LES CHEVAU-LEGERS DE LA GARDE DE HESSE-DARMSTADT, 1806-1813

 

Avertissement et remerciements : Ce travail est destiné à compléter et à corriger celui que nous avions publié dans le bulletin du Bivouac en 1994 et 1995. Il en résulte donc des différences notables en ce qui concerne l'interprétation des sources. Nous tenons à remercier ici tous ceux qui de près ou de loin, nous ont permis de le réaliser, tout particulièrement nos amis Edmund Wagner et Pierre Bourrilly qui nous ont largement ouvert leurs collections, et Markus Stein, qui nous a si gentillement permis de faire usage de ses trésors.

 

I/ Organisation et historique du Corps

 

a/ Le Régiment des origines à l'Empire

Après la dissolution des Gardes des Dragons en 1768, le Landgraviat de Hesse Darmstadt ne possédant plus aucune véritable troupe de cavalerie, on vit les Gardes du Corps et quelques unités de hussards affectés à des tâches de gendarmerie. Ce n'est donc qu'après l'avènement au pouvoir de Ludwig (Louis) X qu'est enfin ordonné la création d'un Régiment de Chevau-légers en 1790 dans le cadre d'une réorganisation. De là découle l'établissement de sa structure en date du 6 avril 1790. Le Régiment est effectivement formé sur le pied de 3 Escadrons le 26 février 1791. Son premier commandant est le Général major Georg Emil von Düring, qui le commandera jusqu'en 1795. Il tient garnison à Darmstadt et ses alentours.

Les Chevau-légers reçoivent leur baptême du feu le 2 décembre 1792 au cours de la prise de Francfort sur le Main et de Sachsenhausen. En 1793, ils combattent avec les impériaux sur le Rhin et le Lahn, ; du 5 au 25 avril, ils sont à Landau, puis prennent part au siège de Mayence du 6 mai au 23 juillet. Ils combattent notamment le 8 mai en avant-postes à Mainz-Kastell, puis le 28 novembre, à Rechin.

Après cela, le Régiment passe à la solde de l'Angleterre et combat aux Pays-Bas. Il mène un combat d'avant-postes à Coyghem le 4 mai 1794; combat à Beveren le lendemain; à Courtray les 10 et 11 mai; à Ingelmünster le 12; à Tourcoing les 17 et 18; à Bevern et à Hooglede le 13 juin; à Bellighem (Peteghem) le 23; à Gent le 24; à Alost le 6 juillet. Il mène également un combat au cours d'une patrouille à Minderhout le 12 août. Il combat ensuite les 27 et 28 août à Strybeke; à Tilburg le 6 septembre; il combat ou est engagé à Esch, Oisterwyk, Boxtel du 11 au 13. Enfin, il combat à Boxtel le 14.

De 1796 à 1803, le Régiment est commandé par le Général major Georg Ludwig Freiherr von Werners. En 1796, il est composé de quatre Escadrons (le premier est dit Leib-Eskadron), pour un effectif total d'environ 460 hommes sans l'Etat-major, soit : 1 Colonel, 1 Lieutenant colonel, 1 Major, 1 Capitaine (Rittmeister), 3 Capitaines d'Etat-major (Stabsrittmeister), 13 Lieutenants, 45 Sous-officiers, 4 Chirurgiens d'Escadrons, 8 Musiciens, 32 Schützen, 363 Chevau-legers. A cette date, le Régiment disposait de 61 chevaux pour les Officiers et de 266 chevaux pour les Escadrons.

 

b/ Campagne de 1806-1807 contre la Prusse et la Suède

Le Régiment prend le nom de Chevau-Légers de la Garde le 18 août 1806, après l'entrée de la Hesse-Darmstadt au sein de la Confédération du Rhin. En septembre 1806, la guerre avec la Prusse devenant inévitable, l'Empereur réquisitionna le 21 à Saint-Cloud les contingents de la Confédération. Immédiatement, le Grand Duc de Hesse donna l'ordre de mobliser ses troupes, mais cette mobilisation fut lente. Ce n'est que le 10 octobre que le Général von Werner, commandant du contingent hessois, put se mettre en marche avec un premier échelon, comprenant le Régiment de Chevau-légers; celui-ci, commandé par le Major von Dalwigk ne compte qu'un escadron de 120 chevaux, montés par de vieux cavaliers.

Après la victoire de Iéna le 14 octobre, le Régiment rejoint Spandau où il est chargé de la garde des prisonniers prussiens. Ainsi, le 3 novembre, 3000 prisonniers partent de Spandau, escortés notamment par 50 Chevau-légers. Pendant le trajet, à Lutzen, le Capitaine Schultz, qui commande les Chevau-légers, a une altercation avec le commandant d'arme de la localité. Ce dernier le fait mettre séance tenante en état d'arrestation et le Capitaine est reconduit à Darmstadt où il reçoit son congé. Dans l'intervalle, 1400 prisonniers sont parvenus à s'échapper.

Après cette mission, les Chevau-légers passent à la Division Rouyer, sous les ordres du Maréchal Ney, 6e Corps d'Armée. Dans la nuit du 26 au 27 décembre, ils repoussent à Bromberg 40 Hussards prussiens, puis, le 14 janvier 1807, sous la conduite du Lieutenant von Dalwigk, ils enlèvent à Friedstadt un convoi prussien de 14 voitures de farine destinées à la forteresse de Graudenz. Le 17 , la Division Rouyer passe au 1er Corps d'Armée de Bernadotte. Les Chevau-légers, avec la Division, doivent assièger Graudenz, sur la Vistule. Partis le 20, ils ont le lendemain un premier engagement le 21 avec des Chasseurs prussiens à Engelsburg, et un second le lendemain à Réhkrug. La combativité des Hessois est signalée par le Général Rouyer au Général Werner par un courrier parti le jour même.

Entre temps, les Russes ont lancé une offensive sur la basse Vistule, et la Division Rouyer doit abandonner le siège de la ville le 27. La Division se rassemble près de Löbau, et Rouyer emmène les Hessois à Rhéden. Il manque d'être enlevé à Bialakowo dans la nuit du 28 au 29 par un détachement de Gardes du Corps prussiens. Au cours de cette affaire, 6 Chevau-légers d'escorte du Général se défendent à coup de carabine dans leur écurie, sellent leurs chevaux et parviennent à s'échapper, tout comme le Général Rouyer qui, pour fuir, a du suater par une fenêtre, pieds nus, si bien que, de retour à Rhéden, ayant les pieds à moitiée gelés, il doit céder provisoirement le commandement de la Division au Général Werner. Division qui, par ailleurs, passe au 10e Corps de Lefebvre. Le 31, la Division reçoit l'ordre de se replier sur Thorn.

Après la défaite des Russes à Eylau, les offensives françaises reprennent. Le Corps de Lefebvre doit marcher sur Freistadt. Les Chevau-légers font maintenant partie de la Division de Cavalerie Espagne. Pendant la marche, les Chevau-légers, qui sont à l'avant garde, et notamment le Capitaine von Munchingen, se distinguent particulièrement le 8 février à Gross Schönwald contre les Dragons prussiens. Puis encore le 10, Munchingen charge près de Garnsée 60 cavaliers prussiens, auxquels il prend 36 hommes et 29 chevaux. Dans les jours qui suivent, le Maréchal Lefebvre assiste sur la route de Marienwerder à un combat livré aux partisans du Général Rouquette (Corps de Lestocq); les Chevau-légers poursuivent les Prussiens jusqu'à Weisshof, ce qui leur vaut les félicitations du Maréchal qui leur lance : "on ne dira plus brave comme un Français, mais brave comme un Hessois !".

Le 3 mars, les chevau-légers reviennent sur Graudenz dont le siège reprend. Il s'achève avec la paix de Tilsitt le 9 juillet. Mais cela ne siginfie pas pour autant le retour au pays pour les Hessois, car il faut maintenant combattre le Roi de Suède, qui n'a pas renoncé à la guerre.

Les hessois partent le 17 assiéger les suédois réfugiés à Stralsund. Le 18 août, la place est occupée par les Français. La défaite suédoise s'achève par la capitulation de l'île de Rugen le 7 septembre, puis son occupation par les troupes du Maréchal brune le 9. Le 25, le Régiment de Chevau-légers ne compte plus que 3 officiers et 51 hommes (S.H.A.T, C2, 485).

Les Hessois demeurent sur l'île jusqu'au 20 octobre. Ils sont ensuite cantonnés sur les rives de la Peene, et les Chevau-légers assurent le service des avants postes. Le 27 , ils sont renforcés par l'arrivée de Darmstadt de renforts commandés par le Colonel Chamot, ce qui porte les effectifs à 3 escadrons. Ces hommes ont parcouru 100 milles (28 étapes de 26 à 28 kms) et n'ont été perdus en route que 1 Sous officier, 1 cavalier, 3 chevaux de selle et 2 de trait. L'organisation est alors la suivante :

- En campagne : Capitaine von Munchingen I, Second lieutenant von Breitenbach I, Second lieutenant von Breitenbach II, Chirurgien Bohn, 1 wachmeister, 1 quartier maître, 3 caporaux, 2 trompettes, 53 gardes. Total : 64 hommes.

- Renforts commandés par le Colonel Chamot : 6 officiers, 21 sous officiers, 5 trompettes, 229 chevau-légers, 8 hommes d'état major, 16 hommes du train, Total : 285 hommes et 286 chevaux.

Total général : 349 hommes ( Sauzey, page 352 indique : "11 Officiers, 349 hommes, - 36 chevaux d'Officiers, 351 de troupe et 15 de trait").

Le 11 novembre, le Régiment part, sous la conduite du Général Werner, pour Bayreuth et parvient à Darmstadt le 30 décembre, où il est accueilli en triomphe.

 

c/ Campagne de 1809 contre l'Autriche

Fig. 3

En 1809, le Régiment reprend du service contre l'Autriche. Aussitôt mobilisé (ordre au Colonel Chamot en date du 31 janvier), il comprend 340 hommes, soit 3 escadrons de 100 chevaux, sous les ordres du Colonel Chamot, des Capitaines von Dalwigk, von Amerungen, et von Munchingen.

Composition du Régiment : 1 Colonel, 1 Major, 2 Capitaines, 3 Premier-lieutenants, 4 Second-lieutenants, 5 Wachtmeister, 3 Quartier-maîtres, 21 Caporaux, 7 Trompettes, 24 Schutzen, 241 Cavaliers, 1 Chirurgien, 2 Chirurgiens en second, 1 Pferdeartz (vétérinaire), 1 Sattler (Maître sellier), 3 Schmieden (Maîtres forgerons), 20 hommes du Train.

Etat major : Colonel commandant Chamot, Second lieutenant et Adjudant Ruchler, Chirurgien Bohn, Vétérinaire Weisternitzky.

Leib Eskadron : Capitaine von Dalwigk, 1er Lieutenant von Boyneburg, 2e Lieutenant von Uttenrodt.

2e Escadron : Capitaine von Amerungen, 1er Lieutenant von Breitenbach I, 2e Lieutenant Roniger.

3e Escadron : Major von Munchingen, 1er Lieutenant von Umbgrove, 2e Lieutenant von Breitenbach II.

Le contingent hessois quitte Darmstadt le 21 mars pour Margentheim où se trouve le 4e Corps (Masséna). Il doit faire partie de la Division Carra Saint Cyr. Par la suite, l'Empereur décidé d'intégrer les Chevau-légers dans la Division de cavalerie du Général Marulaz (3e, 14e, 19e et 23e Chasseurs à cheval, Dragons légers badois), ce qui est effectif le 9 avril, jour de l'arrivée du Régiment à Augsbourg. A cette époque, le Major von Munchingen remplace Chamot malade à la tête du Régiment. Le 22, Marulaz entre à Vilsbiburg. "La division continuant son mouvement, les chevau-légers hessois formant la tête de colonne, fit 3000 prisonniers et atteignit l'ennemi qui s'était rallié à Feichten, à une demi-lieue en arrière de Neumarkt (Bavière). Les Hessois et le 1er escadron du 19e chasseurs le chargèrent vigoureusement pour le forcer de quitter cette position, mais à la sortie du défilé il présenta plusieurs lignes qui, croisant leurs feux, forcèrent cette troupe à rétrograder en arrière du défilé..." (Saski, "Journal historique des opérations militaires de la division de cavalerie légère du 4e corps de l'armée d'Allemagne"). "Une charge de cavalerie exécutée avec vigueur par une partie du 19e de chasseurs et le régiment de Hesse a suffit pour balayer la petite plaine en avant de cette ville. Le chef d'escadron Lebrun du 19e régiment et le major Münchingen se sont parfaitement conduits" (Bessières à l'Empereur, Neumarkt, 23 avril 1809). Au cours de cette affaire, le Major von Munchingen, blessé d'un coup de lance, est sauvé par ses cavaliers des uhlans autrichiens qui allaient le capturer.

A la fin de la journée, la division se remet en marche, traverse Neumarkt, et prend position pour la nuit à Unter Rohrbach ; les Chevau-légers sont chargés de garder et d'éclairer la route de Mühldorf. Toute la nuit, les alertes se multiplient et les hommes doivent demeurer à cheval. Une succession d'affrontements contre les troupes autrichiennes témoigne de l'intrépidité des Chevau-légers, qui est remarquée par tous les Officiers généraux. Ainsi, Marulaz, après l'affaire de Feichten, écrit au commandant des Chevau-légers : "Monsieur le Major, j'ai rendu compte à S. E. le duc d'Istrie de la conduite distinguée du corps que vous commandez, dans le combat de Feichten près de Neumarkt le 22 avril, et j'ai fait connaître à son Excellence le maréchal commandant en chef que, malgré une blessure, vous aviez tenu à continuer la campagne et à commander votre régiment. J'ai demandé pour vous l'aigle de la Légion d'honneur, et j'espère que Sa Majesté, satisfaite de vos services distingués, donnera satisfaction à ma demande. Je me suis même, dans un entretien avec l'Empereur, étendu sur la particulière satisfaction que m'avait donnée le régiment des chevau-légers hessois de la Garde...".

Le 23 au matin, l'Escadron du Capitaine von Dalwigk est détaché pour se porter à Mühldorf afin de reconnaître le pont de cette ville et éclairer les routes de Munich et Wasserburg. En fait, le pont a été détruit dans la nuit, et l'ennemi s'est retiré la veille au soir. Une reconnaissance de 25 chevaux et 1 Officier, envoyée sur la route de Munich, tombe non loin de Mühldorf sur 50 Hussards autrichiens, que l'Officier hessois charge vigoureusement. L'ennemi se retire sans demander son reste. La reconnaissance a en tout cas appris qu'il y a encore à Munich de l'infanterie et de la cavalerie autrichienne. A la suite de quoi les Chevau-légers sont placés en arrière de Mühldorf, en vue d'une attaque ennemie. Celle ci se produit vers sept heures du soir, obligeant la Division à reculer en arrière de Neumarkt.

Dans la nuit du 23 au 24, à minuit, les Chevau-légers sont surpris dans leurs bivouacs par une forte colonne autrichienne. Obligés de monter rapidement à cheval, ils se retirent derrière de l'infanterie bavaroise qui par un feu nourri, arrête l'advsersaire. Cette affaire a coûté un certain nombre de prisonniers aux Hessois.

La marche en avant reprend le 27; les Chevau-légers franchissent l'Inn, se rendent à Alt Aetting et Titmaning le 28, à Burghausen le 30. Ce jour là, les Chevau-légers sont passés en revue par l'Empereur qui décore de la Croix le Major von Munchingen, le Lieutenant Umbgrove et le Wachtmeister Sommerlad.

Fig. 4
Fig. 5
Fig. 6
Fig. 7

La marche en avant reprend. Le 2 mai, une colonne tombe sur l'ennemi à Neumarkt. La pointe des Chevau-légers, engagée dans une mauvaise direction après avoir traversé cette ville, n'a pas été suivie par le gros du Régiment qui s'avance en colonnes par quatre, sans être couvert en avant, sur une route bordée de fossés profond d'où il ne peut sortir pour se déployer. Il est alors menacé dans cette position par des escadrons de Uhlans autrichiens, puis par des Chasseurs tyroliens. Le capitaine Chef d'escadron von Dalwigk, âgé de 24 ans, est tué à la tête de la colonne. Un Chevau-léger tombe mort à côté de lui, et plusieurs autres sont blessés. Cette affaire oblige Marulaz revenir sur Scharding le 3 mai et à se rallier à Masséna le 4. Le Régiment quant à lui ne comprend plus que 140 chevaux dans le rang. Il a du laisser en route la moitié de son effectif, blessé ou fourbu.

Le passage du Danube débute le 20 mai. Marulaz franchit les ponts le 21 au matin; il défile devant l'Empereur, et le Régiment de Chdevau-léger va aussitôt prendre les avants postes devant Aspern. C'est lui commence la bataille. Dans le premier engagement de la journée, le Lieutenant von Breitenbach est blessé (Martinien indique qu'il est mort des suites de ses blessures en mars 1810). Au cours de cette bataille, les Chevau-légers prend part aux deux atatques menées contre les Autrichiens. Le lendemain, vers Essling, le Régiment comme toute la Division Marulaz, souffre considérablement du feu de l'artillerie ennemie. En deux jours, il a perdu 7 tués, 8 blessés, et 52 chevaux tués; 4 Officiers ont eu des chevaux tués sous eux. Le Régiment, ramené dans l'île Lobau, y bivouaque avec tout le corps de Masséna, et commence par demeurer trois jours sans vivres et sans fourrages.

Le repos est de courte durée car Marulaz est envoyé par Brück à Thet sur la Leitha au sud de Raab, pour aider à la liaison de la Grande Armée avec l'Armée d'Italie. Il revient le 4 juillet à Kaisers-Ebersdorf, bivouaque à Lobau et débouche le 5 sur la rive gauche du Danube. L'ennemi est attaqué à Enzensdorf, et au cours de cette journée, les Chevau-légers sont engagés par deux fois contre le Régiment autrichien des Hussards de Hesse Hombourg. Le 6, à Aderklaa, ils sont lancés sur une batterie autrichienne de 10 pièces établie à la droite de ce village. Ils entrent dans la batterie, sabrent les cannoniers, et s'emparent des canons. Mais l'ennemi contre attaque; la batterie est reprise, et les Chevau-légers doivent retraiter, sous la menace d'une attaque des Cuirassiers autrichiens. Fort heureusement intervient une charge de la Division Lasalle qui repousse les escadrons autrichiens. Au cours de cette affaire, le Lieutenant von Amerungen et 19 Chevau-légers ont été faits prisonniers; beaucoup de cavaliers ont été blessés, dont le Lieutenant Glock.

Les Chevau-légers ne combattent pas le 7 juillet. Ils sont simplement employés comme soutien d'une batterie. Mais le 8, ils prennent l'avant garde, et le 9, en continuant ce service, ils sont attaqués par les Hussards autrichiens, rompus, dispersés et presque détruits. Le Lieutenant colonel von Münchingen arrive à grand peine à rallier à Stockerau une poignée de ses cavaliers. Il n'a plus en effet sous ses ordres que 26 chevaux. Mais les effectifs sont bientôt renforcés par le retour d'hommes restés en arrière, démontés, perdus ou légèrement blessés. Le Régiment reprend donc sa marche sur Znaïm. C'est alors qu'il apprend le 12 la conclusion de l'armistice qui met fin aux hostilités. Le Corps de Masséna prend alors des cantonnements en Moravie.

Au cours de la période de repos, le Lieutenant colonel von Münchingen remet de l'ordre dans l'équipement et l'armement de ses Escadrons. Le régiment par ailleurs a reçu le 2 juin une gratification de l'Empereur de 40000 francs, somme employée à verser à la troupe l'équivalent de deux mois de solde, et à des réparations diverses. Selon un rapport du Lieutenant colonel daté du 12 août, on ne put trouver à Vienne ni cheval de remonte, ni selles hongroises ; la capitale fournit par contre des sabres, des carabines et des pistolets. Le 15 août, le Régiment est envoyé en garnison à Vienne. Le 14 septembre, il fournit 60 chevaux pour la ligne de relais établie entre Vienne et Passau. Au cours de son séjour à Vienne, une rixe entre Chevau-légers et soldats français portant sur une "beauté de vertue facile amenée là par les cavaliers hessois" dégénère en véritable bataille rangée, interrompue par l'intervention de la Gendarmerie, qui arrête plusieurs cavaliers. L'Empereur, informé du fait, se fait alors amener les cavaliers hessois, et après une verte semonce, les renvoie libres en leur disant "Vous êtes de vrais endiablés !". C'est à cette époque que le Prince Emile de Hesse Darmstadt est nommé Colonel du Régiment par le Grand Duc, en remplacement du Colonel Chamot, à qui sa santé ne permettait plus de conserver le commandement actif.

Le 14 octobre est conclue la paix de Schönbrunn. Un mois plus tard, le Régiment se rend à Gmund où il entre proivsoirement dans la composition de la Division Duponchel. Le 18 novembre, il part pour Reichenau, et de là, rentre à Darmstadt le 21 janvier 1810. Au cours de la campagne, il a perdu 2 Officiers et 30 cavaliers tués, 2 Officiers et 36 hommes blessés, et 180 chevaux, dont 110 restés sur le champ de bataille.

 

d/ Campagne de 1812 contre la Russie

En janvier 1812, Napoléon prépare l'invasion de la Russie. Le Major général ayant invité le 16 janvier 1812 le grand-duc Louis à préparer ses troupes, ce dernier mobilisa et mit en campagne le Régiment de Chevau-légers, sur le pied de trois escadrons, soit 12 Officiers et 440 hommes, sous les ordres du Colonel von Dalwigk. La cavalerie est montée et équipée comme elle ne l'a encore jamais été, nous dit Sauzey.

Pour la campagne donc, le Régiment est mis sur le pied de 440 hommes, soit : 12 Officiers, 2 Mittelstabspersonen, 40 Sous officiers, 10 Trompettes, 375 Gardes chevau-légers, 16 Soldats du train, 3 Schwadronschmiede ( ? ).

Etat major : Colonel von Dalwigk, Adjudant lieutenant Sommerlad.

1° Escadron : Capitaine von Boyneburg, 1° Lieutenant Roniger, 2° Lieutenant von Boltog, 2° Lieutenant Comte Ysembourg.

2° Escadron : Capitaine von Breitenbach, 2° Lieutenant von Bufeck, 2° Lieutenant Lippert.

3° Escadron : Capitaine Ruchler, 2° Lieutenant Bosfeld, 2° Lieutenant De Brandis.

Le 9 février, Berthier prescrit au contingent hessois, placé à l'origine sous le commandement du prince Emile, d'être le 17 du même mois en route pour Magdebourg ; il doit ensuite être dirigé sur la Poméranie prussienne et le Mecklembourg. En exécution de ces instructions, les Hessois quittent Darmstadt les 17 et 18 février en deux colonnes; les Chevau-légers se trouvent au sein de la 2e colonne. Magedbourg est atteint le 5 mars. De là, les Chevau-légers, avec le prince Emile, sont dirigés sur Stettin où ils arrivent le 22. Un escadron est détaché à Kustrin. Quelques jours après, le Maréchal Davout traverse Stettin en se rendant à Thorn et les Chevau-légers lui fournissent une escorte d'un escadron qui l'accompagne dans cette dernière place (29 Mars). Le Régiment est donc dispersés dans toute la Poméranie prussienne où ils assure le service de correspondance.

Au milieu du mois de mai, le Régiment est enfin concentré autour de Koslin. De là, il reçoit l'ordre de rejoindre à Dantzig le 9e Corps du Maréchal Victor, Division Fournier, 30e Brigade Delaitre, corps qui devait se rassembler à Tilsit. La mission du 9e Corps était de servir de réserve à la Grande Armée et de soutien aux 2° et 6° Corps chargés de couvrir la gauche de la grosse masse de l'armée, dans son mouvement sur Moscou.

A Dantzig, le Régiment est passé en revue par le Général Rapp, gouverneur de la place, qui le fait manoeuvrer devant lui. Le Colonel von Dalwigk est complimenté sur la belle tenue et l'instruction de ses escadrons. Sentiment partagé par le Colonel qui écrit lui même de Dantzig au Prince Emile "Je trouve que le régiment, en comparaison des autres régiments de cavalerie que j'ai vus jusqu'ici, est toujours le meilleur".

De Dantzig, les Chevau-légers gagnent Marienburg (27 juillet), Elbing, Königsberg (14 août). Là, ils s'établissent dans de mauvais cantonnements aux environs de la ville, que le 9e corps quitte seulement le 30 août pour se rendre à Kowno par les deux rives du Nièmen. Le 9e Corps arrive à Vilna le 9 septembre; Fournier donne alors l'ordre d'abattre tous les chevaux blessés de la Division qui ne pourraient pas être rétablis en quinze jours. La marche reprend ensuite sur Minsk, Orcha. Smolensk est atteint le 29 septembre. Depuis le départ de Tilsit, la Division Fournier a fait l'avant-garde du Corps d'armée.

Le 9e Corps avait reçu l'ordre d'attendre la Grande Armée à Smolensk. Mais le changement de situation va amener Victor à prendre également le commandement du 2e Corps ; et à partir de là, il est chargé de protéger la retraite de la Grande Armée en la couvrant sur sa droite contre les entreprises de l'armée russe de Wittgenstein. Les Chevau-légers, toujours sous les ordres du Général Fournier, se trouvent désormais associés aux Cuirassiers du Général de Division Doumerc, et participent à de nombreux combats d'avant garde.

Les deux Corps réunis se portent le 4 novembre à Torbinka et le Général Fournier occupe ce jour-là le château de Crasnagora. Le 5, la cavalerie atteint Lukomlia. Dans la matinée du 6, trois escadrons russes bousculent les avant-postes du Général Fournier et fondent sur le village de Lukomlia. Les Chevau-légers montent rapidement à cheval et gagnent, en arrière de la localité le point de rassemblement assigné à la Division. Pendant cette évacuation, le Colonel von Dalwigk, fait une chute de cheval et ne parvient à s'échapper que grâce au dévouement de quelques-uns de ses hommes qui le dégagent et le remettent en selle au milieu des cavaliers ennemis. Après s'être rassemblés, et sans attendre l"arrivée des autres régiments, les Chevau-légers contre attaquent au moment où les Russes débouchent du village de Lukomlia. Ceux ci, repoussés, ont 10 tués et 20 prisonniers.

Le lendemain, nouvelle attaque des Russes qui engagent 5 escadrons, 2 bataillons de grenadiers et 2 pièces de canon ; le pont de Lukomlia est défendu avec opiniâtreté par les carabines des Chevau-légers hessois et des Lanciers de Berg, mais après deux heures de combat, l'infanterie ennemie s'empare du village et s'y établit. La cavalerie russe ataque alors les deux Régiments allemands; mais elle est arrêtée par le feu d'une demi-batterie à cheval badoise et l'arrivée de l'avant-garde du Maréchal Victor formée par la Division Legrand. Celle-ci se porte aussitôt sur Lukomlia d'où elle chasse l'ennemi qui bat ensuite en retraite.

Au cours des combats des 6 et 7 novembre, les Hessois ont eu 19 blessés. Leur conduite est louée par le Général Legrand dans son ordre du jour consécutif à ces affaires : "... Tout le monde, depuis le premier officier jusqu'au dernier soldat, a montré la meilleure bonne volonté, et je félicite particulièrement le capitaine de Breitenbach et le lieutenant de Busseck, des chevau-légers hessois, qui ont chargé deux fois avec une fraction du régiment et deux fois repoussé l'ennemi; le lieutenant Bosfeld qui soutenait les tirailleurs, et le lieutenant comte Ysenburg, commandant la grand-garde du capitaine Küchler...".

Après ces combats, le 9e Corps se sépare du 2e et prend la direction de Czaznicki. Le 12 , l'avant-garde, formée des Hussards badois et des Chevau-légers hessois charge et bouscule à Truchanowicz la cavalerie et l'artillerie russe. Le 14 a lieu le second combat de Czaznicki ; le 9e Corps attaque les Russes, sans résultat. Le lieutenant Sommerland est blessé au combat de Smoliany. Le 9e Corps bivouaque sur place, par un froid terrible, l'attaque décisive devant avoir lieu le lendemain. Mais au cours de la nuit arrivent de nouvelles instructions de l'Empereur, et le lendemain, le 9° Corps bat en retraite et se rapproche de la ligne de marche de la Grande Armée. Il bivouaqueà Sobolie, puis gagne Pulski le 16 sur la route de Senno, Ulianowicz le 17, et Tchéréïa le 20 novembre où il remplace le 2° Corps appelé sur la route de Smolensk à Vilna. Le 9° Corps est à Chlopnicki les 22 et 23 novembre, et à Batury le 24. Là, son arrière-garde, commandée depuis le 14 par le Général Delaitre, est sérieusement engagée. Le froid est si intense que les cavaliers ne peuvent rester en selle plus d'une demi-heure, si bien que Delaitre les autorise à mettre pied à terre et à faire du feu, comme l'infanterie. Dans cet engagement, les Chevau-légers sont repoussés par l'ennemi est recueillis par un bataillon français.

Le 25 à deux heures de l'après midi, le 9e Corps arrive près de Locknitza. Il établit ses bivouac sur la grande route près de cette localité et voit arriver les débris de la Grande Armée. Après une nuit terrible, le 9e corps se dirige ensuite sur Borisow le 26, puis sur Studienka dans le but de tenir la rive gauche, laissant à Borissow la Brigade Delaitre et la Division Partouneaux. Les Chevau-légers pour leur part sont eux à Studianska afin de tenir la rive gauche de la Bérézina.

Entre temps, la Brigade Delaitre et la Division Partouneaux ont été pris par les Russes (la nouvelle ne sera connue que bien plus tard). Victor ne dispose plus pour combattre que de la Division Girard, de la Brigade de Berg et de la Brigade de Cavalerie du Colonel badois de Laroche (Hussards de Bade et Chevau-légers hessois). Il doit protéger le passage des parcs de l'armée et des trainards et des isolés qui s'entassent sur la rive de la Bérézina, et préserver le plus longtemps possible les ponts qui permettent de la franchir, tout en retenant l'armée russe.

Le 28 au matin, une patrouille badoise, partie à la recherche de la Division Partouneaux, est bousculée par la cavalerie russe, mais elle est recueillie par l'escadron hessois du Capitaine von Boyneburg qui doit ensuite battre en retraite. Boyneburg tombe alors sur le Maréchal Victor et pendant qu'il lui fait son rapport, un boulet frappe le sol si près d'eux qu'il les couvre de neige et de terre. Un peu plus tard, comme la Division Gérard, qui occupe le centre du dispositif de Victor, n'avait point d'appui, la cavalerie de Laroche est placée derrière elle. La participation des Chevau-légers aux côté des Hussards badois nous est connu grâce au rapport du Colonel von Dalwigk, adressé au Prince Emile de Hesse :

"Vers onze heures du matin, à la rentrée des patrouilles, les régiments se dirigent en colonnes sérrées sur leurs positions, l'artillerie est mise en batterie, et la cavalerie est chargée de la couvrir jusqu'à nouvel ordre.

Ces mouvements étaient à peine exécutés que les troupes légères ennemies apparaissent et engagent avec les nôtres un combat de tirailleurs; l'artillerie russe entre en ligne, et un feu croisé d'artillerie a lieu au dessus de notre cavalerie qui n'en souffre pas trop, car les boulets passent trop haut ou bien ricochent à peine jusqu'à nous. Bientôt débouche un régiment d'infanterie russe (le 34e); il sort d'un petit bois et se forme en carré en vue d'une batterie de notr droite. Je le charge, mais je dois me replier sur la batterie. Avec le secours des hussards badois, je renouvelle ma charge, j'enfonce le carré et nous prenons tout ce qui n'est pas sabré. Ce petit avantage remporté sur l'ennemi nous remplit de confiance et nous continuons notre attaque, malgré le feu d'artillerie et de la mousqueterie. Nous devons traverser un défilé étroit au delà duquel l acavlerie ennemie est en réserve à l'abri d'un bois. Cette circonstance rend notre marche difficile, et la cavalerie russe - cuirassiers en grande partie - ne nous laisse pas le temps de nous déployer; elle attaque avec violence les chevau-légers hessois et les hussards badois (ceux-ci forts encore de quatre petits escadrons); nos chevaux exténués ne peuvent soutenir le choc, et nos cavaliers sont presque tous tués ou faits prisonniers...

50 chevau-légers et autant de hussards se rallient pourtant sous les boulets, et ave cette petite troupe, je tiens tête à l'ennemi jusqu'à la nuit, et couvre le régiment d'infanterie saxonne "de Low" qui s'était formé en carré devant la menace d'attaque des cosaques.

A six heures du soir, le feu d'artillerie cessa, l'ennemi se retira sur ses positions, et nous conservâmes les nôtres...".

Le soir du 28, il ne reste aux Chevau-légers que 25 à 30 hommes en état de combattre. Ont été blessé le Capitaine chef d'escadron von Boyneburg-Langsfeld (blessé au genou et à la tête), le Lieutenant Glock, le Lieutenant von Boltog (d'une balle et d'un coup de baïonette, et décédé ensuite), le lieutenant Comte Ysemburg (coup de lance à la poitrine et trois contusions de balles).

Dans la nuit, le 9e Corps passe la Bérésina, et les ponts sont rompus le 29 au matin. Pendant ces heures tragiques, les Chevau-légers font encore de nouvelles pertes : le Capitaine Küchler, malade et transporté avec les bagages du corps, tombe avec eux aux mains des Russes; le Lieutenant Brandis, malade également, se noie en passant les ponts. Le Colonel von Dalwigk, épuisé par les fatigues et terrassé par le froid, a perdu l'usage de la parole. Il reste néanmoins à la tête des débris de son régiment; au passage de la Bérésina, s'étant écarté de ses cavaliers, il tombe à l'eau et va disparaître quand il est sauvé par un soldat hessois du train, qui reconnaît à son manteau blanc un Officier de sa nation. Le Lieutenant Lippert, envoyé en patrouille et coupé des ponts par l'ennemi, se jette à l'eau avec ses 12 cavaliers, se fait un chemin à travers les glaçons et parvient à aborder sur l'autre rive.

Le 29, tandis que le 9e Corps se met en route pour Zembin, les restes des Chevau-légers (et des Hussards badois) sont commandés pour faire le service au quartier général du maréchal Victor. Ils l'accompagnent par Ilia (3 décembre), Malodeczno, Vilna (8 décembre) et Kowno (le 12) De là, ils se rendent à Marienwerder. Des éclopés, des hommes malades ou perdus en route, des isolés rejoignent en ce point. Le 4 janvier 1813, le Régiment a 5 Officiers, 83 cavaliers et 36 chevaux. Le 9, il reçoit l'ordre de partir pour Stettin, mais en arrivant à Neu Stettin, le Colonel von Dalwigk apprend par une instruction du Major général Berthier que le Régiment est renvoyé à Darmstadt.

Le Régiment, passant par Berlin, Brunswick et Cassel, arrive à Darmstadt le 17 février; il ne compte plus que 42 hommes et 21 chevaux. Tout le reste est tombé sur le champ d'honneur, prisonnier aux mains de l'ennemi, mort dans la retraite ou demeuré dans les hôpitaux.

 

e/ Campagne de 1813

A peine le Régiment est il rentré de Russie que l'on prépare déjà une nouvelle armée en vue de la campagne à venir. Ainsi, l'Empereur écrit il le 13 mars au Maréchal Ney, commandant du 3e Corps : "Le Grand Duc de Hesse-Darmstadt ... vous fournit aussi un régiment de 600 chevaux; ces 600 chevaux ne sont pas encore disponibles, mais il y en a 300 prêts à partir...". De même, il écrit de nouveau à Ney le 20 que les Chevau-légers doivent faire partie de la Brigade de Cavalerie légère commandée par le Général Beaumont. Celle ci doit être placée à Schweinfürth, où il y a suffisamment de fourrages. La Brigade Marchand est elle même rattachée à la 39e Division (Général Marchand).

 

Chevau-léger d'après H. Knötel, extrait de l'Album sur la Guerre de Libération en 1813; vignette 166

La réorganisation du Régiment et du dépôt a été confiée au Colonel von Münchingen. Le 22 avril, 2 Escadrons de Chevau-légers (soit 10 Officiers, 328 hommes et 350 chevaux), composés essentiellement de recrues et montés de jeunes chevaux, se mettent en marche. Ils doivent être dirigés par Hanau, Fulda, Eisenach, Erfürth et Leipzig sur Dresde.

Le 2 mai, alors que l'armée française marche sur la route de Leipzig, elle est brusquement attaquée sur son flanc droit par l'ennemi. Le 3e Corps, qui couvrait la droite de l'armée, occupait encore ses bivouacs de la nuit au moment de l'attaque. Les Divisions de Ney sont assaillies par des masses profondes qui sortent de Pégau et veulent déboucher par Lützen pour couper les communications de l'Armée française. Au cours de la bataille sont blessés les Lieutenants Elier, Seip, et von Gehren II.

Les Chevau-légers arrivent à Dresde le 9 mai. Mais il ne reste plus que 173 cavaliers. Plus de 100 chevaux ont été laissés en route, crevés, blessés ou malades, exemple nouveau de la fragilité d'une cavalerie de formation trop récente et des soins qu'elle exige pour être amenée à pied d'oeuvre avec des effectifs en bon état. Ils entrent alors dans la composition d'une Division de cavalerie confiée au Général Beaumont et rattachée au 6e Corps (Maréchal Marmont). Le même jour, il combat à Hoyerswerda ou le Lieutenant von Lüningk est blessé. Après une revue passée par l'Empereur à Dresde (11 mai), les Escadrons hessois ont une affaire d'avant-postes avec les Cosaques sur la route de Torgau, et partent de Reichenberg (15 mai) avec toute la Division en reconnaissance sur Grossenhain, où la cavalerie ennemi est bousculée. Beaumont se porte ensuite à Elsterwerda et Hoyerswerda.

Après Bauzen, la Division de cavalerie Beaumont est rattachée au 12e Corps d'Oudinot. Le rôle de ce dernier est de tenir en échec le Corps de Bülow signalé sur le flanc gauche de l'Armée. Oudinot se porte donc sur Luckeau par Hoyerswerda. Le 27, les Chevau-légers, en avant-postes, sont attaqués devant Tergen près de Hoyerswerda par la cavalerie du Général prussien Borstell. Celle ci est repoussée. Les combats autour de Hoyerswerda reprennent le 28 mais sans succés pour les Prussiens. Poursuivant sa marche en avant sur Luckau, Oudinot s'y heurte aux Prussiens le 4 juin; il pénètre dans la ville mais ne peut s'y maintenir. De là, il se retire par Sonnenwald, pressé par la cavalerie prussienne qui malmène fortement les Chevau-légers qui parviennent cependant à se rallier derrière une batterie, puis, revenant au combat, font 20 prisonniers.

Pils à dans ses mémoires relaté brièvement cet épisode : "A Luckau, les dragons de Hesse-Darmstadt qui étaient en éclaireurs revinrent au galop s'appuyer à deux bataillons qui devaient les soutenir : l'un d'eux enveloppa les dragons et se forma en carré".

Le 10 juin est conclu l'armistice de Pleswitz. Les Chevau-légers reçoivent des cantonnements à Lübenau avec le reste de la Division Beaumont. Celle ci se rend le 24 à Friedland près de Francfort sur l'Oder. Les Hessois sont à Gros Lauthen sur la Sprée, en face des avant-postes prussiens. Pendant l'armistice, la Division est passée en revue par l'Empereur à Cottbus et Lüben. Le 13 août, à Grosbeutel, 2 nouveaux escadrons, forts de 5 Officiers, 333 hommes et 361 chevaux, viennent compléter le Régiment de Chevau-légers. Napoléon a vu ces deux escadrons de renfort à leur passage à Dresde le 9 août.

Le 14, le Général Beaumont inspecte la Division dans ses bivouac au sud de Baruth. Les Chevau-légers sont désormais embrigadés sous les ordres du Général Wolf, avec des Chevau-légers bavarois et le Régiment de Chevau-légers de la Garde de Westphalie.

L'armistice prend fin le 16 à minuit. En conséquence, les Chevau-légers occupent dans la nuit le village de Zesch, situé en face des avant-postes du Général Borstell. Ils se font surprendre par les Prussiens, et ont 13 blessés, plus 62 hommes et 83 chevaux pris par l'ennemi. A partir du 19, Oudinot, qui coordonne l'action des 4e, 7e et 12e Corps, lance une offensive sur Berlin, mais la Brigade du Général Wolf demeure à Baruth jusqu'au 21. Cependant, un escadron des Chevau-légers participe à une reconnaissance menée sur la route de Zossen, qui bouscule le 19 à Jachzenbrück les avant-postes prussiens. Le 1er septrembre, la Brigade Wolf est disposée en arrière du 4e Corps et les Hessois sont aux avant-postes. Ils sont attaqués le 2 par des Cosaques et des Dragons russes appuyés par de l'artillerie. Les Chevau-légers doivent combattre à pied avec leurs carabines, et arrêtent la marche des escadrons ennemis; ils remontent alors à cheval et chargeant leurs adversaires, ils les obligent à la retraite. Aussi les Généraux Beaumont et Wolf témoignent ils leur satisfaction aux Hessois pour leur belle conduite dans ce combat, ce qui vaut au Capitaine von Boyneburg, et au Lieutenant Glock, d'être promus dans la Légion d'Honneur.

Oudinot parvient le 3 à Wittemberg. La Brigade Wolf se trouve en arrière du centre du 4e Corps. Pour la première fois depuis quatorze jours, les Chevau-légers dessellent leurs chevaux. Oudinot est alors remplacé par Ney qui reprend la marche sur Berlin. Le 5 septembre, à huit heures et demie du matin, Ney passe en revue la Brigade Wolf. A ce moment commence la fusillade qui marque le début des combats entre Zahna, Seyda et Juterbock. Les Chevau-légers sont envoyés en soutien d'une batterie ; malgré de fréquents changements de position, le Régiment souffre du feu de l'artillerie adverse. Le Colonel von Münchingen a la tête emportée par un boulet; son ordonnance et son second cheval sont également tués. Dans ses souvenir, le Lieutenant Bubna raconte : "Lorsque le colonel fut tué, j'étais auprès de lui : nous étions montés sur deux chevaux blancs, et le trompette qui nous accompagnait avait un cheval pie : c'était une cible bien tentante pour les artilleurs ennemis". Le Colonel est ensuite enterré au pied d'un grand arbre, près du hameau d'Euper.

Après que le Général Guilleminot, avec le 12e Corps, se soit emparé de Zahna, la cavalerie, dont les Chevau-légers, suit au trot l'ennemi ; au moment où elle franchit un ruisseau, elle est reçut sur l'autre rive par un feu de mitraille qui sème le plus grand désordre et oblige les cavaliers à revenir en arrière. Finalement, la Brigade Wolf installe ses bivouacs en arrière du village de Naundorf.

Le lendemain, en débouchant de Dennewitz sur Juterbogk, les trois Corps commandés par Ney tombent sur les Prussiens qui, au lieu d'être écrasés, parviennent à repousser les Français qui retraitent sur Torgau. Au cours de ce mouvement, les Chevau-légers sont attaqués par les Dragons russes. Le Régiment est entièrement dispersé et presque détruit. Le Capitaine de Breidenbach parvient difficilement à rassembler 120 chevaux avec lesquels il atteint Stiplitz le 7. Là, il est rejoint par le Lieutenant Sommerlad avec 70 Cavaliers. Au total, le Régiment a perdu les 5 et 6 septembre 150 hommes et 150 chevaux.

L'armée arrive à Torgau le 8 septembre. Le 12e Corps est supprimé. Plusieurs Officiers hessois prennent du service comme Officiers d'ordonnance auprès de Généraux français. C'est le cas du Lieutenant Bubna qui nous raconte commen il est passé de l'Etat major du Général Beaumont celui d'Oudinot :

"J'étais en reconnaissance et les balles sifflaient autour de moi quand je m'aperçus que mon cheval allait perdre un des fers : mettant aussitôt pied à terre, je rattachai le fer à l'aide d'une pierre aussi bien qu'il me fût possible, et je continuai ma reconnaissance... Un aide de camp, s'avançant vers moi, me demande alors mon nom, quel est mon régiment, et me dit d'aller trouver le maréchal Oudinot qui se trouvait tout près de là, observant les mouvements des troupes et l'enemi. J'arrive près de lui, et il me pose les mêmes questions que l'aide de camp, me demande les combats auxquels j'ai pris part et qui m'avait envoyé en reconnaissance; à ma réponse que c'était le général Beaumont, il répliqua qu'il me fallait prévenir cet officier général qu'il me gardait comme officier d'ordonnance près de lui; un aide de camp d'un haut grade ajouta que j'amènerais avec moi six chevau-légers comme cavaliers d'ordonnance.

Pour un jeune officier comme je l'étais alors, âgé de moins de seize ans, c'était un grand bonheur d'avoir été remarqué par le maréchal d'Oudinot, cet homme si réputé, et que ma conduite eût attiré son intérêt. Je dois cette chance aux leçon de mon regretté colonel, qui nous avait dit bien souvent qu'un bon officier de cavalerie doit avoir grand soin de son cheval, aborder l'ennemi avec vitesse, battre en retraite lentement, et ne pas oublier qu'un cheval qu'on ménage est toujours prêt pour un nouvel effort.

Le général Morand était le chef d'état-major du maréchal Oudinot... : il me montra une sorte de haine à cause de la bienveillance du maréchal à mon égard. Toutes les chevauchées de nuit, toutes les missions désagréables étaient pour moi; quant il fallait partir dans ces conditions-là, on se tournait de mon côté et tout le monde de dire : "c'est au tour du petit allemand !". Pour ces chevauchées, nous n'emmenions pas seulement nos cavaliers d'ordonnance, mais on nous donnait souvent en outre une escorte. Dans notre compte rendu, il fallait dire ce que nous avions remarqué, décrire le terrain, sa praticabilité, signaler les ponts, dire la nature des rives; on nous félicitait si nous rapportions un petit croquis : j'appris à en faire, et on m'en remercia souvent...".

 

Fig. 10

Le Régiment des Chevau-légers quant à lui, depuis l'insuccès de Ney dans sa marche sur Berlin, a suivi le 4e Corps ; arrivé le 21 septembre à Treblitz, près de Wittemberg, il ne compte plus que 200 chevaux. Il participe malgré tout à une grande reconnaissance sur la rive gauche de l'Elbe vers Wartenburg le 27, puis à la prise de cette ville le 29. Puis il s'établit près de là, à Böseritz. Au moment où le Corps d'York force le passage de l'Elbe à Wittemberg, la Brigade Wolf, chargée de soutenir la Division Fontanelli du 4e Corps, éprouve des pertes considérables. Le Général Beaumont lui donne alors l'ordre de retraiter, mais pendant l'exécution de ce mouvement, les Chevau-légers sont attaqués par les Hussards Noirs prussiens, et 50 hommes sont capturés. En parallèle, le Lieutenant Glock, détaché avec 30 cavaliers auprès du Général Fontanelli, parvient à reprendre 2 pièces de canon perdues par la Division italienne.

Le 10 octobre, les escadrons du Général Beaumont sont à Schilda, et le 13 à Düben. Le 14, ils sont entre Leipzig et Lindenau, chargés avec le 4e Corps de garder la route de retraite de l'Armée sur Lützen et Weissenfels. Le 16 octobre, le Corps autrichien de Giulay, qui s'était porté sur Lindenau, et menaçait la ligne de retraite, est tenu en échec par le 4e Corps et la Brigade Wolf. Le 18, le 4e Corps déblaye la route de retraite de l'Armée; la Brigade Wolf sert de soutien à deux batteries à cheval établies à Plagwitz au sud de Lindenau. La cavalerie fait de nombreux prisonniers; les Chevau-légers ont encore 150 chevaux dans le rang.

Le 19, l'Armée retraite et prend la route de Weissenfels, sur laquelle le 4e Corps la précède avec les Chevau-légers réduits à 100 cavaliers. C'en est fini de l'épopée dans les rangs français. Le Régiment de Chevau-légers rentre le 30 octobre à Darmstadt.

Les Croix destinées aux Chevau-légers ont entre temps été enlevées à Cassel par les Cosaques : étaient décorés les Capitaines von Boyneburg et von Breidenbach, les Lieutenants Bsfeld, Glock, von Lüningk, von Schorlemmer, von Bubna, ainsi que 8 Sous officiers et 4 cavaliers. Ainsi s'achève la glorieuse carrière de ce Régiment qui est à l'origine des Grunen Dragoner de Darmstadt (Régiments de Dragons N°23 et 24).

 

II Uniformes 1800-1813

On peut semble t'il distinguer trois périodes concernant les uniformes des chevau-légers Hessois : 1790 à 1806 (de la création du Régiment à l'entrée de la Hesse-Darmstadt au sein de la Confédération); 1806 à 1812 (en fait au moment du retour du Régiment à Darmstadt en 1807 à la fin de la campagne de Russie); et 1812-1813 (au moment de la reconstitution du Régiment pour la campagne de 1813)..

 

a/ 1790 à 1806 (de la création du Régiment à l'entrée de la Hesse-Darmstadt au sein de la Confédération)

Si l'on s'en réfère à Lienhart et Humbert, tome V, page 179, le Régiment portait en 1800 la tenue suivante : "Casque de cuir noir, avec, sur le devant, une plaque rigide de cuir noir échancrée, arrondie et inclinée vers la droite; cette plaque est bordée de jaune pour la troupe, et de métal argenté pour les officiers; elle porte sur le devant le monogramme "LLX" et couronne. Chenille noire flottant par derrière. Le casque d'officier est garni d'un turban de fourrure. Panache blanc à droite; pour les officiers il est blanc et cramoisi (partie inférieure), avec au dessous , deux glands rouge et argent. Pour la troupe, ces glands sont remplacés par une houppe de laine de la couleur de l'escadron. Habit vert foncé, collet rouge avec patte noire, revers et parements noirs. Boutons blancs avec boutonnières blanches à la patte du collet (1), au revers (7 disposées par 2, et 1 dans la pointe supérieure), au dessous des revers (2), aux parements (3, en forme de chevrons renversés dont 2 au dessus) et à la place des poches, sur les basques (3, disposés comme au dessus des parements). Doublure et retroussis rouges; ces derniers réunis par une patte en drap du fond, avec bouton. Pour les officiers, cette patte est noire et liserée d'argent. Pattes d'épaules rouges rayées en long et liserées de blanc (d'argent pour les officiers). Veste paille à deux rangées de boutons; culotte paille. Bottes à la hussarde avec gland noir. Sabre à garde à une seule branche, avec fourreau de cuir à garniture métallique (fer pour la troupe, métal doré pour les officiers). Banderole de giberne en galon d'argent pour les officiers, en cuir brun pour la troupe. Echarpe pour les officiers.

En petite tenue, les officiers avaient le même habit, mais sans revers, galons ni broderies, et avec un seul rang de boutons. Veste et culotte blanches. La patelette de giberne est recouverte d'une enveloppe de maroquin cramoisi portant le chiffre du Landgrave.

Schabraque verte à bordure noire taillée à dent de loup, tournées vers l'intérieur, et galonnées en blanc, en argent pour les officiers. Ces derniers, en petite tenue, avaient la schabraque bordée d'un galon d'argent, et un ornement formé d' un double losange surmonté et terminé par une boucle remplaçait sur cette schabraque le chiffre couronné qui ornait la schabraque de grande tenue. Harnachement à la hussarde noir pour la troupe, plaqué en argent pour les officiers. Manteau gris".

Chevau-légers de Hesse-Darmstadt, 1799-1803
Chevau-léger, d'après la planche 24 du Manuscrit de Darmstadt, daté de 1799
Chevau-léger, tenue de service et d'écurie, d'après la planche 25 du Manuscrit de Darmstadt, daté de 1799
Chevau-léger en manteau, d'après la planche 25 du Manuscrit de Darmstadt, daté de 1799 ; Chirurgien, d'après la planche 34 du Manuscrit de Darmstadt, daté de 1799
Dessins originaux de notre ami Edmund Wagner, d'après des documents de Darmstadt; vous pouvez les commander en contactant directement Edmund via l'adresse ed.2CV@t-online.de

Pour illustrer cette période, nous avons dessiné deux Officiers à cheval, semblables à cette description dans leurs grandes lignes, mais qui en diffèrent cependant par quelques points de détail. Le premier personnage (figure 1) est donné par Otto Von Pivka dans son ouvrage consacré à la Hesse-Darmstadt et Hesse-Cassel, paru chez Osprey (numéro 122 de cette collection). Basé sur une illustration tirée de l'historique du Régiment (ci-contre), il est daté par l'auteur "1790-1803" (sur la gravure originale, la date donnée est 1790-1808). L'habit de cet Officier a le bas des revers qui parait se terminer en pointe; il s'agit d'une erreur d'interprétation, car sur la source d'origine, le bas des revers est nettement carré. Il porte la culotte blanche avec une mince bande rouge sur le côté, tenue semble t'il de parade. Gants blancs. L'écharpe est argent rayée de rouge; même chose pour les deux glands sur le côté droit du casque. Baudrier porte giberne blanc. La dragonne du sabre est argent rayée de rouge. De même les courroies du sabre sont argent liserées de rouge. Le sabre est décoré d'une bande bleu ciel sur laquelle apparaissent des motifs dorés.

Le deuxième Officier (figure 2) est tiré d'une série de gravures coloriées, réalisées en 1802 à Kiel par Fr. L. v Köller . Cette série de Köller, conservée notamment à la Universitäts- und Landesbibliothek Darmstadt, a été présentées sur le site Napoleon-online.de par notre notre collègue et ami Markus Stein qui nous a autorisé à l'utiliser sur notre site (accès à l'image de Köller). Ce personnage diffère du précédent par l'absence de boutons aux boutonnières. D'autre part, la pointe de la plaque du casque (non visible) semble tournée vers la gauche, et non plus vers la droite ; de même, le plumet blanc (à sommet et non à base cramoisi) est placé sur le côté gauche du casque. Au collet, il y a deux boutonnières en argent qui sont peut être la marque d'un grade supérieur à celui de l'Officier précédent. Le bas des revers est taillé au carré. Les gants et la culotte sont de couleur ocre jaune (paille de Lienhart et Humbert ?). Le baudrier porte giberne est rouge rayé au centre d'argent; la giberne rouge laisse apparaître le bord de la patelette qui est argent. La schabraque verte est orné d'un galon argent rayé en son centre d'un large galon noir. A la pointe, le chiffre du Landgrave "LLX" est en argent. Cette schabraque est peut être celle de petite tenue, bien que le motif en losange n'apparaisse pas sur les fontes. Elle semble en tout cas préfigurer celle qui sera portée plus tard de manière généralisée.

Notons que pour ces deux personnages, les revers descendent jusqu'à la taille, les pans de l'habit étant rabattus sur les côtés.

En ce qui concerne l'Officier de Koller, celui-ci n'est pas sans rappeler celui représenté par Richard Knötel, sur la planche 30 du volume 1 de son "Uniformenkunde". Il est daté de l'année 1793. L'on retrouve notamment le même plumet, porté sur le côté gauche du casque, et la banderole et la giberne, analogues à celles de l'Officier de Köller. Les seules différences se trouvent dans la plaque du casque, et la couleur des gants à crispins et de la culote, plus proches du blanc (en fait, il s'agit d'une jaune paille très pâle) que de l'ocre.

A l'arrière de l'Officier, nous voyons un Chevau-légers, qui à priori ne semble pas véritablement poser de problème quant à sa tenue. Remarquons cependant que le sommet de son plumet, là encore placé sur le côté gauche du casque, est cramoisi, alors qu'il est indiqué blanc pour la troupe. Par ailleurs, la plaque frontale est analogue à celle du casque de l'Officier. Il pourrait donc s'agir ici d'un Sous officier.

Dans la Collection de notre ami Edmund Wagner, nous avons pu consulter deux photos de dessins, qui sont conservés au Wehrgeschichtlichen Museum de Rastatt, dans le fond Herbert Knötel. Ils sont extraits d'une copie d'un manuscrit quasiment oublié, et redécouvert par notre ami au cours de ses recherches. Ce manuscrit présentait les uniformes de Hesse-Darmstadt en 1799. L'original se trouvait à la Bibliothèque du Cabinet de la ville de Darmstadt et portait le titre "Abbildung der Hochfürstlich Hessen-Darmstädtischen Truppen unter der Regierung des durchlauchtigsten Fürsten und Herrn, Herrn Ludwig X. Landgrafen zu Hessen etc.". Il comprenait environ 57 planches, dont 5 étaient directement consacrées aux Chevau-légers. L'auteur en était un certain Philipp Christian II Seekatz (1817-1861) qui l'avait réalisé en 1848 (sans doute sur commande du Grand Duc Ludwig III) sur la base de dessins originaux, ceci afin de permettre leur conservation. Hélas, il semble avoir été détruit au cours des bombardements alliés de 1944. Fort heureusement, une autre copie, sans doute réalisée par Constantin Kling en 1896, avait été réalisée; c'est celle conservée dans le fond Herbert Knötel. Nous en avons tiré les deux Officiers reproduits ci-dessous. L'un est en grande tenue, l'autre en petite tenue.

En ce qui concerne la grande tenue (personnage de gauche), l'Officier représenté est absolument conforme à la description de Lienhart et Humbert. L'on remarquera notamment le plumet, blanc à base cramoisie, placé sur le côté droit du casque, et les petits glands qui pendent sur le côté; ils sont argent à bord mélé de rouge. Cette caractéristique se retrouve sur toutes les sources, sauf sur le type de Köller, et la planche 30 du volume 1 de l'Uniformenkunde. Les revers, analogues à ceux donnés par la suite de Köller, sont non fermés et laissent entrevoir le gilet jaune paille qui comporte deux rangées de boutons.

En petite tenue (personnage de droite), là encore, l'Officier représenté correspond assez précisément à la description de Lienhart et Humbert, savoir : "les officiers avaient le même habit, mais sans revers, galons ni broderies, et avec un seul rang de boutons. Veste et culotte blanches. La patelette de giberne est recouverte d'une enveloppe de maroquin cramoisi portant le chiffre du Landgrave"; Ils "avaient la schabraque bordée d'un galon d'argent, et un ornement formé d'un double losange surmonté et terminé par une boucle remplaçait sur cette schabraque le chiffre couronné qui ornait la schabraque de grande tenue. Harnachement à la hussarde (...) plaqué en argent pour les officiers". Le dessin de la Collection Wagner est donc relativement conforme à cette description; remarquons cependant que les boutonnières, non brodées, sont malgré tout figurée, et que par ailleurs, la banderole de giberne est de couleur argent.

Ces deux personnages sont ceux qui ont été représentés par Richard Knötel dans la planche 14 du volume 10 de son Uniformenkunde. Le texte de cette planche précisait qu'elle avait été établie à partir d'un excellent dessin en couleur conservé à la Bibliothèque de Darmstadt, sans autre précisions (Edmund Wagner a démontré que la source en a bien été le Manuscrit de Darmstadt de 1799). Richard Knötel estimait que ces représentations étaient absolument fiables, et que de ce fait, elles devaient corriger en partie celles données sur la planche 30 de son volume I, vu plus haut, notamment en ce qui concerne le plumet. On peut effectivement voir les choses de cette manière, mais est ce aussi certain ?

Les Sous officiers sont représentés par une vignette extraite de l'Album "Der Bunte Rocke" (période 1800-1810, série 3, vignette 35; Album paru à Cologne en 1933). Dans ses grandes lignes, il semble correspondre à ce qui a été dit précédemment. De plus, il parait évident que Herbert Knötel a utilisé la planche de Richard Knötel pour établir son type (voir plus haut), ce qui semble signifier qu'il n'a pas pris en compte les conclusions de ce dernier. Plusieurs détails méritent donc d'être soulignés. On pourra tout d'abord remarquer que le panache du casque est porté du côté gauche. D'après la légende du document, il s'agit d'un homme de troupe. Ce panache devrait donc être blanc, et non blanc à sommet rouge comme c'est le cas ici. La plaque du casque est représentée pointe inclinée vers la droite, mais les ornements ne sont pas jaunes mais blancs, et il y a semble t'il un petit turban de fourrure marron sur l'arrière du casque. Ce personnage ne correspond en rien à un Officier. Il s'agit donc très certainement d'un Sous officier, ce qui expliquerait également la banderole porte-giberne blanche, et la giberne noire, ainsi que l'absence d'ornements sur les retroussis. Pour le reste, les revers sont taillés au carré vers le bas. Ceinturon et belières sont également blancs. Sur la plaque du casque, la présence du monogramme "LLX" nous permet de dire qu'il s'agit bien d'une tenue de la période 1790-1806. Pour le reste, tout est conforme aux descriptions antérieures, avec cependant la présence de deux boutonnières au col. Gilet et culotte sont jaune paille. Enfin, le personnage tient dans la main droite un pistolet.

Signalons tout de même que la planche 23 du Manuscrit de Darmstadt de 1799 (dessin de la Collection Knötel à Rastatt) donne un Sous officier qui porte exactement la même tenue que les Chevau-légers, mais avec les cuirs brun. Son casque est effectivement surmonté d'un plumet blanc à sommet rouge.

La même planche donne également un Trompette qui porte l'uniforme de la troupe, mais les revers sont bordés d'un galon blanc, et n'ont pas de boutonnières. Le plumet donné sur le dessin de Knötel est blanc à sommet écarlate. La schabraque est du modèle usuel; on noera le manteau, roulé, qui semble être légèrement gris bleu. Pour le reste, la dragonne est en cuir brun à gland blanc, et le cordon de trompette est blanc et rouge. Remarque : sur le dessin, la plaque frontale du casque ne semble pas avoir de monogramme ni de couronne.

En ce qui concerne la troupe, et toujours tiré de la Collection Wagner, voici un Chevau-léger daté de l'année 1790, extrait d'une planche de S. Krickel elle même datée de l'année 1886. Sur le casque, sous le panache, il y a semble t'il une petite cocarde, mais point de houppe de laine à la couleur de l'escadron, comme le précisaient Lienhart et Humbert. Pour le reste, ce cavalier est conforme aux descriptions précédentes, avec cependant quelques précisions sur la dragonne qui semble être en cuir brun, avec un gland blanc. La patte d'épaule est entièrement blanche, mais c'est très certainement une erreue. Le gilet est blanc à une rangée de boutons. Enfin, le ceinturon est en cuir marron. Dans sa posture, ce Chevau-légers n'est pas sans rappeler celui représenté par notre ami Edmund Wagner, tiré de la planche 24 du Manuscrit de Darmstadt. Revenons justement sur les types tirés de cette suite, afin de préciser certaines caractéristiques.

Les Chevau-légers tirés des planches 24 et 25 de ce Manuscrits, ont des tenues similaires; cependant, l'on remarquera que pour le premier, la houppette sous le plumet est blanche; pour le second, elle est rouge. Cela semble donc confirmer l'affirmation de Lienhart et Humbert, selon laquelle il y a sur le casque "une houppe de laine de la couleur de l'escadron". On notera également que le gilet comporte en fait deux rangées de boutons. Nous pouvons même détailler ce gilet grâce à la tenue d'écurie présentée dans la planche 25 du Manuscrit : deux rangées de 12 boutons blancs, soit 24 au total. Le gilet, doté de poches, a le collet, les parements et les pattes d'épaules noires; ces dernières passepoilées de blanc, avec un bouton près du collet. Notons également le bonnet de police, à bandeau noir passepoilé de blanc, et flamme verte se terminant par un glanc blanc et rouge. Et le pantalon, de la même couleur que le gilet, basané de cuir noir, et fermé sur le côté par une rangée de 11 boutons.

Chevau-léger, 1790 ; Officier 1809 - D'après S. Krickel

Ce Manuscrit est donc une source précieuse de renseignements car il nous donne également, au travers du Chevau-léger en manteau, lui aussi tiré de la planche 25, une troisième couleur de houpe sur le casque (le bleu céleste qui, selon Edmund Wagner, pourrait désigner le 3e escadron); et nous montre également le manteau, de couleur grise, qui recouvre entièrement le personnage. Les représentations du manteau de Chevau-léger sont rarissimes; une seule autre semble exister, couvrant la période 1814-1815. On notera ici la manière de le fermer, à l'aide seulement de deux languettes.

Enfin, grâce au Manuscrit de Darmstadt, nous connaissons également la tenue des Chirurgiens. Ceux-ci sont coiffés d'un volumineux chapeau, surmonté d'un plumet blanc à sommet rouge. Il a dans chaque corne une houpette blanche et rouge. Et enfin une ganse de cocarde blanche. L'habit est analogue à celui de la troupe, mais entièrement vert (hormis les retroussis qui eux demeurent rouges). Pas de boutonnières, mais uniquement des boutons argent. On remarquera cependant que les chevrons sont figurés sur les manches et les parements. Tout le reste de la tenue est analogue à celle de la troupe (gilet, culotte, gants, ceinturon et bélières, et sabre).

Précisons que le Régiment devait en théorie disposer d'un Chirurgien de Régiment (ayant rang d'officier) et d'un Chirurgien dans chaque Escadron d'un Ober ou d'un (Unter) Chirurgien. D'après la "Grundliste ... des Löbl. Regiments Chevaulegers angefangen den lten April 1796 und geschlossen den 30ten September 1798" (Source Edmund Wagner), servaient au Régiment :

- Etat major : Stab Regiments-Chirurg Johann August (28 ans; 8 ans de service; originaire de Assenheim.

- Leibeskadron (v. Werner): Ober-Chirurg Gottwerth Christian Poehn (8 mois de service; originaire de Pirmasens) et Eskadrons-Chirurg August Doerel (23 ans; 3 ans et 8 mois de service; originaire de Eisleben).

- 2. Eskadron (v. Kanngießer) : Eskadrons-Chirurg Christian Gerlach (37 ans; 1 an et 8 mois de service; originaire de Wetzlar).

- 3. Eskadron (Chamot) : Eskadrons-Chirurg Heinrich Düring (47 ans; 5 ans et 1 mois de service; originaire de Georgenstadt).

- 4. Eskadron (v. Dalwigk) : Eskadrons-Chirurg Carl Joseph Ziphelius (30 ans; 5 ans et 10 mois de service; originaire de Butzbach).

 

Grâce à notre ami Edmund Wagner, nous connaissons la tenue d'un Ober-chirurg vers 1790

Oberchirurg en 1790, d'après un dessin de F. Kredel, collection du Dr F. Herrmann; et le Manuscrit de Darmstadt
Dessin original de notre ami Edmund Wagner; vous pouvez le commander en contactant directement Edmund via l'adresse ed.2CV@t-online.de

Avant d'en terminer sur cette période, quelques précisions concernant le casque (d'après Edmund Wagner). Le Régiment avait reçu comme coiffure le "Kaskett", analogue au casque des Dragons légers anglais. Le corps était de cuir noir, renforcé sur les bords d'une structure en métal. La partie avant (d'une hauteur d'environ 19 cm) présentait une structure asymétrique qui se terminait sur le côté droit par une pointe. Au milieu, le chiffre du landgrave Ludwig X. de Hesse-Darmstadt (1790-1806), avec par dessus la couronne du Landgraviat. Il est probable que monogramme ait été échangé en 1806 contre le monogramme grand-ducal. Derrière cette plaque était fixé une chenille noire qui descendait jusqu'aux cheveux du cavalier. Sur le côté droit, était placé un plumet (blanc pour la troupe; blanc avec la pointe rouge pour les Sous-officiers et les Musiciens; pour les Officiers : blanc à base rouge). Ce Kaskett a, selon Edmund Wagner, était utilisé sous cette forme jusqu'à environ 1809. Pour la troupe, les Sous-officiers et les Musiciens, la couleur du métal était jaune; en argent pour les Officiers. Pour ces derniers, R. Knötel montre l'arrière de la ceinture du casque recouvert de fourrure de léopard. Selon Edmund Wagner, il existe encore deux kaskett originaux.

b/ 1806-1812 (de l'entrée de la Hesse-Darmstadt au sein de la Confédération à la fin de la campagne de Russie)

En 1806, le Landgrave de Hesse-Darmstadt entre au sein de la Confédération du Rhin, et son territoire est érigé en Grand Duché par Napoléon. Louis X de Hesse-Darmstadt prend alors le titre de Grand Duc sous le nom de Louis I. Sur le plan uniformologique, ces changements ne sont pas sans conséquences.

Dans le Lienhart et Humbert, nous lisons que "Pendant la première partie de la période française, l'uniforme ne subit d'autres changements qu'une modification de coupe. Les revers furent agrafés jusqu' au bas et l'habit dégagé sur les cuisses. Le casque, analogue au casque bavarois, continua à porter sur le devant la plaque rigide échancrée et inclinée à droite. Panache noir à gauche. La plaque avait la bordure et l'ornement "L" couronné en métal jaune. De plus, une visière cerclée en métal avait été ajoutée au casque. Au dessous du panache, houppe de la couleur de l'escadron. Culotte blanche. Surculotte en drap gris, avec sous-pieds. Bottes comme précédemment. Veste blanche à un rang de boutons. Giberne, porte-giberne, banderole porte-mousqueton en cuir brun avec ornements en cuivre. Manteau gris. schabraque verte bordée d'un galon noir, en dedans duquel est un galon blanc étroit. Dans l'angle postérieur, "L" couronné en galon blanc.

Trompettes : Uniforme comme la troupe; les revers sont bordés d'un galon blanc et n'ont pas de boutonnières. Panache noir à extrémité supérieure écarlate. Cordon de trompette blanc et rouge.

Officiers : Uniforme de troupe. Boutons, galons, épaulettes d'argent. Garniture en métal argenté et turban en fourrure au casque. Panache noir avec extrémité inférieure écarlate. Porte-giberne en galon d'argent. Dragonne rouge et argent. Bordure et ornements argent à la schabraque; galon et gland d'argent aux bottes. Culotte verte en petite tenue.

Les ceinturons sont en cuir noir (avec bordure d'argent pour les officiers). Sabre à poignée de fer et fourreau de métal. Mousqueton. Pistolets".

Dans un autre ouvrage, d'origine allemande cette fois (G. Ortenburg, F. Kersten : "Hessisches Militär zur Zeit des Deutschen Bundes", Zeitschrift für Heereskunde. Beckum 1984 , nous trouvons une description plus complète qui indique que le Régiment :

"portait en 1809 le Kollet vert avec le col et les retroussis rouges. Sur le col, il y avait sur chaque côté une patte noire avec un bouton et une boutonnière blancs. Les revers de la poitrine et les parements ronds étaient noirs et également ornés de boutonnières blanches. Ces boutonnières avaient la forme de chevrons, de même que celles des poches du Kollet. Sur ce dernier, il y avait à la pointe des retroussis de tissus rouge, des coeurs noirs liserés de blanc. Les boutons étaient blancs. Sur les épaules, il y avait des pattes d'épaules rouges liserées de blanc. En tenue de parade, pantalons blancs et bottes à la hussarde, en outre, en tenue de campagne, les pantalons longs verts avec passepoils rouges. Les trompettes avaient des broderies blanches sur les revers et aucuen boutonnières sur ces derniers.

Ils (les Chevau-légers) portaient à l'origine une coiffure semblable au casque des dragons légers anglais; celui-ci fut remplacé en 1809 par un casque à chenille. La bombe, la plaque de devant, et la vière étaient en cuir noirci. Garniture, clous, chiffre "L" avec couronne sur la plaque de devant étaient en cuivre. Sur le côté gauche, était placé un tube en cuivre pour le plumet noir. Jugulaires en cuir noir. La forme de la plaque, inclinée vers le côté droit, est à noter. Les trompettes avaient la pointe du plumet rouge. En 1812, la hauteur du casque est abaissée et la chenille descend plus bas sur le devant.

La banderole et la giberne étaient en cuir naturel. Après 1809, la buffleterie était noircie. L'équipement comprenait un sabre courbe en acier, et une carabine. La schabraque verte était taillée en pointe à l'arrière et bordée d'un galon blanc parcouru en son centre par une raie noire. Dans la pointe à l'arrière, était placé le chiffre grand-ducal "L" avec la couronne, et à l'avant, une broderie entrelacée.

Les broderies du Kollet des Officiers étaient en argent. La garniture du casque était également argentée et en outre la bombe était recouverte de peau de panthère. La base du plumet noir était rouge. Banderole garnie d'argent. Le galon de la schabraqué était également en argent".

Quelques remarques au sujet de cette description (accompagnée d'un dessin de F. Kersten reproduit ci-contre). Dans les grandes ligne, c'est ce que nous lisons chez Lienhart et Humbert, mais avec cependant un point de divergence : les pantalons de campagne qui sont décrits comme étant verts bien que Lienhart et Humbert les donnent gris pour cette période. Remarquons cependant qu'une planche de la Suite d'Augsbourg (voir la présentation de cette suite sur le site Napoleon-online.de), publiée entre 1802 et au plus tard 1810, les donne également pour cette période (accès à la planche de la Suite d'Augsbourg ; avec l'aimable autorisation de notre collègue et ami Markus Stein).

Maintenant, la question est de savoir à quel moment a pu se produire véritablement non pas le changement de tenue, mais sa modification, c'est à dire l'adoption d'un nouveau casque (2ème modèle), d'une nouvelle schabraque, et enfin d'une nouvelle manière d'agraffer l'habit, quoi que sur ce dernier point, il semble bien bien que l'habitude de fermer les revers jusqu'à la taille existait déjà. Se pose en effet le problème de la datation de la "première période française" citée par Lienhart et Humbert. Hourtoulle pense que "l'uniforme initial des chevau-légers ne fut que peu modifié en 1809". L'ouvrage allemand cité si dessus semble indiquer qu'en 1809, le Régiment porte une tenue qui a été légèrement modifiée. En fait, si l'on tient compte de la situation militaire de l'époque, il apparaît difficile de renouveler les effets d'un Régiment qui a été en campagne depuis septembre 1806 jusqu'au mois de décembre 1807, si ce n'est éventuellement pour les Escadrons constitués à Darmstadt et envoyés tardivement en campagne. La date charnière de 1808 proposée dans l'ouvrage de Otto Von Pivka apparaît donc plus plausible quant aux modifications apportées. Ainsi, les hommes partis en septembre 1806 ont peut-être continué de porter l'ancienne tenue, avant d'en toucher une neuve à leur retour à Darmstadt en décembre 1807. Pour les hommes de nouvelle levée, en 1807, on peut éventuellement supposer qu'ils ont rejoint le corps équipés de neuf, ce qui aurait cependant donné un curieux panachage. Il apparait donc plus plausible que la nouvelle tenue ait été distribuée au retour de l'ensemble du Régiment. Quant à la fin de cette période, là encore, on peut s'interroger, mais pour notre part, nous pensons que le nouveau casque du modèle 1812 (3ème modèle), n'a en fait été distribué qu'au moment de la reconstitution du Régiment, en 1813. Des textes de règlement seraient bien entendu les bienvenus ici pour régler ce problème de date.

Une piste pour confirmer cette hypothèse quant à la date de début de cette période : le Chevau-léger donné par Zimmermann ("Costume des troupes françaises et de celles de l'Alliance du Rhin qui ont été à Berlin depuis le 24 octobre 1806"), sous le titre de "Dragon du Grand Duché de Hesse". Celui-ci, situé aux alentours de 1807-1808, est représenté en tenue de campagne. Son casque nous parait bien être celui en usage au cours de la période précédente. Avec cependant un "bandeau" à l'arrière noir, bordé de part et d'autre de jaune (renforcement arrière du casque ?). Le motif est il cependant celui que nous voyons avant 1806 ? Ou le "L" en usage après cette date ? Remarquons également les jugulaires, qui n'existaient pas avant. Sur le col, on retrouve les deux boutonnières blanches, alors qu'il ne devrait y en avoir qu'une. Les revers de l'habit ne comportent aucune boutonnière (les boutons semble être au nombre de sept sur chaque revers). Par contre, les chevrons des basques (3) et des manches (3) ont été conservés. Signalons au passage que ceux des manches sont inversés par rapport aux autres sources. Sous le revers droit, il n'y a pas de boutonnières, comme chez Lienhart et Humbert. De même, on remarquera l'absence de pattes d'épaules. Enfin, les crispins sont blancs. Le Chevau-légers de Zimmermann porte également un gilet vert, ce qui est nouveau. La surculotte est en drap gris, avec basanes noires et boutons blancs. Tous les cuirs sont bruns, ainsi que la dragonne. Le sabre pour sa part est classique. Cette tenue nous parait bien être une tenue de transition.

Passons maintenant à l'étude des autres sources. La troupe est tout d'abord représentée par un personnage donné par Lienhart et Humbert, que nous avons reproduit figure 3. Celui-ci est représenté en petite tenue, avec une culotte grise. Notons la forme des revers, qui se terminent en pointe à la rencontre des retroussis. Pour nous, cela est faux. Les boutonnières qui devraient être présentes sous les revers ne sont pas représentées. Pas de boutons non plus sur le col et sur les chevrons. Le schéma de grande tenue (figure 4) reprend ces caractéristiques (remarquons cependant que le bas du revers est bien donné carré), ainsi que celles données dans la description reproduite plus haut; on peut par ailleurs remarquer la présence d'un galon blanc à la patte du col.

Le schéma de Lienhart et Humbert (figure 4) correspond en tout point aux cavaliers dessinés par Richard Knötel (Uniformenkunde, Band VIII, N° 13); celui-ci a représenté un Chevau-léger en grande tenue dont nous nous sommes inspirés pour réaliser le personnage 8. Notons l'absence des boutons aux col et chevrons, ainsi que du liseré blanc au col, et la présence des boutonnières sous les revers. Knötel, qui date ses cavaliers de 1812, leur donne un portemanteau vert, courroies noires. Ce type a été également repris par le docteur Hourtoulle.

Knötel donne également un cavalier en tenue de campagne, vu de dos, identique au précédent, si ce n'est la surculotte grise. Les basques, bien visibles, permettent de distinguer les trois chevrons posés à la place des poches. Signalons en passant qu'il existe à la Bibliothèque Nationale, cabinet des Estampes, un recueil de dessins de la collection De Ridder (cote : Ob 327), dans lequel nous retrouvons ce type de personnage. On remarquera au passage que ce cavalier est absolument identique à celui donné par Herbet Knötel pour l'album consacré à la Guerre de Libération de 1813 (voir illustration plus haut).

Toutes les sources classiques donnent en somme une tenue analogue. Il faut remarquer cependant que les sources contemporaines présentent elles, une tenue légèrement différente. En premier lieu la planche de la Suite d'Augsbourg, publiée cher Herzberg, 18° livraison (accès à la planche de la Suite d'Augsbourg ; avec l'aimable autorisation de notre collègue et ami Markus Stein). Cette planche a été reproduite dans l'ouvrage du Commandant Sauzey dans son ouvrage sur les hessois, et celui de Otto Von Pivka. Ce cavalier en tenue de campagne, et daté de la période 1810-1811, diverge sensiblement des précédents. Le casque noir a les garnitures en métal jaune mais la visière n'est pas cerclée. L'habit vert a les revers, patte de collet et parements noirs ; à noter la présence de pattes de parements noires, et d'un liseré blanc au collet qui ne comporte pas de boutonnières. Parements et pattes de parements sont passepoilés de rouge. La présence des pattes de parement fait que les trois chevrons blancs des manches sont placés au dessus de celles ci. Les revers comptent 5 boutonnières (ont une à la pointe) et boutons. Le collet et les pattes d'épaules sont rouges, les retroussis verts à liseré rouge. On notera la longueur des basques qui descendent jusqu' au niveau du creux du genou. Culotte verte à basane noire, galon et coutures sur le devant de la culotte rouges; cuirs marrons, fourreau de métal. Ce personnage a été reproduit par Hourtoulle et Gilbart, qui ont supprimé la patte de parement, et ont doté leur personnage d'un gilet blanc. Le cavalier donné par Liliane et Fred Funcken dans leur "Uniforme et les armes des soldats du premier empire", tome 2, p 79, s'inspire également de ce personnage, mais ces auteurs ont raccourci les basques de l'habit.

Pour le Trompette, il y a d'abord le schéma donné par Lienhart et Humbert (figure 7), où l'on constate l'absence de boutons au collet et aux chevrons des parements, alors que ces mêmes auteurs ne spécifient pas ce changement dans leur description. Ce schéma donne au Trompette une culotte grise. Knötel a représenté ce personnage, mais celui-ci est trop petit pour que l'on puisse distinguer la présence de ces boutons. Hourtoulle et Gilbart (planche 6) ne les ont pas représentés. Dans le "Uniforms of the Retreat from Moscow, 1812" paru chez Blandford en 1976, on trouve ce même trompette que nous avons représenté figure 10 avec les boutons au collet et aux chevrons. Tous ces auteurs, hormis Lienhart et Humbert qui restent dans l'imprécision, donnent la date de 1812.

Pour les Officiers, nous avons reproduit le schéma de Lienhart et Humbert, copie conforme de l'Officier donné par Richard Knötel (Uniformenkunde, planche 13 du volume 8), qui date toujours ce personnage de l'année 1812, et repris par Hourtoulle. L'Officier porte la culotte verte de petite tenue. La figure 9 est une variante de cet Officier, que nous avons noté à la Bibliothèque Nationale en même temps que le cavalier cité plus haut. Cet officier porte au collet la patte noire avec bouton et boutonnière argent. Son ceinturon noir est garni d'argent. Le baudrier noir est garni d'argent. Il porte une culotte verte avec sur le côté une bande verticale rouge. Cet uniforme est assez proche de celui reproduit dans l'ouvrage de Von Pivka, porté par le Prince Emile, G énéral de cavalerie, et que nous reproduisons ci-contre. Les boutons au col et aux chevrons sont bien reproduits.

Signalons également l'existence d'un Officier donné par Weiland; le casque est conforme à l'époque, avec les ornements en argent. Il a sur le côté une cocarde argent, rouge au centre, surmontée d'un plumet noir à base rouge. L'habit dans l'ensemble demeure classique. Les revers sont boutonnés droit jusqu'à la taille, ce qui, au premier abord, pourrait faire penser à une tenue postérieure à 1812. Mais il n'y a pas de boutons sur les boutonnières des pattes de collet, et d'autre part, les basques sont très longues, et descendent jusqu'aux genoux. Détail curieux : les revers ont chacun 9 boutonnières au lieu des 7 prévues. Toutes les broderies, boutons, épaulette et contre épaulette sont en argent. La banderole de giberne et le ceinturon sont rouges à liseré et feuillage argent. Boucle de ceinturon argent. Giberne rouge bordée d'argent. Le sabre est à poignée noire filigranée d'argent; garde et fourreau argent, dragonne argent et rouge. Les bottes n'ont aucun agrément.

c/ A partir de 1813

Nous avons donné en figure 7 le schéma de Lienhart et Humbert relatif à la période 1812-1813. Voici le texte qui l'accompagne :

"Peu après, l'uniforme fut changé. L'habit resta le même pour l'attribution des couleurs, mais les basques furent raccourcies. Les boutonnières du collet, la pointe des chevrons furent garnies de boutons. Les parements furent liserés d'écarlate. Les revers, descendant jusqu'à la ceinture, furent coupés droits. Pantalon vert à bande rouge avec manchette de cuir au bas. Casque noir à chenille avec garniture en laiton et, sur le devant, "L" couronné. La visière est cerclée de métal. Manteau gris. Schabraque verte bordée d'un galon blanc rayé de noir, avec "L" couronné dans l'angle postérieur, et pique surmonté d'une boucle dans l'angle antérieur, le tout en galon blanc. Portemanteau vert liseré de rouge. Sabre de cavalerie légère, du modèle français; dragonne noire à gland rouge. Buffleterie noire. Mousqueton. Harnachement de cavalerie légère".

C'est la tenue donnée par Knötel dans la planche 55 du volume 6 de l'Uniformenkunde. Bien que Knötel ait daté son cavalier de l'année 1812, il nous apparait évident aujourd'hui qu'il ne peut s'agir d'une tenue portée pendant la campagne de Russie, mais bien pendant celle de 1813, c'est à dire après la reconstitution du Régiment. Signalons au passage que dans l'ouvrage de Otto von Pivka consacré aux Hessois et paru chez Osprey, ce personnage a été repris pour une illustration, mais sur le côté gauche du casque ont été placés une cocarde blanche et rouge, et un plumet noir. Le casque par ailleurs semble plus ressembler au modèle 1809 qu'au modèle 1812; pourtant, tout le reste est bien analogue au type de Knötel. On devra donc utiliser ce document avec prudence, car visiblement mal interprété par rapport à la source utilisée.

L'incertitude des dates se retrouve dans une autre source : le recueil de dessins de la collection De Ridder (Bibliothèque Nationale, cabinet des Estampes, cote : Ob 320). Cette source nous présente deux types, tous deux datés de l'année 1810, mais qui correspondent bien à la dernière période :

1/ Colonel des Chevau-légers de la Garde :

Le casque est du nouveau modèle, noir garni d'or. Le plumet est rouge à sommet blanc. On remarquera la forme particulière de la plaque frontale, en pointe. En son centre, il y a le "L" couronné entouré de part et d'autre de lauriers, le tout doré. L'habit, vert à revers et parements noirs liserés de rouge, est lui aussi du nouveau modèle. Noton que le liseré des revers n'est pas donné par Lienhart et Humbert, ni par Knötel. Le collet rouge comporte une patte noire. Tous les boutons et boutonnières sont argentés, de même que les chevrons sur les bras, et les deux épaulettes. Le baudrier noir est garni d'or. Même chose pour la giberne. Le ceinturon est lui aussi noir, avec une boucle en or. Sabre noir garni d'or, dragonne blanche. Les bottes sont garnies d'argent; gland argent.

Ce type est assez proche du portrait du Colonel von Munchingen, publié dans l'ouvrage de Otto von Pivka consacré aux Hessois, et que nous reproduisons ci-contre. Ce portrait est à dater de l'année 1813, date à laquelle von Munchingen a été promu Colonel du Corps. Les revers de l'habit sont retournés et boutonnés l'un par dessus l'autre, comme pour une tenue de campagne. Remarquons également que sur ce portrait, notre Officier semble porter à la taille une écharpe.

 

 

2/ Chevau-léger de la Garde :

C'est le deuxième type de la Collection de Ridder. La tenue est quasiment la même que celle du Colonel, sauf le baudrier qui est entièrement noir et d'un modèle plus simple. Le casque, garni de cuivre, n'a pas de plumet. A la place des pattes d'épaules habituelles, le cavalier a des pattes d'épaules à écailles blanches. le ceinturon noir a une boucle en cuivre. Les bottes n'ont aucun agrément.

Ces deux tenues extraites de la Collection de Ridder sont quelque peu particulières. Si l'on se réfère aux états de situation du Régiment, on notera qu'il y a dans sa composition un Escadron dit "Leibeskadron". On peut supposer que ces tenues se réfèrent à celui-ci (mais cette hypothèse doit être confirmée), à moins qu'il ne s'agisse d'une tenue de parade ?

Toujours pour cette période, il y a l'Officier donné par S. Krickel. Bien que daté de manière très large par son auteur (1809-1820), il est selon nous à rattacher à la dernière période. Il porte le casque modèle 1812, sans plumet sur le côté gauche. Ce détail a son importance. Lienhart et Humbert, pour cette période, ne le mentionnent pas, et ne le représentent pas sur leur schéma (figure 7). Il n'apparait pas non plus chez Knötel, ni sur le casque du Cavalier de la Collection de Ridder. L'habit est semble t'il identique à celui de l'Officier de la Collection de Ridder ; l'on notera que par rapport à l'Officier de Weiland, les basques ont été raccourcies. L'absence de passepoils rouge aux parements est peut être un oubli de la part de l'auteur. La banderole de giberne, la giberne, le ceinturon et les bélières sont noirs garnis d'argent. Les ornements de la banderole de giberne sont argent.

Avant d'en terminer avec cette période, voici un dessin du casque modèle 1812, tel que représenté dans l'ouvrage de G. Ortenburg et F. Kersten; on remarquera tout particulièrement le volume de la chenille, qui dépasse largement sur l'avant du casque, masquant ainsi une partie de la plaque frontale; mais aussi la virole sur le côté gauche du casque, destinée à accueillir un plumet. Celui-ci était donc bien prévu. Ce dessin est basé sur deux photographies d'un casque, publiées dans la "Zeitschrift für heerekunde" de 1975 (page 154, article de Rotraud Wrede intitulé : "Ein hessischer Chevauleger- oder Gendarmeriehelm M/1812". Voici le texte qui accompagne ces deux photographies :

"Il y a quelques temps, m'a été présenté un casque prétendument bavarois dans le but de le restaurer. ma surprise était grande, car devant moi se trouvait un casque de Chevau-légers hessois modèle 1812. J'ai aussitôt demandé l'autorisation de l'emmener avc moi et de le mesurer. Voici mes conclusions : d'après le contrôle du cuir et des coutures ainsi que de la manière dont a été travaillée la chenille, c'est un original. la bombe de cuir noirci (d'une circonférence de 56 cm) a une hauteur de 18,5 cm, et une plaque caractéristique sur le devant d'une hauteur de 19,8 cm. Cette dernière est cerclée par une bande en laiton large de 1,2 cm qui souligne davantage l'échancrure presque baroque du bord. Cette bordure est maintenue à l'aide de 10 rivets en laiton, qui soutiennent aussi en bas à droite et à gauche un cerclage. Celui ci s'étend depuis la jugulaire à droite jusqu'à sept cms à gauche de la fin de la chenille au niveau de la nuque. Il a une largeur de 1,2 cm et est maintenu sur le front et la tempe gauche par trois autres rivets. La visière très plate placée devant est large de 6,4 cm, sa bordure large de 9 mm fixée par 6 rivets. Le cerclage sur le dessus du casque, large de 2,8 cm, n'est pas appuyé solidement . Il n'est maintenu solidement qu'en bas à droite, à gauche et également au un peu au-dessus de la virole destinée à recevoir le plumet (la virole a une hauteur de 6,2 cm, un diamètre de 1,6 cm à sa partie supérieure et de 0,6 dans sa partie inférieure). Le plumet, ici disparu, qui dépassait la chenille, n'avait plus de racine rouge, tandis que celui des Trompettes au contraire avait la pointe rouge. Le casques des Officiers se distingue de celui de la troupe par un bandeau de fourrure de panthère (probablement haut d'environ 7 cm) au bas de la bombe et par ses pièces en métal argentées. A signaler que les casques de la Gendarmerie de Hesse-Darmstatdt sont absolument identiques (Knötel VIII/13 et XIII/12)".

 

Nous avons eu également communication d'un document allemand (Collection E. Wagner), sans indication de source ni de date, que nous reproduisons ici. Ce document est intéressant car il comporte des caractéristiques qui annoncent la période suivante, bien qu'étant relativement proche du cavalier de Knötel dans ses grandes lignes. Les principaux points de divergence sont les boutons au col et aux chevrons. Les basques ont les retroussis verts liserés de rouge; sur les retroussis, une petite patte blanche. Enfin, la schabraque, du modèle en usage plus tard, comporte dans l'angle antérieur une pique surmontée de deux boucles. Nous pouvons en déduire que le régiment a peut-être eu des renouvellements progressifs de certaines parties de l'uniforme et de l'équipement, soit au fur et à mesure de la reconstitution des escadrons en temps de guerre, soit en fonction de l'importance du rôle des escadrons (nous reviendrons la dessus plus tard).

Nous espérons que cet article, malgré ses imperfections et ses lacunes, sera utile aux collectionneurs curieux des uniformes de l'Empire. Il serait sans doute utile de le compléter par d'autres documents tels ceux cités par le Commandant Sauzey, dans son ouvrage sur les Hessois. Si certains collectionneurs possèdent quelques données sur cette unité, leur communication sera la bienvenue pour tous.

Sources

I Organisation et Historique :

Beck Fritz : "Gesschichte Des 1 Grossherzoglich Hessischen Dragoner Regiments Nr 25 ", Darmstadt, 1878. Auszug S 96-205.

Martinien, "Tableaux par corps et par batailles des officiers tués et blessés pendant les guerres de l' Empire (1805-1815)", Editions Militaires Européennes, Paris.

Sauzey, "les allemands sous les aigles françaises", tome VI. Hourtoulle, planche N° 6, "Les chevau-légers hessois".

II Uniformes :

Citées dans le texte.