Le 75e Régiment d'Infanterie de ligne

1796-1815

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Avertissement et remerciements :

/ Les origines de la 75e Demi-brigade

La 75e Demi-brigade de ligne, future 75e Régiment d'infanterie de ligne, est formée selon Bernard Coppens par Arrêté du 8 janvier 1796 (18 nivôse an IV); l'Historique régimentaire date sa formation du Décret du 16 mars 1796 (26 Ventôse an IV). F. Bouvier ("Bonaparte en Italie") dit qu'elle a été formée le 10 mars 1796. Entrent dans sa composition :

- 70e Demi-brigade de première formation

Elle avait été formée des unités suivantes :

- 2e Bataillon du 35e Régiment d'infanterie (ci-devant Aquitaine)

- 1er Bataillon des Landes

Formé le 17 novembre 1791.

- 1er Bataillon de l'Ardèche.

Formé le 1er juillet 1792; Chef Massol.

La 70e s'est distinguée dans les opérations de l'Armée des Alpes sous Kellermann, notamment à l'attaque de la redoute de Mélogno, que les Piémontais de Colli venaient de nous enlever (27 juin 1795). A la réorganisation du 8 Janvier 1796 (18 nivôse an IV), elle doit entrer dans la composition de la 75e demi-brigade de seconde formation.

C'est toutefois une Demi-brigade où la discipline se ressent fortement des conditions extrêmes dans lesquelles les troupes ont à combattre en Italie. Peu de temps avant le départ du Général Schérer, la Division Sérurier toute entière s'insurge à Ormea. La 70e Demi-brigade lance une dénonciation contre le Général La Harpe qui a puni d'arrêts le Chef de ce corps. Il semble d'ailleurs que cette Demi-brigade fasse preuve d'un singulier esprit ; on l'accuse d'avoir, le 21 janvier, à l'anniversaire de la mort du Roi, voilé de crêpe ses drapeaux. Schérer la défend, rejetant le fait sur une simple "inadvertance" et concluant à son maintien sous les ordres de La Harpe ; mais l'indice est assurément fâcheux. Il n'est pas unique et Bonaparte, dès son arrivée, doit constater l'état d'insubordination perpétuel et le mécontentement de l'armée (F. Bouvier : "Bonaparte en Italie, 1796" - Ministre de la Guerre au Général Schérer, 21 mars 1796 - Arch. G.; Général Schérer au Directoire, 22 mars 1796 - Arch. G.).

- 117e Demi-brigade de première formation

Elle avait été formée des unités suivantes :

- 1er Bataillon du 59e Régiment d’infanterie (ci-devant Bourgogne)

- 2e Bataillon de la Côte-d'Or

Formé les 1er/3 septembre 1791; Chef Delaborde

- 1er Bataillon de la Haute-Loire.

Formé le 22 juin 1792; Chef Chambarlhac (J.-V.)

Chef de Brigade Daurier le 5 Avril 1794 (16 Germinal an II); à l'amalgame de la 117e avec la 70e, il est placé à la suite. Mort à Fort-Hercule le 18 Mai 1796 (29 Floréal an IV).

A la réorganisation du 8 janvier 1796 (18 nivôse an IV), elle doit entrer dans la composition de la 75e Demi-brigade de seconde formation.

Jean Jacques-Antoine Vital François de Chambarlhac (baron de) est Chef de brigade de la 117e le 16 Mars 1796 (26 ventôse an IV).

- 152e demi-brigade de première formation

Elle avait été formée des unités suivantes :

- 2e bataillon du 82e régiment d’infanterie (ci-devant Saintonge)

- 7e bataillon de la Marne

Formé le 7 juillet 1793.

- 6e bataillon du Bas-Rhin.

Formé le 16 août 1792; Chef Offenstein

A la réorganisation du 8 janvier 1796 (18 nivôse an IV), elle doit entrer dans la composition de la 75e Demi-brigade de seconde formation.

- 1re Compagnie de Grenadiers de la 26e Demi-brigade de première formation.

Mentionnée par Bernard Coppens. A confirmer.

L'Historique régimentaire mentionne un certain DANDIGNÉ (Pierre-Agalhée), Chef de Brigade le 18 Mars 1794 (28 ventôse an II). Tué à Finale le 26 Janvier 1796 (6 Pluviôse an IV), comme Chef de Brigade. A préciser.

/ Organisation officielle de la 75e Demi-brigade - Armée d'Italie

Le 16 mars 1796, la future 75e Demi-brigade occupe la ville de Savone.

Fin mars 1796, le Commissaire des Guerres Salicetti prescrit le mouvement de la Brigade Pijon, consenti par Schérer.

Pijon part de Savone le 24 mars 1796. Le 25 et le 26, sa Brigade (70e, future 75e Demi-brigade; et 2e et 3e Bataillons de la 99e, future 51e), occupe Voltri et les positions environnantes, où déjà 700 hommes gardent les moulins de l'armée; le 30, le Général Pijon, tombé malade, cède le commandement à Cervoni. Les troupes ont poussé leurs avant-postes, sur leur droite jusqu'à Pegli, sur leur gauche jusqu'à la Cima dell'Inferno; leur ligne s'étend ainsi, couvrant les abords de Voltri, depuis Castelluccio jusqu'à Borgo-Germasso, en passant par Mele ; la réserve se tient à Arenzano, sur le rivage de la mer. Saliceti, en annonçant l'approche de Bonaparte, donne ordre de surseoir au mouvement sur San-Pier d'Arena.

Le Général autrichien Beaulieu, apprenant le 30 mars l'occupation de Voltri par la 70e Demi-brigade (future 75e) y voit le prélude d'un coup de main contre Gênes. Il se prépare alors à devancer l'attaque française ,ou du moins à la repousser. Il se dirige alors avec la majeure partie de ses troupes contre la petite avant-garde postée à Voltri qui ne pourra lui opposer qu'une faible et courte résistance, livrant ainsi aux Autrichiens le flanc droit de Bonaparte, et le secret de sa marche par Cadibona (F. Bouvier : "Bonaparte en Italie, 1796").

Toutefois, Beaulieu se trompe sur les objectifs des Français qui n'est pas Gênes. D'autant plus que Bonaparte décide de maintenir la Brigade Pijon à Voltri, bien que celle ci soit particulièrement exposée, pour faire diversion et préserver ses véritables buts.

Un arrêté du 30 Mars 1796 (10 Germinal An IV) change les numéros des Demi-brigades de toutes les armées de la République. L'amalgame proprement dit, on l'a vu, a commencé en mars; il se poursuit dans les premiers jours d'avril, s'effectuant peu à peu sous l'impulsion énergique de Bonaparte. En attendant, pendant toutes les premières affaires de la campagne, même après Lodi, les Demi-brigades formées de la veille, improvisées en quelque sorte sous le feu de l'ennemi par la fusion de plusieurs Demi-brigades issues du premier amalgame, conservent provisoirement le numéro de celle de ces Demi-brigades qui porte le chiffre le moins élevé. La future 75e, rappelons le, s'appelle donc temporairement la 70e.

La situation fin mars début avril 1796 (avant l'achèvement de l'amalgame), est la suivante :
Avant garde : Masséna
1ère Division : Général La Harpe; 1ère brigade à Voltri, Gal Pijon; 70e Demi-brigade, 2613 hommes, 90 Officiers; 2e Brigade à Quiliano, Général Ménard : Compagnie auxiliaire de la 70e, 247 hommes.
Pour remarque, les 117e et 152e, portées en mars sur les situations, n'y figurent plus en avril, ayant été amalgamées dans la 70e. A noter également qu'en mars, le Lieutenant Martel, de la 70e, se trouve au sein de la Division des Côtes, en tant qu'Adjoint de l'Adjudant général Partounneaux; il n'apparait plus sur la situation de début avril.

On trouve aussi au sein du Corps de Bataille, 3e Brigade, les canonniers de la 117e.

Bonaparte quitte Nice le 2 avril; le 3, il est à Menton, pressant une fois de plus ses Généraux de terminer le nouvel amalgame des Demi-brigades. Le 4, il est à Oneille; le 5 à Albenga. La campagne doit commencer le 10 avril.

- Voltri, 8, 9 et 10 avril 1796 (19, 20, 21 Germinal an 4)

La 75e formée avec l'ancienne 70e, les 117e et 152e, compte 2763 hommes le 4 avril ; 2691 le 6 et 2711 le 9. Les Etats de situation du 9 avril 1796 (20 Germinal an 4) donnent 3181 hommes ; mais la Demi-brigade aurait laissé une Compagnie auxiliaire de 250 hommes à Vado; 300 hommes en outre étaient répartis entre Albissola et Varazze pour le transport des farines; et 700 hommes étaient déjà à Voltri pour la garde des moulins. D'après le Commandant Costa, il y avait 2,600 hommes, 400 étant restés malades (F. Bouvier, "Bonaparte en Italie" - Arch. G.).

Le 8 avril 1796 (et non le 7 comme dit dans l'Historique), le Chef de la 75e Demi-brigade, Chambarlhac, qui s'est imprudemment avancé jusqu'à San-Pier d'Arena, après avoir lutté six heures, doit se replier sur les positions en avant de Voltri, mais dans la soirée il tente avec succès un retour offensif qui lui permet de reprendre ses positions du matin. Il y résiste toute la journée du 9.

La Brigade Pijon, passée sous le commandement de Cervoni, comprend la 75e Demi-brigade et 2 des Bataillons de la 51e accompagnés des 3 Compagnies de Grenadiers. Soit 6,000 combattants environ, qui vont être assaillis par 7,590 à 8,000 Autrichiens (F. Bouvier, "Bonaparte en Italie").

Le matin du 10 (et non le 9 comme dit dans l'Historique régimentaire), le Général-major Pittony, descend de La Bocchetta par Campo-Marone, Pontedecimo et la vallée de la Polcevera sur Pegli, avec 5 Bataillons et 4 Escadrons, pendant qu'une deuxième colonne de 5 Bataillons, avec le Général-major Sebottendorff, celle dont Beaulieu s'est réservé la direction supérieure, s'avance d'Ovada par Campo-Freddo et Masone, en suivant une des vallées transversales de l'Orba.

L'affaire s'engage avec vivacité, vers 3 heures de l'après-midi. Le Général Cervoni n'est pas cependant pas homme à se laisser forcer sans faire bonne contenance, malgré l'infériorité numérique de ses troupes. Les avant-postes vont jusqu'à Pegli, s'appuyant à droite à Castellucio, à gauche à Germasso ou Ghigermazzo, leur centre à Pian del Mele, lançant jusqu'aux cabanes de l'Inferno, au-dessus de Campo-Freddo, quelques tirailleurs, tandis qu'une faible réserve se tient sur les bords de la mer à Arenzano.

Les Autrichiens refoulent sans peine de Cornegliano les sentinelles avancées, Grenadiers de la 75e et de la 51e; les postes français de San-Carlo delle Cese et de San-Alberlto sont aussi repoussés, de même que ceux placés à l'Acqua-Santa et à Monte del Dente, en les rejetant au bas des pentes de l'Apennin. Cervoni prescrit alors la retraite (F. Bouvier).

Cependant, Beaulieu ne profite pas de son avantage. Il ne fait que forcer la 75e dans sa position de la Prata di Cassine, et suivre lentement la retraite des Français sans les harceler, sans entraver leur marche, sans tenter de les couper (Historique et F. Bouvier).

Le 1er Bataillon de la 51e, commandant Menzweig, forme l'arrière-garde ; la 75e, bien que restée exposée à un feu violent pendant quatre heures, se retire en bon ordre pour couvrir Voltri. Quatre de ses Compagnies cernées par l'ennemi au "Champ des Prêtres", se font jour à la baïonnette et battent en retraite par le Mont des Capucins. Le Capitaine Gruardet, avec 45 hommes, tient tête, dans un retranchement improvisé durant la nuit, à plus de 200 Autrichiens. La 3e Compagnie de Grenadiers de la 75e forme l'extrême arrière-garde. Postée aux Capucins, elle y est encore attaquée à 10 heures du soir, par l'ennemi qui s'avise enfin, mais trop tard, de couper la route à la Brigade Cervoni. La 75e a fait des pertes sérieuses, surtout en prisonniers, les postes avancés n'ayant pas eu le temps de se replier. Au total les Français ont perdu environ 250 hommes, les Autrichiens 50 seulement. Pour la 75e, on note 1 Officier tué, le Sous-lieutenant Dissandié, et 7 blessés ou prisonniers, dont le Capitaine Arnaud ; 16 soldats tués, 45 blessés et 148 prisonniers, dont plusieurs s'échappent pondant la nuit (Historique et F. Bouvier).

Plusieurs soldats qui se trouvaient séparés, se jettent dans les montagnes pour suivre la Demi-brigade, plutôt que de se laisser faire prisonniers.

Cervoni, avec sa petite troupe, se retire jusqu'à la maison Spinola. A la nuit close, il fait allumer de grands feux pour faire croire à sa présence et aussitôt presse sa retraite d'abord sur Mele, petit village perché entre deux pentes élevées et de difficile accès, entouré qu'il est de divers ruisseaux et adossé au mont San-Martino qui fait face au Levant, puis sur Voltri. La flottille anglaise du Contre-amiral Jerwis ayant, le 11, "au crépuscule »" du matin, lancé quelques boulets sur Mele, Cervoni, craignant pour ses flancs, et ayant rempli le but qui lui était assigné, quitte la route très exposée qui borde de trop près la mer et recule jusqu'à Savone en suivant probablement les bauteurs du Mont des Fourches et de Stella, d'où il redescend à la fois par Albissola sur Savone et par Ellera sur la Madonna. Il arrive à Savone en fort bon ordre, ce même jour, 11 avril, vers 4 heures de l'après-midi, sous la protection des 1,500 hommes de la 51e Demi-brigade que Bonaparte a envoyés pour le recueillir, sur les bauteurs de Stella et de Varazze, derrière le torrent de Teiro.

La 75e entre à Savone vers 5 heures du soir. Elle est passée en revue par le Général Bonaparte, arrivé à Savone l'avant-veille, le 9 avril, qui lui témoigne sa satisfaction pour sa bravoure et son énergie pendant les combats autour de Voltri. Elle bivouaque jusqu'à minuit dans les rues de la ville.

- Montenotte, 12 avril 1796 (23 Germinal an 4)

La 75e quitte Savone dans la nuit du 11 au 12, à 1 heures du matin, pour voler au secours des défenseurs de la redoute de Monte-Legino attaquée le 11.

Quelques Dépôts et Compagnies auxiliaires, dont celle de la 75e, sont laissés autour de Savone, de Calice et de Vado, suffisants contre un coup de main, mais non pour garder la ville et la côte; le reste de l'armée, rappelé en toute hâte, se concentre et s'apprête.

La Harpe, avec la Brigade Causse, 51e et l'ancienne 14e (environ 6,000 hommes), part à 2 heures du matin de Savone; il recueille en route les 4,500 soldats de la 75e de Cervoni "terrassés de fatigue" (l'effectif est sans aucun doute exagéré), reploie un bataillon de la 51e, jeté trop à droite à Stella, et vole par le chemin qui longe la rive droite de l'Ellero et grimpe sur Montenotte au secours de la redoute de Monte-Legino, où déjà l'ont précédé quatre pièces de canon. Les hommes ont chacun 80 cartouches, 40 dans la giberne, 40 dans le sac, et s'avancent pleins d'entrain, heureux d'en venir enfin aux mains avec l'ennemi. L'espoir rayonne partout. "Tout nous annonce que cette journée et celle de demain marqueront dans l'histoire", écrit Berthier, de Carcare, à Masséna, le 12 avril (F. Bouvier, "Bonaparte en italie").

Le temps est nébuleux ; il a plu toute la nuit. L'ordre est donné à La Harpe d'attaquer une heure avant le jour (Bonaparte à La Harpe, 11 avril). Cependant, il est près de 7 heures du matin, quand La Harpe débouche en face du Monte-Pra; les défenseurs de Monte-Legino, qui n'attendaient que son arrivée, font irruption hors de la redoute. Les Autrichiens, de leur côté, sortent de leurs abris. Déjà les tirailleurs sont aux prises. La Harpe ne forme qu'une masse de 4,500 hommes environ, avec le bataillon de la 32e, les 51e et 75e Demi-brigades, la 17e légère entière et la 14e, et il se précipite sur l'ennemi avec une telle furie que celui-ci est chassé de San-Giustina et de Ca di Ferro, et rejeté d'un seul coup au bas des pentes du Monte-Pra et du San-Giorgio, dans le vallon de Montenotte.

Argenteau, qui se croit sûr de la victoire, s'apprête à revenir à la charge. Mais à ce moment, vers 8 heures, le ciel s'éclaircit, dissipant la brume matinale, et Argenteau consterné discerne la ligne française renforcée se déployant, avec de l'artillerie, en longue file jusqu'au petit torrent de Lambruschi qui va baigner Ellera et s'y jeter dans la Sansobbia. La brusque et vigoureuse attaque de La Harpe culbute les Autrichiens. L'arrivée de Masséna précipite le sort des Autrichiens.

Un Bataillon de l'Archiduc-Antoine qui s'attarde à Naso di Gatto est enveloppé et contraint de mettre bas les armes. Le Grenadier Antoine Boiron, de la 75e, s'empare du drapeau; le Capitaine Lejeune de la 75e, blessé à Melogno l'année précédénte, disperse un Corps de Croates embusqué sur son chemin, harcèle sans trêve l'ennemi, lui faisant une centaine de prisonniers. Le Sergent Huot, de la 75e également, se bat au sabre contre six ennemis; il en prend quatre, quoique frappé de trois graves blessures. Le Colonel Nesslinger, qui commande le Régiment, ne parvient qu'à grand peine à s'échapper avec quelques hommes.

Bonaparte, une fois l'action terminée, donne ses ordres pour presser l'ennemi en retraite. Il félicite Laharpe sur la bonne conduite de ses troupes, sa bravoure et ses talents, et lui prescrit de menacer l'ennemi à Sassello, d'y envoyer même une patrouille, avant la nuit, pour en hâter l'évacuation et s'y emparer des magasins.

Ce jour là, 12 avril 1796 (23 Germinal an 4), Bonaparte écrit, depuis son Quartier général, à Carcare, au Général Masséna : "… Si l'ennemi menaçait encore la division du général Laharpe, il serait indispensable que vous prissiez des positions pour appuyer sa gauche.
Ce général est parti à une heure après minuit, pour monter à la redoute de Monte-Legino avec la 70e et la 99e demi-brigade ; ainsi, vous voyez qu'il est en force …
" (Correspondance de Napoléon, t.1, lettre 138 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 481 - note : 70e ancienne, ou 75e nouvelle ; 99e ancienne ou 51e nouvelle).

Toujours le 12 avril 1796 (23 Germinal an 4), Bonaparte écrit au Directoire exécutif : "La campagne d'Italie a commencé. J'ai à vous rendre compte de la bataille de Montenotte.
Après trois jours de mouvement pour nous donner le change, le général Beaulieu a fait attaquer, par une division de dix mille hommes, la droite de l'armée appuyée sur Voltri.
Le général Cervoni, qui y commandait, ayant sous ses ordres la 70e et la 99e demi-brigade, soutint le feu avec l'intrépidité qui caractérise les soldats de la liberté. Je ne pris pas le change sur les véritables intentions des ennemies. Dès l'instant que je fus instruit des circonstances de l'attaque de la droite, j'ordonnai au général Cervoni d'attendre la nuit, et de se replier par une marche forcée, et en cachant son mouvement à l'ennemi, sur mon centre, qui était appuyé sur les hauteurs de la Madone de Savone ...
" (Oeuvres complètes de Napoléon, Stuttgart et Tubingue, 1822, t.1, p. 10 qui indique en note : "L'éditeur des Oeuvres de Napoléon Bonaparte, Paris, 1821, T. 2, p. 9, dit que « cette lettre, où Bonaparte rendait compte de la bataille de Montenotte, ne s'est pas retrouvée » ; nous l'avons cependant retrouvée dans le Moniteur du 25 avril 1796, et nous la communiquons telle à nos lecteurs" ; la Correspondance de Napoléon, t.1, lettre 148 et la Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 49170 donne cette lettre à la date du 14 avril 1796 (25 Germinal an 4). Pour rappel, 70e ancienne, ou 75e nouvelle et 99e ancienne ou 51e nouvelle).

Le 12 au soir, La Harpe, depuis Sassello, gagne par un à-gauche les hauteurs où un torrent prend sa source et vient, par la route de Cianlasso, se porter sur le massif de montagnes entre la Rochetta et Cairo, vers Pra Ellera. Il descend ensuite de ces hauteurs par trois chemins qui l'amènent par la Madonna del Rosco, sur la grande route d'Acqui et sous les murs de Cairo. Dans la soirée, La Harpe reçoit à Carcare de Bonaparte lui-même, les instructions pour le lendemain. La division La Harpe bivouaque autour de la cassine de Rocca-Pertusa; La Harpe se rend à La Fabbrica, sur une petite éminence près de Cairo. Cervoni, qui tient la droite, se met à l'abri dans la chapelle San-Francesco.

La 75e a eu le 12 avril 8 tués, 13 blessés et 6 prisonniers.

- Dego, 14 et 15 avril 1796 (25 et 26 Germinal an 4)

Le 13 avril 1796, Cervoni, avec la 75e, tente inutilement de passer à gué la Bormida, près de Vermenano, sous le canon ennemi, et ne peut qu'envoyer des patrouilles par le Pianale, vers Sopravia. Deux pièces de canon enfin, postées au Colette, sur une éminence, tirent quelques coups sur Dego, pour obliger les Autrichiens à répondre et à démasquer ainsi le nombre et l'emplacement de leurs batteries. L'ennemi riposte en effet par un feu violent d'artillerie et de mousqueterie, dévoilant naïvement l'étendue et la force de ses lignes, sans grand dommage pour les Français qui n'ont que 4 à 5 soldats touchés et un cheval tué. Ce feu dure deux heures. A 4 heures, Masséna, suffisamment renseigné, rappela ses éclaireurs, convaincu que Dego ne peut être enlevé par une simple attaque brusquée. A la nuit tombante, alors que ses troupes rentrent dans leurs bivouacs de la nuit précédente, il rencontre La Harpe à Cairo, accouru au bruit du canon, pour le soutenir.

Bonaparte est convaincu de la capitulation prochaine de Provera. Il donne alors ses ordres à Masséna et à La Harpe le 13 au soir, pour en finir le lendemain avec les retranchements de Dego, défendus par environ 4000 hommes, le village de Dego lui-même étant la clé du champ de bataille. La Harpe doit se porter sur la droite de Dego.

Le lendemain 14, à 9 heures du matin, La Harpe débouche sur Cairo, mais sa progression jusqu'à Dego est ralentie; en effet, le chemin sur la rive gauche de la Bomida est mauvais, resserré entre la rivière et des montagnes à pic. Les troupes ne peuvent le suivre qu'en colonnes serrées sans pouvoir se déployer offrant ainsi une proie facile à la mitraille autrichienne. Tandis que Masséna attends l'arrivée de La Harpe, avant de lancer son attaque, Bonaparte, qui de Carcare surveille le mouvement, s'aperçoit de la lenteur de ce dernier; il se rend compte des dilficultés et des dangers de cette marche. Il accourt en avant de Cairo pour presser Masséna d'avancer et d'appuyer à droite afin de laisser la route libre à La Harpe qu'il rappelle de la rive gauche. Protégée par un coude de la rivière, une Brigade de La Harpe traverse la Bormida en dessous de Vignarolo, sur le pont jeté au nord du ruisseau de Vadermo, pour agir sur la rive droite, à la gauche de la Division Meynier.

Une Demi-brigade, demeurée sur la rive gauche, doit concourir à Santa-Giulia, avec une Demi-brigade détachée par Augereau, à couper la retraite à la garnison de Dego.

Ces à-coups ont fortement ralenti l'attaque et il est près de 1 heure de l'après-midi, quand les colonnes s'apprêtent à marcher. C'est à ce moment que l'on annonce à l'armée la capitulation de Cosseria, ce qui provoque l'entousiasme général au sein des troupes qui se lancent alors à l'attaque.

La Harpe exécute un long mouvement tournant. Sa Division repasse sur la rive gauche de la Bormida par le pont de Rochetta et se porte en gravissant les collines, soit par le bric Botta, soit par le Pianale, d'où elle contourne la butte de Sopra Via et redescend sur les bords de la rivière en face des rampes de Villa del Piano.

La Harpe place trois pièces de 8 en batterie au hameau de Bormida, sous la garde d'un Bataillon de la 51e, en met trois autres sur la hauteur de Sopra Via, et continue sa marche. Arrivée dans les prairies qui bordent le torrent Bormiola à son confluent dans la Bormida, la division La Harpe se fractionne en trois minces colonnes. Plaçant en réserve le 1er Bataillon de la 75e, l'Adjudant général Boyer prend le commandement de la colonne de gauche formée du 3e Bataillon de cette Demi-brigade. A droite, le Général Causse, qu'accompagne Marmont, Aide de camp du Général en chef, conduit deux Bataillons de la 51e forts de 1,500 à 1,600 hommes, tandis qu'au centre Cervoni avec 900 hommes du 2e Bataillon de la 75e relie à la colonne Boyer. A l'extrême gauche encore sont les cavaliers de Stengel, 400 Chasseurs ou Dragons.

Ces colonnes franchissent à gué la Bormida, près de Pra Marenco, avec de l'eau jusqu'à la ceinture, et une fois sur l'autre rive se forment en Bataillon carré entre le Pré de la Rivière et la chapelle Saint-Roch. Du castello une pièce tire sur elles, mais les trois pièces postées à bonne portée, à Bormida, lui répondent et facilitent l'attaque de Masséna et de La Harpe. Pleine d'entrain, la colonne de Gausse se jette au pas de charge, sans tirer, sur Villa del Piano et l'emporte; celle de Cervoni gravit, alerte et rapide, les sentiers escarpés des coteaux et couronne le sommet du bric Rosso, puis toutes deux abordent de concert la redoute principale au bric Casan et l'enlèvent avec vigueur, sans hésiter. Les Austro-Sardes débordés, chassés de partout, lâchent pied et se précipitent sur la route de Spigno. La victoire des Français est complète.

Après le combat, les troupes, harassées de fatigues, et désorganisées, commettent, pour un certain nombre d'entre elles des excés. De son côté, Bonaparte, convaincu que l'affaire autour de Dego est terminée, prescrit, à 10 heures du soir, à la Division La Harpe de revenir sur Cairo et Saliceto, d'où elle doit appuyer, le lendemain, aux premières heures, à gauhce, vers l'ouest, afin d'opérar sa jonction avec Augerau pour ensuite tomber sur les Piémontais de Colli. La Harpe, précédé de troupes légères, doit partir avant 9 heures du matin.

Le 15 à 7 heures du matin, par un temps froid et pluvieux, et dans un épais brouillard, arrive par suprise sur Dego l'avant-garde de Wukassovich. Les Français, pris de court, doivent vers 10 heures, reculer en désordre. A 11 heures du matin, Wukassovich est presque entièrement maître de la position, et retourne les pièces françaises qu'il a conquise contre les fuyards.

Vers 11 heures, arrive à la Rochetta Masséna; il fait rassembler les troupes qui reculent dans une plaine à 3 kilomètres de Dego, sur le mamelon du Coletto, afin de les remettre en ordre. A 2 heures de l'après-midi, 4000 hommes sont regroupés. La pluie a cessé et le temps s'est remis au beau.

De son côté, Bonaparte prescrit à la Division La Harpe, cheminant déjà vers Montezemolo, de suspendre ce mouvement et de rétrograder en toute hâte sur Dego. On ignore en effet la force réelle et la position de l'ennemi et, à ne juger que par le résultat de son irruption soudaine et par sa contenance résolue, on peut supposer son nombre beaucoup plus considérable; on peut croire très étendu le terrain qu'il occupe autour de Dego.

Masséna, en attendant l'arrivée de La Harpe, reprend le combat, se concentrant sur Dego même; ses éclaireurs s'emparent du village de Bormida. C'est à ce moment que débouchent les premiers échelons de la Division La Harpe, qui immédiatement, se lancent sans succès à l'attaque. La situation devient critique. C'est à ce moment là qu'entre en ligne la Brigade Cervoni.

Vers 4 heures de l'après-midi, arrive le Général Ménard, et la 4e Légère. Ménard se rabat aussitôt à gauche sur Magliani. C'est le moment où Cervoni, ayant groupé la 75e, sortant du chemin creux qui l'abritait, surgit à l'arme blanche sur le parapet de la redoute du bric Casan. L'ultime effort des Français leur permet enfin de l'emporter !

En deux jours de combats, la 75e a perdu 76 homems tués, 47 blessés, 8 prisonniers.

Les scènes de pillage dans Dego et les villages environnants reprennent alors de plus belle. L'église de Dego est entièrement dévastée. Masséna parvient tout de même, non sans difficultés, à rétablir l'ordre.

Le 15 au soir, La Harpe reçoit l'ordre de se porter à Saliceto pour appuyer avant 9 heures du matin, le lendemain, le mouvement d'Augereau. Bonaparte conserve quand même quelques inquiétudes pour sa droite que forme seul Masséna resté à Dego. Aussi, bien qu'il se décide à faire opérer par La Harpe une conversion à gauche, ne le lance-t-il pas à fond sur Montezemolo.

Le 16 avril 1796, Bonaparte rappelle La Harpe vers Sassello. Celle-ci évolue sur les rives de l'Erro, fouille avec soin le village de Sassello, lève des contributions en vin, bétail et grains.

Le 17, Bonaparte ramène La Harpe de Mioglio, mais pas plus loin que sur Dego où, avec l'appui de la 51e (alors 99e), il doit garder ce poste et ne pousser que des reconnaissances sur sa future direction vers Mombarcaro, comme vers Acqui et vers Montenotte.

Selon l'Historique régimentaire, le 17, la Demi-brigade passe sous les ordres du Général Robert.

Le 18, la Division La Harpe, s'acheminant par Santa-Giulietta et Mombarcaro, s'installe sur l'excellente position de San-Benedetto di Belbo, d'où elle commande la longue crête montueuse entre le Tanaro et la Bormida orientale, et empêche la jonction éventuelle de Beaulieu et de Colli.

- San-Michelle, 19 avril 1796 (30 Germinal an 4)

Dans la nuit du 18 au 19 avril, Bonaparte donne l'ordre de forcer la position de San-Michele. la Division La Harpe évolue sur les hauteurs de la vallée du Belbo, guettant l'arrivée toujours à prévoir de forces autrichiennes.

Les forces françaises échouent à San-Michele. Le soir même, dans une réunion de Généraux tenue à Céva, on décide de réprimer avec la dernière rigueur, le pillage, cause unique, aux yeux des chefs, du revers humiliant de San-Michele. Il est décidé que tous les pillards, Officiers ou soldats, seront fusillés immédiatement, devant les troupes, afin de mettre à l'indiscipline qui s'est développée dans l'armée.

Toutefois, pour mettre un terme au pillage, il aurait été plus judicieux de pourvoir aux besoins de l'armée. "Si l'on ne veut pas que nous pillions, disent hautement les soldats, qu'on nous nourrisse, qu'on nous paye, qu'on nous habille". Plaintes qui, loin d'excuser l'explosion d'excès, ne sont cependant pas sans fondements.

Ramener l'ordre, la discipline dans l'armée, pourvoir à tous ses besoins, l'alimenter, la payer, la vêtir, de façon à enlever tout prétexte au désordre, est malheureusement une oeuvre au-dessus des forces des Généraux, en raison des difficultés pratiques que l'on rencontre. La pluie tombe depuis plusieurs jours avec persistance, ravinant les sentiers montagneux; grossissant inopinément les rivières, faisant des torrents jusqu'aux plus humbles ruisseaux; dispersant les hommes en quête d'abris. Même sur le grand chemin de Savone, les dégâts sont tels, la route si abîmée que la marche des convois s'en trouve ralentie et que l'approvisionnement, tant en vivres qu'en munitions, est devenu presque impossible. Tout semble conjuré, hommes et éléments, pour entraver les plans de Bonaparte et paralyser ses efforts. L'offensive en direction des plaines fertiles du Piémont est donc une absolue nécessité.

Le 20 avril 1796 (1er Floréal au 4), le Chef de Brigade Chambarlac écrit, depuis le camp de Dego, au Général en chef : "L'indiscipline est à son comble ; j'emploie tous les moyens pour maintenir l'ordre ; tous sont vains. Il n'est point d'excès auxquels les soldats ne se portent, et tout ce que je puis faire est inutile. Je vous prie donc, général, de vouloir bien accepter ma démission, ne pouvant plus servir avec des soldats qui ne connaissent ni subordination, ni obéissance, ni loi, et qui menacent à chaque instant leurs officiers et leurs chefs" (Panckoucke : « Correspondance inédite officielle et confidentielle de Napoléon », t. 1 Italie ; The Bonaparte letters and despatches, Londres, 1846, t.1, p. 41).

Le même jour, 20 avril 1796 (1er Floréal an 4), Maugras, qui est dans la 117e depuis le 15 avril 1794 (il sera ensuite Chef de la 75e Demi-brigade), écrit également, écoeuré par les scènes auxquelles il assiste, depuis Dego, au Général en chef : "L'indiscipline et l'insubordination sont à leur comble ; les excès auxquels se livrent les soldats, ne peuvent plus être arrêtés. Depuis plusieurs jours, j'emploie tous les moyens qui sont en mon pouvoir pour les ramener à l'obéissance, à la subordination ; tous mes efforts devenant inutiles, et ne me sentant nullement dans le cas de les faire revenir à l'ordre, je vous prie, général, de vouloir bien accepter ma démission.
Je vous observe, général, que deux chefs de bataillon sans emploi, sont à la suite de la demi-brigade, et que l'un de ces citoyens peut facilement me remplacer, attendu que leurs talents militaires sont plus étendus que les miens
" (Panckoucke : « Correspondance inédite officielle et confidentielle de Napoléon », t. 1 Italie ; The Bonaparte letters and despatches, Londres, 1846, t.1, p. 42).

Bonaparte doit donc renoncer à agir dans la journée du 20 avril et reporter au 21 la marche offensive qu'il comptait exécuter dès le 20. Ce retard, cependant, va lui permettre de donner plus d'ampleur à son mouvement. En effet, dans l'après-midi du 20, à l'issue du conseil de Gandolfo, il renonce à ses projets du matin et transmetta de nouvelles instructions pour le lendemain.

La Harpe, arrivé le jour même de Dego à Mombarcaro, doit accourir le 21 vers Ceva avec deux de ses Demi-brigades, la troisième seulement, avec le Général Victor, restant à Cairo, plutôt pour observer, qu'afin d'assurer la base d'opérations sur Savone. En cas d'attaque de Beaulieu sur Dego, cette dernière a ordre de se rabattre sur les hauteurs de Santa-Giulietta, et de là sur Montezemolo.

Sont à Mombarcaro, le 21 avril 1796, les 51e et 75e avec La Salcete et Robert.

Le 23 avril, la Division La Harpe est toujours à Monbarcaro. Le 24 avril, La Harpe se porte de Mombarcaro sur Niella di Belbo, suivi de loin par la Brigade Victor qui se transporte de Cairo sur Scaletta-Uzzone où elle se rapproche enfin de sa Division.

Avant de poursuivre son offensive, le Général en chef s'est attaché à poursuivre le rétablissement de la discipline au sein de l'armée d'Italie. Le 26 avril 1796, il écrit à La Harpe, qui se trouve à Belbo : "Je t'embrasse, mon cher général, en te félicitant sur les exemples que tu as faits. Je te préviens qu'on fusille aujourd'hui un caporal et que l'on destitue quatre officiers ...". La Harpe reçoit ce jour là l'ordre de marcher sur Acqui.

Le lendemain, il lui répète qu'il faut arrêter les séditieux, nourrir un "respect religieux pour les propriétés" et lui dit qu'il a bien fait de sévir (Bonaparte à La Harpe, 27 avril - Registre G. 16-33; Arch. G.; cité par F. Bouvier). Les soldaits de La Harpe ont en effet une trop bonne excuse; la veille, toute la Division a absolument manqué de pain et les habitants, très pauvres eux-mêmes, n'ont guère pu satisfaire aux réquisitions.

Le 28 avril 1796, Bonaparte prescrit de former, dans chaque Division, des Bataillons de Grenadiers et Carabiniers, à l'aide des Compagnies d'élite prélevées dans toutes les Demi-brigades. Chacun de ces Bataillons doit être fort de six Compagnies à l'efTectif de 100 hommes. Cette troupe, formée de soldats éprouvés, encadrée, enlevée par des Officiers d'élite, va constituer une avant-garde d'une solidité et d'une vigueur incomparables, dont l'exemple devait échauffer les plus timides.

Le 29 avril 1796 (10 Floréal an 4), la situation de la 75e Demi-brigade est la suivante : Armée d'Italie, 1ère Division La Harpe, 75e Demi-brigade : 2313 hommes.

Ce 29 avril, La Harpe se porte droit de San-Stefano sur Acqui, à la poursuite des Autrichiens. Ce même 29 avril 1796 (10 floréal), Laharpe écrit, depuis Crevenzano, au Général en chef : "Dans cet instant, m'arrivent des nouvelles de l'ennemi; il n'y en a plus à Santo-Stephano de Belbo ni à Canelli : tout s'est retiré du côté de Valence, à l’exception de 6 à 7,000 hommes épouvantés, s'informant toujours si les Français arrivent; tous sont disséminés par les positions qu'ils occupent pour se couvrir ; il n'y a de rassemblés que 2,000 hommes à Tezzo avec six pièces de canon et deux obusiers, et 6 à 7,000 hommes de cavalerie autrichienne et napolitaine entre Tezzo et Acqui, avec quatre ou six pièces de canon. Il n'y a dans Acqui que quelques milices qui évacuent à force les magasins : il faut donc tâcher d'en tirer parti.
La division nettoie ses armes : si les cartouches arrivent aujourd'hui, quoique sans pain, je marche sans balancer. Le soldat ne demande pas mieux que de sortir de l'état de misère où il est.
Je partagerai la division en deux colonnes. La 69e et la 70e, à la tête desquelles je serai, passeront par Santo-Stephano et par Canelli pour prendre l'ennemi par derrière ; la 89e passera par Corteniglia, Bure et Monastero, pour attaquer de front ; cette attaque ne sera que simulée jusqu'à ce que j'attaque sérieusement : alors elle en fera de même. La colonne de Canelli aura des pièces de 3 et celle de Corteniglia de 4, les chemins étant meilleure.
Je regarde la prise d'Acqui et la retraite ou défaite des Autrichiens comme bien essentielles à notre campagne ; car alors les Piémontais amis prendraient de l'audace, se voyant débarrassés des Autrichiens, et les Piémontais ennemis seraient altérés, se voyant abandonnés par eux.
Adieu, général : des cartouches, s'il est possible, des souliers et du pain, et ma première lettre vous annoncera que la première division fait aussi bien que les autres ; je vous préviens cependant que, si les cartouches n'arrivent pas aujourd'hui, je serai forcé de retarder de vingt-quatre heures : ce qui serait un grand mal et nous ferait perdre considérablement
" (Panckoucke : « Correspondance inédite officielle et confidentielle de Napoléon », t. 1 Italie; 69e ancienne ou 18e nouvelle; 70e ancienne ou 75e nouvelle; 89e ancienne ou 79e nouvelle).

Le 30 avril, La Harpe se dispose à prêter son appui à Meynier pour la prise de possession de Tortone.

Le 1er mai, la Division La Harpe ,qui gardait à Acqui la ligne de la Bormida, tient la tête du mouvement et s'avance à Rivalta, sur la Bormida, après s'être approvisionnée de cartouches.

Le 2 mai, La Harpe, forçant la marche, parvient à Rivalta di Scrivia, à 2 milles de Tortone.

Le 3 mai, Bonaparte donne ses ordres pour que les Bataillons de Grenadiers et Carabiniers soient aussitôt formés. Ce même jour, La Harpe, passant la Scrivia près de Rivalta, entre dans Tortone qui ouvre ses portes, et y plaça, en garnison, sous les ordres du Général Meynier, la moitié de la 39e. L'autre portion de cette Demi-brigade se dirige avec le général Pelletier sur Serravalle, pour en occuper le château et prélever dans les fiefs impériaux de fortes réquisitions, notamment sur le seigneur d'Arquata, "oligarque furibond, ennemi de la France et de l'armée" qui doit, pour sa seule part, payer 50,000 livres, sous peine de voir raser sa maison et dévaster ses biens.

Le 5 mai, les Bataillon des Grenadiers et Carabiniers sont réunis en un Corps d'avant-garde, sous les ordres d'un valeureux Officier, le Général Dallemagne, qui vient de rejoindre l'armée. Le 4e Bataillon est formés des Compagnies des 51e et 75e Demi-brigades (Etat de situation du 8 mai, 19 floréal ; Arch. G.). Il est commandé par Hullin. Mis en marche depuis 5 heures du matin, ils arrivent au bourg de Casteggio, où les y attendent le Général Dallemagne, ainsi que Lanusse, Lannes, et un commissaire des guerres. Tandis que Dallemagne les passe en revue et distribue cartouches et chaussures, la Division La Harpe s'ébranle de Tortone et s'avance à Vogliera, tout à portée de l'avant-garde.

Le 6 mai, le Général Dallemagne, entraînant l'avant-garde, à 6 heures du matin, arrive le soir à Castel San-Giovanni, après une étape d'environ 28 kilomètres, s'emparant en route de bateaux chargés de sel. Emboîtant le pas derrière lui, la Division La Harpe, et Kilmaine avec la cavalerie, se portent de Voghera sur Stradella, dépassant Casteggio, d'où l'avant-garde est partie le matin.

Le 7 mai, 18 floréal, à 4 heures du matin, Dallemagne part de Castel San-Giovanni avec toutes les troupes de l'avant-garde; Bonaparte et Kilmaine marchent avec lui. La Harpe cette fois ne s'intercale pas entre l'avant-garde et la cavalerie ; il suit d'ahord la route derrière la cavalerie, puis à San-Nicolo, incline plus à gauche, plus proche du Pô, ce qui déblaie la grande route, et lui permet d'observer le cours du fleuve, tout en couvrant le flanc de l'avant-garde. Il marche alors vers Calendasco, sur la rive gauche de la Trebbia. Sa Division, bien qu'exténuée et pieds nus, "est pleine de bonne volonté et d'espérance" ; le général aussi et il écrit : "Je battrai l'ennemi ... ou ma tête sautera".

Il est 9 heures du matin quand l'avant-garde, faisant marche forcée, parvient sous les murs de Plaisance. Cette vigoureuse troupe a parcouru 16 lieues en trente-six heures. Sans la laisser respirer, Bonaparte ordonne le passage immédiat du Pô. Lannes se précipite dans une barque; ses Grenadiers et les Carabiniers l'imitent, et 900 hommes traversent ainsi le fleuve, parfois entraînés au large, coupant avec peine le fil de l'eau. Abordé sur la rive gauche, Lannes saute le premier à terre et la fusillade éclate. Après quelques coups de fusil, les cavaliers autrichiens présents se retirent. Il est 2 heures de l'après-midi.

Le commandant Andréossy lance aussitôt un pont volant sur lequel passe le reste de l'avant-garde. La Division La Harpe, qui est arrivée à Calendasco à midi, s'est massée sur la berge, à l'abri de roseaux et de buissons, franchit le fleuve à son tour sur le pont, dans les barques et bateaux, et s'écoule toute l'après-midi et dans la soirée. Il est présumable que la Division La Harpe, étant à Calendasco, emprunta aussi le bac tout proche qui circule de Co-Trebbia à Ca-Passera; une partie de la Division seulement dut venir à San-Antonio pour y effectuer le passage.

La Harpe établit dans la nuit son Quartier général à Cascina-Demetri, entre le Pô et Fombio.

Le 8 mai 1796 (19 Floréal an 4), la situation de la 75e Demi-brigade est la suivante : Armée d'Italie, Avant Garde (Dallemagne) : 4e Bataillon de Grenadiers (51e et 75e), 600 hommes; 1ère Division, La Harpe : 75e Demi-brigade : 2445 hommes.

Le 8 mai 1796 (19 Floréal an 4), l'avant-garde s'avance en trois colonnes, chacune de deux Bataillons, guidées, celle de gauche par Lannes; celle du centre, sur la chaussée, par Lanusse; celle de droite par Dallemagne; la Division La Harpe suit en réserve. Ces troupes débusquent l'ennemi de Guardamiglio, "sans éprouver de résistance". Mais lorsqu'elles débouchent sur Fombio, elles sont saluées par le feu de trois ou quatre canons. Dallemagne s'avance vivemen tpour envelopper le village, et en une heure, refoule Lipthay sur la route de Pizzighettone. Lannes pénètre à la baïonnette dans Fombio, avec sa fougue inconsidérée, en est chassé deux fois, puis y rentre, et finalement s'en rend maître, non sans pertes sérieuses. La cavalerie napolitaine est repoussée. Lipthay est rejeté sur Codogno.

Les Grenadiers de l'avant-garde poursuivent les débris de Liptbay jusqu'à la nuit close; ils s'arrêtent à Maleo, à une demi-portée de canon de Pizzighettone. La Harpe, qui s'est laissé entraîner à leur suite, rétrograde sur Codogno, afin d'y couvrir les routes de Lodi et de Pavie. Vers 9 heures, Bonparte recommande à La Harpe la plus grande vigilance à Codogno, et ordonne de veiller attentivement à la route de Casalpusterlengo.

Les Grenadiers de la 75e ont eu le Lieutenant Buisset, blessé et estropié ; et quelques hommes également blessés.

Vers 10 heures du soir, les Autrichiens, sous le Général de Cavalerie Schürbirz, attaquent Codogno. Le Général La Harpe, à peine de retour de la poursuite sur Pizzighettone, est en train de souper avec le Comte Lamberti, dans la maison duquel il loge, lorsque éclatent les premiers coups de feu. Il se lève de table et saute à cheval, ainsi que ses convives du dîner ; il s'avance vers la grande place afin de s'enquérir des causes de la fusillade.

La Harpe resté calme, obstiné à ne pas croire que l'ennemi occupe Codogno, se porte en avant. La 51e débouche en même temps sur la place, du côté faisant face à La Harpe. Les Autrichiens entendant la marche cadencée d'une troupe en armes font feu à tout hasard, tuant 3 hommes, en blessant 10, dans les rangs de la 51e; celle-ci riposte à toute volée. Autour de La Harpe, on crie : France ! ce qui fait cesser le feu de la 51e. La surprise est d'ailleurs égale des deux côtés. La panique se met chez les Français qui s'agitent confusément dans des rues inconnues, au milieu de l'obscurité ; des chevaux se jettent dans les rangs et augmentent le désordre. En vain le Tambour-major Idrac, de la 51e, se saisit d'une chandelle et la brandit avec audace au premier rang afin d'éclairer la route. Un chef fait allumer des paillasses et à la lueur des flammes, les combattants aperçoivent une place immense, où, sur la gauche, 300 Autrichiens, des Pontonniers, sont collés contre l'église ; où, sur la droite, la 51e est rangée, pelotonnée par tas, contre les boutiques. A la lumière, les Autrichiens, surpris de leur petit nombre, se rendent après une courte résistance.

La Harpe n'est plus là ; on le cherche, on l'appelle. On le trouve enfin, mais mort, gisant à terre, frappé d'une balle au coeur. Personne des siens ne l'a vu tomber. La balle qui l'a tué est sans doute partie des rangs de la 51e qui venait d'une direction opposée à la sienne et tiraillait éperdument dans la nuit. Ainsi périt ce Suisse intrépide, atteint par l'arme d'un de ces Français pour lesquels il avait quitté sa patrie et qu'il rêvait de conduire à la victoire contre l'éternel oppresseur de son pays. Destin tragique qui fit exécuter inconsciemment par des Français la sentence de mort prononcée contre La Harpe par les despotes ! (F. Bouvier, "Bonaparte en Italie").

Ce fatal événement n'est pas fait, on le conçoit, pour faire cesser la panique qui s'est emparée d'une partie des troupes. "La nuit, qui grossit les objets, avait augmenté le désordre". La mort d'un chef estimé et aimé, dans une bagarre dont peut-être il pouvait, dans une certaine mesure, être rendu responsable, consterne et désole les soldats. D'autre part, les Autrichiens, qui ont pénétré sur d'autres points dans Codogno, loin d'être impressionnés par la capture des 300 Pontonniers, reprennent courage à l'appel de Schübirz, et bientôt, au milieu des épaisses ténèbres de cette nuit de mai, le feu recommence avec vivacité.

Berthier, informé de la mort de La Harpe et de l'alarme qui règne dans Codogno, accourt de Guardamiglio, et rallie les troupes désunies, épouvantées, les groupant, les exhortant pour les reporter au combat. La 75e, avec le Général Ménard, arrive de Fombio. Bien qu'il ne soit parvenu qu'à demi à rétablir l'ordre dans cette cohue nocturne, Bertbier ne veut pas interrompre la lutte si inopinément et mystérieusement engagée. Le feu de mousquelerie s'éternise ainsi pendant plusieurs heures, jusqu'au jour, chacun tirant à l'aveugle, sans trop savoir sur qui, ni pourquoi. A la fin, Schubirz, étourdi par les détonations et les cris, jugeant à l'intensité de cette folle fusillade, qu'il est entouré de forces bien supérieures, certain au surplus que Lipthay qu'il venait renforcer a disparu, prend le parti d'ordonner la retraite.

Une fois Schübirz replié, Berthier s'efforce de rétablir l'ordre parmi les troupes; l'avant-garde seule de la Division La Harpe, 75e en tête, poursuti, faiblement, la colonne autrichienne et pénètre sur ses traces, vers 10 heures, dans Casalpusterlengo, que Beaulieu vient seulement d'abandonner.

Le Général Ménard prend le commandement de la Division.

Le 9 mai 1796 (20 Floréal an 4), Bonaparte écrit, depuis son Quartier général, à Plaisance, au Directoire exécutif : "… Le général Berthier se rendit sur-le-champ à Codogno, poursuivit l'ennemi, lui prit Casal et une grande quantité de bagages. La 70e demi-brigade et le général Menard se sont parfaitement conduits …" (Oeuvres complètes de Napoléon, Stuttgart et Tubingue, 1822, t.1, p. 36 ; Correspondance de Napoléon, t.1, lettre 365; note : 70e ancienne ou 75e nouvelle).

La Division Ménard (ancienne La Harpe) revient le 9 mai de Casalpusterlengo sur Maleo où elle forme la droite de l'armée et d'où elle observe Pizzighettone et le cours de l'Adda. L'avant-garde de Dallemagne, par une sorte de chasse-croisé, va, dans la soirée du 9, de Maleo à Zorlesco, à 4 kilomètres en avant de Casalpusterlengo, où la rejoignent dans la nuit les deux bataillons laissés à Maleo pour y attendre l'arrivée du général Ménard. A Zorlesco, les Grenadiers et Carabiniers sont en bonne place, en extrême pointe d'avant-garde, prêts à se porter sur Lodi ou sur Pavie suivant les visées du Général en chef. Ils sont d'ailleurs appuyés à courte distance par la Division Masséna.

Masséna justement, écrit, depuis Codogno, le 9 mai 1796 (20 Floréal an 4) au Général en chef : "J'arrive à l'instant de visiter les positions de l'avant-garde ; j'y ai fait quelques changements. J'ai placé les 70e et 99e demi-brigades entre le village de Malco, occupé par l'avant-garde, et celui de Codogno, où j'ai établi mon quartier-général.
L'artillerie à cheval est en avant de ces deux brigades, pour marcher à l'avant-garde, s'il était nécessaire. Votre frère a donné ordre, de votre part, au général Dallemagne de faire tirer sur la ville de Pizzighettone ; c'est ce qu'on s'est mis en devoir d'exécuter. Il n'y a ici que deux bouches à feu et un obusier. J'ai ordonné qu'on coulât à fond trois grandes barques que l'ennemi a tout près de la ville et qu'il garde assurément pour évacuer par l'Adda, s'il y était forcé.
Les deux pièces de quatre ne sont approvisionnées qu'à quarante coups chacune, et l'obusier qu'à trente. Veuillez bien donner des ordres pour qu'on nous fasse passer de suite des munitions pour ces pièces, ainsi que des cartouches d'infanterie.
D'après le rapport de quelques paysans, l'ennemi a six pièces d'artillerie de différents calibres, et il est dans la place au nombre de 6,000.
J'espère, général, qu'en me confiant le commandement de la droite de votre armée, vous me laisserez la division que j’avais déjà ; les généraux et les troupes qui la composent me sont connus, et c'est un grand avantage pour moi
" (Panckoucke : « Correspondance inédite officielle et confidentielle de Napoléon », t. 1 Italie ; The Bonaparte letters and despatches, Londres, 1846, t.1, p. 84. Note : 99e ancienne ou 51e nouvelle; 70e ancienne ou 51e nouvelle).

A la suite de cet évènement, Carnot écrira, depuis Paris, le 26 mai 1796 (7 Prairial an 4), à Bonaparte : "Le Directoire exécutif au Général Bonaparte, commandant en chef l'armée d'Italie.
Le Directoire vous charge, citoyen général, de témoigner à la brave 70e demi-brigade la satisfaction qu'il éprouve en lisant le compte que vous rendez, dans votre dépêche du 20 floréal, sur la conduite qu'elle a tenue après le passage du Pô et avant la bataille de Lodi
" (Panckoucke : « Correspondance inédite officielle et confidentielle de Napoléon », t. 1 Italie).

- Lodi, 10 mai 1796 (21 Floréal an 4)

Le 10 mai 1796, Bonaparte se met à la tête de l'avant-garde de Dallemagne, qui a couché à Zorlesco. Il s'avance sur Lodi, couvert par des patrouilles de Grenadiers qui ont ordre de s'approcher de fort près des postes ennemis. Vers 9 heures, l'avant-garde tombe sur une troupe de Grenadiers autrichiens. Dallemagne se jette avec ardeur sur les Autrichiens; les Grenadiers rompent les rangs ennemis, prennent un canon et poursuivent, l'épée dans les reins, les Autrichiens en désordre jusqu'à Lodi; la place cède assez rapidement.

Chassés de la ville, les Autrichiens descendent en désordre la longue voie en pente, pavée de petits cailloux, qui conduit au pont sur l'Adda et courent s'abriter auprès des troupes de Sebottendorff qui vient d'arriver. Il est environ midi quand toutes les forces autrichiennes ont passé la rivière. Les Grenadiers de Dallemagne, lancés au pas de charge à la poursuite des soldats autrichiens, débouchent derrière eux vers l'entrée du pont. Ils y sont salués d'un feu d'artillerie et de mousqueterie des plus vifs qui les contraint à chercher un abri derrière les murs de la ville, auprès de l'église San-Francesco.

Sebottendorff tente alors de bloquer les Français et de leur interdire le franchissement du pont de Lodi sur l'Adda. A 6 heures du soir, les Grenadiers et Carabiniers de Dallemagne, formés en colonne serrée, se lance à l'assaut du pont. Celui-ci, sous le feu de l'ennemi, est franchi. Le combat se poursuit sur l'autre rive. Sebottendorff doit cèder, non sans efforts. Les Français sont victorieux.

A noter que l'Historique régimentaire indique que trois Compagnies de Grenadiers ont pris part à la prise du pont de Lodi.

Le 11, à 7 heures du matin, Ménard, reçoit l'ordre qui lui a été adressé le 10 à 8 heures du soir, d'attaquer Pizzighettone; la veille, il a déjà tenté une fausse attaque sur cette place, aussi ne s'aventure t'il pas avec ses seules forces à troubler la retraite des Autrichiens, qu'il aperçoit distinctement, dans la crainte de s'attirer quelque coup de boutoir d'un ennemi qui lui est très évidemment supérieur.

Le 11 toujours, ordre est donné au Général Dallemagne de se diriger avec toute l'avant-garde sur Crema.

- Attaque de Pizzighettone, 12 mai (23 Floréal)

Le 12 mai, la Division Ménard, postée depuis trois jours en observation sur l'autre rive de l'Adda, à Maleo, et qui la veille et l'avant-veille a, comme on l'a vu, poussé des reconnaissances sur la place de Pizzighettone, va pouvoir intervenir efficacement. Dès la pointe du jour, Ménard se porte sur la ville ; la Division Sérurier, massée autour de Plaisance, dirige, en soutien de Ménard, celle de ses Brigades stationnée à Godogno, et s'apprête à passer le Pô avec toute son artillerie, en cas de nécessité. L'avant-garde Dallemagne et la Division Masséna de leur côté marchent droit sur Pizzighettone qu'inquiétent depuis le matin les démonstrations de la Division Ménard, appuyées par Sérurier.

Pizzighettone "n'est autre chose qu'une rue parallèle à la rivière" qui y coule, "belle et large". "Les maisons y sont peu considérables et n'ont rien d'extraordinaire". "La ville est divisée par l'Adda en deux parties que réunit un pont de bois en pilotis à arches très serrées". Ses fortifications, en briques, fort élevées et casematées, sont bien négligées, mais bonnes, et susceptibles d'être promplement remises en état ; les fossés toujours pleins d'eau (F. Bouvier, d'après des notes du Général Desaix). La place compte pour garnison un Bataillon d'environ 300 hommes et quatre pièces de canon. L'apparition des colonnes de Masséna vers Regona jette l'émoi dans cette troupe qui soutient pourtant, pendant quatre ou cinq heures, la canonnade engagée par Joubert.

Lorsque l'attaque est décidée, le 1er Bataillon est disposé sur la rive droite de l'Adda; le 2e est placé sur la route à l'entrée de Pizzighettone et attaque vigoureusement de ce côté.

Le 3e Bataillon de la 75e, de la Division Ménard, s'empare alors du faubourg de Gerola; le Capitaine Sauvy, le Lieutenant Nouvellier, le Sous-lieutenant Kunter (ou Gunther), de la 75e, sont grièvement blessés.

La place se voit cernée et à peine investie, elle capitule aussitôt, à la première sommation.

Le 13 mai 1796, on laisse dans cette place le Général Dallemagne avec toute son avant-garde de Grenadiers et Carabiniers, quatre pièces légères et 1,500 cavaliers du Général Beaumont. La Division Ménard retourna à Maleo et Codogno, prête à secourir Dallemagne. Le rôle de couverture ainsi dévolu aux troupes de l'avant-garde, aux 1er et 4e Divisions (Ménard et Sérurier), leur incombe exclusivement pendant plusieurs jours.

Le 20 mai 1796 (1er Prairial an 4), Bonaparte fait écrire, depuis son Quartier général, à Milan, au Général Kilmaine : "Il est ordonné au général divisionnaire Kilmaine de prendre le commandement de l'avant-garde de l'armée, composée de 1,600 chevaux, cinq bataillons de grenadiers et trois de carabiniers. Il aura sous ses ordres les généraux de brigade Dallemagne, Cervoni et Gardanne. Le citoyen Bougon, chef de brigade, commandant le 1er régiment de hussards, commandera toute la cavalerie de l'avant-garde ; le général Cervoni commandera trois bataillons de grenadiers, du nombre desquels est celui où se trouvent les grenadiers de la 70e demi-brigade, c'est-à-dire le bataillon n°4. Le général Gardanne commandera deux autres bataillons de grenadiers, et le général Dallemagne les trois bataillons de carabiniers.
Le général Kilmaine aura avec lui l'officier de cavalerie qui remplit en ce moment dans cette arme les fonctions d'adjudant général, et qui continuera à les remplir près les troupes à cheval de l'avant-garde, l'adjudant général Lorcet et l'adjoint aux adjudants généraux Labbé, attaché à l'état-major.
Il est prévenu que le général de brigade Beaumont commandera la troupe à cheval au corps d'armée. Le général Kilmaine, quoique commandant l'avant-garde, reste toujours chargé du commandement de l'arme de la cavalerie
" (Correspondance de Napoléon, t.1, lettre 457).

L'amalgame des Demi-brigades d'infanterie touche à sa fin. Le 26 mai 1796 (7 Prairial an 4), à Soncino, les Demi-brigades dites de deuxième formation prennent, par le tirage au sort leur numéro définitif (Ordres du jour de Berthier, du 23 et du 26 mai - Arch. G.). Le tirage a lieu en présence de Berthier et de l'Etat-major par des Officiers de chaque Demi-brigade. Un Procès-verbal de l'adujdant général Vignolle atteste que la 70e devient la 75e ; procès-verbal signé par le Capitaine Méresse, de la 70e et par les Adjoints Ballet, Bertrand et Baurot (pièce classée au 29 mai, Arch. G.). Le Général en chef ordonne qu'à compter du lendemain 8 prairial (27 mai), les Demi-brigades ne porteroent plus que leurs nouvelles dénominations (F. Bouvier, Bonaparte en Italie, page 632. Voir également cette pièce dans les Mémoires de Masséna, t. II, pièces justificatives).

Cinq jours plus tard, les "Dispositions du général en chef pour les divisions de l'armée", prises en son Quartier général à Peschiera, le 1er juin 1796 (13 Prairial an IV), confirment qu'effectivement, l'ancienne 70e Demi-brigade devient la 75e; son effectif, au sein de la Division Vaubois est de 2300 hommes. A dater du 13 Prairial, le Général Bonaparte désigne donc les Demi-brigades par leur nouveau numéro.

- Passage du Mincio

Le 30 mai (11 Prairial), la Demi-brigade et le Corps de la Division Masséna, après une marche forcée, passent le Mincio. Les trois Compagnies de Grenadiers qui protègeent le passage se distinguèrent d'une manière particulière.

Le capitaine Lejeune, à la tête de 25 ou 30 braves Grenadiers, passe cette rivière ayant de l'eau jusqu'au cou.

Environ 200 Grenadiers commandés par le Capitaine Ragois se portent sur le pont du Mincio, qui est défendu par 500 ou 600 Autrichiens et 1 pièce d'artillerie, passent le pont en escaladant les poutres,et marchent au pas de charge, sans tirer, sur la redoute qui est placée à gauche du village de Borghetto; ils parviennent à s'en emparer de vive force et font 500 prisonniers. Le capitaine Ragois est dangereusement blessé et le Lieutenant Muller est tué.

Le Fourrier Fugier, le Sergent-major Chantemesse, les Grenadiers Latreille, Bullier, Fugier, Fays et Sylvestre, qui ont passé le Mincio à la nage, sont les premiers qui se jettent dans la redoute à travers la mitraille et les balles.

Le 31 mai (12 Prairial), la Demi-brigade et le Corps de la Division Masséna se portent à Castelnuovo et le 1er juin à Vérone.

Ce même 1er juin 1796 (13 Prairial an IV), le Général en chef fait écrire, depuis le Quartier général, à Peschiera, au Général Augereau : "Il est ordonné au général Augereau de partir demain matin de Piovezzano pour se rendre à Castiglione-Mantovano, où il sera suivi de la 4e demi-brigade d'infanterie de ligne, qui doit y arriver de bonne heure. Il est prévenu que la 75e demi-brigade, faisant partie de la division du général Masséna, a également reçu des ordres pour se rendre à Castiglione-Mantovano. Il ordonnera à la 18e demi-brigade de rester dans la position qu'elle occupe, et il préviendra le général Victor qu'elle fait partie de la division du général Masséna, duquel il prendra les ordres. Le général Beyrand doit suivre la 4e demi-brigade.
Le général Augereau est prévenu que le général Rusca retourne à Salo, où il sera aux ordres du général Masséna, qui est à Vérone. L'adjudant général Verdier restera avec la 18e demi-brigade, et correspondra avec l'adjudant général chargé du détail de la division du général Masséna
" (Correspondance de Napoléon, t.1, lettre 541).

Le même 1er juin 1796 (13 Prairial an IV), Bonaparte fait écrire, depuis son Quartier général, à Peschiera, au Général Masséna : "Je vous préviens, Général, que ... Le général Robert doit suivre la 75e demi-brigade ..." (Correspondance de Napoléon, t.1, lettre 544).

Toujours le 1er juin 1796 (13 Prairial an IV), le Général en chef fait écrire, depuis le Quartier général, à Peschiera, au Citoyen Lambert : "Je vous préviens, Citoyen Ordonnateur, que, d’après les nouvelles dispositions prises ... le général Augereau doit partir ... demain de Piovezzano avec les troupes qu'il commande, pour se rendre à Castiglione-Mantovano, et qu'il sera suivi dans ce dernier lieu par la 75e demi-brigade, qui est de la division du général Masséna ..." (Correspondance de Napoléon, t.1, lettre 550).

Le 2 juin 1796 (14 prairial an IV), Bonaparte fait ordonner, depuis son Quartier général, à Peschiera, à l'Adjudant général Boyer : "L'adjudant général Boyer partira à l'instant pour se rendre à Castiglione-Mantovano, où il trouvera le général Augereau avec les 39e et 70e demi-brigades" (Correspondance de Napoléon, t.1, lettre 557).

- Blocus de Mantoue.

Pendant une partie du mois de juin, la 75e Demi-brigade est occupée au blocus de Mantoue. Le 13 juin, elle passe sous les ordres du général Vaubois.

- Expédition sur Livourne.

La 75e fait partie de l'expédition sur Livourne. Quoiqu'elle n'ait pas à combattre pendant cette expédition, ses fatigues sont considérables, à cause des chaleurs excessives qu'elle a à supporter et des marches très pénibles qu'elle a à faire.

Le 25 juin 1796 (7 Messidor an IV), à 6 heures du soir, le Général en chef fait écrire, depuis le Quartier général, à Pistoja, au Général Vaubois : "Le général Vaubois partira demain 8, à deux heures précises du matin, de Pistoja, avec trois escadrons du 1er régiment de hussards, un escadron du 20e régiment de dragons, six pièces d'artillerie légère avec lesquelles marchera le général de brigade Dommartin, et le bataillon de grenadiers n° 5, le tout formant son avant-garde aux ordres du général de brigade Murat, et la 75e demi-brigade, qui marchera à une demi-heure de son avant-garde. Toute la colonne se rendra à Fucecchio, où elle recevra de nouveaux ordres. Il fera distribuer le pain ce soir, pour deux jours, et la viande pour un ; elle suivra pour un jour.
La ville de Pistoja doit avoir fourni quatre cents paires de souliers ; il en fera distribuer deux tiers au bataillon de grenadiers n° 5, et un tiers à la 75e demi-brigade ...
" (Correspondance de Napoléon, t.1, lettre 684).

Le 27 juin 1796 (9 Messidor an 4), le Général Bonaparte écrit, depuis son Quartier-général à Livourne, au Général Berthier, Chef de l’Etat-major général de l’Armée d’Italie : "Le général chef de l'état-major donnera sur-le-champ les ordres les plus précis au chef de bataillon Hulin, commandant la place de Livourne, de faire arrêter le gouverneur de la ville aussitôt qu'il sera informé que la 75e demi-brigade arrivera : que ce gouverneur soit mis sous bonne garde dans une maison près de ce camp, pour le faire partir de là pour Florence dans une voiture qui sera escortée, lorsque le général en chef aura déterminé l'heure du départ de cet officier, pour lequel on aura d'ailleurs tous les égards convenables" (Panckoucke : « Correspondance inédite officielle et confidentielle de Napoléon », t. 1 Italie ; Panckoucke : « Oeuvres de Napoléon Bonaparte », 1821-1822, t. 1, p. 69 ; Oeuvres complètes de Napoléon, Stuttgart et Tubingue, 1822, t.1, p. 102 ; The Bonaparte letters and despatches, Londres, 1846, t.1, p. 170 ; Correspondance de Napoléon, t.1, lettre 698 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 730).

Sur les journées des 26 au 28 juin 1796, Bonaparte écrit, depuis son Quartier général à Bologne, au Directoire exécutif, le 2 juillet 1796 (14 Messidor an IV) : "… Le 8, la division du général Vaubois arriva à Pistoja ; le lendemain le général Murat, à la tête de l'avant-garde, suivi du général de division Vaubois avec la 75e demi-brigade, passa l'Arno à Fucecchio, et le lendemain changea brusquement de route et marcha à grands pas sur Livourne ; le reste de la division resta à Pistoja …" (Oeuvres complètes de Napoléon, Stuttgart et Tubingue, 1822, t.1, p. 107 ; Correspondance de Napoléon, t.1, lettre 707 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 743).

Le 29 juin 1796 (11 Messidor an 4), Bonaparte écrit, depuis son Quartier-général à Livourne, au Général Vaubois : "Le général Vaubois tiendra garnison à Livourne avec la 75e demi-brigade, une compagnie d'artillerie et un escadron du 1er régiment de hussards ; il fera mettre les batteries qui défendent l'entrée du port dans un bon état de défense, les fera arranger de manière qu'il n'y ait que des pièces d'un, ou de plus deux calibres à chaque batterie; il fera monter des grils à boulets rouges, et aura soin que les pièces soient approvisionnées à cent coups ; il choisira un fort de la ville, celui le plus dans le cas de se défendre, et qui a des communications avec l'intérieur ; il fera mettre ce fort en état de défense ; fera à cet effet les déplacements d'artillerie qu'il jugera nécessaires ; établira un magasin où il y ait de quoi nourrir 2,000 hommes pendant quarante jours avec tous les accessoires pour soutenir le siège.
Il n'épargnera aucun moyen pour maintenir Livourne dans une parfaite tranquillité ; il fera en sorte de s'attacher les troupes du grand-duc de Toscane, sur lesquelles il aura toujours l'œil ; il se maintiendra en bonne harmonie avec le gouverneur ; il lui renverra toutes les affaires de détail, lui montrera de grands égards, surtout en particulier, mais conservera sur lui, surtout en public, une grande supériorité.
S'il y avait à Livourne des complots ou toute autre chose qui intéresse l'existence des troupes françaises, il prendra alors toutes les mesures nécessaires pour rétablir le calme et punir les malintentionnés. Il n'épargnera ni les personnes, ni les propriétés, ni les maisons.
Dans toutes les affaires difficiles qui pourraient lui survenir, il consultera le citoyen Miot, ministre de la république française à Florence, qui sera à même de lui donner de bons renseignements. Il protégera le consul dans l'opération intéressante dont il est chargé ; se trouvant le premier agent de la république à Livourne, il surveillera tous les intérêts de la république, et me rendra compte de tous les abus qu'il ne dépendrait pas de lui de réprimer.
Il vivra d'une manière convenable ; il aura souvent à sa table les officiers du grand-duc et les consuls des puissances étrangères : il lui sera accordé à cet effet des dépenses extraordinaires.
Il nommera un officier pour surveiller le port ; il nommera un commandant de chaque fort ; il maintiendra les corsaires dans une sévère discipline, et veillera à ce qu'ils respectent le pavillon neutre, et spécialement le pavillon espagnol. Il se fera tous les jours rendre compte des rapports des vigies ; il me tiendra informé de tout ce qui se passe dans le pays où il se trouve, et m'enverra le rapport de toutes les nouvelles de Corse qui lui arriveront. Il écrira aux fiefs impériaux qui environnent la ville, afin qu'ils reconnaissent la république, et il me fera part du nombre de ces fiefs, et de leur population, de leur richesse et de l'esprit qui les anime. Il maintiendra une sévère discipline vis-à-vis ses troupes : il tiendra la main à ce que tous les soldats soient casernés, et que personne, depuis le général jusqu'au dernier employé, ne soit logé chez l'habitant.
Il aura avec lui un adjudant-général, un commissaire des guerres, un employé de chaque partie de l'administration
" (Panckoucke : « Correspondance inédite officielle et confidentielle de Napoléon », t. 1 Italie ; Panckoucke : « Oeuvres de Napoléon Bonaparte », 1821-1822, t. 1, p. 69 ; Oeuvres complètes de Napoléon, Stuttgart et Tubingue, 1822, t.1, p.103 ; The Bonaparte letters and despatches, Londres, 1846, t.1, p. 170 ; Kermoysan « Napoléon, Recueil par ordre chronologique de ses lettres, proclamations, bulletins », Paris, 1853, t.1, p. 26 ; Correspondance de Napoléon, t.1, lettre 702 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 736).

Le même 29 juin 1796 (11 Messidor an IV), Bonaparte fait écrire, depuis le Quartier général, à Livourne, au Chef de Brigade Lannes : "Il est ordonné au chef de brigade Lannes de partir demain 12, avec 300 hommes de la 75e demi-brigade et 25 hussards du 1er régiment, et de se rendre à Massa-Carrara pour faire prêter serment d'obéissance à la République française par les autorités constituées de cette ville, enlever toutes les armes, mettre les scellés sur les caisses, s'emparer des propriétés appartenant au gouvernement de Carrara, et du mont-de-piété, excepté les objets au-dessous de 200 livres, qu'il fera donner gratis au peuple. Il fera tout transporter à Livourne. Il fera rentrer immédiatement après son détachement à Livourne et rejoindra de suite, en poste, le général en chef au quartier général. Il fera en sorte que l'opération dont il est chargé soit terminée au plus tard le 18. Il ramènera deux députés intelligents du pays, qui viendront avec lui trouver le général en chef au quartier général" (Correspondance de Napoléon, t.1, lettre 704).

Le 20 juillet 1796 (2 thermidor an 4), le Général Bonaparte écrit, depuis son Quartier général à Castiglione, au Général Vaubois : "… Pressez l'armement et l'équipement de la 75e demi-brigade, parce dès l'instant que ces braves gens seront reposés, mon intention est de les rappeler à l'armée …" (Panckoucke : « Correspondance inédite officielle et confidentielle de Napoléon », t. 1 Italie ; Oeuvres complètes de Napoléon, Stuttgart et Tubingue, 1822, t.1, p.132 ; The Bonaparte letters and despatches, Londres, 1846, t.1, p. 229 ; Kermoysan « Napoléon, Recueil par ordre chronologique de ses lettres, proclamations, bulletins », Paris, 1853, t.1, p. 29 ; Correspondance de Napoléon, t.1, lettre 772 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 799).

L'Historique régimentaire dit que la 75e a tenu garnison à Livourne en août, septembre et octobre.

Le 20 août 1796 (3 Fructidor an 4), Bonaparte écrit, depuis son Quartier général, à Brescia, au Général Lespinasse, commandant l'Artillerie de l'Armée d'Italie : "… Envoyer à Livourne deux pièces de 3 escortées par le 1er bataillon allant au dit lieu.
Avoir à Crémone 1800 fusils neufs avec baïonnettes pour armer la 75e demi-brigade venant de Livourne.
Laisser à Peschiera 1000 fusils allemands, ôter les baïonnettes aux autres
" (Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 866).

Le 25 août 1796 (8 Fructidor an 4), Bonaparte écrit, depuis son Quartier-général de Milan, au Général chef de l’Etat-major : "... Je vous laisse le maître de faire un règlement pour déterminer tout ce que je n'aurais pas prévu, afin que tous les Corses réfugiés, faisant partie desdites compagnies, puissent toucher les rations dues à leurs grades sans confusion, et qu'ils puissent, en cas d'événement, remplacer à Livourne le bataillon de la 75e demi-brigade que j'en ai retiré ..." (Panckoucke : « Correspondance inédite officielle et confidentielle de Napoléon », t. 1 Italie ; Panckoucke : « Oeuvres de Napoléon Bonaparte », 1821-1822, t. 1, p. 123 ; Oeuvres complètes de Napoléon, Stuttgart et Tubingue, 1822, t.1, p.165 ; The Bonaparte letters and despatches, Londres, 1846, t.1, p. 317 ; Correspondance de Napoléon, t.1, lettre 924 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 869).

Le 26 août 1796 (9 Fructidor an 4), Bonaparte écrit, depuis son Quartier-général à Milan, au citoyen Miot, Ministre de la République à Florence : "J'ai reçu toutes vos lettres. Il y a à Livourne deux mille deux cents hommes de la 75e demi-brigade, et six cents Corses réfugiés que j'organise en compagnies. J'y envoie les 14e et 51e demi-brigades : soyez tranquille.
Dissimulez avec le grand-duc ; s'il se conduit mal, il paiera tout à la fois : ces gens-ci sont peu à craindre
" (Panckoucke : « Correspondance inédite officielle et confidentielle de Napoléon », t. 2 Italie ; Panckoucke : « Oeuvres de Napoléon Bonaparte », 1821-1822, t. 1, p. 129 ; Oeuvres complètes de Napoléon, Stuttgart et Tubingue, 1822, t.1, p.170 ; The Bonaparte letters and despatches, Londres, 1846, t.1, p. 330 ; Correspondance de Napoléon, t.1, lettre 932 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 878).

Le 2 septembre 1796 au matin (16 Fructidor an 4), Bonparte écrit, depuis son Quartier général, à Vérone, au Général Berthier, Chef de l’Etat-major général de l’Armée d’Italie : "... Prévenir le général de brigade Serviez qu'il aura sous ses ordres un bataillon de la 75e demi-brigade, la 19e et la 45e. Lui ordonner de faire arranger les casernes, afin de pouvoir cantonner cette troupe ..." (Correspondance de Napoléon, t.1, lettre 955 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 892).

Le 24 septembre 1796 (3 Vendémiaire an 5), Bonaparte fait écrire, depuis le Quartier général, à Milan, au Général Kilmaine : "... vous aurez soin de renvoyer à Marcaria la partie du bataillon de la 75e demi-brigade que le général Dallemagne pourrait avoir dans sa division au moment de l'attaque ..." (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1022).

Le 30 septembre 1796 (9 Vendémiaire an 5), le Général Bonaparte écrit, depuis son Quartier général, à Milan, au Général Kilmaine : "Vous donnerez des ordres, Général, à la demi-brigade la plus faible des 19e, 45e ou 69e, pour qu'elle parte de l'endroit où elle se trouve pour se rendre le 12 à Marcaria, et le 13 à Crémone, où elle recevra de nouveaux ordres. Le général Kilmaine m'enverra l'état de situation de la demi-brigade qu'il aura fait partir. Elle relèvera tous les détachements de la 75e qui sont dans les forts de Pontevico, Bozzolo et Soncino, à raison de 50 hommes par fort. Le bataillon de la 75e demi-brigade, qui sera réuni à Marcaria, en partira le 13 pour se rendre à Ferrare, en suivant la route ci-jointe que lui fera passer le général Kilmaine" (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1054 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 949).

Le 1er octobre 1796 (10 Vendémiaire an 5), Masséna écrit, depuis son Quartier-général de Bassano, au Général Bonaparte : "Je désirerais que vous me fissiez passer de suite la 75e demi-brigade, qui doit se rendre à Montebello ; avec ce renfort, je tiendrai sans contredit huit jours à Bassano, comme vous le désirez, et encore bien mieux quand une fois j'aurai reçu toutes les troupes que vous m'annoncez. Je ferai, comme à mon ordinaire, tout ce qui dépendra de moi pour seconder en tout vos intentions ; je tiendrai continuellement l'ennemi en échec par mes fréquentes reconnaissances ...
Le nombre des malades diminue à l'ambulance de Bassano ; j'enverrai demain visiter les hôpitaux de Vicenza et de Montebello
" (Panckoucke : « Correspondance inédite officielle et confidentielle de Napoléon », t. 2 Italie ; The Bonaparte letters and despatches, Londres, 1846, t.1, p. 376).

Le 8 octobre 1796 (17 Vendémiaire an 5), le Général en chef écrit, depuis son Quartier général, à Milan, au citoyent Garrau :"… Il doit y avoir à Modène, dans ce moment-ci, un bataillon de la 75e et 200 hommes de cavalerie" (Correspondance de Napoléon, t.1, lettre 1080 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 981).

Le 14 octobre 1796 (23 Vendémiaire an 5), Bonaparte fait écrire, depuis son Quartier général, à Modène, au Général Lespinasse "… Les ordres viennent d'être donnés pour que l'on fasse partir d'ici 2,000 fusils en bon état, savoir : 1,000 pour Crémone et 1,000 pour Peschiera. Il en est parti de Livourne, il y a déjà plusieurs jours, 1,200, qui tous sont dirigés sur cette première place. Ce sont des fusils espagnols semblables à ceux dont la 75e demi-brigade est armée …
Je vous avais précédemment ordonné de tenir à Crémone 1,500 fusils pour la 75e demi-brigade, mais je lui en ai depuis procuré à Livourne …
" (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1091).

Le 17 octobre 1796 (26 Vendémiaire an 5), Bonaparte écrit, depuis son Quartier général à Modène, au Général Berthier : "... Le bataillon de la 75e, qui est à Bologne, en partira demain pour se rendre à Ferrare …
Le bataillon de la 75e, qui est à Livourne, partira le 29, au matin, pour se rendre à Ferrare par le chemin le plus court ; il amènera avec lui les deux pièces d'artillerie légère
" (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1098 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 1000).

Le 21 octobre 1796 (1er Brumaire an 5), le Général Serrurier écrit, depuis le Quartier-général de Livourne, au Général Bonaparte : "… Les huit mille fusils pour Milan sont partis, ainsi que les vieux de la 75e demi-brigade" (Panckoucke : « Correspondance inédite officielle et confidentielle de Napoléon », t. 2 Italie ; The Bonaparte letters and despatches, Londres, 1846, t.2, p. 66).

Le 29 octobre 1796 (8 Brumaire an 5), le Général Bonaparte fait adresser, depuis le Quartier général à Vérone, ses instructions au Général Joubert : "… Le général Joubert s'informera si les deux pièces d'artillerie légère qui devaient venir avec le dernier des trois bataillons de la 75e demi-brigade sont arrivées à Porto-Legnago" (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1125).

Le 1er novembre 1796 (11 Brumaire an 5), le Général en chef écrit, depuis le Quartier général, à Vérone, au Général Lespinasse : "… Je joins ici, Général, l'état des besoins en armement de la 75e demi-brigade, certifié par le général Robert. Vous voudrez bien donner vos ordres pour que les fusils, cartouches et pierres à feu, que ce corps demande, lui soient délivrés le plus tôt possible à Porto-Legnago" (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1131 ; Correspondance de Napoléon, t.1, lettre 1038).

- Passage de la Brenta

La 75e Demi-brigade quitte Livourne et est attachée à la Division Masséna.

Le 2 novembre 1796 (12 Brumaire an 5), le Général en chef fait écrire, depuis le Quartier général, à Vérone, au Général Masséna : "… Vous savez que la 75e demi-brigade, forte de 3,000 hommes, a des ordres pour être demain à Montebello. L'intention du général en chef est qu'elle s'y repose au moins deux jours ; il désire même qu'elle ne soit employée que dans le cas d'urgence. Le commandement en reste au chef de brigade, en attendant qu'on puisse faire passer des généraux …" (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1144).

Le 3 novembre 1796 (13 Brumaire an 5), Masséna écrit, depuis Bassano, au Général en chef : "Les troupes qui sont sous mon commandement ont resté toute la nuit sous les armes …
Je vous répète encore, mon général, que ma position n'est pas rassurante : je suis sur le qui-vive nuit et jour ; si j'avais du moins des forces à pouvoir arrêter quelque temps l'ennemi, je serais moins inquiet. L'arrivée de la 75e, à Montebello, ne change rien à ma position, puisque votre intention est que je l'y laisse reposer, et que je n'en dispose qu'à la dernière urgence. Nous sommes bien loin de Montebello, et je crains que le secours n'arrive trop tard …
Je donnerai ordre, après demain, à la 75e demi-brigade de partir de Montebello, pour se porter à Vicenza, à moins que vous n'en ordonniez autrement
" (Panckoucke : « Correspondance inédite officielle et confidentielle de Napoléon », t. 2 Italie ; The Bonaparte letters and despatches, Londres, 1846, t.2, p. 101).

Dans la nuit du 3 au 4 novembre 1796 ; dans la nuit du (13 au 14 Brumaire an 5), le Général Bonaparte fait écrire, depuis son Quartier général, à Vérone, au Général Lespinasse : "… Le général en chef ordonne au général Lespinasse de faire passer le plus promptement possible à Vicence 100,000 cartouches, dont 50,000 pour la 75e demi-brigade, qui en manque absolument, et le restant à la division du général Masséna, en remplacement de celles qu'elle peut avoir consommées ..." (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1152).

Le même 4 novembre 1796 (14 Bumaire an 5), Masséna écrit, depuis Bassano, au Général en chef : "… Je viens de donner les ordres en conséquence des vôtres et de ceux que vous m'avez fait transmettre par le chef de l'état-major, de faire ma retraite sur Vicenza, ne devant pas hasarder un combat à Bassano ; il en coûte assez à mon amour-propre de fuir devant l'ennemi sans le combattre : tels sont vos ordres, il faut s'y soumettre.
Le mouvement rétrograde se fera dans le plus grand ordre : l'infanterie commencera à filer a trois heures du matin ; je ferai l'arrière-garde avec la cavalerie et les grenadiers ; arrivé à Vicenza, je prendrai des positions militaires autant que les localités le permettront.
J'envoie ordre à la 75e de se porter à Vicenza dès que j'y serai arrivé. J'ai ordonné de couper le pont de Carpetto
" (Panckoucke : « Correspondance inédite officielle et confidentielle de Napoléon », t. 2 Italie ; The Bonaparte letters and despatches, Londres, 1846, t.2, p. 109).

Le 4 novembre 1796 donc, la 75e arrive à Vicence.

Bonaparte écrit alors, depuis Vérone, toujours le 4 novembre 1796 (4 novembre 1796), à Berthier, Chef de l'Etat-major : "Le général Masséna a évacué aujourd'hui Bassano, cinq heures du matin, l'ennemi se trouvant en force à Castel-Franco. La 75e doit être arrivée, à cette heure, à Vicence. Le général Augereau est déjà à Montebello …" (Panckoucke : « Correspondance inédite officielle et confidentielle de Napoléon », t. 2 Italie ; Panckoucke : « Oeuvres de Napoléon Bonaparte », 1821-1822, t. 1, p. 207 ; Oeuvres complètes de Napoléon, Stuttgart et Tubingue, 1822, t.1, p. 252 ; The Bonaparte letters and despatches, Londres, 1846, t.2, p. 100 ; Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1161 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 1045).

Le 6, la 75e attaque l'ennemi qui vient de passer la Brenta. Le 2e Bataillon combat à la droite, le 3e à la gauche; ces deux Bataillons conservent pendant toute la journée ces deux positions importantes, dont la défense leur a été confiée; le 1er Bataillon, qui est en réserve et à découvert, reste en bataille et dans un ordre parfait, malgré le feu violent de l'artillerie ennemie.

Le Capitaine Vincent, les Lieutenants Lavoignet et Bras et le Sous-lieutenant Hédon sont tués; le Chef de bataillon Camus, les Capitaines Bureau, Pomade et Mauguin, les Lieutenants Vatier, Mariage et Ritter sont blessés. Il y eut a 25 hommes tués et 79 blessés.

Le Grenadier Castagnet, de la 2e Compagnie, reçoit un coup de feu dangereux et ne quitte le combat qu'après avoir été blessé une seconde fois à l'épaule.

Dans la nuit du 6 au 7 novembre, la Demi-brigade rétrograde avec la Division sur Montebello. Le 8 novembre (18 Brumaire an 5), la 75e est au bivouac en avant de Vérone. Ce même 8 novembre 1796, Bonaparte écrit, depuis son Quartier général, à Vérone, au Général Meynier, commandant de la place de Vérone : "Le général Meynier s'occupera de la défense de Vérone ; il est en conséquence autorisé à demander au général Menard un bataillon de la 75e, qu'il placera au dehors de la porte qui conduit au fort de la Chiusa ..." (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1174 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 1053).

Le 9 novembre (19 Brumaire an 5), la 75e est toujours au bivouac en avant de Vérone.

Le 10 novembre, la Division se porte sur Castelnuovo; enfin le 11, elle revient au bivouac à Saint-Antonio.

- Bataille de Caldiero

Le 12 novembre 1796, les Autrichiens, sous le commandement d'Alvinzi, s'étendent du mont Olivello à Caldiéro. Les Divisions Masséna et Augereau se mettent en mouvement pour l'attaquer. La Division Masséna, à laquelle appartient la 75e, a pour objectif la droite ennemie, établie sur le mont Olivetto; la Division Augereau doit se porter sur la gauche, à Caldiero.

Masséna, après avoir gagné le flanc des Autrichiens, est près de s'emparer d'une hauteur qui commande leur ligne, quand Alvinzi, faisant marcher les réserves autrichiennes, lance cinq bataillons, sous les ordres de Schürbitz, sur la gauche de Masséna, tandis que Provera marche avec quatre Bataillons contre la Division Augereau.

Le temps est affreux, le grésil tombe depuis le matin, poussé par un violent vent du nord-est qui le chasse contre la figure de nos soldats et les aveugle. Le Général Masséna, pris à revers par Schürbitz, est contraint d'abandonner le terrain qu'il a gagné et doit battre en retraite.

Il est 3 heures de l'après-midi; Bonaparte fait alors avancer la 75e restée en réserve jusqu'à ce moment. Le 3e Bataillon est chargé d'arrêter l'ennemi victorieux, qui déjà s'est avancé jusque dans la plaine; il le contient jusqu'à la nuit, malgré l'énorme disproportion des forces et une vive canonnade.

Grâce à cette vigoureuse résistance, l'armée française, reconstituée, peut se retirer sur Vérone. La 75e Demi-brigade entière soutient avec vigueur la retraite par échelons, arrête les colonnes ennemies qui cherchent à couper l'armée et les force à rétrograder.

En récompense de la conduite de la 75e Demi-brigade, qui, seule, par son héroïsme, a arrêté les Autrichiens dans leur succès, le Général Bonaparte décide que sur son drapeau sera inscrite cette noble devise : "LA 75e ARRIVE ET BAT L'ENNEMI".

C'est en souvenir de cette journée mémorable du 12 novembre 1796, dit l'Historique régimentaire, que le drapeau du Régiment porte encore, inscrit en lettres d'or, le nom de CALDIÉRO.

Le Capitaine Lefèvre est tué dans cette bataille, les Capitaines Lacombe et Hontarède et le Lieutenant Rey sont blessés, l'Adjudant-major Buisson est fait prisonnier.

La Demi-brigade a perdu 29 hommes tués, 134 blessés et 33 prisonniers.

Le Fusilier Marmet se précipite sur l'ennemi, tue deux hommes et en fait quatre prisonniers. Il est, pour ce fait d'armes, nommé Caporal par le Général Bonaparte lui-même.

Le lendemain 13 novembre 1796 (23 Brumaire an 5), Bonaparte écrit, depuis son Quartier-général à Vérone, au Directoire exécutif : "... Le 22 ... J'envoie la 75e demi-brigade, qui était restée en réserve, et tout se maintint jusqu'à la nuit ; mais l'ennemi reste maître de la position. Nous avons eu six cents blessés, deux cents morts et cent cinquante prisonniers, parmi lesquels le général de brigade Lannoy, le chef de brigade Dupuis, qui a été blessé pour la seconde fois. L'ennemi doit avoir perdu davantage …" (Panckoucke : « Correspondance inédite officielle et confidentielle de Napoléon », t. 2 Italie ; Panckoucke : « Oeuvres de Napoléon Bonaparte », 1821-1822, t. 1, p. 210 (la lettre est datée du 24 brumaire an 5 – 14 novembre 1796) ; Oeuvres complètes de Napoléon, Stuttgart et Tubingue, 1822, t.1, p. 255 (même datation) ; The Bonaparte letters and despatches, Londres, 1846, t.2, p. 129 (idem) ; Kermoysan « Napoléon, Recueil par ordre chronologique de ses lettres, proclamations, bulletins », Paris, 1853, t.1, p. 62 (idem) ; Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1182 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 1059).

- Bataille d'Arcole

Dans la nuit du 14 au 15 novembre, la Division Augereau passe l'Adige sur un pont jeté à hauteur de Ronco et se dirige ensuite sur Arcole.

La Division Masséna suit de près la Division Augereau; la 75e est placée d'abord dans le bois qui se trouve à droite du pont, pour servir de réserve, puis dirigée avec le reslte de la Division sur Porcil. Il en résulte que, pendant la journée du 15 (1ère journée d'Arcole), la Demi-brigade reste en réserve jusqu'au soir; les Grenadiers seuls prennent part au combat. A l'entrée de la nuit, elle se trouve en bataille sur la chaussée, où elle bivouaque.

Le 16 novembre, au point du jour, la 75e est chargée d'aller pousser une reconnaissance sur Arcole; elle trouve l'ennemi embusqué dans le bois et derrière la digue du canal.

Les Autrichiens ouvrent un feu très vif sur le 1er Bataillon, qui a déjà dépassé les premières positions ennemies et engagé le combat. Mais le Général Robert, qui commande celtte reconnaissance, craignant de perdre trop de monde, fait porter le Bataillon engagé en arrière pour le rapprocher des deux autres, qui sont en réserve.

L'ennemi, croyant à une retraite, sort de ses embuscades pour le poursuivre, mais le Bataillon, qui se retire dans un ordre parfait, faisant alors volte-face, se précipite sur lui à la baïonnette et couvre le terrain de morts et de blessés, sans compter les nombreux prisonniers qu'il fait dans cette contre-attaque.

La Demi-brigade se bat toute la journée et conserve les positions prises à l'ennemi dans la matinée, malgré le feu de l'artillerie et celui de la mousqueterie autrichienne. Les 1er et 2e Bataillons bivouaquent sur le champ de bataille. Pendant la nuit, le 3e Bataillon se porte au pont du canal, à l'embouchure de l'Adige. L'effectif de la 75e est, à ce moment, de 1,530 hommes.

Le 17 novembre (27 Brumaire, troisième journée de la lutte), les Divisions passent le ruisseau d'Arcole. Le Général Masséna prend à gauche avec la 18e Demi-brigade et se dirige sur Porcil. La 32e Demi-brigade est embusquée dans le bois à droite de la digue; la 18e légère se met en bataille près du pont, que la 12e Demi-brigade doit garder. Le Général Robert avec la 75e est placé au centre devant Arcole.

Le 3e Bataillon de la 75e, qui occupe le pont, passe le canal dès le point du jour et se porte en avant pour prendre l'ennemi en flanc. Dans cette attaque énergique, le Bataillon s'empare d'un canon et de son caisson, et fait éprouver à l'ennemi de très grandes pertes.

Le général Robert, à la tête des deux autres Bataillons de la 75e, a refoulé l'ennemi jusqu'au pont d'Arcole. Mais, poussé à son tour par des troupes fraîches et nombreuses, il doit battre en retraite et venir se reformer derrière la Division Augereau. Les Autrichiens croyant que toute l'armée va suivre ce mouvement rétrograde, s'avancent vers l'Adige.

Le Général en chef Bonaparte porte alors en avant la 18e Demi·brigade légère, qui les attaque de front par la digue, pendant que le Général Gardanne avec la 32e Demi-brigade, sortant du bois dans lequel il est masqué, les prend en flanc.

De son côté, le Général Masséna, revenant à la course de Porcil, tombe sur la queue de la colonne ennemie; cette dernière attaque est décisive. Pressés de trois côtés â la fois, les Autrichiens sont jetés en grande partie dans les marais, où la fusillade en fait périr un grand nombre. Plus de 3,000 d'entre eux restent prisonniers.

Pendant cette journée mémorable, la 75e Demi-brigade n'a pas cessé de comhattre et a contribue puissamment à la victoire.

Le Chef de Bataillon Caunègre, les Capitaines Valotte, Jouanny et Laurin, les Lieutenants Loison et Perbos, les Sous-lieutenants Blanchard et Robert sont tués dans ces trois journées. Les Capitaines Lejeune, Taubin, Gruardet, Mouton, Emery et Ragois, les Lieutenants Broquise et Parisot, les Sous-lieutenants Lanté et Bourdin sont grièvement blessés. Sept Officiers dont quatre Capitaines ont été faits prisonniers. La Demi-brigade a perdu 104 hommes tués, 307 blessés, 202 prisonniers.

Le sergent Toutel, qui a déjà donné des preuves de sa valeur pendant cette campagne, a porté des cartouches à ses camarades à travers le feu le plus violent et s'est chargé de transmettre des ordres pour faire agir la colonne de droite; il a traversé l'ennemi avec beaucoup de sang-froid; sa démarche a produit un très grand effet.

Le Sergent Hauffmann, le Caporal Humblot, les Grenadiers Latreille, Bullier, Frégier et Fays, après avoir rallié quelques camarades, sont parvenus, en se battant dans une circonstance très critique, à dégager 150 hommes qui avaient été faits prisonniers.

Le Général en chef écrit, le 19 novembre 1796 (29 Brumaire an 5), depuis son Quartier général, àVérone, au Directoire exécutif : "… Le général Robert, qui était sur la chaussée du centre avec la 75e, culbuta l'ennemi à la baïonnette et couvrit le champ de bataille de cadavres …
Je vous demande le grade ... de général de brigade ... pour Chambarlhac, chef de la 75e ...
" (Panckoucke : « Oeuvres de Napoléon Bonaparte », 1821-1822, t. 1, p. 217 ; Oeuvres complètes de Napoléon, Stuttgart et Tubingue, 1822, t.1, p. 262 ; Kermoysan « Napoléon, Recueil par ordre chronologique de ses lettres, proclamations, bulletins », Paris, 1853, t.1, p. 65 ; Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1196 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 1062).

Le 18 novembre, la Demi-brigade bivouaque avec la Division à Caldiéro; le 19 elle est à Vérone.

Le 9 décembre 1796 (19 Frimaire an 5), Bonaparte écrit, depuis Milan, au Général Berthier : "... la 18e et la 75e resteront dans Vérone, occupant en force la citadelle et le fort Saint-Pierre, comme il a été dit ..." (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1254 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 1121).

Le 11 décembre 1796 (21 Frimaire an 5), Bonaparte écrit, depuis Milan, au Général Vaubois : "… Le commissaire ordonnateur a dû donner les ordres pour la vente de tous les objets que vous demandez. Quant aux habillements pour les demi-brigades que vous avez sous vos ordres à Livourne, l'essai qu'on en a fait sur la 75e a si mal réussi, qu'il est impossible de penser à leur en faire fournir dans cette ville ; mais on en fera faire à Milan." (Panckoucke : « Correspondance inédite officielle et confidentielle de Napoléon », t. 2 Italie ; Panckoucke : « Oeuvres de Napoléon Bonaparte », 1821-1822, t. 1, p. 236 ; Oeuvres complètes de Napoléon, Stuttgart et Tubingue, 1822, t.1, p. 282 ; The Bonaparte letters and despatches, Londres, 1846, t.2, p. 161 ; Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1262 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 1144).

Le 12 décembre 1796 (22 Frimaire an 5), le Général Bonaparte écrit, depuis Milan, au Général Berthier : "... Vous incorporerez une compagnie de grenadiers de la 26e, qui fait partie du 1er bataillon de grenadiers des Alpes, dans la 75e" (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1274 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 1145).

Le 20 décembre 1796 (30 Frimaire an 5), Bonaparte écrit, depuis Vérone, au Général Berthier, Chef de l'Etat-major de l'Armée d'Italie : "Je porte le citoyen Gruardet chef de la 75e et qui est porté comme chef de bataillon de la 4e d’infanterie légère" (Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 1176).

Le lendemain 21 décembre 1796 (1er Nivôse an 5), Bonaparte écrit, depuis Vérone, au Général Berthier : "Vous voudrez bien donner l’ordre au général Joubert de faire reconnaître les officiers suivants aux différentes demi-brigades de sa division, et prévenir chacun de ces officiers en particulier que j'ai demandé pour eux des brevets au Directoire exécutif.
4e DEMI-BRIGADE D'INFANTERIE LEGERE.
... Brives, Lacroix, Gruardet chefs des trois bataillons ...
" (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1304 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 1185). Gruardet refuse le grade de Chef de Bataillon à la 4e Légère pour rester à la tête de sa Compagnie de Grenadiers de la 75e, dans laquelle il a néanmoins le rang de Chef de Bataillon. Bonaparte le proposera de nouveau à ce grade le 7 août 1798, nouveau refus de l'intéressé, qui finira tout de même par accepter quelques jours plus tard.

Toujours le 21 décembre 1796 (1er Nivôse an 5), Bonaparte écrit, depuis Vérone, au Général Berthier : "Vous voudrez bien donner l'ordre au général Masséna de faire reconnaitre les officiers suivants aux différentes demi-brigades de sa division, et prévenir chacun de ces officiers en particulier que j'ai demandé leurs brevets au Directoire exécutif, et qu'en attendant ils jouiront des appointements attachés à leur grade ...
75e DEMI-BRIGADE DE BATAILLE.
Maugras, chef de brigade, commandant.
Grandot.
Camut, chef de bataillon, commandant le 1er.
Barbacane, chef de bataillon, commandant le 2e.
Baraire, chef de bataillon, commandant le 3e.
Taubin, capitaine des grenadiers, promu chef de bataillon chargé de l'administration.
Lagardère, chef de bataillon, commandant en second le 1er.
Loustaunau, capitaine, promu chef de bataillon, le 2e.
Gruardet, capitaine des grenadiers, promu chef de bataillon, le 3e.
Les citoyens Gardera et Damaye, chefs de bataillon, se retireront dans leurs foyers. Les prévenir que j'ai demandé leur retraite et qu'ils envoient leurs états de services au ministre.
... Vous ferez donner un cheval sellé et bridé au citoyen-Ragois, capitaine de grenadiers dans la 75e.
Mamet, fusilier au 3e bataillon de la 75e, fait caporal
" (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1305 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 1186).

Antoine Maugras devient donc Chef de Brigade de la 75e Demi-brigade le 21 décembre 1796 (1er Nivôse an V).

Jean Jacques-Antoine Vital François de Chambarlhac (baron de), Chef de brigade de la 75e, est promu Général le 22 décembre 1796 (2 Nivôse an V).

- Affaire de Saint-Michel

Le 12 janvier 1797 (23 Nivôse an V), l'ennemi ayant repoussé les avant-postes établis à Saint-Michel en avant de Vérone, la 75e Demi-brigade marche à sa rencontre, sous les ordres du Général Brune.

Les trois Compagnies qui sont envoyées en éclaireurs se portent avec la 2e Compagnie de Grenadiers sur une batterie que l'ennemi a établie sur la gauche de Saint-Michel et enlèvent de vive force une pièce de canon et son caisson sans tirer un coup de fusil.

Le Capitaine Laurin, le Sous-lieutenant Castès et le Caporal Verguet s'y précipitent les premiers. Le Capitaine Laurin est blessé, le Capitaine Chauchefoin et le Sous-lieutenant Castès sont tués.

Cinq Compagnies dn 2e Bataillon, commnandées par le Chef de Bataillon Loustonneau et à la tête desquelles se porte le Général Brune, sont chargées de cerner un Corps ennemi qui s'est retranché dans un château entouré de murailles très hautes et permettant de tourner le champ de bataille. Il est très important de débusquor de ce point les Autrichiens, qui de là font un feu terrible. Les Compagnies se portent avec impétuosité jusque sous les murs.

Le Général Brune, qui dirige l'attaque, reçoit une décharge de sept coups de feu et le commandant Loustonneau a le bras cassé par une balle. Ce Chef de Bataillon ayant été mis hors de combat, le Capitaine Garilhe prend le commandement, se fait élever par quelques hommes sur le mur et se jette à corps perdu dans la cour, à travers la fusillade. Le Grenadier Latreille le suit aussitôt en employant le même moyen. Le Tambour Geollère ne cesse point de battre la charge. Ils font à eux trois mettre bas les armes à tous les hommes qui s'y trouvent réunis. Ce trait de courage donne aux autres troupes le moyen d'entrer et de s'emparer du château, où l'on fait 500 prisonniers.

Le 1er Bataillon, qui est resté en réserve, ayant reçu l'ordre de marcher sur la droite autrichienne, charge l'ennemi avec une telle impétuosité qu'il le met dans une déroute complète, le poursuit au delà de Saint-Martin et lui fait un grand nombre de prisonniers.

Le 3e Bataillon est chargé de le tourner par la gauche vers Saint-Michel. Devant sa marche, les Autrichiens battent précipitamment en retraite dans le plus grand désordre.

Les Sergents Hauffmann et Salis,dans l'ardeur du combat, s'élancent seuls dans les rangs ennemis et emmenent plusieurs hommes prisonniers, malgré un feu des plus violents. Hauffmann est blessé.

Il y a, dans cette journée, 13 hommes tués et 36 blessés.

AU DIRECTOIRE EXÉCUTIF. Dans son Rapport adressé au Directoire exécutif, et daté du Quartier général à Vérone, le 18 janvier 1797 (29 Nivôse an 5), le Général Bonaparte écrit : "… Le 23, à six heures du matin, les ennemis se présentèrent devant Vérone, et attaquèrent l'avant-garde du général Masséna, placée au village de Saint-Michel. Ce général sortit de Vérone, rangea sa division en bataille, et marcha droit à l'ennemi, qu'il mit en déroute, lui enleva trois pièces de canon et lui fit 600 prisonniers. Les grenadiers de la 75e enlevèrent les pièces à la baïonnette ; ils avaient à leur tête le général de brigade Brune, qui a eu ses habits percés de sept balles ...
… la colonne ennemie, qui était déjà depuis longtemps en marche pour nous tourner et nous couper toute retraite, se rangea en bataille sur des pitons derrière nous. J'avais laissé la 75e en réserve, qui non seulement tint cette colonne en respect, mais encore en attaqua la gauche qui s'était avancée, et la mit sur-le-champ en déroute
" (Panckoucke : « Oeuvres de Napoléon Bonaparte », 1821-1822, t. 1, p. 272 ; Oeuvres complètes de Napoléon, Stuttgart et Tubingue, 1822, t.1, p. 316 ; Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1399 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 1300).

Dans la nuit du 12 au 13 janvier (23 et 24 Nivôse), l'ennemi ayant poussé ses patrouilles près du fort de Vérone et une vive fusillade s'étant engagée, la Demi-brigade se porte sur Saint-Michel et ne rentre qu'au jour.

Le 13 janvier 1797 (24 Nivôse an 5), Bonaparte fait écrire, depuis le Quartier général, à Vérone, à 5 heures du soir, au Général Masséna : "Le général Masséna partira, avec les 18e, 32e et 75e demi-brigades, pour prendre la gauche du général de division Joubert ..." (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1381).

- Rivoli

Dans la nuit du 13 au 14 janvier, la 75e Demi-brigade se porte sur Rivoli.

Le 14 janvier 1797, à 10 heures du matiun, les Autrichiens ont déjà gagné le revers du mont Magnone au delà de San-Marco.

Le moment est critique : Bonaparte pousse en avant le Général Joubert à la tête de la 39e Demi-brigade, qui a dù céder les retranchements d'Osteris; puis, pour faire fuace à la colonne autrichienne de Lusignan et couvrir le flanc gauche de l'armée française, il ordonne au Général Brune de gagner, avec la 75e Demi-brigade, les hauteurs de Tiffaro.

Le Général Brune, à la tête du 2e Bataillon, se porte sur le village de Tiffaro et l'enlève de vive force.

Le 3e Bataillon est chargé d'attaquer sur la gauche et de prendre l'ennemi en flanc. Il porte ses coups si à propos, concurremment avec le 2e Bataillon, que l'ennemi est chassé de toutes ses positions. Les Autrichiens perdent beaucoup d'hommes dans cette attaque et les deux bataillons de la 75e leur font un grand nombre de prisonniers. Mais à ce moment apparait la colonne de Lusignan, qui vient des environs d'Alti et s'avance sur les hauteurs de Tiffaro.

Malgré son infériorité, la brave 75e, à laquelle la 18e est jointe, charge de nouveau les Autrichiens et ne se retire qu'après avoir réussi à leur faire quelques prisonniers. Lusignan, alors, n'éprouvant plus de résistance s'empare du mont Brunisi et s'avance par les crêtes du mont Pipolo sur les derrières de l'armée française.

Bonaparte pensant que le Général Rey va bientôt déboucher d'Orza, sur les derrières de celle colonne, reporte en avant la 18e Demi-brigade légère et le 1er Bataillon de la 75e, avec une batterie de 12. Trois petites colonnes d'attaque se dirigent par Montidone sur la grande route et le chemin de Cosata.

Le 1er Bataillon de la 75e, opérant de concert avec la 18e, est chargé d'attaquer la droite de la colonne ennemie. Il gravit la montagne avec une grande impétuosité et, sans tirer un coup de feu, il parvient à culbuter la droite de la colonne Lusignan et à la chasser successivement des hauteurs dont elle s'est rendue maitresse. Lusignan, dépourvu de canon, se voit en outre décimé par l'artillerie et doit se retirer du mont Brunisi. Un de ses corps voulant tenir à la Croix de Pipolo, est écrasé par Rey, qui débouche d'Orza avec la 58e.

Dès lors, Lusignan, assailli de front par Mounier et Brune, avec la 18e légère elt la 75e, chargé à revers par Rey, avec la 58e, est complètement défait, et son corps ne trouve de salut que dans une retraite précipitée.

Beaucoup d'Officiers, Sous-officiers et soldats se sont distingués d'une manière particulière dans cette journée. Les Capitaines de Grenadiers Gruardet et Labat, le Capitaine Pomade et le Lieutenant Violard sont blessés, le Lieutenant Haim est tué.

Il y a 9 hommes tués et 29 blessés.

Le Capitaine Labat s'est battu corps à corps avec un Officier autrichien, qu'il a fait prisonnier.

Le Sergent Grangeon, du 3e Bataillon, ne consultant que son ardeur, s'est précipité seul au milieu d'un groupe ennemi et lui a fait mettre bas les armes.

Le Sergent Moulins et le Caporal Armand ont fait, à eux seuls, 28 prisonniers pendant le combat.

Le Sergent-major Refrognet, de la 3e Compagnie du 3e Bataillon, a donné, dans cette journée, des preuves de sa valeur habituelle : "A la tête de quelques soldats de sa compagnie, dont il s'était fait le partisan, il a grimpé la montagne le premier, au milieu du feu ennemi, et s'est élancé sur les Autrichiens, comme il l'a fait dans plusieurs occasions, avec un sang-froid et une intrépidité dignes d'éloges".

Dans la nuit du 14 au 15 janvier 1797, la Demi-brigade reçoit l'ordre de se porter, à marches forcées, sur Roverbella.

15 janvier 1797 (26 Nivôse an 5), Bonaparte écrit, depuis Villafranca, au Général Joubert : "Je vous apprends avec plaisir, mon cher général, que le général Augereau a attaqué hier l'ennemi, lui a pris quelques hommes, douze pièces de canon, lui a brûlé ses ponts, etc.
Vous avez bien fait de garder la 75e ; la victoire ne sera pas douteuse, et le succès de ce matin est d'un bon augure ...
" (Panckoucke : « Correspondance inédite officielle et confidentielle de Napoléon », t. 2 Italie ; Panckoucke : « Oeuvres de Napoléon Bonaparte », 1821-1822, t. 1, p. 267 ; Oeuvres complètes de Napoléon, Stuttgart et Tubingue, 1822, t.1, p. 311 ; The Bonaparte letters and despatches, Londres, 1846, t.2, p. 224 ; Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1389 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 1289).

- Bataille de la Favorite

Pendant que ces divers évènements s'accomplissent à Rivoli, le Général autrichien Provéra est aux prises avec le Général Augereau. La colonne ennemie s'est avancée le 10 vers l'Adige pour passer celle rivière, mais le passage n'a pu être tenté que le 13 janvier vers Anghiari. Provéra force le Général Guyeux à la retraite et, le 14, se dirige sur Nogara, où il bivouaque.

Augereau essaie de le joindre, mais il ne peut atteindre que son arrière-garde; il doit se contenter de brûler le seul pont par où Provéra, qui se dirige sur Mantoue, peut effectuer sa retraite.

Dès lors, Bonaparte essaie d'entourer Provéra. Victor, à la tête de deux Bataillons de la 57e Demi-brigade, et Masséna, avec les 18e, 32e et 75e, se dirigent sur Villafranca. Provéra arrive le 15 devant cette ville et se prépare à attaquer la citadelle, lorsqu'il est entouré par les troupes de Victor, Serrurier et Rampon.

Le 16 janvier, la 75e part de Roverbella pour se porter sur la Favorite.

Ce même jour, Wurmser essaie de sortir de Mantoue, où il est bloqué, en se dirigeant vers la Favorite et Saint-Antoine.

Victor. Dugua et Guyeux tiennent en échec la colonne Provéra et empêchent ce dernier de se lier avec Wurmser. Provéra, menacé de toutes parts, semble n'avoir aucune chance de salut, quand Miollis, commandant de la place de Saint-Georges, tente une sortie sur son flanc gauche. En même temps que Victor l'arrête en tête, les 32e et 75e Demi-brigades l'attaquent vigoureusement du côté de Castelleto, et Lannes le presse en queue. Provéra doit capituler.

Pendant le combat, qui a lieu sous les murs de Mantoue, le Général Bonaparte envoie un Adjudant général pour faire délivrer des cartouches à la 75e Demi-brigade, qui est en réserve, et qu'il veut porter en avant pour compléter le succès. Mais les soldats, impatients d'aborder l'ennemi, s'écrient ensemble : "Nous n'avons pas besoin de cartouches avec ces gens-là : nos baïonnettes nous suffisent !".

Le 17 janvier 1797 (28 Nivôse an 5), le Général Bonaparte écrit, depuis Vérone, au Général Berthier : "... Ordre à la 75e de partir aujourd'hui pour Vérone ..." (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1396 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 1291).

Le même 17 janvier 1797 (28 Nivôse an 5), le Général Bonaparte écrit encore, depuis Vérone, au Général Berthier : "La division du général Masséna sera composée des 20e demi-brigade d'infanterie légère, 18e demi-brigade d'infanterie de ligne, 25e idem, 32e idem, 75e idem, 3e régiment de dragons, 6 pièces d'artillerie légère, 6 pièces d'artillerie à pied.
Elle se réunira toute à Vérone et doit se tenir prête à marcher le 1er du mois ...
" (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1397 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 1292).

Le 20 janvier 1797 (1er Pluviôse an 5), le Général Bonaparte écrit, depuis son Quartier général à Vérone, au Général Masséna : "Le général Masséna partira demain, 2 du courant, avec la 20e demi-brigade d'infanterie légère, les 18e et 25e de ligne, le 3e régiment de dragons, quatre pièces d'artillerie à cheval et quatre pièces d'artillerie à pied, pour se rendre à Vicence, où il restera jusqu'à nouvel ordre. Il laissera à Vérone les 39e et 75e demi-brigades, avec tout le reste de son artillerie" (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1404 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 1308).

Le 24 janvier 1797 [(4 Pluviôse an 5), le Général Bonaparte écrit, depuis son Quartier général, à Vérone, au Général Berthier, Chef de l'Etat-major général de l'Armée d'Italie : "Il vient d'arriver 3300 paires de souliers. J'en ai fait la répartition de la manière suivante. 1800 paires au général Joubert, 150 à la 75e à Vérone, 150 à la 20e demi-brigade d’infanterie légère à Montebello, il faut que ceux-ci soient rendus avant cinq heures du matin à Montebello la 20e demi-brigade devant en partir à cette heure, 600 au général 600 au général Augereau" (Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 1322).

Le 1er février 1797 (13 Pluviôse an 5), le Général Bonaparte écrit, depuis son Quartier général, à Bologne, au Général Miollis : "Les services que vous avez rendus, citoyen général, tant à la première sortie de Wurmser qu’au combat de Saint-Georges et à la bataille de La Favorite vous donnent un titre précieux à la reconnaissance de l'armée.
Le combat de Saint-Georges que vous avez soutenu avec 500 hommes contre la division du général Provera sera mémorable dans l'histoire.
Vous m'avez parlé d'un sergent et d'un officier de la brave brigade qui depuis la bataille de Mondovi n'ont cessé de nous rendre des services importants. Je vous prie de vouloir bien proposer au général Sérurier un avancement pour ces deux braves militaires.
Je vous prie de faire connaître à la brigade que je la place pour le cas que je fais de sa discipline et de sa bravoure à côté de la 4e, de la 32e, de la 75e et de la 14e et de toutes les vieilles troupes auxquelles nous devons le succès de la campagne que Mantoue va couronner
" (Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 1345).

Le 26 février 1797 (8 Ventôse an 5), le Général Bonaparte écrit, depuis Bologne, au Général Berthier : "Vous voudrez bien, Citoyen, donner ordre au détachement de la 75e qui se trouve à Brignoles, département du Var, de partir sur-le-champ pour rejoindre sa demi-brigade à l'armée d'Italie, et d'employer, s'il est nécessaire, la force contre toute autorité civile ou militaire qui le retiendrait à Brignoles malgré le présent ordre, aucune autorité ne devant, d'après les ordres du ministre de la guerre, l'empêcher de rejoindre son corps" (Correspondance de Napoléon, t.2, lettre 1528 ; Correspondance générale de Napoléon, t.1, lettre 1410).

- Passages de la Piave et du Tagliamento.

Après des marches forcées, la 75e, faisant toujours partie de la Division Masséna, vient prendre part aux affaires qui ont lieu sur la Piave et le Tagliamento. Le 19 mars, sous les ordres du Général Brune, elle forme l'avant-garde de la Division Masséna et marche sur Pontaire, où l'ennemi est retraché.

Les éclaireurs et les Grenadiers s'emparent de la partie montagneuse et se précipitent, par là, sur les derrières de l'ennemi, qu'ils détruisent presque en entier.

- Combat de Tarvis.

Dans la nuit du 23 au 24 mars (3 au 4 Germinal), la Demi-brigade, qui forme l'avant-garde commandée par le Général Brune, marche sur Klein-Tarvis, où l'ennemi est en position.

Le combat commemce au point dn jour. Les éclaireurs forcent les premiers postes et les poursuivent sur la ligne de bataille. A 9 heures du matin, l'affaire s'engage avec vigueur. L'ennemi cherche à tourner l'avant-garde, qui combat seule contre le Corps d'armée commandé en personne par le Prince Charles.

Le 3e Bataillon est chargé de s'emparer des montagnes de gauche où les éclaireurs de l'ennemi sont déjà parvenus. Ce Bataillon fait une marche si rapide dans la montagne et charge l'ennemi avec une telle vigueur qu'en un instant il lui fait abandonner ses positions en lui faisant un grand nombre de prisonniers.

Quatre Compagnies du 2e Bataillon sont engagées contre une troupe ennemie qui s'est établie sur la montagne et parviennent à la chasser de ses positions.

Le 1er Bataillon attaque le centre de la ligne autrichienne avec une grande vigueur et le met en déroute.

Le lieutenant Trémisot est blessé grièvement. "Cet officier, à la tête de quelques éclaireurs, a justifié d'une manière particulière la bravoure qu'il a montrée dans toutes les affaires, et a été blessé en donnant ses soins à un officier autrichien".

La Demi-brigade a perdu 8 hommes tués, 17 blessés et 21 prisonniers.

/ Expédition d'Egypte, de mai 1798 au 1er septembre 1801

L'expédition d'Egypte ayant été décidée, une partie de l'Armée d'Italie est désignée pour participer à cette expédition. Les troupes et les convois sont réunis en quatre points différents : Toulon, Gènes, Ajaccio et Civitta-Vecchia. Bonaparte arrive à Toulon le 9 mai 1798.

- Embarquement.

Les transports réunis pour l'expédition sont au nombre de 400. L'escadre de l'Amiral Brueys sc compose de 13 vaisseaux de ligne, dont un de 120 canons, l'Orient, que doivent monter l'Amiral et le Général en chef.

La 75e est placée dans la Division du Général Kléber. Son effectif, au moment du départ, est de 1,785 hommes présents, qui sont embarqués sur le Francklin, le Spartiate, le Guerrier et l'Aquilon. Le Chef de Brigade est sur le Francklin.

- Départ de Toulon.

Le corps d'expédition part de Toulon, le 19 mai, au bruit du canon et aux acclamations de toute l'armée.

La flotte porte environ 40,000 hommes et 10,000 marins. Elle a de l'eau pour un mois, des vivres pour deux.

Elle est dirigée d'abord sur Gènes pour rallier le convoi réuni dans ce port sous les ordres du Général Baraguey-d'Hilliers; elle cingle ensuite vers la Corse, rallie le convoi d'Ajaccio, qui est sous les ordres du Général Vaubois, et s'avance dans la mer de Sicile pour se réunir au convoi de Civitta-Vecchia, sous les ordres du Général Desaix.

- Prise de Malte.

Le Grand Maitre de l'Ile de Malte ayant refusé à Bonaparte la faculté de faire de l'eau au passage, Malte est attaqué par l'Armée d'Egyple et tombe en notre pouvoir le 12 juin. Vaubois est laissé comme Gouverneur de l'ile avec 3,000 hommes.

- Débarquement en Egypte, prise d'Alexandrie

Lannes prend le 27 juin le commandement des 25e et 75e Demi-brigades.

Le 30 juin, on est en vue d'Alexandrie et le débarquement s'opère le 1er juillet. La Division Kléber, à laquelle appartient la 75e, débarque derrière les carrières qui avoisinent le marabout; elle est désignée pour former la colonne du centre, qui doit venir le jour même attaquer Alexandrie.

La 75e doit enlever d'assaut une des portes de la ville (porte de la Colonne). Un trou de brèche, fait à 15 pieds au-dessus du fossé, est élargi à la pioche et peut ensuite donner passage à un homme. Un Grenadier y pénètre le premier pendant que du bord du fossé on écarte les Turcs à coups de fusil. Quelques Officiers le suivent, se rassemblent et se retranchent sur le rempart; une écharpe, auprès de laquelle on se rallie. sert de drapeau; enfin une compagnie entière pénètre par la brèche. Les Turcs se sauvent à travers les jardins et la 75e vient se rassembler sur un petit monticule à l'est de la ville des Arabes.

Alexandrie fait sa soumission vers 3 heures du soir; cette affaire coûte à la Demi-brigade une trentaine d'hommes, la plupart, il est vrai, blessés à mort.

Le 3 juillet, le Général Dugua prend le commandement de la Division Kléber, qui est ainsi composée : 2e Demi-brigade légère, 25e et 75e Demi-brigades avec les généraux Verdier et Lannes et les 14e et 15e Dragons sous les ordres du Général Murat.

Maugras devient Général le 23 Septembre 1800 (1er Vendémiaire an IX).

Tambour-major 75e de Ligne 1807
Tambour-major du 75e de Ligne en 1807-1808, d'après le Manuscrit de Otto

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