La Légion Lyonnaise

1814

 

Avertissement et remerciements : Cet article nous a été adressé par notre collègue du Bivouac, Didier Davin, que nous remercions tout particulièrement pour sa disponibilité et son érudition.

 

I/ Création de la Légion

16e Léger 1802
Cavalier de la Légion Lyonnaise en 1814, d'après H. Boisselier

Fin Décembre 1813, début Janvier 1814, alors que les frontières de l'Est sont franchies par les Coalisés, Napoléon pense organiser l'insurrection des populations en envoyant des commissaires extraordinaires dans les régions menacées. Ceux-ci doivent favoriser l'encadrement des insurgés et former des corps francs volontaires, s'équipant eux même, en formations militarisées sous la direction d'anciens officiers, brevetés par l'Empereur et munis d'une commission de "colonel". Tout ceci se fait en parallèle avec la mobilisation des Gardes Nationales d'Elite ou actives et sédentaires.

Le 7 janvier 1814, alors qu'Augerau vient d'être nommé commandant en chef de l'armée de Lyon, Chaptal, commissaire extraordinaire de l'Empereur chargé de la levée en masse dans la 19e Région Militaire, autorise la formation d'un corps de volontaires.

"Lyon le 5 Janvier 1814
Article 1
Un corps franc sera sur le champ levé et organisé à Lyon sous le nom de «Corps Franc Lyonnais»
Article 2
Il sera composé de propriétaires, négociants, cultivateurs, fabricants etc…
Article 3
Le service du Corps Franc Lyonnais finira aussitôt que les ennemis auront été repoussés du territoire de l'Empire
Article 4
Le Corps franc lyonnais sera composé d'infanterie et de cavalerie
" (Journal de Lyon).

Les mesures prises pour équiper la Légion Lyonnaise (arrêté du 10 Janvier 1814)

Le contingent d'infanterie avait été réparti sur tout le département :

840 hommes pour Lyon
420 pour l'arrondissement de Villefranche
420 pour l' arrondissement de Lyon

L'article 7 du décret de formation prévoyait : "il sera pourvu aux frais du département au petit équipement : sacs, shakos, gibernes et capotes de la Légion Lyonnaise. Les fonds nécessaires à cette dépense seront mis de suite en recouvrement …"
Article 8 : "l'armement, le grand équipement, la solde, les vivres, les rations de fourrage seront délivrées dans les formes et règles établies pour l'administration et la comptabilité des troupes de Ligne …".

L'armement et équipement étant évalués à 200.000 Francs, le préfet en répartit les frais sur les contribuables. De même que les habitants non enrôlés dans la Garde Nationale furent invités à déposer les fusils de calibre ou de chasse en leur possession.

Source :  Notes sur les préparatifs militaires à Lyon en 1814  par Adjudant T. Albord, Lyon, 1913

 

Le 15 Janvier, Chaptal réclame encore la formation dans les zones rurales du département du Rhône de compagnies de partisans de 50 hommes, équipées avec des armes de chasse, qui seront mises sous l'autorité du général Musnier. Augereau vient tout juste de rallier Lyon pour constater son déficit de troupes face aux Autrichiens qui progressent depuis le Nord et prévoit déjà de se replier sur Saint Etienne. La ville est quasi évacuée, attendant l'arrivée de l'ennemi. Quelques renforts arrivent enfin qui permettent de repousser les avant-gardes autrichiennes. Du coup, Augereau revient dans la ville.

Le 22 Janvier, le Journal de Lyon publie un avis que Gustave de Damas recrute aussi pour son corps de partisans. Gustave de Damas avait été investi du commandement général des corps francs de la Loire, de la Saône et Loire, de l'Ain et du Rhône.

L'escadron et deux bataillons formés à Lyon prennent le nom de Légion Lyonnaise. Le but de cette formation étant d'améliorer le potentiel défensif de la région. Même si plusieurs jeunes hommes de la classe de 1815 s'engagent dans la Légion Lyonnaise et les chasseurs à cheval lyonnais dès leur formation, la mesure est un relatif échec. Les hommes à pied ne dépassent pas 500 hommes, et le 30 janvier, ils sont dissouts et versés dans la garde nationale formée le 27 janvier.

Les chasseurs à cheval sont mis en activité, le 16 janvier, par le préfet, mais à la force d'un escadron, soit théoriquement deux compagnies. Il est passé en revue, le 28, à la caserne de la Nouvelle-Douane par le sous-inspecteur Léorat. Commandé par le capitaine de Maisonneuve, il compte 75 hommes qui prêtent serment de fidélité et d'obéissance à Napoléon.

Augereau se tient encore dans Lyon le 15 Février et il a reçu par paquets des renforts, ce qui lui permet d'envisager le futur avec plus de sérénité. Il lui reste à organiser une contre-offensive.

Le 17 Février, l'Armée de Lyon monte enfin vers le Nord, tandis que les généraux Marchand et Dessaix enfoncent l'ennemi en Savoie. Les Autrichiens reculent. Les ordres de l'Empereur sont de marcher sur Genève. Mais Augereau tergiverse. Le 22, l'offensive reprend. Le maréchal, lui, est toujours à Lyon tandis que ses subordonnés se battent.

16e Léger 1802
Cavalier de la Légion Lyonnaise en 1814

Le 21 Février, le Journal de Lyon peut écrire : "Le corps des chasseurs à cheval du Rhône , formé par Mr le comte de Bondy, préfet, a passé la revue de Monsieur le maréchal Augereau qui a été très satisfait de sa bonne tenue… Une superbe compagnie commandée par Mr de Maisonneuve, ancien officier de cavalerie.
25 des plus exercés ayant à leur tête un officier se sont joint aux braves occupés à l'affranchissement du département de l'Ain
".

Alors que le 1er mars, les Français arrivent près de Genève, les hésitations permanentes du maréchal ont permis à l'adversaire de se renforcer, au lieu d'avoir pu le bousculer et le désorganiser. Mieux, il diminue les forces contre Genève pour se porter sur Besançon. C'est alors que les Autrichiens décident de couper sa ligne de communication avec Lyon.

Du 8 au 11 mars, des combats ont lieu autour de Macon, qui tournent à la faveur des Autrichiens. Les Français se replient sur Belleville et Villefranche.

Que deviennent nos cavaliers de la Légion Lyonnaise ? Intégrés à la division de cavalerie de l'armée, ils sont à la brigade Guillemet, au 15 mars. Durant cette période l'effectif, s'étoffe un peu et monte jusqu'à 87 hommes. Au 13 mars, ils sont employés avec la cavalerie de Digeon à faire des reconnaissances poussées vers Mâcon.

Les Autrichiens continuent en plusieurs colonnes leur offensive sur Lyon.

Augereau concentre une partie de ses forces sur les hauteurs de Limonest. Il est alors en infériorité numérique. Une bataille meurtrière pour les deux camps a lieu le 20 mars. Dans la nuit, Augereau décide d'évacuer Lyon et de se replier sur la ligne de l'Isère.

Le lendemain à midi les Autrichiens pénètrent dans la ville. Pendant ce temps les forces françaises toujours devant Genève, apprenant la chute de la ville de Lyon, reculent à leur tour. La retraite française va se prolonger jusqu'au 10 Avril, émaillée de combats épisodiques jusqu'à ce qu'arrive la nouvelle de l'abdication de l'Empereur.

Le service des chasseurs de la Légion Lyonnaise devient celui d'estafette ou d'ordonnance auprès du Quartier-Général d'Augereau auquel ils sont directement attachés. Ce service continue, le 24 avril, où ils doivent quitter Chabeuil, en Drôme, pour rejoindre le 12e Hussards à Roanne.

 

II/ De l'infanterie de la Légion Lyonnaise au 1er Régiment du Rhône

16e Léger 1802
Cavalier de la Légion Lyonnaise d'après un dessin d'époque conservé au musée de Gadagne à Lyon

Nous avons vu que l'infanterie de la Légion Lyonnaise fut versée le 29 Janvier 1814 dans la Garde Nationale. Tout avait commencé dans le chaos administratif de l'urgence de la levée de corps de volontaires multiples et d'unités de Gardes Nationales.

Le 20 Janvier, au retour d'Augereau dans la ville, le maire de Lyon, le comte d'Arbon, annonçait qu'il serait formé dans la ville des bataillons lyonnais, distincts des corps francs et de la Légion Lyonnaise, formant pour la cité le contingent de la Garde Nationale mobilisée pour l'armée de Lyon. L'optimisme des chiffres revu à la baisse, le 24 Janvier on prévoit de ne former qu'un seul bataillon. Les citoyens recrutés sont soit des volontaires soit  des membres de la Garde Nationale sédentaire. Ils sont habillés, équipés et soldés aux frais de tous les citoyens par une contribution extraordinaire. Les capitaines en seront nommés.

Cinq jours plus tard, ce bataillon est substitué par le contingent à pied de la Légion Lyonnaise qui entre alors dans la composition d'une unité plus vaste : le 1er Régiment du Rhône, recruté sur tout le département, aux effectifs de deux bataillons dont il forme le premier des deux.

La répartition du recrutement pour ce 1er Régiment départemental devait suivre celle adoptée initialement pour la Légion Lyonnaise soit : 840 hommes pour la ville de Lyon, 420 hommes pour l'arrondissement de Lyon et 420 hommes pour l'arrondissement de Villefranche.

La revue passée le 29 Janvier comptabilise donc les effectifs du seul 1er bataillon, avec le chef de bataillon Peillon qui le commande : soit une compagnie de grenadiers, quatre compagnies de fusiliers et une compagnie de voltigeurs. Le régiment est sous les ordres provisoire du colonel Pernin et le chef de bataillon de Courcelle doit constituer son deuxième bataillon. Il ne dispose alors que de quelques cadres pris parmi d'anciens officiers.

Le 6 Février, le major Mylvius, du 117e de Ligne, se voit confier le régiment. Au 23 Février, le 2e bataillon n'existe toujours pas, de nombreux hommes comptés pour le recrutement étant inaptes ou ne s'étant pas présentés. Aussi, dans l'urgence, on comble les vides avec des hommes de la conscription et des conscrits réfractaires. Mais le total du régiment atteint seulement  488 hommes et sous officiers et 43 officiers. La désertion s'amplifie au fur et à mesure que la situation militaire se dégrade. De toutes façons, le régiment ne quitte pas Lyon et ne participe pas aux opérations d'Augereau.

On le retrouve à la brigade de réserve de Gardes Nationales du général Rémond qui se retrouve face aux Autrichiens à Vaisse le 20 mars, aux barrières de Lyon, mais il n'y aura pratiquement aucun combat. Il se replie avec le maréchal lors de la 2e évacuation de la ville fin Mars. Il est officiellement licencié le 10 Mai 1814. Il n'aura eu qu' un officier blessé, le lieutenant Maréchal.

Ferdinand Frédéric Henri (de) Mylius

Né au Wurtemberg le 6 février 1784. Entré au service français comme lieutenant dans la Légion des Francs du Nord en mars 1800. Réformé en 1801. En mai 1802, lieutenant au 21e de Ligne, blessé à Iena et promu capitaine.
1er Juillet 1808 passe au 118e de Ligne. S'illustre en Espagne et passe chef de bataillon en mars 1811. Se distingue aux Arapiles où avec ses hommes il s'empare d'un drapeau.
20 septembre 1813, nommé major au 117e de Ligne.
Commandant le régiment de la Garde Nationale active du Rhône en 1814. Naturalisé français en septembre 1815.
Pendant les Cent Jours est attaché au 22e de Ligne.
En 1823 colonel du 46e de Ligne. Campagne de Morée en 1828-1829. En 1832, est fait maréchal de camp.

 

III/ Uniformes

- Cavalerie :

16e Léger 1802
Fusilier de la Légion Lyonnaise puis 1er bataillon du régiment du Rhône, 1814

Shako noir, plaque blanche, cordon et raquettes blancs, plumet vert à sommet jaune. Tenue de type surtout à basques courte verte à distinctive jaune sur : passepoil au collet et du devant et retroussis entièrement jaunes. Boutons blancs, gants à crispins et banderole de giberne chamois. Pantalon gris clair à bande latérale jaune, sabre à fourreau acier. Schabraque de mouton blanc festonnée de jaune, portemanteau vert galonné de jaune. On notera des dessins avec absence de plaques au shako et quelques variantes de distinctives.

- Infanterie :

Décrets de formation du 10 Janvier 1814 :
- Article 1 : Seront formé deux bataillons d'infanterie soit 1680 hommes, formant le contingent d'activité de la Garde Nationale du département du Rhône, dont la levée est ordonnée par le décret impérial du 6 du présent mois.
- Article 4 : Sera organisé en tout comme les troupes de ligne.
- Article 6 : Les hommes atteints par la levée des 300.000 hommes ne pourront être compris dans la Légion Lyonnaise mais les citoyens qui composent les 6 cohortes urbaines de la ville sont susceptibles d'y être appelés (formées le 17 Décembre 1813).
- Article 10 : Uniforme de l'infanterie : Habit vert, revers de même couleur avec passepoil jaune, parements jaunes, collet vert, pattes jaunes, passepoils jaune faisant le tour de la ceinture et des basques. Boutons rond blancs, gilet vert boutons blancs. Culotte verte, demi guêtres noires . Shako noir avec plaque, sans cordons, pompon de différentes couleurs pour distinguer les compagnies. Equipement d'infanterie légère.

 

IV/ Bibliographie

- Croyet J. :  Les chasseurs à cheval lyonnais,  in exposition au château des Allymes : l'Ain en 1814.

- Thiebaud J. M. et  Tissot Robbe G. : Les corps francs de 1814 et 1815; La double agonie de l'Empire. SPM 2011.