Le 30ème Régiment d'Infanterie de Ligne

1796-1815

 

Accès à la liste des Officiers, cadres d'Etat major, Sous officiers et hommes du 30e de Ligne

Avertissement et remerciements : La base de cette étude est constituée de l'Historique régimentaire abrégé du 30e, que nous avons reproduit intégralement, complété par les différentes sources dont nous disposons actuellement. Notamment, grâce à notre ami Philippe Quentin, nous y avons intégré le "Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige". Surtout, notre correspondant, Thierry Derigny, nous a permis d'accéder à la "Notice historique sur le 30e Régiment d'Infanterie", manuscrit écrit par le Capitaine Froidevaux et conservé au SHAT à Vincennes note 1), que nous avons également intégré dans son intégralité dans cette histoire du 30e. Un grand merci à eux deux.
Un grand merci également à Monsieur Peter Harrington, Conservateur de la "Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library", de nous avoir permis d'utiliser des dessins de Pierre Albert Leroux.

Nous devons également à Monsieur de Salles, de nombreuses précisions, concernant son ancêtre, J. P. C. de Salles de Hiis, ainsi que les documents qui accompagnent sa biographie. Nous le remercions ici chaleureusement pour cet apport extrêmement important.

 

I/ Origines du 30e de Ligne

boutons 30e Demi-brigadebouton 42e Demi-brigade Bouton 42e Demi-brigade
Boutons de la 30e Demi-brigade. Selon Fallou ("Le Bouton uniforme français", 1915), ce type de bouton, de couleur jaune, a été en usage au sein des Demi-brigades du 21 février 1793 à 1803. Pour le Capitaine Maurice Bottet ("Le Bouton de l'Armée Française", 1908), celui-ci n'aurait été en usage qu'à partir de 1796. A gauche, dessin extrait de La Giberne (La Giberne Année 13/05); au centre, bouton communiqué par J. Croyet - S.E.H.R.I. ; à droite, collection privée
bouton 30e Demi-brigadebouton 30e Demi-brigadebouton 30e Demi-brigade
Ci-contre et ci dessous, différents boutons de la 30e communiqués par un de nos correspondants
bouton 30e Demi-brigadebouton 30e Demi-brigade

L'Historique régimentaire explique que le "30e Régiment d'infanterie peut faire remonter son origine aux premières années du règne de Louis XIII, dans les conditions de filiation suivantes" :
- 1617. Pendant la lutte du roi contre la Ligue des grands seigneurs, un gentilhomme, M. de La Rainville, fut autorisé à lever un Régiment pour concourir au siège de Soissons, en 1617. Ce Régiment, jusqu'en 1669, ne porte d'autre nom que celui du Mestre de camp qui en était le Colonel titulaire et s'appelle successivement : Rainville, Ménillet, Bourdonné, Chemerault, Reymont, d'Estrades, Saint-Lieu et Lignières.
- 1669. Louis XIV incorpore le Régiment de Lignières dans celui du Dauphin et fait prendre à ce dernier Corps, de création récente, le rang d'ancienneté que possédait Lignières.
- 1775. Le Régiment du Dauphin est dédoublé; deux de ses Bataillons forment un nouveau Régiment qui prend le nom de Régiment du Perche.
- 1791. Conformément à l'ordonnance du 1er janvier 1791, le Régiment du Perche, commandé par Olivier Victore de Beaudré, perd son nom et prend le titre de 30e Régiment d'infanterie qu'il conserve jusqu'en 1795. En 1792, commandé par Germain Félix Tennet de Lambadère, ce Régiment fait partie de l'Armée du Nord. Il fait la campagne de l'Argonne sous Dumouriez et assiste à la bataille de Valmy, à la suite de laquelle les Prussiens sont rejetés hors de notre territoire. En 1793, sous le commandement de Alexandre Alexis Dumas, il passe à l'Armée de la Moselle et se trouve à la bataille de Pirmasens. En 1794, son 2e Bataillon est envoyé à la martinique. En 1795, le 30e est employé au blocus de Luxembourg.

- 1795. Au milieu de l'année 1795, les Régiments sont remplacés par des Demi-brigades de Bataille. Selon l'Historique régimentaire, aucune ne porta le n°30. Pourtant, il semble bien qu'un amalgame ait été prévu afin de former une 30e Demi-brigade de Bataille. Celle ci devait comprendre le 2e Bataillon du 15e Régiment d'Infanterie (ex Béarn), le 2e Bataillon de l'Eure et le 3e Bataillon de Rouen (Belhomme, dans son Histoire de l'Infanterie, tome 4, indique : "23 janvier. ... la 30e à Lille avec le 2e du 15e, le 28e de l'Eure et le 3e de Rouen (14e de la Seine-Inférieure)").

Qu'en est il alors des Bataillons du 30e de Ligne, ex Perche ? Et bien, le 1er Bataillon a été amalgamé dans la nouvelle 59e Demi-brigade de Bataille (28 Floréal an II - 17 mai 1794). Le 2e Bataillon devait être amalgamé dans la nouvelle 60e Demi-brigade de Bataille (11 Messidor an III - 29 Juin 1795). Il résulte donc de ce constat que que le 30e de Ligne que nous allons étudier pour la période 1796-1815 ne peut prétendre, malgré son numéro régimentaire, à la filiation mentionnée ci-dessus. Le second amalgame va nous permettre de l'expliquer.

- 1796. A la réorganisation de l'Armée, en l'an IV, les éléments qui composaient les Demi-brigades de Bataille sont amalgamés entre eux et forment de nouveaux Corps qui prennent le nom de Demi-brigades; la 72e Demi-brigade de Bataille devient, par voie de tirage au sort, la 30e Demi-brigade de Ligne (30 Pluviôse an IV - 19 février 1796 ou Arrêté du Directoire du 10 Germinal an IV - 30 mars 1796 selon la notice historique sur le 30e - SHAT). L'amalgame est réalisé à Cologne le 17 Floréal an IV - 6 mai 1796 (Belhomme, dans son Histoire de l'Infanterie, tome 4, indique : "Le 18 (février). ... la 30e de ligne, formée à Cologne avec la 72e de bataille et le 3e bataillon de la 175e").

La 72e Demi-Brigade de Bataille avait été principalement formée (28 Germinal an II - 17 avril 1794) du 2e Bataillon du 36e Régiment d'Infanterie de Ligne (ex Anjou), du 6e Bataillon de Volontaires du Jura (organisé le 24 novembre 1791) et du 2e Bataillon de Volontaires de la Gironde (ou du bec d'Ambez, formé le 25 septembre 1793).

Fut également amalgamé dans la nouvelle 30e Demi-brigade le 3e Bataillon de la 175e Demi-Brigade de Bataille. Ce Bataillon avait été incorporé dans la 72e de Bataille le 8 janvier 1796, son Régiment d'origine venant d'être supprimé. La 175e avait elle même été constituée à partir du 1er Bataillon du 98e Régiment d'infanterie (ex Bouillon étranger, Corps allemand créé en 1757), du 5e Bataillon du Nord (ou du Quesnoy) et du 11e Bataillon des Vosges.

Denis Moreau, alors soldat à la 175e de bataille, nous raconte dans son journal de campagne, que le 1er ventôse de l'an IV soit le 20 février 1796, il est allé à Brauweiler et que là, il a été amalgamé avec la 72e. De là, il s'est rendu à Stommeln (cinq lieues), où il est resté 22 jours. Le 23 ventôse (13 mars), il part pour Cologne, où il reste deux mois en garnison. Entre temps, les numéros des Demi-brigades de Ligne ont été tirés au sort au Quartier général, et la 72e devient ainsi la nouvelle 30e de Ligne. De là, conclue Denis Moreau, la Demi-Brigade est partie pour rentrer en campagne à quatre lieues de Cologne.

Précisons que le 36e Régiment d'Infanterie ex Anjou est lui même issu du dédoublement du 35e Régiment d'infanterie d'Aquitaine (Régiment levé le 17 janvier 1625 par le Duc de la Force) le 26 avril 1775. Les 1er et 3e Bataillons ont conservé le rang et le nom (35e Régiment d'Aquitaine); les 2e et 4e Bataillons sont devenus le 36e Régiment d'Anjou. Notre 30e de Ligne est donc un descendant du Régiment d'Aquitaine.

Enfin, rappelons que la 72e de Bataille avait fait la campagne de l'an II (1793-1794) à l'Armée du Nord, les campagnes de l'an III et de l'an IV (1794-1796) à l'Armée de Sambre et Meuse.

 

II/ Campagnes de 1796 et 1797

a/ Combat de Neuwied

La 30e Demi-brigade, forte de 3355 hommes (Officiers compris, plus 45 canonniers) au moment de l'amalgame (plus précisément le 9 mai 1796), se trouve à l'Armée de Sambre et Meuse, et fait partie de la Division Bonnard, Brigade Friant. Elle est commandée par le Chef de Brigade d'Arnaud Jacques D'arnault depuis le 19 février 1796. Organisée sur le pied de trois Bataillons, chacun à 8 Compagnies du centre et une de Grenadiers, elle a en outre une Compagnie de Canonniers et deux pièces de canon. Etablie à Cologne, son Dépôt se trouve à Maastricht.

D'Arnault Jacques

Né le 8 janvier (ou 8 avril) 1758 à Bricy le Boulay (Loiret). Il entra au service comme soldat le 10 août 1777, dans le Régiment d'Anjou (36e d'infanterie), et y fut fait successivement Caporal le 21 mai 1782. Sergent le 1er  août 1783; Sergent-major le 17 septembre 1787; Sous-lieutenant le 1er  (ou le 15) septembre 1791; et Lieutenant le 25 août 1792 .
Employé à l'Armée du Rhin, il assista, le 30 septembre suivant, à la prise de vive force de Spire, et concourut à arrêter et à rallier une colonne de troupes qui, saisies d'une terreur panique, avaient pris la fuite. Il se trouva encore à la prise de Mayence le 21 octobre, à celle de Francfort-sur-le-Main le 23, et à la retraite de l'Armée sur Landau et sur Weissembourg au mois de mars 1793. Arrêté le 11 août suivant, au camp de Roth, près de Weissembourg, par ordre des représentants du peuple Ruamps, Lacoste, Dujardin, Milhau et Boyer, pour être conduit devant le Comité de salut public, comme soupçonné de royalisme, il fut réclamé, au nom de tout le Corps, par l'Adjudant-major Bernadotte.
Immédiatement mis en liberté, il fut nommé Capitaine le 13 du même mois, et passa, avec son Régiment, à l'Armée du Nord. Il combattit constamment aux avant-postes, se fit remarquer par sa bravoure, et par sa présence d'esprit sauva, devant Cassel, deux Bataillons français exposés à être pris ou détruits. Le 9 septembre de la même année, à Hondschoote, chargé du commandement du 1er Bataillon, il s'empara d'une redoute armée de 9 pièces de canon et y fit 500 Anglais prisonniers qui, d'après le terrible décret de la Convention nationale, devaient être mis à mort sur-le-champ (malgré le danger qu'il courait en ne se conformant pas à cet arrêt sanguinaire, il conduisit ses prisonniers au Quartier général. Les représentants lui ayant demandé pourquoi il ne les avait pas fait fusiller, Darnaud répondit avec une noble fermeté : Je suis toujours prêt à verser jusqu'à la dernière goutte de mon sang pour ma patrie, mais je ne puis être le bourreau d'un ennemi désarmé).
Nommé Adjoint aux Adjudants généraux, il combattit à l'attaque des villages de Saint-Vaast et de Saint-Aubert, le 9 germinal an II, et y affronta les plus grands dangers en ralliant la colonne de gauche de la Division de Cambrai, que la cavalerie et l'artillerie ennemies, supérieures en force, avaient presque entièrement culbutée. Employé à l'Armée de Sambre-et-Meuse en l'an III, il déploya une grande énergie dans la défense de Longwy, dont le commandement lui avait été confié par le Général en chef Jourdan .
Le 7 floréal de cette année (26 avril 1795), il fut nommé Chef de brigade de la 72e Demi-brigade de bataille, dans laquelle avait été incorporé le 2e Bataillon du 36e Régiment. Puis Chef de Brigade de la 30e Demi-brigade d'Infanterie le 19 février 1796. Darnaud commanda cette Demi-brigade pendant plus de quatre ans; il y rétablit l'ordre et la discipline, régularisa son administration et la conduisit avec succès sur tous les champs de bataille où elle fut appelée à combattre. À l'affaire de Lintz, il mit en fuite quelques troupes autrichiennes et les poursuivit vivement à la tête de 60 hommes d'infanterie, 25 dragons et deux pièces d'artillerie légère; mais ayant aperçu une très-forte colonne de cavalerie qui s'apprêtait à fondre sur lui, il prit position, fit jurer à sa troupe de mourir jusqu'au dernier plutôt que de se rendre (disposant en avant ses deux pièces, il se défendit avec tant d'intrépidité que la cavalerie autrichienne fut obligée, non-seulement de renoncer à son attaque, puis encore de se réfugier dans les montagnes voisines pour échapper aux coups qui portaient le ravage et la mort dans ses rangs.) Après avoir servi quelque temps au blocus d'Ehrenbreitstein, il reçut l'ordre de se porter sur Neuwied et d'y protéger la retraite de l'armée de Jourdan qui se disposait à repasser le Rhin.
Avec deux Bataillons de la 30e Demi-brigade, une Compagnie d'artillerie légère et un Régiment de Chasseurs à cheval, il soutint les efforts d'un corps considérable de cavalerie qui, appuyé par une nombreuse artillerie, essaya vainement de l'entamer. Il résista pendant toute une journée et ne se décida à franchir le fleuve que lorsqu'il vit les derniers Bataillons français en sûreté (sa contenance ferme et tranquille, la précision des manœuvres, les charges vigoureuses qu'il fit exécuter lui valurent les éloges de la part du Général en chef qui lui dit : "Je vous félicite, mon cher Darnaud, j'ai admiré vos belles manœuvres, vous aviez devant l'ennemi le même sang-froid que l'année dernière à la revue sur la place de parade de Cologne)".
A la prise de Francfort, Darnaud commanda cette ville. Deux ans auparavant une garnison française avait été égorgée dans cette ville; sous prétexte de venger l'assassinat de leurs compagnons d'armes, des malveillants excitaient les troupes françaises à l'incendie et au pillage. Déjà des symptômes alarmants se manifestaient dans la garnison, et sans Darnaud, qui fut obligé de lutter corps à corps avec des soldats mutinés de la 48e Demi-brigade de ligne, la ville eût subi le sort le plus affreux. Son courage et son dévouement, secondés de l'appui des soldats de sa Demi-brigade, qui lui étaient entièrement dévoués, suffirent pour apaiser ce commencement d'insurrection. Ce fut par des traits nombreux d'une incorruptible probité et d'une scrupuleuse fidélité à remplir ses devoirs que le Chef de Brigade Darnaud dut les témoignages d'estime qu'il reçut d'une cité dont les magistrats et les habitants le regardaient  comme le bienfaiteur.
Il servit au blocus de la place de Mayence, devant laquelle il arriva le 18 germinal an IV. Dans une sortie que fit la garnison ennemie, avec des forces infiniment supérieures, le 3 fructidor suivant (20 août 1796), Darnaud, à la tête de la 30e Demi-brigade, défendit la position entre le Main et le Rhin, et eut la mâchoire inférieure fracassée par un éclat d'obus (malgré la gravité de sa blessure, il ne voulut point quitter le champ de bataille, et ne cessa de combattre que lorsque les ennemis, repoussés partout, furent forcés de rentrer dans la ville, laissant le terrain couvert de leurs morts et de leurs blessés).
S'étant rendu à Francfort pour y soigner sa blessure, il y reçut de la part des habitants de nombreuses marques d'intérêt et d'affection, qui le récompensèrent dignement des soins qu'il avait pris pour préserver de tout malheur leurs personnes et leurs propriétés.
Appelé à l'Armée d'Italie vers la fin de l'an IV, il y commanda sa Demi-brigade avec un grand succès. Le 15 frimaire an VII, à Civita Castellana, et le même jour à l' affaire de Falavi, il défit complètement les Napolitains, culbuta une Division avec un seul Bataillon, mit l'ennemi en déroute et lui prit 20 pièces de canon et 30 caissons. Le 16 nivôse suivant, à l'affaire d'Atricoli, à la tête de sept Compagnies, il donna l'impulsion aux troupes dont il faisait partie, et détermina par son exemple et sa conduite les avantages de cette journée.
Le 24 prairial, au combat et à la prise de Modène, Darnaud se comporta avec le sang-froid, la valeur et les talents militaires qui le distinguaient depuis longtemps, et la 30e Demi-brigade mérita les plus grands éloges. À la bataille de Trébia (19 juin 1799), il traversa la rivière à la tête de sa Brigade, formée en colonne serrée et l'arme au bras, sous un feu terrible d'artillerie (Electrisant sa troupe par son courage, il renverse tout ce qui s'oppose à son passage, perce la ligne ennemie, se porte à plus de 400 toises sur ses derrières, et s'empare de sept pièces de canon, dont il a affronté le feu. Mais n'étant pas appuyé sur ses ailes, il fut obligé de battre en retraite. Quoique blessé d'un coup de feu à la jambe gauche, il opéra son mouvement rétrograde dans le plus grand ordre, sans se laisser entamer et sans abandonner les canons qu'il avait pris). C'est à la suite de cette affaire, qu'il fut nommé Général de brigade, par arrêté du Directoire exécutif du 12 thermidor an VII - 30 juillet 1799 (l'historique régimentaire indique la date du 12 Messidor an VII - 30 juin 1799).
Le 28 du même mois, à la bataille de Novi, il avait obtenu les succès les plus complets sur les Russes, qu'il avait mis en pleine déroute, lorsque le mouvement rétrograde des autres troupes de l'armée le força d'abandonner ces avantages (néanmoins, tout en se retirant, il s'empara de deux pièces de canon, dont il tua les artilleurs qui les servaient avec une vigueur et une opiniâtreté dignes d'un meilleur sort).
A l'affaire de Bosco, le 2 brumaire an VIII, le Général Darnaud détermina le succès de la journée. Avec l'Infanterie seulement, il combattit un ennemi bien supérieur en nombre et qui avait de la cavalerie et de l'artillerie formidables (il le tourna, le déborda par la gauche, chargea audacieusement sa cavalerie, en plaine, à la baïonnette, et le mena battant pendant plus de deux milles).
Le 13 du même mois, à l'affaire de Rivalta, il commandait une colonne d'infanterie qui fut entourée par l'ennemi (mais par ses manœuvres hardies, il parvint à se dégager et à se retirer pendant l'espace de deux lieues, en plaine, sans avoir éprouvé d'autre perte que celle d'un Officier, et après en avoir fait éprouver de considérables à l'ennemi, qui ne cessa de le harceler).
Le 15, il défendit le front de Novi pendant trois heures contre les attaques réitérées d'un corps très nombreux de troupes autrichiennes; mais, obligé d'abandonner cette position, que l'insuffisance de ses forces ne lui permettait pas de garder plus longtemps, il se retira dans les montagnes voisines, espérant y attirer l'ennemi; cette tentative eut un plein succès (les Autrichiens s'étant engagés dans les gorges, le Général Darnaud les fit charger à la baïonnette, les mit en fuite, et leur enleva trois bouches à feu avec leurs caissons, après avoir tué beaucoup de monde. Un grand nombre de fuyards furent faits prisonniers).
Attaqué le 23 frimaire par des forces autrichiennes et russes très supérieures, il fut obligé de quitter la ligne de Monte-Cornua. Ses troupes plièrent en désordre et s'enfuirent à travers les montagnes jusqu'à Nervi où il devint indispensable de s'arrêter et de s'opposer à l'ennemi, qui avait l'intention de s'emparer de ce débouché pour couper la retraite à une colonne qui se trouvait vers Recco et Sori, à quatre milles de distance (le Général Darnaud s'empressa de réunir 300 hommes de la 73e Demi-brigade, commandés par le Chef de Bataillon Verney, qu'il plaça à un défilé, où 4 hommes auraient pu en arrêter 100, et il leur ordonna de tenir jusqu'à la dernière extrémité pour assurer la retraite de la colonne qui était encore à Sori. Après avoir fait toutes les dispositions nécessaires pour empêcher l'ennemi de pénétrer plus avant, le Général Darnaud demanda des hommes de bonne volonté pour aller avec lui explorer le pays. Mais telle était alors l'intimidation que causait à la troupe le nombre considérable des ennemis, que deux hommes seulement se présentèrent. Ce manque d'énergie et de confiance ne change point les projets du Général, il marche seul en avant de Nervi, avec les deux hommes qui se sont offerts, et qui promettent d'affronter avec lui tous les dangers. Bientôt après, regardant en arrière pour s'assurer de la conduite des 300 hommes auxquels il a confié la garde de l'important débouché qu'il veut conserver, il s'aperçoit que l'ennemi s'en est rendu maître et qu'il s'empresse d'arriver et de s'établir dans les rues de Nervi. Ne prenant conseil que de son courage, Darnaud, le sabre à la main et suivi de ses deux intrépides compagnons, s'élance sur l'ennemi, qui fait feu sur eux. Personne n'est atteint, et après avoir porté le désordre dans les rangs des Impériaux, nos trois hommes parviennent à les mettre en fuite.
C'est à ce trait d'une valeureuse audace que la colonne de Sori dut son salut, car elle ne pouvait éviter d'être faite prisonnière, les rues de Nervi ne permettant pas de former quatre hommes de front (le Chef de Bataillon Verney qui, malgré son courage et ses efforts, n'avait pu parvenir à rétablir son Bataillon qu'au plateau de Quinto, rendit lui-même justice au dévouement du brave Général Darnaud, et le Chef de brigade Wouillemont, qui commandait la colonne de Sori, s'exprimait ainsi dans le rapport qu'il fit de cette affaire : « L'ennemi, ayant porté toutes ses forces sur la brigade de gauche, et l'ayant forcée et suivie dans sa marche rétrograde jusqu'à Nervi, avait coupé celle de droite que je commandais. Le général de brigade Darnaud, par les efforts de son courage, ne dut presque qu'à lui seul l'avantage de me dégager et de me réunir à la 2e brigade, avec laquelle ce général se défendit dans Nervi, d'où il chassa l'ennemi, et prépara la glorieuse journée du lendemain»).
Le 24, à l'affaire de la Castagna, le Général Darnaud, avec ses troupes très peu nombreuses, renverse les colonnes de l'ennemi (Atteint de trois coup de feu, mais sentant trop combien sa présence est nécessaire, il surmonte sa douleur, oublie ses blessures, et, chargeant à la tête de ses soldats, il culbute l'ennemi, lui enlève quatre pièces de canon et lui fait 1 200 prisonniers).
Le 13 germinal suivant, la 8e Demi-brigade d'infanterie légère, postée sur la montagne de Rua, en avant de Recco, est obligée d'abandonner cette position et se retirait, vivement harcelée par un ennemi nombreux qui pénétra dans la ville de Recco (le Général Darnaud accourut sur le champ de bataille, et ne pouvant arrêter la déroute, arrache le fusil des mains d'un soldat : « Si tu es brave, lui dit-il, reste auprès de moi; donne-moi des cartouches et mourons ensemble au poste de l'honneur». Seul avec ce soldat, il fait feu sur l'ennemi, qui s'étonne de tant d'intrépidité. La Demi-brigade, revenue d'un premier moment de faiblesse, et encouragée par l'exemple de son Général, s'arrête, se rallie, et sur les pas de l'intrépide Général Darnaud, elle charge à son tour l'ennemi, renverse tout ce qu'elle rencontre et reprend Recco, où elle complète sa victoire, en faisant prisonnière ou passant au fil de la baïonnette toutes les troupes qui s'y trouvaient).
Le 16 et le 17 du même mois, à Montefaccio, il combattit avec succès un ennemi toujours plus nombreux que lui et parvint à conserver à l'armée des munitions et de l'artillerie qu'il avait reçu l'ordre d'abandonner.
Employé au blocus de Gênes par les Autrichiens et les Anglais, il se signala dans toutes les affaires qui eurent lieu pour la défense de cette place (malgré ses nombreuses tentatives, jamais l'ennemi ne put le forcer à se retirer dans Gênes, et toujours le Général Darnaud occupa des positions qui s'en trouvaient éloignées de plus de trois milles. Par ce moyen, il conserva les moulins sans lesquels la place aurait manqué de farine, et des potagers considérables qui fournissaient abondamment des légumes à la garnison et aux habitants).
Le 21 floréal an VIII, il rompit la ligne de l'ennemi à Bisagno, l'attaqua par derrière sur le Monte-Cornua; et seulement avec 400 hommes du 1er Bataillon de la 2e Demi-brigade d'infanterie de ligne, il battit complètement 4000 Autrichiens, fiers de l'avantage qu'ils avaient obtenu le matin sur la colonne qui avait été chargée de les attaquer de front (tout ce que le Général Darnaud rencontra fut fait prisonnier, les magasins de l'ennemi et quatre pièces de canon tombèrent en son pouvoir). Le 8 prairial suivant, à la tête de 2000 hommes, il prit d'assaut plusieurs redoutes, et il poursuivait ses rapides succès, lorsque, arrivé à travers la mitraille et les boulets, au pied d'un dernier retranchement qu'il se disposait à enlever, il fut grièvement blessé à la jambe gauche d'un coup de feu qui nécessita l'amputation. Après sa guérison, il fut nommé Commandant de la place de Gênes, toujours en état de blocus, et passa dans la Division de Ligurie le 23 germinal an IX.
Le 3 floréal suivant (23 avril 1800), le gouvernement ligurien lui remit un sabre d'honneur en reconnaissance de ses services et de sa conduite avant et pendant le blocus de Gênes.
Le 1er fructidor an X, il fut mis en disponibilité et rentra en France; mais à son arrivée à Paris, il ne tarda pas à être employé, et le Premier Consul lui confia le commandement du département de la Corrèze (20e Division militaire) par arrêté du 1er vendémiaire an XI. Le Général Darnaud exerça ces fonctions jusqu'au 4 brumaire an XII, époque à laquelle il passa dans la 14e Demi-brigade militaire pour y commander le département de l'Orne.
Nommé membre de la Légion d'honneur le 19 brumaire an XII, il en fut créé Commandeur le 25 prairial suivant et fut désigné pour faire partie du Collège électoral du département de l'Orne. Par décret du 19 mars 1808 (15 janvier 1809 selon certaines sources), l'Empereur lui conféra le titre de Baron avec une dotation de 4000 francs de revenus. Le Général Darnaud continua d'exercer ses fonctions dans le département de l'Orne; il eut même le commandement provisoire de la 14e Division militaire, en l'absence du Général Grandjean, le 13 mai 1811, et fut appelé, le 22 juin suivant, au poste de Commandant de l'Hôtel des Invalides , où sa sollicitude pour les hommes, comme lui mutilés au champ d'honneur, lui acquit de nouveaux droits à la reconnaissance nationale. Lors de l'invasion des armées coalisées, ce fut à ses soins et à sa fermeté que l'on dut la conservation d'une partie des plans en relief, en dépôt à l'Hôtel, et dont les Prussiens voulaient s'emparer.
Après sa rentrée en France, Louis XVIII le nomma Chevalier de Saint-Louis par Ordonnance du 27 juin 1814, et lui conféra le titre de Lieutenant-général honoraire, le 6 septembre suivant.
Nommé titulaire de ce grade, en conservant le commandement de l'Hôtel des Invalides, le 1er  juillet 1815, le Général Darnaud fut créé Grand Officier de la Légion d'honneur le 24 août 1820, et Commandeur de l'Ordre royal militaire de Saint-Louis le 27 mars 1821.
Admis à la retraite le 10 octobre de cette dernière année, le Général Darnaud décédé le 3 mars 1830 à Paris. Son nom apparaît en 8e position en partant du haut dans la 8e colonne du pilier nord de l'arc de triomphe de l'Étoile.

Le 9 mai, la 30e est placée dans la Division de Réserve. Cette Division, commandée par le Général Bonnard, ayant sous ses ordres le Général de Brigade Duvigneaux, ne se compose alors que de la seule 30e, d'un Escadron du 14e Dragons, et de neuf pièces de canon. Jusqu'à la fin de mai, la 30e reste à Cologne. Le 29 mai, elle est à Bonn.

L'armistice qui a été conclu entre les belligérants expire le 30 mai (12 prairial). L'Armée de Sambre-et-Meuse va donc reprendre l'offensive et franchir le Rhin pour aller bloquer Ekrenbrenstein.

Selon Denis Moreau et son journal de campagne, la 30e a quitté Cologne le 14 prairial soit le 2 juin et elle a franchit le Rhin sur le pont volant à Bonn pour ensuite bivouaquer dans la plaine, parcourant ainsi 6 lieues ce jour là. Le lendemain, la 30e part attaquer l'ennemi le long de la montagne, mais celui-ci retraite, et la 30e revient dans les villages le long de la montagne où elle demeure pour la nuit; elle a marché ce jour là 5 lieues.

Jourdan, Général en chef de l'Armée de Sambre et Meuse, franchit le Rhin à Neuwied, après le combat d'Altenkirchen (16 prairial an IV - 4 juin 1796). Ce jour là, la 30e se distingue au combat livré dans les gorges de la Lintz. Emieux, Grenadier au 1er Bataillon, s'y fait remarquer entre tous. Un escadron ennemi, chargeant en fourrageurs, fond sur la 2e Compagnie de son Bataillon qui, ayant déjà perdu beaucoup de monde, recule sous le choc et cède du terrain. Blessé, le Capitaine de cette Compagnie va tomber entre les mains des Pandours. Emieux s'élance seul; de son corps, il fait un rempart à son chef, détourne avec son fusil les coups de sabre qu'on essaie de lui porter, et force les cavaliers à la retraite. Au moment où, justement fier de sa belle action, Emieux rejoint ses camarades, plusieurs Hussards s'élancent à sa poursuite; mais ce brave soldat, dont le sang-froid égale la bravoure, étend mort à ses pieds un des Hussards qui le serre de trop près et, par suite de son attitude énergique, force les autres à prendre la fuite.

Le Capitaine Dutoya (Jean Baptiste Etienne), chargé par son Chef de soutenir, avec sa Compagnie, la retraite de la Demie-brigade, attaque les Pandours avec tant de vigueur qu'il les met en pleine déroute, les force à repasser la Lahn, et leur fait cinquante prisonniers.

Le Sergent Robin (François), depuis Sous lieutenant au Corps, blessé de deux coups de sabre à la tête, tombe entre les mains de l'ennemi.

Le soldat Louis François Guyot nous donne une description rapide de ce combat : "Le 16 (prairial) nous avons partie pour rataquer l'ennemis du coté de la petite ville de Linche ou il s'est livré une bataille très violente. Ils y a resté une grande quantité de tué et de blessez tant d'une part que de l'autre entre lesquel nous avons eue un adjoint (sic, adjudant) de tué et nous avons gagne la victoire. Le 17 nous somme été assez tranquille l'on a distribué le vain deux fois dans la joumée".

Quelques précisions concernant le soldat Guyot :

Guyot Louis François

Extrait de "Carnet de route d'un combattant de l'an II"; article de Denis Roland paru dans le Tome 41 des Mémoires publiés par la Fédération des Sociétés d'Histoire et d'Archéologie de l'Aisne; 1996

"Louis-François Guyot, fils d'un menuisier de Villiers-Saint-Denis (Louis-François Guyot était né le 8 mars 1772 à Villiers-sur-Marne (aujourd'hui Villiers-Saint-Denis,arrondissement de Château-Thierry). I1 était fils de François et de Marie-Jeanne Renoncourt. À son retour de l'armée, il devint vigneron et se maria le 3 juin 1806 avec Anthoinette Michèle Houdot. Il est décédé après 1840), combattit durant sept années dans les armées de la République. Son carnet de route nous est parvenu grâce à l'un de ses descendants. C'est un document d'une trentaine de pages seulement, d'une écriture appliquée, complété, de la main de l'auteur, d'une dizaine d'énoncés de problèmes d'arithmétique avec leurs solutions.
Dans son carnet, Louis-François Guyot s'est essentiellement attaché à noter les étapes d'un périple qui l'a conduit à travers la Belgique, l'Allemagne et l'Italie. Chaque ville, village ou parfois hameau est soigneusement mentionné, phonétiquement bien sûr car notre combattant ne parle que le français. La transcription des noms de villes allemandes lui a posé quelques problèmes et a conduit à de curieuses métamorphoses : Krefeld est noté Crevelle, Salsburg est devenu Cerbourg et Butzbach, Bouchepart etc. En Italie, Guyot a eu moins de difficultés avec les noms de lieux dont il donne parfois des traductions fantaisistes : Bussoleno est devenu Beau-Soleil, Sestrit-Levente Sestrit-Bon-Vent et Loretto Notre-Dame-de-Lorette.
Si les étapes journalières sont systématiquement notées, les batailles ou les sièges sont le plus souvent décrits succinctement. Les conditions de vie difficiles du soldat révolutionnaire ne sont pas évoquées ; c'est tout juste si Guyot mentionne sa blessure, sans en préciser les circonstances. Tout au long du texte transparaît une évidence pour Louis-François Guyot : l'armée républicaine à laquelle il appartient, accomplit une mission au travers de l'Europe et il en est un des modestes acteurs. De ce fait, il ne se pose jamais de question sur le but de tous ces combats tant il est convaincu que la cause est juste.
Les morts ne semblent pas l'impressionner outre mesure, sans doute parce qu'ils sont la conséquence de l'accomplissement d'un devoir. "L'affaire a été très sanglante tant de part et d'autre" écrit-t-il souvent dans son carnet, et même les batailles les plus sanglantes comme celles de la Trebbia ou de Novie, au cours de laquelle fut pourtant tué le général en chef Joubert, ne sont rapportées qu'en quelques lignes. Parfois même on pourrait penser qu'il fait preuve de cynisme, par exemple lorsqu'il mentionne le massacre de la population d'Isola del Liri. En fait, ce qui semble le plus avoir marqué Louis-François Guyot, ce sont les cérémonies militaires qu'il décrit avec beaucoup de détails.
Le carnet de route est d'une grande précision, confirmé par l'histoire des campagnes des armées révolutionnaires et jamais contredit par l'historique de la 30e demi-brigade qu'il complète d'ailleurs largement (Service historique de l'Armée de Terre, historique ancien du 30e R.I.). Cette fiabilité permet de croire qu'il fut un proche du commandement. I1 n'était pourtant pas officier ni sous-officier. Sans doute occupait-il un poste dans l'administration de la brigade.
Nous n'avons malheureusement pas pu retrouver la mention de l'incorporation de Louis-François Guyot dans les registres des contrôles des 36e R.I. et 72e et 30e demi-brigades. Nous en venons à supposer qu'il s'est enrôlé sous un surnom ou un pseudonyme à moins que, par une curieuse coïncidence, les registres des contrôles manquants de ces différentes unités soient justement ceux où étaient enregistrés Guyot.
Le carnet de route évoque les deux amalgames de 1793 et 1796 (le premier supprima les bataillons de volontaires départementaux difficiles à diriger pour les incorporer dans les 213 demi-brigades nouvellement créées. Le second ramena le nombre des demi-brigades à 110). C'est ainsi que Louis-François Guyot fut incorporé dans le premier bataillon du 36e RI. Le 26 germinal an II, ce bataillon fusionna avec le 6e bataillon de volontaires du Jura et le 2e bataillon de volontaires de la Gironde pour former la 72e demi-brigade de bataille. Puis le 30 pluviôse an IV, la 72e amalgamait avec le 3e bataillon de la 175e demi-brigade de bataille. La nouvelle unité prit le nom de 30e demi-brigade d'infanterie de ligne.
Guyot mentionne aussi quelques-uns des nombreux camps permanents installés par l'armée pour servir de base d'accueil à ses troupes. Citons seulement ceux du département de l'Aisne : La Réunion (Guise) et, dans les environs immédiats, Lesquielles, Bohéries, Létant.
Enfin, le document illustre le mouvement tourbillonnant des armées révolutionnaires. Les régiments sont en perpétuel mouvement, rares sont les séjours de plusieurs jours dans un même lieu. De ce fait, les journées de marche sont fréquentes et les étapes peuvent atteindre 40 km. Lorsque la 30e demi-brigade traverse la France pour se rendre en Italie, elles sont d'environ 30 km avec un jour de repos après 5 jours de marche. En revanche, lorsque l'ordre lui est donné de se rendre à Rome, elle effectue 660 km en 23 jours dont deux jours de repos seulement. Au total, en sept années de campagne, Louis-François Guyot aura effectué un périple de plus de 7000 km.
Rappelons brièvement la situation de la France en 1792. La guerre avec la Prusse et l'Autriche avait débuté en avril ; après la victoire de Valmy (20 septembre), la Convention décrète la guerre jusqu'à ce que les ennemis de la République soient repoussés au-delà du Rhin. Mais après les succès en Belgique et en Hollande, la frontière est franchie au nord et à l'est. Les troupes du prince de Cobourg tentent de marcher sur Paris par Guise.
Louis-François Guyot fut incorporé probablement après la décision de levée en masse décrétée à la Convention le 23 août 1793. I1 quitte son village natal de Villiers-sur-Marne le 23 septembre 1793 pour rejoindre un bataillon formé à Château-Thierry et dirigé sur Origny-Sainte-Benoîte au camp de Lesquielles. Le 11 janvier, il est incorporé dans le 36e régiment d'infanterie, ex- Anjou, alors stationné à Étreux. C'est dans la campagne qui s'étend entre Guise et Maubeuge qu'il combat pour la première fois :
"Le 28 (germinal) l'ennemi nous a attaqué en grande force de toute part et a repoussé notre colonne de vive force mais leur opiniatreté et leur audace ne nous a point épouvanté et nous avons fait une belle retraite et sans cela nous aurions été tous haché et l'ennemi à brulé tout les vilages. Nous avons fait notre retraite sur les retranchements de Guise. Nous avons été au camp de Bouiry ou nous avons resté jusqu'aux 1er floréal ...
Le 7 floréal nous avons attaqué au vilage de Priche ; nous nous somme battue toute la journée sans pouvoir les faires débusquer de leur positions. La perte a été considérable pour les français ; les pièces de canon du 2e bataillon ont été prie. Le 9 nous avons attaqué une seconde fois et nous avons réuci comme la 1re...
Le 8 (prairial) couché dans les fortification de Maubeuge. Le 9 et le 10 nous avons fait une sortie à Maubeuge. Le combat à duré une partie de la journée ou nous avons eu beaucoup de monde de tué. Notre cheffe à été tué le même jour nous avons été obligé de bruler un vilage auprès de la ville".
L'armée de la Moselle, restée inactive, se joint à l'armée du Nord pour former l'armée de Sambre-et-Meuse qui réussit à libérer Charleroi et se trouve face aux Austro-Hollandais de Cobourg venus dégager la place. C'est la bataille de Fleurus :
"Le 7 (messidor) nous sommes venus devant Fontaine Lévèque ; le même jour Charleroy c'est rendue à notre pouvoir. Le soir l'ennemy s'est avancée vers nos colonnes. Le soir une calonnade très vive. Le 8, à 3 heures du matin, une calonnade terrible qui c'est fait entendre de tout part. L‘ennemie s'avance avec audace [et] fureur mais l'impétuosité de notre moisqueterie et l'artilerie les à arrèté un peu sur une colonne et une plus considérable c'est avancé vers nous après avoir repoussé les autres dont nous nous avons vue sur point de perir tous. Mais un renfort nous et arrivé. Dans l'interval de cette affaire le canon ne faisoit que roulement puisqu'il est vraie qu'il c'est tiré plus de 50 coup de canon à la minute. Malgrè tout cela nous les avons réduit à fin devant nous le glaieve en main".
La victoire de Fleurus ouvre aux Français les Pays-Bas. Pendant que l'armée du Nord se dirige vers Anvers, celle de Sambre-et-Meuse se porte sur la Meuse. Le 21 messidor la demi-brigade de Guyot est à Bruxelles et passe la Meuse à Visé le 3 vendémiaire an III (24 septembre 1794) pour aller bloquer la ville de Maestrich :
"Le 15 (vendémiaire) l'on a brulé Dusseldorf ; le 18 nous avons partie dudit camp pour le siège de Maestrich et dans le chemain nous avons réquie au de vie, paille et des voiture pour le siège de laditte ville. Arrivé le 5 de brumaire, l'on a ouvert la tranchée le 8 tout autour de la ville. Le 11 l'on a commencé à assiéger ladite place avec plus de 150 bouche a feu qui fesoit un feu terible qui écrasa la place en peu de temp. Le 14 la garnison a capitulé au nombre de 8000 hommes d'infanterie et 2000 de cavalerie. Le 16 ils ont défilé devant les troupe de la République et ils ont déposé les armes sur les glacis de la ville. L'on y a trouvé 362 pièces de canon de tout calibres, 20 O00 fusils, des magasains de toute espèces ...".
La demi-brigade se rend ensuite à Liège, Aix-La-Chapelle puis se dirige vers les Pays-Bas. La signature de la paix avec la Hollande (16 mai 1795) modifie les projets de l'armée de Sambre-et-Meuse qui est alors dirigée vers Francfort :
"19 (fructidor) dans la nuit l'on a passé le Rhin ou il y eu une calonnade terrible tant de la part de l'ennemis que des François. Le 20 nous ont passé le fleuve sur le territoir prussien et nous avons été bivaqué a 2 lieux plus loins. L‘ennemi a fait une vive résistance, un combat qui a duré depuis minuits jusqu'a 8 heures du matin dont l'affaire s'est terminé par la fuite de l'ennemis".
Le 5 vendémiaire an IV l'armée arrive devant Francfort :
"Passé près le château de la Princesse Daix, bivaqué à Querlin tou proche le Main entre Mayance et Francfort a une lieux du fort Quilistène qui et situé dans les montagnes. Le 6 nous avons campé dans laditte place dont la ligne étoit depuis Francfort jusqu'au Rhin. Nous avons partie le 19 à 4 heures apres midy pour aller remplacer la division du général Leclerc".
La troupe arrive à proximité de la petite ville de Kassel où elle se heurte à l'armée autrichienne le 20 vendémiaire an IV :
"Les Autrichiens nous ont livré une bataille ayant passé le Main plus haut que Francfort. Le combat a commancé de grand matin et a finie à la nuit tombante. L‘affaire à été tres sanglante tant d'une part que de l'autre sans que l'on ai avancée ni reculé. Nous avons brûlé un village qui étoit visà-vis Hais [?] Cassel. Se sont les pièces qui étoit aupres du chateau qui ont fait cette expédition. La bataille étant finie nous avons allumé une grande quantité de feux afin de tromper l'ennemis et au même instant nous avons partie pour battre en retraite. [...I Le 26 nous somme partie ou nous avons reprie notre ancienne route proche une des plus hautes montagne de ce pays ou nous ont passé en poursuivant l'ennemis au-dela du Main. Nous ont passé dans la ville que Quabourg ou il y a un beau chateau et une sorte de verger qui et remplie de statue de tout expèce. Nous avons bivaqué tout proche de la ville ou l'on a bue une grande quantité de vain que l'on a trouvé dans un couvent qui étoit dans un fonds le long de la rivière".
Durant l'automne et l'hiver 1795-1796, la 72e demi-brigade campe dans les villes et villages des environs de Cologne, Bonn, Coblence. Le 30 pluviôse an IV, elle se renforçe d'un bataillon de la 175e et forme ainsi la 30e demi-brigade...
".

Denis Moreau pour sa part donne plus de précisions dans son journal de marche; il indique ainsi que le 16 prairial, la 30e continue sa marche sur Linz, marchant sur trois colonnes. Les 4 dernières Compagnies du 2e Bataillon sont expédiées au dessus de la montagne. En arrivant dans la plaine en avant de Linz, la 30e tombe sur la Légion de Bourbon, corps d'armée nous dit Denis Moreau, et un combat bref mais vif s'engage. L'ennemi s'enfuit avec précipitation tandis que la 30e marche ferme sur la droite et sur la gauche pour couper la retraite. De là, conclue Denis Moreau, elle bivouaque sur les hauteurs près d'un couvent.

Le 18 prairial (6 juin 1796), la 30e est aux pieds du fort de Coblence; elle en fait le blocus pendant cinq jours. Le 22 prairial (10 juin) à deux heures de l'après midi, elles est attaquée par des Pandours qui viennent de franchir la Lahn; ils sont vivement repoussés et une partie se noie dans la rivière, tandis que plusieurs d'entre eux sont capturés (Denis Moreau).

"Le 13 (prairial) passé le Rhin à Andernaque et passé dans le bourg de Zinzique. Resté dans un village seulement pour y faire la soupe. Le soir nous avons partie et marché toute la nuitx et nous sommes arrivé audit fort à 10 heures du matin. Resté jusqu'au 18, l'ennemi a passé la Lane pour débloquer ledit fort et ils ont forcé l'avant-garde et ils sont venue dans notre camp. Sur le même instant nous nous sommes mis en tirailleurs. On les a fait repasser la rivière plus vite qu'il ne l'avoit passez. Aussitot on a rappelé pour nous rassembler dont nous réunie au camp en attendant la nuit pour la retraite" (Soldat Guyot).

Ornement de hausse col 30e Demi-brigade Hausse col 30e Demi-brigade hausse col 30e de ligne
Fig. 1 Ornement de hausse-col en argent (La Giberne Année 06/07)
Ci-dessus : hausse col, dessin publié dans le Bivouac N°3 de 1985
Hausse col conservé au Musée de l'Armée. Indications : Marengo. Don de L. M. Ney, Prince de la Moskowa; inventaire Hc. 12
Hausse col de la 30e Demi-brigade Hausse col de la 30e Demi-brigadeHausse col de la 30e Demi-brigadeHausse col de la 30e Demi-brigade
Ci contre : hausse col (document publié dans Soldats Napoléoniens N°13)
Hausse-col vendu par Bertrand Malvaux. Plateau en laiton doré décoré en son centre d'un motif en argent estampé en relief d'un écu à fond strié horizontalement timbré du chiffre «30». Cet écu est posé sur un faisceau de licteurs surmonté d'une couronne civique, le tout encadré de guirlandes de feuillages, de palmes et surmonté d'un ruban portant l'inscription «RÉPUBLIQUE FRANÇAISE». L'insigne est attaché au plateau par quatre tiges filetées serrées par des petits écrous à l'intérieur. Photos et collection Bertrand Malvaux (http://www.bertrand-malvaux.fr) - avec l'aimable autorisation de ce dernier.

D'Altenkirchen, Jourdan vient prendre position derrière la Lahn. La Division de Réserve, réunie à la 2e Demi-brigade légère, est employée au blocus d'Ehrensbreisten. Deux Bataillons de la 30e prennent part à ce blocus; le 3e Bataillon de cette Demi-brigade est à Cologne. La maladie, le feu de l'ennemi, mais aussi la désertion, ont fait fondre les effectifs de la 30e qui sont tombés à 2854 hommes.

Jourdan, en franchissant le Rhin, avait surtout pour but d'attirer à lui les forces de l'Archiduc Charles et de faciliter un mouvement offensif à l'Armée de Rhin et Moselle commandée par Moreau. Ce plan, combiné entre les deux Généraux, réussit en partie; mais l'Armée de Sambre et meuse, trop faible pour contenir les forces qu'elle a attirées contre elle, doit lever le blocus d'Ehrensbreisten et repasser le Rhin.

La retraite s'effectue par le pont de Neuwied. La 30e, considérée à juste titre comme une des plus braves de l'Armée de Sambre et Meuse, est à l'arrière garde, avec la cavalerie, sous le commandement de Bernadotte. Chargés de protéger le passage des quatre Divisions Bernadotte, Championnet, Grenier et Bonnard, ses deux Bataillons, placés l'un dans la tête de pont sur la rive droite, l'autre dans l'île qui divise le cours du Rhin. Lorsque toute l'armée a passé le pont de bateaux, qui communique de l'ile à la rive droite, le Bataillon, laissé dans la tête de pont, effectue sa retraite avec la cavalerie, laissant seule, dans la tête de pont, sa Compagnie de Grenadiers. Le pont de bateaux est immédiatement replié et la Compagnie de Grenadiers repasse ensuite le Rhin en bateau. Les premières attaques de l'ennemi ont été reçues avec une telle vigueur que, malgré les forces considérables qu'il a fait sortir de Mayence, ce dernier n'ose pas insister malgré les avantages qu'il peut retirer de cette situation.

Dans ce combat, la 30e a 8 hommes tués et 40 blessés ou prisonniers; au nombre des morts se trouve le Lieutenant Vanglais. Notons que dans son Journal de marche, Denis Moreau parle de la retraite de l'armée, qui oblige la 30e à se retirer et à retourner à Cologne; il indique également qu'elle a soutenu la retraite au pont de Neuwied et couché dans l'île, et situe cet évènement le 23 prairial (11 juin).

La belle conduite de la Demi-brigade en cette circonstance est signalée aux membres du Directoire par le Général en chef Jourdan qui s'exprime ainsi dans son rapport : "la fière attitude du bataillon placé dans la tête de pont pour protéger le passage empêche les projets de l'ennemi qui voulait profiter du passage en retraite par les quatre divisions Championnet, Bernadotte, Grenier et Bonnard pour nous infliger un désastre... les forces de l'ennemi étaient de 6 régiments de cavalerie, deux colonnes d'infanterie fortes de plusieurs bataillons douze pièces d'artillerie".

A la suite de ce brillant combat, le Chef de Brigade D'Arnaud reçoit les félicitations du Général Jourdan, et les membres du Directoire lui écrivent une lettre d'éloges et de remerciements. La lettre du Directoire n'existe pas dans les Archives de la Guerre, mais on y trouve la réponse suivante :
"Darnaud, chef de la 30e Demi-brigade d'Infanterie de Ligne aux citoyens composant le Directoire exécutif.
Francfort, 3 Thermidor, an IV (21 juillet 1796).
Citoyens Directeurs,
La multiplicité de mes occupations militaires ne m'a pas permis de répondre plus tôt à votre lettre de félicitations que j'ai reçu par la voie du Général Jourdan. Ces témoignages flatteurs que vous accordez à la Demi-Brigade que je commande ont produit la plus vive sensation sur mes frères d'armes, tous brûlent du désir de trouver encore l'occasion de mériter vos éloges. Soyez persuadés que nous ne manquerons jamais, dans les évenements périlleux, de donner à la Patrie des preuves de notre zèle et de notre dévouement.
Salut et respect.
Darnau
d".

Curieusement, Louis-François Guyot n'a pas conservé le souvenir de tout cela et se contente de noter dans son camet : "Dans l'apres midy il nous est venue un ordre pour bloquer le fort d'Erbrechetene au bord du Rhin en face Coblance dont nous avons été audit lieue de Neuvique et nous somme retoumé pour repasser le Rhin à Neuvique et nous somme venue à logé à Andemaque sur la rive gauche du Rhin".

Porte drapeau de la 30e Demi-brigade
Fig. 2 Sous officier Porte-drapeau de la 30e, d'après Funcken

Denis Moreau donne après le passage du pont de Neuwied toute une série de marches; nous conservons telles quelles les dates indiquées : le 24 prairial (12 juin), couché à Andernach (4 lieues); le 25 (13 juin) à Sinzig (4 lieues), le 26 (14 juin) à Bonn (cinq lieues); le 27 (15 juin) à Cologne (cinq lieues) où la 30e demeure jusqu'au 12 messidor (30 juin).

Le 1er juillet, d'après les ordres de Kléber, commandant l'aile gauche de l'armée, la 30e, toujours dans la Division de Réserve, Général Bonnard, traverse le Rhin à Cologne, et se porte de l'autre côté de la Sieg. Denis Moreau, dans son journal de marche indique qu'après la bataille de Wetzlar, l'armée est repoussée et qu'elle doit repasser le Rhin sur un pont volant; la 30e bivouaque près de Siegburg (7 lieues). Le 16 messidor (4 juillet 1796), la 30e selon Denis Moreau passe sur une autre montagne cultivée (6 lieues); le 17 (5 juillet), elle est près du village de Troisdorf (4 lieues). Le 18 (6 juillet), à 3 heures de l'après midi, Moreau avec son Bataillon, est attaqué sur la Lahn; le combat persiste jusqu'à minuit. Moreau bivouaque sur place et le lendemain, l'ennemi s'est replié. La marche reprend en poursuivant l'ennemi (4 lieues).

Selon la notice Historique, la 30e a passé la Lahn à Linn le 8 juillet ; dans ce passage qui est vivement disputé, nous dit elle, le Capitaine Parisot (Aimé) est blessé d'un coup de feu au tendon d'Achille. Dans ce même combat, le Sergent Maugras, seul avec un tromblon, empêche le passage d'un peloton de Pandours; il est par ce fait nommé Sous lieutenant sur le champ de bataille.

Denis Moreau indique que le 21 messidor (9 juillet), la 30e couche près de Friedberg, sur une hauteur à proximité d'un bois (7 lieues).

La 30e Demi-brigade se trouve le 22 messidor an IV (10 juillet 1796) en seconde ligne au combat de Friedberg. Au moment où elle approche de Friedberg, le combat est déjà commencé. Denis Moreau indique que la troupe est impatiente de se battre. L'ennemi, nous dit il, attend de pied ferme, avec une importante cavalerie. La 30e va se placer sur la route près de la ville. L'ennemi se présente alors et charge les deux pièces de la 30e qui faisaient feu sur la droite des salines. La 30e part de suite; elle passe le ruisseau dans les salines, se regroupe et bat la charge; passant au dessus de la montagne, elle charge la cavalerie adverse qui se disperse par escadrons et retraite dans les bois sur Francfort. Toute l'armée charge mais la pluie continuelle empêche la poursuite de l'ennemi. Moreau conclut en disant que l'ennemi a fait quelques prisonniers, et qu'un Bataillon autrichien, qui se trouvait dans la ville de Friedberg, a opposé une vive résistance, mais a été massacré. Enfin, la 30e revient bivouaquer en avant et à droite de la ville. Elle a parcouru deux lieues. Dans les blés alentour, hauts de cinq pied, on trouve un grand nombre d'Autrichiens blessés, qui viennent se rendre par groupes d'une vingtaine à la fois. La 30e bivouaque sur cette position.

Le lendemain, selon Denis Moreau, l'armée part pour Francfort (5 lieues). La notice historique indique que la 30e arrive sous Francfort le 12 juillet. Denis Moreau raconte que l'armée étant arrivée à proximité de la ville, celle ci est sommée de se rendre, mais les Autrichiens refusent. Pendant deux nuit, la ville est bombardée, notamment la rue des Juifs qui est incendiée. Le 26 messidor (14 juillet 1796), la 30e est sous le glacis et l'on prépare les échelles pour monter à l'assaut. Mais, dans la nuit du 26 au 27 messidor (14 au 15 juillet 1796), la ville capitule. Moreau indique alors que dans la nuit du 28 au 29 (donc du 16 au 17) au matin (sic), il entre dans la ville et bivouaque sur les remparts. On fait alors venir toute la troupe des villages pour éteindre les incendies dans la ville. Signalons que la notice Historique indique que la 30e entre dans Francfort le 16 après le bombardement et l'armistice.

Dans la ville, nous dit Denis Moreau, on trouve des magasins immenses en tout genre; le port est couvert de grains; les bateaux sont remplis et sur une lieue alentour, la farine et le grain sont en abondance. La 30e forme, avec la 48e, la garnison de la ville; elle y demeure pendant 15 jours. Denis Moreau, pendant ce temps, est placé en sauvegarde dans un village situé à deux lieues de la ville, en avant sur la route de la Forêt Noire; il touche dix sols par jour et est bien nourri.

"Le 22 l'on a reprie la route à Bouchepart, arrivé le même jour à Fribert ou il c'est livré une bataille aux environs des Salines devant Fribert qui a été bien sanglante tant d'une part que de l'autre. Il y avoit plus 40 bouche a feu. Nous perdue une grande quantité de monde et nous avons gagné le champ de bataille et nous avons couché a Fribert. Bivaqué à une lieue de Francfort ; partie dudit bivaque le 26 pour aller nous rende sous les murs de Francfort dont le 27 à 2 heures du matin l'on a tiré sur la ville jusqu'au jour et la nuit suivante. Le 29 l'on a capitulé (sic, pris la ville) après que le quartié des juifs a été réduis par le feu de notre artilerie. Les échelles étoit préparées pour monter à l'asseau ; sitot que la capitulation a été acceptée l'on a fait venir des pompes pour étaindre le feu. Le 1er thermidor on s'est préparé pour entrer dans la ville et bivaqué sur les remparts. Et toutes les divisions étoit plassée a leur rang de bataille le on a fait déposer les armes aux bourgeois de la ville dans les magazain de la République" (soldat Guyot).

Etat de situation des troupes restées sous les ordres du général MARCEAU, aux environs de Mayence, au 15 juillet 1796.
Général de Division Bonnard Partie à Francfort et partie à l’embouchure du Mein : 2723 hommes, 43 hommes d’artillerie ; total : 2766 hommes

Source : Jules Doublet de Boisthibault, "Marceau"; Nourry-Coquard, Chartres, 1851

La 30e se rend ensuite au commencement d'août devant Mayence pour faire le blocus de la ville. Denis Moreau indique la date du 14 thermidor (1er août 1796).

Les trois Bataillons de la 30e réunis sont au camp, établi près du village de Maynbiskossheim, sur la rive droite du Mayn. Son effectif, Officiers compris, s'élève à 3181 hommes. Denis Moreau indique qu'il a campé à une lieue de Mayence, et qu'il a parcouru 7 lieues pour y parvenir. Il dit également qu'on a établi deux très beaux camps à une lieue de Mayence, la droite du 1er Bataillon étant appuyée au Main. Le 14 août, (27 Thermidor), les assiégés voulant s'opposer à la construction d'une redoute à laquelle travaille la 30e, font une vigoureuse sortie sur l'ouvrage inachevé; la 30e reçoit l'ennemi avec calme, le charge avec intrépidité et l'oblige à rentrer dans ses lignes; mais elle a subi des pertes cruelles. Au nombre des blessés se trouvent le Lieutenant Bonnin (Pierre), frappé d'un coup de boulet à la cuisse gauche, et le Capitaine Mouret (Hilaire) atteint d'un coup de baïonnette à la jambe droite.

Le 28 thermidor (15 août 1796), cinq Compagnies sont envoyées pour chasser l'ennemi posté dans une île située un peu plus haut que Mayence, vis à vis de la gauche du 3e Bataillon. Cette expédition est secondée par une attaque générale tout le tour de l'île. Le lendemain, à une heure du matin ou à deux heures, les hommes commencent leur embarquement lorsqu'arrivent les ordres du Général de Division Bonnard, qui croyaient que les cinq Compagnies avaient été prises par les Autrichiens, qui avaient prévu l'attaque. Aussitôt, on rembarque, non sans essuyer quelques coups de fusil d'un poste autrichien, qui s'était retiré en silence pendans l'embarquement. Les cinq Compagnies reviennent au camp (Denis Moreau).

Le 3 Fructidor an IV (20 août 1796), la Division Bonnard est attaquée sur toute la ligne par une force d'environ 1000 à 1200 chevaux et de 7 à 8000 hommes d'infanterie; cette violente attaque est menée par la garnison de Mayence. La gauche de la Division, sur laquelle l'ennemi a porté ses principaux efforts, est obligée de céder au nombre et de se retirer vers la gauche du champ; grâce à la 30e, le combat est promptement rétabli, et les Autrichiens rejetés de nos lignes. Dans son rapport sur cette affaire, le Général Bonnard s'exprime ainsi : "Je donne l'ordre au premier bataillon de la 30e Demi-brigade de quitter les ouvrages et de marcher en colonne serrée, en partant de la droite du camp et, se dirigeant sur la route de Cassel, longeant le Mayn, afin de pouvoir prendre à revers les troupes ennemis qui n'étaient pas bien éloignées de la ligne. Cette manoeuvre audacieuse en plaine ou, dans cette partie, je me trouvais sans cavalerie, m'a bien réussi, parce qu'au même instant j'ordonnai la charge sur Mayrbishossheim... Je dois beaucoups d'éloges aux Adjudants généraux Rostolland et Brayer, au chef de bataillon Valterre (de la 30e), à tous les officiers supérieurs et généralement aux militaires de tous grade et de toutes armes, tous ont bien rempli leur devoir".

Dans une lettre que le Général Bonnard écrit au Général Marceau, commandant l'aile droite, au sujet de ce même combat, on trouve le passage suivant : "Le citoyen Darnaud, chef de la 30e, a été blessé à la lèvre supérieures par un éclat d'obus, sa blessure ne sera pas dangereuse, c'est un bien excellent chef". Le Commandant Girassier, Chef du 2e Bataillon de la 30e, s'est fait tout particulièrement remarquer : "le 3 fructidor an IV, contre une sortie de Mayence sous Maynbishossheim, après des efforts étonnants, son bataillon cerné est près de succomber au nombre; il saisit un drapeau, ranime sa troupe en montrant le 1er bataillon également cerné qu'il fallait délivrer, la rallier, rétablit le combat, culbute l'ennemi et se joint au 1er bataillon pour nettoyer la plaine" (extrait des états de service du Commandant Girassier).

Denis Moreau parle aussi de cette affaire : 9000 hommes qui débarquent de grand matin; les gardes avancés qui soutiennent coûte que coûte leur poste jusqu'au jour sous une grêle de balles, mais qui doivent toutefois se replier, plusieurs étant capturés par l'ennemi; l'ennemi qui, au jour, se forme sur trois colonne et marche en bataille : une colonne charge le long du Rhin, la seconde sur le 3e Bataillon de la 30e et la 3e marche le long du Main pour couper la retraite vers la Forêt Noire. Denis Moreau indique même que l'ennemi, en sortant de Mayence, s'était vanté de venir chercher trois Bataillons qui étaient entre le Main et le Rhin. Les Tirailleurs français ne peuvent résister face à une troupe si nombreuse et se replient sur les Bataillons de la 30e retranchés dans leur camp; ces derniers résistent vivement par un feu général, mais la pièce du 3ee Bataillon ne peut faire feu et est prise à la pointe du jour. Celle du 2e Bataillon ne peut tirer car l'ennemi, qui dispose de pièces de gros calibre, tire à mitraille sur le Bataillon, pris en même temps sous une vive fusillade. Denis Moreau nous dit que cette dernière est si violente que les hommes ne se reconnaissent même plus. L'ennemi prend les Bataillons de front, de flanc et par derrière; il brûle les baraques des 2e et 3e Bataillons, qui doivent retraiter sur une demi-lieue. Denis Moreau, qui est au 1er Bataillon, est bloqué sur le bord du Main, n'ayant que la rivière pour retraite. L'ennemi s'empare du village et vient prendre le 1er Bataillon par derrière et par le flanc gauche, lui coupant ainsi toute retraite et le serrant davantage le long du Main. Le Général de Division, voyant la situation du Bataillon, décide de franchir le Main à l'aide d'une petite barque, qui est la seule disponible sur place, et dit au Commandant du 1er Bataillon de faire à sa volonté. Le Bataillon dispose de trois pièces, une de 4, une de 12 et une de 13, qui font feu; plutôt que de les abandonner, on jette les munitions à l'eau. La situation devient grave pour le Bataillon qui, bloqué à l'extrémité droite de son camp, voit face à lui l'ennemi, posté au milieu du camp (ce dernier, nous dit Denis Moreau, fait 150 pas de long). Soit le Bataillon se rend, au risque de passer pour lâche, dit Denis Moreau, soit il force le passage pour retraiter. Faisant mine de marcher sur Mayence, le Bataillon fait brusquement demi-tour, marchant droit sur l'ennemi en criant : "En avant !". Ce mouvement surprend l'adversaire, d'autant plus qu'au même moment arrivent des pièces de Marceau, de l'autre côté du Main, qui n'ont pas été attaquées. Le Bataillon marche sur l'ennemi, acharnés comme des lions, dit Denis Moreau, baïonnettes en avant. La surprise de l'ennemi est telle qu'en traversant le camp, on trouve des Autrichiens en train de prendre le pain qui se trouvait dans les baraques du camp. L'ennemi est repoussé vivement; les deux autres Bataillons entre temps se sont ralliés et marchent avec le 1er. Le village est repris. Le 1er Bataillon force alors la charge et les colonnes ennemies sont percées. Les Autrichiens, croyant que les Français avaient reçu des renforts, en raison du retour offensif de la 30e, fuit dans le plus grand désordre; la 30e bat vivement la charge et fonce sur eux. La colonne du matin étant en pleine déroute et toujours poursuivie par le 1er Bataillon, les 2e et 3e Bataillons se dirigent sur la colonne du Rhin, qui est déjà près de la Forêt Noire pour encercler les Français. Une pièce de 8 ayant été ramenée, cette dernière fait feu sur la colonne qui est également repoussée, après une charge : le désordre est tel, dit Denis Moreau, que les Autrichiens se battent entre eux pour rembarquer, laissant sur place, après avoir jeté leurs canons dans le Rhin, une grande quantité de munitions. Ils sont poursuivis jusqu'à la ligne du Rhin afin de culbuter leur chaloupe canonnière, mais les hommes y parviennent trop tard, la chaloupe venant de descendre sur Mayence. Denis Moreau conclut en disant que l'ennemi ayant cessé le feu, il s'est montré sans armes en déclarant que les Français avaient eu de la chance de recevoir des renforts; ce à quoi il est répondu qu'il n'y en avait eu aucun. Là dessus, la 30e retourne dans son camp, qui est brûlé, du moins celui des 2e et 3e Bataillons (Journal de marche de Denis Moreau).

Dans cette affaire, qui a duré depuis une heure jusqu'à six heures du matin, l'ennemi a eu 150 tués, 30 blessé et 73 prisonniers. Au combat du 3 Fructidor, la 30e, par la manière pleine de bonheur, de bravoure et d'habileté dont elle a exécuté les ordres du Général, a sauvé les positions de la Division un instant compromises, tout le temps elle a combattu au premier rang, aussi ses pertes sont elles sensibles. Le Sous lieutenant Frémond (Georges) est au nombre des morts; parmi les Officiers blessés, outre le Chef de Brigade D'Arnaud, nous trouvons le Capitaine Guillaume (Claude François), d'un coup de feu à la tête, le Lieutenant Arnoud, atteint d'un coup de feu; le 2ème Lieutenant Dutoya (Jean Marie), blessé d'un coup de feu à la cuisse gauche; le Sergent major Morgat (Jean), aujourd'hui Officier au Corps, d'un coup de feu au bras droit; Blein (Claude) Sergent, coup de baïonnette à la main gauche; le Capitaine Weibourg; dans cette affaire, le Lieutenant Joubert (Guillaume) a eut la cuisse droite traversée par une balle, en repoussant, à la tête de 200 hommes, 2000 Grenadiers ennemis qui cherchaient à couper la retraite de la Demi-brigade, retraite ordonnée par Barnadotte qui, témoin du fait, attesta de la belle conduite de cet Officier (Extrait des états de service du Lieutenant Joubert). "Le 3 fructidor les Autrichiens ont fait une sortie et nous avons été obligé d'abandonner nos retranchemant anviront d'une lieux et nous avons perdue notre pièce de canon. Nous avons eu notre forier qui a été fait prisonnier avec 41 soldats, un capitaine, un lieutenant. L‘ennemi a laissé un nombre considérable de mort et blessez, les prisonniers ont été échangé de part et d'autre" (Soldat Guyot). Denis Moreau pour sa part indique que les pertes de la 30e sont de 150 blessés, qui ont été échangés homme pour homme, à l'exception des blessés qui ne furent rendus qu'après parfaite guérison.

Après la journée du 3, la 30e se retranche avec de l'artillerie, afin que l'ennemi ne puisse plus approcher ou faire des sorties sur elle. Le 5 Fructidor an IV (22 août 1796), elle reçoit du renfort : deux Escadrons de cavalerie et un Bataillon de la 48e.

Cependant, l'Armée de Sambre et Meuse doit battre en retraite devant les forces considérables qu'amène le Prince Charles pour débloquer Mayence. Le blocus est levé le 7 septembre. Denis Moreau indique avoir battu en retraite dans la nuit du 21 au 22 fructidor an IV (7 au 8 septembre 1796), au matin, la 30e passe près du village de Marienborn et va remplacer la Division Marceau. Dans la nuit du 22 au 23 (8 au 9 septembre), toute l'armée venant du Danube (commandée par Marceau) et les troupes du siège de Mayence battent en retraite. La 30e passe par Wiesbaden et fait la soupe sur les hauteurs de Hohenstein (7 lieues). Elle repart à 4 heures du matin et arrive le 24 (10 septembre) sur les hauteurs de Limburg an der Lahn (7 lieues). Le 27 (13 septembre), elle fait partie de la Division Bernadotte. De là, la 30e passe dans Limburg et se rend sur des hauteurs près d'un petit bois (deux lieues). Le 28 (14 septembre), l'ennemi parait dans la plaine et semble vouloir engager le combat; il y renonce après un tir d'artillerie. Moreau indique qu'à Weilburg, par contre, la bataille a été plus violente et s'est achevée avec la nuit.

Des partisans ennemis harcèlent sans cesse l'armée. Le 29 fructidor an IV (15 septembre 1796), le Prince Hischtarisl, à la tête d'un Corps de partisans, composé de cavalerie, d'un Bataillon d'infanterie et de deux pièces de canon, cherche à enlever les bagages de l'Armée et ceux du Quartier général établi à Lofurt; la garde de ces bagages est confiée à une Compagnie de Grenadiers de la 30e commandée par le Lieutenant Jean Baptiste Plaige. Le Lieutenant Plaige sait, par son habileté, suppléer au nombre. Il fait rapidement filer le convoi, s'établit avec sa troupe à l'entrée d'un étroit défilé, engage un combat qu'il fait traîner en longueur, et, par sa courageuse résistance, donne aux équipages le temps de gagner six heures de marche; à la nuit tombante, victime de son dévouement, il est fait prisonnier de guerre avec ce qui reste de sa Compagnie, mais les bagages de l'Armée et du Général en chef sont sauvés. Plaige sera tué à la Moskowa, comme Chef de Bataillon (affirmation fausse que l'on trouve dans nombre d'Historiques).

Dans la nuit du 29 au 30 fructidor (15 au 16 septembre), nous dit Moreau, la 30e est remplacée par la Division du Général Poncet; l'ennemi a semble t'il battu en retraite; mais bientôt, les avants postes situés sur les hauteurs de Weilburg sont avertis de la présence de l'ennemi. Ils se retirent habilement dans la ville dont ils ferment les portes. L'ennemi, qui dispose d'une pièce de canon postée au dessus de la hauteur, attaque vigoureusement; son canon tire sur le pont de la ville; les hommes doivent évacuer l'un après l'autre par le pont en courant. La colonne de Moreau marche sur Limburg et oblique à gauche vivement. L'arrière garde est poursuivie par l'ennemi et le combat s'engage. La 30e s'arrête un instant pour permettre à l'arrière garde de se retirer; les hommes en profitent pour faire la soupe près d'un village, après avoir marché trois lieues. Le soir même, la 30e se remet en route, passe à Mainborn (Journal de marche de Denis Moreau).

Le 3 complémentaire an IV (19 septembre 1796), la 30e arrive dans les bois près d'un petit village; elle a parcouru 12 lieues. Le 4 (20 septembre), elle est aux Sept Montagnes (3 lieues). Le 5 (21 septembre), elle passe près de Siegbourg; elle a parcouru 2 lieues. On lui donne les ordres pour faire la soupe mais les soldats n'ont ni pain, ni viande. Ils ont heureusement quelques pommes de terre. Moreau raconte également qu'il va camper dans la plaine de Cologne, et qu'il y a quatre jours qu'il n'a pas reçu de pain. Cependant, dans la nuit, les soldats en reçoivent pour deux jours, et se se remettent en marche, parcourant 10 lieues sous le mauvais temps, sans bois ni paille pour se mettre à l'abri. Arrivés dans un petit village, les hommes établissent un camp de fortune et récupèrent le bois des maisons pour l'utiliser (Journal de marche de Denis Moreau).

Le 23 septembre, Beurnonville remplace Jourdan dans le commandement en chef de l'Armée de Sambre et Meuse. A cette époque, la 30e, toujours dans la Division Bernadotte (?), fait partie du centre de l'armée; le Corps d'armée du Centre, sous le commandement de Kléber, se compose des deux Divisions Bernadotte et Championnet (Notice historique).

Le 5 vendémiaire an 5 (26 septembre 1796), la 30e quitte son camp de fortune. Elle franchit le Rhin à Cologne, et se rend dans des villages près de Bonn (6 lieues). Elle passe le 6 (27 septembre) à Sinzig, et couche dans les villages près d'Andernach (8 lieues).

Le 28 septembre, la Division Bernadotte relève à Neuwied la 2e Division de l'Armée du Nord; elle est chargée de la garde du Rhin jusqu'à Ober-Winter (Notice Historique).

D'après l'Historique abrégé du 30e, le 30 septembre 1796, la 30e est toujours à l'Armée de Sambre et Meuse, aile droite (commandant en Chef Kléber); elle fait désormais partie de la Division Bernadotte, qu'elle a rejoint à Limbourg, Brigade Friant et aligne l'effectif de 2529 hommes répartis en 3 Bataillons. Ce jour là (notice historique), à 4 heures du soir, l'ennemi, avec des forces considérables et 15 pièces de canons, attaque Neuwied; la ville est prise et reprise trois fois. La nuit sépare les combattants, laissant les Français maîtres des trois quarts de la ville et les Autrichiens de l'autre partie. Le lendemain, par une convention, Neuwied est neutralisé, chaque armée restant maitresse des positions qu'elle occupe. Bernadotte, dans son rapport, signale les troupes sous les ordres du Général Friant comme s'étant particulièrement fait remarquer par leur valeur, mais il ne donne aucun détail intéressant spécialement la 30e. La Brigade Friant est à cette époque composée des 30e et 88e Demi-brigades. l'effectif de la 30e est de 2459 hommes.

Durant les semaines qui suivent, la 30e est continuellement harcelée par l'ennemi. En octobre, elle occupe d'abord Neudorff.

Le 11 vendémaire (2 octobre), la 30e va bivouaquer près de l'île de Neuwied, parcourant une lieue. Le 12 (3 octobre), après avoir parcouru 5 lieues, elle bivouaque dans l'ile de Vallendar, au dessus de Coblence. Le 14 (5 octobre), elle est au camp de la Chartreuse. Le 20 (11 octobre), elle marche 3 lieues et s'installe au village de Waldesch. Le lendemain, après 9 lieues de marche, elle se trouve dans des villages près de Castellonne. Le 22 (13 octobre), elle marche 4 lieues et arrive près de Simerenne (?). Elle en part le 24 (15 octobre) pour se rendre à Coblence, à 5 lieues de là. Le 25 (16 octobre), elle marche deux lieues et arrive à l'Aiche (?). Le 26 (17 octobre), elle passe la Moselle à Treis et arrive dans un village après avoir marché 5 lieues. Le 28 (19 octobre), elle marche une lieue et arrive à Milatte (?). Le 30 (20 octobre), après 3 lieues de marche, elle arrive au camp de Metternich. Le 5 brumaire an V (26 octobre), la 30e, après avoir marché 5 lieues, arrive au village de Bulcha (?). Le 6 (27 octobre), elle marche 4 lieues et bivouaque autour de Rincel (?). Elle en part le 9 (30 octobre) pour se rendre 3 lieues plus loin à Coblence. Le 10 (31 octobre), la 30e arrive à Metternich. La 30e et notamment la Compagnie de Denis Moreau, est détachée à Güls, sur les bords de la Moselle. De là, la 30e fait partie de la garnison de Coblence (Journal de marche de Denis Moreau).

En novembre, selon la notice historique, les cantonnements de la 30e sont Leyer, Metternick et le fort de Petersberg : "Partie du camp de Miternique le 24 brumiaire (14 novembre) pour aller au fort de Petersberg ou le général Marceau a été enterré par suite d'un coup de feu à la retraite de Mayance" (soldat Guyot). Précisons que Marceau a été tué le 19 septembre et enterré dans le fort. Denis Moreau, dans son journal de marche, ne détaille pas le mois de novembre; il indique cependant qu'on remarque près de Coblence le fort d'Ehrenbreistein qui se trouve vis à vis de la ville de l'autre côté du Rhin, et que sur la rive adverse, sur la gauche, se trouve un autre fort construit par les Français pour mettre la ville en état de siège. Dans ce fort, nous dit Denis Moreau, est enterré le Général Marceau; il parle donc bien du fort de Petersberg. Denis Moreau nous décrit la tombe du Général faite d'une pyramide de gazon vert, avec ces mots inscrits sur la tombe : "Ci-gît Marceau, natif de Chartres, département de l'Eure, soldat à seize ans, général à vingt deux, mort en combattant pour la patrie dans les derniers jours de l'an quatrième de la République. Qui que tu sois, ami ou ennemi, respecte les cendres de ce jeune héros".

En décembre, la 30e a son premier Bataillon et les trois Compagnies de Grenadiers à Coblentz, les deux autres Bataillons occupent le camp de Metternick et le fort de Petersberg. Le 21 décembre, la Division Bernadotte est répartie entre Bingen et Cologne. L'effectif de la 30e est de 2544 hommes répartis en 3 Bataillons (Brigade Friant).

Dans les derniers jours de l'année 1796, la 30e est désignée pour faire partie d'un renfort que l'Armée de Sambre et Meuse envoie à l'Armée d'Italie de Bonaparte qui est entrée en Italie à la fin mars 1796. Ce petit renfort, composé de six Demi-brigades d'Infanterie et de deux Régiments de cavalerie légère, placé sous le commandement de Bernadotte, doit se concentrer à Metz. La 30e doit former, avec la 88e, la Brigade Friant.

Le 18 nivôse an V (7 janvier 1797), la 30e quitte ses cantonnements de Coblence et des environs pour se rendre à Metz; elle loge le jour même à Kérick; ce village doit être de moindre importance car Denis Moreau, dans son Journal de marche, ne mentionne pas son nom et se contente de préciser qu'il est petit; ce jour là, il a marché 8 lieues. Le lendemain 19 (8 janvier 1797), nouvelle marche de 5 lieues. Le 20 (9 janvier 1797), marche de 6 lieues et arrivée au village de Wittlich. Le 21 (10 janvier 1797), marche de 6 lieues et arrivée à Hetzerath. Le 22 (11 janvier 1797), marche de 5 lieues et arrivée à Trèves, une jolie ville assez grande, située sur la Moselle et entourée de grandes montagnes. Le 23 (12 janvier 1797), marche de 5 lieues et arrivée au village de Saarburg. Le 24 du même mois (13 janvier), la 30e, selon la notice Historique, arrive à Sierck, premier village du territoire français; selon Denis Moreau, elle marche ce jour là 5 lieues et arrive à Perl. Le 25 (14 janvier 1797), la 30e marche 7 lieues; elle passe à Thionville, une très forte place, et arrive à Fameck. Le 26 (15 janvier 1797), elle marche 9 lieues, passe sous les glacis de Metz et se rend dans un village situé à 1 lieue et demie de Metz où elle séjourne le 27 (16 janvier 1797). Le 28 (17 janvier 1797), la 30e, après avoir marché 2 lieues, entre dans Metz où elle fait séjour. Elle est passée en revue dans la place. Denis Moreau parle de la ville située sur la Moselle, notant qu'elle a de tout temps toujours eu une forte garnison, et qu'elle a aussi un très beau quartier qui a 4 faces et une porte en fer à chacune d'entre elle.

Denis Moreau et la 30e quittent Metz le 30 (19 janvier 1797). La Demi-brigade, après avoir parcouru 5 lieues, couche dans la petite ville de Pont à Mousson. Elle en part le 1er pluviôse (20 janvier 1797) et, après avoir marché 6 lieues, arrive à Toul, une ville médiocre entourée de remparts, dans laquelle elle séjourne le 2 (21 janvier 1797). Le 3 (22 janvier 1797), la 30e quitte Toul, et après avoir marché 6 lieues, arrive à Colombey; elle couche dans les villages situés alentour. Le 4 (23 janvier 1797), elle arrive à Neufchâteau; le 6 (25 janvier 1797) à Montigny où elle séjourne après avoir marché 5 lieues. Le 8 (27 janvier 1797), nouvelle marche de 4 lieues et arrivée à Langres, réputée pour ses bonnes lames de couteau. Le 9 (28 janvier 1797), marche de 4 lieues et séjour dans un village. Le 10 (29 janvier 1797), la 30e marche 4 lieues et se rapproche de Dijon où elle arrive le lendemain après avoir marché à nouveau 4 lieues. Denis Moreau note que la ville est grande, plutôt belle et très marchande. La 30e y séjourne jusqu'au 13 (1er février 1797). Ce jour là, elle se remet en route et marche 7 lieues : elle passe à Mitrenus (peut être Nuit Saint Georges ?) où elle fait halte et reçoit de l'eau de vie, et couche à Beaune, ville réputée de Bourgogne. Le 14 (2 février 1797), elle marche 6 lieues et arrive à Chalon sur Saône. Le 15 (3 février 1797), marche de 5 lieues et arrivée à Tournus; la 30e couche dans un village situé de l'autre côté de la Saône. Denis Moreau en profite pour noter que les femmes du Mâconnais portent de petits chapeaux. Le 16 (4 février 1797), la 30e, après avoir marché 5 lieues, arrive à Mâcon. Le 18 (6 février), nouvelle marche de 7 lieues et arrivée à Villefranche. Le 19 (7 février), marche de 5 lieues et arrivée à Lyon, ville réputée pour son activité marchande, que Denis Moreau trouve plutôt belle, bien qu'elle ait considérablement souffert lors du siège mené par les ennemis de la liberté (sic). Le 20 (8 février), la 30e se remet en marche; après avoir parcouru 7 lieues, elle arrive à Bourgoin où elle séjourne. Le 22 (10 février 1797), elle arrive et séjourne dans les villages près de Pont de Beauvoisin. Le 25 (13 février 1797), elle se remet en marche, parcourt 5 lieues, et arrive aux Echelles. Le 26 (14 février 1797), elle marche 4 lieues et arrive à Chambéry; le Chef de brigade reçoit l'ordre de laisser ses pièces et de faire suivre la Compagnie de canonniers avec des fusils.

Le 29 pluviôse (17 février 1797), la 30e se remet en marche; après avoir parcouru 5 lieues, elle couche dans les villages situés près de La Chambre. Le lendemain, elle marche 3 lieues et arrive à Saint Jean de Maurienne. Le 1er ventôse (19 février 1797), nouvelle marche de 3 lieues et arrivée à Saint Michel. Le 2 (20 février 1797), nouvelle marche de 4 lieues; arrivée à Modane. Le 3 ventôse (21 février 1797), la 30e, selon la notice Historique, passe le Mont Cenis et va loger à Novalaise (Piémont). Denis Moreau situe cette étape de 5 lieues au 4.

Le 5 (23 février 1797), la 30e parcourt 4 lieues et arrive à Borgone; le 6 (24 février 1797), elle est à Rivoli, et de là, passe à Venaria près de Turin pour se rendre à Cede (?); la marche a été de 8 lieues. Le 7 (25 février 1797), elle marche 7 lieues et arrive dans la petite ville de Chivasso. Le 8 (26 février 1797), nouvelle marche de 6 lieues et arrivée dans la petite ville de Trino. Le 9 (27 février), marche de 3 lieues; passage dans un grand bourg; la 30e couche à Robbio. Le 10 (28 février 1797), elle marche 7 lieues et franchit le Tessin, rivière dangereuse en période de crûe. Le 11 ventôse (1er mars 1797), après avoir marché 5 lieues, la 30e fait son entrée à Milan, l'une des plus belles villes d'Italie.

Le 12 (2 mars 1797), la 30e quitte Milan; après avoir marché 6 lieues, elle arrive à Lodi où elle séjourne. Le 14 (4 mars 1797), elle se remet en marche et arrive 7 lieues plus loin à Pizzighettone. Le 15 (5 mars 1797), nouvelle marche de 4 lieues et arrivée dans la belle et grande ville de Crémone. Le 16 (6 mars 1797), marche de 8 lieues et arrivée dans la petite ville de Bosolo. Le 17 ventôse (7 mars 1797), la 30e, après avoir marché 5 lieues, arrive sous Mantoue; là, elle est passée en revue par le Général en chef de l'Armée d'Italie et laisse sa Compagnie de canonniers pour prendre part à la réorganisation défensive de la place qui, le mois précédent, est tombée en notre pouvoir.

Le 18 (8 mars 1797), la 30e, après avoir marché 7 lieues, arrive à Sanguinetto. Le 19 (9 mars 1797), elle marche 5 lieues; elle passe à Legnano, et couche à Belle Ville Aquéa (?). Le 20 (10 mars 1797), après avoir parcouru 6 lieue, elle est à Este. Le 21 ventôse (11 mars 1797), elle arrive dans la grande et belle ville de Padoue où elle rejoint la Division Bernadotte, Brigade Friant.

Le 22 (12 mars 1797), la 30e marche 6 lieues et arrive à Castelfranco; le 23 (13 mars 1797), après une marche de 6 lieues, elle arrive à trévise et couche dans un château situé à proximité de la ville. Le 24 ventôse (14 mars 1797), elle traverse la Piave sur laquelle il n'y a pas de pont, ce qui l'oblige de passer dans l'eau, et est logée dans Conegliano, après avoir parcouru 5 lieues. Le 25 (15 mars 1797), après avoir marché 6 lieues, la 30e bivouaque à Sacile.

 

b/ Passage du Tagliamento

Après avoir traversé Milan, Padoue et Trévise, la Division Bernadotte passe le Tagliamento le 26 ventôse (16 mars). La 30e est partie de grand matin et arrive vers une heure de l'après midi près du Tagliamento en arrière duquel, avec toute son armée, l'Archiduc Charles a pris position; les Grenadiers quittent leur Demi-brigade et sont réunis pour former un Bataillon. La Division passe en colonne le premier bras du Tagliamento et se met en bataille dans une île; la 30e occupe la droite, ayant à sa gauche la 88e qui fait brigade avec elle. Une canonnade s'engage aussitôt : la 15ème Demi-brigade légère, soutenue par les Grenadiers, s'élance à la charge pour forcer le passage; la Division appuie ce mouvement et traverse la rivière au pas de course, dans le plus grand ordre, et l'armée autrichienne est mise en pleine déroute. Le soir, la 30e établit ses bivouacs en arrière de Codroiro, n'ayant dans la journée, éprouvé aucune perte en hommes. Cette victoire de Bonaparte (16 mars) sur les Autrichiens est si rapide que Guyot note simplement "qu'il y a eue une grande bataille".

Denis Moreau quant à lui est plus prolixe : il raconte que l'armée se rassemble près du Tagliamento, répartie sur trois colonnes, tant en masse qu'en colonne, et en bataille, Bonaparte en tête. Il indique également que la rivière fait 5 bras, qu'on a de l'eau jusqu'à la ceinture, et que le courant est fort. Une fois l'armée en bataille, la charge est battue, et l'on se met en marche sur toute la ligne, au grand pas et en ordre. La rivière, bien que l'eau soit froide et le courant fort, est franchie; pas un homme ne tombe à l'eau (Denis Moreau précise toutefois que les chevaux du train, placés à gauche de l'armée, ont eu plus de difficulté à passer). Les troupes arrivent dans la plaine avec une telle rapidité que l'ennemi se trouve pris à dépourvu. Il tente de briser la charge, mais au final prend la fuite. La cavalerie française en sabre une partie; une autre partie est faite prisonnière. Des canons sont également pris. L'ennemi fait par contre une plus vive résistance dans les vignes alentours, mais après une demie heure de combat, il doit prendre la fuite, et seule la nuit empêche les hommes de les poursuivre; ces derniers campent dans la plaine après avoir marché ce jour là 8 lieues, nous dit Denis Moreau.

Le 28 ventôse (18 mars 1797), Denis Moreau nous dit que les Divisions du Tyrol ont repris leur place. La 30e marche 6 lieues et campe près de Palma Nuova que la victoire du Tagliamento a fait tomber entre nos mains. Il s'agit d'une ville de guerre, située à la frontière de l'Autriche.

 

c/ Prise de Gradisca

Le 29 ventôse (19 mars 1797), la Division Bernadotte se porte sur Gradisca; le Général Friant prévient le Chef de la 30ème qu'il est chargé de l'attaque de droite. La Demi-brigade, formée en colonne de Bataillons ayant leur tête à la même hauteur se dirige sur l'Isonzo. "Je détachai trois compagnies en avant pour éclairer la marche des colonnes, ces compagnies passèrent de suite l'Isonzo; arrivé près de cette rivière, j'ai changé de direction à gauche et j'ai fait déployer les trois bataillons; aussitôt la charge a battu et nous avons marché sur Gradisca; la droite du premier bataillon appuyant sur l'Isonzo, les deux autres bataillons à la gauche et à la même hauteur, face à Gradisca. Dans cette position nous avons marché au pas de charge jusque sous les murs de cette ville, malgré une grêle de balles et de mitraille qui tombait sur nous. La nature du terrain força le 3e Bataillon à se déployer en colonne derrière le second; dans cette position, on arriva à une porte de Gradisca; plusieurs compagnies du 3e Bataillon se précipitèrent avec des haches, croyant l'entamer, mais, en ayant enlevé plusieurs morceaux, elles reconnurent qu'elle était garnie de terre à l'intérieur de la ville; assaillies de coups de pierres, elles se retirèrent derrière une petite maison située à côté de la porte. L'autre partie de ce bataillon s'avança le long du rempart, à la droite, et attaqua une grande redoute construite sur le bord de l'Isonzo, pendant que le 1er Bataillon attaquait cette même redoute de front et chargeai l'ennemi à la baïonnette; les Autrichiens qui la défendaient, au nombre de 70 à 80, se sont jetés dans les fossés et y sont restés couchés tout le temps qu'a duré l'action. Le 2e Bataillon appuya à gauche de la porte et se trouva en partie mélé avec la 88ème Demi qui était à notre gauche. Après quelques heures de combat, la place s'était rendue" (extrait du Journal de marche du Chef de Bataillon Lajeunesse, commandant provisoirement la Demi-brigade).

"Le 30 (ventôse) à Gratisia où il y a eue une grande bataille ou nous avons fait 4000 hommes prisonnier" (soldat Guyot). Pour Denis Moreau, l'ennemi n'a pas opposé de véritable résistance; la Division Sérurier, nous dit il, s'est emparée du côté de la mer, afin de bloquer toute retraite adverse de ce côté, où même d'empêcher le Prince Charles d'y porter des secours. La Division de Denis Moreau est chargée de prendre la ville; cette dernière est fortifiée par un rempart, et tout autour, elle est masquée par une grande quantité d'arbres qui se trouvent au bord d'une rivière assez vive qui se jette dans la mer à quelques lieues de la ville. Le Général donne l'ordre d'envoyer des Tirailleurs pour attaquer la ville et chasser l'ennemi posté dans les vignes. Cet ordre est immédiatement exécuté. Aussitôt, on bat la charge et les hommes courent vers la ville qui se retrouve cernée. Cependant, les portes ont été renforcée par du fumier, nous dit Denis Moreau, et depuis les remparts, l'ennemi fait un feu terrible. Denis Moreau raconte même qu'il jette sur les Français des pièces de canon au bas des remparts afin de tuer ceux qui se trouvent dans le fossé. Après 4 heures d'un combat très meurtrier, Bernadotte somme la ville de se rendre, au nom de l'humanité. Il lui laisse 10 minutes, sans quoi la ville sera prise d'assaut (déjà, les échelles sont prêtes pour cela), et la garnison passée au fil de la baïonnette. Le gouverneur de la garnison, raconte Denis Moreau, épouvanté par la hardiesse des Français et pour éviter l'assaut, cesse le feu. Les troupes bivouaquent près de la ville qui capitule dans la nuit. Au matin du 30 (20 mars 1797), la garnison, forte de 3500 hommes, selon Denis Moreau, dépose les armes sur le glacis de la ville. Les hommes sont faits prisonniers; les Officiers, après avoir donné leur parole de ne pas reprendre les armes contre les Français, sont reconduits jusqu'au premier poste autrichien. Denis Moreau conclut en disant qu'après une premier échange, on a trouvé dans Gradisca, 8 drapeaux et 10 pièces de canon, et qu'il a marché 3 lieues.

Dans cette journé, la 30ème a perdu : le Capitaine adjudant major Hamel, un Sous officier et un soldat tués sur le champ de bataille. Elle a comme blessés : le Chef de Bataillon Valterre (Fraçois), coup de feu à la gorge; Castagna (Jean), Capitaine, atteint d'une balle à la joue droite au moment où il essayait de rompre la porte de la ville; Leraitre dit Laurette (Jean Michel), Capitaine, coup de feu à la main droite; le Sous lieutenant Verneré (Jean François Xavier), coup de feu à la cuisse. Il y a aussi le Sergent Girardet, les Caporaux Plançon et Rousseau ainsi que 62 soldats. Quelques jours après, le Capitaine Assada (Fleury) est reçu Chef de Bataillon à la Suite, par ordre du Général en Chef Bonaparte, en raison de la bonne conduite de la Demi-brigade à la prise de Gradisca.

Après la prise de Gradisca, la Division Bernadotte est employée à la poursuite de l'Archiduc Charles qui, ne pouvant effectuer sa retraite par le col de Tarwis, qu'occupe Masséna, cherche à se retirer par le col d'Adelsberg. Commence alors pour les troupes française une marche victorieuse sur Vienne.

Le 30 ventôse (20 mars), la 30e est dirigée sur Gorizia qui tombe entre nos mains. Gorizia où, nous dit Denis Moreau, l'on prend 2000 malades; dans le fort de la ville, il n'y a pas de troupe, car le Prince Charles en pleine retraite, n'a pas eu assez de forces pour en laisser.

Le 1er germinal (21 mars 1797), la 30e passe dans Gorizia après avoir marché 3 lieues. Elle bivouaque 3 lieues plus loin sur des hauteurs. Le 2 (22 mars 1797), elle marche 3 lieues et bivouaque près de Villach. Du 7 au 13 (27 mars au 2 avril 1797), la pluie se met à tomber sans cesse et le 11 (31 mars 1797), les hommes sont contraints de loger dans les villages, car ils n'ont ni paille ni bois pour se mettre à l'abri. Denis Moreau précise qu'une mine de mercure a été prise sur la gauche dans les montagnes; mine dont on sort jusqu'à 400 voitures par jour. Le Général ordonne que l'on n'en sorte que 200 par jour; cela a duré 3 semaines.

Le 12 (1er avril 1797), malgré la pluie, la 30e se remet en marche. Toute la Division s'établit 5 lieues plus loin au village de Préval (?). Le 13, marhce de 10 lieues; la 30e est au petit bourg de Berlebak (?). Le 15 germinal (4 avril 1797), la notice historique nous dit que la 30e dépasse Leyback; pour Denis Moreau, ce jour là, elle demeure à Berlebak (parle t'il de Laybach ?). Le 16 (5 avril 1797), après avoir marché 3 lieues, la 30e bivouaque dans un bois de sapin où elle séjourne. Le 17 (6 avril 1797), elle marche 10 lieues et bivouaque sur une montagne. Le lendemain, elle traverse cette montagne; Denis Moreau nous dit que sa pente est raide (trois lieues de montée) et qu'au sommet, il n'y a pas 10 pas de plaine; cependant, le chemin en serpentant est très praticable. La 30e, après avoir parcouru 11 lieues, arrive dans la jolie ville de Klagenfurt.

Dans la nuit du 18 au 19 (7 au 8 avril 1797), arrive un ordre de Bonaparte; la Division doit se mettre immédiatement en route à marche forcée, afin de seconder le Général en chef qui approche de Vienne avec ses colonnes de gauche et du centre. Denis Moreau précise que l'ennemi attend de pied ferme dans la plaine de Vienne, et qu'il faut hâter la marche afin d'obtenir la paix. Il rajoute que les Hongrois n'attendent que la victoire de Français pour obtenir leur indépendance ! La 30e marche 11 lieues.

Le 19 (8 avril 1797), la 30e bivouaque près d'un petit bourg dans les gorges; là, elle apprend que la marche forcée est annulée car il y a une suspension d'armes. La notice Historique nous dit que le 20 germinal (9 avril 1797), elle est en avant de Neumarkt; selon Denis Moreau, la 30e s'est mise en marche ce jour là à 1 heures du matin, et, après avoir marché 4 lieues, elle est cantonnée à Rénal (?) et dans les environs. Le 22 (11 avril 1797), elle marche 9 lieues et bivouaque près d'une rivière. Le 24 (13 avril 1797), après avoir marché 2 lieues, elle campe dans la plaine de Saint Michel.

Le 30 germinal (19 avril 1797), près Saint Michel, toute la Division est passée en revue par Bonaparte qui, la veille, vient de signer les préliminaires de Leoben. La Division est à 25 lieues de Vienne; les Autrichiens sont partout battus.

Après les préliminaire de Leoben, la 30e Demi-brigade se rend dans la région de Trieste. Elle se met en route le 1er floréal (20 avril 1797), passe à Leoben et bivouaque près de Broue (?) à 22 lieues de Vienne, après avoir marché 9 lieues; elle couche sur place. Le 2 floréal (21 avril 1797), elle marche 13 lieues et arrive dans un camp situé près de Gratz, une très belle ville, riche et de grande taille; Denis Moreau remarque qu'il y a sur une hauteur une citadelle, mais que la ville en elle même n'est pas fortifiée. La 30e quitte le camp de Gratz le 6 (25 avril 1797), marche 8 lieues et couche dans des villages. Le 7 (26 avril 1797), elle marche 11 lieues et arrive à Maribor. Le 8 (27 avril 1797), nouvelle marche 9 lieues et arrivée à Gonovid (?). Le 9 (28 avril 1797), marche de 8 lieues et arrivée à Tréhindorf (?). Le 10 (29 avril 1797), marche de 5 lieues; la 30e stationne dans des villages. Le 11 (30 avril 1797), marche de 4 lieues et arrivée dans les environs de Langdorf (?).

Le 12 Floréal (1er mai 1797), la 30e marche 4 lieues et arrive à Laybach, où elle demeure jusqu'au 18 (7 mai 1797). Le 19 (8 mai 1797), elle se remet en route, marche 8 lieues et arrive à Gorniavasse (?). Le 21 (10 mai 1797), marche de 8 lieues; la 30e arrive aux environs de Vipalo (?). Le lendemain, la 30e entame une marche de 10 lieues : elle traverse une montagne déserte, parcourant un mauvais chemin couvert de grosses pierres brutes et instables; la marche se poursuit dans la nuit sur 4 lieues, sans trouver un seul village où se reposer et boire; vers 10 ou 11 heures du soir, la 30e atteint la route principale, ce qui permet aux hommes de souffler un peu; on fait une halte et du vin est distribué. A deux heures du matin, la 30e arrive à Trieste qui, selon Denis Moreau, est une ville riche et splendide, avec une très belle rade et un climat très agréable. La ville et la rade sont défendues par une citadelle et un fort.

La 30e occupe Trieste du 23 Floréal au 5 prairial (12 au 24 mai). Le 5 prairial (24 mai 1797), elle se met en route pour Udine; après avoir marché 8 lieues, elle bivouaque entre Gorizia et la mer. Le 6 (25 mai 1797), elle marche 4 lieues; après être passé à Palmanova, elle couche à Saint Marie. Le 7 (26 mai 1797), après trois lieues de marche, elle arrive à Udine, capitale du Frioul; la ville est grande mais pas belle.

Le 20 prairial (9 juin), elle est à Udine.

Le 14 juin 1797 (26 prairial an 5), le Général en chef Bonaparte écrit depuis Monbello au Général Berthier : "... Vous ordonnerez que l'on forme les brigades de la manière suivante :
... 3e Division ...
La 30e de ligne et la 55e, 5e Brigade : Friant } Bernadotte
..." (Correspondance de Napoléon, t.3, lettre 1919; correspondance générale, t.1, lettre 1674).

Toujours le 14 juin 1797 (26 prairial an 5), le Général en chef Bonaparte écrit depuis Monbello au Général Berthier : "Vous voudrez bien ordonner de prendre les mesures pour l'organisation prompte du personnel de l'artillerie de l'armée, ainsi qu'il suit :
Il y a dans ce moment-ci 76 compagnies d'artillerie de demi-brigade, desquelles vous ne devez former seulement que 30 compagnie d'artillerie de brigade, chaque demi-brigade de ligne devant avoir sa compagnie de canonniers.
... 30e demi-Brigade : - La compagnie du 2e bataillon du Gard, capitaine Artmieux, sera amalgamée avec la compagnie de la 30e, capitaine Brisclerc ...
" (Correspondance de Napoléon, t.3, lettre 1921; correspondance générale, t.1, lettre 1677).

A la fin du même mois, nous retrouvons la 30e à Trieste, avec un effectif de 2813 hommes. En juillet et août, elle occupe Udine, où elle demeure en repos. A Udine est organisé une grande parade militaire à l'occasion de la fête nationale le 14 juillet 1797 : "Le 26 messidor l'on nous a distribué et à toute la division les nouveaux drapeaux que le gouvernement a envoyer. Cette fette a été composé par des évolutions militaire, chaque soldat étoit munie de chacun 6 cartouches dont toute la division a fait l'exercice a feu avec l'artilerie et la cavalerie qui s'y est aussy trouvé. Et ensuite nous sommes rengé en bataille et nous avons formé le bataillion caré autour d'une piramide située dans la pleine Saint Godar ou ils étoit ainscrit les noms des braves soldat et officiers généraux morts au champ d'honneur et là on a fait 6 salve d'artilerie pour les funerailles de ces braves déffanceurs. Le général Bernadotte distribua les drapeaux a tous les batallions de sa division et l'artilerie faisoit feu pendant cette distribution et fit un discours a toute ces compagnons d'armes qui a duré pres d'une heure. La fète c'est terminée par une course à pied et à cheval ! Celle de pied la 1re ou étoit une tace d'argent et la 2e un montre en or. La 1re course de cheval étoit une paire d'étrillier en argent, la 2e une paire d'éperons aussy en argent. Toute l'armée a eu double paye et double vivre. Le [...] l'on nous a fait assembler toute la division pour celebrer la fête du 10 aoust à la pleine Saint Godar. Cette fête a été anoncée par des salves d'artilerie et la mousqueterie qui a duré environt 2 heures. Partie le même jour (13 messidor an v ?) pour nous rendre à Udine ou le général Bonaparte venoit souvans en cette ville avec les generaux autrichiens pour les conclusions de la paix. Le 1er vendemiaire toute l'armée a celebré une fête pour la réjouissance d'une trame découverte contre le gouvernement françois (il s'agissait probablement de la conspiration de Gracchus Baboeuf)" (soldat Guyot).

Denis Moreau relate également cette célébration dans la plaine en avant de Saint Godard, en l'honneur des hommes tombé depuis la bataille de Montenotte; il parle également du discours de Bernadotte, fait en présence des Gnéraux et Prince autrichiens, discours dans lequel il rappelle les victoires et conquêtes de Sambre et Meuse, et de l'Italie vaincue. Après ce discours, Bernadotte distribue les nouveaux drapeaux sur lesquels, nous dit Denis Moreau, sont inscrites en lettres d'or les prises des places et batailles gagnées par les corps; tous les corps de l'armée d'Italie sont concernés par cette distribution.

Le 8 août, le Général Friant prend provisoirement le commandement de la Division, Bernadotte étant aller présenter au Directoire les drapeaux pris sur l'ennemi.

Le 9 octobre 1797 (18 vendémiaire an 6), le Général en chef Bonaparte écrit depuis le Quartier général de Passariano au Général Berthier : "... La 30e demi-brigade et la 55e forment la brigade du général Friant ..." (Correspondance de Napoléon, t.3, lettre 2294).

Les propositions autrichiennes aboutissent au glorieux traité de Campo-Formio (17 octobre 1797). Après la signature du traité, Bonaparte passe en revue ses troupes six jours plus tard et Guyot en fait partie : "Le 2 brumaire la division a passé en revue à la pleine Saint Godar proche Udine par le général en chefs Bonaparte. La division a paru dans la meillieur tenue possible et on a maneuvré pendant 2 heures et ensuite le général nous a annoncé la paix qu'il venoit de conclure avec l'empereur et a dit en présence de tout la division qu'ils étoit facheux que la paix soit faite. Les ennemis ne vouloit point reconnoitre la République française et celle d'Italie s'il nous eut contrain de marcher dans la Hongrie bientot le pays auroit été constitué en République. Mais elle faite ! Il répliqua nous avons Mayance ville théatre de la guerre depuis Mesterdame (Amsterdam) jusqu'a Bourdeaux (Bordeaux) se qui nous facilitera pour faire une descente en Angleterre. Depuis Charlemagne la France n'a jamais tant conquis de pays et a finie par les mot de vie la République et Bonnaparte. Le 15 la division a celebré une ceremonie funebre en l'honneur du général Hoche commandant en chef de l'armée de Sambre-et-Meuse. La division a fait 10 décharge de mousqueterie et l'artilerie 35 coup et 15 pour le général Marceau mort par faite de blessure qu'il a recue en combattant contre l'ennemi. Le général Bernadotte nous a fait un discour sur le regret de ce brave deffanceur, chanté des himes patriotique et secondé par la musique de tout la division" (soldat Guyot).

A noter que certaines sources donnent la 30e au siège de Mantoue, qui s'est déroulé du 30 mai 1796 au 31 juillet 1797; et à Valvasone. Il s'agit peut être des éléments de la Compagnie de Canonniers.

Le 9 novembre 1797 (19 brumaire an 6), par ordre du Général en chef Bonaparte, une lettre est expédiée depuis le Quartier général de Milan, au Général Vignolle : "... Le général Bernadotte partira d'Udine, le 1er frimaire, avec la 61e, la 30e et la 88e et leurs dépôts, pour se rendre à Trévise ...
Lorsque tous ces mouvements seront effectués, l'armée se trouvera donc placée de la manière suivante :
... 3e division, Bernadotte, à Trévise 30e de bataille, 61e idem, 88e idem, Prendra toute l'artillerie du général Baraguey d'Hilliers qui est à Trévise; elle sera toute attelée de chevaux ...
" (Correspondance de Napoléon, t.3, lettre 2332).

Le même jour, le Général en chef Bonaparte écrit depuis son Quartier général de Milan, au Général Vignolle : "Vous préviendrez les 18e, 25e, 32e et 75e de bataille qu'elles sont destinées à être les premières pour partir pour l'armée d'Angleterre.
Vous donnerez le même ordre aux 30e, 61e et 88e de bataille ...
... Vous donnerez l'ordre aux généraux ... Bernadotte ... de se tenir prêts à partir, comme devant faire partie de l'armée d'Angleterre ...
" (Correspondance de Napoléon, t.3, lettre 2334; correspondance générale, t.1, lettre 2202).

L'Etat des Demi-brigades, établi le même jour, précise que la 30e, destinée pour l'expédition d'Angleterre, comprend 1600 hommes (Correspondance de Napoléon, t. 3, lettre 2335).

Le 2 frimaire (22 novembre 1797), la Division Bemadotte quitte Udine pour Milan. Denis Moreau nous dit que c'est pour se rendre à l'Armée d'Angleterre en passant par Lyon et Orléans; ce jour là, la 30e marche 5 lieues et couche à Codroipo. Le 3 (23 novembre 1797), elle passe le Tagliamento sur de petits ponts, et après avoir marché 3 lieues, arrive près de Valvazone. Le 4 (24 novembre 1797), elle marche 4 lieues et arrive dans la petite ville de Pordenone; le 5 (25 novembre 1797), nouvelle marche de 7 lieues et arrivée à Conegliano. Le 6 (26 novembre 1797), la 30e passe la Piave sur un pont, et se rend au village de la Fiera près de Trévise; elle y demeure jusqu'au 23 nivôse (12 janvier 1798). La Notice historique pour sa part indique que dans les derniers mois de l'année 1797, la 30e tient garnison ou cantonne à Trévise ou dans les villages environnants sans autres précisions.

Le 11 janvier 1798 (22 nivôse an 6), le Général Bonaparte adresse depuis Paris ses instructions au Général Berthier : "... Le Directoire exécutif vous autorise à faire revenir les 30e, 61e, et 88e demi-brigades de ligne, qui déjà doivent être en marche pour rentrer en France ..." (Correspondance inédite et confidentielle de Napoléon, t.4, Venise; Correspondance de Napoléon, t.3, lettre 2404).

Le 23 nivôse an VI (12 janvier 1798), la 30e marche 4 lieues et arrive dans une petite ville près de Mestre. Le 24 nivôse an VI (13 janvier 1798), après une marche de 7 lieues, elle arrive à Padoue. Le 25 (14 janvier 1798), marche de 5 lieues; arrivée dans la grande et belle ville de Vicence. Le 26 (15 janvier 1798), marche de 4 lieues et arrivée à Montebello. Le 27 (16 janvier 1798), après avoir marché 5 lieues, elle aarive dans la grande ville de Vérone, protégée par une citadelle postée sur la montagne. Le 28 (17 janvier 1798), elle marche 8 lieues; elle passe à Peschiera, petite ville fortifiée située au pied du lac de Garde. Le 29 (18 janvier 1798) , après avoir marché 5 lieues, elle arrive à Lonnato où elle reçoit dans la nuit l'ordre de se rendre d'urgence à Rome. Le Général Duphot vient d'être assassiné le 28 décembre 1797 par les troupes papales alors que, venu en ambassade avec Joseph Bonaparte, il tentait d'éviter un affrontement avec les patriotes romains. La 30e prend alors la route de Mantoue. Après avoir marché 6 lieues, elle couche dans la petite ville de Goito.

 

III/ Campagnes de 1798 et 1799

a/ Occupation de Rome

En janvier 1798, la 30e Demi-brigade, toujours commandée par le Chef de Brigade d'Arnaud, fait partie de troupes envoyées à Rome, sous le commandement en chef du Général Championnet (selon la Notice Historique, le Général Saint Cyr). Elle avance à marche forcée.

Le 1er pluvôse an VI (20 janvier 1798), après avoir marché 4 lieues, elle arrive à Mantoue. Le 2 (21 janvier 1798), elle marche 7 lieue, passe le Pô et arrive à Quistello. Le 3 (22 janvier 1798), elle marche 11 lieues sur de mauvais chemins boueux; elle passe à La Mirandole, passe le Panaro et arrive à Crevalcore. Le 4 (23 janvier 1798), nouvelle marche de 5 lieues et arrivée à Bologne, première ville des Etats du Pape passée par le Traité de Tolentino à la République Cisalpine. Le 6 (25 janvier 1798), la 30e quitte Bologne, marche 7 lieues et arrive à Imola. Le 7 (26 janvier 1798), nouvelle marche de 7 lieues; la 30e passe à Fayence et couche dans la grande et jolie ville de Forli. Le 8 (27 janvier 1798), marche de 11 lieues et arrivée au port de Rimini. Le 9 (28 janvier 1798), marche de 10 lieues; la 30e passe dans la grande ville de Pesaro et arrive à Fano. Le 10 (29 janvier 1798), marche de 5 lieues; la 30e arrive à Senigallia, ville située en bord de mer. Le 11 (30 janvier 1798), elle arrive à Ancône après avoir marché 7 lieues. Le 12 (31 janvier 1798), elle passe à Lorette et se rend à Recanati; ce jour là elle a marché 5 lieues. Le 13 (1er février 1798), elle marche 4 lieues et arrive à Macerata où elle séjourne. Le 15 (3 février 1798), elle marche 4 lieues et arrive dans la petite ville de Tolentino. Le 16 (4 février 1798), elle marche 7 lieues et arrive au village de Saraval (?). Le 17 (5 février 1798), elle marche 7 lieues, arrive à Foligno et bivouaque près de cette ville. Le 18 (6 février 1798), marche de 6 lieues; la 30e est à Spolete. Le 19 (7 février 1798), elle marche 10 lieues et passe et couche à Terni. Le 20 (8 février 1798), elle arrive à Civita Castellana, défendue par un petit fort posté sur un rocher. Ce jour là, le Pape quitte Rome pour Florence; Denis Moreau a été chargé à 11 heures du soir de le garder; le Pape est parti à 5 heures du matin avec 6 voitures, chacune à 6 chevaux. Le peuple manifestait contre le Pape, protéger par plus de 600 hommes.

Le 21 (9 février 1798), elle marche 6 lieues et arrive à un poste situé de l'autre côté de Monterosi ; elle couche au bivouac sur place. Le 22 (10 février 1798), la 30e arrive sous les glacis de la ville de Rome ; elle reste dans cette position les 22 et 23 (10 et 11 février 1798) et entre dans la ville le 24 (12 février 1798) après une nouvelle marche de 6 lieues; elle s'installe dans le fort Saint Ange. "Le 22 a Rome ville capital de l'etat ecclésiastique et résidance du Saint pere le pape" (soldat Guyot).

Le 5 ventôse (23 février 1798), a lieu une fête en l'honneur du Général Duphot ; Denis Moreau en donne une description rapide : après une fusillade, la troupe défile par pelotons du côté de la rue où il a été assassiné, et sur les lieux mêmes de cet assassinat, on fait les feux de pelotons. "Le 5 ventôse l'on a celebré une ceremonie funebre au manne du général Duphot assassiné au quartier de Hastevers par les troupe du pape. La nuit du 7 au 8 il c'est éclaté une révolution dont il y a eue plusieurs poste d'égorgé par le habitans de cette ville"(soldat Guyot).

Là dessus, la solde des Officiers et de la troupe n'avait pas été versée depuis plusieurs mois. Par ailleurs, Masséna, réputé pour ses pillages, est nommé à la tête de l'Armée d'Italie. Cette nomination est perçue comme une provocation, et le lendemain même, les Officiers de chaque Corps, réunis en club, lui remettent une pétition :

"Pétition. Les officiers de l'armée de Rome au général en chef.
Citoyen général, la marche rapide de l'armée d'Italie sur Rome afin de venger l'assassinat commis sur la personne du général Duphot est une marque de dévouement sincère. Tous les Français ont sacrifié pour la liberté et le bonheur de leur patrie. Cependant, plusieurs individus, revêtus de pouvoir courent les maisons les plus riches de la ville et en enlèvent les effets les plus précieux sans vouloir en donner aucun reçu. De pareils crimes ne peuvent rester impunis, ils crient vengeance et déshonorent le nom français qui, plus que jamais, est fait pour être respecté de l'univers. Nous le jurons en face d' l'Eternel dans le temple duquel nous sommes rassemblés. Nous désavouons toute spoliation faite dans la ville de Rome et autres lieux des Etats romains et ci-devant ecclésiastiques. Nous avouons haine et mépris aux individus qui s'en sont rendus coupables, nous jurons aussi de cesser dès aujourd'hui d'être les instruments de tous les monstres qui abusent de notre bravoure et de notre courage. Le soldat et l'officier souffrent dans la misère la plus profonde, faute de solde; cependant, les moyens sont grands : il y a dans la caisse plusieurs millions et il n'en faut pas plus de trois pour acquitter ce qui est dû. Nous demandons que la solde soit acquittée et cela, dans les vingt-quatre-heures. Les états en sont faits dans chaque corps; en conséquence, le travail sera prompt pour la solde ordinaire. Nous demandons aussi que les effets enlevés par divers prétextes aux maisons et églises appartenant aux puissances étrangères avec lesquelles nous sommes en paix soient remis de suite et que tous ces mêmes effets ou édifices soient rétablis dans leur état primitif avant notre entrée dans Rome. Indépendamment de la solde, nous persistons à demander vengeance des vols faits dans Rome par des monstres gradés, des administrations dévastatrices et corrompues, plongées nuit et jour dans le luxe et la débauche. Vous avez, citoyens généraux, toute autorité en main, vous pouvez agir contre les brigands qui, encore une fois, nous déshonorent, et nous leur disons franchement, faute de vous, d'arrêter les excés qui excitent les auteurs de ceux qui ont existé. Nous rejetons sur vous le déshonneur qui nous menace parce que vous serez sans partager ce crime. Nous avons à croire cependant que vous êtes purs et votre conduite ultérieure nous le prouvera. Comme on pourrait bien dénaturer les principes que nous professons dans notre adresse, nous vous prévenons que nous enverrons copie au Directoire et que nous la ferons insérer dans les journaux de la République française. Nous la ferons de plus imprimer dans les deux langues et afficher dans Rome pour prouver au peuple romain notre innocence sur les crimes déjà commis. Si vous êtes jaloux, citoyen général, d'emporter notre estime avec vous, c'est à dire celle de l'armée, vous nous rendrez la justice la plus prompte et la plus complète. Salut et respect
".

Cette pétition est accompagnée de trois pages de signatures. Masséna ayant reçu cette pétition la traite de factieuse et refuse de la lire, tout comme il refuse de répondre aux demandes qui lui sont faites. Le soir même, les Officiers se rendent en bon ordre chez lui, mais là encore, le Général refuse de les entendre. Aussi les Officiers décident ils d'aller chez le Général Berthier, qui les reçoit avec bienveillance, lit la pétition et promet de répondre aux demandes qu'elle contient.

Le lendemain matin, les Officiers réunis discutent avec une délégation de Généraux du bien fondé de leurs revendications; là dessus, Masséna, informé de cette réunion, y envoie un Adjduant général qui en ordonne la levée. En cas de refus, la troupe, qui est déjà sous les armes, et l'artillerie, marcheront sur eux pour les réduire. Les Officiers répondent qu'ils refusent de se séparer, et préfèrent la mort plutôt que le déshonneur. Dans l'après midi, Masséna fait battre la générale, et tous les Officiers s'empressent de regagner leur poste. Selon Denis Moreau, Masséna avait pris des dispositions pour ne laisser dans Rome que 3000 hommes de garnison qui devaient être livrés au poignard des factieux fanatisés. Au moment où Masséna quitte la ville, l'Armée, qui a compris son dessein, refuse d'obéir. Les députés de chaque Corps se rassemblent alors au Capitole, et adressent deux lettres, l'une à Berthier pour le reconnaitre comme Général en chef, l'autre à Masséna pour l'informer qu'il n'était plus reconnu en tant que tel.

Pendant ce temps, nous dit Denis Moreau, les factieux et les fanatiques, qui savaient que l'Armée devait quitter Rome à 10 heures du soir, et que la garnison serait réduite à 3000 hommes, se sont rassemblés dans plusieurs quartiers de la ville; déjà, des soldats isolés et des gardes en poste sont assassinés. Des arbres de la liberté sont arrachés, des cocardes foulées au pied. Sur le Capitole et près de Saint Pierre, des Gardes Civiques sont désarmés et certains égorgés. Ce carnag durent la plus grande partie de la nuit du 6 ventôse (24 février 1798). Le soir, avant la tombée de la nuit, la garde de la porte du Castellon près de Saint Ange est égorgée. Aussitôt, les hommes de la 30e prend les armes. Une patrouille marche vers ce poste où tous les hommes ont été massacrés; il n'y a qu'un seul survivant. La nuit commence de tomber; les insurgés aux cris de "Viva Maria !" menacent les soldats. Peu à peu cependant, le calme revient, et une nouvelle garde est laissée à la place de celle qui a été massacrée; celle ci reste cependante vigilante. Toute la nuit, des patrouilles françaises accompagnées de Gardes Civiques sillonnent les rues. Le Général en chef leur en témoigne sa reconnaissance. Denis Moreau conclut en disant que si le plan de Masséna avait été exécuté, la France aurait perdu 3000 de ses défenseurs, et peut être même l'armée toute entière.

Le 8 ventôse (26 février 1798), le calme est rétabli. Berthier part dans la nuit pour la République Cisalpine; il a entre temps remis le commandement au Général Dallemagne. Le 9 (27 février 1798), 22 émutiers sont fusillés sur la place du Peuple. Denis Moreau nous dit que les habitants sont satisfaits de voir les coupables des émeutes punis de mort.

Le 10 (28 février 1798), les victimes des exactions commises dans les appartements et églises appartenant à des puissances étrangères sont invitées à venir déclarer leur préjudice à l'Etat major afin que les coupables soient punis selon les lois de la République. Aussi, les Ambassadeurs de ces puissances acceptent ils de demeurer à Rome. Par ailleurs, dans les campagnes environnantes, les paysans (environ 8000) s'étaient regroupés afin de marcher sur Rome. Un détachement est envoyé afin de les disperser; un grand nombre est tué, et les chefs de la révolte sont exécutés. Le calme là encore est rétabli.

En mars, la 30e est dans la Division Dallemagne qui occupe Rome et ses environs; ses cantonnements sont à Pontrémolli; son effectif est de 1756 hommes.

Le 20 ventôse (10 mars 1798), Masséna revient à Rome afin de reprendre le commandement en chef de l'armée; il fait placarder des affiches à cet effet et condamne les Officiers qui ont contesté son commandement. Les affiches sont arrachées, et Masséna est sommé de se retirer de l'armée. Il part le 18 mars.

Le 30 (20 mars 1798), les Romains célèbrent avec les Français une fête en l'honneur de la République Romaine, qui vient d'être proclamée. "Le 30 l'on a célébré une fête en l'honneur de la formation de la République romaine" (soldat Guyot).

Armée d'Italie
Corps stationné dans les Etats de l'Eglise - 20 mars 1798
1ère Division Général Dallemagne; 2e Brigade Général Kellermann : 30e Demi-brigade

Le 1er Germinal an VI (21 mars 1798), le Général Saint Cyr arrive à Rome et prend le commandement de l'Armée. Le 13 (2 avril 1798), les Officiers se rassemblent au Capitole pour délibérer sur la situation de leurs députés qui ont été arrêtés. Aussitôt, Saint Cyr fait battre la générale et s'adresse à l'armée, à laquelle il déclare interdire tout rassemblement. Là dessus, l'armée de Rome est presque dissoute; une partie doit embarquer pour l'Egypte; le reste est dispersé dans les anciens Etats de l'Eglise. Denis Moreau s'inquiète du sort des députés arrêtés.

Le 13 floréal (2 mai 1798), la 30e part de Rome pour aller combattre les brigands le long de la frontière de la Toscane. Après avoir marché 9 lieues, elle couche à Monterosi. Le 14 (3 mai 1798), elle marche 5 lieues et arrive à Civita Castellana. Le 15 (4 mai 1798), elle marche 6 lieues et arrive à Terni. Le 16 (5 mai 1798), elle marche 6 lieues et arrive à Spoleto. Le 17 (6 mai 1798), marche de 6 lieues et arrivée à Foligno. Le 18 (7 mai 1798), marche de 8 lieues; la 30e se rend à Bevagna où les rebelles sont venus la veille, puis revient à Foligno où elle séjourne. Le 20 (9 mai 1798), marche de 7 lieues; la 30e couche dans la ville de Perugia. Le 21 (10 mai 1798), marche de 6 lieues, arrivée au village de Fratte. Le 22 (11 mai 1798), marche de 1 lieue; la 30e s'installe à Montone. Le même jour, à Citta di Castello, la ville est abandonnée par les brigand qui viennent d'y égorger 4 Compagnies de la 14e Légère. Le 23 (12 mai 1798), après avoir marché 3 lieues, la 30e arrive à Citta di Castello qui est au pillage. La 30e séjourne quelques temps dans cette ville. Le 2 prairial (21 mai 1798), on y fusille 6 hommes complices des brigands. Le 7 (26 mai 1798), 4 autres sont également exécutés. La 30e quitte Citta di Castello le 4 messidor (22 juin 1798), pour se rendre à Perugia.

Sergent de Grenadiers 30e Demi-brigade
Fig. 3 Sergent de Grenadiers, Campagne de Naples, 1798 (Carnet de la Sabretache N°100, 1989)

En mai et juin, l'effectif de la 30e était de 1843 hommes.

Le 22 juin, la 30e après avoir marché 6 lieues, arrive à Perugia. La ville est située sur une montagne; c'est selon Denis Moreau, la ville la plus saine et la plus accueillante de la région. Le 6 messidor (24 juin 1798), la 30e marche 7 lieues et arrive à Foligno. Le 10 (28 juin 1798), elle marche de 7 lieues et arrivée à Serravalle. Le 11 (29 juin 1798), marche de 8 lieues; arrivée à Bolognola. Le 12 (30 juin 1798), marche de 5 lieue; la 30e arrive à Amandola afin d'en chasser des brigands, mais à son arrivée dans le village, ces derniers se sont déjà dispersés. Le 17 (5 juillet 1798), marche de 5 lieues; la 30e quitte Amandola et couche à Bolognola. Le 18 (6 juillet 1798), marche de 7 lieues; arrivée à Serravalle. Le 19 (7 juillet 1798), marche de 7 lieues; arrivée à Foligno où la 30e s'installe.

Le 1er thermidor (19 juillet1798), la 30e quitte Foligno; après avoir marché 7 lieues, elle loge à Perugia. Elle en part le 15 (2 août 1798) et après avoir marché 9 lieues, couche à Todi. Le 16 (3 août 1798), marche de 9 lieues; la 30e loge à Narni. Le 17 (4 août 1798), marche de 5 lieue; arrivée à Civita Castellana. Le 18 (5 août 1798), marche de 5 lieues; arrivée à Monterosi. Le 19 (6 août 1798), marche de 9 lieues; arrivée à Rome. Le 24 (11 août 1798), départ de Rome; marche de 5 lieues; la 30e couche à Albano près de la mer. Le 25 (12 août 1798), marche de 4 lieues; arrivée à Velletri où la 30e s'installe. Le 3 fructidor (20 août 1798), la 30e quitte Velletri; après avoir marché 4 lieues, elle arrive à Albano. Le 4 (21 août 1798), marche de 5 lieues et arrivée à Rome où elle demeure tout l'hiver, nous dit Denis Moreau.

L'Etat d'emplacement publié dans le Journal militaire du 10 vendémiaire an VII (1er octobre 1798) indique qu'à la date du 1er vendémiaire an VII (22 septembre 1798), la 30e est en Italie.

Par ailleurs, nous lisons dans la Revue d'histoire rédigée à l'État-major de l'armée, Section historique (1901/01 (A3,VOL3,N1)-1901/06 (A3,VOL3,N6). ) "La 30e arrive à Lausanne le ler novembre; la plupart de ses soldats marchent pieds nus; l'initiative du statthalter Polier les pourvoit de chaussures et leur permet de continuer leur route".

La création de la République romaine est le signal de l'entrée en guerre du Royaume de Naples contre les troupes françaises. Au mois de novembre, la cour de Naples, apprenant la marche de Souvarof, résout de délivrer l'Italie du joug français et fait envahir par 40000 hommes le territoire de la République romaine. Les Autrichiens, alliés aux Napolitains, reprennent également les armes, sous le commandement en chef du Général Mack. Tout comme les Napolitains, ils comptent sur les secours des Russes. Championnet, hors d'état de résister, évacue Rome pour n'y être pas bloqué; il laisse deux Bataillons, un de la 98e et le 1er de la 30e Demi-brigade (le Bataillon du soldat Guyot), au fort Saint Ange avec pour mission de maintenir l'ordre à Rome et dans les environs immédiats.

Denis Moreau raconte : le 4 frimaire an VI (24 novembre 1798), on tire le canon dans trois places, dont trois coups au fort Saint Ange, trois coups au capitole et trois à la porte du Peuple. La troupe reste sous les armes jusqu'à 5 heures du soir; Denis Moreau monte la garde à la place Termini puis aux équipages du Corps. Le 6 (26 novembre 1798) à 3 heures du soir, il part de Rome avec le Capitaine d'habillement. Dans la matinée, les trois hôpitaux de la ville ont été regroupés en un seul. Les habitants de la ville assistent à ce regroupement, et comprennent que les Napolitains se rapprochent de Rome, d'autant plus qu'ils voient les troupes françaises se regrouper dans la ville et l'évacuer progressivement. La Garde Civique est encore sous les armes; Denis Moreau raconte qu'il est sous les armes avec 16 de ses camarades, et qu'il monte la garde, entouré de Gardes Civiques; ces derniers arrachent les cocardes françaises et les foulent sous leurs pieds; Denis Moreau doute qu'en cas d'émeute, ces Gardes soutiennent les Français. A 2 heures de l'après midi, la foule commence à se rassembler; peu après, un poste de 4 hommes, placé au pont de Sisto (?) doit se retirer. Un Officier de la Garde Civique demande alors à l'Officier de Denis Moreau s'il souhaite lui aussi se retirer avant d'être investi par la foule. Le poste de garde se retire donc sur sur celui de la Garde Civique, tout en se demandant quel sera son sort. Les Gardes Civiques proposent alors que le Bataillon de Denis Moreau se retire dans le Fort Saint Ange, et que s'il accepte de s'y rendre, ils lui donneraient de la force pour y parvenir. Ainsi, un Officier et 4 Gardes Civiques, baïonnette en avant, ouvre le passage aux hommes du poste de garde, sur lesquels déjà la foule se rue, notamment sur la place du camp de Fiore (?) du palais de Naples. Sur cette place, la foule est déjà dense; elle est retenue par plusieurs Officiers et hommes de la Garde Civique; les hommes de la 30e et leur escorte croisent la baïonnette et traversent sur deux rangs bien serrés la foule hostile qui hurle "à la rivière !". Finalement, les hommes parviennent au fort SAint Ange sains et saufs; entre temps, l'armée continue de battre en retraite.

La nuit suivante, à 7 heures du soir, les hommes de la 30e sortent du fort Saint Ange pour voir quelle est la situation dans la ville; ils se rendent sur la place Borghèse où un Chasseur du 19e Chasseur à cheval a été tué; ils y restent 4 heures, puis se rendent sur la place de Venise avant de rentrer vers minuit dans le fort. Le lendemain, les hommes de la 30e restent tranquilles; toute l'armée française a évacué Rome et l'ennemi arrive ves les 4 heures de l'après midi. Celui-ci s'empare de l'hôpital et de la garde qui ne tire pas un seul coup de feu. Vers minuit, il arrive en colonnes au pied du fort de Saint Ange, croyant s'en emparer, mais il est accueilli par une vive fusillade et doit se replier.

Le 8 frimaire (28 novembre 1798), plusieurs parlementaires se rendent au fort, et l'on interdit de tirer sur eux; de leur côté, malgré les ordres du Général napolitain, les bourgeois de la ville font feu en direction du fort. Du 9 au 13 (29 novembre au 3 décembre 1798), le fort demeure tranquille.

 

b/ Combat de Magliano

Championnet de son côté s'est retiré et prend position à Civita-Castellana avec le gros de ses forces. Au camp de Civita-Castelana, les deux autres Bataillons (2e et 3e) de la 30e sont placés dans la Division Macdonald et dans la Brigade du Général polonais Kniazewitz.

Le 9 frimaire (29 novembre 1798), Macdonald fait à l'armée une proclamation : "Ce neuf frimaire, soldats, encore un roi parjure à détrôner ! Le perfide gouvernement napolitain vient, par la plus lâche et la plus horrible trahison, vient de violer le territoire d'une république fidèle et alliée, qu'il ne l'avait point assuré. Cet attentat inconnu dans les fables de l'histoire rejaillit sur la grande nation habituée à frapper des monarques orgueilleux et insolents. Le Roi de Naples a t'il cru qu'un outrage aussi sanglant resterait impuni ? Non ! la dernière heure, elle vient de sonner ... Courez aux armes, frappez, exterminez et les satellites de ce despote violateur du plus saint de tous. Déjà, plusieurs colonnes viennent de remporter de brillants succès. Vous en avez autant mais la prudence et l'ensemble des opérations ne l'ont pas encore permis. C'est elle qui nous a contraints à nous retirer de Rome. Nous n'abandonnons point cette ville, ainsi que nos camarades qui sont restés dans le fort Saint Ange qui se défend courageusement. Bientôt, vous y rentrerez vainqueurs et arriverez triomphants dans la capitale du tyran de Naples. Déjà, l'armée est en mouvement et pénètre déjà sur le territoire napolitain; de nombreux renforts s'approchent, la foudre gronde et l'heure de la vengeance est arrivée. Respectez les habitants des campagnes et les propriétés de cette malheureuse république. Je ménage votre juste colère contre les communes rebelles. Soldats, frémissez d'horreur et d'indignation sur la lecture de la lettre du général Mack, commandant l'armée napolitaine. Il menace de massacrer vos frères restés à Rome et ceux bloqués au fort Saint Ange. Le commandant se défend courageusement, vous allez bientôt les secourir. Laissez ma réponse au général, elle est digne de vous.
Macdonald
".

Macdonald, nous dit Denis Moreau, a par ailleurs envoyé un Commissaire des Guerres avec d'autres Français à l'hôpital de Rome, pour voir comment sont traités les malades placés sous la responsabilité de l'armée napolitaine. Les Napolitains sont informés que s'ils ont le malheur de leur arracher un cheveu de la tête, ce sera l'arrêt de mort de l'armée napolitaine, et que les 900 hommes faits prisonniers subiront le même sort.

Le 10 frimaire (30 novembre), une avant-garde de 6000 Napolitains (la Notice Historique parle d'un Corps composé de 500 Napolitains) est mise en déroute à Magliano par un détachement de 500 hommes sous le Général Kniazewitz; ce détachement, selon la Notice Historique, comprend 300 Polonais et 200 hommes de la 30e Demi-brigade (pour cette dernière, l'Historique abrégé parle de 300 hommes).

Après ce combat, la Division Macdonald occupe les hauteurs de Magliano. Dans la nuit du 2 décembre, le Lieutenant Charles Nicolas Cherrier, de garde au parc, aperçoit une forte colonne ennemie qui s'avance sans bruit pour tourner nos positions et nous couper de notre ligne. Il en donne immédiatement avis au Général en chef, mais les secours n'arrivent pas, le temps est précieux et il n'y a pas d'artilleurs au parc. Le Lieutenant Cherrier n'hésite pas; il force un caisson, fait charger plusieurs pièces et tire à toute volée sur la colonne ennemi qui, surprise par cette brusque attaque et trompée par l'obscurité, suspend immédiatement sa marche. Grâce à ce trait de présence d'esprit, les troupes ont le temps de prendre les armes et d'arriver avec des forces suffisantes pour obliger les Napolitains à la retraite.

A noter que la Notice Historique situe cet épisode dans la nuit du 6 décembre. Elle indique même qu'un "Bataillon de la 30e, lancé par le Général en chef lui même, sur la tête de colonne des Napolitains, oblige ceux-ci à la retraite. Il les met dans une déroute complète et leur prend 4 canons".

A Rome, le 13 frimaire (3 décembre) à midi, les habitants de la ville tentent d'attaquer le fort Saint Ange. Pendant plusieurs heures, la garnison ne riposte pas. Aussi, les assaillants tentent ils de s'emparer des barrières du pont Saint Ange, accompagnés de soldats napolitains. Deux pièces font feu à mitraille sur eux, accompagnées d'une vives fusillades; quelques assaillants sont tués. Un parlementaire est envoyé auprès du Général napolitain pour savoir s'il attaquait, mais il répond qu'il n'a rien ordonné en ce sens, et qu'il va prendre les mesures nécessaires pour la faire cesser et punir les responsables. A partir de là, le fort Saint Ange reste relativement tranquille.

 

c/ Combat de Civita-Castellana

Le 5 décembre, toute l'Armée napolitaine, formée en 5 colonnes sous les ordres de Mack, se jette sur le camp de Civita-Castellana. La première colonne napolitaine est battue par Kellermann qui la poursuit jusqu'à Montérosi. La troisième est entièrement culbutée par le Général Kniazewitz au moment où elle débouche de Santa Maria di Folari. "Ce brave Officier, à la tête de la Légion, de la Légion romaine, des 2e et 3e Bataillons de la 30e de Bataille (sic), deux escadrons du 10e Dragons, une compagnie du 19e chasseurs à cheval et trois pièces d'artillerie légère, par la rapidité de son attaque, a enlevé à l'ennemi 8 pièces de canon, 15 caissons de munitions, a fait 40 prisonniers dont deux officiers supérieurs..." (lettre de Championnet au Ministre de la Guerre).

Dans cette affaire, le Lieutenant Duthoya (Jean Marie) se distingue d'une façon particulière et fait prisonniers un Colonel, un Capitaine et bon nombre de soldats (l'Historique abrégé parle d'un détachement, commandé par le Lieutenant Dathay). Le Lieutenant Bouanin (Marc Henri) est atteint d'un coup de feu au bras gauche.

Monsieur Thierry Derigny, dont l'ancêtre a servi au 30e de Ligne, nous signale que, "dans son roman La San Felice, Alexandre Dumas donne de la bataille de Civita Castellana un récit épique dans lequel il cite, p. 533 les 2ème et 3ème bataillons de la 30ème Demi-brigade".

   

d/ Combat d'Otricoli

Dans la nuit du 16 frimaire (6 décembre 1798), une colonne ennemie forte de 4000 hommes, pénètre dans Otricoli, massacre le poste qui l'occupe et tous les blessés de l'ambulance. Mac Donald envoie contre elle le Général Mathieu avec quatre Compagnies de la 30e, 4 Compagnie de la Légion polonaise, un Bataillon de la 12e et un Escadron du 16e Dragons. Le Général Mathieu forme sa troupe en petites colonnes, dirige son artillerie et la principale attaque sur la grande route, repousse l'ennemi sur tous les points, s'empare d'Otricoli, fait plus de 2000 prisonniers, enlève 8 pièces de canon, prend trois drapeaux, plus de 500 chevaux et tout l'Etat major du Régiment della Princessa (cavalerie). Il culbute le reste dans les ravins où les Polonais, placés en tirailleurs, tuent encore beaucoup de monde. Cet avantage remarquable ne coûte aux Français que quelques hommes de la 30e et une cinquantaine de Polonais, tués à l'attaque d'Otricoli.

Dans la matinée, le Lieutenant Vernère (Jean François Xavier) de la 30e, envoyé en reconnaissance avec sa Compagnie, rencontre l'ennemi; "il l'attaque aussitôt, le force sur son centre, traverse la ville, lui coupe la retraite, permet ainsi au 3e Bataillon d'accourir et d'en faire une boucherie complète" (extrait des états de service du Lieutenant Vernère). L'une des pièces de canon enlevées dans ce brillant combat a été prise par le Lieutenant Blanpain de la 30e. Au nombre des blessés se trouve le soldat Plogue (Pierre), depuis Officier, atteint d'un coup de feu à la jambe droite.

e/ Combat de Garigliano

A la suite de ces succès, l'ennemi, rejeté du territoire romain, se retire en désordre dans les états de Naples, poursuivi par l'armée de Championnet. La Division Macdonald (1ère Division), formée en deux colonnes sous le commandement des Généraux Mathieu et Kniazewitz, se présente pour franchir le Garigliano; les chemins sont affreux, les positions retranchées en avant de cette rivière sont formidables, mais rien ne peut résister à l'élan de nos vieilles bandes et l'ennemi, entièrement culbuté, laisse entre nos mains 80 pièces de canon. Les deux colonnes traversent le Garigliano à Capraro et Isola et se portent, en trois marches, sur Capoue où Mack s'est réfugié avec les débris de son armée.

f/ Prise de Calvi

Pendant la marche de la 1ère Division sur Capoue, l'ennemi cherche à faire un mouvement pour nous couper de nos communications; Macdonald se porte immédiatement à sa rencontre, l'atteint près de Calvi, le bat et le rejette dans la ville; les 2e et 3e Bataillons de la 30e, avec le Général Kniazewitz, entourent la ville du côté du ravin; l'ennemi, cerné de toutes parts, est contraint de se rendre, nous abandonnant comme prise de la victoire, 4000 prisonniers, 300 chevaux, 5000 fusils, 8 pièces de canon et 15 drapeaux, dont 8 sont brûlés par l'explosion d'une cartouchière.

Du côté de Rome, dans la nuit du 22 au 23 frimaire (12 au 13 décembre 1798), les Napolitains évacuent la ville. Quelques d'entre eux demeurent cependant dans la ville le 23. Les hommes de la 30e restent donc bloqués dans le fort Saint Ange ce jour là jusqu'au soir. Dans la soirée, toute la troupe en état de porter les armes fait une sortie et se rend sur la place du Peuple puis à celle de la Colonne où elle reste une heure. Les habitants désormais se montrent beaucoup plus timides, nous dit Denis Moreau. La marche se poursuit en direction de la place Navone qui est tranquille; les hommes se rendent alors au camp de Fiore et au pont de Sisto (?) pour rejoindre Saint Pierre; ils rentrent au fort vers minuit.

Le lendemain 24 (14 décembre), dans la nuit, une nouvelle expédition est menée dans la ville, cette fois avec deux pièces de canon. Les hommes de la 30e se postent sur la place du Peuple et y bivouaquent; de là, ils patrouillent jusqu'à 2 milles, afin de repérer les positions de l'ennemi bloqué. Vers 6 heures du matin, nous dit Denis Moreau, environ 4000 ennemis se présentent et demandent le passage. Le commandant les invite à se retirer ou à se rendre. Ces derniers envoient plusieurs parlementaires et obtiennent un délai de réflexion d'une heure. De là, ils se retirent sur Monterosi. Les hommes de la 30e, les voyant évacuer, se lancent à leur poursuite sur environ deux lieues, mais ils sont arrêtés du côté de Monterosi par l'armée qui vient d'arriver. Deux Régiment de cavalerie attaquent à 3 heures de l'après midi les Napolitains qui sont mis en déroute; ils abandonnent tout leur équipage et matériel; 2000 d'entre eux sont capturés. Les hommes de la 30e regagnent le fort Saint Ange.

Le 25 (15 décembre), les hommes de la 30e retournent sur la position de la veille, située à 6 milles de Rome; ils y restent le 26 (16 décembre), et le 27 (17 décembre), après avoir marché 4 lieues, ils retournent à Rome.

Le 1er nivôse an 6 (21 décembre 1798), les hommes de la 30e en garnison au fort de Saint Ange, quittent Rome pour entrer en ligne avec l'armée, qui esst déjà aux frontière de Naples; ce jour là, ils marchent 6 lieues, et après être passés à Albano, couchent à Genzano. Ils y demeurent le 2 (22 décembre 1798). Le 3 (23 décembre 1798), ils se remettent en route, passent à Velletri et couchent au bivouac à Cisterna après avoir marché 6 lieues. Le 5 (25 décembre 1798), ils quittent cette position, marchent 8 lieues et couchent à Priverno, ville située sur une montagne. Le 6 (26 décembre 1798), marche de 3 lieues; arrivée à Prossedi. Le 7 (27 décembre 1798), marche de 4 lieues et arrivée à Frosinone, ville située sur une montagne. Cette ville, fondée par les Romains, a été assiégée par les Français et une partie en est brulée. Les hommes y demeurent les 7 et 8 (27 et 28 décembre 1798). Le 9 (29 décembre 1798), ils se remettent en route, marche trois lieues et arrivent à Ceprano à la frontière de Naples.

Le 10 (30 décembre 1798), les hommes quittent le bivouac de Ceprano, marchent 4 lieues et arrivent à Roccasecca. Le 11 (31 décembre 1798), marchent de trois lieues; ils arrivent à San Germano, ville située au pied d'une montagne. Le 14 (3 janvier 1799), ils quittent San Germano, marchent 10 lieues, et arrivent à Teano.

Cependant, Championnet, en envahissant le royaume de Naples, a commis la même faute que Mack lorsqu'il est entré dans les Etats romains; il a partagé son armée en un trop grand nombre de colonnes; cette dissémination de nos forces a failli nous être fatale, et est une des causes de notre premier insuccès sous Capoue.

g/ Siège de Capoue

Le 3 janvier, Macdonald, avec la Brigade Maurice Mathieu, se porte contre Capoue, attaque l'ennemi dans son camp situé sous cette ville, s'en empare, "mais le canon de la place nous arrête dans notre élan; l'ennemi se retire dans la ville, abandonnant son camp, laissant seulement quelques bataillons dans la forte redoute de San Antonio. Cette redoute se trouvait fortement pressée par la 30e d'une part, et les grenadiers de la 97e de l'autre; mais les feux croisés de deux bastions qui la protégeaient firent beaucoup de mal à nos troupes; elle fut enlevée quand même, mais nous n'avions pas assez de forces pour tenter d'enlever la ville d'assaut" (Rapport de Macdonald). Le siège de la ville dut commencer. A l'attaque de la redoute de San Antonio, le Général Maurice Mathieu, qui s'était placé à la tête des Grenadiers de la 30e, a un bras emporté par un boulet. Du 3 au 11 janvier, les murs de Capoue sont le théâtre de combats incessants, dans lesquels la 30e perd le Sergent Lévêque (Pierre) et un grand nombre d'hommes. Parmi les blessés, nous relevons les noms suivants : Aberjoux (Jean Marie), Lieutenant, coup de feu à l'épaule droite; Dunand (Jean Baptiste), Sous lieutenant, coup de feu au bras droit; Blein (Claude Charles), coup de feu à la main droite; Marie, soldat, atteint de trois coups de sabre; Cudey (Claude François), Sergent fourrier atteint d'un coup de biscaïen à la cuisse gauche, est promu Officier en raison de sa belle conduite. Dans ces combats, les Lieutenants Morgat (Jean) et Paturel (Giles) ont été faits prisonniers.

Le 15 nivôse (4 janvier 1799), Denis Moreau et ses compagnons bivouaque à Calvi où il reste 3 heures; toute la Demi-brigade, nous dit il, est partie; il est alors détaché pour aller chercher des vivres à Teano où il couche. Il a marché ce jour là 2 lieues. Le 16 (5 janvier 1799), Denis Moreau passe à Calvi, couché où était la Demi-brigade; il reçoit l'ordre du Chef d'aller rejoindre le Bataillon à Caiazzo mais, lorsqu'il arrive au dernier poste, celui de la 8e Compagnie de son Bataillon, il ne trouve que 2 domestiques venant du Bataillon, bien montés sur des chevaux pris; ces derniers conseille à Denis Moreau de ne pas poursuivre sa route, sous peine d'être capturé. Denis Moreau n'ayant avec lui que trois hommes, il décide de rester sur place, et explore les environs pour voir si la route menant à son Bataillon est ouverte; il parvient ainsi à passer.

Le 6 janvier, un petit Corps détaché livre à l'ennemi le combat de Cayasso, dans lequel le Sergent Barbé (Claude Louis) est atteint d'un coup de feu à la tête, et le Chef de Brigade d'Arnaud fait prisonnier.

Le 19 nivôse (8 janvier 1799), à trois heures du matin, le Bataillon de Denis Moreau est attaqué; le feu dure jusqu'au jour. Le feu cesse enfin. Le Chef vient alors avec 2 Compagnies dont une de Grenadiers du 3e Bataillons, avec celle de Denis Moreau, cela fait 3 Compagnies, soit 80 hommes. Le Chef envoie la Compagnie de Denis Moreau sur la droite, du côté du pont ennemi où se trouve un camp assez fort afin d'explorer les buissons près de la rivière; les 2 autres Compagnies, avec le Chef à leur tête, se rendent à la tête du pont ennemi et suivent la route, renforcées par 12 Dragons. Denis Moreau aperçoit l'ennemi en grand mouvement et qui passe le pont en force. Au même moment, un Dragon d'ordonnance arrive et dit à la Compagnie de se retirer au plus vite et que le Chef de Brigade et les 2 autres Compagnies ont été prises. Denis Moreau et sa Compagnie se retirent en bon ordre mais, en sortant du bois, les hommes aperçoivent une colonne de 4 ou 500 hommes qui tente de bloquer le passage à la Compagnie. Pour passer, cette dernière doit franchir une barrière dont elle est éloignée de 900 pas; la colonne ennemie elle est à 200 pas de la barrière. La Compagnie, forte de 24 hommes, se voit déjà prisonnière; elle tente toutefois son va tout. Arrivée à 50 pas de la barrière, elle se met en bataille et fait un feu de file sur la colonne ennemie qui réplique. La Compagnie poursuit sa marche tout en tiraillant, cherchant à éviter d'être prise par de la cavalerie ennemie. Elle n'est toutefois par poursuivie. Un Caporal, qui n'a pu suivre, est resté prisonnier; quelques hommes sont légèrement blessés. La Compagnie retourne à sa position du matin, mais à son arrivée, le Bataillon (environ 300 hommes) n'est plus là; il a du retraiter pour éviter d'être pris par l'ennemi, fort de 5000 hommes, profitant du brouillard. Le Général, dit Denis Moreau, a été blessé à mort. Denis Moreau va alors camper au pied de la montagne de Jérusalem, où est rassemblé le Bataillon le 21 (10 janvier 1799).

Le 11 janvier, Capoue capitule après huit jours de combats qui décident l'ennemi à demander un armistice pour prix duquel il rend également diverses autres places.

Le 23 nivôse (12 janvier 1799), Denis Moreau quitte la montagne de Jérusalem pour aller à Belonne à une lieue de là. Le lendemain, la 30e, après avoir marché 2 lieues, entre dans Capoue. Le Chef de la 30e Demi-brigade, qui vient d'être rendu, est nommé Commandant de la place. Denis Moreau va rester à Capoue jusqu'au 23 pluviôse (11 février 1799).

Sur de faux rapports, la 30e a été accusée d'avoir pillé le village de Rocca-Socca et un ordre du jour du Général en chef a flétri sa conduite; mieux informé, le Général rend justice à la Demi-brigade dans l'ordre rectificatif suivant :

"Ordre du jour
C'est par erreur qu'il a été mis à l'ordre de l'armée que la 30e Demi-brigade de ligne avait pillé Rocca-Socca; les renseignements qui sont parvenus au général en chef lui ont appris que cette Demi-brigade n'avait pas même passé dans cet endroit, et s'empresse de lui rendre la justice qui lui est dûe; il désirerait pouvoir en dire autant de beaucoup d'autres.
27 Nivose an VII (15 janvier 1799) à Casalo
Le Chef d'Etat major général
Bonamy
".

h/ Prise de Naples

L'armistice ayant été violé quelques jours après sa conclusion, Championnet dirige le 20 janvier toutes ses forces sur Naples. Le 2e Bataillon de la 30e qui, après la prise de Capoue, a été envoyé à Caserte, quitte cette ville avec le Général de Brigade Poitou et rejoint la 1ère Division à Aversa.

Malgré les intelligences qu'on avait dans la place, il faut trois jours de combats des plus sérieux pour soumettre Naples. La défense héroïque des Lazzaroni, dont le courage indomptable étonne les troupes de la vieille république, rend la prise de la ville des plus sanglantes; enfin, le 23, la bourgeoisie ayant livré le fort Saint-Elme, Naples tombe entre nos mains.

Le 1er jour (21 janvier) la 30e a à soutenir un combat des plus vifs à Aversa. L'ennemi laisse entre nos mains 300 cavaliers, un équipage de pont et 15 pièces de canon. Le Sous lieutenant Alfier (Gotfrid) est tué.

Le 22, nouveaux combats à Capo-di-Chino et Capo-di-Monte. Enfin, le 23, dans les rues de la ville. Dans ce dernier combat, qui est plus sanglant encore que les précédents, le Capitaine Schaller (Pierre) se distingue tout spécialement en enlevant à la tête de sa Compagnie, une batterie de trois pièces. Maître de la capitale des Etats Napolitains, Championnet y proclame la République parthénopéenne et fait prendre à son armée le titre d'Armée de Naples. Peu de temps après, destitué par le Directoire, il cède le commandement en chef à Macdonald.

Pendant ces opérations, le 1er Bataillon de la 30e, nous l'avons vu, est resté à Rome où il fait partie de la garnison du château Saint-Ange, aux ordres du commandant Valterre de la 98e. Sans cesse attaqué par les Napolitains et par la population révoltée, sans cesse sommé de se rendre, il ne répond à ces propositions que par le mépris, et dans vingt sorties heureuses, inflige aux assiégeants une série d'échecs. Il quitte le fort le 12 nivôse (1er janvier 1799) selon la notice historique (le 1er nivôse selon Denis Moreau) pour rejoindre l'armée de MacDonald qui a pénétré dans Naples. A noter qu'entre temps, le 3 février, en récompense de cette belle défense, le Commandant Valterre a été nommé par Championnet, Chef de Brigade à la Suite de la 30e; il sera plus tard, sous le 1er Empire, Baron de Saint Ange.

Le 23 pluviôse (11 février 1799), le Bataillon de Denis Moreau quitte Capoue, direction Naples; après avoir marché 4 lieues, il arrive à Aversa. Le lendemain, nouvelle marche de 4 lieues; Denis Moreau couche à Naples. La Notice Historique indique pour sa part que le Bataillon est parvenu à Naples le 30 pluviôse (18 février 1799) et y a séjourné jusqu'au 2 germinal (22 mars 1799), date à laquelle il aurait repris ses opérations de maintien de l'ordre. Si l'on se base sur Denis Moreau, les choses sont toutes autres. En effet, Denis Moreau nous dit être parti de Naples le 25 pluviôse (13 février 1799) pour marcher jusqu'à Castellammare, petit port de pêche situé à 7 lieues de Naples; ce port est défendu par un petit fort contenant deux batteries. De là, Denis Moreau se rend à Salerne à 8 lieues de Castellammare; il va rester dans cette ville, située à la frontière de la Calabre, jusqu'au 8 ventôse (26 février 1799).

L'occupation du royaume de Naples donne lieu à une foule de combats partiels. La 30e, employée à la pacification du pays, rayonne, par détachements, dans toutes les directions, poursuivant les brigands et les paysans armés soulevés contre nous. C'est dans une de ces expéditions à la tour Moniata, qu'est tué le Sous lieutenant Geunsfeldberg.

Le 8 ventôse (26 février), une de ces petites colonnes forte de 200 hommes, envoyée sous le commandement du Capitaine Aberjoux (Jean Marie) dans la direction de Citerna, disperse sur son passage et repousse dans la montagne les révoltés napolitains, puis, apprenant que Citerna est aux mains des insurgés, elle s'y porte aussitôt, entre dans la ville de vive force et s'empare de deux canons. Le port de Citerna, dans le golfe de Gaëte, est à quelques kilomètres de la ville; deux navires y sont ancrés. A la nouvelle de l'entrée des Français, ils appareillent immédiatement pour gagner la haute mer; mais le Capitaine Aberjoux, prévenu de ce fait, se rend sur le port avec les deux pièces qu'il a prises à l'ennemi, canonne les navire et les oblige à amener leur pavillon. Macdonald veut alors que, par un ordre général, ce brillant fait d'armes soit porté à la connaissance de toute l'Armée de Naples et les fait inscrire dans les états de service du Capitaine Aberjoux, ainsi que dans ceux du Lieutenant Elie Rambaud, qui a éclairé la marche de la colonne et qui, le premier, a pénétré dans Citerna.

De son côté, Denis Moreau quitte le 8 ventôse Salerne et marche 8 lieues pour arriver à Maiori, ville située sur le bord de mer. Le lendemain, il reprend la direction de Salerne; il passe de fortes montagnes et arrive à Cava de Tirreni où se sont installés des brigands. Ces derniers sont immédiatement attaqués : on bat la charge et les brigands se dispersent. Denis Moreau couche sur place, après avoir marché 6 lieues. Le 10 ventôse (28 février 1799), le Bataillon de Denis Moreau se lance à la poursuite des brigands; il marche 6 lieues. Denis Moreau donne un récit assez complet de cette poursuite : le Bataillon prend d'abord la direction de Sainte Lucie où il rencontre une certaine résistance; les brigands s'enfuient ensuite dans les montagnes, poursuivis par le Bataillon. L'endroit est incendié. De là, le Bataillon marche sur Nocera, autre lieu d'insurrection ; le Bataillon couche sur place. Le lendemain (bien que Denis Moreau donne encore la date du 10 ventôse), le Bataillon part à la poursuite des brigands. Il se rend à Sainte Lucie; là encore, il y a quelques résistances, puis fuite dans les montagnes. Le Bataillon reçoit alors l'ordre de retourner en direction du village de Saint Lucie et sur son passage de piller, de brûler et de tuer tout homme qui s'y trouve, en état de porter les armes. En une heure, toute la localité est en flammes et le Bataillon pousuit en direction de Sainte Lucie qui est également incendié. Les habitants prennent alors la fuite, les femmes tenant leurs enfants dans leurs bras, avec des paquets sur la tête. Le Bataillon passe ensuite dans un village où il trouve un perruquier qui est encore dans sa boutique. Celui-ci déclare que si les soldats acceptent de pardonner les habitants, il ira lui même les chercher dans la montagne afin qu'ils rentrent dans leurs maisons. Effectivement, les habitants redescendent dans le village et demandent grâce aux soldats en se jetant dans leurs bras; l'eau et le vin sont distribués à profusion. Le Bataillon retourne ensuite coucher à Cava; il a marché ce jour là 4 lieues. Le 12 (2 mars 1799), le Bataillon part de Cava pour se rendre à Saint Séverin, également révolté. En chemin, l'on fusille tous ceux qui sont trouvés les armes à la main; à Saint Séverin, on désarme, brise et brûle les armes prises aux insurgés. Le Bataillon, après avoir marché 8 lieues, retourne le soir même à Cava, où il demeure jusqu'au 16 (6 mars 1799). Le 17 (7 mars 1799), il quitte Cava, marche 2 lieues et couche à Nocera. Le 18 (8 mars 1799), il quitte Nocera, marche 5 lieues et arrive à la Tour Annonciade, ville située en bord de mer au pied du Vésuve. Le 27 (17 mars 1799), le Bataillon quitte la Tour Annonciade, marche trois lieues et s'installe dans un petit fort de Naples, où il demeure jusqu'au 3 germinal (23 mars 1799).

En mars, selon la Notice Historique, la 30e occupe Portici, Castellamare et Naples; son effectif est de 1915 hommes.

Armée de Naples, 1er Germinal an VII - 21 mars 1799 (Nafziger - 799CAJ)

30e Demi-brigade, 1671 hommes

A la fin de mars 1799, la 30e quitte Naples, faisant partie d'une expédition dirigée contre Gaëte. Elle arrive sur le Garigliano où il n'y a pas de pont. Ce torrent, grossi par les pluies, est rapide et profond. Les insurgés, embusqués sur la rive opposée, s'apprêtent à en défendre le passage, opération d'autant plus facile qu'ils en ont détruit le pont. Le Sergent Joseph Perusset (ou Pérusset) s'élance sous le feu de l'ennemi, traverse à la nage, parvient à attacher une corde sur l'autre rive et facilite ainsi le passage à un certain nombre d'hommes qui tiennent les insurgés en échec pendant que la colonne franchit la rivière.

Denis Moreau parle de cette expédition; son Bataillon s'est mis en marche le 3 germinal (23 mars 1799), est passé par Naples et après avoir marché 2 lieue, a couché dans un village près d'Aversa. "Le même jour (2 germinal - 22 mars) nous ont partie pour nous rendre à Capoux" (soldat Guyot).

Le 4 (24 mars 1799), Denis Moreau marche 10 lieues; il passe à Aversa et à Capoue, et couche à une poste. Le 5 (25 mars 1799), il part de cette poste pour aller au pont près de Traiette (sic) où se trouvent les brigands; son Bataillon marche ce jour là 6 lieues.

Après avoir franchi le Garigliano, nous dit la Notice historique, la 30e se présente sous Traetto qu'elle emporte d'assaut. Le Lieutenant Plaige, qui déjà à l'armée de Sambre et Meuse s'était signalé en sauvant les bagages du Général en chef, arrive le premier sous les remparts suivi de peu d'hommes, entre dans la ville, culbute l'ennemi, s'élance sur une des portes, l'ouvre malgré le feu des révoltés et donne ainsi entrée à l'une des colonnes d'attaque. Le Sergent major Lafitte (Etienne), qui s'est particulièrement fait remarquer à la prise de Traetto et a été atteint d'un coup de feu au flanc droit, est nommé Sous lieutenant.

Selon Denis Moreau, la 30e est partie le 6 (26 mars 1799) à minuit pour attaquer Traiette (sic) où dit il, les brigands sont en force. Ces derniers sont bloqués dans la ville. Avant la pointe du jour, les Grenadiers et les Carabiniers entrent dans la ville et en taillent quelques uns; 2000 insurgés sont pris, dont 28 femmes; la ville est entièrement pillée puis brûlée.

De Traetto, le même jour, la 30e se dirige sur Castelforte qui est enlevé, nous dit la Notice historique, après un vigoureux combat où sont tués le Capitaine Diversy (Antoine) et le Sous lieutenant Paclot (Pierre); au nombre des blessés sont le Capitaine Guillaume (Claude François), coup de feu au ventre; le Lieutenant Amiet (Jean Pierre), coup de feu au bras gauche; le Sous lieutenant Dumesnil (Pierre), coup de feu à l'aine. Selon Denis Moreau, des brigands se sont réunis dans cette petite ville; les hommes se battent jusqu'au soir sans pouvoir prendre la ville, dont les portes sont murées en dedans. Ce n'est qu'à minuit que l'on parvient à y pénétrer, mais, nous dit Denis Moreau, les brigands se sont déjà enfuis par des souterrains. La ville est pillée et brûlée, et quelques brigands pris sont exécutés. Le même jour, les hommes vont coucher au pont (2 lieues), puis de là, on prend la direction de Gaeta (sic - 5 lieues).

"Le 6 a Castelforte ou l'on a brulé la ville" (soldat Guyot).

La 30e selon la Notice historique, entre à Gaëte après un dernier combat dans lequel le Lieutenant Vannier (Etienne) est atteint d'un coup de feu et le Sous lieutenant Collardeau (Antoine Martin) mortellement blessé.

Le 7 (27 mars 1799), Denis Moreau marche 4 lieues; il couche à Fondi après avoir traversé des montagnes. Le 8 (28 mars 1799), il part attaquer un poste (sans autre précision). Dans son récit, il indique que la ville, dans laquelle se trouve des brigands, et attaquée et investie; mais le temps que les troupes pénètrent à l'intérieur, les brigands ont déjà évacué en partie. Denis Moreau tiraille ensuite pendant quelques heures; il parle des Polonais qui sont montés à l'assaut. Tous les brigands trouvés snt tués, et l'on pille et brûle. Finalement, après avoir marché 3 lieues, Denis Moreau couche sur place. Il part ensuite de cette ville pour se rendre à Ceprano, ville située à la frontière de Naples et de la Romanie (sic). Il marche 4 lieues.

"Le 8 à Saint Jouanne, le 9 à Lisola (Isola del liri) ou l'on a bloqué la ville raport des paysans qui étoit révolté" (soldat Guyot).

Le 31 mars, la 30e livre, selon la Notice historique, le combat de Posterna où est tué le Capitaine Perrin (Antoine). Le Sergent Perusset (Joseph), le même qui, au passage du Garigliano, s'était dévoué pour faciliter le passage de la colonne, se signale encore dans ce combat par sa brillante valeur; en récompense, Madonald le nomme Sous lieutenant sur le champ de bataille.

Le 15 germinal (4 avril 1799), Denis Moreau part pour Saint Jean, et après avoir marché 4 lieues, couche à Daoul (?). Il en part le lendemain et arrive à Ceprano où il reste le 17 (6 avril 1799). Le 18 (7 avril 1799), il quitte Ceprano pour tenter de franchir la rivière bloquée par les brigands, sans succès. Il retourne donc à Ceprano, après avoir marché 3 lieues. Le 24 (13 avril), il passe la rivière à gué; le courant est rapide et pour traverser, l'on se tient à une corde tendue entre les deux rives; tous les hommes passent sains et saufs. Les brigands ne tentent pas d'empêcher le passage des soldats, se contentant de tirer quelques coups de canon. Ils sont poursuivis jusqu'à Isola del Liri. En passant près d'Arce, les brigands, embusqués sur un rocher, tentent de bloquer l'avancée des soldats par une vive fusillade, mais en vain; la troupe parvient près d'Isola, une petite ville bien gardée par une rivière et défendue par quelques canons aux portes et dans les croisées des maisons. Les brigands font feu avec leurs pièces dès qu'ils aperçoivent les soldats descendant de la montagne. Ces derniers bivouaquent alors sur la montagne près d'Isola. Le lendemain, le Général, nous dit Denis Moreau, passe un accord avec les brigands; la troupe entre dans la ville et couche sur place (1 lieue parcourue ce jour là).

Le 26 germinal (15 avril 1799), Denis Moreau quitte Isola pour se rendre dans un couvent situé à 1 mille de là; il y reste le 27 (16 avril), puis, le 28 (17 avril), se met en route pour attaquer la petite ville d'Arpino, située dans les montagnes tenue par les brigands. Ces derniers étant en force, l'on se contente de tirailler un peu puis l'on retourne au couvent, après avoir marché 2 lieues, où l'on demeure le 29 et le 30 (18 et 19 avril).

Le 1er floréal (20 avril), Denis Moreau quitte le couvent, marche 6 lieues et couche à Priverno; le 2 (21 avril), il marche 5 lieues et arrive à Terracina; le 3 (22 avril), marche de 10 lieues et arrivée à Imola de Gaeta. Le 4 (23 avril), marche de 6 lieues; Denis Moreau arrive à Sessa et passe un pont près de Traette (?) où la troupe laisse ses sacs afin de courir plus lestement après les brigands dans les montagnes; les hommes couchent à Sessa. Le 5 (24 avril), Denis Moreau, après avoir marché 6 lieues, arrive à Capoue. Il y reste en garnison jusqu'au 14 (3 mai 1799). Ce jour là, Denis Moreau se remet en route, marche 4 lieues en direction de Naples, et couche à Aversa. Le 15 (4 mai 1799), il marche 4 lieues et campe près de Naples.

Notons que selon la Notice Historique, le 25 avril, la 30e prend part au combat de Ceza, où elle perd le Sous lieutenant Quartier maître Garnier (Jean François), et où l'Adjudant major Capitaine Lefebvre (Nicolas Antoine) est atteint d'un coup de feu au bras droit.

Entre temps, au Nord, l'Armée d'Italie, commandée par Schérer, a subi un grave échec à Magnano, près de Verone (5 avril). Les Russes, devenus les alliés des Autrichiens, leur amènent de puissants renforts et Souvaroff, surnommé l'Invincible, a pris le commandement de l'Armée alliée. Il va s'emparer de tout le territoire de la Réublique Cisalpine. Notre armée est de nouveau battue à Cassano (28 avril). Moreau en reçoit le commandement et la ramène sur Gênes. Le Directoire enjoint alors à Macdonald, qui a remplacé Championnet, l'ordre de laisser des garnisons dans les places et de venir avec l'Armée de Naples se joindre à Moreau. La dispersion des Autrichiens et des Russes permet d'espérer que la jonction pourra se faire vers Tortone.

Macdonald quitte Naples, où il a laissé 500 hommes, le 7 mai. Il laisse également à Rome 300 hommes, et, avec le gros de ses forces, remonte vers le nord pour donner la main à Moreau. L'Armée de Naples effectue sa retraite en plusieurs colonnes.

Denis Moreau pour sa part indique être parti du camp de Naples le 17 floréal (6 mai 1799) et avoir marché 4 lieues avant de coucher à Aversa. Le 18 (7 mai), il marche 8 lieues et passe à Capoue. Selon Denis, l'armée se rassemble pour se retirer du pays de Naples et se rendre en Italie. Il couche au bivouac près de Calvi. Le 20 (9 mai), Denis Moreau marche 5 lieues; il passe à Saint Germain où se trouvent des brigands qui sont débusqués; il couche à Cougne (?). Le 21 (10 mai), nouvelle marche de 4 lieues; après avoir quitté Cougne, la troupe se rend en direction d'Arce afin d'attaquer cette ville située sur la montagne; elle est rapidement prise puis incendiée. La troupe bivouaque à proximité. Le 22 (11 mai), nouvelle marche de 6 lieues; Denis Moreau, après avoir quitté le bivouac, prend la direction d'Isola, passe à Ceprano et couche à Castel Louche (?), ville qui a été abandonnée.

Notons que dans les historiques, il est indiqué que le 11 mai, la colonne à laquelle appartient la 30e, se présente devant Isola, ville construite sur le Garigliano à un endroit où la rivière fait une chute de cent pieds; le pont est coupé; la position très forte; le Général Olivier décide d'attaquer la ville par les deux rives à la fois, et charge la 30e de l'attaque de la rive droite. La rivière n'est pas guéable et les pluies ont rendu son courant très rapide, mais l'intelligence des Officiers et des soldats surmonte tous les obstacles; on construit quelques radeaux et le passage s'effectue moitié à la nage, moitié par transport. Isola est enlevé, mis à sac et livré aux flammes par les soldats furieux.

"Le 23 (floréal ?) a Lisla (Isola del Liri) ou l'on a masacré tous les habitant de la ville sans que il en échappa un seul par raport a une révolution qui c'est fait éclater dans la dite ville (l'historique de la Demi-brigade ne donne pas de détails sur les motifs de ce saccage de la ville)" (soldat Guyot).

La Notice historique nous dit que "Après avoir évacué les Etats de Naples, Macdonald franchit l'Appenin au col de Pontremoli, court au devant d'un Corps d'armé commandé par Hohenzollern, l'atteint et l'écrase complètement sous Modène". Pour sa part, l'Historique abrégé indique que "Macdonald arrive à Rome le 16, et prend position le 25 en Toscane, où il réorganise ses Divisions, à l'aide des Corps ralliés des divers points des Romagnes. La 30e Demi-brigade est placée dans la Division Olivier, forte de 5600 hommes. Le 6 juin, il se remet en mouvement et se dirige sur Modène occupée par le Corps autrichien de Hohenzollern, fort d'environ 6000 hommes".

Denis Moreau se remet en marche le 23 floréal (12 mai 1799); après avoir marché 5 lieues, il couche à Veroli. Le 24 (13 mai 1799), après avoir marché 4 lieues, il couche au bivouac de Ferentino. Le 25 (14 mai 1799), après une marche de 7 lieues, il bivouaque près de Valmontone. Le 27 (16 mai 1799), il arrive après 4 lieues de marche à Frascati. Le 28 (17 mai 1799), après 4 lieues de marche, il est à Rome. Le lendemain, Denis Moreau se remet en route, marche 8 lieues et couche à Monterosi. Le 30 (19 mai 1799), il part de Monterosi, marche 8 lieues et couche à Viterbo au bivouac près de la ville. Le 1er prairial (20 mai 1799), il marche 6 lieue et bivouaque à Beau Freno (?). Le 2 (21 mai 1799), nouvelle marche de 5 lieue et arrivée à Radisfano (?). Le 3 (22 mai 1799), après une marche de 5 lieues, il couche au couvent de Buonconvento. Le 4 (23 mai 1799), marche de 6 lieues et arrivée à Acquapendente. Le 5 (24 mai 1799), marche de 5 lieues et arrivée à Basteein (?). Denis Moreau est aux portes de la Toscane.

Armée française d'Italie, 25 mai 1799 (Nafziger - 799EAQ)

Division : Général de Division Oliver
Brigade Cambray : 30e Demi-brigade de Ligne, 1480 hommes

Le 6 (25 mai 1799), Denis Moreau, après avoir marché 6 lieues, arrive à Sienne; il en part le 7 (26 mai 1799), marche 7 lieues et couche à Campi (?). Le 8 (27 mai 1799), il arrive après une marche de 6 lieues à Florance, capitale de la Toscane. Il couche sur place. Il se remet en marche le 9 (28 mai 1799), marche 4 lieues et couche à Prato. Le 10 (29 mai 1799), il est à Pistoia; le même jour, il marche toute la nuit et arrive le 11 (30 mai 1799) après une marche de 6 lieues à San Marcello. Il en part le jour même pour aller camper.

Forces sous Macdonald , fin mai 1799 (Nafziger - 799EMG)

Division : Général Olivier
30e Demi-brigade de Ligne, 1480 hommes

Source : Miliutin, "Geschichte des krieges Russlands mit Frankreich under der Regierung Kaiser Paul's I. im Jahr 1799", Munich, 1856

Le 15 (3 juin 1799), Denis Moreau se remet en marche; parti à 2 heures du matin, il gravit une montagne élevée; la marche dure 2 heures sur une distance de 3 lieues. Denis Moreau note que sur cette montagne, il y a de la neige à la Saint Jean. Il est alors à la frontière du Modénais.

Le 17 (5 juin 1799), Denis Moreau reprend la route, marche 2 lieues et arrive à Lospitalette (?) où il demeure le 18 (6 juin 1799). Le 19 (7 juin 1799), il marche 3 lieues et arrive à Sestola où il séjourne.

Armée française de Naples, 8 juin 1799 (Nafziger - 799FAS)

Commandant en Chef : Général de Division Macdonald
1ère Division : Général de Division Olivier
30e Demi-brigade de Ligne, 1508 hommes

Source : Gachot

Le 21 (9 juin 1799), nouvelle marche de 4 lieues; Denis Moreau bivouaque à Pavullo. Le 22 (10 juin 1799), marche de 6 lieues puis bivouac.

i/ Prise de Modène

Le 11, l'Armée de Naples marche sur Modène; la Division Olivier, dont fait partie la 30e, forme la tête de colonne. La bataille de Modène, à laquelle la 30e prend une part glorieuse, comprend trois phases distinctes : combat en rase campagne, où l'ennemi défait se replie dans son camp fortifié, établi sur les glacis de la place, prise du camp, prise de la ville.

L'ennemi essaie dans un premier temps de tenir en plaine, mais il est rejeté sur les glacis de la place où il prend ses dispositions pour livrer bataille. Denis Moreau résume : le 23 prairail (11 juin 1799), il se met en route pour aller attaquer l'ennemi à Biname (?). Il marche 2 lieues. L'avant garde se bat; l'on tire quelques coups de canon; l'ennemi se retire dans la ville de Modène, laissant entre les mains des Français une soixantaine de prisonniers plus quelques déserteurs. Denis Moreau bivouaque près de Modène.

Le 24 prairial (12 juin 1799) au matin, le Capitaine Mouret (Hilaire), renommé par son intelligence et sa valeur, est chargé par le Général en Chef de faire, à la tête de 100 hommes de bonne volonté, une reconnaissance ayant pour but de s'assurer des positions exactes de l'ennemi. Le Capitaine Mouret part avec sa troupe, culbute les postes avancés, reconnait les lignes, reçoit plusieurs charges qu'il repousse à la baïonette et, quoique blessé, remplit fidèlement l'objet de sa mission; il se replie ensuite en bon ordre sans avoir éprouvé aucune perte.

A la bataille de Modène, la 30ème, placée dans la Division Olivier, fait brigade avec la 73ème; elle est déployée à la gauche de la route de Reggio d'Emilia, faisant face à la ville, la 73ème à droite. Le Général Olivier, dans son rapport, s'exprime ainsi : "L'ennemi se présentait dans la meilleure contenance, mais il ne peut résister à l'élan de nos troupes; rejeté de ses première positions, il veut offrir une nouvelle résistance en se ralliant à la tête de son camp établi sur les glacis; les troupes le poussent au pas de charge et il est obligé de rentrer dans la ville. Il espérait, derrière les remparts, pouvoir mieux résister, mais les grenadiers arrivant au pas de charge, s'opposent à la fermeture de la porte. Un sergent de la 30e a placé son fusil avec autant d'adresse que de courage entre les deux vantaux et, les poussant vigoureusement, a facilité l'arrivée de la tarrière qui a été brisée et, les remparts balayés, la ville a été en notre pouvoir... Les Chefs de Brigade Darnaux et Nouillemont se sont comportés avec la précision, le sang froid et la valeur qui les ont distingués jusqu'à ce jour".

Le Général Olivier a malheureusement omis le nom du brave Sergent qui a empêché la fermeture de la porte Saint François, vers laquelle était dirigée l'attaque de la 30ème et a donné accès dans la place à nos Grenadiers. Si inconnu pour nous que soit ce héros modeste, il n'en a pas moins droit à toute notre admiration, à toute notre estime; mais, par contre, les Etats de service des Officiers relatent nombre de faits remarquables accomplis par eux dans les différentes phases de cette bataille, faits qui suffisent à prouver, si on ne le savait d'autre part, le courage indomptable de ces hommes, dignes chefs dans une armée la plus solide qu'on ait vue.

Pendant le combat en rase campagne, le commandant Gibassier est aux prises avec un Bataillon ennemi parfaitement embusqué; ne pouvant, par son feu, le déloger de ses positions, il ordonne au Capitaine Marchand (Jean Pierre) de prendre ses dispositions pour couper la retraite à ce Bataillon, tandis qu'il le chargera lui même à l'arme blanche; l'attaque est couronnée d'un plein succès; le Capitaine Marchand, franchissant tous les obstacles, manoeuvre avec tant de précision et d'audace qu'il oblige la plus grande partie de ce Bataillon à déposer les armes. Dans la seconde partie de la bataille, le commandant Gibassier à la tête du 2e Bataillon charge sur le camp ennemi, lorsqu'il s'aperçoit qu'il va être tourné par deux Escadrons russes; il confie aussitôt 200 hommes au Lieutenant Aberjoux (Jean Marie), avec mission de s'opposer à ce mouvement, tandis qu'il continuera le sien. Le Lieutenant Aberjoux exécute les ordres de son chef avec tant de bonheur qu'il met en pleine déroute cette cavalerie et la rejette sur une embuscade du 3e Bataillon qui la détruit presque complètement.

A la prise de la ville, Perusset (Joseph), récemment promu Sous lieutenant, trouve encore l'occasion de se signaler à la tête d'un peloton de Grenadiers. Il arrive contre une des portes, la fait enfoncer, en fait la garde prisonnière, puis, marchant sur le rempart, il oblige six Compagnies commandées par un Major à déposer les armes et s'empare de quatre bouches à feu dont le tir était dirigé sur la colonne d'attaque.

Entrainé par son d'ardeur, le Capitaine Bouillé (François), accompagné de quelques hommes seulement, s'élance à la poursuite de l'ennemi qui rentre dans la ville et y pénètre avec lui. Accablé par le nombre, il est fait prisonnier; maispar suite de la tournure heureuse du combat, il parvient à faire lui même prisonniers ceux qui s'étaient emparés de lui et ramène à son chef quinze Grenadiers russes.

Les résultats de cette brillante journée sont : un Corps d'armée complètement défait, une ville enlevée, 800 hommes tués ou blessés, 3000 prisonniers, 3 drapeaux pris et 12 pièces de canon. La 30e a vigoureusement donné, aussi n'a t'elle pas été épargnée par le feu de l'ennnemi : le Capitaine Voisemberg (François Rémy) est mortellement blessé; le commandant Gibassier (Pierre), atteint d'un coup de feu à la cuisse droite; le Capitaine Bouillé (François), blessé d'un coup de sabre; le Capitaine Mouret (Hilaire), coup de pistolet à l'épaule gauche; le Capitaine Marchand (Jean Pierre), deux coups de sabre; le Lieutenant Joubert (Guillaume), coup de feu à l'épaule gauche; Christophe (Claude), depuis Officier, alors Sergent, coup de feu au pied droit; Plançon, alors Caporal, coup de feu à la cuisse droite. Le Lieutenant Amiet (Jean Pierre) a été fait prisonnier.

Presqu'à la tombée de la nuit, Macdonald, vainqueur sur toute la ligne, accompagné seulement de quelques Officiers et de quelques guides d'éscorte, reconnait les positions de sa première ligne; tout à coup, il se trouve en présence d'un peloton de 30 cavaliers russes (Notice Historique) ou autrichiens (Historique abrégé), commandés par un Officier qu'une erreur de direction a séparés de leur Corps. La première idée du Général et de ceux qui l'entourent est que ces cavaliers viennent se rendre; mais l'Officier ennemi lève son sabre, commande la charge, et prompt comme l'éclair, fond sur le Général en chef. L'escorte est dispersée; Macdonald, renversé de cheval, blessé de plusieurs coups de sabre, va être tué. Heureusement, le Capitaine Claude Antoine Dubourg, avec sa Compagnie de Grenadiers, est en position à quelques pas de là, embusqué dans les vignes. Au bruit du combat, il accourt, s'élance sur les cavaliers dont il fait un véritable carnage, et sauve ainsi la vie au Général en chef. Reconnaissant, Macdonald nommtemps, e le Capitaine Dubourg Chef de Bataillon sur le champ de bataille. On ne saurait trop louer la noble conduite de ces cavaliers ennemis qui, alors que la bataille était terminée depuis longtemps, que toute leur armée était en fuite, seuls, presque assurés d'une mort cartaine, n'hésitèrent pas à fondre sur le Général pour s'emparer de sa personne. Les documents officiels rapportent qu'ils payèrent tous de leur vie leur héroïque entreprise : la plus grande partie furent tués sur le lieu même par les Grenadiers du Capitaine Dubourg; quelques uns se jettèrent dans les vignes et furent poursuivis et tués; enfin, les autres qui s'étaient sauvés vers la ville furent mis à mort dans les rues par les soldats et les habitants.

De son côté, Denis Moreau raconte que le 24 prairial, il quitte son bivouac pour attaquer l'ennemi qui s'est retiré près de la ville; en arrivant aux avants postes, on bat la charge de toutes parts et l'on fonce sur l'ennemi, généraux en tête; le combat dure 4 heures. Denis Moreau dit que la victoire est complète, et que l'on a fait plus de 3000 prisonniers, sans parler des blessés et des tués. Le reste de l'armée ennemie s'est retiré en désordre et en déroute quasi complète. Mais du côté français, Denis Moreau signale la perte du Général Forest, tué, et le Général Macdonald, blessé légèrement; il y a aussi 150 Officiers et soldats blessés.

Le 25 prairial (13 juin 1799), Denis Moreau marche 9 lieues; il part en expédition du côté de Mirandola, puis retourne coucher à Modène. Le 27 (15 juin 1799), il marche 5 lieues et couche au camp de Reggio.

j/ Prise de Plaisance

De Modène, Macdonald revient sur Plaisance; le 16, nos avant-gardes arrivent devant la ville. Le Général Ott, qui commande deux Divisions autrichiennes, évacue cette place en toute hâte et se replie par la grande route de Tortone sur laquelle on signale l'approche de Souwaroff. La résistance de Ott n'a pas été acharnée; toutefois, la 30e perd le Capitaine Legrand (Pierre), mortellement atteint.

Souwaroff, à la première nouvelle de la marche de Macdonald, a quitté Turin pour se porter à sa rencontre.

Pour Denis Moreau, la journé du 28 prairial (16 juin) se limite à une marche de 7 lieues, au cours de laquelle il s'est rendu au bord du Taro.

k/ Bataille de la Trebbie

Le 17, Macdonald fait Ott attaquer sur le Tidone, à 5 kilomètres au-delà de la Trebbie, par trois Divisions et demie. Ott est mis en déroute. Malheureusement, Macdonald et Moreau ont trop tardé à réaliser leur jonction, et Souvaroff intervient à temps, non seulement pour le sauver, mais pour nous rejetter sur la Trebbie, après une lutte opiniâtre qui a duré jusqu'à la nuit. Macdonald a laissé deux Divisions en arrière de la Stura, dont la Division Olivier, dont fait partie la 30e qui n'entre en ligne que le matin du troisième jour de la bataille. Ayant à peine 18000 hommes à opposer aux 40000 Russes, Macdonald veut se tenir sur la défensive.

Denis Moreau, en ce 29 prairial (17 juin 1799) à marché presque jusqu'à 10 heures du soir, pour bivouaquer près de Fiorenzuola; de là, il se remet en route pour Plaisance.

Le 18, Macdonald n'a pu encore achever sa concentration. Ses trois Divisions, qui se sont battues la veille, sont attaquées, dès le matin, par Souwaroff, dans leurs positions de la rive gauche de la Trebbie qui nous appartient encore. Les Austro-russes font, comme nous, des pertes considérables. Mais, grâce à leur supériorité numérique, ils nous rejettent, après dix heures de combat, sur la rive droite où ils n'osent pas nous suivre, en voyant entrer en ligne, vers 2 heures, les trois Divisions Watrin, Montrichard et Olivier.

Le 30 prairial (18 juin 1799), Denis Moreau après avoir marché 8 lieues bivouaque près de la Trebbia en indiquant que l'ennemi y est en force ; il signale quelques petites attaques le soir et dans la nuit.

Le 19, Macdonald, qui a réunit toutes ses Divisions, prend l'offensive. Mais ses forces sont réduites à 24000 hommes contre 36000 Russes. Les Divisions Olivier et Montrichard sont destinées à enfoncer le centre de l'Armée austro-russe. La 30e forme la tête de colonne de la Division Olivier. Brillamment enlevée par le Chef de brigade D'Arnaud, elle passe la Trebbie, en colonne serrée par pelotons, les hommes ayant de l'eau jusqu'à la ceinture. Elle se déploie sur l'autre rive, met en déroute la cavalerie qui la charge, culbute l'infanterie qui lui est opposée et atteint le village de San-Nicolo, ayant dépassé l'artillerie ennemie de plus de 300 toises, dit le rapport du Chef de brigade D'Arnaud. Mais son exemple n'est pas suivi. Par suite de circonstances fatales et de faux mouvements à gauche, la Division Montrichard repasse la Trebbie et disparait du champ de bataille, tandis qu'à droite la cavalerie et la Division Watrin transportent trop loin leur action. La Division Olivier se trouve isolée et, vivement attaquée sur ses deux flancs, se voit forcée de battre en retraite. Un instant, la 30e Demi-brigade est cernée. Mais elle passe sur le corps des ennemis qui l'entourent et reprend position derrière la Trebbie, toujours en combattant.

Rapport du Chef de Brigade d'Arnaud, commandant la 30e, à la bataille de la Trebbia :
"Les trois bataillons de la 30e Demi marchaient en colonne serrée par peloton; chacun d'eux avait à sa tête trente tirailleurs pour couvrir la marche et eloigner ceux de l'ennemi qui étaient en grand nombre. Ces 90 tirailleurs étaient commandés par des officiers braves et intelligents qui avaient reçu des instructions tendant à forcer favorablement la ligne de l'ennemi; ils s'en acquittèrent de la manière la plus hardie. Le Lieutenant Aberjoux, qui les commandait en chef, fit des prodiges de valeur.
Le Chef de Brigade d'Arnaud marcha en colonne serré par bataillon, il passa dans cette élan la rivière à gué, malgré qu'on eut de l'eau jusqu'à la ceinture et que l'ennemi dirigeât, tant sur les flancs que que le front une grêle de boulets et de mitraille. Les flancs étaient entièrement à découvert. Quoiqu'il occupât le centre de la ligne, son but tendait à rompre celle de l'ennemi; il y parvint à moins d'une demi-heure laissant, à la vérité, sur son passage beaucoup de morts et de blessés.
Immédiatement après avoir passé la rivière, il se déploya sous le feu vif de l'ennemi; la cavalerie le chargea, il la chargea à son tour, bientôt elle prit la fuite, après avoir laissé plusieurs des siens sur le carreau. Aucun obstacle n'arrêtait le courage et l'intrépidité de tous les militaires de cette Demi-Brigade qui se précipitèrent dans les rangs ennemis, y portèrent la mort et l'effroi et le mirent sur ce point dans la déroute la plus complète.
Il fit taire les pièces de canon qui avaient été dirigées sur les colonnes, il les laissa à plus de 300 toises derrière lui; l'ennemi fuyait à toutes jambes, nous étions maîtres du champ de bataille, mais la gauche de notre armée n'avait pas suivi notre mouvement, elle se retirait au contraire. L'ennemi fort de sa retraite, n'ayant point ses rangs rompus sur ce point, fit une manoeuvre sur la gauche de cette Demi-Brigade, l'entoura aussi du côté de l'aile droite qui n'avait pas pu la suivre, le Chef de Brigade se trouva donc isolé sur un terrain planté de vignes et d'arbres qui l'empéchait de découvrir les mouvements de l'ennemi sur ses flancs. Se trouvant ainsi cerné de toutes parts, il songea à se retirer dans le meilleur ordre possible, il se fit jour à travers les rangs ennemis et repassa la rivière sans avoir été soutenu par notre cavalerie.
Nous avons à regretter dans cette affaire au moins 300 braves, tant tués que blessés, dont 28 officiers, 6 de ces derniers ont été tués
".

Il existe une certaine divergence entre le chiffre des Officiers tués porté dans le rapport du Chef de Brigade d'Arnaud et celui qu'on relève sur les matricules des Officiers; le premier fait foi assurèment puisqu'il a été émis par le Chef de la 30e le lendemain ou le surlendemain de la bataille. On peut expliquer ce fait de la manière suivante : à cette époque, ou les matricules des Officiers n'existaient pas, ou elles ont été perdues et, dans celles qui se trouvent actuellement au Dépôt de la guerre, faites après coup, on a omis ou oublié un certain nombre d'Officiers qui avaient disparu du Corps depuis longtemps déjà.

Cette remarque s'applique, non seulement à la bataille de la Trebbia et aux combats précédents, mais encore à la plus grande partie des guerres du Premier Empire.

Liste des Officiers de la 30e tués ou blessés à la bataille de la Trebbia :

Capitaine Bournier (Jean François), Sous lieutenant Arnaud, tués; Capitaine Marchand (Jean Pierre), coup de sabre sur la tête et à la main droite; Capitaine Castagna (Jean), coup de boulet au dessus du côté droit de la tête, avec pénétration. Il faut reconnaitre que le Capitaine Castagna avait la tête joliment solide car le nous le verrons figurer encore dans plus d'une bataille et il ne prend sa retraite que dans les dernières années du Premier Empire. Capitaine Pierre Schaller, coup de biscaïen à la hanche droite; Capitaine Jean Baptiste Clément Duthoya, coup de feu au cou; Capitaine Jean Marie Wuillermoz, coup de feu au bras droit; Capitaine Bouillé François, coup de mitraille au flanc gauche; Capitaine Assada Fleury, coup de boulet; Lieutenant Jean Michel Leraitre, dit Laurette, coup de feu à la jambe droite; Lieutenant Boirivant Christophe, coup de feu à la jambe gauche; Lieutenant Gaspard Melchior Leblond, coup de feu au genou droit; Lieutenant Jean Pérusset, coup de feu à l'aine droite; Sous lieutenant Mathurin Chépert, coup de feu à la poitrine; Sous lieutenant Claude Bailly, coup de feu au genou gauche; Sous lieutenant Henry Lebray, jambe gauche traversée; Sous lieutenant Mathieu Umbdanstock, coup de feu à la tête; Sous lieutenant Pierre Murgé, plusieurs coups de sabre sur les mains, plusieurs coups de baïonnette; Sous lieutenant Jean Arnaud, coup de sabre à l'épaule droite; Sous lieutenant Etienne Robert Louis Mérille, coup de feu à la cuisse droite; Sous lieutenant Claude François Cudey, coup de feu à la tête; Sous lieutenant Alexis Berthod, coup de feu à la poitrine. Parmi les Officiers blessés figure également le Chef de brigade D'Arnaud.

Parmi les Sous officiers de la 30e blessés à cette bataille et qui sont devenus plus tard Officiers, nous relevons les noms suivants : Sergent major Joseph Bertrand, atteint d'un coup de feu au bras droit et fait prisonnier; Sergent major Pierre Mathieu Barbey, coup de feu à la figure et prisonnier; Sergent major Didier Guillin, atteint d'un coup de lance d'un coup de feu au bras gauche, prisonnier; Sergent Alexandre Jund, coup de feu à la cuisse gauche et prisonnier; Sergent Louis Kerveiller, coup de feu au bras droit; Sergent Jean Louis Mazier, coup de feu à la cuisse gauche et prisonnier; Adjudant Bernard Cheminade, coup de feu à la jambe gauche; Sergent Jean Baptiste Carrière, atteint de trois coups de feu; Caporal Louis Augustin Leclerc, coup de feu au bras droit; Caporal Sirandelle, atteint d'un coup de feu; Sergent major CLaude Charles Blein, deux blessures.

Non seulement les cadres de la 30e ont été très éprouvés par le feu, mais ils comptent encore un grand nombre de prisonniers; ce sont les Capitaines Duthoya, Willermoz, et Bouillé, les Sous lieutenants Choper, Lebray, Bailly, Murgé, Arnaud, Cudey et Berthod; les Lieutenants Noé, Boirivaut et Pérusset.

Tous les corps de cette vaillante armée ont beaucoup souffert; le Général Olivier, commandant de la 1ère Division, a eu la jambe emportée par un boulet, deux Généraux ont été tués, neuf blessés, mais l'ennemi a subi des pertes encore plus considérables. Malgré ses conséquences funestes, la bataille de la Trebbie n'en constitue pas moins une des plus belles pages des annales de la 30e. Au nombre des actions d'éclat accomplies par les militaires de la 30e dans la journée du 19 juin, et relatées dans leurs états de service, figurent les suivantes :

- A la fin de la bataille de la Trebbie, le Capitaine Duthoya, quoique blessé d'un coup de feu au cou, continue à se battre avec le plus grand courage et sauve la vie à un Sergent de la 15e Légère, en tuant un Hussard ennemi au moment où il allait passer son sabre au travers du corps de ce Sous officier. A la fin de la journée, le Capitaine Duthoya, couvert de blessures, est fait prisonnier.
- Le Capitaine Claude Antoine Dubourg, à la tête de sa Compagnie de Grenadiers, contribue à la prise de quatre pièces de canon.
- Le Sous lieutenant Pierre Louis Murgé fait l'admiration de ses chefs par son courage, sa fermeté et la résistance qu'il tient contre un ennemi bien supérieur au nombre de soldats qu'il commande; il succombe enfin sous les coups répétés de sabre et de baïonnette; mais, reprennant ses sens un instant, il rassemble le peu d'hommes qui lui reste, leur parle, les excite; ils se battent en héros et entretiennent l'ennemi au point de donnet le temps à une colonne en déroute de repasser la Trebbia et de rejoindre le corps de bataille. Victime de son dévouement et hors d'état de se défendre, il est ensuite fait prisonnier.
- Le Sous lieutenant Joseph Pérusset, blessé d'un coup de feu, refuse les secours de ses Grenadiers et ordonne une charge à l'arme blanche sur une batterie ennemie qui est enlevée par ces même Grenadiers.

En raison de leur brillante conduite, le Commandant Jean Vincent Lajeunesse est reçu Chef de brigade, le Capitaine Marchand Chef de Bataillon, les Sous-lieutenants Lebray, Umbdenstock et Lafitte sont nommés Lieutenants, le Sergent major Bertrand, les Sergents Lassègne et Robin sont nommés Sous-lieutenants.

Les alliés ne peuvent forcer le passage. Mais, le lendemain, Macdonald, qui ne peut compter comme eux, sur des renforts, doit battre en retraite, poursuivi par les Autrichiens et les Cosaques; mais l'Armée de Naples ne retraite que pied à pied et sans cesser de combattre.

"Il c'est livre un bataille sanglante que l'on ne voyoit que morts et blessez de toute part il se fit une calonnade que jamais l'on a vue la pareille. L‘affaire a duré trois jour, le 1er messidor, nous avons battue en retraite ..." (soldat Guyot).

Pour Denis Moreau, il y a eu le 1er messidor (19 juin 1799) une forte bataille : après avoir rapidement traversé la Trebbia en colonnes serrées, les hommes s'élancent sur la ligne de canons ennemie (200 pièces) qui tirent à mitraille et font des ravages dans les rangs. Denis Moreau note qu'en traversant la rivière, on voit sur l'eau les blessés et les tués flotter. Lui même a son fusil brisé et la tête éraflée par un quartier d'obus; ce même obus coupe la cuisse du Général Olivier. La colonne ennemie est alors en pleine déroute, mais la gauche française a du battre en retraite, obligeant toutes les autres colonnes à faire de même. Les soldats des camps se retrouvent en pleine mêlée, et ne se reconnaissent que par leur uniforme. Les Français se rallient de l'autre côté de la rivière. Denis Moreau note que ce moment est crucial car il y a encore une ligne de canons pour couvrir la retraite, sans quoi toute l'armée aurait succombé. Une fois la rivière franchie, les hommes restent sur place toute la nuit, presque sans munitions.

Le 2 messidor (20 juin 1799), la 1ère Division livre au pont de la Ruva un combat dans lequel la 30e trouve encore l'occasion de se signaler.

Denis Moreau, qui est demeuré au bord de la Trebbia toute la nuit, se met en route à la pointe du jour; il note que les pertes de la veille ont été importantes dans les deux camps. Il marche un long moment pour venir enfin prendre la route de Parme et de Modène. Puis s'installe au bord d'une rivière pour y attendre l'ennemi et prendre un peu de repos; pas le temps de faire la soupe ! L'ennemi attaque en masse sur le pont qui surplombe la rivière mais il est stoppé par plusieurs pièces de canon et un obusier qui tirent à mitraille, en même temps que se produit une vive fusillade. L'ennemi, dit Denis Moreau, fait une perte considérable. Au final, les Français se retirent sur le tard; Denis Moreau a marché 5 lieues.

Le 3 (21 juin 1799), Denis Moreau marche 7 lieues et arrive près de Parme. Le 4 (22 juin 1799), il marche 5 lieues et arrive à Reggio.

Le 5 messidor (23 juin 1799), la 1ère Division est à Modène. Le lendemain 6 messidor an VII (24 juin 1799), elle lutte sur les deux bords de la Secchia contre Klenau. "Le Chef de Brigade d'Arnaud passa la rivière à 3 heures du matin, avec une forte reconnaissance, pour découvrir l'ennemi sur la route de Carpi; il aperçut beaucoup de cavalerie et d'infanterie et fit de suite brûler le pont; les barques de Ponte Rosso et de Campo Cossiano furent aussi brulées. Sur les six heures, l'ennemi engagea une fusillade assez vive, et bientôt l'attaque devint générale sur toute la ligne; une partie de la Division se porta sur le bord de la rivière; tous les efforts que fit le général autrichien Klenau pour rétablir le pont furent rendus nuls par le Chef de Brigade d'Arnaud qui commandait cette partie" (Rapport officiel).

Lors de la reconnaissance conduite au début de la journée par le Chef de Brigade D'arnaud, le Sergent major Lassègne (Gérard), envoyé à la découverte avec dix-huit grenadiers, est cerné par un escadron russe et sommé de se rendre; il refuse et, profitant avec intelligence des avantages d'un terrain marécageux, soutient trois charges, tue dix chevaux, beaucoup d'hommes dont le Major du Régiment, fait trois prisonniers dont un Capitaine et met le reste en déroute. En récompense de ce brillant fait d'armes, le Sergent major Lassègne est nommé Sous lieutenant sur le champ de bataille.

L'expression : nommé Lieutenant, Capitaine, etc, sur le champ de bataille, expression que l'on trouve sans cesse reproduite dans les états de service des Officiers de la 30ème, ne veut pas dire que ces Officiers ont été promus immédiatement et séance tenante au grade supérieur, mais bien qu'ils ont été nommés en récompense d'un trait de bravoure ou d'une action remarquable dont on a voulu consacrer le souvenir en ajoutant sur leur lettre de service ces mots : nommé sur le champ de bataille.

Denis Moreau de son côté note qu'il arrive sur le rempart de Modène, et qu'il y reste le 6 messidor (24 juin 1799), jour de la Saint Jean; il signale que les troupes françaises se sont battues sur deux colonnes, et que l'ennemi a tenté de couper la retraite française, sans y parvenir.

Le lendemain 25 juin, la 1ère Division continue sa retraite et va reprendre dans les débouchés des Apenins les positions qu'elle occupait avant son départ pour Modène. Denis MOreau signale avoir évacué Modène le 7 messidor (25 juin 1799) à minuit pour retraiter sur la Toscane, seul chemin libre; après avoir marché 10 lieues, il bivouaque près de Pavullo.

L'Armée de Naples remonte ensuite vers le nord pour opérer sa jonction avec l'Armée d'Italie; elle s'engage dans les affreux sentiers de la Spézia où elle perd une partie de son artillerie. Denis Moreau indique que le 8 messidor (26 juin 1799), il quitte la position de Pavullo pour aller à Pieva (?); il marche 8 lieues et bivouaque dans les montagnes. Le 9 (27 juin 1799), il marche 7 lieues et arrive à Saint Marcel où il logne jusqu'au 16 messidor (4 juillet 1799). Le 16 messidor, il quitte Saint Marcel, marche 2 lieues et bivouaque à Pont à Piette (?). Le 17 (5 juillet 1799), il marche 5 lieues et arrive à Pistoia. Le 18 (6 juillet 1799), il part de Pisotia pour se rendre à Lucques; il marche ce jour là 9 lieues. Le 20 (8 juillet 1799), Denis Moreau se remet en route, marche 5 lieues et arrive à Piettre Fonta (?). Le 21 (9 juillet 1799), il marche 10 lieues et arrive à Sergente (?) où toute l'artillerie, nous dit il, est laissée car l'on doit pénêtrer dans les montagnes et qu'elles sont impraticables pour les voitures. Le 22 (10 juillet 1799), nouvelle marche de 3 lieues; parti dans l'après midi, Denis Moreau couche de l'autre côté d'une rivière (laquelle ?). Le 23 (11 juillet 1799), marche de 7 lieues; Denis Moreau quitte le bivouac précédent pour aller coucher sur les hauteurs de Passo del Bracco, dans le pays de Gênes. Le 24 (12 juillet 1799), marche de 5 lieues; il passe dans le petit port de Sestri et couche à Chiavari. Le 25 (13 juillet 1799), marche de 3 lieues; il part de Chiavari pour aller à Rapallo.

Armée française d'Italie, 27 thermidor an 7 - 16 juillet 1799 (Nafziger - 799GBA)

Commandant en Chef : Général de Division Joubert
Aile droite
1ère Division : Général de Division Watrin
30e Demi-brigade, 800 hommes

Source : Gachot

Enfin, le 17 juillet, harassée, diminuée de plus de la moitiée (15000 hommes sur les 36000 qu'elle comptait initialement), l'Armée de Naples rejoint l'Armée d'Italie dans les environs de Gênes.

Le 30 messidor (18 juillet 1799), l'Armée célèbre la fête du 14 juillet avec 4 jours de retards; elle reçoit, nous dit Denis Moreau, double ration de vivres. Ce dernier demeure à Rapallo jusqu'au 8 thermidor (26 juillet 1799). Ce jour là, Denis Moreau reprend la route et marche 3 lieues pour retourner à Chiavari où il reste le 9 (27 juillet 1799). Le 10 (28 juillet 1799), il repasse à Rapallo, marche 5 lieues et arrive au bivouac à Reco (?). Le 11 (29 juillet 1799), il quitte le bivouac, marche 4 lieues et va camper sous les murs de Gênes. Le 12 (30 juillet 1799), il passe dans Gênes. Le 13 (31 juillet 1799), il marche 6 lieues et va coucher à Bosola (?).

Au commencement d'août, la Division Watrin occupe la Bochetta et Bassola, tête de la vallée de la Scrivia; ses avants postes sont à Voltaggio et Isola.

Le 14 (1er août 1799), Denis Moreau marche 3 lieues, retourne à Reco puis bivouaque près d'Isola. Le 15 (2 août 1799), il s'installe près du fort de Serravalle. Le 17 (4 août 1799), l'ennemi attaque la position, et Denis Moreau doit se retirer à une demie lieue en arrière, derrière Arcuata (?). Le 22 (9 août 1799), il reprend sa position. Le 23 (10 août 1799), l'ennemi attaque de nouveau; Denis Moreau se bat pendant 4 heures; l'ennemi se retire avec une soixantaine d'hommes de tués, blessés et prisonniers. Côté français, il n'y a pas de blessés.

L'ancienne Armée de Naples, sous le commandement de Macdonald, forme la droite de l'Armée d'Italie réorganisée. Cette droite, forte de trois Divisions, occupe les débouchés de la rivière du Levant. Par suite de la fusion entre l'Armée de Naples et celle d'Italie, la 30e Demi-brigade forme avec la 78e, la première Brigade (Petitot) de la 1ère Division (Général Watrin); cette Division est au centre, gardant les passages à hauteur de Sestri; Joubert est nommé Général en Chef.

Armée française d'Italie sous Joubert, août 1799 (Nafziger - 799HMD)

Général Commandant : Joubert
Aile droite : Saint-Cyr
Division : Watrin
Brigade : D'Arnaud
30e Demi-brigade

Source : Miliutin, “Geschichte des krieges Russlands mit Frankreich under der Regierung Kaiser Paul's I. im Jahr 1799”, Munich: 1856.

Le 11 août, quittant ses positions défensives situées dans la région de Serravace et Arquata, l'Armée de Joubert forte de 40000 hommes traverse la Bochetta pour se porter au secours d'Alexandrie et de Mantoue.

Le 27 thermidor (14 août), à la prise de Séravale (sic), le Lieutenant Morgat (Jean) gravit un rocher sous le feu du fort, sivi par deux Grenadiers seulement; il enfonce la porte et facilite l'entrée de la ville à la colonne d'attaque. Denis Morau note ce jour là dans son journal qu'il a marché 4 lieues; il quitte d'abord sa position initiale pour faire rentrer l'ennemi dans le fort de Serravalle, puis pénètre dans la plaine d'Italie, près de Novi en Piémont et enfin couche dans la plaine.

Armée française face à Souvarov en Italie, 14 août 1799 (Nafziger - 799HCP)

Général Commandant : Général de Division Joubert
Aile droite
1ère Division : Généraux Watrin et Dombrowski
Brigades : Généraux de Brigade Calvin, Petitot et Darnaud
30e Demi-brigade de Ligne, 800 hommes

Source : Gachot, "Les campagnes de Souvarow en Italie", Paris, 1903

 

l/ Bataille de Novi

Armée française d'Italie à la bataille de Novi, 15 août 1799 (Nafziger - 799HBD)

Général Commandant : Général de Division Joubert
Aile droite : Général de Division Gouvion Saint-Cyr
Division : Général de Division Labroissière
Brigade : Général de Brigade Darnaud
30e Demi-brigade de Ligne, 3 Bataillons, 750 hommes

Situation de l'Armée d'Italie à Novi le 15 août 1799 (Nafziger - 799HBE)
Commandants en chef : Généraux Moreau et Joubert
Aile droite : Gouvion Saint-Cyr
Division : Général Watrin
Brigade Petitot
30e Demi-brigade (3 Bataillons; 750 hommes).

Arrivé à Novi , Joubert se heurte le 15 contre toute l'armée ennemie sous Souwaroff, que la reddition d'Alexandrie et de Mantoue a porté à 70000 hommes. La bataille qui s'engage à six heures du matin, est l'une des plus terribles de ce temps. Dès les premières charges, Joubert est tué et Moreau le remplace dans le commandement en chef. Jusqu'à huit heures et demie, toute l'aile gauche combat sans une pièce de canon contre un ennemi fort de 20000 hommes qui la couvre d'obus et de mitraille; à 7 heures, les deux Brigades de réserve sont déjà en ligne. La Division Watrin fait partie de la gauche mais elle est encore en marche, n'ayant reçu que le matin à 5 heures l'ordre de mouvement qui lui prescrit de s'appuyer à droite au faubourg de Novi.

A peine la Division Watrin est elle arrivée que la 1ère Brigade (Général Petitot - 30e et 78e) est attaquée par une forte colonne; elle soutient le choc avec intrépidité et la met en pleine déroute; une autre colonne attaque la seconde (Général Calvin), elle est également repoussée et toute la Division, poursuivant ces colonnes débandées, leur fait éprouver de grandes pertes et les rejette à plus de deux milles du champ de bataille; mais elle ne peut aller plus loin.

L'ennemi a une forte cavalerie qui, soutenue par une artillerie formidable, arrête l'élan de la Division Watrin; celle-ci, sans se laisser entamer, bat en retraite jusqu'au faubourg de Novi où la 100e, parfaitement embusquée derrière un ruisseau, et appuyée par quatre pièces, met fin à la poursuite.

Au milieu de la journée, la Division Watrin, pour dégager la gauche, reçoit l'ordre de faire une nouvelle attaque; "le succès suivit la promptitude et l'audace de cette tentative; les troupes remplies d'ardeur, quoique se battant depuis six heures, se précipitent à la baïonnette sur les Russes, en font une boucherie affreuse, leur enlèvent deux pièces de canon et les poursuivent plus de trois milles au delà de Novi" (Bulletin historique de l'Armée d'Italie). Mais la réserve, sortant de Rivalta, vient changer la face des choses et oblige la Division à se replier.

Les Russes et les Autrichiens redoublent leurs attaques, les troupes accablées de lassitude, tombant d'inanition, luttent avec un courage désespéré; enfin, vaincues par le nombre, elles sont contraintes de céder et la retraite est ordonnée sur toute la ligne.

Dans cette bataille qui dura douze heures, les Français combattirent avec un tel acharnement qu'au dire d'un Officier autrichien qui, le lendemain, visita le champ de bataille, leurs cadavres montraient encore une expression si terrible qu'on ne pouvait les regarder sans effroi.

Nos pertes s'élèvent à près de 10000 hommes; celles des Russes sont le double, aussi Souvarof renonce t'il à nous forcer dans les montagnes de Gênes. L'artillerie n'a pas perdu une seule pièce; les Russes en ont eu trois de prises, dont une enlevée par la 30e; un seul caisson nous manque; ayant été brisé, il a été déchargé et brulé par ses conducteurs.

Denis Moreau a laissé un résumé de cette bataille qui a lieu le jour de Notre Dame (sic). Il fait partie des Divisions de gauche et se met en route à la pointe du jour pour attaquer l'ennemi vers les neuf heures du matin. Avant de partir, chacun boit une cuillerée d'eau de vie, mais rien à manger. Le Général dit aux hommes que s'ils sont bien disposés, ils seront bien lestes. Denis Moreau se bat toute la journée et signale les feux effroyables. Il dit avoir culbuté les Russes par deux ou trois fois et avoir battu en retraite deux fois sur 400 pas, faisant toujours des feux de demi-brigade. Par endroit, le champ de bataille est couvert de morts russes. Au moment où ces derniers sont mis en déroute pour la troisième fois, arrive de Mantoue une colonne de renfort, qui prend les Français sur le flanc et les contraint à la retraite car la route de Gavi à Gêne est déjà menacée. Au passage, on capture les premiers éléments de cette colonne. Denis Moreau considère que cette bataille, avec celle de Plaisance, est la plus meurtrière des batailles menées en Italie. Il estime que les pertes pour les deux camps sont au moins de 50000 hommes, tant tués que blessés; il note enfin avoir fait brûler 500 Russes par crainte de maladie.

Les pertes de la 30e doivent être considérables mais les pièces officielles n'en font nulle mention, nous savons toutefois qu'au nombre des blessés sont : Parisot (Aimé), Capitaine, coup de feu au pied droit; Duthoya (Jean Marie), Capitaine, coup de feu à l'épaule droite; Duanin (Marc Henri Joseph Pierre), Lieutenant, coup de feu à la cuisse droite; Rocher (Augustin), Sous lieutenant, coup de feu à la cuisse droite; Pansin (Pierre), Sergent, coup de feu à la hanche gauche et à la jambe droite.

A la gloire de la 30e, nous relevons dans les états de service des Lieutenants Prestat et Bonneville les citations suivantes. Prestat (Cypprien), Lieutenant, s'est fait remarquer par sa bravoure à Novi où il s'empare d'un obusier et fait prisonnier un Officier autrichien.

Bonneville (Félix), Lieutenant. Cet Officier, détaché par ordre du Général Saint-Cyr à la bataille de Novi pour protéger deux pièces de douze en position, trouve à sont arrivée qu'une était prise avec deux caissons; chargeant tout aussitôt sur l'ennemi, il reprit la pièce et les deux caissons. Lors de la retraite de l'armée, il contribua avec son détachement à débarasser plus de 200 tirailleurs cernés sur la droite du corps de bataille.

"Le 28 (thermidor) nous avons eue une bataille sanglante dans ladite pleine de Novie ou le général en chef a été tué d'une bal et un général russin (sic) blessez. L'on ne voyoit que morts et blessez de toute part, nous avons été contraint de battre en retraite. La nuit suivante nous nous sommes retiré au fort de Gavie" (soldat Guyot).

Après la défaite de Novi, Moreau, quoique déjà nommé à l'Armée du Nord, prend le commandement en chef de l'Armée d'Italie en remplacement de Joubert tué à l'ennemi.Trop faible pour reprendre l'offensive, il occupe les montagnes de Gênes et fait tous ses efforts pour en garder les passages. Dans ces opérations très compliquées, l'Armée d'Italie livre quantité de combats où la 30e figure toujours avec honneur.

Le lendemain de la bataille (16 août), la Division Watrin est en position à Gavi. A la montagne de la Piave, le Lieutenant Jean Morgat, avec son frère, alors soldat, fait quatorze prisonniers embusqués derrière un rocher. Denis Moreau a noté dans son journal avoir après la bataille de Novi couché entre Novi et le fort de Gavi et être passé à Gavi le 29 thermidor (16 août 1799) pour se rendre sur les hauteurs; il s'est mis en marche le soir et après une marche de 4 lieues en pleine nuit dans les montagnes, il arrive à Osola.

Début fructidor, Denis Moreau quitte Isola pour se rendre à une lieue de là à Recco.

Le 20 août, la Division Watrin prend part au combat de Sestri où Klenau qui voulait forcer notre droite est mis en pleine déroute.

Le 9 fructidor (26 août 1799), Denis Moreau marche une lieue pour aller près de Bozola (?). Le 17 (3 septembre 1799) à minuit, il quitte cette position pour revenir près de Bourgo Fournar (?) à une lieue de là. Le 22 (8 septembre 1799), il quitte ce camp pour se rendre à Rigorose. Le 24 (10 septembre 1799), il revient à Ronco (?) à 6 lieu de son point de départ.

Situation de l'aile droite de l'Armée d'Italie le 23 septembre 1799 (Nafziger 799IBU)
Général Commandant : Général de Division Gouvion Saint-Cyr
Division Watrin : 30e Demi-brigade (2 Bataillons; 703 hommes).

Forces françaises à Limmat et Zurich, 23 septembre 1799 (Nafziger 799IBV)
Général Commandant : Général Masséna
5e Division : Général de Division Lorges
Brigade (renforts d'autres Divisions) :
30e Demi-brigade (2 Bataillons; 1965 hommes).

Sources : Zurich, Masséna en Suisse
Gachot, La Campagne d'Helvétie (l799), Paris, l904

Le 4 vendémiaire an 8 (26 septembre 1799), Denis Moreau part de Ronco (?) à deux heures du matin en expédition de reconnaissance à Arcuata (?) puis retourne à Ronco après une marche de 6 lieues. Le 8 (30 septembre), il renouvelle cette expédition. Le 11 (3 octobre 1799), il part en direction du pont de Savignon (?), marche 6 lieues et couche dans les montagnes. Le 19 (11 octobre 1799), nouvelle marche de 6 lieues.

Le 11 octobre justement, la Brigade Petitot rencontre un poste de 400 croates à Barba Gelata; les Grenadiers des 30e et 78e Demi-brigades envoyées contre eux les en délogent aussitôt.

Le 20 vendémiaire (12 octobre 1799), Denis Moreau marche 5 lieues et se porte à Saint Pierre.

"Le 20 (vendémiaire an VII - 11 octobre 1798 - erreur de date ?) a Castagne ou nous avons fait 1200 prisonniers [...]" (soldat Guyot - Denis Moreau semble parler du même épisode à la date du 21 vendémiaire an 8 - 13 octobre 1799).

Le 13 octobre, pendant une expédition dans la rivière du Levant, à Deva près Sestri di Levante, le Lieutenant Etienne Laffite, emporté par son zêle à poursuivre l'ennemi, se trouve tout à coup, et avec quelques hommes seulement, séparé du Régiment et en présence d'un fort détachement d'arrière garde autrichien. Dans cette situation critique, Laffite ne perd pas un instant son sang froid et, sans calculer le nombre de ses adversaires, se fait passer pour l'avant garde d'une troupe importante, et les somme de déposer les armes; ceuc-ci, trompés par tant d'audace, se constituent immédiatement prisonniers et à la fin de la journée, le Lieutenant Laffite, plein d'un légitime orgueil, ramène triomphalement au quartier général 6 Officiers et 264 hommes. Le Général félicite l'ardeur de ce vigoureux coup de main et ordonne que ses prisonniers soient traités avec les plus grands égards.

Le 21 vendémiaire (13 octobre 1799) selon Denis Moreau : marche de 7 lieues; il arrive sur les montagnes de Bracco et de Sestri; la troupe tombe sur l'ennemi et ouvre aussitôt le feu; 1200 hommes sont pris le long de la mer par où ils tentaient de retraiter pour s'embarquer; pour finir, Denis Moreau va camper à Bracco. Le 22 (14 octobre 1799), Denis Moreau marche 3 lieues et campe en bord de mer à Sestri; il y séjourne. Le 24 (16 octobre 1799), il part de Sestri avec les 1200 prisonniers, marche 6 lieues et couche à Recco. Le 25 (17 octobre 1799), après une marche de 6 lieues, il arrive à Gênes et couche dans le faubourg de Saint Pierre.

Armée française d'Italie, 17 octobre 1799 (Nafziger 799JBX)
Général Commandant : Général Championnet
Division Watrin
Brigades : Généraux de Brigade Gauthrin, Darnaud et Petitot
30e Demi-brigade : 828 hommes

Le 26 (18 octobre), Denis Moreau marche 5 lieues et arrive à Busalla.

Le 20 octobre, le Général Watrin apprend que Klenau ayant commencé sa retraite, a laissé quelques corps à Sestri et à Chiavari; malgré la fatigue excessive causée par une marche forcée dans des chemins affreux, il s'y porte aussitôt et atteint le lendemain la colonne ennemie; les Grenadiers l'attaquent, tandis que la 30e la prend en front et en flanc; la déroute est complète et 400 prisonniers demeurent entre nos mains.

Ce jour là (29 vendémiaire an 8 - 21 octobre 1799), Denis Moreau note avoir quitté Busalla pour bivouaquer près de Rigorosé (?). Le 1er brumaire (23 octobre 1799), il marche trois lieues pour se rendre près de Gavi. Le 2 (24 octobre 1799), il arrive dans la plaine par Novi où il y a une forte bataille que les Français remportent.

Dans la notice historique, on lit que "le même mois, le Général Miollis, soutenu par la Division Watrin, livre contre Kleneau le combat de Boseo et du camp de Novi où les Autrichiens, entièrement défaits, ont 1000 prisonniers, un grand nombre de tués et de blessés et perdent cinq pièces de canon".

Le 3 brumaire (25 octobre 1799), Denis Moreau, après avoir marché deux lieues, bivouaque sur le bord de la Scrivia, près d'une ferme qui s'appelle Revolta. Il y reste juqu'au 12 (3 novembre 1799).

A la fin d'octobre, la Division Watrin occupe la Bochetta; l'effectif de la 30e est réduit à 771 hommes.

Le 12 brumaire (3 novembre 1799), Denis Moreau quitte les bords de la Scrivia pour se rendre près de Busalla où l'ennemi tente d'attaquer le 13 (4 novembre 1799). La troupe reste sur sa position jusqu'au soir. Denis Moreau explique que son Bataillon est isolé, et que l'ennemi croit s'en emparer. Dans la soirée, les hommes préparent de grands feux comme s'ils allaient passer la nuit sur place; aussitôt, l'ennemi pénétre dans le campament mais ne trouve personne. Le Bataillon grâce à son leurre, est parvenu à se rendre du côté de Novi, où il couche après avoir marché une lieue.

"Le 13 (brumaire - 4 novembre 1799) l'ennemi c'est avancé vers nous et l'on c'est tirailliés toute la journée et le soir nous nous sommes retiré" (soldat Guyot).

Le 5 novembre, le Général Saint Cyr s'avance contre Kray et prend position à Novi; la Division Watrin occupe la gauche; nous n'avons que quatre pièces. Les forces autrichiennes sont considérables. Kray forme quatre colonnes d'attaque; elles sont chargées à la baïonnette, bousculées et refoulées jusque dans Novi abandonnant 2000 prisonniers, 4 pièces et perdant 2000 tués ou blessés.

Le 15 brumaire (6 novembre 1799 - dans son journal, Denis Moreau a noté par erreur le 25, mais la chronologie de son récit montre bien qu'il parle du 15), l'ennemi attaque à une heure du matin; le feu est vif. Denis Moreau est blessé d'un coup de feu à la cuisse gauche au bout d'une demie heure de combat; il se retire non sans peine sur Gavi, puis couche à Carouge (?). Ce jour là, il a fait 3 lieues.

"Le 15 nous avons été attaqué vivement de la part de l'ennemi. La bataille a été sanglante ; il y a resté une grande quantités de morts et blessez tant d'une part que de l'autre et nous avons gardé nos positions. [...] (il s'agit en réalité de l'expédition du Lieutenant Lafitte)" (soldat Guyot).

Le 16 brumaire (7 novembre 1799), Denis Moreau arrive à l'hôpital de Gênes, où il demeure jusqu'au 24 (15 novembre 1799). Le 24 (15 novembre 1799), il rejoint sa Demi-brigade près de Novi. Après avoir marché 6 lieues, il couche le 25 (16 novembre 1799) à Voltaggio, et le lendemain, après une marche de 4 lieues, il retrouve au camp de Novi la Demi-brigade.

Le 17 novembre 1799 (26 brumaire an 8), le Général Bonaparte, depuis Paris, écrit au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je désirerais que vous donnassiez l'ordre à la 14e demi-brigade de ligne et à la 30e de se rendre à Fontainebleau où on leur incorporera les bataillons auxiliaires afin de mettre ces deux excellentes demi-brigades dans le cas de faire la guerre le plus promptement possible ..." (Correspondance générale, t.2, lettre 4770).

A la fin de novembre, la 30e voit une grande partie de ses cadre rentrer en France ; elle se réorganise à Fontainebleau et n'a plus qu'un fort détachement à l'Armée d'Italie.

Le 15 frimaire an 8 (6 décembre 1799), l'ennemi attaque sur la gauche de la Division; celle ci est obligée de quitter la ville sans tirer un coup de fusil. Denis Moreau marche 3 lieues et se rend à Carouge (?).

Le 10 décembre, Hohenzollern et Eidel attaquent les retranchements de la Bochetta; ils sont repoussés avec perte par la Division Watrin.

Le 20 frimaire (11 décembre 1799), Denis Moreau raconte que les Grenadiers (de la 30e) se sont emparés du drapeau du Bataillon et se sont mis en marche sans avoir reçu aucun ordre. Ils se portent à Bocchetta avec toute la troupe. L'Armée de Gênes est en révolte, poussée par la misère et la fin. Denis Moreau explique qu'elle ne demande que des vivres et sa paie. Les hommes subsistent avec 3 quarterons de pain par jour, et quand il n'y en a pas, on distribue 9 onces de mauvaises châtaignes. L'ennemi profite de la situation : voyant les soldats français s'éloigner, il se met à les suivre. Denis Moreau dit qu'alors, les hommes se postent au pied de la Bocchetta et que les Officiers montent la garde afin que l'ennemi ne prenne pas cette position. A ce moment parait le Général qui demande aux hommes ce qu'ils souhaitent. Ils réclament des vivres et de l'argent, et le Général leur promet un mois de paie, et que sous trois jours, doivent arriver à Gênes 5 bâtiments de blé. Si sous 8 jours, ils ne sont pas là, le Général s'engage à partir à leur tête. Les hommes répondent qu'ils resteront dans leur positions 3 jours, et que s'ils n'obtiennent pas ce qu'ils demandent, ils regagneront la France. Pendant trois jours, effectivement, ils demeurent sur place, sans leurs Officiers; le commandement est exercé par la troupe. Denis Moreau parle d'un Grenadier faisant officer de Quartier maître : celui relève tous les jours les noms des présents et fait des bons pour les vivres (pain, viande, eau de vie). Denis Moreau remarque qu'avec ces bons, il ne lui manque rien : on se rend chez le Commissaire des guerres qui les signe et donne ce qui est indiqué dessus. Curieusement, avant la révolte, tout manquait; et maintenant, tout semble à profusion ! Finalement, le 24 frimaire (15 décembre 1799), un mois de paie est distribué à la troupe; les Officiers demandent aux hommes de regagner leurs positions. Déjà, du côté de Gênes, deux colonnes, qui étaient, comme celle de Denis Moreau, en révolte, sont en train de reprendre leurs anciennes positions, occupée par l'ennemi qui avait profité de la situation pour s'en emparer. Les Grenadiers restituent à leurs Officiers les drapeaux et promettent de les suivre. La troupe remonte sur la Bocchetta, passe à Voltaggio où se trouve l'ennemi, et le repousse jusqu'à Carouge (?). Celui-ci tente de résister mais il est repoussé, et Denis Moreau peut s'installer à Carouge où il bivouaque (marche de 6 lieues).

"Le 20 (frimaire - 11 décembre 1799) le bataillon c'est retiré sans ordre et venue à Campo Moronni ; resté jusqu'aux 24 ; le meme jour nous avons prie nos positions que nous avions abandonné dans le temps de l'insurrection de l'armée (Guyot semble faire allusion ici à un mouvement de révolte qui aurait eu lieu dans l'Armée d'Italie, mais dont on ne trouve pas confirmation dans les archives militaires) et il étoit occupé par l'ennemi qu'il n'a abandonné qu'a la grande force et après avoir perdue beaucoup de monde et l'ennemy aussi bien que nous" (soldat Guyot).

Le 2 nivôse an 8 (23 décembre 1799), Denis Moreau quitte Carouge, marche une lieue et s'établit à Voltaggio.

Championnet, nommé au commandement de l'Armée d'Italie, en remplacement de Moreau, quitte le commandement de l'Armée, épuisé, et meurt de l'épidémie qui décime ses soldats le 9 janvier 1800; Masséna lui succède. Il partage son armée en deux Corps : celui de droite, commandé par Soult, doit garder Cadibone, la Bochetta et Gênes; celui de gauche, sous Suchet, doit occuper les passages de Finale à Tende.

La 30e, placée dans le Corps de Suchet, fait partie de la Division Mingaud et de la Brigade Launay; à la fin de l'année, elle occupe le col de Tende; son effectif est réduit à 508 hommes.

A noter que certaines sources donnent la 30e présente à Vaprio en 1799.

 

IV/ Campagnes de 1800

Sergent major porte drapeau 30e Demi-brigade
Fig. 4 Tenue de Sous officier porte drapeau en 1800 selon Rigo (Tradition N°04)

Le 25 janvier 1800 (5 pluviôse an 8), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Mon intention, Citoyen Ministre, est d'organiser une armée de réserve dont le commandement sera réservé au Premier Consul. Elle sera divisée en droite, centre et gauche. Chacun de ces trois grands corps sera commandé par un lieutenant du général en chef. Il y aura, en outre, une division de cavalerie, commandée également par un lieutenant du général en chef.
Chacun de ces grands corps sera partagé en deux divisions, commandées chacune par un général de division et par deux généraux de brigade, et chacun des grands corps aura en outre un officier supérieur d'artillerie.
Chaque lieutenant aura un général de brigade pour chef de son état-major; chaque général de division, un adjudant général.
Chacun de ces corps sera composé de 18 à 20,000 hommes, dont deux régiments de hussards ou chasseurs, et seize pièces d'artillerie, dont douze servies par des compagnies à pied, et quatre par des compagnies à cheval.
Les quatorze bataillons qui forment les dépôts de l'armée d'Orient, les 14e, 30e, 43e, 96e demi-brigades, qui sont dans la 17e division, la 9e et la 24e légère, qui sont à l'armée de l'Ouest, les 22e, 40e, 58e et 52e, qui sont aussi à cette armée, la 11e légère et la 66e, qui sont dans les neuf départements réunis, feront partie de l'armée de réserve.
Les 15e, 19e, 21e, 24e de chasseurs, les 5e, 8e, 9e et 19e de dragons, les 11e, 12e et 2e de hussards, les 1er, 2e, 3e, 5e et 18e de cavalerie, les sept escadrons de dépôt des corps à cheval de l'armée d'Orient, seront le noyau de l'armée de réserve.
La droite sera réunie à Lyon, le centre à Dijon, et la gauche à Châlons-sur-Marne.
Le général de division Saint-Remy fera les fonctions de commandant de l'artillerie de l'armée. Le chef de brigade Gassendi sera directeur général du parc. Le premier inspecteur du génie, Marescot, commandera cette arme. Il y aura un ordonnateur et quatre commissaires des guerres attachés à chacun des trois grands corps, et un ordonnateur en chef attaché à l'armée et résidant auprès du ministre de la guerre, qui fera les fonctions de chef de l'état-major.
Il est nécessaire d'appeler à Paris un membre du conseil d'administration de chacun des corps qui composeront l'armée, porteur de l'état de situation de l'armement, équipement et habillement. Ils s'assembleront à Paris le 15 février.
Vous donnerez des ordres pour compléter le plus promptement possible chaque bataillon à 1,000 hommes.
Vous me proposerez les officiers qui devront composer l'état-major de cette armée.
Vous tiendrez extrêmement secrète la formation de ladite armée, même dans vos bureaux, auxquels vous ne demanderez que les renseignements absolument nécessaires
" (Correspondance de Napoléon, t.6, lettre 4552; Correspondance générale, t.3, lettre 4903).

La 30e va être reconstituée en France, et placée dans la Division Boudet pour faire partie de l'Armée avec laquelle Bonaparte, devenu Premier Consul, se propose d'aller au secours de l'Armée d'Italie. Jean Boudet, est né à Bordeaux le 9 février 1769, Dragon dans Penthièvre du 22 octobre 1785 au 10 avril 1788, Lieutenant au 5e Bataillon de la Gironde le 5 août 1792, Capitaine le 6 septembre 1792, Commandant du 1er Bataillon de chasseurs le 13 décembre 1793, Chef de Brigade provisoire à la Guadeloupe le 19 juin 1794, Général de Brigade provisoire le 14 décembre 1795, Général de Division provisoire le 20 octobre 1796, Général de Brigade le 4 janvier 1800, Général de Division le 2 avril 1800. Il devint Comte de l'Empire et Grand-officier de la Légion d'honneur, et mourut à Budwitz, en Moravie, d'une attaque de goutte, le 14 septembre 1809.

A l'Armée d'Italie, le 15 pluviôse an 8 (4 février 1800), Denis Moreau quitte Voltaggio, marche 4 lieues et couche à Pontedecimo. Le 17 (6 février 1800), il marche 7 lieues et arrive à Savona. Le 18 (7 février 1800), après une marche de 5 lieues, il est à Finale; le 19 (8 février 1800), marche de 6 lieues et arrivée à Alassio; le 20 (9 février 1800), marche de 5 lieues et arrivée au port de Porto Maurizio; le 21 (10 février 1800), marche de 5 lieues et arrivée à San Remo.

Le 11 février 1800 (22 pluviôse an 8), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... Faites-moi connaître où sont ... les deux bataillons ... des 30e ... de ligne ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 4963 ; le 14 février 1800 (25 pluviôse an 8), la même demande est adressée au Général Berthier - Correspondance générale, t.3, lettre 4982).

Le 22 pluviôse (11 février 1800), Denis Moreau quitte la République ligurienne et après avoir marché 6 lieues, arrive à Menton, en France. Le 23 (12 février 1800), il arrive à Nice, où il séjourne.

Le même jour (12 février 1800 - 23 pluviôse an 8), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Lefebvre, commandant les 15e et 17e Divisions Militaires, à Paris : "Vous voudrez bien, citoyen général, envoyer par un courrier extraordinaire l'ordre au général Gardanne de faire rejoindre les conscrits.
Vous lui ferez connaître que je n'approuve pas les mesures qui ont été prises d'en former des colonnes mobiles pour les départements. Tous les conscrits provenant de la 14e division seront dirigés sur Versailles où vous établirez un dépôt général pour les incorporer dans les 14e, 30e et autres demi-brigades défaites qui vont se rendre à Paris pour y être réorganisées.
Faites sentir au général Gardanne qu'il est essentiel qu'il profite du moment où il a de grandes forces à sa disposition pour presser le départ des conscrits
" (Correspondance générale, t.3, lettre 4972).

Le 24 (13 février 1800), Denis Moreau est dans les environs de Nice. Le 25 (14 février 1800), il marche 7 lieues, passe le Var, passe à Antibes et couche à Cannes. Le 26 (15 février 1800), après une marche de 7 lieues, il arrive à Fréjus. Le 27 (16 février), marche de 4 lieues et arrivée au Muy. Le 28 (17 février 1800), marche de 5 lieues et arrivé au Luc. Là, Denis Moreau reçoit un contre-ordre pour retourner dans les montagnes du côté du col de Tende. Le 30 (19 février 1800), marche de 5 lieues et arrivée au Muy. Le 1er ventôse (20 février 1800), il marche 4 lieues et couche à Fréjus. Le 2 (21 février 1800), marche de 7 lieues et arrivée à Cannes. Le 3 (22 février 1800), marche de 7 lieues et arrivée à Nice où Denis Moreau séjourne. Le 5 (24 février 1800), marche de 4 lieues en direction de l'Escarène, dans le centre des Barbets. Denis Moreau va y séjourner jusqu'au 16 floréal (6 mai 1800).

"Le 15 floréal (5 mai 1800 - il y a erreur de date; il faut plutôt lire 15 pluviôse) à Pontissime et nous avons passez la revue de rigueur le même jour [...], le 17 à Savonne, le 20 à Manton [...], le 23 à Nice et le 24 séjour, le 25 à Cannes [...], le 28 à Oluce où nous avons recue contre ordre pour retourner dans les montagnes de la Conté de Nice" (soldat Guyot).

Le 6 mars 1800 (15 ventôse an 8), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "La 30e demi-brigade de ligne, citoyen ministre, a 600 hommes sans fusils. Veuillez prendre des mesures sur-le-champ pour lui en faire donner dans le plus court délai" (Correspondance générale, t.3, lettre 4963).

Le même jour, il adressse une deuxième lettre au Général Berthier : "La 30e demi-brigade a douze officiers piémontais. Mon intention n'est point de faire tort à ces braves gens, qui se sont bien montrés pour la France; mais je désire que vous en placiez une partie dans la légion italique, et que vous répartissiez l'autre partie dans les demi-brigades de la République, un par un" (Correspondance de Napoléon, t.6, lettre 4645; Correspondance générale, t.3, lettre 5053).

Le 17 ventôse an 8 (8 mars 1800), le Ministre de la guerre écrit au Général Dupont depuis Paris :
"L'armée de réserve est composée de six divisions :
(...) 5e Division.
17e légère, 14e, 30e de ligne.
(...) Il sera donné des ordres pour que ces corps soient mis, de préférence dans les lieux où ils se trouvent, en état de faire la campagne (a).
Faire un tableau pour le Premier Consul de la route que doit suivre chacun de ces corps pour se rendre à Dijon, et la ville où sera placé le quartier général de chaque division.
Alex. BERTHIER.
Note de la main de Berthier :
(a) C'est-à-dire qu'il sera donné des ordres pour donner à ces corps tous les objets dont ils auraient besoin pour faire la guerre, de préférence en épuisant toutes les ressources des lieux où ils se trouvent
".

Le 12 mars, la zone de cantonnement de la 5e Division est fixée à Gray (note de Duroc, Aide de camp du 1er Consul, à Berthier). Le même jour (12 mars 1800 - 21 ventôse an 8), le Premier Consul écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Les 14e et 30e demi-brigades de ligne seront passées en revue par le ministre de la guerre le 1er germinal (22 mars). Les ordres seront donnés pour que d'ici à cette époque, ces deux demi-brigades soient portées au moins à 1500 hommes et l'habillement et armement en bon état ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 5085).

Situation au 15 mars : 5e Division à Grey : 17e Légère, 590 hommes, à Aix; 14e de Bataille (sic), 1101 hommes; 30e de Bataille (sic), 1584 hommes. Ces deux dernières Demi-brigades s'organisent en ce moment dans la 17e Division militaire; elles n'ont point encore reçu d'ordre de départ. Notons que la Notice historique indique qu'à cette date, la 30e "reçoit un grand nombre de recrues et se réorganise dans la 17e Division militaire à Bèze et à Mirebeau, son effectif à cette date est de 3070 hommes". Cet effectif est en fait celui théorique annoncé fin avril.

Le 22 mars 1800 (1er germinal an 8), Bonparte écrit au Général berthier, Ministre de la Guerre : "... Je vous prie de me faire connaître le jour où ... le bataillon de la 30e qui était à Embrun, seront arrivés à Lyon, et de leur donner l'ordre, à Lyon, de se diriger sur Dijon ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 5140).

Le 23 mars (2 germinal), Berthier écrit depuis Paris à Masséna : "L'a déjà invité à diriger de l'armée d'Italie sur Lyon tous les bataillons isolés : insiste pour que les 39e et 55e demi-brigades, les bataillons des 21e et 30e de ligne exécutent ce mouvement" ("Extraits des mémoires inédits de Victor").

Au 24 mars, la situation est la suivante : 5e Division à Grey : 17e Légère, 2 Bataillons, 590 hommes; 14e de Bataille (sic), 3 Bataillons, 1101 hommes; 30e de Bataille (sic), 3 Bataillons 1584 hommes. Au 10 avril, la 30e présente un effectif de 3070 hommes. A la date du 16 avril, la 30e n'a pas encore été intégrée dans l'Armée de réserve.

Le 14 avril 1800 (24 germinal an 8), Bonaparte écrit depuis Paris à Carnot, Ministre de la Guerre : "Je vous prie, citoyen ministre, de donner l'ordre : ... 3° Aux deux bataillons de la 30e de ligne, qui sont à Paris, de se rendre à Dijon et de partir le 1er floréal ...
Je vous prie de passer, le 28, la revue des deux bataillons de la 30e et des escadrons des 19e de dragons et du 3e de cavalerie, qui doivent partir le 1er floréal pour l'armée de réserve, et de donner les ordres pour qu'il soit fourni à ces corps tout ce qui pourrait leur manquer ...
" (Correspondance de Napoléon, t.6, lettre 4715; Correspondance générale, t.3, lettre 5181).

Situation des Corps de l'Armée de réserve arrivés dans leurs cantonnements le 26 germinal (16 avril).
Corps destinés pour l'Armée de réserve et non encore arrivés.
Infanterie de ligne : 30e, 3070 hommes
Signé : VIGNOLLE.
("Extraits des mémoires inédits de Victor").

Le 18 avril, Berthier a donné l'ordre de former la Division Boudet des 59e et 30e de Ligne et de la 9e Légère. Un ordre du jour en date du 20 avril attribue les Généraux de Brigade Musnier et Duvignau à la Division Boudet.

Force des Corps de l'Armée de réserve d'après la situation établie à Paris; le 1er floréal an 8 (21 avril 1800)
(Archives nationales AF. IV; reg. 1132)
30e de Bataille (sic) : effectif 3441 hommes; présents : 3070

La 5e Division, devenue Division Boudet part de Paris pour l'Armée de réserve. Le 21 avril, dans sa "proclamation aux jeunes Français", diffusée depuis Paris, le Premier Consul dit : "Un corps de 4,000 hommes, composé de la 30e demi-brigade, du 19e de dragons, du 3e de cavalerie, est parti de Paris ce matin pour Dijon" (Correspondance de Napoléon, t.6, lettre 4722). En fait, seuls deux Bataillons de la 30e partent de Paris le 21 avril (le Premier Consul au Ministre, 14 avril, et proclamation du 21 avril).

Le 22 avril 1800 (2 floréal an 8), Bonaparte écrit depuis Paris à Carnot, Ministre de la Guerre : "... Les deux bataillons de la 30e, forts de 1,800 hommes et 150 hommes du 3e de cavalerie, sont partis hier ..." (Correspondance de Napoléon, t.6, lettre 4724; donnée dans "Extraits des mémoires inédits de Victor").

Le 23 avril 1800 (3 floréal an 8), Bonaparte écrit depuis Paris à Carnot, Ministre de la Guerre : "Vous voudrez bien, citoyen ministre, donner l'ordre au 3e régiment de cavalerie qui est à Compiègne de partir le 12 floréal pour se rendre à Dijon ... Même ordre au dépôt de la 30e de ligne qui est à Paris" (Correspondance générale, t.3, lettre 5191).

Le 24 avril (4 floréal an 8), le Premier Consul écrit depuis Paris au Général Berthier, Commandant en chef de l'Armée de Réserve, à Dijon : "... La 30e est partie depuis trois jours, mais il y a dans cette demi-brigade beaucoup de conscrits" (Correspondance de Napoléon, t.6, lettre 4729; Correspondance générale, t.3, lettre 5193) .

Les mouvements de l'Armée de réserve prévus par le Premier Consul, sont subordonnés aux opérations de l'Armée du Rhin. Ils dépendent aussi de la situation de l'Armée d'Italie.

En effet, les hostilités qui avaient cessé en décembre, recommencent au printemps. Les Autrichiens, conduits par Mélas, lancent une vigoureuse offensive dans les premiers jours d'avril. Le 6, Méla force les passages, s'empare de Savonne et coupe l'armée française en deux parties.

Situation de l'Armée d'Italie le 6 avril 1800
Commandant en chef : Général Masséna
Centre : Général Suchet; Division Lesuire, Brigade Brunet : 30e Demi-brigade (508 hommes).

Masséna, qui commande l'Armée d'Italie, s'est vu contraint de se jeter dans Gênes où il résiste à tous les efforts de l'importante armée autrichienne commandée par Mélas. Il va succomber, mais son héroïque résistance, en attirant toutes les forces de l'ennemi sur les Apennins, va permettre à Bonaparte de réaliser, en se frayant un chemin à travers les Alpes, l'une de ses conceptions les plus hardies et les plus fécondes. Suchet quant à lui a du se retirer derrière le Var où Mélas, pendant des jours, tente vainement de forcer le passage. Dans la marche en retraite de la 30e, évacuant le col de Tende, le Sous lieutenant Guillaume (Bernard) est fait prisonnier.

Les opérations de Mélas contre Masséna dans la rivière de Gênes ne sont connues en France qu'à la fin du mois d'avril; mais on apprend bientôt, à Dijon et à Paris, l'attaque dirigée par les Autrichiens sur le Mont-Cenis (8 avril), défendu par l'aile gauche de l'Armée d'Italie.

Vers la fin d'avril arrivent, peu à peu, des renseignements sur l'offensive prise par l'Armée autrichienne contre l'Armée d'Italie dans la rivière de Gênes. Ces nouvelles décident le Premier Consul à porter l'Armée de réserve des environs de Dijon sur les bords du lac de Genève, tout en activant les mesures relatives à son organisation. Le 25 avril 1800 (5 floréal an 8), Alexandre Berthier, Général en chef de l'Armée de réserve, écrit depuis Dijon au Général Masséna :
"Une lettre de Nice parvenue ici, mon cher Général, nous annonce que vous avez été attaqué sur tous les points par des forces supérieures, que vous avez battu et repoussé l'ennemi et fait une très grande quantité de prisonniers. Je sens combien il serait important que je fusse en mesure d'entrer en Italie; mais l'armée de réserve n'est pas encore rassemblée. Je presse son organisation et j'espère être en mesure vers la fin du mois. J'ai cependant fait filer sur Lausanne, Vevey, Saint-Maurice, ainsi que sur Genève, une division de 7,000 hommes, qui donnera de l'inquiétude à l'ennemi.
J'attends des nouvelles du général Moreau, qui doit avoir passé le Rhin.
Je vous expédie ce courrier pour connaître votre position. J'attends son retour avec impatience. Vous sentez qu'il est important que j'aie souvent de vos nouvelles.
P. S. – Je reçois à l'instant une lettre du Premier Consul. Il ordonne à Moreau d'attaquer l'ennemi avec impétuosité; moi, je me porte avec ce que j'ai de disponible de la réserve pour opérer une diversion en votre faveur. Je vous écrirai plus en détail.
Alex. BERTHIER
".

Situation de l'Armée de réserve au 25 avril 1800
BERTHIER, Général en chef
DUPONT, Général de Division, Chef de l'Etat-major général
DUHESME, Lieutenant du Général en chef
BOUDET, Général divisionnaire, Quartier général à Poligny
MUSNIER et GUENAND, Généraux de Brigade
DALTON, Adjudant général
9e Légère, à Poligny, 2542 hommes
30e de Bataille, à Nuits, 3070 hommes
59e de Bataille, à Mirebeau, 2196 hommes
7e Chasseurs à cheval à Plombières, 150 hommes.
Effectif total : 7958 hommes
Donnée dans : "Extraits des mémoires inédits de Victor". A noter qu'une autre situation (établie à Paris) donne la 30e à Dijon

Le 26 avril (6 floréal an 8), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Commandant en chef l'Armée de réserve, à Dijon : "... voici comment je vois votre armée : (...) La division Boudet, composée des 9e légère, 30e, 59e de ligne : 7 à 8,000 hommes (...). Ces quatre divisions disponibles et prêtes à marcher au 10 floréal (...). Ainsi, il me semble que, le 15 floréal, vous pourrez avoir à Genève, prêts à se porter où il sera nécessaire : (...) les quatre premières divisions ..." (Correspondance de Napoléon, t.6, lettre 4732; Correspondance générale, t.3, lettre 5202; donnée dans "Extraits des mémoires inédits de Victor").

Le 28 avril 1800 (8 floréal an 8), le Premier Consul écrit depuis Paris à Berthier, Commandant en chef l'Armée de réserve, à Dijon : "... La 30e demi-brigade doit, à l'heure qu'il est, être arrivée ... " (Correspondance de Napoléon, t.6, lettre 4742; Correspondance générale, t.3, lettre 5214; donnée dans "Extraits des mémoires inédits de Victor").

Quand l'Armée de réserve quitte, le 27 avril, la région de Dijon pour se porter au secours de Masséna, elle n'est qu'imparfaitement organisée et bien des détachements attendus ne sont pas encore arrivés. Les Dépôts sont laissés sur la Saône et c'est vers Dijon que sont dirigées toutes les troupes de renfort destinées à l'Armée. De nombreuses lettres sont échangées entre le Premier Consul, le Ministre, le Général en chef Berthier et le Général Vignolle, Adjoint au Chef d'état-major, chargé de l'organisation de ces Dépôts. Grâce à leur correspondance, nous connaissons les dates d'arrivée à Dijon de chaque détachement. Ainsi, pour la 30e, 443 hommes doivent arriver du 12 au 14 mai.

Situation de l'Armée de réserve au 30 avril 1800 (10 floréal)
BERTHIER, Général en chef
DUPONT, Général de Division, Chef de l'Etat-major général
DUHESME, Lieutenant du Général en chef
BOUDET, Général divisionnaire
MUSNIER et GUENAND, Généraux de Brigade
Colin, Adjudant général
9e Légère, en marche pour Nyon, 2542 hommes
30e de Bataille, en marche pour Dijon, 2370 hommes
59e de Bataille, en marche pour Nyon, 2379 hommes
Effectif total : 7291 hommes
Observations : La 30e de Bataille arrive le 12 Floréal à Dijon, le Dépôt arrive le 22 Floréal; le 3e Bataillon est encore en Italie.

Début mai, l'on apprend la véritable situation de l'Armée d'Italie Masséna bloqué dans Gênes, et l'échec des manoeuvres de Suchet rejeté sur le Var. Il est urgent de les dégager au moyen d'une prompte et puissante diversion. Ainsi se précise l'opération de la traversée des Alpes : l'Armée de réserve débouchera en Piémont par la vallée d'Aoste, tandis que l'aile gauche de l'Armée d'Italie marchera vers Turin, et que l'Armée du Rhin, victorieuse à Stockach, enverra un gros détachement en Lombardie par le Saint-Gothard. Le 1er mai, Bonaparte écrit depuis Paris à Berthier : "La division Boudet doit être arrivée à Genève et Nyon; faites-la également filer sur Villeneuve".

Les deux Bataillons de la 30e arrivent le 2 ou 3 mai à Dijon (le Ministre de la Guerre à Berthier, 15 avril), où les rejoint le 3e Bataillon, parti d'Embrun (Le Premier Consul au Ministre, 22 mars).

Le 2 mai 1800 (12 floréal an 8), le Premier Consul écrit depuis Paris à Berthier, Commandant en chef l'Armée de réserve, à Dijon : "... Le dépôt de la 30e, fort de 500 hommes, est parti il y a plusieurs jours ... " (Correspondance de Napoléon, t.6, lettre 4747; Correspondance générale, t.3, lettre 5214).

Le 5 mai, Berthier écrit depuis Genève au Chef d'Etat major de l'Armée de Réserve : "Donnez l'ordre à la division Boudet de se rendre à Lausanne". La veille, la Division Boudet était concentrée à Nyon. Bonaparte quitte Paris le 6 mai pour hâter les mouvements. Ce jour là, Berthier écrit depuis Genève au Général Dupont, Chef de l'Etat major général : "Il (le Premier Consul) m'annonce que le dépôt de la 30e, fort de 500 hommes, est parti il y a plusieurs jours".

Situation de l'Armée de réserve aux 9 et 10 mai 1800
BERTHIER, Général en chef
DUPONT, Général de Division, Chef de l'Etat-major général
BOUDET, Général divisionnaire
Aides de camp : MOREAU, Chef de Bataillon; BAGUET, lieutenant; Louis MUSNIER
MUSNIER et GUENAND, Généraux de Brigade
DALTON, Adjudant général
9e Légère, Lausanne et environs, 2542 hommes
30e de Bataille, arrive le 20 Floréal à Nyon, 1500 hommes
59e de Bataille, Lausanne et environs, 2379 hommes
Effectif total : 6421 hommes
Observations : La 30e de Bataille part le 21 Floréal pour Lausanne; le Dépôt de la 30e (500 hommes) arrive à Dijon le 22 floréal

Le 6 mai, la Municipalité de Nyon écrit au citoyen Berthier, Général en chef de l'Armée de réserve : "Le général de division Boudet a établi ici son quartier général. Le commissaire des guerres, attaché à cette division, nous a fait des réquisitions multipliées, auxquelles nous avons satisfait tant que nous en avons eu les moyens. Actuellement, toutes nos ressources sont épuisées (...) tandis qu'il passe des corps considérables". Le 7 mai, Dupont écrit depuis Genève au Ministre de la Guerre : "Les divisions Boudet et Loison vont occuper Lausanne". Le 9 mai, la Division Boudet est à Lausanne. Ce jour là, Berthier écrit au Général Dupont : "Ordonnez au général Boudet les arrêts pour deux heures pour s'être permis de changer son quartier général sans ordre de l'état-major général".

Le 10, Berthier indique depuis Genève au Général Dupont, que la Division Boudet sera composée de la 9e Légère, des 30e et 59e de Bataille (sic), d'un Escadron du 15e de Chasseurs, et d'Artillerie (cette dernière, avec une vingtaine de caissons, rejoint la Division le 10 mai, à Vevey - Manuscrit Couvreu) : 2 pièces de 4; 4 pièces de 8; 2 obusiers. La 30e demi-brigade, qui est le 10 mai à Nyon, rallie le gros de la Division le 11, à Vevey, avec le Général Guénaud (Manuscrit Couvreu).

Situation de l'Armée de réserve au 10 mai 1800 (Nafziger)
BERTHIER, Général en chef
Corps du Général Duhesme
2ème Division : Général de Division Boudet
9ème Légère
30ème Demi-brigade
59ème Demi-brigade

Le 12 mai, Bonaparte quitte Genève pour Villeneuve. Le même jour, Berthier donne ordre à la Division Boudet de se rendre le 24 floréal (14 mai) à Bex près de Saint Maurice. De Vevey à Bex, il y a 29 kilomètres. Le même jour, il indique au Chef d'Etat major que "le Premier Consul passera la revue de la division Boudet demain, à 11 heures, à Vevey". D'après l'ordre primitif, cette revue doit avoir lieu à midi. Accompagné de Berthier et de Dupont, le Premier Consul part de Lausanne en voiture, le 13 mai à midi et arrive à 3 heures à Vevey. La Division Boudet, forte de 5118 hommes, comprenant les 9e légère, 30e et 59e de Bataille, l'attend sur la place du Marché. "A 2 heures et 3/4, le Premier Consul est enfin arrivé, annoncé par le bruit du canon, qui n'a cessé de tirer que lorsqu'il a été sur la place. Accompagné des généraux Berthier, Victor, de l'aide de camp général et des quatres généraux ci-dessus, il a fait l'inspection des troupes en passant entre les lignes, au bruit du tambour et de la musique alternativement. Il a paru fort satisfait de la tenue de la 9e, mais peu des deux autres. Après l'inspection, l'aide de camp général a commandé l'exercice de la charge et des feux; après quoi, toute cette petite armée a défilé par pelotons devant lui et les autres généraux. Après quoi, tous les officiers et sous-officiers ont été appelés à l'ordre. Bonaparte leur a adressé un petit discours, dans lequel on a remarqué cette phrase: J'ai offert la paix à l'Empereur, il ne l'a pas voulu; il ne nous reste plus qu'à le prendre à la gorge". Le Premier Consul et Berthier se rendent ensuite à Villeneuve, où ils inspectent les approvisionnements arrivés par le lac, et l'artillerie des trois Divisions Boudet, Loison et Chambarlhac, qui ont l'ordre de venir s'y ravitailler. Ils rentrent en voiture à Lausanne à minuit.

Le 14 mai (24 floréal an 8), Berthier écrit depuis Lausanne au Général Dupont : "Donnez l'ordre à la division Boudet, qui est à Bex, de se rendre à Saint-Branchier ou Orsières demain 25".

Le même jour (14 mai 1800 - 24 floréal an 8), Bonaparte écrit depuis Lausanne au Général Lacuée, Ministre de la Guerre par intérim (Carnot est en mission à l'Armée du Rhin) : "... Une grande partie des conscrits qui ont été donnés à Paris à la 30e ... ont déserté avec armes et bagages ... Il faudrait faire faire des perquisitions pour savoir ce que sont devenus ces conscrits, ce qu'ils ont fait de leurs armes ..." (Correspondance générale, t.3, lettre 5299).

Et dans une autre lettre datée du même jour, expédiée depuis Lausanne au Général Mortier, Commandant de la 17e Division Militaire, à Paris : "... La plupart des conscrits fournis à la 30e demi-brigade ont déserté avec armes et bagages avant d'arriver à Dijon ... Faites des perquisitions pour connaître ce que sont devenus ces conscrits." (Correspondance de Napoléon, t.6, lettre 4790; Correspondance générale, t.3, lettre 5302).

Concernant les éléments de la 30e à l'Armée d'Italie, Denis Moreau note dans son journal être parti le 16 floréal (6 mai 1800) de l'Escarène pour se rendre dans une montagne appelée la Colle Siguer (?); puis être parti au col de Braus, où il est resté 3 heures; de là, il a couché près de la chapelle Saint Pierre. Le 19 (9 mai 1800), il se remet en route et couche près de Drap. Le 20 (10 mai 1800), il fait 7 lieues : parti de Drap, il couche près de Saint Laurent du Var. Le 24 (14 mai 1800), marche de 6 lieues; Denis Moreau arrive à Saint Jeannet; il participe à une fausse attaque à la pointe du jour sur toute la ligne; son unité relève la 150e au camp de Carros.

Les éléments de la 30e présents à l'Armée d'Italie sont alors engagés dans une succession de combats contre les Autrichiens dans les environs du Col de Tende et dans la vallée du Var. Le 4 prairial (24 mai 1800), Denis Moreau quitte le camp de Carros, et marche 7 lieues pour se rendre sur le bord du Var, près d'un village nommé Bellovenne (?). Le 5 (25 mai 1800), marche de 4 lieues; Denis Moreau bivouaque près du village de la Torre (?). Le 7 (27 mai), il quitte ce bivouac et marche 6 lieues; l'objectif est de trouver l'ennemi posté à 3 lieues de là dans une montagne; l'ennemi est débusqué et poursuivi. Ensuite, Denis Moreau prend position près d'Utelle , où lui et ses camarades arrivent à 11 heures du soir; il en profite pour manger quelques ails, puis couche près du Belvédère (?). Il reste sur cette position apparemment jusqu'au 12 (1er juin 1800).

"Le 8 [...] nous avons attaqué l'ennemy qui étoit retranché sur les montagnes de [?]. Le 9 à la Chapelle Dautel, resté jusqu'au 12 le même jour à Vellait et passé à Lantouscal ou nous avons bivaqué" (soldat Guyot).

Le 13 (2 juin 1800), Denis Moreau gravit le col de Braus; l'ascension dure 7 heures; en ce jour de Pentecôte, la neige tombe tellement sur le sommet que les hommes ne se voient pas les uns les autres; Denis Moreau met 5 heures à redescendre l'autre versant. Denis Moreau note également que depuis la veille, il ne mange que des cerises à moitiée mûres, ce qui a pour conséquence inattendue mais fort désagréable de l'avoir constipé ! Il a l'impression d'avoir des cailloux dans le ventre. Enfin, après avoir marché 9 lieues, il couche près du col de Tende. Le 14 (3 juin 1800), il marche 6 lieux; il se met en route pour franchir le col, mais un contre-ordre annule la marche et il retourne coucher à Tende. Le 15 (4 juin 1800), Denis Moreau quitte Tende et passe dans un village appelé La Brigue; de là, il passe la montagne de la Col Ardente (?), avec les mêmes difficultés qu'au col de Braus; il couche près d'un village le long de la montagne de la Pieva (?). Denis Moreau indique ensuite s'être battu jusqu'à la nuit et avoir débusqué l'ennemi qui s'est alors porté sur Alexandrie, non sans avoir perdu 1200 hommes prisonniers de guerre. Denis Moreau reste sur cette position le 17 (6 juin 1800); il en profite pour se rendre à la ville et manger pour 4 francs de pain d'un seul repas; il aura marché ce jour là 3 lieues.

"Séjour le 12 et 13 à Tande, le 14 monté la côte de Tende et nous avons eue contre ordre pour retourner à Tende. Couché audit endroit le 15 prairial, monté la montagne de la Brique et couché à Mandatica, le 16 nous avons attaqué l'ennemy à la montagne d'Orsnea ou j'ai été blessez le mème jour, le 17 à la Pieva" (soldat Guyot). Sans être grave, la blessure de Louis-François Guyot est sérieuse. Après être passé à Alassio et San Remo, il est hospitalisé à Villefranche du 24 prairial au 10 messidor an VIII, puis à Muy le 15 et à Draguignan le 16, pour n'en sortir que le 29. Notre combattant remonte vers le nord de la France et est hospitalisé à Lyon du 16 au 22 thermidor. I1 parvient à Fontainebleau, ville de garnison de la Demi-brigade, le 6 fructidor (24 août 1800) où il est une nouvelle fois hospitalisé pour 4 jours à l'issue desquels il est libéré et rentre au pays : "Parti le même jour (10 fructidor) pour Melun et passé à Chaune et à Gigue et couché à Lahousset, le 12 à Coulommiers et couché à Horlis le 12 (8 septembre 1800) à Villiers lieu de ma naissance. Fain de la dicte route. Louis François Guyot. 1800".

Denis Moreau quant à lui poursuit son périple. Le 18 (7 juin 1800), il quitte sa position et marche 4 lieue pour coucher à la frontière du Piémont et de Gênes. Le lendemain, marche de 3 lieues et arrivée au village de Gozese (?). Le 20 (9 juin 1800), il se rend à Diva (?) où il y a un fort. Le 21 (10 juin 1800), il marche 4 lieues pour se rendre près de Saint Michel et près de Mondovi. A 11 heures du soir, il se remet en route et arrive à 8 heures du matin à Bisegne (?). Il en part le 22 (11 juin 1800), marchant jusqu'à minuit; il couche dans un bois sans savoir où il se trouve. Le 23 (12 juin 1800), nouvelle marche de 10 lieues; Denis Moreau arrive dans la petite ville de Quesse (?) qui se trouve sur la route de Savona à Alexandrie? Denis Moreau raconte que les maisons sont vides et qu'il n'y a rien à manger si ce n'est de l'herbe; sur la routes, les soldats trouvent des personnes mortes de faim.

Le 25 (14 juin 1800), Denis Moreau prend position au village de Rocchetta; au même moment se déroule la bataille à Marengo. Denis Moreau quitte sa position dans la soirée; il arrive vers minuit près d'une ville et y apprend la victoire de Marengo; l'Armée autrichienne a capitulé, ce qui rend à la France toute l'Italie jusqu'à Mantoue. Le 28 (17 juin 1800), Denis Moreau se met en route pour se rendre près d'Acuit (?), à l'entrée de la plaine d'Italie où se rassemble toute la Division; il marche 8 lieues et couche près de la ville dans laquelle se trouve une fontaine où l'on prend les bains. Il repart le 30 (19 juin 1800), marche 6 lieues et arrive à Campamarone.

Le 1er messidor (20 juin 1800), Denis Moreau marche 4 lieues; il se rend à Voltaggio, en raison de la capitulation de Gênes, dont la garnison doit sortir ce jour là; elle ne sortira en fait que le 5 (24 juin 1800). Le 4 messidor (23 juin 1800), nouvelle marche de 4 lieues; Denis Moreau couche près du pont d'Isineaux (?). Le 5 (24 juin 1800), marche de 4 lieues; les Autrichiens (environ 8000 selon Denis Moreau) sortent de Gênes, cédant la place aux Français.

Le 11 messidor (30 juin 1800), Denis Moreau quitte Gênes; après être passé à Bocchetta et avoir marché 6 lieues, il couche à Voltaggio. Le 12 (1er juillet 1800), marche de 4 lieues et arrivée à Novi. Le 13 (2 juillet 1800), marche de 4 lieues et arrivée à Tortona. Le 21 (10 juillet 1800), marche de 5 lieues; Denis Moreau, après avoir franchi la Trebbia, arrive à Plaisance. Le 22 (11 juillet 1800), marche de 7 lieues; Denis Moreau quitte Plaisance et couche à San Glannio (?). Le 23 (12 juillet 1800), marche de 5 lieues et arrivée à Parme. Le 24 (13 juillet 1800), marche de 6 lieues et arrivée à Reggio en République Cisalpine. Le 25 (14 juillet 1800), marche de 5 lieues; Denis Moreau arrive à Modène où se trouve les 2 Bataillons de la 30e, venus de Paris, et qui ont combattu avec Bonaparte.

 

a/ Passage du Grand Saint-Bernard

Pendant que Mélas aventure des Corps sur le Var et s'attarde à la capitulation de Gênes, le Premier Consul franchit le Grand Saint-Bernard, ayant réussi à dissimuler jusqu'au bout à l'ennemi l'existence de son armée. Le passage commence dans la nuit du 14 au 15 mai. Le 15 mai, Berthier écrit depuis Villeneuve, au Premier Consul : "les divisions Boudet et Loison ont pris du pain hier pour la journée et du biscuit pour cinq jours". Ce jour là, la Division Boudet occupe Orsières (9e Légère) et Sembrancher (30e et 59e de Ligne - d'après les Archives de Sembrancher qui indiquent un effectif de 661 hommes pour la 30e). Le 16, Berthier écrit à Dupont : "Donnez l'ordre à la division Boudet de partir à 4 heures du matin pour passer le Saint-Bernard et se rendre à Etroubles. Le général Boudet laissera un petit bataillon avec son artillerie que l'on s'occupera de faire passer le plus promptement". Ce jour là, la Division Boudet monte d'Orsières à Saint Pierre. Le même jour encore, Berthier écrit à Dupont : "Le général Boudet me mande qu'il a reçu l'ordre de se rendre demain à Aoste; c'est à Etroubles qu'il doit attendre de nouveaux ordres". Le lendemain 17, Berthier écrit à Dupont, depuis Etroubles : "Ordre à la division Boudet de partir demain à 4 heures du matin pour se rendre à Aoste". La Division Boudet (trois Demi-brigades) et la Brigade de cavalerie Rivaud (deux régiments) ont passé le col le matin. L'hospice distribue le 17 mai, 2453 bouteilles de vin et 578 livres de fromage. Ces Corps arrivent dans la journée à Étroubles.

Le même jour, il informe le Général Lannes du départ de la Division Boudet le lendemain; cette dernière (plus précisément la 9e Légère) est chargée de soutenir Lannes qui doit attaquer l'ennemi le 18. Le 18 mai (28 floréal an 8), Berthier écrit depuis Étroubles au chef de l'état-major : "Donnez l'ordre au général Boudet de laisser deux compagnies à Étroubles, lesquelles fourniront une garde de 10 hommes au parc de l'artillerie de l'avant-garde. Ces compagnies attendront à Étroubles l'artillerie de la division Boudet". Le même jour, il écrit au Général Dupont : "Ordonnez à la division Boudet de prendre des vivres pour deux jours, ce qui lui complétera pour les 3 et 4 et de partir à 7 heures du matin pour se rendre à Châtillon". La Division Boudet descend le 18 d'Étroubles à Aoste.

Jusque là, le transport de matériel a semblé offrir des difficultés insurmontables. La ténacité du chef et la vigeur des soldats en triomphent cepenant. On fractionne les voiture, les affûts, convois de munitions et de vivres, en charges assez petites pour être portées sur des traîneaux ou sur des mulets; on place les canons dans des troncs de sapin tirés chacun par une centaine d'hommes et, en moins de huit jours, chevaux, hommes, canons, tout passe.

"Jamais armée moderne avec son artillerie et ses bagages n'avait tenté de franchir cette muraille de dix lieus de glaces. Les canons et les voitures furent démontés, les soldats s'y attelèrent et, à travers les rocs et les neiges, les hissèrent jusqu'au sommet du col; ils étaient jeunes et ardents, comme leur Chef, pleins de confiance dans son génie et la grandeur de l'entreprise" (Lavallée - Histoires des Français - cité dans la Notice Historique).

Tout à coup, dans la partie moyenne de la vallée italienne, au fond de laquelle on cheminait, se dresse un obstacle imprévu, le fort de Bard qui commande la route. Ce fort avait été occupé par les Français, alors qu'ils étaient maîtres de toute l'Italie, et la Commission chargée de l'étude de la frontière par l'arrêté du 5 pluviôse an 8 (25 janvier 1800) avait estimé que cette "position est difficile à emporter, et ce ne serait qu'en la tournant par la vallée de Champorcher qu'on pourrait forcer l'ennemi à l'abandonner". Dans un rapport présenté au Général Marescot et au Premier Consul, le fort de Bard est ainsi décrit : «Bard, petite forteresse, à 11 lieues d'Aoste et 4 d'Ivrée, est située sur un rocher escarpé, dans le point où la vallée se resserre le plus; elle domine, d'un côté, le petit village du même nom qui est traversé par la grande route, et, de l'autre, la rivière de la Doire. Cette forteresse a une enceinte de maçonnerie, dont les angles saillants ne sont point flanqués et dont les angles rentrants sont des angles morts. Elle a très peu de capacité, les quartiers et magasins sont d'une construction très faible et elle n'a point de casemates; sa position cependant est telle, qu'une fois gagnées les hauteurs qui la dominent à droite et à gauche, on y est si près que, dans le mois de fructidor dernier, nos grenadiers ont tué à coups de fusil plusieurs canonniers sur leurs pièces. Mais pour s'emparer de ces hauteurs, il faut absolument chasser l'ennemi des retranchements qu'il a construits dans la montagne, sur la rive gauche du fort, à portée de canon, ainsi que des autres placés sur le col de Fenestre, qui protège les premiers. On ne pourrait attaquer ces retranchements de front, sans s'exposer à perdre beaucoup de monde; on peut les tourner en passant par les différentes vallées à droite et à gauche, dites de Champorcher, Tournanche, Gressoney et Fontana-Mora" ("Renseignements sur la route du Grand-Saint-Bernard jusqu'au Pô, en passant par Aoste". Sans date ni nom d'auteur. Archives du génie. Il se pourrait que ce rapport soit du Général Herbin, un des Brigadiers de la Division Chambarlhac).

"Fort de Bard. – Cette forteresse est construite sur un monticule, entre Arnaz et Donnas, à 2 lieues au-dessus d'Ivrée, sur la grande route d'Aoste à Turin. Elle est à la gauche de la Doria-Baltea, qui, faisant devant elle une espèce de demi-cercle, l'enveloppe et lui prête une première défense naturelle. La vallée, extrêmement resserrée en cette partie, forme une gorge ou défilé assujetti au canon d'une triple enceinte, qui se présente en amphithéâtre et qui enfile très directement la grande route du côté d'Arnaz et de celui de Donnas. La ville de Bard, divisée en haute et basse, est construite dans le défilé même et la grande route la traverse. Quoique ces ouvrages soient dominés à droite et à gauche par les montagnes, il est difficile d'y inquiéter l'ennemi, parce que toutes les batteries en sont blindées. On peut, à la vérité, tourner ce fort par la vallée de Champorcher, qui vient se terminer devant le village de Hone, sur la rive droite de la Doire, à la petite plaine, au pied des ouvrages; mais le site est tellement tourmenté et la montagne si escarpée, que l'infanterie seule peut y passer" (Extrait du Journal de la campagne de l'Armée de réserve, par l'Adjudant commandant Brossier).

"Le rocher de Bard, placé entre la Doire et la ville, occupe avec sa masse presque tout l'espace de la gorge; dans le sens longitudinal, il ne laisse, à l'un de ses côtés, que le lit resserré de la rivière, bordé sur la droite de son cours par les montagnes escarpées du Porcil; du côté opposé, se trouve la ville, formée de deux seules rangées de maisons au milieu desquelles passe, comme dans un défilé, l'unique rue qui la traverse; la rangée de maisons au sud est adossée aux escarpements d'Albarède" (Relation du siège de Bard en 1800, écrite en 1838 par le Général A. Olivero, p. 13. Aoste, 1888).

Le blocus du fort commence le 19 mai. Le même jour, la Division Boudet, conformément à ses ordres, quitte Aoste, à 7 heures du matin et, par une étape de 42 kilomètres, atteint Arnaz : "Le 29 floréal, ma division eut ordre d'Aoste de se rapprocher d'Arnaz, village situé à une lieue en deçà du fort de Bard" (Rapport des marches et opérations de la Division Boudet, à compter de son départ d'Aoste jusqu'à la capitulation de l'armée ennemie). Plus en arrière, les troupes de deuxième ligne continuent leur mouvement. Le 1er Bataillon de la 30e Demi-brigade quitte Lausanne, après y avoir séjourné le 18, et se porte sur Villeneuve (Bulletin helvétique, n° du 22 mai). Le 20 (30 floréal an 8), Berthier écrit depuis Verrès au Général en chef de l'Armée de réserve le Général Dupont : "Vous donnerez l'ordre au général Boudet d'occuper tous les postes devant Bard, ainsi que les occupait la division de l'avant-garde". La Division Boudet se porte d'Arnaz à Bard dans la matinée et est chargée de l'investissement. "Le 30, ma division fut chargée de cerner le fort de Bard, qui se trouve dans une gorge resserrée et qu'il maîtrise de tous côtés; elle remplaça la division Watrin qui se portait en avant" (Rapport des marches et opérations de la Division Boudet). "Le 30, elle (la division Watrin) est relevée dans ses positions par la division Boudet dont une partie vient s'établir à Donnas et complète le blocus" (Journal de la campagne de l'Armée de réserve de Brossier).

En parallèle, le même jour, Général Dupont écrit depuis Verrès à l'Adjudant général Lacroix : "Je viens de charger Rigaud de lever une brigade de paysans qui se rendront de suite à Arnaz pour travailler au transport de nos pièces de 3 sur la montagne. Employez des troupes, en outre, à cette opération, qui est d'une urgence extrême. Le général en chef vous envoie 1200 francs pour animer ce travail. Demandez au général Boudet des hommes de la 9e légère, qui doit être près d'Arnaz, ou de la 30e, si elle est arrivée en avant de Verrès. Prenez les plus rapides moyens. Vous sentez que l'attaque du général Lannes devra son succès au feu de ces pièces".

Berthier écrit également au Premier Consul pour l'informer de la situation devant le fort de Bard : "Le château de Bard est un obstacle plus conséquent que nous ne le croyions, puisqu'il est impossible de faire passer l'artillerie tant que l'on n'en sera pas maître. Quant à l'infanterie et à la cavalerie, elles peuvent tourner le château en prenant un chemin de mulets, qui va d'Arnaz à Perloz (...). On est occupé à monter sur la montagne les deux pièces de 3 que nous avons prises à l'ennemi; nos pièces de 4 et obusiers sur affûts-traîneaux ne sont pas encore arrivés; j'ai expédié ordres sur ordres. Si je n'étais pas maître du château de Bard le 3, je me trouverais fort embarrassé, n'ayant, à la rigueur, de subsistances que jusqu'au 4. Il ne resterait de parti à prendre que celui de faire passer la troupe, infanterie et cavalerie, pour faire une jonction avec le général Turreau, laissant ce qu'il faudrait de troupes pour bloquer Bard et continuer à le canonner. Je sens que cette opération aurait bien quelque inconvénient, si l'ennemi était en force très supérieure, ne pouvant pas recevoir notre artillerie ni les munitions qui viennent en arrière. Le second parti serait un mouvement rétrograde, auquel nous ne devons penser, tant pour les inconvénients qu'il aurait sur le moral que par la difficulté de l'exécution. La position dans laquelle nous nous trouvons est tellement essentielle aux intérêts de la République, que je désire avoir vos ordres sur ce que je devrai faire si le château de Bard n'est pas pris le 3. Il est bien cruel que les pièces sur affûts-traîneaux n'aient pas été les premières qu'on m'ait fait passer, comme je l'avais demandé. Croyez que nous allons tout faire pour avoir ce maudit château; mais les vivres sont, pour le moment, un obstacle terrible à vaincre. Si cette lettre vous arrive dans un endroit où vous puissiez donner des ordres pour qu'il nous arrive du biscuit, rien n'est plus pressant; car la vallée est dépourvue de tout, surtout près de Bard, où elle est très resserrée et sans culture. Demain, je porterai toute la Division Lannes sur Saint-Martin et celle de Boudet sur les hauteurs, entre Arnaz et Donnas, qui dominent Bard; la division Loison sera à Arnaz, devant Bard. Nous n'avons ici qu'un vieux capitaine d'artillerie et aucun moyen pour faire des batteries. Il faudrait que le général Marmont envoyât au moins un officier supérieur; je le lui ai demandé".

Le même jour encore, le Général Dupont écrit au commandant du fort de Bard : "Le général en chef me charge de vous sommer de lui rendre le fort de Bard. Vous êtes investi de tous côtés; l'avant-garde de l'armée se porte en ce moment sur Ivrée et une partie de l'artillerie est en batterie contre le fort. L'humanité oblige le général en chef à vous faire cette sommation, pour éviter une effusion de sang inutile. Vous devenez responsable des événements". Le Commandant du fort est le Capitaine Bernkopf, qui a avec lui deux Compagnies de Grenadiers du Régiment Kinsky (OEstreichische militärische Zeitschrift , tome XXVI, 1822, p. 179). Une autre sommation est faite dans la journée. D'après la même revue, tome XXVI, p. 181, le Capitaine Bernkopf répond par une décharge de mitraille des batteries du fort et la déclaration qu'il connait aussi bien les moyens de se maintenir que l'importance de son poste.

Le 21 mai, Berthier écrit au Premier Consul : "La division Boudet arrive à Donnas et prendra position de manière à appuyer le général Lannes... Demain, avant le jour, je me propose de tenter une attaque de vive force; j'ai fait préparer des échelles". De son côté, le Général Boudet, depuis son bivouac près de Bard, écrit au Général Dupont, Chef de l'Etat-major de l'armée : "J'écrivis hier soir, citoyen Général, au général en chef, pour le prier de vouloir bien envoyer l'officier d'artillerie chargé de placer les obusiers. J'ai inutilement attendu officier et réponse. Je me suis alors décidé, voyant la nécessité de faire cette manoeuvre la nuit, à faire arranger la batterie et à transporter l'obusier; tout a réussi ("Le 30. . . . . pondant la nuit, je fis placer deux obusiers pour tirer sur le fort" - Rapport des marches et opérations de la Division Boudet). Je fus ensuite informé qu'il y avait au parc des obusiers arrivés hier. J'ai voulu les placer aussi, mais le grand jour est venu et je n'ai pas voulu exposer les pièces à être démontées, sans vos ordres. Je regarde comme très possible de les y mener si vous le jugez convenable". De son côté, Berthier écrit à Dupont : "Le commandant d'artillerie de la division Watrin commandera l'artillerie du siège, s'il n'y a point d'officiers supérieurs d'artillerie d'arrivés. Que celui de la division Boudet fasse les fonctions de directeur du parc et rassemble successivement toute l'artillerie qui arrivera à Verrès... Prenez des mesures pour faire filer à la suite de la division Boudet toutes les cartouches qui peuvent être ici. Quant à celles qui arriveront, ainsi qu'à tous les autres objets d'artillerie, vous les ferez déposer au parc de Verrès, où vous ferez mettre une bonne garde... Faites relever les troupes de la 30e demi-brigade qui sont au quartier général, par des troupes de la division Loison. Faites rallier au général Boudet tout ce qui lui appartient... Prévenez le général Marescot que mon intention est d'attaquer le château de Bard demain à la pointe du jour, avec tous les moyens d'artillerie dont nous pourrons disposer, et en même temps escalader la ville et le fort, s'il est possible. Ordonnez-lui de faire des dispositions en conséquence; il me rendra compte du résultat des reconnaissances qu'il aura faites et de ses projets, à midi chez lui à Arnaz. Là, nous arrêterons le plan d'attaque".

Dans la journée du 21 mai, la Division Boudet passe en aval du fort, prenant sans doute l'itinéraire par Albard pendant que la cavalerie passe par le col de la Cou : "Le 1er prairial, ma division reçut l'ordre de se porter à un quart de lieue au delà de Bard, à Donnas; elle évita le feu du fort en passant la montagne, qu'avait déjà traversée la division Watrin, passage qui fut excessivement pénible et qu'on avait dû, jusqu'alors, regarder impraticable". (Rapport des marches et opérations de la Division Boudet).

A deux heures du soir (sic) Berthier, depuis les hauteurs d'Albard, écrit à Lannes : "L'intention du Premier Consul est que votre avant-garde et la division Boudet, qui couvrent le siège de Bard, prennent au débouché de la plaine une bonne position, que vous puissiez recevoir le combat de l'armée ennemie avec avantage contre la supériorité de sa cavalerie et celle de son artillerie; vous pourrez de cette position battre la plaine pour vous procurer quelques vivres. Tenez-vous très éveillé dans vos positions; il est possible que, d'ici à quelques jours, vous ayez 7 à 8,000 hommes sur le corps. Mélas doit y être avant huit jours; alors nous aurons ce fort et nous l'attaquerons... Demain, j'espère pouvoir canonner vigoureusement le fort".

L'attaque du fort se précise; Berthier écrit de Verrès à Dupont, toujours le 21 mai : "Donnez l'ordre au général Boudet pour que trois compagnies de grenadiers commandées par un officier supérieur soient mises à la disposition d'un officier du génie, que désignera le général Marescot, pour s'emparer ce soir de la ville de Bard. Aussitôt entrés dans la ville, une partie se logera dans les maisons qui avoisinent la porte du fort. Vingt-cinq hommes se porteront aux portes de la ville pour les ouvrir et baisser les ponts-levis. Une autre petite colonne, d'une cinquantaine d'hommes, descendra sur le chemin entre la ville et le pont-levis de l'avancée, pour baisser le pont-levis et ouvrir cette dernière porte de ce côté. Chaque colonne aura 10 sapeurs avec des haches, des pinces et des crochets. Le général Loison tiendra en réserve 3 à 400 hommes, dans le cas que l'ennemi cherchât à faire une sortie sur les grenadiers qui sont dans la ville, ce qui n'est pas présumable. Les grenadiers qui seront dans la ville, après avoir ouvert toutes les communications tant du côté d'Ivrée que du côté d'Aoste, auront soin de s'y loger dans des maisons qu'ils créneleront. Le commandant de l'artillerie ne fera tirer les pièces de 8 et les obusiers, que lorsque les pièces de 4 de la batterie d'Albard auront commencé leurs feux, ce qu'elles feront à 7 heures du matin ou à l'instant qu'elles seront prêtes. Les officiers des différentes batteries sont prévenus qu'ils ne doivent tirer que 12 coups par pièce pendant une heure; après quoi je ferai sommer le fort. Suivant la réponse, je ferai recommencer le feu des pièces de 8 et des obusiers, et celles de 4 continueront à tirer jusqu'à ce que je fasse cesser le feu des pièces de 8 et des obusiers. Demain dans la matinée je donnerai les ordres pour l'assaut... Le général Loison cherchera à bien faire reconnaître la place par un général de brigade et quelques officiers supérieurs, qui devront commander, si je me détermine à attaquer le fort de vive force. Une fois maître de la ville, le côté d'Ivrée me paraît le plus accessible".

La première phrase de cet ordre semble indiquer que la Division Boudet doit prendre part à l'attaque de la ville de Bard et y jouer même un rôle prépondérant. Le compte rendu du Journal de Brossier laisse la même impression : "Prise de la ville de Bard (divisions Boudet et Loison). – 1er prairial. – La division Boudet reçoit l'ordre de s'emparer, dans la nuit, de la ville de Bard, en s'y portant par la montagne de gauche. Un détachement de sapeurs et de grenadiers sont commandés à cet effet, et la division Loison est chargée de profiter de ce mouvement et de le seconder du côté de Verrès". Que se passa-t-il ? Y eut-il contre-ordre ? Toujours est-il que le Général Marescot écrit de son côté au Général Loison : "Le général Marescot invite le général Loison, de la part du général en chef, à faire mettre de suite trois compagnies de grenadiers aux ordres du chef du bataillon du génie Gertut". (Livre d'ordres du Général Marescot. Archives du Génie. Ce livre d'ordres ne contient aucune lettre du Général Marescot au Général Boudet). On est ainsi amené à supposer qu'il y a un lapsus dans l'ordre de Berthier et qu'au lieu de : donnez l'ordre au Général Boudet, il faut lire : donnez l'ordre au Général Loison. En tout cas, il résulte des rapports du 22 que l'attaque de la ville fut uniquement faite par le Général Gobert (blessé pendant l'assaut) et les Sapeurs et Grenadiers de la 58e Demi-brigade de la Division Loison. A coup sûr, le Général Boudet ne reçut aucun ordre, puisque ses avant-postes accueillirent à coups de fusil les hommes de la Division Loison. Boudet d'ailleurs le confirme dans sa lettre du 22 mai adressée depuis Donnas au Général en chef : "Des sapeurs et des grenadiers de la 58e, après avoir abattu les ponts-levis et brisé les portes de la ville de Bard, ont pénétré jusqu'ici. Après avoir passé les dernières portes de ce côté, ils sont arrivés avec beaucoup d'impétuosité sur nos postes, qui, n'étant pas prévenus (puisque je n'avais moi-même aucune connaissance de ce mouvement), ont fait feu; et, malheureusement, deux officiers de sapeurs ont été atteints; on espère que l'un d'eux pourra, en revenir". Et encore : "Le 2, plusieurs corps détachés furent employés à inquiéter l'ennemi par un feu de mousqueterie. Dans la nuit du 2 au 3 (il semble hors de doute qu'il faut lire : la nuit du 1er au 2), ma division favorisa l'entrée dans la ville de Bard et ouvrit sa communication avec l'armée qui était de l'autre côté" (Journal des marches et opérations de la Division Boudet).

Après la prise de la ville, Berthier somme à nouveau le fort de se rendre. Mais le Commandant lui répond que "sa mission et l'honneur lui commandaient de défendre le fort jusqu'à la dernière extrémité". Entre temps, la Division Boudet a quitté Saint-Martin et bivouaque au sud-est d'Ivrée : "Le 3 (prairial), le lieutenant général Lannes s'étant porté sur Ivrée avec son avant-garde, composée de la division Watrin, m'écrivit en m'invitant à suivre son mouvement, pour seconder son attaque en cas de besoin; mais un entier succès venait d'être obtenu par son avant-garde quand j'arrivai, et ma division se campa sur la route de Verceil, où elle resta le 4 et le 5". (Rapport des marches et opérations de la Division Boudet). Il est probable que ce mouvement est celui exécuté le 2 prairial et non pas le 3; on a déjà vu plus haut que les dates du rapport des marches de la Division Boudet semblent, en ce passage, en avance d'un jour sur la réalité. Cela est confirmé par une lettre de Dupont, datée de Verrès le 3 prairial an 8 (23 mai 1800) et écrite au Ministre de la guerre : "L'avant-garde, aux ordres du général Lannes, s'est portée le 1er prairial sur Saint-Martin et la division Boudet sur Donnas... L'avant-garde a marché de Saint-Martin sur Ivrée dans la journée du 2, elle a trouvé cette place gardée par un corps nombreux qui devait recevoir le lendemain un renfort de 5,000 hommes. Il s'est établi entre la garnison qui tirait du haut des remparts et nos troupes, un feu de mousqueterie très vif, qui a duré deux heures. Le général Lannes s'est alors décidé à une attaque de vive force. L'impétuosité française a surmonté, en un moment, toutes les difficultés, et la place a été soumise".

Il résulte de tout cela que nous n'avons pas trouvé trace de l'action de la 30e dans la prise de la ville et du fort de Bard et ce bien que l'historique abrégé du corps affirme : "On essaie, mais en vain, de le prendre d'assaut. Sans se laisser rebuter, on taille dans le roc un chemin pour permettre à l'infanterie et à la cavalerie de touner l'obstacle. Puis, des hommes intrépides (la 30e Demi-brigade en fournit un détachement) s'emparent du village de Bard, sous les murs mêmes du fort, et jonchent la route de fumier; on entoure de paille les roues des canons et nos canonniers passent sans bruit en traînant eux-mêmes leurs pièces pendant la nuit". Notons au passage que la Notice Historique elle, est plus laconique sur cet évènement : "Le 30 Floréal (20 mai), la Division Boudet est chargée de l'attaque de gauche de la ville de Bard; malgré une défense acharnée, la ville est enlevée et les défenseurs se réfugient dans la citadelle".

Force de l'Armée de réserve en Italie au 1er prairial an 8 (21 mai 1800)
30e de Bataille, 2370 hommes à l'effectif, 2000 présents

A noter que le 21 mai, 300 conscrits de la 30e Demi-brigade passent à Vevey (Manuscrit Couvreu. – Vevey). Ce jour là, Berthier écrit depuis Verres au Général Dupont : "Faites relever les troupes de la 30e demi-brigade qui sont au quartier général, par des troupes de la division Loison. Faites rallier au général Boudet tout ce qui lui appartient" (Revue militaire rédigée à l'État-major de l'armée. Archives historiques; 1899/11 (A1,VOL1,N8).). Cela semble confirmer l'absence de la 30e au fort de Bard.

Le 22, Lannes vient d'emporter Ivrée d'assaut. Le 23, Berthier écrit depuis Verrès au Général Dupont : "Faites connaître au général Lannes qu'il doit faire occuper la citadelle d'Ivrée pour être maître de la ville et en tirer des subsistances, mais qu'il doit prendre une bonne position militaire à une lieue ou une lieue et demie en arrière d'Ivrée, du côté de Bard. La division Boudet doit également prendre une très bonne position à Setto, ou même plus en arrière de manière à pouvoir soutenir l'avant-garde en cas de besoin et empêcher l'ennemi, dans aucun cas, de se porter sur Saint-Martin avant elle". Cependant, les ordres expédiés à l'avant-garde arrivent dans la journée du 23 à Ivrée. L'intention du Premier Consul, de voir Lannes au nord d'Ivrée et Boudet plus en arrière, n'est donc pas remplie. Lannes et Boudet ont au contraire dépassé Ivrée et se sont établis au delà de cette ville, face au sud et au sud-est. La prise d'Ivrée est annoncée à l'Armée par l'Ordre du jour du 24 mai : "L'armée est prévenue que l'avant-garde s'est emparée, le 2 prairial, d'Ivrée, qui était défendu par un corps nombreux. Nos troupes ont monté à l'assaut et ont emporté la place de vive force. L'ennemi a eu beaucoup de monde tué sur ses remparts et nous lui avons fait environ 300 prisonniers de guerre".

Le 24, Berthier écrit à Bonaparte : "Le général Lannes et la division Boudet sont dans la position suivante: l'avant-garde est en avant du pont d'Ivrée et occupe les hauteurs, la droite à Fiorano, la gauche sur la Dora; la division Boudet est en potence sur la rive gauche sur la route de Verceil". Dans le Bulletin de l'Armée de réserve fait à Aoste, le 4 prairial an 8 (24 mai 1800), on lit : "Le 26 floréal, l'avant-garde, commandée par le général Lannes, a passé le Saint-Bernard et s'est portée sur Aoste. Le 27, le général Lannes s'est mis en marche et s'est porté à Châtillon. L'ennemi a voulu défendre le passage d'un pont et l'issue d'une gorge extrêmement étroite; il a été culbuté par les grenadiers, qui ont fait 300 prisonniers et tué une centaine d'hommes. On a pris deux pièces de canon de 3 et quatre caissons chargés de munitions. L'armée a passé le Saint-Bernard dans les journées des 27, 28, 29 et 30. Le 2 prairial ..., le général en chef Berthier, ayant fait avancer la division Boudet pour soutenir l'avant-garde, lui donna ordre de s'emparer d'Ivrée. L'ennemi avait une garnison dans la citadelle et paraissait vouloir défendre la ville; il avait trop peu de monde pour pouvoir résister. Le général Lannes s'y est porté le 3 prairial, l'a fait escalader et s'est emparé de la ville et de la citadelle, où l'on a trouvé dix pièces de canon ; il a poursuivi l'ennemi, qui a fait sa retraite sur Turin; il lui a fait 400 prisonniers. Nous n'avons eu, dans ces différentes affaires, que 7 hommes tués et 25 blessés" (à noter dans ce bulletin quelques inexactitudes dans les dates).

Le 25, Berthier écrit au Chef d'Etat major : "Prévenez le général Loison et le général Boudet qu'ils sont aux ordres du lieutenant général Duhesme". Le Premier Consul qui, le 25 au matin, est encore à Aoste, donne le jour même l'ordre de prendre l'offensive au sud d'Ivrée : "Le général Lannes aura probablement attaqué l'ennemi ce matin, l'aura battu ou obligé à se replier au delà de Chivasso. S'il ne l'a pas fait, ordonnez qu'il le fasse demain. L'ennemi ne peut pas avoir plus de 7 à 8,000 hommes. C'est le seul moyen, d'ailleurs, d'avoir des nouvelles précises du général Turreau et de donner le change à l'ennemi". Berthier, depuis Verrès, transmet le jour même cet ordre à Lannes "Le Premier Consul pense que l'ennemi ne peut pas avoir plus de 7 à 8,000 hommes en tout; il ordonne en conséquence que demain vous attaquiez l'ennemi. Lorsque vous l'aurez battu vous aurez des nouvelles précises du général Turreau... La division Boudet occupera Ivrée et vous soutiendra dans votre attaque avec ses meilleures troupes. L'objet de votre attaque est d'obliger l'ennemi de se replier au delà de Chivasso et avoir des nouvelles du général Turreau". Le même jour, Hulin, Chef d'Etat-major de la Division Watrin écrit au Général de Division Boudet : "Conformément aux ordres du lieutenant général commandant l'avant-garde, j'ai l'honneur de vous prévenir, citoyen Général, que la division aux ordres du général Watrin doit prendre les armes demain pour faire une reconnaissance, et que les postes en avant de votre camp, occupés par la 40e demi-brigade de ligne, seront évacués. Veuillez, si vous le jugez à propos, les faire occuper par les troupes de votre division".

Le 26, la Division Watrin livre le combat de la Chiusella. La 30e Demi-brigade prend part, avec toute la Division Boudet à ce combat, livré par le Général Lannes à un Corps d'observation accouru à la nouvelle des mouvements effectués sur Bard et sur Ivrée. Les Autrichiens sont vivement rejetés sur Turin.

Extrait du rapport des marches et opérations de la Division Boudet : "Le 6, l'avant-garde du lieutenant général Lannes eut l'ordre d'attaquer l'ennemi sur la route de Turin, et je reçus celui de marcher pour servir de réserve. L'avant-garde livra combat et je la soutins dans cette affaire qui est connue sous le nom de Bataille de la Chiusella. Un escadron du 11e de hussards, de ma division, fort de 80 hommes, commandé par le citoyen Ismert, chef d'escadron, chargea l'ennemi et en reçut plusieurs charges en montrant beaucoup de valeur; il eut 14 hommes tant tués que blessés. J'avais servi de réserve avec mon infanterie jusqu'au village de Romano et, placé en avant de cette position, je reçus l'ordre de poursuivre l'ennemi; ce que je fis jusques sur le sommet des montagnes qui avoisinent Foglizzo. La précipitation de sa retraite et l'ordre qui me vint d'arrêter ma marche m'empêchèrent de l'atteindre avec avantage; il perdit quelques hommes et chevaux et je n'eus qu'un chasseur de la 9e de blessé".

Extrait du journal de la campagne de l'Armée de réserve par l'Adjudant commandant Brossier : "6 prairial. – Combat de la Chiusella. – Division Lannes. – L'avant-garde, aux ordres du lieutenant général Lannes, et appuyée par la division Boudet et les 21e de chasseurs et 12e de hussards, marchait par la grande route de Turin à l'ennemi, qui s'était retranché au pont de la Chiusella en forces considérables. Son infanterie était d'environ 6,000 hommes, composée des régiments Kinsky, Bannats, Toscane, Wallis et les gardes du roi de Sardaigne et Savoye; et sa cavalerie, forte de 4,000 hommes, était composée des dragons de la Tour, de plusieurs régiments de hussards et de quelques corps de grosse cavalerie. La 6e légère, bien éclairée sur ses flancs et l'arme au bras, tente le passage du pont de la Chiusella, qui était défendu par 4 pièces d'artillerie en batterie ; les régiments Kinsky et Bannats se précipitent avec fureur sur elle et la forcent à battre un moment en retraite; mais le chef de brigade Macon qui la commandait se jette à l'eau jusqu'au col, sur la gauche du pont et sous un feu terrible de mitraille. L'ennemi prêt à être tourné sur le pont prend position à la crête de la montagne ; il est poursuivi par la 6e légère et la 28e commandée par le général Gency; on le repousse encore et il se reforme un peu au delà; le combat se continue avec acharnement. Nos intrépides troupes étaient sur le point de manquer de cartouches et auraient peut-être ployé lorsque la division Boudet qui formait l'arrière-garde s'ébranle, passe le pont, s'empare du combat et poursuit l'ennemi jusque dans la plaine, au pied de Romano. Déjà la déroute de ce dernier était complète et son artillerie allait lui être enlevée, lorsque sa cavalerie forte de 4,000 hommes se déploie et charge avec vigueur. La 40e commandée par le général de brigade Malher, et la 22e dirigée par le chef de brigade Schreiber arrivent dans ce moment sur le champ de bataille, après avoir effectué le passage de la Chiusella, à la droite et au-dessus du pont; elles se réunissent à leurs braves frères d'armes et soutiennent toutes ensemble, la bayonnette en avant, avec ce sang-froid qui n'appartient qu'à l'infanterie française, les charges multipliées de la cavalerie. Le 21e de chasseurs et le 12e d'hussards arrivent à leur tour, fondent sur l'ennemi, déjà ébranlé par la résistance qu'il éprouve, ils complètent sa déroute et le poursuivent jusqu'à Chivasso. Plus de 200 chevaux du seul régiment de la Tour sont restés sur le champ de bataille. L'ennemi a eu 5 officiers tués et 500 hommes environ blessés. Le général Palfi, commandant la cavalerie, est du nombre des premiers; 60 prisonniers ont été faits. La perte des Français est d'à peu près 400 hommes tués ou blessés. Les résultats de cette journée présentent un double avantage: celui d'avoir favorisé la marche du général Murat sur Verceil, et celui d'avoir donné à l'armée l'exemple de ce que peuvent l'intrépidité et le sang-froid de l'infanterie contre l'arme de la cavalerie. A la suite de cette affaire, les troupes de l'avant-garde occupèrent Romano".

L'Armée se trouve réunie à Ivrée dès le 27. Ce jour là, Berthier écrit depuis Ivrée au Chef de l'état-major : "Donnez l'ordre au général Duhesme de partir avec la division Boudet pour se rendre aujourd'hui à Santhia; vous le préviendrez que le général Murat avec 1500 hommes de cavalerie et la 70e demi-brigade aux ordres du général Monnier est en marche sur Verceil, qu'il est nécessaire qu'il le soutienne, s'il en avait besoin"; une lettre analogue est envoyée au Général Duhesme. "Le 7 (prairial), ma division, sous les ordres du lieutenant général Duhesme, arriva à Santhia" (Rapport des marches et opérations de la Division Boudet). "Le 7 prairial, le général Duhesme prit position à Santhia avec la division Boudet" (Rapport des opérations du Lieutenant général Duhesme). "7 prairial. – Marche de la division Boudet sur Santhia. – Le 7, la division Boudet rejoignit près de Santhia la division Loison, avec ordre de se réunir toutes deux au général Murat, qui poursuivait sa marche sur, Verceil" (Journal de la campagne de l'Armée de réserve, par l'Adjudant-commandant Brossier).

La direction imprimée par le combat de la Chiusella donne le change à Mélas qui persiste à douter que les mouvements dont on lui rend compte du côté du Saint-Bernard, du Mont-Ceni et du Saint-Gothard, puissent se rattacher aux opérations d'une armée de quelque importance. Le 28 mai, Lannes, quittant Romano, marche vers le Sud et s'établit à Chivasso sur la rive gauche du Pô : "Les troupes de l'avant-garde entrèrent le 8 à Chivasso pour faire face à l'ennemi qui occupait la rive droite du Pô, et l'entretenir dans l'opinion que l'armée française se dirigeait sur Turin". Le gros de l'Armée continue sa marche vers l'Est. Duhesme avec la Division Boudet, Murat avec la Division Monnier sont à Verceil. Aucune tentative n'est faite pour passer la Sesia. Le Quartier général est à Ivrée. "Le 8, ma division se porta à Verceil, où était rendue l'avant-garde commandée par le lieutenant général Murat, qui avait aussi sous ses ordres la division Monnier" (Rapport des marches et opérations de la Division Boudet).

Le 29 mai, Murat (cavalerie et Division Monnier) et Duhesme (Divisions Boudet et Loison) passent la Sesia près de Verceil. La cavalerie atteint Novare. Victor est à Santhia. Le Quartier général est encore à Ivrée. Des ordres sont donnés pour réunir le 30 à Verceil les dernières fractions de l'armée. A 1 heure, l'Adjudant général Paulet écrit depuis Verceil au Général de Division Chef de l'Etat-major général : "J'ai l'honneur de vous informer, mon Général, que la rivière de la Sesia vient d'être passée sur trois points différents. Le lieutenant général Murat a trouvé un gué sur la droite de Verceil, à une lieue et demie de la place; la crue des eaux a rendu son passage difficile, et quelques hommes de l'infanterie légère, que l'on passait en croupe derrière les chasseurs, se sont noyés. Le général Boudet a trouvé un gué plus praticable et passé la rivière sur la gauche de Verceil... L'ennemi a commencé sa retraite à 8 heures du matin et s'est dirigé sur Novare... Les divisions Boudet et Loison manquent, mon Général, de tout ce qui est nécessaire au pansement des blessés. Les chirurgiens sont en trop petit nombre et n'ont ni linges, ni drogues, ni charpie; les infirmiers aussi sont rares, et il est presque impossible d'empêcher beaucoup de soldats qui, sous prétexte de porter leurs camarades blessés, quittent leur rang".

Extrait du rapport des marches et opérations de la Division Boudet : "Le 9, le lieutenant général Murat devant opérer le passage de la Sesia, décida d'aller prendre le gué presque en face de Palestro, afin de venir tourner l'ennemi, tandis que je passerais sur la gauche de Verceil et me porterais sur Borgo Vercelli. La division Monnier ne suffisant point au mouvement du lieutenant général Murat, je lui prêtai ma première brigade, formée par la 9e demi-brigade légère et commandée par le général Musnier; je me réservai ma seconde brigade composée des 30e et 59e demi-brigade et commandée par le général Guénand. La 9e légère ouvrit le gué à la colonne du lieutenant général Murat; elle eut beaucoup à faire et à souffrir pour vaincre la force du courant; quatre carabiniers de première file furent emportés et noyés, ce qui n'intimida pas le restant des troupes. Elles furent ensuite aidées dans le passage par la cavalerie et par plusieurs militaires, officiers et soldats, qui, sachant nager, furent d'un très grand secours. Le passage du lieutenant général Murat força l'ennemi d'abandonner entièrement la rive, et il fut prudent car, d'après nos dispositions, il ne pouvait manquer d'être pris, s'il eût voulu tenir. Le passage que j'exécutai sur la gauche de Verceil n'éprouva pas moins de difficultés que celui de la droite, par la rapidité du courant. Un peloton de six hussards, à la tête duquel était mon officier de correspondance Dierx, fut emporté et culbuté; un homme et un cheval disparurent et les autres échappèrent par hasard. L'aide de camp du général Guénand et un soldat, passant avec la colonne, périrent aussi; l'on dut le salut de plusieurs militaires à la cavalerie et aux efforts des nageurs, officiers et soldats, notamment à ceux de mon aide de camp Bagnet. La reconnaissance de quelques vedettes ennemies placées sur l'autre rive, pressait l'exécution du passage. Je voyais mes troupes en danger et je passai quatre fois la Sesia pour activer leurs mouvements et leur inspirer cette confiance que les circonstances rendaient nécessaire".

Extrait du Journal de la campagne de l'Armée de réserve par l'Adjudant commandant Brossier : "9 prairial. – Position des division Boudet et Loison. – Le général Murat fit, immédiatement après, rétablir le pont, s'avança le même jour sur Novare laissant ordre à la division Boudet de prendre position, le lendemain, derrière l'Agogna, en s'étendant sur la droite, et à la division Loison de se placer entre Palestro et Bobbio, à l'effet de se garder de Mortara et d'observer en même temps Casale, parce que l'ennemi, qui occupait toute la rive droite du Pô, pouvait se porter à l'improviste sur la rive gauche et inquiéter le flanc droit de l'armée".

Bonaparte met à profit l'incertitude de son adversaire et marche vers le Tessin. Le 30 mai, Murat et Duhesme occupent la rive droite du Tessin. Le reste de l'Armée passe la Sesia. Le Quartier général est à Verceil. Lannes est encore du côté de Chivasso. "Le 10 (prairial - 30 mai), la division entra dans Novare et se campa sur les glacis de la ville" (Rapport des marches et opérations de la Division Boudet). "Le 10, le général Duhesme prit position avec les divisions Boudet et Loison sur les bords du Tessin. La division Boudet fut placée en avant de Trécate, celle de Loison à Vigevano et environs" (Rapport des opérations militaires du Lieutenant général Duhesme).

Le 31 mai, Murat passe le Tessin de vive force et chasse les Autrichiens du village de Turbigo, pendant que Duhesme commence à franchir la rivière à Porto-di-Buffalora. "Dans cette journée ce ne fut que le soir, à dix heures, qu'on se rendit maître du village. La nuit et la fatigue des troupes ne permirent pas de poursuivre l'ennemi" (Notice Historique).

Extrait du rapport des marches et opérations de la Division Boudet : "Le 11, l'avant-garde du lieutenant général Murat se rendit à Galliate pour opérer le passage du Tessin. La première demi-brigade de ma division se porta au pont, en face de Porto-di-Buffalora, et ma seconde demi-brigade suivit, sous mes ordres, le mouvement de l'avant-garde du lieutenant général Murat. L'ennemi, placé sur la rive opposée du Tessin en face de Galliate, était fort bien retranché et avait plusieurs pièces d'artillerie. Le feu de mousqueterie s'engagea et l'ennemi appuya le sien d'une forte canonnade. L'artillerie légère, composée seulement de deux pièces de 4 servie par les canonniers de la garde des consuls, vint se placer devant leur batterie, et, soutenue ensuite par deux pièces de ma division, elle obligea l'ennemi à lâcher. Ce mouvement, en outre de quelques corps d'infanterie placés sur des petites barques, le força de précipiter sa retraite. L'avant-garde eut alors une infinité d'obstacles à surmonter pour amener et porter à bras des bateaux; après quoi, elle passa peu à peu la rivière. Pendant ce temps, l'ennemi qui venait d'évacuer la rive du Tessin reçut un renfort où se trouvait le général Loudon en personne, et s'établit à Turbigo. Mais sa position, quoique formidable, fut bientôt enlevée par la division Monnier, qui formait l'avant-garde, et à laquelle s'étaient réunis les grenadiers de ma seconde demi-brigade qui avaient passé la rivière avec mon aide de camp Moreau. L'ennemi perdit dans cette action 700 hommes, dont 400 furent fait prisonniers. Le général Guénand, avec sa brigade, prit position en avant de Turbigo. Après avoir concouru avec ma deuxième demi-brigade à assurer le passage du Tessin, devant Galliate, je laissai ma troupe et me transportai en face de Porto-di-Buffalora, où était ma première demi-brigade sous les ordres du lieutenant Duhesme, afin de faire exécuter le passage de ce côté. Mais l'ennemi avait coupé les ponts qui se trouvent sur les deux bras que forme la rivière dans cette partie; il avait aussi coulé tous les bateaux et l'on fut obligé d'en faire remonter quelques-uns de très loin. On se servit encore pour cette opération des nageurs de la 9e légère, qui l'exécutèrent avec beaucoup de zèle et de courage malgré la rapidité du courant et la perte d'un de leurs camarades qui se noya. On ne put passer dans la soirée qu'un détachement de 15 hommes qui se porta à Buffalora et en chassa un petit parti d'ennemis".

Le 1er juin, Murat et Boudet achèvent le passage du Tessin et se portent sur la route de Milan. "Murat, avec toute sa cavalerie, les 19e et 30e Demi-brigades, fait une marche forcée pour atteindre l'ennemi, mais il avait fuit dans la direction de Milan avec une telle rapidité qu'il ne put le joindre" (Notice Historique). Extrait du rapport des marches et opérations de la Division Boudet : "Le 12, le restant de la 9e légère passa le Tessin et rejoignit à Buffalora, ainsi que ma deuxième demi-brigade qui venait de Turbigo. Le soir, ayant eu l'ordre de me rendre au lieutenant général Murat, ma division suivit son avant-garde et vint prendre position en avant de Corbetta, sur la route de Milan".

Le 2 juin, le Quartier général passe le Tessin, et entre le soir dans Milan, que Murat vient d'occuper sans combat avec les Divisions Monnier et Boudet. Extrait du Journal de la campagne de l'Armée de réserve, par l'Adjudant-commandant Brossier : "13 prairial. – Prise de Milan. – Le lieutenant général Murat – Les 30e et 19e demi-brigades et toute la cavalerie avaient ordre de l'attaquer (l'ennemi), mais il fuyait vers Milan avec une telle précipitation qu'il fut impossible de l'atteindre. Le général Murat le suivit jusqu'aux portes de la ville sans relâche et sans donner le moindre repos à ses troupes. Là, apprenant qu'elle avait été évacuée pendant la nuit, il y fit entrer un détachement de troupes légères conduit par l'adjudant général Berthier et l'aide de camp Beaumont; ceux-ci-pénétrèrent immédiatement dans la ville et chassèrent devant eux quelques éclaireurs que les Autrichiens avaient laissés en arrière-garde. Le général Monnier fut chargé de l'investissement de la citadelle. Son aide de camp Molien cerna l'extérieur avec la 19e légère, tandis que lui-même en complétait le blocus du côté de la ville avec la 70e demi-brigade... Les Autrichiens laissèrent à Milan beaucoup d'objets utiles à l'armée et abandonnèrent dans les hôpitaux 1800 malades. Le même jour le commandant du château, dans lequel environ 2,000 hommes avaient été jetés, signa la convention de ne point tirer pourvu qu'il ne fût fait aucun ouvrage hostile dans l'arrondissement intérieur des remparts et qu'il ne pût jamais exister aucune espèce d'attaque du côté de la ville... 13 prairial. – Entrée triomphale des Français à Milan – L'occupation de Milan se trouvant assurée par toutes ces dispositions, le quartier général s'y transporta le même jour au milieu des témoignages de l'allégresse générale. Les habitants de tout âge et de tout sexe se précipitaient au-devant de celui qui leur apportait une seconde fois la liberté et le bonheur. Enfin, l'amitié et la reconnaissance se manifestaient de toutes parts et remplissaient tous les coeurs".

Rapport des marches et opérations de la Division Boudet : "Le 13, les deux divisions sous les ordres du général Murat, à la tête desquelles était le Premier Consul, entrèrent à Milan. La division formant l'avant-garde cerna la citadelle de Milan et je campai la mienne en avant de la ville, sur la route de Lodi".

L'entrée de Bonaparte à Milan le 2 juin éclate comme un coup de foudre. Mélas ordonne immédiatement à Elsnitz, qui est opposé à Suchet sur le Var, de se rabattre sur Alexandrie. Elsnitz se met en retraite, mais Suchet, sortant de ses positions, le poursuit, l'atteint près du col de Tende et, dans une série de combats qui durent cinq jours, le met en pleine déroute.

Dans son ordre du jour, Suchet s'exprime ainsi : "La 16ème Légère et la 30ème de Ligne, commandées par les Généraux Maingaud et Calvin, soutenaient le feu le plus vif de onze Bataillons de grenadiers et de deux régiments d'Infanterie, faisaient des prisonniers et combattaient contre des forces quintuples".

Dans ce brillant combat, au nombre des blessés nous trouvons : le Capitaine Schaller (Pierre), atteint d'un coup de feu au pied, et le Sous lieutenant Delcazal (Jacques Marc Antoine) qui a la cuisse traversée.

Le 3 juin, Berthier écrit depuis Milan à Dupont : "Je viens de donner l'ordre au général Duhesme de partir sur-le-champ pour se rendre à Lodi avec son corps de troupes et une brigade de cavalerie. La 30e demi-brigade restera pour la garnison de Milan. Prévenez l'ordonnateur de ces dispositions". La 30e doit être utilisée pour le blocus de la citadelle. Ce jour là, Duhesme, dirigé sur Lodi avec les Divisions Boudet et Loison, force le passage du Lambro à Melegnano. Le lendemain, ils forcent le passage de l'Adda à Lodi. Duhesme reçoit ensuite l'ordre de marcher sur Orzinovi avec la Division Loison, tandis que Boudet est mis sous les ordres de Murat. Celui-ci doit franchir le Pô à Plaisance, pendant que Lannes le passera en face de Castel-San-Giovanni.

Pressant la marche de ses Corps éloignés, notamment celle de Moncey qui lui amène 15000 hommes par le Saint-Gothard, Bonaparte jette la plus grosse masse de ses forces au delà du Pô, vers Pavie et Plaisance, et se trouve ainsi maître de la ligne de retraite de l'Armée autrichienne. En éxécution des ordres du 4 juin, Murat se porte sur Plaisance le 5. Mélas, enfin désabusé, veut ressaisir sa ligne de retraite. Mes ses avant-gardes sont battues d'abord aux environs de Plaisance.

Le même jour, le Commandant de la place de Verceil écrit depuis Olcenengo au Général Dupont : "Depuis que je commande cette place, j'ai toujours demandé de la troupe pour la défendre. Je dis ensuite que les deux officiers, à qui j'ai demandé des hommes, sont dans ce moment très coupables. Dans ce cas, ce sont le chef de la 30e demi-brigade et l'officier commandant le détachement de la 96e demi-brigade. Pareille faute ne doit pas être perdue de vue, et vous allez voir à quoi cette désobéissance nous a conduit. Par ma lettre d'hier, vous devez voir que je n'ai que 45 hommes de garnison; 16 hommes de garde, autant en marche pour les différentes réquisitions, ce qui fait 32 hommes. Avec le reste je me suis défendu et j'ai fait une retraite très honorable où je me suis retiré jusqu'à ce village; je me suis battu avec les 13 hommes restant, j'en ai perdu 2 qui sont morts. Dès ce moment, je vais me poster sur le chemin de San-Germano, et réunir autant qu'il sera possible de soldats isolés, ou me réunir à la première troupe qui passera pour prendre de rechef la place de Verceil, qui m'a été prise hier au soir entre 8 heures et 9 heures. 50 cavaliers avec autant d'infanterie sont entrés au déclin du jour, se sont emparés de la garde de la municipalité forte de 16 hommes, ensuite ils se sont saisis de celle qui garde les prisonniers. C'est dans ce moment que je me suis présenté avec le fond de la garnison, montant à 13 hommes; il m'en reste 11. Je vais faire mon possible de faire tenir la présente à la municipalité de Verceil, pour vous la faire passer. Ils me paraissaient tous beaucoup honnêtes mais peu véridiques. Crainte que je ne puisse avoir des forces dans la partie où je suis, tâchez de m'en faire parvenir. Enfin, j'attends vos ordres, soit à Verceil ou entre le chemin de San-Germano à Verceil".

Le 6 juin, Murat reste en face de Plaisance et cherche à passer le Pô dans les environs de cette ville. Ce jour là, Berthier écrit depuis Milan au Chef de l'Etat-major : "Le général Monnier partira le plus tôt possible ce soir pour se rendre à Belgiojoso par Pavie pour passer le Pô et rejoindre le général Lannes sur la position de Stradella; il mènera avec lui la 19e, la 30e et la 70e ; il rendra la 30e à sa division, de l'autre côté du Pô, quand il la rencontrera".

Le 7, Murat franchit le Pô en crue, s'empare de Plaisance, et repousse un détachement autrichien qui tente de le déloger de cette ville. Le rétablissement du pont de bateaux donne à l'armée un second point de passage sur le Pô.

"Le 17 Prairial, Murat avec sa cavalerie et la Division Boudet se porte sur la tête de pont de Plaisance, défendue par douze pièces de canon et l'enlève sz vive force; il franchit le Pô au dessous de Plaisance, s'empare de la ville et commence le 18 le blocus de la citadelle" (Notice Historique).

Dans ces divers combats, du 15 au 18 Prairial, la Division Boudet a fait 2000 prisonniers, s'est emparée de 13 canons, 2 drapeaux, de magasins considérables et de 30 grands bateaux chargés de vivres.

Le 8, Lannes prend l' offensive et s'établit sur la chaussée de Plaisance à Alexandrie, après avoir repoussé depuis Stradella jusqu'au delà de Broni l'arrière-garde ennemie. Berthier écrit depuis Pavie au Premier Consul : "J'ai l'honneur de vous rendre compte que le Pô a tellement augmenté pendant la nuit qu'un de nos ponts volants ne peut plus nous servir; le second, sur lequel on passe l'artillerie et les chevaux, passe encore; mais on craint qu'il en soit comme le premier si le Pô continue à augmenter... Les divisions Monnier et Gardanne sont à attendre leur tour, ce qui sera long, et, dans le cas où le Pô monterait encore de 2 pieds, il faudrait que nous allions le passer à Plaisance". Le même jour, Bonaparte écrit à Berthier : "La division du général Lannes, qui est forte de 8,000 hommes, compris sa brigade de cavalerie, peut se mettre en marche demain pour Voghera. La division Victor l'appuierait, ainsi que les divisions Monnier et Gardanne, ce qui, compris la cavalerie, vous formerait 23 ou 24,000 hommes".

Le 9 juin, Lannes rencontre à Casteggio un Corps autrichien marchant sur Plaisance. Soutenu par la Division Chambarlhac il parvient, après un combat violent, à enlever les hauteurs situées au sud de Casteggio et à s'emparer de ce village. Il fait poursuivre les Autrichiens au delà de Montebello qui subissent une cuisante défaite. Le Premier Consul part de Milan le jour de la bataille de Montebello. Avant de quitter cette ville, il donne un ordre très important pour organiser la marche de l'armée par les deux rives du Pô et assurer en même temps la sécurité de la ligne d'opérations en organisant la défense du Tessin face à l'Ouest et de l'Oglio face à l'Est, de façon à être maître de la zone comprise entre ces deux rivières et le Pô. Murat, qui est resté le 8 à Plaisance, quitte cette ville avec la Division Boudet dans la soirée du 9, pour rejoindre le gros de l'Armée. La Division Loison le remplace à Plaisance pour garder le pont et bloquer la citadelle.

Réserve, 1re ligne, au 20 prairial an 8 (9 juin 1800)
30e de Bataille (sic) : 2 Bataillons, 1900 hommes à l'Armée, 250 hommes au Dépôt à Chambéry; 1 bataillon avec le général Masséna
Note : Cette situation semble avoir été établie à Paris

Première ligne de l'armée de réserve au 20 prairial an 8 (9 juin 1800)
30e de Bataille (sic) : 2000 hommes
Cette 2e situation semble faite à Paris. Elle ne porte ni date, ni signature. Elle est tirée des Archives nationales , A. F. IV, registre, 1159.

Dépôt à Chambéry : 258 hommes
D'après une situation qui ne porte ni date ni signature

Le Premier Consul passe le Pô le 10. Il ne doute pas qu'il y ait une bataille générale le 12 juin, et prend des mesures en conséquence. L'ennemi est en effet décidé à livrer bataille pour tâcher de se faire jour. La Division Boudet, partie de Plaisance dans la soirée du 9 juin, rejoint l'Armée dans la journée du 10.

Le 11, la Division Gardanne et une partie de la cavalerie avec Murat sont à Voghera, ayant devancé le corps Lannes qui demeure à Montebello et la Division Boudet qui est à San-Giuletta. Tandis qu'on recueille quelques renseignements sur la retraite du Maréchal Ott et sur la position de Mélas, de nouveaux moyens de passage sont aménagés sur le Pô à hauteur de Stradella; leur établissement fait espérer pour le lendemain l'arrivée de l'artillerie qui n'a pas rejoint depuis Bard. La Division Lapoype surveille la rive gauche du Pô de la Sesia au Tessin. L'arrivée à l'Armée du Général Desaix (qui débarque d'Egypte et a abrégé sa quarantaine pour combattre plus tôt), les emplacements des différentes Divisions et les missions qu'elles ont à remplir, nécessitent un nouveau groupement de ces unités sous les ordres des Lieutenants du Général en chef :

Organisation de l'Armée au 22 prairial
Le Général Desaix commande :
Division Boudet : 9e Légère, 30e et 59e de Bataille (sic)
Division Monnier
Note : L'Etat-major du Général Desaix sera celui de la Division Boudet.

Composition et force de l'Armée à l'époque du 22 prairial an 8 (11 juin 1800)
30e de Bataille (sic) : 1200 hommes

Berthier donne des ordres pour porter l'Armée sur la Scrivia et dans la conviction que l'ennemi livrera bataille le 12, il fait venir la Division Lapoype sur la rive droite. Il appelle toutes les forces disponibles et fait établir un pont fixe avec tête de pont à Mezzana-Corti sur la route de Pavie à Casteggio. Le 12, l'Armée se porte sur la Scrivia, mais les Autrichiens évitent le combat et se retirent dans la direction d'Alexandrie. Extrait du Journal de la campagne de l'Armée de réserve par l'Adjudant-commandant Brossier : "23 prairial – Positions de l'armée française. – L'armée se trouvait, le 23, sur la rive droite de la Scrivia, dans les positions suivantes : ... La division Watrin et celle de Mainoni à Castel-Nuovo-di-Scrivia, sous les ordres du général Lannes. Les divisions Boudet et Monnier sous le commandement du général Desaix, en avant de Ponte-Curone, avec tous les corps de cavalerie commandés par le lieutenant général Murat, à l'exception de la brigade du général Kellermann et d'un régiment de dragons qui furent placés en avant de Tortone à côté des divisions Gardanne et Chambarlhac, conduites par le lieutenant général Victor".

Division Boudet, rapport de W. Dalton du 23 : "Ponte-Curone, le 23 prairial an 8 (12 juin 1800). La division s'est mise en mouvement à 7 heures du matin, elle a quitté les positions de San-Giuletta et s'est portée en avant de Ponte-Curone. Le pain présenté à la division, étant moisi et d'une très mauvaise qualité, n'a pu être accepté; on espère cependant pourvoir à sa subsistance. La viande est fournie pour les 23 et 24. Sur les 83,622 cartouches qui manquaient à la division pour la compléter à 50 coups par homme, il n'en a été fourni que 30,000; elle en aurait donc besoin de 53,622. La 30e demi-brigade s'est réunie à la division. Il a été donné à la division deux obusiers et quatre pièces de 8, servis par l'artillerie légère. L'obusier et la pièce de 8 qui tenaient à la division ont passé à celle du général Monnier".

"Le 23, la division Monnier et la mienne partirent sous les ordres du lieutenant général Desaix et furent destinées à faire la réserve de l'armée qui marcha ce même jour à l'ennemi, l'obligea de se renfermer dans le fort de Tortone et d'établir son corps d'armée sur cette ligne. Ma division, passant par Voghera, vint prendre position à Ponte-Curone". (Rapport des marches et opérations de la Division Boudet).

Au quartier général, on craint que Mélas ne s'échappe par la rive gauche du Pô ou par l'Apennin. Dans les journées des 12 et 13 juin, le Premier Consul semble être dans une grande incertitude sur la direction prise par l'Armée autrichienne. Les Corps de Lannes (Division Watrin) et de Victor (Divisions Gardanne et Chambarlhac) débouchent dans la matinée du 13 sur la rive gauche de la Scrivia sans rencontrer l'ennemi. Le Corps de Desaix (Divisions Monnier et Boudet) et la Division Lapoype sont maintenues sur la rive droite de cette rivière. Victor et Lannes continuent leur marche vers Alexandrie. La Division Gardanne, qui forme l'avant-garde, s'engage contre les Autrichiens dans la soirée et enlève très facilement le village de Marengo. A midi, le Corps de réserve, qui est vers Ponte-Curone, est disloqué. Desaix est envoyé au sud avec la Division Boudet pour couper à Mélas la route de Gênes; il ne peut passer la Scrivia, et s'arrête sur la rive droite de cette rivière en face de Rivalta. La Division Monnier passe la Scrivia et rejoint le gros de l'Armée vers Garofoli. Pendant ce temps, Lapoype vient servir de réserve vers Ponte-Curone. La position de la Division Boudet dans la soirée du 13 est la suivante : la 9e Légère, sur la rive droite de la Scrivia, en face de Rivalta; une seule compagnie a pu passer la rivière avec le Général Desaix. Les 30e et 59e de Bataille sont aux environs de Sarrezano.

Division Boudet – Rapport de W. Dalton du 24 : "Rivalta, le 25 prairial an 8 (14 juin 1800). Le lieutenant général Desaix donna ordre à la division de partir de Ponte-Curone pour se rendre par Sarezano à Rivalta et se diriger ensuite sur Serravalle. Il était déjà midi lorsque la division reçut cet ordre; elle se mit en marche de suite, mais il survint des pluies très abondantes qui rendirent la route très défectueuse. La 9e légère avec le 1er de hussards, qui marchaient en tête, arrivèrent sur les bords de la Scrivia sur les 5 heures. On tenta le passage de cette rivière qui était très grosse en ce moment et on ne put parvenir à passer quelques hommes d'infanterie qu'en leur faisant prendre la queue des chevaux. Douze hommes furent entraînés en un instant; on les sauva avec peine, mais ils perdirent leurs armes. Le général se trouva forcé de la faire camper sur la sive droite. Les 30e et 59e de ligne étaient restées sur la montagne de Sarrezano, sous les ordres du général de brigade Guénand, pour protéger l'artillerie qu'on eut beaucoup de peine à faire passer et ce ne fut qu'à l'aide de vingt paires de boeufs qu'on réussit à la faire arriver sur les bords de la Scrivia à 9 heures du matin. Pendant la nuit on s'était occupé à rétablir une barque et à passer la 9e légère. On se servit de ce moyen pour toute l'infanterie; des découvertes furent envoyées dès le soir et pendant la nuit sur Serravalle, par les deux rives de la Scrivia ; on reconnut que l'ennemi occupait ce poste; les découvertes nous apprirent aussi que quelques troupes républicaines occupaient Novi".

Extrait du rapport des marches et opérations de la Division Boudet : "Le 24, ma division, séparée de celle du général Monnier et restée avec le lieutenant général Desaix, eut ordre de se porter à Rivalta et de s'étendre jusqu'à Serravalle. Pour faire le trajet de Ponte-Curone au bord de la Scrivia, je fus obligé de passer par la gauche de Tortone, passage difficile et montueux et d'autant plus pénible qu'alors il pleuvait abondamment. Une autre difficulté fut le gonflement des eaux de la Scrivia. La nuit qui survint ne nous permit de faire passer qu'une compagnie de carabiniers dont plusieurs, emportés par le courant, perdirent leurs armes et ne durent leur salut qu'au hasard. Dans la nuit, ceux qui avaient passé furent prendre position à Rivalta où se rendit aussi le général Desaix. Pendant ce temps on s'occupa de pourvoir aux moyens de passer la Scrivia dès le lendemain de très bonne heure, dans le cas que la rivière ne serait pas plus guéable".

L'occupation facile de Marengo, et la retraite des Autrichiens sur la rive gauche de la Bormida, font penser au Premier Consul que Mélas se dérobe encore à la bataille et va se porter soit au nord vers Valenza, soit au sud vers Novi ou Acqui. La croyance du Premier Consul à la retraite de Mélas a pu être augmentée par ce fait qu'il semble avoir été convaincu, dans la soirée du 13, que le pont sur la Bormida était détruit, si l'on s'en rapporte aux relations officielles faites après la campagne et aux Mémoires de Marmont, de Savary et de Bourrienne.

Le Premier Consul, dans les premières heures du 14, ne reçoit aucun renseignement sur l'armée autrichienne. Le combat de la veille lui a donné la conviction que Mélas refuse la bataille et se dérobe par une marche de flanc. Aucun mouvement n'est signalé du côté d'Alexandrie avant 8 heures du matin. Le Premier Consul demeure donc persuadé que Mélas marche sur Valenza au nord ou sur Gênes au sud. En conséquence, vers 9 heures du matin, il envoie la Division Lapoype sur la rive gauche du Pô. C'est ainsi que cette réserve se trouve éloignée du champ de bataille. A peu près en même temps, il expédie l'ordre à Desaix de marcher de Rivalta dans la direction du sud vers Pozzolo-Formigaro. Pendant que le Premier Consul croyant Mélas en retraite, éloigne deux Divisions du gros de l'armée vers 9 ou 10 heures du matin, détachant Lapoype au nord et Desaix au sud pour arrêter les Autrichiens sur les routes de Milan et de Gênes, ceux-ci, forts de 36000 hommes, dont 8000 cavaliers et 200 bouches à feu, débouchent d'Alexandrie, passent la Bormida, et parvenus sur Marengo attaquent l'Armée française.

Situation de l'Armée de réserve le 14 juin
Le Général Desaix commande :
Division Boudet : 9e Légère, 30e et 59e de Bataille (sic)
La 30e fait partie de la Brigade Musnier. Commandée par Labassée (sans précision de grade), elle est à 3 Bataillons et 1430 hommes
Division Monnier
Note : Situation est extraite de la Relation de la Bataille de Marengo, rédigée en 1805 au Ministère de la guerre

 

b/ Bataille de Marengo

Ordre de bataille de l'Armée française à Marengo (Nafziger)
Bonaparte, Général en chef
Corps du Général Dessaix
2ème Division : Général de Division Boudet
Brigade Musnier : 9ème Légère ; 30ème Demi-brigade (3 Bataillons, 1430 hommes)
Brigade Guesnau : 59ème Demi-brigade

Note : cette situation est inchangée au 18 juin (d'après Pascal, A. : "Histoire de l'Armée et de tous les régiments"; Paris)

Bonaparte, qui, comme dit plus haut, dans la crainte de voir Mélas lui échapper, s'est vu entraîné à une certaine dissémination de ses forces. n'est en mesure d'opposer immédiatement à ces masses que les deux Divisions Gardane et Chambarlac, commandées par Victor. La veille, elles ont débusqué les Autrichiens de Marengo et l'occupent solidement, ce qui va leur permettre de résister longtemps à l'attaque de la principale colonne autrichienne, à Marengo et, secondés par la Division Watrin, sur les bords du Fontanone (disputé avec la plus grande énergie) qui couvre les abords du village. La Division Watrin, commandée par Lannes, et deux Brigades de cavalerie, c'est-à-dire 15000 fantassins, 2000 chevaux et 40 pièces de canon, sont venues s'établir à leur droite et les soutiennent à Marengo et au nord de ce village. Malgré leur infériorité numérique, ces intrépides Division ne désespèrent pas d'arrêter encore une fois, ce même ennemi qu'elles ont si glorieusement battu quelques jour auparavant à Montebello. Pendant six heures, elles repoussent ses assauts désepérés et lui infligent des pertes considérables. Mais les Autrichiens viennent à bout de déployer toutes leurs forces. Débordées sur leurs ailes, nos trois Divisions se voient forcées de reculer.

Bonaparte peut heureusement peut compter sur la prompte entrée en ligne de la Garde consulaire (800 fantassins et 300 cavaliers) qui vient appuyer la droite de Watrin, et d'une troisième Brigade de cavalerie. Il arrête ainsi un instant les progrès de l'ennemi. De plus la Division Monnier, qui couvre sa droite vers le Pô, d'abord restée en réserve, vient prolonger la ligne et s'empare de Castel-Ceriolo. Mais Bonaparte ne parvient pas à rétablir l'équilibre dans cette lutte disproportionnée. Ecrasé dans Marengo par la mitraille, Victor, manquant de munitions, est obligé de battre en retraite vers San-Giuliano, sur la grande route de Plaisance. Bonaparte fait soutenir son mouvement par la Cavalerie et prescrit au reste de sa ligne de s'y conformer peu à peu, tout en tenant ferme à droite, vers Castel-Celerio. Lannes, par l'importance du développement de sa ligne qui comprend cinq Régiments, en règle l'exécution. Il y déploie la fermeté qui le caractérise, faisant exécuter de nombreux retours offensifs et mettant trois heures à reculer d'une lieue. L'Armée perd cependant une partie de sa faible artillerie.

A la vue de ce mouvement qui découvre la grande route de Plaisance et lui ouvre le passage désiré, Mêlas nous croit en pleine retraite. Il entre à Alexandrie pour annoncer sa victoire à son souverain, laissant au Général Zach, son Chef d'Etat-major, le soin de donner les derniers ordres.

Lapoype et Desaix ont entre temps été rappelés sur le champ de bataille : le premier reçoit l'ordre trop tard; Desaix arrive à la fin de la journée à San-Giuliano avec la Division Boudet (cette dernière, envoyée vers la gauche sous les ordres de Desaix, pour surveiller la route de Gênes, peut en effet intervenir en temps utile), au moment où l'armée française semble entièrement vaincue.

Desaix, n'ayant pas rencontré l'ennemi dans sa reconnaissance sur la route de Gênes, accourt au canon avec la Division Boudet dont les têtes de colonne apparaissent déjà sur la grande route de Plaisance, en arrière de San Giuliano; et, précédant sa colonne, il est venu prendre les ordres du Premier Consul. Les Généraux qui les entourent regardent la journée comme perdue et pensent qu'il faut utiliser Desaix pour assurer la retraite. Bonaparte, qui n'a pas renoncé à la victoire, ne partage pas cet avis et presse vivement Desaix de faire connaitre le sien. "La bataille est perdue, répond Desaix en regardant sa montre, mais il n'est que trois heures, il nous reste le temps d'en gagner une autre". Bonaparte n'hésite plus et se dispose à frapper le coup décisif par une vigoureuse reprise de l'offensive.

La Division Boudet comprend trois Demi-brigades : la 9e Légère, sous les ordres du Général Monnier, la 30e (1430 hommes avant la bataille) et la 59e, commandées par le Général Guesneau. Desaix, posté devant San Giuliano, diagonalement et en arrière sur la gauche du Général Lannes, forme en bataille la Division en avant de San Giuliano, sur la droite de la grande route, dans l'ordre suivant : à gauche de la route, la 9e Légère ayant un Bataillon déployé et les deux autres en colonne d'attaque sur les ailes; à droite de la route, la 30e ayant ses trois Bataillons déployés en ligne de bataille; puis, la 59e dans le même dispositif que la 9e légère (note : dans les "Extraits des mémoires inédits de Victor", la 9e Légère est donnée commandée par le Général Guénau, et les 30e et 59e par le Général Musnier). En arrière et un peu à gauche de la route, sont établies les fractions ralliées des Divisions de Victor. A droite de Desaix se tient la Cavalerie Kellermann prête à charger, et la Garde consulaire. Enfin, les 7 pièces (dont deux obusiers) dont dispose la Division Boudet, jointes à 5 autres amenées par le Général Marmont, sont placées en batterie sur son front. Cette artillerie va arrèter les premières troupes autrichiennes.

Bonaparte arrête alors partout le mouvement rétrogade; il parcourt le front des lignes, rassure les troupes en leur montrant l'arrivée des réserves : "C'est assez reculé, leur dit il, souvenez vous que j'ai l'habitude de coucher sur le champ de bataille".

Du côté des Autrichiens, Zach, persuadé, comme Mélas, que la journée est terminée, et qu'il n'a plus que des trophées à recueillir, forme ses ligne en ordre de marche et, précédant une épaisse colonne qui suit la grande route menant de Marengo à San Giuliano, s'avance de sa personne avec une avant-garde de 2000 Grenadiers hongrois. Un léger pli de terrain lui cache les redoutables dispositions prises contre lui en avant de San Giuliano. Tout à coup, Marmont démasque ses 12 pièces et couvre de mitraille pendant 10 minute cette colonne qui s'arrête interdite et bientôt tourbillonne en désordre. Desaix commande la charge, avant de tomber, tué par une balle ennemie. La 9e Légère, la 30e et la 59e s'élancent à sa voix avec une impétuosité superbe sur le front de l'ennemi, et, après une décharge à bout portant, se jettent à la baïonnette sur les Grenadiers hongrois, tandis que Kellermann, profite d'un instant favorable pour les charger avec le peu de cavalerie dont il dispose : il tombe sur leur flanc avec ses cavaliers. Une panique inexplicable s'empare des troupes autrichiennes, dont aucun élément n'oppose une résistance sérieuse. Toute la colonne, bientôt entourée, met bas les armes : Zach est fait prisonnier. En même temps, de San Giuliano à Castel-Ceriolo, la charge bat sur toute notre ligne qui se porte en avant avec un élan irrésistible. Partout les Corps autrichiens lachent pied. La Division Boudet enlève Marengo en courant; la 30e s'empare d'un drapeau. Le désordre est à son comble dans l'armée ennemie, qui se précipite pêle-mêle vers les ponts de la Bormida, en éprouvant des pertes considérables, pour aller se réfugier sous le canon d'Alexandrie, et laisse toute son artillerie et ses voitures de bagages dans le Fontanone et dans la Bormida.

Rapport adressé à Berthier par le Général Boudet, en date du 16 mai 1800 (27 prairial an 8) : "Le recueillement des différents faits qui honorent la division que je commande, m'a fait retarder mon rapport jusqu'à ce jour. Je compte assez sur votre amour pour la gloire et sur ce qui peut inspirer la reconnaissance des traits de valeur en leur accordant une publicité, pour espérer que ma division, qui a arraché la victoire à l'ennemi et fixé le sort de l'Italie, aura pour première satisfaction celle d'apprendre qu'elle a bien mérité à la bataille de Marengo. Je vais vous analyser la conduite en masse, et celle particulière de ceux qui y ont marqué. - Le 25, ma division, sous les ordres du général Desaix, eut ordre de se porter à San-Juliano et Marengo. A son arrivée, au premier endroit, une partie qui avait soutenu le premier choc de la bataille et conduisait des blessés, se retirait en désordre, étant encombrée par une immense quantité de charrettes de vivandières et de domestiques auxquels sejoignent toujours les mauvais soldats. - Je plaçai ma 1re brigade sur la gauche de la grande route, partie déployée et l'autre en colonne serrée, afin de s'opposer au choc de l'ennemi, et ordonnai le même mouvement sur la droite pour la 2e brigade. - Le lieutenant général Desaix donna l'ordre de se porter en avant, ce qui fut exécuté par la 1re brigade composée de la 9e légère, et on arriva sur le front de l'ennemi à portée de la mousqueterie qui, s'étant rapprochée de beaucoup, m'obligea de faire jeter en avant des tirailleurs, afin de retarder sa marche. Cette brigade, commandée par le général Musnier, sous le feu de l'artillerie et de la mousqueterie de l'ennemi, resta avec cette sécurité faite pour inspirer la confiance, et donna le temps à la 2e brigade, composée des 30e et 59e, commandées par le général Guénau, de s'établir sur la droite du chemin, et aux autres corps de l'armée de venir se rallier à eux. Le lieutenant général Desaix m'envoie l'ordre de faire retirer par échelons ma 1re brigade, beaucoup plus avancée que le reste de la ligne. Je cours lui faire observer que supposant que l'armée doit se porter en avant, j'avais encore mes tirailleurs, et il venait alors d'être décidé que l'attaque se ferait, et préalablement toute l'artillerie avait été remise sur la droite, vis-à-vis le front des 30e et 59e demi-brigades. - Le général Desaix, s'étant rendu à ma 1re brigade, formant la gauche de notre armée, dont il se chargeait, me dit de me porter à ma 2e. Le mouvement s'exécuta sur toute la ligne au pas de charge. La brigade de gauche, 9e légère, eut à combattre sur son front le corps des grenadiers hongrois soutenu par une très forte artillerie; la résistance fut très opiniâtre, mais la valeur de cette brigade l'emporta, et une charge heureuse de cavalerie couronna cette attaque qui, dirigée par le valeureux Desaix, n'eut pas le bonheur de l'avoir pour témoin de ses succès : la mort venait de l'enlever à ses frères d'armes, et ses dernières paroles furent de cacher sa mort pouvant porter préjudice à la victoire. A différentes reprises, la cavalerie chercha à tourner et à entamer la 9e légère; mais elle y fut reçue de manière à la décourager. - La 2e brigade, commandée par le général Guénau, que je dirigeais, enfonça avec une rapidité étonnante le centre de l'ennemi, et, par cette manoeuvre hardie coupa son armée en deux; cette brigade eut continuellement à combattre, sur son front et ses flancs, artillerie et mousqueterie, et, sur ses derrières, plusieurs corps de cavalerie vinrent aussi se présenter; mais l'ordre de colonnes serrées dans lequel s'étaient maintenus les bataillons, quoique traversant des vignes, rendit la tentative de la cavalerie inutile, et lui occasionna une perte considérable. - Je ne peux que rendre les plus grands éloges à cette brigade qui, en partie composée de nouveaux soldats, ont rivalisé de valeur et de contenance avec les plus anciens militaires. - Deux drapeaux ont été pris, l'un, par le citoyen George Auptil, fusilier de la 30e demi-brigade qui, courant après celui qui le portait, le tua, et, à la vue d'un peloton qui cherchait à le ravoir, l'enleva; et l'autre, par le citoyen Gollot, capitaine de grenadiers de la 59e - Les généraux de brigade Guénau et Musnier ont dirigé les troupes avec un dévouement particulier. Le général Guénau a reçu une balle à l'aîne droite, dont l'effet fut amorti par l'argent qu'il avait dans la poche de sa montre. - L'adjudant général Dalton mérite particulièrement d'être cité par le sang-froid et la connaissance avec lesquels il a dirigé différents points d'attaque. - Le chef de brigade Labassé, de la 9e légère, Lalterre, de la 30e, Magnier, de la 59e, ont marqué une intrépidité digne des plus grands éloges : ce dernier a reçu deux légères blessures. - Mes aides de camp et officiers d'état-major nous ont aussi parfaitement secondés par leur activité. L'un d'eux, le citoyen Bagnet, eut son cheval tué d'un coup deboulet. - Enfin, général, je crois devoir vous assurer que les plus grands éloges doivent être rendus à tous les officiers et soldats de la division. Tous ont montré un véritable courage. - J'aurais particulièrement à réclamer de vous une récompense d'avancement pour le chef de bataillon Pestre; pour mon aide de camp Bagnet et pour l'officier de correspondance Diens : le premier est lieutenant, le second est sous-lieutenant. - Salut et respect. - BOUDET" ("Extraits des mémoires inédits de Victor").

Extrait du Rapport des marches et opérations de la Division Boudet : "Le 25, à 2 heures du matin, le lieutenant général Desaix me fit parvenir l'ordre de faire une forte reconnaissance d'infanterie et de l'appuyer même d'une brigade jusqu'à Serravalle, si je croyais que cette force fût nécessaire. J'avais envoyé, dès le soir, un détachement de 30 cavaliers du 3e régiment, conduit par le capitaine adjoint à l'état-major de la division (L'Héritier), et j'observai au lieutenant général Desaix que je croyais nécessaire d'attendre préalablement le rapport de ce détachement. Il m'approuva et changea l'ordre qu'il m'avait donné.
Au point du jour, l'eau ne permettait pas encore de passer à gué, mais une barque avait été établie avec le secours des bateliers qu'un détachement avait enlevés à Tortone pendant la nuit. La troupe passa promptement et vint prendre position à Rivalta. Vers les 10 heures du matin, l'eau était baissée, et l'artillerie put passer la rivière au gué.
Dans cet intervalle, le général Desaix avait envoyé au quartier général pour savoir quelles dispositions devaient suivre l'action de la veille. Il reçut l'ordre (heureusement très tard) de se porter à Pozzolo-Formigaro, position intermédiaire, d'où nous pouvions nous porter, il est vrai, mais avec trop de temps, sur Alexandrie ou sur les débouchés de Gênes, en cas que l'ennemi eût tenté sa retraite de ce côté.
Ma division n'était qu'à 1 mille de Rivalta, quand un aide de camp du général en chef, expédié par le Premier Consul, vint à la hâte me porter l'ordre de marcher sur San-Giuliano, et, de là, sur Marengo, où les deux armées ennemies étaient à se battre depuis le point du jour.
Ma division, précipitant sa marche, fut bientôt rendue à San-Giuliano. Elle y fut témoin du désordre qui commençait à régner dans l'armée, le désordre qu'occasionnaient, d'une part, la marche d'un grand nombre de blessés et de camarades qui les conduisaient en obstruant tout le passage et, de l'autre, l'encombrement des charrettes et la foule des domestiques, des vivandiers et des mauvais soldats qui se joignent communément à ceux-ci.
Je plaçai sur la gauche de la grande route ma première brigade, dont une partie déployée et l'autre en colonne serrée.
J'ordonnai aussi à ma deuxième brigade la même disposition sur la droite du chemin.
Le lieutenant général Desaix et moi, considérant la position de l'armée, nous décidâmes à faire porter en avant ma première brigade, composée de la 9e légère. L'ordre fut donc donné pour ce mouvement, dont l'exécution devait au moins rappeler le courage des troupes qui se retiraient, et par suite, les faire retourner.
Je me portai donc en avant et jusque sous le front de l'ennemi, à portée de sa mousqueterie, laquelle se rapprochant sensiblement, m'obligea de faire jeter des tirailleurs en avant, afin de retarder sa marche. Cette brigade, commandée par le général Musnier, exécuta plusieurs mouvements à la vue de l'ennemi, et ses manoeuvres se firent avec une fermeté et une sécurité assez grandes pour qu'il soit permis de leur attribuer cette confiance qui parut renaître parmi les troupes éparses qui fuyaient. La contenance vigoureuse que tint la brigade sous le feu de l'artillerie et de la mousqueterie de l'ennemi donna le temps à ma deuxième brigade, composée de la 30e et de la 59e demi-brigade, commandée par le général de brigade Guénand, de s'établir sur la droite, et aux autres corps de l'armée qui avaient combattu le matin et opéraient leur retraite, de venir prendre position derrière elle.
Pendant que je contenais, avec la 9e légère, l'ennemi sur son front, et que je protégeais le ralliement de l'armée, le Premier Consul tenait son conseil, où se trouvait le général en chef, le lieutenant général Desaix et autres généraux rassemblés sous le feu le plus fort de l'artillerie ennemie. Ils s'occupaient à préparer un grand mouvement, capable d'assurer la victoire.
Bonaparte harangua les troupes, et, dans cet intervalle, le général Desaix fit réunir toute l'artillerie de sa division en avant du front de ma deuxième brigade. Il s'engagea alors une canonnade dans laquelle l'ennemi avait une trop forte supériorité par le nombre de ses pièces pour que la partie pût être égale. Chaque instant voyait enlever des files de nos troupes, dont l'impatience augmentait pour en venir aux mains.
J'étais beaucoup plus avancé que le reste de ma ligne avec ma première brigade, et je n'aurais pas tardé à avoir un engagement sur tout le front de la 9e légère, lorsque le général Desaix m'envoya l'ordre de faire retirer mes troupes par échelons. Cette manoeuvre devenait, à la vérité, indispensable, si l'attaque générale était retardée; mais elle compromettait aussi les tirailleurs que j'avais en avant; j'ordonnai cependant le mouvement, en ne le faisant exécuter qu'à pas très lents, et je me rendis très promptement auprès du lieutenant général Desaix pour lui présenter mes observations. L'attaque allait commencer, et le général Desaix, connaissant les dispositions que j'avais faites sur le front de l'ennemi, me chargea alors d'arrêter la marche rétrograde, ce que je fis en me reportant sur le front de ma première brigade, qui s'était retirée de 200 pas au plus.
Je pourrais observer ici que ce mouvement rétrograde nous devint favorable, car l'ennemi, qui s'en aperçut, redoublant d'espoir, se porta en avant avec plus d'audace, et la surprise qu'il y éprouva en se voyant ensuite chargé, nous fut avantageuse.
Le lieutenant général Desaix se rendit à ma première brigade, formant la gauche de l'armée, et me dit de me porter à ma deuxième, qui occupait le centre, en me chargeant de percer celui de l'ennemi et de l'enfoncer avec assez de rapidité pour le séparer entièrement et déranger par là son plan d'opérations.
Toute la ligne se mit en mouvement au pas de charge, et ma division formait le premier front. Ma brigade de gauche, composée de la 9e légère, eut à combattre devant elle les grenadiers hongrois qui venaient d'être réunis par le général Mélas, afin que ce corps d'élite pût poursuivre avec avantage la victoire qu'il regardait déjà comme assurée pour lui. Ce corps de grenadiers était soutenu d'une très forte cavalerie qui débordait les ailes de ma première brigade; leur résistance fut très opiniâtre; mais la valeur de la 9e légère la rendit nulle, et une heureuse charge de notre cavalerie couronna cette attaque.
L'habile et valeureux Desaix l'avait dirigée, et il n'eut pas le bonheur de jouir de nos succès. La mort venait d'enlever ce grand capitaine à ses frères d'armes. Il recommanda, par ses dernières paroles, de cacher son sort, dans la crainte que cette nouvelle produisît quelque alarme et ne nuisît à la victoire.
A différentes reprises, la cavalerie ennemie tenta de tourner et d'entourer la 9e légère; mais elle fut reçue de manière à être découragée.
C'est absolument à la contenance et aux actes de valeur de ce corps qu'on doit les avantages marquants qui ont été remportés sur la gauche et surtout la prise de l'artillerie et des prisonniers. La cavalerie y a également contribué avec beaucoup d'à-propos et de courage.
Ma deuxième brigade, composée de la 30e et de la 59e demi brigade et dirigée par moi, enfonça avec une audace, une force et une rapidité étonnantes le centre de l'armée ennemie et la coupa en deux. Cette brigade eut continuellement à défendre à la fois son front et ses flancs et ses derrières contre l'artillerie et la mousqueterie et contre différents corps de cavalerie. Ces derniers particulièrement vinrent à la charge plusieurs fois pour attaquer nos derrières; mais l'ordre parfait de colonnes serrées dans lequel s'étaient maintenus nos bataillons, quoique traversant des vignes et autres obstacles, non seulement rendit la tentative de la cavalerie inutile, mais encore lui occasionna une perte considérable.
La résistance de l'ennemi, dans certaines positions, fut terrible. On se fût amusé inutilement à vouloir le chasser par la mousqueterie. Les charges à la baïonnette purent seules le débusquer, et elles furent exécutées avec une prestesse et une intrépidité sans exemple. Assurément, on ne peut donner assez d'éloges à cette brigade, en partie composée de conscrits qui ont rivalisé de courage et de fermeté avec les plus anciens militaires.
Dans la charge à la baïonnette, deux drapeaux ont été pris, l'un par le citoyen Coqueret, capitaine de grenadiers de la 59e, et l'autre par le citoyen Georges Amptil, fusilier et conscrit de la 30e demi-brigade, lequel poursuivit et tua celui qui le portait et l'enleva à la vue d'un peloton qui cherchait à le ravoir.
Ainsi, je puis et je dois dire à la gloire, de ma division que, par son extrême courage, elle a eu le bonheur de contre-balancer les avantages obtenus par nos ennemis jusqu'à son arrivée et de concourir de la manière la plus efficace à fixer de notre côté l'illustre victoire de Marengo, victoire qui doit tenir une première place dans nos annales, tant par la valeur plus qu'héroïque qui l'a arrachée que par les grands intérêts qui y étaient attachés
".

Extrait du Journal de la campagne de l'Armée de réserve, par l'Adjudant-commandant Brossier : "... La division du général Monnier ... parvint à se faire jour à travers la ligne autrichienne et à opérer, sous la protection de la brigade aux ordres du général Champeaux, sa retraite sur San-Giuliano, où la totalité de l'armée se réunissait à la division Boudet qui, conduite par le général Desaix, venait d'arriver sur ce point. Le sort de la bataille était encore douteux à 6 heures du soir; tous les généraux, avides de danger, parcouraient les rangs pour ranimer l'ardeur des soldats; mais rien ne pouvait l'exciter davantage que la présence du Premier Consul, au milieu des plus grands dangers, bravant tous les hasards et opposant le calme de la constance aux caprices de la fortune. C'était l'instant décisif.
Le Premier Consul confère quelques instants avec le général Desaix et passe presque toute la ligne en revue; l'ordre d'une nouvelle attaque est donné.
Le lieutenant général Desaix se place au centre, sur la grande route, entre San-Giuliano et Cassina-Grossa, avec la division Boudet; la 9e légère occupant la gauche de la route sous les ordres du général Monnier, et la 30e et la 59e de ligne, commandées par le général Guénand, portées sur la droite; il avait sur son front: une pièce de 12, quatre de 8 et deux obusiers.
Les grenadiers de la garde des Consuls, conduits par le chef de bataillon Goulez, sont à droite entre ces corps et les troupes aux ordres du général Lannes. La division Gardanne occupe la gauche de la division Boudet et s'appuie à la droite de la brigade du général Kellermann. La division Monnier, un peu en arrière de la division Boudet, est prête à se porter où les événements nécessiteront sa présence, et la division Chambarlhac, avec le surplus de la cavalerie, forme la réserve.
L'ennemi, croyant la victoire assurée, avançait avec rapidité, et déjà il avait atteint la hauteur de Cassina-Grossa.
Desaix marcha à sa rencontre au pas de charge. La présence du héros avait réchauffé tous les courages et chacun brûlait d'impatience de suivre son généreux exemple. l'ennemi s'arrête et la fusillade s'engage à la petite portée de pistolet. La valeur, l'audace, la persévérance, toutes les vertus guerrières se font également admirer dans les deux armées. Une partie de la division Watrin marche par la gauche et court appuyer ce premier mouvement, laissant la 40e en ligne.
Le général Monnier, s'apercevant que la droite se trouvait dégarnie par la manoeuvre du général Watrin et qu'elle était déjà dépassée par plus de 2,000 chevaux, appuyés par une artillerie formidable, marche à la tête de la majeure partie de sa division et de la 40e. Les grenadiers de la garde consulaire s'ébranlent en même temps, se réunissent à lui et, tous ensemble, se présentent à l'ennemi.
Ce fut là qu'il s'engagea une, charge terrible et telle que cette journée mémorable n'en avait point encore vue d'aussi meurtrière.
Les troupes des demi-brigades semblaient disputer l'honneur du danger aux intrépides grenadiers.
La mort volait dans tous les rangs et frappait de tous les côtés; elle moissonna plus du tiers de ces braves, sans que leur masse en fût ébranlée.
Ils ont conservé, dans les plaines de San-Giuliano, au milieu du plus affreux carnage, le sang-froid et l'attitude qu'on admire en eux, lorsqu'ils défilent en parade au palais des Tuileries; enfin, leur héroïque résistance a contenu la gauche de l'ennemi et a préparé la victoire.
Au centre, le combat se continue avec un acharnement sans exemple et paraît se ranimer à tout instant avec une nouvelle ardeur.
La division Gardanne et deux bataillons de la 72e se réunissent aux divisions Boudet et Watrin.
Les deux armées se rapprochent encore, se serrent et s'attaquent à la baïonnette.
La cavalerie autrichienne se précipite dans les rangs de l'infanterie française qui se mesure corps à corps et la force à reprendre sa ligne.
Mélas tente un dernier effort; il porte en avant un corps d'élite de 5,000 grenadiers hongrois sur lequel il fondait tout son espoir et qui devînt la. cause première de sa défaite.
La 9e légère, contre laquelle ce corps se trouve particulièrement dirigé, marche à sa rencontre au pas de charge.
Tant d'intrépidité en impose à l'ennemi, qui s'arrête et balance ... La victoire ne pouvait rester plus longtemps indécise, et le général Kellermann la fixe par une charge aussi audacieuse que faite à propos. A la tête du 8e de dragons et des 2e et 20e de cavalerie, il s'avance au grand trot en face de cette colonne; puis il se déploie habilement par sa droite, met sa troupe au galop, dépasse rapidement l'ennemi et le charge impétueusement de revers, pendant que la 9e légère l'attaque de front. Vainement il veut fuir; le désordre dans lequel il se trouve ne lui en laisse ni le temps ni les moyens; la frayeur s'en empare, et le seul parti qui lui reste est de mettre bas les armes.
Le premier coup était porté! Un si brillant succès devient pour l'armée le signal d'une charge impossible à décrire.
L'ennemi est ébranlé de toute part; il veut disputer encore un terrain qui lui avait comité tant de sacrifices ; mais l'impétuosité française ne laisse point à sa tactique méthodique le temps de se rallier; la déroute gagne simultanément toutes ses colonnes; il est attaqué sur tous les points, chassé du village de Marengo, poursuivi sans relâche, battu et culbuté partout et obligé de repasser en désordre la Bormida, abandonnant une partie de son artillerie et laissant le champ de bataille couvert de morts et de blessés. Ce fut une charge dernière, exécutée par Kellermann à la tète d'un parti de 200 hommes réunis à la cavalerie de la garde consulaire qui mit fin au combat, et la nuit ne permit pas de harceler plus longtemps l'ennemi.
Les divisions Gardanne et Chambarlhac reprirent position sur le champ de bataille, en face de la tête du pont d'Alexandrie, à peu près sur le terrain qu'elles avaient occupé le matin.
Mort du lieutenant général Desaix . – Cependant, ce triomphe éclatant devenait, pour l'armée, une source de regrets éternels, puisqu'il fut acheté au prix du sang du général Desaix. Le champ de l'honneur est devenu le tombeau de celui dont la vie tout entière fut consacrée à l'honneur. Il a péri au sein de la victoire, frappé d'une balle à la poitrine, au moment où il conduisait la division Boudet à la reprise du village de Marengo. Ses campagnes sur le Rhin et en Égypte rendent son éloge superflu; mais sa mort enlève un appui à la République, un père aux soldats et un modèle aux vertus sociales.
L'ennemi a perdu, dans cette journée, environ : 12,000 hommes, dont 6,000 prisonniers; 4,000 blessés et 2,000 tués; 8 drapeaux, 20 bouches à feu et des munitions de guerre considérables. Il a eu 400 officiers de tous grades et 8 généraux hors de combat des généraux Haddick et Bellegarde sont du nombre de ceux-ci) ; le général Zach, chef de l'état-major général, a été fait prisonnier.
L'armée française a souffert aussi très sensiblement; mais une bataille décisive qui a duré treize heures, pendant lesquelles il a fallu lutter sans cesse contre un ennemi bien supérieur et lui arracher la victoire, devait coûter de grands sacrifices. Elle a perdu environ 6,000 hommes, dont plus des trois quarts blessés ou prisonniers.
Honneur à la mémoire des braves qui ont péri dans les champs de Marengo! Honneur aux soldats qui ont fixé la victoire et aux chefs qui les conduisaient! La reconnaissance nationale écrira les noms de tous sur la colonne élevée à la victoire.
... Les généraux de division n'ont pas cessé de combattre à la tête de leurs colonnes. Leur exemple a été suivi par tous les autres généraux. Le général Boudet a été atteint d'une balle qui s'est amortie sur l'argent qu'il portait dans sa poche. Le même hasard est arrivé au général Guénand.
... Tous les corps, en général, ont honoré le nom français, et chacun d'eux en particulier s'est distingué par quelque action d'éclat. Un même sentiment les enflammait tous : la victoire ! ou la mort ! Les chefs ont montré un dévouement et une intrépidité au-dessus de tout éloge, ainsi que les officiers de tous les grades. Les rapports des généraux désignent plus particulièrement : ... Les citoyens Leboeuf, cavalier au 2e, et Georges Amptil, conscrit à la 30e, en ont aussi enlevé chacun un
(drapeau)".

Relation du Lieutenant général Baron QUIOT, Aide de camp du Général VICTOR à la bataille de Marengo : "Bonaparte, sentant la position critique où il se trouverait si les Autrichiens poursuivaient leur succès, donne ordre à l'armée de faire volte-face et de tenter un dernier effort : les dispositions étaient prises et l'on allait battre la charge, lorsque, heureusement, il apprend l'arrivée du général Desaix. Ne voulant rien précipiter, et voulant maîtriser la fortune, il change de résolution, fait continuer le mouvement dans l'ordre de retraite indiqué ci-dessus, et se rend auprès du général Desaix. Celui-ci a placé la division Boudet de manière à prendre la gauche de l'armée : la 9e légère ayant deux bataillons en ordre de bataille, à la gauche de la route de San-Juliano à La Spinette, et le 3e à 200 pas en seconde ligne ; les 30e et 59e demi-brigades étaient à la droite de la route, également en ordre de bataille, et 8 pièces de canon placées par le général Marmont pour battre la route, et toute la cavalerie que l'on put réunir, formaient l'aile gauche. Voilà les dispositions que prit le général Desaix pour attendre l'ennemi et assurer la victoire, ayant masqué la majeure partie de ses troupes derrière des haies. - II était cinq heures après midi lorsque les corps en retraite arrivent à la hauteur de ceux du général Desaix. Le mouvement s'arrête sur toute la ligne; les bataillons en retraite sont formés de nouveau en ordre d'attaque. Le général Desaix, à la tête de la réserve, s'élance avec impétuosité au milieu des bataillons autrichiens et les charge à la baïonnette; les troupes aux ordres des généraux Victor et Lannes, les gardes à pied et à cheval des Consuls, retrouvent des forces pour cette nouvelle attaque à laquelle l'ennemi était loin de s'attendre. La droite de l'armée autrichienne assaillie tout à coup par des troupes qui avaient juré de vaincre, peut à peine faire sa première décharge; la 9e légère se précipite dans ses rangs, y met le désordre et fait grand nombre de prisonniers; la colonne de grenadiers aux ordres de M. de Marsin arrive en colonne serrée pour rétablir le combat dans cette partie; mais elle est bientôt attaquée, aussitôt et au même instant, de front par l'infanterie, en flanc et de revers par la cavalerie aux ordres du général Kellermann ; les huit pièces de canon dirigent tout leur feu et sèment de toutes parts la mort et l'effroi : ces six bataillons en désordre et enveloppés de toutes parts mettent bas les armes et font changer totalement la face des affaires. Ce succès important enflamme les troupes et est pour l'armée française le signal d'une attaque générale. Ce mouvement vit tomber le général Desaix et fixer la victoire. Dans le même instant, une change de cavalerie, dirigée par le général Bessières à la tête des grenadiers et chasseurs à cheval de la garde consulaire, déterminait la retraite de l'aile gauche autrichienne. L'armée ennemie, ayant son aile droite découverte et craignant d'être prise de flanc et de revers, veut faire un mouvement pour refuser sa droite et la porter au village de La Spinette. Elle est attaquée dans son mouvement par les troupes des généraux Victor et Lannes; elle veut résister, mais c'est en vain; elle est forcée et mise dans une déroute complète. Pour protéger sa retraite, la cavalerie exécute plusieurs charges, mais infructueusement; elle fut toujours répoussée et culbutée pêle-mêle avec son infanterie dans le ruisseau fangeux qui, partant de Marengo, se jette dans la Bormida. En une heure l'ennemi perd le fruit de la journée, abandonne le champ de bataille couvert de ses morts, 6,000 prisonniers, 7 drapeaux, 35 pièces de canon et grand nombre de caissons. La nuit seule met fin au carnage et donne un moyen de salut aux fuyards" ("Extraits des mémoires inédits de Victor").

L'armée autrichienne, mise en déroute d'une façon si inattendue au milieu de sa victoire, se retire sur la rive gauche de la Bormida avec une arrière-garde sur la rive droite. Mélas réunit un conseil de guerre lequel, à l'unanimité, est d'avis de traiter avec le vainqueur afin de conserver l'armée pour la défense de l'Autriche. Un armistice, conclu le 15 juin, permet d'entamer des négociations pour une convention militaire entre les Généraux en chef des deux armées.

Cette victoire nous rend d'un seul coup Gênes et toute l'Italie jusqu'au Mincio; mais les pertes dans cette journée furent très considérables, près de 6000 tués ou blessés, 1000 prisonniers et, perte irréparable, elle nous coûte le brave Desaix, frappé à mort en conduisant la charge de ses Régiments. "La France n'en avait pas fait une plus regrettable depuis dix ans de guerre. Aux yeux du Premier Consul cette perte fut assez grande pour diminuer chez lui la joie de la victoire. Son secrétaire, Mr de Bourienne, accourant pour le féliciter de ce miraculeux triomphe, lui dit : "Quelle belle journée" - "Oui, bien belle, répondit le Premier Consul, si ce soir j'avais pu embrasser Desaix sur le champ de bataille" (Thiers - Histoire du Consulat et de l'Empire).

La 30e a, comme on vient de le voir, largement contribué au succès par sa vigueur; et pourtant sur 1430 hommes présents à la bataille, elle comptait à peine 300 vieux soldats. Mais ces conscrits, parfaitement encadrés, conduits par des chefs éprouvés dans plus de 20 combats, électrisés par la présence du Premier Consul qui se mit un instant à leur tête, et brûlant de venger la mort de leur Général, se comportèrent en véritables héros. Au nombre des actions d'éclat accomplies pendant cette bataille par des militaires de la 30e, nous relevons les suivantes :

Pendant une charge, le Sergent major Blein (Claude Charles), les Sergents Auptil (ou Amptil ?) (Georges) et Morillon (Antoine François), le Caporal Proumel (Jean Joseph), accompagnés seulement de quelques hommes, se précipitent sur un peloton ennemi, enlèvent un drapeau et font de nombreux prisonniers dont un Officier et cinq Sous officiers.

Le soldat Bourdet, dangereusement blessé et, malgré les souffrances qu'il endure, trouve encore la force d'encourager ses camarades et de leur manifester ses regrets de quitter le champ de bataille.

Le Sergent Kerveiller (Louis) rallie les jeunes Grenadiers mis un instant en désordre par suite de la mort de leur Capitaine et, se plaçant à leur tête, charge l'ennemi avec une grande intrépidité.

Le Sergent Renaud (Gilles) se fait remarquer par sa valeur dans plusieurs charges à la baïonnette.

Parmi les tués et blessés de la 30e, nous trouvons les noms suivants : Nicaise (Louis), Capitaine, tué; Aberjoux (Jean Marie), Capitaine, coup de feu à la suisse gauche; Voiturier (Joseph Benjamin), Capitaine, coup de feu à la cuisse droite; Joubert (Guillaume), Lieutenant, éclat d'obus au bras droit; Cheminade (Bernard), Adjudant, atteint d'un coup de feu; Gaudelette (Pierre), Sergent major, coup de feu au bras droit; Morin (Pierre), Soldat, coup de feu au pied droit; Charbonnier (Germain), soldat, atteint d'un coup de feu; Bourdet, Soldat, dnagereusement blessé.

L'Armée française emploie la journée du 15 à ravitailler les Corps qui ont combattu la veille et à rapprocher du champ de bataille, en prévision d'un nouveau combat, les troupes laissées en réserve avec Loison et Duhesme, pendant que la division Lorge occupe Plaisance et Crémone. Division Boudet : Rapport de l'Adjudant général W. Dalton du 16 juin 1800, établi au camp de Marengo : "La division qui, dans la nuit du 25, n'avait pu prendre une position régulière, s'est établie dans la ligne en face de la tête du pont. La 30e demi-brigade a été portée, appuyant la gauche vers la Bormida, dans une ligne parallèle à la route d'Alexandrie, à cheval sur une route pratiquée par l'ennemi pour gagner la tête du pont, vers Castel-Ceriolo, par où l'on supposait que pouvait repasser la colonne coupée de l'ennemi. Le général Victor avait engagé le général Boudet à placer une de ses demi-brigades dans cette position. Les demi-brigades se sont complétées en cartouches, dans les gibernes abandonnées par l'ennemi. Il leur a été fourni quelques pierres à feu. La division a reçu, pour le 25, deux tiers de ration de pain qui n'avaient pu arriver à temps à Rivalta; elle n'en a pas eu pour le 26. La viande a été fournie pour les 26 et 27 et l'eau-de-vie pour le 26. La division se trouve campée sur le champ de bataille, et parmi les morts: elle n'a ni pioches ni pelles pour pouvoir les enterrer. Bientôt la place ne sera plus tenable. L'air se sent déjà du méphitisme. D'après des ordres supérieurs, les deux pièces de 12 attachées à la division, ainsi qu'un obusier et une pièce de 8, ont été données aux divisions qui avaient perdu leur artillerie dans l'affaire; il ne nous reste plus que trois pièces de 8 et un obusier. La pièce de 8 qui a été démontée, ainsi que l'obusier, qui avait aussi quelques fractures dans son train, sont remis en état".

Les pourparlers pour la convention aboutissent dans la nuit du 15 au 16 juin. L'Armée française entre dans 12 places ou citadelles, sans en faire le siège et gagne, par une seule bataille, la majeure partie du bassin du Pô. Mais l'armée autrichienne et les garnisons des places restent intactes et se retirent avec tout leur matériel de guerre. Les premières troupes autrichiennes évacuent Alexandrie le 18 juin.

Division Boudet, Rapport de l'Adjudant général W. Dalton, établi au camp de Marengo le 29 prairial (18 juin 1800) : "La division qui occupait la position à côté do Spinetta, a été placée en arrière de la division Monnier, près les villages de Castel-Ceriolo et Lodi; elle se trouve ainsi dans son ordre de bataille. Les subsistances ont été fournies aux troupes, mais rien n'est assuré pour le 29".

Le même jour, 18 juin, Berthier écrit depuis Tortone au Général Dupont : "Demain, à (...) 2 heures, je passerai la revue des divisions Boudet et Monnier. La cavalerie qui est à Bosco se réunira à portée de la division du général Victor. Les soldats et officiers mettront de la verdure à leurs chapeaux comme signe de la victoire".

Toujours 18 juin, depuis Lobi, le Général Boudet adresse au Général en chef Berthier, un rapport qui est en grande partie la reproduction textuelle de son journal, mentionné plus haut. On y lit, en plus, quelques éloges particuliers : "Le chef de brigade ... Valterre, de la 30e (a) marqué une intrépidité digne des plus grands éloges... Enfin, Général, je crois devoir vous assurer que les plus grands éloges doivent être rendus à tous les officiers et soldats de la division. Tous ont montré un véritable courage". Bonaparte ne l'oublia pas et le nombre des armes d'honneur qui furent attribuées à la 30e Demi-brigade, pour les actions d'éclat accomplies dans ce jour mémorable, témoigna de la reconnaissance du Général vainqueur à l'égard d'une troupe dont la valeur a su si bien seconder son génie.

RÉCOMPENSES ACCORDÉES POUR LA BATAILLE DE MARENGO.
ARMES D'HONNEUR.
Arrêté des Consuls du 16 messidor an 8 (5 juillet 1800) :
30e DE LIGNE. - 5 fusils d'honneur.
AUPTIL (Georges), fusilier. - A pris un drapeau à l'ennemi, et s'est constamment distingué.
BOURDET (Alexis), fusilier. - N'a cessé de montrer la plus rare intrépidité; mis hors de combat, ce brave soldat enhardissait encore ses camarades, en leur témoignant le regret qu'il éprouvait d'être forcé de quitter le champ de bataille.
MORILLON (Antoine), sergent. - Donna pendant l'action des preuves du plus grand courage.
GROUMELLE (Jean-Joseph), caporal. - A conduit, avec sang-froid et courage, sa compagnie, dont tous les chefs étaient blessés, et a fait prisonnier un officier autrichien.
BLEIN (Claude-Charles), sergent-major. - S'est précipité, lors de la charge, au milieu d'un peloton ennemi, dans lequel il a désarmé et pris deux sous-officiers.
Des baguettes d'honneur ont été accordées au tambour COURTIL ("Extraits des mémoires inédits de Victor").

"Armes d'Honneur données à onze braves de la 30e Demi-Brigade.
Conformément à l'arrêté des Consuls en date du 25 décembre 1799, des armes d'honneur furent distribuées à titre de récompense nationale aux Sous officiers et soldats de la 30e dont les noms suivent
:
Un fusil au Sergent Blein (Claude Charles) qui se fit remarquer par son courage et fut blessé d'un coup de baïonnette à la main gauche, le 3 Fructidor an IV (20 août 1796) devant Mayence; se signala dans plusieurs rencontres, notamment devant Capoue où il reçut un coup de feu à la main droite; le 1er Messidor, an VII (19 juin 1799), à la bataille de la Trebbia, où il fut blessé de deux coups de feu; à Marengo le 25 Prairial an VIII (14 juin 1800) où il donna des preuves d'un courage extraordinaire en se précipita lors d'une charge sur un peloton ennemi auquel il prit un drapeau et fit plusieurs prisonniers dont un officier et cinq sous officiers (le Sergent major Blein passa comme soldat dans les Chasseurs à pied de la Garde Consulaire, il y devint Sergent et fut nommé Lieutenant au 45e Régiment de Ligne, il se distingua de nouveau à la bataille de Friedland où il fut blessé à la main gauche; il fut nommé Capitaine en 1810).
Un fusil au soldat Burdet (Alexis) qui se fit remarquer à l'attaque d'une redoute ennemie dont il franchit le premier les revêtements.
Un fusil au soldat Bourdet, lequel dangereusement blessé à Marengo et, malgré les souffrances qu'il endurait, trouva encore la force d'encourager ses camarades et de leur manifester ses regrets de quitter le champ de bataille.
Un fusil au Sergent Crancey (Pierre Henri) lequel, dans une affaire d'avant garde où il s'était engagé seul au fond d'un petit ravin, se vit bientôt entouré par un grand nombre de soldats autrichiens et, s'adressant alors au Capitaine qui les commandait, lui dit : "Monsieur, toute résistance est inutile, vous êtes cerné de toutes parts et la moindre hésitation vous coûterait la vie; rendez vous et il ne vous sera rien fait". Cet Officier fait mettre bas les armes à sa troupe et le brave Crancey les conduit à son commandant.
Un fusil au Sergent Crabit (Jean) en récompense de sa conduite distinguée dans les campagnes auxquelles il a pris part, notamment de celles de 1795 à 1800; à l'attaque du chemin couvert d'un camp retranché de l'ennemi, il fit mettre bas les armes à un poste de 22 hommes commandés par un Sergent.
Un fusil au Sergent Auptil (Georges) qui, à la bataille de Marengo, dans une charge à la baïonnette, se précipita avec quelques soldats sur un peloton ennemi, lui enleva son drapeau, un grand nombre d'hommes et l'Officier qui les commandait.
Un fusil au Caporal Groumelle ou Groumel (Jean Joseph) qui se signala dans la même action que les Sous officiers Auptil et Blein.
Un fusil au Sergent Kerveiller (Louis) pour la distinction avec laquelle il servit aux armées du Nord et de Sambre et Meuse de 1792 à l'an IV et aux armées d'Italie, de Rome et de Naples de l'an V à l'an IX. Ce Sous officier se fit particulièrement remarquer à la bataille de la Trebbia où il fut blessé de deux coups de feu, le 19 juin 1799, et à la bataille de Marengo où, ralliant les jeunes grenadiers, un instant en désordre par suite de la mort de leur Capitaine, il chargea à leur tête avec une grande intrépidité.
(Kerveiller, promu successivement Sergent major, Sous lieutenant et Lieutenant de l'an XI à 1806 donna de nouvelles preuves de la plus éclatante valeur à Austerlitz et à Iéna et mourut le 21 octobre 1806 des suites de ses blessures qu'il reçut à cette dernière bataille).
Un fusil au Sergent Morillon (Antoine François) qui, à la bataille de Marengo, au moment d'une charge à la baïonnette, se précipita, lui cinquième, sur une peloton ennemi et fit plusieurs prisonniers dont un Officier.
Un fusil au sergent Renault ou Renaud (Gilles) en récompense de sa brillante conduite dans plusieurs charges à la baïonnette.
Un sabre au Sergent major Roccis (Laurent) qui se distingua dans les campagnes de l'an VII à l'an IX (1798 à 1800) à l'Armée d'Italie (passé en Vendémiaire an IX dans la 2e Demi-Brigade de Ligne, Roccis, nommé Sous lieutenant le 21 mai 1805, mourût glorieusement sur le champ de bataille de Friedland le 14 juin 1807).
Lors de la création de l'ordre de la Légion d'Honneur, tous les militaires qui avaient reçu des armes d'Honneur furent créés Chevaliers
" (Notice Historique).

Nom
Grades
Récompenses
Observations
Blein
Sergent major. Etait Capitaine en 1810
Un fusil
S'est fait remarquer par son courage extraordinaire devant Mayence et Capoue, à la bataille de la Trebbie et la bataille de Marengo
Acceptil
Morillon
Groumelle
Sergent
Sergent
Caporal
Un fusil
Un fusil
Un fusil
A la bataille de Marengo, dans une charge à la baïonnette, se sont précipités avec le Sergent major Blein sur un peloton ennemi, lui ont enlevé son drapeau et fait plusieurs prisonniers, dont un Officier
Crabit
Sergent
Un fusil
S'est particulièrement dans les campagnes de 1796 à 1800; a fait mettre bas les armes à un peloton ennemi de 22 hommes
Crancey
Sergent
Un fusil
A fait à lui seul, dans une affaire d'avant garde, un grand nombre de prisonniers
Kerveiller
Sergent. Mort Lieutenant à Iéna
Un fusil
A servi avec distinction aux Armées du Nord, de Sambre et Meuse, d'Italie, de Rome et de Naples, s'est fait particulièrement remarquer à la bataile de la Trebbie et à la bataille de Marengo
Renault
Sergent
Un fusil
Brillante conduite à Marengo
Bourdet
Soldat
Un fusil
Dangereusement blessé à la bataille de Marengo, manifestait ses regrets de quitter le champ de bataille
Burdet
Soldat
Un fusil
A franchi le premier les revêtements d'une redoute ennemie
Roccis
Sergent major, mort Sous lieutenant à Friedland
Un sabre
S'est distingué à l'Armée d'Italie (1798 à 1800)

Note : Berthier, depuis Milan, le 3 messidor an 8 (22 juin 1800), a écrit au Premier Consul : "Je vous demande un fusil garni d'argent pour le citoyen Georges Amptil, conscrit de la 30e de ligne, qui s'est précipité sur un drapeau et a tué celui qui le portait, à la vue d'un peloton envoyé pour le sauver". Est ce le Sergent Acceptil cité dans l'Historique abrégé du 30e ? Le 18 juillet depuis Paris, le Premier Consul écrit à Carnot, Ministre de la guerre : "Je vous prie, citoyen Ministre, de faire connaître ... à la 30e (que le gouvernement lui accorde) cinq (fusils d'honneur). Les chefs de corps enverront les noms des individus qui se sont le plus distingués".

A noter que le 14 juin 1800, la 30e a effectivement reçu un nouveau Chef en la personne de François Valterre, qui a défendu le chateau Saint Ange à Rome.

Valterre François (1759-1837)

Né le 7 septembre 1759 à Mézières (Ardennes), François Valterre s'engage d'abord comme Grenadier au Régiment de Médoc (93e d'infanterie) le 18 octobre 1776 jusqu'au 5 avril 1785, époque à laquelle il est congédié. En juillet 1789, il rejoint, toujours comme Grenadier, la Garde nationale de Mézières. Il passe dans la garde soldée de la même ville le 1er juillet 1790 et est nommé Adjudant sous officier le 6 juin 1792; Adjudant-major le le 9 septembre 1792; il fait la campagne de cette année contre les Prussiens. Adjudant de place à Mézieres, le 1er mai 1793. Il devient, le 1er octobre suivant, Chef de Bataillon commandant le 2e Bataillon provisoire de réquisition de Rethet. Nommé Chef de Bataillon agent secondaire, le 5 germinal an II, il se signale, au mois de prairial suivant, à l'affaire de Marchiennes-au-Pont, où il est blessé d'un coup de feu à Marchiennes-au-Pont (3 juin 1794).
Affecté à l'Armée de Sambre-et-Meuse, il passe le 4 germinal an III au commandement du 1er Bataillon du 98e Régiment d'infanterie, devenu 175e Demi-brigade, et qui, par l'effet de l'organisation de l'an IV, est incorporé dans la 30e Demi-brigade, qui forma le 30e Régiment d'infanterie de ligne en l'an XII. Le 24 prairial an IV (12 juin 1796), sa conduite dans la plaine de Neuwied fixe sur lui l'attention du Général en chef et lui vaut une lettre de félicitation de la part du Ministre de la Guerre. Chargé, le 19 messidor suivant, de former l'avant-garde de la division avec son bataillon, 16 cavaliers et une pièce de canon, il attaque le village de Lune, défendu par 3 ou 4,000 fantassins, 300 cavaliers et 7 bouches à feu. Il s'empare de ce poste, force l'ennemi de repasser la rivière et défend sa position contre les Autrichiens avec l'artillerie qu'il leur a enlevée. Le 3 fructidor (21 août) de la même année, les 2e et 3e Bataillons de la 30e Demi-brigade ont à soutenir pendant sept heures une sortie de la garnison de Mayence; mais, contraints de céder au nombre, ils abandonnent leur position, et l'ennemi jette une partie de ses forces sur le 1er Bataillon. Valterre sort aussitôt de son camp, où il se trouve cerné, culbute les assaillants et reprend une pièce de canon et 2 caissons qu'ils a enlevés au 3e Bataillon.
En janvier 1797, il passe à l'Armée d'Italie au sein de la Division Bernadotte. Il se signale au passage du Tagliamento le 26 ventose an V (16 mars 1797), avant d'être à nouveau blessé d'un coup de feu à la prise de Gradisca trois jours plus tard, à laquelle il a coopéré très activement. Le 7 frimaire an VI (27 novembre), il est bloqué dans Rome avec la Division Championnet et défend avec ardeur le château Saint-Ange, ce qui lui vaut d'être nommé provisoirement Chef de brigade à la suite, par le Général en chef Championnet, le 15 pluviose an VII. Au mois de germinal suivant (10 mai 1799), pendant la retraite de Naples, il est blessé d'un coup de feu à l'affaire qui a lieu près de Sainte-Marie. Le 10 thermidor de la même année, à Ronciglione, il bat, avec 1,000 hommes, 6,000 révoltés, leur prend 3 drapeaux, 10 bouches à feu et une bannière, leur tue plus de 1,000 hommes, et est lui-même atteint d'un coup de feu. Une autre version indique qu'il a puni la ville de Ronciglione qui s'était rebellée (28 juillet : Valterre fait exécuter 85 villageois et incendie la ville. Plus de 170 bâtiments sont détruits ainsi que toutes les archives historiques) avant d'être à nouveau blessé d'un coup de feu à la jambe gauche devant Viterbe (3 août).
François Valterre remplace Jacques Darnaud, nommé Général de brigade, à la tête de la 30e Demi-brigade qui reçoit l'ordre de marche pour retourner en Italie. Le 10 mai 1800, elle est à Nyon (Suisse) et le 13 à Vevey, direction le col du Grand-Saint-Bernard et la plaine du Pô. Placée sous les ordres du général Lannes, l'unité s'illustre à Aoste le 16 mai 1800, à Pavie le 2 juin, à Montebello le 10 juin et à Marengo le 14 juin (cf. Carnets de Jean-Roch Coignet). A Marengo, il commande la 30e Demi-brigade; il y fait des prodiges de valeur, et les conscrits sous ses ordres se montrent dignes de rivaliser avec les vétérans de l'Armée d'Italie. C'est ce jour là que Valterre devient officiellement Chef de Brigade de la 30e. Le 6 août, Valterre est confirmé Chef de Brigade titulaire par Arrêté des Consuls en date du 21 Thermidor an VIII. Il prend une part glorieuse à l'affaire de la Volta, le 30 frimaire an IX (21 décembre), et quoique grièvement blessé d'un coup de feu au cou, il ne veut point quitter le champ de bataille. Rentré en France en 1801 après la paix, il est envoyé en garnison à Strasbourg pendant les ans X et XI.
Affecté au camp de Bruges en 1803, il est employé à la 1ère Division (Bisson) du 3e Corps, sous Davout. Nommé membre et Officier de la Légion-d'Honneur les 19 frimaire et 25 prairial an XII, il fait les campagnes d'Autriche, de Prusse et de Pologne, de l'an XIV à 1807, avec la 1re Division du 3e corps de la grande armée. Le 10 brumaire an XIV, le Colonel Valterre se jette un des premiers dans un bateau et passe la rivière de la Traunn, sous le feu de l'ennemi, qui défend la rive gauche. A la tête de son 30e de Ligne, il s'illustre au combat de Lambach le 1er novembre 1805 et est cité au 16ème Bulletin de la Grande Armée. Son Régiment est aussi cité à l'Ordre du jour de l'Etat-major général le 14 novembre 1805. Valterre se distingue encore à la bataille d'Austerlitz. Il est nommé Commandant de la Légion d'Honneur le 4 nivôse an XIV (26 décembre 1805).
Au sein de la Brigade Brouard (Division Morand), il participe évidemment à la bataille d'Auerstaedt, à la campagne de Pologne (Czarnowo, Nasielsk, Golymin) et à la bataille d'Eylau (8 février 1807) au cours de laquelle il reçoit encore deux blessures, un coup de feu au genou gauche et un biscaïen au bras droit, « blessé de manière à en rester estropié toute sa vie» (Opérations du 3e Corps). Valterre est cité à l'ordre de l'Armée pour sa belle conduite à la bataille d'Auerstaedt et au combat de Czarnowo.
Pourtant, le Colonel Valterre demeure à la tête de son Régiment, et continue de servir, à Heilsberg (10 juin 1807) où il encore blessé; à Labiau. Il est enfin nommé Général de Brigade par Décret du 29 janvier 1808, pour être pourvu d'un commandement d'armes, et continue cependant de commander son Régiment jusqu'au 27 octobre, époque à laquelle il est nommé Commandant d'armes de seconde classe, à Palma-Nova (Italie). Créé Baron de Saint-Ange le 19 décembre 1809 (une autre source indique : "il fut créé baron de l'Empire le 23 mars suivant (1808), sous le titre de baron de Saint-Ange, en souvenir de sa belle défense du fort de ce nom, pendant la campagne de l'an VI). Bloquédans cette place le 12 avril 1809, il l'est de nouveau à partir du 24 octobre 1813. Le 12 février 1814, il subit un intense bombardement de nuit mais ne consent à rendre la place aux troupes de l'Empereur d'Autriche, que le 17 avril suivant, conformément aux dispositions de la convention militaire passée à cet effet.
Mis en non-activité par la Restauration après sa rentrée en France, il est nommé Chevalier de Saint-Louis. A son retour de l'île d'Elbe, l'Empereur lui confie le commandement de la place de Metz, par décret du 29 mars 1815. Il exerce ces fonctions jusqu'au 16 octobre suivant, époque à laquelle il est placé dans le cadre des Offciers-généraux en disponibilité. Admis à la retraite le 20 octobre 1819 après 43 années de service.
Le Général Valterre, Baron de Saint-Ange, s'éteint à Dugny, dans la Meuse, le 30 janvier 1837 à l'âge de 78 ans.

Le Premier Consul n'est pas sans quelque méfiance quant à la ponctuelle exécution de la convention d'Alexandrie par les Autrichiens. Par son ordre, des mesures sont prises pour arrêter au besoin les colonnes ennemies dans le cas où les places fortes ne seraient pas livrées aux jours fixés. Le 19 juin, Berthier écrit depuis Tortone au Général Dupont : "Je fais partir les divisions Monnier et Boudet pour Stradella, où ce corps sera à même d'arrêter la deuxième colonne si l'on manquait au traité".

Division Boudet – Rapport de l'Adjudant général W. Dalton écrit depuis Stradella, le 1er messidor an 8 (20 juin 1800) : "La division s'était préparée à passer la revue du général en chef et a passé celle du général de division, qui a été très satisfait de la tenue et de la propreté des armes. La division s'est mise en marche à 6 heures du soir, pour se rendre de Lobi à Voghera, où elle est arrivée à 2 heures du matin. Elle a reçu du pain au moment de se mettre en route: la viande lui avait été fournie.
Rapport du 1er messidor : La division étant arrivée à Voghera à 2 heures du matin, n'a pu partir qu'à 10, ayant été obligée de recevoir la distribution de pain pour deux jours. Elle est arrivée à Stradella à 8 heures du soir; elle y a reçu la viande pour un jour
".

Le 20, Berthier écrit depuis Tortone à Dupont : "Ordonnez à la division du général Boudet et à celle du général Monnier de suivre leur marche pour se rendre à Plaisance. La première de ces divisions qui sera ce soir à Stradella ira coucher, demain à Plaisance".

Division Boudet – Rapport de l'Adjudant général W. Dalton, écrit depuis Plaisance le 2 messidor an 8 (21 juin 1800), au soir : "La division a reçu l'ordre, à 1 heure du matin, de partir de Stradella pour se rendre à Plaisance; elle s'est mise en route à 3 heures, elle a fait une halte sur la Tidone, pendant la chaleur du jour, et est arrivée à Plaisance à 6 heures du soir; elle a pris position en avant de la ville, sur la route de Parme. Les trois jours de marche ont beaucoup fatigué la troupe. Il eut été à désirer qu'on ait pu la faire voyager en partant chaque jour à minuit. Elle a reçu ici le pain pour les 3 et 4, et la viande pour le 2".

Bientôt toute l'Armée de réserve se trouve réunie dans la région de Plaisance, avec le Quartier général à Pavie et une Division détachée à Bologne. Une situation établie à l'Etat-major général à la date du 20 juin donne l'emplacement occupé par chaque corps à cette époque. Elle indique aussi l'effectif des présents dont le total est de 48932 hommes avec 5749 chevaux; l'Artillerie réorganisée se compose de 51 canons et 13 obusiers.

Situation de l'Armée de réserve le 20 juin
Division Boudet : 9e Légère, 30e et 59e de Bataille (sic) à Plaisance
La 30e fait partie de la Brigade Musnier. Elle est à 3 Bataillons et 1030 hommes
Note : Situation est extraite de la Relation de la Bataille de Marengo, rédigée en 1805 au Ministère de la guerre

Le 23 juin, l'Armée de réserve est réunie à l'Armée d'Italie qui arrive de Gênes. Le détachement de la 30e, qui a été laissé en Italie à la fin de l'année précédente, s'est particulièrement distingué dans les combats livrés contre les Lieutenants de Mélas dans les montagnes, par Suchet, et comme nous l'avons vu plus haut, a été cité dans le rapport de ce dernier. Voilà donc les deux fractions de la 30e théoriquement à nouveau réunies (en fait, seulement à partir du 14 juillet 1800, comme a pu le noter Denis Moreau dans son journal de marche, lors de son arrivée à Modène où se trouve les 2 Bataillons de la 30e venus de Paris).

Le 4 juillet, une nouvelle organisation est faites des deux armées et Masséna est nommé Commandant en chef de cette nouvelle Armée d'Italie. La 30e reste dans la Division Boudet, placée dans le Corps du centre, commandé par Suchet; ce Corps occupe la rive droite de la Chiesa et la rive droite de l'Oglio jusqu'à son confluent avec le Pô.

Le 27 messidor (16 juillet 1800), Denis Moreau marche 4 lieues et arrive à Corregio. Il en part le 30 messidor (18 juillet 1800) pour retourner à Modène, où il demeure jusqu'au 17 fructidor (4 septembre 1800).

Le 18 juillet 1800 (29 messidor an 8), Bonaparte écrit depuis Paris au citoye Carnot, Ministre de la Guerre : "Je vous prie, Citoyen Ministre, de faire connaître ... que le Gouvernement leur accorde à chacune quinze fusils d'honneur, pour la bonne conduite qu'elles ont tenue à Marengo; ... à la 30e, cinq ... Les chefs de corps enverront les noms des individus qui se sont le plus distingués ..." (Correspondance de Napoléon, t.6, lettre 4998; Correspondance générale, t.3, lettre 5538).

En août, selon la notice Historique, la 30e fait partie du Corps de Toscane et occupe Reggio, puis Modène, son effectif est de 2573 hommes; son Dépôt est à Chambéry.

Situation de la 30e de Ligne à la date suivante : Août 1800 (côte SHDT : us180008)

Chef de corps : LAJEUNESSE Chef de Brigade
MORIZE - ROYDOR Quartier maître trésorier
PAPILLON-MEYNARD-GIOARDA Chirurgien major
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Fleury
Courbet Adjudant major du 1er Bataillon - Armée d'Italie
2e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Bussod
Lefebvre Adjudant major du 2e Bataillon - Armée d'Italie
3e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Gibassier
Freminet Adjudant major du 3e Bataillon - Armée d'Italie

En septembre, la 30e tient garnison à Modène. Le 17 fructidor (4 septembre 1800), Denis Moreau quitte Modène, marche 4 lieues et couche à Correggio. Le 18 (5 septembre), nouvelle marche de 4 lieues; arrivée à Guastalla, ville du Duché de Parme. Denis Moreau quitte cette ville le 19 (6 septembre 1800), passe le Pô et après une marche de 12 lieues, couche à Saint Daniel. Le 20 (7 septembre 1800), après avoir marché 3 lieues, il arrive à Crémone. Denis Moreau indique que la Demi-brigade est partie en direction de Saint Martin près de Bozzolo pour entrer en ligne et commencer une nouvelle campagne. Denis Moreau couche à Bozzolo après avoir marché 8 lieues; le lendemain, il marche 1 lieue et arrive à Saint Martin.

Le 24 fructidor (11 septembre 1800), Denis Moreau écrit que l'on doit se battre à 4 heures de l'après midi; la troupe prend les armes, mais arrive un contre-ordre annonçant une suspension d'armes pour 5 jours. On reprend à nouveau les armes, mais une autre suspension d'armes et conclue, cette fois pour 45 jours.

Le 1er vendémiaire an IX (23 septembre 1800), Denis Moreau se remet en route pour se rendre à Canneto sur l'Oglio où il demeure jusqu'au 18 vendémiaire (10 octobre 1800). Le 18, il se met en rout pour Guastalla; après avoir marché 5 lieues, il couche à Sabbioneta. Le 19 (11 octobre 1800), il marche 4 lieues; arrivé à Guastalla, il passe le Pô et demeure sur place jusqu'au 3 frimaire (24 novembre 1800).

En octobre et novembre, placée dans la Division Miollis, la 30e occupe Guastalla.

Situation de la 30e de Ligne à la date suivante : Octobre 1800 (côte SHDT : us180010)

Chef de corps : LAJEUNESSE Chef de Brigade
MORIZE - ROYDOR Quartier maître trésorier
PAPILLON-MEYNARD-GIOARDA Chirurgien major
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Fleury - Armée d'Italie - centre Suchet - Division Miollis
2e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Bussod - Armée d'Italie - centre Suchet - Division Miollis
3e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Gibassier - Armée d'Italie - centre Suchet - Division Miollis

Observations : octobre 1800 effectif du Régiment sous les armes à Guastalla : 1192 Officiers et hommes

 

c/ Passage du Mincio

Le 5 frimaire an 9 (25 novembre 1800), Denis Moreau repasse le Pô, passe à Saint Martin et après avoir marché 8 lieues, couche à Bozollo. Le 6 (26 novembre 1800), après avoir marché 3 lieues, il arrive à Casalmaggiore. Le 10 (1er décembre), après une marche de 4 lieues, il est à Canneto. Denis Moreau note qu'il se rapproche pour commencer la campagne.

Le 1er décembre, selon la Notice Historique, la 30e revient dans le Corps du centre, et passe dans la Division Loison, cantonnée entre Azela et Aqua Fredda.

Le 13 frimaire (4 décembre 1800), Denis Moreau quitte Canneto et passe à Asola, petite ville entourée d'un rempart. Il est cantonné à Casselmort (?) où il demeure jusqu'au 28 (19 décembre 1800). Le 28, il se remet en route car la campagne commence; il couche à Saint Martin après avoir marché 4 lieues; le lendemain 29 (20 décembre 1800), après avoir marché 4 lieues, il arrive à Saint Laurent.

Situation de l'Armée d'Italie en décembre 1800
Commandant en chef : Général Brune
Centre : Général Suchet
Division : Général de Division Loison
Brigade : Général de Brigade
30ème Demi-Brigade 2

Petit rappel : au mois de décembre, les Autrichiens, violant la convention d'Alexandie, passent le Mincio avec une armée de 90000 hommes, sous Bellegarde. Brune, qui commande maintenant l'Armée d'Italie, se porte à leur rencontre. La Division Loison, dont fait alors partie la 30e Demi-brigade, a une affaire d'avants postes à Vasto et San Lorenzo. La 30e et la 13e Légère, sous le commandement du Général Compans, attaquent l'ennemi à San Lorenzo; la 13e commence l'attaque, la 30e la soutient, sa Compagnie d'éclaireurs repousse vigoureusement un parti nombreux et le dissipe.

Dans son journal, Denis Moreau, qui est arrivé à Saint Laurent le 20 décembre, note que l'ennemi a pris ce village à la baïonnette, et que les Français en sont partis à minuit pour se rendre à Volta, où se rassemble l'Armée afin d'attaquer l'ennemi. Il va ainsi parcourir dans la nuit 7 lieues.

Le 21 décembre, l'armée livre les combats de Volta, de Goïto et de Santa Maria. La Division Loison est chargée de l'attaque de la Volta. "Le Général Compans annime de son exemple l'empressement du soldat et se montre, en quelque sorte, le premier tirailleur de sa brigade. Malgré la force de la position de Volta et les quatre redoutes qui la renforçaient encore, les hauteurs sont rapidement enlevées et l'ennemi mis en pleine déroute" (Rapport officiel).

Au combat de la Volta, le Chef de Bataillon Gibassier (Pierre) est cité pour s'être distingué à la tête des Tirailleurs; le Chef de Brigade Valterre (François) y est blessé d'un coup de feu et le Capitaine Bonnet (Jean) a la cuisse droite traversée.

Denis Moreau a noté dans son journal que l'ennemi était bien retranché sur une montagne, et qu'il a été attaqué par 7 colonnes qui l'ont obligé à céder. Denis Moreau note également que l'on a pris une pièce er 40 prisonniers de guerre. L'armée prend alors position sur les hauteurs de Volta près du Mincio. Ce jour là, Denis Moreau a marché 2 lieues.

Le 25 décembre, bataille de Pozzolo et passage du Mincio. La Brigade Compans s'empare de Borghetto et appuie ensuite le mouvement général sur Pozzolo. Dans cette journée, 14000 Français ont lutté avec acharnement contre 40000 Autrichiens; aussi les pertes sont elles sérieuses de part et d'autre, mais comme résultat, nous avons fait 1200 prisonniers, pris un drapeau, cinq pièces de canon et tués ou blessés près de 3000 hommes. La Brigade Compans (30e et 13e) est citée dans le rapport officiel sur ces affaires, comme s'y étant particulièrement distinguée.

Denis Moreau donne un résumé de la journée du 5 nivôse an 9 (26 décembre 1800). Il indique que c'est le jour de Noël; il y a donc erreur dans la date et il faut plutôt lire 4 nivôse. Ce jour là, il quitte le camp pour passer le Mincio, où l'ennemi se retire à 3/4 de lieues, près de grandes montagnes garnies de redoutes et d'artillerie. Denis Moreau raconte que l'on fait plusieurs contre marche la nuit et que l'Armée se porte sur le bord de la Mousailballe (?). On construit un pont et l'on passe, malgré les tirs de l'artillerie adverse. L'ennemi arrive en masse sur le pont, mais il est arrêté par pièces de canon qui font feu à mitraille, décimant les rangs adverses, au point que l'on s'embarrasse pour passer les corps. Dans la nuite, Denis Moreau se porte à Valeggio, où l'on établit deux ponts, sous le feu de l'artillerie ennemie; heureusement, les hommes sont masqués par le brouillard. L'armée passe sur ces deux ponts toute la journée; l'ennemi évacue deux des trois forts qu'il a construit sur trois montagnes; le troisième est bloqué par les Français. Dans la nuit du 6 au 7 (27 au 28 décembre 1800), ce fort capitule, alors que les Français se préparent à lancer l'assaut; 600 hommes, un Prince et 7 pièces de canons sont pris. Dans la soirée, Denis Moreau se remet en marche à 1 lieue des forts et bivouaque le 8 (29 décembre 1800). De là, il se remet en marche en direction de la grande route de Vérone; après 2 lieues, il bivouaque près de Castelnuovo. L'ennemi, dit Denis Moreau, a pris le parti de se rendre à Vérone. Toujours le 8, il se remet en route, marche 1 lieue et bivouaque sur les hauteurs du côté de Rivoli. Le 9 (30 décembre 1800), il campe sous les murs de Vérone. Le 10 (31 décembre 1800), Denis Moreau passe la journée à faire des contre-marches pour tromper l'ennemi, tandis que toutes les forces se portent sur l'Adige à gauche de Vérone; les hommes sont d'autant plus fatigués que l'on ne distribue qu'un pain pour 12.

Le 1er janvier, l'Armée arrive sous les murs de Vérone. Denis Moreau raconte quà 4 heures du matin, les hommes sont réveillés à voix basse par un Général de Brigade, qui leur reproche de trop dormir et d'être trop lents pour prendre les armes. Les hommes se mettent de suite en route et passent un pont. De partout, des pièces de canon font un feu de file sur les Autrichiens qui ne résistent pas au passage des Français; la rivière est franchie vers 4 heures du soir, l'arme au bras, sans tirer un coup de fusil. Au moment du franchissement du pont, un parlementaire autrichien se présente au Général en chef Brune, et lui annonce qu'il y a une suspension d'armes et qu'il est inutile de faire couler le sang; Brune répond qu'il n'a pas reçu l'ordre de s'arrêter et quil doit franchir l'Adige. Aussi, le parlementaire s'en retourne t'il et les Français poursuivent leur marche sur 7 lieues jusqu'à 7 heures du soir et bivouaquent.

Le 2, la Brigade Compans (13e Légère et 30e de Ligne) repousse victorieusement une sortie de l'ennemi et l'oblige à rentrer dans la place. Denis Moreau a noté à la date du 12 nivôse an 9 qu'il a marché à 1/2 lieue de Vérone, et que dans la soirée, sa Demi-brigade et la 13e se sont lancée à la poursuite de l'ennemi. Au moment où ces deux Demi-brigade prennent position, la 12e Légère bloque l'ennemi sur les montagnes au dessus de Vérone; ce dernier est pris sous un feux affreux, et Denis Moreau note, non sans humour, que comme il fait déjà nuit, cela lui parait très beau; 39 Autrichiens sont capturés.

Le 3, les Autrichiens abandonnent la place, et continuent leur retraite. Denis Moreau note à la date du 14 nivôse an 9 (4 janvier 1801) que l'ennemi a été obligé d'évacuer Verone, à l'exception de la citadelle, dans laquelle se trouvent 500 hommes, qui se rendent au bout de 5 jours. Le même jour, Denis Moreau traverse la ville de Verone, après que l'on ai négocié avec le Général autrichien; Denis Moreau va bivouaquer de l'autre côté de la ville à une lieue, près d'un couvent situé dans la plaine de Vérone.

Après la capitulation de Vérone, Brune poursuit Bellegarde et lui livre une série de combats dans lesquels toute la 30e va conquérir de nouveaux lauriers, mais sur lesquels il ne nous est parvenu aucun détail particulier concernant soit les positions occupées, soit les pertes subies par cette Demi-brigade. Aussi, le journal de Denis Moreau est il précieux pour connaitre le déroulement des journées qui ont suivi cette capitulation. Le 15 nivôse (5 janvier 1801), à 6 heures du matin, Denis Moreau fait une contre-marche; il revient près de la route de Vérone, et vers 10 heures du matin, il attaque l'ennemi sur la route de Vicence; celui-ci ne fait aucune résistance et est poursuivi jusqu'au soir en direction de Saint Martin. A une lieue de là, Denis Moreau bivouaque sur la gauche de la route menant à Vicence, près d'un petit village appelé Colignot (?).

La Notice historique indique que la 30e assista le 6 janvier au combat de Villa-Nuova. Denis Moreau pour sa part a noté dans son journal, à la date du 16 nivôse an 9 (6 janvier 1801), avoir quitté sa position près du village de Colignot, et après une marche de 3 lieues, avoir bivouaqué près du canal à gauche de Saint Boniface. Le 7 janvier, la Notice historique indique que la 30e assiste au combat de Montebello; Denis Moreau quant à lui note simplement avoir bivouaqué le 17 nivôse en avant de Montebello. Le 18 nivôse (8 janvier 1801), il se remet en route, marche 3 lieues et passe dans Vicence; l'avant garde se bat et Denis Moreau marche encore 4 lieues et bivouaque en avant de la ville. Il reste sur cette position.

La Notice historique indique que la 30e assiste le 10 au passage de la Brenta; Denis Moreau note à la date du 20 nivôse an 9 avoir quitté sa position en avant de Vicence, pris une traverse et s'être porté en avant de Camisano, sa Division étant seule sur la gauche de la grande route de Padoue. Il reste sur cette position le 21 (11 janvier 1801) après avoir marché 3 lieues.

La Notice historique indique que la 30e assiste le 12 au combat de Castelfranco; Denis Moreau pour sa part indique franchir la Brenta le 22 nivôse (12 janvier 1801). et après une marche de 5 lieues, il bivouaque près de Castelfranco où il couche une nuit. Le lendemain, il passe à Castelfranco, là où l'ennemi a cru pouvoir attaquer l'avant-garde française. Mais l'armée est arrivée en force, et l'ennemi a du se retirer; Denis Moreau, après avoir marché 3 lieues, couche près de Follina.

La Notice historique indique enfin que la 30e assiste le 14 janvier au passage de la Piave. Denis Moreau note dans son journal, à la date du 24 nivôse (14 janvier 1801) avoir marché 4 lieues et bivouaqué dans la plaine. Le 26 nivôse (16 janvier 1801), il marche 4 lieues; il se rend à une lieue de la Piave et en avant de Treviso, près de Cavari (?). Le 27 (17 janvier 1801), il y a une suspension d'armes entre l'Autriche et la France; Denis Moreau se remet en route, fait demi-tour, passe dans Trévise et va coucher après une marche de 4 lieues, dans un village. Le 28 (18 janvier 1801), il quitte cette position, passe à Mestre (?), et bivouaque près de Mira, sur le bord d'un canal, après avoir marché 5 lieues.

Le 20 janvier est signé l'armistice de Trévise qui aboutit à la paix de Lunéville, Brune "se contenant de la remise de Peschiera, des forts de Vérone, de Legnago, d'Ancône et de Ferrare, dont l'occupation lui permettrait de reprendre les hostilités avec toutes ses forces et une base d'opération mieux assise" (Jomini).

Ainsi se termine cette surprenante campagne de 1800 que couronne glorieusement la paix de Lunéville.

A noter que certaines sources donnent la 30e présente à Romano en 1800.

Confirmation des Grades donnés sur le champ bataille : Les Officiers et Sous officiers ci-après de la 30ème promus à des grades supérieurs avec cette mention : "nommés sur le champ de bataille" pendant la campafne de l'an VII (1798-1799) par Macdonald, commandant en Chef de l'Armée de Naples, ont été confirmés dans ces grades par arrêtés du Premier Consul des 15 Floréal et 21 Thermidor an VIII (5 mai et 9 août 1800) et du 21 Frimaire an IX (12 décembre 1800) :
Le Chef de Bataillon Valterre, au grade de Chef de Brigade.
Le Chef de Bataillon Lajeunesse au grade de Chef de Brigade.
Le Capitaine Dubourg au grade de Chef de Bataillon.
Le Capitaine Marchand au grade de Chef de Bataillon.
Les Lieutenants Aberjoux et Dalroy au grade de Capitaine.
Les Sous lieutenants Laffite, Lebray, Umbdenstock, Dumesnil, et Maugras au grade de Lieutenant.
L'Adjudant sous officier Andey, les Sergents majors Lasseigne, Valorin, Rollin, Lafitte; les Sergents Pérusset, Bertrand et Leroy au grade de Sous lieutenant.

Le 23 pluviôse an 9 (12 février 1801), Denis Moreau part de Padoue et marche 4 lieues pour se rendre en cantonnement au village de Bovolenta situé sur les bords d'un canal. Le 28 ventôse (19 mars 1801), il quitte ce cantonnement pour se rendre à Bagnoli; où les troupes reçoivent le traité de paix conclu entre l'Autriche et la France. Denis Moreau indique que le 9 (28 février 1801), la paix a été mise à l'ordre du jour, et le 15 (6 mars 1801), la troupe a célébré une fête en l'honneur de la paix à Conseil (?); au cours de cette fête, l'on a fait des feux et tiré à la cible, et les hommes ont reçu double ration. Ce jour là, Denis Moreau a marché 4 lieues.

Le 1er Germinal (22 mars 1801), Denis Moreau retourne à Padou après une marche de 5 lieues. Il indique que l'on fait sauter toutes les forteresses de la région, et qu'à Padoue même, on a détruit les bastions et les portes de la ville, tandis qu'à Legnano, on a fait sauter une partie des remparts. Le 6 (27 mars 1801), Denis Moreau quitte Padoue, marche 4 lieues et couche à Monselice. Le 7 (28 mars 1801), il passe à Este et à Monagnana et de là, après une marche de 10 lieues, arrive à Legnano. Le lendemain, il se remet en route et après une marche de 9 lieues, arrive à Mantoue où il demeure jusqu'au 19 (9 avril 1801). Ce jour là, il se remet en route, marche 7 lieues et loge une nuit à Sanguinetto. Le 20 (10 avril 1801), il marche trois lieues et arrive à Legnano où il demeure en garnison. Il en part pour aller en cantonnement dans les villages le long de l'Adige; après avoir marché 3 lieues, il s'installe au village de Villabonna (?); puis parcourt 2 lieues et passe dans le village de Carpila (?) où il se trouve encore au moment de la moisson. De Carpila, il revient à Legnano et après une marche de 8 lieues, arrive à Isola della Scala où il reste jusqu'au 1er thermidor (20 juillet 1801).

Situation de la 30e de Ligne en juin 1801 (côte SHDT : us180106)

Chef de corps : VALTERRE Chef de Brigade
MORIZE - ROYDOR Quartier maître trésorier
PAPILLON-MEYNARD-GIOARDA Chirurgien major
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Fleury à Legnago - Armée d'Italie - troupes francaises en Cisalpine - Division Miollis
2e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Bussod à Legnago - Armée d'Italie - troupes francaises en Cisalpine - Division Miollis
3e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Gibassier à Legnago - Armée d'Italie - troupes francaises en Cisalpine - Division Miollis

Observations : juin 1801 effectif du Régiment sous les armes : 1220 Officiers et hommes

Le 1er thermidor (20 juillet 1801), Denis Moreau se rend à Ostiglia sur le Pô, au terme d'une marche de 6 lieues.

Situation de la 30e de Ligne en août 1801 (côte SHDT : us180108)

Chef de corps : VALTERRE Chef de Brigade
MORIZE - ROYDOR Quartier maître trésorier
PAPILLON-MEYNARD-GIOARDA Chirurgien major
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Fleury à Legnago - Armée d'Italie - troupes francaises en Cisalpine - Division Miollis
2e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Bussod à Legnago - Armée d'Italie - troupes francaises en Cisalpine - Division Miollis
3e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Gibassier à Legnago - Armée d'Italie - troupes francaises en Cisalpine - Division Miollis

Observations : juin 1801 effectif du Régiment sous les armes : 1195 Officiers et hommes

Le 1er fructidor an 9 (19 août 1801), Denis Moreau marche 6 lieues pour retourner à Legnano. Il en part le 29 (16 septembre 1801) pour aller à l'hôpital et couche à Ostiglia, après avoir marché 6 lieues. Le 30 (17 septembre 1801), il embarque sur le Pô et arrive à San Benedetto à l'hôpital (4 lieues). Il reste à l'hôpital jusqu'au 11 vendémiaire an 10 (3 octobre 1801). Ce jour là, il part pour Vérone et après une marche de 7 lieues, couche dans le village de Casteldario. Le 12 (4 octobre 1801), il quitte ce village et après une marche de 3 lieues, couche à Isola delle Scala. Le 13 (5 octobre 1801), après une marche de 5 lieues, il arrive à Vérone où se trouve la Demi-brigade. Le 9 frimaire (30 novembre 1801), 4 Compagnies sont détachées à Legnano; après avoir marché 4 lieues, Denis Moreau couche à Isola de la Porcherie (?). Le 10 (1er décembre 1801), il marche 5 lieues et arrive à Legnano où il reste jusqu'au 25 nivôse (15 janvier 1802).

D'après l'Etat militaire de l'an X (1801-1802), la 30e Demi-brigade était à Legnago et Ostiglia, en Cisalpine. Les cadres du Régiment sont constitués de la manière suivante :

- Etat major : Chef de Brigade Valterre; Chefs de Bataillon Lajeunesse, Gibassier, Bussot, Assada-Fleury; Quartier maître trésorier Maurize; Adjudants majors Lefebure, Fréminet, Courbert; Officiers de santé Meynard, Papillon, Goudechaux.
- Capitaines : Mourcet, Demoly, Castagna, Guillaume, Schaler, Dutoya, Kerret, Leraitre, Tournier, Parissot, Moussain, Descorps, Villermot, Peuchez, Joubert, Bouillé, Aberjoux, Plaige, Dutoya, Duhamel, Gautron, Billotte, Voiturier, Bonnet, Blanchemain, N, N.
- Lieutenants : Cristophe, Clément, Amiette, Paturelie, Planpain, Vernère, Leblond, Douanin, Bailly, Bertrand, Janton, Maugras, Understock, Bonneville, Dumesnil, Lebray, Prestat, Laffite, Roydor, Leroy, Cherière, Vincent, Miannay, Cermet, N, N, N.
- Sous lieutenants : Poussain, Delcasale, Murgey, Arnaud, Morgat, Dunand, Rochet, Benoist, Mérille, Bernard, Rambaud, Cauvet, Cudey, Pechesse, Perusset, Ponsain, Lasseigne, Bertrand, Rollin, Laville, Des-Ormes, Lecourt, Lacombe, N, N, N, N.

Le Capitaine Rossingana est Capitaine Adjoint à l'Etat-major de l'Armée.

Le 25 nivôse (15 janvier 1802), Denis Moreau quitte Legnano, marche 4 lieues et couche à Sanguinetto; le lendemain, il marche 7 lieues et couche à Mantoue, où il retrouve la Demi-brigade qui elle arrive de Vérone. Le 27 (17 janvier 1802), il part de Mantoue, passe à Bozzolo et couche dans un village. Le 28 (18 janvier 1802), il marche 6 lieues et couche à Crémone. Le 29 (19 janvier 1802), il part de Crémone pour une marche de 3 lieues; Denis Moreau passe à Pizzighettone et à Codogno, couche dans un village; il part de ce village, étant en avant-garde et couche à Lodi, où il séjourne. Le 2 pluviôse (22 janvier 1802), il se remet en route, marche 6 lieues et arrive à Milan. Le 3 (23 janvier 1802), il quitte Milan et couche dans un village; le lendemain, il couche à Novare, dernière ville de la République italienne. Le 5 (25 janvier 1802), Denis Moreau quitte Novare et franchit le Tecin; il couche à Verceil, ville frontière de la République italienne. Le 6 (26 janvier 1802), il quitte Verceil et couche dans un gros bourg. Le lendemain, il fait étape dans un autre gros bourg. Le 8 (28 janvier 1802), il fait étape dans une petite ville, où il est très mal logée. Le 9 (29 janvier 1802), Denis Moreau arrive à Turin, où il reste en garnison.

Le 13 germinal (3 avril 1802), a lieu une célébration en l'honneur de la paix; on tire le canon à la citadelle; le lendemain, la garnison de Turin prend les armes et se réunie pour célébrer la paix; la troupe reçoit une gratification de 10 sols par homme; dans le même temps, on vend dans les rues des proclamations annonçant la réunion du Piémont à la France, le Roi de Sardaigne ayant renoncé à ses droits sur ce dernier.

Le 28 juin 1802 (9 messidor an 10), Bonaparte écrit depuis la Malmaison au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous prie, citoyen ministre, de donner l'ordre ... 4° la 30e à Strasbourg ... ce mouvement ne commencera que dans les premiers jours de thermidor ...
Tous ces mouvements ne se feront que dix jours après avoir reçu l'ordre.
Vous aurez soin que la veille du départ, il soit passé une revue de rigueur qui fasse bien connaître la situation des troupes que vous ferez partir. Vous aurez soin que tous les détachements soient bien réunis avant leur départ, et qu'ils marchent dans le plus grand ordre et par bataillon
" (Correspondance générale, t.3, lettre 6965).

Début thermidor (vers la mi-juillet 1802), la Demi-brigade reçoit l'ordre de partir pour le 7 (26 juillet 1802); le 1er Bataillon se met en route le 7; le 2e le 8 (27 juillet 1802); et le 3e le 9 (28 juillet 1802). Denis Moreau, qui est à l'hôpital depuis le 4 (23 juillet 1802) suite à une douleur sur le côté droit, doit quitter Turin le 14 (2 août 1802), mais son départ est reporté au lendemain. Le 15 (3 août 1802) donc, Denis Moreau part de Turin en voiture, et après un trajet de 13 lieues, couche à Suse près du mont Cenis. Le 16 (4 août 1802), il passe le mont Cenis et après une route de 5 lieues, couche à Lanslebourg. Le 17 (5 août 1802), route de 4 lieues et arrivée à Modane. Le 18 (6 août 1802), route de 9 lieues; Denis Moreau passe à Saint Jean de Maurienne et couche à La Chambre. Le 19 (7 août 1802), marche de 5 lieues et arrivée à Aiguebelle. Le lendemain, marche de 4 lieues et arrivée à Montmélian. Le 21 (9 août 1802, après une route de 3 lieues, Denis Moreau couche à Chambéry. Le 22 (10 août 1802), marche de 8 lieues; Denis Moreau passe à Aix les Bains, réputé pour ses bains, et couche à Alby. Le 23 (11 août 1802), après 3 lieues de marche, il arrive à Annecy. Le 24 (12 août 1802), marche de 5 lieues et arrivée à Cruseilles. Le 25 (13 août 1802), marche de 5 lieues; Denis Moreau arrive à Carouge, aux portes de Genève, où il séjourne le 26 (14 août 1802). Le 27 (15 août 1802), Denis Moreau se remet en route, marche 4 lieues et couche près de Gex. Le 28 (16 août 1802), marche de 8 lieues et arrivée à Saint Claude par de mauvais chemins. Le 29 (17 août 1802), marche de 6 lieues et arrivée à Saint Laurent en Grandvaux. Le 30 (18 août 1802), marche de 6 lieues; arrivée à Champagnole. Le 1er fructidor an X (19 août 1802), marche de 6 lieues et arrivée à Salins où Denis Moreau séjourne. Il en part le 3 (21 août 1802), marche 6 lieues et couche à Quingey, petit bourg situé sur les bords de la Loue. Le 4 (22 août 1802), il arrive, après une marche de 6 lieues, à Besançon où il couche. Le 5 (23 août 1802), nouvelle marche de 8 lieues et arrivée à Beaume les Dames. Le 6 (24 août 1802), marche de 6 lieues, et arrivée à L'Isle sur le Doubs où Denis Moreau couche.

Denis Moreau arrive en Alsace; le 7 (25 août 1802), il marche 7 lieues et s'arrête à Belfort. Le 8 (26 août 1802), nouvelle marche de 8 lieues; il couche à Cernay. Le 9 (27 août 1802), après 8 lieues, il arrive à Colmar. Le lendemain, après avoir marché 6 lieues, il est à Sélestat. Le 11 (29 août 1802), après 6 lieues de marche, il couche à Erstein. Le 12 (30 août 1802), après 4 lieues de marche, il arrive enfin à Strasbourg, où il reste en garnison environ 6 mois.

 

d/ Expédition de Saint Domingue

Des situations de Nafziger semblent indiquer une participation de la 30e à l'expédition de Saint Domingue.

Forces d'invasion pour Saint-Domingue - 20 février 1801 (Nafziger - 801BAD).
Troupes embarquées par navire

Escadre de Brest : Contre-amiral Dordelin
Le Scipion (navire de ligne)
Capitaine de vaisseau Leveyer
Officiers d'Etat major : 13
30e Demi-brigade : 446
La Cornelic (Frégate)
Capitaine de vaisseau Villemadrin
Officiers d'Etat major : 5
Officiers non assignés : 5
30e Demi-brigade : 223
La Mignonne (Corvette)
Lieutenant de vaisseau Yset
30e Demi-brigade : 123

Source : de Poyen, "Histoire Militaire de la Revolution de Sant-Domingue", Paris, 1826

Une situation extraite de Jomini : "Histoire critique et militaire des Guerres de la Révolution" (Tome 4 ; Bruxelles ; 1842) indique pour sa part :

Etat Général des forces de terre et de mer
employées à l'expédition de Saint Domingue (1802)
S ous le commandement du Capitaine-Général Leclerc :
 

Escadres ou bâtiments sur lesquels les troupes ont fait leur traversée

unités navales

unités terrestres

effectifs

Date d'arrivée à St Domingue

Escadre de Brest franco-espagnole, Amiral Villaret de Joyeuse

15 vaisseaux de ligne 
9 fégates ou corvettes 
3 batiments légers ou de transport

5e , 11e , 30  1/2 Brigades légères 
22e , 31e , 79e 1/2 Brigades de Ligne 
19e Rgt de Chasseurs à cheval 
Artillerie 

6 600h

1er débarquement le 3 février 1802

 

Armée française de Saint-Domingue - 8 mai 1802 (Nafziger - 802EAG).

Division Hardy
30e Demi-brigade : 417 hommes

Source : de Poyen, "Histoire Militaire de la Revolution de Sant-Domingue", Paris, 1826

30e de Ligne ou 30e Légère ? Dans l'immédiat, nous n'avons pas de plus amples informations sur ce point.

 

V/ 30e Régiment de Ligne (1803-1815)

D'après l'Etat militaire de l'an XI (1803), la 30e Demi-brigade est à Strasbourg et dépend de la 5e Division militaire. Les cadres du Régiment sont constitués de la manière suivante :

- Etat major : Chef de Brigade Valterre; Chef de Brigade commandant un Bataillon Lajeunesse; Chefs de Bataillon Gibassier, Bussod, Fleury; Quartier maître trésorier Morize; Adjudants majors Lefebvre, Freminet, Courbert; Officiers de santé Meynard, Papillon.
- Capitaines : Mourcet, Demoly, Castaigna, Guillaume, E. Duthoya, Perret, Leraitre, Tournier, Le Roy, Parissot, Moussaint, Gautron, Villermoz, Pluchet, Joubert, Bonnin, Bouillé, Marchand, Aberjoux, Dubourg, Billotte, J. Dutoya, Plaige, Bonnet, Blanchemain, Voiturier, N.
- Lieutenants : Clément, Amiet, Patourel, Creput, Verner, Blanpain, Leblond, Douanin, Miennay, Berthold, Cheper, Dumesnil, Maugras, Santon, Lafite, Lebray, Umbdenstock, Roydor, Prestat, Bonneville, Cermet, Leroy, Cherierre, N, N, N, N.
- Sous lieutenants : Berthier, Ponsain, Delcazal, Murgé, Morgat, Arnaud, Rochet, Benoit, Merille, Bernard, Rambeaud, Cawvet, Peychiers, Peruiset, Pansin, Valorin, Rolin, Bertrand, Lassegue, Laville, Desormes, Lecourt, La Combe, N, N, N, N.

Le 18 pluviôse an 12 (8 février 1804 - en fait, il y a erreur dans la date et il faut lire an 11 soit 1803), Denis Moreau part de Strasbourg pour aller en détachement à Biersheim; après avoir marché 4 lieues, il couche dans le gros bourg de Erstein. Le 19 (9 février 1803), marche de 5 lieues et arrivée à Sélestat. Le 20 (9 février 1803), Denis Moreau couche à Bieshiem (?), gros bourg situé à 1/4 de lieue de Neuf-Brisach. Denis Moreau demeure sur place jusqu'au 25 floréal (15 mai 1803). Ce jour là, il couche, après une marche de 7 lieues au village de Friesenheim près du Rhin. Le lendemain, après avoir marché 7 lieues, il est de retour à Strasbourg.

Le 28 (18 mai 1803), toute la 30e quitte Strasbourg pour se rendre à Cologne; après avoir marché 6 lieues, Denis Moreau couche à Haguenau. Il en part le 29 (19 mai 1803), marche 6 lieues et couche à Wissembourg. Le 30 (20 mai 1803), après une marche de 6 lieues, il couche à Impfligen. Le 1er prairial (21 mai 1803), Denis Moreau marche 7 lieues, passe à Landau et couche à Speyer. Le 2 (22 mai 1803), après 6 lieues de marche, il couche à Hockenheim, à 2 lieues de poste de Mannheim. Il y séjourne le 3 (23 mai 1803), se remet en marche le 4 (24 mai 1803), passe à Frankenthal et Worms et couche au village de Prétécem (?) après 4 lieues de marche. Le 5 (25 mai 1803), après avoir marché 5 lieues, il couche à Ammerscheim (?), village situé à une lieue de l'étape. Le 6 (26 mai 1803), nouvelle marche de 5 lieues et arrivée à Kreuznach. Le 7 (27 mai 1803), marche de 4 lieues; Denis Moreau passe à Saint Roberque (?) et couche à Terraballe (?). Le 8 (28 mai 1803), il quitte Terrabat (?), passe à Simerenne (?), et après avoir marché 4 lieues, couche à Lisfeld (?). Le 11 (31 mai 1803), il part d'Allelquesce (?) et couche à Coblence, après une marche de 6 lieues. Denis Moreau note que le fort d'Ehrenbreistein a été démoli depuis la paix avec l'Autriche. Le 12 (1er juin 1803), Denis Moreau marche 6 lieues; il passe à Andernach et couche au village de Breisig. Le 13 (2 juin 1803), Denis Moreau marche 7 lieues et couche à Bonn. Enfin, le 14, après avoir marché 5 lieues, il arrive à Cologne, où il reste en garnison jusqu'au 16 vendémiaire an 12 (9 octobre 1803).

Le 17 juillet 1803 (28 messidor an 11), Bonaparte écrit depuis Gand au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... Faites-vous faire un rapport particulier sur les 2e, 15e et 17e légères, et sur les 30e, 72e et 88e de ligne pour savoir si par l'organisation de leur corps d'officiers, et par le nombre d'anciens qui sont dans le cadre, elles pourraient faire partie d'un camp ..." (Correspondance générale, t.4, lettre 7832).

Le 20 juillet 1803 (1er thermidor an 11), Bonaparte écrit depuis Anvers au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je ne vois que de l'avantage, Citoyen Ministre, à envoyer à Juliers le bataillon de la 30e demi-brigade pour travailler aux fortifications ..." (Correspondance de Napoléon, t.8, lettre 6928; Correspondance générale, t.4, lettre 7840).

Le 25 juillet 1803 (6 thermidor an 11), Bonaparte écrit depuis Bruxelles au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "... Donnez l'ordre que les 2e, 15e et 17e demi-brigades légères, ainsi que les 30e, 72e et 88e de ligne se préparent à faire partie des camps qui auront lieu cet sur la côte ..." (Correspondance générale, t.4, lettre 7857).

L'Angleterre vient de rompre la paix d'Amiens et de déclarer la guerre à la France (16 mai 1803). Résolu à frapper au coeur sa plus cruelle ennemie, le Premier Consul décrète la fondation de vastes camps sur les côtes de la Manche et la création d'une nombreuse flotille destinée à porter nos troupes sur le sol anglais.

Le 30e est désigné pour faire partie du Corps de droite établi au camp de Bruges et placé sous le commandement de Davout. Il appartient à la 1ère Division qui est ainsi composée : 13e Léger, 30e, 51e, 17e et 61e de Ligne.

Le 28 août 1803 (10 fructidor an 11), Bonaparte écrit depuis Saint-Cloud au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Je vous envoie, citoyen ministre, les dispositions que j'ai arrêtées pour l'organisation de quatre camps faisant partie des six qui vont être formés sur les côtes de l'Océan.
... Camp de Bruges
Le général Davout est nommé commandant en chef du camp de Bruges
... Le camp de Bruges sera composé de trois divisions
... La 1re division sera commandée par le général Oudinot qui aura à ses ordres les généraux de brigade :
De Billy,
Eppler,
Petit.
La 1re division sera composée des :
13e légère,
30e de ligne,
51e id,
61e id,
... Le ministre de la Guerre et celui de l'Administration feront former sur-le-champdeux camps en baraques à Ostende sur la droite et sur la gauche du port pour qu'au 1er vendémiaire, la 1re et la 2e division puissent s'y baraquer.
Le général Davout établira son quartier à Bruges et partira le 16 fructidor ...
" (Correspondance générale, t.4, lettre 7972).

L'Arrêté du 1er Vendémiaire an XII (24 septembre 1803) ayant supprimé la dénomination de Demi-brigade, le Corps reprend le titre de 30e Régiment d'Infanterie de Ligne.

D'après l'Etat militaire de l'an XII (1803-1804), les 1er et 2e Bataillons du 30e sont au camp de Bruges (16e Division militaire) et le 3e à Juliers (26e Division militaire). Les cadres du Régiment sont constitués de la manière suivante :

- Etat major : Colonel Valterre; Major N; Colonel commandant un Bataillon Lajeunesse; Chefs de Bataillon Gibassier, Bussod, Fleury; Quartier maître trésorier Delefortry; Adjudants majors Lefebvre, Coubert, Freminet ; Officiers de santé Charlier, Meynard, Martin.
- Capitaines : Mourcet, Dubourg, Demoly, Marchand, J. B. Duthoya, Perret, Leraître, Tournier, Duhamel, Parisot, Moussaint, Gautron, Willermoz, Pluchet, Joubert, Aberjoux, Billotte, Plaige, J. M. Duthoya, Bonnet, Voiturier, Blanchemain, Clément, Amiet, Prestat, Creput, Laurent.
- Lieutenants : Cermet, Vernere, Blanpain, Douanin, Miennay, Berthold, Cheper, Maugras, Dumesnil, Santou, Roydor, Umbdenstock, Laffite, Bonneville, Cherrier, Berthier, A. J. Ponsain, Lassegue, Merille, Desormes, Benoit, Murgé, Pansin, Jacobé, N, N, N.
- Sous lieutenants : Delcazal, Morgat, Rochet, Bernard, Rambeau, Cauwet, Peychiers, Perusset, Valorin, Rolin, Bertrand, Lacombe, Piçon, Beau, Levêsque, Dulau, Barbay, Guilin, Jund, Blain, Morais, Laulanier, Bloy, Lacassaigne, Loubert, Richard, Lalaune.

Le 26 septembre 1803 (3 vendémiaire an 12), Bonaparte écrit depuis Paris au Général Berthier, Ministre de la Guerre : "Donnez ordre, citoyen ministre ... A la 30e de Ligne, de former ses deux premiers bataillons à 700 hommes chacun, officiers non compris, et de les diriger sur Bruges ..." (Correspondance générale, t.4, lettre 8076).

Le 16 vendémiaire (9 octobre 1803), Denis Moreau quitte Cologne, marche 6 lieues, passe à Bergheim et couche au village de Engledorf (?). Le 17 (10 octobre 1803), marche de 5 lieues par Jülich; arrivée à Alsdorf. Le 18 (11 octobre 1803), marche de 5 lieues et 26 arrivée à Aix la Chapelle. Le 19 (12 octobre 1803), marche de 6 lieues et arrivée à Maastricht où Denis Moreau séjourne. Il se remet en route le 21 (14 octobre 1803), marche 4 lieues, passe à Tongres et couche au village de Looz. Le 22 (15 octobre 1803), marche de 5 lieues et 1/2; Denis Moreau passe à Saint Trond et couche au village de Orsmaal. Le 23 (16 octobre 1803), nouvelle marche de 5 lieues et 1/2; il passe à Tirlemont et couche à Louvain. Le 24 (17 octobre 1803), Denis Moreau marche 5 lieues, passe à Bruxelles et couche à 1/4 de lieue de cette ville sur la route de Mons. Le 25 (18 octobre 1803), marche de 5 lieues et arrivée à Alost. Le 26 (19 octobre 1803), marche de 5 lieues; Denis Moreau arrive à Gand où il séjourne le 27 (20 octobre 1803). Le 28 (21 octobre 1803), il se remet en route, passe à Deinze, et après une marche de 4 lieues, couche au village de Aarsele. Le 29 (22 octobre 1803), marche de deux lieues et arrivée à Tielt. Le 30 (23 octobre 1803), marche de 6 lieues; Denis Moreau couche à Bruges. Il en part le 27 brumaire (19 novembre 1803) et après une marche de 4 lieues, couche dans une ferme à 2 lieues de Ostende. Le voilà arrivé au camp de Bruges.

A cette époque, il y a une loge maçonique au 30e. Un feuillet, imprimé à l'occasion de l'installation de la Loge de la Vraie-Fraternité à l'Orient de la 30e de ligne (installation effectuée le 8 octobre 1803 par la Loge du Secret des Trois Rois à l'Orient de Cologne) comprend un hymne et le cantique suivant : 

A signaler que le futur Lieutenant colonel Plaige appartenait à cette loge maçonnique.

De 1803 à 1814, le 30e se trouvera placé constamment sous les ordres du Maréchal Davout et partagera la gloire des trois Divisions qui, sous le commandement de cet illustre homme de guerre, se firent, sous le premier Empire, un renom légendaire de valeur et de discipline. Il appartient à la première Division, alors commandée par le Général Bisson (Baptiste Pierre François Jean Gaspard, Comte, né à Montpellier le 16 février 1767, décédé au palais de Fontana le 26 juillet 1811), Brigade Eppler (effectif de 1598 hommes au moment de la campagne de 1805). Les deux autres le sont : la deuxième par le Général Friant, la troisième par le Général Gudin.

Cachet  régimentaire du 30e de Ligne
Cachet régimentaire (J. Croyet - S.E.H.R.I.)

Selon la Notice Historique, le 30e n'a que deux Bataillons au camp de Bruges, le 3e, formant dépôt, est à Aix La Chapelle d'abord, ensuite à Juliers; il est commandé par l'ancien Chef de la 30e Demi-brigade, le Colonel Valterre et occupe Theils à l'embouchure de la Dunk.

Au camp de Bruges, le 30e a beaucoup à souffrir des fièvres qui, à certaines époques de l'année, désolent ces parages. Comme toutes les troupes destinées à la descente, ses soldats sont longuement exercés à la manoeuvre des chaloupes canonnières et des bateaux plats armés en guerre et, marins improvisés, mais déjà habiles, figurèrent avec honneur dans plus d'un engagement avec les croisières anglaises.

A noter que le 30e est principalement formé par la conscription dans le département de l'Yonne.

Etat des conscrits que chaque département doit fournir sur les classes de l'an XI (1803) et de l'an XII (1804)
Yonne
498

 

Situation du 30e de Ligne en janvier 1804 (côte SHDT : us180401)

Chef de corps : VALTERRE Colonel
Conscrits des départements de l'Yonne des ans XI et XII
BARBARON Major; DELFORTRY Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Fleury Lajeunesse au camp de Bruges
2e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Gibassier au camp de Bruges
3e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Bussod à Juliers - 26e Division Militaire

 

Le 13 ventôse an 12 (4 mars 1804), Denis Moreau quitte la ferme dans laquelle il est stationné depuis près de 4 mois, marche 1 lieue et couche au camp de Bruges proprement dit. Le lendemain, il part pour l'île de Cadsand et at après avoir marché 4 lieues, couche à Blankenberghe. Le 15 (6 mars 1804), marche de 6 lieues; après être passé à Sluis, le 30e arrive au camp de l'île de Cadsand. Le 17 (8 mars 1804), à 3 heures du matin, une patache, brûlée par les Anglais, s'échoue sur l'île, sans que l'on puisse lui porter un quelconque secours.

Le 16 germinal an 12 (6 avril 1804), Denis Moreau part de l'île de Cadsand, marche deux lieues et couche à Sluis. Le lendemain, après avoir marché 8 lieues, il est de retour au camp de Bruges. Le 22 (12 avril 1804), un navire chargé de bouteilles et de tonneaux de vin s'échoue sur le sable; tous les soldats en profitent. Un autre batiment s'échoue le 1er floréal (21 avril 1804), chargé cette fois de graines de lin. Puis un 3e, chargé de sel; ce dernier, contrairement aux deux précédents, n'a pas été détruit ou endommagé par les flots; une fois déchargé, il peut rentrer dans le port d'Ostende pour réparations.

Le 23 floréal (13 mai 1804), la 1ère Division de la flotille de Flessingue arrive à Ostende; seule une prame s'est échouée sur le sable à Blankenberghe mais elle parvient tout de même à atteindre Ostende le 26 (16 mai 1804). Denis Moreau précise que les Anglais ont tenté de la prendre lors de son entrée dans le port. Le 4 messidor (23 juin 1804), à 8 heures du soir, la 2e Division de la flotille de Flessingue, après s'être battue toute la journée, arrive elle aussi au port d'Ostende; les Anglais ont tout tenté pour s'en emparer, mais en vain; ils doivent se retirer au large, chagrinés par les tirs des batteries à terre.

Le 23 thermidor (11 août 1804), Napoléon passe à Ostende; le 24 (12 août 1804), Denis Moreau est passé en revue par l'Empereur; cette revue est interrompue par la pluie, et les hommes ne peuvent exécuter toutes les manoeuvres demandées. Cette pluie dure toute la journée du 25 (13 août 1804). Mais le 26 (14 août 1804), le beau temps revient, et l'Empereur passe en revue la Division du camp de gauche; dans la soir, il se rend dans le camp de Denis Moreau; au fur et à mesure que Napoléon passe devant les Compagnies, les hommes crient "Vive l'Empereur !". Napoléon quitte Ostende le 27 (15 août 1804) pour retourner à Boulogne.

Le 1er fructidor (19 août 1804), Denis Moreau (et le 30e) est détaché dans la flotille hollandaise; le 18 (5 septembre 1804), il reçoit des ordres de départ, et va mouiller près de Sluis. Le 19 (6 septembre 1804), Denis Moreau passe Sluis; une chaloupe canonnière manque de périr en passant le pont des écluses sur la gauche du canal en venant de Bruges à Ostende. Denis Moreau mouille sur la gauche du canal venant de Chénikienne (?) à Ostende, près de la ville. Le 20 (7 septembre 1804), le manque de vent immobilise les navires. Le 21 (8 septembre 1804), ces derniers mouillent sur la droite du canal, près de l'embarcadère. Le 22 (9 septembre 1804), à 3 heures du matin, le vent se lève, et les navires peuvent quitter la rade d'Ostende pour se rendre à Dunkerque; les navires (6 chaloupes canonnières, 36 bateaux plats et 8 navires marchands) arrivent à bon port; Denis Moreau note toutefois que nombre de soldats ont eu le mal de mer.

Le 10 septembre 1804 (23 fructidor an 12), Bonaparte écrit depuis Aix-la-Chapelle au Maréchal Berthier : "Mon Cousin, le dépôt du 30e régiment de ligne a douze conscrits de l'Yonne qui sont estropiés. Ils ont déclaré n'avoir pas été passés en revue par le général de brigade commandant le département (Guiot de Lacour), qui est cependant du conseil de recrutement. Ce général est d'autant plus coupable qu'il n'a rien à faire. Écrivez-lui une lettre de mécontentement, que vous ferez circuler aux autres généraux de la division (la 18e Division militaire, Dijon, est commandée par le Général Montchoisy et emploie trois autres Généraux de Brigade : Fery, Veaux et Wouillemont de Vivier), pour leur rappeler qu'il faut que les conscrits qui partent soient en état de servir" (Correspondance de Napoléon, t.9, lettre 8012; Correspondance générale, t.4, lettre 9200). Précisons que pour ne pas avoir à servir dans les armées, des conscrits se mutilent volontairement.

Le 29 (16 septembre 1804) à 7 heures du soir, 3 prames et 11 chaloupes canonnières arrivent d'Ostende; le 2e jour complémentaire (19 septembre 1804) arrivent encore d'Ostende 9 canonnières et 36 bateaux plats. Le 3e jour complémentaire (20 septembre 1804), Denis Moreau entre dans le bassin; il en sort le 8 vendémiaire an 13 (30 septembre 1804) pour se rendre en rade à une lieue en mer devant la ville; il y demeure jusqu'au 13 (5 octobre 1804), puis rentre dans le bassin.

Le 2 brumaire (24 octobre 1804), Denis Moreau quitte Dunkerque, passe à Furnes; de là, il se rend à 1/2 lieue de Nieuprot, mais doit rétrograder jusqu'au village de Wulpen, sur la route; il loge sur place dans une grosse ferme avec onze de ses camarades, après avoir reçu un billet de logement. Le lendemain, il passe à Nieuport et arrive au camp à 1 heure de l'après midi. Il repart le 16 brumaire (7 novembre 1804), marche 7 lieues et couche dans la petite ville de Dixmunde. Le 17 (8 novembre 1804), il marche 6 lieues et arrive à Ypres. Le 18 (9 novembre 1804), il reçoit un contre ordre pour rétrograder; il se met en route le lendemain et couche à Dixmunde. Le 20 (10 novembre), Denis Moreau arrive au camp après avoir marché sous la pluie toute la journée. Le 21 (11 novembre), Denis Moreau et ses compagnons quittent le camp en diligence pour rejoindre plus rapidement leur Bataillon qui lui se trouve à Bruges. Le 26 (16 novembre), à une 1 heure de l'après midi, le Bataillon de Denis Moreau quitte Bruges pour se rendre à Torhout; Denis Moreau, après avoir marché 9 lieues, couche dans le gros bourg de Roeselare. Le 27 (17 novembre 1804), il marche à nouveau 9 lieues; après être passé à Menin, Denis Moreau couche à Lille. Il se remet en route le lendemain, et après une marche de 8 lieues, couche à Douai. Le 29 (19 novembre 1804), après une marche de 5 lieues, Denis Moreau couche à Cambrai. Le 30 (20 novembre 1804), marche de 10 lieues et arrivée à Péronne où il séjourne le 1er frimaire (21 novembre 1804). Le 2 (22 novembre 1804), Denis Moreau se remet en route, marche 7 lieues et couche à Roye. Le 3 (23 novembre 1804), marche de 7 lieues et arrivée à Gournay. Le 4 (24 novembre 1804), marche de 5 lieues et arrivée à Pont Sainte Maxence où il séjourne. Le 6 (26 novembre 1804), Denis Moreau marche 6 lieues, passe à Senlis, et couche à Louvres, dans un château situé à une portée de fusil du village. Le 7 (27 novembre 1804), Denis Moreau, après une marche de 6 lieues, arrive à Paris et couche à la caserne de la Rue Verte.

Entre temps, l'ordre de la Légion d'Honneur vient d'être institué, déjà tous les soldats qui ont mérité des armes d'honneur ont reçu la croix de Chevalier, mais le nouvel Empereur ne pouvant oublier tant de braves de l'ancienne 30e Demi-brigade qui ont pris une part glorieuse à la bataille de Marengo et versé leur sang dans tant de combats; aussi, par promotion du 5 novembre 1804, un certain nombre d'Officiers et de Sous officiers du 30e sont faits Chevaliers de la Légion d'Honneur : les Capitaines Joubert et Pérusset; le Lieutenant Carrière, les Sous lieutenants Jund et Mazier; les Sergents majors Chassagne, Girardot, Lecerf; les Sergents Bordarier, Brésillon, Collon, Houtin, Martialet, Mousset; les Caporaux Legentil et Poncelet.

 

capitaine Aberjoux Capitaine Aberjoux
Documents relatifs au Capitaine Aberjoux (Collection particulière - S.E.H.R.I.)

Le 10 frimaire (1er décembre 1804), Denis Moreau et ses camarades prennent les armes et se rendent au Champ de Mars; là, ils sont passé en revue par le Général Murat. Le lendemain 11 frimaire (2 décembre), ils se rendent à Notre Dame et y restent de 7 heure du matin à 5 heure du soir; l'Empereur et l'Impératrice sont sacrés par le Pape. Denis Moreau assiste ému à la cérémonie. Paris reste illuminée deux nuits de suite, et l'on tire un feu d'artifice la 1ère nuit place de la Concorde. Le 14 (5 décembre 1804), l'Empereur distribue au Champ de Mars les nouveaux drapeaux à tous les Corps. Le 17 (8 décembre 1804), Napoléon passe en revue les députations de chaque Corps. Denis Moreau quitte Paris le 22 (13 décembre 1804) et couche à Louvres après une marche de 6 lieues. Le 23 (14 décembre 1804), il marche 8 lieues et arrive à Pont Sainte Maxence; le 24 (15 décembre 1804), marche de 5 lieues et arrivée à Gournay; le 25 (16 décembre 1804), marche de 7 lieues et arrivée à Roye; le 26 (16 décembre 1804), marche de 6 lieues et arrivée à Péronne; le 27 (17 décembre 1804), marche de 10 lieues et arrivée à Cambrai. Le 28 (18 décembre 1804), marche de 5 lieues et arrivée à Douai. Le 29 (19 décembre 1804), marche de 7 lieues et arrivée à Lille. Le 1er nivôse (22 décembre 1804), marche de 4 lieues et arrivée à Menin. Le 2 (23 décembre 1804), marche de 6 lieues et arrivée à Torhout. Le 3 (23 décembre 1804), marche de 4 lieues et arrivée à Bruges, d'où, après un repos, Denis Moreau et ses camarades repartent pour se rendre au camps, avec leurs nouveaux drapeaux.

Le 5 mars 1805 (14 ventôse an XIII), Napoléon écrit depuis Paris au Maréchal Berthier : «Mon Cousin, tous les régiments qui font partie des trois camps ne peuvent tous fournir 1,800 hommes sous les armes, surtout ceux qui ont des malades.
Le 30e régiment de ligne aurait besoin de 200 hommes, sans y comprendre ce qu'il doit recevoir de l'à-compte de l'an XIII : 200 hommes ...
Faites-moi un rapport, corps par corps, sur les régiments composant les trois camps; de leur situation au 1er ventôse, présents sous les armes et aux hôpitaux; de la situation des 3mes bataillons; du nombre d'hommes de la conscription de l'an XIII qu'ils doivent recevoir ...
» (Correspondance de Napoléon, t.10, lettre 8393).

Le 25 ventôse (16 mars 1805), Denis Moreau et ses camardes partent de leur camp pour relever le détachement de la flotille postée dans le canal d'Ostende. Le 30 (21 mars 1805), 4 heures du matin, il quitte la rade d'Ostende et navigue jusqu'à Dunkerque (9 lieues) où il arrive à 9 heures du matin.

Le 5 avril 1805, la Division Bisson quitte le camp de Bruges et va s'établir au camp d'Ambleteuse où elle est rejointe le 18 juillet par les deux autres Divisions du Corps de Davout. L'effectif du Régiment est à cette date de 1860 hommes.

Denis Moreau, le 18 germinal (8 avril 1805), part de Dunkerque pour aller mouiller près des canonniers, puis à 5 heures du soir, il mouille dans le canal. Le 20 (10 avril 1805), il sort du canal et à 7 heures du soir, l'ordre de partir pour Calais, il lève l'ancre; Denis Moreau arrive à Calais le lendemain à 7 heures du matin et entre au port à 8 (9 lieues). Le 21 (11 avril 1805), Denis Moreau quitte le port, mais comme il n'y a pas de vent, les hommes doivent ramer jusqu'au port d'Ambleteuse. Ils y parviennent le 22 (12 avril 1805) à 6 heures du matin; à 8 heures, ils entrent au port (5 lieues). Le 24 (14 avril), un feu éclate dans Ambleteuse, attisé par le vent; 6 maisons sont incendiées.

Le 4 floréal (24 avril 1805), les 51e et 61e de Ligne tentent de passer la pointe de Gris-Nez, à 1 lieue d'Ambleteuse, en raison de vents contraires; ils se trouvent alors pris sous le feu des Anglais, et bien que s'étant rapprochés de la côte pour se placer sous la protection des batteries cotières, 11 des bateaux plats sur les 36 transportant les hommes, sont pris par l'ennemi. Denis Moreau indique que chcun de ces bateaux transporte 20 personnes, dont 1 Officier, 1 pilote, 4 matelots et 1 canonnier. Dans cette affaire, il y a eu des tués et des blessés, mais aussi des bateaux de transport pris.

Le 26 prairial (15 juin 1805), Denis Moreau va relever des bateaux puis rentre au camp d'Ambleteuse.

 

a/ Campagne de 1805

- Capitulation d'Ulm

Bouton du 30e de lignebouton 30e de lignebouton 30e de ligne
Divers boutons du 30e (source : J. Croyet - S.E.H.R.I.)
bouton du 30e de ligne d'après Falloubouton du 30e de Lignebouton du 30e de ligne
A droite, dessin de bouton extrait de La Giberne (La Giberne Année 13/08); au centre et à gauche, boutons communiqués par un de nos correspondants (celui du centre provenant de Bielorussie; celui de droite d'Allemagne).
bouton du 30e de lignebouton du 30e de ligne
Bouton 30e de Lignebouton 30e de Ligne
bouton 30e de Lignebouton 30e de Ligne officier
Ci-dessus, boutons communiqués par un de nos correspondants. Le dernier en bas à droite est un bouton d'Officier, doré
Autres boutons
bouton 30e de lignebouton 30e de ligne
Ci contre : bouton de troupe en laiton ; diamètre 22 mm (document Bertrand Malvaux).
Bouton du 30e de Ligne, 180?
Ci-contre : bouton trouvé près des ruines d'une ferme abandonnée, dans une montagne près de Montenotte ; communication de Mr B. C.
Bouton 30e de Ligne
Ci-contre : bouton trouvé à Saint Nazaire les Eymes dans la vallée du Grésivaudan ; communication de Mr Xavier Chung Minh
A gauche, bouton, petit module, diamètre 16 mm ; à droite, grand module 22 mm
Ci-contre : bouton petit module

Tout est prêt pour une descente en Angleterre; l'indécision de l'Amiral Villeneuve qui, quoiqu'avec des forces supérieures, n'ose pas attaquer la flotte anglaise et se retire à Cadix où il ne tarde pas à être bloqué par Nelson, fait échouer cette vaste entreprise. Le désastre de Trafalgar, et l'alliance de l'Autriche et la Russie avec l'Angleterre, obligent Napoléon à renoncer à ses projets de descente. Il tourne sa colère contre l'Autriche qu'il souhaite frapper avant l'arrivée des Russes, ordonne la levée immédiate des camps et porte toutes ses forces sur le Rhin.

Le 4 août 1805, le 30e présente la situation suivante : 1er, 2ème Bataillons à l'Armée des Côtes, Corps de Droite : effectif total 1631 hommes dont 1533 présents, 98 aux hôpitaux. Le 3ème bataillon est à Aix La Chapelle; effectif total : 326 hommes dont 227 présents, 84 détachés ou en recrutement, et 15 aux hôpitaux. Ce jour là, Denis Moreau passe la revue de l'Empereur (sic); toute la troupe, depuis Boulogne jusqu'à la batterie neuve au cap Gris-Nez, est sous les armes, soit une distance de 2 lieues et demie sur le bord de mer.

Le 20 thermidor (8 août 1805), Denis Moreau et ses compagnons relèvent les Compagnies qui sont aux bateaux; il note que 9 hommes de la Compagnie viennent du camp de première ligne. Le 28 (16 août 1805), l'Empereur fait distribuer un litre de vin pour deux hommes.

Le 19 août, la situation est la suivante (d'après Alombert et Colin) : Corps de Droite sous le commandement du Maréchal Davout; 1ère Division Bisson; 30e de Ligne (Colonel Valterre; Chefs de Bataillons Cazeaux et Gibassier) : 1800 hommes dont 1533 présents, stationnés à Ambleteuse; Dépôt à Aix La Chapelle : 311 présents et 15 hommes aux hôpitaux.

Jetant sur l'Autriche la Grande Armée, il souhaite combiner la marche de ses Corps d'armée de telle façon qu'il enferme dans Ulm la principale armée autrichienne, commandée par Mack, et la force à mettre bas les armes.

Le 27 août, le 30e de Ligne aligne un effectif de 1598 hommes au sein de la Brigade Epler (Nafziger 805HAH). Ce jour là, Denis Moreau est passé en revue par l'Empereur; il fait une courte manoeuvre; chaque homme brûle 15 cartouches; lorsque la manoeuvre est terminée, ordre est donné de quitter le camp d'Ambleteuse le 10 fructidor (28 août 1805).

Les troupes ont été organisées en Corps d'armée; les trois Divisions Bisson, Friant, Gudin, sous le commandement de Davout, forment le 3e Corps.

Le 30e, avec la Division Bisson, quitte le camp d'Ambleteuse le 29 août, nous dit la Notice historique, se dirigeant sur Manheim par Cassel, Lille, Namur, Luxembourg et Deux-Ponts.Selon Denis Moreau, le 10 fructidor (28 août 1805), il passe à Ardres et après avoir marché 7 lieues, couche au village de Nortkerque. Le 11 (29 août 1805), il passe à Watten, et après avoir marché 4 lieues, couche au village de Savedens (?). Le 12 (30 août 1805), marche de 4 lieues et arrivée à Cassel. Le 13 (31 août 1805), marche de 5 lieues; Denis Moreau arrive à Bailleul, et couche dans une ferme située à 1 lieue de là, avec 19 autres soldats. Le 14 (1er septembre 1805), après avoir marché 7 lieues, il arrive à Lille où il séjourne. Le 16 (3 septembre 1805), il marche 5 lieues et arrive à Tournai; il couche dans le faubourg Saint-Martin. Le 17 (4 septembre 1805), marche de 6 lieues; arrivée à Ath; Denis Moreau couche au village de Maffle, à 1/4 de lieue de la ville, à 8 dans une ferme. Le 18 (5 septembre 1805), marche de 4 lieues et arrivée à Mons. Le 19 (6 septembre 1805), marche de 4 lieues et arrivée à Binche; Denis Moreau couche au village de Le Val. Le 20 (7 septembre 1805), marche de 4 lieues; Denis Moreau passe à Fontaine l'Evêque et à Charleroi, et couche au village de Châtelineau. Le 21 (8 septembre 1805), marche de 7 lieues; Denis Moreau traverse la plaine de Fleurus, arrive à Namur et couche au village de Velaine à 1/4 de lieue de la ville. Il se remet en route le 23 (10 septembre 1805) et après avoir marché 6 lieues, il arrive à Ciney et couche au village de Masogne. Il en part le 24 (11 septembre 1805), marche 3 lieues, arrive à Marche en Famenne, et couche au village de On, 2 lieues plus loin. Le 25 (12 septembre 1805), marche de 4 lieues et arrivée à Saint Hubert; la colonne fait une halte d'une heure en sortant du bourg, puis se remet en route; Denis Moreau couche au village de Hatrival, à 1/4 de lieue de là. Le 26 (13 septembre 1805), Denis Moreau marche 4 lieues, arrive à Neufchâteau, et couche au village de Lescheret, à 2 lieues de là. Le 27 (14 septembre 1805), marche de 2 lieues; arrivée à Arlon; Denis Moreau couche au village de Hobscheid. Le lendemain, il marche 3 lieues, arrive à Luxembourg; Denis Moreau couche à Saice, village situé à 1/4 de lieue de la ville. Le 30 (17 septembre 1805), marche de 6 lieues et arrivée à Thionville; Denis Moreau couche à 1/4 de lieue de la ville au village de Basse Yutz. Le 1er jour complémentaire (18 septembre 1805), Denis Moreau marche 6 lieues, arrive à Bouzonville et couche au village de Alse à 1/2 lieue de la ville. Le 2 (19 septembre 1805), marche de 4 lieues; arrivée à Sarlibres (?); Denis Moreau couche à Fort Villeur (?) à 3/4 de lieue de la ville. Le 3 (20 septembre 1805), marche de 4 lieues et arrivée à Sarrebruck; Denis Moreau couche au village de Kaelinne à 1 lieue de la ville. Le 4 (21 septembre 1805), marche de 7 lieues et arrivée à Deux-Ponts; Denis Moreau couche au village de Petit Pont de Knepas (?) à 2 lieues de la ville et y séjourne. Le 1er vendémiaire an 14 (23 septembre 1805), marche de 5 lieues et arrivée à Langetoulle (?); Denis Moreau couche à 1 lieue de ce bourg dans le village de Schnaufel (?). Le 2 (24 septembre 1805), il se remet en route, marche 4 lieues et arrive à Kaiserslautern; il couche à 2 lieues de la ville au village de Enkenbach.

Le 25 septembre, le 3e Corps passe le Rhin à Manheim (le 30e présente à cette époque un effectif de 1570 hommes répartis en deux Bataillons). Ce jour là, Denis Moreau, après avoir marché 6 lieues, arrive à Dürkheim et couche à Wachenheim, à 1 lieue de la ville.

Le 26, le 3e Corps est en position à Manheim et à Heidelberg. Ce jour là, Denis Moreau arrive à Mannheim après 4 lieues de marche, et couche à Negrai Gros (?) à 1 lieue de la ville.

Le 27, le 3e Corps est à Heidelberg. Denis Moreau note avoir marché 4 lieues et être arrivé à Heidelberg; il bivouaque à 2 lieues de la ville dans le bourg de Negre Queminne (?).

Le 28, le 3e Corps est à Waldwimmersbach. Denis Moreau note avoir marché 5 lieues et bivouaqué près de Cliasteauce, village situé sur la route (?). Le 29, le 3e Corps est à Meckumkl (Möckmühl ?). Denis Moreau marche 3 lieues et bivouaque près de Mosbach. Ce jour là, un ordre du Colonel indique que les soldats qui souhaitent couper leurs cheveux peuvent le faire. Le 30, le 3e Corps est à Ingelfingen. Denis Moreau marche 1 lieue et bivouaque près d'une ferme et d'un bois.

Le 1er octobre, le 3e Corps est à Geislingen. Le 2, il est à Creilsheim. Denis Moreau note ce jour là avoir marché 6 lieues, être passé à Micmir (?), puis dans un bois de 2 lieues de long, et avoir bivouaqué près d'un petit village. Le 3, le 3e Corps est à Dunkelsbuhl. Denis Moreau marche 7 lieues. Le 4, le 3e Corps est à Elback. Denis Moreau, après avoir marché 8 lieues, bivouaque près d'un bois. Le 5, le 3e Corps est à Monheim où il fait séjour.

Le 14 vendémiaire (6 octobre 1805), Denis Moreau marche 5 lieues et bivouaque près du village de Monegle (?).

Le 7 octobre, le 3e Corps franchit le Danube à Neubourg, dont il surprend le pont, et pénètre en Bavière. Denis Moreau note à cette date avoir marché 8 lieues et bivouaqué dans un bois.

Le 8 à Inchenhessen. Denis Moreau note à cette date avoir marché 4 lieues; il passe à Donnever (?) et campe devant la porte de cette ville environ 6 heures, puis, à midi, passe le Danube et bivouaque dans un bois.

Le 9, chassant devant lui le Corps de Kinmayer, le 3e Corps prend position à Aichah, pour former l'arrière garde des masses qui s'accumulent autour de Ulm et en préparent l'investissement. Ce jour là, Denis Moreau marche 7 lieues, passe à Ecoo (?) que l'ennemi a évacué le matin, sous une pluie battante; il bivouaque près de la ville dans un bois de sapin.

Le 11, le 3e Corps se porte d'Aichach à Dachau : "dans cette position avantageuse, entre Augsbourg et Munich, Davout pouvait en trois ou quatre heures ou se reporter vers Augsbourg à Munich pour opposer avec Bernadotte et les Bavarois 60000 combattants aux Russes, ou se reporter vers Augsbourg pour seconder Napoléon dans ses opérations contre l'armée de Mack" (Thiers). Denis Moreau note à cette date avoir marché 5 lieues, et bivouaqué près de la ville (laquelle ?) dans un bois. Le 21 vendémiaire (13 octobre 1805), Denis Moreau marche 2 lieues et bivouaque dans un bois. Le lendemain, il marche 10 lieues, passe à Prouc (?), passe près d'un lac et bivouaque dans un bois.

Le 21 et le 22 octobre, le 3e Corps, revenant sur ses pas, se dirige sur le Leck. Denis Moreau note, à la date du 29 vendémiaire (21 octobre 1805), avoir marché 8 lieues. Il bivouaque sous des arbres, près d'un village situé à 2 lieues de Munich. Il a appris la capitulation des Autrichiens à Ulm et la capture de 100000 hommes, chiffre bien évidemment exagéré (en réalité, environ 25000).

 

- Passage de l'Inn

Le 23 octobre, la situation du 30e est la suivante : 3e Corps Davout, Division Bisson, Brigade Demont, 30e de Ligne : 59 Officier et 1513 hommes; 2 Officiers et 8 hommes détachés; 1 Officier et 104 hommes aux hôpitaux; 8 hommes en congé. Effectif total : 1695 hommes et 14 chevaux. Le 23 et le 24, reprenant sa marche en avant, le 3e Corps se porte sur l'Isar qu'il franchit à Fressingen où il séjourne le 24 et le 25.

Denis Moreau note à la date du 2 brumaire (24 octobre 1805) avoir marché 11 lieues; il passe près de Munich, et couche à Freising.

Le 26, le 3e Corps s'élance à la poursuite des Austro-russes. Ce jour là, Denis Moreau marche 13 lieues, passe à Erding, et bivouaque près d'un bourg, dans un bois de sapin. Un soldat de la 6e Compagnie a eu un grave accident : un sapin que l'on venait de couper lui est tombé dessus, et Denis Moreau écrit qu'on en espère que la mort.

Grande Armée - 26 octobre 1805 (Nafziger - 805JXA)
3e Corps : Davout
1ère Division Bisson
30e de Ligne, 2 Bataillons, 1570 hommes

Source : Archives françaises, Carton C2-470,480,481

L'Inn est franchi à Muhldorf, le 27, sous les boulets de Kinmayer. Les armées coalisées n'ont pas laissé subsister un seul pont, mais, partout, les soldats se jetant dans des barques, passent par gros détachements sous les balles et la mitraille et atteignent la rive opposée, la font évacuer et préparent le rétablissement des ponts que l'ennemi, dans la précipitation de se retraite, a rarement détruits en entier. Ce jour là, Denis Moreau marche 5 lieues et bivouaque dans un bois.

Le 30e a éprouvé quelques pertes au passage de l'Inn; plusieurs hommes ont été atteints par le feu de l'ennemi; d'autres se sont noyés; au moment d'aborder, le Sous-lieutenant Laforgue (Anselme Louis), entrainé par le courant, trouve la mort dans les flots.

"Pendant que l'Armée autrichienne était cernée dans Ulm, le régiment se trouvait en position près de Greyssenberg, sur le lac d'Hamersee, manquant absolument de vivres, bivouaquant par un temps de neige et de pluie qui aggravait encore ses privations. Malgré cela, durant les huit jours qu'il resta dans ce bivouac, le service le plus actif fut fait. Pas une plainte, pas le moindre murmure de la part du soldat ne se fit entendre.
Le pont de Müldorf, brûlé par l'ennemi dans sa fuite, arrêta la division sur la rive gauche de Lynn. Le passage de quelques nageurs sur la rive opposée, à la tête desquels était le lieutenant Beau, permit aux travailleurs occupés à la réparation du pont de tout mettre en ordre. Ces nageurs se mirent à la poursuite d'un poste autrichien qui faisait un feu continu sur tout ce qui se présentait au pont. Le sous-lieutenant Laforgue et trois soldats furent victimes du courageux dévouement qu'ils montrèrent en traversant le fleuve
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Denis Moreau note à la date du 6 brumaire (28 octobre 1805) avoir parcouru 5 lieues à marche forcée; il passe à Mühldorf; il faut traverser l'Inn, mais la rivière est rapide; on réclame des nageurs volontaires qui échouent ; plusieurs se noient. L'ennemi, ajoute Denis Moreau, a coupé le pont; il a fait une fusillade pui s'est retiré dans la nuit du 5 au 6 (27 au 28 octobre 1805) à minuit. Denis Moreau bivouaque dans un bois.

Les Austro-Russes battent en retraite sur Vienne. Le 3e Corps et la cavalerie de Murat les atteignent le 30, à Mersberg, et leur font 500 prisonniers.

Denis Moreau note à la date du 7 brumaire (29 octobre 1805) avoir marché 6 lieues; il arrive dans une ville située près de la Saale (mais ne la nomme pas, se contentant de préciser qu'il s'agit de la première ville des Etats autrichiens). L'ennemi ne fait aucune résistance. Denis Moreau franchit la Saale et marche sur Braunau. Au moment où l'on s'installe pour bivouaquer, arrive un ordre du Général : les hommes doivent charger leurs armes et se remettre en marche car l'ennemi attaque. Après avoir marché 1 lieue, on fait une courte pause, puis l'on se remet en route dans la soirée; Denis Moreau arrive à une lieue de Braunau et bivouaque dans la plaine. Le Colonel annonce alors que l'ennemi a évacué la ville, à l'exception de 3 Régiments, de 50 pièces de canon et de toutes les voitures qui ont servi à transporter les bagages des Russes. Le lendemain (8 brumaire - 30 octobre 1805), Denis Moreau marche 10 lieues sous la pluie et même la neige; il ne passe pas dans Braunau mais sur la droite de la ville; en chemin, les soldats font un grand nombre de prisonniers, l'ennemi ayant tenté quelque résistance sur une hauteur; enfin, ils arrivent sur une ville située près des hauteurs (peut être Haag) où ils couchent.

 

- Combat de Lambach

Le lendemain, le 3e Corps se porte sur la Traun; l'ennemi a pris position à Lambach, moins pour livrer bataille que pour se donner le temps de sauver ses bagages. L'arrière garde ennemie est en position à Lambach, où Koutousov s'est retranché derrière la Traun. Le premier contact de la campagne entre Français et Russes se déroule dans cette localité le 31 octobre. C'est l'avant-garde du 3ème corps de Davout qui essuie les premiers coups de feu de l'arrière-garde ennemie commandée par le Général autrichien Schustek. Après avoir résisté pendant près de cinq heures à toutes les attaques du Général Bisson, à la tête d'une Brigade de sa 1ère Division du 3ème Corps, la ligne d'infanterie russe est rompue par une charge impétueuse des Dragons et des Chasseurs ; Schustek a quelque peine à se retirer de l'autre côté de la Traun dont il coupe le pont derrière lui. L'Historique régimentaire du 30e indique que le Régiment ainsi que le 17e de Ligne ont chargé avec vigueur les Russes, et les ont forcé à la retraite, en leur enlevant 2 canons, 200 prisonniers et plusieurs chariots de farine. Napoléon cite effectivement le 30e et le 17e de Ligne à l'ordre de l'Armée dans le 16e Bulletin de la Grande Armée, mais pour les journées du 31 octobre et du 1er novembre :

Hausse col 30e de Ligne
Fig. 5 Hausse-col, doré, ornement central argenté (Collection privée)

"Ried, 2 novembre 1805
16e Bulletin de la Grande Armée.
Le prince Murat a continué sa marche en poursuivant l'ennemi l'épée dans les reins et est arrivé, le 9 (31 octobre), en avant de Lambach. Les  généraux autrichiens, voyant que leurs troupes ne pouvaient plus tenir, ont fait avancer huit bataillons russes pour protéger leur retraite. Le 17e régiment d'infanterie de ligne, le 1er de chasseurs et le 8e de dragons chargèrent les Russes avec impétuosité et, après une vive fusillade, les mirent en désordre et les menèrent jusqu'à Lambach. On a fait 500 prisonniers, parmi lesquels sont une centaine de Russes.
Le 10 (1er novembre), au matin, le prince Murat mande que le général Walther, avec sa division de cavalerie, a pris possession de Wels. La division de dragons du général Beaumont et la 1e division du corps d'armée du maréchal Davout, commandée par le général Bisson, ont pris position à Lambach. Le pont sur la Traun était coupé; le maréchal Davout y a fait substituer un pont de bateaux. L'ennemi a voulu défendre la rive gauche : le colonel Valterre, du 30e régiment, s'est jeté un des premiers dans un bateau et a passé la rivière. Le général Bisson, faisant ses dispositions de passage, a reçu une balle dans le bras.
Une autre division du corps du maréchal Davout est en avant de Lambach sur le chemin de Steyer. Le reste de son corps d'armée est sur les hauteurs de Lambach
".

De son côté, Denis Moreau indique que le 9 brumaire (31 octobre 1805), il s'est battu toute la journée; les tirailleurs et la cavalerie ont fait un grand nombre de prisonniers; quelques hommes ont été tués ou blessés; l'ennemi a abandonné des convois de farine sur la route, et beaucoup de chevaux ont été tués; après avoir marché 7 lieues, Denis Moreau bivouaque dans un village. Le 10 (1er novembre 1805), il se remet en route, passe à Lambach sur les bords de la Traun; Denis Moreau note que l'ennemi a coupé le pont permettant de franchir la rivière, et laissé une centaine d'hommes à la tête du pont pour couvrir sa retraite; ils sont capturés par 40 soldats qui franchissent la rivière sur une barque. Denis Moreau fait parti de ce groupe, à la tête duquel se trouve le Colonel Valterre. Denis Moreau raconte qu'à peine la rivière traversée, il se trouve de garde à la tête du pont pour le défendre, en cas de retour de l'ennemi. Dans la nuit, il marche 1/2 lieue.

Les Français ont donc bousculé leurs adversaires, fait près de 500 prisonniers dont une centaine de Russes et se sont emparés de plusieurs canons : «Au combat de Lambach, il s'est trouvé deux pièces de canon russes parmi celles qui ont été prises. Un général russe & un colonel de hussards autrichiens ont été tués» (17ème Bulletin de la Grande Armée - 3 novembre). A noter que les Colonels en question sont l'un le Colonel autrichien de Graff et l'autre le Colonel russe Golofkin.

Ce fait d'armes est également cité à l'Ordre du jour de l'Etat-major général daté de Schönbrunn le 14 novembre 1805 : « Sa Majesté témoigne sa satisfaction au 17e régiment de ligne & au 30e qui, au combat de Lambach, ont tenu tête à l'arrière-garde russe, l'ont entamée & lui ont fait 400 prisonniers».

"La passage de la Traunn (31 octobre) sous Lambach est un fait d'arme honorable pour le régiment. L'Empereur le jugea tel en le mettant à l'Ordre de l'Armée.
L'arrière-garde de la colonne autrichienne, battue en avant de Lambach, fut jetée sur la rive droite de la Traunn, elle en brûla le pont et se disposait à en disputer le passage lorsque le régiment se présenta sur la rive gauche.
L'ennemi avait détruit toutes les barques qui auraient pu servir pour le passage.
Un mauvais bateau, depuis longtemps abandonné sur la graive (sic), percé dans plusieurs endroits, fut l'unique embarcation qui se trouva pour s'opposer au courant rapide de la Traunn et gagner sa rive droite.
Alors l'industrie de chacun fut mise à contribution.
L'officier et le soldat se mirent à l'oeuvre. Le bateau fut radoubé, mis à flot et monté par ces hommes qui, malgré le feu de l'ennemi, traversèrent la Traunn.
Cette audace en imposa tellement aux Autrichiens qu'ils se retirèrent et laissèrent à point le passage libre.
L'on fit chercher les cordes des cloches de l'abbaye de Lambach, l'on fit une traille
(corde qui sert à guider un pont volant d'une rive à l'autre d'un fleuve et qui forme le rayon de l'arc tracé par le bateau) qui rendit le passage plus prompte et plus facile.
Les soixantes hommes déjà passés sur la rive droite poursuivirent si vivement les Autrichiens que 400 mirent bas les armes. Ce qui s'échappa ne songea plus qu'à la fuite, alors que les embarcations se firent sans danger (sic) et tout le régiment passa sans accident.
Le zèle et la célérité qu'il montra pour l'exécution de ce passage lui méritèrent les félicitations des généraux qui en furent témoins.
Le général de division Bisson fut atteint d'un coup de feu au bras en examinant l'ennemi à la tête de pont. Le régiment perdit en outre vingt-deux hommes tués et soixante-quatre blessés
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le Général Bisson, grièvement blessé à Lambach le 1er novembre, est remplacé dans le commandement de la 1ère Division par le Général Caffarelli (Caffarelli Dufalga Marie-François Auguste, Comte, né aux Falga (Haute-Garonne) le 7 octobre 1766, décédé à Leschelles le 23 janvier 1849), Aide de camp de l'Empereur. "La blessure que le général Bisson, commandant la 1e division du corps d'armée du maréchal Davout, a reçue au bras est assez sérieuse pour l'empêcher de servir tout le reste de la campagne; il n'y a cependant aucun danger. L'Empereur a donné au général Caffarelli le commandement de sa division" (17ème Bulletin de la Grande Armée - 3 novembre). Bisson ne reprendra du service actif qu'en 1807.

Jusqu'au 2 novembre, le 3e Corps séjourne à Lambach. Denis Moreau note à la date du 11 brumaire (2 novembre 1805) avoir marché 1 lieue; il bivouaque près d'un village où il y a une petite rivière, et l'enne mi n'a fait aucune résistance.

Le 3 et le 4, le 3e Corps marche sur Steyer. L'avant-garde de Davout arrive à Steyer le 4 novembre. Denis Moreau note à la date du 12 brumaire (3 novembre 1805) avoir marché 4 lieues; il bivouaque près d'un bois; il indique également qu'il a un nouveau Général de Division, en remplacement du Général Dubison (sic), blessé à Lambach. Le lendemain, Denis Moreau marche 6 lieues; il bivouaque près de Lambach; l'ennemi, note t'il, a fait un peu de résistance et coupé les ponts puis a évacué dans la nuit.

La Division Caffarelli se trouve, le 5 novembre, au combat de Steyer auquel elle assiste en réserve. Denis Moreau note que ce jour là, il a marché 1 lieue; il passe dans Lambach, criblée de balles et d'obus; au passage, toute la Division reçoit du vin; il bivouaque dans un bois.

Le 6, tout le 3e Corps se dirige sur Waldkossen et Saint Gaming, pour tourner la position de Saint Polten, et s'engage dans les chemins alors presque impraticables des Alpes de Styrie. Denis Moreau note ce jour là qu'il marche 6 lieues; il passe une rivière mais l'ennemi ne fait pas de résistance, et bivouaque dans un bois non loin de cette rivière.

Le 7 novembre, le 30e est détaché pour escorter le parc du Corps d'armée et aider au transport des pièces dans ces sentiers affreux. Le Général Mathieu Dumas, commandant l'artillerie, s'exprime ainsi au sujet de cette marche : "l'ardeur et la constance des soldats furent admirables dans ces marches de 12 et 15 lieues qui se prolongeaient bien avant dans la nuit; on les voyait au milieu des glaces, à travers les torrents s'exciter à l'envi, s'animer par des cris et des chants de guerre en travaillant à élargir des sentiers trop étroits pour l'artillerie". Denis Moreau note ce jour là avoir marché 7 lieues; il passe à Gaming, y fait halte; il est ensuite de corvée pour escorter le parc; il marche jusqu'à 10 heures du soir dans la montagne et bivouaque près d'une maison.

Le 8, la 1ère Division assiste, mais sans être engagée, au combat de Mariazell, où le Corps de Krefeld, presque entièrement détruit, nous abandonne 1000 prisonniers, 3 drapeaux, 15 pièces de canon et ses équipages. Denis Moreau note que ce jour là, il est parti à 4 heures du soir dans la montagne, a marché 3 lieues, et a couché dans une maison située dans un gros bourg.

Le 9, le 30e rejoint la 1ère Division. Denis Moreau note ce jour là qu'il a marché 7 lieues; lui et ses camarades sont relevés par les 4 dernières Compagnies du 1er Bataillon du Régiment (détail qui montre que ce n'est pas tout le 30e, mais une partie seulement, qui a été assignée à l'escorte du parc, contrairement à ce qui est indiqué dans la Notice Historique); Denis Moreau passe dans les montagnes; en chemin, il voit un camp de prisonniers Autrichiens, et sur la route tout leur convoi abandonné (au moins 8 pièces de canon, caissons de munitions); il y a également une grande quantité de tués sur la route; la traversé des montagnes ne se fait pas sans difficulté, et il faut parfois que les soldats tirent les canons avec des cordes pour les faire monter; enfin, Denis Moreau bivouaque avec 2 Régiments de prisonniers Autrichiens.

Du 9 au 15 novembre, le 3e Corps est porté sur Modling et de là sur Vienne (qui a ouvert ses portes le 13), où il fait son entrée à la suite des Corps de Lannes et de Murat. Denis Moreau note à la date du 19 brumaire (10 novembre 1805) qu'il traverse une ville située sur une hauteur, qui a été pillée; après avoir marché 7 lieues jusqu'à 7 heures du soir, il couche sans souper sur la route dans une ferme. Le 20 (11 novembre 1805), il marche 7 lieues afin de rejoindre le 30e qui est bivouaqué dans un village; il couche dans une grange. Le 21 (12 novembre 1805), marche de 8 lieues; Denis Moreau bivouaque dans un bois. Le 22 (13 novembre 1805), marche de 4 lieues; Denis Moreau quitte les montagnes et couche dans un village. Le 23 (14 novembre 1805), il marche 8 lieues, passe à Vienne et couche dans un village. Le 24 (15 novembre 1805), il part à 4 heures du soir, marche jusqu'à minuit et couche à Saint Horace (?), à 6 lieues de Vienne. Il y séjourne le lendemain.

Le 16, la Division Cafarelli est placée à trois lieues en avant de Vienne sur la route de Brünn. Le 17, elle est porté à Znaim où elle séjourne jusqu'au 25. Le 26 brumaire (17 novembre 1805), Denis Moreau marche 8 lieues et couche dans un village. Le 27 (18 novembre 1805), marche de 2 lieues; il couche dans un village. Le 28 (19 novembre 1805), Denis Moreau se met en route à 2 heures de l'après midi; il marche 8 lieues jusqu'à minuit; et couche dans un village situé sur une hauteur près de Znaim. Le 29 (20 novembre 1805), Denis Moreau marche de 10 heures du matin à 3 heures du matin, soit 11 lieues; il couche à Pohrlitz; la moitié du Régiment, note t'il, est restée en arrière, épuisée de fatigue. Le 30 (21 novembre 1805), Denis Moreau se rend à Ledce où il cantonne; les hommes sont logés à 15 par maison. A l'appel du 22 novembre, le 30e de Ligne comprend 1074 hommes (Gloire et Empire N°27 - Austerlitz).

Détachée trop loin du Maréchal Davout qui occupe Vienne et Presbourg, la Division Cafarelli passe momentanèment sous les ordres du Maréchal Lannes, commandant le 5e Corps, où elle remplace la Division Gazan, restée à Vienne.

L'ennemi quant à lui s'échappe vers la Moravie et se rallie sous Olmütz. Napoléon précipite la marche de ses Corps qu'il destine à le battre et, vers la fin de novembre, ayant réuni 65000 hommes autour de Brünn, il se porte en avant des Austro-Russes.

Le 26 novembre, la Division Cafarelli occupe Pohrlitz. Ce jour là, 5 frimaire, Denis Moreau note qu'il quitte le cantonnement de Ledce pour se rendre au village de Mieltschau, 3 lieues plus loin. Le 29 novembre, la Division Cafarelli se rend à Brünn. Denis Moreau note qu'on a battu la générale à 10 heures du soir; il est parti à minuit, a traversé Brünn, et après 7 lieues de marche, a campé dans une plaine proche de la route. Le 9 frimaire (30 novembre 1805, Denis Moreau marche 1 lieue et change de position.

Grande Armée, 6 brumaire an IXV - 29 novembre 1805 (Nafziger - 805KCH)
3e Corps : Davout
1ère Division Bisson
30e de Ligne, 2 Bataillons

Source : Alombert et Colin

Le 1er décembre, Napoléon trouve les Austro-Russes marchant eux-mêmes à sa rencontre à la hauteur d'Austerlitz. Ce jour là, Denis Moreau note qu'il est passé en revue par l'Empereur; après avoir marché 1/4 de lieue, il bivouaque; dans la soirée, les soldats illuminent le bivoauc avec des torches de paille en l'honneur de l'Empereur, qui est présent à cette illumination. Le 2 décembre, le 30e de Ligne présente un effectif de 1164 hommes répartis en deux Bataillons.

Ordre de Bataille français à Austerlitz - 2 décembre 1805 (Nafziger - 805LCI)
5e Corps : Lannes
2ème Division Cafarelli
Brigade Demont : 30e de Ligne, 1372 hommes

Sources : Alombert & Colin, "Campagne de 1805 en Allemagne", Paris, 1904
"Histoire des Campagnes de l'Empereur Napoléon en 1805-1806 et 1807-1809", Tome 1, Campagne de 1805, en Bavière et en Autriche; Paris, 1845

Ordre de Bataille français à Austerltiz - 2 décembre 1805 (Quintin - Austerlitz)
1ère Division d'Infanterie du 3e Corps détachée au 5e Corps
Général de Division Caffarelli
Brigade Demont : 30e de Ligne, 50 Officiers et 1024 hommes

Source : Situations de la Grande Armée conservées au SHAT à Vincennes sous la cote C2 606 (effectifs établis lors de l'appel du 22 novembre)

"Il y avait trois jours que les armées étaient en vue sur une ligne d'environ 2 lieues dans des positions avantageuses, formant de part et d'autre un amphithéâtre.
Celle que nous occupions le 1er décembre, veille de la bataille (d'Austerlitz), mérite d'être plus particulièrement connue, par la scène aussi extraordinaire qu'agréable qui s'y passa.
Vers les 9 heures du soir, l'on entend des cris de joie, venant de la droite, qui mirent tous les bivouacs sur pied. Bientôt l'on apprit avec certitude les motifs de cette allégresse.
L'Empereur, à pied, accompagné du prince Berthier et de deux ou trois officiers généraux, visitait la ligne. Des soldats pour éclairer sa marche s'avisèrent d'éclairer (sic) des poignées de paille et de les agiter en criant "Vive l'Empereur !".
En un instant, ils furent imités de toute l'armée et l'illumination devint générale.
Cette scène est aussi difficile à peindre qu'à décrire, il faut en avoir été témoin pour s'en faire une juste idée : cent mille hommes, campés sur une ligne de deux lieues, portant chacun dans leurs mains des torches de paille et les renouvelant aux dépens de leur bivouac étaient brûlées.
Il faut en outre, se représenter que cela se passait à portée de canon d'une armée plus nombreuse que celle qui se préparait ainsi à combattre. L'art rendra difficilement un pareil tableau, il faut l'avoir vu dans son naturel pour croire à sa réalité
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

 

- Bataille d'Austerlitz
(Inscrite sur le drapeau du Régiment)

L'armée alliée est forte de 95000 hommes. Bien que les Empereurs de Russie et d'Autriche en suivent les mouvements, c'est Kutusoff qui la commande. Napoléon établit la sienne en arrière du Goldbach, à cheval sur la route de Brünn à Olmütz. Feignant une attitude défensive, il abandonne aux alliés les magnifiques hauteurs de Pratzen, qui semblent commander son front, cela dans le but de leur imposer l'idée de le tourner par sa droite et de lui enlever la route de Vienne. Il calcule que pour exécuter cette manoeuvre séduisante, ils seront forcés de s'étendre vers leur gauche, et par suite, de dégarnir les hauteurs de Pratzen, qu'il pourra alors facilement reconquérir ces dernières, et couper par là même leur armée en deux.

 

Sergent de Grenadiers 30e Demi-brigade
Fig. 7 Plaque de shako, modèle 1806

Dans l'après-midi, il les voit en effet se déployer sur le plateau de Pratzen; puis masser des forces considérables du côté où il désire les voir prononcer leur action. Il ne doute plus qu'ils ne soient déjà engagés dans le piège qu'il leur a tendu. C'est alors qu'il dicte une proclamation célèbre qui, lue le soir aux troupes, répand dans les rangs un enthousiasme indescriptible. "L'ennemi va marcher pour tourner notre droite, dit-il, mais il nous présentera le flanc"; et chaque soldat voit un gage assuré de la victoire dans cette parole inspirée d'un chef qui semble connaître tous les secrets de l'ennemi, et commander en quelque sorte aux deux armée. Une illumination improvisée, à l'aide de mllliers de perches surmontées de bottes de paille, éclaire les bivouacs pendant plusieurs heures, témoignant de l'allégresse des troupes à l'approche de la bataille annoncée pour le lendemain.

Comme conséquence de son plan, Napoléon dégarnit sa droite. Il n'y laisse qu'une Division et un Corps de cavalerie à Davout, qu'il charge de contenir l'ennemi, tout en lui laissant gagner du terrain peu à peu. Se resserrant sur son centre, il donne à Soult la mission de s'élancer avec ses trois Divisions sur le plateau de Pratzen, dès que les masses ennemies en seront descendues pour forcer notre droite. Et, pour rendre irrésistible ce mouvement d'où dépend la victoire, il masse derrière Soult, et prête à s'élancer sur ses traces, une réserve de 25000 hommes : le Corps de Bernadotte, les Grenadiers, Oudinot et la Garde. Murat est en outre chargé de l'appuyer du côté de la route d'Olmütz. Enfin, Napoléon établit fortement sa gauche, commandée par l'intrépide Maréchal Lannes (dont le Corps ne comprends que les Divisions Suchet et Cafarelli), entre cette route et les montagnes de Bosenitz, en lui donnant pour point d'appui le mamelon du Santon. En prévision de la bataille, on travaille depuis quelques jours à couvrir le Santon de retranchements et d'artillerie. La garde en est confiée au Général Claparède et au 17e Léger, qui jurent de le défendre jusqu'a la mort. La Division Suchet est placée à gauche, s'appuyant au mamelon du Santon, fortement armé, et au village de Bosenitz; la Division Caffarelli est établie à droite, avant du Golbach, sur deux lignes, la droite au village de Girzikowitz, la gauche à la route d'Olmütz; le 30e est sur la première ligne. La Division Suchet doit lutter contre toute l'Infanterie de Bagration; la Division Caffarelli contre les 82 Escadrons austro-russes du Prince Jean de Lichtenstein; aussi, l'Empereur a t'il donné au Maréchal Lannes toute la cavalerie de Murat, pour le seconder. Cette cavalerie est répartie de la manière suivante : la cavalerie légère et les Dragons (?), sous Kellermann, en avant de la 1ère ligne de la Division Caffarelli; la grosse cavalerie, sous d'Hautpoul et Nansouty, en réserve derrière la seconde ligne.

Fusiliers 30e de Ligne 1806 Fusilier 1807 30e de Ligne
Fig. 8 Fusiliers en 1806, d'après H. Boisselier pour Bucquoy
Fig. 8a Fusilier en 1807 d'après R. North (source : R. d. v. Neste, d'après Bucquoy)

Les opérations exécutées dans cette journée, par les troupes sous le commandement du Maréchal Lannes forment comme une bataille à part dans cette grande bataille; les décrire dans leur ensemble dépasserait les bornes du présent historique. Nous nous bornerons donc à en donner les grandes lignes, appuyées notamment par un extrait du "Journal de marche de la 1ère Division du 3ème Corps" et diverses autres sources.

Le 2 décembre, à la pointe du jour, la fusillade qui éclate sur notre droite confirme Napoléon dans ses calculs : les masses ennemies quittent les hauteurs et dirigent leur action sur sa droite. Il leur donne le temps d'accentuer assez leur mouvement pour qu'il soit irrémédiable; et vers 9 heures, au signal donné, Soult lance ses trois Divisions. En 20 minutes, les têtes de colonne atteignent le bord du plateau de Pratzen et s'y déploient. Kutusoff est terrifié à la vue de nos troupes, déjà maitresses de positions qu'il considère comme un rempart assuré pour son front. Il a le pressentiment du désastre qui attend son armée. En vain il veut resserrer sa ligne, pour fermer la trouée ouverte sur son centre. Mais, d'une part, les masses qui forment sa gauche se sont laissées attirer par le succès passager que nous leur avons ménagé, et elles échappent désormais à son action; d'autre part son aile droite, vaillamment commandée par Bagration, après avoir épuisé en vain tous ses etforts contre la solide infanterie de Lannes, se voit, le moment venu, assaillie à son tour par elle et par les terribles escadrons de Murat. Biaziowitz, Kruch, Holubitz, qni couvrent de ce coté les abords des hauteurs de Pratzen, sont successivement emportés par la Division Caffarelli. Le 30e se distingue au milieu de ces vaillants Régiments, qui ramassent autour de ces villages 2000 prisonniers et 8 pièces de canon et détruisent un Corps de cavalerie, qui a tenté d'affronter le feu de leurs redoutables carrés.

"Les succès importants que la cavalerie du prince Murat et l'infanterie du maréchal Lannes avaient obtenus à la gauche avaient permis d'en détacher la division Caffarelli. On reçut l'ordre de se rapprocher du centre où l'ennemi avait porté ses réserves et ses troupes d'élites, en faisant un changement de front, l'aile gauche en avant, et d'occuper les hauteurs de Krub, et d'Hollubitz avec deux bataillons des 17e et 30e de ligne. Les deux bataillons font 1 500 prisonniers dans ce mouvement, et s'emparent de six pièces de canon qu'ils tirent à l'instant même contre l'ennemi aux cris de «Vive l'Empereur»" (Relation de la bataille d'Austerlitz par le Maréchal Berthier).

Il n'est pas midi, et déjà Kutusoff se voit forcé d'appeler ses dernières réserves. Mais déjà Bernadotte, Oudinot, Napoléon et sa garde sont maîtres des hauteurs. La Garde russe est culbutée. Une partie de nos masses, se rabattant alors à droite, tombe sur les derrières de cette moitiée de l'armée russe, qui s'est aventurée sur le Goldbach dans l'espoir de nous couper de Vienne. Ces malheureuses troupes, se voyant prises entre deux feux, n'ont plus d'autre chemin que des étangs glacés, où des milliers de leurs hommes périssent engloutis. L'armée alliée, en pleine déroute, abandonne sur le champ de bataille 20000 prisonniers et 280 bouches à feu. Le surlendemain, elle est cernée, et obtient un armsitice qui aboutit au traité de Presbourg.

"La droite de la 1ère Division était liée au corps du Maréchal Bernadotte et la gauche à la Division Suchet du 5ème Corps d'armée. Elle formait deux lignes dant la première était composée du 13ème d'Infanterie légère et du 17ème et du 30ème de Ligne; la 2ème ligne était composée du 51ème et du 61ème. Les deux lignes étaient séparées par un espace de 200 pas; la première en bataille, la deuxième en colonnes serrées par bataillon.
A 9 heures, la cavalerie russe et autrichienne chargeant sur quelque cavalerie française (c'était la cavalerie légère de Kellermann qui, ne se sentant pas en force pour résister aux hulans du Grand Duc Constantin, se repliait derrière la seconde ligne) laquelle se réfugia dans les intervalles de l'Infanterie vint donner contre la première ligne qui la reçut par un feu de mousqueterie à bout portant; une partie de cette cavalerie est détruite, le reste prend la fuite. Quelques pelotons avaient pénétré derrière la première ligne; on ordonna au 3ème rang de faire demi-tour à droite et on fit feu en avant et en arrière; l'ennemi après cette bonne réception ne fut plus tenté de recommencer.
La Division fut exposée jusqu'à onze heures à un feu d'artillerie de 22 pièces qui lui causa des pertes, son artillerie était placée sur la gauche de la première ligne, son feu était bien inférieur à celui de l'ennemi et, d'ailleurs, elle avait perdu du monde par la charge de la cavalerie russe.
A onze heures, on fit l'attaque du village de Blazowitz dans lequel l'ennemi était en force et duquel il débouchait pour tâcher de tourner la Division. Voulant prévenir cette manoeuvre, un bataillon du 13ème fut à sa rencontre et fut bientôt suivi par le reste du Régiment et par le 51ème. On marcha en deux colonnes serrées qui se portèrent sur la droite et sur la gauche du village, on s'en empara après un combat assez vif, à la suite duquel le 51ème fit 400 prisonniers autrichiens; le Colonel du 13ème fut tué à cette attaque(Colonel Castex). Toute la Division marcha ensuite en avant et arriva sur une seule ligne de bataille à un quart de lieue en avant de la maison de poste qui est située à l'embranchement des routes d'Olmütz et d'Austerlitz
". (C'est dans cette maison que le soir de la bataille, l'Empereur établit son quartier général).

"Le 2 décembre à 7 heures du matin, le régiment quitta ses bivouacs.
La 1ere division, sous les ordres du général Caffarelli, 1er aide de camp de l'Empereur, forma l'extrême gauche de l'armée.
Par les dispositions d'attaque, la brigade fit l'avant-garde sous les ordres du général Demont
(Joseph Laurent (comte), né à Sarretrouville le 29 septembre 1747 (fils d'un Suisse de la garde du roi), décédé à Paris le 8 mai 1826), elle débuta en déployant ses colonnes d'attaque pour repousser une charge de cavalerie qui paya cher la témérité de son entreprise. Elle aurait dû pousser plus loin en essayant d'enfoncer nos rangs, mais elle ne fit que passer en chargeant quelques-uns de nos hussards qui se jetèrent derrière nos lignesen passant dans les intervalles des régiments et des bataillons. Ils laissèrent par cette manoeuvre la cavalerie russe exposée à tout notre feu qui en tua beaucoup et mi tellement la confusion dans ses rangs qu'elle ne savait où fuir pour éviter nos coups. La plaine était couverte de chevaux que les blessés avaient abandonnés.
Après cette première attaque, une colonne d'élite composée d'environ 3.000 grenadiers (russes), débarassés de leurs bagages, se présente devant le front du régiment.
Cette troupe n'en imposa ni par le nombre, ni par l'audace qu'elle montra en nous attaquant.
Elle fut reçue comme la cavalerie. Plusieurs fois elle chercha à déborder notre gauche où constamment elle fut repoussée.
Le mauvais succès de ces charges redoublait ses efforts et augmentait son opiniâtreté, moins pour nous enfoncer que pour emporter la position du Santon.
Le "Santon" est un mamelon naturel qui domine la plaine. Au sommet il y a une chapelle. Cette position avantageuse, garnie d'artillerie, était gardée par le 17e régiment d'infanterie légère.
De ce point, l'on distinguait le mouvement de deux armées.
La ferme résistance qu'elle rencontra l'empêcha de s'assurer de la position.
A son tour elle ne soutint pas aussi courageusement notre attaque; dès la première charge, elle fut rompue sans qu'il lui fut possible de se remettre en ligne.
Alors, la colonne ennemie fut vivement poursuivie et forma une masse de laquelle partaient quelques coups de feu.
D'après ce mouvement, elle se disposait à nous recevoir, mais à l'instant, un feu bien dirigé lui fit abandonner cette attitude défenseive pour prendre de nouveau la fuite.
Deux fois nous répétâmes cette manoeuvre à bout portant.
Fatiguée de ce jeu meurtrier, elle se mit en déroute. Le régiment la poursuivit alors et fit un grand nombre de prisonniers à la course (sic). Elle abandonna son artillerie, onze pièces toutes attelées tombèrent en notre pouvoir dont plusieurs furent prises de force.
Pendant que nous étions occupés à ramasser cette artillerie, à en culbuter les conducteurs, le reste de la colonne se rallia, mais toujours en groupe, près d'un chemin creux de la profondeur d'environ 15 à 20 pieds dont les deux bors étaient tellement au niveau de la plaine qu'à trente pas l'on ne pouvait distinguer s'il existait un chemin.
Jugeant cette position favorable, elle s'y arrêta.
Alors, les 5e et 9e régiments de Cuirassiers exécutèrent une charge qui dispersa cette masse, mais la proximité du chemin creux où cette infanterie se jeta, la garantit des coups de sabre de la cavalerie sans la sauver de nos baïonnettes.
Le régiment y arriva aussitôt et la mêlée devint générale.
Il trouve les Russes couchés à plat ventre, faisant feu à droite et à gauche sur les cuirassiers qui n'avaient pu descendre dans le chemin.
L'arrivée de l'infanterie, qu'ils ne croyaient pas si près, déconcerta leur résistance. L'on tomba sur eux à coups de baïonnette, à coups de crosse...; tout ce qui servait à frapper était une bonne arme offensive. Plusieurs officiers prirent des sabres qui, pour le moment étaient préférables aux épées.
Le carnage fut terrible.
Les soldats ne voulaient rien entendre aux cris de ceux qui demandaient quartier, vu qu'auparavant beaucoup de Russes avaient jeté leurs armes et contre-faisaient (sic) les morts, couchés à côté de leurs fusils qu'ils reprennaient lorsqu'on les avait dépassés et faisaient feu sur celui qui, un instant avant, venait de lui faire grâce de sa vie.
Enfin, la première fureur passée, l'hunamanité reprit ses droits. Les prisonniers furent mis en sûreté. Par précaution, l'on cassa leurs armes, ce qu'ils exécutaient joyeusement eux-mêmes.
Le régiment poursuivit sa marche.
A une distance peu éloignée, il trouva le butin de la colonne qu'il venait de détruire.
Les sacs soigneusement entassés prouvaient l'espoir qu'ils avaient de les reprendre.
Les soldats en fouillèrent plusieurs qu'ils trouvèrent garnis de mauvais effets desquels ils ne voulurent point s'embarrasser.
Il fut ensuite se mettre en bataille, à peu de distance, sur la route de Brünn à Olmütz
(orthographié "Osmutr" dans le document original).
Il arriva à cette position vers les deux heures. Quatre compagnies du 1er bataillon et quatre compagnies du 17e régiment
(Brigade Debilly) s'en étaient emparées pendant que nous exécutions notre dernière charge.
L'on resta en bataille jusqu'à la nuit. Sept bouches à feu jouèrent continuellement sur notre ligne, moins pour fair edu mal à l'ennemi que pour protéger la retraite des troupes qui, sur ce point, avaient été défaites à la bataille.
A la nuit, le régiment reçut l'ordre de se placer à cheval sur la grand-route.
Le prince Murat et le maréchal Lannes établirent leur Quartier Général au poste qui se trouvait au centre des bivouacs du régiment qui leur fournit une garde de grenadiers. Leurs Excellences étaient au comble de la satisfaction en parlant de la belle conduite du régiment. Les expressions leur manquaient pour lui témoigner combien il avait acquis des droits à leur estime par la manière dont il s'était battu à cette mémorable journée. Le maréchal Lannes dit particulièrement qu'il avait fixé la victoire sur ce point, qu'il était flatté de l'avoir sous ses ordres et qu'à jamais il aurait cette action dans son souvenir.
Parmi les prisonniers de marque, deux soldats du régiment trouvèrent sur le champ de bataile le prince Galitzin
(Dimitri Vladimirovitch, prince sérénissime, général russe, 1771-1844), démonté, et le conduisirent à Brünn, sans savoir qui ce pouvait être.
Le général Pannetier
(Claude Marie Joseph, comte de Valdotte, né à Pont de Vaux le 28 novembre 1769, y est décédé le 3 septembre 1843), gouverneur de la ville, leur donna un reçu désignant la qualité du prisonnier" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

La bataille d'Austerlitz a été appelée par les soldats la bataille des Trois-Empereur. Napoléon a dit qu'il "n'en avait livré aucune autre où la victoire ait été aussi prononcée et les destins si peu balancés". Aussi exprima t'il sa satisfaction aux troupes dans l'une de ses plus chaleureuses proclamations : "Vous avez, dit il, couvert vos aigles d'une gloire immortelle. Rentrés dans vos foyers, il vous suffira de dire : J'étais à Austerlitz, pour qu'on vous réponde aussitôt : voilà un brave".

Sergent de Grenadiers 30e Demi-brigade
Fig. 9 Tambour major d'après H. Knötel

Dans cette journée, le 30ème a eu un grand nombre de tués et de blessés, parmi lesquels nous relevons les quelques noms suivants :
- Plaige (Jean Baptiste) Capitaine, coup de feu à la tête.
- Billotte (Denis Ambroise), Capitaine de 3ème classe, tué.
- Blanchemain (Colomban), Capitaine de 3ème classe, tué.
- Richard (François Maurice), Chef de Bataillon, coup de mitraille à la figure.
- Cauvet (Louis Joseph), Lieutenant, coup de feu à la jambe gauche.
- Pansin (Pierre), Lieutenant, atteint d'un coup de boulet.
- Joubert (Guillaume), Lieutenant, blessé.
- Richard (François), Sous lieutenant, coup de feu à la figure.
- Morais (Stanislas Eloi), Sous lieutenant, coup de feu à la tête.
- Blain (Raymond), Sous lieutenant, blessé.
- Duval (Nicolas), Sous lieutenant, coup de feu au bras droit.
- Ledieu (Louis), Adjudant, atteint d'un coup de feu.
- Charbonnier (Germain), Caporal, coup de feu à la tête et à la cuisse.
- Delage, Caporal, atteint d'un coup de feu.
- Bourgeois (Jean), soldat, coup de feu à la main et à la jambe.
- Laurent (Pierre), soldat, coup de feu à la jambe droite.

Le docteur Charlier (Charles Marie), Chirurgien major au Régiment, est atteint par un boulet alors que, sur le champ de bataille, il donne ses soins à un soldat blessé. Le certificat d'origine de blessure du docteur est libellé d'une façon assez originale : "A reçu une forte contusion à la tête d'un boulet qui a enlevé son chapeau dans l'exercice de ses fonctions. Heureusement que ce boulet a été assez aimable pour n'enlever que le chapeau; Esculape protégeait le docteur".

Selon Martinien, le 30e a eu les pertes suivantes : Capitaine Blanchemain, blessé et mort le 10; Capitaine Billotte, blessé et mort le 5; sont blessés le Chef de Bataillon Richard, le Chirurgien major Charlier, les Capitaines Joubert, Plaige, Villermoz, les Lieutenants Morgat, Cauvet, Jund, Pansin, Berthier, Lacombe, Rochet, les Sous lieutenants Blain, Kerveiller, Ledieu, Morais, Richard.

"Cette mémorable journée coûta la vie à plusieurs braves dont le capitaine Billotte, commandant les grenadiers du 1er bataillon, atteint d'un coup mortel. Des grenadiers s'empressèrent autour de lui et le placèrent sur deux fusils en forme de brancard pour le transporter.
Le capitaine les examine.
La douleur, les approches de la mort ne l'empêchèrent point de leur rappeler les ordres de l'Empereur :
"Grenadiers, dit il, je vous remercie. Retournez à vos postes. Il es plus honorable pour vous de combattre que de donner des secours, laissez ces soins à d'autres".
Les grenadiers partirent.
Peu d'instants après, il rendit le dernier soupir.
Le régiment perdit en outre le capitaine Blanchemain, 82 sous officiers et soldats tués et 437 blessés de tous grades
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Selon les travaux de D. et B. Quintin, le 30e a eu à Austerlitz 2 Officiers tués, 28 Sous-officier et hommes de troupe tués, et 15 Sous-officiers et hommes de troupe mortellement blessés, soit au total 45 décédés dont 15 le jour même de la bataille.

Tableau des cas incertains de tués au 4e de Ligne d'après les travaux de D. et B. Quintin - Austerlitz

Morts de blessures après Austerlitz, ne figurant pas au contrôle de l'unité
Rayés des contrôles et présumés morts de leurs blessures à Austerlitz
Rayés des contrôles sans nouvelle après blessuree à Austerlitz
Morts des suites de blessures après le 02/12/1805 sans autres précisions
23
38

Denis Moreau note que ce jour là, il marche 2 lieues, et livre bataille avec les Russes; à midi, il est blessé au dessus de la cheville gauche. Sa Compagnie est détachée pour être de garde à la barbe de l'ennemi, près d'un village; il pleut presque toute la nuit.

"Le 3 décembre (1805), le régiment se mit en marche vers sept heures du matin et se dirigea sur Wichau, sur la route d'Olmütz.
Tout annonçait la déroute de la veille. Les armes, les bagages que l'ennemi abandonnait à chaque pas attestaient de son embarras et de la rapidité de sa fuite.
Le régiment arriva peu avant la nuit dans un village qu'on lui assigna pour son cantonnement, sur la gauche et à une demi-heure de marche de Wichau. Il y resta jusqu'au 4
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 12 frimaire (3 décembre 1805), Denis Moreau marche 4 lieues et couche dans un village à moitié brûlé. Le lendemain, il marche 8 lieues; après avoir changé de village, Denis Moreau se met en route à 4 heures du soir pour être en garnison à Brünn; il marche jusqu'à 1 heure du matin.

"L'ordre de départ pour Brünn arriva vers 4 h. du soir.
Le général de division Caffarelli voulant reconnaitre la brillante conduite du régiment à la bataille d'Austerlitz, et en attendant de lui témoigner sa satisfaction en le recommandant à la bienveillance de l'Empereur afin d'obtenir des récompenses, lui désigna la capitale du pays pour y cantonner.
Dans son espérance, il arriva à Brünn à 11 h. du soir, mais de suite il lui fut annoncé qu'il devait conduire une colonne de prisonniers à Vienne.
Ce départ précipité, la maladie grave du général Caffarelli, la blessure du général Demont, firent perdre au régiment l'honneur et l'avantage d'une recommandation particulière.
Le régiment fut frustré au point que les Corps qui n'avaient pas eu l'occasion de combattre furent traités aussi favorablement, lorsque Sa Majesté accorda les récompenses par suite de cette journée" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Effectivement, le Major général a donné, le 4 décembre, des instructions au Général Andréossy, chargé des dispositions relatives au départ pour la France des prisonniers russes faits à Austerlitz «Les jours où les colonnes de prisonniers traverseront Vienne, les troupes seront sous les armes et on en fera une espèce de fête, sans que, sous aucun prétexte, les colonnes de prisonniers russes puissent s'arrêter un instant dans les faubourgs et dans la ville de Vienne». Le lendemain, Mortier transmet dans ces termes à Gazan les instructions qu'il vient de recevoir d'Andréossy :
«Un courrier, que vient de m'expédier le général Andréossy d'après les ordres du ministre de la Guerre, Monsieur le Général, m'annonce qu'il doit être parti aujourd'hui 14 courant (frimaire), de Brünn, une colonne de 6.000 prisonniers russes sous l'escorte du 1er bataillon du 30e régiment d'infanterie de ligne; que demain une seconde colonne de prisonniers russes d'égale force partira du même endroit sous l'escorte du 2e bataillon du même régiment; que, le 16, il partira peut-être un reste de prisonniers, mais qu'il m'informera de ce qui devra se mettre en route ce jour-là.
Le 30e régiment de ligne n'ira que jusqu'à Vienne; il s'y reposera un jour et retournera joindre sa division.
A une lieue en avant de Vienne, sur la route de Brünn par Stamersdorf, le 1er bataillon du ler régiment d'infanterie légère relèvera le 1er bataillon du 30e régiment d'infanterie de ligne. Le 2e bataillon du 1er régiment d'infanterie légère relèvera également le lendemain, à une lieue de Vienne, le 2e bataillon du 30e d'infanterie de ligne
» (Le maréchal Mortier, duc de Trévise. T. 3).

Denis Moreau note, à la date du 14 frimaire (5 décembre 1805) qu'il marche 5 lieues; il part de Brünn avec une colonne de 3500 prisonniers Russes, passe à Pohrlitz et couche dans un village. Le 15 (6 décembre 1805), il marche 9 lieues; il passe à Nikolsburg et couche à Poysdorf. Le 16 (7 décembre 1805), il marche 7 lieues et couche à Bogenneusiedl.

Situation du 5e Corps - 7 décembre 1805 (Nafziger - 805LXA)
Commandant : Lannes
2ème Division Cafarelli
Brigade Demont : 30e de Ligne, détaché

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

Le 17 (8 décembre 1805), Denis Moreau marche 3 lieues et couche à Hennersdorf. Le 18 (8 décembre 1805), marche de 4 lieues; Denis Moreau passe dans Vienne avec les prisonniers qui sont conduits à une portée de fusil de la ville; ceux-ci sont remis à la 4e Légère (sic); puis il fait demi-tour et couche au faubourg Landstrasse. Le 21 (12 décembre 1805), il marche 4 lieues et couche à Ebersdorf. Le 22 (13 décembre 1805), marche de 4 lieues et arrivée à Gnadendorf.

Situation du 3e Corps - à compter du 13 décembre 1805 (Nafziger - 805LXC)
Commandant : Davout
1ère Division
30e de Ligne, 60 Officiers, 1510 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

Le 23 (14 décembre 1805), Denis Moreau marche de 8 lieues; il passe à Poysdorf, et couche à Herrnbaumgarten. Le 24 (15 décembre 1805), Denis Moreau marche 8 lieues et couche à Grusbach. Le 25 (16 décembre 1805), marche de 6 lieues et arrivée à Töstitz. Le 26 (17 décembre 1805), Denis Moreau marche 2 lieues et arrive à l'hôpital de Znaim.

Quelques jours après la bataille d'Austerlitz, la Division Cafarelli est portée à Znaïm où elle reste jusqu'au 4 janvier.

"Après avoir séjourné à Vienne, le régiment reçut ses instructions pour le cantonnement définitif. Il cantonna dans les environs de Znaïm (orthographié "Znayn" dans le document original) et de l'Em (peut être la rivière l'Emms) à Durchlar" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 30 frimaire an XIV (21 décembre 1805), un Décret de l'Empereur rendu au Palais de Schoenbrunn, stipule : "Le sieur Dodo-Desmaretz, capitaine au 55e régiment d'infanterie de ligne, est nommé chef de bataillon au 30e de même arme" (Précis historique et militaire de la Grande Armée, Paris, 1806).

Situation du 5e Corps - à compter du 22 décembre 1805 (Nafziger - 805LXC)
Commandant : Lannes
Division Cafarelli
30e de Ligne, 44 Officiers, 1204 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

Le 5 nivôse (26 décembre 1805), Denis Moreau marche 6 lieues et couche à Gunterdorf. Ce jour là est signées la paix de Presbourg qui coûte à l'Autriche de nombreuses provinces, 4 millions d'habitants et un matériel immense. Rien qu'à Vienne, on trouve 100000 fusils, et 2000 pièces de canon. Du bronze pris sur l'ennemi pendant la campagne, Napoléon fait construire à Paris, sur la place Vendôme, la colonne de la Grande Armée. L'un des héros d'Austerlitz, le Général Morand, le chef de la première des Brigades qui prirent pied sur le plateau de Pratzen, est nommé Général de Division en remplacement du Général Caffarelli, appelé à l'Etat-major de l'armée.

Le 6 nivôse (27 décembre 1805), Denis Moreau marche 8 lieues et couche à Stockerau. Le 7 (28 décembre 1805), il passe à Sierndorf et après une marche de 5 lieues, couche à Tresdorf. Le 8 (29 décembre 1805), il marche 2 lieues, arrive à Vienne, et entre à l'hôpital de la fonderie (sa blessure exigeant sans doute des soins); la paix a été affichée dans la ville; et l'Empereur, dit Denis Moreau, est parti pour Paris.

Situation du 5e Corps - 1er janvier 1806 (Nafziger - 806AXA)
Commandant : Mortier
Division Cafarelli
30e de Ligne, 41 Officiers, 1114 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 470, 481, 482

A la paix, les trois Divisions du Corps de Davout sont ramenées sous Mayence (Historique abrégé).

"Le 4 janvier 1806, l'évacuation de la Moravie commença.
Le régiment quitta ses cantonnements le même jour et vint dans la Haute Autriche en remontant le Danube par sa rive gauche jusqu'à Kerme où il traversa ce fleuve et fut prendre des cantonnements définitifs près de Lambach, sur les bords de la Traunn.
L'état major s'établit à Thalhan" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige)
.

Dans son journal, Denis Moreau indique qu'il quitte Vienne le 5 janvier (à partir de cette date, il n'utilise plus le calendrier révolutionnaire); il marche 9 lieues et couche à l'hôpital situé au village de Pixdorf (?). Le lendemain, il évacue et se rend à 9 lieues de là et couche à Saint Paul (Pölten). Le 7 janvier, après une marche de 7 lieues, il couche dans un gros couvent près d'un village; dans la nuit, il est pris de fièvre. Le 8, il se rend 10 lieues plus loin dans un petit village qu'il évacue le 9 pour se rendre à Enns (4 lieues); à cet hôpital, la fièvre le dévore, et il doit prendre un vomitif qui le soulage. Il évacue l'hôpital d'Enns le 17 janvier, et couche 5 lieues plus loin à Saint Terre (?). Le 18, il se rend à Lombacque (?) à 4 lieues de là.

Du 19 janvier au 20 février, la Division Cafarelli est dans les environs de Lamback. Le 19 janvier, Denis Moreau, qui apparemment est toujurs à l'hôpital, part de Longbac (?), marche 9 lieues et couche dans une petite ville. Le 20, il marche 9 lieues et couche à Braunau. Le 21, il marche 8 lieues sous la pluie et arrive à minuit pour dormir dans la première ville de Bavière, qu'il appelle Epinal (?). Le 23, il se remet en route, marche 4 lieues et couche dans une ferme. Le 24, il marche 7 lieues; il arrive à Pivoye (?), y reste 1 heure pour manger une portion de mauvais pain et boire un peu de bouillon; puis il se remet en route et arrive à Landshut où il loge chez un bourgeois de la ville. Le 25 janvier, il évacue à Freising, à 9 lieues de là. Le 27, il évacue, marche 7 lieues, et couche à Dachau. Le 28, nouvelle évacuation dans un château près d'un petit village à 5 lieues de là. Le 29, évacuation et marche de 5 lieues jusqu'à Augsbourg. Le 30, Denis Moreau demande son billet de sortie et l'obtient ; il loge dans la ville. Le 31, il quitte Augsbourg, marche 6 lieues et couche à Adelsem (?). Le 1er février, il marche 5 lieues et couche à Ackenbourg (?). Le 2, marche de 5 lieues; Denis Moreau arrive à Ulm où il trouve le Dépôt général de toutes les Divisions du Corps d'armée; il obtient du Commandant de la place de rester jusqu'à nouvel ordre, ce qui lui permet de ne pas rentrer à Starsbourg. Le 7, il part cantonner à 1 lieue de Ulm, à Fonaikenne (?). Le 20 février, il marche 4 lieues et se rend au village de Eykaene (?).

Le 22 février, le 3e Corps se met en marche sur six colonnes pour rentrer en France. Ce jour là, Denis moreau marche 1/4 de lieue pour cantonner au village de Enfigenne (?). Le 23, le Général Morand vient prendre le commandement de la 1ère Division, à la place du Général Cafarelli. Dès lors, Davout a sous ses ordres trois fameux divisionnaires : Morand, Gudin, Friant, dont les noms gravés dans nos plus célèbres annales entourent, comme d'une glorieuse auréole, le nom de leur illustre chef. Le même jour, Denis Moreau marche 2 lieues et couche à Ulm.

"Le 24 février, les cantonnements furent levés et l'évacuation totale de l'Autriche commença le même jour.
La division vint occuper le bord du Lech.
L'état major du régiment fut placé à Rain, petite ville entourée d'une vieille muraille en mauvais état, ayant quelques ouvrages en gazon. Néanmoins, avec un peu de réparations, vu son assiette naturelle, elle serait succeptible d'arrêter quelques temps une colonne. Il y a un fossé qui peut être rempli par les eaux d'une petite rivière qui va se perdre dans le Lech, à un quart de lieue de la ville. A cette distance, l'on trouve une tête de pont entourée d'une bonne palissade et d'un fossé aboutissant au Lech qui va, loin de là, se jeter dans le Danube
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 24 février toujours, Denis Moreau marche 5 lieues, passe à Günzburg, et couche à Norkmseml (?), village situé à 1 lieue de la ville. Le 25, il marche 6 lieues, couche à Tilemme (?), puis à Halpac (?) à 1 lieue de là. Le 27, il marche 6 lieues et couche à Neubourg où passe le Danube. Le 28, il marche 4 lieues et arrive à Ingolstadt. Il en part le 3 mars, et marche 4 lieues sous la pluie dans le but d'atteindre le Régiment; il arrive à Neubourg et loge à 1 lieue de la ville dan sle village de Josoph (?). Le 4, il marche 2 lieues et arrive au village de Milsausen (?). Le 8, il part pour Neubourg, y passe puis continue sa route jusqu'à Oberhausen où il réintègre sa Compagnie, qui cantonne dans ce village; il a marché 3 lieues. Le 13, marche de 4 lieues pour cantonner à Bingdorf (?).

Par décret du 14 mars 1806, le Capitaine Gautron, le Lieutenant Aulard, les Sergents Colomb, Dalibert et Moreau (bien qu'à l'époque, Denis Moreau n'a pas encore été promu Sergent, il est bien indiqué comme tel), les Caporaux Buisson et Forme, et le Grenadier Baré sont faits Chevaliers de la Légion d'Honneur.

Le 20 mars, Denis Moreau indique qu'il a marché 5 lieues et que les troupes sont passées en revue par le Maréchal Davout, sur une petite hauteur à 1 lieue de Neubourg; après la revue, il retourne à ses cantonnements après une marche de 5 lieues; il y arrive à 9 heures du soir.

"Le 24 mars, le régiment part de ce cantonnement, passe le Danube à Donauwert et vient cantonner en Souabe.
L'état-major fut établi à Dischingen (probablement Dillingen) et ensuite à Heindenheim, petite ville dans le royaume de Wurtemberg. C'est dans ce cantonnement que le 3e bataillon vint nous rejoindre le 28 juillet et fut incorporé le même jour
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Denis Moreau note que le 25 mars, il quitte Bingdorf (?) et marche 9 lieues; il passe à D'Onnever (?), et couche dans le gros bourg de Mendlie (?). Il en part le 26, marche 2 lieues, et arrive à Orbourques (?); un contre ordre le fait ensuite retourner cantonner à Menttü (?)

Le 27 mars, le 3e Corps arrive à Dettingen et y cantonne jusqu'au milieu de mai. Le 28 mars, Denis Moreau marche 5 lieues; il passe à Orbourg (?) et cantonne dans le petit village de Fronhafen (?).

Le 3 avril, Denis Moreau est détaché de Fronhafen (?) pour aller à Holdorf, petit village de 4 maisons (1/2 lieue). Le lendemain, après une marche de 2 lieues, la troupe est passée en revue par le Général de Division. Le 7 avril, après une nouvelle marche de 2 lieues, c'est la revue de l'Inspecteur. Le 20 avril, Denis Moreau change de cantonnement et après 4 lieues de marche, arrive à Ziertheim (?). Le 30 avril, il reçoit son Brevet de la Légion d'Honneur.

Le 12 mai, Denis Moreau change encore de cantonnement; il se rend sous la pluie à Genger (?) et après avoir marché 6 lieues, passe la revue du Commandant; dans la foulée, après 2 lieues de marche, il passe également la revue du Colonel. Le 17 mai, marche de 2 lieues pour aller cantonner au village de Jrégen (?).

Selon le Décret du Conseil d'Etat du 21 mai 1806, le département de l'Yonne doit fournir dans le cadre de la conscription 100 hommes au 30e de Ligne.

En juin, le 3e Corps occupe Mayence et ses environs jusqu'à la campagne de Prusse.

Situation de la Grande Armée - 18 juillet 1806 (Nafziger - 806GXC)
3e Corps : Davout
Division Morand
30e de Ligne, 1er et 2e Bataillons : 1288 hommes

Sources : Archives françaises, Carton C2 481, 482, 483

Le 11 août 1806, Denis Moreau est promu Caporal.

"Pendant le repos des troupes dans ce cantonnement, l'on s'occupa des exercices de détail et de temps en temps, le régiment était réuni pour les évolutions.
Monsieur le maréchal (Davout) ordonna une revue et le rendez-vous fut donné dans la plaine de Nördlingen (orthographié «Nordlissigen» dans le document original).
Le 31 août, le régiment part pour ses cantonnements et le ler septembre, jour indiqué pour la revue, il se trouva sur le terrain où elle devait avoir lieu. Mais à peine fut-il formé en bataille, qu'un brouillard épais se développa et dégénéra bientôt en une forte pluie qui, néanmoins, n'empêcha pas la revue ni le commencement des manoeuvres.
Si le terrain, qui était devenu impraticable par les mouvements de l'artillerie et des colonnes, n'eût pas été un obstacle, il y a apparence (sic) que malgré la pluie, les évolutions auraient continué et c'est à quoi tout le monde s'attendait.
Les dispositions étant faites pour jeter des ponts sur une rivière, sur lesquels des colonnes devaient préalablement passer sur trois points différents pour simuler l'attaque de trois villages que des voltigeurs occu­paient déjà pour les défendre.
Sur la gauche les premiers coups se faisaient entendre lorsque, dans un moment inattendu, chaque régiment fut renvoyé dans ses cantonnements, où i1 arriva vers deux heures après- midi.
Le régiment, cantonné dans la Souabe depuis la paix de Presbourg, attendait de jour en jour l'ordre de rentrer en France pour y jouir de la tranquillité qui paraissait être assurée depuis les campagnes de Vendémiaire An XIV et de 1805.
Une quatrième coalition fit éva­nouir cet espoir qui porta l'indignation dans le ceeur du soldat et lui fit oublier le repos auquel i1 devait se livrer, pour voler à de nouveaux triomphes.
Le régiment se mit en marche le 24 septembre, emportant de ses cantonnements des vivres jusqu'au 26. Il vint occuper Ederheim et cinq autres villages dans la banlieue de Nördlingen.

Le 25, la division fut rassemblée dans la plaine de Nördlingen où elle fit des évolutions et assista à une exécution militaire" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

b/ Campagne de 1806

Dans le courant de septembre, la Prusse, cédant aux instances de l'Angleterre et de la Russie, se décide à entrer dans la quatrième coalition; elle mobilise son armée et s'établit sur les frontières de la bohème et de la Franconie. La guerre est imminente.

Le 16 septembre, le 30e est stationné à Heidenheim (Historique abrégé).

Napoléon doit courrir au-devant de la nouvelle coalition avant qu'elle ait réuni ses forces. 200000 Prussiens, commandés par le Prince de Brunswick, ont pris position sur les revers de la forêt de Thuringe, prêts à tomber sur les flancs de l'Armée française. Ils supposent que cette dernière va suivre les routes d'invasion ordinaires qui mènent du Rhin au coeur de la Prusse, notamment celle de Mayence à Leipsick, par Eisenach, Erfurt et Weimar, qui coupe la Saale à Naumbourg.

Napoléon entretient Brunswick dans son erreur. Une partie de l'armée française est cantonnée dans les environs de Mayence, l'autre sur les deux rives de l'Inn. L'Empereur, laissant deux Corps manoeuvrer sur le Rhin, la concentre tout entière sur le Mein à Bamberg. Il songe à se servir de la Saale pour couper Brunswick comme il s'est servi du Danube, l'année précédente, pour couper Mack. Partageant son armée en trois groupes, il la dirige sur Bayreuth, Kronck et Cobourg, têtes des défilés de la forêt de Thuringe, dans l'intention de franchir ces montagnes par le sud et l'est et de gagner par la vallée de la Saale, l'Elbe et l'Oder.

Pendant cette campagne, comme dans la précédente, le 30e fait partie du 3e Corps, sous le commandement du Maréchal Davout et de la 1ère Division (Général Morand); cette Division est composée des cinq même Régiments : 13e Léger, 17e, 30e, 51e et 61e de Ligne. Le 30e a, à l'armée, les 1er et 2e Bataillons, ainsi que les Grenadiers et Voltigeurs du 3e Bataillon. Les Compagnies du centre de ce dernier Bataillon, formant Dépôt, sont à Mayence; l'effectif au Régiment, commandé par le Colonel Valterre, est de 2074 hommes.

Le 25 septembre, la 1ère Division se met en marche de Nordlingen, et, passant par Gusenhausen, Nuremberg, Erlangen et Forscheim, vient cantonner le 2 octobre près de Bamberg.

"Le 26, le régiment part des cantonnements aux environs de Nördlingen et fut logé à ... (?).
Le 27, i1 passa par Oetingen et fut logé à Hohen Trudingen.
Le 28, i1 se dirigea sur Gunzenhausen et fut occuper Rudets et trois autres villages où i1 séjourna les 29 et 30.
Le 31, i1 passa par Schwabach et fut loger à Zorndorf
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Au 1er octobre 1806 (d'après Foucart : "La campagne de Prusse 1806" - donné par Nafziger : 806IAL et 806JBI), le 30e présente la situation suivante :
- Etat major : 10 Officiers et 14 hommes.
- 1er Bataillon : 25 Officiers et 812 hommes.
- 2e Bataillon : 26 Officiers et 814 hommes.
- 3e Bataillon, Grenadiers et Voltigeurs : 5 Officiers et 174 hommes.

Le 4 octobre, tout le 3e Corps est concentré à Bamberg; il doit former avec le 1er Corps (Maréchal Bernadotte) le centre de la Grande Armée. Le 5, Davout passe à Bamberg la revue de son Corps d'armée, et donne lecture de la proclamation de l'Empereur qui dit : "l'inimitié d'un grand peuple est plus terrible que les tempêtes de l'océan". Le Maréchal Davout commente ensuite la proclamation impériale et ajoute : "les Prussiens comptent sur leur cavalerie, eh, bien ! faites quelques répétitions de formation de carrés, ce sont vos carrés qui feront perdre à cette cavalerie sa réputation". Paroles prophétiques que les évènement vont si bien justifier dans les champs d'Auerstaedt.

"Le 1er octobre, i1 se dirigea sur Futh, Erlangen et Forckheim et fut logé à Bamosdorf (?).
Le 2 octobre, i1 arriva à Bamberg et fut cantonné dans les villages de Gunbach et Kamern.
Le 4, Monsieur le Maréchal fit rassembler la division, fit former le cercle aux officiers et sous-officiers; fit des éloges sur la belle tenue des Corps, rappela leur bonne conduite pendant la campagne d'Autriche; i1 finit par dire que c'était la première division du monde
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Situation du 3e Corps - 5 octobre 1806 (Nafziger - 806JAE)
Commandant : Davout
1ère Division : Morand
Brigade : Brouard
30e de Ligne :
- Etat major : 10 Officiers et 14 hommes.
- 1er Bataillon : 25 Officiers et 812 hommes.
- 2e Bataillon : 26 Officiers et 814 hommes.
- 3e Bataillon, Grenadiers : 3 Officiers et 77 hommes
- Voltigeurs : 2 Officiers et 97 hommes.

Sources : Archives françaises

Le 8 octobre, le centre s'ébranle pour franchir le Frankenwald; le 3e Corps suit, à un jour de marche, le 1er Corps.La 1ère Division va cantonner à Lichtenfelds. Le 9, tandis que le 1er Corps culbute à Schleitz l'avant-garde du Prince de Hohenlohe, la 1ère Division passe le Mein et va cantonner à Kronach. Le 10, elle est à Saalberg. Le 11, le 3e Corps est à Mittel Polnitz; la 1ère Division cantonne à Auma. Le 12, le 3e Corps est à Gera où notre centre et notre droite se trouvent réunis presque sur les derrières de l'Armée prussienne.

"Le 6, le régiment partit de ses cantonnements, passa par Lichtenfels et fut occuper le village de Wallerstadt où l'on monta la première grand- garde.
Le 7, il fut occuper une position en avant de Kronach, sur une montagne et à droite de la route; c'est le jour de son premier bivouac.
Le 8, à la pointe du jour, i1 quitta la position. En route, la division fit halte. I1 fut donné à chaque régiment connaissance d'une proclamation de l'Empereur sur notre entrée en campagne.
Ce même jour, le régiment vint bivouaquer en avant de Lobenstein.
Le 9, il passa la Saale à Salbing (?). et fut bivouaquer sur les hauteurs de Scheleir (?) avec la division en entier formée en carré pour la nuit.
Le 10, il passa par Auma, i1 fut bivouaquer à deux lieues plus loin, dans un bois de sapins laissant la route de Gera sur la droite.
L'Empereur fut longtemps à visiter cette position.
Le 11, après avoir traversé la forêt de Thurringe et fait une nouvelle marche forcée, la division prit position deux lieues en arrière de Naumbourg
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Situation de la Grande Armée - 12 octobre 1806 (Nafziger - 806JAB)
3e Corps : Davout
Division Morand
30e de Ligne, 1er et 2e Bataillons

Sources : Foucart, Campagne de Prusse (1806)
Bressonnet, P., Etudes tactiques sur la campagne de 1806 (Saalfeld- Iéna-Auerstedt), Librairie Militaire R. Chapelot et Cie, Paris, 1909.

Le 13, Davout entre à Naumbourg, enlève des magasins considérables et un équipage de pont.

L'armée française est apparue sur la rive orientale de la Saale, dont tous les passages ont été fermés, alors que les Prussiens croyaient la voir arriver par la rive occidentale qu'ils occupent. Grâce aux habiles dispositions de l'Empereur, les positions de l'armée prussienne ont été tournées par leur gauche. Cette armée, déjà ébranlée par les combats de Schleiz et de Saafeld, décide de se retirer vers le centre de la monarchie; pour effectuer sa retraite, elle se partage en deux groupes, le premier sous le Prince de Hohenlohe, se concentre dans les environs de Erfurt; le second, placé sous le commandement du Duc de Brunswick et en tête duquel marche le Roi, se dirige vers Leipzig.

Mais il n'en est plus temps. Une des moitiés de cette armée est attaquée et taillée en pièces à Iéna par Napoléon; l'autre moitié, que le Duc de Brunswick conduit lui-même et avec laquelle marche le Roi de Prusse, tente de se faire jour par Naumbourg (14 octobre).

"Le 12, la pointe du jour, le régiment arriva sur les hauteurs de Naumbourg (orthographié «Nauenbourg» dans le document original) où i1 prit position. La 2e compagnie de grenadiers reçut l'ordre d'aller en ville pour y faire le service.
Le 13, i1 conserva la position
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

 

- Bataille d'Auerstaedt

Musicien 1809 30e de Ligne musicien 1807-1808 30e de ligne Musiciens 30e de Ligne 1809
Fig. 10 Musicien 1809 d'après Carl (Fichier Carl, planche 50)
Fig. 10a Musicien, 1807-1808 d'après Boeswiwald (Petits Soldats d'Alsace, planche 63)
Fig. 10b Musiciens en 1809, d'après Bucquoy (source : documents Piton - Carl - Boeswilwald)
Musicien 1809 30e de Ligne Musicien 1808-1810 30e de Ligne
Fig. 10c Musicien 1809 d'après Pierre Albert Leroux; document original conservé à la Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library (avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington, Conservateur de la Bibliothèque). Merci de respecter la propriété de ce document.
Fig. 10d Musicien 1809 d'après Rigo (source : Carl)

Davout occupe le débouché de Naumbourg depuis la veille. Comprenant que de son opiniâtreté à le défendre dépend la réalisation, rêvée par Napoléon, d'un plan qui peut aboutir à la destruction totale de l'armée prussienne, ce grand homme de guerre n'hésite pas, avec les seules ressources de son Corps d'armée, à recevoir la bataille qui lui est offerte vers Auerstaedt. Bernadotte est en effet parti de Naumbourg le matin même et malgré les instances de Davout, va rester inactif entre les deux batailles toute la journée.

Lutte gigantesque dans laquelle les trois immortelles Divisions Morand, Friant et Gudin, qui ne comptent que 26000 hommes dont 2000 de cavalerie, et 44 pièces de canon, réussissent non seulement à arrêter, mais à battre et à refouler une armée forte de 200 pièces de canon et de 60000 hommes dont 15000 cavaliers (la notice historique parle de 96000 hommesd dont 12000 de cavalerie).

La bataille commence dès 6 heures du matin, avec les éclaireurs de Brunswick qui viennent se heurter à Kösen contre les troupes que Davout a préposées à la garde du pont. Toutefois, la bataille ne s'engage sérieusement que vers 8 heures, en raison du brouillard qui couvre la plaine. La Division Gudin, arrivée la première sur le terrain, s'établit en partie dans le village de Hassenhausen, et supporte sans faiblir l'attaque de la Division Schmettau ; formée en carrés, elle repousse victorieusement les charges réitérées de 25 escadrons conduits par Blücher. La Division Friant arrive ensuite et s'établit à droite de Hassenhausen. Une lutte acharnée s'engage pour la possession de ce village. Brunswick et Mollendorf (tous deux élèves du grand Frédéric) qui lui succède dans le commandement en chef tombent, mortellement frappés. Cependant, malgré le feu terrible d'une artillerie trois fois supérieure en nombre, notre droite fait des progrès. Les Prussiens essaient alors de forcer nos positions en envoyant une partie de la Division Orange pour les tourner par la gauche. A ce moment, la Division Morand entre en ligne et vient s'établir à gauche sur le plateau où les masses prussiennes, impuissantes entre Gudin et Friant, vont maintenant concentrer tous leurs efforts. La Division Morand ne se compose que de neuf Bataillons; c'est avec ces neufs Bataillons que le Général Morand lutte toute la journée contre la Division Hartensleben, la Brigade Orange et la cavalerie du Prince Guillaume. Mais les carrés de Morand laissent arriver à 40 pas les innombrables cavaliers qui précèdent ces masses et se font des remparts de cadavres. Les attaques combinées de l'infanterie et de la cavalerie ne parviennent pas davantage à entamer cette solide Division dont tous les Régiments se montrent dignes les uns des autres et peuvent bientôt prendre une vigoureuse offensive.

Les opérations exécutées sur le champ de bataille d'Auerstaedt par la 1ère Division sont ainsi reproduites par le Général Morand dans son rapport :
"La 1ère Division arrive au pas de course et se place à la gauche de la Division Gudin. Dès que la 1ère Division fut sur le terrain, Mr le Maréchal alla avec le Général Morand se mettre à sa tête. La Division marchait sur la gauche du plateau d'Hassenhausen, en colonne par division, à distance de peloton, puis en colonne à grande distance; le Général Brouard, avec le 30e suivait le mouvement de la Brigade du Général Debilly, de manière à présenter des têtes de colonnes vis-à-vis les intervalles de la 1ère ligne.
La 1ère Division avait à peine passé la grande route pour se porter sur le plateau, à gauche d'Hassenhausen, au devant de la 2ème Division prussienne (Division Hartensleben et Brigade Orange) qu'elle fut assaillie par la cavalerie de cette Division, renforcée d'un autre corps nombreux de cavalerie, à la tête duquel était le Prince Guillaume de Prusse. Ce prince chargea à différentes fois la Division Morand, mais tous les corps, formés en carrés, le reçurent avec sang-froid au cris de : Vive l'Empereur.
Mr le Maréchal, pendant ces charges, se portait tantôt dans un carré, tantôt dans un autre, et il fut partout témoin de cette rare intrépidité des troupes; pas un seul carré ne fut entamé. Enfin, le Prince Guillaume, après avoir été blessé, se replia avec sa cavalerie derrière l'infanterie...
La victoire semblait pencher du côté des Français, la Division Gudin, quoique très affaiblie se défendait encore avec avantage dans le village d'Hassenhausen; la Division Friant à droite se préparait à tourner l'ennemi. La droite de la Division Morand commença à gagner du terrain, le 61e commandé par le général de Billy et le Colonel Nicolas avançait à la tête du ravin qui conduit à Rehehausen; il était défendu par une nombreuse infanterie prussienne, soutenue par un grand nombre de bouches à feu. Le choc fut terrible, on était à portée de pistolet, la mitraille ouvrait les rangs qui, aussitôt se resserraient; chaque mouvement du 61e était dessiné sur le terrain par les braves qu'il y laissait. Enfin, l'audace et l'intrépidité l'emportèrent, l'ennemi renversé et en désordre abandonne ses canons. En même temps, le 51ème sous les ordres du Colonel Baille, quoique foudroyé par l'artillerie prussienne, reçut avec intrépidité une nouvelle charge de cavalerie combinée avec une attaque d'infanterie.
Le 2e Bataillon du 30ème, ayant à sa tête le général Brouard et le Colonel Valterre, s'élança sur une batterie et repoussa une forte colonne qui débouchait dans le ravin par le chemin qui, situé à droite d'Hassenhausen, mène à Rehehausen. Pendant que tous les efforts de l'ennemi ne pouvaient arrêter la marche des Français sur Rehehausen, les Chasseurs de Weimar, le Bataillon d'Oswald, les Régiments des gardes et une partie de la réserve arrivaient sur Sommersdorf, sur les hauteurs qui bordent la rive gauche de l'Ilm, faisant filer trois compagnies auprès du vallon, le long de la rivière. Le Roi voulait, par un dernier effort, enfoncer l'aile gauche de la Division, où il s'était aperçu qu'il n'y avait, non plus qu'à la 3ème Division, pas un détachement de cavalerie; il espérait tourner ainsi l'infanterie qui s'avançait sur Rehehausen.
La garde de ces hauteurs était confiée au 30ème Régiment et au 1er Bataillon du 17ème; Mr le Maréchal s'aperçut de ce mouvement de l'ennemi et y fit porter le Général Morand; celui-ci se fit précéder de l'artillerie à pied de sa Division et va se placer à la tête du 30ème. Rien ne résiste aux efforts combinés de ce régiment et du 1er Bataillon du 17ème, et de l'artillerie; les Régiments des gardes prussiennes sont foudroyés, ainsi que la plus grande partie de la 1ère Division de la réserve prussienne dont ils faisaient partie. Le Général Morand gagne toujours du terrain, les hauteurs de l'Iln sont balayées et il finit par s'établir à l'extrémité du plateau en face du vallon où est le moulin d'Emsen, sur un contrefort qui domine tous les environs et il y fait placer son artillerie et de là, il déborde et prend en flanc l'armée prussienne
".

"Devinant les intentions du roi de Prusse, le maréchal Davoust envoya le général Morand, avec l'artillerie à pied de sa division, sur la hauteur de Sonnendorf, afin de flanquer les colonnes qui attaquaient Rehausen. Déjà le 30e régiment et le 1er bataillon du 17e avaient été dirigés vers le même point. Le général Morand se mit à la tête du 30e, et repoussa jusqu'au pied de l'escarpement les deux colonnes prussiennes qui avaient déjà gravi les hauteurs, et qui furent foudroyées. Gagnant toujours du terrain Morand atteignit l'extrémité du plateau en face du vallon d'Emsel-Mühl, disposa son' artillerie sur un contrefort qui dominait tous les environs, et, de ce point inexpugnable, cette batterie prit en flanc l'armée prussienne et mit le désordre dans ses rangs" (France militaire : histoire des armées françaises de terre et de mer de 1792 à 1837. Tome 4).

Dès lors, la victoire est assurée, l'armée royale, en retraite, se heurte sur la route de Weimar, aux fuyards d'Iéna; alors la confusion est à son comble, aucun Bataillon n'est intact, c'est un désastre fabuleux dans lequel, en un seul jour, toutes les forces prussiennes sont presque anéanties : 40000 prisonniers, toute l'artillerie, tous les bagages restent entre nos mains comme trophée de cette double victoire.

Le triomphe d'Auerstaedt lui même a coûté aux Divisions de Davout 7000 hommes tués ou blessés, soit près du tiers de l'effectif engagé; mais elles ont mis 9 à 10000 Prussiens hors de combat et leur ont pris 3000 prisonniers, 115 pièces de canon et tous leurs bagages.

A la fin de son rapport, le Général Morand cite les noms des Officiers de la Division qui se sont faits particulièrement remarquer par leur belle conduite à la bataille d'Auerstaedt; parmi eux, nous trouvons appartenant au 30e le Colonel Valterre, le Major Gibassier, le Chef de Bataillon Vilmain, le Capitaine Plaige. Du nombre des Officiers ou Sous officiers tués ou blessés dans cette bataille, nous relevons les noms suivants :
- Kerweiller (Louis), Sous lieutenant, tué.
- Buliod (Pierre), Sous lieutenant, coup de feu à la jambe.
- Duval (Nicolas), 1er Lieutenant, coup de feu au bras droit.
- Bulot (Claude), Sergent major, atteint d'un coup de feu.
- Plogue (Pierre), Sergent fourrier, coup de feu au pied droit.

Martinien de son côté donne le Sous lieutenant Kerveiller, tué; le Sous lieutenant Buliod et le Lieutenant Adjudant major Glandines, blessés.

La liste des tués et blessés est assurèment incomplète (effectivement, il y manque le Général Debilly, tué); dans cette journée, le 3e Corps a eu 270 Officiers hors de combat, et le 30e, qui a pris une grande part à l'action a du aussi éprouver des pertes sérieuses.

Nota : Dans presque tous les documents de l'époque, principalement dans les états de service, on réunit sous le seul nom de Iéna les deux batailles d'Iéna et d'Auerstaedt; l'usage s'en est sans doute sans doute ainsi établi parce que la plus grande partie de l'armée française combattait à Iéna et que l'Empereur y commandait en personne.

"Le 14, la division quitta la position et se dirigea sur la route de Leipzig. Bientôt l'on s'aperçut de cette fausse position (lire probablement «direction»); elle revint sur ses pas et chaque régiment prit la route d'Erfurt.
Le canon se faisait entendre, un brouillard très épais empêchait de distinguer les objets à moyenne distance; mais avant notre arrivée au village de Kosen, sur la Saale, le soleil avait dissipé tous les nuages.
Les 3e et 2e divisions nous avaient précédés sur le champ de bataille.
L'on marchait la gauche en tête. Nous débouchions à peine sur les hauteurs de Kosen que nous prîmes part à l'action. Les colonnes d'attaque se formèrent et ensuite les carrés; l'on conserva l'ordre par échelons autant que les circonstances le permirent.
Chaque bataillon avança dans cet ordre et soutint vigoureusement toutes les attaques que des forces supérieures en infanterie et en cavalerie dirigeaient contre son carré.
Le 2e bataillon prit sur la gauche; i1 eut à se maintenir contre un Corps nombreux de cavalerie qui se disposait à charger au moment que ce bataillon fut joint par l'artillerie légère de la division. Cette cavalerie s'en étant aperçue crut ne pas pouvoir lutter avec avantage contre la réunion de ces deux armes ; alors elle prit une autre direction.
Le bataillon continua ce mouvement, l'artillerie étant en position, qui loin de rompre le carré par la mitraille qu'elle vomissait dans ses rangs, en hâtait au contraire la pression (lire probablement «progression»).
Une colonne d'infanterie avançait pour soutenir ces pièces.
Le bataillon, secondé par le feu si meurtrier de la brave compagnie du capitaine Seruzier (ne figure pas au contrôle) se déploie, charge sur les pièces ennemies et sept bouches à feu couronnent les succès de cette charge audacieuse décidée par la nécessité et faite si à propos que, nul doute, si l'on avait profité de cet instant, cette batterie aurait écrasé ce bataillon et donné le temps à l'infanterie de se déployer au lieu que cette colonne, vaincue par la témérité de la charge et foudroyée par nos pièces, se replie sans combattre, voyant son artillerie enlevée.
Le général de division doit se rappeler la brillante conduite de ce bataillon et avec quel enthousiasme il fut accueilli dans le carré étant chargé par la cavalerie.
L'ennemi, entièrement culbuté sur ce point, se sauva à la faveur d'un ravin.
Le soldat harassé prit un instant haleine, ensuite le bataillon passa le ravin que l'ennemi avait traversé pour se jeter dans le village d'Auerstaedt, point sur lequel il opérait sa retraite.
Après avoir passé, i1 se forma en bataille sur un plateau situé sur la droite du ravin où Monsieur le Maréchal le plaça de sa personne.
Le mamelon en avant d'Auerstaedt tenait encore; les troupes qui le défendaient firent de vains efforts pour s'y maintenir.
Voyant nos colonnes arriver de toutes parts, elles pensèrent à la retraite en mettant à profit le seul moment favorable qui leur restait pour se retirer sur le village car, si elles fussent encore opiniâtres à vouloir défendre cette position (sic), elles n'auraient pu gagner Auerstædt puisque le ruisseau était occupé par nos voltigeurs.
Le bataillon reçut l'ordre de quitter la position et vint se placer à portée de canon du village d'Auerstaedt, sur le revers du coteau qui conduit au mamelon.
Il passa le ruisseau.
L'ennemi se retirait à la hâte.
Le bataillon fila dans le bois qui est sur la gauche du village et prit position à la sortie du bois où il resta jusqu'à la nuit. C'est là que l'ordre vint de repasser le ruisseau après avoir gravi un fort ravin.
Il fut bivouaquer dans une position avantageuse un peu en arrière d'Auerstaedt.
Le premier bataillon n'eut point l'occasion de donner. Deux de ses compagnies détachées en observation, sur les bords de la Saale, ramenèrent quelques prisonniers.
Cette journée coûta la perte du brave sous-lieutenant de grenadiers Kerveiller et de dix sous-officiers et soldats tués, deux officiers et cent vingt-cinq sous-officiers et soldats blessés
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

"Le 30e de Ligne faisait partie de la divison Morand. Il se conduisit bravement. La division comptait environ 9.000 hommes qui ne se laissèrent pas entamer par les 14.000 cavaliers prussiens attaquant sans arrêt sous les ordres du Prince Guillaume.
Le IIIe Corps (Davout) perdit environ le tiers de ses effectifs (10.000 hommes) et les Prussiens 25.000, 3.000 prisonniers et 115 canons.
La journée d'Iéna et d'Auerstaedt fut une des plus sanglantes de l'histoire
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Par suite des deux victoires d'Iéna et d'Auerstredt, l'armée prussienne a cessé d'exister. Tout l'armée française se met en marche, soit dans la direction de Berlin, soit à la poursuite des débris de l'armée prussienne; mais l'Empereur veut que le 3e Corps qui a si vigoureusement combattu et qui a subi tant de pertes dans la bataille du 14 octobre, ait au moins quelques jours de repos, et le fait rester à Naumbourg jusqu'au 18.

"La journée du 15 se passa sur le champ de bataille.
Le soir, le régiment partit de la position, passa par Naumbourg, prit la route de Weissenfels (orthographié «Weissemfeld» dans le document original) et fut bivouaquer près du village de Sconburg (probablement «Schönburg») où i1 arriva de nuit.
Le 16, après avoir traversé des plaines immenses, le régiment arriva devant Weissenfels, campa en arrière de la ville. Les compagnies de grenadiers furent détachées pour prendre position en avant et, en même temps, veiller à sa sûreté et y empêcher le désordre.
Le 17, on conserve la position
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 18, il se met en marche et cantonne à Leipzig.

"Le 18, i1 traversa Weissenfels et vint à Leipzig et fut prendre position en avant et à peu de distance des faubourgs.
Le 19, l'on part de la position en se dirigeant sur la route de Wittenberg. Le régiment fut bivouaquer en avant de Duben
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 20, il entre à Wittemberg; les Prussiens évacuent la ville à son approche, mais, avant de se retirer, ils veulent incendier le pont de l'Elbe et mettre le feu à un magasin à poudre situé près de la ville; les habitants, presque tous Saxons, s'y opposent et, aidés par nos soldats de l'avant garde, préservent le pont et sauvent la ville d'une destruction presque complète.

"Le 20 i1 passa l'Elbe devant Wittenberg, traversa la ville et fut prendre position un peu en avant et sur la droite. Comme l'on soupçonnait un parti ennemi dans cette contrée, i1 fut détaché une compagnie de grenadiers, trois de voltigeurs et cinquante fusiliers. Ce détachement, commandé par un capitaine, se porta en avant pour soutenir la cavalerie légère" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 21, séjour à Wittemberg qui est mis en état de défense. Le 22, le 3e Corps se dirige lentement par Jüterbock, sur Berlin; l'Empereur ayant fait annoncer à Davout qu'en témoignage de sa satisfaction pour la victoire d'Auerstaedt, il lui réservait l'honneur d'entrer le premier dans la capitale prussienne.

Entre temps, le 21 octobre, l'Empereur a ordonné la formation, à Berlin, de la Division de Grenadiers Oudinot, pour faire venir à l'armée les Compagnies d'élite des Bataillons de Dépôt; le Maréchal Kellermann doit faire partir toutes ces Compagnies, complétées à 100 hommes.

"Le 21, i1 resta dans cette position.
Le 22, il se mit en route à sept heures du soir et, par une marche forcée, fut bivouaquer à deux lieues de Seyda. Arrivé à la position, la pluie tomba avec tant d'abondance qu'elle éteignit les feux des bivouacs. Le soldat fut contraint de les abandonner et d'aller chercher un abri sous quelques touffes d'arbres épars dans la plaine. Malgré le mauvais temps, i1 ne peut perdre sa gaieté. I1 oubliait par de bonnes plaisanteries les désagréments d'une mauvaise nuit.
Le 23, i1 se mit en marche de bonne heure en passant par Juterborg et vint bivouaquer en avant de Trebin (?).
Le 24, au village de Tempelhof, à la vue de Berlin
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 25 octobre, Davout, à la tête du 30e Corps, fait son entrée à Berlin; les magistrats lui offrent les clés de la ville, il les refuse, disant qu'elles appartiennent à plus grand que lui. Il ne laisse qu'un Régiment pour faire la police dans la ville, et va s'établir à une lieue en avant, dans la forte position de Frederichsfeld, la droite à la Sprée, la gauche appuyée à des bois, et fait construire des baraques en planches pour abriter ses troupes.

"Le 25 à neuf heures et demie du matin, la division fit son entrée triomphante dans Berlin, traversa cette capitale et fut prendre position au village de Biersdorf, sur la route de Francfort sur l'Oder.
Le régiment reçut l'ordre d'y baraquer (sic)
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Deux jours plus tard, Napoléon entre lui même à Berlin et le lendemain, 28 octobre, il passe sous les murs de la place, la revue du 3e Corps. A l'issue de cette revue, réunissant autour de lui les Généraux, les Officiers et les Sous officiers, il leur adresse les paroles suivantes :
"Je vous exprime toute ma satisfaction pour la belle conduite que vous avez tenue à la bataille du 14; j'ai perdu des braves, je les regrette comme mes propres enfants; mais enfin ils sont morts au champ d'honneur, en vrais soldats. Les résultats que vous voyez aujourd'hui, c'est à la valeur du 3e Corps que je les dois. Dites à vos soldats que je suis content d'eux. - Sire, répondit le Maréchal, le 3e Corps sera pour vous et toujours, ce que fut pour César la 10ème Légion".

Le 27e Bulletin, publié le jour même, contient ce passage : "Officiers et sous officiers du 3e Corps d'armée, vous vous êtes couverts de gloire à la bataille d'Iéna. J'en conserverai un éternel souvenir; les braves qui sont morts sont morts avec gloire, nous devons désirer de mourrir dans des circonstances si glorieuses".

Le même jour, Napoléon prend la décision suivante (extrait des APN ; source : Le Moniteur Univesel du 7 décembre 1806) :
"Au quartier-général, à Berlin, le 28 octobre 1806
Napoléon, Empereur des Français et Roi d'Italie,
Nous avons décrété et décrétons ce qui suis :
Art. Ier sont nommés dans le 30e régiment d'infanterie de ligne
MM. Maures, sous-lieutenant : lieutenant.
Bordarier, sergent : sous-lieutenant.
D'Hincourt, sous-lieutenant : lieutenant
Duval, sergent-major : sous-lieutenant
Morga, lieutenant : capitaine.
Lacombe, idem : idem.
Loubert, sous-lieutenant : lieutenant.
Marie, sergent-major : sous-lieutenant.
Richard, sous-lieutenant : lieutenant.
Favier, sergent-major : sous-lieutenant
".

"Le 28 octobre, l'Empereur passa sa revue, fit des promotions dans tous les grades, fit assembler les officiers et sous-officiers de tout les Corps de l'Armée pour leur témoigner sa satisfaction sur les importants services que le IIIe Corps avait rendus à la journée du 14.
Voici le discours que Sa Majesté prononça au cercle et que tout soldat du IIIe Corps doit graver en sa mémoire :
«Officiers et sous-officiers du IIIe Corps d'Armée, j'ai voulu vous réunir pour vous témoigner moi-même ma satisfaction de la belle conduite que vous avez tenue à la bataille du 14. J'ai perdu des braves, je les regrette comme mes propres enfants, ils sont morts au champ de la gloire en vrais soldats.
Vous m'avez rendu un service signalé dans cette circonstance marquante. C'est particulièrement à la brillante conduite du IIIe Corps d'Armée que sont dus les résultats que vous voyez ; dites à vos soldats que j'ai été satisfait de leur courage. Généraux, officiers, sous-ofjiciers vous avez acquis pour jamais des droits à ma reconnaissance et à mes bienfaits».
Après le discours qui fut reçu aux cris de «Vive l'Empereur !», le Corps d'Armée défila devant Sa Majesté et chaque régiment, satisfait du bon accueil que l'Empereur venait de lui faire, rentra joyeusement dans ses quartiers.
L'on resta à Bisddorf les 26, 27, 28, 29 et 30
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

 

tambour maître 1809 30e de Ligne
Grenadier 30e de Ligne 1809
Tambour maître 1809-1810 30e de Ligne Tambour maître 1809 30e de Ligne
Fig. 11 Tambour maître, grande tenue d'été, 1809, d'après Bucquoy (source : documents Piton)
Fig. 11a Tambours, 1809, d'après Bucquoy. Détail du parement, manche droite (source : documents Piton - Carl - Boeswilwald) Fig. 11b Tambour maître d'après Rousselot Fig. 11c Tambour maître, 1809, d'après Rigo (source : Carl)

 

- Combat de Czarnowo

Tambour de Grenadiers 1807-1808 30e de Ligne
Tambour de Grenadiers 30e de Ligne 1809
Tambour de Grenadiers 1809 30e de Ligne
Fig. 12 Tambour de Grenadiers, 1807-1808 d'après Boeswilwald (Petits Soldats d'Alsace, planche 62)
Fig. 12a Tambour de Grenadiers, grande tenue d'été, 1809, d'après Bucquoy (source : documents Piton) Fig. 12b Tambour de Grenadiers, grande tenue d'été d'après H. Feist pour Bucquoy (source : Boeswilwald)
Tambour de Grenadiers 30e de Ligne 1809 Tambour de grenadiers 1809 30e de Ligne
Fig. 12c Tambour de Grenadiers 1809 d'après Pierre Albert Leroux; document original conservé à la Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library (avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington, Conservateur de la Bibliothèque). Merci de respecter la propriété de ce document.
Fig. 12d Tambour de Grenadiers 1809 d'après Rigo (source : Carl)

Dès le 29, la marche en avant est reprise, Napoléon veut en finir avec les Russes avant l'hiver et pour leur "épargner, dit-il, la moitié du chemin", il dirige la Grande Armée vers la Vistule. Le 3e Corps prend la direction de Francfort sur l'Oder. Le 1er novembre, il entre à Francfort où il rétablit le pont brûlé par l'ennemi. Le 2, la Division Gudin est portée sur Custrin qui se rend à quelques Compagnies, livrant un matériel considérable.

"Le 31, la position fut abandonnée et par une marche l'on bivouaqua à Tempeldorf (?) sur la route de Francfort.
Le 1er novembre, le régiment traversa Francfort sur l'Oder, passa sur la rive droite du fleuve et vint camper à Cunersdorf, village où, le 20 août 1759, Frédéric le Grand fut battu par le général Solkhof qui commandait l'armée russe.
Les 2 et 3, i1 conserva cette position.
Le 4, l'on prit les cantonnements.
Le régiment occupa Gorzitz sur les bords de l'Oder, entre Francfort et la forteresse de Kustrin, i1 y resta les 5 et 6. C'est dans ces cantonnements que l'on fut instruit de l'ordre du jour du 6 novembre, de notre entrée en Pologne. Déjà nos troupes légères étaient sur son territoire où elles recevaient un accueil proportionné aux facultés du pays
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Situation de la Grande Armée - novembre 1806 (Nafziger - 806KXA)
3e Corps : Davout
Division Morand
30e de Ligne, 1er et 2e Bataillons : 2288 hommes

Sources : Archives françaises, C2 470

Le 6 novembre, le 3e Corps, renforcé de cinq Brigades de cavalerie, forme l'avant garde de la Grande Armée; il quitte Francfort et se dirige par Mesteritz sur Posen où il arrive le 10. Du 10 au 15, il séjourne à Posen et pousse des partis sur la Vistule.

Le 12 novembre (situation identique au 20 novembre), le 30e (1er et 2e Bataillons) compte 70 Officiers et 1806 hommes, 14 chevaux d'Officiers et 4 de troupe; 52 hommes sont détachés, 3 Officiers et 136 soldats sont aux hôpitaux (donné aussi par Nafziger - 806KAM d'après Foucart : "La campagne de Prusse 1806"; et 806KBJ - 806LAN d'après Cazalas : "Mémoires du Général Benningsen").

"Le 7, levée des cantonnements, marches forcées en passant par Drossen et Zielenzig, bivouac à Temps (?), territoire polonais.
Le 8, i1 passe par Mezeritz et fut loger près de Tierschtiegel (Trzciel en polonais).
Le 9, le régiment traversa la petite ville de Pinne et fut loger à une lieue en avant.
Le 10, i1 logea à une lieue en arrière de Posen.
Le 11, i1 arriva à Posen et fut prendre cantonnement en avant de la ville dans les villages de Gurczyn, Promeneau et quelques hameaux environnants où l'on séjourna les 12, 13 et 14.
Ce moment fut employé aux préparations en tous genres et surtout de la chaussure. Ce fut aussi à la même époque que l'on apprit la capitulation de la colonne du général Blücher. L'ordre du jour est du 9 novembre
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Ordre de bataille français, Campagne d'hiver - novembre-décembre 1806 (Nafziger - 806KJB)
Division de Grenadiers : Général Oudinot
lère Brigade : Général de Brigade Laplanche-Mortiers
1er Régiment provisoire (2 Bataillons)
4e Bataillon : 30e de Ligne, 2 Compagnies

Selon Belhomme (tome 4), au mois de décembre, avec les 4 Bataillons d'élite et les Compagnies venant de France, il est organisé 17 Bataillons formant 7 Régiments. Chaque Bataillon a 6 Compagnies (3 de Grenadiers et 3 de Voltigeurs), excepté 5 qui en ont 8. Le 2e Régiment comprend : 1er Bataillon, Compagnies des 9e Léger, 32e, 96e; 2e Bataillon, Compagnies des 30e, 51e, 61e; 3e Bataillon, Compagnies des 25e Léger, 33e, 48e.

Le 15, le 3e Corps est à Cnossen. Du 18 au 20, il cantonne dans les environs de Sempolno. Le 23, marche sur Varsovie, par Klodawa et Kutno. L'armée russe approche, la campagne de Pologne va commencer.

"Le 15, les cantonnements furent levés. L'on suivit la même direction en passant par Wreschen et Slupga, le régiment vint loger en avant de cette dernière ville.
Le 16, i1 occupa les villages de Otoëno (?), Chiawalkowice (?) et Staw, toujours en prenant la direction sur la route de Varsovie.
Le 17, i1 traverse Sompolno et vint loger à Babiak et dans quelques hameaux environnants où il séjourna les 18, 19, 20 et 21.
Le 22, il passa par Olkou et Bowyczyn. Le 23, séjour.
Le 24, en position près de Kutno, au village de Nowawies, au moulin de Kzeki et au hameau de Zwada (?). L'on se garde militairement, vu qu'un parti de cosaques avait paru dans la contrée.
Le 25, il logea à Puiewie (?) sur la Bzura.
Le 26, séjour.
Le 27 novembre, le régiment fut logé prés de Kyzooze (?).
Le 28, i1 traversa Sochaczew et fut en position sur la Besura.
Le 29, i1 occupa Orty et trois autres villages
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 30 novembre, le 3e Corps entre à Varsovie. Les Russes l'ont évacué à son approche et se sont établis entre l'Ukra et la Narew, au nombre de 95000. Le 2 décembre, le pont incendié n'ayant pas été réparé, le 17e Léger et le 30e passent la Vistule dans des barques et s'établissent dans Praga que les Russes viennent d'abandonner.

"Quoi qu'il en soit, dès le 2 décembre au matin, la garnison de Varsovie apprit par les Polonais qu'il n'y avait plus un seul ennemi à Praga et que les colonnes des Alliés se retiraient vers Sierock, après avoir détruit tous les magasins. Immédiatement, le 17e de ligne, de la division Morand, passa le fleuve au moyen de quelques barques disponibles et prit possession du faubourg de la rive droite. Le lendemain, le 30e de ligne de la même division et les 2e et 13e chasseurs, sous les ordres de Milhaud, passèrent également par les mêmes moyens, ainsi que l'artillerie légère du 3e corps. Le transbordement présenta de grandes difficultés à cause de la rapidité du cours du fleuve ; l'opération fut dirigée par le général Hanicque, commandant l'artillerie du 3e corps, qui n'avait à sa disposition, comme personnel, que 45 pontonniers et, comme matériel, qu'une quinzaine de barques contenant de 20 à 30 hommes et seulement quatre bacs pouvant porter des chevaux et de l'artillerie" (Revue d'histoire rédigée à l'État-major de l'armée, Section historique; 1910/08 (A12,VOL39,N116); La manoeuvre de Pultusk; sources : Belliard à Berthier, Varsovie, 2 et 4 décembre 1806; Le même à Beaumont, Varsovie, 4 décembre 1806; Davout à Berthier, Varsovie, 4 décembre 1806; Le même au même, 10 heures soir).

Les jours suivants, le reste du 3e Corps effectue son passage, mais ce passage est très lent en raison des faibles moyens dont on peut disposer et des glaçons que charie la rivière. "La brigade Gauthier (25e et 85e de ligne) franchit le fleuve du 4 au 6 (...). Cette brigade se dirigea de suite sur Okunin et Nowydwor, où elle borda la rivière, tandis que les régiments de la division Morand allaient vers la droite relever la cavalerie de Milhaud à Nieporent (...).
Le reste de la 1re division, c'est-à-dire le 30e de ligne et la brigade d'Honnières, formait échelon en arrière
" (Revue d'histoire rédigée à l'État-major de l'armée, Section historique;1910/09 (A12,VOL39,N117);(2) Journal des opérations du 3e corps ; Davout à Murat, Jablonna, 11 décembre 1806, 3 h. 30 matin).

Le 5 décembre, le 3e Corps est établi entre la Vistule et la Marew, le quartier général est à Jablona et les avants postes sont poussés jusqu'à Okunin. Davout fait jeter un pont vis à vis Okunin et le couvre par des retranchements élevés sur les deux rives.

"Le 30, la division fit son entrée à Varsovie.
Le 3 décembre, le régiment passa sur la rive droite de la Vistule et fut occuper Praga.
Le 5, i1 part de Praga et fut occuper les villages de Kouty (?) et Wengrisrkie.
Le 6,l'état-major du régiment et le 1er bataillon reçurent l'ordre d'aller cantonner à Nieporent et de fournir des postes sur le Bug. Le même ordre enjoignait au 2e bataillon de rester dans les deux premiers villages et de fournir une garde sur le ruisseau qui coule à droite de Konty, et d'éclairer par des patrouilles les chemins qui conduisent en Gallicie.
Le 9 arriva l'ordre de tenter un passage sur le Bug et de menacer différents points à la fois. Le 2e bataillon sur celui de Zagrobie, sous les ordres du général Brouart (Brouart Etienne (baron) né à Vire (Calvados) le 29 août 1765, décédé à Paris le 23 avril 1833). Le ler bataillon resta en réserve à Nieporent, mais le but de cette attaque fut moins pour tenter le passage que pour faire mettre les forces de l'ennemi en évidence. Il fut difficile d'en déterminer le nombre, étant masqué par les accidents du terrain
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 10, le 3e Corps passe la Narew. Du 10 au 22, il séjourne au camp sur la rive droite de la Narew vis à vis Okunin, les Russes établis dans une ile triangulaire au confluent de l'Oukra et de la Narew nous inquiètent beaucoup; cette ile leur est enlevée, dans la journée du 18 à la suite d'un brillant combat et quelques fortifications y sont élevées.

"Le 13, le 2e bataillon vint s'établir à Volka et Radziminiska (?), sur la frontière de Gallicie, afin d'observer si les Russes violaient le territoire autrichien.
La nuit du 22 au 23 décembre, le régiment passa le Bug à Okunin
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 23 décembre, le Maréchal Davout reçoit l'ordre d'enlever sous les yeux de l'Empereur, la ligne de l'Oukra. Toutes les Compagnies de Voltigeurs de la Division Morand sont répandues sur le rive droite avec ordre de tirer d'une rive à l'autre à travers les touffes de bois pour écarter les postes ennemis. Vers 3 heures et demie de l'après midi, la 1ère Division passe un pont établi la veille et se concentre dans l'ile conquise le 18; protégée par les Voltigeurs, elle prend toutes les dispositions pour franchir l'autre bras qu'elle traverse sous un feu très vif des tirailleurs ennemis embusqués sur l'autre rive.

"Pendant le passage de l'Infanterie, deux barques furent amenées pour établir un pont sur lequel l'artillerie et la cavalerie purent passer.
Le Colonel Guyardet, du 13e, avec un bataillon de son régiment, eut ordre de se porter en avant et le Colonel Lanusse, à la tête du 17e, de reconnaitre le village de Czarnowo et de s'en emparer s'il y avait possibilité. Le Colonel Lanusse se précipita sur ce village, repoussa l'ennemi et se rendit maître de ses batteries, mais il fut bientôt forcé de se replier, l'ennemi étant revenu avec des troupes fraîches, le débordant et se portant sur ses derrières. Le 17e fit sa retraite à la tête du bois où l'ennemi n'osa pas le poursuivre. Le Général Brouard, à la tête du 30e, se porta jusqu'au pied des retranchements ennemis pour favoriser le ralliement de ce régiment; dans ce moment, le Général Brouard fut blessé d'un coup de biscaïen à la tête
" (Rapport du Maréchal Davout).

"Il pouvait être alors 7 heures du soir, la nuit était complètement venue. C'est au 17e de ligne que le général Morand donna la mission de reconnaître l'ennemi à Czarnowo, tandis que le 2e bataillon du 13e léger et les voltigeurs suivraient à sa gauche. Dans son ardeur, le colonel Lanusse, commandant le 17e, ne prit peut-être pas beaucoup de précautions ; ses tirailleurs n'avaient pour se guider d'autre indication que le feu des chasseurs russes en retraite, et ceux-ci amenèrent leurs adversaires jusque sur les batteries établies au Sud de Czarnowo. Au moment où les premiers éléments du 17e abordaient cette ligne, ils furent reçus par un feu extrêmement violent d'artillerie et de mousqueterie, et presque immédiatement contre-attaques très vigoureusement sur leur flanc gauche par les bataillons du régiment de Rostow. Le 17e tout entier, suivi par le bataillon du 13e, dut reculer jusqu'à la lisière Nord du bois. Le colonel y remit sa troupe en ordre, et Morand donna l'ordre au 30e de ligne de remplacer le 17e, qui, en somme, avait rempli sa mission en forçant l'ennemi à démasquer sa position" (Revue d'histoire rédigée à l'État-major de l'armée, Section historique; 1910/12 (A12,VOL40,N120); La manoeuvre de Pultusk; sources : Journal des marches et opérations du 3e corps; Rapport d'Ostermann-Tolstoï; Höpfner, loc. cit., p. 92;, Cazalas, loc. cit., t. I, p. 84.).

Pendant ce temps, le reste de la Division, avec le Général Petit, effectue le passage de la rivière et s'empare des hauteurs; quatre fois les Russes reviennent à la charge avec des troupes fraîches, toujours ils sont repoussés. "Voyant le succès de l'attaque, j'envoyai l'ordre au Général Morand d'attaquer Czarnowo vers minuit; cet officier général fit de très bonnes dispositions, l'ennemi lui laissa le champ de bataille couvert de ses morts, le village et six pièces de canon, après une affaire extrêmement vive" (Rapport du Maréchal Davout).

Ce sont les 17e et 30e qui sont chargés de cette attaque; dans l'épaisseur de la nuit, ils ne sont guidés que par le feu des canons et les lueurs de la mousqueterie ennemie. Le 1er Bataillon du 30e, pénétrant dans le ravin qui protège le village de Czarnowo, le tourne par la droite, tandis que le 2e Bataillon attaque par le centre et le 17e par la gauche; l'ennemi, obligé d'évacuer le village, essaye de se rallier sur le plateau et de tenter un retour offensif; les deux Bataillons du 30e soutiennent ses efforts, donnent le temps aux autres échelons de se former en avant du village et contraignent la Division russe de Tolstoï à battre en retraite.

"Pour l'attaque, le général Morand forma sa première ligne en trois échelons d'un bataillon chacun, marchant l'aile droite en avant; d'abord le 1er bataillon du 30e de ligne, puis le 2e du même régiment, et le 2e bataillon du 17e. Cette ligne était suivie à courte distance de deux autres, qui se composaient : la première, du 2e bataillon du 13e de ligne et de la cavalerie légère de Marulaz; la seconde du 1er bataillon du 17e de ligne et des six escadrons de dragons de Latour-Maubourg. Les deuxième et troisième lignes se conformaient aux mouvements du centre et marchaient droit sur le village. Les 51e et 61e régiments venaient enfin, formant la réserve générale, tandis que, sur la gauche, les compagnies de voltigeurs du 17e et du 30e, qui avaient passé la Narew les premières et s'étaient avancées en chassant devant elles les postes ennemis qui tenaient les bois, flanquaient vers l'Ouest la marche des différentes lignes (Journal des opérations du 3e corps d'armée ; Plan du passage de l'Ukra et du combat de Czarnowo, par les officiers du génie du 3e corps d'armée, situation G.).
Dès que la première ligne de la 1re division s'ébranla, l'infanterie et l'artillerie russes couvrirent de balles, de mitraille et de boulets tous les points par où l'assaillant cherchait à progresser. Les Russes durent cependant évacuer les ouvrages de l'avant-ligne qu'ils avaient établis en avant de Czarnowo et se replier sur leur position principale, que la division Morand aborda immédiatement après. Le 1er bataillon du 30e prit pied dans le ravin à l'Est du village, tandis que le 2e bataillon attaquait de front et que le 2e bataillon du 17e s'avançait à travers les bois de sapins et gagnait les premières maisons de la lisière Ouest
(Journal des opérations du 3e corps d'armée ; Höpfner, loc. cit., t. III, p. 92 ; Rapport d'Ostermann-Tolstoï).
Au moment où l'aile gauche russe commençait à être tournée, le bataillon de grenadiers de Saint-Pétersbourg arriva d'Orzeschowo. Profitant de cette circonstance, le général Ostermann prescrivit une contre-attaque de toute sa gauche. Bien que les rapports français ne fassent pas mention de cet épisode, il est à supposer que l'action des réserves russes, qui connaissaient parfaitement le terrain de la lutte, tandis que les troupes françaises le voyaient pour la première fois à la lueur des décharges d'artillerie et de mousqueterie, dut forcer la première ligne de Morand à marquer un temps d'arrêt et lui infliger de fortes pertes. Mais le fléchissement ne fut pas de longue durée, car l'Empereur était là; d'ailleurs, le rapport officiel d'Ostermann reconnaît lui-même que, presque aussitôt, « l'ennemi, renforcé par de nouveaux éléments, s'avançait de tous côtés avec une nouvelle fureur» (Rapport d'Ostermann-Tolstoï).
Malgré que l'obscurité complète ne permît de se rendre que difficilement compte des événements, le commandant de la 11e division russe, au feu violent des tirailleurs ennemis qui augmentait sans cesse d'intensité et qui gagnait de plus en plus vers l'Est, put apprécier qu'il avait affaire à des forces supérieures, et il prit ses premières dispositions de retraite. Il retira sa batterie de Pomichowo ainsi que l'artillerie lourde qui se trouvait au centre de sa position et tirait,vers l'île. Cette dernière fut dirigée sur le chemin de Nasielsk, où elle fut établie, formant repli, sous la protection de deux bataillons des grenadiers de Paulow. Elle fut remplacée sur la crête du plateau de Czarnowo par les six pièces de campagne dont Ostermann disposait (Rapport d'Ostermann-Tolstoï ; Höpfner, loc. cit., t. III, p. 92 et 93 ; Lettow-Yorbeck, loc. cit:, t. III, p. 127.).
A partir de ce moment, la supériorité numérique en artillerie appartient certainement à l'assaillant, la division Morand, d'après la situation du 1er octobre 1806, disposant de treize bouches à feu; d'après le rapport d'Ostermann, c'est l'action des pièces de la division Morand qui, en battant efficacement et à courte distance les maisons de Czarnowo et la crête du plateau que défendait l'ennemi, força les Russes à évacuer le village, qui fut immédiatement occupé parle 30e de ligne, non sans une vive lutte (Situation des effectifs du 3e corps d'armée à l'époque du 1er octobre 1806 ; Rapport d'OslermannrTolstoï).
Pendant que le général Morand enlevait Czarnowo sous les yeux de Napoléon, le détachement de la brigade Petit livrait contre la droite ennemie un combat séparé qui n'est pas moins remarquable que celui de la 1re division, par les qualités de méthode, d'ordre et d'extrême énergie qui y furent déployées. Avec les 400 hommes du 12e de ligne, le général Petit avait obliqué de suite à travers les couverts du côté de la rive gauche de l'Ukra ; il s'était relié avec le petit détachement du capitaine Perrin et s'était porté dans la direction de la redoute russe, à hauteur de Pomichowo. Une compagnie de voltigeurs éclairait la marche et recherchait l'ennemi ; deux autres compagnies avaient été détachées, une sur chaque flanc; le gros, formant réserve, s'avançait au centre ; bientôt la fusillade s'engagea sur le front, et les trois compagnies de tête, soutenues par un feu violent de huit pièces installées le long de la rive droite, et qui tiraient sur la redoute par-dessus la rivière, abordèrent les retranchements ennemis avec tant d'élan que les Russes n'eurent que le temps d'exécuter une seule décharge de leur artillerie et de faire filer celle-ci en toute hâte par la route de Nasielsk. Petit occupa, avec une partie de son détachement, les ouvrages qui, malheureusement, étaient complètement ouverts à la gorge, et forma le reste de sa troupe en carrés. Bien lui en prit, car sa dernière compagnie n'était pas placée que l'ennemi revenait à l'attaque à deux reprises différentes, soutenu par de l'artillerie installée sur la route de Czarnowo
(Journal des opérations du 3e corps d'armée; Höpfner, loc. cit., t. III, p. 93.).
Le choc fut reçu avec fermeté par le faible détachement du 12e de ligne ; les Russes, pris en flanc par l'artillerie française de la rive droite, durent, à deux reprises, se replier en désordre. Davout, qui avait entendu le canon sur sa gauche, s'empressa d'envoyer des troupes de soutien au général Petit; ce furent d'abord une compagnie de voltigeurs du 85e et deux compagnies de grenadiers du 21e (3e division), puis cinq compagnies du 2e bataillon du 12e de ligne, le reste de ce régiment étant demeuré à la garde du pont. Ces renforts ne furent pas inutiles, car les hussards d'Alexandryia étant venus de Brody, à travers bois, se joindre à la droite russe, vers 2 heures du matin, tous les éléments réunis en face de Pomichowo tentèrent un dernier effort pour déloger le détachement Petit de la redoute. Mais le mouvement avait été éventé par les voltigeurs français, si bien que tout le monde était sur ses gardes. Les hussards ennemis furent reçus par une décharge de mousqueterie à bout portant et firent demi-tour ; l'infanterie russe fut encore une fois repoussée, et toute l'arête du plateau se trouva dès lors aux mains du 3e corps français (Journal des opérations du 3e corps d'armée ; Plan du passage de l'Ukra et du combat de Czarnowo, par les officiers du génie du 3e corps d'armée, situation H ; Rapport d'Ostermann-Tolstoï).
Les deux attaques du détachement Petit et de la lre division n'avaient pas été d'ailleurs sans se relier entre elles ; Davout ayant mis à la disposition du général Petit la moitié du 1er chasseurs sous les ordres d'Exelmans, celui-ci, éclairé par une compagnie de voltigeurs
et, soutenu par des fractions du 21e de ligne, appuya fortement vers la droite le long de la route de Pomichowo à Czarnowo, et établit le contact avec la division Morand, au moment où celle-ci pénétrait dans le village (Plan du passage de l'Ukra et du combat de Czarnowo, par les officiers du génie du 3e corps, situation H ; Journal des marches et opérations du 3e corps).
Il restait encore à déboucher de Czarnowo ; au Nord s'étendait un terrain libre de 1,000 à 1,200 mètres de profondeur, puis on rencontrait la lisière des bois qui, avec quelques clairières, se prolongeaient presque sans interruption jusqu'à Nasielsk. Le général Ostermann, sentant le besoin de mettre de l'ordre dans son mouvement de retraite, résolut de contre-attaquer une dernière fois la division Morand. Une position de repli, avec de l'artillerie, avait, ainsi qu'il a été dit, été organisée par ses ordres entre la lisière Nord du village et les bois. Le commandant de la IIe division russe profita très habilement de l'instant critique où les premiers éléments de la division Morand cherchaient à sortir du village et à se déployer sur le plateau au Nord, pour les assaillir avec sa réserve. Les premiers bataillons du 30e de ligne, surpris, rétrogradèrent jusqu'aux premières maisons de Czarnowo; mais, quelques instants après, le 2e bataillon du 17e de ligne et le 2e bataillon du 13e léger ayant débouché à gauche et à droite du village, toute la ligne française se reporta en avant; l'ennemi céda définitivement le terrain et recula jusqu'aux bois. Il était 4 heures du matin (Rapport d'Ostermann-Tolstoï; Höpfner, loc. cit., t. III, p. 93; Journal des opérations du 3e corps d'armée)" (Revue d'histoire rédigée à l'État-major de l'armée, Section historique; 1910/12 (A12,VOL40,N120)).

La 1ère Division a eu dans ce combat 22 Officiers et 678 hommes tués ou blessés. Sont cités dans le rapport du Maréchal Davout, comme s'étant particulièrement distingués à l'attaque de Czarnowo, parmi les Officiers du 30e : le Colonel Valterre, le Chef de Bataillon Mallet, le Capitaine Duthoya, le Capitaine de Grenadiers Aberjoux.

Le 30e a perdu dans cette affaire : le Chef de Bataillon Dodo-Desmaret (Charles Louis François) et le Lieutenant Cheminade (Bernard), tués tous deux à l'attaque du village. Au nombre des blessés, nous trouvons :
- Richard (François Marie), Chef de Bataillon, cuisse traversée.
- Richard (François Maurice), Lieutenant, coup de feu à la jambe droite.
- Grand (Jean Louis), conscrit, depuis Officier, atteint d'un coup de feu.
- Bègue (Jean Marie), conscrit, depuis Officier, coup de feu à la jambe gauche.
- Paudelette (Pierre), Sergent major, coup de feu à la jambe droite.
- Vergniaud (Pierre) Capitaine, atteint d'un coup de feu.
Ces deux derniers ont été blessés dans la première partie du combat, lors du passage de l'Oukra. Martinien indique comme pertes : Chef de Bataillon Dodo-Desmaret, et Lieutenant Jollivet, tués; Lieutenant Cheminade, blessé et mort le 14 janvier; Capitaines Pluchet, Dumesnil, Lassègue et Blanpain, Lieutenant Richard et Sous lieutenant Vergniaud, blessés.

"La journée du 23 fut employée à construire plusieurs ponts.
L'Empereur présidait en personne à ces travaux.
A la nuit, le régiment passa en présence de Sa Majesté sur le premier pont établi et fut prendre position un peu en avant où i1 resta jusqu'à huit heures du soir et reçut l'ordre du général de division de passer le pont qui venait d'être jeté sur la ... (il s'agit probablement de la Sonai).
Le court espace qui séparait le régiment du point d'attaque lui permit bientôt de prendre part à l'action.
Quelques tirailleurs, placés à l'entrée du bois qui couvre le village de Czarnowo, étaient, avec quelques pelotons de cavalerie, les seules troupes qui furent sur le champ de bataille.
Le 1er bataillon prit sa ligne dans une prairie appuyant sa droite au Bug et prolongeant sa gauche vers un bois où étaient embusqués nos tirailleurs soutenus par le 2e bataillon qui avait formé sa ligne en arrière de cet endroit et à peu de distance.
L'ennemi avait placé deux pièces au bas du village.
Rien ne pouvait nous couvrir de leur feu.
Elles étaient soutenues par de l'infanterie et par quelques troupes de cosaques qui se montraient de temps en temps. Une fusillade assez vive s'engagea et, soutenue par leur artillerie, mit quelques hommes hors de combat qui, presque tous, furent blessés par la mitraille.
L'infanterie se retira.
Il ne resta que des cosaques en observation qui venaient tâtonner de moment à autre (sic), mais toujours à une distance honnête, en se plaçant hors de portée de nos coups de feu.
Après cet engagement, le régiment porta sa ligne de bataille d'environ cent pas plus en arrière pour ne point rester sans défense sous les coups de mitrailles qui se reproduisaient par intervalle, mais presque sans aucun effet.
A une heure après minuit, arriva l'ordre de s'emparer du village de Czarnowo.
Le mouvement commença.
Le 1er bataillon marcha droit au village, le 2e continua sur la gauche pour gagner le bas d'un ravin au-dessus duquel était un plateau occupé par l'ennemi.
Cette manoeuvre sépara les deux bataillons qui agirent isolément jusqu'à ce que ces deux positions furent enlevées.
L'ennemi avait changé la position de son artillerie, ses tirailleurs observaient notre mouvement, ils furent aussitôt repoussés.
Le village fut emporté d'assaut, les forces qui le défendaient culbutées avec tant de précipitation que, malgré la bonne position de Czarnowo, l'ennemi fut contraint d'abandonner cinq pièces de canon en batterie sur le plateau en arrière du village où se trouvait l'emplacement de son camp.
Après que le 1er bataillon se fut emparé de Czarnowo, content de son brillant coup de main, i1 se livra, sans conserver d'ordre, à la joie qui résulte de la victoire.
L'ennemi s'en étant aperçu, et voyant le peu de troupes qu'il avait à combattre, reprit l'offensive et, avec des forces supérieures soutenues par de l'artillerie, attaqua ce bataillon au dépourvu qui, en outre, s'était imprudemment trop avancé. Il le força aussi d'abandonner une position dont i1 venait de s'emparer avec tant de gloire; mais ce mouvement rétrograde ne tourna point à l'avantage de l'ennemi.
L'attaque que faisait le 2e bataillon l'empêcha de rentrer dans le village et de reprendre ses pièces. En outre, l'arrivée de notre artillerie, le prompt ralliement du 1er bataillon qui revint à la charge avec autant d'ardeur que la première fois, arrêtèrent le mouvement de l'ennemi.
Le 2e bataillon était en ligne, le 1er se plaça à sa droite; alors s'engagea une fusillade meurtrière et opiniâtre qui dura plus de trois quarts d'heure sans gagner ni perdre un pouce de terrain.
Enfin, l'ennemi, criblé par notre feu et par celui de l'artillerie, fut contraint, se voyant chargé, d'abandonner sa ligne qu'il ne quitta qu'à la dernière extrémité.
Le régiment traversa le champ de bataille qu'il trouva couvert de morts et de mourants. Parmi eux, l'on distinguait beaucoup de canonniers qui payèrent de leur vie leur belle et opiniâtre résistance.
L'ennemi avait fait enlever avec soin tous les blessés en état de pouvoir être transportés. Il laissa la plaine libre et opéra sa retraite à la faveur d'un bois auquel i1 était adossé et qui est traversé par la route de Nasielsk où l'ennemi se retira.
Indépendamment de ce que fit le régiment à Czarnowo, deux compagnies qui avaient été détachées sous les ordres du Capitaine Vernere, immédiatement après le passage de la rivière, sur la gauche de la ligne, attaquèrent l'ennemi sur un plateau où i1 était en force, l'en délogèrent et le contraignirent également d'abandonner une position derrière le ravin qu'il défendait avec la plus grande opiniâtreté.
La brigade du général Petit (3e division), qui dirigeait son attaque sur ce point, ne joignit les deux compagnies qu'après qu'elles eurent chassé l'ennemi des deux positions dont il vient d'être parlé.
Seulement quelques grenadiers et voltigeurs de cette brigade l'avaient précédé et concoururent avec ces deux compagnies à remporter cet avantage d'autant plus signalé que l'ennemi, à ce moment, était extrêmement supérieur en force sur ce point.
Ces compagnies rejoignirent ensuite le régiment qui avait repris position en avant de Czarnowo, où i1 reçut de la part du général de division Friant (Louis (comte). Né à Marlancourt au hameau de Villers-le-Ven (Somme) le 18 septembre 1758, décédé au château de Gaillouet, commune de Seraincourt (Seine-et-Oise) le 24 juin 1829) des félicitations sur sa bonne conduite.
Le résultat de cette action fut trois cent vingt prisonniers parmi lesquels sept officiers, dont deux capitaines, et cinq bouches à feu. L'ambulance tomba également en notre pouvoir.
Cette attaque coûta au régiment la perte de plusieurs braves, notamment celle du chef de bataillon Desmarets et du sous-lieutenant Cheminade. Cet officier donna pendant l'attaque des preuves d'une bravoure distinguée et ne cessa d'encourager les soldats par son exemple jusqu'au moment où un boulet l'enleva.
Il perdit en outre quarante et un sous-officiers et soldats tués, neuf officiers et deux cent quatre-vingt-dix sept sous-officiers et soldats blessés.
Parmi les neuf officiers blessés, un adjudant-major et quatre capitaines ont été admis à la retraite par suite de leurs blessures; peu des autres blessés (sic) sont rentrés au régiment
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 24 décembre, Davout continue sa marche en avant, et sans donner le temps à l'ennemi de s'affermir dans une nouvelle position, l'attaque à Nasielck. La Division Morand, très éprouvée la veille, est laissée en réserve et ne prend aucune part à ce combat. Denis Moreau a noté que le 24 décembre, à 3 heures du matin, lors du passage du Bug, une balle lui a éraflé le crâne, balle qui aurait pu être mortelle.

Les jours suivants, Davout, s'attachant à la poursuite de l'armée russe, la suit pas à pas, malgré un temps affreux et des pluies torrentielles qui ont transformé le sol de la Pologne en une boue épaisse dans laquelle on ne peut marcher qu'avec une extrême difficulté; les colonnes mettent deux ou trois heures pour faire une lieue; l'artillerie et les bagages doivent rester en arrière, vu l'impossibilité de les faire avancer dans ces chemins devenus impraticables.

Le 25 décembre, le 3e Corps entre à Strezedoczin d'où il déloge l'arrière garde russe.

"Le 24 décembre, l'Empereur défila par Czarnowo à la tête de l'armée qui prit la route de Nazielsk. Les 2e et 3e divisions du IIIe Corps passèrent en avant. La 1ère division fit l'arrière garde. Elle fut prendre position en avant et en arrière de Nazielsk d'où l'ennemi venait d'être chassé. Le régiment bivouaqua en arrière de la ville ayant le parc d'artillerie devant le front.
Le 25, le régiment se mit en marche de bonne heure, toujours à la poursuite de l'ennemi qui laissait à chaque pas des indices de sa fuite. La prise de quelques traineurs et quantités de voitures chargées de bagages fut le résultat de cette journée qui fut terrible par la marche, tant sous le rapport des mauvais chemins qu'il y avait à suivre que par le long trajet qu'il fut obligé de faire.
Il arriva très tard à la position de Gross-Savonice
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

 

- Combats de Soldau, Pultusk et Golymin

Trois chaudes affaires ont lieu le 26. Les diverses parties de l'armée russe sont simultanément battues à Soldau, Pultusk et Golymin. Le 3e Corps se porte le 26 sur Golymin où il vient se heurter contre l'armée de Benningsen. Le Maréchal Davout, arrivant par la route de Pultusk, est chargé de l'attaquer à droite, tandis que le Corps d'Augereau attaque à gauche. Le premier a à lutter contre les Divisions Sacken et Gallitzin, le second contre la Division Doctoroff. Les Russes combattent jusqu'à la nuit, mais, presque enveloppés dans Golymin, ils effectuent leur retraite sur Makow. La Division Morand (avec le 30e) est en tête du 3e Corps.

"Trois lignes d'Infanterie très considérables s'apercevaient entre Golymin et le bois en avant, qui était rempli de tirailleurs russes; le Général Morand les fit attaquer et parvint après une vive résistance, à se rendre maître du bois, vers les trois heures de l'après midi.
A peine sa Division était formée en avant du bois qu'il fut attaqué avec la plus grande vivacité et successivement par les lignes reconnues qui jetèrent leur sac pour charger à la baïonnette. Ces attaques de l'ennemi furent extrèmement vives et réitérées et toutes sans succès; enfin, il se retira, abandonnant une pièce de canon et laissant beaucoup de morts sur le champ de bataille.
La perte de la 1ère Division est de : 8 officiers et 214 tués ou blessés.
Les chefs et les corps de la Division se sont montrés dans cette occasion comme dans toutes les autres, rivaux de courage et de gloire
" (Rapport du Général Morand).

"Pendant ce combat, le 2e bataillon du 13e léger et les 30e et 17e de ligne, de la brigade Brouard, s'étaient formés en trois colonnes par échelons de division, et, précédés par les voltigeurs, s'étaient portés à l'attaque du bois. Voyant le mouvement se dessiner, Galitzin avait mis à la disposition du prince Chtcherbatov, en outre du régiment d'infanterie de Kostroma, le 2e bataillon de grenadiers de Tauride, le 1er bataillon d'infanterie du Dnieper, et deux escadrons de dragons de Pskov, en sorte que le bois était occupé par au moins trois ou quatre bataillons. L'infanterie russe fit preuve d'une grande ténacité et repoussa plusieurs tentatives des bataillons du général Brouard. Même, vers 4 heures, elle déposa ses sacs et contre-attaqua énergiquement à la baïonnette. Reçue par une fusillade terrible, elle se replia en désordre et, suivie sur ses talons par la ligne française, dut abandonner le bois et se retirer sur Golymin" (Revue d'histoire rédigée à l'État-major de l'armée, Section historique; 1911/02 (PART2,N122).) Source : Journal des opérations du 3e corps; Davout à Berthier, Czarnowo, 26 décembre 1806 ; Cazalas, loc. cit., t. I, p. 111.).

La Division a combattu sans une seule pièce (l'artillerie n'ayant pu suivre à cause des mauvais chemins) contre une infanterie dix fois supérieure en nombre et 12 ou 15 pièces de canon. 4000 sacs que l'infanterie russe a déposés pour charger à la baïonnette restent en notre pouvoir.

Martinien donne pour la journée du 26 les Sous lieutenants Bordarier, Lebrun et Morin, blessés aux avant-postes en pologne. Denis Moreau a également été blessé à la main droite d'une balle qui lui a coupé le tendon du pouce; dès lors, il ne peut plus manier le fusil. Il se rend alors au dépôt du 30e à Mayence, où il va continuer de rendre des services à l'administration du Dépôt.

"Le 26, i1 se mit en route par des chemins impraticables qui ressemblaient à des fondrières et qui étaient comblés par des voitures chargées de bagages, par des canons, des caissons et des fourgons d'ambulance que l'ennemi avait été forcé d'abandonner, le tout attelé.
Une si grande quantité de chevaux que l'on voyait se débattre dans la boue offrait un coup d'oeil aussi pitoyable que dégoûtant.
Cet attirail de voitures embourbées et culbutées était indéfinissable et fut un très grand obstacle pour notre artillerie.
Le soldat fut obligé de marcher droite et à gauche dans les bois et dans les terres pour éviter cet encombrement et les mauvais chemins.
Un dégel subit avait occasionné tous ces embarras et empêché la perte totale de l'ennemi.
Enfin, après beaucoup de fatigues, vers deux heures de l'après-midi, le régiment déboucha dans la plaine de Golymin d'où il aperçut la ligne ennemie en avant de ce village.
De suite, i1 forma les colonnes d'attaque et, en cet ordre, i1 marcha jusqu'à l'entrée d'un bois où le régiment fit halte.
Le général de division ordonna que le drapeau du 1er bataillon resterait en réserve avec les grenadiers, 7e et 8e compagnies.
Les six premières reçurent l'ordre de chasser les tirailleurs qui étaient dans le bois.
Les six compagnies furent commandées par le chef de bataillon Duthoya, alors capitaine, commandant le bataillon. II disposa sa troupe, marcha pendant quelque temps sans découvrir l'ennemi, malgré que le feu de quelques voltigeurs, qui tiraillaient à l'entrée du bois, semblait l'annoncer à une distance peu éloignée.
Enfin, sur sa droite, i1 aperçut les tirailleurs ennemis se rallier et faire un feu nourri bien que battant en retraite.
Alors les compagnies firent feu.
Cette décharge blessa quelques hommes et en tua trois; le reste, vigoureusement poussé par six compagnies du 13e, qui vinrent se réunir celles du 30e, chassèrent entièrement les tirailleurs du bois qui furent rejoindre leur ligne en bataille dans la plaine.
Ces douze compagnies débouchèrent du bois et allèrent se ranger en bataille devant la ligne de l'ennemi qui commença à faire usage de son artillerie. Pour ne pas laisser cet avantage lui seul, n'ayant point de canons à lui opposer, on l'approcha d'assez près pour engager la fusillade. Pendant ces dispositions, notre ligne s'était renforcée et de part et d'autre l'on se fusilla sans aucun succès marqué.
Vers quatre heures, l'ennemi abandonna ce point et jeta toutes ses forces sur le village de Golymin où se faisait la principale attaque et où se battait le VIIe Corps (Augereau).
Le 2e bataillon avait pris la direction vers la gauche.
Plusieurs fois, pendant sa marche, i1 fut menacé d'être chargé par la cavalerie qui le harcelait sans cesse. Sa bonne contenance en imposa aux cosaques qui, suivant leur coutume, ne faisaient que de vaines démonstrations.
Sur ce point, il n'y eut aucun engagement avec 1'infanterie. Quelques feux dirigés, et faits à propos sur la cavalerie, en débarrassèrent le bataillon et firent cesser ces menaçantes manoeuvres.
A la nuit, le 2e bataillon, les trois compagnies de réserve avec le drapeau du 1er bataillon, rejoignirent les six compagnies encore en bataille dans la plaine.
Cette journée coûta au régiment la perte de deux soldats tués et trente-deux sous-officiers et soldats blessés.
Le régiment fut prendre position sur la lisière du bois, avec défense de faire des feux en avant.
Toutes les compagnies firent alternativement le service de grand-garde, elles fournissaient sur le front et sur les flancs une ligne très serrée en sentinelles, ayant pour consigne d'exercer la plus grande surveillance.
La nuit fut affreuse.
Malgré cela l'on se battit avec acharnement jusqu'après onze heures du soir.
Le village de Golymin fut en partie brûlé.
La lueur de cet incendie permettait de distinguer les combattants et faisait entrevoir une scène horrible en éclairant le champ de bataille disputé pendant neuf heures de combat des plus opiniâtres et durant lequel i1 se fit plusieurs charges de cavalerie très meurtrières
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 27 décembre, la poursuite continue et quelques troupes du 3e Corps ont avec l'ennemi, se retirant sur Ostrolenka, un engagement d'arrière garde à Makow. On est en plein coeur de l'hiver; le mauvais état des routes sur un sol marécageux, détrempé par les pluies, ne permet plus d'avancer; les malades sont nombreux, l'armée a besoin de repos.

Napoléon décide de s'arrêter et de prendre ses quartiers d'hiver.

"Le 27, le régiment traversa le champ de bataille, changea de direction à droite pour prendre la route de Pultusk.
L'ennemi avait disparu et était en pleine retraite pour se jeter derrière la Narew.
Toute la division vint prendre position non loin du champ de bataille et sur la droite de la route de Golymin à Pultusk.
L'Empereur y passa pour se rendre dans cette ville.
Le 28 décembre, l'on resta sur cette position.
Le 29, ordre de prendre des cantonnements. Le régiment occupa trois villages. L'état-major fut s'établir celui de Skaszewo
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 30 décembre, le 3e Corps vient établir ses cantonnements dans l'angle formé par le Bug et la Narew; son quartier général est à Pultusk et ses avants postes s'étendent jusqu'à Brok sur le Bug, jusqu'à Ostrolenka sur la Narew.

Par ailleurs, les conscrits de 1806 étant arrivés dans les Dépôts, l'Empereur décide de les employer sur la ligne de communication en attendant le moment de leur incorporation dans les Bataillons de guerre. Il ordonne le 10 novembre au Maréchal Kellermann de prendre une Compagnie de 140 hommes dans chaque Dépôt et d'en former 4 Régiments provisoires à 2 Bataillons : un Major commande un Régiment, un Chef de Bataillon et un Adjudant-major chaque Bataillon. Il suffit que les conscrits soint habillés et armés ; leur instruction doit se faire dans les places. Après l'incorporation des soldats, les cadres doivent retourner en poste au Dépôt. Le 3e Régiment provisoire a son 1er Bataillon formé avec 5 Compagnies des 27e, 30e, 33e, 51e, 62e et son 2e avec 6 des 25e, 28e légers, 12e, 21e (2 Compagnies) et 111e. Fort de 1560 hommes, il part le 25 novembre pour Cassel, va le 20 décembre à Magdebourg et le 20 février 1807 à Berlin; envoyé le 20 mars à Posen, il en part le 24 avril pour Thorn, où il est incorporé le 27.

 

c/ Campagne de 1807

- Combat d'Heilsberg

Tambour de Fusiliers 1809 30e de Ligne Tambour de Fusiliers 1807-1808 30e de Ligne Tambour de Fusiliers 1809 30e de Ligne Tambour de Fusiliers 1809 30e de Ligne
Fig. 13 Tambour de Fusiliers 1809 d'après Carl (Fichier Carl, planche 50)
Fig. 13a Tambour de Fusiliers, 1809, d'après H. Feist pour Bucquoy (sources : documents Piton - Carl - Boeswilwald)
Fig. 13b Tambour de Fusiliers, 1807-1808 d'après Boeswilwald (Petits Soldats d'Alsace, planche 62)
Fig. 13c Tambour de Fusiliers, 1809, d'après Rigo (source : Carl)

En janvier 1807, le 30e de Ligne compte 46 Officiers et 1297 hommes répartis en deux Bataillons, au sein de la Brigade Brouard, 1ère Division Morand du 3e Corps Davout (Nafziger 807AAA - source : Foucart P., "Campagne de Pologne (novembre-décembre 1806 - Janvier 1807 (Pultusk et Golymin) d'après les Archives de la Guerre, Librairie Militaire Berger-Levrault & Cie, Paris, 1882).

Emplacement des troupes du 6e Corps d'armée dont le mouvement s'opèrera du 7 au 8 janvier 1807

 Division du Général Marchand, quartier général à Osterode
Brigade du Général Belair, quartier général à Liebstad
30e de Ligne
1er Bataillon à Liebmhül
2e Bataillon à Osterode

Rassemblement général à Passenheim

Source : Foucart, "La campagne de Pologne, novembre 1806, janvier 1807", tome II.

La Division Oudinot est réorganisée par ordre du 8 janvier : elle reste composée de 17 Bataillons, groupés en 8 Régiments. Chaque Bataillon a 6 Compagnies, soit les 2 Compagnies d'élite de 3 Bataillons différents; 2e Régiment, 2e Bataillon : Compagnies des 3e Bataillons des 30e, 48e, 61e (Belhomme, tome 4).

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 10 janvier 1807 (Nafziger - 807AXB)
Commandant : Oudinot
1ère Brigade : Général de Brigade Ruffin
2e Régiment :
4e Bataillon : Chef de Bataillon Chabert (19 Officiers, 520 hommes)
1ère Compagnie, Grenadiers 30e de Ligne
2e Compagnie, Voltigeurs 30e de Ligne

Source : Archives françaises, Carton C2 481

Napoléon supposait que l'hiver se passerait sans de nouveaux combats. Mais Bennigsen, qui a pris le commandement de l'armée russe, se persuadant que ses soldats souffraient moins que les Français du rude climat de la Pologne, décide de profiter des renforts qu'il a reçus pour essayer de nous surprendre. Il manoeuvre donc de façon à percer la gauche de notre ligne de commandement. Le 15 janvier, l'armée russe s'avance sans être aperçue, à l'abri des vastes forêts qui couvrent le littoral, traverse l'Alle et la Passarge et attaque le 26 à Mohrungen le Corps du Maréchal Bernadotte.

"Le 17 janvier 1807, l'on élargit les cantonnements. Le régiment fut réparti dans douze villages. L'état-major occupa celui d'Oldaki.
Le 18, la brigade fut prévenue que le général Ricard (Etienne-Pierre-Sylvestre (baron puis comte) né à Castres (Tarn) le 31 décembre 1771, décédé au château de Varès près de Recoules (Aveyron) le 6 novembre 1843) en prenait le commandement
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Situation du 3e Corps - 20 janvier 1807 (Nafziger - 806AAH)
Commandant : Davout
1ère Division : Morand
30e de Ligne : 1er et 2e Bataillons : 46 Officiers et 1297 hommes.

Source : Foucart P., "Campagne de Pologne (novembre-décembre 1806 - Janvier 1807 (Pultusk et Golymin) d'après les Archives de la Guerre, Librairie Militaire Berger-Levrault & Cie, Paris, 1882

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 20 janvier 1807 (Nafziger - 807AXD)
Commandant : Oudinot
1ère Brigade : Général de Brigade Ruffin
2e Régiment :
4e Bataillon : Chef de Bataillon Chabert (19 Officiers, 507 hommes)
1ère Compagnie, Grenadiers 30e de Ligne
2e Compagnie, Voltigeurs 30e de Ligne

Source : Archives françaises, Carton C2 481

Le même jour (26 janvier), les cantonnements de l'armée française sont levés et tous les corps manoeuvrent pour se porter sur le flanc gauche des Russes. Dans ce grand mouvement de conversion à gauche, le 3e Corps forme l'aile marchante.

"Le 28, les cantonnements furent levés. Le régiment vint le même jour sur les bords de l'Orezic, entre Pultusk et Pargnitz.
Le 29, marche forcée de 16 lieues en passant par Rozan, sur la Narew, où le général Ricard passa la revue du régiment, ensuite i1 se dirigea vers Ostrolenka où il arriva vers onze heures de la nuit et fut loger à deux lieues de cette ville sur la rive droite de la Narew
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 30 janvier, le 3e Corps arrive à Miszniec; le 1er février, à Ortelsbourg. Le 3, on aperçoit l'ennemi en position sur les hauteurs de Joukowo. On s'attend à une bataille. Le Maréchal Davout doit attaquer la gauche russe à revers, mais Benningsen, se voyant presque tourné et menacé d'être coupé de Koenigsberg, alors qu'il croyait surprendre Napoléon, se replie sur Landsberg afin de sauver ses communications.

"Le 30, il quitta la route de Grodno, qu'il avait suivie depuis son départ, toujours en remontant la rive de la Narew, et vint loger près de Myszyniec.
Le 1er février, il passa par Mysinietz et vint loger à Ortelsburg.
Le 3 à Passenheim
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Situation du 3e Corps - 1er février 1807 (Quintin - Eylau)

Commandant : Davout

1ère Division : Morand

30e de Ligne : 1er et 2e Bataillons : 46 Officiers et 1297 hommes.

Source : Livrets de situations de la Grande Armée conservés au SHD, Département Terre, sous la cote C2-476

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 2 février 1807 (Nafziger - 807BXB)
Commandant : Oudinot
1ère Brigade : Général de Brigade Ruffin
2e Régiment :
4e Bataillon : Chef de Bataillon Chabert (19 Officiers, 502 hommes)
1ère Compagnie, Grenadiers 30e de Ligne
2e Compagnie, Voltigeurs 30e de Ligne

Source : Archives françaises, Carton C2 481

Le 4, le 3e Corps arrive à Guttstadt; le 6, le Maréchal Davout, remontant avec la Division Morand la rive droite de l'Alle, arrive sur Heilsberg, pénètre dans la ville après avoir bousculé l'arrière-garde russe, s'empare des magasins et fait un grand nombre de prisonniers. La Division Morand perd dans ce combat : 2 Officiers et 14 Sous officiers et soldats tués, 7 Officiers et 92 soldats blessés. Le même jour, les Russes sont également battus à Hoff.

"Le 4 à Wartemburg.
Le 5 en avant de Guttstaedt.
Le 6, le régiment arriva devant Heilsberg qui était occupé par l'ennemi.
Des monticules qui sont sur la route de Guttstædt auraient pu servir défendre les approches de la ville, mais soit que l'ennemi fut dans l'intention de l'évacuer, i1 ne s'y arrêta point et prit une position derrière Heilsberg, sur un plateau qui domine la ville.
La Alle, rivière peu considérable en cet endroit, était la seule barrière qui nous séparait des Russes.
Notre artillerie se mit en position et commença par couronner le plateau. Le feu fut assez vif de part et d'autre sans être très meurtrier.
Les tirailleurs ennemis occupaient les bords de la rivière.
Le régiment reçut l'ordre de se poster dans le faubourg situé sur la rive gauche de la Alle où l'on établit un pont à la hâte.
Il le traversa avec le 13e régiment.
L'ennemi s'étant retiré, le régiment vint occuper le plateau. Là, il reçut l'ordre d'aller prendre position à une lieue sur la droite de la route d'Eylau
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Benningsen se concentre finalement à Eylau le 7. Ce jour là, le 3e Corps esrt réuni au complet à Hartenstein où l'Empereur, prévoyant que le lendemain, il aura à faire face à toute l'armée russe, envoie dans la soirée l'ordre au Maréchal Davout de se porter dès le matin sur Eylau. Davout fait répondre qu'il y sera au point du jour. Le soir même, Napoléon attaque Bennigsen et le force à lui abandonner le village après un combat acharné qui se prolonge dans la nuit.

 

- Bataille d'Eylau

Le 8 février avant le jour, le 3e Corps arrive dans les environs d'Eylau. Il est placé à droite de la Division Saint Hilaire du Corps de Soult, au village d' Serpallen et de Klein Sausgarten, vis à vis et un peu sur le flanc gauche de l'armée russe.

Ne pouvant plus se soustraire aux étreintes de son adversaire, Benningsen se décide à livrer bataille. A la pointe du jour, il y prélude par le feu de ses 400 pièces d'artillerie. Cette bataille d'Eylau est l'une des plus terribles de l'époque. Une neige épaisse couvre le sol. Des rafales de vent et des tourbillons de neige viennent, par intervalles, fouetter le visage de nos soldats et obscurcir parfois l'atmosphère, de façon à produire entre les adversaires des rencontres inattendues et des chocs d'une violence inusitée. Le rôle du Corps d'armée de Davout y est considérable. Parti de Hartenstein la nuit, il se trouve de bonne heure en mesure d'agir sur la gauche des Russes. La division Morand, qui marche en tête, leur enlève Serpallen au moment où leur droite se jette sur notre centre, vers Eylau, avec la prétention de nous couper.

"Rapport du Général Morand.
Le Général Morand arrive sur la position de Serpallen, il eut ordre d'attaquer l'ennemi, en conséquence la 1ère Brigade de sa Division, sous les ordres du général Ricard, se porta en avant. Le 30e marcha sur la gauche de Serpallent, le 13e et le 2e Bataillon du 17e passèrent au milieu et sur la droite du même village; toute la Brigade vint se porter en avant; le 1er Bataillon du 17e avait ordre de se placer sur la droite, en échelon de réserve. La compagnie d'artillerie légère, commandée par le Capitaine Beauvisage soutint ce mouvement qui s'exécuta avec une grande impétuosité, sous le feu d'une artillerie formidable que les Russes avaient placée sur les hauteurs, à 200 toises. La 2e Brigade (Général d'Hormières) était en réserve. Tandis que la Division Friant, droite du corps d'armée, s'emparait de Klein Sausgarten, la 1ère Division soutenait, à la gauche, avec la plus grande intrépidité, les attaques de l'ennemi, en avant du village de Serpallen. Il avait réuni des force très considérables, il s'était porté sur la Division du général Saint Hilaire et sur celle du général Morand. Mr le Maréchal fit aussitôt entrer en ligne le premier Bataillon du 17e Régiment qui remplaça le 13e d'Infanterie légère qui avait essuyé de grandes pertes et que l'on mit en réserve. Le 30e et le 17e Régiments avaient à leur gauche un bataillon du 10e Régiment d'Infanterie légère de la Divison St Hilaire et, à leur droite, à quelque distance, les deux lignes du 61e Régiment
".

"Hier, 8 février, à six heures et demie du matin, ma division arrivait au village de Peleken, lorsque je reçus l'ordre de Votre Excellence de suivre la marche de la division Friant et de déployer en colonnes sur les hauteurs en arrière du village de Serpallen.
La brigade du général Ricard était à peine formée sur trois colonnes avec l'artillerie légère dans les intervalles, que je reçus ordre de prendre poste en avant du village de Serpallen et celui d'attaquer l'ennemi qui couronnait d'une ligne considérable d'infanterie, renforcée d'une artillerie nombreuse, les hauteurs qui dominent ce village. Vous me donnâtes aussi l'ordre de me lier par ma gauche avec le 4e corps.
Le 13e régiment s'avança par la droite du village, le 17e par le centre et le 30e par la gauche. Les régiments de portèrent aussitôt en avant sous le feu le plus terrible d'artillerie qui, bientôt, réduisit les bataillons à moitié, et trois pièces d'artillerie légère furent démontées ; cependant on tint ferme. Cette perte ne put ébranler le courage des troupes et le 30e de se lier par sa gauche au 10e régiment d'infanterie légère de la division Saint-Hilaire.
Pendant ce temps, le général d'Honnières avait déployé les colonnes des 51e et 61e régiments et se tenait en réserve, d'après vos ordres, entre la division Friant et ma première brigade en arrière du village de Serpallen...
" (Rapport du Général Morand au Maréchal Davout - Au bivouac d'Eylau - 9 février 1807).

Tambour de Voltigeurs 30e de Ligne 1808 Tambour de Voltigeurs 1809 30e de Ligne
Fig. 14 Tambour de Voltigeurs en 1808, d'après Collection Schmidt
Fig. 14a Tambour de Voltigeurs, 1809, d'après H. Feist pour Bucquoy (sources : documents Piton - Bezard)

Après avoir ainsi rétabli l'équilibre et permis à Napoléon de reprendre l'offensive au centre, Davout continue à se rabattre de plus en plus, à l'aide de ses deux autres Divisions, sur le flanc gauche des Russes, resserrant l'espace déjà restreint sur lequel ils ont entassé leurs 80000 hommes, et contribuant ainsi à rendre plus destructeur le feu de notre artillerie, moins nombreuse mais mieux portée que la leur. Le pivot de ce mouvement est l'intrépide Division Morand dont le 30e, en première ligne, forme l'échelon de gauche. Elle a dépassé Serpallen et prend position en avant de ce village, quand tout à coup elle se trouve en face d'un corps considérable exécutant contre elle un retour offensif sous la protection de 30 bouches à feu. On reçoit les Russes à portée de pistolets, et après des feux de Bataillon, on se jette sur eux. Ils fuient en désordre nous laissant leurs 30 canons :

"L'armée russe n'était plus qu'à 200 pas; elle arrivait, tête baissée, la baïonnette en avant, soutenue par 30 bouches à feu. On s'approche à demi portée de pistolet, mais les Russes disséminés et effrayés par le feu que faisaient, en marchant, nos bataillons, lachèrent pied et s'enfuirent dans le plus grand désordre, abandonnant leur artillerie dont les canonniers furent tués sur leurs pièces. La victoire était complète : 30 bouches à feu étaient au pouvoir du général Morand. Il ne s'agissait plus que de reformer les rangs pour assurer la position, lorsqu'un corps de cavalerie et d'Infanterie que les Russes avaient en réserve et que les tourbillons de neige et les accidents du terrain avaient dérobé jusqu'alors, fondit sur le bataillon du 10e Régiment d'Infanterie légère, de la Division St Hilaire, qui appuyait la gauche de la Division Morand. Ce bataillon renversé eur la 1ère Division y porta le désordre et elle fut refoulée à 2 ou 300 pas sans pourtant que l'ennemi put y pénétrer; un corps de dragons de la Division Klein arriva et permit aux bataillons de se reformer en avant de Serpallen qui resta au pouvoir du général Morand" (Rapport du Général Morand).

"Vers midi, les bataillons étant réduits au tiers, je fis avancer à la gauche de ce village, le 61e régiment, le général d'Honnières me dit alors que vous aviez disposé du 51e. Vers une heure après midi, la ligne d'infanterie de l'ennemi, contre laquelle nous combattions depuis cinq heures, descendit des hauteurs, s'avançant sur nous à la baïonnette. Nous courûmes à sa rencontre ; cette ligne fut renversée, mise en fuite et poursuivie jusqu'à ses canons dont nous nous emparons. Dix-huit bouches à feu étaient à notre pouvoir, nous étions maîtres des hauteurs dominant la route de Königsberg, un grand nombre de prisonniers ne pouvait nous échapper", dit le Général Morand dans son rapport au Maréchal Davout. "Le succès était complet et l'on reformait les rangs pour assurer la position, lorsqu'un corps de cavalerie que les Russes avaient en réserve et que les tourbillons de neige et les accidents du terrain avaient dérobé jusqu'alors, fondit sur un bataillon de la division Saint-Hilaire qui appuyait la gauche de la division Morand. Ce bataillon, renversé sur cette dernière, y porte un instant le désordre et l'oblige à se rejeter à deux ou 300 pas en arrière" (rapport du Général Morand cité dans l'Historique régimentaire). "Lorsque tout à coup, une colonne de dragons russes, que les accidents du terrain nous avaient cachée, tombe sur le flanc d'un bataillon du 10e d'infanterie légère qui ...(mot illisible)...en colonne avait appuyé la gauche de notre ligne, tandis que le 61e formé sur deux lignes couvrait la droite. Le bataillon du 10e se renverse sur notre ligne, les bataillons se groupent, les efforts des officiers ne peuvent parvenir à former un carré ; l'ennemi presse sur tous les points un groupe qu'il ne peut pénétrer, mais qu'il refoule une centaine de toises ; quelques escadrons de dragons arrivent qui occupent l'ennemi et donnent ainsi le temps à l'infanterie de se reformer. La division Saint-Hilaire, qui avait beaucoup souffert, ne put nous soutenir. D'après ce que m'avait dit et fait dire le général Saint-Hilaire, j'avais cependant compté sur elle dans le mouvement offensif que ma division a fait" (Rapport du Général Morand au Maréchal Davout - Au bivouac d'Eylau - 9 février 1807).

Cornet de voltigeurs 1809 30e de Ligne Cornet de Voltigeurs 1807-1808 30e de Ligne Officier de Voltigeurs 30e de Ligne 1809 Cornet de Voltigeurs 1809 30e de Ligne
Fig. 15 Cornet de Voltigeurs 1809 d'après Carl (Fichier Carl, planche 50)
Fig. 15a Cornet de Voltigeurs 1807-1808 d'après Boeswiwald (Petits Soldats d'Alsace, planche 62)
Fig. 15b Cornet de Voltigeurs en 1809, d'après Bucquoy (source : documents Piton - Carl - Boeswilwald) Fig. 15c Cornet de Voltigeurs en 1809, d'après Rigo (source : Carl)

Le 30e, qui est voisin de ce Bataillon, est particulièrement incommodé par ce faux mouvement et en même temps reçoit le choc d'un véritable ouragan de cavalerie. Alors que le Régiment combat dans des conditions défavorables, et subit de lourdes attaques, le Porte Aigle tombe, blessé, et le Régiment commence à hésiter. Le Fourrier Morin saisi alors le drapeau des mains du Porte-aigle, et pour encourager son Régiment, se jette sur les Russes, entraînant quelques pelotons du Régiment. Ceci raffermi les hommes, mais malgré son énergie et son sang-froid, Morin se retrouve entouré de cavaliers russes qui tentent de le sabrer, et il se trouve engagé dans un combat féroce. Frappé de nombreux coups de sabre, il tombe à terre, baigné dans son sang; à bout de forces, hors d'état de combattre, il enfonce sa précieuse Aigle dans la neige sous son corps, et reste dans cette critique position jusqu'à ce que le 30ème parvienne à forcer les Russes à retraiter. Alors seulement il peut rejoindre ses camarades qui l'acclament par leurs cris enthousiastes. Avant de s'évanouir en raison de la perte de sang causée par ses blessures, Morin leur montre comment il a caché l'aigle. Morin récupèrera de ses blessures. Promu Sergent major, il se voit attribuer la Légion d'Honneur le 14 avril 1807, et survivra à toutes les guerres napoléoniennes pour terminer sa carrière avec le grade de Capitaine.

Les cavaliers russes, menacés d'être enveloppés, sont promptement ramenés en arrière, car, à droite, Friant et Gudin continuent leur progrès tandis que les exploits de la Garde à l'arme blanche et les charges légendaires des cuirassiers nettoient la partie centrale du champ de bataille. La victoire est assurée. Mais un nouvel effort est encore demandé au brave 30e "qui, malgré les pertes qu'il venait de faire, dit le Général Morand, montrait encore la plus grande intrépidité". Pendant que la Division prend pied définitivement sur les mamelons en avant de Serpallen qui forment un des noeuds de la ligne et d'où il ne sera plus possible à l'ennemi de la déloger, le 30e est appelé à l'extrême droite du 3e Corps, avec mission de couvrir, vers Lampsach, le flanc des Divisions Friant et Gudin. Ces Divisions qui menacent la ligne de retraite de Benningsen, deviennent, jusqu'à 10 heures du soir, l'objectif des assauts de ses dernières réserves et notamment du Corps de Lestocq, arrivé sur le terrain vers la fin du jour : assauts terribles qui furent pour le 3e Corps la phase la plus critique de la journée. Enfin les Russes nous abandonnent ce sombre champ de bataille où ils ont perdu 30000 hommes tués, blessés ou pris et 16 drapeaux.

"A droite, la 3e Division refoulait les Russes presque vis à vis d'Ankloppen; à la suite de ce mouvement, l'ennemi se trouvait tourné, il dut abandonner de nouveau les mamelons, en avant de Serpallen, que le général Morand avait d'abord enlevé aux Russe et que ceux-ci avaient repris; il s'y reporta de niveau et les conserva le reste de la journée; ces mamelons servent de pivôt aux opérations que Mr le Maréchal veut faire exécuter sur son centre et sur la droite. Il masse la Division Gudin vis à vis Antkloppen avec 6 pièces de 12 et détacha, à son extrême droite, le 30e Régiment de la 1ère Division qui, malgré les grandes pertes qu'il venait de faire, montrait encore la plus grande intrépidité. Le régiment en donna de nouvelles preuves dans le reste de la journée, en conservant l'extrémité des bois, au débouché vers Lampasch où Mr le Maréchal l'avait envoyé.
Les villages d'Anklappen et de Kusckitten sont enlevés par le 51ème et 4 compagnies du 108ème, mais tout le corps prussien de Lestock arrive à ce moment et reprend les deux villages; les Russes se rallient. Ce moment fut le plus critique de la bataille, il ne restait plus qu'une demie heure de jour, Mr le Maréchal réunit toute son artillerie sur les mamelons à hauteur d'Antkloppen; les Prussiens et les Russes s'opiniatrèrent à attaquer jusqu'à trois reprises différentes mais ce fut en vain; leur nombreuse artillerie et leurs masses d'infanterie furent toujours reçues avce calme par des gens décidés à périr. L'artillerie du 3e Corps, disposée sur les mamelons, fit éprouver à ces masses des pertes énormes et fit échouer toutes leurs tentatives renouvelées jusqu'à six heures du soir, époque à laquelle les Prussiens firent leur retraite sur Friedland, les Russes dans la direction de Koenigsberg
" (Rapport du Général Morand).

"Cependant, l'ennemi ayant été vivement attaqué sur la route de Königsberg, nous reprîmes les hauteurs, où nous nous sommes maintenus jusqu'à la nuit, que nous y avons passée, et d'où ses colonnes ont été vivement canonnées. La division a fait des efforts prodigieux. Jamais troupe n'a déployé plus de courage, de fermeté, de valeur et d'audace. L'énorme perte qu'elle a faite en est la malheureuse preuve. Elle s'est trouvée pendant six heures sous un feu terrible d'artillerie et de mousqueterie ; l'espace qu'elle a parcouru pour arriver à l'ennemi est marqué par des légions de cadavres" (Rapport du Général Morand au Maréchal Davout - Au bivouac d'Eylau - 9 février 1807).

"Dimanche 8 février 1807.
Le 8, à la pointe du jour, l'armée russe et prussienne attaqua en force la ville d'Eylau dont le IVe Corps d'armée (Soult) s'était emparé la veille.
Des attaques multipliées furent des tentatives inutiles pour repousser nos postes qui conservèrent toutes les positions quoique ceux qui les défendaient fussent en nombre inférieur aux assaillants.
L'action était engagée lorsque le régiment arriva sur le champ de bataille.
Il forma les colonnes d'attaque en arrière du village de Schmoditten et avança en cet ordre, mais le boulet commençant à l'approcher, i1 se déploya avant d'arriver au village.
Il marcha en bataille en laissant Smoditten sur la droite.
La marche était flottante, n'ayant aucune direction assurée. Tous les points étaient obscurcis par l'immense quantité de neige qui tombait dans ce moment.
La mitraille commençait d'atteindre nos rangs lorsqu'on nous fit marcher par le flanc gauche.
Après avoir marché quelques pas dans ce feu, le régiment reprit la marche directe en allant droit à la formidable position occupée par l'ennemi et d'où i1 continuait à foudroyer les rangs.
Malgré tout ce qu'ils souffraient, la mitraille ne peut ni les arrêter, ni les désunir.
Le Colonel Valterre fut atteint d'un coup de biscayen au bras droit; cette blessure ne l'empêcha point de suivre le régiment et de profiter de sa bonne disposition pour marcher en avant; mais un instant après, il reçut un autre coup de feu au genou gauche qui le mit dans l'impossibilité de se soutenir plus longtemps sur le champ de bataille.
C'est au pied de la position qu'il reçut ce second coup. Alors le régiment avait plus de trois quarts de son monde hors de combat. Le peu qui restait, plein de confiance, était animé du même esprit et donna bientôt des preuves.
Enfin l'on arriva à cette terrible position qui fut emportée avec intrépidité par le peu de monde qui n'en avait pas été victime et l'on se rendit maître d'un point qui avait occasionné tant de pertes.
L'on fut délogé par un de ces événements que l'on ne peut prévoir dans des moments semblables quoique toujours ils se rapportent aux choses les plus simples; mais ce mouvement rétrograde ne dura pas longtemps. Chaque régiment se rallia avec beaucoup de célérité et le 30e se fit remarquer pour être un des premiers prêts à reprendre l'offensive.
L'on remarcha en avant, l'on se battit encore et la nuit ne fut point un obstacle pour arrêter la fureur des deux partis. Enfin l'arrivée du VIe Corps d'armée (Ney) força l'ennemi à nous abandonner le champ de bataille qui était de part et d'autre encombré de morts, de mourants et de blessés
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le Général Morand énumère les pertes de la Division; il cite entre autres : le Colonel Valterre, du 30e, qui "fut blessé de manière à en rester estropié toute sa vie". Dans cette horrible journé, la Division Morand a eu 2926 hommes atteints par le feu, parmi lesquels 28 Officiers tués et 77 blessés, 247 hommes tués et 2574 de blessés. Dans ces chiffres, le 30e entre pour une bien large part; outre son brave Colonel, nous relevons parmi les Officiers et les Sous officiers qui plus tard arrivèrent à l'épaulette les noms suivants :

- Bonnet (Jean), Capitaine de 3e classe, tué.
- Voiturier (Joseph Benjamin), Lieutenant de 1ère classe, tué.
- Miennay (Jean Baptiste), Sous lieutenant, tué.
- Mazier (Jean Louis), Sous lieutenant, tué.
- Carrière (Jean Baptiste), Sous lieutenant, tué.
- Larcher (Gilles), Sous lieutenant, tués.
- Pinson (Jean), Sous lieutenant, tués.
- Morin (Nicolas Christophe), Lieutenant, blessé.
- Girardet (Nicolas), Lieutenant, coup de feu à la jambe droite.
- Devaux (Charles Jospeh), Sous lieutenant, coupde biscaïen à la cuisse droite.
- Marie (François), Sous lieutenant, coup de feu à la jambe gauche.
- Martel (Sous lieutenant), coup de feu au genou gauche.
- Morin (Pierre), Sous lieutenant, deux coups de feu à la tête.
- Charbonnier (Germain), Sous lieutenant, coup de feu au flanc droit.
- Lamothe (Pierre Fiacre), Sous lieutenant, coup de feu à la tête.
- Moireau (François), Sergent major, atteint d'un coup de sabre et de six coups de lance.
- Vavasseur (Jean Louis), Sergent fourrier, atteint de deux coups de sabre sur la tête et de deux aux bras.
- Sirandelle (Joseph), Sergent, atteint de deux coups de lance.
- Delage (Pierre), Sergent, atteint d'un coup de feu.
- Fournier (Barnabé), Sergent, blessé d'un coup de biscaïen.
- Clapier (Etienne), Caporal, atteint d'un coup de feu.
- Causse (Pierre), Caporal, coup de feu au bras gauche.

Martinien donne les Capitaines Bonnet, Voiturier, les Lieutenants Miennay, Pinçon, les Sous lieutenant Larcher et Mazier et comme blessés le Colonel Walter (sic), le Chef de Bataillon Villemain, les Capitaines Duthoya, Jacobé, Santou et Grelet, les Lieutenants Dulau, Rolin et Berthier, les Sous lieutenants Devaux, Duval, Girardot, Marie, Morin et Benoit. "Il est impossible de donner l'état des tués et des blessés ; je vous envoie la feuille d'appel ; demain, j'espère avoir des notions plus exactes sur notre perte. Le général d'Honnières a été très grièvement blessé ; les colonels Valterre du 30e et Faure du 61e l'ont été moins dangereusement, le premier l'a été deux fois. Les chefs de bataillon Terrier et Teruhet (?) du 13e, Moeller du 17e, Vuillemin du 30e, le capitaine Dutoyer (?) commandant le 1er bataillon du 30e ont été blessés. Je ne puis vous faire trop d'éloges des généraux Ricard et d'Honnières ; ils ont montré autant de bravoure que d'habileté et d'intelligence ; ainsi que les colonels Valterre , Lanusse, Guyardet et Faure. Mes aides de camp Morand et Parguez (?), les capitaines-aides Sallée et Gallardée m'ont parfaitement secondé ; le dernier a été blessé deux fois. Mon aide de camp Morand a eu un cheval tué, et Parguez a été blessé et a eu aussi un cheval blessé" (Rapport du Général Morand au Maréchal Davout - Au bivouac d'Eylau - 9 février 1807).

"Cette sanglante journée mit tout l'état-major du régiment hors de combat et lui fit déplorer le sort des braves capitaines Bonnet, Voiturier et Miennay, du lieutenant Pinson et du sous-lieutenant Mazier, ainsi que de quatre-vingt-deux sous-officiers et soldats blessés, non compris vingt-trois officiers.
Le nommé Perruque, caporal de la 8e compagnie du 2e bataillon, est digne d'être cité pour un trait de courage.
Resté sur le champ de bataille, ayant les deux jambes fracassées par un boulet, des soldats moins blessés l'approchent et déplorent sa situation. Il leur répond avec calme :
«C'est notre métier et i1 est beau de finir quand c'est pour la gloire de la France et de l'Empereur».
Il demande un couteau duquel i1 se sert pour couper lui-même quelques chairs par lesquelles ses jambes tenaient encore. L'opération finie, i1 rend le couteau en disant :
«Me voilà plus leste, ça ne fait point mal».
Les soldats le transportèrent à l'ambulance, où i1 supporta l'amputation des deux membres avec le même courage qu'il avait montré. I1 succomba par la suite, moins des douleurs, que du manque de soin que les circonstances ne permettaient pas de lui donner
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

D. et B. Quintin notent au total pour le Régiment 6 Officiers tués, 81 Sous-officiers et soldats morts (40 tués, et 41 mortellement blessés), soit 87 morts; auxquels ils ajoutent 64 cas incertains, rayés des contrôles car sans nouvelle après blessure à Eylau, et 4 cas, morts après le 8 février 1807 par suite de blessures sans autre précision.

Jusqu'au 16 février, la 1ère Division bivouaque dans les environs de Kopsten; le 16, les Russes s'étant retirés, toute l'armée fait un mouvement rétrograde pour rentrer dans ses cantonnements le long de la Passarge et jouir d'un repos fortement mérité.

"Le régiment bivouaqua sur le champ de bataille où i1 resta jusqu'au 9 au soir, où i1 quitta cette position et fut cantonner en avant dans le village de Poschlopchen (?).
L'épuisement du pays, une armée nombreuse concentrée dans un très petit rayon furent les seuls motifs qui décidèrent l'évacuation de ces cantonnements
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

"La brillante conduite des compagnies de grenadiers et de voltigeurs du régiment, qui font partie de la division, ne peut être passée sous silence et les lieux où elles ont donné des preuves de courage méritent d'être cités.
Le 16 février 1807, à l'affaire d'Ostrolenka, l'ennemi ayant fait une fausse attaque sur sa gauche, se porta avec toutes ses forces sur Ostrolenka qu'il attaqua sérieusement.
Les troupes qui se trouvaient sur ce point étaient, par le nombre, incapables de résister.
Elles y suppléèrent par le courage.
Les grenadiers et les voltigeurs du régiment étaient chargés de garder une position défendue par deux, pièces de canon devant laquelle l'ennemi se présenta plusieurs fois pour les enlever. I1 en fut constamment repoussé par ces deux compagnies qui, pendant toute l'action, restèrent maîtresses de ce poste.
Cette noble résistance occasionna la perte de vingt-huit sous-officiers et soldats tués et soixante-cinq blessés
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

"Le régiment quitta le sien le 17 et vint le même jour loger à deux lieues en avant de Bartenstein où il repassa la Alle.
Le 18 février à Heilsberg et fut loger à Queitz (?).
Le 21, il traversa Allenstein et vint à Heinriebsdorf.
Le 22, il fut loger à Steffenswerlde, près de Gilgenburg.
Le 25, l'on prit des nouveaux cantonnements entre Gilgenburg et Heidenbourg. Le régiment occupa Domnau.
Le 28, les cantonnements furent levés et on vint le même jour loger près de Osterode.
Le 1er mars, séjour
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 20 février 1807 (Nafziger - 807BXA)
Commandant : Oudinot
1ère Brigade : Général de Brigade Ruffin
2e Régiment :
4e Bataillon : Chef de Bataillon Chabert (17 Officiers, 386 hommes)
1ère Compagnie, Grenadiers 30e de Ligne
2e Compagnie, Voltigeurs 30e de Ligne

Source : Archives françaises, Carton C2 481

Le 1er mars, le 3e Corps établit ses cantonnements entre Hohenstein sur la Passarge, et Allenstein sur l'Alle; la 1ère Division, placée en tête, occupe les environs d'Allenstein, le 30e est dans la ville.

Pour mettre Allenstein et son château à l'abri d'un coup de main, on les entoure de retranchements que l'on construit avec du bois et du fumier, la gelée ne permettant de remuer la terre; le 30e est employé à ces travaux. Jusqu'à la fin de mai, le 3e Corps occupe les mêmes cantonnements. L'effectif du 30e est à ce moment de 2519 hommes.

"Le 2, i1 fut loger à Schönbruck.
Le 3, le régiment entre dans Allenstein d'où les cosaques avaient été chassés la nuit précédente.
Le 13e, le 17e et le 30e furent logés ensemble et firent ensemble le service des avant-postes. Les cosaques venaient tous les jours roder aux environs de la ville qui fut mise en état de défense et à même de résister à une attaque sérieuse.
La pénurie de vivres forçait les régiments à faire très fréquemment des «fourrages» dans un rayon de deux à trois lieues autour d'Allenstein. Lorsqu'ils retournaient chargés du fruit de leurs laborieuses recherches, les cosaques venaient leur en disputer la possession en harcelant la marche. Quelques fois, ils ont pris des soldats éloignés de la colonne, mais jamais ils n'ont été assez adroits pour reprendre des vivres.
Le 12 mars, le régiment alors commandé par le capitaine Abersoux fit une reconnaissance sous les ordres du colonel Exelmans du 1er régiment des Chasseurs à cheval. I1 rencontra le grand-duc de Berg à Wurtembourg, avec une nombreuse cavalerie qui venait de parcourir la ligne.
Le grand-duc donna ordre au colonel Exelmans de se porter en avant avec son régiment et le 30e qui furent prendre position dans un village à deux lieues en amère de Feetbourg (?) où les Russes avaient un nombreux quartier.
Les cosaques restèrent toute la nuit en présence de nos postes.
Ils chargèrent le village afin d'attirer par ce mouvement les cosaques sous le feu de l'infanterie embusquée dans le cimetière et le long des palissades qui entourent le village. Ils se méfièrent de quelque stratagème car, après une légère tentative, ils ne poussèrent pas très loin. Ils se retirèrent sans rien entreprendre le reste de la nuit.
Pendant la nuit, le colonel Exelmans reçut, par un officier d'ordonnance du quartier général du grand-duc de Berg, l'ordre de rentrer au jour.
Le 13 au matin, l'on se mit en mouvement.
Les chasseurs formèrent l'arrière garde.
Dans un court espace de terrain qu'ils avaient à parcourir, ils furent constamment harcelés par les cosaques qui n'osèrent jamais les charger, quoique infiniment en nombre supérieur. Au contraire, i1 leur en coûta la perte de quelques chevaux que les chasseurs mirent hors service à coups de carabine.
Pendant ce démêlé, la compagnie de grenadiers fut s'embusquer à l'entrée d'un bois et le reste de la troupe continua à filer. Mais les Cosaques ne donnèrent pas plus dans cette embuscade que dans l'autre. Ils s'aperçurent à l'habit que nous n'étions pas leur gibier, c'est pourquoi ils se rabattirent sur leur gauche et furent se dédommager sur une division de dragons du mauvais succès de leur première tentative en lui enlevant trente hommes qu'ils bousculèrent dans un défilé.
Nous continuâmes tranquillement notre route, croyant de rentrer à Allenstein le même jour, mais à une lieue de la ville, le colonel Exelmans reçut l'ordre de revenir sur Alt­Wartembourg avec toute la troupe pour veiller à la sûreté d'une division de dragons qui venait d'y arriver.
Il obéit à cet ordre.
Arrivé à Alt-Wartembourg, l'on plaça des postes sur toutes les avenues pour prévenir tout événement.
Pendant la nuit, i1 y eut une fausse alerte.
Le colonel Exelmans fit battre la générale.
Le 1er régiment de Chasseurs et le 30e prirent les armes tandis que les dragons, dans la plus parfaite sécurité, gardèrent les maisons, disant pour raison que la générale ne regardait que l'infanterie.
Le lendemain 14, cette cavalerie reçut l'ordre de rentrer dans ses cantonnements respectifs et nous à Allenstein, à Hohenstein, le 1er bataillon à droite, le 2e à gauche, faisant front à la Alle. Les voltigeurs furent campés sur les bords de cette rivière et sur la route d'Allenstein à Gross-Bertun, village situé sur la rive gauche de cette rivière
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Sapeur 1809 30e de Ligne
Sapeur 1807-1808 30e de Ligne
Fig. 16 Sapeur en 1809 d'après Carl (Fichier Carl, planche 50)
Fig. 16a Sapeur 1807-1808 d'après Boeswilwald (Petits Soldats d'Alsace planche 62)
Sapeur 30e de Ligne 1809 Sapeur 1810 30e de Ligne
Fig. 16b Sapeur en 1809, H. Feist pour Bucquoy (source : documents Piton - Carl - Boeswilwald) Fig. 16c Sapeur en 1810 d'après Rigo qui indique comme source "Notes manuscrites de Carl"

 

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 19 mars 1807 (Nafziger - 807CXB)
Commandant : Oudinot
1ère Brigade : Général de Brigade Ruffin
2e Régiment :
4e Bataillon : Chef de Bataillon Chabert
1ère Compagnie, Grenadiers 30e de Ligne : 3 Officiers, 61 hommes
2e Compagnie, Voltigeurs 30e de Ligne : 2 Officiers, 51 hommes

Source : Archives françaises, Carton C2 481

 

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 30 mars 1807 (Nafziger - 807CXC)
Commandant : Oudinot
1ère Brigade : Général de Brigade Ruffin
2e Régiment :
4e Bataillon : Chef de Bataillon Chabert
1ère Compagnie, Grenadiers 30e de Ligne : 2 Officiers, 61 hommes
2e Compagnie, Voltigeurs 30e de Ligne : 3 Officiers, 54 hommes

Source : Archives françaises, Carton C2 481

Le 31 mars, depuis Osterode, Napoléon décide d'accorder 18 aigles d'honneur, dont neuf aux Officiers, et neuf aux Sous officiers et soldats, aux Régiments qui se sont distingués à Eylau. Parmi les hommes du 30e, est particulièrement distingué le Sergent major Pierre Augustin Morin qui "a reçu trois coups de sabre à Eylau en sauvant l'aigle de son bataillon".

Le 1er avril 1807, le 30e de Ligne (2 Bataillons, 1129 hommes) se trouve au sein de la Brigade Lacour, 1ère Division Morand, 3e Corps Davout.

"Par décret rendu au camp impérial de Finckenstein, le 14 avril 1807, Sa Majesté a nommé membres de la Légion-d'Honneur, les militaires ci-après désignés :
30e régiment d'infanterie de ligne.
MM. Pluchet, Amiet, Bonneville, Sauton, Dumesnil, Berthier, capitaines; Peychers, Richard, lieutenans; Jacquemin, chirurgien-major; Herbin, Lingrand, Mignard, Derigny, sergens; Morin, sergent major; Bertrand, fusilier ; Capy, grenadier ; Patureau, voltigeur; Porcher, grenadier
" (Les Bulletins de la Grande armée : précédés des rapports sur l'armée française, depuis Toulon jusqu'à Waterloo, extraits textuellement du Moniteur et des Annales de l'empire : histoire militaire du général Bonaparte et de l'empereur Napoléon, avec des notes historiques et biographiques sur chaque officier. Tome 4 / par Adrien Pascal).

Une autre source (Sabretache) indique que ce sont les Capitaines Amiet, Berthier, Dumesnil, Peychers, Pluchet, Sauton; le Lieutenant Richard; le Chirurgien major Jacquemin; le Sergent major Morin; les Sergents Derigny, Herbin, Lingrand, Mignard; les Grenadiers Capy, Porcher; le Voltigeur Patureau et le Fusilier Bertheraud qui ont été faits Chevaliers de la Légion d'Honneur.

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 15 avril 1807 (Nafziger - 807DXB)
Commandant : Oudinot
1ère Brigade : Général de Brigade Ruffin
2e Régiment :
4e Bataillon : Chef de Bataillon Chabert
1ère Compagnie, Grenadiers 30e de Ligne : 2 Officiers, 65 hommes
2e Compagnie, Voltigeurs 30e de Ligne : 3 Officiers, 57 hommes

Source : Archives françaises, Carton C2 481

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 30 avril 1807 (Nafziger - 807DXC)
Commandant : Oudinot
1ère Brigade : Général de Brigade Ruffin
2e Régiment :
4e Bataillon : Chef de Bataillon Chabert
1ère Compagnie, Grenadiers 30e de Ligne : 2 Officiers, 67 hommes
2e Compagnie, Voltigeurs 30e de Ligne : 3 Officiers, 55 hommes

Source : Archives françaises, Carton C2 481

Le 13 mai, les Cosaques et une colonne d'infanterie attaquent Allenstein; ils sont repoussés avec perte par les troupes de la 1ère Division. Après cette attaque et pour mieux préserver la ville, on démolit le faubourg et on construit sur son emplacement des redoutes et divers retranchements. Le flanc gauche de l'armée est ainsi couvert contre les incursions des Cosaques.

"Le 13 mai, les Russes vinrent attaquer Allenstein.
Ils canonnèrent longtemps, mais n'en approchant pas assez pour faire accroire qu'ils voulussent prendre la ville.
S'ils avaient entrepris cette attaque pour connaître les forces qui étaient sur ce point, leur but fut manqué puisqu'on ne leur montra que ce qui était employé pour le service journalier de la place.
Ils se retirèrent avec quelques hommes en moins, tués et blessés, ainsi que plusieurs chevaux qui payèrent les frais de cette expédition.
Un sergent du régiment fut blessé dans cette affaire.
Aucun événement remarquable ne vint troubler la tranquillité de nos camps.
On s'y livrait à l'instruction et à surveiller la vigilance des postes qui ne fut jamais trouvée (sic) ni mise en défaut.
Des renforts venus de France avaient effacé les pertes de la deuxième campagne. Le zèle de ces jeunes soldats en faisait les émules des anciens desquels, pour les égaler, ne leur manquait que l'expérience que bientôt ils furent à même d'acquérir
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 15 mai 1807 (Nafziger - 807EXC)
Commandant : Oudinot
1ère Brigade : Général de Brigade Ruffin
2e Régiment :
3e Bataillon : Chef de Bataillon Fondousse
2e Compagnie, Grenadiers 30e de Ligne : 3 Officiers, 65 hommes
4e Bataillon : Chef de Bataillon Chabert
2e Compagnie, Voltigeurs 30e de Ligne : 3 Officiers, 56 hommes

Source : Archives françaises, Carton C2 481

Le printemps succèdant à l'hiver va ramener la reprise des hostilités; tandis que Napoléon se dispose à reprendre l'offensive, Bennigsen, voulant venger la prise de Danzig, se met en mouvement et entreprend de renouveler sa manoeuvre du mois de janvier. Napoléon en est informé le 1er juin.

Situation de la Division de Réserve (Oudinot) le 1er juin 1807 (Nafziger - 807FXC)
Commandant : Oudinot
1ère Brigade : Général de Brigade Ruffin
2e Régiment :
3e Bataillon : Chef de Bataillon Fondousse
2e Compagnie, Grenadiers 30e de Ligne : 3 Officiers, 65 hommes
4e Bataillon : Chef de Bataillon Chabert
2e Compagnie, Voltigeurs 30e de Ligne : 3 Officiers, 58 hommes

Source : Archives françaises, Carton C2 481

 

Sergent de Grenadiers 30e Demi-brigade
Fig. 17 Shako d'Officier attribué semble t'il au 30e de Ligne; communiqué par un de nos correspondants. On notera l'absence du chiffre 30 sur la plaque de shako qui peut laisser planer un doute quant à l'attribution de ce shako. Dans l'ouvrage de C. Blondieau consacré aux Aigles et shakos du 1er Empire, ce shako est présenté comme étant celui d'un Officier d'Infanterie légère.

Le 4 juin, Bennigsen attaque le Corps du Maréchal Ney à Guttstadt et l'oblige à reculer jusqu'à Aussendorf. Le 5 juin, la Division Morand quitte ses cantonnements et fait une reconnaissance sur Bergfreid. Le 7 juin, le 3e Corps tout entier prend position à Joukow et à Alt Schönenberg pour soutenir le Maréchal Ney qui devant des forces considérables a du exécuter un mouvement rétrograde à Deppen.

Le 9 juin, la 1ère Division précédée de quelques milliers de soldats, portant chacun, outre les armes, une fascine, traverse la Passarge et les maraix que cette rivière forme sur ses bords. Le 10 juin, la 1ère Division arrive à Altrirck en avant de Guttstadt.

"Le 6 juin arriva l'ordre de lever le camp.
Le 7, avant le jour, le régiment était déjà en marche et vint joindre le 51e dans son camp près d'Althof. Ensuite, i1 se mit en route sous les ordres du général Lacour (Nicolas-Bernard (baron). Né à Carignan (Ardennes) le 25 janvier 1771, décédé Gumpersdorf (Basse-Autriche) le 28 juillet 1809) et se dirigea vers Jonkowo où l'on fit halte dans une position que peu de temps après i1 quitta pour venir en prendre une autre à Landguth.
Le 8, les 30e, 51e et 61e régiments furent détachés sous les ordres du général Lacour. Ces trois régiments prirent la route d'Osterode et occupèrent la forte position de Locken (?), défilé entre deux lacs que l'on avait retranché avec soin.
La 3e division vint nous y relever et nous continuâmes notre route vers Osterode où l'on fit halte pour attendre une distribution de vivres. Lorsqu'elle fut finie, l'on se mit en route et l'on marcha toute la nuit pour aller joindre, près de Deppen, le Corps d'armée qui devait passer la Passarge.
Le 9 juin le passage de la rivière s'effectua près du village de Schlelitten (?) où l'armée avait déjà passé.
Nous la joignîmes près de Quetz et en avant de ce village. De là, le régiment continua d'avancer jusque sous Guttsatdt sur la route de Wozmdit (?)
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 11 juin, le 3e Corps se présente à Grossendorf. Bennigsen, dont les projets on échoué, est dans une situation périlleuse. Il s'est replié sur Heilsberg, où il a fait exécuter des travaux de défense considérables, et y soutient un violent combat. L'apparition du Corps de Davout sur son flanc gauche l'oblige à quitter la position, après avoir perdu sa ligne de retraite directe sur Koenigsberg. Pour la retrouver, et donc sauver Koenigsberg, il entreprend alors de descendre à toute vitesse la rive droite de l'Alle pour venir repasser sur la rive gauche à Friedland.

"Le 11, le régiment prit sa direction sur la droite en marchant sur Heilsberg. II traversa plusieurs camps grotestement (sic) construits, que l'ennemi avait abandonnés. II arriva vers huit heures du matin devant Heilsberg où toute l'armée se trouvait rassemblée.
Jamais sur un point aussi resserré l'on n'avait vu autant de troupes.
Toute la campagne fourmillait d'hommes et de chevaux.
Les forces de l'ennemi étaient aussi concentrées que les nôtres et la proximité des deux armées semblait annoncer une bataille.
L'on était encore dans ces mêmes positions lorsqu'on nous fit faire un mouvement sur la gauche, pour aller occuper la route d'Eylau.
En arrivant à cette position, l'on s'y canonna de part et d'autre mais sans aucun effet. Le bivouac fut établi sur la même ligne que l'on occupait étant en bataille
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

A propos des Compagnies de Grenadiers : "Le 11 juin 1807, devant Heilsberg le brave Carrière, lieutenant de grenadiers, fut emporté par un boulet au moment où il faisait des dispositions pour la défense d'un poste confié à sa garde. Sa mort a été généralement regrettée par tous les officiers" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 12 juin, le 3e Corps se met en marche sur Eylau. Le 14, les Corps de Davout, de Soult et de Murat se portent devant Koenigsberg pour en faire l'investissement. Ce jour là, le 30e se trouve à la 2e Brigade L'Huillier de la 1ère Division Morand du 3ème Corps de Davout. En route, le 3e Corps et la cavalerie de Murat reçoivent l'ordre de se diriger sur Wehlau, une grande bataille venant de s'engager à Friedland, afin d'être à portée de recommencer le lendemain si le succès était indécis.

Ordre de bataille français le 14 juin 1807 (Nafziger - 807FAE)
Centre gauche
Réserve de l'Armée : Lannes
Division Oudinot
1ère Brigade : Général de Brigade Ruffin
2e Régiment provisoire
4e Bataillon :
30e de Ligne

Le 15, le Maréchal Davout continue sa marche sur Friedland, lorsqu'il apprend la grande victoire remportée la veille; il se dirige sur Tapiau dans l'espoir de couper la retraite de l'armée russe.

"Pendant la nuit du 12 juin, l'ennemi évacua les positions d'Heilsberg et cette armée innombrable abandonna des retranchements, des redoutes qui semblaient devoir nous anéantir. Cela prouve que les ouvrages de l'art ne peuvent arrêter les conceptions du génie.
Le régiment prit sa direction sur la route d'Eylau en passant par Petershagen. Il arriva de nuit à la position située à une demi-lieue en arrière et sur la droite d'Eylau.
Le 13, l'on vint momentanément prendre position près d'Eylau et, sur ce mémorable champ de bataille, le 2e bataillon fut détaché sur la route de Bartenstein.
Le soir, le régiment abandonna ses positions et traversa l'ancien champ de carnage où les débris de la mort et des lambeaux de la destruction marquaient encore les lieux d'une honorable résistance. Il se dirigea sur la route de Koenigsberg et fut prendre position à cinq lieues en arrière de cette ville.
Un Corps nombreux de prussiens était encore dans Koenigsberg. Aux mouvements de leurs convois, l'on voyait qu'ils s'occupaient plutôt de moyens d'évacuation et de nos tirailleurs qui escarmouchaient sur la Pregel, dont plusieurs le traversèrent à la nage et en bateau.
Vers quatre heures du soir, un ordre arriva pour se mettre en route sur le champ.
On prit la direction de Friedland.
L'on avait marché environ six heures avec le plus de diligence possible lorsque l'ordre de s'arrêter arriva avec l'agréable nouvelle que l'ennemi venait d'être complètement battu à Friedland.
L'on bivouaqua sur le même terrain où cet ordre fut reçu
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

A propos des Compagnies de Voltigeurs et de Grenadiers : "Le 14, la bataille de Friedland, la compagnie de grenadiers se battit en ligne et les voltigeurs en tirailleurs.
Cette dernière compagnie fut obligée plusieurs fois de se rallier et de se maintenir, livrée à elle-même, contre des tirailleurs de cavalerie. Sa bonne conduite lui mérita les éloges particuliers du général Oudinot.
Cette journée mis trois officiers des voltigeurs hors de combat et les deux compagnies perdirent, en outre, dix-huit tués et soixante-quinze blessés
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Martinien indique effectivement pour la bataille de Friedland, que le Sous lieutenant Carrière a été tué, et que le Lieutenant Lourbert est blessé.

Le 19, le 3e Corps passe la Prégel et est porté sur Labiau.

"Le 16, en faisant des évolutions, l'on vint en face de Tappiau où toute la cavalerie passa le fleuve au gué et l'infanterie sur des bateaux. Le régiment avait effectué son passage le 17 à la pointe du jour.
Le 17, il fut prendre position un peu en avant de la ville en attendant le reste de la division. Lorsqu'elle fut entièrement passée, le régiment se dirigea vers Labiau, ne faisant qu'une petite marche, et prit position sur la Deime.
Le 18, i1 traversa Labiau, fit une halte de l'autre côté de la ville et fut bivouaquer à six lieues plus loin où il arriva la nuit.
Le 19, i1 passa par le village d'Obolmen (?) où l'Empereur était avec son quartier général. Toute l'armée réunie sur ce point marche vers Tilsit, sur le Niemen, où l'Empereur vint s'établir.
Le régiment prit position en arrière de la ville
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

La victoire de Friedland va amener la paix de Tilsitt. Dans cette brillante campagne de vingt jours, le Corps de Davout et par suite le 30e n'ont eu qu'à manoeuvrer. Quelques jours après la bataille, et pendant les négocitiations en vue de la paix, les armées françaises et russes se concentrent autour de Tilsitt; l'Empereur Napoléon et le Tsar Alexandre prennent plaisir, en témoignage d'estime et d'amitié, à se montrer réciproquement leurs troupes.

Du 19 au 20 juin, le 3e Corps cantonne à une demie lieue de Tilsitt. Des baraques en bois y sont construites et un camp régulier y est installé. Le 30e fait alors brigade avec le 51e, son effectif est de 2426 hommes.

Le 29 juin 1807, Napoléon, accompagné du Tsar Alexandre et du Roi de Prusse, Frédéric Guillaume, passe une grande revue au cours de laquelle il fait manoeuvrer en sa présence toutes les troupes du 3e Corps, placé sous les ordres du Maréchal Davout. Après la revue, les trois souverains visitent les cantonnements; Alexandre s'extasie sur le parti que le génie inventif du soldat français sait tirer des moindres ressources et, en particulier, il admire l'aspect des cuisines dont l'ordonnance, dit l'auteur anonyme de l'itinéraire du Quartier impérial, aurait flatté l'oeil d'un Parisien. Le Tsar se trouve alors au milieu des cuisines du 30e; il veut en goûter la soupe; puis avisant un soldat occupé à confectionner un plat de sa façon, il veut également y goûter. L'auteur cité plus haut ne dit pas s'il le trouva bon, mais du moins, il raconte qu'il demanda au cuisinier le nom de ce plat. Le soldat, sans se troubler, répond : "Mon Empereur, c'est de la ratatouille". Cette réponse donne beaucoup à rire à l'Empereur Alexandre qui fait remettre aussitôt cent ducats à la Compagnie à laquelle appartiennent la cuisine et le cuisinier.

"Le 21, il fut conclu un armistice entre les armées française et russe, qui fut ratifié le 22 par l'Empereur Napoléon et le 23 par l'Empereur Alexandre dont le quartier général était à Taurogen (?) sur la rive droite du Niemen.
Le 25 un autre armistice fut conclu avec l'armée prussienne.
Ce même jour, entrevue entre les deux Empereurs au milieu du Niemen dans un pavillon élevé à cet effet sur un radeau.
A la suite des armistices, plusieurs Corps d'armée rétrogradèrent, excepté le IIIe qui fut camper sur le Niemen, et la Garde Impériale qui resta dans Tilsit.
Le 26 juin, seconde entrevue à la suite de laquelle l'Empereur Alexandre vint s'établir à Tilsit avec une partie de sa Garde. Chaque division établit des camps définitifs, la 1ère fut campée à Kindski (?), à une lieue en arrière de Ragnit.
Le 28, le roi de Prusse arriva à Tilsit.
Maneuvre du Corps d'armée en présence des deux Empereurs et de ce monarque, des grands-ducs Joachim et Constantin, des princes Berthier et Kourrakin, des généraux Bennigsen et Kalreuth et plusieurs autres officiers de marque.
Les évolutions terminées, le Corps d'armée défila devant les trois souverains au son d'une nombreuse musique à laquelle Napoléon fit ordonner de jouer le Chant du Départ.
Monsieur le maréchal Davout commanda les manoeuvres
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 8 juillet, la paix est signée à Tilsitt.

"Le 8 juillet, la paix fut conclue et ratifiée.
Le 9, ce même mois, les deux Empereurs se séparèrent après s'être réciproquement donné des marques d'amitié et de confiance qui doivent être un sûr garant de la durée de la paix.
L'Empereur Napoléon fut à Koenigsberg, l'Empereur Alexandre repassa le Niemen et prit la route de ses états et le roi de Prusse retourna à Memel.
Dans le beau camp que la division occupa, l'on s'y livra aux réparations de toutes les parties de l'armement, de l'équipement et de l'habillement. Ces soins firent disparaître en peu de temps les dégradations occasionnées par la campagne.
L'instruction fut suivie graduellement. Le détail, l'école de peloton, l'école de bataillon et les évolutions de ligne se succédèrent, et les moments qui n'étaient point employés se passaient à des travaux d'ornement dont chacun, à l'envie, s'occupait de décorer son camp. L'émulation était si grande, et l'arrangement si bien entendu, que le goût ne pouvait se déterminer à faire un choix en donnant la pré­ férence à tel ou tel régiment
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Après la signature de la paix, le 3e Corps est chargé de l'occupation du Grand-Duché de Varsovie dont le Maréchal Davout est nommé Gouverneur. Le 20 juillet, le 3e Corps se met en marche pour rentrer dans le Grand-Duché.

"Le 20 juillet, au terme du traité, l'on commença l'évacuation et, le même jour, le régiment vint loger Kraupischen (?).
Le 21 Gumbinnen.
Le 22, séjour.
Le 23 à Darkhemen.
Le 24 Angerburg.
Le 25 Drengburg.
Le 26 Rastenburg.
Le 27 séjour.
Le 28 Sensburg.
Le 29 Badienten (?)
Le 30à Ortelsburg.
Le 31 Willenberg.
Le régiment alla le même jour à Montwitz, sur les bords de l'Omerlew, où i1 resta jusqu'au 14 août. Il attendit que les cantonnements furent levés et vint loger à Chorzel.
Le 15 à Przasnyc.
Le 16 à Makow.
Le 17 à Pultusk,
Le 18 à Sierock.
Le 19, à Varsovie, où i1 resta en garnison
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Par décret du 1er octobre 1807, les Sous lieutenants Duval et Marie (ce dernier retraité), le Sergent major Roland, les Sergents Magnant, Marson et Pouzol, le Caporal Carreau (décédé) et le Fusilier Varrer sont faits Chevaliers de la Légion d'Honneur.

Situation du 30e de Ligne en mai 1808 (côte SHDT : us181804 C2644)

Chef de corps : VALTERRE Colonel
Conscrits des départements de l'Yonne - du Nord de 1809
CHABERT Major; FREMOND Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Plaige à Varsovie - Grande Armée - 3e Corps Davout - 1ère Division Morand - 2e Brigade Ricard
Observations : mai 1808 effectif sous les armes 32 Officiers 877 hommes
2e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Villemain à Varsovie - Grande Armée - 3e Corps Davout - 1ère Division Morand - 2e Brigade Ricard
Observations : mai 1808 effectif sous les armes 23 Officiers 823 hommes
3e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Ailliet à Mayence - 26e Division Militaire

Le 3e Corps demeure dans le Grand-Duché de Varsovie jusque vers la fin de 1808, époque à laquelle il est ramené en Saxe. Toutes les troupes restées en Pologne, en Silésie ainsi que celles d'au delà du Rhin, sont organisées en une seule armée dite Armée du Rhin, placée sous le commandement du Maréchal Davout qui établit son Quartier général à Erfurt. Le Général Compans remplit auprès de lui les fonctions de Chef d'Etat major.

De son côté, Denis Moreau, toujours au Dépôt de Mayence, accède, le 16 mai 1808, au grade de Sergent.

"Après un séjour de plus d'un an sans interruption dans Varsovie, le régiment ne se ressentit plus des pertes qu'il avait éprouvées pendant la campagne de Pologne.
L'instruction y fut suivie méthodiquement. Le service journalier était d'une régularité et d'une ponctualité remarquables; aussi, la caserne que le régiment occupa, secondait singulièrement les soins que l'on portait à tous ces détails. Un seul quartier le réunissait comme une même famille. Le colonel et plusieurs officiers logèrent en pavillon et à tout moment ils étaient à portée de surveiller et de voir ce qui se passait.
Des bruits de guerre se firent entendre. Un mouvement général se fit dans l'armée.
Notre destination fut pour la Silésie et le régiment quitta la garnison de Varsovie le 29 août 1808 et fut loger le même jour à Nadrzin (?).
Le 30, à Przasnyc.
Le 31, à Rawa.
Le 1er septembre, à Ujazd (?)
Le 2, à Petrikau.
Le 3, à Rosniatowice (?)
Le 4, à Widawa.
Le 5, à Wielke (?)
Le 6, à Solkonik.
Le 7, à Kepen - gîte en Pologne.
Le 8 à Namslow, en Silésie.
Le 9, à Briec, i1 fut tout de suite au camp dont la droite appuyait à cette ville et remplaça en partie la division du général Gazan (Honoré-Théodore-Maxime (comte de la Peyrière), né à Grasse le 29 octobre 1765, y décédé le 9 avril 1845) qui venait de partir pour l'Espagne.
La beauté de ce camp était remarquable, moins par l'élégance de la construction des baraques que par celle du terrain où il se trouvait placé.
Sa position sur l'Oder, entourée d'une vaste plaine, en faisait, durant la belle saison, une habitation des plus agréables qu'une bonne garnison aurait à peine fait oublier.
Pendant ce temps, l'entrevue d'Erfurt eut lieu.
Les bruits de guerre se calmèrent.
Le camp fut levé et le régiment vint occuper la jolie forteresse de Neisse.
Il arriva le 28 septembre à Grotkau et le 29 à Neisse
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 9 novembre 1808, Joseph Antoine René Joubert est nommé Colonel du 30e de Ligne.

Joubert Joseph Antoine René

Né le 11 novembre 1772 à Angers. Volontaire le 15 septembre 1791 dans le 1er Bataillon de Maine-et-Loire (85e Demi-brigade d'Infanterie de ligne en l'an IV), il fit les campagnes de 1792 et 1793 à l'Armée du Nord, se trouva au siège de Verdun en août 1792, combattit à Jemmapes, passa Sergent le 16 du même mois, Sergent-major le 19 janvier 1793, et prit part aux sièges de Maëstricht et de Valenciennes en février et mai suivants. Nommé Sous-lieutenant et Lieutenant le 25 pluviôse et 2 ventôse an II, étant à l'Armée des Alpes, il se rendit en l'an IV à l'Armée d'Italie , assista à la prise de Mondovi et à celle de Ceva, combattit à Dégo, au passage du pont de Lodi, puis à la bataille de Castiglione en l'an IV, se distingua au passage du pont d'Arcole en l'an V, ainsi que le 25 nivôse suivant, à la bataille de Rivoli où, à la tête de 30 hommes de la 85e Demi-brigade, il fit prisonniers 2000 Autrichiens. Breveté d'un sabre d'honneur en récompense de cette action d'éclat, et promu Capitaine le 9 brumaire an VI, il embarqua à Marseille pour l'Egypte en floréal de la même année, se trouva aux batailles de Chebreiss et des Pyramides, passa, le 12 pluviôse an VII, dans le Régiment des Dromadaires, et fit, avec son grade, la campagne de Syrie. Présent aux sièges du fort d'El-Arisch, où il fut blessé de deux coups de feu aux deux cuisses le 27 du même mois, il prit une part brillante aux sièges de Jaffa et de Saint-Jean-d'Acre, rentra dans la basse Egypte, et combattit à Aboukir et à Héliopolis. Adjoint aux Adjudants-généraux le 3 Thermidor an VIII, Aide-de-camp du Général de Division Lagrange le 25 ventôse an IX, il revint en France avec l'Armée d'Orient, obtint le 9 nivôse an X le grade de Chef de Bataillon dans la 64e Demi-brigade d'infanterie de ligne (64e Régiment de même arme en l'an XII), et fut nommé Officier de la Légion-d'Honneur le 25 prairial an XII, étant à l'Armée des côtes de l'Océan (camp de Vimereux). Il fit, avec le 5e Corps de la grande armée, les deux campagnes de l'an XIV et celles de 1806 et 1807 en Autriche, en Prusse et en Pologne; il était à la prise d'Ulm, fut blessé grièvement d'un coup de boulet à la bataille d'Austerlitz, devint Colonel le 20 janvier 1806, commanda le 64e Régiment aux batailles d'Iéna, d'Eylau et de Friedland. Colonel du 30e de Ligne le 9 novembre 1808, il prend part à la bataille d'Eckmulh, à la prise de Ratisbonne, à la bataille d'Essling, enfin à celle de Wagram, où il reçut un coup de feu à la jambe gauche (6 juillet 1809). Cité à l'ordre de l'Armée pour sa belle conduite au combat de Landshut et à la bataille de Wagram. L'Empereur lui conféra, comme récompense, le titre de Baron de l'Empire le 15 août 1809.
Resté à l'Armée d'Allemagne, il est promu au grade de Général de Brigade le 6 août 1811. il quitta Hambourg le 14 octobre suivant pour se rendre au Corps d'observation de l'Océan, et, placé dans la 11e Division d'infanterie qui fit partie du 3e Corps de la Grande Armée pendant la campagne de 1812 en Russie, il se trouva à la prise de Smolensk le 17 août, fut nommé Commandant de la Légion d'Honneur le 2 septembre suivant, et combattit à la bataille de la Moskowa le 7 du même mois, ainsi qu'au passage de la Bérésina les 26, 27 et 28 novembre suivant.
Attaché au 2e Corps d'observation en 1813, puis Chevalier de la Couronne de Fer le 17 mai, à la suite de la première bataille de la campagne de Saxe (Lutzen), il combattit à Bautzen, à Dresde, à Leipzig et Hanau, et se replia sur le Rhin avec les débris du 6e Corps. Le 1er février 1814, au combat de Brienne, chargé de la défense du village de Chaumesnil, il y soutint les attaques d'un ennemi six fois plus nombreux que les troupes qu'il avait à lui opposer, et se fit encore remarquer le 11 du même mois au combat de Montmirail, puis, le 14, au combat de Vauchamps. Conservé en activité sous la première et la seconde Restauration, et nommé, le 8 août, au commandement du département de la Corrèze, puis Chevalier de Saint-Louis le 20 du même mois, le Général Joubert conserva son commandement pendant les Cent-Jours, et fut mis en demi-solde le 27 janvier 1816.
Adjoint à l'Inspection générale de l'Infanterie dans la 13e Division militaire le 22 août, puis Inspecteur général de la même arme en 1817 et en 1818 ; enfin appelé au commandement du Morbihan, le 7 avril 1819, il passa, le 21 avril 1820, à celui d'ille-et-Vilaine, et reçut du roi, le 17 août 1822, le titre de Vicomte. Admis à la retraite lé 4 mars 1835, le Général Joubert est mort à Paris le 23 avril 1843.

"Le 13 novembre, commença l'évacuation de la Silésie. Le régiment fut loger à Munsterberg où le 3e bataillon tenait garnison.
Le 14, à Frankenstein.
Le 15,à Reichenbach.
Le 16, à Schweidnitz.
Le 17, à Jauer.
Le 18,  à Goldberg.
Le 19, à Lowenberg.
Le 20, à Lauban.
Le 21,  à Görlitz.
Le 22, à Lobau.
Le 23, à Bautzen, en passant par Hochkirchen, champ de bataille célèbre de la guerre de sept années (sic).
Le 24, à Camenz.
Le 25, à Grossenhain.
Le 26, à Mulhberg.
Le 27, à Annabourg (?).
Le 28, à Wittemberg.
Le 29, à Rosmau.
Le 30, à Letzkov et Zerbst, ce dernier endroit célèbre par la naissance de la fameuse Catherine II, Impératrice de Russie.
Le 1er décembre, à Magdebourg, destination ...(sic)
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

La 1ère Division (Général Morand) occupe le Duché de Magdebourg. Le 30e tient garnison à Magdebourg. Son effectif en décembre est de 2467 hommes. Son dépôt est à Mayence.

 

cbis/ Espagne

Le 5 novembre 1807, l'Empereur ordonne la création du Corps d'armée de l'Océan, commandé par le Maréchal Moncey et destiné à entrer en Espagne pour appuyer les Corps de Junot et de Dupont. Il est composé de 3 Divisions, qui doivent se rassembler à Metz, à Nancy et à Sedan. Pour former ce Corps, il est créé 12 Régiments provisoires d'Infanterie ayant chacun 4 Bataillons de 4 Compagnies de 150 Fusiliers prises à un 3e Bataillon. Un Colonel en second commande chacun de ces Régiments. Le développement donné aux formations provisoires et de marche menaçant de désorganiser le commandement de tous les Dépôts, l'Empereur a prescrit la nomination de Colonels en second et de Majors en second, en nombre variable suivant les besoins et à la disposition du Ministre pour commander toutes les formations éventuelles. Les 1er, 2e, 3e et 4e Régiments provisoires doivent se former à Metz (1re Division); les 5e, 6e, 7e, 8e à Nancy (2e Division); les 9e, 10e à Sedan et les 11e, 12e à Mézières (3e Division). Le détachement de chaque Régiment s'administre comme s'il était isolé, le Régiment provisoire ne doit avoir ni conseil, ni administration particulière. Le 10e provisoire est formé avec 4 Compagnies des 12e, 30e, 40e, 54e (Belhomme, tome 4).

Le 1er janvier 1808, au sein du Corps des Côtes de l'Océan commandé par Moncey, 3e Division Morlot, 1ère Brigade Lefebvre, le 30e a au sein du 10e Régiment provisoire 1 Officier et 50 hommes (d'après Grasset, A., La Guerre d'Espagne (1807-1813), Paris, 1914 - donné par Nafziger 808ASCB.pdf).

Armée d'Espagne 15 décembre 1808 (Nafziger - 808LSCX)
2e Corps :
1ère Division : Général de Division Merle
2e Brigade : Général de Brigade Sarrut
30e de Ligne : 58 Officiers, 1200 hommes

Source : Archives françaises, Carton C8 397
Balagny, Campagne de l'Empereur Napoléon en Espagne (1808-1809)

 

d/ Campagne de 1809

Officier de Voltigeurs 1807-1808 30e de Ligne Officier de Voltigeurs 30e de Ligne 1809
Fig. 18 Officier de Voltigeurs, 1807-1808 d'après Boeswilwald (Petits Soldats d'Alsace planche 63)
Fig. 18a Officier de Voltigeurs en 1809, d'après Bucquoy (source : documents Piton - Carl - Boeswilwald)

Le 1er janvier 1809, le 30e de Ligne, sous le commandement du Colonel Joubert, est stationné à Magdebourg. Avec ses trois premiers Bataillons, il fait partie de la 1ère Brigade Lacour de la 1ère Division Morand de l'Armée du Rhin commandée par le Maréchal Davout.

De son côté, Denis Moreau, affaibli par ses blessures et les nombreuses campagnes qu'il a menées, reçoit le 4 janvier 1809 son certificat de réforme; il a alors 33 ans. Il peut dès lors rentrer chez lui à Blois, pour y couler des jours heureux.

L'Angleterre veut détourner sur le continent les coups que Napoléon cherche à lui porter en Espagne. Elle gagne l'Autriche à sa cause et lui fournit un important subsisde pour continuer ses armements et réorganiser son armée.

Dès la fin de février, Napoléon, pressentant que l'Autriche se laisse entraîner à la guerre, et que les hostilités ne vont pas tarder à recommencer, donne des ordres pour acheminer ses troupes sur les deux rives du haut Danube; toutefois, les hostilités n'éclatent qu'au commencement d'avril.

"Le 30e va prendre part à la campagne de 1809 contre l'Autriche dans le Corps commandé par le Maréchal Davout, Corps qui se compose de quatre Divisions d'Infanterie : Morand, Friant, Gudin, Saint Hilaire, des Cuirassiers de Saint Sulpice et de la cavalerie légère de Montbrun. La Division Demont en fit un instant partie, ensuite elle devint 1ère Division du 7e Corps (Duc de Danzig).

Comme dans les deux campagnes précédentes, le 30e appartient à la 1ère Division Morand; il a quatre Bataillons à l'armée, les 3 premiers dans la Division Morand, le quatrième dans la Division Demont, Division formée avec tous les quatrièmes Bataillons des Régiments d'Infanterie du Corps de Davout. Son effectif est en avril de 2976 hommes; il est commandé par le Colonel Joubert, qui a succédé au Colonel Valterre promu Général de Brigade en janvier 1808 et nommé en décembre de cette même année Gouverneur de Palma-Nuova.

La 1ère Division est ainsi composée :
1ère Brigade : 13e Léger, 17e et 30e de Ligne (Général Lacour)
2ème Brigade : 61e et 65e de Ligne (Général L'Huilier)
" (Notice Historique).

Davout a reçu ordre de rassembler ses troupes entre Bamberg, Nuremberg et Ratisbonne (Historique abrégé). Dans le courant de février, la 1ère Division quitte Magdebourg et vient s'établir à Nuremberg (Notice historique).

Début mars, la Division Morand a reçu l'ordre de se réunir autour de Bamberg dès le 20 mars; le 30e (3 Bataillons plus les Grenadiers et Voltigeurs du 4e Bataillon et un détachement de 200 hommes provenant du Dépôt de mayence - 26e Division Militaire) doit y être rassemblé pour le 23. Le régiment doit se mettre en marche le 5 mars. Le détachement de 200 hommes du Dépôt fait partie du 1er Bataillon de marche; il doit quitter Mayence le 5 mars, être à Francfort le 24, à Hanau le 25, Ischaffenbourg le 26, Rohrbrunn le 27, Esselbach le 28, Rossbrunn le 29 et Wurzbourg le 30 (donné également par Nafziger 809CBV - source : Saski, "Campagne de 1809 en Allemagne et en Autriche", Paris, 1902). Les Grenadiers et Voltigeurs du 4e bataillon, soit 280 hommes, doivent quitter Mayence le 23 mars pour être à Strasbourg le 31. Par ailleurs, sur la proposition du Ministre, l'Empereur décrète le 13 mars, la formation de 18 Demi-brigades provisoires commandées chacune par un Colonel en second et dont toutes les Compagnies doivent avoir de 140 à 160 hommes :

- 10e Demi-brigade à Mayence : 3 Bataillons (3 Compagnies des 5e Bataillons des 27e, 30e, 33e, 61e, 40e et 111e).

Une situation extraite de la Collection Nafziger donne la situation de l'Armée française du Rhin du 5 au 28 mars : lère Division, Général de division Morand, ler, 2e, 3e Bataillons du 30e (+ Grenadiers et Voltigeurs du 4e Bataillon), 2297 hommes, + détachement du Dépôt de 200 hommes (Nafziger 809CBT - source : Saski, "Campagne de 1809 en Allemagne et en Autriche", Paris, 1902).

Nafziger donne également dans une de ses situations 2 Compagnies indépendantes du 30e (280 hommes), destinées à intégrer un Bataillon de marche pour l'armée du Rhin (Nafziger 809CBV - source : Saski, "Campagne de 1809 en Allemagne et en Autriche", Paris, 1902); il s'agit peut être des hommes devant intégrer la 10e Demi-brigade à Mayence ?

Le 30e occupe Bayreuth; il est commandé par le Colonel Joubert qui a succédé au Colonel Valterre nommé Général et il appartient toujours à la Division Morand, Brigade Lacour. Son effectif est d'environ 3000 hommes. Mais, en outre, son 4e Bataillon, fort de 600 hommes et commandé par le Chef de Bataillon François, est placé dans la Division Demont, qui est formée de tous les 4es Bataillons du 3e Corps.

"Le 12 mars, le régiment se préparait pour l'inspection.
Déjà celle des capitaines avait eu lieu dans les quartiers lorsqu'il (le Rgt.) reçut l'ordre de se mettre sur-le-champ en marche, ce qui fut exécuté si promptement que la troupe et les bagages sortirent de Magdebourg à quatre heures du soir, le dimanche 12 mars, et fut loger le même jour à Kalbe-an-der-Milde, où i1 arriva de nuit.
Le 13 mars, il passa par Bernburg et fut loger à Kothen.
Le 14, à Halle.
Le 15, à Merseburg.
Le 16, il passa par Rossbach et fut Naumbourg.
Le 17, à Iéna.
Le 18, à Rudolstadt.
Le 19, il passa par Saalfeld et fut loger à Greisenthal (?)
Le 20, à Cobourg.
Le 21, à Bamberg.
Le 22, à Baiersdorf.
Le 23, à Nuremberg, avec ordre d'y cantonner. Mais, par de nouvelles dispositions, i1 poussa en avant.
Le 25, i1 quitta Nuremberg pour aller à Neumarkt, sur la route de Ratisbonne. Le ler bataillon occupa Teuning (?).
De cet endroit, les officiers furent envoyés sur la route d'Amberg afin de voir si elle était praticable pour l'artillerie. Leur rapport fut négatif.
Tout annonçait la guerre comme inévitable
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Au commencement d'avril, la Division Morand occuper Bayreuth; vers la mi-avril, elle se concentre avec tout le Corps d'armée dans les environs de Ratisbonne (Notice Historique).

Une situation extraite de la Collection Nafziger donne la situation de l'Armée française du Rhin au 9 avril 1809 : lère Division, Général de division Morand, ler, 2e, 3e Bataillons du 30e; le 4e Bataillon se trouve au sein de la 1ère Brigade Girard de la Division Demont, en formation à Anspach (Nafziger 809DBO - source : Saski, "Campagne de 1809 en Allemagne et en Autriche", Paris, 1902).

L'Autriche a fait des armements considérables. Elle confie à l'Archiduc Charles la plus belle de ses armées forte de 175000 hommes. Espérant surprendre les Corps français qu'il voit disséminés dans l'Allemagne du Nord, sur le haut Danube et en Bavière, le Prince Charles avec son centre et son aile gauche franchit sans déclaration de guerre préalable, le 10 avril, l'Inn qui servait de frontière à la Bavière, notre alliée. Il donne rendez-vous vers Ratisbonne à son aile droite, forte de 50000 hommes, qui vient de la Bohème, sous les ordre de Bellegarde. Mais tous ces mouvements se font lentement.

Le 10 avril, les 5e et 6e Compagnies du 4e Bataillon (280 hommes) quittent le Dépôt de Mayence; elles doivent être rendues le 17 à Strasbourg. Au 15 avril, le 30e de Ligne, toujours à la Brigade Lacour, comprend 3 Bataillons, 62 Officiers et 2177 hommes (situation également donnée par Nafziger - Nafziger 809DAE).

A la même époque, le 4e Bataillon du 30e de Ligne, fort de 4 Officiers et 179 hommes, se trouve à la Division de Réserve sous le Général Demont (Nafziger 809DAE).

"Les démonstrations de l'Autriche équivalaient à des hostilités. Ses troupes étaient déjà en mouvement pour se porter sur les points qu'elle voulait envahir.
L'on prit des précautions afin d'éviter toute surprise et, le 7 avril, le régiment reçut l'ordre de se porter sur les bords de la Naab et le Laber.
L'Etat-Major fut s'établir au village de ce dernier nom.
Le 10, le régiment fut concentré au village de Laber.
La déclaration de guerre qui avait eu lieu le 8 avril, par les Autrichiens, leur passage de l'Inn et leur entrée en Bavière nécessitèrent ce rassemblement.
Une forte position fut prise derrière le Laber. Le régiment établit son bivouac en attendant que l'ennemi fit quelque tentative sur ce point.
Le 11, il passa par Hemau, traversa l'Altmühl à Riedenburg et vint loger à Altmannstein.
Le 12, i1 occupa Grossmehring, sur le Danube, près d'Ingolstadt où il entra le même soir vers 11 heures et y séjourna le 13.
Le 14, i1 logea à Apertshofen (?) où i1 reçut l'ordre de détacher un bataillon sur Vohburg.
Le 15, au point du jour, le 1er bataillon, avec deux pièces d'artillerie, se mit en marche pour Vohburg, petite ville située sur la rive droite du Danube. Elle était encombrée par les bagages bavarois parmi lesquels i1 y avait pêle-mêle quelques pièces de canon.
Le bataillon plaça des postes avancés sur la rive droite, fit des dispositions de défense comme l'ordre lui en avait été donné.
Les troupes qu'il releva n'avaient pris aucun moyen, ni même placé de poste, excepté à la tête de pont sur la rive gauche du Danube, ce qui fit croire, au premier abord, que la ville était occupée par les Autrichiens.
Les postes à peine établis sur la rive droite, la compagnie de voltigeurs logée dans un faubourg et s'y gardant militairement, des troupes de la 3e division arrivèrent relever le bataillon.
Il se mit le même jour en marche et se dirigea sur Dietfurt.
Il coucha en route dans un village où i1 rencontra le parc de la division qu'il reçut l'ordre d'escorter.
Les 2e et 3e bataillons repassèrent l'Altmühl à Beilngries, passèrent par Dielfurth et furent loger à Paulushofen (?).
Le 16 avril, le régiment passa encore par Hemau et fut bivouaquer à Nietendorf (?), sur la Naab, où le 1er bataillon rejoignit
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Napoléon arrive à Donauwerth le 17, et a le temps de préparer le succès de l'une de ses plus belles conceptions stratégiques. A cette date, Davout a pu réunir toutes ses troupes à Ratisbonne; la Division Morand occupe Stadt am Hof, faubourg de Ratisbonne sur la rive gauche du Danube où par sa superbe contenance elle arrête les Autrichiens de Bellegarde et échange avec eux une vive canonnade. Les deux parties dont se compose l'armée française, la première à Ratisbonne, sous Davout, la seconde à Augsbourg, sous Masséna, sont beaucoup trop éloignées l'une de l'autre et pourraient être écrasées successivement par les forces autrichiennes; aussi l'Empereur qui, le 17, vient de prendre en personne le commandement de l'Armée, prescrit il à Davout de faire un mouvement rétrograde et de se porter sur Neustadt sur le plateau d'Abensberg.

"Le 17, i1 fut occuper le Mont de la Trinité près de Rastibonne, situé entre la rive gauche du Danube et la rive droite de la Regen.
L'ennemi, porté sur la rive droite de cette rivière, attaqua nos postes vers les 3 heures du soir après avoir placé deux pièces de canon et un obusier qui tiraient sur un faubourg, en avant de la Regen, occupé par nos troupes.
Au-dessus se trouvait un poste retranché, autour d'une chapelle.
Pendant l'attaque, ce poste fut gardé par le 2e bataillon qui perdit un soldat tué par le boulet.
L'ennemi n'ayant pas réussi à forcer ce point se retira vers la nuit après avoir incendié quelques maisons.
Les troupes qui occupaient les différentes positions reçurent l'ordre de rentrer en ville. Toutes passèrent par file pour donner moins de prise à une pièce de canon que l'ennemi avait placée pour battre un éclairci (sic) qui séparait le faubourg de la ville et par où i1 fallait absolument que la troupe passât.
Deux ou trois soldats y furent blessés
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 18 avril, tout le Corps d'Armée passe sur la rive doite du Danube; la 1ère Division, en position en avant de Ratisbonne, protège le passage; puis passe à son tour, laissant un de ses Régiment, le 65e, pour défendre la ville, et couvrir les derrières du Corps de Davout. En conséquence, le 30e, qui au début de la guerre, faisait partie de la 1ère Brigade de la Division Morand, passe dans la seconde en remplacement du 65e de Ligne.

"Le 18 au matin, l'on revint occuper les mêmes positions que la veille.
L'ennemi n'inquiétait plus le passage.
Le régiment ne resta pas longtemps sans entrer en ville. Il la traversa sans s'y arrêter et se dirigea sur la route de Neustadt en remontant le Danube. Les 2e et 3e bataillons bivouaquèrent à une lieue sur la gauche de la route.
Le 1er Bataillon reçut l'ordre de se porter, en forçant la marche, au village de Post-Saal ; d'en chasser l'ennemi s'il y était, dans le cas contraire, s'y établir et se maintenir jusqu'à extermination.
Tel est le précis de l'ordre (sic) donné par le général de division Morand.
Le bataillon arriva à Post-Saal, qu'il ne trouva point occupé. Avant de dire comment ce poste important fut gardé, i1 est nécessaire de donner un aperçu de la position :
Ce village est situé sur une colline et au point le plus resserré entre le Danube et des mamelons très escarpés. La grand-route de Neustadt le traverse depuis le village d'Abach. La colline est bordée par des monticules plus ou moins élevés mais toujours inaccessibles à des colonnes. Dans cette chaîne de petites montagnes, plusieurs chemins viennent déboucher sur la grand-route et ont différentes directions dans les bois.
Toutes les issues furent occupées par des postes, la compagnie de voltigeurs garda le principal chemin qui conduit au village de Than (?) occupé par l'ennemi. Les débouchés et les hauteurs soigneusement gardés, l'on recommanda une surveillance extrême aux chefs de postes en leur faisant sentir, sans exagération ni crainte, les forces et la proximité de l'ennemi.
La confiance des officiers et des soldats était égale. La bonne opinion qu'ils avaient conçue sur l'assiette de leur poste faisait qu'ils attendaient les événements avec le calme non moins nécessaire dans la défense que dans l'attaque et qui triomphe toujours lorsque l'opiniâtreté le seconde.
Le reste de la troupe fut placé en arrière du village et au pied des mamelons qui longent la grand-route. Un poste de grenadiers commandé par le Capitaine (J. Le Capitaine) fut placé en avant de Post-Saal, observant la grande route de Neustadt et d'Abensberg.
Ce poste était barricadé et à l'abri d'être surpris par la cavalerie.
A la nuit des déserteurs confirmèrent la proximité de l'ennemi en citant les endroits occupés par ses colonnes. Leur rapport acquérait un degré de vérité, par le bruit de musique qui s'entendait du sommet des mamelons.
Vers minuit, le poste de grenadiers fut attaqué par une patrouille de cavalerie.
Croyant que c'était une attaque sérieuse, la troupe prit les armes. Une reconnaissance fut envoyée près du poste, qui acquit la certitude du contraire. Cette patrouille se contenta de tirer quelques coups de carabines sur un poste avancé de quatre grenadiers qui répondait à ce feu. De suite, elle se retira pour ne plus reparaître le reste de la nuit qui se passa tranquillement et sans alerte
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 19, Davout remonte le Danube, se portant par Abach et Ober Saal sur Abensberg où il doit opérer sa jonction avec le Corps du Maréchal Lefebvre. Il marche en trois colonnes; celle de droite, comprenant la grosse artillerie et les bagages, longe le Danube; celle du centre est formée par les Divisions Gudin et Friant; celle de gauche comprend les Divisions Morand et Saint Hilaire.

En route, Davout rencontre le Prince Charles marchant vers Ratisbonne (Historique abrégé). Les Divisions de guerre Friant et Saint Hilaire sont attaquées à Tengen par le Corps de Hohenzollern; les Divisions en tête déjà rendues à leur destination, ne prennent qu'une faible part à ce combat; la Division Morand y perd quelques hommes seulement. A noter que l'Historique abrégé parle lui pour le combat de Tengen, des Divisions Friant et Gudin et de la cavalerie de Montbrun.

Le soir même, la Division Morand campr à Ober-Feking (?).

"Le 19 avril, au point du jour, la patrouille reparaît encore, mais sans témoigner l'envie de recommencer ses coups de carabine.
Un officier de grenadiers fit une reconnaissance sur le village de Saal, distant d'un quart de lieue de son poste. I1 ne trouva personne, seulement i1 aperçut, en avant du village, quelques éclaireurs qui prirent la fuite son approche.
Le canon se faisait entendre sur la gauche.
La troupe en réserve vient renforcer les postes placés aux débouchés de la grande route sur les plateaux des principaux mamelons. Les postes se rangèrent en bataille. Des voltigeurs furent poussés plus loin pour observer la route de Therse (?) où l'affaire était engagée. Environ vingt Autrichiens égarés de leurs colonnes se jetèrent dans le poste, les voltigeurs les chargèrent et les firent prisonniers.
Vers 4 heures du soir, la 1ère division, un régiment de cavalerie légère, artillerie et bagages passèrent le défilé de Post-Saal.
Le 1er bataillon occupa toujours ses postes pendant le passage des troupes. A la nuit, et quand le canon cessa de se faire entendre, il reçut l'ordre de rejoindre le régiment qu'il trouva bivouaquer à une lieue en avant sur la grande route.
Si quelques détails ont été donnés sur le poste de Post-Saal, c'est par rapport à son importance pour l'armée autrichienne et pour montrer combien était exposée la troupe chargée de le défendre. Ce n'est qu'après coup que l'ennemi s'aperçut de sa faute. «Il est facile de concevoir est-il dit dans un de ses rapports, qu'en s'emparant de cet important défilé, i1 aurait fallu que les colonnes françaises le forçassent pour se porter sur ce point ; y auraient-elles réussi ? Du moins le temps employé à l'attaque aurait retardé la jonction avec les troupes qui donnèrent le 21 à Rohr et Abensberg : dans cette hypothèse, rien n'empêchait aux troupes autrichiennes employées à la défense de ce poste de se retirer sur l'un des deux points indiqués. En aurait-elles encore été coupées ? La route de Post-Saal à Rastibonne était libre ; là elles étaient sûres de rencontrer le Corps d'Armée du Prince Charles et du Maréchal Bellegarde, qui ne pouvait manquer de s'emparer de la ville et du peu de troupes françaises qu'il y avait pour la défendre».
II serait inutile de rien ajouter à cet exposé authentique. Au reste le militaire qui connaît la position peut être même de juger de la vérité
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

"Le 10 avril, l'armée de l'Archiduc Charles franchit l'Inn en plusieurs colonnes.
La colonne principale, à Braunau, (environ 58.000 hommes), sous les ordres du généralissime lui-même. D'autres éléments, pouvant s'évaluer à 70.000 hommes environ, amènent au total de 140.000 hommes, compte tenu d'un Corps de 10.000 hommes qui marchera sur Munich et n'interviendra pas dans la bataille.
Grosso modo, les Français seront équivalents en nombre, chacun des trois maréchaux, Davout, Masséna et Lannes, actionnant une cinquantaine de mille hommes.
Le gros de la Grande Armée était toujours en Espagne d'où, sentant croître le danger, Napoléon était revenu à Paris, en mars.
C'est le 12 avril qu'il fut avisé de l'entrée des Autrichiens en Bavière, deux jours avant.
Berthier était déjà sur le Danube, à Donauwörth et Napoléon y arriva le 17.
Faute de renseignements précis, aussi à cause du mauvais état des routes, de la traversée d'un pays difficile, accidenté et couvert, l'Archiduc n'exploita pas l'avantage de la dispersion des Français, dont l'armée dite «d'Allemagne» n'était nullement concentrée autour de Ratisbonne selon les dispositions prévues.
Cette situation saute aux yeux à la vue de la carte, mais naturellement, le service de renseignements autrichien n'avait pu en établir d'aussi éloquente.
L'Archiduc savait seulement qu'on signalait des Français à Ulm et Augsbourg et n'ignorait pas que le Corps de Davout se trouvait déjà dans la région de Rastibonne depuis quelques jours.
Son plan de campagne était même bon, car i1 espérait atteindre le Danube entre Ratisbonne et Donnauwörth, franchir le fleuve entre deux points, isoler ainsi Ratisbonne d'Augsbourg et se joindre aux forces établies au nord du Danube et que commandait Bellegarde (Heinrich Johann (comte de), né à Dresde le 23 août 1756, signataire des préliminaires de paix de Loeben en 1797, feld-maréchal et gouverneur de Galicie en 1806. Il se distingue à Essling et Wagram. Décédé à Vienne le 22 juillet 1845).
Vitesse et décision manquèrent à l'exécution de ce plan et cette lenteur fut fatale au commandant en chef autrichien. Il avait en effet mis 7 jours pour porter ses troupes de l'Inn à l'Isar (dit «Iser» dans les mémoires de Plaige. Une soixantaine de Km en moyenne sépare cette rivière de l'Inn).
Napoléon, au contraire, parviendra pallier son désavantage par des ordres rapides et précis, et à réaliser sa concentration en s'ouvrant partout la route, par le combat
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

"EXTRAIT DU RAPPORT DU 3e CORPS SUR LES OPÉRATIONS DE LA JOURNÉE DU 19 AVRIL.
M. le maréchal Davout ayant reçu l'ordre de partir de Ratisbonne, pour venir à Abensberg se réunir au reste de l'armée d'Allemagne, commandée par l'Empereur, toutes les dispositions furent faites pour assurer cette marche de flanc, que la présence de toute l'armée ennemie rendait très délicate. Le corps marcha sur quatre colonnes. La première, composée de l'avant-garde, aux ordres du général Montbrun, partit d'Egglofsheim, se dirigea sur Luckenpoint et Dinzling. La deuxième, composée des 3e et 2e divisions, partit de Weinting et se dirigea par Hinkofen et Weilohe. La troisième, composée de la 1re et 4e division, se dirigea par Hohengebraching, Peising et Teugen. Enfin, la quatrième, composée des équipages, suivit la grande route de Ratisbonne à Abensberg. Les régiments de cavalerie légère présents au corps d'armée et la 2e division de grosse cavalerie furent répartis à la gauche et à la droite des deuxième et troisième colonnes pour éclairer le pays où elles entraient et les garder vers celui qu'elles venaient de quitter. Un bataillon du 30e régiment d'infanterie gardait le défilé d'Abach
" (source : Revue militaire rédigée à l'État-major de l'armée. Archives historiques; 1900/01 (A2,VOL2,N10)-1900/12 (A2,VOL2,N21)).

"LE GENERAL MORAND AU DUC D'AUERSTAEDT.
Au bivouac en avant d'Ober-Feking, le 19 avril 1809, à 11 heures du soir.
Monsieur le Maréchal,
Ma division s'est mise en marche à la pointe du jour pour se porter à Abensberg par la route de Teugen; au moment d'arriver dans ce village, on reconnut les vedettes de l'ennemi à la tête des bois. Ma division reçut l'ordre de V. E. de gagner en toute hâte la tête du défilé d'Unter-Saal, qu'occupait depuis la veille le 1er bataillon du 30e régiment. Vers 1 heure, on entendit une forte canonnade et fusillade sur les points que la division venait de quitter. V. E. me donna l'ordre de garder le défilé d'Ober-Feling ainsi que les routes d'Abensberg et de Neustadt.
Vers 4 heures, j'ai reçu l'ordre de me porter, soutenu par la division Gudin vers Abensberg et de communiquer avec le maréchal Lefebvre, ce qui fut exécuté sans résistance de la part de l'ennemi.
Le général Gudin s'étant porté vers Abensberg, je m'avançai sur la route de Rohr en faisant précéder ma division par la brigade de cavalerie du général Jacquinot et flanquer sa gauche par le 17e régiment qui rencontra l'ennemi à trois quarts de lieue en avant d'Ober-Feking et le força de se former devant lui. Ce mouvement, que la nuit suspendit, a dû servir à dégager les divisions qui se battaient sur Teugen.
Le 17e régiment eut dans cette affaire 13 hommes tués et 29 blessés. Le général Lacour était à la tête de ce régiment.
Signé Comte MORAND
" (source : Revue militaire rédigée à l'État-major de l'armée. Archives historiques; 1900/01 (A2,VOL2,N10)-1900/12 (A2,VOL2,N21)).

 

- Bataille d'Abensberg

Le 20, l'Archiduc prend position et attend les Corps de son aile gauche qu'il a dirigés vers la ligne de l'Abens. Napoléon va profiter de leur séparation et les faire attaquer avec vigueur par toutes les troupes dont il dispose, en laissant Davout avec Friant et Gudin seulement en présence de l'Archiduc. Au matin, les Division Gudin et Morand et les Cuirassiers de Saint Sulpice, ont été distraits du Corps de Davout, et placés momentanément sous les ordres du Maréchal Lannes; elles vont prendre une part des plus actives à la bataille d'Abensberg, dans laquelle le 30e va se faire remarquer par sa fougue accoutumée à l'attaque du village de Rohr. Morand, en effet, suit la grande route qui mène à Landshut par Rohr. Les Autrichiens sont en position à Rohr, sous le commandement du Général Thierry, avec trois Bataillons et de l'Artillerie.

Extrait du rapport du Général Morand sur la bataille d'Absenberg :
"Le 20 avril 1809, la Division Morand est placée sous les ordres du Maréchal Duc de Montebello; elle suit la route de Rohr. Le 13e Léger attaque l'ennemi, lui fait un grand nombre de prisonniers, prend deux pièces et un drapeau. L'ennemi est chassé de toutes ses positions sans pouvoir se rallier jusqu'au village de Rohr, où il fait quelque résistance. Le 13e Léger et le 17, soutenus par les Cuirassiers, manoeuvrent sur la droite, tandis que le 30e attaque attaque de front et tourne la gauche. Tout le corps ennemi fut pris : général (Thierry), canons, bagages et drapeaux. On arrive sans trouver d'autre résistance jusqu'au village de Pessing, derrière lequel on aperçut une ligne de 15 à 20000 hommes en bataille qui bientôt s'ébranlant par sa gauche cherche à tourner la droite de la division. La première brigade se précipite sur le flanc de cette colonne et la met en pleine déroute. Le général Lhuillier avec sa brigade, 30e et 61e, seconde cette attaque avec autant de sang-froid que d'habileté". Le résultat de cette journée, dite d'Abensberg, est de séparer du Prince Charles son aile gauche et de la rejeter sur Landshut.

"Le 20 avril au matin, les troupes commencèrent le mouvement, laissant la route d'Abensberg à droite. L'on se forma en colonne dans une plaine en arrière d'un bois occupé par l'ennemi. Des compagnies de voltigeurs furent envoyées pour éclairer les colonnes et faire retirer les tirailleurs autrichiens. L'attaque était dirigée par le maréchal Lannes en personne qui fit ordonner la musique de chaque régiment de jouer «Les folies d'Espagne».
L'impulsion donnée, l'ennemi fut mené au pas de course jusqu'au village de Rohr où i1 essaya de se rallier.
Le régiment fut chargé d'enlever ce point. Les dispositions furent si bien prises que la première charge suffit pour l'emporter. Elle se fit sans la moindre hésitation. Les troupes arrivèrent toutes en même temps à l'endroit indiqué. L'ennemi, déconcerté par la promptitude et l'ensemble de cette attaque qui l'assaillit de toutes parts, fut obligé de mettre bas les armes. Cinq cents prisonniers couronnèrent le succès de cette entreprise qui ne coûta au régiment que quinze blessés
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

 

- Bataille de Landshut

Grenadier 30e de Ligne 1809
Fig. 19 Ganse de cocarde selon Carl et Boeswilwald, 1809, d'après Bucquoy.
plaque de shako 30e de ligne 1809
Fig. 19a Plaque de shako, 1809, d'après Bucquoy (source : Piton)

Pendant la nuit, les Autrichiens, sous le commandement de Hiller, effectuent leur retraite sur Landshut. Le 21, dès la pointe du jour, Napoléon, laissant pour le relier à Davout une partie des troupes qui ont combattu le 20, se lance avec le reste sur Landshut. Lannes prend la route de Rottembourg. Napoléon, impatient d'atteindre les Autrichiens, marche en tête de la Division Morand, précédée par la cavalerie légère et les Cuirassiers de Saint Sulpice. Arrivé au village d'Altdorf, d'où on domine Landshut, on aperçoit autour de la ville une inextricable confusion. L'Empereur, sans attendre l'arrivée de Masséna qui menace de prendre les Autrichiens à revers, donne l'ordre d'attaquer immédiatement. La cavalerie autrichienne est bousculée par les Cuirassiers; le faubourg de Schigenthal et les deux premiers ponts établis sur les canaux de l'Iser sont enlevés par le 13e Léger et le 17e qu'appuient les autres Régiments de la Division. L'ennemi sort pour arrêter ce mouvement, mais, au milieu d'une grêle de balles, le 17e se précipite sur le pont en flammes, toute la Division le suit. La ville est enlevée. Tous les bagages, 30 pièces de canon et les équipages de pont restent entre nos mains. Les Autrichiens tentent une dernière résistance sur les hauteurs en arrière de Landshut. Le 30e, conduit par le Colonel Joubert, les charge avec sa valeur ordinaire et les oblige à la retraite. Dans cette attaque, la Compagnie de Grenadiers du 1er Bataillon s'étant emparée d'une pièce de canon, le Capitaine Boutray et le Lieutenant d'Hincourt la font tourner contre l'ennemi que nos Grenadiers, improvisés artilleurs, canonnent avec ses propres projectiles. Dans son rapport, le Général Morand cite le Colonel Joubert pour sa brillante conduite dans cette journée qui ne coûte, comme la précédente, au Régiment, que des pertes insignifiantes, tant les attaques ont été vigoureusement menées : onze tués, 29 blessés et deux prisonniers de guerre. Au nombre des blessés, nous relevons les noms du Sergent Roland (Pierre Marie) atteint d'un coup de feu à la jambe droite et d'un autre à la joue, et du Caporal Hardel (Jean), atteint d'un coup de feu à la cuisse gauche. Tous deux devinrent plus tard Officiers au 30e.

Martinien cite le Lieutenant Bonnet, blessé.

"Le 21 avril.
Cette journée fut d'un bon augure pour nous tous (sic).
A peine sortis de la position que nous occupions la nuit précédente, le régiment rencontra l'Empereur près d'un bivouac sur le bord de la grande route. Il se sentit électrisé en défilant devant Sa Majesté et c'est dans ces dispositions qu'il arriva à Landshut.
Cette ville forte est couronnée par des hauteurs qui défendent son approche. Outre cela, l'Isar, rivière très rapide, coule aux pieds de ses murs.
Sa bonne position fut sentie par l'ennemi. Tous les bagages, parc, équipages de pont, tout s'y trouvait réuni. C'est de ce point qu'il voulait diriger ses opérations ultérieures si la bataille d'Abensberg n'avait dérangé ses projets.
La cavalerie ennemie commença déboucher dans la plaine. Des colonnes d'infanterie suivaient ce mouvement.
Des charges vigoureuses firent rentrer dans la place tout ce qui y avait paru.
L'on ne pouvait gagner la ri ve droite de l'Isar qu'en traversant une chaussée très étroite que l'ennemi voulut défendre. L'attaque de ce passage important se fit avec cette ardeur qui n'est connue que des troupes françaises. Artillerie, cavalerie, infanterie, tout fut bouleversé.
La résistance de ceux qui défendaient la chaussée devint inutile. Ils furent sacrifiés par rapport aux bagages que l'on ne put sauver.
Après que ces troupes furent repoussées dans la ville, elles brûlèrent les ponts. Leur approche défendue par la mitraille ne fut point un obstacle; les planches qui les couvraient étaient brûlées mais les poutres enflammées tenaient encore. C'est là-dessus que le régiment se précipita pour gagner la rive droite et entrer en ville.
Ce mouvement fut favorisé de la fortune qui conduit toujours les actions périlleuses.
Cinq hommes seulement tombèrent dans l'Isar et ce furent les seules victimes que coûta ce glorieux passage qui s'exécuta de la même manière sur deux points différents.
Le régiment traversa rapidement la ville, gravit les hauteurs au pas de charge et mena l'ennemi jusque sous le coup de feu de sa seconde ligne qui fit un mouvement en avant afin de favoriser le ralliement des troupes qui venaient d'être chassées de la ville et des hauteurs.
Cette tentative fut encore plus malheureuse.
Les 2e et 3e bataillons, qui se trouvèrent engagés, forcèrent six cents hommes à mettre bas les armes.
Le 1er bataillon fut placé sur les hauteurs par le général Savary, aide de camp de l'Empereur, avec ordre de s'y maintenir contre toute attaque.
Cette journée, remarquable par la rapidité des opérations et par la perte de l'armée ennemie en tous genres, coûta au régiment onze hommes et vingt-neuf blessés.
Une heure avant la nuit, le régiment repassa par la ville où les trois bataillons se trouvèrent réunis. Il fut ensuite bivouaquer à quatre lieues sur la gauche.
A son retour, et pendant plus d'une lieue, i1 fut arrêté dans sa marche par des troupes de la Confédération qui venaient occuper Landshut. Il arriva vers 10 heures à sa position. La fatigue, le peu de ressources que le pays offrait, firent qu'il éprouva des privations
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Tandis que ces évènements se passent à Landshut, Davout, avec les Divisions Friant et Saint Hilaire, dans cette même journée du 21, une série d'engagements avec les troupes de l'Archiduc Charles qui, battant sans cesse en retraite, est venu s'établir sur les hauteurs avoisinant Eckmühl. Napoléon, craignant que son Lieutenant ne soit écrasé par des forces quintuples, lui a déjà envoyé la Division Demont et les Wurtembergeois; lui même, maître de Landshut, se porte à son secours avec les troupes de Lannes, celles de Masséna doivent suivre mais arriveront trop tard pour prendre part à la bataille.

- Bataille d'Eckmühl

Grenadier 1809 30e de Ligne Grenadier 1807-1808 30e de Ligne Grenadier 30e de Ligne 1809
Fig. 20 Grenadier 1809 d'après Carl (Fichier Carl, planche 50)
Fig. 20a Grenadier 1807-1808 d'après Boeswilwald (Petits Soldats d'Alsace, planche 63)
Fig. 20b Grenadiers, 1809, d'après Bucquoy. Type général des Collections Alsaciennes (source : documents Piton - Carl - Boeswilwald)

Dans la nuit, Napoléon apprend que Davout a eu à lutter à Schierling contre l'Archiduc. Il lui fait dire que le lendemain 22, à midi, il lui ammènera de puissants renforts et, séance tenante, il dirige ses troupes vers Eckmühl, en laissant à Bessières le soin de poursuivre les Corps autrichiens rejetés au delà de Landshut.

Le 22, le 30e a ses 1er, 2e et 3e Bataillons à la Brigade l'Huillier, 1ère Division Morand du 3e Corps (Nafziger 809DAA - source : Buat, E., "Etude Critique d'Histoire Militaire, 1809, de Ratisbonne à Zanïm", Librairie Militaire R. Chapelot et Cie, Paris, 1909).

Les deux Divisions Morand et Gudin paraissent à midi en face d'Eckmühl. La Division Morand a du parcourir neuf lieues, après s'être battue trois jours de suite. Mais qu'importe; elle est là, prête à entrer en ligne, en soutien des deux autres Divisions du Corps déjà déployées.

L'arrivée des Divisions Morand et Gudin donne le signal de l'attaque. Tandis que Davout avec Friant et Saint Hilaire s'empare des villages d'Ober Leuchling et d'Unter Leuchling, les Divisions Morand et Gudin appuient le mouvement des Wurtembergeois sur Vintack, passent ensuite la Gross Laber puis, agissant sur les bois de Rosing et Bailsback sur la gauche de l'Archiduc Charles, déterminent sa retraite sur Ratisbonne. La veille, ce point de passage si important est tombé entre les mains des Autrichiens; le 65e de la Division Morand, laissé pour la défense de la place, a été obligé de capituler, littéralement submergé par les flots d'ennemis qui fondent sur lui, des deux rives du Danube; il ne l'a fait qu'après avoir épuisé toutes ses munitions et tué à l'ennemi plus de 800 hommes. Bellegarde et le Prince Charles peuvent se donner la main et sont en mesure de mettre le Danube entre eux et leur redoutable adversaire.

La Division Morand n'est pas très fortement engagée à la bataille d'Eckmühl et ses pertes sont peu sensibles. Quelques uns de ses Bataillons, ceux du 30e entre autres, ont eu l'occasion d'être engagés. Le 30e n'a que quelques tués et blessés; au nombre de ces derniers figure le Lieutenant Bonnet (Pierre) atteint d'un coup de feu à la hanche. Le Sous lieutenant Larcher est tué (Martinien).

A la date du 22 avril, le 4e bataillon du 30e de Ligne fait partie de la Division Demont du 3e Corps de Davout, Brigade Girard (donné également par Nafziger 809DAA - source : Buat, E., "Etude Critique d'Histoire Militaire, 1809, de Ratisbonne à Zanïm", Librairie Militaire R. Chapelot et Cie, Paris, 1909).

"Le 22 avril, le régiment se mit en marche de bonne heure et se dirigea sur Eckmühl.
Après avoir marché quelque temps dans cette direction, le canon commença à se faire entendre. Plus le régiment avançait, plus on hâtait sa marche.
A peu de distance d'Eckmühl, i1 rencontra l'Empereur en plein champ, se promenant autour d'une table couverte de papiers.
Un air de satisfaction se faisait remarquer sur sa personne que la troupe interpréta très favorablement.
Le régiment passa sans s'arrêter.
Il arriva bientôt aux premières positions que l'ennemi avait chaudement défendues pour empêcher les approches du village d'Eckmühl, point important placé au milieu de prairies marécageuses, et que les Autrichiens occupaient avec une nombreuse artillerie.
Ce passage devait nécessairement être forcé, l'attaque fut résolue.
L'infanterie marcha par la grande route, pendant que la cavalerie traversait le marais et chargeait sur tout ce qui voulait l'empêcher de déboucher.
Le village fut emporté.
L'ennemi déconcerté par l'audace que l'on mit dans cette attaque, fut contraint d'abandonner vingt bouches à feu; ensuite i1 se jeta dans les bois qui favorisèrent la défense contre les poursuites de la cavalerie.
Les compagnies de grenadiers et voltigeurs du 4e bataillon du régiment se firent remarquer par leur bonne conduite. Le sous-lieutenant Larcher, commandant un peloton de voltigeurs, y fut tué en se précipitant avec quelques braves sur un gros d'ennemis qui entouraient un de leurs drapeaux. Elles perdirent en outre dix-sept hommes tués et cinquante-deux blessés.
Le régiment fit une halte au-delà du village d'Eckmühl et sur la gauche de la route. Peu de temps après, i1 se mit en marche en suivant toujours la grande route et arriva très tard près du village de.... où des troupes étaient déjà en position. I1 éprouva beaucoup d'embarras dans la marche, à cause des parcs des différentes divisions qui s'arrêtaient à chaque pas .
Artillerie, cavalerie, infanterie, tout voulait passer à la fois.
Pour ne point s'égarer pendant la nuit, l'on s'avisa de faire répéter le numéro du régiment. De cette manière, quoique les files fussent souvent coupées, personne ne s'égara vu que les soldats se dirigeaient toujours du côté qu'ils entendaient appeler le numéro
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

- Prise de Ratisbonne

Voltigeur 1809 30e de Ligne Voltigeur 1807-1808 30e de Ligne Voltigeur 30e de Ligne 1809Voltigeurs 30e de Ligne 1809
Fig. 21 Voltigeur 1809, d'après Carl (Fichier Carl, planche 50)
Fig. 21a Voltigeur 1807-1808 d'après Boeswilwald (Petits Soldats d'Alsace)
Fig. 21b Voltigeurs, 1809, d'après Bucquoy. Type général des Collections Alsaciennes à gauche; deux Bataillons différents selon Piton (source : documents Piton - Carl - Boeswilwald)

Dès le matin du 23, Napoléon jette sur eux les masses de sa cavalerie. L'Archiduc lui oppose les masses non moins considérables de la sienne pour favoriser l'écoulement de l'armée autrichienne à travers Ratisbonne. Néanmoins des Corps entiers y sont encore entassés lorsqu'arrivent les Divisions de Davout et de Lannes, parties dès l'aube. A notre approche, la ville ferme ses portes. Malgré l'existence d'un mur d'enceinte, Napoléon donne, comme à Landshut, l'ordre immédiat de l'attaque. Lannes, avec les deux Divisions Morand et Gudin, doit attaquer à droite, Davout à gauche. On canonne la muraille et le 85e, de la Division Gudin, enlevé par le Maréchal Lannes, qui porte lui même une échelle, s'élance sur les brêches et fraie le chemin au reste des deux Corps d'armée qui trouvent encore 8000 prisonniers à capturer dans Ratisbonne. Le Lieutenant Blanc est blessé (Martinien).

"L'Empereur coucha dans le château dépendant du village de ...
Le 23 avril, l'on se dirigea vers Rastibonne.
Les avant-postes n'étaient pas éloignés et furent toute la nuit en présence ; aussi le lendemain les premiers coups se firent bientôt entendre.
Une vaste plaine occupée par la cavalerie des deux armées fut parcourue dans tous les sens.
Plusieurs charges eurent lieu.
Les colonnes d'infanterie arrivèrent en manoeuvrant sur Ratisbonne. L'ennemi, resserré sous les murs de cette ville, se dispose pour la défendre. Alors les charges de cavalerie encore plus acharnées se renouvelèrent.
L'infanterie, renfermée dans les faubourgs et dans la place, faisait un feu meurtrier sur tout ce qui se présentait hors de l'enceinte. Les carrés par bataillons furent formés pour se mettre en mesure contre les attaques de la cavalerie, sur lesquelles elle ne fit (l'infanterie) aucune entreprise.
Des canons furent placés pour battre en brèche la cavalerie qui, forcée par la mitraille de rentrer en ville, laissa le champ libre à l'artillerie tant pour l'attaque que pour la défense.
Les troupes qui n'étaient point employées à l'attaque furent passées en revue par l'Empereur.
Il fit des promotions et distribua des grâces.
C'est là qu'il créa des barons régimentaires, donna des dotations et une pension de mille francs au plus brave soldat de chaque régiment.
Tous les Corps de la division se ressentirent de sa magnificence.
Le canon n'avait point continué de tirer et avait rendu la brèche praticable à plusieurs endroits. Des échelles y furent placées. La troupe entra dans la ville et, poursuivant l'ennemi à travers la flamme et les décombres, le força dans tous les postes avec le ressentiment d'un vainqueur contre les auteurs d'un incendie qu'une défense trop opiniâtre et sans motif avait causé cette malheureuse ville.
L'ennemi chassé et poursuivi sur la rive gauche du Danube, l'on s'occupa à remédier au désordre qu'entraîne toujours un assaut.
Les pillards furent poursuivis à outrance par des patrouilles de grenadiers ayant les officiers à leur tête. D'autres troupes, sous la conduite des officiers supérieurs, s'occupèrent avec succès du soin d'éteindre l'incendie.
Le dévouement et le zèle que tous les militaires montrèrent dans cette occasion méritent les éloges; ils préservèrent la ville d'un embrasement général.
Pendant que l'armée avait marché sur Abensberg, le 65e régiment fut chargé de garder Ratisbonne.
Forcé par une armée de 40.000 hommes, après une résistance honorable, de souscrire à une capitulation, i1 fut en partie délivré par la reprise de la ville.
Tous les sous-officiers prisonniers sur parole en témoignèrent la plus grande satisfaction
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Ces magnifiques opérations, véritable bataille de cinq jours, ont coûté à l'ennemi 40000 prisonniers, 100 canons, 40 drapeaux et 3000 voitures de bagages, en même temps que sa ligne directe de communication avec la capitale. L'Armée autrichienne est coupée en deux tronçons rejetés sur les deux rives du Danube; sur la rive droite, Hiller et l'Archiduc Louis poursuivis par Masséna et Bessières; sur la rive gauche, l'Archiduc Charles, auquel est opposé Davout et Oudinot.

A ce moment, Napoléon fait un remaniement dans les Corps d'armée de Lannes et de Davout : "il rendit à ce Maréchal les belles Divisions Morand et Gudin qu'il lui avait empruntées momentanément pour l'affaire d'Abensberg et lui ôta la Division St Hilaire destinée, avec les deux Divisions du Général Oudinot, à former le corps du Maréchal Lannes. Les trois Divisions Morand, Friant, Gudin, habituées à servir sous le Maréchal Davout depuis le camp de Boulogne, toujours restées hors de France depuis cette époque, composaient une véritable famille sous les yeux d'un père inflexible mais dévoué à ses enfants et offraient le modèle accompli de l'Infanterie propre à la grande guerre. Elles ne pillaient pas, ne manquaient de rien puisqu'elles ne pillaient pas, n'avaient jamais un homme en arrière, ne reculaient jamais non plus et enfonçaient tout ennemi quel qu'il fut, qui se rencontrait sur leur passage" (Thiers - Histoire du Consulat et de l'Empire).

L'Archiduc se voit dans la nécessité de faire un long circuit par la Bohème pour parvenir à couvrir Vienne et a bien des chances pour ne pas y réussir. En effet, dès le lendemain, 24, Napoléon y marche avec le gros de ses forces par les routes les plus courtes qui lui sont actuellement ouvertes.

Le Corps de Davout est de nouveau ramené à ses trois anciennes Divisions. Les Divisions Saint-Hilaire et Demont sont définitivement laissées à Lannes. Le 4e Bataillon du 30e se trouve, ainsi qu'il a été dit plus haut, dans cette dernière.

Davout a l'ordre de suivre les traces de l'Archiduc Charles puis, lorsqu'il aura acquis la certitude que ce Prince opère sa retraite par la Bohème, repasser le Danube, le redescendre par la rive droie se tenant à quelques jours de marche du Corps de Masséna qu'il doit successivement remplacer dans les différentes étapes à Straubing, Passau, Lintz, etc....

Le 24 avril, le 3e Corps est établi près de Ratisbonne sur la plateau de la Trinité.

Le 25, la Division Morand est en avant de Regensdorf, le 3e Corps s'avance jusqu'à Niteneau où il livre un combat d'avant garde et ramasse sur son chemin un grand nombre de voitures et de trainards; puis, voyant l'Archiduc s'enfoncer en Bohème, il se rabat sur le Danube.

Le 28, le Prince Charles, pour essayer d'affermir sa retraite avant de s'enfoncer en Bohème, livre à Davout un grand combat à Cham. Mais il y subit des pertes sensibles et retarde d'autant sa marche sur Vienne.

"Le 24 avril, le régiment passa sur la rive gauche du Danube et fut prendre position à 2 lieues de là au village de Regendorf en remontant la rive droite du Regen.
Le 25, il vint prendre position en avant de Regenstauf, à cheval sur la route de Schwandorf.
Le 26, il entra dans Regentauf, 2 bataillons furent bivouaquer de l'autre côté de la ville et le 3e resta à la tête du pont qu'il était chargé de défendre.
Le 27, il quitta Regentauf et vint se placer en arrière du village d'Irlbach, sur la route de Piltsen.
Il y resta le 28
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 29 avril, le 3e Corps est à Straubing. Le 2 mai, à Passau. Le 5 mai, il entre à Lintz où il reste jusqu'au 10; il met la ville en état de défense et organise une tête de pont.

"Le 29, il part de cette position, repasse à Ratisbonne et va loger à Pfactter.
Le 30, à Plaetting.
Le 1er mai, à Willshoffen
Le 2 mai, à Passau où il passa sur la rive droite de l'Inn. C'est dans cette ville que l'ordre de l'Empereur fut connu, par lequel i1 ne conservait qu'un aigle par régiment. Un sous- officier fut envoyé au 5e bataillon pour escorter celui que l'on fit partir pour la France.
Le 3, à Villebad.
Le 4, à Efferding, marche de nuit. Pour éclairer la route, chaque soldat avait placé une bougie dans le canon de son fusil, ce qui fit une illumination aussi nouvelle qu'agréable.
Le 5 à Lintz, bivouac en avant de cette ville.
Le 6 i1 fut cantonner près de Lintz à Oberhart (?) où i1 resta jusqu'au 8.
Le 8, i1 vint occuper le village de Kümüncher sur la rive gauche de la Traunn. Il y séjourna le 9
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Parallèlement, le 3 mai, la Division de Réserve sous le Général Demont et donc le 4e Bataillon du 30e de Ligne, prend part à la bataille de Ebersberg (Nafziger 809EBA - source : R. W. Litschel, "Das Gefecht bei Ebelsberg am 3. Mai 1809").

Fusilier 1809 30e de Ligne Fusilier 1807-1808 30e de Ligne Fusilier 30e de Ligne 1809
Fig. 22 Fusilier 1809 d'après Carl (Fichier Carl, planche 50)
Fig. 22a Fusilier 1807-1808 d'après Boeswilwald (Petits Soldats d'Alsace, planche 63)
Fig. 22b Fusiliers, 1809, d'après Bucquoy. Type général des Collections Alsaciennes (source : documents Piton - Carl - Boeswilwald)

Napoléon arrive à Vienne le 9 mai. Mais il ne peut s'en faire livrer les passages; la garnison se retire sur l'autre rive en détruisant tous les ponts. De telle sorte qu'il faut en créer d'autres pour atteindre l'Archiduc.

Le 10 mai, la 1ère Division est à Enns. Le 12, le 3e Corps est à Saint-Polten, à deux jours de marche de Vienne. Il y reste jusqu'au 21, surveillant les mouvements qui peuvent se produire par Krems, sur nos derrirèes, ou prêt à se porter sur Vienne si une grande bataille devait se livre sous les murs de cette ville. La 1ère Division est entre Saint Polten et Molk.

"Le 10, i1 passa la Traunn sur le fameux pont d'Ebersberg, traversa les décombres de cette ville et vint loger à Enns.
Une compagnie de voltigeurs fut occuper le confluent de l'Enns avec ordre de faire amener les barques amarrées sur la rive gauche du Danube. Parmi celles qui furent conduites sur la rive droite, quatre grandes barques chargées de sel étaient du nombre.
Une autre compagnie de voltigeurs fut poussée sur Klsterka (?) pour observer les mouvements de la rive gauche.
Le 11 mai, le régiment, après avoir renvoyé le superflu de ses bagages, se mit en route et vint bivouaquer près de Stremberg.
Le 12, bivouac en avant d'Amstellen où les deux compagnies de voltigeurs rejoignent.
Le 13, le régiment arriva à Moëlk.
Ce poste confié à sa garde fut mis en état de défense remarquable qui le garantissait, non seulement d'un coup de main, mais le rendait capable de résister à des forces supérieures dans une attaque sérieuse.
Une batterie fut établie sur le plateau, à droite de l'abbaye, et une pièce de 4 placées sur une des tours de sa principale entrée; en outre, chaque compagnie connaissait les différents postes qu'elle devait occuper en cas d'alerte.
Ces précautions prises, un camp fut établi sur la hauteur en arrière et à droite de la ville. Des postes d'observation furent placés sur la rive droite du Danube de manière à pouvoir communiquer les uns avec les autres. Des rondes de nuit le tenaient toujours sur le qui-vive
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 15 mai, le 30e de ligne a 2082 hommes au sein de la Brigade Lacour, Division Morand, 3e Corps Davout (donné également par Nafziger 809EBE - sources : Gachot, "1809, Napoleon en Allemagne" ; Saski, "Campagne de 1809 en Allemagne et Autriche").

"Le 19, le 2e bataillon reçut l'ordre de relever les postes du 61e régiment qui, sur la droite de Moëlk, remontaient jusqu'à Ipse.
Le même jour, à onze heures du soir, l'ordre fut donné à ces deux bataillons de ne laisser que de simples postes d'observation commandés sur toute la ligne par un capitaine. Le reste de la troupe rentra au camp. La 2e compagnie du 1er bataillon fut détachée pour garder le confluent de l'Erlach
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 21, Napoléon passe le Danube, en face d'Aspern et d'Essling, avec les Corps de Lannes et de Masséna. Mais l'Archiduc a eu le temps d'arriver et une bataille s'engage que la nuit interrompt : l'Archiduc a l'avantage du nombre et nos ponts, se rompant à plusieurs reprises, interrompent le passage de nos hommes.

Une situation de la Collection Nafziger donne le 4e Bataillon à Aspern le 21 mai et à Essling le 22 (Nafziger 809EBI - sources : M. Rauschensteiner, "Die Schlacht bei Aspern am 21. und 22. May 1809"; Saski, "Campagne de 1809 en Allemagne et en Autriche", Paris, 1902).

Tandis que se livre la bataille d'Aspern, première journée de la bataille d'Essling, le 3e Corps s'appuie dans la direction de l'ile Lobau; la Division Morand est laissée à Vienne, tandis que les Divisions Gudin et Friant continuent leur marche sur Ebersdorf.

"Le 21 mai arriva une flottille montée par 1.200 marins de la Garde. Elle était armée d'une pièce de 6, calibre autrichien.
Cette flottille reçut l'ordre de dégréer et de désarmer. Les agrès furent mis en sûreté dans un des bâtiments de l'abbaye de Moëlk. Les bateaux, ainsi que ceux qui se trouvaient déjà dans le port, furent coulés, cependant de manière à pouvoir être remis à flot
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

- Bataille d'Essling

Le 22 au matin, de puissants renforts entrent en ligne et la lutte recommence avec un nouvel acharnement. Les chances tournent à notre avantage. Le 3e Corps se trouve à midi à l'entrée des ponts. Son intervention va changer la bataille en une victoire décisive, quand tout à coup, les ponts sont emportés sous ses yeux. Les Divisions Gudin et Friant n'ont pas eu le temps de passer. Par prudence, Napoléon se décide à ramener ses troupes en arrière et à se fortifier dans l'île de Lobau, en attendant un moment favorable à la reprise des hostilités. Les troupes engagées dans ces deux journées se sont couvertes de gloire.

Le 30e a pris part avec son 4e Bataillon placé dans la Division Demont, du Corps de Lannes, à la Bataille d'Essling. Comme tous les Corps qui ont pris part à cette sanglante journée, ce Bataillon a été très éprouvé. Le Maréchal Lanne, surnommé le brave des braves, y trouve la mort. Le 4e Bataillon du 30e s'est montré digne de combattre sous son chef héroîque : son commandant, le Chef de Bataillon Mercier (André) est tué; le Sergent major Fournier (Barnabé), depuis Officier au Corps, est blessé d'un éclat d'obus à l'épaule droite. Martinien indique le Chef de Bataillon Mercier, tué; le Capitaine Jacobé et le Sous lieutenant Herbin, blessés.

Le 30e est cantonné à Nusdorf.

"Le 22, la 3e compagnie du 1er bataillon fut envoyée en colonne mobile pour réprimer le brigandage que des traînards commettaient sur les derrières de l'armée en absorbant les subsistances et rendaient l'approvisionnement difficile.
Outre cela, il partait chaque jour du camp des patrouilles de grenadiers et de voltigeurs qui allaient battre le pays dans un rayon de trois et quatre lieues pour arrêter les malfaiteurs. Elles ne rentraient jamais au camp sans en ramener quelques-uns.
Ce même jour, 22 mai, la bataille d'Essling eut lieu. Le 4e bataillon du régiment faisait partie de la division.
Les péripéties de cette furieuse bataille furent conditionnées par une crue soudaine du Danube qui, à deux reprises, détruisit les moyens de passage construits par les pontonniers français et les marins de la Garde.
Le point de passage choisi était plusieurs kilomètres en aval de Vienne, à Ebersdorf. On sait qu'immédiatement en aval de Vienne, le Danube se scinde en plusieurs bras formant un vaste chapelet d'îles, dont la principale est l'île de Lobau.
Cette île est séparée de la rive droite par le bras principal du fleuve, large d'environ 700 mètres et de la rive gauche, à atteindre pour se mesurer aux Autrichiens, par un autre bras large d'au moins 100 mètres.
Lorsque le 21, une vingtaine de mille hommes (sic) eurent passé sur la rive gauche, un des deux ponts établis sur le grand bras fut rompu par la violence du courant.
Toute l'armée autrichienne passa immédiatement à l'attaque contre Lannes dans Essling et Masséna dans Aspern. Soutenus par d'audacieuses charges de cavalerie entre ces deux villages, les Français parvinrent à résister.
Réparé le soir, le pont endommagé put livrer passage au gros des Français, mais une recrudescence de la crue finit cette fois par emporter définitivement le grand pont.
L'offensive française cessant d'être suffisamment alimentée, i1 fallut se replier dans l'île de Lobau à la nuit tombante. Essling avait été pris et repris neuf fois et le maréchal Lannes avait été mortellement frappé.
Quarante jours plus tard, Lobau, transformée depuis les journées d'Essling en un vaste camp retranché, allait servir de base de départ à une nouvelle attaque.
Et ce sera Wagram.
Le 4e bataillon à Essling.
Dans cette journée, sa conduite fut citée par les officiers supérieurs et les généraux sous les ordres desquels i1 se trouva.
La bravoure du commandant Mercier mérite d'être particulièrement connue :
Après avoir fait exécuter plusieurs charges à son bataillon, i1 reçut l'ordre d'attaquer une redoute, se porta en avant, croisa la baïonnette et, au pas de charge, se rendit maître du retranchement. L'ennemi veut le reprendre, des pièces de position arrivent et commencent à mitrailler le bataillon. Le commandant Mercier dispose sa troupe en se défendant comme i1 avait attaqué, reçoit le coup mortel qui lui ravit une récompense méritée par son audacieuse entreprise.
Malgré cette perte le bataillon sut se maintenir à son poste. D'autres troupes arrivèrent à son secours avec de l'artillerie et alors l'on fut à même de résister avec succès.
Cette journée coûta au bataillon la perte de son chef, quarante-deux hommes tués et cent quatre-vingt-seize blessés
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 25 mai, la Division de Réserve aux ordres du Général Demont, présente la situation suivante : 30e de Ligne à klosterneuburg, 4 Officiers et 236 hommes présents; 2 Officiers et 13 hommes détachés; 1 Officier et 68 hommes absents sans solde; 1 soldats prisonnier de guerre. Effectif total 325 hommes (donné également par Nafziger 809ECO - source : Saski, "Campagne de 1809 en Allemagne et en Autriche", Paris, 1902).

"Le 27 mai, le régiment est relevé dans la position de Moëlk et dans les postes sur le Danube par les troupes de Wurtemberg sous les ordres du général Vandamme (Dominique-Joseph (comte d'Unsebourg), né à Cassel le 5 novembre 1770, y décédé le 15 juillet 1830).
Le même jour, il vint coucher à Saint-Polden.
Si pendant le temps que le régiment a occupé Moëlk et la rive droite du Danube, depuis Ips jusqu'à Mantern, i1 ne s'est point présenté d'occasion de combattre, il faut l'attribuer au service actif de tous les postes qui, par ce moyen, se mettaient à l'abri de toute surprise et en imposaient à un ennemi nombreux, au point qu'il n'osa jamais tenter de débarquement, malgré tous les moyens qui se trouvaient en son pouvoir, ni n'osa essayer de «surprise» de sentinelles, encore moins de postes; cette activité fait l'éloge de la troupe et de ceux qui ont commandé.
Le 28 mai, le régiment part de Saint-Polden et va bivouaquer en avant de Sigerkirken
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 29 mai, le 30e occupe le village de Russdorf, il s'établit une vive fusillade à travers un des bras du Danube entre lui et un corps de troupe ennemi fort d'environ 1500 hommes, placés dans une ile du Danube en face de Russdorf, à quelques kilomètre en amont de Vienne. Ce Corps cherchait à venir inquiéter l'île Lobau en se glissant dans une île voisine.

Après la bataille d'Essling, le 3e Corps s'accroit de la petite Division Demont, replacée sous le commandement de Davout; il occupe la rive droite du Danube, de Saint Polten à Presbourg; la 1ère Division est entre Saint Polten et Vienne, la Division Gudin fait le siège de Fresbourg, les deux autres Divisions sont au camp d'Ebersdorf.

Notons par ailleurs qu'une situation de la Collection Nafziger, en date du 31 mai 1809, donne au sein du 10e Corps Westphalien, Division Bergo-française, un détachement du 30e de Ligne (Nafziger 809ECA - source : Buat, E., "Etude Critique d'Histoire Militaire, 1809, de Ratisbonne à Znaïm", Librairie Militaire R. Chapelot et Cie, Paris, 1909).

L'effectif du 30e en juin est le suivant : 1er, 2e et 3e Bataillons (1ère Division Morand) 2570 hommes; 4e Bataillon (4e Division Demont) 436 hommes.

Les six semaines qui suivent les deux journées d'Essling sont activement employées et toutes les dispositions de Napoléon sont prises en vue du succès d'une opération vraiment prodigieuse. Il a résolu de passer le Danube sous les yeux de l'armée autrichienne qui lui est supérieure en nombre, malgré tous les retranchements qu'elle a accumulés sur l'autre rive, et de la battre, comme en champ clos, sur ses positions.

"Le 29 mai, il arriva à Vienne, traversa le faubourg de (?) et fut cantonné au village de Dübling.
Le 30, cinq postes d'observation furent placés sur le Danube, deux pièces d'artillerie arrivèrent pour être attachées au régiment. L'instruction des nouveaux canonniers fut très soignée. Les deux pièces d'artillerie furent fournies de l'arsenal de Vienne avec deux caissons dont chacun était approvisionné de 150 coups à boulet et de 50 à mitraille.
La 3e compagnie du 1er bataillon, qui avait été détachée en colonne mobile, rentra au régiment le même jour.
Le 6 juin, le régiment se porta sur les hauteurs de Schönbrunn où l'Empereur passa en revue plusieurs divisions, fit des promotions, accorda des faveurs, ordonna quelques manoeuvres, vit défiler tous les Corps et les renvoya dans leurs cantonnements.
Pendant le séjour que le régiment continua de faire à Döbling, i1 ne se passa rien de nouveau.
La prise d'armes avait lieu tous les matins. L'on profitait de ce moment et d'un beau terrain pour faire des évolutions. A neuf heures la troupe rentrait dans ce logement où jamais elle ne fut troublée par aucune alerte
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 1er juillet, le 30e de Ligne est réparti ainsi : une partie (3 Bataillons soit 2053 hommes) sous le Colonel Joubert, au sein de la Brigade Lacour, 1ère Division Morand, 3e Corps Davout; le 4e bataillon (577 hommes), au sein de la Division Puthod, qui a remplacé le Général Demont, 3e Corps (Nafziger 809GCC). Par ailleurs, au sein du 10e Corps Westphalien se trouve un détachement du 30e de Ligne faisant partie d'un Régiment de Marche intégré dans la Brigade du Général Michaud stationnée à Magdeburg (Nafziger 809GCC).

Le 4 juillet au soir, les divers Corps d'armée viennent se masser dans l'île Lobau; le 3e Corps est concentré dans l'ile vis à vis la maison blanche; le passage s'exécute cette nuit même dans l'ordre le plus parfait, au milieu d'un orage épouvantable. Le 3e Corps passe à la suite du Corps de Masséna et s'établit sur la rive droite; il est formé sur deux lignes : la première ligne se compose des Divisions Gudin et Friant, la seconde des Divisions Puthod et Morand. La droite s'appuie au village de Wiettau, la gauche au Corps de Masséna.

La bataille s'engage le soir même, mais il faut toute la journée du lendemain pour le déroulement complet des phases de ce grand drame auquel concourrent 325000 hommes et 1100 pièces de canons, dont 150000 hommes et 540 pièces pour l'armée française.

L'idée générale de Napoléon est de se contenter, à gauche, de contenir l'ennemi et d'agir avec sa droite en conversant sur son centre de façon à détacher les Autrichiens de Vienne qu'ils occupent encore, pour les rejeter sur les routes de la Moravie ou de la Bohême. C'est pourquoi il accumule ses forces principales sur son centre autour de Raschdorf pour être à même de répondre aux imprévus de la bataille et charge Davout, qu'il renforce des trois Corps de cavalerie Montbrun, Grouchy et Espagne, du soin de diriger, comme il l'a si bien fait à Eylau, le mouvement de sa droite dont dépend à ses yeux le succès de la journée. En outre à ses trois Divisions ordinaires se trouve adjointe la Division Puthod (ex Division Demont).

La gauche ennemie, objectif de Davout, est formée du corps de Bellegarde; elle occupe les superbes hauteurs de Neusiedel dont les abords sont couverts, comme celles de Wagram, auxquelles elles se relient, par le ruisseau profond le Russbach. Bellegarde s'appui à Hohenzollern qui occupe les hauteurs de Wagram.

"Le 4 juillet, il part vers midi de Döbling, traverse Vienne et se dirige sur l'île de Lobau.
La pluie n'avait pas cessé de toute la journée.
La nuit approchait, doublement obscurcie par un horizon orageux qui faisait présumer de la continuation des ondées. Les éclairs et le tonnerre le disputaient par leur éclat au feu et au bruit de plusieurs batteries établies dans l'île et surtout de celles qui étaient en face d'Enzerdorf. C'est à la lueur de ces feux que le régiment arriva à l'entrée des ponts qui tenaient plutôt de l'enchantement que de la réalité en se rapportant au temps et aux circonstances où ils avaient été construits.
Le génie du général Bertrand (Henri-Gatien (comte), né à Châteauroux (Indre) le 28 mars 1773, y décédé le 31 janvier 1844) sut allier la solidité et l'élégance pour en faire un ouvrage digne d'admiration. Des lanternes posées de droite et de gauche sur toute la longueur des ponts les rendaient encore plus imaginaires. Chacun fut surpris de se trouver comme à l'entrée d'une riche capitale où l'illusion le transportait tandis qu'en réalité, il se trouvait au milieu d'une île inhabitée.
L'imagination ainsi agitée, le régiment arriva vers onze heures du soir à sa position. Les ondées, toujours plus forte, empêchèrent de faire du feu. Le terrain sur lequel i1 campa était une pelouse imprégnée par les eaux où il fallut, malgré l'humidité, reposer sans abri.
L'officier, le soldat s'entassaient pêle-mêle dans les endroits qui leur paraissaient les moins inondés.
La nuit se passa de cette manière.
Le lever du soleil fit disparaître les nuages pour éclairer les succès de la journée
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

 

- Bataille de Wagram.
(inscrite sur le drapeau du Régiment)

Tambour major 30e de Ligne 1810 Tambour major 30e de Ligne 1810 Tambour major 30e de Ligne 1810
Fig. 23 Tambour major d'après Wurtz (Petits Soldats d'Alsace, planche 64)
23bis Le même donné par Louis de Beaufort pour Le Briquet (N°4, 1969) Fig. 23a Tambour major, 1810, d'après H. Boisselier pour Bucquoy (source : Wurtz)
Tambour major 1810 30e de ligne   Tambour major 1810 30e de Ligne
Fig. 23b Tambour major, 1810, d'après Charmy
  Fig. 23c Tambour major d'après Rigo qui indique comme source Wurtz

Les 5 et 6 juillet, le 30e de Ligne a 3 Bataillons au sein de la Brigade l'Huillier, 1ère Division Morand, du 3e Corps Davout; son 4e Bataillon se trouve dans la Brigade Girard (sénior) de la 4e Division Puthod du 3e Corps (Nafziger 809GCE - sources : M. Rauschensteiner, "Die Schlacht bei Deutsch-Wagram am 5. und 6. Juli 1809"; Litre, E. F., "Les Régiments d'artillerie à pied de la Garde", Paris, 1895; Buat, E., "Etude Critique d'Histoire Militaire, 1809, de Ratisbonne à Znaïm", Librairie Militaire R. Chapelot et Cie, Paris, 1909).

Le 5 au matin, toute l'armée a achevé son passage. Elle se trouve formée sur trois lignes, sur la gauche des retranchements ennemis qu'elle rend par là même inutiles. Les Autrichiens les abandonnent et se concentrent en arrière sur la ligne de leurs camps qui occupent les hauteurs de Gérarsdorf, Wagram et Neusiedel.

Vers midi, l'armée française se déploie en éventail dans la plaine de Marchfeld pour prendre sa formation de bataille et se porter à l'attaque des fortes positions occupées par l'armée autrichienne. Nous marchons le centre vers Wagram. Comme à Essling, l'armée autrichienne est commandée par l'Archiduc Charles.

Le 3e Corps, formant la droite de l'armée, a pour objectif le village de Neusiedel, les Divisions marchant dans l'ordre de leur numéro. La Division Morand à droite se dirige sur Glinzendorf que l'ennemi évacue à son approche pour se replier sur Marchgraff, Neusiedel et le ruisseau du Russbach où il s'apprête à faire une vigoureuse résistance sur un terrain qu'il connait et qu'il a fortifié.

Le Maréchal laisse une partie de son Infanterie en avant de Glizendorf; puis, avec 40 bouches à feu soutenues par une fore ligne de tirailleurs et toute la Division Friant, il essaie de chasser les Autrichiens de leurs positions. La cavalerie légère de Montbrun manoeuvre du côté d'Obersibenbrünn; la Division Friant, puis la Division Morand passent le Russbach à hauteur de Glinzendorf et s'élancent dans la direction d'Obersibenbrünn, dans le but de tourner par sa gauche la ligne ennemie. Ce mouvement est sur le point de réussir, lorsqu'à la suite du désastre éprouvé par les Saxons sur notre centre, le 3e Corps reçoit l'ordre de suspendre sa marche; les Divisions Morand et Friant repassent le Russbach au moment où la nuit vient mettre fin au combat.

Dans cette première journée, le 3e Corps a eu à lutter contre le Corps du Prince de Rossenberg et l'avant garde de Nortmann; ses pertes s'élèvent à 400 hommes tués ou blessés.

"Le 5 juillet, plusieurs Corps avaient déjà traversé le dernier bras du Danube qui nous séparait de l'ennemi.
Le régiment se trouva entièrement sur la rive gauche à six heures du matin. Il se forma ensuite en colonnes, changea plusieurs fois de direction en parcourant la plaine et vint, sur le midi, faire halte au village de (?).
Le canon n'avait pas discontinué de se faire entendre.
Les troupes qui se trouvaient engagées avaient déjà forcé l'ennemi dans plusieurs positions, à se retirer dans ses retranchements.
Le plus important était la tour de Markt Neusiedel. Elle fut vivement canonnée pendant le jour.
Vers 6 heures du soir, le feu redoubla par l'artillerie des divisions qui prirent leur direction sur ce point. A la même heure, le régiment arriva près de l'attaque, sans y être engagé.
Il reçut l'ordre de s'arrêter.
Alors commença une canonnade terrible. Jamais pareille détonation n'avait été entendue (il s'agit certainement de l'entrée en matière de la première grande batterie commandée par Antoine Drouot).
Le village de Neusiedel fut incendié, excepté la partie qui est sur la hauteur sur laquelle la tour se trouve placée.
Cette position ne put non plus être enlevée.
Les forces et la grande quantité d'artillerie que les Autrichiens y avaient rassemblées nous empêchèrent de nous en emparer par un coup de main.
A l'entrée de la nuit, les troupes qui se trouvaient en vue de Neusiedel firent un mouvement sur la droite où filèrent aussi plusieurs Corps de cavalerie légère.
Le régiment arriva à neuf heures sa position.
Après avoir placé des postes, il fut permis de faire des feux, mais défense de quitter le camp pour aller à la maraude vu la proximité de l'ennemi.
Les fatigues occasionnées par les marches et les manoeuvres de la journée nous firent sentir à ce moment le repos combien précieux. Chacun s'y livra dans l'espoir d'éprouver le lendemain de plus fortes fatigues et d'en être dédommagé par la victoire comme les préludes de la journée nous en avaient déjà convaincus
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

D'après les plans de bataille arrêtés dans cette nuit mémorable du 5 au 6 juillet, par les deux chefs des armées opposées, le Prince De Rossenberg doit manoeuvrer pour tourner notre droite, tandis que Davout doit appuyer sur notre centre qui a été très éprouvé dans la journée précédente. Aussi, aux premiers rayons du soleil, les deux Corps se rencontrent ils, exécutant chacun des mouvements en sens inverse. Dès quatre heures du matin en effet, Rosemberg se jette sur les villages situés le long du Russbach en arrière desquels les Divisions de Davout ont passé la nuit. Le combat s'engage immédiatement dans ces villages qui sont pris et repris plusieurs fois. Enfin Davout en reste maître; les Autrichiens sont obligés de rentrer dans leurs positions. En présence de se succès, l'Empereur, revenant à son premier projet, ordonne à Davout de tourner la gauche autrichienne, mais les positions prises la veille par le 3e Corps ont été abandonnées par lui et il faut un certain temps pour le reprendre.

Le 3e Corps se forme alors dans l'ordre suivant : la Division Morand doit attaquer la Division ennemie placée à l'extrême gauche, en arrière de Marchgraff-Neusiedel, débordant le village de 500 toises; la cavalerie de Montbrun et les Dragons de Grouchy ont ordre de manoeuvrer à droite pour éloigner la cavalerie ennemie et protèger l'attaque de la 1ère Division.

La Division Friant, appuyant toujours sa gauche au Russbach, doit marcher entre le village de Marchgraff-Neusiedel et la Division Morand, placée à sa droite.

La Division Gudin doit attaquer le village par la droite. La Division Puthod par la gauche; après s'en être emparées, ces deux Divisions doivent se porter à l'attaque des hauteurs qui couvrent Marchgraff-Neusiedel.

Par ce mouvement combiné de quatre Divisions d'Infanterie, disposées sur deux lignes avec des réserves et protégées par une artillerie nombreuse, flanquées sur la droite par deux Divisions de cavalerie, l'ennemi, attaqué sur un front considérable, doit nécessairement être mis dans l'impossibilité de manoeuvrer pour réunir des forces considérables sur un ou deux points.

Le Prince de Rosenberg, comprenant l'importance de ce mouvement du 3e Corps, a groupé 60 pièces sur les hauteurs qui dominent Marchgraff-Neusiedel. Les quatre Divisions attaquent avec un ensemble parfait et la marche de la Division Morand sur laquelle le feu est particulièrement dirigé, n'en est nullement retardée.. Cette attaque qui honore la Division Morand lui coûte beaucoup de monde, mais elle fait éprouver à l'ennemi des pertes énormes. "Alors s'engage entre Davout et l'aile gauche ennemie une action opiniâtre et difficile qui se soutient avec des chances variées jusqu'au milieu du jour, et dans laquelle le 30e justifie sa belle réputation au milieu des Régiments de cette vaillante Division qui supporte un instant tous les efforts de Rosemberg. L'ennemi a l'avantage du terrain et se sert longtemps avec succès des baraques de son camp pour empêcher notre cavalerie de charger sur le plateau" (Historique abrégé).

Pendant ce temps, la cavalerie autrichienne pousse des charges désespérées; mais les divisions Montbrun et Grouchy peuvent la contenir et lui font subir de grandes pertes, tandis que les trois autres Divisions d'Infanterie emportent le village de Marchgraff-Neusiedel et couronnent les hauteurs.

Les autres points du champ de bataille sont également le théâtre d'émouvantes péripéties. L'Archiduc Charles a conçu le plan de forcer notre aile gauche et de nous couper la retraîte vers nos ponts. On voit en effet une redoutable colonne ennemie, commandée par Klenau, nous débusquer de Wagram, nous enlever Aspern et nous rejeter sur Essling. Mais Masséna, qui commande sur cette partie du champ de bataille, se porte sur Essling avec la Division Carra Saint-Cyr, ramène les Divisions Legrand et Boudet sur Aspern qu'il arrache aux Grenadiers d'Aspre. Il réussit à battre Klenau et à le forcer à la retraite, vaillamment secondé par ses cavaliers à la tête desquels l'intrépide Lasalle trouve la mort.

Sur une autre partie du champ de bataille, des évènements non moins décisifs viennent de se produire. En effet, au centre, nons étions rejetés d'Aderklaa et exposés aux efforts de Lichtenstein et de Bellegarde. Mais Napoléon se porte sur ce point et rétablit le combat, puis enfonce à son tour le centre ennemi en faisant agir contre lui une batterie de 100 pièces, commandée par Drouot, et une colonne puissante commandée par Macdonald - toutes les deux restées célèbres dans nos annales. Apercevant, presque en même temps, notre drapeau flotter sur la tour de Neusiedel, Napoléon s'écrie tout joyeux : "La bataille est gagnée".

L'Archiduc Charles, voyant les progrès que le Corps de Davout fait sur sa gauche, a envoyé le Corps de Hohenzollern pour soutenir le Prince de Rosenberg; mais les efforts combinés de ces deux Corps viennent échouer contre le courage et le sang-froid du 3e Corps, et l'ennemi, enfoncé sur son centre, tournée par sa gauche, se décide enfin à battre en retraite.

"Davout a réussi à porter successivement ses quatre Divisions sur les hauteurs. II tient maintenant, par suite des dispositions du terrain, le Corps de Bellegarde sous ses feux croisés et sous les charges de sa nombreuse cavalerie. Bellegarde appelle à l'aide Hohenzollern. Malgré les renforts qu'envoie ce dernier, il ne peut maintenir sa position et, à 3 heures, notre drapeau flotte sur la tour de Neusiedel. A cette vue, Napoléon s'écrie : "La victoire est à nous", consacrant par ces mots la gloire nouvelle acquise par Davout et ses immortelles Divisions. Pour confirmer ce succès, il lance le Corps Oudinot sur Hohenzollern qui est chassé de Baumersdorf et de Wagram" (Historique abrégé).

Le 6 au soir, la Division Morand campe entre Bakfields (?) et Aversthal (?).

musiciens 1810 30e de ligne
Fig. 24 Musiciens, 1810, figurines Wurtz (exposition Rêve d'enfance - Musée de l'Armée)
Musicien 30e de Ligne 1810
Musicien 30e de Ligne
Musicien 1810 30e de Ligne
Musicien 30e de Ligne
Fig. 24bis Musicien 1809-1810 d'après Pierre Albert Leroux; document original conservé à la Anne S. K. Brown Military Collection, Brown University Library (avec l'aimable autorisation de Mr Peter Harrington, Conservateur de la Bibliothèque). Merci de respecter la propriété de ce document. Fig. 24a Musicien 1810 d'après Wurtz ; publié dans Tradition N°123 Fig. 24b Musicien 1810 d'après Wurtz (Petits Soldats d'Alsace, planche 65) 24bis Le même donné par Louis de Beaufort pour Le Briquet (N°4, 1969)
Musicien 30e de Ligne 1810 Musiciens 1810 30e de Ligne
Fig. 24c Musicien, 1810, d'après H. Boisselier pour Bucquoy (source : Wurtz)
Fig. 24d Musiciens, 1810, d'après Charmy

"Le 6 juillet, les Autrichiens attaquèrent nos avant-postes.
La ligne des sentinelles se replia devant de forts pelotons de cavaliers. Toutes les gardes rentrèrent.
Le régiment se forma en colonne et commença son mouvement. Il ne marcha pas longtemps sans se mettre en ligne.
Il rencontra l'ennemi en bataille.
Le régiment se déploya et commença le feu avec son artillerie. Celle de l'ennemi se mit à même de répondre.
L'on canonna de part et d'autre sans succès.
Le 1er bataillon reçut l'ordre de partir pour éclairer la cavalerie légère à l'extrême droite de l'armée.
Un aide de camp du général Montbrun (Pierre-Louis (comte), né à Florensac le 1er mars 1770, décédé à la Moskova le 7 septembre 1812) vint chercher le bataillon et le conduisit dans un bosquet qui, sans être bien fourni, était coupé par de fortes broussailles et quelques gros arbres qui eussent empêché la cavalerie d'agir. Il reçut l'ordre de garder cette position et de ne la quitter que lorsque le général l'ordonnerait.
La compagnie de voltigeurs fut fouiller le village peu distant de la ligne par où les éclaireurs ennemis venaient sur nos derrières. Ils furent chassés du village. L'on en surprit quelques-uns beaucoup plus occupés du pillage que du service.
Le régiment fit mouvement et se porta plus à droite en gagnant une ferme située sur un petit plateau d'où l'on découvrait facilement toute la cavalerie ennemie.
C'est là que l'on s'aperçut de la manoeuvre des Autrichiens pour tourner notre ligne.
Une forte colonne, toute composée de cavalerie, parvint à culbuter deux régiments qui se trouvaient à l'extrême droite. Cette masse les poussa quelque temps et les chargea isolément étant à droite des éclaireurs. Ils se retirèrent derrière le gros des colonnes en faisant assez bonne contenance.
Le bataillon reçut l'ordre de suivre ce mouvement.
Il laissa filer la cavalerie qui venait d'être repoussée, forma promptement le carré et marcha vers le point indiqué. Pendant sa marche, il éprouva des embarras causés par les caissons et les fuyards qui lui firent craindre pour ses rangs, mais il arriva heureusement sans avoir été atteint par la cavalerie ennemie à la hauteur des régiments qui se disposaient d'arrêter cette colonne.
Le général Grouchy vint en personne placer le bataillon.
La charge commença.
Les Autrichiens furent enfoncés.
Cette colonne sabrée et dispersée regagna sa ligne avec beaucoup plus de désordre qu'elle n'en avait causé.
Peu de temps après la charge, arriva un officier d'état-major qui porta l'ordre de rentrer sur-le-champ à la division.
Pendant que le 1er bataillon se trouvait détaché sur la droite, les 2e et 3e reçurent l'ordre de marcher en avant.
Le camp retranché de l'ennemi fut attaqué.
Malgré l'acharnement qu'il mit à le défendre, rien ne put empêcher nos troupes d'enlever ce poste important.
Les obstacles augmentaient l'opiniâtreté.
Le régiment gravit sans balancer sur le plateau et y parvint sans la moindre hésitation. C'est là que le brave lieutenant Lassegue fut atteint d'un coup mortel en franchissant un épaulement et en criant aux grenadiers de le suivre.
Plus loin le sous-lieutenant Mousset trouva la mort au milieu d'un gros d'ennemis sur lesquels il se jeta, le sabre à la main pour les faire rendre.
Les Autrichiens chassés de leur position furent poursuivis.
Les deux bataillons marchèrent en bataille, poussant tout ce qu'ils rencontrèrent devant leur front, mais les débris des troupes qui venaient d'être défaites n'essayèrent pas de se reformer.
La cavalerie vint protéger leur retraite.
Alors le général vint arrêter la division.
Ce fut à cette halte que le 1er bataillon rejoignit le régiment.
Le 1er bataillon fut encore détaché avec l'artillerie du régiment pour éclairer un Corps de cavalerie.
Tous les bois furent soigneusement fouillés, dans lesquels on trouva quelques hommes égarés et des blessés.
Après avoir marché de droite et de gauche, toujours au milieu de la cavalerie, il arriva près d'un village, où le duc de Padoue (Arrighi de Casanova Jean-Tousaint, né à Corte le 8 mars 1778, décédé à Paris le 22 mars 1853) qui commandait la colonne fit faire halte.
La chaleur et les fatigues de la journée avaient tellement altéré la troupe que l'eau qui se trouvait dans les trous, les bourbiers et les ornières, était une chose précieuse pour ceux qui pouvaient en avoir. L'on a même vu boire dans les seaux de l'artillerie l'eau qui avait servi à rincer les pièces.
Les 2e et 3e bataillons vinrent bivouaquer non loin du 1er sur la gauche.
Cette mémorable journée, dont les résultats ont donné et semblent assurer la paix, fut des plus heureuses pour le régiment, car il ne perdit que cinquante-trois hommes et soixante blessés
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

La Division Morand a eu à Wagram 209 hommes tués et 1149 blessés. Le 30e est l'un de ses Régiments les plus éprouvés. Au nombre des Officiers cités pour leur brillante conduite à Wagram, nous trouvons le Colonel Joubert qui a été blessé et a eu son cheval tué sous lui. Les Sous lieutenants Lassègue (Jean) et Moussé (Pierre) sont parmis les morts. Le lieutenant Faure (Antoine Vincent) meurt peu de temps après des suites de ses blessures. Parmi les blessés, nous retrouvons les noms suivants : le Colonel Joubert (Joseph Antoine René), atteint d'un coup de feu à la jambe gauche; le Capitaine De Huis (Jean pierre Charles), coup de feu à la cuisse; le Lieutenant Plançon (Claude), contusion à la tête. Le Sous lieutenant Brésillon (André), coup de feu à la cuisse gauche; le Sous lieutenant Solivenne (François) atteint d'un coup de feu; le Sergent Reland (Pierre Marie), depuis Officier au Corps, coup de feu à la jambe droite et à la joue.

Les pertes du 30e le 6 juillet selon Martinien sont les suivantes : le Lieutenant Mousse a été tué; sont mort des suites de leurs blessures le Sous lieutenant Lassègue (mort le 15) et le Lieutenant Faure (mort le jour même); sont blessés le Colonel Joubert, le Chef de Bataillon Aillet, les Capitaines Fleury, De Huis, les Sous lieutenants Brésillon, Plançon, Solirenne.

Jean Pierre Charles de Salles de Hiis

Précisions de Mr de Salles : "Dans l'historique commenté et Martinien, de Huis; dans la liste des Officiers du 30e, Dahil. Il est à la Légion d'Honneur sous Dehus, et aussi sous ce nom dans les mémoires de Davout au Siège de Hambourg en 1813. Il s'agit de Charles de Hys, Chef de Bataillon en 1813. A l'époque le nom s'écrivait de Hiis, d'où les confusions avec Hus et Huis.

Voici ses états de services :

Né le 5 juillet 1785 à Tarbes (Hautes Pyrénées), fils de Joseph de Salles, Baron de Hiis et de Rose de Fondeville.
Ecole Spéciale Militaire le 12 Décembre 1803.
Nommé Sous-Lieutenant au 30e Rég. d’Infanterie de Ligne le 23 Octobre 1804.
Lieutenant le 14 Mars 1807. Capitaine le 27 Juin 1809. Chef de Bataillon le 21 avril 1813.
Campagne de l’an 13 aux Cotes de l’Océan. An 14 et 1805 dans la Grande Armée. 1806 et 1807 en Prusse et en Pologne. 1808 dans les Camps de Silésie. 1809 en Autriche. 1810 sur les cotes de la Baltique et à l’embouchure de l’Elbe. 1811 sous les ordres du Prince d’Eckmulh. 1812 en Russie. 1813 en Saxe à la Grande Armée. 1814 au Blocus de Hambourg.
Blessé d’un coup de feu à la cuisse gauche à la Bataille de Wagram le 6 Juillet 1809. Blessé à la Bataille de la Moskowa le 7 Septembre 1812 de deux coups de feu, dont un au bras gauche et l’autre à la cuisse droite.
Chevalier de la Légion d’Honneur le 26 Octobre 1812. Officier de la Légion d’Honneur le 25 Avril 1821. Chevalier de l’Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis le 18 Aout 1819.
Retraité en 1823

Le père de Charles, Joseph de Hys est avocat et Baron de Hiis, village au sud de Tarbes. C'est un des contribuables les plus riches du nouveau département. Révolutionnaire déclaré, il fait partie du clan Barrère-Fondeville. Il fut maire de Tarbes de 1780 à 1783, puis au conseil de préfecture. Sous la Terreur, la famille est écartée. Il meurt en 1801. L'aine des fils, Marc, s'engage dans une Compagnie franche de la Garde nationale en 1793, dont il sera Lieutenant-colonel, puis fera partie de la Garde d'honneur de Tarbes et sera conseiller général. Le cadet, Charles, entre à l'ESM peu de temps après sa création puis rejoint le 30e à Boulogne, jeune Sous-lieutenant de 19 ans.

Portrait 30e de Ligne
Ci dessus : portrait de Jean Pierre Charles de Salle de Hiis (postérieur à l'Empire); ci dessous, états de service
30e de ligne

L'ennemi n'ayant plus un seul corps intact, se met en retraite sur toute la ligne. Le 7 juillet, les Divisions Morand et Friant sont dirigées par Wolkesdorf sur la route de Brünn, à la poursuite des Corps de Rosenberg et d'Hohenzollern qui effectuent leur retraite en Moravie. Ces deux Divisions m rchent en arrière et à quelque distance du Corps de Marmont.

Le 9, le 3e Corps est à Nicolsbourg dont il s'empare à dix heures du soir; il se dirige ensuite à marche forcée sur Znaïm, où Masséna et Marmont luttent contre trois Corps ennemis qui s'y sont concentrés.

En raison des pertes faites à Wagram, un ordre du 10 juillet prescrit d'incorporer les hommes, et de renvoyer au Dépôt en France, les cadres des 4es Bataillons dont celui du 30e.

Dans la nuit du 11 au 12 juillet, l'armistice de Znaïm est signé; il sert de base au traité de paix de Vienne signé quelques jours plus tard. Le 12, le 3e Corps est à Znaïm.

"Le 7 juillet, l'ennemi fut poursuivi.
Le 1er bataillon continua son mouvement, avec une partie de la cavalerie, sous les ordres du général Grouchy. Il n'y eut aucune rencontre. Beaucoup de traînards furent ramassés et conduits sous escorte.
Le 8, les 2e et 3e bataillons furent bivouaquer près du village de (?), non loin de la grande route de Moravie.
Dans la nuit, le 1er bataillon rejoignit le régiment.
Le 9, ces deux bataillons partirent de leur bivouac et se dirigèrent avec un Corps de cavalerie vers Taya. Ils furent bivouaquer prés de Scroube, superbe campagne du Prince de Liechtenstein. Ce même soir, le 1er bataillon fit mouvement et se porta sur la grande route de Vienne à Nicolsbourg.
Le 10, le bataillon vint occuper Nicolsbourg où i1 fut laissé par ordre exprès de M. le maréchal Davout. Dans la nuit, les 2e et 3e bataillons y arrivèrent.
Le 11, le régiment se mit en marche, mais à peine sorti de la ville, le 1er bataillon reçut l'ordre d'y rentrer et de s'y garder militairement.
Les 2e et 3e poussèrent jusque sur les bords de la Taya, se placèrent cheval sur la route de Brünn et rétablirent le pont en pierre que l'ennemi avait coupé.
Le 12, l'on conserva les mêmes positions.
Dès le matin, les bruits d'un armistice se répandirent. De plus en plus ils acquéraient de l'authenticité par les résultats de la bataille de Znaïm.
Le 13, le 1er bataillon quitta Nicolsbourg et vint rejoindre les 2e et 3e La nouvelle de cet armistice fut reçue officiellement
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

 

- Période de paix de 1809 à 1812

tambour maître 1810 30e de ligne
Tambour maître 1810 30e de Ligne 1810
Tambour maître 1810 30e de Ligne
Tambour maître 1810 30e de Ligne
Fig. 25 Tambour maître, 1810, figurine Wurtz (exposition Rêve d'enfance - Musée de l'Armée)
Fig. 25a Tambour maître, 1810, d'après Charmy
Fig. 25b Tambour maître, 1810, d'après Wurtz (Petits Soldats d'Alsace, planche 64)
Fig. 25bis Le même d'après L. de Beaufort (Le Briquet N°04 de 1969)
Tambour maître 30e de Ligne 1810 Tambour maître 30e de Ligne 1810-1812 Tambour maître 1809-1810 30e de Ligne
Fig. 25c Tambour maître, 1810, d'après H. Boisselier pour Bucquoy (source : Wurtz)
Fig. 25ca Tambour maître, 1810-1812, d'après A. Yéjov (donné dans Gloire et Empire N°30)
Fig. 25d Tambour maître 1809-1810 d'après Tanconville, les Garnisons d'Alsace. Ce document est également donné dans le Hors Série N°19 de la revue Tradition
Tambour maître 1810 30e de Ligne Tambour maître 1807-1813 30e de Ligne
Fig. 25da Tambour maître 1809-1810 d'après E. R.; dessin basé sur celui de Tanconville (Collection de l'auteur; DR)
Fig. 25e Tambour maître, 1810, d'après Charmy (2e version)
Fig. 25f Tambour maître 1809-1810 d'après R. North (source : Tanconville, les Garnisons d'Alsace)
Tambour maître 1808-1812 30e de Ligne Tambour maître 30e de Ligne  
Fig. 25g Tambour maître, 1808-1812, d'après K. Tohsche
Fig. 25h Tambour maître, 2e version, d'après K. Tohsche

Le 14 juillet, le 30e (et tout le 3e Corps) reçoit l'ordre d'aller cantonner à Brünn où il reste cantonné dans des baraques dans les environs de la ville.

"Le 14, le régiment prit des cantonnements.
L'état-major fut placé à Danovitz, gros village à gauche sur la route de Nicolsbourg à Brünn.
Ce même jour, le 4e bataillon, qui faisait partie de la division des réunis, rentra au régiment.
Le 17 juillet, une section par compagnie fut désignée pour aider au tracé du camp qui fut établi sur la rive droite de la Taya, la droite à la grande route de Brünn et la gauche appuyée sur le village de Guldenfurth dont le camp prit le nom.
Les bois éloignés de cet endroit donnèrent beaucoup de peine pour établir le baraquement, le soldat étant obligé de transporter les matériaux sur son dos. Malgré cette pénurie, le camp fut logeable le 23, jour où le régiment vint s'y établir
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

A partir du mois d'août 1809, le 30e est au camp de Guldenfurth; il a trois Bataillon au camp, les cadres du 4e sont en route pour rentrer en France. Son effectif est de 2967 hommes; le Dépôt est à Mayence.

"Le 9 août, le régiment reçut l'ordre de faire mouvement, ainsi i1 laissa dans le camp un officier, un sous-officier par compagnie et un homme par baraque pour la garder. Il vint le même jour loger à Paulwitz et trois villages environnants.
Le 10 à Luschitz (?).
Le 11, le régiment se mit en marche à très bonne heure et vint à Goding où i1 reçut l'ordre d'aller démolir les redoutes que les Autrichiens avaient établies sur les bords de la Morawa.
L'on avait accordé deux jours pour terminer cette opération, mais l'ardeur de chacun était si forte que huit heures de travail suffirent pour enlever les palissades, combler les fossés des retranchements et aplanir le terrain, de manière à faire douter si jamais ouvrage militaire y avait existé. Ce zèle et cette tâche si promptement remplie valurent au régiment des félicitations de la part de M. le maréchal Davout qui s'était transporté sur les lieux.
Le même jour, le régiment revint coucher à Luschitz.
Le 12, à Paulovitz et le 13, au camp.
Le 14, l'on se prépara pour célébrer la fête de Sa Majesté qui eut lieu le 15 à la droite du camp.
M. le général de division Comte Morand avait fait élever un monument en briques et gazon, d'une forme aussi simple qu'élégante.
Le matin l'artillerie annonça ce grand jour.
La division prit les armes, en grande tenue, et vint se ranger autour du monument où l'on chanta le Te Deum qui fut terminé par les cris «Vive l'Empereur ! » et par une salve de toutes les pièces. Ensuite la troupe rentra au camp où i1 y eut une grande parade.
Différents jeux furent exécutés pendant la journée auxquels présidèrent MM. les généraux et colonels. La joie la plus franche se faisait remarquer.
Ces traits sont toujours plus sensibles parmi les militaires, vu que les sentiments et l'honneur, de l'amour et de la reconnaissance sont les seuls qui les animent lorsqu'il s'agit de fêter celui qui fait l'objet de leur gloire
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 1er septembre, le Régiment comprend 71 Officiers et 2365 hommes répartis en trois Bataillons, et cantonnés aux environs de Brünn (Rigo). Il fait partie du 3e Corps de l'Armée d'Allemagne (Davout), Division Morand, Brigade Lhuillier (le Général Lacour, grièvement blessé à Wagram, est mort le 28 juillet). En septembre, il est encore au camp de Guldenfurth; les 4e et 5e Bataillons sont réunis à Mayence. "C'est le pays des oies sauvages" écrit depuis Nicolsborg le 9 septembre 1809 le flamand Jean Baptiste de Witte, soldat au Régiment (E. Fairon et H. Heuse : "Lettres de grognards", 1936).

"Le 12 septembre, le camp fut levé, sa position marécageuse avait donné des fièvres très opiniâtres, dont beaucoup de soldats furent atteints.
Ce même jour, l'état-major du régiment fut occuper Auspitz.
Le 14, l'on reçut l'ordre de se porter sur Austerlitz où tout le Corps d'armée se trouvait réuni.
Le 17, l'Empereur le passa en revue sur ce mémorable champ de bataille de 1805, où il détruisit l'armée autrichienne et russe.
Des promotions à différents grades eurent lieu lors de cette revue. Lorsqu'elle fut terminée, l'Empereur ordonna des manoeuvres auxquelles toutes les armes prirent part, ensuite chaque régiment défila devant sa Majesté et fut renvoyé dans ses cantonnements.
Le 18, le régiment fut coucher à (?).
Le 19, l'on assigna de nouveaux cantonnements et le régiment fut réparti le long de la grande route de Brünn à Iglau, l'état-major fut s'établir à Rossitz.
Un ordre de M. le maréchal enjoignait à chaque colonel d'assigner à son régiment un point de réunion. Trois coups de canon devaient être le signal convenu pour s'y rendre. Celui du régiment fut pris à l'embranchement des routes d'lglau. De là, i1 serait dirigé vers Brünn où i1 aurait reçu une destination ultérieure. Jamais cette alerte n'eut lieu
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

En octobre, le 30e est en marche pour rejoindre la frontière.

Situation du 30e de Ligne en octobre 1809 (côte SHDT : us1809 - C2680)

Chef de corps : JOUBERT Colonel
Garnison - Dépôt à Mayence - 26e Division Militaire
Conscrits des départements de la lys - de l'Yonne - de la Nièvre de 1810
JODON Major; FREMOND Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Plaige à Rossitz - Armée d'Allemagne - 3e Corps Davout - 1ère Division Morand - 2e Brigade Joubert
Observations : octobre 1809 effectif sous les armes : 35 Officiers - 754 hommes - hopitaux 198
2e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Maire à Rossitz - Armée d'Allemagne - 3e Corps Davout - 1ère Division Morand - 2e Brigade Joubert
Observations : octobre 1809 effectif sous les armes : 18 Officiers - 763 hommes - hopitaux 176
3e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Ailliet Pierre Gabriel à Rossitz - Armée d'Allemagne - 3e Corps Davout - 1ère Division Morand - 2e Brigade Joubert
Observations : octobre 1809 effectif sous les armes : 20 Officiers - 823 hommes - hopitaux 196
4e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Toncas à Mayence - 26e Division Militaire - Armée d'Allemagne - 10e Corps Roi de Westphalie - place de Custrin - détachement de la 2e Cie
Observations : octobre 1809 une Compagnie de Fusiliers à Cassel - détachement de la 2e Cie à Custrin effectif sous les armes : 2 Officiers - 86 hommes - hopitaux 40
5e Bataillon

"Le 15 octobre, le canon et l'ordre du jour annoncèrent officiellement la conclusion de la paix qui avait été signée la veille. Ce même ordre prévoyait aussi des moyens préparatoires pour quitter la Moravie" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

En novembre, les trois Bataillons actifs, avec toute la première Division, cantonne entre Willembourg et Mautern.

"Le régiment vint coucher à Kunitz.
Le 2, à Dürholz.
Le 3, Mat Hern-Baun-Garten.
Cet endroit est remarquable dans les annales de l'Autriche par la beauté du vallon où il se trouve situé, dont les coteaux, couverts de jardins et de vignobles, en font un site aussi fortuné qu'agréable.
Le 4, à Sulz.
Le 5, à Wolkersdorf.
Le 6, à Vienne.
Le 7, à Petersdorf, à une lieue hors des lignes de Vienne. L'état-major du régiment fut s'y étamblir et y resta pendant la durée des cantonnements que l'on prit dans cette région.
Le 20, les cantonnements définitifs, en avant et sur la droite de Saint­Polden. L'état-major fut établi à Goldeck.
Le 15 décembre, levée des cantonnements. Le régiment vint coucher à Gosdorf.
Le 16, à Donaudorf.
Le 17, à Edt.
Le 18, à Baulernen (?), en avant d'Enns.
Le 19, à Sierninghoff.
Le 20, l'on prit encore des cantonnements définitifs dans les environs de Kremsmünster. L'état-major fut à (?)
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 1er janvier 1810, Il y a à Custrin un Bataillon de marche qui a été formé de détachements tirés des 28e Légers, 20e, 27e et 30e de Ligne (voir plus haut situation d'octobre 1809). De son côté, la 1ère Division est en marche de Sarrebourg pour Bayreuth; l'effectif du 30e est de 3025 hommes.

"Le 2 janvier 1810, l'Autriche fut entièrement évacuée.
Le régiment quitta ses cantonnements et fut loger le même jour à Mostab (?).
Le 3, à Buchheim (?).
Le 4, à Mülhams (?).
Le 5, à Maurvis (?).
Le 6, il traversa Salzbourg et vint coucher à Hallein, bourg sur la Salza, célèbre par ses abondantes salines.
Le 7, i1 rentra dans les gorges du Tyrol et fut cantonner dans différents villages.
Le 1er bataillon poussa jusqu'à Berdstadt. Il plaça un poste sur le mont Tauern pour correspondre avec les tirailleurs du Pô qui occupaient Saint-Michel de l'autre côté de la montagne.
Sur la gauche de Rastadt, dans la vallée où l'Enns prend sa source, la grande route de la Carinthe passe par cette vallée. Un poste d'observation fut établi au village de Mandling, ancienne démarcation du pays de Salzbourg.
Les Autrichiens avaient un poste en face.
Le 2e bataillon fut placé à Werfen, le 3e à Abtenau et l'état-major à Golling.
Le premier et le dernier de ces trois endroits se trouvent sur la route dans la vallée de la Salza, et Abtenau à gauche.
Le 30 janvier, il se fit un mouvement.
Le 1er bataillon évacua le baillage de Rastadt et occupa Weren. Le 2e bataillon à Golling et l'Etat-Major à Hallein
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Au 1er février 1810, le Régiment, qui comprend toujours trois Bataillons (67 Officiers et 2142 hommes), a formé une Compagnie d'Artillerie (2 Officiers, 65 canonniers et 50 chevaux). A partir du 5 février , la Division Morand quitte Salzbourg pour se rendre à Bayreuth où elle arrive du 24 février au 2 mars.

Par ailleurs, du côté de l'Espagne, un ordre a été donné de former 12 Bataillons auxiliaires d'Espagne, mais 6 seulement sont organisés à Versailles. Les 5 premiers forment avec 4 Régiments de marche la Division Dufour, qui arrive à Pampelune au mois de février 1810. Parmi les 6 Bataillons auxiliaires, on trouve au sein du 1er 6 Compagnies formées avec des détachements notamment du 30e de Ligne (Belhomme, tome 4).

"La levée des cantonnements et le départ devant avoir lieu, les compagnies les plus éloignées furent concentrées le 7 à Hallein.
Le 8 février, le régiment réuni se mit en marche et vint le même jour à Salzbourg.
Le 9, à Laufen.
Le 10,à Tittaming.
Le 11 février à Neu Oetting.
Le 12, à Meumarck, séjour le 13.
Le 14, à Wilsbibourg.
Le 15, à Landshut.
Le 16, à Pfefenhausen.
le 17, à Abensberg.
Le 18, à Ratisbonne, séjour le 19.
Le 20, à Bonholz (?).
Le 21,à Schwandorf.
Le 22, à Hamberg.
Le 23,à Wilseck.
Le 24, à Tumbach, séjour le 25.
Le 27, dans les cantonnements définitifs.
L'état-major fut s'établir à Münschberg
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Au 15 mars, l'effectif du 30e, qui cantonne aux environs de Bayreuth, est de 66 Officiers et 2132 hommes; la Compagnie d'Artillerie comprend 2 Officiers et 63 hommes. A cette date, le 30e fait partie de la Brigade Dalton, toujours au sein de la Division Morand. La Division Morand demeure à Bayreuth et ses environs en avril et mai.

"Le 30 mars, il s'opéra un mouvement. Le régiment abandonna Münschberg, se rapprocha de Bayreuth et cantonna sur les bords du Main blanc et du Main rouge. L'état-major à Kulmbach" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 1er juin, elle reçoit l'ordre de se rendre dans les villes hanséatiques pour renforcer la Division Molitor; elle se met en marche du du 19 au 22 juin.

"Le 20 juin, départ du régiment. Le même jour, il fut loger à Münschberg.
Le 21, à Hoff.
Le 22, à Scheilz.
Le 23, à Neustadt.
Le 25, à Iéna, séjour le 25.
Le 26, à Weimar.
Le 27, à Erfurth.
Le 28, à Langensalza.
Le 29, à Mülhausen.
Le 30, à Heiligenstadt, séjour le 1er juillet.
Le 2 juillet, à Göttingen.
Le 3, à Einbeck.
Le 4, à Hanovre.
Le 6, à Celle, séjour le 7.
Le 8, à Bergen.
Le 9, à Soltau.
Le 10, à Welle.
Le 11, à Harburg.
Le 12, le régiment traverse l'Elbe et vint à Hambourg où les 1er et 2e bataillons restèrent en garnison. Le 3e fut cantonné dans les environs.
Des ordres très sévères furent donnés pour la répression de la contrebande. Afin d'en assurer l'exécution, des compagnies partaient journellement pour aller occuper différents postes sur les bords de l'Elbe et autres lieux
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

A partir du 13 juillet jusqu'au 30 septembre, la Division Morand s'établit à Hambourg et à Lubeck. Le 30e de Ligne, qui comprend toujours trois Bataillons et une Compagnie d'Artillerie (Rigo), est à Hambourg. Il y demeure jusqu'au milieu de novembre; il se met ensuite en route pour Lubeck, Ratzbourg, Lunembourg et Tramunde.

Par ailleurs, en septembre 1810, le Bataillon de marche de Custrin, qui comprend une Compagnie du 30e, est dissous, et incorporé dans le 13e Léger et le 25e de Ligne.

"Le 1er septembre 1810, le 3e bataillon fut envoyé sur la côte à l'embouchure de l'Elbe, en service actif.
Une surveillance stricte jeta la consternation parmi les caboteurs, les contrebandiers et les fauteurs de l'Angleterre. Le régiment reçut l'ordre de se réunir à Hambourg; en conséquence le (?) fut indiqué aux compagnies pour aller occuper de nouveaux cantonnements.
L'état-major et le 1er bataillon furent à Lübeck, le 2e bataillon à Ratzeburg et le 3e à Lauenburg.
Le bataillon qui était à Lübeck fournissait une compagnie pour la garde de Travenmünde. Elle y faisait le service pendant un mois
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Le 30 décembre 1810, le Lieutenant François, ancien de la 9e Demi-brigade avec laquelle il a fait la campagne d'Egypte, et qui s'est tout récemment échappé des pontons de prisonniers en Espagne, arrive à Hambourg pour y rejoindre le 30e de Ligne : "Le lendemain je me présente chez mon colonel, M. Joubert, que j'ai beaucoup connu en Égypte, dans les Dromadaires, où il commandait une compagnie, tandis que j'étais maréchal des logis chef dans le même corps. Je suis heureux de me retrouver sous ses ordres.
Étant le deuxième lieutenant du régiment, le colonel me propose pour le grade de capitaine. En attendant ma nomination, il me place aux voltigeurs du 4e bataillon, qui se trouvait à Lubeck et que ne tarde pas à rejoindre tout le régiment
" (M. Thiéry, Journal d'un officier français ou les cahiers du Capitaine François, 1792-1815).

Habit 30e de Ligne
Fig. 6 Habit d'Officier (Sous-lieutenant) du 30e de Ligne de grande tenue, Musée Historique de Moscou. N° d'inventaire : 68257/10475T-I62. Il semblerait que le propriétaire de cet habit était le célèbre François (qui a sauvé l'Aigle du Régiment pendant la campagne de Russie) . Comme celui-ci est arrivé au corps à la fin de l'année 1810, cet habit doit donc être daté de la période 1810-1812
Ci dessus et ci dessous : diverses vue du même habit (communication d'un de nos correspondants).

"Dans les premiers jours de mars, le 2e bataillon se réunit au premier. L'instruction commença" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Un ordre du 12 avril 1811 crée un 6e Bataillon dans 25 Régiments et ajoute un Major en second à leur Etat-major. Le 5e Bataillon reste Dépôt ; le 6e Bataillon est un Bataillon de guerre et est composé provisoirement de 6 Compagnies de Fusiliers ; ce n'est qu'en mars 1812 que 2 Compagnies sont, dans chaque Bataillon, transformées en Compagnies d'élite. Les 6es Bataillons sont organisés au Dépôt de leur Régiment, savoir en France pour le 30e.

Le 19 avril 1811, l'Armée d'Allemagne est composée de trois Corps; le 1er est le Corps d'observation de l'Elbe, commandé par Davout. A cette époque, le 30e ne compte encore que 3 Bataillons, mais l'Empereur a ordonne que les 4e et 6e bataillons rejoignent le Corps principal. Ainsi, un ordre du 24 mai 1811, prescrit de mettre en marche les Dépôts des 6es Bataillons du Corps Davout, de manière qu'ils soient rendus le 1er juillet : à Wesel pour celui du 30e. Dans chaque ville, un Général de Brigade surveille l'instruction de ces Bataillons, qui doivent partir le 1er août pour rejoindre leurs Régiments en Allemagne. Ses anciens Régiments ayant alors 5 Bataillons présents, et le 33e Léger (qui tout comme le 33e de Ligne, fait partie du Corps de Davout) seulement 4, Davout reçoit l'ordre de les répartir en 5 Divisions (Belhomme, tome 4).

Le départ du Dépôt a lieu entre le 19 et le 25 juillet 1811; l'arrivée à Hambourg est prévue entre le 6 et le 26 août. Par ailleurs, on rassemble à Wesel et Strasbourg (22 août 1811) des conscrits réfractaires et des condamnés graciés, qui doivent être intégrés dans les Régiments d'Infanterie du Corps d'Observation de l'Elbe. Pour le 30e, qui présente un effectif de 3982 hommes, il manque encore 218 hommes pour arriver au complet de 4200 hommes; 150 conscrits doivent arriver de Wesel, 300 de Strasbourg, plus 40 graciés, ce qui doit porter l'effectif total à 4472 hommes !

"Les progrès que l'on avait fait étaient déjà sensibles lorsque, le 26 avril, le régiment fit mouvement qui le dissémina (sic). L'état-major, l'artillerie et trois compagnies du 2e bataillon furent occuper Travenmünde. Le 1er bataillon fut dans le Mecklembourg et le 3e vint occuper Lübeck.
Le 9 mai (1811), d'après des nouvelles dispositions, le 1er bataillon quitta le Mecklembourg et rentra à Lübeck.
Ici se termine le journal du colonel Plaige
" (Journal de Campagne du Colonel J. B. Plaige).

Guibert, Officier au 30e, a laissé une importante correspondance. Il nous renseigne sur sa vie en garnison à Mayence en juillet 1811, puis à Lubeck, Hambourg jusqu'au début de 1812. Le 7 juillet, il dépeint rapidement sa route charmante depuis Château-Thierry, ensuite exécrable jusqu'à Kaiserslautern sans cesse dans des forêts de sapins où l'on ne rencontre presque pas de villages, le parcous final sur Mayence étant fort agréable. Il continue : "... il est impossible d'être plus gueux que les aubergistes allemands. Ils nous donnent de la choucroute et nous font payer pour un déjeuner 3 frs et 4 pour un diner, mais bientôt je serai à la caserne et je me moquerai d'eux ..." (in Pierre Charrié : "lettres de guerre, 1792-1815").

A Mayence, Guibert loue une chambre et un cabinet pour 13 frs par mois chez une marchande de cartes. L'ordinaire coûte 45 frs, déjeuner, dîner, souper : "... nous allons à l'exercice à 3 heures du matin, nous en revenons à 6 heures 30. Nous y retournons à 5 heures du soir et nous quittons à 7 heures 30. Nous avons fort à faire avec les bougres de conscrits. Il n'y en a pas la moitié qui parle français ... j'ai la tête toute bouleversée dans ces sacrées casernes à faire de l'inspection des je ne sais quoi ... Nous sommes obligés de faire le maniement d'armes tout le temps des exercices. Comme ils ne comprennent pas, il faut bien leur montrer ..." (in Pierre Charrié : "lettres de guerre, 1792-1815").

Le 17 juillet, Guibert précise qu'ils doivent partir pour Hambourg. Ils s'embarquent sur le Rhin jusqu'à Wesel. 3 jours embarqués pour faire 60 lieues, ensuite par étapes : "... nous sommes assurés maintenant de ne pas aller en Espagne ... J'ai acheté du casimir bleu pour me faire un pantalon de petitte tenue pour la route et une paire de guêtres. A Hambourg, il faudra que je m'achète une paire d'épaulettes et un frac ..." (in Pierre Charrié : "lettres de guerre, 1792-1815").

Avant de partir, il y a un repas d'adieu des officiers qui revient à 40 frs. Le voyage sur le Rhin le 23 juillet se passe bien sauf pour le 111e qui perd un bateau. Guibert est particulièrement sensible aux paysages de la vallée du Rhin et donne une jolie description : "(...) Rien n'est beau comme les rives du Rhin, 2 lieues au dessus de Mayence en suivant le courant, comme le Rhin est resserré entre deux chaînes de montagne qui sont d'une hauteur prodigieuse. Sur presque toutes les pointes est un château-fort. Ils sont tous en ruines. Depuis la rive jusqu'au bout de la montagne, il y a la vigne mais comme la pente est trop rapide et que ce ne sont que des rochers, les habitants ont fait des gradins depuis le bas jusqu'à la cime et sur chaque gradin il y a une douzaine de ceps de vigne. C'est là un endroit très dangereux mais nous l'avons passé heureusement. (...) De Munster à Hambourg on entre dans le Hanovre pays affreux, on fait 10 lieues pour une étape et dans tout le chemin on ne rencontre pas une seule maison. Ce ne sont que des bruyères et du sable. Pour comble de bonheur, quand on arrive à l'étape comme ce ne sont que des mauvais villages pas assez considérables pour loger la moitié d'un bataillon, on était détaché par compagnie" (in Pierre Charrié : "lettres de guerre, 1792-1815").

Guibert s'est bien amusé à Wesel, de même à Munster et à Hambourg qui est une ville superbe de 120000 âmes. Il évoque également ses impressions sur les Allemandes. Dans une première lettre, il est réservé : "... Je te donnerai dans ma prochaine mes réflexions sur les allemandes, toutes celles que j'ai vu jusqu'à présent sont affreuses ...". Dans une deuxième, tout change : "... les allemandes sont superbes et non difficiles, mais il suffit d'être français pour que les bougresses nous attaquent ..." (in Pierre Charrié : "lettres de guerre, 1792-1815").

Le 31 juillet, l'Empereur écrit depuis Saint Cloud au Général Clarke : "Monsieur le duc de Feltre, la 6e compagnie du 6e bataillon des 17e, 30e, 33e et 61e, ont dû partir le 17 juillet de l'île de Walcheren (...). Ces compagnies sont-elles parties le 17, le 20 et le 28 juillet ? Faites-moi connaître ce qui en est" (Correspondance inédite de Napoléon Ier, conservée aux Archives de la guerre. T. IV.).

Le 22 août 1811, depuis Saint Cloud, l'Empereur écrit au Général Clarke "Monsieur le duc de Feltre, donnez les ordres suivants pour la répartition des compagnies destinées à former les garnisons de vaisseaux.
Escadre de l'Escaut.
Vous ferez également former à Anvers la 2e compagnie du 5e bataillon des (...) 30e (...). Les bataillons de guerre du corps d'observation de l'Elbe enverront, par chaque régiment, 30 hommes ayant quatre ans de service. Le surplus sera fourni par la conscription, avec la condition principale que ce soient des hommes des départements de l'ancienne France. Ces compagnies seront placées, savoir celle du 33e sur le Pultusk
" (Correspondance inédite de Napoléon Ier, conservée aux Archives de la guerre. T. IV.).

Le 30 août 1811, le 30e de Ligne fait partie de la 3e Brigade Bonnami de la 1ère Division Morand du Corps d'Observation de l'Elbe; 1 Bataillon est à Travemunde, 4 autres à Lubeck.

Sur Lübeck, Guibert écrit : "... les femmes de Lübeck sont sublimes ..." et ne perd pas de temps : "... j'ai fait connaissance à Lübeck avec une belle, je lui ai demandé de vouloir que je loge chez elle. Tout cela me fut accordé en moins d'une heure. J'y suis divinement, elle est au petit soin pour moi. C'est la coutume du pays, elle m'apprend l'allemand ... nous commençons à nous comprendre très bien. Nous couchons ensemble 3 fois par semaine. Il faut te dire que tous les officiers en font autant. Il n'y a plus de moeurs. J'en suis fâché mais je le souffre. Cependant quand les demoiselles ont fait 2 ou 3 enfants avec les officiers, elles se marient avec les bourgeois qui sont encore tout contents de les avoir à ce prix ..." (in Pierre Charrié : "lettres de guerre, 1792-1815").

Le 1er septembre, ordre est donné aux Dépôts des Régiments d'Infanterie du Corps d'Observation de l'Elbe d'envoyer à leurs Bataillons de guerre tous leurs hommes disponibles pourvu que le nombre s'élève au moins à 60. Les détachements partent du 8 au 18 septembre pour arriver du 21 au 26 du même mois.

Au 15 septembre 1811, le 30e de Ligne a ses 5 Bataillons réunis à Hambourg. François écrit : "Le 15 septembre 1811, nous partons de Lubeck pour Hambourg, où est le maréchal prince d'Eckmühl. Le séjour que nous faisons dans cette ville est assez agréable, malgré des exercices de six à huit heures par jour" (M. Thiéry, Journal d'un officier français ou les cahiers du Capitaine François, 1792-1815).

Le 16 septembre, à Lubeck, Guibert explique : "... nous devons passer la revue du pronce d'Eckmühl ce qui nous donne beaucoup d'occupation ... je suis parti à 6 heures pour l'exercice. Comme je suis chef de la 1re classe et qu'elle a fait l'exercice à feu, j'ai été obligé de commander tout le temps et ne pouvoir m'esquiver pour manger un peu de pain et de beurre ...". Il ajoute : " ... à propos, j'ai changé mon grand chapeau pour un rond. C'est le genre ..." (in Pierre Charrié : "lettres de guerre, 1792-1815").

En octobre 1811, les 5 Bataillons actifs du 30e formant un effectif de 3604 hommes sont réunis à Lubeck.

Le 13 octobre, Guibert relate la revue de Davout : " ... il a été extrêmement content, il nous a tous invité à diner. Il nous a fait un fort beau compliment en disant que le régiment était le plus beau de toute son armée. Il a vu que nous n'avions pas de shakos de grande tenue et il a dit au major que puise qu'il y en avait encore en magasin, il fallait nous en donner ce qui me coule à fond. Encore heureux que ce soit le corps qui nous ait fourni nos shakos, parce que nous paierons quand nous voudrons ou à peu près ..." (in Pierre Charrié : "lettres de guerre, 1792-1815").

Le 14 octobre, le 30e passe sous le commandement de Charles Joseph Bucquet.

Charles Joseph Bucquet

Né le 4 juin 1776; Colonel du 75e Régiment d'Infanterie le 10 février 1807; Colonel du 30e Régiment d'Infanterie le 14 octobre 1811.
Baron de l'Empire le 11 août 1808. Blessé à la tête du Régiment à la bataille de la Moskowa le 7 septembre 1812. Général de Brigade le 23 septembre 1812. Commandant de la Légion d'Honneur le 29 juin 1813. Décédé le 14 avril 1838

François écrit : "Le colonel Joubert est nommé général de brigade. Il est remplacé par le colonel Buquet, le même officier dont j'ai précédemment parlé, dans les détails relatifs à l'évasion de la Vieille-Castille" (M. Thiéry, Journal d'un officier français ou les cahiers du Capitaine François, 1792-1815).

Le 24 octobre, le régiment est à Hambourg, plus exactement au village voisin de Ham : " ... le départ de Lubeck nous a fait bien de la peine, c'était une très bonne garnison... ". Il nous parle d'une comète que tout le monde a admiré : " ... je l'ai si bien vu que je donnais des leçons d'astronomie à une très jolie femme, notre salle d'observation était sur les remparts. Ce qu'il y a de délicieux, c'est que sa mère qui ne parle pas français me demandait si elle faisait des progrès !". Ces leçons d'astronomie à une belle romantique avant l'heure sont d'une gaillardise fort drôle !! En tout cas, notre Officier a bien vite remplacé sa maîtresse de Lubeck par une jolie fille du village de Ham : "... mais comme j'ai beaucoup de peine à la voir, je commence à m'en passer, cependant c'est une belle passion, mais nous autres militaires on n'y regarde pas de si près ..." (in Pierre Charrié : "lettres de guerre, 1792-1815").

Plus sérieusement, notre galant continue : " ... il fait un froid de tous les diables, mais la place d'adjudant major dont je remplis souvent les fonctions est la plus jolie de tous les grades subalternes. On ne peut l'être qu'étant lieutenant. On a un cheval et on est capitaine après 18 mois de fonction ..." (in Pierre Charrié : "lettres de guerre, 1792-1815").

Le 4 décembre, une lettre de Guibert nous confirme l'habitude même dans les garnisons lointaines, de fêter le 2 décembre, fête du couronnement; à cette fête, Guibert écrit enthousiaste : " ... les femmes sont vraiment divines et si la France ne possédait pas tout ce que j'ai de plus cher au monde, je crois que j'oublierai facilement les françaises dans les bras voluptueusement arrondis des allemandes. Je n'ai cependant pas encore une maîtresse mais aussitôt que je rentrerai en ville, je m'en fournirai d'une ..." et "... c'était un très joli bal où les femmes ni les hommes ne manquaient. J'y ai beaucoup valsé parce que l'on ne danse pas ! (la valse n'est pas considérée comme une danse) ... j'ai un chien très beau que j'ai acheté en partant de Lubeck, je l'ai appelé de même ! C'est un caniche qui est rempli d'esprit. Ce sera mon compagnon de voyage ..." (in Pierre Charrié : "lettres de guerre, 1792-1815").

Le 1er janvier 1812, le Dépôt est toujours situé à Mayence.

Situation du 30e de Ligne en avril 1812 (côte SHDT : us181204)

Chef de corps : BUQUET Colonel
Garnison - Dépôt à Mayence - 26e Division Militaire
Conscrits des départements de la Moselle de 1812
JODON Major; HERVE Major en 2nd; FREMOND Quartier maître trésorier
1er Bataillon commandant : Chef de Bataillon Plaige à Hambourg - Grande Armée - 1e Corps Davout - 1ère Division Morand - 3e Brigade Bonnamy
Observations : avril 1812 : sous les armes effectif 822 Officiers et hommes, 58 chevaux
2e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Merlette à Hambourg - Grande Armée - 1e Corps Davout - 1ère Division Morand - 3e Brigade Bonnamy
3e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Rascas à Hambourg - Grande Armée - 1e Corps Davout - 1ère Division Morand - 3e Brigade Bonnamy
4e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Witas à Hambourg - Grande Armée - 1e Corps Davout - 1ère Division Morand - 3e Brigade Bonnamy
5e Bataillon - 3e 1/2 Brigade de réserve
6e Bataillon commandant : Chef de Bataillon Bru à Hambourg - Grande Armée - 1e Corps Davout - 1ère Division Morand - 3e Brigade Bonnamy
Observations : 3 Cies et Dépôt à Mayence - 1 Cie sur le vaisseau "Le Pulstuck" à Anvers
Cie régimentaire d'artillerie commandant : Lieutenant Prevost à Hambourg - Grande Armée - 1e Corps Davout - 1ère Division Morand - 3e Brigade Bonnamy

 

e/ Campagne de 1812

tambour de grenadiers 1810 30e de ligne
Tambour de grenadiers 30e de Ligne
Tambour de Grenadiers 1810 30e de Ligne
Tambour de Grenadiers 1810 30e de Ligne
Tambour de Grenadiers 30e de Ligne 1810
Fig. 26 Tambour de Grenadiers, 1810, figurine Wurtz (exposition Rêve d'enfance - Musée de l'Armée)
Fig. 26a Tambour de Grenadiers 1810 d'après Wurtz ; publié dans Tradition N°123
Fig. 26b Tambour de Grenadiers 1810 d'après Wurtz (Petits Soldats d'Alsace, planche 65)
Fig. 26bis Le même d'après L.de Beaufort (Le Briquet 1969/4)
Fig. 26c Tambour de Grenadiers, 1810, d'après H. Boisselier pour Bucquoy (source : Wurtz)
Tambour de Grenadiers 30e de Ligne 1810-1812 Tambour de Grenadiers 1810 30e de Ligne Tambour de grenadiers 1809-1810 30e de Ligne Tambour de Grenadiers 1810 30e de Ligne
Fig. 26ca Tambour de Grenadiers, 1810, d'après A. Yéjov (Gloire et Empire N°30)
Fig. 26d Tambour de Grenadiers, 1810, d'après Charmy
Fig. 26e Tambour de Grenadiers 1809-1810 d'après Tanconville (Les garnisons d'Alsace). Ce document est également donné dans le Hors Série N°19 de la revue Tradition
Fig. 26f Tambour de Grenadiers, 1810, d'après Charmy (2e version)
Tambour de Grenadiers 30e de Ligne      
Fig. 26g Tambour de Grenadiers, 1809-1810 d'après R. North (source : Tanconville, les Garnisons d'Alsace)
     

Au commencement de 1812, les troupes qui sont placées sous le commandement du Maréchal Davout sont désignées sous le titre de Corps d'Observation de l'Elbe. Le séjour en Allemagne n'a somme toute pas été si si désagréable que cela. Certes les exercices de tir et les revues de détails se sont succédées, mais il y a eu des compensations avec les Allemandes qui sont "généralement jolies et peu cruelles" ainsi que l'écrit le Capitaine François.

Cependant, des complications faisant pressentir une guerre avec la Russie, dès le 15 février, toutes les troupes sont mises sur le pied de guerre. Dans l'esprit de Napoléon, la guerre est décidée, et les préparatifs se poursuivent avec une grande activité. L'Empereur rapproche ses troupes des frontières de la Russie. Le Corps d'Observation de l'Elbe est devenu 1er Corps de la Grande Armée.

François écrit "Le 27 février 1812, nous recevons l'ordre de départ. Nous faisons partie de la division Morand, 1er corps d'armée. Nous partons le lendemain, et nous suivons tbus les mouvements de cette division" (M. Thiéry, Journal d'un officier français ou les cahiers du Capitaine François, 1792-1815).

Du 1er au 15 mars, le 1er Corps est concentré entre l'Elbe et l'Oder, les Bataillons du 30e occupant Magdebourg, Hambourg et Stettin avec un effectif de 4465 hommes. Le Dépôt est à Mayence.

Guibert quitte Hambourg début mars, direction l'est. Chargé de faire les billets de logement comme Adjudant major, il est toujours en voiture traînée par 4 bons chevaux, ayant bien entendu le meilleur logement. Il est nommé Lieutenant au 4e Bataillon (in Pierre Charrié : "lettres de guerre, 1792-1815").

François écrit "Le 17 mars, je reçois mon brevet de capitaine; je commande les voltigeurs du 1er bataillon, faveur que je dois au colonel Buquet, qui avait pu me juger devant Cadix" (M. Thiéry, Journal d'un officier français ou les cahiers du Capitaine François, 1792-1815).

En avril, le 1er Corps est porté sur la Vistule.

Le 11 avril, Guibert est à Danzig en cantonnement (in Pierre Charrié : "lettres de guerre, 1792-1815").

En mai, le 30e occupe Dirchau, dans le cercle de Schoneck. Le Capitaine François écrit : "Le 31 mai, nous passons la Vistule sur un pont de bateaux. Une proclamation nous annonce que la seconde guerre de Pologne est commencée, et nous nous disposons à traverser le Niémen" (M. Thiéry, Journal d'un officier français ou les cahiers du Capitaine François, 1792-1815).

Au commencement de juin, le 30e est à Danzig. Il compte à l'effectif 96 Officiers et 4338 Sous officiers et soldats. La guerre ne va pas tarder à éclater; pour cette campagne lointaine, tous les Régiments ont été portés à 5 Bataillons actifs et placés sous le commandement d'un Général de Brigade; une Compagnie d'Artillerie, avec deux pièces de canon, est affectée à chaque régiment d'Infanterie. Les Bataillons de guerre sont ainsi numérotés : 1er, 2e, 3e, 4e et 6e, le 5e Bataillon formant le Dépôt. Les renforts expédiés des Dépôts sur les Corps sont à leur départ organisés en Demi-brigades de marche, qui se disloquent à leur arrivée à l'Armée.

L'Armée française compte plus de 400000 hommes. Le 1er Corps, le plus nombreux de la Grande Armée, atteint un effectif de 100000 hommes. Il se compose, au début, de 6 Divisions commandées par les Généraux Morand, Friant, Gudin, Dessaix, Compans et Granjean, et, selon l'Historique abrégé, de la Division de cavalerie Pajol. Chacune des cinq premières Divisions est formée à quatre Régiments, dont trois Régiments français et un Régiment étranger. La 6e Division (Général Granjean) est exclusivement composée de troupes étrangères.

La 1ère Division (Morand) comprend le 13e Léger, les 17e et 30e de Ligne et le 2e de Ligne Badois qui sera, dans le cours de la campagne, remplacé par un Régiment mecklembourgeois.

Le 30e, placé sous les ordres supérieurs du Général Bonamy, a à sa tête le Colonel Bucquet, qui a remplacé en 1811 le Colonel Joubert, promu Général de Brigade. Il a pour commandant en second le Major Hervé. L'effectif de ses cinq Bataillons de guerre est, en mai, de 4475 hommes et 141 chevaux; son Dépôt occupe Mayence et Trêves; une de ses Compagnies est détachée à bord du Pultusck à Anvers, pour y remplir le rôle de Fusiliers marins.

Du 6 au 22 juin, le 1er Corps se porte de la Vistule sur le Niemen, sur Elbing, Braunsverg et Tapiau; le 18 juin, il est entièrement réuni à Gumbinen où l'Empereur le passe en revue: il continue ensuite sa marche sur Witkowyski et arrive, le 22, dans les grands bois, vis à vis Kowno, assigné comme point de réunion à toutes les troupes qui, sous le commandement personnel de l'Empereur, doivent former le centre de l'Armée.

 

- Passage du Niémen

Le 23 juin, le Maréchal Davout, ayant sous ses ordres le Général Eblé, est chargé de faire jeter les ponts, de commander le passage et de passer le premier avec son Corps d'armée. Dans la soirée, le Général Eblé trouve à Poniemen à une lieue au dessus de Kowno, un point de passage favorable; à 11 heures du soir, les Compagnies de Voltigeurs de la Division Morand traversent le fleuve dans des barques, dissipant les Cosaques qui s'enfuient à leur approche, n'échangeant que quelques coups de pistolet, s'installent sur le rive droite et protègent l'établissement des ponts. Pendant la nuit, les ponts sont jetés, la Division Morand franchit le fleuve et, en attendant le jour, prend position à 1000 toises en avant du débouché des ponts.

Au moment du passage du Niémen, le 30ème (1er, 2e, 3e, 4e et 6e Bataillon plus son Artillerie) compte 93 Officiers et 3715 hommes; plus 34 chevaux d'Officiers et 107 chevaux de trait.

Le Capitaine François écrit : "Le 23 juin, notre division, réunie près des villes de Strawtdy et Pissa, se met en mouvement et se porte entre Kowno et Ketant" (M. Thiéry, Journal d'un officier français ou les cahiers du Capitaine François, 1792-1815).

Le lendemain 24, par un soleil resplendissant, l'Armée entière, animée d'un enthousiasme indescriptible, franchit le Niémen sur les trois ponts de bateaux et passe, pleine de joie et d'espérance, ce nouveau Rubicon placé entre les deux plus puissants empires du monde. Au milieu de cette armée, la plus belle et la plus nombreuse qu'on ait jamais vu, "le Corps de Davout se distinguait par l'ordre et l'ensemble qui régnaient dans ses Divisions; l'exacte tenue de ses soldats, le soin avec lequel ils étaient approvisionnés, celui qu'on mettait à leur faire ménager et conserver leurs vivres que le soldat imprévoyant se plait à gaspiller, enfin la force de ses Divisions, heureux résultats de cette sévère discipline; tout les faisait reconnaitre et citer au milieu de toute l'armée" (Ségur).

Le Capitaine François écrit "Le jour suivant, à dix heures du matin, trois compagnies de voltigeurs du 30e montent sur des barques pour traverser le Niémen. Je commande la 1re compagnie. Nous débarquons sans rencontrer d'obstacle. Je mets pied à terre le premier. Trois ponts de bateaux sont établis sur le fleuve en moins d'une heure, pendant que, les trois compagnies de voltigeurs réunies, nous nous avançons en ligne en tirant quelques coups de fusil sur des cavaliers russes qui s'enfuient. A 11 heures, tout le 1er corps d'armée a passé sur les trois ponts. A mesure que l'armée française s'étend dans la plaine, nos voltigeurs avancent. Le soir, nous rejoignons le régiment. Le 1er corps bivouaque sur la route de Wilna.
L'armée continue de défiler sur les ponts de bateaux jusqu'au 25 au soir. Certes, le monde ne pouvait offrir une autre armée aussi belle ; elle était forte de trois cent cinquante-cinq mille hommes et de cinquante-neuf mille cinq cents chevaux.
Le 26, nous entrons dans la plaine de Wilna, suivant le corps d'armée ennemi du général russe Barclay
" (M. Thiéry, Journal d'un officier français ou les cahiers du Capitaine François, 1792-1815).

Le 27 juin, Guibert écrit à sa mère, depuis une baraque du camp de Wilna : "... nous sommes partis des bords de la Vistule, nous ne nous sommes arrêtés que pour faire la soupe deux heures le matin et autant la nuit toujours au bivouac. Nous avons passé le Niémen il y a 4 jours. Nous poursuivons les Russes de très près. L'empereur est passé 2 fois devant le régiment sans l'avoir encore passé en revue ... je suis tout de mon long par terre, mon papier sur un peu de seigle que j'ai fait couper pour me coucher, je me porte fort bien et j'attends tout l'avancement possible de cette campagne ..." (in Pierre Charrié : "lettres de guerre, 1792-1815").

Le 28, le 1er Corps, suivant à une lieue de distance la cavalerie de Murat, entre à Wilna, que l'armée de Barclay de Tolly vient d'évacuer pour se retirer sur le camp retranché de Drissa. Le temps est affreux, des orages épouvantables sillonnant le pays, les voitures n'avancent que péniblement dans des chemins défoncés, une grande mortalité sévit sur les chevaux, les vivres se font rares et bon nombre de traînards ou de maraudeurs ont quitté les colonnes; pour tous ces motifs, l'Empereur décide de s'arrêter quelques jours à Wilna.

Le Capitaine François écrit "Le 27, notre division est d'avant-garde, et nous allons bivouaquer à quatre lieues de Wilna, que nous traversons le lendemain, après en avoir chassé les Russes ; mais ils ne se sont éloignés qu'après avoir incendié d'immenses magasins de vivres, de fourrages et d'habillement. Lorsque nous entrons dans Wilna, cette cité ressemble à une ville prise d'assaut : tous les magasins sont en feu; tous les habitants sont renfermés dans leurs maisons, à l'exception des juifs, qui, très nombreux dans cette ville, sont occupés à retirer de la rivière les armes que les Russes y ont jetées. La ville est assez belle, fort peuplée, et elle renferme quelques beaux édifices" (M. Thiéry, Journal d'un officier français ou les cahiers du Capitaine François, 1792-1815).

De leur côté, les Russes disposent de deux armées : l'une, conduite par Barclay de Tolly, opère au nord de la deuxième, conduite par Bagration. Le mouvement de Napoléon sur Wilna, s'il est continué, pourrait amener la séparation de ces deux armées et faciliter leur destruction successive. Les Généraux ennemis l'on vite compris; c'est pourquoi ils se dérobent à tout engagement décisif et forment le projet de se réunir en se donnant rendez vous à Smolenk.

Le Capitaine François écrit "Le 29, nous bivouaquons en avant de Wilna, où nous recevons deux rations de pain moisi. Cette chétive distribution semble nous annoncer que nous sommes exposés à ne pas regorger de vivres dans cette campagne" (M. Thiéry, Journal d'un officier français ou les cahiers du Capitaine François, 1792-1815).

Selon le Livret de l'Empereur daté du 1er juillet 1812, le 30e a 2 Compagnies du 5e Bataillon, soit 6 Officiers et 332 hommes, au sein du 2e Bataillon de la 2e Demi-brigade de marche commandée par le Major Dambrujac; le tout faisant partie de la 1ère Division de Réserve commandée par le Général Lagrange ("Campagne de Russie (1812). Opérations militaires (1er-10 août). Smolensk" par L. G. F. - Gabriel Fabry).

Ce jour là, le Capitaine François écrit "Le 1er juillet, nous entrons en Lithuanie, où nous commençons à manquer de vivres. Les hommes s'en procurent comme ils le peuvent, à force de fatigues et de dangers, car ils sont souvent surpris par des détachements de cosaques" (M. Thiéry, Journal d'un officier français ou les cahiers du Capitaine François, 1792-1815).

Tandis que l'armée goûte quelque repos, le Maréchal Davout, avec les Divisions Compans et Dessaix, est chargé de poursuivre, par Minsk et Berizen (?), l'armée de Bagration, qui opère sa retraite sur le Dnieper et tente de se réunir à l'armée de Barclay de Tolly. Les trois Divisions Morand, Gudin et Friant restent à Wilna.

Le Capitaine François écrit "Par une pluie continuelle, notre division continue sa marche. Le 3 juillet, nous traversons la Wilna sur un pont volant. Une pluie abondante augmente les difficultés, en rendant les chemins impraticables, ce qui cause la perte de nombreux équipages, retarde notre marche et nous réduit à une disette complète, dans un pays sauvage et dépeuplé. Les divisions qui marchent en avant s'emparent du peu de vivres qu'elles trouvent, de sorte que celles qui suivent sont sans ressources" (M. Thiéry, Journal d'un officier français ou les cahiers du Capitaine François, 1792-1815).

Le 15 juillet, Napoléon, avec le gros de ses forces, quitte Wilna pour se porter contre Barclay de Tolly, retranché au camp de Drissa. Les Divisions Morand, Friant, Gudin, marchent avec la cavalerie de Murat; elles sont, le 17 à Swenziany (?), le 19 à Opsa (?), le 23 en position à Ouchassek (?); toute l'armée espère une grande bataille mais Barclay de Tolly lève le camp de Drissa et opère sa retraite dans la direction de Witepsk.

Le Capitaine François écrit : "Le 18 juillet, nous nous approchons de Dressa, pour flanquer le 8e corps d'armée. Nous passons par Minski. Nous y découvrons des magasins immenses, trente pièces de canon et de la poudre en quantité" (M. Thiéry, Journal d'un officier français ou les cahiers du Capitaine François, 1792-1815).

Le 24 juillet, l'armée française se met à la poursuite de l'armée russe et lui livre, le 25 et le 26, les combats d'Ostrowno et le 27 le combat de Witepsk. Les trois Divisions du 1er Corps, placées en arrière avec la garde, ne prennent aucune part à ces trois affaires (menées contre l'Armée de Barclay).

Le Capitaine François écrit : "Suivant les mouvements du 30e et de la division Morand, corps d'armée du maréchal prince d'Eckmiihl, j'assiste à tous les combats auxquels prend part cette division, entre autres à ceux de Witepstz et de Mohilew" (M. Thiéry, Journal d'un officier français ou les cahiers du Capitaine François, 1792-1815).

Le 27, entrée à Witepsk. L'armée, épuisée par la chaleur, les marches forcées, le manque de vivres, a besoin de repos. L'Empereur la fait séjourner quelques jours dans les environs de Witepsk. Les Divisions Morand, Friant, Gudin, bivouaquent, à partir du 28 juillet, entre Witepsk et Babinowiczi (?) où elles rentrent sous les ordres directs du Maréchal Davout qui, après avoir battu le Prince Bagration à Mir et Soultanowka près de Mohilew, a remonté le Dniper jusqu'à Oscha.

A l'appel du 3 août, le 30e a un effectif de 83 Officiers et 3176 hommes; 270 non combattants, éclopés ou employés aux différents transports, 245 égarés ou restés en arrière, 45 détachés dans les dépôts de l'Armée et 571 hommes aux hôpitaux. Effectif total : 4390 hommes.

Le même jour, du camp de Vitebsk, Guibert écrit à sa mère : " ... nous sommes très avancés, campés depuis 4 jours. Je suis parfaitement reposé, mes effets sont entièrement usés, nous sommes toujours au bivouac. Nous ne trouvons rien pour le remplacer ..." (in Pierre Charrié : "lettres de guerre, 1792-1815").

Le Capitaine François écrit : "Nous nous trouvons, le 7 août, entre le Dniéper et la Bérésina. Ce même jour, l'armée reçoit l'ordre de se tenir prête à marcher et de se procurer des vivres pour quinze jours. Il est extrêmement difficile de mettre ce dernier ordre à exécution dans un pays que les Russes ont entièrement dévasté, afin de ne nous laisser aucune ressource, avant de l'abandonner. Aussi, pour vivre, presque tous les soldats se livrent à des excursions nuisibles à la discipline et qui achèvent la ruine des habitants. Depuis neuf jours, occupant les mêmes positions, nous n'avons pas reçu une seule ration; les soldats se nourrissent avec ce qu'ils peuvent marauder, et les officiers de ce que ceux-ci leur apportent. Quant à moi, je ne manque de rien; ma compagnie, à l'exemple général, use du droit de rapine, et, jusqu'aux environs de Masayck, j'ai eu souvent jusqu'à neuf voitures à ma suite.
L'armée a perdu beaucoup de monde dans ses pénibles marches, dans ses combats, et, en outre, par une dysenterie dont les soldats sont atteints. Cette maladie provient de la disette de pain, qui force les hommes à manger trop de viande, car ils se procurent celle-ci assez facilement. L'abus de cette nourriture, jointe à l'usage d'une eau marécageuse, qui est notre unique boisson, répand cette maladie dans l'armée, et des généraux même en sont atteints. Les convois d'ambulance et les médicaments restant en arrière, les hôpitaux sont encombrés de malades qui ne reçoivent que peu de secours. D'un autre côté, un grand nombre d'hommes sont tués en allant à la maraude. Les chefs de corps, privés de tout autre moyen de pourvoir à la subsistance de leurs troupes, sont forcés de fermer les yeux sur ces désordres. Le 30e a déjà perdu deux cents hommes. Le 8 août 1812, notre division se remet en marche
" (M. Thiéry, Journal d'un officier français ou les cahiers du Capitaine François, 1792-1815).

Le 9 août, Berthier écrit à l'Empereur, depuis Vitebsk : «M. le général Morand, en me rendant compte de son mouvement pour se rendre à Poloviki, expose qu'il serait nécessaire qu'il envoyât un officier de chacun des 13e régiment d'infanterie légère et du 30e régiment de ligne chercher des souliers, des pantalons et des capotes dans les petits dépôts de ces régiments; il annonce que le besoin de ces objets commence à se faire sentir. Je demande à cet égard les ordres de Votre Majesté» (Gabriel Fabry, "Campagne de Russie (1812). Opérations militaires (20 juillet-31 juillet). Vitebsk").

- Bataille de Smolensk

Fifre de Grenadiers 1810 30e de Ligne
Fifre de Grenadiers 30e de Ligne 1810
Fig. 27 Fifre de Grenadiers 1810 d'après Wurtz (Petits Soldats d'Alsace, planche 65)
Fig. 27a Fifre de Grenadiers, 1810, d'après H. Boisselier pour Bucquoy (source : Wurtz)

Le 11 août, l'armée quitte ses cantonnements pour remonter le Dnieper par sa rive gauche et tourner par leur gauche les armées de Bagration et de Barclay de Tolly qui ont pu opérer leur jonction dans les environs de Smolensk. Le 11, les Divisions Morand, Friant, Gudin se rendent de Babinowiczi à Rassasna où elles traversent le Dnieper sur quatre ponts préparés à l'avance et se réunissent aux deux autres Divisions du 1er Corps d'armée.

Ne pouvant plus empêcher la jonction des armées adverses, Napoléon veut essayer d'en briser le noeud à Smolensk et forcer à se battre cet ennemi qui fuit toujours. Du 11 au 15, marche sur Smolensk par Liady, Krasnöe et Korytnia.

Le Capitaine François écrit : "Le 13, nous traversons le Dniéper, le Borysthène des Grecs. Trois jours après, l'armée française marche en trois colonnes sur Smolensk ; à 6 heures du soir, elle se trouve réunie près de cette ville" (M. Thiéry, Journal d'un officier français ou les cahiers du Capitaine François, 1792-1815).

Le 17 août, l'armée se présente sous les murs de Smolensk. Barclay de Tolly occupe la vieille ville sur la rive gauche du Dnieper, ainsi que la ville neuve construite sur la rive droite et les hauteurs qui la dominent; l'armée de Bagration est formée à quelque distance en amont, prête à défendre le passage au cas où les Français, négligeant Smolensk, tenteraient de franchir la rivière dans ces parages où elle est facilement guéable.

Les Divisions de Davout ont reçu l'ordre de donner l'assaut à la pointe du jour.

Dans l'après midi, Napoléon, ayant sous la main 180000 hommes, ordonne une attaque furieuse de la partie sud de Smolensk par les trois Corps d'armée Poniatowski, Ney et Davout. Il dispose ses troupes autour de la place de la manière suivante : à gauche, Ney, au centre les cinq Divisions de Davout, à droite Poniatowski; à l'extrême droite, la cavalerie. Le 1er Corps a pour objectif les faubourgs de Mitislaw et de Roslaw; faubourgs séparés en deux par la route de Mohilew. "Une grande route séparant ces deux faubourgs et descendant sur la ville, allait aboutir à la porte de Malakreskia. Le Maréchal dirigea d'abord la Division Morand sur cette route pour s'en emparer, isoler en y pénétrant les deux faubourgs l'un de l'autre et rendre plus facile l'attaque de front dont ils allaient être l'objet. Le 13e Léger, conduit par le Général Dalton et appuyé par le 30e de Ligne joignit à la baïonnette les troupes ennemies qui étaient en avant de la route, les refoula avec une vigueur irrésistible, leur enleva un cimetiere où elles s'étaient établies, puis, s'engageant sur la route elle même, sous une grêle de balles parties de tous les côtés, vainquit tous les obstacles et aux yeux de l'armée saisie d'admiration rejetta les russes jusque sur l'enceinte de la ville. C'était avec la brave Division Konownitzyn que les 13e et 30e Régiments avaient été aux prises et ils avaient jonché la terre de ses morts" (Thiers - Histoire du Consulat et de l'Empire).

L'ennemi, rejeté des faubourgs, rentre dans la ville et continue la défense derrière un mur crénelé en briques et haut de 25 pieds qui ne peut être enlevé dans la même journée. Pendant la nuit, les Russes, jugeant ce rempart insuffisant, évacuent la place et repassent sur la rive droite du Dnieper, en détruisant le pont et en incendiant la ville.

Le Capitaine François écrit : "Le 17, à 3 heures du matin, elle prend les armes. Le 13e léger, de notre division, commence le feu par une ligne de tirailleurs, sur la gauche de la ville, pendant que le 1er corps d'armée manoeuvre en masse, par divisions, sous le feu de l'artillerie de la place. Après plusieurs heures de manoeuvres, toujours sous le feu de l'ennemi, nous nous emparons du plateau de Bulchowka, où une batterie de soixante pièces de canon est établie. Pendant cette opération, notre régiment reçoit du maréchal Davout l'ordre d'avancer et d'attaquer. Nous perdons beaucoup de monde en nous mettant en bataille sous le canon des Russes ; mais les morts sont à leur destination, car nous sommes dans un cimetière. Les autres régiments de notre division s'avancent derrière le 30e. Nous nous trouvons à peu de distance de la ville; aussi notre régiment est canonné, non seulement par les pièces du rempart, mais encore par celles d'une tour qui nous travaille vigoureusement. C'est à un tel point, que le colonel Buquet nous fait placer derrière la contrescarpe d'un fossé qui entoure le cimetière. L'ennemi, plus élevé que nous, continue de nous envoyer des boulets et des espèces d'obus à trois trous. A 2 heures, un obus, vomissant la flamme par ses trois trous, tombe devant ma compagnie. Je me précipite dessus, je le prends dans mes mains et je le jette dans un puits qui se trouve à peu de distance derrière moi. Je me brûle un peu les mains et le devant de mon habit. Mes chefs et tout le bataillon crient : «Bravo ! vive le capitaine François !». Si cet obus eût éclaté, il faisait sauter deux caissons à la gauche du bataillon. Le colonel Buquet, qui m'aimait beaucoup, fit, à cette occasion, un rapport en ma faveur; mais on m'oublia encore, comme dans plusieurs autres circonstances que j'ai rapportées. Ma récompense, celle qui était la plus flatteuse pour moi, fut le suffrage hautement manifesté de mes chefs et de mes camarades.
A 3 heures, les pièces sont établies sur toute la ligne et font un feu d'enfer. A 4 heures, commence une vive fusillade sur les faubourgs. A 5 heures, nous repoussons l'ennemi, à la baïonnette, jusqu'à un chemin couvert. Alors la bataille devient horrible. Malgré le feu terrible de l'artillerie russe, nous nous emparons des faubourgs retranchés, toujours à la baïonnette, en parvenant jusqu'à la bouche même des canons.
Une heure plus tard, trois batteries de douze sont établies, pendant que nous continuons l'attaque du chemin couvert. Ces batteries battent en brèche et, par des obus qui mettent le feu dans la ville et dans plusieurs tours, forcent les Russes à abandonner ces dernières. Nous n'avançons pas beaucoup dans le chemin couvert, mais deux batteries d'enfilade obligent enfin les Russes à rentrer dans la place. Malgré ce succès, le combat dure toute la nuit. Deux compagnies de mineurs, soutenues par notre régiment, sont employées à piocher au pied d'un rempart. A 7 heures, les ennemis ne se défendent plus que faiblement, et nous entendons un grand bruit s'élevant de la ville, qui est tout en feu. Ce bruit cesse à 1 heure du matin. Les Russes se sont retirés sur l'autre rive du Dniéper, et ils prennent position sur les hauteurs.
A 2 heures, les grenadiers de notre division entrent dans Smolensk ; toutes les rues sont en feu et remplies de morts et de blessés. Les divisions Morand et Friant traversent le Borysthène sur un radeau, dans le plus grand silence, et, comme des chèvres, elles gravissent les hauteurs où elles se mettent en bataille. Elles tiraillent longtemps avec l'arrière-garde russe. Notre cavalerie charge cette arrière-garde et la culbute, après un combat livré par le 3e corps.
La perte des Russes dans Smolensk est de quatre mille morts, sept mille blessés et deux mille prisonniers ; la nôtre est de mille deux cents morts et de trois mille blessés, la plus grande partie de notre division, qui a pris une part très active à cette bataille. Le 30e, pour sa part, a quatre-vingt-dix morts et cent sept blessés
" (M. Thiéry, Journal d'un officier français ou les cahiers du Capitaine François, 1792-1815).

Le 30e qui, à Smolensk a combattu à découvert contre un ennemi abrité, a effectivement éprouvé dans cette journée des pertes sérieuses : les Lieutenants Gaudelette (Pierre), Hattier (Jean Baptiste) et le 1er Porte Aigle Scherer (Frédéric) ont été tués; le Sous lieutenant Rambeau meurt plus tard à Danzig des suites de blessures reçues dans ce combat; le Capitaine Vergniaud (Pierre) y est atteint d'une blessure et de deux contusions; le Lieutenant Borne, frappé d'un éclat d'obus à la cuisse droite et le Sous lieutenant Bègue (Jean Marie) atteint d'un coup de feu; le Chirurgien aide major Ponsard (Olivier Jean Marie) y est fait prisonnier.

Martinien de son côté indique que les Lieutenants Gaudelette et Haltier, le Lieutenant porte-aigle Scherer ont été tués; le Sous lieutenant Rambau, blessé, décèdera des suites de ses blessures le 29 décembre; le Chef de Bataillon Wittas, le Capitaine Vergniaud, les Lieutenants Morin et Borne, le Sous lieutenant Jacob sont blessés.

Le Capitaine François écrit : "Le 18 août, le 1er bataillon du 30e entre dans Smolensk, avec un bataillon de Polonais. Nous nous mettons en bataille sur la place d'armes, au milieu des maisons enflammées. Une demi-heure après notre entrée, on place des postes et des sauvegardes dans les magasins que l'incendie n'a pas atteints. On forme ensuite les faisceaux, et chacun cherche de quoi manger, ce que l'on trouve difficilement dans une ville incendiée et dépeuplée. Le peu d'habitants que nous trouvons parlent français et nous aident dans nos recherches. A 5 heures, nous quittons Smolensk. Nous passons le Borysthène ou Dniéper sur un radeau, et notre division se réunit dans un vaste jardin, sur la rive droite du fleuve" (M. Thiéry, Journal d'un officier français ou les cahiers du Capitaine François, 1792-1815).

Le 19, les Corps de Davout et de Ney traversent le Dniper sur le pont de Smolensk qui a été rétabli la nuit précédente, pour surveiller les mouvements de retraite de l'armée russe.

Le Capitaine François écrit : "Nous partons dans la nuit et nous marchons le long du Dniéper; nous repoussons quelques centaines de cosaques qui veulent nous inquiéter.
Pendant notre marche du 19, la division Gudin livre le combat de Valentina, dans lequel le brave général Gudin est tué.
Le pays que nous parcourons n'offre qu'un vaste désert, couvert de bois, de lacs et de sable. Pas un habitant n'est resté dans sa chaumière, et chaque jour le manque de vivres se fait sentir davantage.
Nous marchons sur la route de Moscou
" (M. Thiéry, Journal d'un officier français ou les cahiers du Capitaine François, 1792-1815).

Le 20, les Russes, pour assurer leur retraite sur Moscou qu'ils ont failli se voir couper à Smolensk, soutiennent un combat acharné à Valoutina contre Ney et Murat, dans lequel l'illustre Gudin est tué, et se dérobent de nouveau à une bataille générale.

Le 21 août, toute la cavalerie de Murat et les cinq Divisions du 1er Corps, formant l'avant garde de la Grande Armée, prennent par Loubine (?), Selowiewo (?), Dorojobougk (?) la direction de Moscou, poussant devant elle l'armée russe que l'on espère toujours, mais en vain, voir s'arrêter dans une position défensive pour nous livrer bataille. A l'appel du 23 août, l'effectif du 30e est de 3078 hommes.

Les Russes semblent vouloir accepter le combat à Wiazma, le 28. Mais là encore ils s'échappent.

Le 31, l'armée française est à Ghjat. Les Russes fuient toujours; l'armée affaiblie par des marches forcées, sous un soleil torride, a besoin de repos; Napoléon décide de s'arrête