Le 31ème Régiment d'Infanterie Légère

1801-1815

 

Avertissement et remerciements : Cet article nous a été adressé par notre collègue du Bivouac, Didier Davin, que nous remercions tout particulièrement pour sa disponibilité et son érudition. Nous l'avons complété par les Etats militaires ans X à XII

 

I/ LES DEBUTS DU 31E LEGER 1801-1806

 

a/ LES PRECURSEURS 1799-1802

Le nouveau gouvernement piémontais, allié des français, après le renversement du roi et son exil en Sardaigne, leva  en Avril 1799 dans les Hautes vallées (essentiellement celle de San Martino), parmi les populations protestantes locales, un corps de chasseurs vaudois de 2 bataillons de 1500 hommes (ou Légion Vaudoise) chargé d'assurer la sécurité dans le département de la Stura. L’unité fut mise sous le commandement de Giacomo Marauda.

Lorsque le Piémont doit être évacué devant l’avance austro-russe entre Mai et Juin 1799, les autorités piémontaises se réfugient dans la région autour de Fenestrelle, puis passent de l’autre côté de la frontière vers Briançon et les chasseurs vaudois avec eux. La Légion Vaudoise est alors réunie avec d’autres piémontais pour faire partie du Corps de l’Armée des Alpes sous le général Turreau. Maurauda va tenir à conserver son unité autonome directement sous commandement français. Il sera cependant destitué en Août 1800 et remplacé par Louis Auguste Lecuyer.

Lorsque les Piémontais «patriotes» peuvent retourner chez eux, suite à la victoire de Bonaparte à Marengo, les Vaudois sont réorganisés en un corps de Chasseurs Piémontais de 2 bataillons (10 compagnies) et un dépôt. En Juillet 1800, ils sont à Turin. En Août, un détachement part sur Ivrée, puis les chasseurs piémontais vont aider les Français, à la reprise des hostilités avec l’Autriche. En Décembre 1800, on les retrouvera à Palazzolo, une partie à la division Loison, une partie comme éclaireurs à la division Rochambeau. Puis ils participeront à la bataille de Pozzolo, le 25 Décembre 1800.

Au début 1801, après la paix, réunis à Alexandrie, les chasseurs Piémontais deviennent 1ère demi brigade légère Piémontaise à 3 bataillons toujours commandés par Lecuyer. Les 3 chefs de bataillons étant : Jacques Armelin, Stephane Arlandi et Jean Falcon.

En Avril, la Demi brigade reçoit les renforts d’un bataillon de chasseurs des Alpes formé en début 1801 avec des compagnies d’anciens Barbets (ou chasseurs volontaires à pied piémontais). Le 26 Août 1801, avec les autres troupes piémontaises, la demi-brigade change de cocarde et devient  donc 31e DB légère «française», mais le changement effectif n’aura lieu qu’en Janvier 1802.

L’unité ayant été la proie de beaucoup de dilapidations de la part de son Etat-major, celui-ci a été cassé au milieu de 1801 et le commandement provisoire est assuré par  Théodore Fornaris jusqu’au milieu de 1802 où arrivera en poste le chef de brigade Louis Joseph Mejan (nommé en fait depuis le début 1802). Le général Colli inspecte la nouvelle unité en Février 1802, puis ce sera le tour du général Ernouf. Ils constatent des effectifs autour d’un millier d’hommes mais seulement la moitié armés et avec de mauvais fusils, des uniformes en loques, une instruction militaire défaillante, des cantonnements insalubres. Pour remédier à tout cela, on décide de faire venir la demi- brigade en France. Le 24 Mai 1802, l’unité se met donc en marche pour gagner Besançon par Suze.

Entre temps, le 29 mars 1802 (8 germinal an 10), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... Les compagnies de dépôt des ... 31e et 38e légères seront embarquées à Brest ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 6835).

Louis Joseph Mejan

Né à Montpellier le 29 novembre 1763. Soldat au régiment de Hainaut en 1778, puis au régiment de l’Ile de France en 1780. Sous officier au 3e bataillon de volontaires de l’Hérault en 1790, puis capitaine de grenadiers au 6e bataillon de volontaires de l'Aude en 1793. Employé à l'Armée des Pyrénées Orientales, il se distingue au Mas d’Eu en Juillet 1793, où il est blessé. Commande alors le bataillon des Braconniers Montagnards, et à la prise du Boulou, le 15 Octobre, monte le premier à l’assaut du fort Montesquiou.
Promu chef de brigade de la 1ere Demi brigade d’éclaireurs sur proposition du général Pérignon en Fevrier 1795. Puis chef de brigade de la 10e DB provisoire en Juillet. Il commandera la force armée dans les départements de l’Ardèche, de la Lozère et de la Haute Loire en mars 1796.
En mars 1797 à l’Armée d’ Italie, passe à la tête de la 27e DB Légère et avec elle se bat aux armées de Naples et d’Italie entre 1798 et 1801.
Réformé en Avril 1801, il est placé à la tête de la DB légère piémontaise en décembre 1801. L’unité devenant 31e DB Légère.
Chevalier de la LH en Décembre 1803, officier LH en Juin 1804.
Sert à l’Armée des Côtes de l’Océan puis à la Grande Armée 1805-1807 où il est blessé d’ un coup de biscaien à Friedland en Juin 1807.
Baron d'Empire en Novembre 1808.
Sert en Espagne en 1808-1809, remplacé à la tête du régiment en Mai 1809
(source : D. et B. Quintin, Dictionnaire des colonels de Napoléon)

 

b/ LES ANNEES D’APPRENTISSAGE  1802-1804

Aux premiers jours de Juillet, 1802 la DB se trouve à Besançon.  Le tout nouveau chef de brigade Mejan «monte» à Paris le 14 Juillet 1802, avec un détachement de son unité pour y recevoir un drapeau (de même que toutes les autres DB légères), tandis que ses hommes en garnison touchent enfin de l’équipement. Au moment de la remise des drapeaux, le 1er Consul adresse une allocution aux détachements représentant l'infanterie légère : "Soldats de l'infanterie légère de l'armée française, voilà vos drapeaux ; ils vous serviront toujours de ralliement. Ils seront partout où le Peuple français aura des ennemis à combattre ; ils imprimeront la terreur aux ennemis du Gouvernement, quels qu'ils soient.
Soldats, vous défendrez vos drapeaux ; non, jamais ils ne tomberont au pouvoir des ennemis. Vous jurez d'être prêts à les défendre aux dépens de votre vie !
" (Correspondance de Napoléon, t.7, lettre 6182). Chaque chef de brigade, Joseph Boyer pour la 7e Légère, venu avec un détachement de son unité, jure alors de défendre son nouvel emblème au péril de sa vie.

31e Léger
Liste des Officiers d'après l'Etat militaire de l'An 11

L’Etat Militaire de l’an 11 nous donne l'encadrement de la  31e DB : le chef de brigade Mejan, les chefs de bataillon Falcon, Aubert et Vigier, le quartier maître trésorier Riquetti, les adjudants majors Borda et Bianqui, les chirurgiens majors Fribout et Christophe.

Le 30 septembre 1802 (8 vendémiaire an 11), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... Donnez ordre ... A la 31e légère qui est à Besançon, de se rendre à Givet ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 7190).

Le 23 novembre 1802 (2 frimaire an 11), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous prie, citoyen ministre, de me faire connaître ... 2° si les trois demi-brigades piémontaises, savoir les 111e, 112e et la 31e légère, ont envoyé des officiers pour lever des recrues en Piémont ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 7294).

Le 11 décembre 1802 (20 frimaire an 11), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Les renseignements que vous m'avez donnés, Citoyen Ministre, sur la situation de la conscription militaire dans la 27e division, ne sont rien moins que satisfaisants. Je vous prie de me faire un rapport détaillé sur un objet aussi important.
Le règlement sur la conscription militaire dit que la 27e division militaire doit fournir 4,000 conscrits, dont 100 pour le 21e dragons, 100 pour le 26e chasseurs; les 3,800 autres conscrits sont répartis entre les 111e, 112e, 31e légère et plusieurs autres demi-brigades.
Faites-moi connaître :
1° Si la répartition de ces 4,000 conscrits se fait dans les départements de la division;
2° Si les 111e, 112e, et 31e légère ont envoyé leurs officiers en recrutement;
... Donnez l'ordre que tous les conscrits partent sans délai pour les corps, car il n'y a pas un moment à perdre pour qu'ils soient exercés et puissent prendre part aux manoeuvres de l'automne ...
" (Correspondance de Napoléon, t.8, lettre 6485; Correspondance générale, t.3, lettre 7351).

Le 20 décembre 1802 (29 frimaire an 11), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous prie, citoyen ministre, de donner au général Colli l'ordre de passer une inspection particulière des 31e légères, 11e et 112e ... Il me rendra un compte particulier de cette inspection qui me fera connaître l'état de situation de l'habillement, armement et solde de ces corps ainsi que les mesures prises par les officiers envoyés en recrutement" (Correspondance générale, t.3, lettre 7372).

En Janvier 1803, la 31e DB légère se retrouve à Givet, à la frontière des départements belges.

Le 24 janvier 1803 (4 pluviôse an 11), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "On me rend compte du Piémont que les officiers des 31e légère, 111e et 112e [de ligne] ne sont pas encore arrivés en recrutement, ce qui porte un grand retard dans l'organisation des conscrits de ces départements" (Correspondance générale, t.4, lettre 7441).

Le 14 Février, une nouvelle revue est passée, qui constate une nette amélioration de la demi-brigade quant à sa discipline, son entrainement et son habillement, même si il manque encore beaucoup d’armes. Mejan est félicité.

Le 6 Avril 1803, la 112e DB de ligne formée d’ex troupes piémontaises est dissoute et le 25, son 2e bataillon vient former le 3e bataillon de la 31e DB légère, portant les effectifs à 1690 hommes et officiers. Bien entendu, il va falloir équiper ces fantassins de ligne à la mode de l’infanterie légère. Par contre, ils amènent un armement quasi neuf.

Le 16 avril 1803 (26 germinal an 11), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Mon intention est, citoyen ministre, que tous les individus des 111e, 112e de ligne et 31e légère, qui veulent servir aux colonies de bonne volonté, soient dirigés sur le dépôt de Nantes" (Correspondance générale, t.4, lettre 7576).

Le 31 mai (11 prairial an 11), Bonaparte écrit à Berthier de donner l'ordre à la 31e Légère de se rendre à Rouen (Correspondance générale, t.4, lettre 7686). Elle doit se mettre en marche le 1er messidor (20 juin).

Fin Juin, la 31e DB doit rejoindre la 15e Division Militaire (Rouen). En chemin elle passe par Amiens où une délégation est reçue par Joséphine et la musique réputée de la DB lui joue des aubades. A la fin du mois, le 1er bataillon est stationné à Fécamp, le 2e bataillon à St Valery et le 3e bataillon à Dieppe.

En Août, rejoignent des conscrits du Piémont. Suchet, qui inspecte la 31ème constate des lacunes quant aux exécutions des manœuvres. Cantonnée en bord de mer, la DB manque de capotes.

En Septembre 1803, comme pour toute l’infanterie française, la demi brigade redevient un régiment et le chef de brigade se voit renommé colonel. Un major vient renforcer l’encadrement.

En Novembre, Bonaparte ordonne la formation de 11 puis 10 bataillons d’élite pour constituer, à Arras, une division de grenadiers de la Réserve, mise sous le commandement de Junot. Les bataillons d’élite sont tirés des 2e, 3e, 12e, 15e, 28e et 31e Léger et des 9e, 13e, 58e et 81e de Ligne. Ils rejoindront Arras très progressivement tout au cours de l’année 1804 voire le début 1805.

Le 31e Léger forme son bataillon d’élite de ses 3 compagnies de carabiniers et de 3 compagnies de chasseurs (ayant paye de carabiniers) et le met sous le commandement du chef de bataillon Bœuf. Le bataillon gagne donc Arras où s’organise la nouvelle division  dont le général Oudinot prendra finalement le commandement en Février 1805.

Pendant ce temps, le 24 avril 1804 (4 floréal an 12), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud, au Général Berthier, Ministre de la Guerre, Major général des camps : "... Le 31e d'infanterie légère est porté à 1600 hommes et 94 à l'hôpital, sans le bataillon d'élite, ce qui ferait 2300 hommes, c'est-à-dire juste le complet du corps. Je crains qu'il n'y ait encore là erreur" (Correspondance générale, t.4, lettre 8827). Trois jours plus tard (27 avril 1804 - 7 floréal an 12), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud, au Général Berthier, Ministre de la Guerre, Major général des camps : "Je désire, citoyen ministre, que vous écriviez au colonel du 9e de ligne pour éclaircir ce qui est relatif à la situation du corps ... Ecrivez pour le même objet aux 13e de ligne et 15e et 31e légers" (Correspondance générale, t.4, lettre 8836).

En Mai 1804 (selon un ordre du 13 mars) se forment 3 compagnies de voltigeurs dans chaque bataillon de la demi-brigade à partir de chasseurs de petite taille, mais exemplaires.

On retrouve le 1er bataillon à Fécamp, les 2ème et 3ème à Dieppe, une compagnie à Cayeux et le bataillon d’Elite à Arras.

L’Empire étant venu, le régiment doit changer ses drapeaux consulaires contre de nouvelles Aigles et étoffes : une par bataillon qui seront fournis par les ateliers Picot.

Une revue passée à Rouen en Octobre 1804 constate que Mejan maintient une bonne discipline dans son unité et paraît attaché au gouvernement. Les effectifs du régiment sont de 2518 hommes et officiers partagés entre le bataillon d’élite et les trois autres en Normandie (1848). Un bémol, la conscription en provenance du Piémont ne fournit pas de «beaux hommes» et il manque encore de l’armement.

Le 16 avril 1805 (26 germinal an 13), Napoléon écrit depuis Lyon au Vice-amiral Decrès : "... Il doit y avoir au Havre le bataillon du 31e léger pour le service de la place et de l'arsenal ..." (Correspondance de Napoléon, t.10, lettre 8592; Correspondance générale de Napoléon, t.5, lettre 9851).

 

bbis/ EXPEDITION DU GENERAL DECAEN EN INDE (1802)

Carabinier Division Oudinot 1805
Carabiniers d'Infanterie légère, Division Oudinot 1805
Fig. 1 Carabiniers de la Division Oudinot, 1805; dessin de Didier Davin
Carabiniers de la Division Oudinot, 1805 d’après Volz, source du dessin précédent

A la suite du Traité d'Amiens, conclu avec la Grande-Bretagne, la ville de Pondichéry et les comptoirs français en Inde, occupés depuis 1794 par les Britanniques, doivent être remis à la France. Le 15 avril 1802, Bonaparte avise le Ministre de la Marine, Denis Decrès, que "nous devons prendre possession des Indes ... dans les six mois de la ratification du traité au plus tard" (Correspondance de Napoléon, t.7, lettre 6037). Un expédition est ainsi organisée pour hisser le drapeau tricolore sur Pondichéry et les comptoirs de l'Inde, sous la direction du Général de Division Charles Mathieu Isidore Decaen.

Le 18 juillet 1802 (29 messidor an 10), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous prie, Citoyen Ministre ... d'écrire également au général Decaen, pour qu'il donne l'ordre de former un bataillon d'infanterie légère à cinq compagnies, et fort seulement de 3oo hommes. Le chef de bataillon et les capitaines seront pris parmi les officiers des 3es bataillons d'infanterie légère qui ont été réformés en l'an VIII. Les 1re, 6e, 8e, 9e, 10e, 13e, 14e, 16e, 17e, 18e, 20e, 26e, 27e, 29e, 30e et 31e légères fourniront chacune 20 hommes de bonne volonté. Ce bataillon comptera dans l'armée comme 3e bataillon de la 18e légère. Par ce moyen, cette demi-brigade aura deux bataillons en France et un aux Indes ..." (Correspondance de Napoléon, t.7, lettre 6189; Correspondance générale, t.3, lettre 7026). C'est ainsi donc que 20 hommes de la 31e Demi-brigade légère se retrouvent détachés pour l'expédition.

 

c/ LA MARCHE DU BATAILLON D’ELITE 1805-1806

Les bataillons de la division Oudinot sont réunis deux à deux pour constituer 5 régiments et 3 brigades et le bataillon du 31e Léger se réunit à celui du 28e Léger, formant le 4e régiment au sein de la brigade Dupas.

Le 4 juin 1805 (15 prairial an 13), Napoléon écrit depuis Milan au Maréchal Berthier, Ministre de la Guerre, Major général des camps : "Mon cousin, le corps des grenadiers de la réserve ne sera composé que de cinq régiments. Le bataillon d'élite du 31e régiment d'infanterie légère remplacera le bataillon du 4e d'infanterie légère qui est dans le 3e régiment, de manière que ce corps composé de 10 bataillons formera une présence sous les armes de 7 à 8 000 hommes. Vous donnerez l'ordre que ces bataillons se mettent en marche d'Arras pour se rendre à Wimereux. Ils règleront leur marche pour y arriver du 15 au 20 messidor ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.5, lettre 10201).

La Division Oudinot quitte Arras en Juin 1805 pour stationner autour de Boulogne. En Juillet, l’Empereur la passe en revue. En Août 1805, le bataillon d’élite compte alors 700 hommes. Quittant ses cantonnements  le 26 Août à Wimereux (Pas de Calais), à l’avant- garde de l’Armée des Côtes de l’Océan, bientôt Grande Armée, la division Oudinot  rejoint Strasbourg. Elle est alors affectée au 5e Corps sous les ordres du maréchal Lannes, traverse l’Allemagne pour se retrouver à Wertingen le 8 Octobre et défaire l’ennemi.

Le 11 Octobre, la division combat des dragons autrichiens à Wullenstetten,et participe au siège d’Ulm. Le 28 Novembre, elle entre en Autriche à Braunau en passant l’Inn, s’empare de Linz le 2 Novembre et poursuivant l’ennemi qui livre des combats de retardement, entre dans Vienne le 13, en s’emparant par audace du pont de Thabor. On en profite pour récupérer  des effets dans les magasins autrichiens.

Les pertes sont assez sévères pour le bataillon du 31e Léger depuis le début de la campagne : 140 hommes et 116 aux hôpitaux. La poursuite continue; le 16, la division est devant Hollabrünn. Le18, Napoléon passant au bivouac du bataillon Bœuf, félicite les soldats pour leur conduite à Hollabrünn 3 jours plus tôt. Puis les passe en revue le lendemain à Brünn. Oudinot blessé à Gunthersdorf est remplacé provisoirement par Duroc. Le 28, la division Oudinot se trouve à l’aile gauche de l’ Armée.

Voltigeur 31e Léger 1807-1808
Fig. 2 Voltigeur 1807-1808 d'après Zimmermann

A Austerlitz, le 2 Décembre, elle vient en appui du 4e Corps de Soult. Oudinot quoique convalescent, a tenu à être présent. Le lendemain de la bataille, alors que la division avance vers Olmütz, elle est rappelée en arrière pour tenir une nouvelle fois garnison à Vienne. Des décorations y viennent récompenser les braves du régiment dont le chef de bataillon Bœuf nommé officier de la Légion d’ Honneur.

Le 6 Janvier, la division quitte Vienne et rallie Strasbourg le 27 Janvier 1806.

Au début mars la division doit occuper la principauté de Neuchâtel, au nom de son nouveau souverain Berthier. A partir du 16 mars, le bataillon d’Elite du 31e Léger tient garnison dans la ville de Saint Blaise et en profite pour refaire ses uniformes.

Le 17 mai 1806, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Dejean, Ministre directeur de l'Administration de la Guerre : "Monsieur Dejean, donnez ordre ... au bataillon d'élite du 31e d'infanterie légère qui est à Neuchâtel de se rendre également à Napoléon ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 12137).

Le 25 Mai la division étant dissoute, le bataillon d’Elite doit retrouver son unité d’origine alors sur les côtes de Vendée.

 

II/ LE RETOUR DU BATAILLON D’ELITE ET CE QUI S’EN SUIT  (la campagne de Pologne, 1806-1807)

En Août 1805, les positions sont les mêmes que fin 1804 en Normandie pour les trois bataillons «normaux».

Le 17 mai 1806, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Dejean, Ministre directeur de l'Administration de la Guerre : "Monsieur Dejean, donnez ordre ... au 31e régiment d'infanterie légère qui est à Boulogne de se rendre par le plus court chemin à Napoléonville chef-lieu du département de la Vendée ; au bataillon d'élite du 31e d'infanterie légère qui est à Neuchâtel de se rendre également à Napoléon. Un bataillon du 31e sera placé aux Sables pour renforcer tous les postes de la côte" (Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 12137).

En Mai 1806, le régiment est donc transféré en Vendée et fournit des postes à Napoléon Vendée, la Rochelle et l’ile d’Aix. Le bataillon d’élite vient le rejoindre et y verse ses effectifs.

Le 19 juin 1806, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Dejean, Ministre directeur de l'Administration de la Guerre : "Monsieur Dejean ... Le bataillon d'élite du 31e d'infanterie légère a passé le 1er juin à Seurre, département de la Côte-d'Or, et a commis les plus grands désordres. Témoignez-en mon mécontentement au chef de bataillon, et faites-lui connaître que j'espère que les militaires de bataillon se comporteront mieux dans la Vendée et que je rends messieurs les officiers responsables de leur conduite" (Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 12316).

Le 20 juin 1806, l'Empereur écrit, depuis Saint-Cloud, au Général Dejean, Ministre directeur de l'Administration de la Guerre : "Monsieur Dejean, dans l'état de situation des divisions militaires que vous m'avez remis le 1er juin, on a omis le 31e régiment d'infanterie légère, qui devait être porté dans la 12e division militaire. Peut-être n'y est-il pas arrivé ? Mais alors il aurait dû être porté au camp de Boulogne d'où il est parti. Il n'est ni dans l'un ni dans l'autre endroit" (Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 12321).

Le 20 juin 1806 toujours, l'Empereur écrit encore une fois, depuis Saint-Cloud, au Général Dejean, Ministre directeur de l'Administration de la Guerre : "Monsieur Dejean ... Le 31e d'infanterie légère qui est à Napoléon servira pour La Rochelle, Noirmoutier et toute la côte de la 12e division militaire en laissant cependant un bataillon à Napoléon ..." (Correspondance générale de Napoléon, t.6, lettre 12327).

Napoléon écrit à Dejean en Décembre 1806 :
«Monsieur Dejean, vous ferez lever le camp de l'île d'Aix. Vous réunirez tout le 82e à la Rochelle, et vous enverrez tout le bataillon du 26e de ligne à l'île de Ré, ainsi que la légion du Midi, hormis deux compagnies, qui resteront à l'île d'Aix. Vous donnerez ordre au 31e d'infanterie légère de former ses deux premiers bataillons à 140 hommes par compagnie, et de les diriger sur Paris, où ils resteront jusqu'à nouvel ordre. Le 3e bataillon restera à Napoléon…
Passez la revue du 31e à son arrivée à Paris, et veillez à ce qu'ils aient deux paires de souliers dans le sac et une capote, parce que mon intention est de faire partir bientôt ce régiment.»

Puis le 15 Décembre : « Monsieur Dejean, le ministre de la guerre vous communique l'ordre de faire venir à l'armée les deux premiers bataillons du 31e d'infanterie légère et des 19e et 15e de ligne. Ecrivez pour savoir s'ils ont des capotes et des souliers. S'ils n'en ont pas, faites-les leur fournir à leur passage à Paris». Les deux premiers bataillons du régiment prennent donc le chemin de Paris avec leur colonel et les chefs de bataillons Aubert et Falcon (il y arriveront le 17 Janvier) puis gagneront l’Allemagne en passant par le Nord de la France. On retrouvera l’unité à Berlin le 19 mars 1807.

Dans la vaste réorganisation de son armée qui suit l’indécise bataille d’Eylau de Février 1807, Napoléon fait venir des renforts de tout son empire et chez ses alliés anciens et  nouveaux comme les Polonais. Le siège est mis devant Dantzig et Kolberg, on contient les Suédois devant Stralsund  et  les divisions essaient d’hiverner le mieux possible.  C’est dans ces vastes mouvements de troupes que les deux bataillon du 31e Léger se retrouvent à Guttstadt sur l’Alle, le 9 Avril, au sein du 6e Corps de Ney à la 1ere division. Le 6e Corps d’Armée est alors à l’avant-garde.

Le régiment est arrivé dans un sale état «à moitié nu»  et ce ne sont  pas ses cantonnements dans de mauvaises baraques et des fièvres qui le ravagent qui vont l’arranger. Pour subsister loin de son dépôt en Vendée, il  lui reste la maraude : une activité dangereuse avec les cosaques qui rodent. Napoléon pendant ce temps dresse son nouveau plan de bataille pour attirer les Russo-prussiens dans un piège.

Emplacement des troupes de l'Empire français à l'époque du 1er avril 1807
Infanterie légère
Numéros des Régiments, et noms des Colonels
Majors, Chefs de Bataillon et Quartiers-maîtres
Numéro des Bataillons
Emplacement, et conscription de l'an 1807
Division Militaire
31e Mejean


Beuf
Falcon
Haubert
Berthmet

Major
1er
2e
3e
Quartier-maître


Grande Armée
Grande Armée
A Napoléon
Conscrits




12e

Le 27 mai, Dantzig capitule devant le maréchal Lefebvre. Les Russes de Bennigsen reprennent  l’offensive  le 5 Juin.  C’est le 6e Corps de Ney qui est frappé en premier. Il recule pied à pied à Guttstadt et Deppen (8 Juin) . Le 31e léger se distingue particulièrement mais y perd ses bagages et la caisse du régiment.

Pendant ce temps Napoléon concentre ses troupes. Le 9, les Russes se replient sur Heilsberg, talonnés par Murat qui le 10 Juin  lance sa cavalerie dans des charges folles et coûteuses. 

Le 14 Juin, l’Armée russe débouche de Friedland, pensant prendre de flanc une armée française en marche vers Koenigsberg. Elle se retrouve en fait dans une nasse : l’Alle à repasser dans son dos comme voie de retraite et l’Armée française qui progressivement se place en ordre de bataille en face d’elle. La prise de Friedland par le 6e Corps de Ney signe sa défaite tactique en coupant sa ligne de repli. Le 31e Léger s’y distingue, particulièrement ses compagnie d’Elite qui s’opposent aux grenadiers russes. Le régiment aura 30 tués et environ 250 blessés.

Le 17 Juin, poursuivant une colonne russe, le régiment passe la Pregel à Wehlau (Welawa). Le 22 Juin un armistice est signé.  Les deux empereurs de France et de Russie vont pouvoir se rencontrer. Ce sera à Tilsit, le 25.

Le 1er Juillet, le 31e Léger  se retrouve sur la ligne de démarcation entre les deux armées sur le Niemen.

Le 20 Juillet 1807, le 6e Corps et les deux bataillons du 31e Léger furent dirigés sur la Silésie pour y cantonner ; Le régiment  va y rester  presque un an. Le colonel Mejan est fait baron et les effectifs des bataillons se renfloueront avec l’arrivée de conscrits tandis que l’habillement et l'équipement seront refaits.

 

III/ LE 3E BATAILLON ET LA PREMIERE CAMPAGNE DE PORTUGAL  1807-1808

Le Portugal, de fait allié des Anglais, avait joué depuis  1801 d’une neutralité de façade ; En Juillet 1807 l’Empereur sommait le pays de fermer ses ports aux Anglais. Pour appuyer ses menaces un corps d’Observation de la Gironde était formé, et  Français et Espagnols s’entendaient par une convention secrète signée  à Fontainebleau le 27 Octobre pour se partager le pays. Ce n’est pas une pseudo déclaration de guerre entre le Portugal et l’Angleterre qui allait stopper les préparatifs de l’invasion.

Le 3e bataillon du 31e Léger était toujours stationné dans la 12e Division militaire en 1807, essentiellement à l’ile d’Yeu et le dépôt du régiment à Napoléon Vendée. Le major Dulong de Rosnay en assurait le commandement. Le bataillon fut réuni au 2e bataillon du 32e Leger pour former un 3e régiment léger provisoire, lui-même composant avec le 2e bataillon du 26e de Ligne et 2 bataillons de la Légion du Midi  la 1ere brigade de la 3eme division du Corps d’Observation de la Gironde. Toutes les troupes se concentrent autour de Bayonne.

Dulong de Rosnay

L’héroisme chronique du Major Dulong du 31e Léger Né le 12 Septembre 1780 à Rosnay (Aube). le jeune Louis Etienne Dulong commence sa carrière militaire en étant volontaire dans un corps de hussards levé par le général Monnier lors du célèbre siège d’Ancône en 1799. Le courage du jeune hussard, qui le fait participer à de nombreux «coups de mains»  où il est blessé plusieurs fois, le font nommer au grade de capitaine.
Après Marengo, à l’Armée d’Italie, il défend la place de Pesaro et ne se rend avec les honneurs le 6 Décembre 1800 qu’avec seulement 14 survivants ! Puis il rejoint immédiatement les forces française pour participer à la bataille du Mincio, où il est encore blessé.
Fait chevalier de la Légion d’ Honneur en Juin 1804, l’année 1805 le voit chef de bataillon au 15e Léger. A Austerlitz, son chef étant hors de combat, il prend la tête de son régiment, rameute les soldats autour de leur Aigle et sera dans les premiers à entrer dans Sokolnitz.
Le 22 Février 1807, major au 31e Léger, il prend le commandement d un régiment provisoire d’infanterie légère (dont les hommes du 31e) pour la campagne de 1807 de Junot au Portugal. Il se signale encore en s’emparant d’officiers de marine britannique sur la côte portugaise, au cours d’une action « commando».
Evacué après la capitulation de Cintra, il rejoint son régiment pour la campagne de Soult au Portugal. Lors de la retraite après la prise de Porto par les Anglais, il sauve l’Armée en s’emparant avec ses hommes de ponts stratégiques à Ponte Novo et Misarella. Grièvement blessé à cette occasion, ses hommes le portent le reste de la retraite.
Le 19 Septembre 1809 il devient colonel du 31e Léger pour peu de temps puisqu’il passe ensuite au 12 Léger.
Il finira l’Empire général et baron et poursuivra sa carrière sous la Restauration… se faisant désormais appeler Dulong de Rosnay.Voir ses états de service dans le Six.

Junot fut placé à la tête de toutes les troupes françaises et son avant-garde franchit la frontière le 18 Octobre et avança en Espagne. La 1ere brigade du 3e corps, elle, passe à Irun le 26 et s’enfonce dans la péninsule : Tolosa, Vitoria, Burgos, Villadrigo, Valladolid. Le Douro est franchi le 12 novembre, puis la Sierra del  Moradal.

Le 23, la frontière portugaise est franchie à Leiras. Lisbonne est enfin atteinte le 5 Décembre par les soldats du 31e Léger. Enfin ce qui l’en reste : car les effectifs ont diminué de moitié depuis le départ de France.

Toute la marche vers le pays a été un calvaire : de mauvais chemins dans des sierras abruptes coupées par des torrents, un temps exécrable, des vivres inexistantes, un équipement qui tombe en ruine, une artillerie qui a dû abandonner ses pièces, une cavalerie démontée.  C’est une armée de gueux qui entre au Portugal. Heureusement que les Portugais n’ont pas résisté, et que le Prince Régent a préfèré s’enfuir au Brésil, avec sa cour et sa marine, couvert par la flotte anglaise.

Le 30 Novembre l’avant- garde de Junot  est arrivée à Lisbonne sous une pluie battante. La première tâche du général en chef est de dissoudre l’Armée portugaise et d’envoyer le reste en France. Puis de répartir ses troupes dans le pays. La 3e division est envoyée garder l’embouchure du Tage.

Le 28 Avril 1808 on retrouve le régiment léger provisoire à Setubal où il reçoit des renforts du dépôt du 31e Léger. La  situation des troupes s’est améliorée grâce aux réquisitions sur le pays, qui par contre braquent la population.

Les forces espagnoles qui ont, un peu,  aidé les Français se retirent ou doivent être désarmées  à la suite des évènements  qui se passent dans leur pays en parallèle. Junot devenu Gouverneur Général, duc d’Abrantes, et son Armée du Portugal peuvent penser que la situation se stabilise. Le problème est qu’en Espagne voisine, c'est le contraire. Les troupes françaises peu à peu se sont infiltrées et se sont emparés des points stratégiques. Mais la population, qui voit sa famille royale détrônée, se révolte en Mai, aidée par l’Armée espagnole. Junot est donc coupé de ses arrières, isolé au Portugal.  

Le 6 Juin l’insurrection débute aussi au Portugal contre les Français, les Anglais  fournissent par bateaux du matériel, les milices portugaises se réactivent, puisqu’il n’y a plus d’armée de Ligne. Les premiers détachements français sont défaits. Junot décide de concentrer ses troupes autour de Lisbonne en gardant quelques places fortes comme  Almeida et Elvas pour pouvoir s’y replier si on doit évacuer Lisbonne.

Le 30 Juillet Loison bat les insurgés portugais à Evora dans le Sud, après des combats de rue sanglants,  une répression féroce et une mise à sac de la ville, mais l’on apprend aussi la défaite de Dupont à Baylen en Andalousie et le 3 Août un corps expéditionnaire anglais se met à débarquer à Figueira da Foz, commandé provisoirement par un certain Wellington.

Les Anglais se mettent en marche sur Lisbonne. Junot essaiera de les ralentir à Rolica en y envoyant le général Delaborde. La confrontation la plus sérieuse étant la bataille de Vimeiro le 21 Août.

Nos hommes du 31e Léger pendant ce temps sont toujours sur la rive gauche du Tage, se livrant à de petites opérations contre les insurgés portugais.

Après la défaite de Vimeiro, comprenant que sa résistance, encore possible, n'amènerait rien à la situation finale, Junot préfère négocier une évacuation honorable de son armée avec les Anglais et signe la convention de Cintra, le 30 Août. L’Armée française sera évacuée par la flotte britannique et débarquée en France. Les hommes du 31e Leger se regroupent donc à Lisbonne et embarqueront le 30 Septembre pour gagner la Rochelle. Dès leur retour, ils sont dirigés vers Bayonne pour retrouver leur régiment, revenu de Silésie, et dont ils forment à présent le 4e bataillon, puisqu’un nouveau 3e bataillon a été organisé à partir des deux premiers.

 

IV/ LE RETOUR DU 31E LEGER AU PORTUGAL

31e Léger à La Corogne
Le 31e Léger contre le 42nd Highlander à la Corogne Janvier 1809

 

Campagne Soult
Campagne de Soult au Portugal, 1809

La situation ayant empiré en Espagne, Napoléon décide de faire venir ses corps d’Armée d’Allemagne et de se porter à leur tête pour mâter les Espagnols et les Portugais, leurs milices et leurs régiments restés loyalistes, et chasser l’Armée anglaise venue leur prêter main forte.

Le 1er Août, le malheureux nouveau roi Joseph Bonaparte, fuyait sa capitale pour se retrancher autour de Vittoria, laissant le pays aux mains des insurgés et attendant la venue de son impérial frère.

A la mi Octobre les Anglais reçoivent des renforts qui débarquent à la Corogne aux ordres du général Baird pour rejoindre celles stationnées au Portugal, toutes leurs forces étant placées sous l’autorité de Moore (Wellington étant reparti en Grande Bretagne).

Après avoir assuré ses arrières en Europe à Erfurt, tout en commandant une vaste mobilisation, Napoléon gagnera la frontière des Pyrénées fin Octobre. C’est ainsi que les 3 bataillons de guerre  du 31e Léger  reçurent l’ordre, à Glogau,  de rallier la France au milieu du mois d’Août pour faire partie du 6e Corps de l’Armée d’Espagne toujours aux ordres du maréchal Ney. Les hommes de Mejan se retrouvèrent ainsi à Nancy le 22 Septembre  puis à Bayonne le 31 Octobre. Pendant leur traversée de l’Allemagne et de la France, leurs frères d’arme du 4e bataillon du 31e à l’armée du Portugal se voyaient rapatrier par les navires britanniques suite à la convention de Cintra, puis les rejoignaient  à Bayonne.

A l’entrée du régiment en Espagne à Tolosa , le 3 Novembre, au pays basque ibérique, la situation est la suivante :  les Français avancent progressivement dans le Nord de l’Espagne battant successivement des corps espagnols  moins manœuvriers. Le 11 Novembre Burgos tombe.

Le 13 novembre, le 31e Léger est passé en revue par l'Empereur dans une plaine au nord de Burgos; il prend ensuite position à Arroyal, route de Santader. Le 15 novembre, le 31e Léger est laissé en position à Arroyal.

Le corps d’armée espagnol du général Blake est anéanti. La division Mermet dont notre 31e Léger passe alors au 2e Corps de Soult  qui occupe Santander  et se retrouve le 26 sous Bilbao. Pendant ce temps les Anglais se regroupent autour de Salamanque : une position d’attente pour eux.

Napoléon décide de marcher su Madrid dont il s’emparera le 3 Décembre. C’est au milieu de Décembre que les Anglais se décident à marcher vers le Nord de l’Espagne et les forces de Soult, en se concentrant à Sahagun. Napoléon réagit en allant  à leur rencontre à partir de Madrid avec ses meilleures troupes pour leur couper  leur voie de retraite sur le Portugal. Moore, désormais en infériorité numérique, décide de se replier sur la Corogne pour y réembarquer ses hommes en livrant des combats d’arrière-garde. Soult, Ney et Napoléon se lancent à leur poursuite. Les Français sont dans le Léon en ce 31 Décembre 1808. Passé en revue par l’Empereur devant Astorga, le 1er Janvier  notre 31e Leger est affaibli par les étapes.

Début Janvier, Napoléon doit renter en France devant la menace autrichienne et confie à Soult le soin d’écraser les Anglais avant qu’ils n’embarquent. Le 31e Leger est de la poursuite. Les Anglais s’accrochent à chaque étape de leur retraite pour retarder au maximum les Français (Lugo le 9 Janvier). L’épilogue de cette  course à la mer se déroula entre le 15 et le 17  Janvier 1809 devant la Corogne et les villages alentour où les Anglais se retranchèrent pour couvrir leur embarquement. Moore y perdit la vie mais sauva son armée. Le 31e Leger assura sa part des combats puisqu’il eut à peu près 300 tués et blessés, s'illustrant dans les combats devant le village d’Elvina. Puis le 2e corps s’emparera du Ferrol,  le 21 Janvier.

 

Carabinier 31e Léger 1810-1811
Fig. 3 Carabinier en Espagne, 1810-1811, d'après E. Fort (BNF/Gallica); source : El Guil

Après avoir battu le Corps de la Romana à Monterey le 5 mars, conformément aux ordres de l’Empereur, Soult marche sur le Nord du Portugal avec seulement 24.000 hommes de disponibles. Parti le Vigo le 15 Février, le 31e léger dans l’Avant garde, Tuy est prise le 16 mais le fleuve Minho ne peut être franchi si ce n’est plusieurs jours plus tard à Orense en pourchassant des soldats de La Romana. Le Portugal est enfin atteint le 10 mars. La population révoltée se défend avec acharnement dans chaque village traversé avec son lot de représailles en réplique. Chavez est prise le 12 mars. Le 2e Corps devient  alors officiellement «Armée du Portugal».

Braga tombe le 17 mars : une ville désertée qui a massacré son corregidor  et son défenseur attitré, comme trop »tièdes» ! Dix jours plus tard, les Français sont devant les redoutes qui défendent Oporto. Un général  portugais a été coupé en morceaux par ses propres  troupes et enterré dans du fumier, et l’évêque a pris le commandement !  Un parlementaire français  est envoyé :  il est jeté en prison et ses accompagnateurs massacrés.  Vu la tournure des évènements, il  n’y aura donc aucun quartier. La ville est prise et mise à sac. Soult s’installe et y trouve munitions et poudre,  mais la résistance acharnée de la population  ne l’incite pas à poursuivre sur Lisbonne. Il va donc répartir ses troupes dans le Nord du Portugal uniquement. Des mauvaises langues raconteront qu’il comptait bien s'en faire un petit royaume.

Pendant ce temps plus au Sud, Wellington revenait d’Angleterre à Lisbonne avec 25.000 hommes.

Au début Avril, le 31e Léger était stationné en avant de Porto, sur la route menant à Coimbra en prévision d’une éventuelle offensive sur Lisbonne.

Le 5 Mai, Wellington parti de Lisbonne passait en revue ses troupes à Coimbra : 15.000 Anglais, 3000 Allemands et 8000 Portugais. Envoyant deux brigades à Santarem et Abrantes, il marchait ensuite à la rencontre de Soult sur Oporto et divisait ses forces en deux bras : un pour continuer le long de la côte et l’autre avec Beresford  pour couper la route de Bragance. Ce n’est que le 10 Mai que le régiment aperçoit les Anglais sous la forme d’une reconnaissance le long de la côte. Le lendemain, c’est toute une division anglaise qui était en face et causait les premiers tués et prisonniers. La division Mermet reculait sur Porto dans la nuit. Le lendemain encore, Wellesley forçait le passage du Douro et pénétrait dans la ville tandis que Soult l’évacuait en catastrophe.

Poursuivi par les colonnes anglaises, qui occupaient les routes principales et toute voie de retraite vers l’Est, Soult fit sauter son artillerie et ses caissons et sauva son armée en passant les sierras par des sentiers de chèvres, en disputant chaque point de passage aux Portugais. Il arriva à Orense le 19 Mai ayant perdu «seulement» 4000 hommes depuis Oporto et en ramenant environ 16.000.

Quelques jours après il rejoignait Lugo et débloquait la ville où le rejoignait  le corps d’armée du maréchal Ney qui pendant ce temps avait dû batailler contre les troupes de la Romana.

Une fois Soult sorti du Portugal, le 2eme corps d’Armée (ex Armée du Portugal) fut heureusement refourni en Artillerie par le 6e Corps de Ney.  Les deux maréchaux rivaux se mirent d’accord pour collaborer dans leurs actions militaires dans le Nord de l’Espagne : Galice et Asturies. Une collaboration qui fut en fait nulle.

Tambour major 31e Léger 1809-1811
Fig. 4 Tambour major, grande tenue, 1809-1811; dessin de Didier Davin

Le colonel Mejan du 31e Leger va être alors officiellement «débarqué» par Soult, suspect d’avoir trempé dans une conjuration contre lui au Portugal. Et le régiment passe sous le commandement provisoire du major Dulong.

Le 2e corps se portera début Juin sur Zamora et Ney devra évacuer la Galice. Soult profitera de ses opérations  pour faire souffler ses troupes et les réequiper. Le 1er Juillet, le 2e Corps est à Benavente, quand Soult reçoit la nouvelle que, par ordre de l’Empereur, il commande désormais en chef son 2e corps, mais aussi ceux de Ney, à sa grande fureur vu les évènements précédents (le 6e) alors à Astorga, et  de Mortier (le 5e) alors à Valladolid, pour se porter sur le flanc de l’offensive de Wellington.

Le 18 Juillet 1809, le corps de Soult se porte sur Salamanque mais ne sera rejoint par les 6e et 5e corps que les 22 et 31 Juillet. Sur place, le 2e Corps est un peu réorganisé et le 31e Léger passe à la division Heudelet (3e du Corps) tandis qu’officiellement un nouveau colonel est nommé : Meunier Saint Clair.

C’est que Wellesley, désormais débarrassé de Soult au Portugal, a quitté son repaire pour marcher sur Madrid. Le 27 Juin, il a  remonté la vallée du Tage, pénétré en Espagne et fait sa jonction avec les forces espagnoles des généraux Gregorio, puis La Cuesta le 20 Juillet. Le corps de Victor s’est replié devant lui en arrière de Talavera et a été rejoint par le général Sébastiani; quant à Joseph, sans attendre l’arrivée de Soult, il a décidé d’affronter Wellington.

La bataille de Talavera aura lieu les 27 et 28 Juillet 1809. Bataille indécise et sanglante (7000  hommes blessés ou morts pour les forces de Joseph, 5000 pour les Anglais, 1000 pour les Espagnol) où les Français devront quitter le champ de bataille pour éviter d'être coupés de Madrid. Wellington est donc techniquement vainqueur mais apprenant la marche de Soult sur son flanc, il décide de se replier sur le Portugal.

Mortier est à l’avant-garde de Soult, parti le 27 de Salamanque, et suivi par le 2e Corps, dont le 31e Léger, parti le 30. Il talonne l’arrière garde alliée formée d’Espagnols du général  La Cuesta  au pont de l’Arzobispo  le 6 Août, tandis que les forces de Victor réoccupaient Talavera. Le 15 Août on retrouve notre 31e Léger à Plasencia.

Le 28 Août, le 4e bataillon est dissout et ses effectifs versés dans les 3 premiers aux ordres des chefs de bataillon Aubert, Stura et Olivet.

Très mécontent du résultat d’une bataille coûteuse en effectifs  qui aurait pu être décisive, si les forces de Joseph avaient attendu celles de Soult, Napoléon décide de nommer Soult  Major Général de toutes ses armées en Espagne. Le général Delaborde prend alors le 16 Septembre le commandement du 2eme Corps. Le 31e Léger change encore de colonel puisque Dulong  prend pour 3 mois la tête de son ancienne unité.

 

V/ LA 3E CAMPAGNE DU PORTUGAL DU 31E LEGER, 1810-1811

En Octobre 1809, toujours au sein du 2e Corps, notre 31e Léger, réduit à ses trois premiers bataillons et aux deux compagnies d’élite du 4e, qui ont été conservées à la suite, séjourne en Nouvelle Castille. Le26 Novembre le colonel Dulong est affecté au 12e Léger. 

A la fin de l’année 1809, tandis qu’une armée espagnole sortie du Portugal a battu les Français à Tamanes en octobre puis s’est faite écraser à Alba de Tormes en Novembre, un autre corps espagnol venu d’Andalousie  s’est fait étriller à Ocana. Pendant ce temps au Portugal, Wellington et Beresdford réorganisent l’armée portugaise en l’encadrant avec des officiers britanniques et font construire de formidables lignes de fortifications autour de Lisbonne : les lignes de Torres Vedras.

Au début de 1810, on retrouve le 31e Léger à Talavera, sur la rive droite du Tage, tandis que le 1er bataillon est détaché à Consuegra de la Mancha. Il fait partie de la 2e division du 2e Corps, désormais sous le commandement du général Reynier à partir de début Février.

Le 11 janvier 1810, l'Empereur écrit depuis Paris à Berthier, prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l'armée d'Espagne, à Paris : "Mon Cousin, vous donnerez sans délai les ordres suivants, que vous enverrez par un officier d'état-major :
... Donnez l'ordre au général Reynier de faire les changements suivants dans sa division ... Tout ce qui appartient aux 9e, 31e, 16e léger, 8e, 24e, 45e, 54e, 60e, 63e, 28e, 75e, 64e et 103e de ligne, se réunira à Saint-Sébastien, Tolosa et Vitoria, pour achever de mettre l'ordre et faire la police dans la Biscaye; ces détachements composeront la 3e brigade. Le général Reynier aura l'œil sur la Navarre et correspondra avec les commandants de Burgos et de Pampelune. Vous lui ferez connaître que je compte le laisser dans ces positions une partie de février, pour rallier et organiser son corps ...
" (Correspondance de Napoléon).

Alors que les 1er, 4e et 5e Corps avec le Roi Joseph et Soult se lancent, début Janvier, dans la conquête de l’Andalousie, les 2e et 3e bataillons du 31e passent en Février en Extremadure pour soutenir l’offensive du 5e Corps sur Badajoz. A la mi-mars  le régiment est  à Merida, sur la Guadiana. Le 31 Mars arrive le nouveau colonel du régiment : Joseph Meunier.

Etats de service de Joseph Meunier

Né à Lyon le 20 Octobre 1774. Soldat au 24e d’Infanterie en Août 1791, campagne à l’Armée du Nord. Sous-lieutenant au 35e d’Infanterie en Janvier 1793, sert à l’Armée des Alpes, au siège de Toulon, à l’Armée des Pyrénées Orientales ( 1794-1795).
Sous-lieutenant à la 69e DB de bataille en 1795 puis à la 18e DB de Ligne. Lieutenant en 1796.
Après un congé de deux ans reprend du service à la 17 DB Légère en 1799, combat à l’armée d’Italie et est fait prisonnier. Chevalier Légion d’Honneur en Septembre 1803, ayant obtenu une arme d’honneur en 1802. Officier de la L H  en 1804.
Capitaine au 17e Léger en 1804, aide de camp du général Vedel en 1806, chef de bataillon au 64e de Ligne en 1807. A nouveau aide de camp de Vedel en 1808, capturé avec lui à Baylen. Rapatrié en France à la fin 1808.
Nommé colonel du 31e Léger en Décembre 1809. Sera tué à Bussaco (Portugal) en Septembre 1810.

 

Tambour 31e Léger 1810-1812
Fig. 5 Tambour en Espagne, 1810-1812; dessin de D. Davin d'après E. Fort et El Guil

Le 17 Avril est formée une nouvelle Armée du Portugal, mise sous le commandement du maréchal Masséna, tout auréolé de sa bravoure à Essling, Wagram. Elle regroupe les 2e (Reynier), 6e (Ney) et 8e (Junot) Corps. Son rôle est de chasser les Anglais. D’abord en s’emparant des places fortes de Ciudad Rodrigo espagnole et Almeida portugaise, puis entrer au Portugal. Le 10 Mai Masséna arrive à Valladolid où il établit son QG.

Ciudad Rodrigo est couverte par la division anglaise de Crawford. Ce sera au 6e Corps de Ney de s’en occuper. En Juin notre 31e est toujours à Merida. 

Ce n'est que le 25 juin qu'est lancé l'assaut sur la forteresse de Ciudad Rodrigo, après des semaines de siège. Les défenseurs résistent jusqu'au 9 juillet. Pendant ce temps le 2eme Corps bat un parti espagnol à Zafra, et passe le Tage à la gauche de l’Armée.

La place forte d'Almeida dans la région de Beira, ne se trouve qu'à 35 km de Ciudad Rodrigo. Pour avancer, il est donc nécessaire de prendre la place et d'éloigner la Division Légère de Crawford. C’est encore le 6e Corps de Ney qui est est chargé de la besogne. Du 15 au 28 Août a lieu le siège d’Almeida, après les combats sur la Coa.

Le 31e Léger reconstitue alors son 4e bataillon, grâce à l’arrivée de conscrits, mis sous l’autorité du chef de bataillon Piovanni, que nous reverrons s’illustrer.

Masséna ne reprend sa marche vers Lisbonne que le 15 septembre. Ses ordres sont d'attendre la fin des grosses chaleurs et surtout des récoltes. Il en profite pour se procurer de quoi approvisionner son armée. D’autant que les Anglais ont décidé de pratiquer la "terre brulée" en se retirant progressivement vers leur base de Torres Vedras.

Masséna prend la direction de Coimbra en passant par Viseu où il s’arrête plusieurs jours pour rallier ses effectifs et réparer ses caissons. La route suivie, au nord du Mondego, passe par Bussaco,  une excellente position défensive en hauteur  où Wellington a décidé d’attendre les Français avec ses Anglo- portugais. Le 2e Corps lui s’est retrouvé à Guarda en passant par Sabugal puis a rejoint le reste de l’Armée.

Au matin du 26, le 2e Corps entre en contact avec les défenses anglaises. Masséna tombe dans le piège d’une attaque frontale au lieu de contourner les positions anglo-portugaises.

Le 27, le 2e Corps s’élance un peu après 5 heures du matin, à la droite de l’armée ennemie, la Division Heudelet portant en première ligne le seul 31e Léger en tête, et conservant en soutien la Brigade Foy. Le 2e Corps réussit, sous un feu infernal, à gagner le sommet des positions anglaises mais il est repoussé par une contre-attaque. Tandis qu’au centre le 6e Corps de Ney tente de s’emparer du couvent de Bussaco  transformé en forteresse et est lui aussi repoussé.

 

Attaque de Bussaco
Les Français à l'assaut de Bussaco

 

Sapeur du 31e Léger
Fig. 6 Sapeur 1810-1812 d'après Fort et El Guil; dessin de Didier Davin

L’attaque a échoué. Le lendemain on trouve des chemins pour contourner la position .Que ne l’a t'on fait avant !

Les pertes sont énormes. Le 31e Léger a perdu son nouveau colonel, 19 autres officiers sont tués ou blessés grièvement et mourront dans les jours suivants.

Masséna va voir les hommes du 31e et leur parle en Italien (rappelons qu’il est Niçois) : «C’est bien carabiniers ! C’est ainsi qu’il faut aborder l’ennemi» ; et il se voit répondre par un soldat aussi en Italien : «oui Maréchal, mais ce n’est  pas ainsi qu’il faut se faire tirer comme des c… ».

Après la bataille, les Français se regroupent et parviennent à contourner les positions ennemies par le nord, tandis que Wellington recule vers Coimbra. Son objectif  est à présent d'atteindre les Lignes de Torres Vedras et d'y attendre une nouvelle fois les Français.

La majeure partie de la population des régions que doit traverser l'armée française se retire avec l'armée anglo-portugaise. L'ordre est donné d'évacuer Coimbra, les propriétés agricoles sont abandonnées, les biens ne pouvant être transportés et susceptibles de servir aux Français sont détruits. La campagne doit être tenue par des partis de guérilla chargé d’exterminer les troupes isolées et les blessés ennemis.

À Coimbra, le 1er Octobre, les Français trouvent un peu de vivres.

Dans cette marche vers la péninsule de Lisbonne, la Division Légère de Crawford est chargée de protéger l'arrière des forces anglo-portugaises.

Entre Coimbra et les Lignes de Torres Vedras quelques affrontements éclatent entre les troupes françaises les plus avancées et l'arrière de l'armée de Wellington. Les combats les plus significatifs ont lieu près de Pombal et d’Alenquer.

Le 11 octobre, l’avant-garde française aperçoit les Lignes de Torres Vedras.

Le 31eme va rester 1 mois à Carregado et Vila Franca devant les lignes de Torres Vedras, dans la boue, cherchant des vivres. Dans cette drôle de guerre de siège, des trêves spontanées se produisent entre les combattants des deux camps pour chercher des provisions, et l’on raconte l’histoire d’un sergent du 31e Léger capturé par des Anglais au cours d’une de ces «collaborations» et relâché par Wellington après l’avoir fait manger à sa table, considérant que sa capture n’était pas »loyale».

Tandis que Masséna envoie le général Foy en France discuter de la situation militaire avec l’Empereur, il recule ses positions sur Santarem  et Punhete  pour mieux hiverner à la mi-Novembre, suivi par les Anglais. Le 2e Corps de Reynier s’établit à Santarem et entreprend des travaux pour s’y retrancher. Les deux autres corps de l’Armée font de même, regroupés autour de Thomar pour celui de Ney et  de Torres Novas pour celui de Junot.

Officier 31e Léger 1812
Officier 31e Léger 1812
Fig. 7 Officier vers 1812 d'après El Guil; dessin de E. Fort - "Uniformes de l'infanterie légère sous le 1er Empire", Bibliothèque Nationale, Cabinet des Estampes, Collection de Ridder, PETFOL-OA-493
Dessin de J. M. Bueno tiré de "L’Armée française et ses alliés en Espagne"

Le 31e, comme tous les régiments de l’Armée, devant l’inconsistance de l’administration de la Guerre et ses commissaires, organise des expéditions de recherche de vivres avec des convois d’ânes et ramène le fruit de son pillage violent sur les populations locales.

En Décembre 1810, le 9e Corps de Drouet d’Erlon (en fait seulement 6000 hommes de la division Conroux) franchissant la frontière espagnole va rejoindre et se positionner autour de Leiria. Les hommes sont une nouvelle fois en loques, réparant les tenues avec toutes sortes de draps et utilisant des espadrilles en guise de chaussures. Lemonnier pourra écrire : »C’était des troupes d’arlequins, tant la diversité de couleurs de capotes et de pantalons sautait aux yeux».

 

VI/ 1811

Massena a reçu l’ordre d’essayer de s’emparer d’Abrantes : si il commence bien ses préparatifs fin Janvier, la disette qui sévit dans son armée lui fait évoquer une retraite. Las, le général Foy de retour rapporte des instructions de l’Empereur d’offensive qui serait soutenue par Soult (armée d’Andalousie) et Mortier (5e Corps) ou au minimum de maintenir ses lignes pour «épuiser» l’ennemi. Mais de fait, c’était l’Armée de Masséna qui s’étiolait et l’armée anglo-portugaise qui se renforçait et consolidait ses positions.

En Janvier, Soult, s'il a bien quitté son Andalousie, pousse une pointe en Estrémadure, enlève Olivenza et fait le siège de Badajoz dont il s’emparera seulement le 10 Mars.

Le 31e Léger va rester à Santarem jusqu’au 5 Mars 1811. Masséna, vu l’état de ses troupes, décide alors de retraiter, sa sitation devenant intenable et sans résultats. Le 2e Corps de Reynier (et le 31e) gagne Espinhal passant par la Serra de Estrella tandis que Ney couvre l’arrière garde et doit livrer des combats à Pombal, Rehinda, Foz d’Arounce contre les Anglais qui se sont lancés à notre poursuite.

Reynier rejoint Masséna à Miranda do Corvo, puis ils poursuivent leur marche vers Celorico qui est atteint le 21. Là, le 31e Léger retrouve son tout nouveau colonel nommé en Décembre : Célestin Gavoty. Le régiment étant commandé jusqu'à présent par intérim par le chef de bataillon Aubert.

Etats de service de Célestin André Vincent  Gavoty

Né à Toulon le 22 Janvier 1772. Sous lieutenant puis lieutenant au Royal Italien, puis au 2e Chasseurs royaux  du Dauphiné  avant la Révolution, passe avec son unité dans le 2e bataillon de chasseurs.
Aide de camp du général Vaubois en 1796, le suit en Italie en 1796, en Corse en 1797, puis à Malte en 1798. Prisonnier de guerre à la capitulation de Malte en 1800. Retour en France, devient chef de bataillon à la suite puis en titre de la 12e DB Légère en 1802-1803. Major au 3e Léger en Décembre 1803, sert à la Grande Armée 1805-1807.
Colonel en second de la 15e DB provisoire en mars 1809, fait campagne au Tyrol.
Nommé colonel du 31e Léger en Décembre 1810. Officier de la LH le 26 Août 1811. Mis à la retraite en Décembre 1811.
Reprendra du service à la première Restauration dans les forces du duc d’Angoulème.
Voir ses états de service dans le dictionnaire des colonels de Napoléon de D et B Quintin.

 

Tambour major 31e Léger 1812
Fig. 8 Tambour major en 1812 d'après Fort et El Guil

Masséna décide alors de gagner l’Espagne par Coria et Plasencia. Ney refuse et veut passer plus au Nord. Masséna le démet de son commandement du 6e Corps qui est remis au général Loison. On doit signaler aussi des désobéissances de la part de d’Erlon et de Reynier qui désorganisèrent le plan de Masséna.

Wellington qui talonne les Français pense pouvoir détruire le 2e Corps à Sabugal le 3 Avril, mais les Français résistent bien sous une pluie battante et du brouillard. La retraite peut se poursuivre. L’Armée du Portugal se regroupe finalement autour de Salamanque et se remplume. Elle compte encore 39000 combattants.

Les Anglo-portugais ont suivi les Français dans leur repli et désormais le seul point encore entre leur mains au Portugal est la forteresse d’Almeida, rapidement entourée par la division Campbell  depuis le 7 Avril. Masséna, dont les subordonnés sont de plus en plus désobéissants, demande l’aide de Bessières pour refaire ses forces, délivrer  la garnison et y établir une tête de pont.

Au milieu d’Avril, il pleut, et les bataillons du 31e Léger au sein du 2e Corps ont énormément de mal à se fournir en vivres. Cependant Masséna concentre ses meilleurs éléments des 2e, 6e, 8e, et 9e Corps et la cavalerie de Montbrun  autour de Ciudad Rodrigo en vue de l’offensive future.

Bessières arrive enfin le 1er Mai entouré seulement d’une poignée d’hommes de la cavalerie de la Garde, qu’il refusera d’ailleurs de faire intervenir. Wellington anticipant les intentions de Masséna décide de l’attendre à Fuentes de Onoro.

La bataille fera rage entre le 3 et le 5 Mai 1811 et restera indécise, bien que Wellington  ne soit passé pas loin de la rupture et qu’un effort supplémentaire eut emporté la victoire pour les Français.

Sur l’aile droite à Alameda, le 2e Corps aura en fait peu à intervenir : l’inertie de Reynier sera d’ailleurs une des causes de l’issue de la bataille.  L’essentiel des combats aura lieu autour de Fuentes de Onoro et sur l’aile gauche. Le 31e Léger aura cependant des pertes (4 officiers et 48 hommes).  Il va être de nouveau réduit à 3 bataillons de guerre et aux deux compagnies d’élite du 4e bataillon.

Fatigué et moralement atteint Masséna se replie une nouvelle fois sur Salamanque où il apprend par Bessières sa disgrâce et son remplacement par Marmont. Napoléon ne pardonne pas aux généraux malchanceux ! La seule satisfaction est que la garnison d’Almeida a pu évacuer la place après l’avoir détruite et a réussi à passer à travers les lignes anglaises, récupérée par le 2e Corps.

Voilà donc le Duc de Raguse à la tête d’une Armée du Portugal découragée. Celle-ci se restructure désormais en 6 divisions. Le 31e Léger appartient à la 3eme, sous le commandement du général Ferey.

Au Sud, en Andalousie, les affaire de Soult  n’étaient pas si florissantes (siège interminable de Cadix, bataille de la Albuera). L’armée du Portugal descend début Juin vers celle d’Andalousie pour délivrer la garnison de Badajoz. Les deux maréchaux font leur jonction à Merida et vont devant la place le 20. Une fois la garnison délivrée chacun retourne dans son périmètre : Soult en Andalousie et Marmont dans la vallée du Tage entre Talavera et Alcantara pour pouvoir surveiller à la fois Badajoz et Ciudad Rodrigo.

A la fin Juin 1811, un ordre de Napoléon prescrit de reformer un 4e bataillon au 31e Léger sur la base de 4 compagnies de chasseurs pour organiser avec d’autres 4e bataillons des régiments de marche du Portugal. La mise sur pied ne sera effective qu’à la fin de l’année.

En Octobre le 1e bataillon de la Légion du Midi vient renforcer les 3 bataillons du 31e. Les Piémontais se retrouvent entre «pays». Un nouveau colonel a été nommé au régiment : De Rege di Gifflenga, mais celui-ci est encore au dépôt à Bayonne et le 8 Décembre sera à peine arrivé  à Burgos.

La fin de l’année reste relativement calme, à part la lutte incessante contre les guérillas.

Sergent 31e léger Espagne
Segent 31e Léger Espagne
Fig. 9 Sous officier en 1812-1813 d'après El Guil; dessin de E. Fort - "Uniformes de l'infanterie légère sous le 1er Empire", Bibliothèque Nationale, Cabinet des Estampes, Collection de Ridder, PETFOL-OA-493
Le même d'après H. Boisselier

 

VII/ 1812

Carabinier, 31e Léger, 1813-1814
Fig. 10 Carabinier, 1813-1814 d'après Boisselier

L’année 1812 débute par une nouvelle offensive des forces de Wellington. Celui ce s’empare des places  fortes clés de Ciudad Rodrigo en Janvier, puis de Badajoz en Avril, après une résistance héroïque des garnisons françaises qui lui causent de lourdes pertes.

Pendant ce temps l’Armée du Portugal se disperses entre Tage et Duero. Le 31e Léger renvoie les cadres de son 3e bataillon au dépôt en Février et reste sur le pied de deux bataillons de guerre (chefs de bataillons Piovanni et Lefebvre) et des deux compagnies d’élite du 4e bataillon qui sont à leur suite.

Napoléon confie alors le commandement général de ses armées en Espagne à son frère Joseph. Les quatre armées qui peuvent alors collaborer pour s’opposer à Wellington sont celle du Portugal sous Marmont avec notre 31e Léger, celle d’Andalousie de Soult, celle du Centre sous le commandement direct de Joseph et celle du Nord de Cafarelli.

L’armée de Marmont ayant pénétré dans la province de Beira, Wellington décide de l’affronter en premier et marche contre lui. Marmont doit alors reculer jusqu’à Salamanque le 25 Avril qu’il a commencé à fortifier.

A la mi-mai les Anglais tentent d’isoler Marmont de Soult, en Extremadure, puis se replient. C’est pour mieux repartir le 13 Juin en passant l’Agueda et 3 jours plus tard se retrouver devant Salamanque. Marmont évacue la ville laissant de petits contingents dans des forts dont les Anglais vont mettre dix jours à s’emparer. Le 31e Léger qui était stationné  à Valladolid rejoint le gros de l’armée française. Français et Anglo-portugais vont alors stationner chacun sur une des rives du Douro. Marmont décide alors de repasser le fleuve et d’affronter les Anglais avec ses 8 divisions d’infanterie et ses deux de cavalerie. Le 31e Léger et ses deux bataillons sont toujours  au sein de la 3e Division du général Ferey.

Les deux armées vont combattre face à face aux Arapiles, le 22 Juillet, au Sud Est de Salamanque, et le combat se terminera par une défaite française. Les forces de Marmont  se font  saigner à blanc par l’opiniâtreté des Britanniques et Portugais.

Marmont a été blessé, le général Clauzel a pris le commandement et va sauver les restes de l’armée en menant une retraite efficace. Les divisions Ferrey et Foy sont les dernières réserves non entamées par la bataille : elles vont couvrir le repli en manœuvrant comme à l’exercice. Le 31e Léger s'y illustre par sa discipline alors que le général commandant la division est tué.

Le capitaine Lemonnier Delafosse raconte : «Nous devançâmes  le feu de l’ennemi aussitôt qu’il fut à portée et celui de deux rangs que nous lui lançâmes  fut si bien nourri, qu’avant le temps d’arrêt de cette ligne, qui voulut rendre feu pour feu, elle disparut totalement » ….. la droite de la ligne française est alors débordée … «le 31e Léger, fort seulement de deux bataillons, demeura seul, tint ferme et arrêta l’ennemi, qui continua son feu tant que nous restâmes en bataille sur la lisière du bois ; la vivacité du notre feu fit qu’il n’osa nous y enfoncer, présumant que ce bois devait renfermer des forces. Hélas en arrière de nous était le vide et l’impuissance…». «Le régiment tira les derniers coups de fusil, gardant encore son terrain et veillant le corps mort de son général»...

Les deux bataillons étaient alors sous le commandement du chef de bataillon Piovanni, qui bien que blessé continua d’assurer son poste. En arrière c’est un véritable chaos. Les troupes fuient en désordre par le pont d’Alba de Tormes.

Carabinier, 31e Léger, 1813-1814
Fig. 11 Officier du 31e Léger au blocus de Bayonne, 1814, d'après E. Fort; BNF, collection De Ridder

Après la bataille des Arapiles, les divisions françaises finissent par se regrouper progressivement et recueillir les fuyards. La 3eme division, avec les deux bataillons de notre 31e Léger, est chargée d’escorter les blessés (dont Marmont), le parc d’Artillerie et la dépouille de son général (Ferey) jusqu’à Burgos, où elle arrive le 31 Août.

Pendant ce temps le général Clauzel (qui a été blessé à la jambe pendant la bataille) couvre l’arrière garde et rétrograde jusqu’à Valladolid puis Burgos. Puis, il remet son commandement au général Souham. Le 31e Léger compte ses pertes : ses deux bataillons totalisent un millier d’hommes.

Pertes en officiers à la  bataille des Arapiles (d’après Martinien) :
GROSSO, s.-lieut., Tué; PIOVANI, chef de bat., Blessé; DEFILIPPI, capit., Blessé; DEFFERT, capit., Blessé; LEMONNIER-DELAFOSSE, capit., Blessé; VACHINO, lieut., Blessé; CASALEGNO, s.-lieut., Blessé.

Le commandement est alors provisoirement assuré par le major Creste et il n’y a plus qu’un seul chef de bataillon disponible : Lefebvre. La 3e division de l’Armée du Portugal est désormais placée sous le général Taupin : un général  passé auparavant  à la postérité en chanson par les hommes de sa brigade…..

Wellington avec une partie de ses troupes fonce sur Madrid où il entre, en héros, le 12 Août. Cela a permis de relâcher la pression sur les Français.

Le 22 Août, un nouveau colonel prend nominalement la tête du 31e Léger :  Cambriels, un ancien des Antilles où il s’est bien battu contre les Anglais. Pour le moment, il est au dépôt à Navarrenx.

Au vu du résultat de cette bataille Joseph et son Armée du Centre se replient sur Ségovie puis Tolède, avec tous les Espagnols attachés à sa cause. Tandis que Soult doit évacuer l’Andalousie en ralliant le corps de Drouet d’Erlon en Extremadure.

Les Anglais ont continué leur progression. Souham a laissé la citadelle de Burgos sous l’autorité du général Dubreton et s’est retiré. Les Anglais débutent le siège le 16 Septembre.

Au 3 Octobre, un conseil de guerre réunit Joseph et les maréchaux Soult, Jourdan, et Suchet. Un nouveau plan de stabilisation de la situation militaire est adopté. Burgos tient toujours. Drouet d’Erlon qui a pris le commandement de l’Armée du Centre s’empare de Cuenca le 20 Octobre. Souham repart en avant et délivre Burgos le 28 Octobre puis entre à Valladolid. Le 2 Novembre, Joseph retrouve Madrid.

Les Armées françaises se réunissent à Medina del Campo mais ne peuvent empêcher une nouvelle fois Wellington de se replier à Alba de Tormes le 15 Novembre, sans pouvoir livrer une bataille décisive. Ce dernier prend ses quartiers d’Hiver à Ciudad Rodrigo. Les Français, eux, s’installent une nouvelle fois entre le Douero et leTage. On retrouve ainsi les deux premiers bataillons du 31e Léger à Aranjuez en Décembre. L’Armée du Portugal passe sous le commandement du général Drouet d’Erlon.

 

VIII/ Les 3e, 4e et 5e bataillons du 31e Léger au Nord de l’Espagne, 1812

Pendant que les deux premiers bataillons du régiment étaient à l’Armée du Portugal, deux autres bataillons avaient été reconstitués à partir de conscrits et de cadres renvoyés au dépôt. Le 3e bataillon se reconstituait au dépôt jusqu'à la fin de l’année.

Trois compagnies de chasseurs avaient été envoyées en Mai 1812 renforcer l’Armée de Catalogne au sein d’un 5e régiment provisoire.

Quant à un 4e bataillon, mis sous le commandement du chef de bataillon Cavalli, et qui ne comptait que 4 compagnies de chasseurs, il formait un 2e régiment de marche du Portugal qui luttait avec l’Armée du Nord de l’Espagne contre les guérillas basques et navarraises.

Le 5e bataillon servait de cadre au dépôt.

Ainsi en  cette fin de 1812 en Espagne, même si l’Andalousie avait été perdue et que les guérillas redoublaient d’intensité, la situation paraissait moins mauvaise qu’au milieu  de l’année. Mais ce qui s’était passé à l’Est de l’Europe, allait amener l’Empereur à puiser perpétuellement des troupes en Espagne et vouloir un repli sur le Nord de la péninsule et donc affaiblir la situation militaire.

 

IX/ 1813

Le 31e Léger défend le front le 10 novembre 1813
Le 31e Léger défend le front le 10 novembre 1813

C’est au début Janvier 1813, que parvient à Madrid l’annonce du désastre de la campagne de Russie et les nouvelles instructions de l'Empereur. D’abord resserrer les lignes en se repliant sur le Nord de l’Espagne. Les 4 armées aux ordres de Joseph vont adopter de nouvelles positions : en mars on évacue la Manche, l’Armée du Centre se place autour de Ségovie, celle du Midi vers la vallée du Douro, celle du Portugal en Vieille Castille.

L’Armée du Nord du général Clauzel doit garder coûte que coûte les communications avec la France, tandis que de véritables armées de partisans battent la campagne au Pays Basque espagnol et en Navarre. On dépouille donc l’Armée du Portugal de 4 divisions d’infanterie pour renforcer celle du Nord. Parmi celle-ci la division Taupin avec les deux premiers bataillons du 31e Léger.

Cette réorganisation s’accompagne aussi de ponctions en cadre et en hommes expérimentés pour reconstituer la Garde et l’armée d‘Allemagne.

Joseph évacue sa capitale et replie son gouvernement à Valladolid, laissant à Madrid une garnison avec le général Hugo. Pendant ce temps au Portugal, Wellington devenu généralissime de toutes les armées espagnoles et alliées remet ses troupes en état de combattre.

Tandis qu’en ces premiers mois de l’année la division Taupin (1er et 2e bataillons du 31e Léger commandés par le major Cresté, puis le chef de bataillon Lefeuvre) en Navarre, va faire la guerre aux partisans de Mina, le 3eme bataillon du 31eme  Léger (chef de bataillon Gay puis Cavalli) au sein du 1er régiment de marche de l’Armée du Nord, entré en Espagne en Février mène des opérations autour d’ Irun et Bilbao. Le 4e bataillon (2e Rgt de marche) lui est autour de Vitoria. Le 5e bataillon de dépôt a envoyé des renforts à l’Armée de Catalogne de Suchet.

C'est le 22 Mai que Wellington reprend  l’offensive, occupe Salamanque, et continue sa progression, ce qui aboutit à sa victoire de Vitoria le 21 Juin : les Français doivent évacuer rapidement l’Espagne. L’Armée du Nord de Clauzel qui n’a pu participer à la bataille évacue les provinces basques, retraite sur Saragosse  puis rentre en France. Les bataillons du 31e assurent l’arrière garde au passage du Somport. Deux compagnies isolées du 4e bataillon seront capturées dans les forts de Pancorbo, le 27 Juin.

Le reste des Armées françaises a réussi à repasser les Pyrénées laissant deux fortes garnisons à Pampelune et San Sebastian. Le 12 Juillet rappelé d’Allemagne, Soult vient reprendre le commandement en chef des toutes les forces sur la frontière. Joseph et Jourdan sont destitués. Soult  continue la réorganisation de ses forces en 10 divisions et 3 ailes. Les cadres des 3e et 4e bataillons du 31e Léger sont renvoyés au dépôt et les hommes répartis dans les 2 premiers bataillons. Les deux bataillons représentant 1080 soldats et sous-officiers et 28 officiers  se retrouvent au sein de la 2e brigade (Gruardet), 2e division (Darmagnac) du centre de l’Armée des Pyrénées (Drouet d’Erlon), pour le moment stationné en avant de Bayonne.  Les hommes sont assez déprimés, face désormais des Alliés en supériorité numérique. Soult se met  à fortifier la frontière construisant tout un système de redoutes.

Des  tentatives pour délivrer la garnison de Pampelune, le 24 Juillet  avec le combat de Sauroren (où le 31e Léger a des pertes) et le 30 Août, avec la bataille de San Marcial, échouent. Cambriels qui commande le 31e Léger est blessé à l’affaire du pont de Bera , le 7 Octobre.  

Saint Sébastien aura succombé le 8 Septembre.

Désormais on va se battre sur le sol français. Les hommes sont complètement démoralisés, la solde n’a plus été versée depuis des mois. Le 31e Léger, à désormais 3 bataillons, n’est plus un régiment piémontais, submergé par des conscrits français du Centre et du Sud-Ouest.

Quand Wellington reprend son offensive, le 7 Octobre, les 3 bataillons du 31e Léger sont à la 8e division du général Taupin, au centre du dispositif de défense français sur la Rhune. Les positions françaises sont grignotées et Wellington s’empare des hauteurs. Soult prévoit alors de se replier derrière la Nivelle. Wellington temporise attendant la chute de Pampelune qui survient le 31 Octobre. Le 10 Novembre, il reprend sa marche en avant.

Au début Novembre Soult a stabilisé son front entre Saint Jean de Luz et St Jean Pied de Port, s'appuyant sur la Nivelle, des camps retranchés et de multiples redoutes. Se sachant en infériorité numérique, il en est réduit à une campagne défensive, mais étale trop ses troupes au lieu de former une masse de manœuvre pour des contre offensives puissantes. La division Taupin est positionnée à Ascain au centre droit du dispositif face à la petite Rhune. Soult pense être attaqué sur son aile droite, mais Wellington va faire porter son offensive sur le centre de son front, le 10 Novembre.

La division Taupin reçoit l'attaque anglaise le10 novembre. Le 31e Léger posté en réserve va s'engager pour protéger le col de Mendionde puis pour dégager ses camarades de la division. Les pertes sont nombreuses et malgré que les hommes du régiment se battent comme des lions, le dispositif français doit se replier derrière la Nivelle.

La division très affaiblie est dissoute, le 31e Léger réduit sur le pied de 2 bataillons vient alors renforcer la division Darmagnac (2e division). Les Anglais ralentis par des pluies abondantes se sont établis à Saint Jean de Luz

Au début Décembre, les Français très démoralisés par les replis successifs sont sous Bayonne protégés par la Nive. Le 31e Léger positionné à Villefranque. Bayonne est puissamment fortifiée et des renforts sont arrivés : conscrits mal dégrossis dont on ne pourra tirer grand-chose.

Le 9 Décembre les Anglo-portugais franchissent la Nive. Le 12 Soult contrattaque avec les 4 divisions de Drouet d'Erlon sur les forces de Hill. Celui-ci s'est avancé jusqu'à la proximité de Bayonne à Saint Pierre d'Irrube. Les combats y font rage le 13 Décembre et les Anglais réussissent à tenir leurs positions en recevant des renforts de la rive opposée de la Nive. Les pertes ont été sévères des 2 cotés.

Le temps exécrable fait que les 2 armées vont s'arrêter provisoirement de combattre jusqu'au début Février.

 

X/ 1814

Major Bourbaki 31e Léger
UN HEROS GREC DU 31E LEGER : LE MAJOR CONSTANTIN DENIS BOURBAKI (Fig. 12)
Né à Cephalonie dans les iles ioniennes en1787. Sa famille évacue Corfou avec les troupes françaises en 1799. Il entre à l'école militaire de Fontainebleau en 1802. Sorti sous-lieutenant du 6e de Ligne, il fait campagne en Italie en 1805, puis à l'armée de Naples en 1805-1806. Admis dans la garde royale de Joseph en 1806. Part pour l'Espagne fin 1808. Nommé capitaine puis adjudant major aux voltigeurs de la Garde. En 1810, devient commandant du régiment espagnol joséphiste de Castille, puis en mars lieutenant-colonel 1812 du régiment joséphiste Royal Etranger. Après le licenciement des troupes de Joseph en novembre 1812 Soult le nomme en Janvier 1814 major au 31e Léger. Il va se couvrir de gloire avec son nouveau régiment en particulier à Orthez et à la défense de Toulouse. Nommé colonel après la bataille son grade n'est pas reconnu et il est placé en demi-solde à la Première Restauration. Confirmé dans son grade de colonel aux Cent Jours (voir chapitre sur le 31e Léger aux Cent Jours). Il vit l'existence d'un demi solde, harcelé par la police royale, dans le Sud Ouest de la France entre 1815 et 1826. Il y naitra ses enfants dont le futur général de Napoléon III. En 1818, il obtient officiellement la nationalité française. En 1826, il embarque pour la Grèce se mettre au service des indépendantistes qui luttent contre la domination turque. Capturé par ceux ci, il est décapité en Février 1827.

Le front reste tranquille jusqu'au 12 Février tandis que le dépôt du 31e Léger à Saint Jean Pied de Port est bloqué par les troupes espagnoles de Mina et que l'armée s'est affaiblie de nouvelles ponctions pour le front Est, ne laissant à Soult que 40.000 combattants.

Le 14 Hill passe la Nive et s'affronte avec la division Harispe. Les Français se replient derrière le gave d'Oloron et Soult concentre ses troupes sur Orthez espérant mener une bataille défensive décisive, tandis que les Anglais se casseront les dents sur Bayonne.

Les 26 et 27 Février, la bataille d'Orthez est sanglante. De part et d' autres les pertes s'élèvent à 3400 Français et 2300 Britanniques. Le 31e Léger a 5 officiers blessés. Mais ce sont les Anglais, en avantage numérique qui restent maîtres du terrain et Soult doit encore reculer vers Aire sur Adour puis Tarbes. Tandis que les Britanniques s'emparent de Bordeaux le 12 mars, Soult livre des combats de retardements sur sa ligne de repli à Maubourguet et Vic en Bigorre le 19 mars, puis Tarbes le 20. S'échappant encore avec les reste de ses troupes, il gagne Toulouse, qu'il a fait fortifier, où il entre le 24 Mars poursuivi par 5 corps d'armées anglo-hispano-portugais.

33.000 Français, dont beaucoup de conscrits mal entrainés vont devoir s'opposer à 80.000 soldats alliés. Le 31e Léger est réduit a un seul bataillon d'environ 870 hommes en regroupant les effectifs des compagnies des deux bataillons précédents. Alors que l'Empereur abdique le 6, les deux armées se livrent à de violents combats entre le 27 mars et le 11 Avril. Puis Soult evacue la ville. Le 31e Léger s'est particulièrement illustré à la défense des Minimes.

Le 13 Avril Soult apprend la cessation des hostilités par ordre du gouvernement provisoire. Le 12 Mai, par ordre du Roi lors de la réorganisation de l'Armée, le 31e Léger est dissout.

 

X/ 1815

Au retour de l’Empereur, celui-ci décide de reformer son ancienne armée et de faire aussi appel aux étrangers  qui avaient servi sous ses Aigles. A la dissolution en 1814 du 31e Leger, la majorité des soldats d’origine piémontaise est retournée en Italie tandis que les cadres sont souvent restés en France. Dès le 3 avril, il ecrit à Davout : »il faudrait organiser 5 régiments étrangers : Piemontais ou Italiens, Suisses, Polonais, Allemands et Belges.
Les Piémontais  seraient habillés en bleu, ce que je suppose être la couleur de l’uniforme piémontais afin de pouvoir utiliser les volontaires avec l’habit sous lequel ils viendront».

Des décrets  du 11 et 15 Avril et du 20 Mai créent en fait 8 régiments étrangers. C’est à l’adjudant commandant Martinet et au colonel  Cacherano qu’est confié la formation d’un 1er régiment étranger piémontais dont le dépôt sera à Châlon sur Saône. Au 1er Mai, il y a 217 hommes sur le cadre de 3 bataillons : c’est à dire fort peu.

Le 20 Mai l’unité reprend le nom de 31e Léger et à la fin du mois, un premier bataillon de guerre assez mince devait être envoyé rejoindre le 3e Corps du général Vandamme à l’Armée du Nord. Les évènements en décideraient autrement.

Etats  de service du dernier colonel du 31e Léger de l’Empire

Le comte Esprit Cacherano de Bricherasio est né à Turin le 13 mai 1769. Au service du roi de Sardaigne : sous-lieutenant au régiment d’Aoste en 1786, lieutenant en 1790 fait campagne à l’Armée de Savoie en 1792, puis du Var en 1793 se distinguant à Utelle. Capitaine en 1795, son régiment passe dans les troupes piémontaises auxiliaires au service français en 1797. Capitaine à la 1ere DB Piémontaise en décembre 1798, sert à l’Armée de Reserve et à Marengo en 1800.
Aide de camp du général Colli Ricci à la fin 1800 jusqu’en 1802, atteint le grade de chef d’escadron. Chevalier de la Légion d’Honneur en 1804. Employé en Corse 1801-1805, en Italie 1806 puis à l’Armée de Dalmatie. Fait la campagne contre l’Autriche en 1809. Major en second du 11e Léger en Avril 1812, fait la campagne de Russie, blessé à Swolna.
Devient major en 1er du 31e Léger en Avril 1813. En Novembre 1813, est promu colonel du 34e Léger. Et fait campagne en 1814 à l’Armée des Pyrénées. Est blessé à la bataille de Toulouse en Avril 1814.
Mis en non activité, est rappelé aux Cent Jours pour prendre le commandement du 1er Régiment étranger Piémontais qui devient 31e Léger en mai 1815. Remis en non activité en Octobre 1815. Il est naturalisé français en Novembre 1816.

Pendant ce temps, Bourbaki de son côté organisait une autre unité. Il écrivait au ministre de la Guerre : »200 braves du 31e m’ont déjà rejoint. Le reste par mes soins n’attend que l’occasion favorable et plus de 400 m’ont promis de prendre service (parmi les prisonniers piémontais qu’a fait Suchet dans les opérations des Alpes vers le 15 Juin) dans le corps que je commanderai».

Mais ce qui est ordonné à Bourbaki c’est de réunir ses hommes au 31e Léger. Waterloo est alors connu. Bourbaki  donne sa démission et fait partir ses hommes pour le dépôt de Chalon sur Saône : la plupart vont alors déserter en route.

Le 10 Août le bataillon de guerre du 31e Léger est transféré à Agen. Il sera bientôt rejoint par son dépôt. La dissolution effective du régiment, officielle depuis le 6 Septembre sera faite le 15 Octobre 1815.

 

XII/ UNIFORMES

 LES TENUES DU 31E LEGER EN ESPAGNE

Traiter des tenues des armées françaises en Espagne, c’est s’aventurer dans un terrain mouvant.
Si les tenues de l’entrée dans la péninsule ibérique sont celles connues, portées en Europe centrale, les mémoires des officiers et soldats de cette campagne, qui va durer 6 ans, nous décrivent les difficultés rencontrées pour se rééquiper. C’est que les conditions météorologiques, le terrain, la mauvaise qualité des étoffes et surtout des chaussures, le manque de capotes, usent rapidement les uniformes qui se retrouveront très souvent en loques. Fini donc les grandes tenues, place aux tenues de route avec les couvre shakos, les capotes, les pantalons de route larges. En Eté, on laisse tomber l’habit et on se contente d’une veste à manche longue (comme d’ailleurs en Italie du Sud). Les officiers se font discrets dans leurs tenues, car gare aux tireurs d’élite des Rifles britanniques et portugais qui ont pour vocation de les viser plus particulièrement.
Plus on s’enfonce dans la Péninsule, moins les convois de ravitaillement venant des magasins frontaliers à Bayonne arrivent, et il faut se débrouiller localement : en réquisitionnant des draps de toutes couleurs (le plus fréquent étant le drap brun) dans les dépôts  portugais et espagnols, en utilisant des cuirs non tannés, des espadrilles, des équipements ennemis.
C’est ainsi que lors de la 2e expédition du Portugal de 1809  :
«Le Duc de Dalmatie dut tirer des trop faibles moyens à sa disposition tout le parti que l’on était en droit d’attendre de sa vieille expérience.
D’après ses ordres et par les soins de l’ordonnateur en chef Lenoble, on utilisa le mieux possible les divers effets pris à l’Armée anglaise : près de 3000 capotes furent réparties entre les différents régiments… 1400 paires de souliers confectionnées pendant le court séjour à Santiago furent moins mauvais et purent servir. On donna en gratification à plusieurs régiments quelques pièces de drap du pays ; ce drap fut employé à faire des pantalons larges pour la route...» 
Et encore :
«Presque tous les shakos délivrés étaient de mauvaise qualité. Les fatigues d’une pareille guerre avaient promptement achevé de les user. Dans plusieurs régiments, on avait heureusement imaginé de recouvrir ces shakos avec des peaux de jeunes agneaux noirs, que l’on préparait et l’on cousait en forme de coiffe… beaucoup de compagnies d’élite adoptèrent par la suite cette nouvelle coiffure qui imitait le bonnet à poil et le colback...»
D’Illins : souvenir d’un militaire des armées françaises dites du Portugal  Paris 1827.

Lors de la retraite de Soult à partir de Porto, les souliers furent rafistolés avec des peaux d’animaux fraichement  dépecés. Arrivés à Lugo, les troupes de Soult «ont plutôt l’air de sauvages que de Français». Entre 1811 et 1813 la situation ne va guère s’améliorer, alternant des périodes de remise en état provisoire et des périodes de décrépitude.

Le fameux manuscrit d’El Guil, «découvert«  par E. Fort, et exploité de nombreuses fois, même si il est discuté, reste une représentation  plutôt plausible de la difficulté de nos troupiers à arborer une tenue réglementaire.

 

Figure 1 : Carabinier en 1805 de la Division Oudinot (d’après Volz). Même si nous ne sommes pas sûrs que tous les carabiniers d’infanterie légère de la Division Oudinot (dont ceux du 31e Léger) portaient alors le bonnet d’oursin, cette silhouette qui sent encore le Consulat avec ses basques très longues a été notée à l’époque. On remarquera les retroussis écarlates non réglementaires mais qu’Oudinot semble avoir autorisé pour distinguer son unité. Le plumet et les raquettes du bonnet d’oursin sont portés à l’envers de l’ordinaire. Les poches en travers sont passepoilées de blanc, tandis que les retroussis des basques sont ornés de grenades bleues. Le «cul de singe» du bonnet d’oursin est orné d’une croix blanche séparant 4 quartiers rouge et bleu.

Figure 2 : Figure 2 sergent de voltigeurs du 31e Léger vers 1808 (Manuscrit de Zimmermann). Si le dessin est en couleurs, il a été en fait colorisé secondairement avec une certaine logique.  L’original du manuscrit réalisé en Allemagne en 1807-1808 est en noir et blanc et il a été reproduit (colorisé) de nombreuses fois dans les années 1930 et suivantes. Si l’on se base sur le dessin original réalisé avant le départ du régiment pour l’Espagne, des détails sont cependant intéressants  à noter. Au niveau du shako : son galonnage supérieur argent  pour un sous-officier, les épaulettes à  franges argent mais au corps bleu, les basques longues  aux retroussis ornées de cor de chasse. Les revers devraient être logiquement en pointe et les galons de grade replacés au-dessus des pattes de parements. On voit aussi que la plaque est déjà un modèle de fantaisie avec une Aigle et un soubassement préfigurant la disposition du règlement de 1812. Les cheveux sont encore noués en queue sur la nuque.

Les voltigeurs ont été créés par un décret du 13 mars 1804 dans les régiments d’infanterie légère. Ils sont armés d’un fusil de »type dragon» plus court, comme on le voit sur le dessin, et en tant que compagnie d’Elite portent un sabre briquet. Ce sabre briquet est théoriquement enlevé  en 1807, sauf pour les sous-officiers comme ici, mais il continue à être porté quand même par les simples voltigeurs.

Figure 3 : Carabinier du 31e Léger  en Espagne vers 1810- 1811 par Fort d’après El Guil (Source Gallica/BNF). Nous abordons ici le fameux manuscrit dit d’El Guil, retrouvé par E. Fort (et par lui seul) qui en tira une série de dessins. Manuscrit  dont on discute toujours l’authenticité mais qui se base très vraisemblablement sur un fond de données véritables, qui furent ensuite recoupées par d’autres sources quant à la véracité de certains détails.  Fort en fit des variantes en combinant les données mais quelles étaient les premières moutures ? Ces dessins initiaux furent repris par d'autres dessinateurs (avec parfois des variations) : Leroux, Boisselier, Bueno…

Notre homme est vraisemblablement  un carabinier, comme peuvent le laisser penser les soutaches  écarlates de sa culotte et de ses demi-guêtres. Certes, il lui manque les épaulettes et un sabre briquet. Son shako est très classiquement recouvert d’un couvre shako de toile verdâtre ou grise en campagne, orné d’un cor de chasse peint. Sa tenue débraillée est cependant fort classique, de fond bleu à passepoils blancs,  si ce n’est  les soutaches de sa culotte de type cavalerie légère. Or ce type d’ornements se retrouve dans des dessins contemporains de carabiniers d’infanterie légère réalisés en Allemagne  dans les années 1810-1812 d'où leur possibilité en Espagne. On notera des basques encore assez longues qui signent le début de la campagne d’Espagne.

Figure 4 : Tambour Major du 31e Léger, grande tenue, vers 1809-1810. La tenue de notre tambour major d’infanterie  légère reste finalement assez classique. C’est celle de l’entrée du régiment en Espagne en 1809. La tenue est de fond bleu passepoils blancs, habit et culotte. Une distinctive écarlate est portée au collet et parements en pointe mais aussi aux revers et retroussis. Le tout bordé d’un galon argenté. Deux trèfles d’épaules argent ainsi que des noeuds hongrois de même sur la culotte complètent la silhouette. La culotte entre dans des bottes noires à galons et glands argent. On aperçoit émergeant des gants à crispin blancs les galons de sergent major en pique argent et sur le haut du bras gauche un galon d’ancienneté argent. Les boutons sont blancs. Un sabre à garde et dragonne argentées est porté à un baudrier blanc orné d’un petit porte baguette et d’un cor de chasse argentés. L’élément le plus «campagne d’Espagne» de la silhouette est  adopté plus tardivement sans doute vers 1810 voire 1811 : le port de ce colback à visière. Une coiffure portée et adoptée par les troupes d’élite  (carabiniers comme voltigeurs) de  Soult en Espagne : au départ une peau de mouton noir cousue sur la carcasse des vieux shakos.
Le fameux »manuscrit d’El Guil», Fort et ses successeurs  donneront une version plus tardive de ce Tambour Major vers 1812-1813, en tenue de campagne, avec un fond vert des tenues de la tête de colonne comme nous le reverrons.
Pour la petite histoire : en 1809 le Tambour Major du 31e Léger se nommait Alphonse.

Figure 5 : Tambour de Chasseur du 31e Léger, 1810-1812, d'après E. Fort et El Guil. Couvre schako vert clair en toile de coton sur lequel est peint un cor de chasse avec le numéro du régiment. Habit à la coupe de l'infanterie légère de fond vert au lieu de bleu, galonné de blanc classiquement pour un musicien de compagnie, passepoilé de rouge. On peut donc supposer que la tête de colonne du 31e Léger a adopté le vert comme distinctive (nous le reverrons pour le Tambour Major). Quand ? Le gilet bleu est celui d’infanterie légère, le pantalon de route blanc est sans particularité, capote brune portée à l’Armée d'Espagne.

Figure 6 : Sapeur du 31e Léger vers 1810-1812, d'après Fort et El Guil. Nous avons ici une tenue de campagne. Le bonnet d'oursin est fort usé, laisant voir sa carcasse,  porté en campagne sans cordon ni raquette. Habit classique d'infanterie légère avec les épaulettes écarlates à tournantes blanches (compagnie de carabiniers à laquelle appartiennent les sapeurs). Pantalon de route large, de toile blanche, lié aux chevilles par des cordonnets. La hache traditionnelle des sapeurs, et le mousqueton, le sabre (peut être à garde spéciale ou simple sabre briquet). Parmi aussi les distinctives classiques des sapeurs, on notera :  les haches croisées portées en haut des manches, ici surmontées d'un cor de chasse, le tout écarlate. On voit  aussi le port de 3 chevrons d'ancienneté blancs en haut du bras gauche, ce qui signifie 20 ans de service. Notre homme est donc vraisemblablement sous officier, mais ses galons au dessus des parements  sont cachés par les gants à crispin blancs.
Notons qu'un sapeur du 31e Léger donné par les reproductions colorisées du manuscrit de Zimmermann est en fait un sapeur du 63e de Ligne, dans la version originale en noir et blanc ! 

Figure 7 : Officier du 31e Léger vers  1812. Dessin de J. M. BUENO  in "L’Armée française et ses alliés en Espagne"; d’après Fort/El Guil. On notera : le couvre shako verdâtre orné d’un cor de chasse et du numéro du régiment, un surtout de couleur brune passepoilé d’écarlate, la capote portée en sautoir et le port d’un sac d’infanterie, courant en campagne. Le reste de l’habillement est classique pour un officier d’infanterie légère.

Figure 8 : Tambour major du 31e Léger en 1812 d'après Fort et El Guil. On comparera avec la silhouette du Tambour Major datant de 1809-1810. Nous sommes ici en tenue de route : plus  de trèfles d’épaule, un couvre colback, un sac d’infanterie avec sa capote brune sur le sac. On notera des détails intéressants : le fond de la tenue de la tête de colonne qui est devenu vert (voir aussi les tambours) avec une distinctive cramoisi au collet, parements, revers et retroussis tous galonnés d’argent, mais la culotte reste bleue avec des trèfles argent. Les galons de sergent major sont portés au-dessus des parements en pointe. Les bottes noires portent une double échancrure  inversée de l’habitude. Le Tambour major porte un simple sabre briquet mais à dragonne argentée.

Figure 9 : Sous officier du 31e Léger en 1812-1813 d'après Fort et El Guil. A côté, le même d'après H. Boisselier. Notre homme a laissé son habit au dépôt et se bat en veste à manche sur laquelle il a fixé les marques de sa fonction : épaulettes vertes mêlées d’ argent, galons argentés de grade au-dessus des parements. Le shako est recouvert d’un couvre shako verdâtre sur lequel est peint un cor de chasse, le fourreau du sabre briquet est emmailloté dans un chiffon. Le plus curieux est la couleur du pantalon de route. Un stock de tissu vert a visiblement été récupéré par notre régiment. Sur le sac, on note la capote blanche très prisée en Espagne.

Figure 10 : Un carabinier du 31e Léger en 1813-1814 : Petit à petit, à partir du début de 1813, les nouvelles recrues du 31e Léger des 3e et 4e bataillons furent habillés avec l’uniforme issu de la réforme Bardin, aux revers entièrement fermés. Les autres bataillons touchèrent de nouveaux équipements et uniformes au cours de l’année 1813. Les plaques de shako évoluèrent aussi pour adopter un modèle général. Notre carabinier porte le shako, sans cordon ni raquettes, mais galonné en haut en en bas du fût et avec des chevrons sur les côtés écarlates. Il arbore la nouvelle plaque du modèle 1812. Il a revêtu sa capote sur laquelle il place ses épaulettes écarlates. En tant que membre d’une compagnie d’élite, il possède toujours un sabre briquet.

Figure 11 : Officier du 31e Léger vu au blocus de Bayonne  en 1814 : D'après E Fort, source Gallica, BNF, collection de Ridder. On notera la tenue type 1812 mais avec un collet, les revers  et des parements  en pointe bleu passepoilés de rouge. Le shako est galonné d’argent ce qui est normal pour un officier.

Figure 12 : Portrait du Major Bourbaki  en 1814 : On notera le port des revers boutonnés croisés et décroisés sur le haut, une mode lancée par des officiers de cavalerie des chasseurs à cheval et lanciers sur la fin de l'Empire, et que certains officiers d' infanterie légère adoptent. On notera aussi les épaulettes de major à corps doré (ce qui le distingue du colonel où le corps des épaulettes est argent) et tournantes et franges à gros bouillon argent. Le major Bourbaki porte la croix de chevalier de la Légion d'Honneur et celle d'officier de l'ordre royal d'Espagne (attribué par Joseph).

 

XIII/ DRAPEAUX DE LA 31E DEMI6BRIGADE LEGERE

Drapeau 31e Léger 1802
Drapeau en 1802

C'est en Juin 1802 que fut adopté le dessin des drapeaux que l'on donnerait aux Demi-brigades légères, qui n'en avaient pas jusqu'à présent. Ceux ci furent fabriqués par la maison Watrin. Ils avaient 1,60 m de coté.

Distribués par Bonaparte à la grande parade du 14 Juillet 1802, ils ne restèrent pas longtemps en service, puisque remplacés à la fin de 1804 par ceux surmontés d'une Aigle Impériale.

Il y avait un drapeau par bataillon. Certaines Demi-brigades avaient la bordure du losange central peinte en vert. Au revers était inscrit au centre dans une couronne de lauriers : LE/ PREMIER CONSUL/ A LA 31EME/ DEMI-BRIGADE LEGERE/ LE 25 MESSIDOR/ AN 10.

 

XIV/ LES AIGLES ET DRAPEAUX DU 31E LEGER

Le 31e Léger reçut en 1804 trois Aigles et trois drapeaux du modèle Picot pour l'infanterie légère. Ceux-ci accompagnèrent les trois premiers bataillons de guerre, portés par un sergent major, escortés par les caporaux  fourriers  de chaque bataillon.

En 1808, il ne devait plus rester réglementairement qu’une Aigle porté par le 1er bataillon, mais il semble que notre régiment ait conservé les Aigles des 1er et 2e bataillon en service jusqu’en fin 1810 (les deux Aigles supplémentaires furent retournées au dépôt). Une seule Aigle fut alors arborée sans doute sans drapeau ou un drapeau très abimé.

En Avril 1811, le Premier Porte-Aigle était le lieutenant Fuljod, le 2e Porte Aigle le sergent Martinot, et le 3e Porte Aigle le caporal Le Genta.

Un drapeau modèle 1812 fut délivré au régiment mais resta au dépôt, au vu des circonstances en Espagne.