La Garde d'Honneur de Chambéry

1804-1808

 

Avertissement et remerciements : Cet article nous a été adressé par notre collègue du Bivouac, Didier Davin, que nous remercions tout particulièrement pour sa disponibilité et son érudition.

 

Garde d'Honneur, dessin de D. Davin

C'est en Novembre 1804 (le 20 Brumaire an 13) que le Préfet (Maissimi Poitevin) et le Général commandant le département du Mont Blanc (Herbin), en prévision du passage du Pape, Pie VII, qui vient à Paris pour couronner le nouvel Empereur des Français, se mettent en chasse de ceux qui pourront lui rendre les Honneurs dus à son rang.

Constatant l'absence de troupes stationnées dans le département, ils ordonnent donc de mettre en réquisition la Garde Nationale : 200 hommes de St Jean de Maurienne, 400 hommes pour Chambéry, 60 hommes de Pont de Beauvoisin. De plus, le Général commandant de la 7e Région Militaire, qui n'est autre alors que le Général Molitor, qui arrive à Chambéry pour l'occasion, devra disposer de sa propre garde d'honneur de 50 hommes pris sur les Gardes Nationales. Ce détachement devra comporter un Capitaine, un Lieutenant, 2 Sergents, 4 Caporaux, 2 Tambours et 40 Fusiliers.

Cette Compagnie va être transformée en Garde Nationale Soldée, portant le même uniforme que la Garde Nationale mais avec une culotte bleue pour la distinguer. L'uniforme étant cependant à la charge de chaque soldat.

C'est le 15 Novembre que le Souverain Pontife franchit le Mont Cenis sans trop de difficultés grâce à la nouvelle route que le ci-devant Premier Consul a fait construire et qui est en train d'être terminée. Après un repas pris à l'Hospice des Cisterciens, il couche le soir à Lanslebourg, puis le lendemain loge au palais de l'évêque à St Jean de Maurienne, après un passage remarqué au Pas de l'Echelle. Il passe par Chambery le 17 Novembre et séjourne à l'Hôtel des Marches et de Bellegarde, environné par la population qu'il bénit. Le 19 Novembre il gagne Lyon.

Le 1er Février 1805 (ou 12 Pluviose an 13), nouveau branle bas dans le département; l'Empereur et sa Cour vont passer par là pour rejoindre l'Italie, afin de ceindre la Couronne de Fer. Une Garde d'Honneur à cheval plus spécifique doit être organisée et déja Chambéry se porte volontaire pour 24 cavaliers qui s'équipent à leurs frais. Le commandement est confié au citoyen Veuillet d'Yenne. Les autres villes du département sont invitées à y participer selon leurs moyens, pour réunir auprès de Sa Majesté "l'élite de la jeunesse" et lui montrer les sentiments "d'un peuple aimant et toujours placé par son dévouement au dessus de sa fortune" (sic). La Garde Nationale est de nouveau réquisitionnée pour fournir une Garde à pied.

L'uniforme de la Garde d'Honneur à cheval est défini mêlant le blanc et le vert. Il est sobre et de bon goût quoique bien entendu largement doré ainsi que le guidon qui accompagne cette formation. Chapeau noir, galon et ganse dorées, plumet blanc à sommet vert. Habit "à la chasseur" (revers et parements en pointe), entièrement blanc avec les parements verts, retroussis ornés d'aigles dorés. Boutons dorés. Epaulette dorée à gauche, trèfles et aiguillettes dorées sur l'épaule droite. Gilet blanc à galon doré, culotte blanche avec noeuds hongrois et galon latéraux dorés, bottes noires à galon et glands dorés. Giberne et sa banderole de maroquin rouge galon doré, la giberne est ornée d'une Aigle dorée. Ceinturon de cuir vert bordé de doré, plaque doré, sabre à fourreau cuivre, dragonne dorée. Chabraque verte à galon et aigles dorés.

Le 2 Avril, Napoléon quitte Fontainebleau après avoir pris sèchement congé du Pape qui le suivra à 3 jours d'intervalle. Napoléon arrive à Chambery, en provenance de Lyon le 16 Avril 1805 à 8 heures du soir avec sa Cour, et l'Impératrice. Reçu par la Garde d'Honneur à cheval, des Compagnies d'Elite de la Garde Nationale, les pompiers et une musique de 30 exécutants tous en uniforme (d'après l'Annuaire statistique du département du Mont Blanc an 14, souvenirs du Capitaine Palluel, ancien Capitaine de la Garde d'Honneur). Il visite la ville à 6 heures du matin le lendemain puis l'Arsenal à 10 heures. Le Fort Barraux est inspecté vers 14 heures puis il rejoint la ville dans la soirée et en profite pour recevoir une députation helvétique. Il quitte la ville le 18 au matin à 4 heures direction Modane. Le Pape arrive donc à Chambéry sur ses talons mais ne s'y arrête pas.

  La requête de la Garde d'Honneur de Chambéry

Lors du séjour de Napoléon dans la ville, le commandant et les officiers de la garde d'honneur ont eu la faveur d'une audience particulière. Et l'Empereur a accueilli avec bienveillance leur requête. Il faut dire qu'elle était particulièrement entouré de flatteries ...
«Sire,
«Descendants d'une nation brave et fidèle que votre génie et vos conquêtes ont à jamais associée au plus puissant Empire, nous nous honorons du dévouement qui nous amène au pied du trône.
«Semblables à nos aïeux notre politique n'est que notre amour.
«A ce besoin de nos curs se joint ce sentiment profond d'admiration que commande un héros que la postérité enviera à son siècle et qui, en ce moment même, rend toutes les autres nations jalouses.
«Tout drapeau français est le fanal de la victoire. Sire, disposez de nos bras et le nôtre atteindra sa destinée. S'il reste privé de cet avantage, il brillera toujours des sentiments qui nous animent.
«L'alliance de ses couleurs est l'image allégorique des liens indissolubles qui unissent le département du Mont-Blanc à votre auguste personne ; ils seront éternels comme les bases sur lesquelles ils reposent ; ils sont purs comme les premiers feux du jour qui dardent sur son sommet.
«Les fêtes et les institutions des peuples datent des événements les plus heureux de leur histoire ; celui que la présence de V. M. signale en ce jour d'allégresse sera l'époque la plus fortunée de la nôtre.
« Sire, permettez qu'elle ramène parmi nous cette ancienne institution du tir (la fête du tirage) qui fut pendant près de deux siècles le motif d'une fête annuelle où une fusion de toutes les classes présentait le spectacle intéressant d'une immense et joyeuse famille.
«Sire, permettez que cette fête ait lieu chaque année à pareille époque que ce jour, que nous appellerons napoléonienne, et que notre corps se perpétue à la faveur d'une institution qui attestera dans tous les temps notre amour, notre dévouement, vos bienfaits et notre reconnaissance.»

Après les audiences S. M. est montée en voiture pour se rendre au fort Barreau. Elle y a été accompagnée par le général Molitor, escortée d'un détachement de sa Garde d'Honneur. L'Empereur et sa suite, avec le préfet, sont partis le 28 germinal à quatre heures du matin pour le Mont-Cenis. Cette heure matinale ne les a point soustraits à la foule et les acclamations les ont  accompagnés aussi longtemps qu'elles ont pu se faire entendre. Les généraux Molitor et Herbin, tout leur état-major et toute la garde d'honneur ont escorté L.L. M.M. jusqu'à une heure de la ville ...

Le 30 Germinal an 13, le Souverain Pontife repasse par la Grotte près des Echelles. Le Bulletin de Lyon poura écrire: "Il était attendu par un nombreux détachement d'Elite de la Garde Nationale. Les autorités s'étaient réunies dans cet endroit et avaient fait porter le drapeau qui avait été béni par Sa Sainteté lors de son premier passage. On voit sur un coté de ce drapeau le chiffre de Pie VII, placé sur les clefs de Saint Pierre et surmonté de la tiare avec cette légende en latin tirée de la Genese : PERIGRINATUR IN TERRA NOSTRA, ERITQUE NOBISCUM. De l'autre coté du drapeau le chiffre de Sa Majesté l'Empereur entouré de feuilles de chêne et couronné de 7 étoiles, symbole de l'immortalité, avec cette devise : PRO FELICITATE POPULI REGNAT...".

Le Pape semblait content de l'accueil de la population, qui lui témoignait en fait beaucoup de piété, beaucoup moins de celui des autorités qui faisaient souvent le strict minimum de protocole. Il faut dire que lors de son séjour en France, on lui avait fait "avaler un certain nombre de couleuvres". Napoléon repassera rapidement en revenant en France, mais on aura le temps de donner, par contre, un bal en l'honneur d'Eugene de Beauharnais.

Le 16 Novembre 1807, auréolé de ses victoires sur les Russes et les Prussiens, Napoléon retourne dans la péninsule italienne pour visiter Venise qui est rattachée alors au Royaume d'Italie depuis mars 1806. Le 17 Novembre, il est à Lyon, le 18 à Pont de Beauvoisin, le 19 à Chambéry, puis gagne la frontière. Après son séjour en Italie, il repassera la frontière le 29 Décembre.

Quelques passages prestigieux viendront agrémenter l'année 1810 : le Prince Borghèse, la Princesse Elisa et de nouveau, le Vice Roi Eugène de Beauharnais.