La Garde d'Honneur de Nantes en 1808

 

Avertissement et remerciements : Cet article nous a été adressé par notre collègue du Bivouac, Didier Davin, que nous remercions tout particulièrement pour sa disponibilité et son érudition.

 

Garde d'Honneur de Nantes 1808

Le département de la Loire Inférieure (aujourd'hui Atlantique) et la ville de Nantes, ruinés par la guerre civile dans l'Ouest, qui dura résiduellement jusqu' au Consulat, virent arriver la pacification de Bonaparte avec soulagement. Aussi, l'Empereur était-il populaire quand il décida de visiter l'Ouest du pays après avoir parcouru le Sud- Ouest.

Prévenus d'une visite probable, le préfet du département : Visscher de Celles et le maire de Nantes : Bertrand Geslin, décidèrent d'un commun accord, le 23 mai, de lever une Garde d'Honneur pour accueillir dignement leurs Majestés Impériales, puisque l'impératrice Joséphine était aussi du voyage. La Garde n'eut pas de mal à se former : les postulants rivalisant de zèle pour y faire bonne figure, et l'on s'entend pour leur tenue et équipement qu'ils devront en partie se payer.

La composition de celle-ci était un véritable condensé de l'histoire politique de la région puisqu'on y trouvait de braves bourgeois (dont certains étaient d'ancien négriers ou trafiquants enrichis sous la Révolution), d'ex Jacobins et anciens révolutionnaires et des aristocrates autrefois pourchassés par les précédents. Par opportunisme ou bonapartisme tous se préparaient pour les parades futures en s'entrainant trois fois par semaine.

Leur chef Piter Deurbroucq, riche négociant, avait jadis défendu la ville contre l'assaut des Vendéens en 1793.

Piter Deurbroucq

Colonel de la Garde d'Honneur de Nantes, 1756-1831. Fils d'un riche négociant nantais d'origine hollandaise, anobli en 1768. Comme son père, Deurbroucq fut nommé consul des marchands. Devient un des chefs de la Garde nationale nantaise en 1792 et combat l'insurrection vendéenne. Elu conseiller général puis président du conseil général du Maine et Loire fin 1806. Officier de la Légion d'Honneur en 1805. Nommé colonel de la Garde d'Honneur de Nantes en 1808. Chevalier de l'Empire puis baron en Août 1809. Il est élu par le Sénat conservateur, le 10 Août 1810, député de la Loire inférieure au Corps législatif, où il siège jusqu'aux Cent Jours.

Cent vingt fantassins ( deux compagnies), 84 cavaliers ( deux compagnies), une musique de 26 musiciens et une vingtaine d'officiers, voilà quel était l'effectif de cette phalange. De splendides étendards et drapeaux furent délivrés les 28 Juillet, tandis que la musique s'entrainait à jouer «Veillons au salut de l'Empire» et autres airs de circonstances.

 

I/ LES TENUES DE LA GARDE D'HONNEUR DE NANTES

 

a/ La cavalerie

Garde d'Honneur de Nantes 1808
Habit d'officier de la Garde d'Honneur de Nantes à pied : on notera les pattes des parements et les deux Aigles aux retroussis, adaptations du règlement initial pour la tenue.

Chapeau noir de type demi-claque, plumet blanc à base amarante, cocarde nationale, ganse en torsade, floches et boutons doré. Habit de type chasseur à cheval à revers en pointe, en drap vert, collet, revers, parements en pointe et retroussis amarante, boutons dorés à l'Aigle portant «Garde d'Honneur de Nantes», aiguillettes or sur l'épaule gauche, trèfles or sur l'épaule droite. Cors de chasse or aux retroussis. Les officiers portent les aiguillettes à droite et une épaulette de leur grade à gauche. Le chapeau est borde d'or.

Gants ocres. Gilet blanc à 3 rangs de boutons dorés. Culotte blanche à trèfles et tresses or. Bottes noires à galon et glands dorés. Sabre à fourreau cuivre, dragonne dorée, ceinturon et bélières noirs, plaque or. Les officiers ont aussi une tenue de bal avec l'habit dont les revers sont verts passepoilés d'amarante, le reste comme ci-dessus. Culottes de casimir blanc, bas blancs, souliers noirs à boucles dorées, petite épée.

Harnachement de types chasseur à cheval en cuir noir et bouclerie de métal blanc. Licol garni de drap amarante, chasse mouches noir, surfaix amarante, plaque de poitrail ornée d'une Aigle. La schabraque est de drap vert foncé, bordée de drap amarante, une tresse dorée court à distance du bord, cors de chasse dorés dans les angles, pas de portemanteau mais pistolets dans les fontes sous la schabraque.

Les trompettes portent un habit aux couleurs inversées comme il est d'usage.

 

 

b/ L' infanterie

Chapeau noir idem cavalerie, plumet blanc, ganse torsadée, floches et boutons or, cocarde nationale. Habit à la coupe de l'infanterie de ligne à revers carrés, fond blanc, collet, revers et parements amarante passepoilés de blanc, doublure et retroussis blancs ; un passepoil amarante borde l'ouverture des parements à 3 boutons, les poches en travers et les retroussis. Une Aigle dorée sert d'agrafe aux retroussis.

Tous boutons dorés comme les gardes à cheval ; Trèfles or sur les épaules bordés d'amarante. Veste et culotte blanches. Guêtres blanches. Sabre briquet à dragonne dorée. Giberne noire ornée d'une Aigle dorée avec 4 étoiles sur la patelette, buffleterie blanche, fusil.

Les officiers portent les épaulettes dorées de leur grade et une épée suspendue à une banderole blanche. Un hausse col doré. Bottes noires à revers fauve.

 

c/ Le tambour major

Chapeau noir, cocarde nationale, ganse torsadées et boutons or, galon et floches or, plumet blanc garni à sa base de 3 plumes amarante. Habit de type infanterie de ligne, fond bleu, collet et parements écarlates, revers doublure et retroussis blancs passepoilés d'écarlate, ainsi que les poches en travers. Un galon or borde l'intérieur du collet, parements revers, retroussis et poches. Boutons dorés ; Aigles dorés agrafant les retroussis. Galons dorés de sergent major sur les manches. Deux épaulettes or. Gilet blanc, boutons or et galon doré. Culotte blanche avec trèfles et passepoil or sur les coutures. Bottes noires à revers fauve. Canne à pommeau et chaine argent. Sabre à poignée et dragonne dorée.

 

Garde d'Honneur de Nantes 1808

d/ Les tambours (au nombre de 8)

Portent le même habit que le tambour-major sans galons sur les manches ni épaulettes mais avec deux trèfles or sur les épaules. Chapeau de l'infanterie de la Garde d'Honneur. Guêtres blanches, culotte blanche sans galons ; Cuissard et porte caisse de cuir blanchi, caisse cuivre à cercles amarantes.

 

e/ Le commandant supérieur de la Garde  : Piter Deurbourcq (d'après un portrait)

Garde d'Honneur de Nantes 1808
Commandant de la Garde d'Honneur de Nantes

Porte une tenue avec quelques originalités. Chapeau noir, avec ganse de cocarde en torsade, autres ganses, galon  et floches dorées, plumet en héron blanc. Habit de type chasseurs à cheval à revers en pointe mais de fond blanc avec collet revers et parements en pointe, doublure et retroussis amarante. Boutons dorés, deux épaulettes à gros bouillons dorés. Aiguillettes dorées portées sur l'épaule gauche. Gilet blanc à 3 rangs de boutons dorés. Culotte blanche avec galonnage latéral et nuds hongrois or sur le devant. Bottes noires à galon et glands or. Sabre de cavalerie légère à fourreau et dragonne dorée. Ceinturon et bélières dorées.

 

II/ LA VISITE DE NAPOLEON A NANTES

Garde d'Honneur de Nantes 1808

Le 9 août 1808, à 0h 45, à la lueur de flambeaux, l'Empereur et sa suite dont l'Impératrice, Talleyrand, Decres, ministre de la Marine, Duroc et Maret, se présentent à Rémouillé aux frontières du département. Conformément à l'usage, ils sont reçus par le préfet, la gendarmerie départementale et la Garde d' Honneur à cheval. Discours de bienvenue du préfet, qui, plein de bonne volonté, déclare : «Sire, le monde entier est plein d'admiration pour votre Majesté» ce qui ne pouvait pas nuire à sa carrière préfectorale.

Sur les trois heures du matin, le cortège désormais escorté par la Garde d'Honneur à cheval arrive aux portes de la ville. Le maire présente les clefs de sa cité sur un plateau d'argent. L'Empereur a la bonne grâce de les lui rendre, en disant qu'elles étaient dans de bonnes mains. Puis le cortège entre dans Nantes illuminée dont toutes les cloches sonnent à la volée.Un arc de triomphe de 12 mètres de hauteur décore le pont Rousseau. Il est destiné à célébrer : L'arbitre, le héros, le bienfaiteur du monde.

Un autre arc sur le pont de la Poissonnerie, élève un char de triomphe traîné par six chevaux ; il porte cet exergue : Au pacificateur de l'Ouest.

Au centre de la place Impériale (place Royale) se dresse un obélisque, haut de 18 mètres. Sur la place Graslin la foule admire le Temple des Muses : le buste de Napoléon trône sur un piédestal entouré des neuf Muses ; des inscriptions dithyrambiques figurent sur ces monuments. Les habitants sont tous dans les rues pour le voir passer. L'enthousiasme populaire est authentique.

Napoléon descend à la préfecture, ci devant hôtel d'Aux, que l'on a décoré avec les symboles impériaux. Il peut se reposer quelques heures, veillé par la Garde d'Honneur à pied. Peut-être son sommeil est agité par les soucis des affaires d'Espagne, car une semaine plus tôt à Bordeaux, il a appris la capitulation du général Dupont à Baylen.

Le 9 août à 9 heures du matin, il y a réception des corps constitués à la préfecture, puis l'Empereur visite la ville et le port à cheval, et souvent à grand train, mais rien n'échappe à son il d' aigle, et il pose à Piter Deurbroucq, qui l'escorte avec ses gardes, de nombreuses questions pertinentes. Bien entendu, la visite a été préparée à l'avance pas son »staff» et Napoléon connait ses dossiers.

En fin de journée, visite du nouveau lycée. Occasion pour l'Empereur de faire preuve de magnanimité vis-à-vis du général Normand, détenu pour avoir conspiré avec Moreau, lorsque ses deux fils, élèves de l'établissement, et leur mère plaident sa cause. Normand sera réintégré dans l'Armée et mourra en Russie quatre ans plus tard.

Le 10 Août, à quatre heures du matin, Napoléon quitte le quai de la Fosse, sur une embarcation que les négociantes ont gréée à son intention, pour visiter l'arsenal d'Indret et les chantiers navals de Paimboeuf. A Paimboeuf, une frégate est en construction : elle s'appellera «la Méduse» et aura le triste sort que l'on connait. Pour le moment, Napoléon rêve d'aménager plus encore l'estuaire de la Loire en un vaste chantier pour sa marine de guerre.

Mais il est temps de retourner à Nantes et à cheval. Avant de partir, les rameurs de l'embarcation ne sont pas oubliés et reçoivent une gratification de 3000 francs. Retour à Nantes à 17 heures. Napoléon passe en revue le 9e Dragons. Le soir, il y a bal et feux d'artifice.

Le lendemain matin, l'Empereur quitte Nantes et se déclare ravi de sa visite devant les autorités venues lui souhaiter mille félicités pour l'avenir. Il ordonne à l' occasion l'ouverture de nombreux chantiers, qui seront menés à bien par des prisonniers de guerre espagnols. Mais l'effondrement du commerce maritime lié à la guerre continuelle avec l'Angleterre, la conscription toujours plus importante et les tracas causés au Pape, vexants pour une population très attachée au catholicisme, vont apporter un bémol à l'enthousiasme de 1808, bien que le climat reste globalement favorable à l'Empire.

Quant à la Garde d' Honneur, qui comptait bien continuer à parader, elle fut dissoute peu de temps après le passage de l'Empereur par ordres du ministre de l'Intérieur.

 

III/ LES DRAPEAUX ET ETENDARDS DE LA GARDE D' HONNEUR DE NANTES

Garde d'Honneur de Nantes 1808

L'étendard (dont l'original est conservé au Musée Dobrée de Nantes) dont la pique est au Musée de l'Armée : en métal dorée ajourée en son centre, avec au centre une Aigle couronnée. Carré de satin de 0,75 m de coté frangé d'or. Avers (flottant à la gauche du spectateur) de fond amarante, un galon doré en baguette tout autour. Etoiles d'or dans les 4 coins avec des guirlandes d'olivier argent qui les relient. Au centre une couronne de laurier en or entourant la devise IMPERAT ORBI, surmontée d'un N rayonnant le tout en doré.

Au revers de fond vert les mêmes motifs de bordure mais les étoiles des angles sont remplacées par des N. Au centre la couronne de lauriers or entoure la devise NOTRE AMOUR/EGALE/SON COURAGE. Une ancre noire à barre transversale dorée se trouve sous la couronne de chêne. Une cravate tricolore à franges dorées a été commandée au fournisseur.

Pour le drapeau de la Garde à pied : Le drapeau est porté par le sous-lieutenant Dubern. Le drapeau est en tafetas blanc mesurant 1 m de coté et frangé d'or. Avers : au centre une couronne de lauriers en or entourant un globe terrestre "au naturel" (continents marrons, océans bleus et equateurs et tropiques en or); la couronne de lauriers est nouée à sa base par un ruban amarante sur lequel on peut lire en doré : IL LA REMPLIT DE SA GLOIRE. 4 étoiles dorées aux 4 angles du drapeau.

Revers : Au centre couronne de deux branches d'olivier au naturel; avec au centre de la couronne un N avec une couronne de 9 étoiles, tout en doré. La couronne d'oliviers est liée à sa base par un ruban vert sur lequel on peut lire en doré : IL DONNERA LA PAIX A L UNIVERS. Le noeud du ruban enserre aussi au croisement des deux branches d'olivier une ancre noire à barre transversale dorée. 4 N dorés aux 4 angles du drapeau. Même pique et cravate que la cavalerie.