurs charges de cavaleries, sous le feu le plus vif d’une batterie ennemie. Ce carré ne fut point enfoncé et rejoignit dans le plus grand ordre, les deux autres, à l’attaque du village de Marengo.

La 9ème Demi Brigade perd, dans cette journée, plus d’un tiers de son monde ; presque tous les officiers furent atteints. Le chef de bataillon SUFIN est tué. Il fut remplacé par le Capitaine BARROIS. C’est sur le champ de bataille de Marengo, que la demi-brigade reçoit du Premier consul le titre d’ "INCOMPARABLE".

Rapport adressé à Berthier par le Général Boudet, en date du 16 mai 1800 (27 prairial an 8) : "Le recueillement des différents faits qui honorent la division que je commande, m'a fait retarder mon rapport jusqu'à ce jour. Je compte assez sur votre amour pour la gloire et sur ce qui peut inspirer la reconnaissance des traits de valeur en leur accordant une publicité, pour espérer que ma division, qui a arraché la victoire à l'ennemi et fixé le sort de l'Italie, aura pour première satisfaction celle d'apprendre qu'elle a bien mérité à la bataille de Marengo. Je vais vous analyser la conduite en masse, et celle particulière de ceux qui y ont marqué. - Le 25, ma division, sous les ordres du général Desaix, eut ordre de se porter à San-Juliano et Marengo. A son arrivée, au premier endroit, une partie qui avait soutenu le premier choc de la bataille et conduisait des blessés, se retirait en désordre, étant encombrée par une immense quantité de charrettes de vivandières et de domestiques auxquels sejoignent toujours les mauvais soldats. - Je plaçai ma 1re brigade sur la gauche de la grande route, partie déployée et l'autre en colonne serrée, afin de s'opposer au choc de l'ennemi, et ordonnai le même mouvement sur la droite pour la 2e brigade. - Le lieutenant général Desaix donna l'ordre de se porter en avant, ce qui fut exécuté par la 1re brigade composée de la 9e légère, et on arriva sur le front de l'ennemi à portée de la mousqueterie qui, s'étant rapprochée de beaucoup, m'obligea de faire jeter en avant des tirailleurs, afin de retarder sa marche. Cette brigade, commandée par le général Musnier, sous le feu de l'artillerie et de la mousqueterie de l'ennemi, resta avec cette sécurité faite pour inspirer la confiance, et donna le temps à la 2e brigade, composée des 30e et 59e, commandées par le général Guénau, de s'établir sur la droite du chemin, et aux autres corps de l'armée de venir se rallier à eux. Le lieutenant général Desaix m'envoie l'ordre de faire retirer par échelons ma 1re brigade, beaucoup plus avancée que le reste de la ligne. Je cours lui faire observer que supposant que l'armée doit se porter en avant, j'avais encore mes tirailleurs, et il venait alors d'être décidé que l'attaque se ferait, et préalablement toute l'artillerie avait été remise sur la droite, vis-à-vis le front des 30e et 59e demi-brigades. - Le général Desaix, s'étant rendu à ma 1re brigade, formant la gauche de notre armée, dont il se chargeait, me dit de me porter à ma 2e. Le mouvement s'exécuta sur toute la ligne au pas de charge. La brigade de gauche, 9e légère, eut à combattre sur son front le corps des grenadiers hongrois soutenu par une très forte artillerie; la résistance fut très opiniâtre, mais la valeur de cette brigade l'emporta, et une charge heureuse de cavalerie couronna cette attaque qui, dirigée par le valeureux Desaix, n'eut pas le bonheur de l'avoir pour témoin de ses succès : la mort venait de l'enlever à ses frères d'armes, et ses dernières paroles furent de cacher sa mort pouvant porter préjudice à la victoire. A différentes reprises, la cavalerie chercha à tourner et à entamer la 9e légère; mais elle y fut reçue de manière à la décourager. - La 2e brigade, commandée par le général Guénau, que je dirigeais, enfonça avec une rapidité étonnante le centre de l'ennemi, et, par cette manoeuvre hardie coupa son armée en deux; cette brigade eut continuellement à combattre, sur son front et ses flancs, artillerie et mousqueterie, et, sur ses derrières, plusieurs corps de cavalerie vinrent aussi se présenter; mais l'ordre de colonnes serrées dans lequel s'étaient maintenus les bataillons, quoique traversant des vignes, rendit la tentative de la cavalerie inutile, et lui occasionna une perte considérable. - Je ne peux que rendre les plus grands éloges à cette brigade qui, en partie composée de nouveaux soldats, ont rivalisé de valeur et de contenance avec les plus anciens militaires. - Deux drapeaux ont été pris, l'un, par le citoyen George Auptil, fusilier de la 30e demi-brigade qui, courant après celui qui le portait, le tua, et, à la vue d'un peloton qui cherchait à le ravoir, l'enleva; et l'autre, par le citoyen Gollot, capitaine de grenadiers de la 59e - Les généraux de brigade Guénau et Musnier ont dirigé les troupes avec un dévouement particulier. Le général Guénau a reçu une balle à l'aîne droite, dont l'effet fut amorti par l'argent qu'il avait dans la poche de sa montre. - L'adjudant général Dalton mérite particulièrement d'être cité par le sang-froid et la connaissance avec lesquels il a dirigé différents points d'attaque. - Le chef de brigade Labassé, de la 9e légère, Lalterre, de la 30e, Magnier, de la 59e, ont marqué une intrépidité digne des plus grands éloges : ce dernier a reçu deux légères blessures. - Mes aides de camp et officiers d'état-major nous ont aussi parfaitement secondés par leur activité. L'un d'eux, le citoyen Bagnet, eut son cheval tué d'un coup deboulet. - Enfin, général, je crois devoir vous assurer que les plus grands éloges doivent être rendus à tous les officiers et soldats de la division. Tous ont montré un véritable courage. - J'aurais particulièrement à réclamer de vous une récompense d'avancement pour le chef de bataillon Pestre; pour mon aide de camp Bagnet et pour l'officier de correspondance Diens : le premier est lieutenant, le second est sous-lieutenant. - Salut et respect. - BOUDET" ("Extraits des mémoires inédits de Victor").

Le Bulletin de l'Armée de Réserve, daté de Torre dei Garoffoli le 15 juin 1800 (26 prairial an 8), raconte au sujet de la journée du 14 juin : "... La 9e légère a mérité le titre d'incomparable ..." (Correspondance de Napoléon, t.6, lettre 4910).

Le 17 juin (28 prairial), Dupont écrit à Carnot : "... la 9e légère et les grenadiers des consuls firent des prodiges de valeur ..." ("Extraits des mémoires inédits de Victor"). De son côté, Berthier écrit le même jour à Bonaparte : "... la 9e légère, incomparable par sa bravoure, était en première ligne; le général Desaix marchait à sa tête ..." ("Extraits des mémoires inédits de Victor").

Le 18 juillet 1800 (29 messidor an 8), Bonaparte écrit depuis Paris au citoye Carnot, Ministre de la Guerre : "Je vous prie, Citoyen Ministre, de faire connaître ... que le Gouvernement leur accorde à chacune quinze fusils d'honneur, pour la bonne conduite qu'elles ont tenue à Marengo ... A la 9e légère ... dix ... Les chefs de corps enverront les noms des individus qui se sont le plus distingués ..." (Correspondance de Napoléon, t.6, lettre 4998; Correspondance générale, t.3, lettre 5538).

Caporal 9e Demi-brigade légère 1802
Fig. 1bis Caporal de la 9e Demi-brigade légère en 1802, d'après un rapport d'inspection

Au final, onze fusils d’honneur sont donnés à la demi-brigade, en récompense de sa bravoure, distribuées de la façon suivante :
- BOUVIER, Caporal de carabiniers, qui pénétra, à plusieurs reprises, dans les rangs ennemis et y tua plusieurs Autrichiens à coups de bayonnette.
- BENOIT, Sergent qui, étant détaché en tirailleur et chargé par deux cavaliers autrichiens, en démonta un et fit l’autre prisonnier.
- CAMUS, Carabinier, qui, assailli par une dizaine de hussards ennemis, en démonta 2, les fit prisonniers et obligea les autres à fuir.
- DAVION, Sergent-major qui pénétra plusieurs fois dans les rangs et fit 4 prisonniers.
- JULIEN, Sergent qui, ayant été chargé par la cavalerie ennemie, la tint en respect par son intrépidité, démonta plusieurs cavaliers et força les autres à se retirer.
- LAMBERT, Sergent, pour sa conduite distinguée à Plaisance et à Marengo.
- MAHUT, Caporal de Carabiniers, qui vola au secours d’un officier de Dragons qui allait être fait prisonnier, tua un des Autrichiens qui le poursuivaient, mit les autres en fuite et fut blessé d’un coup de feu.
- MACQUART, Sergent qui, avec 6 hommes, résista avec succès à une charge de 12 cavaliers ennemis.
- PETIT, Sergent-major qui s’avança, seul, sur les tirailleurs autrichiens, en tua plusieurs et en fit trois prisonniers.
- PISSEVEAUX, Chasseur qui, chargé par 2 cavaliers en tua un et démonta l’autre.
- VINOT, Chasseur qui, assailli par 2 cavaliers et un grenadier, démonta l’un des cavaliers, mit le grenadier hors de combat d’un coup de bayonnette et força l’autre cavalier à se retirer.

En dehors de ces onze héros récompensés, on pourrait encore citer une foule d’autres traits de courage. Signalons encore la conduite de :
- LAMBERT, Sergent qui s’était déjà distingué à Plaisance et se distingua encore à Marengo.
- CAZEAU, Capitaine qui avait reçu déjà un sabre d’honneur pour sa bravoure éclatante, à Plaisance, le 6 juin. Il s’était porté précipitamment en avant, suivi d’un sergent, avait pénétré jusqu’au milieu du pont et fait prisonnière l’arrière-garde ennemie, composée de 80 hommes. Un moment après, l’ennemi, voyant qu’il n’avait affaire qu’à 2 français, ne voulut pas se rendre. Mais le Capitaine CAZEAU lui imposa encore par sa hardiesse et le contint par des mesures et un langage aussi ferme qu’audacieux.
- COMBETTI, chef de bataillon qui avait reçu un sabre d’honneur pour sa belle conduite.

RÉCOMPENSES ACCORDÉES POUR LA BATAILLE DE MARENGO.
ARMES D'HONNEUR.
Arrêté des Consuls du 16 messidor an 8 (5 juillet 1800) :
9e Légère : 12 fusils d'honneur
PETIT, sergent-major. - II s'avança seul sur les tirailleurs autrichiens, en tua plusieurs, et en fit trois prisonniers.
DAVON, sergent-major. - Pénétra plusieurs fois dans les rangs ennemis et fit quatre prisonniers.
JACQUES, sergent. - Étant à la tête des tirailleurs, et ayant été chargé par la cavalerie ennemie, dont le but était de tomber sur le bataillon, il démonta plusieurs cavaliers et contint le reste.
MACQUART, sergent. - A la tête d'un piquet de six hommes, il montra beaucoup de fermeté, en résistant avec succès à une charge de douze cavaliers ennemis.
BENOIST, sergent. - Détaché en tirailleur, et chargé par deux cavaliers autrichiens, il démonta l'un, et fit l'autre prisonnier.
BOUVIER, caporal de grenadiers. - Pénétra, à plusieurs reprises, dans les rangs ennemis, et y tua plusieurs soldats à coup de baïonnette.
MAHUT, caporal de grenadiers. - Voyant un officier de dragons sur le point de tomber au pouvoir de l'ennemi, il tua un des Autrichiens, mit les autres en fuite, et reçut un coup de feu au moment où il saisissait le cheval du cavalier qu'il avait tué.
CAMUS, carabinier. - Démonta deux cavaliers qu'il fit prisonniers.
SALLIOR, id. - Détaché en tirailleur et chargé par deux cavaliers autrichiens, il tua l'un et démonta l'autre.
VINOT, chasseur. - Détaché en tirailleur et assailli par deux cavaliers autrichiens et un grenadier hongrois, il démonta l'un des cavaliers, força l'autre à se retirer, et, d'un coup de baïonnette, mit le grenadier hors de combat.
LAMBERT, chasseur. - Détaché en tirailleur et chargé par deux cavaliers autrichiens, il tua l'un et démonta l'autre.
PIESSEVAUX, chasseur. - Détaché en tirailleur et attaqué par deux cavaliers hongrois, il mit l'un hors de combat, et força l'autre à la retraite; chargé presque au même instant par six cavaliers autrichiens qui lui portèrent plusieurs coups de sabre et le laissèrent pour mort, il se releva dès qu'ils l'eurent abandonné, courut au grenadier qu'il avait mis en fuite, l'atteignit, et le ramena prisonnier ("Extraits des mémoires inédits de Victor").

Après cette journée, la demi-brigade séjourne quelques jours aux environs de Marengo.

Le 15 juin, les Autrichiens demandent un armistice et, alors que Bonaparte est à Milan, l’Armée de Moreau remporte aussi une victoire à Hoschtädt le 19. Le 12 Juillet, il signe lui aussi un armistice. L’armée d’Italie ou de Ligurie, que commandait Masséna qui s’était illustrée au siège de Gênes, fusionne avec celle de Réserve. Masséna est bientôt remplacé par Brune. L’Armée compte 125.000 hommes dont 80.000 sur le Mincio.

En Octobre, la 9e Légère a ses trois bataillons (1323 officiers et hommes ) à Valeuza, au corps de réserve de Michaud, division Gardanne. L’encadrement se compose de LABASSEE chef de brigade, SAYVE quartier maître trésorier VANDERBACH, HENRY et LARIPPE chirurgiens major, et les trois chefs de bataillons Labassée, Verger et Kuhmann.

Lorsque les hostilités reprennent début décembre, Brune franchit le Mincio à Pozzolo et Mozzembano. A Pozzolo, la division Dupont prend et reprend 6 fois le village avant de se rendre maître de la rive gauche du fleuve. Pendant ce temps, Moreau a remporté la victoire de Hohenlinden et s'avance sur Vienne, et Mac Donald s’est enfoncé en Haute Adige. Les Autrichiens signent un nouvel armistice à Steyer. La Paix va suivre à Luneville en février 1801.

De janvier à avril 1801, la 9e Légère va rester en Italie. Le 18 mars 1801 (27 ventôse an 9), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Donnez l'ordre, citoyen ministre, au général commandant l'armée d'Italie, de faire diriger sur Lyon les : 9e légère ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 6129).

Le 13 avril 1801 (23 germinal an 9), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Vous donnerez l'ordre, citoyen ministre, à la 9e légère qui arrive le 27 à Lyon ... de se rendre à Paris ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 6208).

 

III/ JUIN 1801- JUILLET 1803 RETOUR EN FRANCE AVEC LES HONNEURS

Drapeau de la 9e Demi-brigade en 1802
Drapeau de la 9e Demi-brigade accordé en 1802; dessin de Rigo

C’est en juin 1801 que la demi brigade revient en France et est basée à Paris, sous les yeux du Premier Consul, dans la 1ère division militaire. En Janvier 1802 l’encadrement est le suivant : LABASSEE chef de brigade ; SAYVE quartier maître trésorier ; 1er bataillon commandant : chef de bataillon Kuhmann ; 2e bataillon commandant : chef de bataillon Verger (remplacé par Baudot en mai) ; 3e bataillon commandant : chef de bataillon Barrois.

C’est à la parade du 4 juin 1802, dans la cour des Tuileries, que la 9ème Demi-brigade légère reçoit les trois drapeaux (un pour chaque bataillon) que le 1er Consul a fait confectionner spécialement pour elle au mois de mai par Chaillot. Pour l’occasion la demi-brigade est en grande tenue, entièrement remise à neuf. On trouve la description de cette cérémonie dans le Journal Militaire pour le 13 Prairial an 10 :
«Arrivé devant la 9eme demi brigade d’infanterie légère, le Premier Consul a fait assembler les officiers et sous-officiers. Trois drapeaux ont été apportés par un détachement de vétérans. Le Premier Consul a remis ces drapeaux aux chefs de brigade et de bataillons et a dit : «Soldats de la 9eme Légère, voici vos drapeaux. Ils vous serviront toujours de point de ralliement. Soyez dignes de l’inscription que j’y ai fait mettre. Jamais les drapeaux de la 9eme légère ne tomberont au pouvoir des ennemis de l’Etat. Vous jurez tous de faire le sacrifice de votre vie pour les défendre ?» Les officiers et sous-officiers ont répondu : «nous le jurons !» (ce texte figure dans la Correspondance de Napoléon, t.7, lettre 6116).

Le 28 juin 1802 (9 messidor an 10), Bonaparte écrit depuis la Malmaison au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous prie, citoyen ministre, de donner l'ordre ... le bataillon de la 9e légère qui est à Gênes se rendra à Perpignan ...
Tous ces mouvements ne se feront que dix jours après avoir reçu l'ordre.
Vous aurez soin que la veille du départ, il soit passé une revue de rigueur qui fasse bien connaître la situation des troupes que vous ferez partir. Vous aurez soin que tous les détachements soient bien réunis avant leur départ, et qu'ils marchent dans le plus grand ordre et par bataillon
" (Correspondance générale, t.3, lettre 6965).

 

IIIBis/ EXPEDITION DU GENERAL DECAEN EN INDE (1802)

A la suite du Traité d'Amiens, conclu avec la Grande-Bretagne, la ville de Pondichéry et les comptoirs français en Inde, occupés depuis 1794 par les Britanniques, doivent être remis à la France. Le 15 avril 1802, Bonaparte avise le Ministre de la Marine, Denis Decrès, que "nous devons prendre possession des Indes ... dans les six mois de la ratification du traité au plus tard" (Correspondance de Napoléon, t.7, lettre 6037). Un expédition est ainsi organisée pour hisser le drapeau tricolore sur Pondichéry et les comptoirs de l'Inde, sous la direction du Général de Division Charles Mathieu Isidore Decaen.

Le 18 juillet 1802 (29 messidor an 10), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous prie, Citoyen Ministre ... d'écrire également au général Decaen, pour qu'il donne l'ordre de former un bataillon d'infanterie légère à cinq compagnies, et fort seulement de 3oo hommes. Le chef de bataillon et les capitaines seront pris parmi les officiers des 3es bataillons d'infanterie légère qui ont été réformés en l'an VIII. Les 1re, 6e, 8e, 9e, 10e, 13e, 14e, 16e, 17e, 18e, 20e, 26e, 27e, 29e, 30e et 31e légères fourniront chacune 20 hommes de bonne volonté. Ce bataillon comptera dans l'armée comme 3e bataillon de la 18e légère. Par ce moyen, cette demi-brigade aura deux bataillons en France et un aux Indes ..." (Correspondance de Napoléon, t.7, lettre 6189; Correspondance générale, t.3, lettre 7026). C'est ainsi donc que 20 hommes de la 9e Demi-brigade légère se retrouvent détachés pour l'expédition.

 

IV/ JUILLET 1803-1804 A L’ARMEE DES CÔTES

9e Léger Voltigeur 1804
Fig. 2 Voltigeur du 9e Léger en 1804, d'après un dessin naïf

L’année 1803 se passe tranquillement, et la 9e Légère va être enrôlée dans la vaste organisation mise en place pour envahir l’Angleterre. Ce que l’on appelé l’Armée des Côtes.

En  Juin 1803, la demi-brigade fait partie de la division Dupont toujours à Paris. Encadrement : Chef de corps : LABASSEE, chef de brigade ; SAYVE, quartier maître trésorier ; 1e bataillon : chef de bataillon Cazaux ; 2e bataillon : chef de bataillon Baudot ; 3e bataillon : chef de bataillon Barrois.

Le 14 juin 1803 (25 prairial an 11), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous renvoie, Citoyen Ministre, les projets que vous aviez rédigés pour le camp de Saint-Omer. Voici définitivement les bases auxquelles je me suis arrêté :
Six camps seront formés, lesquels, destinés à ne composer qu'une seule armée, seront commandés par six lieutenants généraux commandant en chef. Ils auront chacun un parc d'artillerie commandé par un général d'artillerie et par un colonel diiecteur du parc. Les six parcs seront tous soumis à un général commandant en chef l'artillerie et à un général de brigade directeur général des parcs des six camps. Chacun de ces camps aura un ordonnateur, lequel correspondra avec un ordonnateur en chef des six camps.
Ces six camps seront : un en Hollande, un à Gand, un à Saint-Omer, un à Compiègne, un à Saint-Malo, un à Bayonne ...
Pour le camp de Compiègne, les 9e et 24 légères; les 18e, 44e, 63e, 64e, 4e, 32e, 96e et 111e de ligne; le 3e régiment de hussards; le 10e de chasseurs; les 1er, 3e, 8e et 9e de dragons ...
Chacune des demi-brigades ci-dessus ne fournira que ses 1er et 2e bataillons, lesquels seront complétés à 1,000 hommes. Il est donc nécessaire que ces corps soient prévenus sur-le-champ que leurs deux premiers bataillons doivent marcher vers la fin de l'été, afin qu'ils activent l'instruction, l'habillement, etc ...
" (Correspondance de Napoléon, t.8, lettre 6814; Correspondance générale, t.4, lettre 7722).

La 9ème Légère part de Paris pour le Havre le 15 juillet, et vient prendre son rang au camp de Boulogne, encore dans la division DUPONT. 

Le 28 août 1803 (10 fructidor an 11), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous envoie, citoyen ministre, les dispositions que j'ai arrêtées pour l'organisation de quatre camps faisant partie des six qui vont être formés sur les côtes de l'Océan.
... Camp de Compiègne
Le général Ney est nommé commandant en chef du camp de Compiègne.
... Le camp de Compiègne formera trois divisions
... La 1re division sera commandée par le général Dupont qui aura à ses ordres les généraux de brigade :
Marchand et [...].
La 1re division sera composée des :
9e légère,
18e de ligne,
32e id,
96e id,
... Jusqu'à nouvel ordre les troupes des demi-brigades du camp de Compiègne resteront dans leurs garnisons respectives où elles s'occuperont des moyens de se mettre en campagne
Le ministre directeur de l'Administration fera les dispositions pour que les effets de campement nécessaires et pour camper ces troupes sous la toile, s'il y avait lieu, soient prêts au premier ordre.
Indépendamment de ces dispositions le ministre de la Guerre et celui de l'Administration feront sur-le-champ préparer à Etaples deux camps pour douze bataillons; ces camps seront placés le plus à portée des lieux où les troupes doivent s'embarquer ...
" (Correspondance générale, t.4, lettre 7972).

Le colonel LABASSEE ayant été nommé général à son arrivée au camp, est remplacé par le Colonel MEUSNIER.

En  Septembre, un arrêté des consuls du 1er vendémiaire an XII (21 septembre 1803), supprime la dénomination de «demi-brigade» pour établir celle de «régiment».

Le 28 septembre 1803 (4 vendémiaire an 12), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... Le 2e bataillon de la 9e légère fort de 900 hommes se rendra à Rouen, et fournira garnison à 31 bateaux savoir aux 9 qui seront mis à l'eau au 1er vendémiaire, aux 14 qui seront mis à l'eau au 1er brumaire, ce qui fera 23, et aux 8 qui sont à Honfleur, total 31 ...
Les sept qui doivent être lancés à Rouen et les 4 qui restent à Honfleur et qui doivent être lancés au 1er brumaire, total 11, ainsi que les 19 premières qui seront lancées à Compiègne et à Paris, seront fournies par le 1er bataillon de la 9e légère porté à cet effet à 900 hommes.
... le 1er bataillon de la 9e légère ne partira également pour Rouen que le 15 vendémiaire ...
" (Correspondance générale, t.4, lettre 8083).

Le 8 octobre 1803 (15 vendémiaire an 12), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Donnez ordre aux généraux commandant les 13e, 14e et 15e divisions de veiller à ce que les hommes de la 9e, 10e, 64e, 39e et 32e fassent tous les jours l'exercice de la nage sur des péniches et d'autres petits batiments qui seront, à cet effet, disposés dans les ports par ordre du ministre de la Marine" (Correspondance générale, t.4, lettre 8124).

Le même jour, Bonaparte écrit à l'Amiral Bruix, commandant de la flotille du camp de Boulogne : Le 26 septembre 1803 (3 vendémiaire an 12), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... Les sections de la flotille qui sont parties du Havre, de Granville, de Cherbourg, de Saint-Malo, doivent se rendre à Boulogne; mais celles qui partiraient, ayant à leur bord des troupes des 9e légères, 32e, 39e et 64e, doivent se rendre à Etaples; voyez donc d'organiser ce port ..." (Correspondance générale, t.4, lettre 8125).

Enfin, toujours le même jour au Contre-amiral Decrès, Ministre de la Marine et des Colonies : "Donnez ordre qu'au Havre, à Cherbourg, à Honfleur, à Rouen, à Dieppe, à Granville, Saint-Malo, on arrange une ou deux péniches pour accoutumer à la nage les troupes des 9e, et 10e légères, 64e, 39e et 32e qui se trouvent dans ces parages. Vous enverrez l'instruction pour apprendre à nager" (Correspondance générale, t.4, lettre 8128).

Le 11 octobre 1803 (18 vendémiaire an 12), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... Donnez ordre au général Dupas de vous faire connaître ... s'il a destiné les 10e et 9e légères pour les bâtiments de Rouen, du Havre et de Honfleur, il vous préviendra du moment où ces troupes auraient fourni leurs garnisons, et où il en serait besoin d'autres ..." (Correspondance générale, t.4, lettre 8135).

Le 19 octobre 1803 (26 vendémiaire an 12), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... Donnez ordre au général Lemarois de faire fournir dix hommes par péniche et dix hommes par caïque, qui doivent partir de Saint-Malo, par la 32e ou la 39e. Un bataillon de la 32e a eu ordre de se rendre à Saint-Malo.
Vous donnerez ordre au général Dupas d'en faire fournir, par la 9e et la 10e légères, à celles qui partiront des différents points de son arrondissement
" (Correspondance de Napoléon, t.9, lettre 7215; Correspondance générale, t.4, lettre 8164).

Le 21 octobre 1803 (28 vendémiaire an 12), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... Donnez ordre ... au 3e bataillon de la 9e légère, et au dépôt, de se rendre à Philippeville ..." (Correspondance générale, t.4, lettre 8170).

Le 31 octobre 1803 (8 brumaire an 12), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Donnez ordre, citoyen ministre, au reste du 2e bataillon de la 9e légère qui est à Paris de se rendre au Havre pour rejoindre sa demi-brigade" (Correspondance générale, t.4, lettre 8204).

En novembre 1803, les deux premiers bataillons (Cazaux et Baudot) sont à Rouen et Honfleur en Normandie, dans la 2ème division militaire tandis que le 3ème bataillon est à Philippeville (2ème DM).

Le 21 novembre 1803 (29 brumaire an 12), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Demandez au général Dupas qu'il vous fasse connaître ce qui reste encore des 9e et 10 légères et de la 64e de ligne, et la partie embarques, et enfin les besoins auxquels il foaudra fournir quand ces troupes seront parties, et à quelle époque il faudra de nouvelles troupes, et en quelle quantité, pour fournir aux bâtiments du Havre et de la côte qui est sous ses ordres" (Correspondance générale, t.4, lettre 8297).

Le 19 décembre 1803 (27 frimaire an 12), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Soult, Commandant du Camp de Saint-Omer : "Citoyen général Soult, les détachements du 39e qui vous sont arrivés doivent être à Etaples et camper à côté du 6e léger, le 69e à côté du 25e léger, les 9e léger et 18e, 32e et 96e de ligne doivent faire partie de la division Dupont qui campe à Boulogne; mais qui cependant doit faire partie du corps d'armée du général Ney ..." (Correspondance générale, t.4, lettre 8478).

Le 30 janvier 1804 (9 pluviôse an 12), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Soult, Commandant le camp de Saint-Omer : "... J'imagine que vous avez fait rentrer le détachement du 9e léger à son corps ... " (Correspondance de Napoléon, t.9, lettre 7215; Correspondance générale, t.4, lettre 8164).

Entre janvier et juin 1804, le major Deslom vient rejoindre l’encadrement. Le 1er bataillon (Cazaux puis Barère) est au Havre, le second (Baudot puis Regeau) à Honfleur, le 3ème (Compere) à Philippeville.

En Juillet, les deux premiers bataillons sont à Camiers, au camp de Montreuil.

Depuis octobre 1804, une compagnie de voltigeurs a été formée pour chaque bataillon, distinguée en particulier par son collet chamois. Un dessin naif d’époque nous montre leur tenue complète.

Pendant le séjour du régiment au camp de Boulogne, une députation fut envoyée à Paris pour assister au couronnement de l’empereur, le 2 décembre 1804. Le régiment reçoit trois nouveaux drapeaux modèle 1804 Picot, surmontés de l’Aigle impériale. Il semble qu’il ait conservé aussi un de ses drapeaux consulaires qui fut capturé par les Russes comme nous le reverrons.

 

V/ LA CAMPAGNE DE 1805

Le 4 juillet 1805, Napoléon apprend que Russes et Autrichiens ont signé une "convention de guerre" aux termes de laquelle 140000 soldats russes se préparent à marcher sur l'Allemagne pour se joindre aux forces autrichiennes.

Vers la mi-août, il sait que les troupes autrichiennes se concentrent en Bohême et au Tyrol.  Le 18 août, Villeneuve, renonce à remonter vers la Manche et s'enferme dans Cadix. C'en est fini du débarquement prévu en Angleterre.

23 août : Napoléon prend la décision de lever le camp de Boulogne et de porter 7 corps de la Grande Armée en Allemagne.

Toujours au sein de la division Dupont (1ère division du 6e Corps aux ordres du maréchal Ney), les deux premiers bataillons du régiment (chefs de bataillon Barrere et Regeau) se mettent en marche avec la Grande Armée, tandis que le 3ème bataillon (chef de bataillon Broyer) est au 2ème Corps de Réserve à Landau, division Thouvenot, sous le général Lefebvre.

Capitulation de Ulm 1805 carte
Carte de la capitulation de Ulm en octobre 1805

Les trois divisions du maréchal Ney partent pour Strasbourg le 1er septembre 1805. Le 3 octobre, le corps est à Stuttgard. L'Empereur marche sur Ulm pour l'investir et bloquer l'armée du général Mack. Le 6e Corps fait face à Ulm, dès le 8 octobre. Pendant ce temps, les Autrichiens se font battre par Murat à Wertingen.

Ce même jour, la 2e Division reprend la route de Dillingen, Gundelfingen, Brentz et Hermaringen, puis tournant à l'ouest, va camper sur les hauteurs de Burberg. Le lendemain, la 3e Division s'empare des ponts de Gunzbourg et de Leipheim. La 2e division s'établit à Languenau, et la 1ère à Albeck.

Le 10, la lère Division de Dupont reste seule sur la rive gauche du Danube et la 2e rejoint la 3e vers Gunzbourg. L'Empereur n'est plus là. Il a momentanément confié à Murat le soin de diriger les opérations autour d'Ulm, et Murat, en laissant la 1ère division du 6e Corps seule sur la rive gauche, manque tout compromettre. La division qui stationne autour d’Albeck a reçu l’ordre de s’emparer d’Ulm dont on pense que les Autrichiens se retirent, tandis que les autres divisions feront de même, mais sur l’autre rive. Dupont doit être soutenu par les dragons à pied de Barraguey d’Hilliers, mais ceux-ci n’ont reçu l’ordre de rallier que trop tardivement.

Alors que Dupont marche vers Ulm avec 6000 hommes, il se retrouve en face de 23.000 Autrichiens qui voulaient effectuer une percée vers le Nord-Ouest. Dupont décide de les affronter devant Haslach, espérant recevoir des renforts. Le 9ème Léger, le 96e et le 32e de Ligne lancent des attaques au fur et à mesure que les Autrichiens essayent de se déployer. Il résiste ainsi 3 heures puis est submergé par le nombre et se replie en combattant toujours. Les capitaines Bernard et Mittour du 9ème Léger sont blessés. Mais ce combat avait retardé les Autrichiens dans leur volonté de s’échapper d’Ulm.

Mack n'ose plus essayer de se frayer un passage par la rive gauche; mais veut, au moins, tenir une bonne position défensive. Il fait occuper par le Général Riese les hauteurs et le couvent d'Elchingen. Le pont pour traverser le Danube en face des positions autrichiennes est à moitié détruit.

Napoléon arrive d'Augsbourg le 13 au matin. Il ordonne aussitôt de rétablir le pont, de chasser l'ennemi d'Elchingen pour resserrer le blocus de la place d'Ulm et de faire passer une deuxième division sur la rive gauche, afin de donner la main à la Division Dupont, qui se trouve en l'air à Albeck. Cette lourde tâche est confiée à la Division Loison (2e du 6e Corps). Devant l'impétuosité de l'élan français, les troupes autrichiennes cèdent le terrain, mais elles le défendent pied à pied, soutenues tour à tour par des tirs à mitraille, par le feu des bataillons ou par les charges de leur cavalerie.

Puis Ney, le 15 Octobre, enlève les hauteurs de Michelsberg dominant Ulm à l'Ouest, avec sa 3ème division Mahler, pour boucler l'investissement de la place. La garnison et le général Mack finissent par capituler le 20 Octobre.

Après la chute d'Ulm, le 6e Corps et celui d'Augereau sont envoyés contre les troupes autrichiennes dans le Tyrol, tandis que Napoléon marche sur Vienne. La Division Dupont a été séparée du 6e Corps depuis Elchingen. Le général Dupont doit se porter sur Passau pour occuper la  place.

Dans la coalition organisée pour contrer les ambitions française, les Russes n’étaient pas encore montés au contact, en Allemagne, pour épauler leur allié autrichien. Leurs troupes, menées par Koutouzov, n'avaient pas été assez rapides pour secourir le général Mack. Apprenant ses déconvenues, Koutouzov décidait de se replier de la Bavière sur Vienne. Napoléon envoyait ses troupes à leur découverte tandis qu'il sécurisait la région du Tyrol. Murat partait en avant-garde sur la rive droite du Danube avec Lannes et Davout.

Dès le 5 novembre, on touchait leur arrière garde à Amstetten, et on continuait la poursuite. Koutouzov passait le Danube à Krems en brulant les pont derrière lui. Il fallait donc s’emparer rapidement de ceux de Vienne pour les Français.

Un 8ème Corps d’armée  «provisoire» était confié au maréchal Mortier avec les divisions Dupont (9e Léger), Gazan et Dumonceau, et longeait la rive gauche pour justement sécuriser les ponts de Krems. Il allait se trouver face aux Russes qui venaient de passer le fleuve. Le 10 novembre, la division Gazan débouche seule dans la petite plaine qui s'étend entre Dürrenstein (ou Dürnstein) et Krems, et y heurte les 30.000 soldats de Koutousov. Sans attendre l'arrivée de Dupont, Gazan engage la lutte. Il s'avance jusqu'à un village nommé Stein, situé en avant de Durstein. Six drapeaux, cinq canons, 4000 prisonniers restent au pouvoir des Français. Les positions enlevées, on croit pouvoir se reposer, mais le lendemain matin, la lutte recommence, car les Russes se sont aperçus de la faiblesse des Français (voir historique 4ème Léger).

Entourée de partout, la division Gazan semble perdue. Le Maréchal Mortier la forme alors en colonnes serrées et ordonne de rétrograder sur Dürstein, en se faisant jour à la baïonnette. C’est une charge épique, les sections jouant de la baïonnettes et tirant comme à l’exercice, chacune à la suite.

Tout à coup, vers 16 heures, on entend une vive fusillade de l'autre côté de Dürstein : c'est la division Dupont qui arrive enfin sur le théâtre du combat. Les deux divisions entrent en même temps dans la petite ville, se rejoignant ainsi à travers l'ennemi sur le champ de bataille. La situation reste très confuse quand la nuit tombe : Mortier a pu repasser le fleuve et Gazan, avec la nuit, à rallier Spitz. Les Russes lâchent prise mais ils ont fait subir de très lourdes pertes aux Français et ont gagné du temps pour que leurs forces se réunissent.

Le général Dumonceau, dans ses mémoires, raconte sa rencontre avec le corps de Mortier après le combat : "Les divisions Gazan et Dupont nous rejoignirent avec le maréchal, en pleine retraite, précédées des prisonniers russes et de nombreux blessés, couverts de sang, mal pansés, se trainant avec peine et faisant pitié à voir. Ces divisions avaient fait de grandes pertes dont les généraux paraissaient être péniblement affectés".

Le lendemain, Napoléon, par un ordre du jour, témoigne sa satisfaction aux troupes du maréchal Mortier pour leur courage.

LA CAPTURE DE DRAPEAUX RUSSES PAR LE 9EME LEGER A DÜRRENSTEIN EN 1805

Au cours du combat de Dürrenstein, la division Dupont arrivant pour sauver les troupes du général Gazan, le 9eme Léger s’empare de deux drapeaux ennemis comme le maréchal Mortier le signale au général Klein et à Bernadotte.
Il écrit aussi à Berthier : «j'ai l'honneur de vous envoyer les deux drapeaux pris sur les Russes dans l’affaire du 20 Brumaire. J'ai cru devoir les faire porter par les deux braves qui s'en sont emparés. Monsieur Leblanc (capitaine au 9ème Léger) a tué le porte-drapeau russe qui se défendit avec beaucoup de valeur. J'ai remis aussi sous la surveillance du capitaine Leblanc, pour vous être conduit, les deux colonels russes dont je joins ici les noms …».
Dans son rapport définitif, Mortier précise : «Le capitaine Leblanc, du 9ème régiment d’infanterie légère, ajouta dans cette circonstance à sa gloire en enlevant un drapeau de vive force, après avoir tué celui qui le défendait. Un autre drapeau fut aussi emporté avec la même intrépidité par le nommé Drapier, tambour des carabiniers du même régiment …».

Pendant que se déroulait ce dramatique engagement, Murat, sans se soucier d'avoir perdu le contact avec Koutousov, galopait tout droit vers Vienne. Le 13 novembre, l'avant-garde française pénètre dans Vienne sans avoir à combattre. Seuls les ponts du Danube sont gardés par l'armée autrichienne, mais Murat et Lannes imaginent la fable d'un armistice et s'en emparent par ruse. Le 14 novembre, les clés de Vienne sont remises à Napoléon et le 15, les armées françaises entrent dans la ville. Napoléon s'installe dans le palais de Schönbrunn. Il sait que le tsar a convaincu le roi de Prusse (Frédéric-Guillaume III) d'entrer en guerre. Les deux monarques jurent même solennellement de se battre jusqu'à l'anéantissement de Napoléon dans la crypte du tombeau du Grand Frédéric. L'Empereur doit donc absolument atteindre l'armée russe du maréchal Koutousov avant le 15 décembre, date à laquelle les armées prussiennes doivent arriver sur les champs de bataille.

Pendant qu'il continuait à marcher contre l'armée russe, Napoléon confia la garde de Vienne aux divisions Dupont et Gazan afin qu'elles puissent s'y refaire de leurs blessures. Elles ne virent donc pas à la fin de l'année la victoire d'Austerlitz.

 

V/ LA CAMPAGNE DE 1806

9e Légère 1806-1807

Fig. 3 La 9e Légère en 1806-1807, d'après Kolbe

Dans les derniers jours de décembre, le régiment revint sur Munich où il resta quelque temps, assista aux fêtes brillantes qui eurent lieu dans cette capitale à l’occasion de l’intronisation du nouveau roi de Bavière, le 1er janvier 1806, et du mariage du Prince Eugène, le 12 du même mois avec une princesse bavaroise.

La Prusse, depuis Austerlitz, a  modéré  son agressivité et signé un accord avec la France qui lui accorde le Hanovre, ancienne possession britannique. La Russie, elle, est toujours en guerre. Les forces françaises sont restées stationnées en Allemagne.

Au début de l’année 1806, l’encadrement du 9eme Léger est le suivant : le colonel : Meusnier; le major : Deslom; le quartier maître trésorier : Sayve; les chefs de bataillon : Barère (1er) et  Regau (2ème bat), tandis que le 3ème bataillon se trouve à Landau, au 2ème Corps de Réserve, sous les ordres du chef de bataillon Broyer.

Entre mars et mai, la division Dupont (dont les 1er et 2e bataillons du 9ème Léger) a retrouvé le 6ème Corps du maréchal Ney et se trouve à Francfort puis Wesel.

Le 4 août 1806, le Roi de Naples décrète : "... Sont nommés dans le régiment des grenadiers de notre garde.
... Quartier-Maître, monsieur Celliez, lieutenant au 62ème régiment d'infanterie ...
" (P. Quentin : "Français au service de Naples", t.1. - SHD cote XP1d).

En septembre, le chef de bataillon Rameaux vient commander le 1er bataillon.

Mais en sous-main, la Prusse mobilise, et avec ses alliés Saxons, elle se lance dans une offensive inconsidérée, attendant l’aide des Russes. Car l’Empereur les a prévenu. En deux batailles simultanées, à Iena et Auerstedt, le 14 octobre, l’armée prussienne principale est écrasée et poursuivie, l’épée dans les reins. Le pays a encore 60.000 hommes de disponible et des places fortes à défendre. Le teigneux général Blücher a pu s’échapper. Les maréchaux vont faire la chasse aux débris de l’armée prussienne.

La division Dupont avait été mise à disposition de Bernadotte et son 1er Corps, et  fut dirigé sur Iéna ; mais, pendant la grande journée du 14 octobre, elle resta en observation à Douburg et pris peu de part à la victoire.

Bernadotte se dirige vers Halle, sur la Saale où s’est retranché le prince de Wurtemberg, où il arrive le 16 au soir. Le 17, le 9ème Léger, soutenu par le 32ème, marche droit au pont de Passendorf, dont il enlève l’entrée. Mais l’ennemi, fortement retranché à l’autre extrémité, engage une vive fusillade qui, avec les canons dont il disposait, fait de grands ravages dans les rangs du 9ème. Mais le régiment se précipite sur les barricades avec tant de vigueur, que l’ennemi n’a pas le temps de défendre les portes de la ville de Halle. Le 9ème y entre, fait quelques prisonniers, et débouche par la porte de Leipsick, pour arriver sur les hauteurs où l’ennemi s’était établi. Il emporte cette position après une vive résistance de la part des Prussiens, mais, ne recevant pas de secours, il ne peut s’y maintenir, et est forcé de rétrograder jusqu’à la porte de la ville. Alors la  2ème division seconde ses efforts, les hauteurs sont reprises, et l’ennemi est définitivement forcé de fuir. Le Colonel Meusnier se distingue, dans cette brillante action et y est  blessé, de même que le capitaine Balson et le lieutenant Berbain.

Tandis que Napoléon marche sur Berlin, Bernadotte doit descendre la Saale jusqu’à l’Elbe. Le 25, les Français entrent dans Berlin. Trois corps de l’armée prussienne (Hohenloe, Weimar et Blücher) cherchent à se rallier par des chemins différents autour de Stettin dans le Mecklembourg. Napoléon veut détruire ces forces entre l’Elbe et l’Oder.

Les corps d'armée français remontent vers le Nord, capturant, au fur et à mesure de leur progression, villes et éléments isolés de l’armée prussienne. Le 1er Corps de Bernadotte, de Brandebourg, peut venir renforcer sur sa droite : Murat et Lannes contre Hohenlohe ; ou sur sa gauche : Soult à la poursuite de Blücher et Winning (qui a remplacé le duc de Weimar, rentré chez lui …).

Hohenlohe capitule à Prenzlow le 28 octobre. Bernadotte se porte sur Fürstenberg, toujours à la poursuite de Blücher et Winning. Les forces françaises convergent sur Stettin dont Lasalle, au bluff, s’empare le 30 octobre.

Soult et Bernadotte retrouvent les fuyards prussiens à Waren, le 1er novembre. Le 9ème Léger attaque l’arrière garde de Blücher, qui réussit à se replier en bon ordre. Le capitaine Guittard du régiment est tué lors des combats.

Prise de Lübeck 1806

La prise de Lübeck par les Français en 1806

Custrin tombe aux mains de Davout, et Blücher fuit toujours. Le 1er Corps se rassemble à  Samator-Krug dans le Mecklembourg et, le 3 novembre, repart sur Schwerin. Blücher est à présent acculé sur Lübeck : une ville libre et neutre.

Bernadotte est rejoint par les forces de Murat et de Savary. Il poursuit les Prussiens jusqu'à Gadebusch et Schönberg, et envoie une partie de ses forces s'occuper d’un Corps suédois vers Travemünde (nous sommes à la frontière de la Poméranie suédoise et la Suède est considérée comme hostile).

Blücher viole la neutralité de Lübeck et se retranche dans la ville avec ses hommes, espérant pouvoir fuir par la mer. Les Français avancent. La division Dupont (et le 9ème Léger) s’empare le 6 novembre d’une colonne ennemie, sortie escorter un convoi. Bernadotte capture aussi des troupes de la garde royale suédoise et les traite avec courtoisie (pour un futur roi de Suède, il n’en fallait pas moins !).

Les 7 novembre, les Français sont en force devant Lübeck. Soult, Murat et Bernadotte sont là. L’assaut est donné. Les Prussiens se défendent dans la ville avec acharnement, tandis que Blücher réussit avec encore quelques troupes à fuir, poursuivi par la cavalerie française. Les Français, excédés, se livrent à des exactions sur une population qui n’était pas ennemie.

Blücher finit par se rendre à Schwartau le 8. Le même jour, Magdebourg capitule devant Ney.

Le roi de Prusse est réfugié à Koenigberg puis Osterode. De son armée, il ne reste plus que les 15.000 hommes du général Lestocq, restés en Prusse Orientale. Il attend désormais tout de ses alliés russes.

Les forces françaises pénètrent en Pologne à la rencontre des Russes. Le 25 novembre, l’Empereur quitte Berlin et deux jours plus tard arrive à Posen. Murat entre le 28 à Varsovie, que les Russes viennent d’abandonner, acclamé comme un libérateur.

La Vistule est franchie. Durant le mois de Décembre, les Français se heurtent aux Russes entre la Vistule et la Narew à Pultusk et Golymin, et les repoussent vers l’intérieur. L’épuisement des troupes impose de prendre des quartiers d’hiver sur la Vistule.

Le 1er Corps de Bernadotte (et le 9ème Léger) était alors à Elbing, en couverture du siège de Dantzig. L’encadrement du régiment à la division Dupont se compose des : chef de corps colonel : Meusnier; major : Deslom; quartier maître trésorier : Sayve; 1er bataillon : chef de bataillon Rameaux ; et 2e bataillon : chef de bataillon Regeau; tandis que le  3e bataillon : chef de bataillon Broyer, était à Lauterbourg dans la 5e division militaire.

 

VI/ LA CAMPAGNE DE 1807

9e Légère 1806-1807

Fig. 3bis Voltigeur du 9e Léger en 1806-1807, d'après Martinet

Sur la fin Janvier, Bennigsen, nouveau commandant en chef de l’armée russe, lance ses hommes, en passant la Passarge, contre les cantonnements de Bernadotte, pour essayer de tourner l’aile gauche française. Le 24 janvier, Bernadotte, averti de l’offensive, demande à la division Dupont de quitter Elbing en hâte et de se porter vers lui à Mohrüngen où il n’a juste que quelques troupes de  Pacthod, un bataillon du 9ème léger et du 8ème de Ligne, bientôt soutenus par la division Drouet.

La division Dupont  se trouvait, après une marche de 16 lieues, devant les forces russes qui étaient plus du double de celles de l’armée française. Un bataillon du 9ème Léger fut envoyé contre le village de Pfarressfelden, qu’occupaient 3 bataillons russes, avec 6 pièces de canons. A l’attaque du 9ème, 3 autres bataillons russes vinrent renforcer le village. L’autre bataillon du 9ème s’avança, également, pour soutenir le premier. L’action devint très vive, les soldats se jetèrent avec impétuosité dans les rangs des Russes, en les chassant du village. Un drapeau fut cependant capturé par les Russes.

D’autres corps, étant survenus, soutinrent cette première attaque du 9ème contre les Russes, dont les forces s’augmentaient et, après un combat opiniâtre de plusieurs heures, les hauteurs qui environnaient Mohrüngen furent enlevées, sous le feu de 18 pièces de canon.

Les Russes se replient puis lancent une dernière contre-offensive grâce à des renforts de cavalerie arrivés inopinément, causant de grandes pertes. Les Français finissent par rester maitres du terrain, tandis que les Russes stationnent, à peu de distance. Bernadotte reçoit de toute façon l’ordre de rétrograder vers l’Ouest pour attirer l’ennemi. Le 9ème Leger avait chèrement combattu. Le lieutenant Donot avait été tué et le chef de bataillon Rameaux blessé.

LA PERTE DE DRAPEAUX DU 9EME LEGER A MOHRUNGEN

Les Russes s’emparèrent d’un premier drapeau du 9ème Léger à Mohrungen, mais celui-ci était du modèle du Consulat (voir chapitre III). Ce qui prouve que le régiment avait emporté au moins un de ses anciens drapeaux, en plus de ses Aigles. Ce n’est pas très réglementaire ! En tout cas, ce drapeau est surmonté d’une pique et pas d’une Aigle, comme on a pu le voir dans certaines illustrations. La chose est quasi certaine puisque les Russes décrivent, dans plusieurs de leurs rapports, les inscriptions sur ce drapeau, qui ne sont pas celles des modèles impériaux de 1804, mais d’un drapeau de 1802. N’oublions pas que beaucoup d’officiers nobles russes lisent et parlent parfaitement le français.
«L’adjudant-chef du 5ème Chasseurs (95e Ri) Basil Borodkine s’empare d’un drapeau du 9ème Léger dont quelques survivants trouvèrent le salut dans la fuite. Ce drapeau a été donné sous la république en récompense de bravoure de la demi-brigade qui portait le nom d’Incomparable».

Le 2ème bataillon du 9ème Léger a sans doute aussi perdu un drapeau impérial, mais pas l’Aigle, qui s’était détachée de son piédestal quelques temps avant et avait été placée dans un caisson de bagages. Les Russes se sont emparés du piédestal et de sa hampe et sans doute du drapeau. L’Aigle, retrouvée après le combat par les Français, fut provisoirement fixée sur une perche. Une légende voudra que les Russes se soient emparés de l’Aigle, reconquis de haute lutte par le régiment. En tout cas, cet épisode contrariera l’avancement du colonel Meunier, l’Empereur croyant que son régiment avait perdu une Aigle, ce qui était à moitié faux …

Le 1er Corps de Bernadotte ne participe pas à la sanglante bataille d’Eylau, les 7et 8 février, et n’arrive sur le champ de bataille que le 11, pour découvrir un véritable charnier.

Epuisée, l’armée française ne pouvait pas poursuivre les Russes, dont l’arrière garde se défendait encore avec ténacité. Les Français se replient donc sur leurs anciens quartiers d’hiver, et l’Empereur s’installe à Osterode. Les Russes de Benningsen viennent inquiéter les Français sur la Passarge. Ney à Guttstadt et Bernadotte à Braunsberg, le 26 février, les repoussent. Les lieutenants Leprest, Bonneau et Vadel du 9ème Léger y sont blessés.

L’armée française se réorganise au cours du printemps, et se focalise sur les sièges des places fortes du Nord de l’Allemagne, encore aux mains des Prussiens et leurs alliés russes et suédois, et sur l’organisation de la Pologne. Napoléon a établi son QG à Finkenstein et y gère l’Empire.

Emplacement des troupes de l'Empire français à l'époque du 1er avril 1807
Infanterie légère
Numéros des Régiments, et noms des Colonels
Majors, Chefs de Bataillon et Quartiers-maîtres
Numéro des Bataillons
Emplacement, et conscription de l'an 1807
Division Militaire
9e Meunier
Deslon
Rameaux
Regeau
Broyer
Sayvé
Major
1er
2e
3e
Quartier-maître



A Landau
Conscrits des Vosges, du Cantal et de la Sesia

Division du Général Dupont
Division du Général Dupont
5e

Mais il faut de nouveau faire face aux Russes et leurs auxiliaires prussiens qui prennent l’offensive le 5 Juin à Spanden contre Bernadotte. Celui-ci, blessé, est remplacé dans son commandement par Victor. Dans le même temps, Soult et Ney sont aussi attaqués. La manœuvre de l'Empereur se déploie pour les attirer dans un piège. Ney retraite en bon ordre.

A Heilsberg, le 10 Juin, Murat lance des charges folles de cavalerie, qui auraient pu être désastreuses, mais l'ennemi se retire. L'Armée française se retrouve devant Friedland, le 14 Juin 1807, jour anniversaire de Marengo. Les Russes vont se trouver pris dans une nasse, l'Alle dans leur dos. Ils vont y perdre 18.000 hommes. Le 1er Corps, gardé longtemps en réserve, donne partiellement. Le 9e Léger s’y distingue et a de nombreux officiers blessés : le chef de bataillon Rameaux, les capitaines Billon, Balson, Bernard, Bruyere, Vadel et 9 sous lieutenants ou lieutenants.

Le 15 juin, Koenigberg tombe aux mains de Soult. Benningsen passe le Niémen et brule tous les ponts derrière lui.

Comme on le sait, la campagne va se terminer sur les bords du Niémen le 25 juin par l’entrevue de Tilsitt. La Prusse est démembrée et sont créés un royaume de Westphalie et un duché de Varsovie. Les forces françaises peuvent souffler.

En octobre 1807, l’encadrement du 9ème Léger est le suivant : colonel Meusnier, major Deslom; 1er bataillon : chef de bataillon Gougeon, 2ème bataillon : chef de bataillon Regeau. Le 3ème bataillon : chef de bataillon Prost, est à Landau, dans la 5ème division militaire.

 

VII/ FORMATION D’UN 4EME BATAILLON DE GUERRE ET DEPART POUR L’ESPAGNE

De mars à mai 1808, le régiment (deux premiers bataillons) stationne en Allemagne, à Berlin, toujours au 1er Corps sous Victor, première division Ruffin, tandis que le dépôt (4ème bataillon) est à Longwy avec le 3ème bataillon.

Un 4ème bataillon de guerre est formé en juin, mis sous les ordres du chef de bataillon Prost. Les carabiniers et voltigeurs du bataillon sont envoyés cantonner à Dantzig. Le dépôt devient 5ème bataillon.

Pendant ce temps, en Espagne, dès la fin 1807, sous prétexte de la campagne au Portugal, les troupes françaises, organisées en divers Corps d'Observation, avaient largement pénétré chez leur allié et s'étaient emparés des points stratégiques, tandis que la monarchie espagnole se déchirait dans des querelles familiales. Le peuple espagnol et l'armée subissaient cela en rongeant leur frein.

Napoléon, croyant le pays mur pour un changement dynastique, force les souverains espagnols à l'abdication à Bayonne, et décide de mettre son frère Joseph sur le trône, le 10 Mai.  Dès que cela fut connu, des révoltes éclatèrent simultanément sur tout le territoire (en préambule, il y eut les fameux 2 et 3 Mai à Madrid) et l'armée espagnole prit les armes contre les occupants français. Napoléon pensait que la prise de possession du trône espagnol serait une promenade militaire. Cela allait durer 6 ans !

LES REGIMENTS PROVISOIRES LEGERS A BAILEN EN JUILLET 1808

Des régiments provisoires pour les Corps d'Observation qui pénètrent en Espagne à la fin 1807 et début 1808 ont été créés, associant des petits bataillons de 4 compagnies pris dans les Dépôts. Parmi ces régiments : le 7e régiment provisoire léger (Major Deslon) qui compte des détachements des  6e, 9e, 24e et 28e Léger, et le 8e régiment provisoire Léger (Major de Peschery) associant des détachements des 21e, 25e, 26e et 27e Léger. Ces bataillons, qui font partie du 2e Corps d'Observation de la Gironde du général Dupont, vont capituler à Bailen, le 23 juillet 1808.

Bref, la situation militaire n’était guère favorable quand Napoléon décide d’y envoyer ses vieilles troupes d’Allemagne pour renforcer ses armées déjà présentes et de s’en occuper en personne. Il décrète de Saint-Cloud, le 7 septembre 1808 :
"L'armée d'Espagne sera composée de six corps d'armée.
ARTICLE 1er. - Le 1er corps sera commandé par le maréchal Victor et composé des trois divisions d'infanterie qui forment aujourd'hui le 1er Corps de la Grande Armée, qui prendra le nom de 1er Corps de l'armée d'Espagne, et de la division de cavalerie légère attachée au même corps, composée de quatre régiments et commandée par le général de brigade Beaumont…".

En Octobre, les trois premiers bataillons du 9ème Léger partent donc pour l’Espagne avec le Corps d’Armée de Victor, tandis que le 4ème bataillon reste en Allemagne et en France.

Le 26 octobre, Ney informe le Prince de Neuchâtel que "... Le 9e d'infanterie légère vient aussi d'arriver à Vitoria ..." (La vie militaire du Maréchal Ney, t.3).

Napoléon vient le 3 novembre 1808 à Bayonne se mettre lui-même à la tête de l'armée d'Espagne, dont les forces se sont retirées derrière l'Ebre. Le 1er Corps, positionné à l'aile droite des forces françaises, est chargé de s'opposer à l'armée du général Blake, en coopération avec le 4e Corps de Lefebvre. Le 9ème Léger est toujours à la division Ruffin.

Le 4 Novembre, Napoléon est à Tolosa, espérant écraser le centre des forces espagnoles et déborder leurs ailes. Au cours d'un combat de deux jours, le 1er Corps va disperser l'armée de Blake, les 10 et 11 novembre à Espinosa de Los Monteros. Le colonel Meunier est blessé. Victor marche alors sur Reinosa puis est rappelé sur Burgos. L'Armée de Blake était battue mais non détruite.

Tandis qu'avait lieu au centre la bataille de Gamonal et à l'aile gauche celle de Tudela, Napoléon marche sur Madrid en passant par Somo-Sierra, se demandant où sont les forces anglaises qui doivent soutenir les Espagnols.

LE PASSAGE DE SOMOSIERRA EN 1808

Dans «Dix ans de mes souvenirs militaires de 1805 à 1815 par le général Baron Girod».

Le jeune Girod de l’Ain, sorti de l’Ecole Militaire de Fontainebleau, rejoint le 9ème Léger en janvier 1807 et est versé comme sous-lieutenant de voltigeurs au second puis au premier bataillon. Il assiste à la bataille de Friedland et voit le second bataillon, emmené par Ney, se faire étriller. A la suite de la bataille, le général Victor obtient son bâton de maréchal.
Il part avec son régiment en Espagne, traversant la France.
Le 21 novembre 1808, il est présenté à Burgos à l’Empereur à la revue du régiment, et bien qu’il le trouve trop jeune et le lui dise, à son grand désespoir, la veille, il a signé sa promotion comme lieutenant.
«Le 29 novembre, nous vînmes bivouaquer au pied des montagnes de Somosierra, dont les passages étaient gardés par un corps nombreux d’Espagnols. Ils avaient coupé la route en plusieurs endroits et établi des batteries pour en défendre l’accès. Cette grande route était le seul passage pour la cavalerie et l’artilerie, mais la montagne était presque partout accessible à l’infanterie. On forma des bataillons de voltigeurs et je me trouvai tout à fait à l’avant-garde.
Le 30 au matin, un brouillard épais nous dérobait à la vue des positions ennemies. On se mit cependant en marche et l’Empereur vint, de sa personne, se placer pendant quelques temps entre les deux sections de ma compagnie qui formait la tête de l’avant-garde.
La colonne continua sa marche en avant sur la grande route, et bientôt nous arrivâmes à un large fossé que l’ennemi avait creusé en travers du défilé. On s’occupa de le combler et tout aussitôt me fit porter en avant à la tête de 50 voltigeurs avec ordre de les passer  en tirailleurs sur la gauche de la grande route et de pousser vivement tout ce que je trouverais devant moi …».
Le brouillard se lève et les hommes de Girod sont aussitôt fusillés par les retranchements espagnols devant eux.
«Je perdis en un instant 9 hommes tant tués que blessés, et j’eus, moi-même, deux balles dans mes habits. Ma position serait devenue critique et j’aurais été forcé de me replier, si l’Empereur n’avait ordonné, au même moment, sur la grande route, cette fameuse charge des Lanciers Polonais … qui ouvrit ainsi le passage à toute l’armée».

Le 2 décembre, Napoléon arrive en vue de Madrid qui refuse de se rendre. Après un assaut sur les faubourgs, le lendemain, la ville capitule. Le régiment y a quelques pertes. Le chirurgien major Vanderbach y est blessé.

Puis, Soult aura réussi à chasser le corps expéditionnaires anglais jusqu'à la Corogne et pénètrer au Portugal par le Nord, et l'Empereur rentrera en France, croyant la situation assurée.

 

VIII/ 1809, LA CAMPAGNE D’ALLEMAGNE DU 4EME BATAILLON

Sergent porte-fanion de Compagnie de Carabiniers du 9e Léger, 1809

Fig. 4 Sergent porte-fanion de Compagnie de Carabiniers du 9e Léger, 1809

Les relations avec l’Autriche se détériorant, Napoléon renforce ses troupes en Allemagne. Dès février, la division Oudinot est réorganisée. Le 4ème bataillon du 9ème Léger, aux ordres du chef de bataillon Planchet, avec ceux des 16e et 27e Léger, y verse ses carabiniers et voltigeurs, déjà présents en Allemagne, ainsi que des compagnies de chasseurs, venues de France (Longwy), en mars, dans des bataillons de marche. Les hommes forment la 3ème demi-brigade d’infanterie légère de la division Tharreau, brigade Conroux, qui stationne alors à Augsbourg.

D'abord sous le commandement du maréchal Lannes et de son 2e Corps d'Armée. Après le combat d'Ebelsberg (auquel il ne participe pas), le 3 mai, le 4ème bataillon et sa division poursuit sa marche jusque sous les murs de Vienne, et contribue à la prise des faubourgs le 9 mai. Lorsque la division veut pénétrer dans la ville, elle y est reçue à coups de canon et doit s'éloigner. Alors commencèrent les dispositions du bombardement qui eut lieu pendant les journées du 10 et du 11.

Enfin, le 12, dès la pointe du jour, le 4ème bataillon du 9ème Léger entre, pour occuper la ville avec tout le corps d'armée du Général OUDINOT.

Il y reste jusqu'à la bataille d'Essling (20-22 Mai 1809); les soldats d'Oudinot s'y couvrent de gloire en défendant le village du même nom. Lannes, mortellement blessé, est alors remplacé directement par Oudinot. Les Français repassent le Danube et se fortifient dans l'ile Lobau. Le bataillon du 9ème Léger y a de nombreuses pertes.

Les hommes du 9ème Léger participent aussi à la bataille de Wagram en tenant avec acharnement la droite de Deutsch Wagram contre les Autrichiens, permettant à Davout d'effectuer un mouvement tournant. Le 4ème bataillon aura de nombreux blessés entre les deux batailles d'Essling et Wagram. Il couche sur le champ de bataille, la nuit du 6 au 7, et part pour le camp de Kokarnn où il reste quelques mois. Puis il eut ordre de revenir vers la France, qu'il ne fit que traverser, pour entrer en Espagne.

 

IX/ 1809-1810, L’ESPAGNE DES TROIS PREMIERS BATAILLONS DU 9EME LEGER

- 1809

Après être allé à Tolède, puis revenu à Madrid, le 9ème Léger et la division Ruffin (1ère division du 1er Corps de Victor) y restent jusqu’au 12 janvier 1809. Le 1er Corps de Victor, prend la route d’Aranjuez, et se dirige sur Ucles où le duc del Infantado tient la ville. La 1ère division se perd, mais finit par tomber sur les arrières des Espagnols et les met en déroute en les chargeant, capture 6000 prisonniers et s’empare d’un drapeau. Puis la division marche sur Cuenca abandonnée, qui est copieusement pillée.

En février, le régiment parcourt la Manche à la poursuite des Espagnols. Fin février, Victor reçoit l’ordre de se porter sur le Portugal par la rive gauche du Tage. Pour faire passer le fleuve à son artillerie, Victor est obligé de rétablir le pont d’Almaraz, tandis que la division allemande (Leval) qui lui est attachée, s’empare de celui de l’Arzobispo. La division occupe ensuite Trujillo et Merida.

Le 27 mars a lieu la bataille de Medellin contre les forces du général La Cuesta. Si le 9ème Léger, à l’aile droite du front français, a peu de pertes, au centre et à l’aile gauche, les forces espagnoles se font tailler en pièces.

Victor s’arrête ensuite sur la Guadiana. Le régiment stationne à Calamonte, près de Mérida. Puis Victor établit son QG à Torre Mocha jusqu’au début juin devant la manque de subsistances. Les nouvelles des forces anglaises et des forces espagnoles poussent Victor à se replier.

Le 27 Juin, Wellesley a remonté la vallée du Tage, pénétré en Espagne, et fait sa jonction avec les forces espagnoles du général Gregorio, puis rejoindra le général La Cuesta le 20 Juillet.

Le 1er Juillet, arrivèrent enfin des ordres de Napoléon prescrivant au Maréchal Soult de prendre le commandement en chef des 2e, 5e (Mortier) et 6e Corps (Ney), pour se porter sur le flanc de l'offensive de Wellington.

Victor se porte sur Talavera de la Reyna où il reste jusqu'à mi-juillet. C'est alors que les Anglo-espagnols lancent une offensive. Victor se replie prudemment, après 3 jours de légers accrochages entre les deux adversaires. Mais entretemps, il a reçu des renforts : le corps de Sebastiani  (4ème Corps) et une réserve envoyée par le Roi Joseph. Une première attaque espagnole sérieuse est repoussée. Restent les Anglo- portugais de Wellington. Joseph et Victor, sans attendre l'arrivée de Soult, décident de les affronter.

Les Français passent à la contre-attaque. Le 27 au soir, la brigade arrive sur le champ de bataille et reçoit l’ordre de s’emparer d’un mamelon qui sert d’appui à la gauche de la ligne ennemie. Les 24ème et 96ème de Ligne, qui se trompent de direction dans l’obscurité, ne secondent pas le 9ème Léger qui arrive seul à mi-côte. Là, il s’élance vers la crête, renverse les premières troupes qui veulent lui résister, lorsque, attaqué par une division entière, il est obligé de rétrograder jusqu’au pied de la position, en perdant 300 hommes. Le Colonel Meunier reçoit trois coups de feu dans cet engagement, qui ne cesse qu’à 10 heures du soir. Le régiment, en marche depuis la pointe du jour et harassé de fatigue, doit donner des soins aux blessés pendant la nuit, et se préparer à une nouvelle attaque pour le lendemain.

En effet, le 28 dès 8 heures du matin, il recommence l’attaque du mamelon. La brigade, réunie, était parvenue, après de grandes pertes, jusqu’au sommet et se disposait à s’emparer de l’artillerie Anglaise, lorsque des troupes fraîches vinrent la forcer, encore, à rétrograder jusqu’à la première position, où elle se maintint toute la journée. Vers le milieu du jour, la chaleur fait suspendre le combat pendant quelques heures. Lorsqu’il reprend, le régiment se forme en carré et soutient diverses charges de cavalerie anglaise.

Bataille indécise et sanglante (7000 hommes blessés ou morts pour les forces de Joseph, 5000 pour les Anglais, 1000 pour les Espagnol) où les Français quittent le champ de bataille pour éviter d'être coupés de Madrid. Wellington est donc techniquement vainqueur, mais apprenant la marche de Soult sur son flanc, il décide de se replier sur le Portugal, le 2 août. Les forces de Victor réoccupaient donc Talavera.

Très mécontent du résultat d'une bataille coûteuse en effectifs qui aurait pu être décisive, si les forces de Joseph avaient attendu celles de Soult, Napoléon décide de nommer Soult Major Général de toutes ses armées en Espagne.

Heureusement, la situation se rétablit pour les Français avec la victoire de Sébastiani et son 4ème Corps sur les Espagnols de Venegas à Almonacid le 9 août.

Le 18 août, Ney adresse un rapport au Roi Joseph, dans lequel il lui expose les opérations effectuées par des fractions du 6e corps d'armée aussitôt après son arrivée à Salamanque.
"... Une brigade d'infanterie (9e léger et 69e de ligne, général Maucune) et les deux régiments de cavalerie légère (3e de hussards et 15e de chasseurs, général Lorcet) sont depuis quelques jours établis à Fuente Sauco et communiquent avec les troupes du général Kellermann, en position à Toro ...". (La vie militaire du Maréchal Ney, t.3).

En octobre 1809, les trois chefs de bataillons du 9ème Léger en Espagne sont Regeau, Bruyère et Maurin. Le 1er Corps, lui, parcourt la Manche durant tout l’hiver, et ne participe pas non plus à la victoire d’Ocana le 18 novembre sur une armée espagnole venue d’Andalousie. Le roi Joseph peut souffler provisoirement.

- 1810

Le 11 janvier 1810, l'Empereur écrit depuis Paris à Berthier, prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l'armée d'Espagne, à Paris : "Mon Cousin, vous donnerez sans délai les ordres suivants, que vous enverrez par un officier d'état-major :
... Donnez l'ordre au général Reynier de faire les changements suivants dans sa division ... Tout ce qui appartient aux 9e, 31e, 16e léger, 8e, 24e, 45e, 54e, 60e, 63e, 28e, 75e, 64e et 103e de ligne, se réunira à Saint-Sébastien, Tolosa et Vitoria, pour achever de mettre l'ordre et faire la police dans la Biscaye; ces détachements composeront la 3e brigade. Le général Reynier aura l'œil sur la Navarre et correspondra avec les commandants de Burgos et de Pampelune. Vous lui ferez connaître que je compte le laisser dans ces positions une partie de février, pour rallier et organiser son corps ...
" (Correspondance de Napoléon).

Les opérations militaires tournèrent au début de l'année autour d'une expédition en Andalousie, exécutée par les 4e, 5e et 1er Corps sous les ordres de Soult, accompagné du roi Joseph. Les trois bataillons du 9ème Léger sont toujours à la division Ruffin du 1er Corps.

Vers le 15 Janvier, l'Armée est devant la Sierra Morena. Le 18 Janvier, le 1er Corps de Victor franchit la montagne par des chemins sinueux et disperse les forces espagnoles qui voulaient s'y opposer. Le 20 Janvier, les 3 corps français débouchent sur le Guadalquivir et Mortier entre dans Cordoue le 21. Le Roi Joseph pavoise ... Pendant ce temps le gouvernement provisoire de l'Espagne, la Junte Insurrectionnelle, se réfugie à Cadix.

Siège de Cadix 1810

Le siège de Cadix en 1810

 

Sergent porte-fanion de Compagnie de Carabiniers du 9e Léger, 1809

Fig. 4bis Adjudant sous-officier du 9e Léger, 1809

Le 29, les forces de Victor se présentent devant Séville qui se rend le 31. Joseph y fait son entrée le lendemain dans des rues vides, passe en revue le 1er Corps qui ensuite doit marcher sur Cadix. Cadix, construit sur une péninsule aisément défendable et fortifiée, protégée par une lagune, ravitaillée par la mer par la flotte anglaise et avec une garnison anglo-espagnole, est quasi inexpugnable. C'est le symbole absolu de la résistance espagnole depuis que la Junte s'y est installée.

Victor crée autour de la ville des camps retranchés et répartit ses divisions. Etablissant son quartier général à Port Sainte-Marie, il attend de l'artillerie de siège. Avant ses canons, il reçoit la visite du Roi Joseph.

Au bout de bientôt un mois et demi, le 23 mars, le fort de Matagorda tombe. Sa position permettra de pilonner la rade.

Au Printemps 1810, le 9ème Léger cantonne à Médina Sidonia. En mai 1810, des prisonniers français des pontons ancrés dans la rade réussissent une évasion et sont récupérés par leurs frères d'armes.

Le siège s'éternise. La solde, les munitions pour l'Artillerie et le ravitaillement arrivent au compte-goutte. Les guérillas harcèlent les arrières. Comment faire un blocus dans ces conditions ? Et pourtant, les hommes du 1er Corps font face et perfectionnent leurs retranchements. Les mois passent et des troupes sont prélevées du siège pour d'autres opérations de Soult, affaiblissant encore le dispositif. Girod de l’Ain nous raconte la vie quotidienne des forces assiégeantes :
«Durant plusieurs mois, mon régiment (9ème Léger) alternait avec le 24e de Ligne, passait 15 jours campé entre Puerto Real et Chiclana et 15 jours à Puerto Real même. Nous étions dévorés par les moustiques et n’avions aucun moyen de nous en préserver. C’est en vain que nous cherchions à les enfumer en brulant des branches de pins et autres arbres verts dans nos baraques ; nous ne réussissions qu’à nous enfumer nous-même. Des myriades de puces nous faisaient aussi la guerre et nous les prenions par pincées dans les larges plis de nos pantalons à la mameluck …
Nous péchions des crevettes et des crabes dans les salines et nous trouvions d’excellentes petites huitres …».

En Juillet 1810, les positions et l’encadrement du régiment, sous les ordres du colonel Meunier (ou Meusnier) et du major Obert, sont les suivantes :
- Le dépôt du régiment est à Longwy, dans la 3e division militaire.
- Le 4e bataillon, sous les ordres du chef de bataillon Plancher, a quitté l’Allemagne pour se rendre en Espagne, et stationne pour le moment à Nantes (12e division militaire). Il entrera en Espagne en août 1810.
- Les trois premiers bataillons, sous les ordres des chefs de bataillon Regeau, Bruyère et Maurin, sont à la division Ruffin du 1er Corps, au siège de Cadix.

En septembre, le 2ème bataillon, un temps détaché, rejoint le 9ème Léger et prend position au port Ste Marie. Le 2 septembre, les assiégés tentent une attaque contre le centre de la ligne occupée par l’armée française : 4000 hommes débouchent par la Corona, et les avant-postes français se retirent dans les ouvrages du 9ème Léger. Ce régiment ne tarde pas à s’y former ; puis, il sort de ses retranchements et marche droit à l’ennemi qui est bientôt repoussé et forcé de rentrer dans ses lignes, sans avoir pu détruire, comme il l’espérait, les ouvrages avancés.

Victor fait construire une petite flotille pour soutenir les forces assiégeantes.

Pendant ce temps le 4ème bataillon est à la chasse aux insurgés dans le Nord de l'Espagne. Le sous- lieutenant Cardron écrit ainsi à sa famille de Valladolid : "... cela fait un mois, que nous ne faisons que courir les montagnes après ces maudits brigands ...". 

En Octobre, le 9ème Léger occupe le camp de la Récife, devant l’ile de Léon. Le reste de l'année se passe aux travaux de fortification.

En 1810, en Espagne, certains officiers du 9ème Léger se dotent d'une carabine.

C'est ce que nous explique Cardron, sous-lieutenant dans une compagnie de chasseurs du 9ème léger, qui écrit dans une lettre en date du 21 octobre 1810 à ses parents :
«N'ayez aucune inquiétude sur mon sort, je suis bien portant, ne manquant de rien et armé jusqu'aux dents, c'est-à-dire d'un grand sabre, de deux pistolets et d'une carabine. Ce sont les armes de tous les officiers qui font la guerre à ces brigands, elles nous sont nécessaires ne pouvant les joindre que dispersés et obligés de les abattre partiellement car ils ne se réunissent jamais, et il se trouve souvent de se rencontrer avec un ou deux de ces bandits».

Annales de la société archéologique de Namur, 1936-1937.

 

Le colonel du 9ème Léger (et futur général) en 1810, Guilhem Dauture

Le colonel du 9ème Léger (et futur général) en 1810, Guilhem Dauture

Le colonel Meunier, nommé général de brigade au 1er Corps, a été remplacé par le colonel Dauture. Ce remplacement, prévu dès février, n’a eu lieu effectivement qu’au milieu de 1810.

En novembre 1810, le 4e bataillon se retrouve à Salamanque.

 

XI/ 1811, LA REUNION DU REGIMENT

Au début de 1811, la situation du régiment est la suivante : Colonel : Dauture ; major : Obert; quartier maitre trésorier : Saulnier. Le bataillon de garnison est à Longwy. Les trois premiers bataillons (Regeau, Bruyere et Maurin) sont à la division Ruffin devant Cadix, 1er Corps, Armée du Midi. Le 4ème bataillon (Plancher) est au 9ème Corps du général Drouet d’Erlon.

- La campagne isolée du 4ème bataillon en 1811

Le 4ème bataillon, après quelques marches sur Salamanque, Almeïda, entra au Portugal par el Punte de Murcella et vint occuper Leyria. Pendant sa route, ce bataillon avait été, souvent, aux prises avec les partisans et en avait battu et dispersé.

Après sa retraite de 1810, poursuivie par Wellington, l’Armée du Portugal se regroupe finalement autour de Salamanque et se remplume. Elle compte encore 39.000 combattants. Les Anglo-portugais ont suivi les Français dans leur repli et désormais, le seul point encore aux forces de Masséna au Portugal, est la forteresse d'Almeida, rapidement entourée par la division Campbell dès le 7 Avril. Masséna, dont les subordonnés sont de plus en plus désobéissants, demande l'aide de Bessières pour refaire ses forces, délivrer la garnison et y établir une tête de pont.

Masséna concentre ses meilleurs éléments des 2e, 6e, 8e et 9e Corps, et la cavalerie de Montbrun, autour de Ciudad Rodrigo, en vue de l'offensive future. Le 4ème bataillon du 9ème Léger est à la 2ème division Conroux, au sein de la brigade Gérard, avec un bataillon du 16e et du 27e Léger.

Bessières arrive enfin le 1er Mai, entouré seulement d'une poignée d'hommes de la cavalerie de la Garde, qu'il refusera d'ailleurs de faire intervenir. Wellington, anticipant les intentions de Masséna, décide de l'attendre à Fuentes de Onoro. La bataille fera rage entre le 3 et le 5 Mai 1811 et restera indécise, bien que Wellington ne soit passé pas loin de la rupture et qu'un effort supplémentaire eut emporté la victoire pour les Français. Chargé de l’attaque de ce village avec sa division, le 4ème bataillon du 9ème Leger s’en rend presque maître, à 11 heures du matin, quand une division anglaise vint s’emparer de la partie haute du village. Le combat fut sanglant. Le 4ème bataillon fit les plus généreux efforts pour déporter l’ennemi et après plusieurs heures d’acharnement, il quitta Fuentes, vers 2 heures de l’après-midi, au moment où le combat cessait de part et d’autre. Le général Gérard, commandant la brigade, et plusieurs officiers, y furent blessés. Le bataillon perdit 50 hommes tués ou blessés.

Fatigué et moralement atteint, Masséna se replie une nouvelle fois sur Salamanque, où il apprend par Bessières sa disgrâce et son remplacement par Marmont. Napoléon ne pardonne pas aux généraux malchanceux ! La seule satisfaction est que la garnison d'Almeida a pu évacuer la place après l'avoir détruite, et a réussi à passer à travers les lignes anglaises.

Peu de jours après, le 4ème bataillon du 9ème Léger reçoit l’ordre de rejoindre les 3 autres, qui étaient devant Cadix. Il y arrivera au mois de juin 1811 et occupera Rota.

Simultanément, les Anglais lancent une offensive sur Badajoz, prise par Soult en mars, défendue par le général Philippon. Le général Beresford lève le siège pour se porter au-devant de Soult qui vient au secours de Philippon, partant de Séville le 10 Mai. Les Britanniques se renforcent de l'armée espagnole de Blake. Le 16 mai a lieu la bataille d'Albuera contre des Anglo-espagnols bien retranchés. Les combats sont sanglants et les pertes énormes des deux côtés.

Soult préfère se replier sur Solana et Llerana pour verrouiller l'accès à l'Andalousie. Le 18 Juin, les forces de Marmont, qui a remplacé Masséna à l'Armée du Portugal, font leur jonction, et les deux maréchaux délivrent ensemble Badajoz. Puis Marmont rejoint la vallée du Tage, et Soult l'Andalousie, tandis que les Anglais retournent au Portugal.

- La bataille de Chiclana Barossa, Mars 1811

Barossa 1811

Barossa en février-mars 1811

 

9e Léger Chiclana 1811

Les carabiniers du 9e Léger à Chiclana, par Lejeune - Musée de Versailles

Fig. 5 Carabiniers du 9e Léger, 1813-1815, dessin de E. Fort, d'après Lejeune

Début 1811, tandis que Soult est allé assiéger Badajoz, une armée de renfort anglo-espagnole venue de Sicile, Gibraltar et Cadix même, a débarqué à Algésiras, s'est renforcée de la garnison de Tarifa, et marche sur Cadix pour débloquer la ville en venant du Sud vers Chiclana et la tour de Barossa, et prendre à revers les troupes françaises. Cette attaque doit être combinée avec une sortie de la garnison de Cadix. Les forces alliées sont sous le commandement en chef du général espagnol La Pena, et son adjoint est l'Anglais Graham.

Victor, prévenu, et qui ne peut compter sur personne pour l'aider, redéploie son dispositif : une division est envoyée sur la route de Cadix afin d'arrêter la marche des Alliés et contenir la garnison de Cadix, tandis que lui-même, avec le reste du 1er corps, va attaquer l'ennemi de flanc.

Les troupes espagnoles, exténuées par une longue marche, arrivent sur la colline de Barrosa le 2 mars, où La Peña décide de regagner au plus vite Cadix par la route côtière sans se mesurer aux positions françaises.

Le maréchal Victor a placé une de ses divisions, celle de Vilatte, pour repousser la sortie de la garnison de Cadix à partir de l'ile de Léon, ce qu'il fait le 4 mars, puis bloquer la progression des Alliés. Tandis qu'il marche à partir de Chiclana avec les divisions Leval et Ruffin sur l'ennemi.

La première brigade de Ruffin, sous le général Barrois (dont le 9ème Léger et les 24e et 96e de Ligne) s'empare de la colline de Barossa. L'ennemi est une première fois repoussé, puis il contre-attaque avec des forces bien supérieures. Soutenus par la division Leval, les Français résistent un temps mais finissent par céder et se replier sur Chiclana. Le général Ruffin, grièvement blessé, est capturé (il mourra en captivité), ainsi que l'Aigle du 8ème de Ligne.

Le général Graham propose au général de La Peña de poursuivre les Français, mais celui-ci, devant leur résistance, refuse et, rentrant à Cadix, contraint les forces anglaises à le suivre. Les Français parviennent à se regrouper et à réoccuper leurs lignes de siège. La victoire des Alliés n'a donc pas de débouché. Les Français se considèrent donc finalement comme ayant gagné la bataille, d'autant qu'ils se sont aussi emparés de quelques trophées.

Un célèbre tableau de Lejeune à Versailles illustre cet épisode de la Guerre d'Espagne. Les tenues  représentées sont celle de 1813 à 1815 ; nous y reviendrons.

- La fin de l'année 1811 (Juin-Décembre)

Le régiment est enfin réuni devant Cadix. Les quatre bataillons sont affectés au siège sous les ordres des chefs de bataillon : Regeau, Bruyere, Maurin et Plancher, et du colonel Dauture. Les pertes de Chiclana et Fuentes de Onoro ont été sévères pour l'encadrement, avec par exemple, pour Chiclana, les blessures de Regeau, du lieutenant porte Aigle Mathieu, du lieutenant Wolsack ou du chirugien-major Vanderbach.

La situation en Andalousie, attaquée de tous côtés, n'est guère fameuse, malgré la délivrance de Badajoz. Soult a regagné Séville à la fin du mois de juin. Ses forces sont épuisées, en diminution d'effectifs, et non payées depuis plus d'un an. A l'Est, le 4ème Corps de Sebastiani avait réussi à contenir l'armée de Murcie. Et tandis que l'Armée du Portugal se repliait vers le Nord et celle du Nord vers Burgos, les troupes isolées du sud de la péninsule ibérique en Andalousie devaient couvrir un territoire immense.

En octobre, le chef de bataillon Billion prend la tête du premier bataillon du 9ème Léger.

Victor fut chargé d'une expédition contre Tarifa. Ce projet fut noyé par les pluies et, à la fin décembre, la garnison anglo espagnole résista aux assauts des Français de Leval.

Le siège de Cadix s'éternisait, avec de moins en moins d'effectifs. Le 7 décembre1811, le maréchal Victor est autorisé à rentrer en France. Il quittera son poste au début 1812.

 

XII/ 1812

- Le 3ème bataillon au siège de Badajoz.

Conscrit du 9ème Léger à la division de réserve de Toulouse, 1814

Fig. 5bis Conscrit du 9ème Léger à la division de réserve de Toulouse, 1814

Le 14 février, le 3ème bataillon du 9ème Léger partit de ses cantonnements près de Cadix pour aller renforcer la garnison de Badajoz, affaiblie par les pertes nombreuses qu'elle avait faites, en 1811, pendant le blocus des Anglo-Portugais. Ceux-ci ont un objectif en ce début d'année, s'emparer des places fortes de Ciudad Rodrigo et Badajoz avant de rentrer plus profondément en Espagne.

Ciudad Rodrigo tombe le 19 janvier. Badajoz, sur la rive gauche de la Guadiana, avait déjà résiste à deux sièges. Les Anglo-portugais l'entourent à partir de  mi-mars de 25.000 hommes et établissent batteries et tranchées. La garnison française ne comptant que 5000 hommes.

Le 16 mars, le roi Joseph est nommé commandant en chef en Espagne : une erreur fatale. Pour Joseph, il faut regrouper les forces. Il crée une armée de réserve autour de Madrid et compte abandonner l'Andalousie pour rapprocher l'Armée du Midi de Soult de celle du Portugal de Marmont.

Wellington décide d'affronter d'abord l'armée de Marmont qui se replie sur Salamanque, mais d'abord, il faut prendre Badajoz, défendue par le général Philippon. Le général anglais envoie des détachements en surveillance de ses flancs, tandis qu'il s'occupe du siège.

Wellington lance l'assaut le 6 avril, après des jours de bombardements, craignant une intervention de Soult ou Marmont. Face à l'assaut britannique, les Français font un carnage (4800 homme hors de combats en quelques heures !) mais, submergés par le nombre, doivent se rendre. La soldatesque anglaise, avec la plupart de ses officiers hors de combat, se livre  alors aux pires exactions sur la population espagnole.

Le 3ème bataillon du 9ème Léger, avec la garnison, a eu de très nombreuses pertes comme le capitaine Thierry et les lieutenants Larebergerie et De Montenac. Les survivants sont désormais prisonniers de guerre.

- Les 1er, second et 4ème bataillons

Le 2 février, 3 compagnies d'élite du 9ème Léger, commandées par le chef de bataillon Bruyère, sous les ordres du Général Meusnier, quittèrent Villamartin, en reconnaissance sur le Poblacio del Rey. Elles sont suivies, une demi-heure après, par 400 hommes, sous les ordres du Colonel Dauture et du chef de bataillon Maurin. Tout le monde suit la même route, sous les ordres du général Conroux. A leur approche de la Poblacio, ces derniers entendent une vive fusillade entre l'ennemi et les troupes du Général Meusnier. Alors les troupes de Couroux prennent position et protègent la retraite des compagnies d'élite.Tout le monde est rentré à Villamartin le même jour à 10 heures du matin. Le 9ème Léger a eu 4 tués et 16 blessés.

Au début Avril 1812, la situation et l'encadrement du régiment sont  les suivants :
Dépôt du régiment à Longwy avec 5ème bataillon;
Chef de corps : colonel Dauture, major Obert, quartier maitre trésorier Saulnier;
1er bataillon : chef de bataillon Maurin; 2ème bataillon : chef de bataillon Bruyere; 4ème bataillon : chef de bataillon Planchet. Les 3 bataillons sont devant Cadix , 1ère division, Armée du Midi de Soult.
3ème bataillon : chef de bataillon Billion, à Badajoz (capturé le 6 avril).

Pendant les mois d'avril et mai, les 1er, 2ème et 4ème Bataillons sont employés à des excursions dans les montagnes d'Arcos, de Rota, de Médina, Sidonia, aux prises avec des partisans et le corps d'armée de Ballesteros qui cherchait à inquiéter les arrières des troupes, qui continuaient le siège de Cadix.

Juin 1812, le régiment se trouve à Bornos avec le général Conroux, lorsque celui-ci est attaqué par les forces de Ballesteyros en grande supériorité numérique. Conroux marche à l'ennemi. Le combat est très sanglant et se traduit par une retraite des Espagnols, mais le chef de bataillon Planchet (du 4ème bat) est tué, et sont blessés les capitaines Bouton, Barrois, Etienne, et Pouthier.

Suite à la défaite des Arapiles, le 22 Juillet 1812, au Sud-Est de Salamanque, le dispositif français en Espagne est désorganisé. Joseph fuit sur Valence, alors que Wellington entre à Madrid le 12 Août. Soult doit évacuer à contre coeur l'Andalousie. Les travaux devant Cadix sont détruits avant que l' armée ne se replie.

En Octobre, le 4ème bataillon est renvoyé en France. Seuls les deux premiers bataillons restent en Espagne, aux ordres des chefs de bataillon Maurin et Bruyere.

Au 3 Octobre, un conseil de guerre réunit Joseph et les maréchaux Soult, Jourdan, et Suchet. Un nouveau plan de stabilisation de la situation militaire est adopté. Burgos tient toujours. Drouet d'Erlon, qui a pris le commandement de l'Armée du Centre, s'empare de Cuenca le 20 Octobre. Souham repart en avant et délivre Burgos le 28 Octobre puis entre à Valladolid. Le 2 Novembre, Joseph retrouve Madrid.

Les Armées françaises se réunissent à Medina del Campo, mais ne peuvent empêcher une nouvelle fois Wellington de se replier à Alba de Tormes le 15 Novembre, sans pouvoir livrer une bataille décisive. Ce dernier prend ses quartiers d'Hiver à Ciudad Rodrigo. Les Français, eux, s'installent une nouvelle fois entre le Douero et le Tage.

 

XIII/ 1813, LE 9EME LEGER SUR DEUX FRONTS

Suite à la désastreuse campagne de Russie, des troupes sont rappelées d'Espagne pour combler les vides en Allemagne. Le 9ème Léger et ses trois bataillons restants (le 3e ayant été capturé à Badajoz) vont y participer. Le 4ème bataillon est rappelé en France tandis que s'y reforme un 3ème bataillon et s'y lève un 6ème (le 5ème restant le bataillon de dépôt, toujours à Longwy).

a) L' Allemagne.

En Février, les troupes françaises évacuent la Pologne et se replient sur l'Oder, tandis que les Prussiens, à la fin du mois, s'alliaient officiellement aux Russes contre la France. Début mars, les Français évacuent Berlin et Dresde, tandis que Davout se maintient autour des villes hanséatiques, mais les Russes étaient entrés dans Hambourg.

Le 15 Avril, Napoléon quittait les Tuileries pour se mettre à la tête de ses forces. Il en composait deux groupes : l'Armée de l'Elbe sous Eugène, et l'Armée du Main, officiellement sous Soult, mais en réalité sous sa main, dont le 3e Corps de Ney formé en mars, où nous retrouvons  les 3ème et 4ème bataillons du régiment, aux ordres du major Mouret, 11e division Ricard. La visée stratégique consiste à expulser l'ennemi de la Saxe.

Les troupes françaises repartaient en avant. Davout est en marche sur Hambourg. L'armée du Main marchait par Iena et Weissenfeld pour faire sa jonction au Nord Est avec les forces d'Eugène. Le 1er Mai, la marche de l'Armée du Main reprenait vers Leipzig, tandis que l'Armée de l'Elbe convergeait aussi vers cette ville.

Les coalisés s'étaient regroupés près de Lützen, au Sud-Est de Leizig. Le 2 mai 1813, bataille de Lützen. Les Coalisés sont battus et repoussés. Les deux chefs de bataillons Fririon et Etienne du 9ème Léger y sont blessés. Les deux bataillons réunis ne comptent plus que 21 officiers et 508 hommes. Le corps d'armée de Ney a perdu à lui seul 12.000 hommes !

Le 3 mai, les Français entrent dans Leipzig, mais Napoléon, quasi dépourvu de cavalerie, a perdu le contact avec ses adversaires. La Grande Armée est divisée en 2 colonnes : Napoléon marche sur Dresde avec la colonne principale (Bertrand, Marmont, Oudinot et Macdonald). Ney marche sur Berlin en recueillant à Torgau les Saxons de Reynier. A Luckau, il fait sa jonction avec Victor venant de Wittenberg. Entre les deux colonnes, Lauriston reste en position intermédiaire.

Les Prusso-Russes sont restés groupés et préparent une bataille. Leur choix se porte sur Bautzen, à l'endroit où la Sprée coupe la route de Dresde à Breslau. Ils peuvent y couvrir la Silésie et y être au voisinage de l'Autriche dont on peut espérer l'entrée en guerre. Le 8 mai, Napoléon arrive à Dresde où le pont sur l'Elbe a été détruit. Le 10, la Grande Armée peut franchir le fleuve.

Napoléon retrouve ses adversaires le 20 Mai. Le corps de Ney ayant rejoint à son aile gauche. Les Prussiens et les Russes reculent rapidement. Le chef de bataillon Etienne a été de nouveau blessé ainsi que le major Mouret, et le régiment a de très nombreuses pertes.

Le 27 mai, l'Oder est atteinte, et la forteresse de Glogau est débloquée. Oudinot, détaché du gros de l'armée, marche sur Berlin. Pendant ce temps, plus au Nord, Hambourg est reprise. Chez les Alliés, c'est le découragement. Certains jugent la situation si désespérée qu'ils pensent se retirer derrière la Vistule. C'est alors l'Autriche qui va sauver les vaincus et s'interposer pour proposer un armistice (dit de Pleiwitz). Napoléon va le ratifier le 7 Juin pour avoir le temps de se renforcer. Mais ses adversaires vont pouvoir faire de même.

Le 10 juin, Napoléon entre à Dresde; il y restera jusqu'au 15 août. Le 11 août, l'Autriche se joint aux Coalisés et déclare la guerre. La Suède de Bernadotte est aussi à leurs côtés. Et les états allemands faiblissent. Le 18 août, les hostilités reprennent.

Pendant l'armistice, l'Armée française a été réorganisée. Les coalisés disposent à cette date de quatre armées : 1° celle du Mecklemburg, forte de 30.000 hommes opposés à Davout; 2° celle du Nord de Bernadotte, avec 120.000 hommes, autour de Berlin; 3° l'armée de Silésie (120.000 hommes), sous Blücher, qui s'est avancée jusqu'à Breslau malgré l'armistice; 4° enfin, l'armée principale, en Bohême, forte de 330.000 hommes, sous les ordres de Schwartzenberg.

Le rapport des forces est désormais défavorable à Napoléon. Il répartit ses corps d'armée. Face à l'armée de Silésie, Ney et Sébastiani, Macdonald, Marmont, Lauriston. Face à l'armée de Bohême, Poniatowski avec Victor derrière lui. Face à l'armée du Nord, une masse de 120.000 hommes, associant Davout (à Hambourg), Girard (à Magdebourg) et Oudinot (à Wittenberg) qui a pour premier objectif de prendre Berlin. Son idée était de s'interposer entre les Armées de Blücher et de Schwartzenberg.

Les deux bataillons du 9ème Léger (3ème et 4ème) sont toujours dans le 3e Corps de Ney, 11e division Ricard.

Le 20 août, devant une offensive de Blücher, le 3e Corps de Ney passe la Bober puis attaque les ponts de Naumbourg, qui sont enlevés avec beaucoup d'élan. Le lendemain, le Corps continue sa marche sur Liegnitz sans aucune résistance de la part de l'ennemi. Le 22, la division Ricard est à Thomaswalde. Le 24, le 3e Corps passe aux ordres de Souham, et fait désormais partie de l' «armée de la Bober» sous les ordres de Mac Donald (3e, 11e et 5e Corps).

Tandis que Schwartzenberg marche sur Dresde, Blücher, qui a un premier temps reculé, relance l'offensive contre Macdonald, dont les forces sont très dispersées, sur la Katzbach. Le 26 août, une attaque mal combinée des Français sous une pluie battante est repoussée par les Prussiens et se termine en débandade. Macdonald retraite jusque derrière la Queiss. Le 27 août, la marche reprend, extrêmement pénible, les hommes ont à subir de grandes privations, par un temps affreux. Le 28, les Français retraversent les ponts de la Bober. Le 1er septembre, dans le plus grand silence, la marche est reprise sur Goerlitz. La retraite continue ainsi jusqu'au 4, dans la soirée. A cette date, un ordre de Napoléon prescrit au 3e Corps de reprendre le mouvement en avant.

Pendant ce temps, les 25, 26 et 27 Août, eut lieu la première bataille de Dresde qui se termine par la retraite de l'armée ennemie dite de Bohème. Le capitaine Delahaye, du 9ème Léger, y est blessé. C'est que se trouve parmi les forces qui défendent la ville le 6ème bataillon du 9ème Léger, au sein du 13e Corps de Gouvion Saint Cyr ,42e division (Mouton Duvernet), 4ème demi-brigade provisoire légère. Le chef de bataillon Parans (ou Parant) commande le bataillon.

Le 28,  après la bataille de Dresde, Vandamme est chargé de poursuivre l'aile droite des Alliés avec des détachements des 14e, 11e et 1er Corps; parmi ceux-ci, la division Mouton Duvernet et le 6ème bataillon du 9ème Léger. Il avance jusqu'à Hellendorf, combat de Gieshübel, puis avance jusqu'à Peterwalde. Le 29, il se porte sur Priesten où l'ennemi s'était rangé en bataille pour bloquer son avance et couvrir la retraite de l'armée de Bohème depuis Dresde. Une première attaque échoue. Le lendemain, les Russes ont reçu des renforts, des compatriotes mais aussi des Autrichiens avec des troupes d'élite. Vandamme se retrouvait en infériorité numérique, pensant cependant que d'autres unités viendraient le soutenir prochainement. Il attaque les positions ennemies avec énergie. La bataille faisait rage quand les Prussiens de Kleist apparaissent sur ses arrières. Encerclé, il fallait se faire jour au milieu des forces ennemies. Peu y réussirent. Vandamme lui-même est fait prisonnier. Le chef de batailon Parans est blessé et beaucoup d'officiers du 9ème Léger avec lui, mais le bataillon réussit à retraiter.

Lorsqu'il apprend la défaite de Kulm, Napoléon ordonne :
– Le Ier CA (Corps d'Armée) qui occupe Dresde est maintenant sous les ordres du GD Mouton, comte de Lobau, aide-major-général de la Garde remplacé dans ses fonctions par le général Drouot. Ce corps est reconstitué à trois divisions avec les 15000 rescapés du corps de Vandamme et 18000 hommes des bataillons de marche venus de Mayence (Mainz).
– La 23e DI (Division Infanterie) du GD Teste a ordre de quitter le IIe CA du maréchal Victor et le camp de Konigstein pour rejoindre et compléter le Ier CA à Dresde et y former une réserve à trois divisions ...
– Le maréchal Mortier a ordre de se rendre à Dresde, avec la 3e Division [GD Decouz] et la 4e Division [GD Roguet] de la Jeune Garde, après avoir remis la garde de Pirna et du camp de Konigstein à la 42e DI reconstituée [GD Dupas] qui vient d'arriver …
– Pour garder les débouchés de Bohème, le VIIIe CA du général Poniatowski est toujours a Zittau et appuie le flanc droit du XIe CA de MacDonald qui est aux environs de Gorlitz, avec le IIIe CA du GD Souham (dont les 3ème et 4ème bataillons du 9e Léger), le Ve CA du GD Lauriston et le IIe CC du GD Sebastiani ...

Alors que Ney vient de se faire battre à Dennewitz, le 7 septembre, Gouvion St Cyr de Dresde, prévient l'Empereur du retour offensif de l'armée de Silésie. Napoléon se porte à son secours. Des combats ont lieu le 15 septembre à Peterswald. Le chef de bataillon Parans y est de nouveau blessé.

Après bien des manœuvres, Napoléon livre la grande bataille de Leipzig. Le régiment assiste à ce terrible combat. Les trois bataillons : 3e, 4e et 6e sont désormais réunis dans la 11e division d'infanterie du 3e Corps de Souham.

Après la bataille de Leipzig et ses combats annexes (16 au 19 Octobre), l'Armée française saignée à blanc se préparait à retraiter, laissant des garnisons dans les places, qui doivent capituler les unes après les autres ou tiennent jusqu'en 1814. Le chef de bataillon Bonneau du 9ème Léger est ainsi blessé au siège de Torgau le 31 décembre.

L'armée bavaroise faisant défection, vint à son tour essayer d'arrêter notre retraite; mais elle fut culbutée et écrasée à Hanau (novembre 1813). Les trois bataillons du 9ème Léger ne comptaient plus ensemble que 306 hommes ! Et l'armée française arriva sur le Rhin où elle s'arrêta. Le 6ème bataillon fut dissout et le cadre du 4ème renvoyé au dépôt.

b) L'Espagne

 

Officier de Carabiniers du 9e Léger, 1815

Fig. 6 Officier de Carabiniers du 9e Léger, 1815

C'est au début Janvier 1813, que parvient à Madrid l'annonce du désastre de la campagne de Russie et les nouvelles instructions de l'Empereur. Il lui faut tout d'abord reconstituer une armée sur le front Est Europe et sa Garde Impériale. Il va donc piocher, outre dans la conscription et la Garde Nationale, dans les «vieilles troupes d'Espagne», en prélevant cadres et bataillons. Soult est lui aussi rappelé, à cause de l'antipathie du roi Joseph. L'armée du Midi passe sous le commandement de Gazan.

Il faut aussi resserrer les lignes en se repliant sur le Nord de l'Espagne. Les 4 armées (dont l'Armée du Midi), aux ordres de Joseph, vont adopter de nouvelles positions : en mars, on évacue la Manche, l'Armée du Centre se place autour de Ségovie, celle du Midi vers la vallée du Douro, celle du Portugal en Vieille Castille. Joseph, quant à lui, évacue sa capitale et replie son gouvernement à Valladolid le 23 mars, laissant à Madrid une garnison avec le général Hugo. Les forces françaises sont mal reliées entre elles, leurs communications coupées par une guérilla de plus en plus nombreuse.

Pendant ce temps, au Portugal, Wellington, devenu généralissime de toutes les armées espagnoles et alliées, réorganise lui aussi ses troupes. C'est le 22 Mai qu'il reprend l'offensive, réoccupe Salamanque, et continue sa progression. Le 2 juin, les Français évacuent Valladolid et se replient sur Burgos.

Les Alliés arrivent devant Burgos le 12 Juin. Après des combats de cavalerie, Joseph décide d'évacuer la ville, en faisant sauter ses fortifications. Mal préparée, cette destruction entraine des pertes dans les troupes françaises et la population. Et c'est avec le moral au plus bas que les troupes refluent encore. Les deux bataillons du 9ème Léger sont encore à l'armée du Midi, dans la première division Leval, brigade Mocquery.

Joseph décide d'arrêter les Alliés, en espérant que les troupes du général Clauzel puisse le rejoindre à temps. Il se positionne à Vitoria, capitale de l'Alava, le 19 juin, malgré des avis contraires de ses généraux. La bataille, mal préparée dans ses positions, s'engage le 21. Mal engagée et mal terminée par la débâcle des forces françaises, la bataille de Vitoria est couteuse pour le 9e Léger. Sont blessés : les capitaines Caseneuve, Fouquet, Marchez, Sauvat. Le sous-lieutenant Peytié est tué.

Exténué, le reste des Armées françaises repasse les Pyrénées, laissant deux fortes garnisons à Pampelune et San Sebastian. Le 12 Juillet, rappelé d'Allemagne, Soult vient reprendre le commandement en chef de toutes les forces sur la frontière. Joseph et Jourdan sont destitués des leurs.

Soult continue la réorganisation de ses forces en 10 divisions et 3 ailes. Les hommes sont assez déprimés, face désormais à des Alliés en supériorité numérique. Soult se met à fortifier la frontière, par tout un système de redoutes.

Des tentatives pour aller délivrer la garnison de Pampelune, entre les 24 Juillet et 28 juillet échouent. Le régiment y subit encore des pertes : le colonel Dauture est blessé et le commandement est alors assuré par le chef de bataillon Perrin. Les Français retournent sur leurs bases de départ derrière la Bidassoa.

Puis Soult essaie de secourir Saint Sébastien. La bataille de San Marcial, le 30 Août, est aussi infructueuse. La retraite, qui s'effectue par le pont de Berra, se fait sous le feu des Anglais. Saint Sébastien succombera le 8 Septembre. Désormais, on va se battre sur le sol français. Les hommes sont complètement démoralisés, la solde n'a plus été versée depuis des mois.

Wellington reprend son offensive, le 7 octobre. Les positions françaises sont grignotées et Wellington s'empare des hauteurs sur la Rhune. Soult prévoit alors de se replier derrière la Nivelle où il a établi des lignes fortifiées. Wellington temporise, attendant la chute de Pampelune qui survient le 31 Octobre. Le 10 Novembre, il reprend sa marche en avant. Le rideau défensif de Soult est trop étendu, et il ne dispose pas d'une masse de réserve pour mener des contre-attaque, face à un ennemi en supériorité numérique. Wellington décide justement d'attaquer au centre des positions françaises. Au matin du 10 novembre, après le recul des premières positions françaises sur la petite Rhune, les combats se déroulent autour de Sare. Les redoutes françaises tombent les unes après les autres malgré la combativité des troupes.

Le 9ème Léger, qui combat au sein de la division Taupin, a de nouvelles pertes. Le capitaine Delavalette est simplement blessé. Le colonel Dauture, qui avait repris son commandement, est promu général de brigade. Il est remplacé dans son commandement par le colonel Claude Deslon, qui s'est évadé des prisons anglaises en juin 1813 (il avait été capturé à Baylen en juillet 1808 et s'était retrouvé sur les fameux pontons-prisons  de Cadix, puis avait été remis par les Espagnols aux Anglais).

Au début Décembre, les Français, très démoralisés par les replis successifs, sont sous Bayonne, protégés par la Nive. Bayonne est puissamment fortifiée et quelques faibles renforts sont arrivés. On va se battre sur la Nive entre le 9 et le 14 Décembre. Les quelques unités allemandes qui se battent encore avec les Français déserteront à la nouvelle de la défaite de Leipzig qui leur parvient.

Le 9 Décembre, les Anglo-portugais franchissent la Nive. Une colonne longe la côte jusqu'à Anglet où les troupes de Reille s'y opposent, puis se replient sur Bayonne. Le 10, une première contre-attaque française a lieu vers Anglet, et le lendemain, mais les Anglais ont eu le temps de se renforcer et résistent. Le 12, Soult contre-attaque encore avec les 4 divisions de Drouet d'Erlon sur les forces de Hill. Celui-ci s'est avancé jusqu'à la proximité de Bayonne à Saint-Pierre d'Irrube. Les combats y font rage le 13 Décembre, et les Anglais réussissent à tenir leurs positions en recevant des renforts de la rive opposée de la Nive. Les pertes ont été sévères des 2 cotés. Le chef de bataillon Desjardins du 9ème Léger y est blessé.

Le temps exécrable fait que les 2 armées vont s'arrêter provisoirement de combattre, si ce n'est des escarmouches devant Bayonne où Desjardin va encore être blessé.

 

XIV/ LA DEFENSE DU TERRITOIRE


Au début de 1814, les positions du régiment sont les suivantes : les deux premiers bataillons sont à l'Armée des Pyrénées du maréchal Soult, à la division Harispe et dans la brigade de leur ancien chef Dauture. Un 6e bataillon va les rejoindre tardivement; 130 hommes du 3ème bataillon du 9ème Léger sont à la division Ricard dans le corps d'Armée de Marmont. Le dépôt est toujours à Longwy. Ces trois groupes vont combattre séparément.

- La division Ricard avec l'Empereur ou ses lieutenants.

Napoléon compte battre séparément les armées alliées qui sont entrées profondément dans le pays et marchent sur Paris : celle de Silésie de Blücher et celle de Bohème de Schwartzenberg. Il concentre ses maigres forces sur Châlons - Vitry.

Le 28 Janvier, Napoléon se porte sur Brienne et repousse l'armée de Blücher. Celui-ci doit décrocher mais rejoint l'armée de Bohème. Napoléon se replie sur La Rothière et doit accepter le combat. Après une résistance opiniâtre, les Français se replient vers Troyes. Les Alliés décident alors de marcher séparément sur Paris. Les Français, eux, se sont portés sur Nogent et se répartissent en 4 masses de manœuvres.  Le maréchal Victor doit tenir Nogent contre Schwartzemberg, pendant que l'Empereur s'occupera de Blücher vers Champaubert.

Le 10 et 11 février, se déroule la bataille de Champaubert-Montmirail. Le chef de bataillon Fririon du 9e Léger y sera tué.

L'armée de Silésie a été coupée en deux. Pendant ce temps, Victor tient toujours à Nogent. Marmont est envoyé contenir Blucher. Le duc de Raguse, en infériorité numérique, doit se replier jusqu'à Vauchamps. Puis le 14, il contre-attaque avec ses division Ricard et Lagrange, rejoint par l'Empereur et une partie de sa Garde.

Le 14 Février, le combat de Vauchamps permet de refouler et de battre encore les forces prussiennes de Blücher. Mais l'Armée de Bohème en a profité pour avancer sur le flanc de l'Empereur et Victor a fini par se replier. Il faut la contrecarrer, laisser un rideau défensif devant Blücher, et tomber sur le flanc de la colonne de droite de l'Armée de Bohème. Napoléon se porte à la tête des forces réunies de Victor, Oudinot et Mac Donald.

Alors que Napoléon à Montereau a fait refluer l'Armée de Bohème et que les Coalisés parlent de négociations, Blucher, qui a reçu des renforts, décide de reprendre sa marche sur Paris. Les 10.000 hommes de Mortier et Marmont vont tenter de s'y opposer (ils ont reçu des conscrits de Paris), tandis que l'Empereur court à leur rencontre avec des renforts. Mortier et Marmont doivent repousser Blucher sur Soissons (qui devait tenir) tandis qu'il lui coupera la retraite. Hélas, Soisson se rend aux Coalisés, ce qui leur permet de se servir du pont et de passer sur la rive droite de l'Aisne et ruine la manœuvre de Napoléon. L'Empereur espère encore, en passant l'Aisne à Berry au Bac et poussant sur Laon, pouvoir se porter sur les arrières de l'ennemi.

Le 7 Mars a lieu la bataille de Craonne. Mais les Alliés ont pu encore une fois se replier. Napoléon continue à poursuivre Blücher. Le 9 mars, il le retrouve à Laon. Le corps de Marmont est destiné à couper la route entre Laon et Reims, et donc la liaison avec Schwarzemberg. Mais Marmont arrive fort tard avec peu d'hommes et se fait surprendre à Athies ; ses troupes se débandent en grande partie. Le 11 Mars, les Français se replient sur Soissons. Napoléon décide alors de reprendre Reims. Ce sera une de ses dernières victoires de la campagne de 1814. Il pense, avec la poignée d'hommes qui lui reste, ensuite se jeter vers l'Est, rallier les garnisons et couper les lignes de l'Armée de Bohème. Mais il faut pour cela que Paris résiste. Il rencontre les Coalisés à Arcis sur Aube le 20 mars. Pendant ce temps, Marmont et Mortier se sont retrouvés isolés et ne peuvent rejoindre le «gros» des forces impériales.

Le 6e Corps de Marmont prend encore part aux combats de La Fère Champenoise, Cezanne et de la Ferté Gaucher qui précédent l'arrivée des Alliés devant la capitale. Il livre les ultimes combats devant Paris, le 30 Mars, près de Montreuil, où le sous-lieutenant Peraud sera blessé. Le lendemain les souverains alliés feront leur entrée dans la capitale.

- La retraite de l'Armée des Pyrénées

Début Janvier, Napoléon ponctionne des effectifs de Soult pour renforcer l'armée de Lyon et ses forces en Champagne. Il reste à Soult 7 faibles divisions d'infanterie et une de cavalerie pour faire face à l'offensive de Wellington. Le  9ème Léger (1er et 2ème bataillons) est à la division Harispe, brigade Dauture.

Le 14, Hill passe la Nive. Le 23 février commencent les combats pour Bayonne. Ils dureront jusqu'au 26 avril. Le chef de bataillon Desjardins y sera blessé.

Les Français se replient derrière le gave d'Oloron et Soult concentre ses troupes sur Orthez, espérant mener une bataille défensive décisive, tandis que les Anglais se casseront les dents sur Bayonne. Les 26 et 27 Février, la bataille d' Orthez est sanglante. De part et d'autre, les pertes s'élèvent à 3400 Français et 2300 Britanniques. Mais ce sont les Anglais, en avantage numérique, qui restent maîtres du terrain, et Soult doit encore reculer vers Aire sur Adour puis Tarbes. Les deux bataillons du 9ème Léger ont quelques pertes. Le 1er bataillon y est commandé par le chef de bataillon Fouques et le second par Caillos.

Tandis que les Britanniques s'emparent de Bordeaux le 12 mars, Soult livre des combats de retardements sur sa ligne de repli à Maubourguet et Vic en Bigorre le 19 mars, puis Tarbes le 20. S'échappant encore avec les reste de ses troupes, il gagne Toulouse, qu'il a fait fortifier, où il entre le 24 Mars, poursuivi par 5 corps d'armées anglo-hispano-portugais. 33.000 Français, dont beaucoup de conscrits mal entrainés, vont devoir s'opposer à 80.000 soldats alliés. Parmi ces conscrits : quelques hommes du 9e Léger (note 1).

Alors que l'Empereur abdique le 6, les deux armées se livrent à de violents combats entre le 27 mars et le 11 Avril. Le capitaine Saurat est blessé. Puis Soult évacue la ville. Le 13 Avril, Soult apprend la cessation des hostilités par ordre du gouvernement provisoire. Le 18 Avril, un armistice est officiellement signé. Les troupes de Soult, regroupées avec celles de Suchet, se dénomment désormais Armée royale du Midi. Elles vont être bientôt licenciées et réorganisées.

- Le blocus de Longwy

A suivre ...

 

XV/ LA PREMIERE RESTAURATION ET LES CENT JOURS

Conservé durant la Première Restauration, avec 14 de ses homologues, le régiment «royalise» certains de ses équipements et adopte de nouveaux drapeaux (voir plus bas). Des régiments dissous viennent compléter les effectifs des trois bataillons de guerre et de celui de dépôt. Appelé désormais régiment de Bourbon, 9ème d'infanterie légère, l'unité est placée  en août 1814 sous l'autorité d'un nouveau colonel : Paul Hippolyte Baume, ancien colonel du régiment de Belle Ile ou 36e Léger. L'ancien colonel Deslon est placé en non activité.

Le retour de l'Empereur en mars est vécu avec enthousiasme par le régiment qui reprend la cocarde et des drapeaux tricolores.

Napoléon lève une nouvelle armée à partir de ce que la Restauration avait laissé et confie les frontières aux Gardes Nationales. Puis il se dirige sur la Belgique en juin, espérant vaincre les principales forces coalisées. Au sein de l'Armée du Nord, le 9ème Léger avec le 111e de Ligne fait partie de la 14e Division d'infanterie, brigade Hulot, du 4ème Corps du général Gérard. Il compte alors 43 officiers et 1215 hommes et sous-officiers, sous les ordres du colonel Paul Baume.

Les alliés ont rassemblé deux armées en Belgique : l'armée anglo-hollandaise, réunie au sud de Bruxelles, sous les ordres du duc de Wellington, et l'armée saxo-prussienne s'étendant de Charleroi à Liège, sous le commandement de Blücher.

Napoléon, qui dispose de faibles forces, doit battre les armées ennemies séparément. Les deux généraux coalisés ont des lignes de communications différentes, ce qui constitue le point faible de leur dispositif. En cas de retraite, Wellington devrait reculer sur Ostende, et Blücher sur Liège. Pour Napoléon, il suffisait donc, en alliant rapidité et discrétion, de les attaquer au point concurrent de ces deux routes, c'est à dire Charleroi, pour les séparer.

Pour déboucher en Belgique, Napoléon dispose son armée du Nord (5 corps d'infanterie, appuyées par des divisions de cavalerie légère, 4 corps de réserve de cavalerie lourde ou légère et la Garde) en trois colonnes. Le 14 juin, il est à Beaumont. Le lendemain, il n'arrive à Charleroi qu'à 15 heures au lieu de 10. Malgré ce contre-temps, le débouché est réussi. Napoléon peut mettre en place son dispositif stratégique. L'aile gauche est confiée à Ney, celle de droite à Grouchy et Vandamme et placée sous ses ordres. La Garde est en réserve. Il s'agit maintenant de séparer les Anglais et les Prussiens. Pour cela, Grouchy doit attaquer sur les hauteurs de Sombreffe, mais des dissensions avec Vandamme et l'épuisement des troupes retardent l'avancée. Le combat est remis au lendemain.

Tandis que Ney doit se porter sur les Quatre-bras pour barrer la route aux Anglais, Napoléon reste avec une réserve de 36.000 hommes à Fleurus, prêt à seconder l'un ou l'autre.

Le 16 juin, les Français attaquent les Prussiens en position derrière le ruisseau de Ligny. Le 4e Corps de Gérard est sur l'aile droite ; une première attaque sur Ligny de la division Pecheux (12e division) est repoussée, tandis qu'à gauche, on se bat à Saint Amand. Un bombardement intensif permet à Pecheux de repartir sur Ligny où on se bat avec acharnement. Français et Prussiens font monter  toutes leurs réserves. Le 4ème Corps monte tout entier en ligne. Vers 20 heures, Napoléon décide d'en finir et fait donner sa Vieille Garde et les cuirassiers pour s'emparer de Ligny. Les Prussiens battent en retraite vers le nord, vers Wavre. Le 9ème Léger a eu de nombreux officiers tués ou blessés. Le chef de bataillon Billon est mortellement atteint.

La défaite des Prussiens à Ligny pousse Wellington à se positionner en retrait vers Mont Saint-Jean.

Les Prussiens réussissent à se replier sur Wavre, ils doivent être poursuivis par Grouchy avec les 3ème et 4ème Corps, tandis que Wellington s'est positionné vers Mont Saint Jean, où il s'établit de part et d'autre de l'axe Charleroi Bruxelles, avec trois points fortifiés : Hougoumont, la Haye Sainte et la Papelotte. La bataille finit par la défaite sévère que l'on connait.

Après la bataille de Waterloo ou Mont Saint-Jean proprement dite, les forces de Grouchy, qui n'ont pu poursuivre efficacement les Prussiens, réussissent à se replier sur la frontière. Ce sont les dernières réserves disponibles pour cette armée du Nord. Les restes des 1er, 2ème, 6ème Corps et la Garde sont à Avesnes. On essaye de les réorganiser. Le 20 juin, l'Empereur est à Laon puis rejoint Paris, laissant le commandement des troupes à Soult.

(à suivre)

 

XVI/ UNIFORMES

Figure 1 : Tenues de la 9e demi-brigade légère en 1800-1801 : En 1800, la demi-brigade porte la tenue bleue à collet écarlate, passepoilée de blanc, avec revers coupés en pointe, commune à toute l’infanterie légère depuis 1793. Les boutons sont encore en laiton. Les gilets sont variés : blancs, bleus ou écarlates à un ou deux rangs de boutons. Les culottes bleues entrent dans de petites guêtres noires très courtes. La demi brigade porte un petit shako sans jugulaires, alors que d’autres demi-brigades légères n’ont encore que le chapeau noir, orné d’une plaque losangique laiton avec le chiffre 9. Les carabiniers le garnissent d’un plumet retombant écarlate porté à droite, et parfois d’un cordon et raquettes écarlates. Ils se distinguent aussi par des épaulettes, des parements en pointe, et des grenades sur les retroussis écarlates. En campagne, ils portent une culotte bleue avec boutonnage latéral et galon latéral écarlate. Les chasseurs ornent le shako de cordon et raquettes blancs, un pompon vert, et portent des épaulettes vertes à tournantes rouges. Des cors de chasse blancs sont sur les retroussis. Les tambours ne semblent pas avoir de distinctives particulières. Les officiers ont les marques de grade or selon la couleur des boutons et portent le chapeau noir à ganse de cocarde et floches dorées, habit à basques longues, sabre à dragonne dorée, bottes noires à galon et glands dorés.

Figure 1bis : Les tenues de la 9e demi-brigade légère en1802, d’après un rapport d’inspection, le 16 Ventose an 10 (17 mars 1802) : Nous citons ce rapport :
«Quoique la tenue soit généralement belle, le général inspecteur aurait désiré trouver plus d'uniformité. Les officiers ne sont pas coiffés de la même manière. Il placent le chapeau indistinctement sur l’un ou l’autre sourcil ; toutes les bottes ne sont pas uniformes et point soigneusement assujetties.
Beaucoup d’officiers portent la plaque de ceinturon par dessus la veste, tandis que les officiers supérieurs ont seuls ce droit.
Quelques sous- officiers placent mal leurs galons sur les manches de leurs habits ; les caporaux les portent en laine rouge au lieu de jaune (ce qui prouve que les boutons sont encore de cette couleur NDLR). Les sergents-majors et les fourriers ne sont pas tous armés d’un fusil. Ils doivent l’être.
Les cheveux des sous-officiers, carabiniers et chasseurs ne sont pas également coupés aux faces et à la queue qui n’est pas attachée par une épingle.
Il y a beaucoup de cols et mouchoirs de couleurs, gras et sales, et quelques-uns ont la barbe en forme de collier par-dessus.
Les épaulettes des carabiniers et chasseurs sont placées trop en arrière, elles doivent partager également l'épaule.
Les habits vestes sont en général mal battus (pour les nettoyer) et brossés. Ils sont trop étroits de la poitrine, et les manches un peu courtes ainsi que les collets.
Les pantalons à l’infanterie légère ne sont que tolérés, ils doivent être fermés par une couture sur le coté, au lieu de l’être avec des boutons.
Quelques hommes portent leur baudrier et leur porte giberne trop longs, ce qui empêche d'abord la buffleterie de bien croiser sur la poitrine ... et fait croiser le sabre dans les jambes dans les marches précipitées».

Figure 2 : Voltigeur du 9e Léger à l’armée des Côtes, fin 1804, d'après un dessin naïf : Shako noir à visière agrafée sans jugulaires. Cordon et raquettes blancs, plaque losangique de cuivre. Plumet à base verte et sommet jaune, porté sur le côté gauche, porté au dessus cocarde et ganse blanche. Habit bleu, revers en pointe ouverts assez haut passepoilés de blancs, parements en bottes bleus passepoilés de blanc, collet et pattes de parements chamois. Les boutons sont devenus blancs.  Basques courtes. Epaulettes à écailles de cuivres sur le corps, franges vertes et tournantes écarlates. Gilet blanc à double rang de boutons. Culotte bleu avec boutonnage sur le pont, entrant  dans des demi-guêtres noires galonnées de chamois. Sabre briquet à dragonne verte et chamois.

Figure 3 : Officier de carabiniers, carabinier et chasseur du 9ème Léger en 1806-1807, d’après les dessins de Kolbe. On notera que les carabiniers du 9ème Léger ont touché un bonnet d’oursin avec plumet écarlate, ce qui est la marque de leur fonction. Nos hommes, très coquets, ont une manière particulière de porter les cordons sur ce bonnet. Sur le devant, le carabinier laisse pendre un cordon tressé et un cordon simple et, en arrière, un seul cordon simple, les raquettes sur le côté droit, tandis que l’officier porte un cordon tressé simple en diagonale dans le sens inverse. Les cordons sont blancs pour la troupe, argentés pour les officiers. Le fond du bonnet est bleu galonné de blanc (argent pour l’officier), avec vraisemblablement une grenade brodée. Le reste de la tenue est assez classique pour l’infanterie légère, avec les épaulettes argentées selon le grade pour l’officier, mais un hausse col de cuivre doré et des pattes de parements à 4 boutons argentés, alors que la troupe n’a que trois boutons de métal blanc. Demi-guêtres pour le carabinier, et bottes pour l’officier. On notera la lame de son sabre, bleuie à la base, et sa Légion d’Honneur. Le chasseur a encore un schako d’ancien modèle sans jugulaires, et avec une ganse latérale à gauche, témoin de la période où l’on portait encore le plumet latéralement. Celui-ci est à présent sur le devant, ainsi que la cocarde et une autre ganse. La plaque losangique de métal blanc est ornée d’une Aigle et du numéro du régiment. On remarquera les épaulettes vertes à tournantes rouge et le port du sabre briquet pour les simples chasseurs, avec une dragonne verte. Des capotes brunes sont fixées sur les sacs pour le carabinier et le chasseur. Le reste de la tenue est classique pour l’infanterie légère.

Figure 3bis : Voltigeur du 9ème Léger en 1807 vu par Martinet. Pour compléter l’aspect du régiment en 1807 (fig. 3), voici un voltigeur vu par Martinet dans ses célèbres planches réalisées contemporainement. On comparera avec la figure 2 du voltigeur en 1804. On notera que le plumet vert et jaune s’est recentré, et la cocarde est bleu, blanc, rouge, blanc. Le cordon de shako (toujours sans jugulaires) est désormais vert avec quelques touches de jonquille avant les pompons des raquettes. La plaque losangique est maintenant de métal blanc. Les épaulettes sont vertes à tournantes jonquille et ont perdu leurs écailles. L’uniforme est distingué de jonquille passepoilé de blanc au collet, parements et pattes de parements. Le gilet est bleu à un seul rang de boutons, fermant droit sans échancrure au bas. Les demi-guêtres sont passepoilées de jonquille. La dragonne du sabre briquet doit être verte et jonquille.

Figure 4 : Sergent de carabiniers du 9ème Léger avec fanion de compagnie. Notre sergent porte fièrement son bonnet d'oursin avec plumet écarlate et cordons et raquettes blancs. Le pantalon de route blanc est serré aux chevilles. On notera son galon de grade au dessus des parements et la tournante argent de ses épaulettes écarlates de sous officier. Ce qui est le plus intéressant, c'est son fanion de compagnie, écarlate, orné du chiffre du régiment et de grenades, symboles des carabiniers. Le fanion est porté au canon du fusil.

Figure 4bis : Adjudant sous-officier Cardron en 1809 (d'après Bucquoy modifié). Nommé adjudant sous-officier, Cardron écrit à sa famille de lui envoyer des effets d'habillement. Le grade d'adjudant sous-officier est le plus important hiérarchiquement, avant la nomination comme sous-lieutenant à l'ancienneté. Il y en a deux par bataillon.
«La tenue est autre chose que celle d'un simple sergent, et il va falloir bien des choses : frac, linge fin, cravate, gilet de piqué de basin. Ne m'envoyez pas mon chapeau, on nous fait faire des shakos d'officiers tout brillants d'argent ... Et non plus n'oubliez pas d'y insérer ma montre car il faut une montre à un adjudant».
En effet la tenue est quasi celle d'un officier. Le shako est galonné d'argent à son bord supérieur, la plaque est celle du régiment argentée mais le cordon tressé et les raquettes restent blancs (et non argent comme les officiers). Le pompon et le plumet sont blancs, marquant l'appartenance à l'Etat Major du régiment. L'habit a des basques longues comme les officiers. On y porte des épaulettes à l'inverse des officiers : une épaulette à droite et  une contre épaulette à gauche. Elles ont le corps vert à trois bandes argent, tournante argent et franges mêlant vert et argent. Gilet bleu ou blanc. Culotte bleue entrant dans des bottes à galon argent. Les adjudants sous-officiers portent l'épée à dragonne verte et argent, et par tradition une canne.

Figure 5 : Carabiniers du 9ème Léger en 1813-1815 par Fort, d'après Lejeune. Dessinés par Fort d'après le tableau de Lejeune sur la bataille de Barossa.  Lejeune a commis un anachronisme dans les uniformes, reprenant des tenues qui ne peuvent être que postérieures à 1811, de par leur coupe au règlement Bardin et portées à la fin 1812 début 1813 (tout au moins pour les troupes en Allemagne et en France). On notera le port persistant du bonnet d'oursin pour les carabiniers du 9ème Léger. Ici dégagé de tout ornement (nous sommes en campagne), avec un pompon rouge à la place du plumet. Le pantalon de route, bleu ou blanc, est très réglementaire, de même que le port des épaulettes écarlates et du sabre briquet pour des carabiniers. Ce qui l'est moins, ce sont les passepoils rouges au lieu de blanc aux revers et retroussis, et les parements et leurs pattes entièrement écarlates passepoilés de blanc. Des singularités propres sans doute au régiment.

Figure 5bis  : Conscrit du 9ème Léger à la division de réserve de Toulouse en 1814.

Figure 6 : Officier de carabiniers du 9ème Léger en 1815 (d'après la tenue du capitaine Cardron, conservée au musée de l'armée de Bruxelles). Shako à galonnage supérieur argent, absence de plaque, cocarde tricolore (bleu, rouge, blanc) maintenue par une ganse torsadée argent en deux brins et un bouton argent. Uniforme à la coupe du règlement 1812.  Le détail le plus étonnant est le port de grenades argentées sur le collet. L'habit est à basques longues, poches en long en accolade.

 

XVII/ AIGLES ET DRAPEAUX

- Aigles et drapeaux, 1804-1814

Nous avons vu le modèle spécial de drapeau accordé, en 1802, à la 9ème demi-brigade légère qui fut conservé au-delà de sa date de «validité » (voir  la capture d'un de ces drapeaux à Mohrüngen en 1807), puisque théoriquement remplacé en 1804 par trois nouveaux drapeaux du modèle Picot, surmontés de l'Aigle impériale, pour les trois premiers bataillons. Un des drapeaux impériaux fut vraisemblablement capturé aussi à Mohrüngen, mais pas l'Aigle qui le surmontait.

Des trois Aigles reçues, deux furent ramenées au dépôt après 1810, et il n'y avait plus qu'une Aigle en service en 1812. La même année, le régiment se voyait accorder un nouveau drapeau tricolore en bandes verticales (modèle 1812) portant inscrits les noms des batailles : ULM FRIEDLAND ESSLING WAGRAM. Ce drapeau resta au dépôt jusqu'à la Première Restauration. Une des Aigles fut alors cachée et ressurgit au Cent Jours.

 

- Le drapeau Restauration du 9ème Léger

Le gouvernement provisoire du 1er Avril 1814 abolit les emblèmes impériaux. Le principe d'un drapeau par Régiment est conservé au 1er Bataillon, porté par un Officier, les autres Bataillons ayant des fanions. Les drapeaux sont blancs, 150 sur 150 cms, sur les bords un feston avec fleurs de lys et rosaces alternées en doré. Dans chaque angle, un carré avec le numéro du Régiment. Franges or sur les bords, cravate de taffetas blanc avec broderie de palmettes et fleurs de lys et franges or. Cordon et glands dorés. Hampe de 2,50m surmontée d'une pique dorée, ornée d'une fleur de lys découpée. A l'avers : au centre, en or bordé de noir, l'inscription :
LE ROI/
AU REGIMENT/
DE BOURBON /
9EME D'INFANTERIE/
LEGERE.

L'inscription centrale est encadrée à droite par deux branches de chêne, à gauche par deux branches de lauriers, les branches liées par un ruban rouge où pendent les croix de St Louis et de la Légion d'Honneur. Au revers  : les armes de France couronnées entourées par les colliers des ordres du St Esprit et de St Michel, avec sceptre et main de justice, encadré par une branche de chêne et de laurier liées par un ruban rouge.

 

- L'aigle en 1815

Le capitaine Cardron nous raconte comment, en 1815 pendant les Cent Jours, l'Aigle revient à la tête du régiment. Il écrit à sa famille.
«J'allais oublier de te rapporter une scène qui nous a fait bien du plaisir. Le jour où nous arborâmes la cocarde tricolore, nous prîmes les armes.
Nous étions sur la place où demeure le brave colonel Deslon. Sans que nous sachions pourquoi, on nous réunit et l'on nous conduisit sous ses croisées. Imagine toi voir 80 officiers sur deux rangs se demander l'un à l'autre que nous veut-on ?
Enfin, nous fûmes tirés d'inquiétude, nous vîmes paraitre le colonel Deslon, tenant à la main quoi ?
Je te donnerais à deviner en cent.
Notre Aigle, sous lequel nous marchâmes tant de fois à la victoire et que le brave colonel avait caché dans sa paillasse, lorsque la race pourrie des Bourbons (expression du Prince de la Moskowa ) était remontée sur le trône et avait échangé nos couleurs chéries par celles qui nous rappelaient l'esclavage.
A la vue de ce drapeau chéri, les cris de Vive l'Empereur se firent entendre, soldats et officiers, tous confondus, voulant non seulement le voir mais l'embrasser.
Cette scène a fait couler de tous les yeux des larmes d'attendrissement, et tous dans un mouvement spontané, nous avons juré de mourir sous notre Aigle pour la Patrie et pour Napoléon
».

 

- Le drapeau modèle 1815 du 9ème Léger

Drapeau de la 9e Demi-brigade en 1802
Drapeau du 9e Léger, modèle 1815

Si il a récupéré son Aigle, le 9ème Léger se voit attriber un nouveau drapeau tricolore du modèle simplifié 1815 portant le nom de ses principales batailles victorieuses : ULM FRIEDLAND ESSLING WAGRAM et y a vraisemblablement aussi rajouté MONTMIRAIL. Ce drapeau est détruit à Bourges après Waterloo.

 

XVIII/ NOTES

Note 1 : En novembre 1813, Napoléon ordonne que 20 régiments de chaque armée fournisse des cadres pour former des 6ème bataillons pour accueillir les conscrits. Une division de réserve ou 2e de Réserve de l'Armée des Pyrénées se forme à Toulouse sous l'autorité du général Travot. En février, elle envoie vers Tarbes des détachements dont les 2/3 désertent en route. Cette division de réserve avec le 6e bataillon du 9ème Léger va participer à la défense de Toulouse. Les conscrits sont simplement habillés d'une capote et d'un chapeau (figure 5bis)