DES SOLDATS PEU RECOMMENDABLES : LES GENDARMES CATALANS 1809-1811

D. Davin

 

Avertissement et remerciements : Cet article nous a été adressé par notre collègue du Bivouac, Didier Davin, que nous remercions tout particulièrement pour sa disponibilité et son érudition.

 

I/ Historique

 

Gendarme catalan

Gendarme Catalan

La Catalogne, soumise par la force à l'autorité française, est en 1809, comme d'ailleurs une grande partie de l'Espagne, en rébellion permanente. Les villes doivent être conquises une à une : ainsi Gérone, qui se défend héroïquement pendant des semaines et ne capitulera que le 10 décembre 1809. Toutes les routes qui la relient à la France sont régulièrement attaquées par des bandes de partisans et des fractions de l'Armée espagnole.

Le malheureux Joseph, véritablement propulsé Roi d'Espagne, doit régner sur un état virtuel, soutenu à bout de bras par les armées de son frère qui rêve de démembrer ses territoires frontaliers (Pays Basque, Aragon et Catalogne) et par quelques espagnols de qualité qui pensent que l'influence française pourrait réellement régénérer leur pays, il faut le dire, à cette époque, assez en retard sur le plan du progrès, qu'il soit technique ou intellectuel.

Parmi ces "Afrancesados", ces "francisés", que Joseph envoie comme commissaires royaux dans les provinces pour essayer de se concilier la population, il y a en Catalogne Joseph Garriga Buich, un médecin.

Constatant la situation désastreuse sur le plan de la sécurité, il décide de former une gendarmerie locale en juin 1809, à Figuières, sous la forme de deux compagnies à pied et une compagnie à cheval portant le nom de "Batallo de la Gendarmeria Catalana. del Emporda" (de l'Empourdan)

Le recrutement est assez spécial puisque s' y engagent surtout des repris de justice, d'anciens guérilleros et autres contrebandiers qui espèrent bien continuer leurs lucratives activités sous protection française....

Ils servent aussi à lancer des opérations punitives et ne se privent pas de brûler et de piller allègrement les villages insoumis. Il faut le dire, aux cotés des troupes italiennes qui forment une grande partie du corps expéditionnaire français en Catalogne en cette période et se comportent fort mal, leurs officiers en tête. Le recrutement est tellement désastreux que l'ordonnateur Rey oblige Garriga à chasser d'un coup une trentaine d'individus des effectifs !

Augereau qui a pris le commandement des troupes de Catalogne, en septembre 1809 est avertit par le préfet des Pyrénées Orientales que les gendarmes de son département sont choqués par la similitude d'uniforme entre les repris de justice, bons pour le bagne que sont les gendarmes catalans, et la Gendarmerie régulière française. Les premiers se livrant aussi à toutes sortes de trafics transfrontaliers avec l'aide d'une administration des douanes peu regardante.

Mais malheureusement, cette guerre étant cruelle on ne saurait se passer de ces "bonnes volontés" pour la lutte anti-guérilla dans l'instant, et ces supplétifs trouvent place à coté de la petite Gendarmerie de prévôté attachée à l'Armée de Catalogne.

Mac Donald a pris la suite d'Augereau en Catalogne. Le pays est totalement ruiné : partie par la guerre partie par les "vautours" de l'administration militaire impériale qui s'occupent de tout. Le 8 février 1810, la Catalogne est érigée en gouvernement particulier et devront y flotter conjointement le drapeau français et les couleurs catalanes : une indépendance de fait de Madrid et du Roi Joseph, sous contrôle français renforcé. Les représentants de Joseph ne sont plus les bienvenus et l'on tente d'y exercer désormais une administration plus juste.

Arrété qui determine le mode de paiement pour la Gendarmerie à pied et à cheval de la Catalogne

Nous, maréchal d'Empire, considérant que les compagnies de gendarmerie levées par les soins du commissaire royal de SM le Roi Joseph, Mr Garriga, et conservées par le Duc de Castiglione depuis l'érection de la Catalogne en Gouvernement Général, n'ont pas été payées d'une manière assez régulière et qu'il leur est du des sommes assez considérables, arrêtons :
art 1er : la gendarmerie à pied et à cheval de la Catalogne sera payée par les soins des payeurs de l'armée, à dater du 8 février, époque à laquelle la Catalogne a été érigée en Gouvernement.
art 2 :  la solde de ce corps est réglé aux même taux de celle de la Gendarmerie Impériale de France, à dater de la même époque.

Au QG de Gironne, le 8 Juillet 1810
Mac Donald

La fin de l'année 1810 et le début de 1811 sont marqués par des combats répétés en Haute Catalogne. Comme nous l'avons vu dans un précédent bulletin du Bivouac, c'est en juin 1810 que l'on décide de former à Perpignan une gendarmerie française spécifique à la Catalogne : la Légion de Catalogne (future 6e Légion de la Gendarmerie d'Espagne à la fin de 1811) de 4 puis 6 compagnies mixtes à pied et à cheval . Elles n'entreront dans le pays qu'en avril 1811 pour leur fraction à pied et auront leur QG à Figuières,qui doit d'ailleurs être reprise aux insurgés, qui avaient pu s'en emparer au début du mois. Nos gendarmes catalans ne sont plus indispensables.

Réorganisés par Suchet au cours de l'année 1811, en y incorporant plus de français parlant le catalan, ils sont licenciés par le Général Decaen, gouverneur de la province en décembre de la même année, qui en verse les meilleurs éléments dans une nouvelle formation : les Guides Catalans, qui formeront une compagnie mixte à pied et à cheval.

Par ailleurs la Catalogne elle même est carrément détachée de l'Espagne en janvier 1812, réunie à l'Empire et divisée en départements. On pense y lever un nouveau régiment : le régiment de Catalogne dont l'organisation sera très fugace.

 

II/ Le dessin : Gendarme Catalan à cheval

Un Garde Catalan

L'uniforme primitif aurait été à la hussarde (?), mais il prennent par la suite un uniforme très semblable à celui de la Gendarmerie française mis à part la coiffure.

Colback brun à flamme écarlate avec pompon jaune à franges argentées, pompon rouge a sommet jaune (couleurs de la Catalogne).

Habit bleu idem pattes de parements, à collet, parements, revers et retroussis écarlates. Les parements sont passepoilés de blanc. Boutons blancs, grenades blanches aux retroussis.

Deux trêfles blancs sur les épaules (note 1) . Gilet blanc. Culotte de peau et bottes de cavalerie noires. Buffleterie jaune liserée de blanc.

Tapis de selle, portemanteau et chaperons de fonte bleu galonné de blanc. Equipement similaire à la Gendarmerie française; le mousqueton ayant été dans un premier temps remplacé par un tromblon.

Note 1 : certains leur donnent des aiguillettes blanches : il semble curieux qu'on en ait distribué à des troupes qui ne sont quand même pas une "élite". Boisselier orne le colback d'un cordon et raquettes blancs et d'un plumet entièrement rouge.

Complément : Il y aurait eu finalement deux compagnies à cheval et une compagnie à pied commandées par les capitaines Loriol puis Lorre, Clotte et Noêl.